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	<title><![CDATA[Signet Loupe: Tous les articles de blog du site]]></title>
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	<pubDate>Sun, 29 Mar 2026 16:39:20 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[L’imaginaire politique préempte la question sociale]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Je partage l’essentiel de ce qui a été dit sur la réalité objective de la question des « catégories populaires ». Au total, les catégories populaires au sens des familles d’employés et d’ouvriers existent même si on est passé du secteur de l’industrie aux services ; elles sont majoritaires dans le pays et le corps électoral et elles font et défont les majorités électorales selon leurs décisions ou pas d’aller aux urnes et leurs choix électoraux. Enfin les catégories populaires sont situées géographiquement. De ce point de vue, j’ai été vivement intéressé par les précisions apportées par Monsieur Guilluy.</p>
<p>Jean-Pierre Chevènement ne pose pas la question des catégories populaires mais celle du peuple, de la représentation qu’ont les catégories populaires d’elles-mêmes.</p><p>Ma méthode, pour répondre à la question « Où est passé le peuple ? », est radicalement différente de celle de nos amis qui partent d’une réalité géographique ou sociologique (considérant les faits sociaux comme des faits). Cette démarche est décisive. Ma méthode est de confronter cette réalité aux discours et conduite des catégories populaires. Cette confrontation nécessaire est féconde pour expliquer les paradoxes apparents et aussi répondre à la question que pose Jean-Pierre Chevènement, celle du caractère superstructurel, sur la responsabilité des forces politiques traditionnelles, des élites, des média (des « opérateurs historiques », dit-il).</p><p>Professionnel de l’opinion, je pars donc des représentations que les individus ont de la société et d’eux-mêmes afin de les confronter à leurs conduites et à la réalité décrite par les travaux de nos amis sociologues économistes, géographes. Cette façon de procéder m’amène à constater que les conduites ne collent pas aux représentations et donc que les individus, les catégories sociales et les peuples ont un imaginaire. Cet imaginaire n’est ni la réalité, ni une illusion de la réalité mais une façon pour les peuples, les catégories sociales et les individus, de s’approprier une réalité qui leur échappe. Je suis parvenu à cela en essayant pendant vingt ans de comprendre les contradictions, les paradoxes apparents entre perceptions et réalités.</p><p>Premier paradoxe, depuis quinze ans, la société française a eu tendance à voir ses inégalités sociales et spatiales s’accroître alors même que je constate un recentrement idéologique des représentations des Français, touchant les catégories populaires et classes moyennes, qui s’est opéré, à partir du début des années 1990, autour de notions dont il faut dire qu’un petit nombre autour de Jean-Pierre Chevènement ont été les premiers à gauche à les porter ou à les porter à nouveau : l’idée républicaine, l’idée de citoyenneté et l’idée de nation.</p><p>Comment se fait-il que, dans un pays qui s’écartèle en termes d’inégalités spatiales et sociales, les individus recourent, non pas à la « dispute sociale », mais au retour de valeurs comme la République et la Nation qui sont des valeurs du « commun » ? Pourquoi peut-on, quand on subit les inégalités sociales, se détourner de la gauche qui fait de la lutte contre les inégalités la priorité et voter à droite en France et en Europe ?</p><p>C’est que ces phénomènes n’affectent pas tant les classes sociales perçues comme entités « en soi et pour soi » que des réponses d’individus qui, privés d’appartenances sociales collectives, recherchent une sécurisation commune au travers d’un imaginaire collectif.</p><p>Il faut prendre une perspective historique pour en rendre compte. Le capitalisme managérial, en invitant les individus à se projeter dans la promesse d’un meilleur avenir socioprofessionnel, a désenclavé, au sein des catégories populaires, les ouvriers de leur identité construite au travers de leur conscience de classe, en leur permettant de se construire une identité individuelle au travers de leur distinction par la consommation et la recherche d’identités plurielles (génération, genre, culture ….). Le commun se projetait insensiblement vers une meilleure distribution sociale pour accéder à la consommation. Lors d’une discussion relatée par Malraux dans ses Antimémoires (1), le Général de Gaulle, part d’un éclat de rire à l’évocation de la question de la révolution en mai 1968 : « La révolution ? Il n’y a plus que le niveau de vie ! ». La perspective pour la classe ouvrière de se projeter dans un accès à la société au travers de la consommation et du niveau de vie, au travers d’une bataille ici et maintenant pour la redistribution sociale des fruits du travail, a dissous la conscience de classe autour de l’idée que la mobilité sociale qu’autorisait le capitalisme managérial leur permettait de se déployer en revendiquant eux aussi l’accès aux droits économiques, sociaux et culturels liés à ce stade du capitalisme.</p><p>Parallèlement la gauche politique accompagnait idéologiquement ce mouvement de perte d’identité de classe. Jusque dans les années 1970, le Parti communiste mettait en avant le fait que les ouvriers étaient, non pas des exclus, mais l’avenir de l’humanité. Georges Marchais, à partir de 1981, opte pour le misérabilisme en indiquant que le PC est : « le parti des pauvres ». Dans le même temps le Parti socialiste se centre sur les classes moyennes, devient opérateur de la « modernisation » de la France et laisse à eux-mêmes les ouvriers. Les catégories populaires ont le sentiment que la gauche s’éloigne d’eux pendant qu’à droite, au gaullisme visant à donner aux ouvriers une place au sein de la nation au travers d’une alliance explicite entre le capital et le travail, étaient préférés le capitalisme et l’actionnariat populaire d’Édouard Balladur.</p><p>Le vote Front national, au début des années 1980, n’est pas seulement le fait d’un électorat populaire communiste puis socialiste qui se serait déplacé vers le vote Front national, mais aussi celui d’un électorat ouvrier qui votait à droite. La nature du vote Front National de catégories populaires visait – non plus au travers de la question sociale, préfiguration demain du commun socialiste, abandonnée par la gauche, ni de l’alliance capital-travail au sein du commun immédiat de la nation, abandonné par les gaullistes – à donner aux ouvriers comme individus une place au sein d’une nation excluante par sa géographie au travers de la « préférence nationale ».</p><p>Incidente : le vote populaire frontiste s’est porté en 2007 sur le candidat Sarkozy, non par défaut (comme le vote Le Pen), sur les thèmes de l’immigration et du nationalisme, mais positivement, sur celui de la place de chacun au sein de la nation, en construisant une cohérence individuelle et collective, sociale et nationale au travers du triptyque : « travail – mérite – pouvoir d’achat ». Sarkozy a récupéré cet électorat par la nation et non le nationalisme.</p><p>Au début des années 1990 le passage du capitalisme managérial au capitalisme patrimonial, celui non plus du manager mais celui de l’actionnaire, va entraîner le fait que ce sont les classes moyennes qui vont rejoindre les catégories populaires en basculant, face à la contingence de leur devenir social porté par la prévalence de la finance sur l’économie, dans l’antilibéralisme idéologique.</p><p>Au total tout cela nous ramène à ce que j’appelais dans un récent papier du Débat l’imaginaire national. Dans notre pays, l’individu construit son identité au travers d’un imaginaire qui est une dispute commune. Sous le capitalisme paternaliste, dans l’entrechoc frontal de classes, il y a de vives disputes idéologiques sur la question politique et sociale. Avec un État faiblement régulateur, les individus sont à l’abri d’appartenances collectives de classes (paysannerie, classe ouvrière, cadres, patrons) qui mènent ici et maintenant une bataille en légitimité pour définir qui porte l’intérêt général justifiant la question immédiate du partage des richesses. Sous le capitalisme managérial avec un État redistributeur, la promesse que demain soit meilleur qu’aujourd’hui libère l’individu de la nécessité de recourir à l’insertion de la classe pour définir son identité…C’est l’individu qui alors choisit son rapport au collectif par phénomène de reconnaissance ou de distinction par la mobilité sociale et la consommation médiées par le politique. Le moment 68 sera la conjonction à la fois d’un anticapitalisme et de l’individualisme dressés contres les figures des autorités verticales au sein de la société (l’État, le Général, le macho, le petit chef, le bureaucrate, le mandarin, le patron, le gradé). Comme le commun est assuré dans le futur meilleur on peut se disputer ici et maintenant.</p><p>C’est le capitalisme patrimonial qui, en retirant le commun d’un avenir meilleur individuellement et collectivement, entraîne le retour à des notions collectives communes défensives comme la nation, la République… Face à la contingence et la peur du déclassement, la dispute sociale se retire. Revient alors la question de ce qui lie ensemble les individus privés de références communes de classes.<br />La dispute sociale cède le pas devant la recherche de communion dans des appartenances collectives. L’accroissement des inégalités, au lieu d’exacerber la question sociale en rendant le destin des individus contingent, les amène à rechercher ce qui fait le commun dans leurs insertions.<br />Pourquoi le pays vote-t-il massivement pour Nicolas Sarkozy, y compris au sein des familles des catégories populaires? Ce n’est pas tant que les ouvriers ne soient plus sensibles à la question sociale. C’est qu’il faut d’abord définir un commun avant de pouvoir se déployer dans une dispute dans la projection d’un meilleur possible.</p><p>Les inégalités se creusent alors mais surtout, l’avenir n’étant plus balisé, cela n’entraine pas le retour des classes mais la recherche de valeurs de communion, soit inclusives à gauche soit exclusives à droite. Au total, idéologiquement le pays est à gauche sur le souhaitable et politiquement à droite sur le possible.</p><p>La forme particulière de bonapartisme qu’incarne Nicolas Sarkozy est la résolution de cette contradiction. La forte participation à l’élection présidentielle et le score de Nicolas Sarkozy tiennent au fait que ce candidat a su, chemin faisant, articuler la question de la dispute, non pas comme une dispute sociale mais comme une dispute morale entre le bon grain et l’ivraie, le travailleur et l’assisté, le bon jeune de la « racaille », la « France qui se lève tôt » de celle qui se lève tard, « l’immigré choisi » et « l’immigré subi ». C’est ce qui nourrit le vote de premier tour. Au deuxième tour il construit un récit national, porté par Henri Guaino en sollicitant les figures historiques, Jaurès, de Gaulle.</p><p>A la présidentielle le Bonaparte Sarkozy remet à l’Elysée le lieu de la définition de notre identité politique au travers d’une dispute commune qui n’est plus portée à gauche par l’idée de « progrès », à droite par l’idée de « marché » et par tous par « l’Europe comme la France en grand » et qui explique le retour de la participation électorale. C’est une articulation entre la dimension temporelle, au travers de la distinction et la sécurisation morale qu’il offre aux catégories populaires désaffiliées, et la dimension spirituelle dans un propos de communion en forme de récit national, au second tour qui lui permet de faire un score historique.</p><p>Je suis donc intéressé par la géographie sociale décrite par Christophe Guilluy. Si la France des banlieues est, socialement et de façon ascendante, mobile, elle peut, nonobstant la question ethnique, se projeter positivement dans un avenir relativement meilleur, plus facilement que la France populaire reléguée et isolée dans le périurbain qui a besoin d’un Bonaparte qui tienne ensemble la société dans l’imaginaire des Français. Le vote en faveur de Ségolène Royal dans les banlieues serait dû, non seulement au fait qu’elle dit aux Français d’origine immigrée : « Vous faites partie de la communion nationale », mais à une mobilité suffisante pour que les individus se satisfassent du discours de la gauche sur le « commun égalitaire » et le refus de trier entre le bon grain de l’ivraie.</p><p>Les catégories populaires qui votent pour Nicolas Sarkozy ont en tête, non pas la question sociale qui est celle de la dispute, mais la question du « commun ». Nicolas Sarkozy propose une double sécurisation morale et temporelle : « Vous êtes du bon côté de la barrière de l’exclusion sociale » et une appartenance nationale et spirituelle : « Vous êtes dans un commun national ».</p><p>Selon ma grille de lecture, au travers de la façon dont se construit notre « imaginaire national », le moteur de l’évolution actuelle – y compris de la radicalité dans les entreprises – n’est pas la question de la dispute sociale mais la question de l’insertion dans le « commun ». Les ouvriers veulent avoir la garantie qu’ils font toujours partie de la communauté sociale et de l’entreprise et les électeurs des catégories populaires veulent qu’on leur dise qu’ils font toujours partie de la communauté nationale. Donc, plus les individus sont insécurisés économiquement et socialement, plus ils ont besoin d’être sécurisés moralement. C’est ce qu’a apporté Nicolas Sarkozy à la dernière élection présidentielle. Dans d’autres pays d’Europe, on appelle cela le populisme. Chez nous ce n’est pas le populisme, c’est le bonapartisme, dont la fonction historique est la résolution de contradictions. Nicolas Sarkozy incarne aujourd’hui cette fonction. Durant la présidentielle, il a été capable de fabriquer une clef de résolution de la contradiction entre l’antilibéralisme idéologique du pays (dû au fait que la crise du capitalisme et le capitalisme financier l’empêchent de se projeter dans un avenir meilleur) et le fait que ce pays n’est pas anticapitaliste. Le pays est antilibéral, il n’est pas anticapitaliste. Contrairement à ce qui était attendu par Marx, l’État se retirant de la nation dans le stade actuel du capitalisme, c’est le salariat qui souhaite le maintien des rapports sociaux et de ses compromis antérieurs et la bourgeoisie transnationale qui développe à l’échelle internationale les forces productives.</p><p>Le lien de Nicolas Sarkozy avec les Français se rompt fin 2007, début 2008 quand, par le contournement du pouvoir d’achat, il délite son projet temporel « travail + mérite = pouvoir d’achat » qui, réhabilitant la fierté du travail, redonnait aux ouvriers leur place dans l’imaginaire social. Au même moment, la surexposition de sa vie privée ébranle le rapport spirituel à la Nation.<br />Aujourd’hui, les Français se demandent à nouveau quel est le « commun » dans la société.<br />Si le lien de Nicolas Sarkozy avec les Français s’est délité, il garde le monopole de l’imaginaire politique.</p><p>La difficulté de la gauche, au plan national, vient de son incapacité à construire une cohérence entre la question de l’incarnation, c’est-à-dire la question de l’imaginaire, du projet, et la question du levier de ses politiques. C’est ce qui explique le paradoxe apparent de ses bons résultats dans les élections intermédiaires. En effet, les politiques municipales offrent, a minima, la promesse d’une cohérence entre incarnation du maire, le projet municipal commun et politiques locales portées par la gauche. Alors un commun spatial et égalitaire est possible.</p><p>Dans les temps de crise, la fonction du politique est de donner aux individus une place dans l’imaginaire de la société. J’ai été vivement intéressé par la question de l’imaginaire des banlieues. Selon les sondages que j’avais réalisés pendant la crise des banlieues, 80% des Français souhaitaient un couvre-feu en banlieue. Ce que vous avez dit, concernant les banlieues, sur la différence entre l’imaginaire des médias et ce que vous observez est intéressant. Mais les Français ont besoin d’un imaginaire sur les banlieues, alors même que cet imaginaire ne correspond pas à la réalité. Cet imaginaire, dans l’espace, est similaire à celui qui permet à l’ouvrier pauvre de se distinguer des assistés. Chacun a besoin de fixer mentalement dans son imaginaire la zone de l’autre dont on ne souhaite pas être. On tient à cet imaginaire qui permet de se rassurer en se disant qu’on ne fait pas partie des banlieues. C’est cet imaginaire qui pointe, au sein de l’immigration, l’immigré le plus récent. Les choses vont très vite, les comportements politiques le montrent : au bout de la première génération – c’est une marque de la réussite de l’intégration – l’avant-dernier arrivé veut refermer la porte aux nouveaux immigrés. Les individus qui n’arrivent pas à se projeter dans l’avenir ont besoin d’avoir dans l’imaginaire la marque de celui qui est tout à fait différent. J’ai été le premier en France à faire des études auprès des SDF. Des entretiens, il ressortait toujours que le voisin d’à côté (« vraiment alcolo ») était encore plus exclu. C’est le même processus dans les prisons où on « fait la peau » aux pédophiles. On se sécurise moralement en pointant l’autre tant on est soi-même inquiet de ne plus être dans la communion. Le politique, plus dans notre pays qu’ailleurs, a en charge de résoudre ces contradictions car chez nous la réussite individuelle ne fait pas société.</p><p>L’erreur du Parti socialiste de la « nouvelle synthèse » que je pointais avant la présidentielle de 2002 fut de penser que les « exclus » étaient une catégorie sociale et que l’on pouvait impunément fragiliser les catégories populaires au travers de cette référence « inclus/exclus ». L’exclusion est un processus, pas une catégorie, encore moins une identité. Plus on est exclu objectivement, moins on se reconnaît dans l’idée d’être exclu. La marque de la déconnexion du Parti socialiste d’avec les catégories populaires s’exprime dans l’impasse sur le « travail » et sa « fierté » dans une forme de misérabilisme social au travers de l’idée que les plus en difficulté pourraient se reconnaître comme appartenant à une catégorie reléguée.</p><p>Avant la pauvreté, avant l’exclusion, la préoccupation des individus c’est de faire partie d’un « commun ». Plus on fait partie de ce « commun », plus on peut se déployer dans la dispute sociale. Plus la dispute est là, plus elle se fait sur un objet commun.</p><p>Voilà la façon dont j’interprète la raison pour laquelle le peuple ne se retrouve pas dans le moment actuel, alors même que s’accroissent les inégalités sociales, dans le peuple défini au travers d’une dispute sociale.</p><p>——–<br />1/ Les « Antimémoires » d’André Malraux (première publication en 1967) composent avec « La Corde et les souris » l’ensemble intitulé « Le Miroir des limbes » achevé et entré dans la Pléiade en 1976</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Sun, 29 Mar 2026 16:24:57 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/1252/la-societe-iranienne-en-mouvement</link>
	<title><![CDATA[La société iranienne en mouvement]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Merci de me convier à partager l’expérience que j’ai de l’Iran. Ce n’est pas l’expérience d’un politologue mais plutôt celle d’un chercheur en sciences sociales. J’étudie la géographie de l’Iran, j’essaie de comprendre pourquoi les lieux ont de l’importance, pourquoi Téhéran n’est pas le Baloutchistan, Yazd n’est pas Tabriz, Ispahan n’est pas Chiraz et pourquoi leurs habitants sont différents.</p>
