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	<title><![CDATA[Signet Loupe: Tous les articles de blog du site]]></title>
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	<description><![CDATA[]]></description>
	
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	<pubDate>Sat, 08 Oct 2022 11:29:05 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[qui sont les véritables « Munichois » ? par Caroline Galacteros – Le Courrier des Stratèges]]></title>
	<description><![CDATA[<p>« Le gouvernement avait le choix entre la guerre et le déshonneur ; il a choisi le déshonneur et il aura la guerre » avait lancé en 1938 Winston Churchill à Neuville Chamberlain de retour de Munich où ce dernier et Daladier avaient abandonné les Sudètes à Hitler, croyant ainsi échapper à la guerre. Il n’y a aucun rapport avec l’Ukraine. Vladimir Poutine n’est pas Hitler. Il n’est pas fou non plus. Il considère juste qu’il a trop longtemps laissé grignoter son glacis sécuritaire et que la présence de l’OTAN à sa frontière est une menace existentielle pour la Russie et son peuple.</p><p>Nous formons depuis 2015, via l’OTAN, les forces ukrainiennes pour bouter la Russie hors d’Europe et la couper de l’Allemagne. Depuis le 24 février, nous inondons Kiev d’armements et sommes devenus cobelligérants de fait. Nous sommes déjà en guerre contre la Russie et pour le compte de l’Amérique ; simplement nous ne le disons pas pour ne pas devoir demander leur avis à nos peuples, et nous faisons cette guerre par Ukrainiens interposés et à leurs dépens ultimes, comme semble commencer à le comprendre le président Zelenski qui craint que Washington ne le lâche et implore désormais l’OTAN de risquer rien moins qu’une guerre nucléaire pour sauver sa peau et pas celle de son peuple. Heureusement, J. Stoltenberg n’est pas fou non plus… Personne en Europe ou aux Etats-Unis n’entend mourir pour le Donbass. En revanche, sacrifier les Ukrainiens en les armant sans cesse pour espérer épuiser la Russie et la mettre à terre économiquement et stratégiquement…</p><p>Contrairement à ce que dit E. Macron, « le prix de la liberté » – le massacre de l’économie européenne – ne sauvera pas la « démocratie » ukrainienne. Ce sera la guerre directe si rien n’est fait pour casser l’engrenage et restabiliser la sécurité européenne, ce qui est illusoire sans la Russie. Ceux qui poussent à la roue prolongent les souffrances du peuple ukrainien et ne défendent aucunement les « valeurs » européennes. L’Europe a été pensée contre la guerre. Ils la défigurent. Cette rhétorique masque leur allégeance à un hégémonisme occidental discrédité qui croit encore pouvoir se rétablir sur le dos de la Russie. Les vrais Munichois sont ceux qui condamnent aujourd’hui l’Europe au déclassement stratégique, à l’aventurisme militaire et à la soumission, non à la Russie mais aux Etats-Unis. Les stratèges de plateaux, stipendiés ou juste vaniteux, portent une responsabilité lourde en véhiculant d’énormes mensonges sur la réalité des combats, des forces et des pertes. La désinformation fait rage dans chaque camp. La guerre va se poursuivre et l’Ukraine est mal partie. Toute la propagande et les mensonges du monde n’y changeront rien.</p><p>Le discours du président russe du 30 septembre a marqué un tournant dont nous n’avons pas à nous réjouir. Il a exprimé son rejet durable de l’Europe et de « l’Occident collectif » pour des raisons sécuritaires et existentielles, mais aussi culturelles et spirituelles. Poussé par la surenchère otanienne qui le met en danger au plan intérieur face à des courants qui n’ont pas gouté sa « retenue » durant les premiers mois du conflit et demandent un engagement de forces décisif, il vient de s’y résoudre, et ce n’est pas une bonne nouvelle. Après une probable pause opérationnelle russe, on peut craindre une phase plus violente avec destruction des infrastructures civiles et bombardements lourds. Mais les Munichois s’en moquent.</p><p>Avec le sabotage de North Stream 1 et 2, l’Amérique (qui d’autre ?) vient carrément de couper le gaz à l’Europe et de décider de la marginalisation de l’Allemagne au profit de la Pologne ! C’est un acte de guerre de la part de notre protecteur chéri. Donc, nous faisons mine de l’ignorer, comme la chute de l’euro et la mise en panne imminente de l’industrie allemande qui préfigure notre propre affaissement économique. Le chancelier Scholz n’était pas assez docile, il rechignait à livrer des chars de combat modernes à Kiev ? L’Empire ne tolère aucune indépendance de ses vassaux, même verbale. Les gazoducs sont coupés, le « Baltic pipe » qui relie la Norvège à la Pologne, ennemie héréditaire de l’Allemagne, est entré en service. Varsovie jubile et Berlin va payer par une lourde crise sa faute géostratégique majeure consistant à obéir à Washington en renonçant à l’énergie bon marché russe. Les Etats-Unis eux, voient s’éloigner leur terreur géopolitique cardinale – l’alliance germano-russe- et imposent leur mainmise énergétique durable sur l’Europe. Quand on pense que d’aucuns chantent « la souveraineté européenne » …</p><p>Les Munichois sont en fait ceux qui ne disent rien, qui n’ont jamais rien dit d’ailleurs, qui n’osent ni défendre nos intérêts nationaux ni même ceux de l’Europe que l’on vient très brutalement de remettre à leur place. Marginale. Nos « élites » ne pensent plus le réel, encore moins la dimension nationale comme pertinente. Le long processus de dévalorisation et d’affaissement des États, engagé dès les années 90, nous coupe de tout instinct de survie. C’est ça l’esprit de Munich. C’est donc le prix de la guerre que nous commençons déjà à payer. Les Ukrainiens dans le sang, les Européens dans le froid et la décroissance. Pour l’instant. Il devient inadmissible que nos dirigeants, somnambules indifférents, nous entrainent dans un tel marasme sans devoir en rendre compte à leurs mandants. Il est grand temps que les Français soient consultés sur cette guerre qui ne dit pas son nom et met leur survie en jeu.</p><p>Cet affrontement est une impasse militaire. Il faut arrêter le massacre et rétablir le dialogue. La sécurité et la prospérité de l’Europe n’en valent-elles pas la peine ? La France peut encore et doit porter une telle initiative. Elle sortirait peut-être ainsi du mépris croissant dans lequel la Russie mais aussi la Chine, comme une partie de l’Afrique et de l’Amérique latine, la tiennent désormais. Échapper au déshonneur et stopper la guerre n’est pas être munichois, c’est juste recouvrer la raison et défendre l’intérêt de notre peuple et de la France.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Tue, 06 Sep 2022 18:41:40 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[«Peut-on dire que toutes les musiques se valent ?»]]></title>
	<description><![CDATA[<p>FIGAROVOX/TRIBUNE - Sur France Culture, la ministre Rima Abdul Malak a déclaré que toutes les musiques se valaient. Pour le compositeur et journaliste, ce n'est pas le genre qui donne à une musique sa valeur intrinsèque, mais la manière dont on la conçoit, et le but pour lequel on la compose.</p><p>Benjamin Sire est compositeur et journaliste. Son dernier album, Electronica Cinematic est sorti le 8 avril dernier.</p><p>La ministre de la Culture, <a href="https://www.lefigaro.fr/culture/la-ministre-rima-abdul-malak-souhaite-amplifier-le-developpement-de-notre-cinema-20220521">Rima Abdul Malak</a>, savait bien que sa phrase ferait le buzz sur les réseaux sociaux. Elle l'a immédiatement reconnu quand Guillaume Erner, qui la recevait ce jeudi sur le plateau de France Culture, le lui a fait remarquer. La phrase ? «Toutes les musiques se valent [...] Chacun peut trouver son bonheur.»</p><p>Et ça n'a pas manqué. Les internautes se sont écharpés sur cette question de valeur, les uns mettant en avant la prédominance de l'émotion dans la perception que nous avons de l'écoute, quand d'autres se sont méchamment gaussés du sacrilège d'une possible comparaison entre Bach et Booba, entre le classique et le rap, entre la culture supposée savante et la culture populaire, entre les conservateurs et les modernes. Éternel débat qui aura déjà concerné tous les domaines artistiques et ne cessera sans doute pas avant l'anéantissement du monde.</p><p>Mais en la circonstance, le propos de la ministre dépasse la simple question des appétences des uns et des autres, ou de la complexité de telle ou telle partition, et interroge le relativisme qui irrigue notre société toute entière et pour lequel tout tend à se valoir. Les faits ne parviennent plus à se démarquer de la simple opinion, la science des croyances, le débat de l'agression. Là est sans doute la raison du courroux qu'a pu engendrer une telle sentence, en plus d'oublier qu'en matière culturelle, le goût est une chose qui s'éduque, ce qui implique que cela soit possible. Et c'est en cela que Rima Abdul Malak commet une petite faute au regard de sa fonction. En flattant les auditeurs de chaque style et en reconnaissant à toutes les musiques une égale capacité d'édification, elle enferme chacun dans sa bulle, chacun dans sa «culture», et n'encourage pas à cette ouverture d'esprit précieuse au «vivre ensemble», bien que la réalité soit plus complexe et moins signifiante.</p><p>À l'arrivée, le relativisme reproduit une forme de domination, en plus de creuser encore davantage les divisions qui fracturent notre pays.</p>
<p>Benjamin Sire</p>
<p>Mais il y a de ça. En considérant les choses sous cet angle, la bourgeoisie peut jalousement conserver son privilège de classe et s'enorgueillir de son raffinement, tout en ayant accès à l'ensemble des genres (on envisage, sans prétendre en avoir la preuve scientifique, qu'on écoute bien davantage de rap dans le 16e arrondissement, que de Vivaldi à Bobigny), tout en regardant avec condescendance le gamin de banlieue, ou du péri-urbain, assigné à résidence identitaire entre rap, variété, basket et foot. À l'arrivée, cela reproduit une forme de domination, en plus de creuser encore davantage les divisions qui fracturent notre pays. C'était déjà la grave erreur de Jack Lang, pape du relativisme culturel, au détail près que lors de sa prise de fonction, en 1981, il était vraiment nécessaire de mettre un coup de projecteur sur certaines formes de cultures urbaines méconnues de nombre de gens, alors même qu'elles étaient déjà très prisées dans certains milieux. Aujourd'hui, la situation est bien différente. Les cultures hip-hop (rap, graphisme, danse, mode) ou manga (animés, BD, Kpop, Jpop, etc.), prises au sens large, pour ne citer qu'elles, sont entrées dans tous les domaines du mainstream en plus d'être au cœur des tendances qui pointent quotidiennement sur les réseaux sociaux. Selon les données de Spotify en 2020, le premier opérateur d'un streaming qui représente désormais 67% de l'ensemble des écoutes (source : SNEP), le rap représente 69,7% de celles-ci dans les charts, loin devant la pop (17,7%), l'électro (8,8%), tandis que le rock et la variété française touchent à peine 1% des auditeurs (le jazz et le classique n'étant pas comptabilisés dans les principaux charts). Même si ces données ne considèrent pas les écoutes radio, dont les programmations font la part belle à la chanson française, elle montre à quel point, il est moins urgent de faire découvrir une culture... déjà dominante, à la veille du monumental concert que le rappeur Booba s'apprête à donner au Stade de France. L'ironie du sort veut justement que ce sont désormais les autres musiques qui se terrent dans des niches spécifiques aux classes sociales supérieures ou représentant les fameux boomers. Ce sont donc elle qu'il faudrait désormais démocratiser avec le plus grand soin et donner en partage à ceux qui se voient enfermés avec une supériorité complaisante dans leurs ghettos culturels. Et, pour en avoir fait l'expérience dans un cadre associatif, je sais combien, par exemple, la découverte de la musique classique et de ses instruments peut produire d'émerveillement auprès d'un jeune public lui étant totalement étranger et préalablement débarrassé de désagréables a priori.</p><p>Reste la question épineuse de la valeur intrinsèque de la musique elle-même, qui est, disons-le de suite, un faux débat... que nous allons néanmoins très sommairement ouvrir. Toutes les cultures, tous les pays, ont produit leurs musiques plus ou moins populaires, plus ou moins savantes, et n'ont eu de cesse de les faire se rencontrer, si l'on pense par exemple à <a href="https://www.lefigaro.fr/arts-expositions/2013/11/19/03015-20131119ARTFIG00209--orsay-bela-bartok-pris-dans-les-toiles.php">Bela Bartók</a>. Envisagé par beaucoup comme un compositeur élitiste, il a pourtant puisé une part considérable de son inspiration dans la musique de danse populaire hongroise. Et que dire d'un Rabih Abou-Khalil, génie libanais du Oud, qui a jeté son dévolu sur le jazz pour mixer les musiques orientales avec les sonorités populaires slaves et baltes ? Dans le grand concert des nations, l'Europe classique, n'a par ailleurs nullement la palme de la complexité harmonique ou rythmique. La musique populaire indienne est un casse-tête rythmique et de métrique qui peut donner le tournis à un docte élève du conservatoire, idem concernant le Mozambique qui, contrairement à ce que son nom indique, est une musique de carnaval prenant ses racines dans le Cuba des années soixante, ou certains genres africains. Quant à la musique arabe, avec ses gammes fortement altérées, et ses glissements par quarts de tons, son appréhension est des plus délicates pour nous autres, tandis que le jazz manouche, avec ses successions d'accords de sixième, tout joyeux et dansant soit-il, n'est pas un modèle de dépouillement. Car à la vérité, notre musique européenne, qui alimente tout aussi bien les concertos de Bach que les «instrus» d'Orelsan, bien qu'offrant une infinité de possibilités mélodiques, est loin d'être parmi les plus riches harmoniquement. Fondée sur les modes grecques (dorien, mixolydien, mode lydien, éolien etc.), elle s'appuie sur les sacro-saintes sept notes et leurs cinq altérations (dièses et bémols, qui ne présentent aucune différence joués sur un clavier tempéré), dont la valeur d'usage n'a pas à être questionnée. Après tout, un do dans l'œuvre de Mozart ou dans celle d'Aya Nakamura reste un do.</p><p>Ce n'est donc pas le genre qui donne à une musique sa valeur intrinsèque, mais la manière dont on la conçoit, et le but pour lequel on la compose.</p>
<p>Benjamin Sire</p>
