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	<title><![CDATA[Signet Loupe: Tous les articles de blog du site]]></title>
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	<description><![CDATA[]]></description>
	
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	<pubDate>Fri, 08 Apr 2022 21:21:31 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Emmanuel Macron, Aladin de l&#039;imaginaire français ?]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Le mouvement de grève soulevé par la réforme de la SNCF est, pour le moment, moins soutenu par l'opinion publique que la grande mobilisation sociale de 1995. Quelles en sont les raisons ? Le contexte socio-économique a-t-il changé ? Ou bien est-ce la figure d'Emmanuel Macron qui fait davantage consensus que Jacques Chirac à l'époque ? Le politologue Stéphane Rozès, président de la société de conseil CAP et professeur à Sciences Po et HEC, livre à Émile son analyse.</p>
<p>Peut-on comparer la situation d’aujourd’hui à celle des grèves de 1995 ? Quelles différences et quelles similitudes ?</p>
<p>Aujourd’hui, nous sommes dans la même période idéologique anti-néolibérale qu’en 1995. Au début des années 90, après la chute du mur de Berlin, le libre déploiement des marchés a semblé remettre en cause les compromis au sein des nations entre capital et travail, mais aussi le rapport entre la démocratie et la substance démocratique, par l’idée d’un dessaisissement des gouvernants. Dès cette époque, 55% des Français redoutent de devenir des exclus, c’est à dire des SDF ou des chômeurs de longue durée.</p><p>Cette nouvelle période empêche les individus de comprendre les logiques économiques, et de s’y projeter, ce qui entraîne un réflexe de retour à des notions passées qui avaient été précédemment jugées désuètes et dépassées : la Nation, la République, la citoyenneté… À partir de ce moment-là, des classes moyennes rejoignent dans ce réflexe les catégories populaires. Le mouvement commence par le bas du pays et n’atteindra la représentation politique et les débats idéologiques qu’une décennie après.</p><p>Le mouvement social contre le plan Juppé, soutenu par deux Français sur trois, est devenu une « grève par procuration » (notion théorisée par Stéphane Rozès en 1995, ndlr) pour envoyer un message au président Chirac. Il avait été élu sur la fracture sociale en 1995 et, six mois après, il est revenu à la politique de ses prédécesseurs de désinflation compétitive, pour que la France soit au rendez-vous de la mise en place de l’euro. Ainsi, ce soutien important de l’opinion ne reposait pas réellement sur les revendications des grévistes (d’ailleurs, prises une à une, les Français étaient d’accord avec les mesures du plan Juppé). Mais cette grève par procuration était, en fait, un appel aux gouvernants, à Jacques Chirac en particulier, pour qu’il revienne à l’idée que c’était aux représentants des citoyens et de la nation de fixer le cours des choses. La pétition Bourdieu, qui marque le ralliement de la petite bourgeoisie intellectuelle aux catégories traditionnelles de la classe ouvrière, est illustrative de ce point-là. Elle avance des arguments sociaux, mais d’abord la question nationale. Or, ce qu’il y a de commun entre 1995 et aujourd’hui c’est bien que la question nationale préempte la question sociale : la question de la souveraineté des hommes politiques prévaut sur la question des équilibres et rapports sociaux.</p><p>C’est sur cet aspect que, pour l’heure, 2018 est différent de 1995, parce que la situation politique n’a rien à voir. Emmanuel Macron, inexistant il y a quatre ans, est au pouvoir avec une majorité profondément renouvelée. La raison intime de sa victoire - qui explique également que le pays consente aux réformes et ne soutienne pas majoritairement la grève -  est que l’idée d’Emmanuel Macron est de restaurer la souveraineté de la Nation, comme il l’a lui-même indiqué devant le Congrès une fois élu. Il a compris que sa victoire venait du fait que, contrairement aux autres politiques, il disait que le malheur français ne venait pas des Français, mais du système politique au sommet de l’État, et qu’il allait remettre le pays en marche, non pas contre la mondialisation ou en se soumettant à elle, mais à partir des talents des Français et de ce qu’ils sont.</p><p>Cette raison intime de la victoire d’Emmanuel Macron fait que, même si l’opinion peut être hostile à des mesures, voire les trouver injustes, le pays consent à laisser Emmanuel Macron réformer, au prix de quelques coups de canif à notre modèle social, pourvu que ce mouvement de remise en marche signe le fait que la France se réapproprie son destin et que ces réformes, à terme, profitent à l’ensemble de la nation.</p>