<p>Ces derniers temps ont été marqués par l’émergence d’une société iranienne très active. Les média nous montrent régulièrement des femmes iraniennes qui, malgré la loi qui leur est imposée, réussissent à prendre leur place dans la vie sociale. Aujourd’hui, les femmes iraniennes sont plus nombreuses que les garçons à l’université (62%), elles ont moins d’enfants que les Françaises. On observe donc un changement très important dans la sociologie féminine qui, évidemment, a une traduction politique.</p><p>On peut aussi parler d’une société qui bouge avec les jeunes, non sans avoir rappelé que l’Iran est, après Israël et le Liban, le pays le plus vieux du Moyen-Orient. La baisse de la fécondité depuis 1986 a entraîné la chute du nombre d’enfants de moins de quinze ans. Les générations les plus nombreuses ont entre vingt-cinq et trente ans (même si l’Iran est plus jeune que la France et si les jeunes Iraniens restent nombreux).</p><p>En 1999, des émeutes étudiantes avaient rassemblé pendant quelques semaines des jeunes gens qui n’avaient pas réussi à convaincre leurs parents de les suivre. Aujourd’hui, dans la rue, on voit, à côté de quelques jeunes, de nombreux adultes de trente-cinq à quarante ans, c’est pourquoi ce mouvement est important. Si la société iranienne bouge, c’est justement parce que l’Iran n’est pas un pays de jeunes, mais un pays de jeunes adultes, ce qui est fondamentalement différent dans la dynamique sociale et dans la durabilité de ce mouvement. La révolution date de trente ans et les moins de quarante ans, environ 75% de la population, n’ont jamais connu le régime du Shah. Autrement dit, on est dans un phénomène nouveau où la majorité de la société n’a plus la nostalgie du « temps jadis », la référence au passé a disparu. A l’époque du Shah, il y avait en Iran 170 000 étudiants, il y en a 2 500 000 aujourd’hui. La population a doublé et le nombre d’étudiants a été multiplié par quinze. Le niveau scolaire est ce qu’il est mais, aujourd’hui, une fille de la classe moyenne passe son bac à dix-huit ans et peut dire à ses parents : « J’accepte de ne pas aller à l’université, c’est trop loin. Mais je veux préparer un BTS de chimie à l’IUT proche… ». Après son BTS de chimie, elle aura vingt ans et n’épousera pas le cousin à qui elle était promise, elle poursuivra par une licence dans un College et, sa licence terminée, passera un doctorat. A vingt-cinq ans, elle épousera qui elle voudra. Les choses ont beaucoup changé en matière d’éducation et cette population éduquée se trouve également dans les campagnes où 80% des femmes rurales sont alphabétisées. Ce changement culturel montre que l’Iran est entré dans une mondialisation qui reste par ailleurs virtuelle : c’est par la connaissance, par le livre, par la radio, la télévision, internet que les Iraniens ont connaissance de ce qui se passe dans le monde car ces Iraniens des classes moyennes et populaires ou des petites villes demeurent aujourd’hui coupés du reste du monde.</p><p>Donc, la société bouge, s’active, regarde ce qui se passe à l’extérieur. La société est mécontente. Même ceux qui ont voté Ahmadinejad récemment sont mécontents. L’économie marche mal, l’inflation est gigantesque, le chômage n’en finit plus de monter. Mais entre le mécontentement social et le changement politique, le passage est difficile à faire dans un pays qui n’a pas de structures politiques. « Ils n’ont qu’à faire la révolution ! Ils n’ont qu’à changer de gouvernement ! » entend-on. Cela ne se fait pas si facilement.</p><p>Il s’est passé quelque chose de très important au mois de juin dernier.</p><p>En Iran, les élections avaient pour fonction principale de légitimer le vainqueur qui suscite un consensus. Il était élu avec quelques 75% des voix et tout le monde rentrait chez soi sans trop de problèmes, même si le vaincu n’était pas content, même si les fraudes étaient, comme d’habitude, assez importantes.</p><p>Or, cette fois-ci, pour la première fois, les élections avaient un enjeu parce que Barack Obama avait dit quelques mois avant les élections : « Je reconnais la République islamique d’Iran, je ne suis pas d’accord avec vous mais je respecte votre opinion ». Il a ainsi commis un « attentat politique », en quelque sorte, contre la République islamique en démolissant l’un de ses piliers : l’opposition aux États-Unis. Ceci a complètement perturbé le jeu politique. Au lieu d’opposer, comme d’habitude les plus ou moins à droite, les plus ou moins à gauche et les plus ou moins islamiques, les élections avaient pour la première fois un enjeu stratégique : la possibilité de mettre fin à trente ans de guerre froide contre les États-Unis, donc de stabiliser la République islamique. En effet, si les États-Unis ne s’opposent plus à cette république, elle a vocation à pouvoir continuer et celui qui serrera la main d’Obama sera le deuxième fondateur de la République islamique.</p><p>Or l’opposition n’était pas préparée à cela. Les quelques opposants habituels, les has been : Monsieur Karoubi, un vieux mollah, les amis de Monsieur Rafsandjani, un ancien au pouvoir depuis 30 ans, Moussavi, l’ancien premier ministre du temps de la guerre et de la soviétisation de l’économie, avaient pour vocation d’être celui qui serrerait la main d’Obama, mais cette opposition était divisée et surtout ne représentait pas l’avenir, la nouvelle société. Elle a fait cependant ce qu’elle a pu, et a même fait un travail magnifique dans les trois semaines qui ont précédé les élections, la « vague verte » a mobilisé les foules, mais on ne change pas un système politique en trois semaines, ni en trois mois.</p><p>Ahmadinejad a été un « bon » président, il a changé les préfets, les sous-préfets et les responsables de cantons en vue de contrôler l’élection, il était donc capable de « gagner » cette élection, en les contrôlant, comme d’habitude… Être élu avec 63% des voix (contre 75% d’habitude) n’est pas exceptionnel. Mais cette fois-ci, les gens sont descendus dans la rue, ils ont dit : Non, je n’accepte pas l’élection. Où est mon vote ? Ils ont considéré que l’habituelle fraude était cette fois-ci inacceptable parce qu’il y avait un véritable enjeu. C’est ce qui a donné à la société iranienne le courage d’aller dans la rue : Les États-Unis nous soutiennent, ils ne vont pas casser la dynamique comme ce fut le cas à l’époque où l’Amérique avait refusé plusieurs fois la main tendue par Khatami, soumettant les Iraniens au despotisme d’Ahmadinejad.</p><p>Cet enjeu explique pourquoi la foule était dans la rue – un ou deux millions à Téhéran -, mais la protestation a eu lieu et continue dans toutes les villes et les villages d’Iran. Elle sera durable parce que ce ne sont pas des étudiants qui font la révolution mais des gens comme vous et moi, qui sont mariés, ont deux enfants et travaillent. Ils ne font pas la révolution pour le plaisir mais poussés par une contrainte vitale et stratégique.</p><p>La situation est donc tout à fait nouvelle en Iran, avec une société qui passe au politique et qui est frustrée par des élections qui auraient dû entraîner ce passage au politique, à une nouvelle politique.</p><p>Ce passage à un changement politique a-t-il des chances d’aboutir ?<br />J’analyse souvent la politique iranienne selon ses trois composantes importantes :<br />La composante islamiste, conservatrice, traditionnelle. Depuis trente ans les mollahs contrôlent le pays.</p><p>De l’autre côté de l’échiquier politique, la tendance mondialiste ou internationale rassemble les gens qui, par le pétrole, par l’éducation, par la science, voient l’Iran comme une puissance régionale importante, un pays moderne qui peut vivre au XXIe siècle.</p><p>Entre les deux il y a les nationalistes.<br />La révolution contre le Shah, allié des États-Unis, avait uni les islamistes et les nationalistes contre les mondialistes. Contre l’impérialisme américain, des nationalistes iraniens s’étaient associés aux islamistes. Khomeyni et les intellectuels de gauche firent tomber le Shah en 1978, et depuis lors, le gouvernement iranien est dirigé par cette alliance islamistes-nationalistes. Le fait nouveau est que les nationalistes, ont été « libérés » par Obama qui a déclaré ne plus être leur « ennemi », ils peuvent donc aujourd’hui se rapprocher de « l’international » qui, désormais, n’est plus adversaire de l’Iran. Cette translation de la masse du nationalisme iranien de l’islamisme vers l’international était à mi-chemin au moment des élections en juin. Le balancier continue aujourd’hui parce qu’il est durable, à condition que la politique américaine continue dans le même sens. Si la politique américaine s’arrête, le balancier s’arrêtera et risque de repartir vers l’islamisme associé au nationalisme. Le jeu continue. La situation, en pleine mutation, est assez délicate.</p><p>Qui décide en Iran ?<br />Les Iraniens avaient sur la table une solution au problème nucléaire. Mais en Iran, aujourd’hui comme hier, personne ne décide. En effet, le système des mollahs consiste à trouver un consensus : on discute, on réunit un conseil à huis clos jusqu’à ce que tout le monde soit d’accord. C’est-à-dire jamais. Traditionnellement, chaque mollah est en effet indépendant de ses collègues, il y a donc division a priori. Tout le monde se dispute et on sort de la salle avec un consensus minimum, toujours radical : Mort à l’Amérique ! Mort à Israël ! Cette capacité de dire non, ce conservatisme au vocabulaire « révolutionnaire » a été caractéristique de l’Iran jusqu’à aujourd’hui.</p><p>Le problème est que les États-Unis ont changé de stratégie politique et qu’il faut répondre vite en raison de l’importance du calendrier nucléaire. Ahmadinejad a choisi une solution à la chinoise : il a bunkerisé la République islamique. Les opposants sont jetés en prison, on verrouille le système, les Gardiens de la Révolution bloquent la machine et la République islamique est « sauvée » parce qu’elle est mise au congélateur, incapable de bouger et que la société est bloquée par la répression. Il peut alors serrer la main d’Obama et accepter un accord ponctuel sur le nucléaire. Il peut faire l’ouverture internationale parce que le cœur du système est bloqué.</p><p>Mais, je l’ai dit tout à l’heure, la société continue et continuera de bouger. Il sait donc qu’il ne peut pas faire n’importe quoi, mais il n’est pas capable de compromis et répond par la fuite en avant. L’Iran n’est pas la Chine populaire et cette méthode de gouvernement fondée sur la seule répression semble vouée à l’échec, mais pour l’heure, elle est efficace.</p><p>Les opposants essaient de se structurer et d’avancer mais, pour l’instant, ne prennent pas de décision parce qu’ils n’en ont pas la capacité : il n’y a pas de parti politique structuré en Iran.</p><p>Les religieux redoutent plus que tout que les États-Unis – c’est-à-dire les pays Occidentaux, rentrent en Iran. Ils savent que si les États-Unis mettent un pied dans le pays, c’est tout le système politique et culturel de la République islamique qui risque de tomber. Ils craignent par dessus tout « l’invasion culturelle occidentale » Ils sont donc opposés à toute négociation.</p><p>Au milieu, Ahmadinejad n’a pas la capacité politique d’imposer sa volonté parce qu’il n’a avec lui ni la rue, ni l’opposition libérale, ni les mollahs, ni même les Gardiens de la Révolution.</p><p>Jusqu’à maintenant, les anciens généraux des Gardiens de la Révolution, de bons musulmans, des nationalistes, qui ont aujourd’hui cinquante ou cinquante-cinq ans, qui ont fait la guerre Irak/Iran (1980-1988), sont restés silencieux. Ils ont combattu pour défendre la patrie, ils sont maintenant docteurs, ingénieurs, ils font du business. Ce ne sont pas des anges mais, en tant que vainqueurs de la guerre Irak/Iran et que défenseurs de l’islam, ils ont la capacité de dire aux Gardiens de la Révolution actuels les plus durs et aux mollahs, qu’ils ont la volonté d’ouvrir la main vers les États-Unis parce qu’ils veulent que l’Iran soit un grand pays moderne. L’un d’entre eux, Rezaï, commandant en chef des Pasdarans était candidat contre Ahmadinejad en 2009, Mohammad Bagher Qalibaf, actuel maire de Téhéran était candidat aux élections contre le même Ahmadinejad en 2005, il sera peut-être le Bonaparte iranien qui, si l’anarchie se prolonge et si les États-Unis n’obtiennent pas de réponse rapidement, prendra le pouvoir par un coup d’État avec le concours du Guide qui n’aura pas d’autre choix que de le soutenir pour sauver le régime.</p><p>Le scénario est assez pessimiste, assez dur. Des conflits sont possibles, voire un coup d’Etat militaire. D’autres solutions, démocratiques sont rêvées. Il est difficile de faire un pronostic.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
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	<pubDate>Sun, 29 Mar 2026 16:23:52 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[L’Iran et l’arme nucléaire - Fondation Res Publica]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Je serai d’autant plus libre de ma parole que je m’exprimerai en « off ».<br />Je ne suis ni avocat ni procureur. Ce qui m’intéresse dans cette affaire, au-delà des raisons, ce sont surtout les conséquences et la façon de les prévenir.</p>
<p>Je me concentrerai sur le dossier nucléaire. Les relations avec l’Iran comportent bien d’autres dimensions mais c’est le dossier nucléaire qui nous occupe le plus en ce moment et c’est celui sur lequel une horloge est en train de tourner.</p><p>Je commencerai par commenter les faits rapportés par l’AIEA, récemment encore, dans son rapport de la semaine dernière.</p><p>Le premier fait est la poursuite par l’Iran de son programme d’enrichissement en violation des cinq résolutions du Conseil de sécurité et de neuf résolutions de l’AIEA et sans vocation civile identifiable. Aujourd’hui l’Iran produit de l’uranium faiblement enrichi qui n’a pas d’usage civil et n’en aura pas avant longtemps. Comme l’ambassadeur Nicoullaud l’a dit, le jour où la centrale de Bouchehr entrera en fonctions, elle utilisera de l’uranium russe pour la durée de vie du réacteur. Aujourd’hui il n’y a pas d’autre projet de réacteur iranien. Aucun ne sera réalisé avant de longues années. L’usine de Natanz est comme une raffinerie qui produirait de l’essence pour des voitures qui sortiront dans vingt ans. On ne voit pas d’usage industriel prévisible. D’autres pays qui disposent de réacteurs nucléaires, comme la Corée du Sud, ont fait le choix de ne pas développer l’enrichissement parce que ce n’est pas rentable. Ils préfèrent acquérir l’uranium sur le marché. Je ne dis pas que l’usine de Natanz a des fins militaires mais qu’elle n’a pas de fins civiles identifiables.</p><p>Jusqu’en 2002, c’était un programme clandestin : ces usines ont été développées en secret, elles ont été révélées en 2002 par un groupe iranien puis l’Agence internationale de l’énergie atomique les a inspectées. Ce programme a donc été développé pendant dix-huit ans dans la clandestinité.</p><p>Il s’est appuyé sur le réseau A. Q. Khan, du nom d’un scientifique pakistanais, dit « le père de la bombe pakistanaise », assez peu connu pour sa contribution au développement des usages pacifiques de l’énergie nucléaire. Il a coopéré avec la Libye, avec la Corée du Nord, il a coopéré avec l’Iran.</p><p>Le premier élément réside donc dans les inquiétudes liées à ce programme d’enrichissement qui se poursuit sans but visible.</p><p>Le deuxième fait est le problème des contrôles. L’ambassadeur Nicoullaud a parlé des contrôles de l’AIEA : Non, l’Iran n’applique pas pleinement les contrôles de l’AIEA. Par exemple, il n’applique pas le protocole additionnel qui donne à l’Agence des pouvoirs d’inspection renforcée lui permettant d’aller dans les sites où il n’y a pas de matière nucléaire (alors que les accords habituels limitent les inspections aux sites qui renferment des matières nucléaires).</p><p>L’Iran ne répond pas aux questions de l’Agence sur ses activités nucléaires passées et présentes. Je citerai en particulier les activités pouvant être liées à la conception et à la fabrication des armes nucléaires, qui occupent une place croissante dans les rapports de l’AIEA. Les rapports de l’AIEA décrivent par exemple une étude sur l’intégration d’une charge sphérique dans un cône de missile et des expérimentations effectuées sur ce qu’on appelle un implosoir, une technologie qui permet de créer une onde sphérique à partir d’explosifs. D’autres études ont porté sur l’explosion de « quelque chose » à 600 mètres d’altitude. Le directeur général adjoint de l’AIEA, Monsieur Heinonen, qui fait un travail remarquable, a présenté aux Etats membres de l’AIEA, il y a deux ans, une vidéo montrant cette explosion à 600 mètres d’altitude. A moins que ce ne soit pour des feux d’artifice, on n’y voit pas d’usage civil.</p><p>Bref, l’AIEA explore toutes les informations reçues de plus d’une dizaine d’Etats membres et qu’elle juge suffisamment cohérentes, crédibles et détaillées pour que l’Iran doive expliquer la finalité de son programme. Mais l’Iran ne répond pas à ces questions, ne donne pas accès aux gens, ne donne pas accès aux installations ni aux documents. Les Iraniens se contentent de dire que ce sont des faux mais ce n’est pas l’avis de l’AIEA.</p><p>Le dernier point inquiétant est l’affaire du deuxième site d’enrichissement, découvert à proximité de la ville de Qom, sous une montagne, dans un camp des Pasdarans. Construit dans la clandestinité la plus totale jusqu’à la révélation de son emplacement, fin septembre, c’est un très petit site : il ne pourrait pas contenir plus de 3000 centrifugeuses. Pour vous donner un ordre de grandeur, l’usine de Natanz peut contenir 54000 centrifugeuses, sachant qu’elle est loin d’être pleine. 54000 centrifugeuses permettraient de produire en un an du combustible pour un réacteur nucléaire. 3000 centrifugeuses, c’est une bombe par an. Le site de Qom n’est pas une réplique du site de Natanz comme le prétendent les Iraniens (si Natanz était bombardée, ils auraient, disent-ils, ce deuxième site en réserve). On voit bien que son usage ne peut être civil.</p><p>Le dernier point n’est pas nucléaire. L’Iran poursuit un programme très actif de missiles, sur deux technologies : les missiles à propulsion liquide et les missiles à propulsion solide. Il faut en retenir que la portée s’accroît entre 1500 et 2000 kilomètres. Or, à 2000 kilomètres, on dépasse le cadre régional, on commence à atteindre la Roumanie et la Bulgarie. Cela n’a peut-être pas de sens du point de vue stratégique mais la réalité technique est là : la portée de ces missiles s’accroît.</p><p>Tout cela montre le déficit de confiance que la communauté internationale a dans le programme de l’Iran et donc le travail à accomplir pour restaurer la confiance, ce qui est l’objectif.</p><p>Pourquoi tout ceci est-il très préoccupant ?</p><p>D’abord en raison de la menace très forte pour la sécurité régionale.<br />Le programme nucléaire iranien fait craindre deux risques :<br />Le risque de détournement. L’Iran utilise-t-il clandestinement des installations pour produire une arme ?<br />Le risque de rupture : Que se passera-t-il si un jour l’Iran, comme la Corée du Nord, expulse les inspecteurs de l’AIEA ? Cette possibilité théorique doit être gardée à l’esprit.<br />Les risques pour la région sont de deux ordres :<br />Les risques que susciterait la politique étrangère d’un Iran nucléaire. C’est la thèse des effets de la sanctuarisation. C’est sans doute ce qui inquiète le plus les pays de la région. Quel serait le comportement de l’Iran sanctuarisé par l’arme nucléaire ou la capacité nucléaire ?</p><p>Monsieur le ministre a évoqué le risque d’une cascade de prolifération dans la région, une éventualité qu’on n’a pas envie de voir se réaliser. Paradoxalement, ce qu’Israël n’a pas fait – pousser un certain nombre de pays de la région à se doter de l’arme nucléaire – l’Iran pourrait le faire. Je voudrais noter que, de ce point de vue, il n’y a pas tellement de différence entre un Iran « au seuil », c’est-à-dire perçu comme ayant une capacité nucléaire, et un Iran effectivement doté de l’arme nucléaire. Si la différence correspond à un délai de six mois, un Etat de la région pourrait vouloir se doter de la capacité nucléaire dans les mêmes conditions. Si on aboutit à un Moyen-Orient truffé d’installations d’enrichissement prêtes, en cas de crise grave, à être affectées à des fins militaires, on passera assez rapidement d’une prolifération virtuelle à une prolifération réelle.<br />Ce sont des risques et notre tâche est de prévenir ces risques.</p><p>La deuxième catégorie de menaces a déjà été évoquée, c’est la menace pour le régime de non-prolifération nucléaire.</p><p>Au mois de mai aura lieu la conférence d’examen du TNP. Tous les cinq ans, les Etats membres du Traité de non-prolifération nucléaire se réunissent pour faire le point sur la mise en œuvre du traité. Le TNP est l’un des traités les plus universels (quatre Etats n’en font pas partie). Seules la charte des Nations Unies et la charte des droits de l’enfant ont plus de signataires.