<p>La différence peut en revanche se manifester à travers cette question : pourquoi, dans quel but produit-on de la musique, bien que chacun espère voir son travail rencontrer le succès ? Certaines musiques ont pour vocation d'arpenter le champ de la recherche, tandis que d'autres jouent sur les seuls terrains de l'émotion et du signifiant. Elles peuvent d'ailleurs appartenir au même genre, si l'on pense au débat passionné qui a déchiré le monde du jazz, entre la période swing, simple et efficace, propre à l'avant seconde guerre mondiale, et le be-bop, puis le jazz-rock, beaucoup plus riches et complexes à l'oreille. Il en fut de même quand la musique classique dû affronter l'émergence de la musique contemporaine, faisant passer Beethoven pour un compositeur de bluettes. D'un côté, souvent l'émotion appelle la simplicité et l'utilisation de formules maîtrisées, quand le signifiant passe, lui, par les mots. Cela donne la chanson sous toutes ses formes, tout comme le rap. Quant à la recherche, son but est de pousser plus loin les frontières des mondes connus et son appréhension musicale ne peut se faire sans une certaine éducation.</p><p>Pourtant, si le débat lancé par la <a href="https://www.lefigaro.fr/medias/culture-les-dossiers-chauds-de-la-nouvelle-ministre-20220523">ministre de la Culture</a> mérite une certaine attention, c'est qu'une autre donnée vient le parasiter, et non des moindres. Malgré l'énorme crise de modèle économique qui secoue le monde de la musique, jamais il n'en a été autant consommé. Et le choix du verbe «consommer» n'est pas innocent. La musique est devenue un marché conséquent et ultra-concurrentiel dont l'industrie est dominée par des mastodontes qui évitent au maximum la prise de risque et tendent à appauvrir ce qui arrive sur nos enceintes. Il en est de même dans le cinéma, rendu exsangue par la crise du Covid. Les indépendants mordent la poussière tandis que les blockbusters, de plus en plus chers, de plus en plus spectaculaires, ne peuvent plus se permettre la moindre fantaisie et obéissent à des cahiers des charges scrupuleux qui les voient tous un peu se ressembler, puisque leur recette de fabrication est seule garantie de... recettes financières. Or, que l'on considère le rap ou la pop produits en majors ou assimilés, les enjeux sont les mêmes. Quand les auditeurs reçoivent un morceau, le plus souvent poussé par une promotion multisupport et sans limite, les producteurs ont besoin que la sauce prenne immédiatement. Pour cela, rien ne vaut mieux que de sans cesse recycler les mêmes plats, d'appauvrir les usages harmoniques, de manière à ce que l'auditeur ait un sentiment de familiarité dès la première écoute d'un morceau. Et c'est là que l'on peut parler de valeur et de dépréciation du domaine ; le rap, pris en exemple par la ministre n'étant d'ailleurs pas, et de loin, le genre le plus concerné par ce problème, à l'inverse de la pop ou de la variété. Il n'y a nul hasard si une part considérable des plus grands succès internationaux entendus ces dernières années sont le fruit d'une seule et même structure de production, dirigée par l'énigmatique producteur suédois, Max Martin, l'homme qui aura sans doute le plus œuvré à l'appauvrissement de la musique dans le monde. Jugez plutôt d'une partie des noms figurant dans l'écurie du magna scandinave: Britney Spears, Céline Dion, Pink, Avril Lavigne, Katy Perry, Usher, Maroon 5, Justin Bieber, Taylor Swift, Shakira, Jennifer Lopes, Ariana Grande, The Weeknd, Selena Gomez, Justin Timberlake, Ed Sheeran, Lady gaga, Coldplay et on en passe. Ce n'est pas un mal en soi qu'une telle brochette de stars bénéficie des services d'un seul et même homme. Le problème est que celui-ci a établi une sorte de recette quasi algorithmique du succès, fondée sur l'application de onze postulats, qu'il applique à l'envi sur l'essentiel des titres dont il a la responsabilité, qu'importe le genre de ceux-ci. Il en a fait l'aveu en 2017, dans l'une de ses rarissimes interviews donnée à l'occasion d'une masterclass. Or parmi ces onze postulats (qui sont évidemment une synthèse approximative du travail du producteur), plusieurs expliquent l'appauvrissement d'une bonne part de la musique qui nous arrive. Parmi eux le fait de non seulement simplifier la mélodie au maximum, tout en la rendant la plus efficace possible – ce qui n'a rien d'évident – mais surtout de la décliner astucieusement à la fois dans les couplets et dans les refrains d'un même morceau. Là où vous croyez entendre une chanson aux différentes parties, c'est en réalité toujours la même qui vous revient sous des formes différentes, de manière à ce que, lorsque le refrain intervient, il vous paraît évident. Hélas, cela signifie aussi que la chanson sur laquelle vous vous balancez est obligatoirement d'une grande pauvreté musicale. Business is business...</p><p>Ce n'est donc pas le genre qui donne à une musique sa valeur intrinsèque, mais la manière dont on la conçoit, et le but pour lequel on la compose. Il en a toujours été ainsi et il en sera sans doute toujours ainsi. Peut-être hélas quand le but est uniquement financier…</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Sun, 24 Apr 2022 12:27:44 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[La place de l’État chez Hayek]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Publié le 23 avril 2022</p>
<p>Les activistes de gauche, notamment d’ultra ou d’<a href="https://www.contrepoints.org/2021/03/24/393767-regionales-lunion-de-la-gauche-se-fait-toujours-a-lextreme-gauche" target="_blank" rel="noopener">extrême gauche</a>, ainsi que certains sociologues, qualifient souvent <a href="https://www.wikiberal.org/wiki/Friedrich_Hayek">Hayek</a> de chantre de « l’<a href="https://www.contrepoints.org/2022/01/19/419448-valerie-pecresse-ou-lignorance-du-liberalisme" target="_blank" rel="noopener">ultra-libéralisme</a> », partisan d’un État minimal relégué à la simple garantie des droits de propriété.</p><p>Cependant, une lecture attentive de ses ouvrages leur montrerait qu’il n’en est rien. Chez Hayek, la place de l’État est importante, et c’est ce qu’il convient d’expliquer dans cet article.</p>
<p>Le refus chez Hayek de l’État minimal</p>
<p>Contrairement à une idée répandue, Hayek n’est ni le chantre du laissez-faire ni celui de l’État minimal. Il a critiqué le laissez-faire dogmatique de certains libéraux dans <a href="https://www.wikiberal.org/wiki/La_Route_de_la_servitude">La route de la servitude</a>, lequel a conduit à l’attrait pour le planisme et le collectivisme.</p><p>Ainsi, selon lui, pour assurer la <a href="https://www.wikiberal.org/wiki/Catallaxie">catallaxie</a> et le fonctionnement ordonné du marché, le gouvernement « doit se servir de son pouvoir fiscal pour assurer un certain nombre de services qui, pour diverses raisons, ne peuvent être fournis, du moins adéquatement par le marché ». La devise à laquelle on pourrait rattacher Hayek est celle de Godesberg en 1959 : « autant de marché possible et autant d’État que nécessaire ». L’État doit ici servir le marché, il doit agir, certes sans le perturber, mais toujours au travers de règles pour permettre l’ajustement de l’ordre spontané.</p><p>Selon Hayek, l’État doit fournir des services et faire contribuer l’ensemble de la société pour en permettre la création. Ainsi, dans <a href="https://www.wikiberal.org/wiki/Droit,_l%C3%A9gislation_et_libert%C3%A9">Droit, législation et liberté</a> il affirme :</p><p>« Dans certains cas, l’on ne peut fournir le service désiré sans faire contribuer à son coût tous ceux qui en profitent, car il serait impossible de le réserver à ceux qui pourraient le payer et qu’alors, seul le gouvernement doit être habilité à employer son pouvoir de contrainte. »</p><p>Chez Hayek, l’État n’est donc pas limité aux <a href="https://www.wikiberal.org/wiki/Fonctions_r%C3%A9galiennes">compétences régaliennes</a>. Il doit fournir des services indispensables à la vie collective mais il n’est pas utile qu’il les gère lui-même.</p>
<p>La gestion décentralisée des services publics</p>
<p>La troisième partie de <a href="https://www.wikiberal.org/wiki/La_Constitution_de_la_libert%C3%A9">La Constitution de la liberté</a>  intitulée « La liberté dans l’État providence » permet de comprendre la vision hayékienne de l’État.</p><p>Hayek ne remet pas en cause l’État providence, mais souhaite y instaurer de la concurrence, de la liberté. C’est aussi cette vision qu’il défend dans Droit, législation et liberté. Pour ce faire, il prône la décentralisation dans la gestion des services fournis par l’État.</p><p>Il affirme notamment :</p><p>« Déléguer tout pouvoir qui peut être exercé localement, à des organismes dont les pouvoirs sont cantonnés dans leur circonscription, est probablement le meilleur moyen de s’assurer que les charges et les bienfaits de l’activité gouvernementale seront approximativement proportionnels. »</p><p>Selon lui, il faut bien distinguer le prélèvement des impôts visant à financer les services et effectué par gouvernement central et le fait que ces services soient gérés par lui. La gestion doit ici se faire idéalement par des entreprises concurrentielles, où l’État n’aurait comme rôle que celui d’attribuer les fonds recueillis aux producteurs en fonction des préférences exprimées de façon ou d’une autre par les utilisateurs. Cependant, les services fournis par l’État sont supplétifs, ils interviennent seulement en l’absence de services fournis par le marché.</p><p>Mais dès lors que le marché peut fournir efficacement ces services, il doit le faire et l’État doit se retirer, car comme l’affirme Hayek :</p><p>« La vérité pourrait bien être qu’ayant assumé trop de tâches, le gouvernement en néglige l’essentiel ».</p><p>La gestion doit donc être la plus efficace possible. Outre cet aspect-là de l’État, Hayek considère que l’État doit aussi fournir assistance aux plus démunis et au secteur privé, quand celui-ci est défaillant.</p>
<p>L’État comme relais de l’initiative privée</p>
<p>La vision du rôle de l’État en matière de fiscalité, de dépenses publiques et d’assistance aux plus pauvres est très intéressante.</p><p>En matière de dépense publique, comme partout ailleurs, Hayek défend la domination de la règle sur la discrétion. Avoir des règles en matière de fiscalité et de dépenses publiques permettrait selon lui de « conduire à une limitation rationnelle du volume de la dépense publique totale ». Le fait de ne pas avoir de règles contraignantes en matière budgétaire conduit à ce que « toute majorité a le droit de taxer les minorités selon des règles qui ne s’appliquent pas à elle-même », ce qui engendre inévitablement « une croissance constante des dépenses publiques au-delà de ce que l’individu désire réellement ».</p><p>Cependant, pour Hayek, les dépenses publiques ont une certaine importance. En effet, il reconnaît que l’action de l’État ne peut pas être guidée « entièrement par la rentabilité », et qu’ainsi, par leur répartition dans le temps, le rôle des dépenses publiques est de « relayer l’investissement privé quand celui-ci est défaillant », permettant à l’État « d’employer ses ressources à des investissements publics, au moindre coût et le plus opportunément pour la société ».</p><p>Pour éviter tout gaspillage inutile de dépenses publiques, Hayek propose un programme afin que celles-ci soient « établies de façon que la vitesse d’exécution puisse être accélérée ou ralentie dans des délais restreints ».</p><p>Enfin, et pour terminer cet article, il convient de lister quelques exemples des activités étatiques défendues par Hayek :</p>
<p>assainissement public<br />routes publiques<br />services sanitaires publics<br />services de soins publics<br />travaux publics étatiques<br />entreprises publiques (si absence de monopole)<br />allocation minimum universelle<br />assurance vieillesse obligatoire<br />assurance chômage obligatoire<br />parcs municipaux<br />enseignement minimum obligatoire<br />aide publique à l’enseignement supérieur<br />sondages publics<br />parcs nationaux</p>
]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/877/anne-sinclair-%C2%ABcomment-gouverner-un-pays-sans-espoir%C2%BB</guid>
	<pubDate>Sun, 24 Apr 2022 12:02:41 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Anne Sinclair: «Comment gouverner un pays sans espoir?»]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Alors que nous lancions ensemble le Huffington Post en France, une grande question s’était posée dans la rédaction: étions-nous prêts à offrir une tribune à Marine Le Pen? Notre directrice éditoriale, Anne Sinclair, avait effectivement bousculé le paysage médiatique français des années 1990 en refusant de recevoir Jean-Marie Le Pen à 7 sur 7, la plus grande émission politique de l’histoire de la télévision française.</p><p>Vingt ans après la première accession du Front national au second tour d’une élection présidentielle, voici Marine Le Pen aux portes du pouvoir. Comment est-on passé des 18% de Jean-Marie Le Pen aux 45% d’intentions de vote pour sa fille dans certains sondages? Maintenant que le front républicain n’existe plus et que le dégagisme anti-système est devenu le premier parti de France, comment faire encore barrage à l’extrême droite?</p><p>■ Le Temps accorde une attention particulière aux élections françaises. Cet article vous est exceptionnellement offert mais pour recevoir en primeur tous nos articles sur ce sujet, découvrez <a href="https://www.letemps.ch/abonnements-digital?utm_source=letemps&amp;utm_medium=article&amp;utm_campaign=abo-france" target="blank">notre offre d’abonnement spéciale.</a></p><p>Nous voici chez Anne Sinclair à Paris pour parler d’une nouvelle élection présidentielle. Elle écrit des livres, je suis passé au Temps, et l’enjeu de donner la parole à l’extrême droite ne se pose plus vraiment.</p><p>Le Temps: Regrettez-vous d’avoir refusé de recevoir Jean-Marie Le Pen dans les années 1990?</p><p>Anne Sinclair: Non, mais je pense que ça ne servait à rien. J’avais dit non pour deux raisons: tout d’abord, il ne se situait pas dans l’orbite de la démocratie et tenait des propos révisionnistes inacceptables dans un Etat de droit. Deuxièmement, il nous avait copieusement insultés, moi et ma famille. Je n’étais donc pas en mesure de l’interroger objectivement. Je n’ai pas changé d’analyse: il est extrêmement difficile d’interviewer quelqu’un qui ne se situe pas dans l’univers démocratique. Peut-on vraiment interroger un dictateur? Si on réalise un entretien avec Vladimir Poutine, il nous dira: «Nous ne faisons pas la guerre, ce sont les Ukrainiens qui massacrent leur peuple.» Que peut faire un journaliste face à ça? Il peut contredire, mais il y a un moment où il faut que l’échange progresse. Dans une interview, le journaliste n’est pas à égalité avec le politique. Tout ce que l’on pouvait faire en recevant Jean-Marie Le Pen, c’était banaliser sa personne en lui posant des questions sur l’assurance maladie alors qu’il n’avait rien à en dire. Toujours est-il que, lorsqu’il a accédé au second tour, je me suis dit: au fond ces stratégies de barrage ne servent à rien. Je me suis retrouvée les bras ballants, impuissante.</p><p>Lire aussi: <a href="https://www.letemps.ch/monde/disent-derniers-sondages-duel-macronle-pen">Ce que disent les derniers sondages du duel Macron-Le Pen</a></p><p>Quel souvenir gardez-vous de ce 21 avril 2002?</p><p>Celui d'un tremblement de terre. Tout le monde s’attendait à une finale traditionnelle entre la droite et la gauche, entre Chirac et Jospin. Et on se retrouvait par surprise avec une configuration complètement inédite et bouleversante. Jean-Marie Le Pen était un personnage extrêmement sulfureux, qui avait un passé très discutable en Algérie et des affinités avec les anciens collabos de Vichy. Je l’ai vécu comme une catastrophe et toute la France l’a traversé ainsi. C’est pour cela qu’un million de personnes ont défilé. Voter Chirac allait de soi, c’était l’assurance d’une démocratie qui continuait. Le Pen, c’était l’épouvante. C’était impensable, et quand on est face à l’impensable, on réagit. Je pense que c’est un choc comparable à l’effet de l’élection de Donald Trump.</p><p>On n’a pas du tout l’impression de vivre le même choc aujourd’hui. Pourquoi?</p><p>Au fil des années, l’extrême droite s’est affranchie de son passé sulfureux avec des propositions qui, si elles sont très discutables, apparaissent dans le champ démocratique. Voilà pourquoi la présence de Marine Le Pen au second tour, déjà en 2017, ne provoque aucun sursaut. La différence, cette année, c’est que son élection est crédible. En 2002, tout le monde manifestait alors qu’on savait que Jean-Marie Le Pen ne serait pas élu. On manifestait sur une idée de la France. Aujourd’hui, sa fille a ravalé la façade de l’extrême droite. Elle respecte les institutions. Eric Zemmour a même réussi à la recentrer par ses outrances. Mais maintenant qu’il n’est plus là, elle apparaît pour ce qu’elle est. Le fait qu’elle soit très près d’accéder au pouvoir fait ressortir ces aspects. Il y a eu un réveil dans cet entre-deux-tours, une prise de conscience. Comme la réalité de son élection est possible, elle est comptable de son passé, du parti dont elle a hérité, des amitiés qu’elle a nouées et surtout des propositions qu’elle a pu faire par le passé, de ce qu’elle a toujours défendu.</p><p>Lire aussi: <a href="https://www.letemps.ch/monde/debat-macronle-pen-2022-bien-loin-2017">Le débat Macron-Le Pen de 2022, bien loin de 2017</a></p><p>Quelles propositions par exemple?