<p>Un front antilibéral existe-t-il toujours en France ou les Français sont-ils en train d’accepter qu’il faille être dans la course à la mondialisation ?</p>
<p>Depuis 1995, l’individualisme et le repli sur soi ont beaucoup progressé, les sentiments d’appartenance à des collectifs de travail voire des solidarités de classe ont pu s’émousser, mais au fond, le pays est toujours idéologiquement anti-néolibéral. Ça ne tient pas tant à des considérations politiques, qu’à des considérations liées à l’imaginaire des Français.</p><p>Et la promesse que porte Emmanuel Macron, dans un geste néo-bonapartiste, est de dire au pays qu’il existe un chemin sur lequel nous ne sommes pas obligés de choisir entre la survie dans le monde tel qu’il est et notre modèle. C’est son discours de Cracovie, dans lequel il dit : « Les Français refusent la réforme quand elle est imposée de l’extérieur, par contre on peut transformer le pays à partir de ce qu’il est ». Et comme les Français sont universalistes, ils ont besoin de profondeur de champ. Sauf que l’environnement européen, notamment l’attitude allemande, oblige les gouvernants à faire deux choses en même temps : rentrer dans les clous des déficits budgétaires, ce qui est le cas, et en même temps occasionner des mouvements des secteurs – marché du travail, école, services publics…</p><p>Malgré tout, le problème qui reste vital pour les Français, c’est de savoir si les réformes visent à moderniser, solidifier notre modèle, ou à en changer ? Voilà la tension de notre pays. De sorte que les arguments du gouvernement qu’on a pu entendre récemment, selon lesquels la France devrait adopter en matière ferroviaire le modèle allemand, sont des arguments évidemment dangereux, qui pourraient se retourner contre leurs initiateurs.</p>
<p>Et pensez-vous que le gouvernement est dans la sauvegarde de notre modèle social ou qu’il est en train de le transformer ?</p>
<p>Je pense que la réponse à cette question dépend de la façon dont le gouvernement va répondre aux interrogations des Français et surtout de la capacité d’Emmanuel Macron à faire bouger Bruxelles et Berlin. Si les Français jugent que son action reprend le cours de celle de ses prédécesseurs, alors la situation sera beaucoup plus grave que par le passé. Dans mon dernier papier, <a href="https://www.cairn.info/revue-le-debat-2017-4-p-52.htm" target="_blank">publié dans la revue Le débat</a> (n°196), j’utilise la formule « Emmanuel Macron, Aladin de l’imaginaire français ». C’est-à-dire que, comme Aladin, il a libéré l’énergie du pays, avec l’idée que les Français peuvent être à nouveau maîtres de leur destin. Mais, tout comme Aladin, il ne pourra faire rentrer dans le flacon l’énergie qui a été libérée. S’il échoue, si l’Allemagne et l’Union européenne ne bougent pas pour redonner des marges de manœuvre aux pays européens, alors les Français iront trouver des alternatives plutôt du côté de Mélenchon ou de Marine Le Pen, que du côté du Parti socialiste ou des Républicains.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Fri, 01 Apr 2022 21:56:35 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Chevènement raconte Vladimir Poutine]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Jean-Pierre Chevènement, haut fonctionnaire et homme politique français, né en 1939 à Belfort, à été un des artisans de la victoire de la gauche en 1981. Plusieurs fois ministre dans le gouvernement de François Mitterrand (Industrie, Intérieur, Ecole), il démissionne en 1991 comme Ministre de la Défense. En 1992, il votre contre le Traité de Maastricht. François Hollande le nomme Représentant Spéciale de la France pour les relations avec la Russie. C’est dans le cadre de cette mission qu’il rencontre Vladimir Poutine pour régler, après l’annexion de la Crimée, le conflit autour de l’Ukraine. </p><p>Weltwoche: Vous êtes entré dans l’histoire en tant que ministre de la Défense qui a démissionné pour protester contre la guerre. C’était en 1991, lorsque le président Français F. Mitterrand a envoyé son armée aux côtés des Américains dans la guerre du Golfe