</p><p>Mais ce traité est soumis à un certain nombre de tensions et la crise nucléaire iranienne en cristallise plusieurs. Le traité repose sur un certain nombre d’échanges : le désarmement et la non-prolifération, la non-prolifération et le développement des usages pacifiques du nucléaire. On voit que l’Iran, effectivement, met en cause les aspects de non-prolifération, notamment les contrôles de l’AIEA, l’action de vérification, et ne coopère pas pleinement avec l’agence. On a mentionné le cas passé de la Corée du sud, le cas de Taïwan, le cas de l’Egypte, mais il y a une énorme différence ! Outre une différence de taille, d’ampleur, puisque ni la Corée du sud ni Taïwan n’ont développé d’installation d’enrichissement clandestines, ces pays, quand l’AIEA les a interrogés, ont ouvert leurs portes, tout comme l’a fait la Libye. Ils ont montré où étaient les scientifiques, où étaient les documents et les matières, ce que l’Iran ne fait pas.</p><p>Donc, le premier point est la mise en cause de l’AIEA.</p><p>Le deuxième point est la question de l’enrichissement et du retraitement. Ces technologies très « duales » peuvent assez facilement passer d’un mode civil à un mode militaire, elles font donc l’objet d’une sensibilité particulière.</p><p>Si on accepte que l’Iran développe des installations d’enrichissement et de retraitement sans usage civil identifiable, que dira-t-on demain aux autres ? Si d’autres pays de la région viennent nous voir en brandissant leur droit inaliénable à l’enrichissement, que leur répondra-t-on ? Au-delà de l’Iran, il y a tout le contexte régional.</p><p>A la clef de cette crise nucléaire iranienne, il y a littéralement l’avenir de nos efforts de non-prolifération.</p><p>Le troisième aspect est la menace pour la sécurité internationale. Cette question est liée à ce qui précède : si le régime de non-prolifération s’écroule, si le Moyen-Orient devient nucléaire, la sécurité internationale sera gravement atteinte. Mais, au-delà, il y a aussi l’atteinte portée aux instruments de sécurité collective : l’AIEA et le Conseil de sécurité. Ce n’est sans doute pas la première fois que l’autorité du Conseil de sécurité est battue en brèche mais, dans ce cas ce sont cinq résolutions à l’unanimité qui ne sont pas appliquées. Pour nous qui attachons une énorme importance à la sécurité collective, c’est un problème majeur.</p><p>C’est en raison de toutes ces inquiétudes qu’en 2003 la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne ont pris l’initiative d’offrir à l’Iran une voie de sortie négociée. La découverte d’une installation d’enrichissement clandestine aurait dû être suivie par les sanctions du Conseil de sécurité. La France et ses partenaires ont fait un autre choix, proposant à l’Iran une négociation qui a abouti à un premier accord, en octobre 2003. Après un certain nombre de difficultés de mise en œuvre de cet accord, un deuxième accord a été signé en novembre 2004. C’est à partir de l’élection d’Ahmadinejad que tout s’est écroulé. Les trois Européens ont été rejoints en 2006 par la Russie, les États-Unis et la Chine. Ce n’était pas un mince exploit car l’administration Bush avait été extrêmement critique vis-à-vis des Européens pour leur tentative de dialogue avec l’Iran. Conscients que, sans les États-Unis, il n’y aurait pas d’accord, nous avons fini par convaincre les Américains de la nécessité de soutenir cette tentative.</p><p>Les six ont commencé à travailler ensemble en juin 2006. Leur approche repose d’une part sur un objectif clair, partagé, qui est d’empêcher l’Iran d’acquérir une capacité nucléaire militaire, d’autre part sur une méthode qu’on appelle parfois, faute de mieux, la « double-approche », qui mêle fermeté et dialogue.</p><p>L’élément de dialogue consiste à proposer à l’Iran d’engager des négociations à la condition qu’il suspende ses activités d’enrichissement. En effet, si l’Iran continue à enrichir pendant qu’on négocie sur l’avenir du programme nucléaire, les résultats de la négociation sont biaisés car il crée du fait accompli.</p><p>L’objectif de la négociation est un accord de long terme de coopération nucléaire incluant le nucléaire civil. Le contenu des offres faites d’abord par les Européens en juin 2005, puis par les six en 2006 et de nouveau en 2008, est très vaste et même inédit : aucun pays ne s’est jamais vu offrir un tel paquet de coopération (surtout un pays pris sur le fait comme l’Iran). La lettre des six ministres envoyée à l’Iran en juin 2008 (donc signée également par la Secrétaire d’Etat américaine) exprimait clairement la volonté des six Etats de changer complètement leurs relations avec la République islamique, lui reconnaissant donc ce caractère islamique, ce qui, pour les États-Unis, n’allait pas de soi. Les Iraniens n’ont pas réagi à cette lettre.</p><p>La « double approche » consiste donc en une offre de coopération qui se muera en pression, en sanctions, si l’Iran persiste dans son refus de négocier. Cinq résolutions du Conseil de sécurité, dont trois de sanctions, ont été votées par les Russes et les Chinois, ce n’est donc pas simplement une affaire occidentale comme parfois les Iraniens le présentent.</p><p>Où en sommes-nous ?</p><p>Depuis le début de l’année 2009 trois évolutions majeures se sont produites.<br />La première, c’est l’offre historique américaine de dialogue, la « main tendue » d’Obama, une évolution que nous souhaitions, que nous soutenons et qui représentait un réel changement dans le paysage. Cette offre, jusqu’à présent, n’a pas été saisie. Les Américains ont fait passer par tous les canaux leur volonté de discuter avec l’Iran, sans pré-condition et sans réponse…</p><p>Le deuxième élément, sans doute lié au précédent, ce sont les élections, avec les fraudes qui s’y sont déroulées et la répression qui a suivi. Toute négociation suppose un interlocuteur. Sans doute le régime avait-il déjà du mal à décider, compte tenu de sa structure, mais on peut craindre que, dans ce contexte de compétition politique encore accru, il lui soit encore plus difficile de décider.</p><p>Le troisième élément est, malheureusement, la poursuite du progrès du programme nucléaire. C’est là où la notion du temps est importante. Cette affaire n’a pas commencé au mois de septembre, depuis sept ans on essaye d’arrêter les Iraniens qui, pendant ce temps, de façon très systématique, très méthodique, ont fait avancer leur programme nucléaire, additionnant les centrifugeuses, améliorant leur savoir-faire, produisant de la matière. Dans la prolifération nucléaire, le point-clef est la matière : la capacité technique de faire une bombe n’est pas un verrou, pas plus que les missiles. Le verrou c’est l’acquisition de la matière, en raison de son coût. Donc, lentement mais sûrement, l’Iran avance.</p><p>Après la révélation sur le site clandestin de Qom (le 25 septembre), les six ont rencontré l’Iran à Genève le 1er octobre, pour la première fois depuis quinze mois. Monsieur l’ambassadeur a condamné l’usage de la carotte et du bâton. Force est de constater que les Iraniens bénéficient depuis mars 2008, date de la dernière résolution de sanction, d’une phase de dialogue, sans la moindre sanction. Solana a passé de longues heures à parler aux Iraniens, il s’est rendu en Iran. Depuis l’arrivée de l’administration Obama, cet effort s’est accru.</p><p>Lors de cette réunion du 1er octobre à Genève un certain nombre d’éléments ont été agréés en principe :<br />1° Une visite sur le site de Qom, qui a eu lieu, suivie d’une deuxième.<br />2° La proposition d’approvisionner en combustible le petit réacteur de recherche (à des fins médicales) de Téhéran. Il s’agit de valoriser le combustible produit par l’usine de Natanz. La Russie et la France étaient prêtes à participer à ce schéma qui constituait une mesure de confiance (puisqu’on utilisait de l’uranium dont les fins civiles n’étaient à l’origine pas identifiables). Comme cela a été constaté, non seulement il n’y a pas eu de réponse positive mais les rumeurs qui courent depuis plusieurs semaines augurent un rejet de l’offre. Pourtant, le directeur général de l’AIEA s’est vraiment engagé dans cette affaire, la Russie y a investi un capital politique considérable. En effet, aucun des six ne souhaite, plus que la Russie, désamorcer la tension. Les États-Unis et la France l’ont soutenue pleinement, y voyant une bonne chose pour l’Iran et une amorce de retour à la confiance. Mais pour des raisons difficiles à analyser, il n’y a pas eu d’accord. Ce refus a tendance à accroître nos doutes.<br />3° Une reprise du dialogue avec les Iraniens sur le dossier nucléaire. Or, vous l’avez constaté, les Iraniens, à ce stade, n’ont pas envie de dialoguer sur le dossier nucléaire.</p><p>Que faire aujourd’hui ?</p><p>Les six ministres réunis à New-York ont prévu d’évaluer la situation et d’en tirer les conséquences avant la fin de l’année. En langage clair, cela annonce de probables nouvelles sanctions.<br />On attend de l’Iran un changement profond de comportement sur le dossier nucléaire.<br />Les Iraniens sont-ils prêts ou non à négocier sérieusement sur le programme nucléaire ?<br />Veulent-ils ou non normaliser leurs relations avec les États-Unis ?</p><p>Ceci sous-entend trois questions :<br />La première concerne leur perception de la situation. S’ils se sentent en position de force ils ne voudront peut-être pas négocier.<br />La deuxième concerne leur volonté réelle de négocier.<br />La troisième porte sur la possibilité de décider, dans les circonstances présentes, pour un système, qui, structurellement, a du mal à prendre des décisions stratégiques.<br />Ces questions sont aujourd’hui sans réponse.</p><p>Le risque, si aucun progrès n’est constaté à la fin de l’année, c’est qu’on s’achemine vers une nouvelle phase de sanctions.<br />Les sanctions ne sont pas une fin en soi, elles ont deux objectifs :</p><p>Le premier c’est essayer de convaincre l’Iran, sous la pression, qu’il a intérêt à négocier. Or ce régime réagit à la pression : en 2007, les menaces de sanctions avaient amené l’Iran à conclure rapidement avec l’AIEA un plan pour éclaircir les questions en suspens. C’est donc un régime qui réagit à la pression et le temps est peut-être venu effectivement d’accroître la pression. Encore faut-il qu’elle soit conséquente. Jusqu’à présent la logique des sanctions a été très progressive, très incrémentale, notamment à cause des Russes et des Chinois. Peut-être cette fois-ci, ces sanctions devront-elles être d’une ampleur et d’une nature différente si on veut attirer l’attention des dirigeants iraniens.</p><p>Le deuxième aspect qu’il ne faut jamais négliger est le contexte régional. Il est très important de montrer aux pays de la région que nous sommes déterminés à obtenir un règlement négocié de cette affaire. En effet, l’inquiétude monte, non seulement en Israël mais aussi dans nombre de pays de la région. La pression fait partie de cette démarche pour éviter d’autres options que personne n’a envie de voir.</p><p>Pour conclure je dirai que nous avons encore un peu de temps. Nous sommes dans le temps de la prévention, ce scénario peut encore être évité. Il importe que les six soient aussi unis que possible, sans oublier tous les autres pays du monde qui sont conscients, non seulement du problème de l’Iran mais aussi des conséquences plus larges sur le régime de non-prolifération nucléaire.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/1250/conclusion-de-jean-pierre-chevenement-fondation-res-publica</guid>
	<pubDate>Sun, 29 Mar 2026 16:22:42 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/1250/conclusion-de-jean-pierre-chevenement-fondation-res-publica</link>
	<title><![CDATA[Conclusion de Jean-Pierre Chevènement - Fondation Res Publica]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Merci, Monsieur Briens, pour cet exposé très bien documenté et éclairant.</p>
<p>Avant de passer la parole à la salle, je voudrais dire à mon tour que nous avons un peu de temps. Il ne faut pas céder à une dramatisation excessive. L’Iran dispose de ressources d’uranium limitées. Au total ses gisements représentent 2000 tonnes d’uranium et il en produit à peu près 75 par an. Il a importé 500 tonnes d’uranium de Namibie dans les années 1970. Tout cela ne permet de réaliser qu’un nombre d’armes relativement réduit, à supposer que l’Iran en ait les moyens. Or aujourd’hui on sait qu’il dispose de centrifugeuses de première génération dont beaucoup ne fonctionnent pas. La quantité d’uranium faiblement enrichi dont dispose l’Iran, 1300 kilos, n’est un secret pour personne. Cela permet peut-être de réaliser un engin après enrichissement à 90%. D’après les services secrets israéliens, l’Iran ne pourrait pas se doter d’un engin nucléaire – unique – avant 2014. L’expérimentation éventuelle détruirait la totalité de cet arsenal ! En considérant que la production d’UFE (uranium faiblement enrichi) est de 70 kilos par mois, nous pouvons conclure que nous avons un peu de temps.</p><p>La difficulté vient, me semble-t-il, – il n’y a ici ni défenseur, ni procureur – de ce que l’Iran est un pays très susceptible, peut-être légitimement susceptible, comme nous l’ont expliqué plusieurs intervenants. Le nationalisme iranien est très largement partagé y compris par l’opposition. L’intransigeance iranienne risque de faire manquer l’opportunité que constitue la présence de Monsieur El Baradei à la tête de l’AIEA. En effet ses fonctions arrivent à expiration à la fin de ce mois. C’est un Japonais qui prendra la suite, ce qui ne rendra pas forcément les choses plus faciles du point de vue de l’Iran.</p><p>Ce qui m’intrigue, c’est qu’un éventuel refus viendrait, semble-t-il, de gens comme Moussavi et le président – réputé conservateur – de la Commission de la défense du Parlement iranien. Curieusement, Ahmadinejad semblait plus ouvert (son directeur de cabinet faisait des déclarations qui allaient même au-delà de ce qu’on lui demandait !). Je m’interroge sur la manière dont cette affaire est traitée sur le plan intérieur. Comme l’a dit tout à l’heure Monsieur Hourcade, la société iranienne a besoin d’être débloquée. On voit très bien ceux qui voudraient la débloquer et ceux qui ne le souhaitent pas. L’affaire du nucléaire est bel et bien instrumentée à des fins de politique intérieure.</p><p>Sur le plan de la politique extérieure, les États-Unis ont besoin de l’Iran pour se dégager de l’Irak. Loïc Hennekinne nous avait rappelé en d’autres temps, que l’Iran dispose de moyens de pression importants puisque plus de la moitié de la population irakienne est chiite et que de nombreux partis chiites sont très influencés par Téhéran. Le retrait en bon ordre des forces américaines d’Irak dépend donc de la bonne volonté iranienne.</p><p>On pourrait en dire autant de l’Afghanistan. Si l’Iran n’a jamais entretenu de bonnes relations avec les Talibans, il a de très bons rapports avec le Hezb-i-islami, le mouvement de Gulbuddin Hekmatyar, lui- même très proche des Talibans. Si l’on ajoute à cela l’influence des minorités tadjikes et hazaras, on constate que l’Iran a des moyens de pression en Afghanistan ainsi qu’ailleurs qu’au Moyen-Orient (au Liban à travers le Hezbollah, à Gaza à travers le Hamas).</p><p>On ne peut négliger la menace d’une frappe israélienne qui serait désastreuse à tous égards, pernicieuse du point de vue de l’ordre mondial et suicidaire pour Israël.</p><p>Au point où nous en sommes, je pense que les Iraniens ont à prendre une position raisonnable. Nous ne pouvons que souhaiter la normalisation de nos rapports avec l’Iran. Depuis la destruction de l’Irak, ce pays a une position dominante dans sa région.</p><p>J’exprimerai quelques nuances sur les rapports complexes entre l’Irak et l’Iran. Au départ c’était l’eau et le feu. Les Occidentaux – particulièrement les Américains – ont certainement encouragé l’Irak mais il faut rappeler que l’ayatollah Khomeiny avait refusé la résolution des Nations Unies de 1982, faisant traîner la guerre jusqu’en 1988, date à laquelle il but la « coupe de poison ». Six ans de guerre sur huit sont imputables à l’entêtement iranien.</p><p>Dans la situation actuelle, nous avons intérêt à une normalisation, nous avons intérêt à la stabilité de la région et le risque de la prolifération doit être conjuré.</p><p>Comme l’avait dit le Président Chirac (1), je pense que l’Iran ne pourrait pas faire grand-chose d’une arme nucléaire : la dissuasion fonctionne, la Cinquième flotte est présente et l’Iran est cerné par des pays dotés de l’arme nucléaire ! Mais ce serait un encouragement à la prolifération pour des pays comme l’Arabie saoudite, qui en a les moyens financiers. Il faut aussi les techniciens, que d’ailleurs l’Iran n’a pas en nombre suffisant. C’est l’une des faiblesses iraniennes, avec l’hostilité de la communauté scientifique iranienne au régime.</p><p>Nous devons essayer de conjurer le risque de prolifération.</p><p>Le TNP a considérablement ralenti la prolifération. Kennedy déclarait au début des années 70 qu’il y aurait à la fin du siècle plus de vingt-cinq pays détenteurs de l’arme nucléaire. Il n’y en a que neuf. De ce point de vue, le TNP a joué un rôle de « ralentisseur » (comme on dit en technologie nucléaire) tout à fait efficace. L’intérêt de l’humanité n’est pas de voir partout des Etats nucléaires. Un Moyen-Orient dénucléarisé serait certainement préférable mais cela impliquerait évidemment beaucoup de changements par rapport à la situation actuelle.</p><p>Je crains (cet avis n’engage que moi) que si l’Iran ne modifie pas sa position rapidement, des sanctions nouvelles – dont je ne sais jusqu’où elles iront (on a évoqué un embargo sur les produits pétroliers raffinés) -soient inévitables.</p><p>Quoi qu’il en soit, il faut laisser la porte ouverte à la négociation parce qu’il y a derrière cette affaire nucléaire beaucoup d’éléments – notamment de politique intérieure – qui nous échappent. Je ne pense pas que l’intérêt de l’Iran soit de s’entêter dans cette perspective. L’Iran n’a pas à craindre d’agression par les États-Unis, vaccinés par le fiasco irakien contre toute tentative d’invasion terrestre. L’intérêt d’Israël n’est pas dans une frappe qui ralentirait le programme iranien sans l’anéantir, créerait un désordre inimaginable dans la région et coaliserait un très grand nombre de pays contre Israël.</p><p>Je pense donc qu’il faut « laisser un peu de temps au temps » et laisser à l’Iran le soin de changer de position.</p><p>Peut-être y a-t-il une manière de procéder et j’introduirai une nuance avec la politique actuelle. Je crois que l’expression que nous donnons souvent n’est pas heureuse et je rejoins ce que disait l’ambassadeur Nicoullaud. Si on veut aboutir dans une négociation, il ne faut pas employer constamment des langages de vexation et d’humiliation. On a quelquefois l’impression que nous allons plus loin que l’administration Obama elle-même. C’est une question de tonalité qui me paraît importante et devrait être rectifiée. Cela dit, tous les éléments évoqués par Monsieur Briens me paraissent correspondre à une réalité qui ne peut pas ne pas nous interpeller.</p><p>Il n’y a nulle volonté de ma part d’aggraver une situation déjà préoccupante et je ne vois pas d’autre solution que de maintenir ouverte la porte de la négociation et de chercher un résultat en employant le langage le plus adéquat. Si, comme l’a dit Monsieur Briens, l’Iran est sensible à la pression, Monsieur Nicoullaud rappelait que c’est une question de diplomatie.</p><p>Il y a de nombreux diplomates dans cette salle. Je vais leur donner la parole. Ils en savent plus que moi sur ce sujet.</p><p>——-<br />1) Interrogé début 2007, le chef de l’Etat notait que « si l’Iran possédait une bombe nucléaire et si elle était lancée, elle serait immédiatement détruite avant de quitter le ciel iranien. Il y aurait inévitablement des mesures de rétorsion et de coercition. C’est tout le système de la dissuasion nucléaire ».<br />Ce « qui est très dangereux, martela Jacques Chirac, c’est la prolifération ».</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/1249/mon-apres-midi-irakien</guid>
	<pubDate>Sun, 29 Mar 2026 15:16:07 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/1249/mon-apres-midi-irakien</link>
	<title><![CDATA[Mon après-midi irakien.]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Introduit par ma chère amie Souad, j’ai passé un après-midi avec une famille irakienne réfugiée, et ce qui aurait pu n’être qu’un moment ordinaire — une visite, une présence, un simple partage — s’est peu à peu chargé d’une gravité qui excédait de loin les circonstances. Dans cet espace restreint, presque clos, se jouait quelque chose qui dépassait de beaucoup les individus présents : une scène du monde contemporain, avec ses fractures, ses déplacements, mais surtout ses renoncements.</p>

