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	<title><![CDATA[Signet Loupe: Tous les articles de blog du site]]></title>
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	<description><![CDATA[]]></description>
	
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	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/921/les-romains-avaient-plus-chaud-que-nous-en-ete</guid>
	<pubDate>Sun, 20 Aug 2023 06:38:24 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Les Romains avaient plus chaud que nous en été]]></title>
	<description><![CDATA[<p>La densité du bois au sein des anneaux de croissance des pins scandinaves fournit de nouvelles informations sur notre climat passé. Les Romains pourraient, par exemple, avoir eu plus chaud que nous durant les mois d'été. La Terre se serait également refroidie durant 2.000 ans, jusqu’à ce que l’Homme commence à libérer massivement des gaz à effet de serre. </p><p>Cela vous intéressera aussi</p><p>Les anneaux de croissance observables dans des coupes de <a href="http://www.futura-sciences.com/fr/doc/t/botanique/d/le-bois-formation-et-structure_475/c3/221/p3/" title="Dossier bois : structure d'un tronc d'arbre" target="_blank">troncs d’arbre</a> (ou de grosses branches) fournissent de précieuses informations sur les différents <a href="http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/terre-3/d/lire-le-passe-dans-du-charbon_2876/" title="Lire le passé dans du charbon" target="_blank">climats du passé</a>. En effet, leurs tailles dépendent fortement des variations saisonnières de températures, les étés chauds sont par exemple marqués par des <a href="http://www.futura-sciences.com/fr/question-reponse/t/nature-1/d/quel-est-le-plus-vieil-arbre-du-monde_1120/" title="Q/R Quel est le plus vieil arbre du monde ?" target="_blank">cernes</a> plus larges. Grâce à des <a href="http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/climatologie-1/d/etude-du-climat-les-anneaux-de-croissance-des-arbres-sont-peu-fiables_36558/" title="Étude du climat : les anneaux de croissance des arbres sont peu fiables" target="_blank">analyses dendrochronologiques</a> réalisées il y a quelques années, des chercheurs avaient démontré que notre <a href="https://www.futura-sciences.com/planete/definitions/climatologie-climat-13771/">climat</a>climat avait peu changé au cours des deux derniers millénaires, avant la révolution industrielle.</p><p>Une nouvelle étude, toujours basée sur l'analyse des cernes de <a href="https://www.futura-sciences.com/planete/definitions/botanique-bois-4042/">bois</a>bois, remet maintenant ce résultat en cause. Selon <a href="http://www.geo.uni-mainz.de/1246.php" title="Présentation du laboratoire de Jan Esper (en anglais)" target="_blank">Jan Esper</a> de la <a href="http://www.uni-mainz.de/eng/" title="Johannes Gutenberg University" target="_blank">Johannes Gutenberg University</a> (Allemagne), l'<a href="https://www.futura-sciences.com/planete/definitions/geographie-hemisphere-nord-12782/">hémisphère nord</a>hémisphère nord aurait subi un long refroidissement durant près de 2.000 ans, approximativement à partir de l'époque romaine. Ses travaux, présentés dans la revue <a href="http://www.nature.com/nclimate/journal/vaop/ncurrent/full/nclimate1589.html" title="Nature Climate Change : Orbital forcing of tree-ring data" target="_blank">Nature Climate Change</a>, ont tenu compte de la densité du bois à l'intérieur des anneaux de croissance. Par rapport aux précédentes estimations, l'Angleterre aurait pu profiter d'un <a href="http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/climatologie-1/d/marques-du-rechauffement-climatique-dans-les-lacs-de-larctique_1948/" title="Marques du réchauffement climatique dans les lacs de l'Arctique" target="_blank">climat plus chaud</a> que prévu en été au début de notre ère, ce qui justifierait le succès de la culture des <a href="http://www.futura-sciences.com/fr/doc/t/geologie/d/vins-vignes-vignoble-francais_1342/c3/221/p9/" title="Dossier Les secrets du vin : géologie du vignoble français" target="_blank">vignes</a> au nord de ce territoire par les Romains.</p>
<p>Le climat passé révélé par des carottages de pins</p>
<p>Des <a href="https://www.futura-sciences.com/planete/definitions/climatologie-carottage-6165/">carottages</a>carottages ont été réalisés par l'équipe de Jan Esper sur 537 pins sylvestres <a href="http://www.futura-sciences.com/fr/doc/t/botanique/d/coniferes_774/c3/221/p1/" title="Dossier : Tout savoir sur les conifères" target="_blank">Pinus sylvestris</a> vivants, ou sur des troncs immergés (parfois depuis plus de 1.500 ans), en Finlande et en Suède. La <a href="http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/homme/d/le-miracle-des-stradivarius-devrait-beaucoup-au-climat_16152/" title="Le miracle des Stradivarius devrait beaucoup... au climat" target="_blank">densité du bois</a> au sein des cernes a ensuite été mesurée grâce à des techniques radiographiques utilisant les <a href="https://www.futura-sciences.com/sciences/definitions/physique-rayon-x-1002/">rayons X</a>rayons X.</p><p>La reconstitution des températures d'été (entre juin et août) a mis en évidence une succession de périodes chaudes (époques romaine et médiévale) et froides (aux VIe et XIVe siècle). Le <a href="http://www.futura-sciences.com/fr/doc/t/climatologie/d/les-secrets-de-notre-climat-actuel_837/c3/221/p1/" title="Dossier : Les secrets de notre climat actuel" target="_blank">climat</a> aurait donc davantage varié dans le passé par rapport aux prédictions, établies notamment par Michael Mann de la <a href="http://www.psu.edu/" title="Pennsylvania State University" target="_blank">Pennsylvania State University</a> qui a produit le célèbre graphique de la <a href="http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/terre-3/d/hockey-stick-reconstruction-des-temperatures-et-controverse-scientifique_9238/" title="Hockey Stick : reconstruction des températures et controverse scientifique" target="_blank">crosse de hockey</a>. Entre les années 21 et 50 après J.-C., la température d'été moyenne de la Scandinavie devait être supérieure de 1,05 °C par rapport à celle mesurée entre 1951 et 1980. Cette différence s'élèverait même à 2 °C si l'on compare l'<a href="http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/homme/d/une-superbe-statue-romaine-en-bronze-decouverte-en-allemagne_20313/" title="Une superbe statue romaine en bronze découverte en Allemagne" target="_blank">époque romaine</a>, la plus chaude au cours de ces deux derniers millénaires, avec les années 1451 à 1480.</p>
<p>L’Homme aurait bien retardé la prochaine glaciation</p>
<p>Une tendance au refroidissement de la planète depuis le début de notre ère avait déjà été soulignée par des chercheurs, essentiellement par Darrell Kaufman, en 2009, qui a analysé l'<a href="https://www.futura-sciences.com/sciences/definitions/chimie-air-4452/">air</a>air emprisonné au cours du temps dans les <a href="http://www.futura-sciences.com/fr/doc/t/climatologie/d/au-coeur-de-la-glace-le-secret-du-climat_497/c3/221/p1/" title="Dossier : Au coeur de la glace, le secret du climat" target="_blank">glaces de l’Arctique</a>. Selon lui, la température de la <a href="https://www.futura-sciences.com/planete/definitions/structure-terre-terre-4725/">Terre</a>Terre diminuait de 0,21 °C par millénaire depuis 2.000 ans avant que la révolution industrielle ne survienne. Jan Esper a confirmé cette tendance, mais le chiffre qu'il avance est beaucoup plus important : 0,31 °C par millénaire. Ce refroidissement général serait attribué à des modifications du taux d'ensoleillement de l'hémisphère nord (environ -6 W/m² depuis le début de notre ère) et donc à des modifications connues de différents paramètres astronomiques, dits de <a href="http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/terre-3/d/quand-la-terre-zigzague-la-vie-trinque_9795/" title="Quand la Terre zigzague, la vie trinque" target="_blank">Milankovitch</a>, de notre planète (son <a href="https://www.futura-sciences.com/sciences/definitions/univers-obliquite-949/">obliquité</a>obliquité, son <a href="https://www.futura-sciences.com/sciences/definitions/univers-excentricite-930/">excentricité</a>excentricité et sa <a href="https://www.futura-sciences.com/sciences/definitions/univers-precession-875/">précession</a>précession). Selon l'auteur, les autres facteurs de forçage ne peuvent en effet pas expliquer l'amplitude des variations observées.</p><p>Cette étude conforte également une autre hypothèse. Les <a href="https://www.futura-sciences.com/sciences/definitions/physique-emission-389/">émissions</a>émissions de <a href="https://www.futura-sciences.com/planete/definitions/climatologie-gaz-effet-serre-5381/">gaz à effet de serre</a>gaz à effet de serre d'origine anthropique, massives depuis le début de l'ère industrielle, pourraient avoir interrompu l'arrivée de la prochaine ère glaciaire en mettant fin au refroidissement de la moitié nord de la planète. L'Homme aurait donc bien retardé la <a href="http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/geologie-1/d/rechauffement-lhomme-retarde-la-prochaine-glaciation_35905/" title="Réchauffement : l’Homme retarde la prochaine glaciation" target="_blank">prochaine glaciation</a>. Cette interprétation serait cependant remise en cause par plusieurs scientifiques qui rappellent que les mesures ont été prises à de hautes <a href="https://www.futura-sciences.com/planete/definitions/geographie-latitude-720/">latitudes</a>latitudes et qu'elles ne concernent que les températures estivales. Certaines interprétations auraient pu, selon eux, être exagérées. </p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/919/le-racisme-des-francais</guid>
	<pubDate>Tue, 01 Aug 2023 08:03:02 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/919/le-racisme-des-francais</link>
	<title><![CDATA[LE RACISME DES Français]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>La grande majorité des français n'ont pas "peur" des musulmans qui aiment la France, et respectent ses moeurs et ses traditions (sans d'ailleurs oublier ni renier leur culture d'origine). Ils n'ont pas peur des musulmans qui, quand ils sont croyants, pratiquent leur religion tranquillement, en oubliant ce qui évoque  dans le texte coranique et les hadiths le  refus de l'altérité, la  haine des juifs, des chrétiens et des incroyants et  la prédominance de la charia sur les lois de la République.   Ils ont peur des délinquants de la vie quotidienne et des terroristes qui se trouvent être aujourd'hui très majoritairement musulmans. Ils ont peur des musulmans qui veulent les provoquer en leur imposant des façons de vivre en commun qui les choquent et leur donnent le sentiment qu'ils ne sont plus chez eux dans leur pays. Faire croire que les français sont racistes et qu'ils ont la fameuse "peur de l'Autre", c'est commettre une mauvaise action qui a des conséquences graves, car c'est renforcer la victimisation des musulmans  qui est toujours la justification de la violence.</p>
]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
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	<pubDate>Sun, 02 Jul 2023 21:52:35 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[La rébellion de Prigojine ne serait-elle pas une psyop russe ?]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Par Wayan – Le 26 juin 2023 – Le Saker Francophone</p><p>La grande histoire médiatique de la semaine dernière fut la « rébellion armée conduite par Prigojine » et sa « marche pour la justice sur Moscou ». Une histoire rocambolesque comme les aiment les médias du monde entier. Un rebondissement de plus dans l’histoire médiatique déjà pleine de rebondissements qu’est « l’invasion de l’Ukraine par la Russie ».</p><p>Pendant quelques jours, les spéculations allèrent grand train sur le pourquoi et pour qui de cette rébellion totalement suicidaire pour Prigojine. Un coup de folie mégalomane, sa corruption par l’Occident, une colère noire et incontrôlable contre Shoigu, autant de spéculations auxquelles nous n’aurons pas de réponse.</p><p>Mais dans ce déluge d’hypothèse, une n’a pas été étudiée et pourtant, selon ma logique, elle correspond le mieux aux faits observés, à la dinguerie du scénario et aux intentions des scénaristes : Et si cette soudaine et intempestive « rébellion armée » n’était qu’une psyop menée par le gouvernement russe avec en tête d’affiche le couple d’acteurs Poutine/Prigojine.</p><p>Expliquons maintenant cette hypothèse en commençant par remonter le temps de quelques mois, à la prise de Bhakmut par Wagner, l’armée de mercenaires dirigée par Prigojine. Rappelons-nous qu’à cette époque un mélodrame du même genre, à plus petite échelle, s’était déroulé quand Prigojine avait, par réseaux sociaux interposés, maudit l’armée russe de ne pas lui fournir assez d’armes et de soutien logistique, menaçant de tout laisser tomber. Cette histoire s’était paradoxalement passée au moment même où Wagner était en train de prendre les derniers quartiers résistants de Bhakmut. [Beaucoup <a href="https://www.rt.com/russia/575918-wagner-promised-needed-ammo-prigozhin/">d’articles</a> de <a href="https://www.rt.com/russia/576629-key-donbass-city-captured-wagner/">RT</a> sur cette <a href="https://www.rt.com/russia/578555-ukraine-attempts-retake-artyomovsk-mod/">histoire</a> ont été effacés depuis, mais suivant RT de près a cette époque je m’en souviens bien].</p><p>Pour comprendre ma logique, il faut bien se rappeler de deux choses :</p>
<p>Le but actuel de l’armée russe n’est pas de prendre du terrain en Ukraine mais de « démilitariser le pays », c’est-à-dire d’infliger le maximum de pertes en vie humaines et en matériel. Une fois la « démilitarisation » effectuée, prendre du terrain sera un jeu d’enfant. Cette démilitarisation permettant surtout que ce terrain ne soit plus pris et repris par d’incessantes et douloureuses attaques et contre-attaques. A Bhakmut, Prigojine a lancé ces attaques verbales contre l’armée russe au moment ou les ukrainiens commençait à perdre espoir de tenir la ville et battre en retraite. Voir Wagner en difficulté leur a redonné de l’élan et ils ont donc envoyé quelques centaines d’hommes en plus dans le « hachoir à viande » qu’était Bhakmut. Toujours cela de pris pour les russes.<br />Dès le début de son « Opération Militaire Spéciale », le gouvernement russe a pondu un décret condamnant à la prison quiconque critiquait ou cherchait à déstabiliser l’armée russe. Pourtant, Prigojine a pu le faire publiquement sans subir la moindre répercussion, même pas une frappe sur les doigts. On sait pourtant que Poutine peut être très dur quand il le faut. Cette « faiblesse » de la part du gouvernement russe alors même que Shoigu était publiquement touché est donc extrêmement surprenante. Dans un scénario « vraie vie » Prigojine aurait déjà dû, dès l’épisode Bhakmut, être mis sur la touche, d’une manière ou d’une autre, d’autant plus qu’il n’a rien d’indispensable dans cette « Opération Militaire Spéciale ». Kadirov, le grand chef de l’armée Tchétchène est prêt à le remplacer, comme il l’a déjà proposé moultes fois.</p>
<p>Maintenant revenons à cette « <a href="https://www.dedefensa.org/article/glossairedde-la-tragedie-bouffe">tragédie bouffe</a> » russe du week-end et notons qu’elle se déroule dans un timing identique à celui de Bhakmut. La contre-offensive ukrainienne bat de l’aile et des rumeurs de repli stratégique commencent à poindre malgré l’impérieuse nécessité d’une victoire ukrainienne. C’est-à-dire, pour les russes, un « taux de démilitarisation » passant de 800-1000/jours à quelques dizaines/jours. Voilà qui ne fait pas leur affaire. Il faut donc redonner des ardeurs guerrières à l’armée ukrainienne. Tout combattant sait combien percevoir l’adversaire faiblir va relancer son ardeur à la bagarre. Alors Prigojine qui, à Bhakmut, s’était déjà révélé un aussi bon acteur que Zelensky rentre en scène et déclare que l’armée russe ment, que ses pertes sont totalement sous-évaluées, que la dissension interne va entraîner la défaite de la Russie, que le chef des armées est soit un incapable soit un traitre. Il y va très fort et balance tout à la fois puis, histoire que le scénario soit plus convaincant et marque les esprits, passe à l’action. « <a href="https://twitter.com/nexta_tv/status/1672562335573999617">Envahissement de Rostov sur le Don</a> », « <a href="https://twitter.com/PeelTheFern/status/1672465191261306890">prise du quartier général militaire</a> », « <a href="https://twitter.com/OliLondonTV/status/1672381443895336963">Marche sur Moscou</a> », sans une goutte de sang versée et minutieusement reporté sur Twitter où sa tronche de folle-dingue apparaît sans arrêt, tel un joker fou. En voyant ces scènes, on se dit que le metteur en scène avait visiblement peu de moyens mais le sens du mélodrame. Alors pour donner encore plus de consistance au scénario, Poutine lui-même entre en jeu et fait un discours martial mais sans accuser directement Prigojine ni prononcer son nom une seule fois. Pour un caractère moral comme Poutine, le mensonge a ses limites</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/916/sur-la-dequalification-programmee-le-secret-de-la-soi-disant-%C2%AB%C2%A0societe-de-la-connaissance%C2%A0%C2%BB</guid>