contre Saddam Hussein. </p><p>Chevènement: Geste historique, non, car je n’ai pas empêché l’essor ultérieur du fanatisme, mais geste original à coup sûr ! Les ministres de la Défense qui démissionnent pour protester contre une guerre qu’ils désapprouvent n’y survivent presque jamais. La guerre que j’avais essayé d’empêcher avait éclaté. J’avais annoncé au président Mitterrand que je démissionnerais en cas d’implication française, car je ne voulais pas cautionner une guerre inévitable et qui portait en elle d’immenses catastrophes. F. Mitterrand ne s’attendait pas à ce que je le fasse vraiment, alors que l’opinion publique était devenue favorable à la guerre.</p><p>Weltwoche: Pourquoi étiez-vous contre ?</p><p>Chevènement: Cette guerre n’était pas nécessaire. Une solution aurait pu être trouvée dans le cadre de la Ligue arabe. Le roi de Jordanie l’avait suggéré. J’étais conscient des conséquences d’une guerre moderne avec 500 000 soldats et des bombes contrôlées par laser : qu’elle détruirait l’Irak, l’État, l’administration, les institutions.  La guerre a immédiatement produit une montée en puissance d’Al-Qaïda avec El Zarkaoui et la bataille de Falloujah. La confrontation des chiites et des sunnites a provoqué la montée de l’État islamique et sa proclamation à Mossoul. Un politicien responsable doit comprendre ce qu’il fait.  Et être en règle avec sa conscience.</p><p>Weltwoche: Vous avez joué un grand rôle dans la victoire de F. Mitterrand en 1981 et avez été l’un des ministres emblématiques de son gouvernement. Des années plus tard (1990), vous avez appris que Bush et Thatcher étaient déterminés à la guerre d’Irak dès le premier jour, et F. Mitterrand en a informé son ministre des Affaires étrangères, Roland Dumas, alors que son ministre de la Défense travaillait encore sur une solution diplomatique. Comment a-t-il réagi à votre démission ?</p><p>Chevènement: «Les politiciens arabes crient fort», m’a-t-il dit. « Attendons, le temps passe. Demain ils nous mangeront à nouveau dans la main ». Je lui ai dit que cette vision était une incompréhension totale de la mentalité de « la rue arabe ». Que les Arabes n’oublieraient pas avant longtemps la destruction de l’Irak. La relation entre F. Mitterrand et moi était très bonne depuis 1971, mais bien sûr il y avait des tensions. Après ma démission, nous avons continué à nous voir.</p><p>Weltwoche: Dans votre récit, l’invasion de l’Irak semble être la mère de toutes les guerres depuis lors. Compte tenu de la condescendance envers les Arabes, on pense inévitablement à la façon de traiter avec les Russes après la fin de l’Union soviétique. François Hollande président de la République, vous a envoyé négocier avec Vladimir Poutine. Vous l’avez rencontré à Sotchi le 5 mai 2014. Quelle était votre mission ?</p><p>Chevènement: F. Hollande m’a nommé Représentant spécial pour les relations avec la Fédération de Russie après son élection à la présidence de la France. J’ai transmis à Poutine une lettre de F. Hollande.  F. Hollande a invité Poutine à l’Élysée et aux célébrations du soixante-dixième anniversaire du débarquement allié en Normandie le 6 juin 1944. Ils n’avaient pas participé au débarquement. Mais il était juste d’inviter les Russes. Ils avaient joué un rôle décisif dans l’issue de la Seconde Guerre mondiale. L’invitation était un signe de respect.  Poutine lisait la lettre en ma présence et me posait parfois des questions sur le sens d’une phrase.</p><p>Weltwoche: C’était au tout début de la crise ukrainienne.</p><p>Chevènement: Après les manifestations de Maïdan, un accord pour régler le conflit avait été élaboré. Les négociations se sont déroulées sous la supervision des ministres des Affaires étrangères de la Pologne, de l’Allemagne et de la France. L’accord prévoyait la réélection à la fin de 2014 d’un Président de l’Ukraine qui a était alors le Président Ianoukovitch. Lorsque le parlement ukrainien a refusé le lendemain de donner son accord, les ministres des Affaires étrangères étaient déjà partis. Ianoukovitch s’enfuit à Donetsk cette nuit-là. Poutine m’a dit à Sotchi qu’une tentative d’assassinat avait été perpétré contre Ianoukovitch, dans laquelle son garde du corps a été blessé.</p><p>Weltwoche: Qu’a dit Poutine à propos de Ianoukovitch ?