</p><p>Il y a des aspects totalement inacceptables dans son programme, aujourd’hui encore. Elle a ravalé la façade mais gardé les fondamentaux xénophobes, la suspicion envers les étrangers… La préférence nationale est fondamentalement contraire à ce qu’est la France, à l’esprit des institutions, à la Déclaration des droits de l’homme. Cela permet de douter de son respect de l’Etat de droit, tout comme les modifications de la Constitution qu’elle envisage. Par ailleurs, le renversement de nos alliances, qu’elle projette, est très dangereux: nous n’appartiendrions plus au camp de l’Occident mais à celui des régimes autoritaires de Poutine ou Orban. Marine Le Pen incarne bel et bien un changement total de ce que sont la démocratie française et la tradition de notre pays depuis les Lumières. Comme l’écrivait Pierre Mendès France, «la démocratie, c’est beaucoup plus que la pratique des élections et le gouvernement de la majorité: c’est un type de mœurs, de vertu, de scrupule, de sens civique, de respect de l’adversaire; c’est un code moral». Et c’est ça qu’elle remet en cause.</p><p>La mobilisation face à elle est faible. L’antifascisme n’existe-t-il plus? Le fascisme a-t-il disparu du paysage mental des jeunes Français?</p><p>Il ne correspond plus à l’époque. C’est un terme qui a perdu sa pertinence et donc qui n’est plus efficace.</p><p>Quel mot utiliser alors pour signaler cette menace d’extrême droite?</p><p>Si elle était élue, Marine Le Pen s’assiérait sur l’Etat de droit. Elle dessine une démocratie illibérale, considère que les règles de droit qui régissent les démocraties ne sont plus pertinentes, que l’on peut les contourner, que l’on peut s’en affranchir. C’est ce qu’on appelle parfois la «démocrature»: un terme qui désigne ces démocraties à tendance totalitaire, comme quand Donald Trump pousse ses supporters à prendre d’assaut le Capitole, comme en Hongrie où l’on vote mais où les opposants ont cinq minutes de temps de parole à la télévision.</p><p>Le terme d’«extrême droite» ne pose-t-il pas aussi problème? Les supporters de Marine Le Pen le remettent souvent en cause, notamment en raison de son programme social…</p><p>Son discours social est une posture. Elle ne propose pas des solutions pour réduire les inégalités, elle propose des solutions pour augmenter immédiatement le pouvoir d’achat. Elle distribue de l’argent mais elle ne remet pas en cause fondamentalement les inéquités. Personnellement, je la considère bien comme appartenant à l’extrême droite même si c’est peut-être une facilité pour la placer sur l’échiquier et un terme qui ne veut plus dire grand-chose pour les gens. On pourrait dire «national populisme», mais elle ne peut pas s’affranchir de son passé. Elle est élue du Front national depuis trente ans: on ne se débarrasse pas de ce qu’on a été, de ce qu’on croit profondément. On le voit sur l’Europe, elle dit qu’elle ne veut plus la quitter, mais son programme indique qu’elle fera tout pour que ça arrive.</p><p>Emmanuel Macron faisait une promesse: celle d’affaiblir l’extrême droite. Or non seulement elle n’est pas affaiblie, mais elle est plus forte que jamais. C’est le principal échec du président. Il savait qu’il serait plus facilement réélu face à un épouvantail. L’écrasement de toute opposition à droite et à gauche, le fait que tout est mélangé, implique qu’il n’y a plus d’opposition nette. Donc ce qui émerge, c’est le rejet brutal du système. Cette montée du rejet à son égard vient aussi de là, car ni Marine Le Pen ni Macron ne suscitent l’adhésion. En 2002, Chirac, c’était aussi un vote de rejet, mais ressenti par toute la société. Le problème, aujourd’hui, c’est qu’il est presque partagé entre les deux candidats, c’est ça qui est le plus inquiétant.</p><p>Mais François Hollande aussi faisait face à un rejet de ce type. La France d’aujourd’hui n’éprouve-t-elle pas ce sentiment de rejet très largement?</p><p>Il y a effectivement un refus d’être administré par le haut. Cette aspiration à donner un coup de pied dans le système va de pair avec une haine des élites, un énorme «tous pourris». S’il est réélu, et je pense qu’il va l’être, Emmanuel Macron aura une responsabilité gigantesque sur les épaules. Il y a une colère énorme dans ce pays. On a dit à l’issue du premier tour qu’il y avait trois pôles, mais il y a en fait deux France depuis 1992 et le Traité de Maastricht. En trente ans, on n’a cessé d’alerter sur cette scission entre la France qui vit bien dans ce système et celle qui se sent rejetée, en dehors de l’accès à la consommation, qui vit mal, qui se sent méprisée, qui s’oppose de manière violente et qui a pris en détestation tout ce qui fait l’inclusion des autres. Il y a une France des oubliés, qui s’est réveillée au moment des Gilets jaunes, avec le pire et le meilleur. Emmanuel Macron l’a senti mais n’y a pas bien répondu. Son problème, c’est qu’il explique mais n’écoute pas. Il essaye de dégonfler par la pédagogie, mais est-ce qu’il écoute bien ce qu’on essaye de lui dire? Sa responsabilité sera d’inclure de manière créative les citoyens dans le processus de décision, afin de canaliser les colères par la représentativité. Avec davantage de proportionnelle, on permet par exemple à ce sentiment de s’exprimer au niveau politique.</p><p>Là, on se dirige vers une majorité recomposée à droite entre le parti d’Emmanuel Macron et Les Républicains encore très présents dans les régions. Cela ne représentera pas du tout le pays qui a voté pour un quart à l’extrême droite et un quart à l’extrême gauche. La difficulté, c’est d’essayer de sortir de cet affrontement. Canaliser les colères sera donc le défi majeur d’Emmanuel Macron. D’autant qu’il ne risque rien, comme c’est nécessairement son dernier mandat. Il n’a plus rien à ménager, il doit comprendre que c’est le moment ou jamais pour tout oser. C’est ce qu’on a reproché à Chirac: il a été élu à 82% et il n’en a rien fait.</p><p>Et vous là-dedans? Vous avez fait partie de cette élite, vous en avez été proche en tout cas. Avez-vous des regrets?</p><p>Je crois que la classe dirigeante s’est satisfaite de gérer au mieux les affaires courantes, de préserver l’unité de l’Europe, de préserver le système économique. Au fond, l’élite a été assez conservatrice et elle n’a pas fait la place aux aspirations de la jeunesse. Emmanuel Macron semble avoir découvert l’écologie en une nuit. Tant mieux si c’est une réorientation profonde, mais ça ne correspond pas à ce qu’il a fait pendant cinq ans. L’essentiel, c’est: qu’est-ce qui peut donner de l’élan aujourd’hui? Qu’est-ce qui peut susciter de l’adhésion? Je ne vois pas beaucoup d’autres sujets que l’écologie. Mais il faut aller au-delà des déclarations de principe.</p><p>En 2017, Macron représentait un espoir, là il n’y a plus d’espoir. Comment gouverner un pays sans espoir? Emmanuel Macron avait dit que le vieux monde était mort. J’ai plutôt l’impression qu’on y est resté avec lui. Le vieux monde, c’était des oppositions d’idéologies. Aujourd’hui, les jeunes ont une revendication autrement plus fondamentale: la préservation de l’humanité.</p><p>Miser sur l’écologie peut aussi être dangereux, on l’a vu avec les Gilets jaunes…</p><p>C’est impopulaire quand les mesures vont contre notre confort. Il y a eu un «quoi qu’il en coûte» pour l’économie en temps de covid, il en faut un pour la transformation écologique et donc des sacrifices pour les plus favorisés et des aides pour les autres afin de passer ce cap. C’est déjà ce qu’il s’est passé lors de la transformation de notre société rurale en une société industrielle. Les mouvements progressistes ont forcé le système à prendre en compte cette nouvelle population ouvrière qui avait envie de justice sociale.</p><p>Si on revient sur les Le Pen, au bout du compte, la banalisation a eu lieu. Qu’auraient pu faire les journalistes?</p><p>A ce stade, ce n’était plus vraiment du ressort des journalistes, cela relevait du système politique dans son intégralité. La médiocrité des interlocuteurs a fait que l’envie s’est éteinte au bénéfice d’un désir de brutalité. Difficile de dire ce qu’on aurait pu faire quand tout s’effondre. Il n’y a plus beaucoup de place pour ceux qui veulent se battre sur des terrains qui ne concernent pas la remise en cause profonde du système. Moi, j’ai l’impression que j’appartiens à un monde qui a disparu. La porte de sortie qui reste, c’est d’en appeler à de nouvelles idées, mais je ne vois rien venir. Je suis assez pessimiste. Pas sur cette élection, pas sur la prochaine non plus, mais sur la question de savoir comment on peut gouverner un pays qui déteste ses représentants, qui élit ses présidents par défaut, dans lequel il n’y a plus d’élan. Qui suscite aujourd’hui l’adhésion? Qui emporte l’empathie? A qui a-t-on envie de donner sa confiance? L’horizon est un peu bouché.</p><p>Mais il faut dire que l’absence d’introspection du système médiatique fait qu’on est arrivé à une situation où les gens ont rejeté tout ce qui symbolisait l’autorité. A cela s’ajoutent les réseaux sociaux où la parole d’un individu, quel qu’il soit, vaut autant que celle d’un scientifique sur le vaccin. Cette mise à niveau favorise l’extrême droite puisque chaque prise de parole mécontente revêt la même valeur que celle des dirigeants à qui on a confié des responsabilités.</p><p>Je ne me considère pas comme faisant partie de l’élite, mais j’appartiens à un monde qui s’inscrit dans un système bousculé. La presse est aujourd’hui très mal considérée. Les politiques ayant perdu leur impact, ceux qui véhiculent leur discours, c’est-à-dire les journalistes, participent de ce même rejet. C’est une remise en cause profonde, y compris de notre système médiatique. Quand on regarde cette campagne par exemple, elle a été catastrophique, avec un boulevard ouvert à Eric Zemmour qui apparaissait comme celui qui allait tout bouleverser et qui au bout du compte fait 7%.</p><p>Quelle est votre plus grande peur face à tout cela?</p><p>Le totalitarisme, la fin de la démocratie. On voit partout le rétrécissement de l’Occident face aux régimes autoritaires. Les gens ne considèrent plus la démocratie comme supérieure à tous les systèmes. J’ai l’impression que ce n’est plus un sujet prioritaire aujourd’hui, et moi je participe d’une histoire, d’un monde, d’un âge, pour lequel c’était fondamental. C’est la victoire idéologique profonde d’une extrême droite qui veut tout renverser et qui a imposé ses idées. Et lorsque la victoire des idées est là, le triomphe politique suit.</p>
<p>LE QUESTIONNAIRE DE PROUST<br />Votre vertu préférée?</p>
<p>Le courage, c’est ce qui permet de s’affirmer et de lutter. Mais ça peut supposer de prendre le risque de l’impopularité.</p><p>Votre plus grand héros de fiction?</p><p>Cyrano de Bergerac, c’est l’intelligence contre la bêtise, le panache contre la fatalité.</p><p>Votre plus grand héros dans l’histoire?</p><p>Pierre Mendès France, qui était plus un penseur de la société qu’un homme politique.</p><p>Quel autre métier, quelle autre vie auriez-vous voulu avoir?</p><p>J’aurais bien aimé être prof. Expliquer le monde tel qu’il est, c’est ce que j’ai toujours aimé faire. Aujourd’hui, c’est un métier très dur et mal considéré en France, c’est beaucoup plus facile d’être journaliste.</p><p>Votre devise?</p><p>Comme disait ma grand-mère, «serrer les dents et résister». Pour elle, face à l’adversité, il ne fallait pas se plaindre, mais «serrer les dents» et continuer à se battre.</p><p>■ Le Temps accorde une attention particulière aux élections françaises. Cet article vous est exceptionnellement offert mais pour recevoir en primeur tous nos articles sur ce sujet, découvrez <a href="https://www.letemps.ch/abonnements-digital?utm_source=letemps&amp;utm_medium=article&amp;utm_campaign=abo-france" target="blank">notre offre d’abonnement spéciale.</a></p>
<p>PROFIL</p>
<p>1948 Naissance à New York.</p><p>1973 Intègre la rédaction d’Europe 1 après des études de droit et de sciences politiques.</p><p>1984 Présente son premier 7 sur 7 sur TF1.</p><p>1997 Quitte 7 sur 7, son mari, Dominique Strauss-Kahn, étant nommé ministre de l’Economie du gouvernement Jospin.</p><p>2012 Lance le Huffington Post en France.</p><p>2021 Publie ses mémoires, Passé composé.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/876/ii-y-a-des-limites-a-mon-silence-face-a-certains-arguments-injustifiable</guid>
	<pubDate>Tue, 19 Apr 2022 08:35:30 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[iI y a des limites à mon silence face à certains arguments injustifiable !]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Au vu de la tournure que prenait cette campagne présidentielle, et du constat de l'impossibilité d'en infléchir le cours, j'ai pris il y a plusieurs mois la décision de ne pas m'y impliquer auprès de l'un ou l'autre des candidats et en faveur de l'un ou l'autre des programmes. N'ayant de toute ma vie jamais donné de consigne de vote - et à quel titre le ferais-je ? - je garde pour moi, pour ce second tour, comme pour le premier, le choix qui sera le mien dans l'isoloir. Les excès en tous genres qui caractérisent cette fin de campagne me confortent dans mon choix initial. Au milieu de cette hystérie, je ne dirai donc pas pour qui je voterai. Mais il y a des limites à mon silence face à certains arguments injustifiables, pour ne pas dire inqualifiables et, à mes yeux insupportables quel que soit le candidat pour lequel ou contre lequel on fait campagne.<br />Parmi ces arguments, deux sont, à mes yeux, les plus irrecevables et les plus dangereux pour l'avenir du débat démocratique.<br /> <br />- Le premier concerne l'utilisation du référendum pour modifier la Constitution. On peut légitimement être violemment opposé au contenu d'un projet de loi soumis à référendum. Mais proclamer que l'utilisation de l'article 11 de la Constitution par le Président de la République qui lui permet de saisir directement le peuple par référendum sans passer préalablement par le Parlement serait un coup d'État constitutionnel est proprement hallucinant. C'est le retour de la horde des politiciens, des éditorialistes, des charlatans du droit constitutionnel qui en 1962, aveuglés par leur haine de De Gaulle et de la Ve République, hurlaient à la forfaiture quand ce dernier décida d'utiliser cette procédure pour soumettre au peuple français la réforme instaurant l'élection du Président de la République au suffrage universel. La question de l'interprétation de la Constitution sur ce point, telle qu'elle est rédigée, a été définitivement tranchée par le peuple il y a soixante ans. Le véritable coup d'État constitutionnel et la forfaiture seraient de le contester. La fin ne justifie pas tous les moyens, et que des politiciens qui se sont toute leur vie réclamés du gaullisme usent de cet argument dans le débat électoral les déshonore, même si la cause qu'ils prétendent défendre dans cet entre deux tours a toute sa légitimité. Je termine par une remarque qui mériterait un plus long développement : la rédaction de l'article 11 telle qu'elle résulte de l'œuvre des constituants de 1958 et des réformes de 1995 et 2008 ne prévoie explicitement le contrôle du Conseil constitutionnel sur le texte soumis à référendum que pour le référendum d'initiative partagée et en aucun cas sur un référendum d'initiative présidentielle. Le Conseil constitutionnel, qui n'est pas chargé de réécrire la Constitution à sa guise, n'a donc rien à dire sur le fond d'un texte que le Président de la République déciderait de soumettre au peuple, même si le Conseil s'est arrogé le droit de vérifier la régularité du décret qui organise la consultation électorale. En élargissant son contrôle en contradiction avec la lettre de la Constitution, il violerait ouvertement cette dernière, ouvrant la voie au chaos institutionnel et à un gouvernement des juges qui progresse déjà de façon inquiétante. Mais c'est un autre débat.</p>