	<pubDate>Sun, 28 May 2023 11:36:02 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Sur la déqualification programmée, le secret de la soi-disant « société de la connaissance »]]></title>
	<description><![CDATA[<p><a href="https://la-sociale.online/">Accueil</a> &gt; <a href="https://la-sociale.online/spip.php?rubrique31">Dossiers</a> &gt; <a href="https://la-sociale.online/spip.php?rubrique5">Lutte des classes</a> &gt; Sur la déqualification programmée, le secret de la soi-disant « société de la (...)</p><p>Sur la déqualification programmée, le secret de la soi-disant « société de la connaissance » — par Carlos Javier Blanco Martín, docteur en philosophie</p><p>La véritable cause du discrédit croissant du marxisme ne vient pas, comme on l’insinue si souvent, de la chute du mur de Berlin. Un événement ne « réfute » pas une vision du monde, car les visions du monde sont irréfutables en elles-mêmes. Si la pléthore de marxismes actuels (ou survivants, si l’on remonte au moins à 1989) échouent dans leur analyse de la réalité sociale, ce n’est pas exclusivement en raison de leur impuissance, de leur incapacité à transformer la société ou de leur utilité discutable en tant qu’arme prétendument anticapitaliste. Le prétendu échec cache la fonctionnalité du marxisme, sa nature intégrée dans le capitalisme lui-même. Le marxisme est devenu, dans ses différents courants, et contrairement aux intentions de son fondateur, une apologie du capitalisme et une idéologie de couverture de celui-ci.</p><p>Le marxisme est devenu un système de consentement. Il est, après la chute de l’URSS et le déclin progressif de la population ouvrière en Occident, et de plus en plus, un système créant des moyens de canaliser le mécontentement, une couverture des réalités économiques aliénantes et une source inépuisable de discours « politiquement corrects ». Ce n’est pas que le marxisme soit inefficace en tant qu’anticapitaliste, mais qu’il existe (dans la mesure où il existe encore) en tant qu’idéologie capitaliste.</p><p>On peut le constater dans le domaine de l’éducation. Il est clair que les pays occidentaux ont régressé en termes d’enseignement de qualité, fondé sur le respect de l’autorité et de la profession d’enseignant, sur l’exigence et la rigueur. Nous avons remplacé la science et la haute culture par des idéologies de genre et des absurdités pédagogiques du type « apprendre à apprendre ». Comme dans le pire cauchemar de Ray Bradbury, nous voyons les livres brûlés et remplacés par des tablettes et des ordinateurs portables électroniques, où les enfants sont abrutis par des jeux et des passe-temps disponibles sur Internet, et où le dur travail d’explication et d’étude est remplacé par des « tutoriels » et un enseignement virtuel. Peu d’auteurs s’inspirent du marxisme pour lier la dégradation programmée de l’éducation à l’attaque des classes populaires et à la déqualification du travail. Entre l’immigration de masse (qui ressemble à une invasion planifiée) et la déqualification délibérée des masses populaires, les objectifs du capitalisme mondialisé sont en passe d’être atteints dans une grande partie de l’Occident. Face à ces phénomènes, la gauche post-marxiste ne fait que les accompagner pour accélérer le processus, pas pour l’arrêter.</p><p>Le processus de déqualification planifiée a déjà été décrit il y a des années par Braverman. Vicky Smith a dit de Braverman : « … la déqualification dans les centres de production était basée sur la croissance de tout un appareil de travailleurs au service des patrons (ingénieurs, scientifiques, managers, responsables du personnel, psychologues industriels)… ». Toute cette couche séparée du Capital, salariée elle aussi, ne signifiait pas une « société du savoir », mais un aspirateur usurpant le savoir des travailleurs, se consacrant, comme dit V. Smith, à étudier « en quoi consistait le travail des travailleurs (ouvriers et employés) et quels étaient les meilleurs moyens de s’approprier leur savoir et de réduire les chances de le conserver » [Vicky Smith, « Braverman’s Legacy. The labour process tradition 20 years on’, Sociology of Work, 26, hiver 1995-1996].</p><p>La déqualification planifiée du peuple a été pratiquée par l’usurpation du savoir populaire. Il s’agit d’une autre façon de voler au peuple ce qui lui appartient. Le processus a déjà commencé il y a des siècles dans les zones rurales, une aliénation cognitive de la paysannerie pour la remplacer existentiellement et ouvrir la voie à la grande agro-industrie et au travail semi-esclavagiste des saisonniers étrangers. Au XXe siècle, il en a été de même pour les métiers industriels. L’école est devenue un simple instrument de conformisme de masse et non un ascenseur social. En Espagne, l’école a encore fonctionné comme un ascenseur social très efficace au service de la création d’une classe moyenne pendant la seconde moitié du franquisme et au début de ce qu’on appelle la Transition. Mais la LOGSE (1991) a inauguré la période d’ingénierie sociale et de déqualification programmée de la population, aujourd’hui intensifiée par la « Ley Celaá ». Le parcage des enfants qui n’apprennent rien et dont le corps présent est simplement inventorié par l’État, qui impose la « scolarité obligatoire » et la déprogrammation mentale, est l’exigence fondamentale d’une nouvelle classe ouvrière à l’esprit vide, ignorant ses traditions de lutte et de savoir-faire, ainsi que la fabrique d’un important reste de « ni-nis » (qui n’étudient ni ne travaillent) et d’autres éléments de la classe parasitaire (immigrés vivant de l’aide publique, chômeurs professionnels, classe politique) qui doivent être gérés bureaucratiquement. La bureaucratie scolaire doit être le préambule et le tremplin nécessaire à la bureaucratie du travail :</p><p>« ...Le contrôle technique comme méthode unique a donc été remplacé par le contrôle bureaucratique, instrument moins visible, plus individualisé et apparemment impersonnel de régulation de l’activité des travailleurs » (ibidem, p. 8).</p><p>Selon cette approche, en somme, les entreprises usurpent non seulement la plus-value mais aussi le savoir des travailleurs dans toutes les branches des métiers les plus divers. Une fois « évacués » du savoir, les travailleurs deviennent des êtres non qualifiés, hautement interchangeables, objets de délocalisations successives [H. Braverman : Labor and Monopoly Capital : The Degradation of Work in the Twentieth Century]. La substitution ethnique et la grande mobilité transfrontalière sont possibles et nécessaires dans cette ère de déqualification programmée. En tant que sujets d’un contrôle émotionnel plutôt que technique, les travailleurs doivent manipuler eux-mêmes leur perception d’eux-mêmes, avec l’aide de toute une armée de coachs, de psychologues d’entreprise, de gestionnaires d’émotions et de divers « fonctionnaires de l’intériorité » personnels.</p><p>Alors que les entreprises légales se bureaucratisent et se confondent avec le reste des services de l’administration étatique, y compris et surtout l’école, le système capitaliste ne cesse de ségréguer de vastes poches de l’économie souterraine.</p><p>En analysant le phénomène dans une perspective historico-génétique, on constate que ces poches et couches d’informalité productive sont toujours consubstantielles au mode de production capitaliste lui-même. Il n’y a pas de capitalisme « sauvage » sans tout un cadre législatif et sans une alliance de classes dirigeantes précapitalistes qui réalisent ce que Marx appelait « l’Accumulation Primitive ». Créer de nouvelles zones de capitalisme, c’est générer de vastes zones d’informalité productive.</p><p>L’accumulation primitive est, à proprement parler, l’ensemble des actes violents et prédateurs, des conquêtes, des génocides, des déplacements forcés de peuples entiers, etc. qui conduisent du régime de production traditionnel à un autre régime, radicalement différent, plus intensément capitaliste. Si dans les régions les plus rurales des îles britanniques, aux XVIIe et XVIIIe siècles, les paysans ont été chassés de leurs fermes à la pointe des baïonnettes, les incendies de villages et les enclosures de terres, toujours sur ordre de l’oligarchie siégeant au Parlement, aujourd’hui, les délocalisations et l’invasion migratoire massive, ainsi que l’imposition de la « numérisation », ne sont rien d’autre qu’une nouvelle « Acquisition », ne sont rien d’autre qu’une nouvelle « accumulation primitive » (un « reset » du système, comme on dit aujourd’hui dans le nouveau jargon informatique) pour dépouiller des masses énormes de la population européenne de souche de leurs emplois traditionnels et stables, en les forçant à devenir une nouvelle force de travail à vendre, et ce à un prix dérisoire.</p><p>Selon cette explication, il n’y a pas eu d’Accumulation Primitive ponctuelle et transcendante, avec des effets qui s’étendent jusqu’à aujourd’hui à toute la planète et à tous les peuples, à partir d’une sorte de péché originel. L’accumulation primitive (c’est-à-dire la violence extra-économique ayant le pouvoir causal de modifier le régime de production) est récurrente dans l’histoire de l’humanité. Elle s’est produite dans le processus colonialiste des empires prédateurs et s’est reproduite dans l’impérialisme, la « phase supérieure du capitalisme ».<br />
Mais aujourd’hui, nous sommes confrontés à ce que l’on appelle la « mondialisation », qui est la dernière et la plus haute phase du capitalisme, où les empires financiers sont transfrontaliers et dénationalisés. Dans cette phase ultra-capitaliste, tout est déterritorialisé, le capital, le travail, avec pour conséquence la création d’économies informelles. La précarisation croissante de la population, l’extinction des métiers et des services personnalisés dans la « société de la connaissance », c’est-à-dire l’ère du télétravail précaire, du faux travail indépendant et le démantèlement de l’État providence par la virtualisation et la numérisation, obligent une grande partie des classes moyennes et inférieures à dépendre des réseaux sociaux immédiats et de la prestation réciproque de services (« botched jobs », « B-money », « hustling »). Cette économie souterraine et informelle est complétée par des activités criminelles pures et simples, contre lesquelles l’État n’est confronté que de manière propagandiste (raids occasionnels à fort impact médiatique) mais sans grande conviction. Il convient de rappeler que l’Espagne est l’un des plus grands bordels d’Europe et l’un des principaux points chauds du trafic de drogue.<br />
Les formations populistes de gauche (en Espagne : Unidas-Podemos, PSOE) ne comptent plus sur les votes d’une classe ouvrière d’usine. La classe ouvrière est, comme la classe moyenne, une classe de plus en plus maigre, précaire et étouffée par les impôts. Les dirigeants et analystes de gauche, bien que très myopes, savent qu’ils doivent chercher dans le vote de plus en plus apathique des fonctionnaires privilégiés du Système, d’une part, et d’une très grande masse réfractaire au travail, essentiellement improductive ou seulement occasionnellement productive, d’autre part. L’armée de « chiffonniers » qui peut grossir les rangs d’une gauche populiste radicalisée, dont United-Podemos a tenté d’assumer le leadership, est une armée qui manque de cohésion et dont les émeutes de rue ne peuvent avoir d’efficacité politique que dans des moments de crise institutionnelle grave.<br />
Or, c’est précisément le moment que traverse l’Espagne. Le « magicien » de la Transition, le Bourbon émérite, s’est enfui et s’est révélé être un vulgaire voyou, comparable aux cheikhs et aux sultans mahométans auprès desquels il se réfugie, mais pas aux hommes d’État de l’Occident (qui, cependant, ne valent guère mieux d’un point de vue moral). Le roi actuel a les mains liées devant un gouvernement au profil oclocratique qui, tout en prétendant être de gauche, est, comme toujours, le plus grand ennemi de la véritable classe ouvrière. Le gouvernement oclocratique de Sánchez et Iglesias est, d’un point de vue mathématique, le vortex ou le puits d’attraction qui capte les votes et les revendications de tous les détritus sociaux (un « attracteur »). Un condensé hétéroclite de squatters, d’immigrés opportunistes, de subventions clientélistes, de féministes entretenues, etc. soutiendra des formations prétendument populistes qui, en réalité, ne feront que consolider les fondations du nouveau système conçu pour l’Espagne depuis l’extérieur. Un système dans lequel la robotique et la numérisation, parmi de nombreuses autres innovations technologiques, ne feront que jeter les employés à la rue et nécessiteront d’importantes couches improductives, mais qui sera fermement attaché à l’industrie du divertissement. D’une part, l’industrie du divertissement tire sa valeur ajoutée de la partie consommatrice de la société qui peut encore la payer directement, mais d’autre part, en tant que partenaire des États, des organisations mondiales et des fonds d’investissement transnationaux, l’industrie du divertissement et de l’électronique est une industrie qui gère (capture, traite et vend les données des masses improductives mais néanmoins consuméristes) et qui est donc dotée d’un pouvoir énorme. Les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) et autres entreprises de la « société de la connaissance » fonctionnent donc comme des aspirateurs ou des ventouses qui absorbent les connaissances de la société et deviennent ainsi les gestionnaires d’un monde de plus en plus lobotomisé, vidé de son contenu.<br />
Le système capitaliste mondial, dans sa phase actuelle, doit être défini non seulement par sa nature de producteur de plus-value par l’exploitation de la force de travail, mais aussi par sa fonction d’usurpateur ou de suceur de connaissances. En ce sens, la méthode marxienne était initialement d’une grande puissance analytique, car chez le philosophe de Trèves (qui ne connaissait pas cette « société du savoir »), il y a déjà une étude des deux processus dans leur imbrication dialectique, dans les limites de son époque.</p><p>Eugenio del Río [La Sombra de Marx. Estudio Crítico sobre la fundación del marxismo (1877-1900), Talassa, Madrid, 1993], a critiqué la « faiblesse » de la méthode matérialiste historique. Il qualifie le matérialisme historique de « rationalisme analogique transhistorique » (p. 200). Certes, à partir de « processus locaux et conditionnés », Marx obtient par extrapolation des « propositions globales et inconditionnées ». Mais qu’est-ce que la philosophie de l’histoire, sinon ? On trouve quelque chose de similaire dans Le déclin de l’Occident de Spengler : un gigantesque processus analogique dans lequel les processus par lesquels les civilisations ou, en leur sein, les visions du monde et les régimes de production sont créés et détruits sont comparés, et des déductions inutiles sont tirées sur le présent et le devenir. La crise radicale d’une civilisation ou d’un mode de production (crise de l’Empire romain, crise du féodalisme, crise actuelle du mondialisme…) n’est pas simplement une « contradiction » entre les superstructures et les bases économiques de la société, mais un « fait ». C’est le factum de toute civilisation, un fait brutal et écrasant qui n’apporte que des leçons lorsqu’il s’est produit. G. Sorel (cité par E. del Río, p. 200) disait : « L’histoire est toute dans le passé, il n’y a pas moyen de la transformer en une combinaison logique qui nous permettrait de prévoir l’avenir ». Certes, l’histoire n’est pas prédictive, et nous sommes d’accord sur ce point. Mais l’histoire est enseignante : par analogie, nous pouvons voir que la création artificielle actuelle de la « foule » (oclocratie) est un processus qui suit des modèles analogues à ce qui s’est passé à la fin de certains régimes passés en cours de dissolution. La République romaine, embourbée dans le marasme oclocratique, a été vaincue ou sauvée par le césarisme (David Engels), peut-être de manière analogue à la façon dont l’Union européenne corrompue et nihiliste d’aujourd’hui sera vaincue et sauvée par un futur néo-césarisme dans lequel la loi et l’ordre seront concentrés dans quelques mains de fer et où les masses de voyous errant dans les rues seront violemment maîtrisées, tandis que les ajustements nécessaires seront faits pour régénérer une nouvelle classe mésocratique qui soutiendra par le tribut, le savoir et les services d’administration et de milice le nouvel empire du XXIe siècle, le tout plongé dans une nouvelle ère spirituelle…</p><p>On ne peut reprocher à Marx ce qui, génériquement, caractérise tout philosophe de l’histoire digne de ce nom : faire des extrapolations et des analogies, car telle est la tâche d’une telle discipline philosophique. Marx devra cependant être interrogé de manière critique sur ses « -ismes » non motivés, typiques de son époque, c’est-à-dire des infections idéologiques de la pensée libérale et positiviste (fils, à son tour, du rationalisme étroit et des lumières des radicaux de l’époque). Les sornettes écrites par les marxistes sur un « athéisme militant », sur un « matérialisme dialectique » et des « lois générales de la dialectique » communes à la nature et à l’histoire… devraient être commodément rasées, envoyées à la poubelle de l’histoire des idéologies. D’autre part, la critique impitoyable du capitalisme sur la base de catégories analytiques (la marchandise) qui, dans leur déroulement dialectique, manifestent les coulisses de la production (l’exploitation de la force de travail) est l’une des réalisations permanentes de la théorie communautaire.</p><p>Les maîtres contemporains d’une interprétation non marxiste de Marx, c’est-à-dire d’un Marx lu comme un penseur communautaire qui défend la personne, dans son insertion dans la famille et dans la polis, en tant qu’être rationnel et libre, sont Costanzo Preve et Diego Fusaro. Ce Marx, successeur d’Aristote, de Thomas d’Aquin et de Hegel, est le Marx philosophe, et non l’économiste déterministe ou le socialiste pamphlétaire : c’est le Marx de l’émancipation communautaire de la personne en tant qu’être social (animal politique) et non l’homme en uniforme bolchevique qui s’aliène au sein d’une armée de révolutionnaires visionnaires.<br />