</p><p>Chevènement: Ianoukovitch louvoyait entre la Russie et l’UE. À cette époque, il y avait un accord de libre-échange entre la Russie et l’Ukraine. Suivant le même principe, l’UE a proposé un accord d’association à l’Ukraine. Ianoukovitch a comparé les deux accords et a choisi la Russie. Le facteur décisif a été l’approvisionnement en gaz et le gazoduc rapportait des frais de transit considérables dans les coffres du pays.  Cette décision a déclenché les manifestations dites « pro européens » de Maïdan. Poutine m’a dit qu’il s’était rendu à Bruxelles pour rencontrer le président de la Commission, José Manuel Barroso, et d’autres dirigeants. Il a été référé aux experts. Quand il a pu parler à Barroso, celui-ci s’est comporté avec beaucoup d’arrogance. C’est la version de Poutine. Notre conversation a duré près de trois heures. Elle a donné lieu à une interprétation.</p><p>Weltwoche: Vous l’avez publiée dans votre livre Passion de la France.</p><p>Chevènement: J’ai omis les déclarations de Poutine sur les dirigeants ukrainiens. Il avait peu de respect pour eux. Surtout, il les considérait comme facilement corruptibles. À propos de Petro Porochenko, qui s’est présenté aux élections présidentielles prévues à la fin du mois de mai, il a seulement déclaré qu’il était un fabricant de chocolat, « ce qui n’est pas interdit ». On pouvait sentir son mépris pour les partis et les politiciens ukrainiens. Je n’ai pas non plus publié sa description de la conversation avec Barroso. L’accord d’association de l’Ukraine avec l’Europe, aurait dit Barroso à Poutine, n’est pas l’affaire de la Russie : « Que les Russes s’occupent de leurs propres affaires. Et allez-vous faire foutre ! ». J’ai interrompu le traducteur : Barroso a-t-il vraiment choisi ces mots ?  Poutine a confirmé ce propos. Il a exprimé un fort ressentiment envers Bruxelles et les gouvernements occidentaux. Ils avaient ouvertement soutenu la « Révolution de Maïdan », comme on l’appelle aujourd’hui. En Allemagne Guido Westerwelle, en Amérique le vice-président de l’époque Joe Biden, et là Mme Victoria Nuland, du Département d’État.</p><p>Weltwoche: Après votre visite, vous avez parlé de votre conversation à F. Hollande. Dans Un défi de civilisation, vous écrivez : « Par souci de vérité, je dois constater que Poutine n’a violé jusqu’en 2022 aucun des engagements qu’il a pris : ne pas empêcher les élections en Ukraines – du président et du parlement – et maintenir la perspective d’un accord de régionalisation qui laissait les deux oblasts de Lougansk et de Donetsk à l’intérieur des frontières ukrainiennes. »</p><p>Chevènement: Poutine était plutôt positif envers l’initiative française. Le but de mon voyage était d’initier des négociations : avec la Russie, la France, l’Allemagne et l’Ukraine. A la veille de la commémoration en Normandie, Poutine vient à l’Élysée. On espérait une solution rapide et simple avant même les vacances d’été. Mais l’été a été chaud. Il y a eu la destruction d’un avion de Malaysia Airlines avec des passagers néerlandais. Porochenko avait été élu et pensait pouvoir repousser les gens qui avaient conquis Donetsk et Lougansk sans beaucoup de résistance. Mais l’armée ukrainienne, encore mal entrainée, a subi une défaite. D’autres négociations ont eu lieu en février 2015. Elles ont conduit à l’accord de Minsk II. Elles prévoyaient un vote sur un statut de décentralisation et ensuite le rétablissement des frontières entre les deux pays. Mais il n’a jamais été mis en œuvre.  L’Ukraine voulait d’abord un retour aux frontières et seulement ensuite des élections sur un statut. </p><p>Weltwoche: Vous parlez de « rattachistes », de ceux qui sont prêts à s’y joindre, pas de séparatistes ? </p><p>Chevènement: C’est ainsi qu’on les appelle souvent. Vous pouvez les appeler séparatistes si vous prenez la position ukrainienne. </p><p>Weltwoche: Le film controversé Donbass d’Anne-Laure Bonnel, que le ministre des Affaires étrangères de Poutine Serguei Lavrov a instrumentalisé pour la propagande russe et dont il   accuse indûment la France de censure, commence par le discours de Porochenko. C’est une déclaration de guerre aux séparatistes.</p><p>Je ne commente pas un film que je n’ai pas vu.</p><p>Weltwoche: Poutine n’aimait pas la référence aux frontières de 1920.