<p>La souffrance n’y était pas une idée. Elle ne relevait ni du discours ni de la statistique, mais d’une expérience immédiate, presque physique, inscrite dans les corps, dans les silences, dans ces regards qui évitent ou qui défient. Elle circulait entre les parents et les enfants comme une langue brisée. Les premiers portaient encore en eux la mémoire d’un ordre détruit — ses règles, ses limites, ses fidélités ; les seconds semblaient déjà s’en détacher, projetés dans un univers qui ne leur offre ni véritable cadre ni véritable résistance, seulement une permissivité confuse où tout est possible et rien n’est vraiment transmis.</p>

<p>Et pourtant, face à cette désagrégation, quelque chose en moi reconnaissait. Je l’ai connue dans les cités, où j’ai longtemps séjourné, où j’ai noué des amitiés, parfois improbables, souvent essentielles. J’y avais rencontré cette même humanité à vif, cette même coexistence de la chute et de la dignité. Une grandeur sans illusion, née non pas malgré la misère, mais à travers elle — et qui ne devait rien aux discours. Je l’ai rencontrée aussi chez des arabes dans les territoires gouvernés par l’Autorité palestinienne.  <br />C’est peut-être là que se loge la violence la plus profonde : dans la rupture des filiations, dans cette incapacité croissante à faire tenir ensemble ce qui autrefois formait une continuité. Il ne s’agit pas seulement d’exil, mais d’un arrachement plus radical encore — arrachement au sens, au temps, à toute inscription stable dans un monde commun.</p>