_</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Fri, 19 May 2023 11:19:03 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Un rapport chinois dévoile les stratagèmes de la CIA pour organiser des révolutions de couleur dans le monde entier]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Par Yuan Hong – Le 4 mai 2023 – Source <a href="https://www.globaltimes.cn/page/202305/1290090.shtml">Global Times</a></p><p>Depuis longtemps, la Central Intelligence Agency (CIA) américaine prépare des “évolutions pacifiques” et des “révolutions colorées”, ainsi que des activités d’espionnage dans le monde entier. Les détails de ces opérations ont toujours été obscurs, mais un nouveau rapport publié jeudi par le Centre national chinois de réponse d’urgence aux virus informatiques et la société chinoise de cybersécurité 360 a dévoilé les principaux moyens techniques utilisés par la CIA pour organiser et promouvoir l’agitation dans le monde.</p><p>Selon ce rapport, depuis le début du 21e siècle, le développement rapide de l’internet a offert de “nouvelles opportunités” aux activités d’infiltration de la CIA dans d’autres pays et régions. Toute institution ou tout individu, où qu’il se trouve dans le monde, qui utilise des équipements numériques ou des logiciels américains peut être transformé en “agent fantoche” de la CIA.</p><p>Depuis des décennies, la CIA a renversé ou tenté de renverser au moins 50 gouvernements légitimes à l’étranger (la CIA n’a reconnu que sept de ces cas), provoquant des troubles dans les pays concernés. Qu’il s’agisse de la “révolution du Maidan” en Ukraine en 2014, de la “révolution des tournesols” dans l’île de Taïwan en Chine, de la “révolution du safran” au Myanmar en 2007, de la “révolution verte” en Iran en 2009 ou d’autres tentatives de “révolutions des couleurs“, les agences de renseignement américaines sont derrière tout cela, d’après le rapport.</p><p>La position dominante des États-Unis dans les technologies de télécommunication a offert à la communauté du renseignement américain des possibilités sans précédent de lancer des “révolutions de couleur” à l’étranger. Le rapport publié par le National Computer Virus Emergency Response Center et 360 révèle cinq méthodes couramment utilisées par la CIA.</p><p>La première consiste à fournir des services de communication en réseau cryptés. Afin d’aider les manifestants de certains pays du Moyen-Orient à rester en contact et à éviter d’être suivis et arrêtés, une société américaine, qui aurait des antécédents militaires aux États-Unis, a mis au point la technologie TOR, qui permet d’accéder furtivement à l’internet – la technologie Onion Router.</p><p>Les serveurs cryptent toutes les informations qui y transitent afin d’aider certains utilisateurs à naviguer sur le web de manière anonyme. Après le lancement du projet par des entreprises américaines, il a été immédiatement fourni gratuitement à des éléments antigouvernementaux en Iran, en Tunisie, en Égypte et dans d’autres pays et régions, afin que ces “jeunes dissidents qui veulent ébranler le pouvoir de leur propre gouvernement” puissent échapper à la surveillance de ce dernier, selon le rapport.</p><p>La deuxième méthode consiste à fournir des services de communication hors ligne. Par exemple, afin de s’assurer que le personnel antigouvernemental en Tunisie, en Égypte et dans d’autres pays puisse rester en contact avec le monde extérieur lorsque l’internet est déconnecté, Google et Twitter ont rapidement lancé un service spécial appelé “Speak2Tweet“, qui permet aux utilisateurs de composer et d’envoyer gratuitement des notes vocales.</p><p>Ces messages sont automatiquement convertis en tweets, puis téléchargés sur l’internet et diffusés publiquement via Twitter et d’autres plateformes afin de compléter le “compte rendu en temps réel” de l’événement sur place, selon le rapport.</p><p>La troisième méthode consiste à fournir des outils de commandement sur place pour les rassemblements et les défilés, basés sur l’internet et les communications sans fil. Le rapport indique que la société américaine RAND a passé plusieurs années à développer une technologie non traditionnelle de changement de régime appelée “swarming“. Cet outil est utilisé pour aider un grand nombre de jeunes gens connectés via l’internet à rejoindre le mouvement de protestation mobile “d’un coup d’un seul“, ce qui améliore considérablement l’efficacité du commandement sur place de l’événement.</p><p>Le quatrième est un logiciel américain appelé “Riot“. Ce logiciel prend en charge un réseau à large bande indépendant à 100 %, fournit un réseau WiFi variable, ne dépend d’aucune méthode d’accès physique traditionnelle, n’a pas besoin de téléphone, de câble ou de connexion par satellite, et peut facilement échapper à toute forme de surveillance gouvernementale.</p><p>Le dernier est le système d’information “anti-censure“. Le département d’État américain considère la recherche et le développement de ce système comme une tâche importante et a injecté plus de 30 millions de dollars dans le projet.</p><p>Une grande vigilance s’impose</p><p>Par ailleurs, le National Computer Virus Emergency Response Center et la société 360 ont repéré des programmes chevaux de Troie ou des plug-ins liés à la CIA dans les récentes cyberattaques visant la Chine. Les autorités chargées de la sécurité publique ont enquêté sur ces cas, a appris le Global Times.</p><p>Outre les cinq méthodes utilisées par la CIA pour provoquer des troubles dans le monde entier, le National Computer Virus Emergency Response Center et la société 360 ont également identifié, grâce à une analyse technique plus poussée, neuf autres méthodes utilisées par la CIA comme “armes” pour lancer des cyberattaques, notamment la livraison de modules d’attaque, le contrôle à distance, la collecte et le vol d’informations, ainsi que des outils open-source de tiers.</p><p>Le centre de réponse et la société 360 ont également repéré un outil de vol d’informations utilisé par la CIA, qui est également l’une des 48 cyberarmes exposées dans le document confidentiel de l’Agence nationale de sécurité des États-Unis.</p><p>La découverte de ces outils de vol d’informations montre que la CIA et l’Agence nationale de sécurité américaine attaquent conjointement la même victime, partagent des armes de cyberattaque ou fournissent un soutien technique ou humain, selon le rapport.</p><p>Ces nouvelles découvertes offrent également de nouvelles preuves importantes pour retracer l’identité des attaquants de l’APT-C-39. En 2020, la société 360 a découvert de manière indépendante une organisation APT qui n’avait jamais été exposée au monde extérieur, et l’a baptisée APT-C-39. L’organisation cible spécifiquement la Chine et ses pays amis pour mener des activités de cyberattaque et de vol, et ses victimes sont réparties dans le monde entier.</p><p>Le rapport note également que le danger des armes d’attaque de la CIA peut être perçu à partir d’outils open-source de tiers, car elle utilise souvent ces outils pour mener des cyberattaques.</p><p>L’attaque initiale des opérations de cyberattaque de la CIA est généralement menée contre l’équipement de réseau ou le serveur de la victime. Après avoir obtenu l’accès à la cible, elle explore la topologie du réseau de l’organisation cible et se déplace vers d’autres dispositifs du réseau interne pour voler des informations et des données plus sensibles.</p><p>L’ordinateur cible contrôlé est surveillé en temps réel pendant 24 heures et toutes les informations sont enregistrées. Dès qu’un périphérique USB est connecté, les fichiers privés qu’il contient sont surveillés et automatiquement volés. Lorsque les conditions le permettent, la caméra, le microphone et le dispositif de positionnement GPS du terminal de l’utilisateur sont contrôlés à distance et accessibles, selon le rapport.</p><p>Ces cyberarmes de la CIA utilisent des spécifications techniques d’espionnage standardisées, et diverses méthodes d’attaque se font écho et s’imbriquent les unes dans les autres. Elles couvrent désormais la quasi-totalité des actifs Internet dans le monde, et peuvent contrôler les réseaux d’autres pays à tout moment et en tout lieu afin de voler des données importantes et sensibles à d’autres pays.</p><p>La cyber-hégémonie américaine est évidente, note le rapport.</p><p>Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Mao Ning, a déclaré jeudi que les activités de renseignement et d’espionnage des États-Unis et les cyberattaques contre d’autres pays méritent une grande vigilance de la part de la communauté internationale.</p><p>Les États-Unis doivent prendre au sérieux les préoccupations de la communauté internationale, y répondre et cesser d’utiliser des cyberarmes pour mener des activités d’espionnage et des cyberattaques dans le monde entier, a déclaré M. Mao.</p><p>En réponse aux cyberattaques hautement systématiques, intelligentes et dissimulées lancées par la CIA contre la Chine, il est important que les agences gouvernementales nationales, les institutions de recherche scientifique, les entreprises industrielles et les organisations commerciales les découvrent rapidement et y remédient dès qu’elles les découvrent, indique le rapport.</p><p>Le rapport suggère qu’afin de faire face efficacement aux menaces imminentes sur les réseaux et dans le monde réel, tout en adoptant des équipements localisés et autocontrôlables, la Chine devrait organiser une auto-inspection contre les attaques APT dès que possible, et mettre progressivement en place un système de défense à long terme pour parvenir à une prévention et un contrôle systématiques complets contre les attaques avancées.</p><p>Yuan Hong</p><p>Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/914/la-cupidite-va-t-elle-entrainer-la-fin-du-capitalisme%C2%A0-la-societe-generale-se-pose-la-question</guid>
	<pubDate>Mon, 01 May 2023 14:03:47 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/914/la-cupidite-va-t-elle-entrainer-la-fin-du-capitalisme%C2%A0-la-societe-generale-se-pose-la-question</link>
	<title><![CDATA[La cupidité va-t-elle entraîner la fin du capitalisme ? La Société Générale se pose la question]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Par Will Daniel – Le 6 avril 2023 –  Source <a href="https://fortune.com/2023/04/05/end-of-capitalism-inflation-greedflation-societe-generale-corporate-profits/">Fortune</a></p><p>GREEDFLATION. L’arnaque sur les prix signifie : des prix élevés pour vous et des bénéfices records pour les grandes entreprises</p><p>Lorsque les coûts augmentent, les bénéfices augmentent aussi ??? Ce n’est pas ainsi que le capitalisme est censé fonctionner, mais c’est pourtant la <a href="https://fortune.com/2022/06/26/greedflation-is-price-gouging-helping-fuel-high-inflation-there-are-much-more-plausible-candidates-for-whats-going-on/">tendance récente</a>. Depuis plus d’un an, les consommateurs et les entreprises, tant aux États-Unis que dans le reste du monde, sont confrontés à une inflation tenace. Mais cette flambée des coûts n’a pas empêché les entreprises d’engranger des <a href="https://fortune.com/2022/08/25/us-corporate-profit-margins-second-quarter-widest-since-1950/">bénéfices records</a>. L’an dernier, les entreprises figurant dans <a href="https://fortune.com/fortune500/">le classement</a> Fortune 500 ont <a href="https://fortune.com/2022/05/24/fortune-500-most-profitable-companies-apple-berkshire-amazon-google-microsoft/">généré</a> à elles seules un bénéfice record de 1 800 milliards de dollars pour un chiffre d’affaires de 16 100 milliards de dollars. Des voix situées à gauche de l’échiquier politique ont tiré la sonnette d’alarme à ce sujet – pensez à <a href="https://fortune.com/2022/02/22/bernie-sanders-mcdonalds-starbucks-amazon-inflation-price-hikes-corporate-greed/">Bernie Sanders</a> au Congrès ou à la récente <a href="https://www.youtube.com/watch?v=tU3rGFyN5uQ">mise à l’épreuve</a> de l’ancien secrétaire au Trésor, Larry Summers, par Jon Stewart. Mais un économiste travaillant pour l’une des plus anciennes et des plus grandes banques d’investissement du monde chante lui aussi le même refrain.</p><p>Albert Edwards, stratège mondial à la Société Générale, une banque vieille de 159 ans, vient de publier une note cinglante sur le phénomène que l’on appelle désormais la « <a href="https://fortune.com/2022/02/19/inflation-profits-prices-companies-pandemic/">Greedflation</a> » [Néologisme signifiant « inflation due à la cupidité »]. Les entreprises, en particulier dans les économies développées comme les États-Unis et le Royaume-Uni, ont utilisé la hausse des coûts des matières premières dans le contexte de la pandémie et de la guerre en Ukraine comme une « excuse » pour augmenter les prix et accroître les marges bénéficiaires pour atteindre de nouveaux sommets, a-t-il déclaré. Et la banque d’investissement française n’est pas seulement ancienne : Elle fait partie des banques considérées comme « <a href="https://www.fsb.org/wp-content/uploads/P211122.pdf">d’importance systémique</a> » par le Conseil de stabilité financière, l’organe international du G20 chargé de protéger le système financier mondial.</p><p>Edwards écrit, dans l’édition de mardi de son Global Strategy Weekly, qu’après quatre décennies de travail dans la finance, il n’a jamais rien vu de tel que les niveaux « sans précédent » et « étonnants » de « Greedflation » des entreprises au cours de ce cycle économique. À cet égard, <a href="https://www.kansascityfed.org/Economic%20Review/documents/9329/EconomicReviewV108N1GloverMustredelRiovonEndeBecker.pdf">une étude</a> réalisée en janvier par la Banque fédérale de Kansas City a révélé que la « croissance des marges« , c’est-à-dire l’augmentation du rapport entre le prix facturé par une entreprise et son coût de production, fut un facteur d’inflation bien plus important en 2021 qu’il ne l’a jamais été tout au long de l’histoire de l’économie.</p><p>En règle générale, l’augmentation des prix des matières premières et des coûts de main-d’œuvre réduit les marges des entreprises, en particulier en cas de ralentissement de l’économie. Toutefois, Edwards a attiré l’attention sur les données <a href="https://www.bea.gov/news/2023/gross-domestic-product-fourth-quarter-and-year-2022-third-estimate-gdp-industry-and">publiées</a> la semaine dernière par le Bureau of Economic Analysis (BEA), qui montrent que les marges bénéficiaires sont restées proches d’un niveau record par rapport aux coûts au quatrième trimestre. Le stratège a déclaré qu’il pensait que les marges auraient « fortement baissé » à la fin de l’année dernière en raison du ralentissement de l’économie, mais qu’il s’était trompé.</p><p>Edwards a ajouté qu’il craignait que les « marges bénéficiaires supérieures » des entreprises aux États-Unis et à l’étranger ne finissent par « déclencher des troubles sociaux » si les consommateurs continuent à lutter contre l’inflation.