</p><p>Chevènement: Sa réaction m’a beaucoup surpris. Parce que c’est une question historique. Les frontières de l’Ukraine ont été tracées par Lénine en 1920. En 1917, l’Ukraine a été indépendante pendant un certain temps assez bref. Cette indépendance – après l’effondrement de l’armée tsariste – a duré quatre ou cinq ans. Il y eut une brève période d’indépendance en 1941 avec Stepan Bandera et ses nationalistes. La plupart des Ukrainiens ont combattu dans l’Armée rouge, mais il y avait deux divisions indépendantistes qui ont fait la guerre aux côtés des Allemands. Les deux étaient de courts épisodes. Mais depuis 1991, l’indépendance est un fait. Elle a été scellée par les présidents de la Biélorussie (Chouchkevitch), de l’Ukraine (Kravchuk) et de la Russie – Boris Eltsine.</p><p>Weltwoche: Depuis lors, l’Ukraine est une nation?</p><p>Chevènement: Oui. Une jeune nation. Et depuis trente ans, le sentiment national s’est affirmé.  Avec leur attitude brutale, les Russes ont apporté une contribution significative à sa consolidation. Les oligarques ont alimenté le conflit avec la Russie. Pour beaucoup de Russes, l’Ukraine est une province du sud, comme la Provence l’est pour la France. En Ukraine, un tiers de la population parle l’ukrainien, un tiers le russe et un tiers les deux langues. C’est un pays très hétérogène. La partie occidentale appartenait à l’Autriche-Hongrie. La ville de Lviv s’appelait Lemberg jusqu’en 1914. Entre les deux guerres mondiales, elle appartenait à la Pologne Lviv. Cette région est catholique uniate, l’Est russophone est orthodoxe. La Crimée a été attribuée à l’Ukraine en 1954 par Nikita Khrouchtchev. D’une certaine manière, comme un cadeau pour le 300e anniversaire du rattachement de l’Ukraine à la Russie. Khrouchtchev était conscient de tout ce qu’elle avait souffert sous Staline. Tout cela joue un rôle dans le traitement de l’Ukraine en tant que nation et de la Crimée en tant que région. </p><p>Weltwoche: Vous avez parlé de la brutalité de Poutine. Aviez-vous déjà pensé à la possibilité d’une intervention militaire russe ?</p><p>Chevènement: Non. Que Poutine commette une erreur aussi grave était tout à fait improbable. Je ne peux l’expliquer que par le fait qu’il a été trompé par son environnement. Il a été trompé en voyant en une réalité comme il voulait la voir. On lui a sans doute dit que les Ukrainiens n’attendaient que d’accueillir l’armée russe à bras ouverts. Il s’est trompé sur les Ukrainiens, mais aussi sur les Russes, qui ne voient pas le sens de cette guerre. Et il avait tort à propos de l’Occident, qu’il considérait comme un ensemble de pays décadents. Sa perception caricaturale de l’Occident a été sa troisième erreur.</p><p>Quand il a succédé à Eltsine, Poutine voulait transformer la Russie en un pays moderne, tout en maintenant, bien sûr, l’exercice vertical du pouvoir. Je ne l’ai jamais considéré comme un ange de l’innocence et un démocrate. Il voulait restaurer l’État russe. Il a forcé les oligarques à payer leurs impôts. Il a bénéficié de la hausse des prix du pétrole pour restructurer l’économie et les finances. Il a lancé des programmes d’industrialisation. Les villes russes d’aujourd’hui sont très modernes.</p><p>Weltwoche: Quand vous lui avez remis l’invitation à Paris, il s’est déjà renseigné sur le menu...</p><p>Chevènement: C’était une plaisanterie : « Maintenant il ne s’agit plus que de choisir le meilleur champagne. »</p><p>Weltwoche: Maintenant, il fait la guerre sans tenir compte des pertes.</p><p>Chevènement: Sa nouvelle logique remonte à l’époque où il a repris la présidence après Medvedev. À ses yeux, Medvedev avait commis une erreur en acceptant l’attaque contre la Libye. Elle était justifiée par la protection de la population civile. En fait, le but s’est révélé être un changement de gouvernement – les Anglo-Saxons appellent cela un « changement de régime ». De même, Poutine considérait la guerre au Kosovo  comme un viol du droit international. Au moment de la réunification, le monde s’était réjoui de la disparition de l’Union soviétique. Sans que le sang n’ait coulé. Mais le sang coule maintenant. Dans le changement de la logique de Poutine, l’Ukraine joue un rôle décisif. Poutine ne voulait pas d’une Ukraine antirusse. Il s’est inquiété à deux moments : la révolution orange (2004-2005) et l’accord d’association de 2014 avec l’UE.</p><p>Weltwoche: Poutine a parlé de la plus grande catastrophe géopolitique.  Pour vous, les relations de l’Occident avec l’Union soviétique en déclin sont la clé de la guerre en Ukraine ? Vous écrivez que la Russie a été traitée comme la perdante de la guerre froide.