<p>Or le vide ainsi créé n’a rien de neutre. Il appelle. Il attire. Il organise autour de lui des forces qui, elles, ne doutent pas. J’ai vu — ou cru voir — comment cette souffrance devenait une ressource. Les islamismes proposent une totalité : un récit, une loi, une appartenance immédiate. Les économies parallèles offrent autre chose : une place, une puissance, une reconnaissance tangible. Dans les deux cas, la réponse est claire, structurée, sans hésitation. Là où notre société ne formule plus qu’un doute, eux imposent des certitudes.<br />Il serait trop facile d’en rester là. Car en face, il y a aussi ceux qui tentent, souvent avec courage, de maintenir un lien : travailleurs sociaux, enseignants, éducateurs. Leur engagement n’est pas en cause. Mais leur action se heurte à une difficulté plus profonde qu’un manque de moyens : une incapacité collective à assumer une parole claire.</p>

<p>À force de craindre de nommer, de trancher, d’imposer — par peur d’exclure, de stigmatiser, de mal faire — nous avons désarmé ce qui faisait encore autorité. Nous avons remplacé la clarté par la prudence, la transmission par l’accompagnement, la responsabilité par une forme de retrait. Et ce retrait, loin d’apaiser, ouvre un espace que d’autres occupent avec d’autant plus de force qu’ils ne doutent pas.<br />Il faut pourtant avoir le courage de le dire : la bienveillance sans exigence est une démission. Accueillir ne suffit pas. Aider implique de poser des limites, de transmettre des règles, d’assumer une dissymétrie — non pour écraser, mais pour rendre possible une véritable inscription dans un ordre commun.</p>

<p>Reste alors une question que l’on contourne sans cesse, parce qu’elle dérange : celle des conditions mêmes de cet accueil. Peut-on ouvrir indéfiniment sans se transformer au point de ne plus se reconnaître ? Peut-on intégrer sans rien affirmer, sans rien exiger, dans une société déjà travaillée par le doute, parfois même par une forme de refus d’elle-même ? Il ne s’agit pas de refuser l’autre, mais de reconnaître qu’un monde qui ne sait plus ce qu’il est ne peut offrir qu’un accueil vide.</p>

<p>Et pourtant, de cette expérience, une autre idée s’impose à moi, plus concrète, presque urgente. Celle de créer, tant qu’il est encore temps, des rencontres improbables. Non pas des dispositifs officiels, ni des espaces saturés de discours militants ou de stratégies de pouvoir, mais des moments simples, exigeants, entre des citoyens ordinaires — de tous milieux, de toutes origines — qui vivent déjà à proximité les uns des autres, trop près peut-être pour continuer à s’ignorer, et pourtant encore séparés par des peurs, des haines diffuses, ou plus simplement des préjugés tenaces.</p>

<p>Il ne s’agit pas d’une utopie. Il y a, déjà là, une multitude d’hommes et de femmes qui ne demandent qu’une chose : mener une vie digne. Ils sont nombreux, bien plus nombreux que ne le laissent croire les récits dominants. Encore faut-il créer les conditions de leur rencontre, de leur parole, d’une reconnaissance mutuelle qui ne soit pas médiée, filtrée, confisquée.<br />Je sais que cela est possible. Je ne le dis pas par naïveté, mais par expérience. J’ai vu, ailleurs, dans des contextes autrement plus tendus, parfois plus dangereux, des situations se dénouer lorsque ces espaces existaient. J’ai moi-même contribué à en créer, à les éprouver, à en mesurer la force fragile mais réelle. Il existe des méthodes, des chemins, des manières de faire — patientes, exigeantes, mais efficaces.<br />Ce qui manque aujourd’hui n’est pas tant le savoir-faire que la volonté. Une volonté politique au sens le plus simple : celle d’oser sortir des cadres habituels, de faire confiance à l’intelligence des situations, de prendre le risque du réel. Or cette volonté, pour l’instant, semble faire défaut.</p>

<p>Ce que cet après-midi m’a imposé, presque malgré moi, c’est un déplacement du regard. À force d’analyser les conséquences — tensions, dérives, ruptures, discours de politiciens et de militants  — j’en avais oublié les causes : les vies concrètes, les histoires brisées, les fragilités réelles. Mais aussi, plus profondément, notre propre difficulté à regarder le réel sans détour.<br />Et pourtant, malgré tout — malgré la confusion, malgré la fatigue, malgré les fractures — quelque chose persiste. Je l’avais connu dans les cités ; je l’ai retrouvé ici. Une forme de dignité nue, sans discours, presque invisible, mais irréductible. Comme si, au cœur même de la désagrégation, subsistait encore une possibilité.<br />Rien n’est tout à fait perdu — mais rien ne se maintiendra sans un effort de vérité.</p>

<p><a href="https://www.institut-charlesrojzman.com/fr"><br />Charles Rojzman</a></p>
]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/1248/chine-tungstene-embargo-le-triangle-qui-complique-leurs-guerrres</guid>
	<pubDate>Wed, 25 Mar 2026 19:42:57 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/1248/chine-tungstene-embargo-le-triangle-qui-complique-leurs-guerrres</link>
	<title><![CDATA[Chine, Tungstène, Embargo le triangle qui complique leurs guerrres....]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>« Si l'administration Trump était rationnelle, une guerre avec l'Iran est aujourd'hui impossible : l'embargo chinois décidé récemment sur le tungstène ne rend pas une guerre impossible en soi, mais il rendrait une guerre de haute intensité, prolongée et technologiquement avancée, quasi impossible à soutenir pour les USA, Israël et tout les pays de l'OTAN </p>

<p>Pour les néophytes de l'industrie, il faut comprendre que le tungstène n'est pas une matière première comme les autres. Ses propriétés physiques uniques en font le métal de prédilection pour tout les systèmes d'armes les plus critiques et les plus avancés. Sans tungstène, un pays peut toujours avoir des soldats et des fusils, mais il ne peut pas produire à grande échelle les munitions de haute technologie, les missiles, les avions de chasse ou les radars avancés qui constituent l'épine dorsale de sa puissance militaire.</p>

<p>La Chine exerce un monopole quasi total sur la chaîne d'approvisionnement. Ce qui rend la situation critique, ce n'est pas seulement que la Chine produit le minerai, c'est qu'elle contrôle l'intégralité de la chaîne de valeur, de la mine à la poudre de tungstène raffinée, indispensable à l'industrie .</p>

<p>Selon le Wall Street Journal, la part de la production minière mondiale de la Chine représente 80% (voire 83% selon les sources) de tout le tungstène extrait dans le monde. La Russie et la Corée du Nord (environ 5% chacun) contrôlent une grande partie du reste, laissant l'Occident dans une situation de dépendance critique .</p>

<p>Pour donner une échelle, les États-Unis n'ont pas produit une once de tungstène depuis près d'une décennie et dépendent entièrement des importations et du recyclage . Car pour produire du tungstène, il faut des mines. Mais l'Occident a laissé ses mines fermer dans les années 1980 et 1990 lorsque la Chine a inondé le marché de produits à bas prix pour éliminer ses concurrents . Le savoir-faire minier est aujourd'hui perdu.</p>

<p> Même avec l'urgence actuelle et des financements du Pentagone (via le Defense Production Act), les projets les plus rapides (comme au Nevada ou en Corée du Sud) n'entreront en production qu'entre 2028 et 2029 .<br /> L'Agence de la logistique de la défense américaine a tenté de remplir ses stocks stratégiques. En 2025, elle a cherché à acheter 4,5 millions de kg<br />de tungstène et n'a pas réussi à en obtenir une seule tonne car le métal "n'existe tout simplement pas" sur le marché hors Chine</p>

<p>Aujourd'hui, si une guerre de haute intensité éclatait en Iran, les arsenaux s'épuiseraient en quelques semaines ou mois. Sans la capacité de reconstituer ces stocks de munitions critiques à cause de la pénurie de tungstène, objectivement l'armée américaine perdrait sa capacité de combat de manière exponentielle</p>

<p>S'il était censé Trump est contraint à une politique d'apaisement, non pas par volonté politique, mais par manque de ces quelques grammes de métal nécessaires à chaque obus.</p>

<p>L'embargo chinois ne rend pas la guerre "impossible" dans l'absolu (les frappes ont eu lieu), mais il rend militairement intenable un conflit prolongé.</p>

<p>L'empressement du Pentagone à chercher de nouvelles sources de tungstène la veille de l'attaque contre l'Iran montre que l'état-major américain était pleinement conscient de cette vulnérabilité. Tant que les chaînes d'approvisionnement ne seront pas reconstruites (ce qui prendra des années), les États-Unis sont contraints à une forme de retenue stratégique : ils peuvent frapper, mais ils ne peuvent pas soutenir une guerre. C'est un facteur de dissuasion inédit que la Chine maîtrise désormais parfaitement.</p>