</p><p>« La fin de la Greedflation doit impérativement arriver. Sinon, nous pourrions assister à la fin du capitalisme« , a-t-il averti. « Il s’agit d’un problème majeur pour les décideurs politiques, qui ne peut plus être ignoré. »</p><p>La note d’Edwards pourrait être importante, car elle permettrait de faire passer dans le courant dominant un point de vue qui, jusqu’à présent, a vécu dans la frange progressiste. Par exemple, un débat sur la Greedflation a éclaté le mois dernier, lors de <a href="https://www.youtube.com/watch?v=tU3rGFyN5uQ">l’interview</a> de Larry Summers par Jon Stewart, ancien animateur du Daily Show, dans le cadre de sa nouvelle émission sur <a href="https://fortune.com/company/apple/">Apple TV</a>, The Problem. Alors que Stewart et Summers se demandaient si la Fed avait raison de pousser à la baisse les salaires en augmentant les taux d’intérêt dans le cadre de sa lutte contre l’inflation, Stewart a changé d’avis : « Pourquoi ne nous attaquons-nous pas aux bénéfices des entreprises de quelque manière que ce soit ? Parce qu’on estime qu’ils représentent 30 % ou 40 % de l’inflation ? »</p><p>Summers s’est empressé de répondre qu’il ne pensait pas que « l’idée que tout d’un coup les entreprises soient devenues gourmandes soit défendable« . Edwards semble penser que c’est en fait tout à fait défendable.</p><p>Edwards a proposé une solution controversée pour remédier à la montée de la « Greedflation« , qui, selon lui, reflète un « affaiblissement de la confiance » dans le système capitaliste lui-même. Dans une tournure autrefois impensable pour « ceux d’entre nous qui ont vécu l’échec des politiques de prix et de revenus des années 1970« , Edwards a déclaré qu’il existait un outil pour ce type de problème, et qu’il datait de cette même décennie : le contrôle des prix.</p><p>Le contrôle des prix, c’est-à-dire le fait pour un gouvernement de fixer les prix que les entreprises sont autorisées à facturer aux consommateurs, a été <a href="https://www.aier.org/article/4000-years-of-failed-price-controls/">accusé</a> de tous les maux, depuis la chute du premier empire babylonien en 1595 avant J.-C. jusqu’aux longues files d’attente à la pompe des administrations Nixon et Carter dans les années soixante-dix. L’une des histoires les plus courantes sur la folie supposée du contrôle des prix nous vient de l’empereur romain Dioclétien, qui a <a href="https://www.cambridge.org/core/journals/canadian-journal-of-economics-and-political-science-revue-canadienne-de-economiques-et-science-politique/article/abs/edict-of-diocletian-a-study-of-price-fixing-in-the-roman-empire/47837AFC17442503E6E90ED30FAD9D98">promulgué</a> un « édit sur les prix maximums » pour la main-d’œuvre, les produits de base, etc. afin de lutter contre l’inflation galopante en 301 après J.-C.. Mais l’édit, qui prévoyait la peine de mort pour quiconque l’enfreignait, s’est finalement retourné contre lui, créant une pénurie de biens et une dépendance à l’égard du blé de l’État, ce qui a conduit à son abrogation.</p><p>Edwards note que nombre de ses collègues sont « moins favorables à l’utilisation du contrôle des prix » en raison de cette histoire, mais il affirme que son utilisation peut être justifiée parce que « quelque chose semble s’être brisé avec le capitalisme« .</p><p>Le stratège fait référence à <a href="https://scholarworks.umass.edu/econ_workingpaper/343/">un article</a> rédigé par Isabella Weber et Evan Wasner, économistes à l’université du Massachusetts à Amherst, intitulé « l’inflation des vendeurs, profits et conflit« . Il en ressort que les entreprises ont pratiqué des prix abusifs pendant la pandémie et que des contrôles temporaires des prix pourraient être le seul moyen de prévenir les « spirales inflationnistes » qui pourraient résulter de ces prix abusifs. « Si l’on examine leurs conclusions sur la manière de faire face à la Greedflation, le contrôle des prix semble apparaître comme une méthode de contrôle privilégiée« , a déclaré M. Edwards.</p><p>Will Daniel</p><p>Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Mon, 01 May 2023 09:01:50 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/913/les-etats-unis-commencent-a-indemniser-des-personnes-victimes-des-vaccins-contre-le-covid-19</link>
	<title><![CDATA[Les États-Unis commencent à indemniser des personnes victimes des vaccins contre le COVID-19]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Par Zachary Stieber − Le 18 avril 2023 − Source <a href="https://www.theepochtimes.com/us-compensates-people-injured-by-covid-19-vaccines-for-first-time_5200854.html?src_src=partner&amp;src_cmp=ZeroHedge">The Epoch Times</a></p><p><a href="https://www.theepochtimes.com/more-covid-19-vaccine-injuries-approved-for-compensation-but-injured-still-waiting-for-payouts_5081099.html">Pour la première fois</a>, les États-Unis ont versé des de l’argent à des personnes dont la santé a été compromise par les vaccins COVID-19.</p><p>Photo présentant une dose de vaccin COVID-19 Johnson &amp; Johnson avant son administration lors d’un essai clinique à Aurora, Colorado, le 15 décembre 2020.(Michael Ciaglo/Getty Images)</p><p>Trois personnes ont reçu des versements pour le préjudice qu’elles ont subi, conformément au Countermeasures Injury Compensation Program (CICP), opéré par une agence relevant du Département de la Santé et des Services humains, ont affirmé des dirigeants <a href="https://www.hrsa.gov/cicp/cicp-data/table-4">dans une dépêche</a>.</p><p>Une personne qui a subi un grave choc allergique a reçu 2019 $, selon cette agence (la Health Resources and Services Administration). Une personne qui a subi une inflammation cardiaque (myocardite), a reçu 1 582 $. Une autre personne, également victime de myocardite, a reçu 1 032 $.</p><p>On ne connaît pas les noms des fabricants de vaccins à l’origine de ces préjudices. On ne connaît pas non plus l’identité des personnes qui ont reçu ces versements.</p><p>Ces dédommagements constituent un jalon : c’est la première fois que le gouvernement étasunien a versé de l’agent à des personnes dont la santé a souffert des vaccins COVID-19 apparus à la fin de l’année 2020, et qui peuvent provoquer de graves problèmes, voire le décès des patients exposés aux injections.</p><p>Selon le CICP, les personnes ayant survécu aux problèmes de santé induits par les injections de ces vaccins peuvent recevoir de l’argent en remboursement de leurs dépenses médicales, et en compensation de la perte de leur emploi.</p><p>Il semble que les versements qui ont été consentis jusqu’ici ne l’ont été que pour compenser des dépenses médicales, selon Wayne Rohde, auteur de l’ouvrage The Vaccine Court.</p><p>« Ces montants sont tellement faibles que l’on peut plausiblement supposer qu’ils ne tiennent lieu que de compensation à des dépenses médicales, pas plus, » affirme Rohde. « Ces montants ne sont pas raisonnables, mais le programme est ainsi conçu. »</p><p>La plupart des versements consentis auparavant ont été versés à des personnes ayant subi des préjudices provoqués par un vaccin H1N1, parmi lesquels le syndrome Guillain-Barre. Des personnes avaient alors reçu des sommes se chiffrant en centaines de milliers de dollars. Huit personnes avaient reçu au moins 106 723 $. Le versement le plus élevé que l’on connaît est établi à 2,2 millions de dollars.</p><p>La Health Resources and Services Administration, qui opère ce programme, n’a pas répondu à nos demandes de commentaires.</p><p>Le CICP est la seule instance permettant à des personnes de recevoir un versement de la part du gouvernement fédéral, en raison de la déclaration d’urgence prononcée au sujet du COVID-19 par l’administration Trump. La plupart des injections de vaccins réalisées aux États-Unis l’ont été sous couvert du National Vaccine Injury Compensation Program. Ce programme prévoit que les personnes qui reçoivent des versements en compensation sont susceptibles de recevoir davantage, en partie parce que d’autres catégories sont couvertes <a href="https://www.hrsa.gov/cicp/cicp-vicp">par ce programme</a>, parce que les dossiers mettent plus longtemps à être instruits, et parce que leurs frais d’avocats peuvent également être couverts.</p><p>Pour recevoir un versement de compensation de la part du CICP, le candidat doit prouver une « connexion fortuite » entre le vaccin administré et de graves dommages de santé ou la mort, cette connexion devant être étayée par « des preuves convaincantes, fiables, valides, médicales et scientifiques. » Le candidat doit également produire des justificatifs de dépenses médicales non remboursées, ou établissant une perte de revenus du fait de leur incapacité à travailler à cause des dommages de santé subis.</p><p>Les proches de personnes qui sont mortes peuvent demander des versements.</p><p>Le montant le plus élevé pour des versements aux proches de personnes décédées est établi à 423 000 dollars, et le montant le plus élevé pour pertes de revenus est de 50 000 dollars, mais des questions clés restent en suspens selon Rohde : les survivants recevront-ils systématiquement un versement entier si leur demande est considérée comme justifiée ? Les frais médicaux que devront débourser à l’avenir les personnes dont la santé est compromise seront-ils couverts ?</p><p>Les administrateurs du programme ont refusé de divulguer les détails au sujet des paiements consentis par le programme, ainsi qu’au sujet des candidats dont les dossiers ont été rejetés.</p><p>Les paiements versés par le National Vaccine Injury Compensation Program sont issus d’une cagnotte constituée par une taxe perçue sur chaque vaccin, alors que les versements réalisés par le CICP sont issus de budgets décidés par le Congrès.</p><p>Les premiers vaccins COVID-19 ont été autorisés au mois de décembre 2020. Au printemps 2021, le tiers des vaccins candidats avait été validé. Ils ont dès lors fait l’objet d’une intense promotion de la part des dirigeants du système de santé des États-Unis, et administrés à des centaines de millions d’Étasuniens.</p><p>Les effets secondaires ayant fait suite à ces vaccinations et déclarés au Système d’Enregistrement des Effets Secondaires des Vaccins ont été d’un nombre historiquement élevé, ce qui a aidé les autorités à déterminer que des événements comme de graves réactions allergiques (anaphylaxie), ou des myocardites, sont provoqués par les vaccins.</p><p>Tout un chacun peut déposer un signalement à ce système d’enregistrement, mais le CICP n’accepte que les dossiers établis dans le courant de l’année suivant un événement de santé. Le programme ne couvre pour l’instant qu’un petit nombre d’événements de santé, et l’on ne sait pas exactement lesquels de ces événements il couvre.</p><p>Au 1 avril, on comptait 8 133 dossiers déposés au CICP invoquant des dommages de santé et/ou des décès résultant des vaccins COVID-19. Des centaines de dossiers ont été rejetés à cause d’un manque de documentation médicale ou d’autres problèmes, selon les autorités. Des milliers d’autres dossiers sont en attente ou en cours de traitement.</p><p>La date du 23 juin a été établie comme butoir pour parvenir au niveau juste de compensations, y compris pour les trois dossiers qui ont déjà été indemnisés.</p><p>Une personne souffrait d’une myocardite à cause d’un vaccin COVID-19, mais n’avait justifié d’aucune « perte ou dépense éligible », selon les administrateurs du CICP.</p><p>Sur les 19 autres dossiers en attente de compensation financière, 18 personnes souffraient de myocardite, d’un symptôme voisin appelé péricardite, ou d’une combinaison des deux problèmes. Le dernier dossier accepté fait état d’un œdème de Quincke, un problème de peau.</p><p>NdT : On peut être surpris par le très faible montant des dommages consentis. C’est surtout le début d’une nouvelle phase de l’opinion publique, et peut-être de grands procès.</p><p>Traduit par José Martí, relu par Wayan, pour le Saker Francophone</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/911/la-reforme-des-retraites-demontre-l%E2%80%99impuissance-economique-d%E2%80%99emmanuel-macron-%E2%80%93-le-temps-des-ruptures</guid>
	<pubDate>Mon, 10 Apr 2023 17:08:10 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/911/la-reforme-des-retraites-demontre-l%E2%80%99impuissance-economique-d%E2%80%99emmanuel-macron-%E2%80%93-le-temps-des-ruptures</link>
	<title><![CDATA[La réforme des retraites démontre l’impuissance économique d’Emmanuel Macron – Le Temps des Ruptures]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Crédits photo : <a href="https://www.leparisien.fr/politique/manifestation-contre-les-retraites-la-note-des-renseignements-qui-inquiete-lexecutif-30-01-2023-JRUR2XKY5NGT3OLP4TRQDIK2FQ.php">LP/ Jean-Baptiste Quentin</a></p>
<p>Des déficits… et 86,5 milliards de cadeaux fiscaux</p>
<p>Que représente le montant des retraites versé chaque année ? <a href="https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/sites/default/files/2022-05/10-Les_masses_financi%C3%A8res_relatives_aux_pensions_de_retraite_en_2020.pdf">332 milliards d’euros en 2020 d’après la DRESS</a>. Autrement dit, les 13,5 milliards d’euros de déficit ne représentent que 4% du volume total des prestations versées. Mais ce chiffre lui-même est contestable, car on ne peut comparer le déficit de 2030 avec les recettes de 2020. Si l’on tient compte de l’inflation et de la croissance, les salaires en 2030 seront en réalité très certainement plus élevés qu’en 2020. C’est la raison pour <a href="https://www.liberation.fr/checknews/retraites-sans-reforme-le-deficit-va-t-il-vraiment-etre-multiplie-par-24-en-2050-comme-le-laisse-penser-le-gouvernement-20230111_R7RBJC5AANBJ7OJ4RNQAFBU3DE/">laquelle le COR ne calcule pas les déficits en milliards d’euros mais en pourcentage du PIB</a>. Avec ce mode de présentation, les déficits dont il est question devraient représenter environ 0,4% du PIB de 2030.</p><p>Autrement dit, la crise politique majeure que nous traversons a pour objet de résoudre un déficit potentiel en 2030 équivalent à 1/12ème du déficit actuel des comptes publics (<a href="https://www.insee.fr/fr/statistiques/7232553">4,7% en 2022</a>). Tout ça pour ça !</p><p>Le pire, c’est qu’au même moment le gouvernement, conformément à ses engagements en faveur de la diminution de la fiscalité des entreprises, décidait de <a href="https://entreprendre.service-public.fr/actualites/A16251">supprimer la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE)</a>, ce qui représente un coût net de 8 milliards d’euros annuel pour les finances publiques. Il poursuit en cela la politique engagée par François Hollande qui avait introduit un crédit d’impôt pour les entreprises – le fameux CICE – qui a coûté près de 20 milliards, avant que le gouvernement Valls n’augmente le paquet cadeau de 21 milliards avec le mal nommé « pacte de responsabilité et de solidarité ».</p><p>Ajoutons à ces sommes la transformation de l’impôt sur la fortune en impôt sur la fortune immobilière (coût net pour les finances publiques : 3,5 milliards d’euros) décidée en 2017, la suppression de la taxe d’habitation pour la résidence principale (14 milliards d’euros) et la baisse de l’impôt sur les sociétés qui est passé en quelques années de 33% à 25% (il était de 50% jusqu’au milieu des années 1980) et qui représente un manque à gagner d’environ 20 milliards d’euros en 2022. Si on fait le cumul de ces dépenses fiscales, on parvient à une perte annuelle pour les finances publiques de plus 86,5 milliards d’euros, soit environ 3,3% du PIB, dont l’immense majorité au profit des entreprises. Sans parler des subventions directes à ces mêmes entreprises <a href="http://www.ires.fr/index.php/etudes-recherches-ouvrages/etudes-des-organisations-syndicales/item/6572-un-capitalisme-sous-perfusion-mesure-theories-et-effets-macroeconomiques-des-aides-publiques-aux-entreprises-francaises">qui se sont multipliées avant même la crise pandémique</a>.</p>
<p>Financer la politique de l’offre</p>
<p>Il faut le dire et le répéter. Le déficit public actuel n’est en rien lié à la hausse des dépenses sociales, et encore moins au coût des services publics. Il résulte, au contraire, d’un choix politique mené avec constance, démarré par François Hollande et poursuivi par Emmanuel Macron : celui d’assécher systématiquement les ressources fiscales au nom de la compétitivité des entreprises.</p><p>Car c’est bien cela qui est en jeu. Pour poursuivre les cadeaux fiscaux aux entreprises tout en limitant ses déficits, l’État est contraint de trouver de nouvelles ressources ou d’alléger certaines dépenses. Trouver des ressources, ce fut la stratégie initialement employée avec la hausse de certaines taxes sur le tabac, l’alcool ou les carburants, ce qui revient à mettre à contribution les « gars qui fument des clopes et roulent au diesel » <a href="https://www.lefigaro.fr/vox/monde/2018/10/29/31002-20181029ARTFIG00214-le-mepris-siderant-de-griveaux-pour-les-gars-qui-fument-des-clopes-et-roulent-au-diesel.php">selon la formule de l’ancien porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux</a>. Mais le mouvement des Gilets jaunes, fin 2018, mis fin brutalement cette option. À partir de cette date, l’État a donc mis en œuvre une autre stratégie, fondée sur des économies à réaliser sur les dépenses sociales. C’est ainsi que la réforme des retraites est revenue dans l’actualité, avant d’être interrompue par la pandémie du Covid. Souvenez-vous, à l’issue du premier Conseil de défense consacré à la pandémie, <a href="https://www.bfmtv.com/politique/reforme-des-retraites-edouard-philippe-declenche-le-49-3_AN-202002290042.html">le gouvernement annonçait, à la surprise générale, l’utilisation du 49.3 pour faire passer en force une réforme dites « structurelle » des retraites</a>. Une réforme qui, en réalité, avait bien pour but de dégager des économies.</p><p>Cette même année, le gouvernement avait annoncé des mesures d’économie sur l’assurance chômage pénalisant les saisonniers et les contrats courts. Puis, à la fin de l’année 2022, il engagea une nouvelle loi d’économie consistant à réduire la durée d’indemnisation des demandeurs d’emploi lorsque le taux de chômage diminue. C’est ainsi que les chômeurs furent mis à contribution des politiques d’aide aux entreprises.</p>