</p><p>Chevènement: L’Occident s’est célébré comme le gagnant. Les Russes, cependant, se considéraient comme ceux qui avaient mis fin au communisme. Gorbatchev considérait qu’il avait mis fin au communisme. Dans des conditions qui peuvent être débattues à l’infini. Nous savons par l’histoire que la dissolution d’un empire ne se produit jamais sans guerres et sans crises. La plupart des causes qui ont conduit à la Seconde Guerre mondiale remontent à la chute de l’Empire austro-hongrois et à sa division. Le traitement de la Russie à partir de 2009, avec le « partenariat oriental » a été très maladroit. La façon dont Poutine a été reçu par Barroso à Bruxelles est surréaliste. </p><p>Weltwoche: Et Hollande ? Qu’a-t-il dit au sommet devant l’impossibilité d’appliquer les accords de Minsk ?</p><p>Chevènement: (réfléchit longtemps) Après tout, il a eu le mérite de prendre l’initiative des négociations du format Normandie. Après que Merkel avait parlé, il ne se sentait plus habilité à ajouter quelque chose. La volonté de se battre qui distingue Macron faisait défaut. Macron est un président instruit qui connaît l’histoire. Il est à la fois ferme et ouvert à la négociation. </p><p>Weltwoche: Vous soutenez maintenant Emmanuel Macron ?</p><p>Chevènement: Emmanuel Macron a commis quelques erreurs mineures. Mais grâce à lui, la France a traversé au mieux la pandémie. Sa politique de vaccination est un succès. Grâce au soutien financier, les entreprises ont pu survivre.  Depuis 2017 – et pour la première fois depuis des décennies – de nouvelles industries se sont implantées en France. Le chômage est en baisse, à 7,4%, il est à son plus bas niveau depuis 2007. Des secteurs importants de l’économie ont été sauvés. Macron a formulé un nouvel objectif : la reconquête de l’indépendance industrielle et technologique. Cela inclut la production d’électricité par l’énergie nucléaire. Elle correspond aux intérêts nationaux du pays et garantit sa sécurité.</p><p>Oui, ses propositions sont sérieuses et réalistes. Je suis séduit par l’ambition de réindustrialiser la France. Les propositions en matière de politique énergétique et notamment la construction de six à quatorze réacteurs électro-nucléaires me paraissent conformes à la fois à l’objectif d’autonomie énergétique et à la nécessaire lutte contre le réchauffement climatique.</p><p>Weltwoche: Poutine vous a également mentionné le massacre de la maison syndicale d’Odessa le 2 mai 2014. Était-ce une provocation russe, était-ce un crime horrible commis par les nationalistes ukrainiens ? </p><p>Chevènement: Selon Poutine, des sympathisants pro-russes ont été pris au piège dans la Maison syndicale incendiée. Les auteurs étaient selon Poutine des extrémistes de droite ukrainiens. Il y a eu plusieurs dizaines de morts. Ceux qui ont sauté par la fenêtre ont été abattus. Leurs portefeuilles ont été volés. Tout cela aurait été filmé. Poutine était très contrarié quand il m’a dit cela. Et s’est plaint qu’aucun chef de gouvernement occidental n’a formulé ne serait-ce qu’un mot de protestation et de condoléances. Ces éléments psychologiques et ce ressentiment ont beaucoup de poids. Les souvenirs historiques et les traumatismes qui sont spécifiquement réactivés jouent toujours un rôle important dans les relations internationales. Dans cette guerre en particulier, la mémoire de la Seconde guerre mondiale est constamment instrumentalisée.</p><p>Weltwoche: Des deux côtés ?</p><p>Chevènement: L’Occident croit qu’il a vaincu seul le communisme. Il ignore les forces qui se sont manifestées au sein des sociétés soviétiques. Les Russes quant à eux ont une mentalité obsidionale. Ils se sentent constamment comme des victimes, encerclés et menacés. Ils ont été attaqués à plusieurs reprises, pas seulement par Napoléon et Hitler. Ils vivent dans la peur que cela se répète. En Ukraine, dit Poutine, une nouvelle opération Barbarossa est en préparation. On peut parler de paranoïa. Mais si vous voulez comprendre la situation et trouver des solutions, vous devez en tenir compte. </p><p>Weltwoche: Comment empêcher une Troisième Guerre mondiale ? </p><p>Chevènement: Si l’OTAN avait accepté l’appel de Zelensky pour une zone d’exclusion aérienne, la guerre aurait éclaté sous la forme d’une guerre aérienne d’abord. La Russie possède des armes nucléaires tactiques, à peu près le même nombre que les États-Unis. La doctrine russe n’est pas très claire. La rupture du tabou nucléaire serait une première historique après Hiroshima et Nagasaki. Tant qu’il n’y a pas d’accord, la situation reste extrêmement dangereuse.