<p>Ce débat sur l'article 11 qui a l'air technique et rébarbatif est en réalité profondément politique, et la manière dont il est ouvert et manipulé par certains conduit à une dangereuse remise en cause de l'équilibre des pouvoirs dans notre République. C'est la raison pour laquelle il ne doit surtout pas être asservi à des considérations politiciennes et électoralistes.</p>

<p>- Le deuxième argument que je trouve irrecevable et lui aussi délétère dans cette campagne, est relatif à l'affirmation selon laquelle la réaffirmation de la supériorité du droit national sur le droit communautaire équivaudrait à une sortie déguisée de l'Union européenne. Il est délétère parce que c'est un mensonge qui interdit tout débat sérieux sur un sujet qui est au cœur de la grave crise démocratique que nous traversons.</p>

<p>Cette question qui elle aussi peut paraître trop technique et rébarbative ayant fait irruption au cœur du débat électoral, vous trouverez ci-joint le texte de l'entretien que j'avais accordé sur ce sujet au Figaro en octobre dernier. Sujet auquel, à l'époque, beaucoup d'entre vous n'avaient peut-être pas prêté beaucoup d'attention, mais dont l'importance se mesure à l'hystérie qu'il déclenche aujourd'hui chez ceux qui, comme pour tout le reste d'ailleurs, veulent faire l'Europe fédérale dans le dos des peuples.<br /> <br /> <br />Henri Guaino : «La primauté du droit européen est une impasse démocratique»<br /> </p>

<p>GRAND ENTRETIEN – Observateur avisé de la vie publique, l’ancien conseiller de Nicolas Sarkozy propose de revenir au principe dit de «loi écran», qui prévalait avant 1975 et qui donnait le dernier mot au législateur français.</p>

<p>Entretien tiré du Figaro du 26/10/2021<br />Par Alexandre Devecchio<br /> <br /> <br /> <br /> <br />LE FIGARO. - Le thème du droit européen s’impose dans la campagne. Le lundi 18 octobre, Emmanuel Macron a condamné les remises en cause de celui-ci, fustigeant une «vieille maladie française». Qu’est-ce que cette déclaration vous inspire?</p>

<p>Henri GUAINO. - Que c’est tragique de ne pas avoir pris conscience de l’impasse démocratique dans laquelle nous sommes enfermés, en oubliant au passage la virulence avec laquelle son gouvernement fustigeait en 2019 la décision de la Cour de justice de l’Union européenne d’interdire la fusion entre Alstom et Siemens et j’entends aujourd’hui le procès non moins virulent qu’il fait aux règles du marché européen de l’électricité.</p>

<p>Est-ce réellement «une spécificité française»? Rappelons que, dans son fameux arrêt du 30 juin 2009, la Cour constitutionnelle fédérale allemande prévenait que «la République fédérale d’Allemagne ne reconnaît pas une primauté absolue d’application du droit de l’Union»…</p>

<p>La Cour de Karlsruhe rappelle souvent que c’est le peuple allemand qui détient in fine ce qu’elle appelle «la compétence de la compétence», qui est une définition de la souveraineté. On pourrait citer aussi la décision de la Cour suprême espagnole, qui, l’année dernière, a maintenu en prison l’indépendantiste catalan Oriol Junquéras en passant outre l’arrêt de la Cour européenne, qui avait confirmé son immunité de député européen.</p>

<p>On peut aussi penser le plus grand mal, si l’on veut, de la réforme judiciaire polonaise, mais, en évoquant le principe de la primauté de la Constitution sur les traités européens, la Cour constitutionnelle polonaise n’a fait que rappeler un principe général selon lequel aucune norme juridique, fut-elle européenne, n’est applicable dans un pays si elle est contraire à sa constitution. En France, ce principe a été consacré par le Conseil constitutionnel et étendu au respect des règles et des principes «inhérents à l’identité constitutionnelle de la France». Les constitutions prévalent sur les traités européens, même si la Cour de justice et la Commission européenne pensent le contraire. La loi, en revanche, est subordonnée aux traités.</p>

<p> <br />Emmanuel Macron rappelle que nous avons signé, puis ratifié souverainement les textes et les traités… La signature de la France ne doit-elle pas être respectée et défendue?</p>

<p> La souveraineté, pour une nation, c’est d’abord le droit imprescriptible pour celle-ci de défaire ou de modifier ce qu’elle a fait. Sinon, il faut commencer par supprimer les élections. Nul ne peut préempter la souveraineté pour l’avenir à travers des engagements irréversibles. Or, de traité en traité, de directive en directive, de jurisprudence en jurisprudence, l’on a construit un système où l’on peut de moins en moins changer de choses sans le consentement des autres, et plus seulement pour ce qui concerne les relations entre les États, comme c’était le cas auparavant, mais aussi désormais de plus en plus dans l’organisation même de la société. C’est démocratiquement intenable.</p>
 
<p>«Notre justice se construit désormais dans le dialogue des juges au niveau européen. Ce dialogue a accompagné la construction politique de l’UE, il l’a précédé», explique Emmanuel Macron. Cela pose la question de la place des juges dans la démocratie. Quel doit être ce rôle?</p>

<p>Ayant le pouvoir d’écarter l’application de la loi au profit des directives européennes ainsi que des conventions et des traités internationaux, le juge devient juge de la loi qu’il est censé faire respecter. Cette prérogative réservée jadis au Conseil constitutionnel s’est étendue au juge judiciaire et administratif.</p>

<p> Ce glissement s’inscrit de plus dans une tendance de fond qui porte partout les juges à donner aux grandes déclarations de principes une portée juridique, comme l’a fait à partir de 1971 le Conseil constitutionnel avec la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, ce qui l’a conduit à conférer une valeur juridique à la fraternité. Et, à chaque fois que de nouveaux grands principes de portée très générale sont introduits dans des traités ou dans la Constitution, on donne à tous les juges des opportunités supplémentaires de juger la loi. Ce qui fait que le droit se fabrique désormais davantage dans l’entre-soi des juges, que les juristes appellent pudiquement le «dialogue des juridictions», que dans les assemblées élues par les peuples et responsables devant eux.</p>

<p> En 2011, nous avons échappé de justesse à ce que le contrôle du respect des règles budgétaires et donc des politiques économiques soit confié aux juges de la Cour de justice. Un jour, si l’on n’y met pas un frein, ce contrôle sortira peut-être du chapeau du «dialogue des juridictions». Dans ce nouvel ordre juridique, les gouvernements se trouvent de plus en plus souvent sommés de venir se justifier de leur politique devant les tribunaux plutôt que devant les parlements.</p>
 
<p>Iriez-vous jusqu’à parler de gouvernement des juges?</p>

<p> Tout concourt aujourd’hui à nous y conduire. Dès lors que l’on veut faire la démocratie par le droit et non plus le droit par la démocratie, le pouvoir échappe aux institutions politiques et se trouve transféré de plus en plus aux juridictions et aux autorités indépendantes. C’est le modèle que promeut l’Union européenne, qui se construit sur la dépolitisation de la société et de l’économie.</p>
 
<p>L’Union européenne n’a-t-elle pas raison néanmoins de s’inquiéter de la remise en cause de l’indépendance de la justice en Hongrie et en Pologne?</p>

<p> Quoi que l’on pense des gouvernements polonais et hongrois, la Commission et la Cour de justice doivent veiller à ne pas aller trop loin sur ce terrain. Il faut bien mesurer les conséquences de cette immixtion si elle va trop loin. Il y a par exemple beaucoup de gens en Europe qui pensent que la laïcité à la française ou l’assimilation sont des atteintes très graves aux libertés fondamentales ou que la justice n’est pas indépendante quand le Parquet ne l’est pas.</p>
 
<p>Est-ce que nous devrions laisser la Cour de justice de l’Union ou la CEDH en décider à la place des Français, comme dans un État fédéral? L’Europe fédérale, qui avance masquée, c’est le grand vice de la construction européenne actuelle, qui voit les peuples se retourner contre elle au fur et à mesure qu’ils ont le sentiment de ne plus avoir de prise sur rien.</p>

<p> <br />Michel Barnier a défendu, à la stupéfaction de nombreux de ses anciens collègues à Bruxelles, la nécessité d’une «souveraineté juridique», mais seulement en matière d’immigration, car il y aura «d’autres Brexit» si rien ne change. Qu’en pensez-vous ?</p>

<p> Cela témoigne de la part d’une personnalité qui a consacré une bonne partie de sa vie à l’Europe d’une prise de conscience de l’impasse démocratique dans laquelle nous nous trouvons.</p>

<p> <br />Xavier Bertrand a proposé, pour sa part, d’introduire dans la Constitution «un mécanisme de sauvegarde des intérêts supérieurs de la France»? Éric Ciotti souhaite «modifier l’article 55 de la Constitution pour affirmer la primauté de la Constitution sur les décisions européennes» tandis que Valérie Pécresse conteste la primauté du droit européen sur les «identités constitutionnelles» des États membres de l’UE. Que vous inspirent ces propositions? Sont-elles le signe d’un basculement idéologique à droite, y compris de personnalités plutôt européistes jusqu’ici?</p>

<p> Cela témoigne surtout de la difficulté de plus en plus grande à se présenter devant les électeurs en leur faisant des promesses que l’on ne tiendra pas si l’on ne change pas l’ordre juridique actuel. Mais les propositions visant à faire prévaloir la Constitution sur les traités européens sont inutiles puisque c’est déjà le cas et les propositions visant à sauvegarder les intérêts supérieurs de la France sont des faux-semblants si elles aboutissent à confier au juge la définition de cet intérêt supérieur.</p>
 
<p>Faut-il réformer la constitution?</p>

<p> Oui, puisque l’on a inscrit les traités européens dans le texte de celle-ci et que son article 55 pose le principe de la supériorité du traité sur la loi.</p>
 
<p>Que préconisez-vous pour votre part?</p>

<p> Le temps est venu d’une révolution juridique, au sens premier du terme. Avant 1975 pour la Cour de cassation et 1989 pour le Conseil d’État, le principe simple et logique qui prévalait était que le juge ne jugeait pas la loi. À la lumière de ce principe fondamental, l’article 55 de la Constitution, qui reconnaît la primauté des traités sur la loi, était interprété de la façon suivante: c’était la dernière expression de la volonté du législateur qui primait.</p>

<p> Si la loi était postérieure au traité, elle primait, si la ratification de traité était postérieure à la loi, c’était le traité qui avait la primauté. C’est ce principe dit de «loi écran» qui a été balayé par les jurisprudences, puis par l’inscription de strates européennes dans la Constitution que je propose de rétablir, mais en lui donnant une valeur constitutionnelle. En posant un critère de dates, il aurait l’avantage de ne laisser aucune place à l’interprétation et il s’imposerait à toutes nos juridictions, qui le connaissent bien puisqu’elles l’ont longtemps appliqué.</p>
 
<p>Cette révolution juridique ne détricoterait-elle pas toute la construction européenne?</p>
 