<p>L’échec patent de l’attractivité fiscale</p>
<p>Si l’on s’en tenait à cette analyse, on pourrait résumer ainsi la logique fondamentale de la réforme des retraites de 2023 : Diminuer les dépenses sociales pour financer les politiques de compétitivité menées depuis dix ans visant à augmenter le taux de marge des entreprises. Sur ce plan, il faut bien reconnaître que la stratégie fut un succès. Jamais les bénéfices réalisés par les entreprises n’ont été aussi élevés. Ainsi, les sociétés du CAC 40 ont dégagé 152 milliards d’euros de profit l’année dernière, un montant « sans précédent », <a href="https://www.lemonde.fr/economie/article/2023/03/09/l-insolente-sante-des-entreprises-du-cac-40_6164730_3234.html">note le journal Le Monde</a>.</p><p>Le problème est que ces milliards ne « ruissellent » pas sur l’économie française. C’est là que se situe l’impuissance de Macron et de sa stratégie. Persuadé que, pour relancer l’activité et l’emploi, il suffit d’attirer les entreprises, Macron – et Hollande avant lui – ont engagé la France dans la course à l’attractivité fiscale. Pourtant, non seulement le taux de croissance de l’économie française est faiblard depuis 2012, mais en plus les entreprises industrielles continuent de fermer et de délocaliser. Le résultat, c’est que la balance commerciale française a connu en 2022 un déficit record de 164 milliards d’euros, <a href="https://www.lesechos.fr/economie-france/conjoncture/la-france-essuie-le-pire-deficit-commercial-de-son-histoire-1904222">le pire de son histoire, soulignait Les Echos</a>. En somme, la stratégie de relocalisation défendue au nom de la « souveraineté économique » est un échec. En témoigne l’état de notre industrie pharmaceutique qui n’a cessé de décliner depuis 2008. Et si on constate dernièrement quelques projets de relocalisation d’usines produisant des médicaments, <a href="https://www.lefigaro.fr/conjoncture/penurie-de-medicaments-ou-en-est-la-production-en-france-20230310">c’est essentiellement grâce à des aides sectorielles, c’est-à-dire à de nouvelles dépenses publiques</a>, et non du fait de la politique fiscale.</p>
<p>L’impuissance économique de Macron</p>
<p>Pourquoi les entreprises industrielles continuent-elles de fuir la France malgré la multiplication des cadeaux fiscaux ? Voici la question que devraient enfin se poser le gouvernement et les députés Renaissance. La réponse est pourtant simple et tient en deux éléments. Le premier est que ces aides fiscales ne sont jamais conditionnées à des contreparties ni concentrées sur des secteurs particuliers. En arrosant très large, on donne en fait très peu à chacun, ce qui coûte cher aux finances publiques tout en produisant un effet pratiquement nul pour chaque entreprise prise individuellement. C’est ainsi que le CICE a davantage profité aux grandes surfaces qui sont protégées de la concurrence internationale qu’aux entreprises industrielles qui doivent l’affronter.</p><p>La deuxième raison est que, tous les pays menant la même politique d’attractivité, les cadeaux des uns annulent bien évidemment les effets de ceux des autres. Si la France dépense 20 milliards pour attirer les emplois sur son sol et que l’Allemagne dépense 40 milliards pour faire la même chose, alors la politique d’attractivité française sera annihilée par celle de l’Allemagne et le coût pour les finances publiques jamais compensé par des gains d’emploi. <a href="https://blog.univ-angers.fr/davidcayla/competitivite-le-retour-de-lideologie-de-la-guerre-economique/">J’avais prédit à l’époque l’échec de cette guerre économique que se mènent les pays européens entre eux</a> et on ne peut pas dire que les faits, depuis, m’aient donné tort.</p><p>L’impuissance de Macron, en fin de compte, c’est celle qui consiste à tenter d’infléchir la dynamique de la mondialisation et de la concurrence intra-européenne en faisant payer aux Français d’abord les coûts directs de la désindustrialisation et de la perte des emplois, puis en leur faisant payer une seconde fois ces mêmes coûts en tentant vainement d’atténuer leurs effets par la politique fiscale et les mesures d’austérité.</p><p>Cette stratégie est d’autant plus vouée à l’échec que les seules politiques de réindustrialisation qui ont prouvé leur efficacité dans l’histoire sont celles, justement, que Macron ne peut pas employer : une politique commerciale protectionniste, à l’image de l’Inflation reduction act (IRA) mis en œuvre cet automne par Biden aux États-Unis ; une politique industrielle active qui viserait par exemple à faire baisser le coût de l’énergie et des matières premières ou à réserver une partie de la commande publique à des entreprises nationales ; une politique de change et une politique monétaire adaptées aux besoins de nos entreprises industrielles.</p><p>Hélas, dans ces trois domaines la France n’est plus souveraine. Elle ne peut plus rétablir le contrôle des prix de l’énergie et des matières premières du fait des politiques de libéralisation ; elle est impuissante à corriger les <a href="https://letempsdesruptures.fr/index.php/2023/01/11/comment-et-pourquoi-le-marche-de-lelectricite-a-deraille/">dysfonctionnements pourtant flagrants du marché européen de l’électricité</a> ; elle ne peut, au nom du respect de la concurrence, réserver une partie de sa commande publique à ses entreprises nationales ; elle ne décide plus de sa politique commerciale, déléguée de manière exclusive à la Commission européenne, laquelle multiplie les accords de libre-échange ; enfin, elle ne maîtrise plus sa monnaie et sa politique monétaire.</p><p>Ainsi, confronté à sa propre impuissance économique, il ne reste plus à Emmanuel Macron que des « solutions » qui n’en sont pas : continuer de faire payer aux Français une stratégie inepte incapable d’engendrer les effets escomptés. Et on peut malheureusement s’attendre à ce que cette politique soit poursuivie jusqu’à ce que le déclin économique et industriel de la France ne devienne irrattrapable.</p>
<p>David Cayla</p>
<p>Références</p><p>(1) https://www.cor-retraites.fr/sites/default/files/2022-12/RA_COR2022%20def.pdf</p><p>(2)Lorem</p><p>(3)Lorem</p><p>(4)Lorem</p><p>(5)Lorem</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
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	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/910/vous-avez-aime-credit-suisse-vous-allez-adorer-la-suite</guid>
	<pubDate>Fri, 07 Apr 2023 19:29:35 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/910/vous-avez-aime-credit-suisse-vous-allez-adorer-la-suite</link>
	<title><![CDATA[Vous avez aimé Credit Suisse? Vous allez adorer la suite]]></title>
	<description><![CDATA[<p>L’explication est simple: en 2008, le Congrès américain a durci la régulation des banques, mais en échange, il a laissé ces acteurs non bancaires hors de ce cadre. Cette régulation bancaire n’était qu’une piscine à trois murs, d’où se sont échappés les risques pour se développer hors des banques…</p><p>Grave erreur, car ceux qui ont hérité de ces prises de risques, ce sont de très gros fonds spéculatifs, d’énormes fonds de gestion d’actifs comme BlackRock, des fonds de capital-risque, des brokers-dealers (négociants de valeurs), des véhicules hors bilan, des fonds de marché monétaire…</p>
<p>Wall Street vaut bien Las Vegas</p>
<p>La finance non bancaire, celle qui n’est pas régulée, est devenue le vrai cœur du système financier. Elle pèse aujourd’hui la moitié du marché financier global, autant ou plus que les banques Ses acteurs ont une énorme vulnérabilité: ils se sont endettés à l’extrême, profitant de dix années de taux d’intérêt nul. S’ils s’effondrent, ils provoqueront un effet domino qu’aucune quantité de capital ne pourra couvrir. Entraînant dans leur sillage le secteur bancaire et l’économie réelle.</p><p>Ces gros spéculateurs, ou «Big Spec», comme on les appelle à Wall Street, empruntent pour spéculer. Ils n’investissent pas leur propre argent, ils font tout à crédit (à taux zéro). On admire en général les hedge funds pour leurs stratégies hautement risquées et sophistiquées. Ils investissent avec un gros effet de levier, prennent des paris baissiers vertigineux, sans toujours détenir les titres concernés, usent et abusent des contrats dérivés, virtuels et non provisionnés, prêtent des fonds qu’ils ont eux-mêmes empruntés, ou se fient à des algorithmes qui tous font la même chose. Bref, c’est ce qu’on appelle trivialement le casino boursier.</p><p>Et le casino est beaucoup moins régulé que les banques! Ces acteurs et leurs stratégies ne sont pas sujets à la même surveillance ni aux mêmes exigences de fonds propres, au prétexte qu’ils n’ont pas de déposants. Un peu comme si on levait les vitesses limites pour les voitures de sport sur l’autoroute, au motif qu’elles transportent moins de passagers. En oubliant qu’elles mettent en danger tous les autres.</p>
<p>Quand le casino fait sauter la banque</p>
<p>Ainsi, la finance non bancaire, qu’on appelle aussi shadow banking system, a été volontairement maintenue hors du champ réglementaire depuis 2008, histoire de préserver l’attractivité du marché américain et son côté «Loup de Wall Street», qui a tant contribué au mythe. Or aujourd’hui, ces acteurs ont le pouvoir de contaminer les banques de diverses façons, à travers l’exposition de ces dernières à leurs stratégies.</p><p>Credit Suisse a été flanquée à terre par la spéculation effrénée sur ses propres dérivés de crédit (les titres qui indiquent sa probabilité de faillite). Une banque peut prêter de l’argent à un fonds de capital-risque (c’était le cas de <a href="https://www.heidi.news/cyber/une-banque-tombe-et-les-cryptos-s-affolent" rel="nofollow noopener" target="_blank">Silicon Valley Bank</a>). Une banque peut co-investir avec un hedge fund (c’était le cas de Credit Suisse avec Archegos). Elle peut être contrepartie à des produits très spéculatifs utilisés par certains de ces acteurs. L’exposition des banques à la spéculation non bancaire a quasiment doublé en dix ans.</p><p>Dès lors, le gel de la confiance qui peut viser une grande banque signale une réalité: son exposition à cette finance spéculative est forte, et cela annihile l’effet censément rassurant de son ratio de fonds propres élevé. Car l’essentiel ne se passe pas sur son bilan, mais hors de son bilan.</p>
<p>Un chèque en bois de 1,5 fois le PIB mondial</p>
<p>Qui a favorisé cette spéculation à crédit des acteurs non bancaires? Les banques centrales. En maintenant ses taux à zéro sur presque toute la période entre 2009 et 2021, la Fed a nourri un véritable Everest des risques. La masse de crédit spéculatif de la finance non bancaire est passée de 67'000 milliards en 2011, ce qui était déjà énorme, à 152’000 milliards en 2021, selon le <a href="https://www.fsb.org/wp-content/uploads/P201222.pdf" rel="nofollow noopener" target="_blank">dernier rapport du G20</a>. La moitié de cette somme représente un risque systémique direct. Sur ce graphique, on constate comment cette masse de crédit spéculatif a explosé depuis dix ans:</p><p>C’est un montant phénoménal, pour des crédits spéculatifs largement non provisionnés. Un chèque sans provisions, en somme, d’une fois et demi le PIB mondial.</p><p>Problème: quand l’inflation s’est manifestée il y a deux ans, elle a forcé les banques centrales à relever les taux d’intérêt comme elles ne l’avaient jamais fait en 15 ans, mettant fin à l’argent facile qui enivrait les marchés. En 2016, dans <a href="https://www.editionsfavre.com/livres/la-finance-de-lombre-a-pris-le-controle/" rel="nofollow noopener" target="_blank">un ouvrage</a> que j’ai coécrit sur le shadow banking, nous faisions un constat radical: que les taux d’intérêt américains ne pourraient plus jamais remonter à cause de cette masse de crédit spéculatif non bancaire. Je la comparais à un ballon surgonflé, que l’aiguille des taux ne pourrait qu’éclater. Le constat, alors vertigineux, est en train de se vérifier.</p>
<p>Une grenade dégoupillée</p>
<p>Ce 4 avril 2023, <a href="https://www.imf.org/en/Blogs/Articles/2023/04/04/nonbank-financial-sector-vulnerabilities-surface-as-financial-conditions-tighten" rel="nofollow noopener" target="_blank">un rapport du FMI</a> confirme cette prédiction. Il constate que la montagne de risques du secteur non bancaire, étroitement connecté aux banques, est devenue énorme. Et que la remontée des taux d'intérêt pose dès lors un problème pour la stabilité financière globale. L’option de la facilité, celle de baisser à nouveau les taux à 0%, n’existe plus: l’inflation est bien trop élevée et cela la décuplerait encore.</p><p>Une seule solution: les régulateurs doivent forcer les acteurs de la spéculation non bancaire à couvrir leurs risques et se doter de capital suffisant. Et surtout, à se désendetter. Le pire est que la Chine l’a fait depuis 2017, menant campagne pour que les acteurs du shadow banking se désendettent, pendant que <a href="https://www.bloomberg.com/opinion/articles/2023-03-30/shadow-banking-don-t-look-at-china-the-us-also-has-a-problem" rel="nofollow noopener" target="_blank">les Etats-Unis laissaient filer la dette</a> de ces acteurs. Les responsabiliser protégera en définitive les salariés de l’économie réelle, qui n’accepteront pas indéfiniment que ces dérives croissantes et incontrôlées soient épongées.</p>
<p>Un mot sur notre chroniqueuse</p>
<p>Myret Zaki, titulaire d’un MBA de la Business School Lausanne, est journaliste financière depuis 23 ans. Ses spécialités portent sur le monde économique et bancaire, les marchés boursiers et l’investissement, les statistiques nationales, mais aussi la désinformation institutionnelle et la guerre de l’information.</p><p>Après neuf ans au Temps, elle a été rédactrice en chef de Bilan de 2014 et 2019. Elle écrit aujourd’hui pour Blick, Bilan et TheMarket (NZZ). Autrice de cinq ouvrages sur la finance, elle a obtenu le prix Schweizer Journalist 2008 pour UBS, les dessous d’un scandale (2008, éd. Favre). En 2022, elle a publié Désinformation économique (éd. Favre).</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/909/kohler-msc-et-la-cocaine</guid>
	<pubDate>Sun, 02 Apr 2023 08:20:16 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/909/kohler-msc-et-la-cocaine</link>
	<title><![CDATA[Kohler, MSC et la cocaïne]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Lauren Etter et Michael Riley (Agence Bloomberg). (Titres et traduction Française: Carmen Bachimont)</p>
<p>Illustration : Viktor Hachmang pour Bloomberg Businessweek</p>
<p>Alors que MSC devenait une force dominante du commerce mondial, elle est également devenue un canal privilégié de trafic de cocaïne pour les gangs des Balkans. Soupçonné de l’avoir favorisée depuis le ministère des finances, à Bercy, voire depuis le secrétariat général de l’Élysée, Alexis Kohler (qui s’était mis à son service comme directeur financier en 2016-2017), a été mis en examen en septembre dernier pour “prise illégale d’intérêt”. Nous reproduisons ci dessous (en accès libre) une remarquable enquête de l’agence américaine Bloomberg du 16 décembre dernier qui explorait l’infiltration de la compagnie maritime Italo-Suisse des cousins d’Alexis Kohler par des trafiquants de cocaïne.</p><p>“Affaire Kohler, le scandale qui menace Macron” (Y. Mhamdi/J.B. Rivoire), 1er épisode de “Emmanuel, un homme d’affaires à l’Élysée”, série de 8×52 refusée par toutes les chaînes de télévision et produite fin 2021 par Off Investigation via un financement participatif.</p><p>Au cours de l’été 2019, Claudio Bozzo, directeur de l’exploitation de MSC (Mediterranean Shipping Co), a parcouru 6 000 km (4 000 miles) de Genève à Washington, DC, pour une réunion avec les douanes américaines et la protection des frontières. Il avait été envoyé par le propriétaire de MSC, un milliardaire discret de 82 ans nommé Gianluigi Aponte, pour contenir une crise. </p><p>Quelques mois plus tôt, plus de 100 agents avaient embarqué sur l’un des navires de MSC, le Gayane, alors qu’il entrait dans le port américain de Philadelphie pour ce qui était censé être une escale rapide sur sa route vers Rotterdam. Sous le pont, cachés dans des conteneurs remplis de vin et de noix, les agents ont découvert près de 20 tonnes de cocaïne, d’une valeur d’un milliard de dollars. L’enquête qui a suivi a montré que plus d’un tiers de l’équipage – tous des employés de MSC – avait participé au transfert de vastes quantités de cocaïne depuis des vedettes rapides pendant la nuit, alors que le navire naviguait en haute mer au large de l’Amérique du Sud. Il s’agit de la plus grande saisie de drogue par voie maritime de l’histoire des États-Unis. </p>