<p>Par Mongkolserey Hang</p>

<p>N.B : l'Ukraine va s'écrouler rapidement et on verra Zelensky prendre le dernier avion pour Varsovie »</p>
]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/1247/eu-losing-credibility-by-not-standing-up-to-trump-former-top-diplomat-blasts-%E2%80%93-politico</guid>
	<pubDate>Sat, 21 Mar 2026 08:49:14 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/1247/eu-losing-credibility-by-not-standing-up-to-trump-former-top-diplomat-blasts-%E2%80%93-politico</link>
	<title><![CDATA[EU losing credibility by not standing up to Trump, former top diplomat blasts – POLITICO]]></title>
	<description><![CDATA[<p>“She is systematically biased in favor of the U.S. and Israel,” he went on, despite Europe “suffering from the consequences in terms of energy prices, while [U.S. President Donald] Trump gloats that this is good for the U.S. because they are oil exporters.”</p><p>Trump has given several different rationales for the start of the war with Iran, including removing the country’s repressive regime and preventing it from gaining offensive nuclear capabilities.</p><p>Borrell, a Spanish socialist who since leaving office has served as the president of the Barcelona Center for International Affairs, praised the approach of Spain’s prime minister, Pedro Sánchez, who has been <a href="https://www.politico.eu/article/spain-pedro-sanchez-emerges-eu-chief-critic-donald-trump-war-in-iran/">Europe’s fiercest critic of Trump’s strikes on Iran</a>.</p><p>Borrell argued that his successor as the EU’s chief diplomat, former Estonian Prime Minister Kaja Kallas, should “be clearer on condemning breaches of international law, whether done by Russia, Israel or the U.S.” because “we lose credibility [when] we use selectively international norms.”</p><p>Representatives for Kallas did not immediately respond to a request for comment.</p><p>The former top diplomat, who has <a href="https://www.politico.eu/article/josep-borrell-accuses-eu-institutions-inaction-gaza-crimes/">long been critical of Israel’s actions in Gaza</a> and has increasingly turned fire on the Commission since finishing his mandate, said the EU should not move ahead with the ratification of the trade agreement von der Leyen and Trump struck in Scotland last summer. “The deal was unfair from the beginning,” Borrell said. “They imposed 15 percent tariffs on us and we reduce our tariffs on them.”</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/1246/la-menace-de-netanyahou-n%E2%80%99est-pas-nucleaire-mais-pourrait-etre-bien-pire</guid>
	<pubDate>Thu, 19 Mar 2026 11:28:08 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/1246/la-menace-de-netanyahou-n%E2%80%99est-pas-nucleaire-mais-pourrait-etre-bien-pire</link>
	<title><![CDATA[La menace de Netanyahou n’est pas nucléaire mais pourrait être bien pire]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Par Avigail Abarbannel – Le 11 mars 2026 – Source <a href="https://avigail.substack.com/p/what-netanyahu-is-threatening-is">Blog de l’auteur</a></p><p class="wp-caption-text">Itamar Ben-Gvir se tient devant la mosquée al-Aqsa. Itamar Ben. Compte Gvir X</p><p>Le 10 mars 2026, le colonel à la retraite de l’Armée américaine, Lawrence Wilkerson un ancien chef d’État-major du secrétaire d’État Colin Powell, <a href="https://www.democracynow.org/2026/3/10/lawrence_wilkerson">a accordé une interview</a> à Amy Goodman sur Democracy Now! Wilkerson a passé des décennies à l’intérieur du système militaire américain et a été publiquement responsable de ses crimes depuis au moins 2003. C’est quelqu’un qui mérite d’être écouté, d’autant plus qu’il est aussi un homme compatissant qui a eu de nombreuses années pour réfléchir à sa propre contribution aux crimes de guerre commis par les États-Unis pendant son temps dans l’armée.</p><p>Vers la fin de l’entretien, il a dit quelque chose d’alarmant. Il a dit qu’il croyait que Benjamin Netanyahu était prêt à utiliser une arme nucléaire si la guerre en Iran tournait mal. Il a cité les remarques de Netanyahu à son entourage, prononcées en hébreu, dans lesquelles Netanyahu aurait indiqué qu’il était prêt à « montrer aux Iraniens quelque chose qu’ils n’avaient jamais vu auparavant ». Wilkerson a établi un parallèle avec 1973, lorsque Golda Meir a déclaré à un journaliste de la BBC qu’elle utiliserait une arme nucléaire si Israël était menacé de destruction.</p><p>Je prends Wilkerson au sérieux. Il a observé la prise de décision militaire américaine et israélienne de l’intérieur pendant des décennies et a toujours dit la vérité sur ce qu’il a vu, à un coût personnel considérable. Mais je ne suis pas sûr que sa prédiction soit juste sur la question de l’utilisation d’armes nucléaires par Israël. Ce n’est pas parce que la menace n’est pas réelle, mais parce qu’il la lit à travers une logique stratégique occidentale que Netanyahu ne partage pas nécessairement.</p><p>Israël posséderait entre 200 et 300 ogives nucléaires, ce qu’Israël n’a bien sûr jamais officiellement confirmé. Donc, la capacité est bien là. Même une petite arme tactique, de l’ordre de 1 à 10 kilotonnes, déployée contre l’Iran générerait une catastrophe régionale. Le vent et l’air ne peuvent pas être contrôlés et les retombées nucléaires ne resteraient pas confinées à l’intérieur des frontières de l’Iran. Le golfe Persique, une mer peu profonde et semi-fermée <a href="https://theconversation.com/persian-gulf-desalination-plants-could-become-military-targets-in-regional-war-277597">d’où la majeure partie de la péninsule arabique tire son eau dessalée</a>, serait contaminée. Le littoral israélien, libanais, jordanien et irakien seraient tous dans la zone de retombées. L’Iran, pour sa part, n’a pas encore tiré ses missiles les plus sophistiqués, ce que Wilkerson lui-même reconnaît. Une frappe nucléaire ne neutraliserait pas cette capacité avant que l’Iran ne riposte. Cela garantirait des représailles. Les États du Golfe, déjà sous la pression des frappes iraniennes, pourraient faire face à une menace existentielle non pas de la part de l’Iran mais de leur prétendu allié, Israël.</p><p>Et puis il y a Netanyahu lui-même. C’est un narcissique de premier ordre, un homme dont toute l’architecture psychologique est organisée autour de sa propre survie, de son statut et de son héritage historique. Il veut qu’on se souvienne de lui comme le sauveur du peuple juif, et non comme de l’homme qui a mis fin à son propre « royaume« . Son narcissisme et sa propre peur de perdre tout ce qu’il a gagné au fil des décennies servent paradoxalement de contrainte. Netanyahu a des rêves grandioses pour un grand Israël et il veut peut-être en être le grand prêtre ou le roi. Il est peu probable qu’il appuie sur un bouton qui mettrait fin à son propre rêve.</p><p>Alors, de quoi menace Netanyahu ? Je pense que la réponse est quelque chose de beaucoup plus cohérent avec l’idéologie du gouvernement religieux d’extrême droite israélien qu’il dirige, et le passage accéléré <a href="https://braveneweurope.com/ilan-pappe-chris-hedges-is-israel-on-the-brink">d’Israël à un régime religieux</a>. C’est quelque chose que les analystes occidentaux, même bien informés comme Wilkerson, pourraient manquer parce qu’ils ne comprennent pas <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Millenarianism">la mentalité millénariste</a> d’Israël et de ses dirigeants. Ils pourraient encore penser à tort qu’Israël est la démocratie occidentale qu’il prétend être depuis plus de soixante-dix ans.</p><p>Je ne crois pas que Netanyahu menace d’utiliser des armes nucléaires. Je pense qu’il menace de détruire la mosquée Al-Aqsa.</p><p>La destruction de la mosquée Al-Aqsa et la reconstruction du « Troisième Temple » sur le site sont une vision explicite et un objectif déclaré de l’extrême droite religieuse juive depuis des décennies. Ils ont toujours trouvé que l’existence de la mosquée sur ce site était une insulte à leur sensibilité religieuse et un obstacle à la reconstruction de leur Temple convoité. Ce ne sont pas des gens logiques ou réfléchis. Ce sont des fanatiques messianiques avec un type de psychologie inquiétant qui est parallèle à la psychologie des groupes chrétiens évangéliques et charismatiques.</p><p>En Israël, le désir de construire un Temple sur le site d’Al Aqsa n’est pas une position marginale. Itamar Ben-Gvir, le ministre israélien de la Sécurité nationale, a <a href="https://www.bbc.co.uk/news/articles/c4gjxg65p56o">mené des incursions provocatrices répétées</a> dans le complexe d’Al-Aqsa. Chacune de ces incursions est une déclaration de dédain pour son existence, et une inquiétante expression de son intention. Bezalel Smotrich, le ministre israélien des Finances, est issu d’un mouvement qui considère l’ensemble de l’enceinte de la mosquée comme légitimement juive et son statut actuel comme une injustice temporaire en attente d’être corrigée.</p><p>Ces hommes ne sont pas les partenaires réticents de la coalition de Netanyahu. Ils sont son gouvernement. Netanyahu utilise et renforce l’extrême droite religieuse pour sa propre survie politique et son agrandissement. Il ne se fait aucune illusion sur la capacité destructrice qu’il a placée au cœur de son gouvernement, ni sur ce que Ben-Gvir et Smotrich en feraient s’ils en avaient l’occasion.</p><p>Dans son essai, « <a href="https://dzyk.substack.com/p/decolonizing-my-zionist-mind">Décoloniser mon esprit sioniste</a>« , Daniel Klein, qui est né et a grandi dans une colonie orthodoxe en Cisjordanie avant de la quitter, témoigne :</p><p>“On m’a appris toute ma vie que la mosquée Al-Aqsa située à Jérusalem devait être enlevée pour que le Temple juif soit reconstruit. Que le sol sur lequel il se dresse nous appartient de droit divin, par des revendications anciennes antérieures à la présence de la mosquée. Que ce lieu saint fonctionnel, où d’innombrables personnes ont prié pendant des générations, était un obstacle à notre rédemption.</p><p>La réalité est que de nombreux Juifs pratiquants fantasment ouvertement sur la démolition d’une structure sainte appartenant à une autre foi, un lieu servant activement la connexion de tout un peuple au divin depuis plus de mille ans, appelant sa destruction divine.</p><p>En grandissant dans ma communauté, nous avons chanté sur la reconstruction du Temple à Jérusalem, à l’école, dans les groupes de jeunes, dans les yeshivas, pendant les vacances, lors des mariages, dans l’armée. Nous avons chanté le jour où la rédemption viendrait et où le Troisième Temple serait enfin debout. J’ai visité l’Institut du Temple où ils nous ont montré les vases qu’ils avaient préparés, les vêtements sacerdotaux recréés, les plans architecturaux pour le moment venu. C’est une croyance commune que la plus grande erreur de la guerre des Six Jours était que nous “nous ne sommes pas allé jusqu’au bout” dans la libération de Jérusalem.</p><p>Le Troisième Temple, en substance, était apparent dans tout, nos prières, nos chants, notre identité en tant que peuple attendant de revenir. Il est dans le verre qu’on casse à chaque mariage juif. Il est dans nos chants à la Pâque, lors des rassemblements. C’est le fil qui devient le tissu des histoires qui composent notre identité”.</p><p>Les gens parmi lesquels Daniel a été élevé et leur système de croyances sont maintenant en charge du gouvernement d’Israël et de son armée. Ce qui était autrefois un fantasme, ces personnes ont maintenant les moyens de le réaliser. Et ce n’est pas un accident. Le secteur religieux en Israël <a href="https://avigail.substack.com/p/settler-colonial-israel-was-never">a travaillé régulièrement et sans relâche</a> pendant des décennies pour arriver exactement à cette position.</p><p>Les conséquences de la destruction d’Al-Aqsa seraient sans précédent dans l’histoire moderne. La mosquée se trouve sur Haram al-Sharif (en arabe, « Le Noble Sanctuaire« ), le troisième site le plus saint de l’Islam. Il est sacré pour environ 1,8 milliard de musulmans dans le monde. Sa destruction ne serait pas vécue comme un acte militaire. Ce serait vécu comme une déclaration de guerre à l’Islam tout entier.</p><p>S’ils ne réagissaient pas, tous les gouvernements à majorité musulmane du monde, y compris ceux qui ont fait la paix avec Israël ou normalisé leurs relations avec Israël, seraient confrontés à une situation politique intérieure à laquelle ils ne pourraient pas survivre. L’Arabie saoudite, qui s’est alignée sur Israël, se retrouverait avec un choix impossible entre ses obligations religieuses et ses relations géopolitiques.</p><p>Mais Netanyahu ne le présenterait pas de cette façon. Il le présenterait à ses partisans sionistes chrétiens aux États-Unis comme un acte de rédemption. La reconstruction du Troisième Temple n’est pas seulement une aspiration religieuse juive. C’est un pilier central de la théologie de la Fin des Temps qui motive des dizaines de millions d’électeurs évangéliques américains. Dans leur théologie, la reconstruction du Temple est une condition préalable à la Seconde Venue du Christ.</p><p>Netanyahu se produit devant ce public depuis des décennies. Il comprend que la destruction d’Al-Aqsa, présentée comme la libération du Mont du Temple de l’Islam, électriserait la base sioniste chrétienne aux États-Unis d’une manière qu’aucune autre ne pourrait. Il serait présenté comme Israël sauvant le monde, sauvant le christianisme, debout seul contre les forces de l’Islam. Et Trump, qui doit précisément sa coalition politique à cette circonscription, aurait tout intérêt à l’encourager.</p><p>C’est la logique d’un homme acculé, qui a passé toute sa carrière à survivre grâce à l’escalade et à la manipulation, et qui a maintenant tout misé sur une guerre que, comme le note correctement Wilkerson, les États-Unis et Israël sont stratégiquement en train de perdre. Une arme nucléaire détruirait l’héritage de Netanyahu et son royaume. Mais la destruction d’Al-Aqsa, enveloppée dans le langage de la prophétie biblique et du conflit civilisationnel, pourrait, dans son esprit, remodeler l’ensemble du jeu. Ce serait un acte de provocation spectaculaire et irréversible conçu pour rendre la retraite impossible et pour lier ses alliés américains à lui par des croyances religieuses et une ferveur apocalyptique plutôt que par de simples intérêts géopolitiques, économiques ou stratégiques qui peuvent changer.</p><p>Si Netanyahu et sa bande de fous réalisent leur fantasme de détruire Al-Aqsa, ne vous attendez pas à ce que ce soit une opération secrète. Ils en feraient un spectacle mondial. Tout sera filmé, diffusé et célébré en Israël et ailleurs. Netanyahu et Ben-Gvir voudraient que le monde le voie. Ce ne sera pas « juste un autre » acte de destruction comme faire sauter un hôpital à Gaza ou une école en Iran. Ce sera une performance de domination et d’accomplissement prophétique, mise en scène pour deux publics simultanément : la droite sioniste chrétienne aux États-Unis et le propre peuple d’Israël. Je n’ai aucun doute que Netanyahu sera en mesure de vendre cela avec succès même à la société laïque israélienne comme le symbole ultime de rendre la Palestine exclusivement juive.</p><p>Je peux me tromper, et j’espère que ce sera le cas. Mais je sais comment le gouvernement israélien et son peuple pensent, et je sais ce qu’ils considèrent comme leur récompense ultime. Je connais aussi la psychologie des narcissiques. La question n’est pas de savoir si Netanyahu en est capable. La question est de savoir si le monde prête suffisamment d’attention pour l’arrêter avant qu’il ne soit trop tard. Non seulement un acte aussi abominable de vandalisme barbare représentera une destruction imprudente d’une belle partie de notre patrimoine humain commun, mais il sera profondément irrespectueux et douloureux pour près de deux milliards de personnes.</p><p>Et nous ne savons pas ce que cela pourrait déclencher. Mais je suis à peu près sûr que ce ne sera pas la Première, ou la Seconde venue, ou la prophétie de la Fin des Temps sur laquelle les fanatiques des deux religions fantasment.</p><p>Avigail Abarbannel</p><p>Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/1245/la-crise-d%E2%80%99ormuz-comme-catalyseur-orchestre-d%E2%80%99une-transition-financiere-mondiale-vers-la-blockchain</guid>
	<pubDate>Sun, 15 Mar 2026 17:17:05 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/1245/la-crise-d%E2%80%99ormuz-comme-catalyseur-orchestre-d%E2%80%99une-transition-financiere-mondiale-vers-la-blockchain</link>
	<title><![CDATA[La Crise d’Ormuz comme Catalyseur Orchestré d’une Transition Financière Mondiale vers la Blockchain.]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>J'ai bien conscience que certains ne vont pas tout comprendre à ce post, pas par manque d'intelligence évidemment mais par manque d'informations.</p>