</p><p>Weltwoche: Il y a maintenant des idées claires sur ce à quoi cela pourrait ressembler.</p><p>Chevènement: Dans les grandes lignes : un statut de neutralité – que le Conseil de sécurité de l’ONU devrait garantir. On pourrait inclure l’Allemagne, la Turquie, la Pologne. La situation que cela entraînerait pour l’Ukraine serait meilleure que la situation actuelle. Les frontières de 2022 doivent être rétablies et des élections libres rendues possibles. </p><p>En ce qui concerne la Russie, l’Occident n’a pas suffisamment pris au sérieux ses intérêts légitimes en matière de sécurité. Le pays aurait dû être impliqué dans la coopération avec l’Ukraine. Il aurait été possible de créer une zone tampon.</p><p>Weltwoche: L’Ukraine s’est-elle vu promettre son adhésion à l’OTAN ?</p><p>Chevènement: La France et l’Allemagne s’y sont opposées en 2008. Mais il y avait un moyen de se préparer à l’adhésion. L’ambiguïté a été cultivée. </p><p>Weltwoche: Tout cela n’explique toujours pas comment cette guerre a pu se produire.</p><p>Chevènement: L’attaque contre l’Ukraine est stupide et criminelle. Personne ne s’y attendait. La probabilité de guerre était inférieure à un pour mille. Je pensais que Poutine était assez rationnel pour ne pas commettre cette erreur gravissime.</p><p>Weltwoche: Quelles seront les conséquences pour la Russie ?</p><p>Chevènement: Très négatives. L’Ukraine aura droit à des réparations et à sa reconstruction. Les relations entre la Russie et l’Europe ont été perturbées pour de longues années.  Pour le moment, je ne vois pas d’alternative politique à Poutine. Il y avait une nouvelle classe moyenne, dont l’émergence était une promesse démocratique. Il y a le danger d’une nouvelle guerre froide dans laquelle personne ne peut avoir d’intérêt. On se souviendra longtemps de cette guerre inepte.</p><p>Weltwoche: Comment peut-on l’arrêter?</p><p>Chevènement: C’est l’affaire de diplomates. Zelensky a gagné la bataille de la communication. Une rencontre entre les deux présidents pourrait-elle faire la différence ? La position de l’Ukraine me semble relativement claire : une fin est possible sur la base d’une neutralité garantie. </p><p>L’Europe peut apporter une contribution importante à une solution durable. Elle seule dispose des ressources financières nécessaires à la reconstruction. La guerre en Ukraine peut être éclipsée par les tensions entre les États-Unis et la Chine. Mais les dirigeants chinois n’entreprendront pas la reconquête militaire de Taïwan qui, elle, déclencherait la Troisième Guerre mondiale.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Wed, 23 Mar 2022 08:07:42 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Ukraine : vers une « victoire » russe ?]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Dans mon livre, <a href="https://www.vapress.fr/shop/POUTINE-D-ARABIE_p122.html" target="_blank" rel="noopener">Poutine d’Arabie</a> (VA Éditions, 2020), je rappelais que depuis 2011, les Russes avaient fait montre d’une incontestable virtuosité dans leur partition internationale, et ce sans erreur majeure. J’ajoutais cependant que même les plus grands musiciens ne sont jamais à l’abri d’une fausse note et que la route vers une pax russica, par exemple au Moyen-Orient, pouvait être encore semée de nombreuses embûches... Et je concluais que la logique mathématique voulait qu’après cette longue période sans faute notable, un premier faux-pas fut inévitable.</p><p>Alors, est-ce que l’agression de l’Ukraine par la Russie est LA fausse note russe ? Pas sûr.</p><p>De toute évidence, Poutine a déjà perdu la guerre de l’information, du moins en Occident. Les GAFAM ont proscrit tous les médias russes de leurs plateformes, donnant ainsi un coup d’arrêt brutal à leur principal vecteur du soft-power dans le monde. Il est à présent très compliqué d’avoir des sources d’information autres que celles des médias mainstream, très orientés et clairement hostiles à la Russie.