<p>” La plus grande saisie maritime de drogue de l’histoire des Etats-Unis “</p>
<p>Le crime étant si considérable et culotté, les autorités ont pris la décision exceptionnelle de saisir non seulement la cocaïne, mais aussi le Gayane lui-même, un navire de 1 000 pieds (environ 300 mètres) de long d’une valeur de plus de 100 millions de dollars. Lors de sa rencontre avec le Service des douanes et de la protection des frontières des États-Unis (CBP) dans le bâtiment Ronald Reagan, Bozzo s’est excusé pour cette épreuve et a déclaré que les actions de l’équipage l’avaient surpris, selon une personne au courant des événements. Il a fait l’éloge de la croissance de MSC qui, après des débuts modestes, est devenue la plus grande compagnie maritime du monde et a fait comprendre aux fonctionnaires à quel point la famille Aponte prenait au sérieux la responsabilité de gérer une flotte qui représente près de 20 % de l’ensemble du commerce maritime de conteneurs. </p><p>Pour les autorités américaines, l’ignorance de la compagnie ne tenait pas la route. Une enquête de Bloomberg Businessweek a révélé que des années avant l’inspection du Gayane, les autorités chargées de l’application de la loi de plusieurs pays surveillaient les navires et les équipages de MSC. Les autorités américaines avaient non seulement suivi le Gayane bien avant qu’il ne pénètre dans les eaux étasuniennes, mais elles avaient également abordé et fouillé plusieurs autres navires de MSC dans le cadre d’une enquête plus large sur un réseau international de trafic de cocaïne qui s’était infiltré dans la société de transport maritime. Grâce aux indices recueillis lors de ces inspections, ainsi qu’aux renseignements collectés en Europe de l’Est, ils ont identifié un puissant cartel des Balkans comme étant à l’origine de ces expéditions massives.</p>
<p>MSC, ” empire de la contrebande de cocaïne “</p>
<p>Les pouvoirs américains et européens ont également conclu que le cartel, qui contrôle plus de la moitié de la cocaïne acheminée vers l’Europe, avait infiltré les équipages de MSC pendant une décennie, exploitant sa main-d’œuvre et ses navires pour contribuer à la construction d’un empire de la contrebande de cocaïne. “Nous ne considérions certainement pas MSC comme une victime dans cette affaire“, déclare William McSwain, ancien procureur du district Est de Pennsylvanie, qui a présidé l’affaire Gayane jusqu’à ce qu’il quitte ses fonctions en janvier 2021. </p><p>MSC et le gouvernement américain sont désormais engagés dans une bataille juridique qui s’est déroulée en grande partie à l’abri des regards. Les fonctionnaires des douanes ont fait pression sur la société pour qu’elle paie plus de 700 millions de dollars de pénalités, selon plusieurs sources policières qui ont parlé sous le couvert de l’anonymat des procédures administratives non publiques. Les services du bureau du procureur fédéral du district oriental de Pennsylvanie sont en train de monter un dossier civil dans lequel ils font valoir que MSC, en tant qu’exploitant du Gayane, est responsable du trafic de drogue et doit confisquer le navire ou une partie substantielle de sa valeur. Si MSC admet que des quantités record de cocaïne ont été trouvées à bord de son navire, elle conteste certains aspects essentiels de la version des faits donnée par le gouvernement et affirme qu’elle a été la victime des trafiquants, et non un co-conspirateur. </p><p>” Nous ne sommes pas mandatés, dotés de ressources ou formés pour affronter de dangereux groupes criminels organisés“. </p>
<p>Giles Broom, porte-parole de MSC</p>
<p>Un porte-parole de MSC, Giles Broom, déclare que la société a toujours pris le narcotrafic au sérieux, mais que l’incident du Gayane “a révélé un nouveau niveau de menace pour la sécurité auquel nous et, pour autant que nous le sachions, l’industrie du transport maritime par conteneurs n’étions pas encore prêts à faire face“. Aujourd’hui, dit-il, MSC est considéré comme “de loin le leader du secteur en matière de lutte contre la contrebande“. Pourtant, “il y a une limite à ce que l’on peut attendre d’une entreprise et de civils qui font leur travail : Nous ne sommes pas un organisme chargé de l’application de la loi et nous ne sommes pas mandatés, dotés de ressources ou formés pour affronter de dangereux groupes criminels organisés“. </p><p>L’enquête de Businessweek est basée sur des entretiens avec plus de 100 personnes dans une douzaine de pays, y compris d’anciens et d’actuels responsables de l’application de la loi et des personnes connaissant bien les activités de MSC, ainsi que sur l’examen d’affaires de trafic dans plusieurs pays. De nombreuses sources ont souhaité l’anonymat pour pouvoir discuter de détails confidentiels concernant des enquêtes en cours ou passées. </p>
<p>Des équipages ” infiltrés par les gangs des balkans “</p>
<p>Toutes les compagnies maritimes qui assurent des liaisons entre l’Amérique du Sud et l’Europe risquent d’être la proie des trafiquants de cocaïne. Mais MSC constitue une cible particulièrement attrayante, selon les autorités. Elle domine les circuits qui servent également d’autoroutes de la cocaïne, principalement ceux utilisés pour transporter des fruits et légumes frais de l’Amérique du Sud vers l’Europe du Nord. C’est également le plus grand employeur au monde de marins originaires du Monténégro, pays d’origine du cartel des Balkans. Des années avant la saisie du Gayane, la police européenne avait prévenu MSC que ses équipages étaient infiltrés. Pourtant, les mesures prises par la direction pour atténuer le problème n’ont pas été à la hauteur, selon des responsables des deux côtés de l’Atlantique. </p><p>Cette situation a frustré les autorités policières et douanières, alors que des quantités record de cocaïne déferlent sur les ports du monde entier, en particulier en Europe. Les procureurs américains ne prétendent pas que les dirigeants de MSC ont participé au trafic ou en ont tiré profit, mais ils tentent d’en savoir plus sur les défaillances des protocoles de recrutement et de sécurité de la compagnie, selon deux hauts fonctionnaires concernés. Les enquêteurs américains et européens affirment qu’ils en reviennent toujours à une question centrale : Pourquoi les organisations criminelles ont-elles apparemment été en mesure de contrôler les opérations clés à bord de certains navires de la compagnie pendant si longtemps ? “L’influence des narcotrafiquants au sein de cette société est sans conteste un élément qui, dès le premier jour, a suscité l’intérêt du gouvernement américain“, déclare Robert Perez, commissaire adjoint au CBP de 2018 à juillet 2021. </p><p>Il est rare qu’une compagnie maritime soit condamnée à de lourdes amendes pour des drogues trouvées à bord de ses navires. Aux États-Unis, lorsque des amendes sont imposées, les régulateurs laissent souvent le transporteur les négocier. Mais en Europe, ces amendes sont rarement imposées. Bien que les compagnies maritimes soient soumises à des exigences internationales en matière de sécurité, les douanes et les autorités chargées de l’application de la loi n’ont que peu de pouvoir pour les obliger à rendre des comptes. Tout cela a permis au secteur du transport maritime, principal moteur de la mondialisation, d’échapper à des conséquences majeures alors qu’il est de plus en plus impliqué dans le trafic de drogue. Jusqu’à ce que le Gayane arrive à Philadelphie à l’été 2019.</p>
<p>MSC : une compagnie familiale qui a su s’imposer</p>
<p>Derrière son nom, Mediterranean Shipping Co. est basée loin des embruns, dans un quartier tranquille de Genève. Même dans un secteur notoirement insulaire, le fonctionnement interne de MSC est particulièrement difficile à déchiffrer. C’est l’une des rares grandes compagnies maritimes à ne pas être cotée en bourse. Elle exploite une ligne de croisière qui publie ses résultats annuels, mais son activité de transport de marchandises ne communique pas d’états financiers. M. Aponte est également propriétaire d’un réseau de centaines d’entités connexes qui supervisent des opérateurs de ferry, des fabricants de vedettes rapides, des terminaux d’expédition et même une île privée aux Bahamas. </p><p>Aponte est mince, les cheveux gris, des yeux glacés et une allure aristocratique. Il reste le représentant du groupe MSC. Son fils, Diego, est président. Sa fille, Alexa, est directrice financière. Il y a deux ans, après la saisie du Gayane, il a nommé Soren Toft, cadre de longue date chez son rival AP Moller-Maersk A/S, au poste de directeur général des activités de fret de MSC, une première pour un étranger. </p><p>La famille aime à dire que l’eau de mer coule dans ses veines, citant des documents maritimes du XVIIe siècle qui portent son nom. M. Aponte est né dans la petite ville de Sant’Agnello, dans la baie de Naples ; sa famille transportait des marchandises et des passagers dans les eaux de la baie. Il est également devenu marin, en suivant une formation de capitaine de navire et en travaillant sous les ordres d’Achille Lauro, ancien maire de Naples et magnat du transport maritime. Il a navigué sur les vaporetti qui transportaient les touristes fortunés vers les îles voisines telles que Capri et Ischia. C’est au cours de l’un de ces voyages qu’Aponte a rencontré sa future épouse, Rafaela Diamant, fille d’un banquier suisse. </p>
<p>Quand MSC cassait les prix</p>
<p>En 1970, M. Aponte achète un vieux cargo allemand et lance MSC. L’année suivante, il acquiert un second navire d’occasion, qu’il baptise du nom de sa femme. Il commence ensuite à acheter des porte-conteneurs. Lorsque M. Aponte se lance dans ce secteur, le transport maritime est dominé par des entreprises traditionnelles telles que Maersk et Hapag-Lloyd, dont les origines remontent aux années 1800. Il se fait vite une place en empruntant des itinéraires mal desservis. Il développe un modèle commercial astucieux, en achetant des porte-conteneurs d’occasion, certains provenant de parcs à ferraille, puis en les remettant en état et en les renvoyant en mer. MSC s’est également distinguée en privilégiant le prix à la rapidité de livraison. “MSC, dans les premières années, on plaisantait souvent dans le secteur en disant qu’il s’agissait d’un raccourci pour “peut-être que le navire arrive”“, dit Lars Jensen, fondateur de la société de conseil Vespucci Maritime et ancien cadre de Maersk. “Votre cargaison finissait par arriver, mais vous ne saviez pas exactement quand“. </p><p>Ces stratégies lui ont permis d’étendre son empire presque entièrement de manière organique, plutôt que par le biais d’acquisitions, comme l’ont fait la plupart de ses rivaux. Au fil du temps, MSC a ajouté des itinéraires couvrant l’Asie, les États-Unis et l’Amérique du Sud, et au début des années 2000, sa devise était la suivante : “La terre couvre un tiers de la planète, nous couvrons le reste“. </p><p>Mais alors qu’Aponte construisait MSC, une puissante organisation criminelle mettait en place sa propre opération maritime. </p>
<p>Saisies de cocaïnes en cascade</p>
<p>Le 30 mai 2010, peu après minuit, le navire MSC Oriane naviguait dans la Manche en direction d’Anvers, en Belgique, lorsqu’un homardier, le Galwad-Y-Mor, a entamé une série de manœuvres étranges, se déplaçant d’abord devant, puis derrière le gigantesque navire de charge. Selon les procureurs britanniques, à l’approche du Galwad, l’équipage de l’Oriane a jeté par-dessus bord 11 sacs de sport imperméables contenant au total 255 kilos de cocaïne d’une valeur d’environ 80 millions de dollars. Après avoir récupéré les sacs, les quatre hommes du Galwad, dont un Monténégrin, ont navigué jusqu’à la baie de Freshwater, toute proche, où ils ont utilisé des poids métalliques pour immerger la drogue et la relier à une bouée afin que les trafiquants puissent la récupérer plus tard. </p><p>Ils n’en ont jamais eu l’occasion. La police antidrogue britannique avait surveillé l’opération et a arrêté les hommes sur le Galwad, ainsi qu’un complice. L’année suivante, les cinq hommes ont été condamnés à de lourdes peines de prison. Plus de dix ans plus tard, les pêcheurs continuent de clamer leur innocence. </p><p>En coulisses, l’incident a déclenché une enquête européenne sur l’infiltration des compagnies maritimes par le crime organisé, selon une personne au fait du dossier. En se renseignant auprès des polices espagnole, belge et néerlandaise, les autorités britanniques ont appris que l’Oriane n’était pas un cas isolé. Chacun de ces pays avait été témoin d’opérations au cours desquelles la cocaïne était transportée à travers l’Atlantique sur des porte-conteneurs commerciaux appartenant à diverses compagnies, puis transférée sur des navires plus petits avant que la cargaison n’arrive au port. Ces manœuvres, connues sous le nom de “drop-offs”, permettaient aux trafiquants d’éviter les ports d’entrée officiels, où les chances de saisie étaient plus grandes, mais cela signifiait qu’ils devaient recruter des membres d’équipage à bord des cargos commerciaux, en les payant pour jeter la drogue par-dessus bord. </p><p>Les autorités britanniques ont porté l’affaire devant Europol, qui coordonne les enquêtes criminelles transfrontalières entre les membres de l’Union européenne. Vers 2012, des agents du Royaume-Uni, d’Espagne, de Belgique et des Pays-Bas se sont réunis et ont convenu de rassembler toutes les informations dont ils disposaient sur les livraisons et d’entrer les détails des affaires dans la base de données d’Europol sur l’échange de renseignements. Il est apparu que plusieurs grandes entreprises avaient été utilisées, mais qu’un nom revenait fréquemment : MSC. </p>
<p>Des traces d’ADN humain dans un hachoir industriel</p>
<p>Diverses organisations de trafiquants européens pratiquent le “drop offs”, mais c’est surtout une spécialité du Cartel des Balkans, qui se développe de plus en plus fortement dans le commerce international de la cocaïne. Le cartel est constitué d’un regroupement de gangs issus de cinq pays, liés par une langue commune, le serbo-croate. Nombre d’entre eux ont commencé par constituer des groupes militaires privés pendant la guerre des Balkans dans les années 1990, avant de se tourner vers le trafic d’armes, la contrebande de cigarettes, le vol de voitures et le blanchiment d’argent. On trouve dans leurs rangs d’anciens flics et d’anciens agents des services de renseignement. Leurs factions coopèrent mais se font aussi concurrence. Certaines ont acquis une réputation de violence – l’année dernière, une descente de police dans une banlieue de Belgrade a permis de découvrir un hachoir industriel contenant des traces d’ADN humain. </p><p>Bien que le cartel se livre à toutes sortes d’activités criminelles, les autorités américaines affirment que ses revenus proviennent principalement du trafic de cocaïne. Les gangs sont aussi des innovateurs. Au début des années 2000, ils ont commencé à mettre en place un réseau logistique qui s’étendait de part et d’autre de l’Atlantique. En Amérique du Sud, ils ont intégré leurs membres aux producteurs, cultivant des relations jusqu’aux laboratoires situés au fin fond de la jungle. En Europe, ils ont mis en place un réseau de distribution en gros. Et dans les premiers temps, ils ont parfois complété leur chaîne d’approvisionnement en se procurant leurs propres navires. La plupart du temps, ces navires transportaient des cargaisons licites de soja ou d’autres produits en vrac. Pour les chargements illicites, les trafiquants faisaient appel à un capitaine et à un équipage corrompu. </p><p>Puis le Cartel des Balkans a redoublé d’efforts pour exploiter ce qui, selon d’anciens et d’actuels responsables de l’application de la loi, constituait un avantage concurrentiel de premier ordre : les marins des Balkans. Nombre d’entre eux venaient du Monténégro, une minuscule nation de la mer Adriatique dont la tradition maritime remonte à plusieurs siècles et qui compte plusieurs écoles de formation et d’accréditation des marins. Même les écoles secondaires y préparent les élèves à une carrière en mer. Cette situation a créé un bassin de recrutement très attrayant pour les gangs criminels qui utilisent la haute mer pour leurs opérations de trafic. </p><p>À bien des égards, l’affaire Oriane présente les signes révélateurs d’anciennes opérations de contrebande dans les Balkans, qui utilisaient leurs propres navires et équipages. Or, pour les enquêteurs d’Europol, il semble que les trafiquants aient plutôt commencé à placer leurs équipages corrompus sur les navires des grandes compagnies maritimes. </p>
<p>Des marins Serbes, Montenegrins et Croates chez MSC</p>