<p>Le principe de la loi écran appliqué dans notre droit public jusqu’à la fin des années 1980 n’a ni empêché de construire le marché commun ni détruit l’Europe. Le but est de se donner les moyens de réorienter progressivement la construction européenne en la sortant de son impasse démocratique, pas de la détruire. D’abord, il faut sortir du tout ou rien qui dit: soit vous appliquez toutes les dispositions des traités, soit vous les dénoncez en bloc et vous sortez de l’Union. Ce tout ou rien ne laisse qu’une échappatoire: essayer de renégocier de nouveaux traités.</p>

<p>L’expérience nous a appris que, même après un accord des chefs d’État et de gouvernement sur un traité simplifié, l’écriture du texte par vingt-sept diplomaties plus les eurocrates accouchera toujours d’un monstre. Quant à la renégociation au cas par cas, si elle est préférable, elle a pour seul levier, dans le système actuel, ce que les responsables politiques nomment «’influence de la France en Europe et sa capacité à construire des majorités», qui est le cache-misère de notre impuissance, comme le montre l’exemple en forme de serpent de mer du statut des travailleurs détachés, toujours pas réglé.</p>

<p> Si l’on en reste là, inutile de parler de maîtrise des flux migratoires, de réindustrialisation, de relocalisations, d’électricité à bon marché, de politique de la commande publique. Le retour à la primauté de la dernière manifestation de la volonté du législateur aurait le mérite de remettre l’exécutif et la majorité parlementaire face à leur responsabilité politique, qu’ils ont trop souvent tendance à fuir, et de créer un levier dans la négociation puisque, tant qu’il n’y aurait pas de nouvel accord, l’application du texte incriminé pourrait être suspendue par l’effet de la loi. C’est la transposition de la méthode gaullienne de «la chaise vide» et l’esprit du compromis de Luxembourg qui avaient conclu cette crise finalement salutaire. Aux gouvernants d’utiliser ce levier avec discernement.</p>

<p> <br />Mais le risque n’est-il pas grand que les gouvernements ne fassent pas preuve de ce discernement?</p>
 
<p>Oui, c’est un risque. Mais, si l’on veut supprimer le risque que les électeurs choisissent des dirigeants qui manquent de discernement, il faut liquider la démocratie, ou au moins réduire sa part et celle de la responsabilité politique à la portion congrue. C’est ce que veulent au fond les adeptes de la démocratie par le droit et c’est le sens dans lequel évolue le droit européen depuis plusieurs décennies. Mais en vertu de quoi les juges auraient-ils plus de discernement que les gouvernements, les parlementaires et ceux qui les élisent?</p>
 
<p>Faudra-t-il en passer par un référendum?</p>
 
<p>Oui. C’est aux Français de trancher. Dans le même temps, il faudra réformer la Constitution sur un autre point pour tirer les leçons de Lisbonne: réformer l’article 89 pour que, s’agissant de réformes constitutionnelles liées à des traités, le dernier mot revienne toujours au peuple. Il faut nous réhabituer au référendum.</p>
 
<p>Emmanuel Macron a défendu la Convention européenne des droits de l’homme, qui constitue, selon lui, un outil fondamental «pour défendre les droits de l’homme». Faut-il sortir de la CEDH, comme certains le préconisent?</p>
 
<p>Non, pas plus que de l’Union européenne. Elle est quand même bien utile pour la protection des libertés, notamment en matière de liberté d’expression, ou face à des excès de nos institutions judiciaires. Mais ce n’est pas pour ça qu’il faut accepter toutes ses décisions, comme celle qui a condamné la France pour l’interdiction des syndicats dans l’armée… Constitutionnalisons le principe de la loi écran et les problèmes que ses décisions peuvent parfois nous poser seront résolus.</p>
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	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
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	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/874/gnl-americain-une-tres-mauvaise-idee-pour-le-climat</guid>
	<pubDate>Mon, 18 Apr 2022 10:36:36 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/874/gnl-americain-une-tres-mauvaise-idee-pour-le-climat</link>
	<title><![CDATA[GNL américain : une très mauvaise idée pour le climat]]></title>
	<description><![CDATA[<p>La liquéfaction du gaz naturel (<a href="https://www.connaissancedesenergies.org/fiche-pedagogique/gaz-naturel-liquefie-gnl" target="_blank" title="Gaz naturel liquéfié (GNL)">Gaz Naturel Liquéfié - GNL</a>) permet de s’affranchir des frontières dans le transport du gaz, à l’image du transport mondialisé du pétrole. En effet, la construction d’un gazoduc international peut s’avérer infaisable pour des raisons économiques et/ou géopolitiques. Il serait ainsi compliqué de construire un gazoduc entre les États-Unis, le Nigéria ou le Qatar avec l’Europe.</p><p>Le GNL nécessite beaucoup plus d’énergie pour son acheminement que le gaz transitant par gazoduc...</p><p>Liquéfier le gaz pour le transporter par méthanier, et le regazéifier dans les terminaux méthaniers consomment en moyenne deux fois plus d’énergie pour une même quantité de gaz transporté sur un km qu’un gazoduc<a href="https://www.connaissancedesenergies.org/tribune-actualite-energies/gnl-americain-une-tres-mauvaise-idee-pour-le-climat#notes">(1)</a>.</p><p>À cela, il faut ajouter la distance parcourue. Elle est généralement beaucoup plus importante pour le GNL pour les raisons précitées : de 8 000 à 11 000 km pour le Nigéria, le Qatar et les États-Unis, contre 500 à 2 500 km pour les gazoducs provenant des Pays-Bas, de Norvège et d’Algérie.</p><p>En combinant ces deux effets, il faut consommer environ 0,1 kWh d’énergie par m3 de gaz norvégien transporté par gazoduc alors qu’il en faut environ 1 kWh pour liquéfier et transporter un m3 de GNL en provenance des États-Unis, soit 10 fois plus.</p><p>Le GNL américain, c’est avant tout du gaz de schiste très carboné</p><p>En 2021, 79% du gaz naturel produit aux États-Unis était du gaz de schiste<a href="https://www.connaissancedesenergies.org/tribune-actualite-energies/gnl-americain-une-tres-mauvaise-idee-pour-le-climat#notes">(2)</a>. L’extraction de ce dernier est loin d’être indolore pour l’environnement. En effet, <a href="https://www.connaissancedesenergies.org/fiche-pedagogique/gaz-de-schiste" target="_blank" title="Gaz de schiste">ce gaz est réparti de manière diffuse dans la roche mère</a>, contrairement au <a href="https://www.connaissancedesenergies.org/idees-recues-energies/qualifie-de-non-conventionnels-les-nouveaux-types-dhydrocarbures" target="_blank" title="« On qualifie de non conventionnels les nouveaux types d’hydrocarbures »">gaz conventionnel</a>. Il faut ainsi dépenser beaucoup plus d’énergie pour fracturer la roche et le récupérer. En procédant ainsi, de nombreuses fuites de méthane sont également générées.</p><p>Au total, l’extraction du gaz de schiste génère entre 1,5 et 4 fois plus d’émissions de gaz à effet de serre que l’extraction du gaz conventionnel<a href="https://www.connaissancedesenergies.org/tribune-actualite-energies/gnl-americain-une-tres-mauvaise-idee-pour-le-climat#notes">(3)</a>.</p><p>Verdict : un GNL américain, pas loin d’être aussi émissif que le charbon</p><p><a href="https://www.connaissancedesenergies.org/sites/default/files/album_images/Empreinte-equivalent%20carbone-gaz-naturel-et-charbon-zoom.png" rel="lightbox" target="" title="Empreinte carbone du gaz naturel et du charbon"></a></p><p>Certes, la zone d’incertitude reste importante sur l’impact climatique néfaste du gaz de schiste mais les conclusions se dégagent clairement :</p>
<p>l’extraction et le transport par GNL du gaz américain émet 9 à 14 fois plus que le gaz norvégien acheminé par gazoduc ;<br />en intégrant les émissions de combustion, la fourchette haute de l’empreinte carbone du GNL américain équivaut à 85% des émissions du charbon pour une même quantité d’énergie consommée.</p>
<p>Un petit mot sur les émissions amont du charbon : elles sont principalement dues à l’énergie consommée par les foreuses dans les mines. Contrairement au GNL, les navires transportent une marchandise sèche en vrac et consomment peu d’énergie au km pour une tonne transportée, grâce à la poussée d’Archimède. Ainsi, la distance parcourue par le charbon a un faible impact sur son empreinte carbone, que ce soit de Russie ou d’Australie (représentant 60% des importations françaises en 2020)<a href="https://www.connaissancedesenergies.org/tribune-actualite-energies/gnl-americain-une-tres-mauvaise-idee-pour-le-climat#notes">(4)</a>.</p><p>Le GNL américain n’est même pas une solution réalisable immédiatement</p><p>S’affranchir du gaz russe grâce au GNL américain est <a href="https://www.connaissancedesenergies.org/gaz-russe-laie-presente-des-mesures-court-terme-pour-leurope-220303" target="_blank" title="Gaz russe : l’AIE présente des mesures à court terme pour l’Europe">l’une des mesures phares annoncées par l’Europe</a>. Et pourtant, elle est loin de pouvoir être mise en place rapidement. Il faut <a href="https://www.connaissancedesenergies.org/afp/projet-de-terminal-gazier-flottant-au-havre-il-faudrait-au-moins-2-ans-selon-grtgaz-220330" target="_blank">au moins 2 ans pour construire des terminaux méthaniers pour accueillir le GNL sur notre sol comme en témoignent les projets en Allemagne et au Havre</a>. Pour rappel, la construction de l’usine de regazéification de Dunkerque a duré 6 ans<a href="https://www.connaissancedesenergies.org/tribune-actualite-energies/gnl-americain-une-tres-mauvaise-idee-pour-le-climat#notes">(5)</a>.</p><p>Faut-il encore lancer le projet, quelques milliards d’euros doivent être trouvés et mis sur la table rapidement à l’échelle européenne. En matière d’émissions de gaz à effet de serre, ce n’est pas tant la construction des terminaux méthaniers qui serait dommageable (moins de 5% de l’empreinte carbone totale du gaz consommé) mais le fait de verrouiller des émissions, liées à la consommation de GNL, pour les décennies à venir dans ces infrastructures fossiles que les financeurs voudront, coûte que coûte, rentabiliser.</p><p>Consommer moins d’énergie, la meilleure arme pour se passer du gaz russe en un temps record</p><p>Les mesures de sobriété, comme la réduction des températures de chauffage, et d’efficacité énergétique, comme l’isolation des bâtiments et l’installation de pompes à chaleur, permettent de réduire bien plus vite notre dépendance au gaz russe<a href="https://www.connaissancedesenergies.org/tribune-actualite-energies/gnl-americain-une-tres-mauvaise-idee-pour-le-climat#notes">(6)</a>. Et ce pour de bon, sans se rendre encore plus dépendant des Américains.</p><p>Étonnant paradoxe, l’exploration de gaz de schiste est interdite en France mais nous en achetons déjà aux Américains. Alors soyons cohérents pour ne pas augmenter nos émissions de gaz à effet de serre, tout en profitant de cette crise énergétique pour nous mettre sur le chemin du respect de l’Accord de Paris.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
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	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/873/l%E2%80%99entre-deux-tours-ou-la-grandiloquence-des-matamores</guid>
	<pubDate>Mon, 18 Apr 2022 10:32:36 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/873/l%E2%80%99entre-deux-tours-ou-la-grandiloquence-des-matamores</link>
	<title><![CDATA[L’entre-deux-tours ou la grandiloquence des matamores]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>« Nombreux sont désormais ceux qui annoncent avec grandiloquence, la mine satisfaite et « en conscience », disent-ils, qu’ils voteront pour Emmanuel Macron. Ce sont des gens bien, du bon côté de la vie, et il s’agit d’en faire part au monde entier dans un lyrisme unanime et un entrain grégaire. Fini le secret de l’isoloir et l’enveloppe opaque, c’est ouvertement que certains affichent publiquement leur intention de vote dont on se passerait bien.</p>

<p>On a le sentiment qu’il ne s’agit pas seulement de partager une opinion personnelle (qui n’intéresse qu’eux-mêmes), mais de se grandir moralement au point de se hisser directeurs de conscience et maîtres dans l’exercice désormais habituel d’exhortation. Ces généreux prédicateurs de vertu se voient soudainement investis d’une nouvelle mission: vanter les bienfaits, non plus de la vaccination, mais d’une certaine intention de vote. Penser juste revient à penser bien. Penser bien revient à penser comme eux.</p>

<p>À entendre leurs sermons, ils perçoivent comme une bravoure individuelle le fait de révéler des secrets de polichinelle: un parti extrême serait (ô stupeur!) une menace pour la démocratie! La sortie de l’Europe une faillite pour notre pays! Le racisme et le rétrécissement identitaire dont le RN leur semble être (à tort ou à raison) le catalyseur font de ce dernier l’ennemi et non plus seulement l’adversaire contre lequel on se doit de lutter héroïquement. Car ce n’est pas sans effet de manches, mais avec emphase et affectation, que ces bienfaiteurs prennent des postures de matamores en voulant donner l’impression d’un courage inégalable contre de terribles oppresseurs à abattre. Alors nos combattants en toc ne disent plus Marine Le Pen (trop familier) mais «la candidate de l’extrême droite» (plus effrayant), postent des tweets et jouent à se faire peur derrière leur écran en s’alliant sur les ondes pour faire front. Mais ces déclamations chevaleresques, sur fond de récupération morale, me semblent vaines et inopérantes pour plusieurs raisons.</p>

<p>La première, c’est que le souffle de ce front anti-RN sent le remugle des années 1980 face à Jean-Marie Le Pen. Bien que le RN soit un parti républicain, la nazification de l’extrême droite reste un réflexe, au risque d’amoindrir dans les mémoires la spécificité de l’abomination hitlérienne. Je comprends la facilité à fouiller dans les poubelles de l’histoire, mais elle est le signe d’une pauvreté, celle de l’esprit incapable de penser le nouveau, l’événement, le présent. Plus le monde devient complexe et plus les esprits pauvres en lucidité mais riches en moralisation se cramponnent aux époques où il y avait d’un côté le mal, de l’autre le bien.</p>

<p>Deuxièmement, c’est ignorer que la morale n’a pas d’effet véritable sur les consciences. Si l’on se contentait de voir le bien pour le faire, l’histoire serait plus radieuse et l’éducation plus aisée. S’il suffisait de comprendre que fumer n’est pas bon pour la santé, il y aurait nettement moins de fumeurs et de cancers du poumon. Allez dire à un alcoolique ou un drogué d’arrêter son addiction avec les meilleures raisons du monde, vous n’y parviendrez pas. Seul un désir peut en contrer un autre, de sorte que le match raison versus passion se termine généralement mal pour la rationalité souvent perdante. La raison ne fait pas l’action, elle combine, évalue, relie, mais ne fait jamais passer à l’acte. La raison «réfute sans convaincre, ou convainc sans persuader ni entraîner, ni convertir, semblable à ces prédicateurs éloquents qui nous font changer d’opinions mais non pas de conduite», disait Jankélévitch.</p>