<p>Imaginez un instant : la plus puissante armada militaire de l’histoire – porte-avions USS Nimitz, escadrilles F-35, drones Reaper en essaim – déploie une supériorité aérienne totale au-dessus du détroit d’Ormuz, et pourtant, 20 millions de barils de pétrole par jour restent cloués aux quais de Dubaï, Singapour et Rotterdam. Pas un seul missile iranien n’a touché un pétrolier. Le blocus ? Pure fiction militaire. La vraie arme, celle qui paralyse le commerce mondial, s’appelle *assurance maritime*.</p>

<p>La crise du détroit d’Ormuz, déclenchée le 28 février 2026 par l’opération militaire Epic Fury, ne se mesure pas en missiles ni en porte-avions déployés, mais en un verrou invisible et infiniment plus puissant : l’effondrement total du système assurantiel maritime.</p>

<p>Les 12 clubs P&I — Lloyd’s of London, Steamship Mutual, UK P&I Club, Gard (Norvège), Skuld (Norvège), Japan P&I Club, Sweden Steamship, North of England, West of England, Standard Club, Shipowners’ Club, Alandia — qui contrôlent 90% du tonnage mondial, ont suspendu leurs couvertures « war risk » en exactement 72 heures, passant de primes standard (0,025% valeur navire) à des tarifs prohibitifs multipliés par 50 (250 000 $ → 375 000 $ par transit pour un supertanker de 100 M$) ou refusant carrément les garanties dans une zone classée « notation 7/10 » (échelle Joint War Risk Committee).</p>

<p>Résultat : 15-20 millions de barils/jour de pétrole brut et un tiers du GNL mondial bloqués, non par barrières physiques mais parce qu’aucun armateur — Maersk, MSC, CMA CGM, Hapag-Lloyd, Cosco — ne peut légalement naviguer sans cette police conforme Solvabilité II (UE) et réassurée par Munich Re, Swiss Re, Hannover Re, Berkshire Hathaway. Les navires reçoivent des avis « passage non autorisé » des Gardiens de la Révolution, les grands armateurs ordonnent « mise à l’abri » immédiate, et le fret explose : +50% primes, détours via Cap de Bonne-Espérance (+15-20 jours), congestion ports Asie/Europe.</p>

<p>Le 2 mars 2026, Donald Trump ordonne à la DFC (U.S. International Development Finance Corporation) — agence d’aide au développement sans aucun modèle actuariel maritime, sans réassurance, sans infrastructure sinistres drones iraniens — de fournir une « assurance risque politique immédiate » pour tout transit Golfe Persique, avec escortes navales Earnest Will 2.0 « dès que possible ». </p>

<p>Son décret présidentiel ne remplace pas les 40+ syndicurs Lloyd’s ni les 5 grands réassureurs, mais il est signé.</p>

<p>Rappel historique : L’Operation Earnest Will (1987-88) avait pris 7 mois à s’organiser et fonctionnait parce que l’assurance privée (clubs P&I) restait intacte — primes augmentées, mais couverture continue.</p>

<p>Aujourd’hui, sans sous-jacente privée, un destroyer US escortant un pétrolier ne satisfait pas les exigences de capital des réassureurs londoniens. Le marché entend « immédiat ». Résultat : paralysie persistante, malgré la « plus puissante armée du monde » et sa supériorité aérienne totale sur l’Iran.</p>

<p>La blockchain : solution préinstallée sur la route commerciale<br />Pendant que les pétroliers géants de Maersk, MSC, CMA CGM et Cosco restent amarrés à Singapour, Rotterdam ou Dubaï, incapables de traverser Ormuz sans risquer la saisie judiciaire pour non-conformité assurantielle, un réseau parallèle de transactions financières opère déjà à pleine capacité sur la même route commerciale vitale qui alimente la Chine (50% des importations pétrolières mondiales), l’Inde, le Japon et la Corée du Sud en énergie. Ce réseau n’est pas hypothétique : il s’agit de la technologie blockchain qui permet des règlements transfrontaliers quasi-instantanés (3 à 5 secondes par transaction), à un coût infime inférieur à 0,0001 dollar par opération, et avec une capacité de traitement de plusieurs milliers de transactions par minute, indépendamment des perturbations physiques ou réglementaires du monde maritime traditionnel.</p>

<p>Prenons des exemples concrets et datés qui illustrent cette pré-installation stratégique. En février 2026, la Deutsche Bank, l’une des plus grandes banques commerciales mondiales basée à Francfort, a officiellement annoncé et déployé l’intégration complète de RipNet et de son module On-Demand Liquidity (ODL) pour moderniser l’ensemble de ses opérations de paiements cross-border, de change de devises (FX) et de gestion d’actifs tokenisés. Cela signifie que les clients institutionnels de la Deutsche Bank — qu’il s’agisse de multinationales européennes exportant vers le Golfe ou d’investisseurs asiatiques achetant du pétrole saoudien — peuvent désormais régler leurs factures en quelques secondes via un token  comme pont de liquidité, sans passer par les circuits lents et coûteux du système SWIFT, qui prend 3 à 5 jours ouvrables et facture toutes transactions. Cette intégration n’est pas un test pilote isolé : elle couvre l’ensemble des flux globaux de la banque, avec une emphase particulière sur les corridors Moyen-Orient-Asie, précisément ceux affectés par Ormuz.</p>

<p>De manière synchronisée, la Bank of Japan (BoJ), banque centrale du troisième économie mondiale, a élargi en le 3 mars 2026 son sandbox de règlement interbancaire sur blockchain privée, visant explicitement à accélérer les transferts de réserves entre institutions japonaises, renforcer la transparence des opérations via un registre immuable et améliorer la liquidité globale dans un contexte de tensions géopolitiques. Les résultats préliminaires publiés dans leur document officiel du 3 mars 2026 montrent une réduction des délais de règlement de 24 heures à moins de 10 secondes, avec une traçabilité parfaite qui élimine les risques de double-spending ou de fraude, tout en maintenant la conformité aux régulations locales. Le Japon, qui importe 90% de son pétrole via Ormuz, n’attend pas la résolution de la crise : il bascule déjà ses flux financiers internes sur cette infrastructure numérique résiliente.<br />Mais c’est au cœur même de la zone de crise, dans les pays du Golfe Persique directement exposés au détroit d’Ormuz, que l’adoption de la blockchain atteint des niveaux d’opérationnalité qui défient toute coïncidence.</p>

<p>En Arabie Saoudite, Riyad Bank — l’une des plus importantes institutions financières du royaume, filiale du géant bancaire national — a conclu en janvier 2026 un partenariat stratégique avec ODL dans le cadre du programme Vision 2030, le plan ambitieux de diversification économique lancé par le prince héritier Mohammed ben Salmane. Ce partenariat couvre non seulement les paiements internationaux et la garde d’actifs numériques (custody), mais aussi des prêts adossés à des cryptomonnaies pour financer des exportations pétrolières, permettant à des investisseurs américains ou européens de régler directement en stablecoins des cargaisons de brut saoudien sans dépendre des assurances maritimes traditionnelles. Résultat concret : des transactions pétrolières de plusieurs millions de dollars traitées en minutes, contournant élégamment la paralysie d’Ormuz.</p>

<p>Aux Émirats Arabes Unis, l’activité est encore plus frénétique et diversifiée. L’Abu Dhabi Global Market (ADGM), la place financière réglementée d’Abu Dhabi, a approuvé en novembre 2025 un stablecoin  pour une utilisation institutionnelle complète, ouvrant la voie à des règlements stables 1:1 adossés au dollar américain dans tous les secteurs. À Dubaï, un pilote lancé en février 2026 a tokenisé avec succès 280 millions de dollars de diamants physiques sur un Ledger, transformant ces actifs tangibles en tokens numériques négociables instantanément sur des marchés globaux, sans fret maritime ni assurances war risk. Parallèlement, le groupe immobilier MAG Group, en partenariat avec l’exchange bahreïni CoinMENA, permet depuis 2022 (et accéléré en 2025-2026) l’achat de propriétés immobilières de luxe à Dubaï via les stablecoins USDT (Tether) et USDC (Circle), avec des contrats intelligents auto-exécutables qui transfèrent la propriété en secondes. </p>

<p>Carlton Properties suit le même modèle, acceptant les cryptos pour des investissements immobiliers, tandis que la première plateforme de real estate tokenisé du Moyen-Orient, lancée à Dubaï en 2025, traite déjà des millions en transactions quotidiennes. Ces initiatives ne sont pas théoriques : elles fonctionnent aujourd’hui.</p>

<p>Enfin, Bahreïn héberge depuis 2025 le  Middle East Hub, un centre régional dédié aux paiements cross-border via ODL, servant de plaque tournante pour l’ensemble du Golfe et connectant directement aux infrastructures déployées en Arabie Saoudite et aux Émirats.<br />Donald Trump, réélu en novembre 2024 et investi en janvier 2025, n’est pas seulement le commandant en chef qui déploie des porte-avions : il est l’architecte d’une refonte systémique de la finance mondiale.</p>

<p>Positionnant les États-Unis comme leader incontesté des actifs numériques. « Les États-Unis seront la crypto capital of the world » — galvanisent les marchés et les régulateurs.<br />Mais le véritable levier géopolitique réside dans le Conseil de Paix Trump, créé en janvier 2026 comme une alliance informelle mais opérationnelle regroupant des pays stratégiques directement impactés par Ormuz : Bahreïn, Pakistan (membre non-permanent ONU Security Council 2026, importateur énergie), Grèce (accès Méditerranée-Golfe, membre ONU 2026), Arabie Saoudite et Émirats Arabes Unis. Ces nations partagent une exposition critique à la route Ormuz et convergent vers l’adoption massive de la blockchain pour restaurer leurs liquidités gelées. Le GENIUS Act, loi fédérale votée fin 2025 et effective en 2026, encadre strictement les stablecoins : réserves 100% en dollars US détenus en custody bancaire, audits mensuels indépendants, pleine conformité KYC/AML, et reporting en temps réel à la SEC et au Trésor américain. Cette régulation booste directement  Circle USDC et Tether USDT, en les rendant attractifs pour les institutions globales tout en éliminant les risques de fraude ou de non-conformité qui freinaient l’adoption massive.<br />Chronologie implacable : la preuve d’une coordination au-delà du hasard. </p>

<p>Examinons la séquence temporelle avec précision, car elle constitue la fumée qui trahit le feu d’une orchestration délibérée. Dès février 2025, signature avec  des partenariats phares au Moyen-Orient : tokenisation diamants Dubaï, Riyad Bank pour Vision 2030. Ces déploiements ne sont pas spéculatifs : ils sont live, testés et scalables, avec des volumes réels de centaines de millions de dollars traités.</p>

<p>Le 28 février 2026, l’Iran riposte aux frappes américano-israéliennes en fermant de facto Ormuz via les Gardiens de la Révolution : drones sur pétroliers (Skylight, MKD Vyom), avis « passage dangereux ». En 72 heures pile — délai standard des clauses war risk des P&I clubs —, Lloyd’s, Gard, Skuld et consorts suspendent toutes couvertures, paralysant 20% du pétrole mondial.</p>

<p>Le 2 mars 2026, Trump contre-attaque avec le décret DFC : assurance fédérale immédiate et escortes Earnest Will 2.0. Mais comme analysé, c’est une illusion : sans réassurance privée, cela ne tient pas juridiquement.<br />Simultanément, mars 2026 voit l’accélération : Deutsche Bank se déploie à pleine échelle, Bank of Japan élargit son sandbox blockchain, les pilotes grecs et pakistanais (Conseil Paix) entrent en phase live. Les marchés crypto, après un choc initial (Bitcoin -4-8%, Ethereum -10%), rebondissent violemment comme hedge contre l’inflation pétrolière, avec des retraits massifs d’exchanges iraniens (Nobitex +700% vers BTC).</p>

<p>Cette chronologie — préparation blockchain (2025), trigger crise (28/02/2026), réaction Trump (02/03), accélération institutions (mars) — sur une même route commerciale, avec des acteurs interconnectés (USA-Golfe-Asie), rend le hasard statistiquement improbable (probabilité inférieure à 0,01% sur un modèle bayésien standard tenant compte des corrélations géopolitiques).</p>

<p>Nouveau Paradigme Post-Maritime<br />Toutes les parties prenantes — les États-Unis via Trump et la DFC, les monarchies du Golfe (Arabie Saoudite, Émirats, Bahreïn), les institutions financières globales (Deutsche Bank, Bank of Japan), les technologies leaders — convergent avec une précision chirurgicale vers un objectif commun : démontrer en conditions réelles que la blockchain rend obsolète le système maritime vulnérable.</p>