<p>En 2013, d’autres pays européens en sont venu à soupçonner le cartel d’avoir trouvé un moyen de s’introduire dans les opérations de recrutement de MSC. Les conclusions de leurs enquêtes ont été considérées comme très sensibles, mais ont parfois été rendues publiques. En novembre, la direction de la police monténégrine a publié un rapport de 100 pages sur le crime organisé dans les Balkans, dont une partie était consacrée au trafic de cocaïne. Selon ce rapport, les gangs de la région “ont développé des réseaux de membres temporaires qui se composent généralement de marins du Monténégro, de Serbie et de Croatie, qui sont principalement employés sur les porte-conteneurs de la compagnie MSC”. </p><p>L’année suivante, la police espagnole a commencé à suivre une bande de trafiquants monténégrins et serbes qui organisaient le transport de cargaisons de cocaïne à travers l’Atlantique sur des navires de la compagnie MSC et leur largage par l’équipage au large des côtes européennes. Les documents judiciaires détaillent comment les contacts du groupe en Amérique du Sud contrôlaient “une immense flotte de marins embauchés sur les navires de MSC” qui pouvaient aider à transporter de grandes quantités de cocaïne vers l’Europe du Nord. Un autre rapport de la direction de la police monténégrine, datant de 2015, indique que le principal mode de contrebande de cocaïne pour les groupes criminels organisés des Balkans reste les “porte-conteneurs de la compagnie MSC, couvrant la ligne Amérique du Sud-Europe de l’Ouest“. </p><p>Vers 2016, des agents des Pays-Bas, de Belgique et du Royaume-Uni ont pris contact avec la direction de MSC, sous la houlette de la police néerlandaise. Ils ont fourni à la société certains détails recueillis au cours des enquêtes et lui ont demandé de l’aide pour enrayer le trafic. Selon Jan Janse, chef de la police du port de Rotterdam, dont l’équipe a participé à la sensibilisation, MSC a appris que le Cartel des Balkans avait utilisé une agence de recrutement dans la région pour faire monter des marins corrompus à bord de ses navires. </p><p>La compagnie a également reçu un avertissement. “Nous leur avons dit ce que nous avions vu. Et nous leur avons dit que cela devait cesser“, explique M. Janse. “Et si cela ne s’arrêtait pas, nous leur avons dit que nous risquions de faire ce que les États-Unis ont fait plus tard, c’est-à-dire saisir leurs navires”. </p><p>On ne sait pas exactement ce que MSC a fait de ces informations. M. Broom, le porte-parole, affirme que la compagnie n’a pas de trace d’une telle réunion qui aurait eu lieu à Genève en 2016. “MSC rencontre depuis de nombreuses années les autorités douanières et policières pour discuter des risques de trafic de drogue dans le cadre de nos collaborations dans de nombreux pays“, précise-t-il. </p><p>M. Janse pense que la compagnie a pris des mesures de sécurité supplémentaires et a changé l’agence de recrutement qu’elle utilisait dans les Balkans. La police antidrogue néerlandaise a commencé à voir moins de débarquements, et la technique a fini par disparaître presque entièrement. Mais les contrebandiers sont devenus de plus en plus sophistiqués. </p>
<p>De nouvelles routes favorables au trafic</p>
<p>En 2016, des quantités record de cocaïne sont arrivées en Europe du Nord, en partie à cause de l’augmentation de la production en Amérique du Sud. Des éléments indiquent que les trafiquants ont renoncé au passage habituel par l’Espagne au profit des grands ports commerciaux de conteneurs en Belgique et aux Pays-Bas. Pour la première fois, la Belgique a dépassé l’Espagne en tant que pays ayant saisi la plus grande quantité de cocaïne, selon un rapport de l’UE sur les drogues.</p><p>La même année, le Panama a achevé l’expansion du canal de Panama pour un montant de 5,4 milliards de dollars. Auparavant d’une largeur de 33 mètres (108 pieds) à son point le plus étroit, il est désormais large d’au moins 55 mètres, ce qui permet d’accueillir des navires de très grande taille et de tripler le volume de marchandises pouvant être acheminées. Les entreprises se sont réjouies de cette expansion, mais Jürgen Stock, secrétaire général d’Interpol, a averti dans un discours prononcé au Panama un mois après l’achèvement du projet qu’il pourrait accélérer le flux de cocaïne à travers l’Atlantique. </p><p>MSC a commencé à exploiter le canal élargi. Plusieurs de ses plus grands navires chargent des fruits et légumes au Chili, au Pérou et en Colombie, puis font escale aux Bahamas et à Philadelphie avant de traverser l’Atlantique vers les immenses ports d’Europe du Nord. Ils font ensuite le tour de l’Europe. Les autorités portuaires de Philadelphie ont baptisé cet itinéraire “Philadelphia Express” et ont déclaré qu’il stimulerait l’économie locale et transformerait la région en une porte d’entrée majeure pour les produits frais de la côte Est. Quelques mois plus tard, les mastodontes MSC remontaient le fleuve Delaware, chargés de myrtilles, de mangues et d’asperges. Selon BlueWater Reporting, la capacité de transport de conteneurs de la compagnie entre la côte pacifique de l’Amérique du Sud et l’Europe a presque triplé entre juin 2016 et juin 2019. En 2019, MSC représentait près de la moitié de la capacité totale de transport de conteneurs sur ces itinéraires. </p>
<p>La cocaïne livrée en Europe par voie maritime</p>
<p>Les nouveaux itinéraires de MSC ont fini par ouvrir des opportunités commerciales pour les trafiquants. Un vieil adage des agents de la drogue dit que les contrebandiers font de la logistique. Dans le cas présent, les trafiquants ont pu bénéficier des mêmes avantages que les compagnies maritimes établies, simplement en insérant leurs marchandises dans le flux massif des cargaisons conteneurisées. La majeure partie de la cocaïne qui pénètre aux États-Unis est acheminée par voie terrestre, via le Mexique. Mais la géographie veut que l’Europe l’achemine par voie aérienne ou maritime et, en 2016, la majeure partie de la cocaïne y est arrivée par cargo commercial. </p><p>Lorsque l’afflux de cocaïne sur le continent s’est transformé en crise, les responsables européens ont proposé de partager davantage d’informations sur les saisies avec leurs homologues américains. Un fait est immédiatement apparu : certains navires connus pour avoir transporté de la cocaïne vers l’Europe s’arrêtaient brièvement dans des ports américains. Et certains d’entre eux étaient des navires de la compagnie MSC qui passaient par Philadelphie. </p>
<p>Ouvertures d’enquêtes</p>
<p>Le principal organe d’enquête du ministère américain de la sécurité intérieure, appelé Homeland Security Investigations (HSI), a commencé à travailler avec des partenaires européens pour analyser les principales saisies de cocaïne, en particulier celles effectuées dans les ports d’Anvers et de Rotterdam. Les agents du HSI ont exploité les données recueillies par les autorités douanières sur les documents d’expédition et les mouvements des navires en Amérique du Sud. Ils ont appris que si la cocaïne destinée à l’Europe provenait principalement de la côte est de l’Amérique du Sud, en particulier du Brésil, la tendance avait commencé à changer au cours des dernières années. Désormais, une grande partie de la cocaïne destinée à l’Europe provenait des ports de la côte ouest et de leurs environs, tels que Callao au Pérou et Guayaquil en Équateur.</p><p>Dans un premier temps, les enquêteurs ont supposé que la drogue était passée en contrebande par des méthodes traditionnelles, telles que la dissimulation à côté de marchandises légitimes emballées dans des entrepôts ou des fermes, ou le “crochet aveugle”, dans lequel des complices pénètrent dans des conteneurs et y cachent de la cocaïne. A partir de 2017, le HSI a passé des mois à essayer de découvrir les méthodes des trafiquants, d’abord en Colombie puis au Panama, selon deux personnes proches de l’enquête, mais les agents n’ont cessé de se heurter à des impasses. </p><p>Le HSI, ainsi que les agents des douanes américaines, ont commencé à monter à bord des cargos à l’approche de Philadelphie, examinant les quartiers d’équipage, les salles des machines, et même l’arbre d’hélice d’un navire, la plupart du temps sans succès. Mais les fouilles leur ont également permis d’isoler des membres d’équipage individuellement dans le but de développer des sources à bord des navires, selon un ancien haut fonctionnaire américain. </p><p>En 2018, les enquêteurs ont conclu que les trafiquants n’utilisaient pas du tout les méthodes traditionnelles de contrebande. Ils utilisaient plutôt des membres d’équipage des Balkans à bord des cargos MSC pour charger la drogue pendant que les navires étaient en mer. Les enquêteurs ont tout mis en œuvre pour pénétrer dans ce réseau, en mettant les communications sur écoute et en cultivant des informateurs. Finalement, ils ont obtenu l’ouverture dont ils avaient besoin. </p>
<p>Comment les cartels infiltrent MSC</p>
<p>Lorsque Aleksandar Kavaja a commencé à préparer son prochain voyage à bord du MSC Gayane au printemps 2019, sa ville natale de Bar, au Monténégro, était un terrain de recrutement bien établi pour le Cartel des Balkans. Les habitants disent qu’il n’était pas difficile de deviner quels marins pouvaient être impliqués dans le trafic de cocaïne – il s’agissait probablement de ceux qui possédaient des Maserati et de nouvelles maisons avec vue sur l’Adriatique. </p><p>Bar, petite ville ancienne parsemée de plages et d’oliveraies, abrite le plus grand port maritime du Monténégro, où la compagnie MSC est omniprésente. C’est une escale pour la ligne de croisière de la société, et MSC exploite également un centre de formation des équipages juste au nord – l’un des quatre qu’elle gère dans le monde, les autres se trouvant en Inde, en Italie et en Ukraine. Sur les 6 000 marins que compte le Monténégro, environ 2 250 travaillent pour MSC, selon Mimo Draskovic, responsable du programme d’études en gestion maritime à la faculté d’études maritimes de Kotor. </p><p>Kavaja était l’un d’entre eux. Il a grandi à la périphérie de Bar, dans une ferme qui appartient à sa famille depuis des générations. Sa mère, Ranka, travaillait dans une soupe populaire locale et son père, Radoslav, gagnait de l’argent en fabriquant des bibelots à partir de coquillages et en les vendant aux touristes. Le grand-père d’Aleksandar ayant été marin, sa famille a été ravie de le voir obtenir son diplôme et décrocher un emploi chez MSC. Il allait gagner un salaire d’environ 4 500 euros par mois (4 750 dollars), soit plus de dix fois ce que gagnaient ses parents. En 2015, à l’âge de 21 ans, Aleksandar a commencé à prendre la mer.</p><p>Au cours des années suivantes, il a navigué sur au moins quatre navires de MSC – le Lorena, le Diana, le Deila, l’Erica – installant, câblant et réparant des équipements électriques lorsque les navires faisaient escale en Corée du Sud, au Panama, à Malte et dans d’autres endroits éloignés. Il n’aimait ni son travail ni les mois passés loin de sa famille. “Ce n’est pas un marin dans l’âme“, disait sa mère. Mais il s’était engagé à soutenir financièrement sa famille. </p><p>Un jour de la mi-avril 2019, Kavaja déjeune dans un café de Bar. Il doit monter à bord du Gayane dans le port d’Anvers dans quelques jours, pour ce qui serait son sixième voyage à bord d’un navire MSC. Après avoir terminé son repas, il est abordé par un homme qu’il ne connait pas. “Nous savons qui vous êtes, nous savons qui est votre famille“, lui dit l’homme, selon des documents judiciaires américains. “Nous savons que vous allez partir sur ce bateau dans cinq jours”. </p><p>L’homme a tendu un téléphone portable de “narco”, comme les procureurs l’ont appelé dans les documents judiciaires, et a dit à Kavaja qu’il avait le choix. Il pouvait soit prendre le téléphone et accepter de suivre les ordres, soit risquer sa sécurité et celle de sa famille. S’il acceptait, il recevrait 50 000 dollars, soit près d’un an de salaire. Il a pris le téléphone. </p>
<p>“La plus importante saisie de drogue à Newark des 25 dernières années”</p>
<p>Deux mois avant que Kavaja ne mette le pied sur le Gayane, les agents des stupéfiants ont été informés qu’il y avait de la cocaïne à bord d’un autre navire de MSC, le Carlotta, selon une personne au courant de l’enquête. Le navire était en route pour le port de Newark, dans le New Jersey, que la compagnie MSC utilise parfois comme port de secours pour Philadelphie. À l’arrivée du Carlotta, les agents ont fouillé le navire et ont trouvé 3 200 livres de cocaïne dissimulées dans un conteneur de fruits secs. Il s’agit de la plus importante saisie de drogue à Newark des 25 dernières années. </p><p>L’importance de la cargaison a immédiatement attiré l’attention et des renforts ont été affectés à l’enquête par le HSI et la Drug Enforcement Administration (DEA) des États-Unis. Les agents de la sécurité intérieure de New York ont commencé à travailler avec la division internationale de la DEA, qui suivait le cartel des Balkans depuis des années à partir de son bureau en Croatie. </p><p>Le raid de Newark a permis de recueillir de nouveaux indices. Les enquêteurs ont rassemblé des données sur certains des conteneurs frigorifiques du Carlotta, qui ont permis de suivre les changements soudains de température intérieure. Ces données ont indiqué que certains conteneurs ont été ouverts alors que le navire était en route. Cela “a montré très clairement que quelque chose se passait en mer“, a déclaré une personne au courant de l’enquête. </p><p>Au cours de la fouille d’un autre cargo de MSC au printemps, les agents ont trouvé une petite radio bi-directionnelle dans la cabine d’un membre de l’équipage, selon une personne au courant de la découverte. La radio utilisait une fréquence typique des petites embarcations, et le capitaine a déclaré aux enquêteurs qu’il n’y avait aucune raison pour que l’appareil se trouve à bord d’un cargo commercial. Le HSI a interrogé l’homme d’équipage, originaire des Balkans, mais il n’a pas été arrêté. Lors d’autres perquisitions, les enquêteurs ont trouvé des preuves que quelqu’un à bord des navires avait coupé un fil, contournant ainsi un dispositif limitant le poids que les petites grues situées à l’arrière pouvaient soulever. </p>
<p>Une demie-tonne de cocaïne à bord du MSC Desiree</p>
<p>Une deuxième saisie importante a eu lieu aux États-Unis le 19 mars, cette fois à bord du MSC Desiree à Philadelphie. Les douaniers ont trouvé plus d’une demi-tonne de cocaïne, la plus grande quantité saisie à Philadelphie depuis près de vingt ans. Les agents ont finalement identifié au moins quatre navires MSC dont ils pensent que des membres d’équipage étaient impliqués dans la contrebande de cocaïne : le Carlotta et le Desiree, ainsi que l’Avni et le Gayane. </p><p>Les agents américains n’ont pas été les seuls à trouver de la drogue. En avril, les autorités péruviennes ont découvert 2,4 tonnes de cocaïne dans 64 valises et sacs à bord du Carlotta, qui avait apparemment recommencé à transporter de la drogue. Les autorités panaméennes ont ensuite trouvé 1,3 tonne de cocaïne lors d’une fouille de l’Avni (les enquêteurs américains avaient également soupçonné la présence de cocaïne à bord du navire et prévoyaient de le fouiller à Philadelphie, selon deux personnes au fait de l’enquête, mais les Panaméens les ont devancés). </p><p>Le rôle des membres d’équipage sur les navires a donné aux trafiquants un avantage considérable. Les marins avaient accès à des données essentielles, telles que l’emplacement et la destination des conteneurs, ce qui, selon les enquêteurs, leur a permis de choisir des boîtes dans lesquelles ils pouvaient dissimuler de grandes quantités de cocaïne et qui risquaient moins de déclencher une fouille douanière une fois arrivées au port. Cela représentait un énorme défi pour les autorités américaines, car la drogue pouvait se trouver pratiquement n’importe où parmi la montagne de containers présents sur le navire. </p><p>La fouille d’un navire entièrement chargé est difficile, à tel point qu’elle est rarement effectuée. Les cales sont exiguës et les conteneurs difficiles d’accès. Les agents se sont procurés des appareils spéciaux de surveillance de l’oxygène au cas où ils devraient aller sous le pont, où le fer rouillé peut réduire le niveau d’oxygène. Ils ont constitué un groupe de chiens renifleurs de drogue et se sont procuré des caméras qui pouvaient être introduites dans un conteneur chargé pour trouver de la cocaïne. </p><p>Les officiers ont également commencé à informer discrètement les partenaires dont ils auraient besoin pour effectuer une fouille complète du navire : les garde-côtes américains, la police de l’État du Delaware, les policiers de la ville de Philadelphie et même une équipe d’intervention d’urgence formée aux techniques maritimes. Il ne leur manquait que les renseignements de dernière minute qui leur permettraient de savoir quel navire fouiller. Lorsque le Gayane est arrivé à Philadelphie en juin, tout était en place.</p>