<p>Troisièmement, utiliser des arguments rationnels pour convaincre du «bon» vote revient à se tromper de dispositif. La raison ne permet pas de connaître le bien et le mal mais le vrai et le faux. Aussi n’est-il pas «contraire à la raison de préférer la destruction du monde entier à l’égratignure de son doigt» (Hume) .</p>

<p>Un acte libre, comme l’est un choix électoral, suppose de se laisser déterminer par sa propre volonté. C’est pourquoi, lorsqu’on est attaché à la liberté démocratique, dont liberté-autonomie-responsabilité demeure le triptyque dont se réclament pourtant ces prédicateurs souvent libéraux, on respecte la liberté de conscience et de décision. Or les sermonneurs du bien appellent désormais danger, bêtise ou ignorance un choix qui n’irait pas dans leur sens. «Approuve ce que je te dis d’approuver, car je sais mieux que toi où se situe le bien» semble être leur credo aussi prétentieux, intolérant, qu’inopérant. Non seulement la rationalisation du bien n’influe pas sur une conviction intime, mais la moralisation de la vie politique outrepasse le respect de la liberté de décision et de conscience dont le précepte serait plutôt: «Dilige, et quod vis fac» (saint Augustin: «Aime et fais ce que tu veux»). »</p>

<p><a href="https://plus.lefigaro.fr/page/Julia-de-funes"><br />Julia de Funès</a><br /><a href="https://www.lefigaro.fr/vox/"><i>Figaro Vox</i></a></p>
]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/872/les-affaires-inachevees-du-brexit-la-guerre-interne-de-l%E2%80%99otan</guid>
	<pubDate>Mon, 18 Apr 2022 09:09:11 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/872/les-affaires-inachevees-du-brexit-la-guerre-interne-de-l%E2%80%99otan</link>
	<title><![CDATA[Les affaires inachevées du Brexit : La guerre interne de l’OTAN]]></title>
	<description><![CDATA[<p><a href="https://arretsurinfo.ch/wp-content/uploads/2022/04/lingot.jpg"></a></p><p>Par Jorge Vilches<br />Paru le 5 Avril  2022 sur <a href="https://www.zerohedge.com/geopolitical/unfinished-brexit-business-natos-internal-gold-war" target="_blank" rel="noopener">Zero Hedge</a> sous le titre Unfinished Brexit Business: NATO’s Internal Gold War</p><p>La brexitologie s’est fortement centrée sur les règles de pêche du Royaume-Uni, et est totalement passée à côté des colossales réserves d’or de l’Union européenne, qui sont toujours sous la garde de la Bank of England. Pour ajouter l’insulte aux dégâts, un divorce désastreux entre le Royaume-Uni et l’UE, en matière de services financiers, s’est produit quasiment sans que personne n’en parle… non seulement sans le fracas du protocole d’« équivalence financière »encore et toujours reporté… mais sans non plus le moindre geignement de la part des médias spécialisés ou des opposants au Brexit. Mais voici que la crise en Ukraine, avec ses nouvelles règles de paiement pour le pétrole et le gaz russes indispensables… qui coïncide avec ces dossiers du Brexit, d’une importance capitale, mais inachevé… La situation promet d’évoluer vers une guerre interne vicieuse de l’OTAN, pour l’or. Pour paraphraser James Carville, avec une touche britannique traditionnelle : « It´s the bloody gold, stupid » [<a href="https://lactualite.com/monde/etats-unis/cest-encore-leconomie-espece-didiot/">« C’est l’or sanglant, espèce d’idiot »]</a></p><p>Rule Britannia</p><p>Si l’on suit la volonté de Boris Johnson, le premier ministre britannique, le rapatriement physique de l’or de l’UE qui reste supposément stocké à Londres pourrait « puissamment » affecter l’avenir de l’Europe, avec un impact politique très profond et survolté, des deux côté de la Manche. Selon ce scénario, le 10 Downing Street pourrait facilement négocier la disponibilité des lingots d’or de l’UE en échange de conditions de Brexit très spécifiquement favorables au Royaume-Uni. De fait, procéder ainsi pourrait s’avérer absolument nécessaire, et devrait dépasser l’énorme valeur intrinsèque de l’or de l’UE supposément stocké à la Bank of England. Voyons cela en détail.</p><p>Je m’explique.</p><p>L’or de l’OTAN à Londres</p><p>Les nouvelles exigences de la Russie, qui demande désormais des versements en roubles ou en or pour ses biens ou services, vont forcément déclencher une importante guerre de l’or entre le Royaume-Uni et l’UE, débouchant sans doute sur la première confrontation frontale au sein de l’OTAN. Après la seconde guerre mondiale, l’idée était de conserver les lingots d’or de l’Europe en sûreté, loin de l’ancienne Union soviétique et de Joseph Staline, par précaution. Il y a des dizaines d’années, les États qui sont devenus membres de l’UE ont ainsi déposé la plus grande partie de leur or sous la garde de la Bank of England, à Londres. À présent, le Royaume-Uni va se permettre d’utiliser comme armes son approbation aux demandes de rapatriement de l’or de l’UE, ainsi que d’autres sujets en lien avec l’or, et va utiliser cet outil de négociation très convainquant pour régler des sujets du Brexit de prime importance, et inachevés. Ainsi,</p><p>(a) Whitehall pourrait retarder indéfiniment la livraison d’or de l’UE à moins que les questions en suspens du Brexit ne soient résolues en faveur du Royaume-Uni</p><p>(b) Ou, tout simplement, la Bank of England ne rendrait jamais cet or appartenant à l’UE censé être conservé depuis des décennies parce qu’il a été partiellement ou totalement vendu, prêté ou échangé contre de l’or comme expliqué ci-dessous. L’ancien Premier ministre britannique James Gordon Brown est parfaitement au courant.</p><p>La mère des conflits européens</p><p>Si l’on s’en tient aux précédents historiques, les hostilités vont exploser dès l’instant que les États-membres de l’UE demanderont, à titre individuel ou collectif, comme tel est leur droit, un audit détaillé totalement indépendant, et pratiqué selon les meilleures normes en vigueur, de l’or de l’UE qui reste supposément sous la « garde » de la Bank of England. Cela devrait demander beaucoup de temps, et constitue l’excuse parfaite pour reporter l’ensemble du processus, du ressort exclusif de Londres, pas de Bruxelles. Des problèmes insolubles pourraient également se produire dès que les nations de l’UE demanderont un rapatriement immédiat d’une partie au moins de leurs lingots « théoriques », et probablement l’ensemble de ceux-ci, au vu des circonstances. Puis, soit (1) une certaine quantité d’or pourrait lentement être renvoyée ici et là (non sans de grands retards), mais seulement selon des conditions très vagues de la part de Londres, et une modification des conséquences du Brexit atteignant des niveaux jusqu’alors jamais vus, ou bien (2) aucune quantité d’or ne serait renvoyée, celui-ci ayant été vendu ou gagé de diverses manières, comme expliqué dans ce qui suit. Et le Royaume-Uni ferait mieux de ne pas décider de payer la Russie avec la moindre pièce d’or, car alors l’UE se mettrait à demander de qui elle est la propriété.</p><p>L’opacité de la Bank of England</p><p>Les marchés de l’or et de l’argent de Londres ont toujours été pires qu’« opaques », et n’ont jamais produit de rapport significatif sur leurs transactions ou leurs positions. Aucune donnée n’a jamais été mise à disposition, que ce soit au sujet des comptes détenus par les banques commerciales à la Bank of England, ou des identifications techniques précises de dépôts d’or, sans parler de ceux qui appartiennent aux membres de l’UE. Comme ne le Venezuela ne le sait que trop bien — et les États membres de l’UE pourraient bien être les prochains à l’apprendre — l’identité de qui ou ne peut pas être reconnu comme légitime à revendiquer les actifs sous garde à Threadneedle Street ou ailleurs est un sujet très ouvert, et à la seule discrétion des maîtres de Canary Wharf, pas des hommes politiques de l’UE. Il en va de même des énormes dettes non-allouées en or en argent des dites « banques aux lingots »… ou de toute autre donnée pertinente</p><p>La (mauvaise) expérience allemande</p><p>Très récemment, l’Allemagne a dû patienter cinq longues années pour rapatrier au forceps et dans la douleur une partie seulement de son or stocké à la Bank of England, et n’a jamais remis la main sur les lingots d’or déposés au départ, chose qui explique très clairement cette attente.</p><p>Ainsi, pendant que l’UE va se geler à mort et que son économie va se bloquer net, les nombreuses questions en suspens comprennent celles-ci également :</p>
<p>La Bank of England dispose-t-elle encore de tous les lingots d’or de l’UE… Ou bien ont-ils été vendus ou prêtés, comme de nombreux experts le pensent ?<br />La Bank of England est-elle prête à renvoyer immédiatement, s’il existe encore, l’or appartenant à l’UE encore sous sa garde à ses propriétaires légitimes ?<br />Qui sont les propriétaires légitimes de l’or en dépôt aux coffres de la Bank of England, après des décennies de remaniements des frontières politiques européennes ?<br />Est-ce la Cour européenne de justice qui statuerait sur la propriété de cet or… ou l’appareil judiciaire britannique… ou bien la Bank of England? Sur quelle base exactement ?<br />La Bank of Englanda-t-elle prêté à échanger, réhypothéquer, louer, utiliser comme levier, ou grever ces lingots, en lien avec de nombreux autres actifs qui attendent leur tour avec des mises sous garde de lingots fractionnés, non-alloués, synthétiques, inutilisables selon les « Tarifications des dérivatifs numériques », selon lesquels personne ne peut savoir le qui, le quoi, ni le où (en supposant qu’il y ait quoi que ce soit) ?</p>
<p>Je ne plaisante pas.</p><p>Les transactions contemporaines sur les dérivatifs en « or papier » constituent une véritable pyramide de Ponzi, qui dépassent de plusieurs ordres les véritables lingots d’or qui sont théoriquement sous-jacents de ces actifs, sans doute avec un ratio de 100 pour 1, ou plus élevé, comme le London´s Square Mile ne le sait que trop bien. Bien entendu, la banque centrale européenne, le FMI et la Banque des règlements internationaux pourraient également revendiquer la propriété de cet or, n’est-ce pas ?</p><p>L’économiste britannique Peter Warburton a eu 100% raison de décrire les banques centrales occidentales comme faisant usage de produits dérivés pour contrôler les prix des biens de base et protéger les monnaies des gouvernements face à la reconnaissance par le public de la dévaluation de la monnaie. L’essai de Warburton, « L’abaissement de la monnaie au niveau mondial : il s’agit d’une inflation, mais pas comme nous la connaissons » est posté à l’adresse : <a href="https://www.gata.org/node/8303">https://www.gata.org/node/8303</a>.</p><p>Mais quelle que soit la manière dont les choses se passent, l’« or continental » restant peut-être encore sous la garde de Londres va forcément déclencher un conflit interne existentiel au sein de l’OTAN, suivant un schéma (et un désespoir) facile à établir, en l’absence de paramètres d’audit indispensables et en l’absence de registres des numéros de série des lingots d’or, précisant la propriété et le statut revendiqué par plus d’un récipiendaire (supposément légitime), sans parler de la qualité et de la pureté de l’or, des frais de gardes impayés, de coûts de transports et d’assurance, etc.</p><p>Au passage, lorsque les pressions vont se manifester (et elles vont le faire, faites-moi confiance), la réserve fédérale étasunienne, du fait de sa « relation spéciale » avec la Bank of England, va rallier la position de cette dernière, car elle se trouve exactement dans la même situation au sujet des dépôts physiques qu’elle est encore supposée détenir pour des tiers, y compris des États souverains. En ligne avec l’exceptionnalisme anglo-saxon, les dépôts en or détenus par la Fed n’ont jamais été audités non plus — et ils auraient dû l’être — et les commentateurs spécialisés du monde entier sont convaincus que ces dépôts ne sont pas disponibles non plus. Qui plus est, les États-unis pourraient être heureux de voir tomber de nouveaux problèmes sur l’UE, car cela été l’objectif principal de provoquer la Russie à entrer dans cette guerre inutile.</p><p>Jorge Vilches</p><p>Jorge Vilches, fier d’avoir été présenté à de nombreuses reprises comme  » la quintessence du chroniqueur indépendant « . Ancien collaborateur d’opinion pour le Wall Street Journal – New York et d’autres médias financiers, il a étudié ce sujet en profondeur au cours des 20 dernières années. Chronique « The Americas » du WSJ-NY, rédacteur en chef David Asman aujourd’hui présentateur de Fox Business News.</p><p>Source:  <a href="https://www.zerohedge.com/geopolitical/unfinished-brexit-business-natos-internal-gold-war" target="_blank" rel="noopener">Zero Hedge</a></p><p>Traduction Olinda/Arrêt sur info</p><p>Les assertions et opinions exprimées ici sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputées à Arrêt sur Info.</p><p>Vous pouvez reproduire les articles d’Arrêt sur Info à condition de citer la source et de ne pas les modifier ni les utiliser à des fins commerciales.</p><p>Vous voulez réagir, signaler une erreur, communiquer un renseignement ? <a href="https://arretsurinfo.ch/contact/">Contact</a></p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/871/le-choix-impossible</guid>
	<pubDate>Sun, 17 Apr 2022 22:49:08 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/871/le-choix-impossible</link>
	<title><![CDATA[Le choix impossible]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Les électeurs français n’ont pas eu de chance. Même sans vouloir dramatiser, ce deuxième tour de la présidentielle a tout pour nous déplaire. C’est une invitation directe à l’abstention, au vote blanc ou à une partie de pêche dehors, dans les rassurantes odeurs du printemps. Le rébus est impossible à déchiffrer : comment choisir entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron ? Je me rends compte que la plupart de mes amis butent là-dessus. </p>

<p>La première, certes, a mis de l’eau dans son vin. Elle a eu le mérite de se métamorphoser. Douceur sourire, documentation plus sérieuse, rejet de ce parler qui n’étant pas articulé mais asséné. « Dédiabolisation plutôt réussie », disent les commentateurs. Ils n’ont pas tout à fait tort.</p>