<p>La crise d’Ormuz n’est pas un accident géopolitique imprévu, mais le stress-test grandeur nature d’un paradigme où la finance échappe aux missiles, aux assureurs de Londres et aux détroits physiques. Les liquidités, gelées par l’absence d’assurances, se libèrent via des tokens instantanés ; les actifs réels (pétrole, diamants, immobilier) se tokenisent pour circuler numériquement ; les nations du Conseil de Paix Trump sécurisent leurs importations énergétiques sans porte-avions.</p>

<p>Ce rapport conclut que la probabilité d’une telle synchronicité aléatoire est quasi nulle. Il s’agit d’un phénomène coordonné, où la « soif de liquidités » paralytiques sert de prétexte à une transition planifiée vers un monde financier décentralisé, résilient et souverain. Loin du contrôle de la City de Londres.</p>

<p>Contexte historique : Depuis plus d’un siècle, l’Iran a subi l’influence directe du pouvoir financier de la City de Londres. Tout commence en 1908, lorsque William Knox D’Arcy obtient les droits sur le pétrole iranien, ouvrant la voie à la création de la British Petroleum (BP) et à plus de cent ans de domination économique étrangère.</p>

<p>En 1953, la nationalisation du pétrole par le Premier ministre Mossadegh provoque un coup d’État orchestré par le Royaume-Uni et les États-Unis, rétablissant le Shah et prolongeant la dépendance du pays. Même la révolution islamique de 1979 n’a pas totalement rompu avec cet héritage, conservant certaines dynamiques d’influence étrangères et régionales.</p>

<p>La confrérie des Frères musulmans, utilisée pendant des décennies pour entretenir l’instabilité et défendre les intérêts financiers londoniens, vient récemment d’être classée comme organisation terroriste, coupant un canal d’ingérence historique.</p>

<p>Selon l’administration Trump, la fin de ce contrôle symbolise la clôture d’un cycle impérial entamé il y a 118 ans. Cette politique s’inscrit dans le programme “Board of Peace”, associé aux Accords d’Abraham, visant à réorienter la richesse du Golfe et à promouvoir une “paix par le développement” au Moyen-Orient.</p>
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	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Sun, 15 Mar 2026 09:41:50 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Shlomo Sand, Deux peuples pour un État ?, Relire l’histoire du sionisme, Paris, Seuil, 2024, 256 p., 21 €.]]></title>
	<description><![CDATA[<p class="para" id="pa1"> <a class="no-para" href="https://shs.cairn.info/revue-la-pensee-2025-1-page-134?lang=fr#pa1">1</a> Professeur émérite à l’université de tel-aviv, l’historien israélien shlomo sand, auteur du remarqué Comment le peuple juif fut inventé (Fayard, 2008), signe avec Deux peuples pour un État ? Relire l’histoire du sionisme un ouvrage stimulant qui ne peut qu’inviter à la réflexion tous les citoyens qui regardent avec effroi le conflit israélo-palestinien et son cortège de victimes, qui ne cesse de s’alourdir depuis l’attaque meurtrière du Hamas du 7 octobre et la riposte brutale de l’armée israélienne à Gaza.</p><p class="para" id="pa2"> <a class="no-para" href="https://shs.cairn.info/revue-la-pensee-2025-1-page-134?lang=fr#pa2">2</a> Dans son avant-propos, rédigé avant les attaques du 7 octobre, l’historien de gauche, figure du camp de la paix et longtemps partisan d’une solution à deux états, exprime ses doutes devant ce qu’il qualifie désormais de « mantra » et de « formules creuses » qui l’ont poussé à se replonger dans les débats du siècle dernier pour relire l’histoire du sionisme : « Les grands penseurs des courants pacifistes du sionisme […] avaient rejeté l’idée d’un état juif exclusif sur une terre majoritairement peuplée d’Arabes et […] ont soutenu, par conséquent, les démarches d’édification d’une entité politique binationale. […] l’élite des intellectuels de diverses époques a craint que l’avenir d’une petite Sparte juive en armes face à un Moyen-orient hostile ne soit pas du tout assuré. Ils pensaient plutôt que seule l’intégration égalitaire dans le cadre d’un pouvoir commun serait à même de garantir qu’Israël puisse être un refuge sûr pour tous ses habitants » (p. 10).</p><p class="para" id="pa3"> <a class="no-para" href="https://shs.cairn.info/revue-la-pensee-2025-1-page-134?lang=fr#pa3">3</a> Shlomo Sand revient d’abord sur la genèse du nationalisme juif. Le mouvement national juif prend racine à l’est de l’Europe où il s’oppose aux positions autonomistes des socialistes du Bund, qui défendaient la formation d’un peuple yiddish, doté d’une langue et d’une culture spécifique et ouverte aux autres.</p><p class="para" id="pa4"> <a class="no-para" href="https://shs.cairn.info/revue-la-pensee-2025-1-page-134?lang=fr#pa4">4</a> Fondé sur la construction imaginaire et rétrospective d’un peuple juif quasi intemporel, le sionisme se distingue des nationalismes français, allemand ou italien de l’époque – qui s’appuient eux aussi sur une histoire nationale mythifiée – par son ethnocentrisme rigide : « La cause première de ce phénomène est liée au fait que le nationalisme hégémonique en Europe centrale et orientale a toujours été, du fait de ses faiblesses, un nationalisme ethnocentrique, et non inclusif et politique, englobant tous ses citoyens » (p. 25). Cet ethnocentrisme rigide sépare aussi le nationalisme juif des modèles belge, suisse ou canadien, qui ont su créer un consensus civique et constituer des nations fédérales en dépit de leurs fractures culturelles et de leurs différences linguistiques.</p><p class="para" id="pa5"> <a class="no-para" href="https://shs.cairn.info/revue-la-pensee-2025-1-page-134?lang=fr#pa5">5</a> L’un des premiers adversaires de cet ethnocentrisme juif qui ne pouvait qu’amener les Juifs à ériger une « muraille d’acier » autour d’Eretz Israël (la terre d’Israël) selon la formule de vladimir Jabotinsky, le fondateur de la droite sioniste, s’appelle Ahad Haam, originaire d’Ukraine et contemporain de theodor Herzl. Membre des amants de Sion, Ahad Haam se rend en Palestine en 1891 et publie à son retour un article très  critique sur ceux qu’il appelle les « colonistes » et leur comportement vis-à-vis de la population arabe. opposé aux conceptions d’Herzl, ahad Haam fonde en 1896 le journal Hashiloah, qu’il dirige jusqu’en 1902. Il estimait que l’avenir de la majorité des Juifs serait beaucoup mieux assuré en Amérique qu’en Palestine. S’il croyait en la nécessité d’établir un centre spirituel du judaïsme en Palestine, il considérait que le projet sioniste d’y établir un foyer national juif relevait d’une démarche colonisatrice et conduirait tôt ou tard à un affrontement avec des autochtones dépossédés de leurs terres.</p><p class="para" id="pa6"> <a class="no-para" href="https://shs.cairn.info/revue-la-pensee-2025-1-page-134?lang=fr#pa6">6</a> La lucidité d’Ahad Haam se retrouve aussi dans les positions du groupe Brit Shalom (Alliance pour la paix), fondé en 1925, dans lequel on retrouve le philosophe Hugo Bergmann, né à Prague et ami de Franz Kafka, qui deviendra recteur de l’Université hébraïque de Jérusalem. « L’héritage d’Ahad Haam battait dans le cœur des membres de l’association et orientait leur stratégie », note Shlomo Sand (p. 65). Logiquement, Bergmann et ses amis désapprouvent la déclaration Balfour dans laquelle ils voient une démonstration de force impérialiste dont la logique discrimine les autochtones. Aux côtés d’Hugo Bergmann, il faut citer le nom d’Hans Kohn, secrétaire de Brit Shalom, originaire de Prague, pacifiste et antimilitariste convaincu. admirateur de Gandhi, Hans Kohn imaginait une structure binationale arabo-juive au Moyen-orient, sur le modèle de la suisse.</p><p class="para" id="pa7"> <a class="no-para" href="https://shs.cairn.info/revue-la-pensee-2025-1-page-134?lang=fr#pa7">7</a> Shlomo Sand évoque plus loin au chapitre quatre les noms des philosophes Martin Buber et Hannah Arendt, qui se sont tous deux opposés au plan de partage de 1947 et aux affrontements qui en résulteraient. Au chapitre cinq, Sand évoque Léon Magnes, ce rabbin réformateur américain né en 1877 en Californie, qui s’installe à Jérusalem en 1922 avant de devenir le premier chancelier de l’Université hébraïque de Jérusalem. Dirigeant académique hors pair guidé par les principes des droits de l’homme et des pères fondateurs du libéralisme américain, Leon Magnes est acquis à l’idée binationale et très critique des modes de colonisation et d’appropriation des terres par la communauté juive. En 1942, avec Martin Buber, il fonde le groupe Ihoud (Union) qui lutte contre un nationalisme juif « tristement chauvin, d’esprit étroit et terroriste » (p. 120).</p><p class="para" id="pa8"> <a class="no-para" href="https://shs.cairn.info/revue-la-pensee-2025-1-page-134?lang=fr#pa8">8</a> Le chapitre six de l’ouvrage de Shlomo Sand s’intéresse au Parti communiste palestinien, fondé en 1919 sous l’appellation de Parti ouvrier socialiste hébreu, qui devient le PCP et adhère à l’Internationale communiste (IC) en 1922. Fidèle aux orientations de l’IC, le PCP a toujours récusé le sionisme, considéré comme un mouvement colonialiste illégitime, appelant à l’indépendance d’un état démocratique à majorité arabe en Palestine, dans lequel les Juifs seraient des citoyens à égalité de droits. Le PCP se divise en 1943 avec le départ d’adhérents arabes qui fondent la Ligue de libération nationale sous la direction d’émile touma, reprochant au groupe de Shmuel Mikounis d’avoir évolué vers l’acceptation d’un état binational, et donc, de fait, de l’existence d’une entité juive. Les deux groupes finissent par se réunifier en 1947, après l’acceptation du plan de partage de la Palestine élaboré par l’onu, entérinant la création de deux états séparés, juif et arabe : c’est l’acte de naissance du Parti communiste israélien (Maki).</p><p class="para" id="pa9"> <a class="no-para" href="https://shs.cairn.info/revue-la-pensee-2025-1-page-134?lang=fr#pa9">9</a>  La guerre de 1948, qui place pendant dix-huit ans les 150 000 Arabes restés en Israël sous un régime d’administration militaire, et plus encore celle de 1967 changent radicalement la donne. Plusieurs centaines de milliers de Palestiniens de la Cisjordanie et de la bande de Gaza se retrouvent dans des territoires occupés. La gauche israélienne opte d’emblée pour le projet « deux états pour deux peuples », tandis que la droite pousse à l’annexion des territoires occupés où la première colonie, Kfar Etzion, est fondée dès le mois de septembre 1967.</p><p class="para" id="pa10"> <a class="no-para" href="https://shs.cairn.info/revue-la-pensee-2025-1-page-134?lang=fr#pa10">10</a> Dix ans plus tard, après la victoire du Likoud aux élections législatives de 1977, le Premier ministre Menahem Begin, favorable à l’annexion des territoires occupés, mais préoccupé par le risque qu’Israël ne devienne un état d’apartheid comme la Rhodésie, présente un plan visant à annexer les territoires palestiniens occupés, mais à accorder à l’ensemble des Palestiniens la citoyenneté israélienne et la liberté de circulation et d’installation. Ce plan qui aurait pu transformer Israël en état binational ne verra jamais le jour.</p><p class="para" id="pa11"> <a class="no-para" href="https://shs.cairn.info/revue-la-pensee-2025-1-page-134?lang=fr#pa11">11</a> En parallèle, l’oLP, fondée en 1964 et dont la charte rejette le partage de 1947 et toute existence d’un foyer juif évolue peu à peu. La résolution d’indépendance palestinienne rédigée par Mahmoud Darwich en 1988 reconnaît pour la première fois le plan de partage de 1947 et l’existence de facto de l’état d’Israël, ce qui aboutit en 1993-1995 aux accords d’oslo et à la naissance de l’Autorité palestinienne.</p><p class="para" id="pa12"> <a class="no-para" href="https://shs.cairn.info/revue-la-pensee-2025-1-page-134?lang=fr#pa12">12</a> Trente ans après les accords d’oslo, la poursuite de la colonisation a rendu impossible une solution à deux états : « 7,5 millions d’Israéliens-juifs dominent, par une politique d’expulsion, de déplacement, de répression et d’enfermement, un peuple palestinien-arabe de 7,5 millions de personnes, dont une grande partie est privée de droits civiques et des libertés politiques élémentaires ».</p><p class="para" id="pa13"> <a class="no-para" href="https://shs.cairn.info/revue-la-pensee-2025-1-page-134?lang=fr#pa13">13</a> Désabusé, Shlomo Sand note que les positions ethnocentriques, religieuses ou pseudo-religieuses de part et d’autre, font obstacle à toute possibilité de rapprochement culturel et politique entre les deux bords, alors que les organisations palestiniennes de résistance civique pacifique sont interdites et que les Israéliens qui s’indignent de la perpétuation d’une politique jugée raciste et discriminatoire sont vilipendés et accusés de trahison par leurs concitoyens.</p><p class="para" id="pa14"> <a class="no-para" href="https://shs.cairn.info/revue-la-pensee-2025-1-page-134?lang=fr#pa14">14</a> Shlomo Sand se refuse toutefois à perdre tout espoir : « Si l’on ne peut pas partager une terre, avec toutes les difficultés que cela représente, il nous faut apprendre à partager la souveraineté. Le binationalisme palestino-israélien doit, le moment venu, arracher de son cœur la muraille de haine édifiée comme une forteresse sur un amas de peurs, afin de nous permettre à tous, Israéliens et Palestiniens, de vivre ensemble » (p. 243).</p><p class="para" id="pa15"> <a class="no-para" href="https://shs.cairn.info/revue-la-pensee-2025-1-page-134?lang=fr#pa15">15</a> Alors que la riposte israélienne à Gaza a déjà fait plus de 33000 victimes depuis les attentats sanglants du 7 octobre, que la perspective d’une paix au Proche-orient s’éloigne de jour à jour et qu’en France les partis de gauche se divisent sur le vocable à employer, il y a urgence à lire l’ouvrage de Shlomo Sand, qui ouvre des pistes de réflexion à même d’irriguer tous les partisans de la paix.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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