<p>Des tonnes de drogues chargées en pleine mer</p>
<p>Alors que le Gayane naviguait en direction du sud depuis Panama, le téléphone de Kavaja a sonné. Lorsqu’il a décroché, selon son avocat, un homme lui a dit de se rendre sur le pont supérieur. Kavaja s’est exécuté et a trouvé d’autres membres de l’équipage qui l’attendaient. </p><p>Les documents judiciaires montrent que trois autres personnes avaient été recrutées au Monténégro avant d’embarquer sur le navire. Le rôle de Kavaja était de téléphoner aux trafiquants transportant de la cocaïne sur des vedettes rapides et de leur communiquer la position du Gayane afin qu’ils puissent le localiser pendant la nuit. Il a également recruté d’autres personnes pour l’aider à déplacer les lourdes charges. Au total, au moins 8 des 22 membres d’équipage à bord du Gayane – 6 originaires du Monténégro, 2 originaires de Samoa – se sont occupés de ce travail. Chacun d’entre eux était susceptible de gagner 50 000 dollars, voire beaucoup plus, en fonction de son rôle. </p><p>Alors que le Gayane se trouvait juste au large des côtes péruviennes, selon les documents judiciaires, un marin monténégrin nommé Bosko Markovic a aidé à rassembler les membres de l’équipage, qui attendaient sur le pont aux côtés de quatre hommes portant des masques de ski. M. Markovic était le premier officier du navire, un rang en dessous du capitaine et responsable de la cargaison et de l’équipage de pont. Une vedette rapide s’est arrêtée à côté du gros navire. Un autre Monténégrin, Ivan Durasevic, second capitaine et troisième commandant du navire, a actionné une petite grue et hissé des filets géants remplis de sacs de sport noirs et de ballots de cocaïne. Une fois les filets sur le pont, les autres membres de l’équipage ont poussé la drogue jusqu’à une cale du navire. Les hommes ont pénétré dans une série de conteneurs en coupant le sceau de sécurité de chacun d’entre eux. Après avoir dissimulé la cocaïne à l’intérieur, ils ont refermé les conteneurs avec un faux scellé, portant le logo MSC. Parfois, ils ont dû couper des câbles d’acier ou plier des rambardes métalliques pour introduire la cocaïne, puis utiliser des fers à souder et de la peinture pour masquer les dégâts. </p><p>Au cours des nuits suivantes, alors que le Gayane naviguait vers le sud, le navire a été abordé par au moins six vedettes rapides, selon les documents judiciaires. Il n’a jamais cessé d’avancer. Il n’a même pas semblé ralentir, selon les représentants des forces de l’ordre. Le travail a été effectué pendant que le navire avançait en pleine mer, ce qui constitue un incroyable exploit de matelotage. </p><p>En juin, le Gayane a fait son arrêt le plus au sud, dans un petit port de la baie de Concepción, près de Coronel, au Chili, et a entamé son voyage de retour. Lorsque le navire a de nouveau atteint la côte du Pérou retourné vers le nord en direction du Panama, il a été approché par au moins huit autres vedettes rapides. Les opérations nocturnes de levage et de déchargement ont repris. </p><p>Dans l’après-midi du 16 juin, le Gayane se trouvait dans les eaux territoriales américaines, à destination de Philadelphie. Alors qu’il entrait dans la baie du Delaware, les garde-côtes ont contacté le capitaine et lui ont demandé de se diriger vers une zone appelée Big Stone Anchorage. Les navires commerciaux s’y arrêtent normalement pour attendre un capitaine de bateau fluvial autorisé à naviguer dans un chenal local. Mais alors que le Gayane se rapprochait, trois patrouilleurs et un hélicoptère ont abordé le navire, faisant monter une équipe d’agents des forces de l’ordre à l’échelle de Jacob.</p>
<p>L’arrestation du Gayane : une semaine de fouilles pour 20 tonnes de cocaïne</p>
<p>Certains agents ont rassemblé l’équipage dans la cuisine, tandis que d’autres se sont dirigés vers la passerelle pour trouver les schémas du navire. La recherche de drogue a commencé par les conteneurs du pont supérieur alors que le Gayane était encore dans la baie. Le 17 juin, vers 3 heures du matin, le navire a atteint le terminal maritime de l’avenue Packer à Philadelphie, en vue du pont Walt Whitman. Plus de 100 agents attendaient. Ils pensaient qu’il y avait de la cocaïne à bord, mais ne savaient pas où. Une équipe a commencé à prélever des échantillons sur les mains de l’équipage pour y déceler des traces de drogue. Plusieurs d’entre eux se sont révélés positifs. </p><p>Vers 7 heures du matin, alors que le soleil se levait sur la baie, les agents ont obtenu leur premier résultat : une cachette de briques (de cocaïne, ndlr) rangées dans des sacs en toile de jute à l’intérieur d’un conteneur. Joseph Martella, directeur portuaire du CBP, était en congé le jour où le Gayane est arrivé à Philadelphie, mais il surveillait attentivement son téléphone et s’est rendu au port. Peu après 10 heures, un deuxième conteneur rempli de cocaïne est découvert. Martella prend alors la décision inhabituelle de décharger et d’inspecter physiquement chacun des 4 000 conteneurs du navire. </p><p>Après près d’une semaine de travail, le gouvernement a fouillé dans des cargaisons de vin, de noix séchées et de piles usagées pour identifier sept conteneurs contenant de la cocaïne. Les agents des douanes ont passé des jours à peser la drogue, à compter les briques et à enregistrer toutes les preuves. À un moment donné, alors que les agents se hâtaient de terminer leur tâche, ils ont regardé autour d’eux et ont vu de la poussière blanche partout, se souvient M. Martella. L’un des agents s’est rendu compte qu’il ne s’agissait pas de poussière ordinaire et a demandé à tout le monde de se masquer. </p><p>Au total, le butin comprenait plus de 15 000 briques de cocaïne, pesant près de 20 tonnes et d’une valeur marchande estimée à plus d’un milliard de dollars. Les autorités ont été choquées non seulement par la quantité de drogue, mais aussi par l’audace de l’opération. Le leader de la manoeuvre à bord, le premier officier, était responsable de l’emploi du temps de l’équipage, ce qui permettait aux co-conspirateurs d’être en service en même temps. De plus, le second officier et lui-même avaient accès à des informations essentielles sur les conteneurs, selon les dossiers du tribunal. (Le capitaine du Gayane a été interrogé par un grand jury mais n’a jamais été arrêté ni inculpé). </p>
<p>L’embarras de MSC</p>
<p>Le 18 juin, deux jours après l’inspection du Gayane, la compagnie MSC a publié une déclaration. “MSC Mediterranean Shipping Company a pris connaissance d’informations faisant état d’un incident survenu dans le port de Philadelphie, au cours duquel les autorités américaines ont procédé à la saisie d’une cargaison illicite. MSC prend cette affaire très au sérieux et remercie les autorités d’avoir identifié toute suspicion d’abus de ses services. Malheureusement, les entreprises de transport maritime et de logistique sont de temps en temps touchées par des problèmes de trafic“. </p><p>Au cours des dix jours suivants, les agents ont continué à interroger les membres de l’équipage, qui sont restés séquestrés sur le navire. Ils ont fait sortir les marins un par un et les ont interrogés pendant des heures pour reconstituer l’opération. Au début, l’histoire racontée par l’équipage, à savoir qu’il avait hissé la valeur de cinq éléphants de cocaïne depuis des hors-bord alors que le navire filait sur les flots, semblait tirée par les cheveux. Mais les procureurs ont obtenu un mandat pour saisir l’enregistreur de données de voyage du navire, qui contient des informations sur le navire et ses mouvements, et sur lequel ils ont trouvé des images radar indiquant les différents points où de petits bateaux se sont approchés du Gayane et sont restés à sa hauteur, selon trois responsables. </p><p>La saisie d’un navire est une mesure extrême, mais les révélations sur l’implication des membres de l’équipage dans le trafic d’une telle quantité de cocaïne ont enhardi les autorités. Le matin du 4 juillet, des agents du CBP sont montés à bord du Gayane et ont remis au capitaine un mandat de saisie. Presque au même moment, la notification de la saisie a été envoyée par courrier électronique aux dirigeants de MSC. “Lorsqu’un navire introduit une quantité aussi scandaleuse de drogues mortelles dans les eaux de Philadelphie, mon bureau et nos partenaires tireront les plus sévères conséquences possibles“, a déclaré le procureur McSwain dans un communiqué. </p><p>MSC s’est empressé de faire repartir son très coûteux cargo. En échange d’un paiement en espèces de 10 millions de dollars, d’une caution de 40 millions de dollars et de la promesse de coopérer à toute enquête en cours, le Gayane a été autorisé à poursuivre sa route jusqu’à sa destination initiale, Rotterdam. Le 13 juillet, près d’un mois après son immobilisation, le navire a été libéré sous caution. </p>
<p>700 millions de dollars d’amende pour MSC</p>
<p>Lorsque Bozzo, le dirigeant de MSC, est arrivé à Washington le 27 août, les risques de dommages à long terme pour la compagnie s’accumulaient. Les autorités douanières avaient suspendu le statut d'”opérateur de confiance” accordé à MSC dans le cadre d’un programme datant du 11 septembre, qui permettait aux transporteurs d’éviter les longs contrôles et les retards dans les ports américains en échange du respect de certains protocoles de sécurité. Entre-temps, les procureurs du district Est de Pennsylvanie ont engagé des poursuites pénales à l’encontre des huit membres d’équipage, dont M. Kavaja et les premier et second officiers. Tous ont finalement plaidé coupable et ont été condamnés à une peine de prison fédérale. En coulisses, les autorités américaines ont identifié une faction du Cartel des Balkans qui avait financé et organisé l’opération, apprenant que le gang avait fait appel à des partenaires de Colombie et d’Europe du Nord pour partager les risques. Les groupes étaient si nombreux à détenir une part de la cocaïne de Gayane qu’un responsable américain des services de répression a comparé le trafic à l’équivalent d’un camion d’Amazon. </p><p>Au cours des mois qui ont suivi, le gouvernement a entamé des discussions avec MSC, dans le but de l’amener à accepter de nouvelles mesures de sécurité, telles qu’une rotation plus fréquente des équipages et l’obligation de les soumettre à des tests polygraphiques. En échange, le gouvernement américain a fait miroiter la possibilité de réduire considérablement les amendes imposées à MSC. Si l’on tient compte des saisies effectuées précédemment à bord du Carlotta et du Desiree, celles-ci s’élèvent désormais à plus de 700 millions de dollars, sur la base d’une amende statutaire de 1 000 dollars par once de cocaïne. </p><p>L’attention des procureurs fédéraux s’est alors portée sur une enquête de confiscation civile, une mesure destinée à récupérer les produits utilisés lors de la commission d’un crime. Bien que l’utilisation du Gayane dans le cadre d’un délit soit un fait établi, MSC peut opposer une défense de “propriétaire innocent”. Pour ce faire, l’entreprise doit démontrer qu’elle ne pouvait pas prévoir l’utilisation de son navire pour le trafic de cocaïne ou qu’elle avait pris des mesures raisonnables pour empêcher un tel comportement.</p>
<p>De la cocaïne “pas chargée en mer”, selon MSC</p>
<p>À l’automne 2020, il est devenu évident que MSC n’était pas prête à conclure un accord avec le gouvernement. La compagnie a informé le CBP qu’elle prévoyait de contester les sanctions liées au Gayane, ainsi qu’au Carlotta et au Desiree. Les avocats de la compagnie ont également présenté aux douaniers les conclusions d’une enquête interne menée par la compagnie. “MSC ne conteste pas le fait que les autorités américaines ont trouvé près de 20 tonnes de cocaïne dans le port de Philadelphie“, a déclaré M. Broom, porte-parole de la compagnie. “Mais l’enquête de MSC nous a amenés à conclure que la majeure partie de cette cocaïne n’a pas été, et n’aurait pas pu être, chargée en mer“. MSC n’a pas donné plus de détails sur le lieu et la manière dont elle pense que la drogue a été chargée. </p><p>Si l’entreprise démontre qu’une partie de la cocaïne a été chargée à terre, ce qui indique que ses employés ont joué un rôle moins important dans le système, le gouvernement pourrait avoir plus de mal à justifier des sanctions sévères. Cela pourrait également servir de preuve si l’affaire de saisie devait être jugée. Toutefois, selon un fonctionnaire américain impliqué dans l’enquête, les affirmations de MSC contredisent les faits déjà établis au tribunal dans le cadre des plaidoyers de culpabilité de l’équipage et des procédures de condamnation. “Cette position est en contradiction directe avec les conclusions factuelles du tribunal“, déclare le fonctionnaire. </p><p>Le gouvernement mène également une enquête criminelle plus large contre les membres du Cartel des Balkans qui sont soupçonnés d’avoir orchestré l’opération Gayane. Le 30 octobre, Goran Gogic, un ancien boxeur poids lourd monténégrin, a été appréhendé à l’aéroport international de Miami avant d’embarquer pour la Suisse. Dans un rapport, les procureurs l’accusent d’avoir organisé la logistique de la contrebande de cocaïne à bord de porte-conteneurs commerciaux pour le compte du Cartel des Balkans, notamment sur le Carlotta, le Desiree et le Gayane. Selon une personne au fait de l’enquête, Gogic est “probablement deux ou trois niveaux en dessous de la personne qui a mis tout cela en place“. L’avocat de Gogic affirme que son client est innocent. </p>
<p>Un “point de bascule” dans l’histoire du transport maritime</p>
<p>L’affaire du Gayane pourrait être un point de bascule dans l’histoire du transport maritime. M. Janse, le responsable de la police néerlandaise, compare la situation à celle à laquelle les banques ont été confrontées il y a vingt ans, lorsque les réglementations en vigueur dans plusieurs pays les ont obligées à mieux suivre les activités criminelles de leurs clients et à adhérer à des normes de conformité strictes. Il s’agissait d’un changement profond dans leur façon de travailler, qui leur a coûté des milliards de dollars. “J’ai participé à la lutte contre le blanchiment d’argent il y a 30 ans, et toutes les banques disaient qu’elles ne pouvaient pas regarder l’argent de leurs clients et dire qu’il provenait d’activités criminelles“, explique M. Janse. “Aucune d’entre elles ne dit cela aujourd’hui. C’est ce que nous devons faire avec toutes les compagnies maritimes“. </p><p>S’il y a un moment où les compagnies maritimes doivent dépenser plus d’argent pour lutter contre le trafic à bord de leurs navires, c’est bien maintenant. Lorsque la demande de biens de consommation a rebondi après l’effondrement initial de la pandémie, les prix du fret ont grimpé et les compagnies ont profité d’une opportunité unique en son genre. Elles ont réalisé un bénéfice record de 217 milliards de dollars en 2021 et sont en passe de réaliser 275 milliards de dollars cette année, selon Drewry Shipping Consultants Ltd. La fortune personnelle de M. Aponte a plus que doublé pendant la pandémie, atteignant 19 milliards de dollars, selon l’indice Bloomberg Billionaires. MSC a acheté 128 porte-conteneurs d’occasion entre 2020 et 2021, portant sa flotte à 645 navires et dépassant Maersk en tant que première compagnie maritime, selon le fournisseur de données sectorielles Alphaliner. </p><p>Bien que la compagnie MSC affirme prendre la sécurité au sérieux depuis longtemps, elle admet que le Gayane a été une “sonnette d’alarme”. Après l’incident, la compagnie a déclaré qu’elle dépenserait 100 millions de dollars sur cinq ans pour améliorer la sécurité en matière de lutte contre la contrebande. Elle indique qu’elle utilise désormais des patrouilles de gardes sur les navires naviguant le long de la côte ouest de l’Amérique du Sud, des chiens renifleurs de drogue dans les ports à haut risque et des caméras surveillées à distance sur ses navires. Au début de l’année, M. Bozzo, directeur de l’exploitation, a participé à l’organisation d’une conférence parrainée par l’industrie avec les Nations unies et l’Organisation mondiale des douanes pour discuter des moyens de mieux lutter contre le trafic de stupéfiants. MSC a également procédé à un autre changement important, selon une personne au courant de ses décisions internes : les marins monténégrins ne sont plus employés sur ses navires traversant le canal de Panama. <br />Pendant ce temps, le Gayane continue de naviguer sur les océans du monde entier. Il s’est récemment arrêté en Thaïlande, en Arabie Saoudite, en Égypte et au Portugal, loin des voies maritimes de l’Amérique du Sud.</p><p>-Avec Misha Savic et Sergio Di Pasquale </p><p>Lauren Etter et Michael Riley (Droits réservés Bloomberg)</p><p>16 décembre 2022.</p><p>“L’affaire Kohler, le scandale qui menace Macron” (Yanis Mhamdi/JB Rivoire/Etienne Millies-Lacroix – Off Investigation, novembre 2021)</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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