<p>Hélas, l’essentiel de ce qui est dit gentiment en 2022 par Marine Le Pen ne date pas d’hier. On reconnait certaines marottes qui somnolent au détour des phrases. Certes les accents sont plus agréables à entendre, mais le contenu — Ah, le contenu ! — n’est pas toujours enthousiasmant. Disons qu’il reste collé aux marges de la République. Un peu en dehors. Les « spécialistes » nous précisent que son public est surtout constitué de jeunes et de très vieux. Or les jeunes ne votent pas à foison, et les (très) vieux sont rarement d’accord pour partir à l’aventure. Et encore moins pour tout chambouler. La dame est assurément meilleure qu’en 2017 mais pas tout à fait prête.</p>

<p>Alors ? On se tourne vers son rival. Hier encore on était prêt à le trouver séduisant. Bonne éloquence, bonne jugeotte, parlant couramment anglais, bref un premier de la classe, voire une sorte de gendre idéal. Hélas, c’était hier ! Après cinq années de mandat, sa popularité a fondue comme neige au soleil. Une dégringolade spectaculaire. Les tics de langage, les discours trop longs, l’arrogance récurrente, les petites phrases vachardes et méprisantes que les Français ont appris bon gré malgré à retenir. Elles sont désormais énumérées, surtout sur les chaines d’info continue.</p>

<p>Au total notre fringant président est parvenu à éloigner de lui presque toutes les catégories sociales. Policiers, commerçants, personnels soignants, étudiants, agriculteurs, pompiers, militaires et bien d’autres encore.</p>

<p>Nous avons assisté à un vrai gaspillage de popularité. Ses pénitences périodiques à la télévision furent peut-être sincères, mais leur répétition prouve à contrario qu’elles étaient sans effets. Le médicament par la contrition ne fonctionnait plus. Il est donc arrivé à chacun de nous (ou presque) de se poser la même question. Comment un homme jeune et intelligent, plutôt gâté par les circonstances, bénéficiaires de bonnes fortunes politique pouvait-il additionner, semaine après semaine, tant de bévues.</p>

<p>C’est cet étrange discord entre la ruse et la maladresse que personne, à mon humble avis, n’est parvenu à démêler. Quand je me sentais désorienté par cette énigme, je courais lire les confrères d’un autre pays. </p>

<p>J’attendais d’eux un son de cloche différent, un point de vue moins gouverné par l’air du temps que chez nous. J’en ai été pour mes frais. Le scepticisme et même l’impopularité ont gagné du terrain.</p>

<p>Un exemple : les démarches dont il était assez fier, comme ses dialogues avec Poutine sont désormais critiqués. On leur reproche de n’avoir servi à rien. </p>

<p>Ajoutons sa façon de se dérober devant une décision, pour convier un grand débat ou créer une énième commission. Encore une.</p>

<p>Je suis sévère et j’en suis conscient. Mais je réagis comme des millions de citoyens déçus. </p>

<p>Seul le temps fera le tri…</p>

<p>Jean-Claude GUILLEBAUD <br />Sud-Ouest-Dimanche, 17 avril 2022</p>
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	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/870/klaus-schwab-et-son-grand-reset-fasciste</guid>
	<pubDate>Sun, 17 Apr 2022 21:40:58 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/870/klaus-schwab-et-son-grand-reset-fasciste</link>
	<title><![CDATA[Klaus Schwab et son Grand Reset Fasciste]]></title>
	<description><![CDATA[<p><a href="https://www.apar.tv/societe/klaus-schwab-nous-les-avons-tous-dans-nos-poches-gouvernements-politiciens-medias-et-surtout-experts-scientifiques-et-professeurs/">Schwab</a> semble avoir consacré sa vie à réinventer ce cauchemar et à essayer de le transformer en réalité non seulement pour l’Allemagne mais pour le monde entier.</p><p>Pire encore, comme ses propres mots le confirment à maintes reprises, sa vision technocratique fasciste est aussi une vision transhumaniste tordue, qui fusionnerait les humains et les machines dans « de curieux mélanges de vie numérique et analogique », qui infectera nos corps avec de la “Smart Dust” et dans laquelle la police serait apparemment capable de lire nos cerveaux.</p>
<p>source <a href="http://www.senat.fr/rap/r03-293/r03-29321.html" rel="nofollow">http://www.senat.fr/rap/r03-293/r03-29321.html</a></p>
<p>Et, comme nous le verrons, lui et ses complices utilisent la crise Covid-19 pour contourner la responsabilité démocratique, pour passer outre l’opposition, pour accélérer leur programme et l’imposer au reste de l’humanité contre notre volonté dans ce qu’il appelle la <a title="Klaus Schwab's vision of a post-COVID world, and how the economy can work with nature - The Great Reset podcast" href="https://www.weforum.org/agenda/2020/07/klaus-schwab-nature-jobs-great-reset-podcast" target="_blank" rel="nofollow noopener">“Grande Réinitialisation”</a> ou le “Grand Reset”.</p><p>Schwab n’est bien sûr pas un nazi au sens classique du terme, n’étant ni nationaliste ni antisémite, comme en témoigne le prix Dan David d’un million de dollars qui lui <a title="The 2004 Dan David Prize honors Dr. Schwab" href="https://www.dandavidprize.org/laureates/2004/present-leadership-changing-our-world/dr-klaus-schwab" target="_blank" rel="nofollow noopener">a été décerné par Israël</a> en 2004.</p><p>Mais le fascisme du 21e siècle a trouvé <a title="Liberalism: the two-faced tyranny of wealth" href="https://orgrad.wordpress.com/articles/liberalism-the-two-faced-tyranny-of-wealth/" target="_blank" rel="nofollow noopener">différentes formes politiques</a> à travers lesquelles il peut poursuivre son projet de base qui consiste à remodeler l’humanité en fonction du capitalisme par des moyens ouvertement autoritaires. Ce nouveau fascisme est aujourd’hui mis en avant sous le couvert de la gouvernance mondiale, de la biosécurité, de la « nouvelle normalité », du « New Deal pour la nature » et de la « quatrième révolution industrielle ».</p><p>Schwab, un octogénaire, fondateur et président exécutif du Forum économique mondial, est au centre de cette matrice comme une araignée sur une toile géante.</p><p>Le projet fasciste initial, en Italie et en Allemagne, consistait en une fusion de l’État et des entreprises.</p><p>Alors que le communisme envisage la prise de contrôle des entreprises et de l’industrie par le gouvernement, qui – en théorie ! – agit dans l’intérêt du peuple, le fascisme se serte de <a title="FASCISM, NEWNORMALISM AND THE LEFT" href="https://winteroak.org.uk/2020/07/26/fascism-newnormalism-and-the-left/" target="_blank" rel="nofollow noopener">l’État pour protéger et</a> promouvoir les intérêts de l’élite fortunée. Schwab poursuivait cette approche dans un contexte d’après-guerre dénazifié, lorsqu’il a fondé en 1971 le European Management Forum, qui tenait des réunions annuelles à Davos en Suisse.</p><p>Ici, il y promeut son idéologie du <a title="Our interactive timeline captures key events from Fifty years of Forum history:" href="https://www.weforum.org/about/history/" target="_blank" rel="nofollow noopener">capitalisme « </a><a title="Our interactive timeline captures key events from Fifty years of Forum history:" href="https://www.weforum.org/about/history/" target="_blank" rel="nofollow noopener">stakeholder</a> » (un capitalisme des parties prenantes) dans lequel les entreprises sont amenées à coopérer plus étroitement avec le gouvernement. Le capitalisme des parties prenantes <a title="Why Stakeholder Capitalism Will Fail" href="https://www.forbes.com/sites/stevedenning/2020/01/05/why-stakeholder-capitalism-will-fail/" target="_blank" rel="nofollow noopener">est décrit par le magazine</a> Forbes comme « l’idée qu’une entreprise s’attache à répondre aux besoins de toutes ses parties prenantes : clients, employés, partenaires, communauté et la société dans son ensemble ».</p><p>Même dans le contexte d’une entreprise en particulier, il s’agit invariablement d’une étiquette vide. Comme l’indique l’article de Forbes, cela signifie en fait seulement que les « entreprises peuvent continuer à verser de l’argent à leurs actionnaires et à leurs dirigeants en privé, tout en maintenant une façade public d’une sensibilité sociale remarquable et d’un altruisme exemplaire ».</p><p>Mais dans un contexte social général, le concept des parties prenantes est encore plus néfaste, car il écarte toute idée de démocratie, de gouvernement par le peuple, au profit d’un gouvernement par des intérêts corporatifs. La société n’est plus considérée comme une communauté vivante mais comme une entreprise, dont la rentabilité est le seul objectif valable de l’activité humaine.</p><p>Schwab a défini cet agenda en 1971, dans son livre Moderne Unternehmensführung im Maschinenbau (Modern Enterprise Management in Mechanical Engineering), où son utilisation du terme « parties prenantes » a effectivement redéfini les êtres humains non pas comme des citoyens, des individus libres ou des membres de communautés, mais comme des participants secondaires dans une entreprise commerciale massive.</p><p>Le but de la vie de chacun était «<a title="Klaus Schwab" href="https://www.weforum.org/about/klaus-schwab" target="_blank" rel="nofollow noopener">parvenir à une croissance et une prospérité à long terme</a> » pour cette entreprise – en d’autres termes, de protéger et d’accroître la richesse de l’élite capitaliste. Tout cela est devenu encore plus clair en 1987, lorsque Schwab a rebaptisé son European Management Forum en World Economic Forum.</p><p></p><p>Le WEF <a href="https://www.weforum.org/about/history/" target="_blank" rel="nofollow noopener">se décrit sur son propre site Web</a> comme « la plateforme mondiale pour la coopération public-privé » et ses <a href="https://www.dandavidprize.org/laureates/2004/present-leadership-changing-our-world/dr-klaus-schwab" target="_blank" rel="nofollow noopener">admirateurs</a> décrivent comment il crée « des partenariats entre les hommes d’affaires, les politiciens, les intellectuels et les autres leaders de la société pour « définir, discuter et faire avancer les questions clés sur l’agenda mondial ».</p><p>Les “partenariats” que le WEF crée visent à remplacer la démocratie par un leadership mondial composé d’individus triés sur le volet et non élus dont le devoir n’est pas de servir le peuple, mais d’imposer la règle du 1% à ce peuple avec le moins d’ingérence possible de la part du reste d’entre nous.</p><p>Dans les livres que Schwab écrit pour le grand public, il s’exprime dans les clichés à deux visages, de la propagande corporative et du greenwashing.</p><p>Les mêmes termes vides de sens sont utilisés à maintes reprises. Dans Shaping the Future of the Fourth Industrial Revolution : A Guide to Building a Better World, Schwab parle de « l’inclusion des parties prenantes et de la distribution des bénéfices » et de « partenariats durables et inclusifs » qui nous mèneront tous vers « un avenir inclusif, durable et prospère »! (1)</p><p>Derrière cette fanfaronnade, la véritable motivation de son capitalisme des parties prenantes, qu’il continuait à promouvoir sans relâche lors de la conférence du WEF de Davos en 2020, est le profit et l’exploitation.</p>
<p><a href="https://iatranshumanisme.com/2016/12/20/la-quatrieme-revolution-industrielle/?amp=1" target="_blank" rel="noopener"></a><br />The Fourth Industrial Revolution, by Klaus Schwab</p>
<p>Par exemple, <a title="La quatrième révolution industrielle" href="https://iatranshumanisme.com/2016/12/20/la-quatrieme-revolution-industrielle/?amp=1" target="_blank" rel="noopener">dans son livre de 2016</a>, La quatrième révolution industrielle, Schwab parle de l’ubérisation du travail et des avantages qui en découlent pour les entreprises, en particulier les start-ups à croissance rapide dans l’économie numérique : « Puisque les plates-formes de “cloud humain” classent les travailleurs comme indépendants, elles sont – pour l’instant – exemptes de l’obligation de payer le salaire minimum, les taxes patronales et les prestations sociales ». (2)</p><p>La même insensibilité capitaliste transparaît dans son attitude envers les personnes qui approchent de la fin de leur vie professionnelle et qui ont besoin d’un repos bien mérité : « Le vieillissement est un défi économique car, à moins que l’âge de la retraite ne soit considérablement augmenté pour que les membres plus âgés de la société puissent continuer à contribuer à la population active (un impératif économique qui présente de nombreux avantages économiques), la population en âge de travailler diminue en même temps que le pourcentage des personnes âgées dépendantes augmente ».</p><p>Tout dans ce monde est réduit à des défis économiques, à des impératifs économiques et à des avantages économiques pour la classe capitaliste dominante.</p><p>Le mythe du progrès a longtemps été utilisé par les 1% pour persuader les gens d’accepter les technologies conçues pour nous exploiter et nous contrôler et Schwab joue sur ce point lorsqu’il déclare que « la quatrième révolution industrielle représente une source importante d’espoir pour poursuivre l’ascension du développement humain qui a entraîné une augmentation spectaculaire de la qualité de vie pour des milliards de personnes depuis 1800 ».</p><p>« Bien que cela ne semble pas capitale pour ceux d’entre nous qui vivent au quotidien une série d’ajustements mineurs mais significatifs de la vie, ce n’est pas un changement mineur – la quatrième révolution industrielle est un nouveau chapitre du développement humain, au même titre que les première, deuxième et troisième révolutions industrielles, et une fois de plus motivée par la disponibilité et l’interaction croissantes d’un ensemble de technologies extraordinaires ».</p><p>Mais il est bien conscient que la technologie n’est pas idéologiquement neutre, comme certains aiment à le prétendre. Les technologies et les sociétés se façonnent mutuellement, dit-il.</p><p>« Après tout, les technologies sont liées à la façon dont nous savons les choses, comment nous prenons des décisions et comment nous pensons à nous-mêmes et les uns aux autres. Elles sont liées à nos identités, à nos visions du monde et à nos futurs potentiels. Des technologies nucléaires à la course spatiale, en passant par les smartphones, les médias sociaux, les voitures, la médecine et les infrastructures, la signification des technologies les rendent politiques. Même le concept de nation “développée” repose implicitement sur l’adoption des technologies et sur ce qu’elles signifient pour nous, économiquement et socialement ».</p><p>La technologie, pour les capitalistes qui en sont à l’origine, n’a jamais été axée sur le bien social mais uniquement sur le profit, et Schwab affirme clairement qu’il en va de même pour sa quatrième révolution industrielle.</p><p>Il déclare : « Les technologies de la quatrième révolution industrielle sont véritablement perturbatrices – elles bouleversent les méthodes existantes de détection, de calcul, d’organisation, pour agir et fournir. Elles représentent des moyens entièrement nouveaux de créer de la valeur pour les organisations et les citoyens ».</p><p>Au cas où la signification de « créer de la valeur » n’était pas claire, il donne quelques exemples : « Les drones représentent un nouveau type d’employé qui réduit les coûts, qui travaille parmi nous, et qui effectue des tâches qui impliquaient autrefois de vraies personnes » et « l’utilisation d’algorithmes toujours plus performants augmente rapidement la productivité des employés – par exemple, en utilisant des robots de discussion pour augmenter (et, de plus en plus, remplacer) le support “live chat” pour les interactions avec les clients ».</p><p>Dans La quatrième révolution industrielle, Schwab décrit en détail les merveilles de la réduction des coûts et de l’augmentation des profits de son “Meilleur des mondes”.</p><p>« Plus tôt que prévu, le travail de professions aussi différentes que les avocats, les analystes financiers, les médecins, les journalistes, les comptables, les assureurs ou les bibliothécaires peut être partiellement ou totalement automatisé… […]</p><p>« La technologie progresse si vite que Kristian Hammond, cofondateur de Narrative Science, une société spécialisée dans la génération de récits automatisés, prévoit que d’ici le milieu des années 2020, 90% des informations pourraient être générées par un algorithme, la plupart du temps sans aucune intervention humaine (hormis la conception de l’algorithme, bien sûr) ».</p><p>C’est cet impératif économique qui alimente l’enthousiasme de Schwab pour « une révolution qui change fondamentalement notre façon de vivre, de travailler et de communiquer les uns avec les autres ».</p><p>Schwab parle avec beaucoup de lyrisme de la 4RI qui, selon lui, “ne ressemble à rien de ce que l’humanité a connu auparavant”.</p><p>« Considérez les possibilités illimitées de connecter des milliards de personnes via des appareils mobiles, donnant lieu à une puissance de traitement, des capacités de stockage et un accès aux connaissances sans précédent. Ou encore, pensez à la confluence stupéfiante de percées technologiques émergentes, couvrant des domaines très variés que l’intelligence artificielle (IA), la robotique, l’Internet des objets (IoT), les véhicules autonomes, l’impression 3D, les nanotechnologies, les biotechnologies, la science des matériaux, le stockage de l’énergie et l’informatique quantique, pour n’en citer que quelques-uns. Nombre de ces innovations n’en sont qu’à leurs débuts, mais elles atteignent déjà un point d’inflexion dans leur développement, car elles se fondent et s’amplifient mutuellement dans une fusion de technologies à travers les mondes physique, numérique et biologique ».</p><p>Il se réjouit également du développement de l’éducation en ligne, impliquant « l’utilisation de la réalité virtuelle et augmentée » pour « améliorer considérablement les résultats scolaires », des capteurs « installés dans les maisons, les vêtements et les accessoires, les villes, les transports et les réseaux d’énergie » et des villes intelligentes, avec leurs importantes « plates-formes de données ».</p><p>« Tout sera intelligent et connecté à Internet», déclare Schwab, et cela s’étendra aux animaux, car « les capteurs câblés dans le bétail peuvent communiquer entre eux grâce un réseau de téléphonie mobile ». Il aime l’idée des « usines de cellules intelligentes » qui pourraient permettre « la génération accélérée de vaccins »  et les « technologies du big data ».</p><p>Celles-ci, nous assure-t-il, « offriront des moyens nouveaux et innovants de servir les citoyens et les clients » et nous devrons cesser de nous opposer aux entreprises qui profitent de l’exploitation et de la vente d’informations sur tous les aspects de nos vies personnelles.</p><p>“Il sera vital d’établir la confiance dans les données et les algorithmes utilisés pour prendre des décisions”, insiste Schwab. « Les préoccupations des citoyens concernant la protection de la vie privée et l’établissement de la responsabilité dans les structures commerciales et juridiques nécessiteront des ajustements de réflexion ».</p><p>En fin de compte, il est clair que toute cette excitation technologique tourne uniquement autour du profit, ou de la « valeur », comme Schwab préfère l’appeler dans son jargon corporatif du 21e siècle. Ainsi, la technologie <a title="Blockchain: Life on the Ledger" href="https://www.youtube.com/watch?v=JzrFAHwrhVc" target="_blank" rel="nofollow noopener">blockchain</a> sera fantastique et provoquera « une explosion des actifs négociables, car toutes sortes d’échanges de valeur peuvent être hébergés sur la <a title="blockchain" href="https://iatranshumanisme.com/tag/blockchain/?amp=1" target="_blank" rel="noopener">blockchain </a>».</p><p>L’utilisation de la technologie de registre distribué, ajoute Schwab, « pourrait être le moteur de flux massifs de valeur dans les produits et services numériques, en fournissant des identités numériques sécurisées qui peuvent rendre de nouveaux marchés accessibles à toute personne connectée à Internet ».</p><p>En général, l’intérêt de la 4RI ​​pour l’élite dirigeante du monde des affaires est qu’elle va « créer des sources de valeur entièrement nouvelles » (1) et « donner naissance à des écosystèmes de création de valeur qui sont impossibles à imaginer avec un état d’esprit figé dans la troisième révolution industrielle ».</p><p>Les technologies de la 4RI, déployées via la 5G, constituent des menaces sans précédent pour notre liberté, comme le concède Schwab : « Les outils de la quatrième révolution industrielle permettent de nouvelles formes de surveillance et d’autres moyens de contrôle qui vont à l’encontre des sociétés saines et ouvertes ».</p><p>Mais cela ne l’empêche pas de les présenter sous un jour positif, comme lorsqu’il déclare que « la criminalité publique est susceptible de diminuer grâce à la convergence des capteurs, des caméras, de l’IA et des logiciels de reconnaissance faciale ».</p><p>Il décrit avec un certain plaisir comment ces technologies « peuvent s’immiscer dans l’espace jusqu’ici privé de notre esprit, en lisant nos pensées et en influençant notre comportement”.</p><p>« Au fur et à mesure que les capacités dans ce domaine s’améliorent, la tentation pour les services de police et les tribunaux d’utiliser des techniques pour déterminer la probabilité d’une activité criminelle, évaluer la culpabilité ou même éventuellement récupérer des souvenirs directement dans le cerveau des gens augmentera. Même le franchissement d’une frontière nationale pourrait un jour impliquer un scanner cérébral détaillé pour évaluer le risque de sécurité d’un individu ».</p><p>Il y a des moments où le chef du WEF se laisse emporter par sa passion pour un futur de science-fiction dans lequel « le voyage spatial humains à longue distance et la fusion nucléaire sont monnaie courante » et dans lequel « le prochain business model » pourrait impliquer que quelqu’un « échange l’accès à ses pensées contre la possibilité de gagner du temps en écrivant un message sur les réseaux sociaux par la seule pensée ».</p><p><a href="https://iatranshumanisme.com/2019/03/09/facebook-construit-une-machine-pour-lire-vos-pensees/?amp=1">Facebook construit une machine pour lire vos pensées</a></p><p>Parler de « tourisme spatial » sous le titre « la quatrième révolution industrielle et la dernière frontière » est presque drôle, tout comme sa suggestion selon laquelle un « monde plein de drones offre un monde de plein de possibilités ». Mais plus le lecteur progresse dans le monde décrit dans les livres de Schwab, moins tout cela semble être réjouissant.</p><p>La vérité est que cette figure très influente, au centre du nouvel ordre mondial en cours de création, est un transhumaniste convaincu qui rêve de mettre fin à la vie humaine naturelle et saine et de la communauté. Schwab répète ce message à maintes reprises, comme pour s’assurer que nous avons été dûment avertis.</p><p>« Les innovations époustouflantes déclenchées par la quatrième révolution industrielle, de la biotechnologie à l’IA, redéfinissent ce que signifie être humain », écrit-il. « L’avenir va remettre en question notre compréhension de ce que signifie être humain, d’un point de vue biologique et social ». « Déjà, les progrès des neurotechnologies et des biotechnologies nous obligent à nous interroger sur ce que signifie être humain ».</p><p>Il l’explique plus en détail dans façonner l’avenir de la quatrième révolution industrielle :</p><p>« Les technologies de la quatrième révolution industrielle ne se limiteront pas à faire partie du monde physique qui nous entoure – elles feront partie de nous. En effet, certains d’entre nous sentent déjà le sentiment que leurs smartphones sont devenus une extension de nous-mêmes. Les appareils externes d’aujourd’hui, des ordinateurs portables aux casques de réalité virtuelle, deviendront probablement implantables dans notre corps et notre cerveau. Les exosquelettes et les prothèses augmenteront notre puissance physique, tandis que les progrès de la neurotechnologie amélioreront nos capacités cognitives. Nous deviendrons plus aptes à manipuler nos propres gènes et ceux de nos enfants. Ces développements soulèvent des profondes questions : où tracer la limite entre l’homme et la machine ? Que signifie être humain ? »</p><p>Une section entière de ce livre est consacré au thème « Modifier l’être humain ». Il y est question de « la capacité des nouvelles technologies à faire littéralement partie de nous » et d’un avenir de cyborg impliquant « des curieux mélanges de vie numérique et analogique qui vont redéfinir nos natures mêmes ».</p><p>« Ces technologies fonctionneront au sein de notre propre biologie et changeront notre façon d’interagir avec le monde. Elles sont capables de franchir les limites du corps et de l’esprit, d’améliorer nos capacités physiques et même d’avoir un impact durable sur la vie elle-même ».</p><p>Aucune violation ne semble aller trop loin pour Schwab, qui rêve de « micropuces actives implantables qui brisent la barrière cutanée de notre corps », de « tatouages ​​intelligents », d’ « informatique biologique » et « d’organismes conçus sur mesure ».</p><p>Il est ravi d’annoncer que « les capteurs, les commutateurs de mémoire et les circuits peuvent être encodés dans des bactéries intestinales humaines communes », (1) que le « Smart Dust, des réseaux d’ordinateurs complets avec des antennes, chacun beaucoup plus petit qu’un grain de sable, peuvent désormais organiser à l’intérieur du corps » et que « les dispositifs implantés aideront probablement aussi à communiquer des pensées normalement exprimées verbalement par un smartphone “intégré”, et des pensées ou des humeurs potentiellement non exprimées en lisant les ondes cérébrales et d’autres signaux ».</p><p>La « <a href="https://iatranshumanisme.com/tag/biologie-synthetique/?amp=1" target="_blank" rel="noopener">biologie synthétique</a> » est à l’horizon dans le monde de la 4RI de Schwab, donnant aux dirigeants capitalistes technocratique du monde « la possibilité de personnaliser les organismes en écrivant l’ADN ».</p><p>L’idée des neurotechnologies, dans lesquelles les humains auront des souvenirs entièrement artificiels implantés dans le cerveau, suffit à rendre certains d’entre nous un peu malades, tout comme « la perspective de connecter notre cerveau à la RV par le biais de modems corticaux, d’implants ou de nanorobots ».</p><p>Il n’est guère réconfortant d’apprendre que tout cela est – bien sûr! – dans l’intérêt supérieur du profit capitaliste car cela « annonce de nouvelles industries et de nouveaux systèmes de création de valeur » et « représente une opportunité de créer des systèmes de valeur entièrement nouveaux dans le cadre de la quatrième révolution industrielle ».</p><p>Et qu’en est-il de « la bio-impression des tissus organiques » ou de la suggestion selon laquelle « les animaux pourraient potentiellement être modifiés pour produire des produits pharmaceutiques et d’autres formes de traitement » ?</p><p>Des objections d’ordre éthique ?</p><p>Tout cela est évidemment bon pour Schwab, qui est heureux de l’annoncer : « Le jour où les vaches seront conçues pour produire dans leur lait un élément de coagulation du sang, dont les hémophiles sont dépourvus, n’est pas loin. Les chercheurs ont déjà commencé à étudier le génome des porcs dans le but de cultiver des organes adaptés à la transplantation humaine ».</p><p></p><p>Cela devient encore plus inquiétant. Depuis le sinistre programme eugénique de l’Allemagne nazie dans lequel Schwab est né, cette science a été considérée inacceptable par la société humaine.</p><p>Mais aujourd’hui, il estime manifestement que l’eugénisme doit connaître un renouveau, annonçant en ce qui concerne l’édition génétique : « Le fait qu’il soit désormais beaucoup plus facile de manipuler avec précision le génome humain au sein d’embryons viables signifie que nous verrons probablement à l’avenir l’avènement de <a href="https://iatranshumanisme.com/tag/enfant-a-la-carte/?amp=1">bébés sur mesure</a> qui possèdent des traits particuliers ou qui sont résistants à une maladie spécifique ».</p><p>Dans le célèbre traité transhumaniste I, Cyborg de 2002, Kevin Warwick prédisait :</p><p>« Les humains pourront évoluer en exploitant la super-intelligence et les capacités supplémentaires offertes par les machines du futur, en se joignant à elles. Tout cela indique le développement d’une nouvelle espèce humaine, connue dans le monde de la science-fiction sous le nom de “cyborgs”. Cela ne veut pas dire que tout le monde doit devenir un cyborg. Si vous êtes satisfait de votre état d’humain, qu’il en soit ainsi, vous pouvez rester tel que vous êtes. Mais attention – tout comme nous, les humains, nous nous sommes séparés de nos cousins ​​chimpanzés il y a des années, les cyborgs se sépareront des humains. Ceux qui restent humains risquent de devenir une sous-espèce. Ils seront effectivement les <a href="https://iatranshumanisme.com/2017/10/21/manifeste-des-chimpanzes-du-futur-contre-le-transhumanisme/?amp=1">chimpanzés du futur</a> ».</p><p><a href="https://iatranshumanisme.com/2020/02/01/quand-les-humains-deviennent-des-cyborgs/?amp=1">Quand les humains deviennent des cyborgs</a></p><p>Dans ce passage particulièrement accablant de la quatrième révolution industrielle, Schwab semble faire allusion au même avenir d’une élite transhumaine artificielle renforcée, “supérieure”, se séparant de la populace née naturellement :</p><p>« Nous sommes au seuil d’un changement systémique radical qui exige des êtres humains une adaptation continue. En conséquence, nous pouvons assister à un degré croissant de polarisation dans le monde, marqué par ceux qui embrassent le changement par rapport à ceux qui y résistent.</p><p>Il en résulte une inégalité qui va au-delà de l’inégalité sociétale décrite plus haut. Cette inégalité ontologique séparera ceux qui s’adaptent de ceux qui résistent – les gagnants et les perdants matériels dans tous les sens du terme.</p><p>Les gagnants pourraient même bénéficier d’une forme d’amélioration humaine radicale générée par certains segments de la quatrième révolution industrielle (comme le génie génétique) dont les perdants seront privés. Cela risque de créer des conflits de classe et d’autres affrontements comme nous n’en avons jamais vu auparavant ».</p><p>LIRE AUSSI</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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