</p><p>Au-delà des sanctions économiques maximales et symboliques (visant les intellectuels, les sportifs et la culture russes), l’émotion, le sensationnalisme, l’affolement et la mobilisation générale antirusse, mais surtout la formidable propagande atlantiste qui s’est mise en branle, ont fait que la Russie est devenue à présent un État paria – elle bénéficie pourtant encore du soutien des deux grands <a href="https://fildmedia.com/article/que-vient-faire-la-chine-dans-la-crise-ukrainienne" target="_blank" rel="noopener">chinois</a> et indien et de la prudence de nombreux pays d’Afrique et <a href="https://fildmedia.com/article/ukraine-israel-un-mediateur-plus-efficace-que-la-france-et-l-europe" target="_blank" rel="noopener">du monde arabe</a>, où elle a acquis une forte influence ces dernières années. On assiste même dans les opinions publiques européennes au développement sans précédent d’une forme inquiétante de russophobie…</p><p>Ainsi, dans cette guerre psychologique et de la désinformation, qui semble tourner pour l’instant à l’avantage de l’Occident, il est très difficile d’émettre ou de lire une analyse neutre ou objective sur le conflit en Ukraine.</p><p>Une situation qui n’est pas sans nous rappeler la couverture médiatique, voire académique, de la guerre en Syrie, et l’intervention russe à partir de 2015 pour soutenir Assad. L’issue de la tragédie syrienne peut dès lors nous questionner sur le sérieux ou l’honnêteté intellectuelle de certains « sachants », comme sur les choix stratégiques et la piètre clairvoyance de beaucoup de dirigeants occidentaux…</p><p>Bref, afin d’analyser de manière la plus froide possible le conflit ukrainien, ses origines, son développement et ses conséquences, il faut parvenir à se détacher de l’hystérie grotesque de certains philosophes ou acteurs (toujours les premiers à vouloir faire la guerre, mais avec le sang des autres !) et de l’émotion collective, afin de ne pas sous-estimer les Russes. Car Poutine et ses généraux sont des gens rationnels et pragmatiques, qui savent très bien ce qu’ils font. Il ne faut pas oublier que les Russes, en vieux routiers des échecs, ont toujours tendance à prévoir les mauvais coups d'avance et ils ont également d'extraordinaires capacités d’adaptation face aux obstacles et des aptitudes à réactualiser en permanence leurs plans en fonction des circonstances ; comme ils l’ont démontré dans toutes leurs crises ou conflits – desquels, au passage, ils sont sortis à chaque fois victorieux ! – jusqu’ici (Tchétchénie, Géorgie, Ukraine de 2014 à nos jours, Syrie, Arménie/Azerbaïdjan, <a href="https://fildmedia.com/article/kazakhstan-les-dessous-geopolitiques-de-la-crise" target="_blank" rel="noopener">Kazakhstan</a>…).</p><p>Le scénario probable d'une partition de l'Ukraine</p><p>Que l’on soit bien clair : comme je l’écrivais dans un <a href="https://fildmedia.com/article/guerre-en-ukraine-poutine-est-il-tombe-dans-le-piege-americain" target="_blank" rel="noopener">précédent édito</a>, la Russie est bien l’agresseur et son intervention est éminemment condamnable, car elle viole la souveraineté de l’Ukraine et le principe d’intangibilité des frontières. Cependant, la question de savoir si les responsables des guerres ne sont pas ceux qui les déclenchent, ou plutôt ceux qui les ont rendues inévitables, est plus que jamais d’actualité. Car sans minimiser les responsabilités de Moscou dans cette crise, il ne faut pas perdre de vue que cette situation incombe aussi et grandement à la politique des Occidentaux. Et surtout de Washington et l’OTAN, avec leur jeu dangereux face à la Russie et l’instrumentalisation abjecte du peuple ukrainien dans leur inconséquente <a href="https://fildmedia.com/article/ukraine-vers-une-nouvelle-guerre-en-europe-en-2022" target="_blank" rel="noopener">stratégie anti-russe</a> !</p><p>À présent, comme le dit l’adage populaire, « c’est toujours à la fin du bal que l’on paie les musiciens » !</p><p>Certes, les sanctions économiques maximales (que Moscou avait sûrement sous-estimées) et sa mise au ban des nations occidentales vont faire très mal à la Russie. Mais elle s’y était préparée et avait déjà mis en place un certain nombre de protections de son système bancaire ; elle a peu de dette, elle détient aussi d'importantes ressources naturelles, ainsi que des réserves financières conséquentes (en or notamment). Moscou est par ailleurs en train de se tourner de plus en plus vers la Chine. Ce qui va renforcer l’axe anti-occidental, avec néanmoins le risque pour les Russes d’une certaine forme de « vassalisation » au profit de l’adversaire historique chinois.</p><p>Sur le plan strictement militaire, l’OTAN et l’Europe n’interviendront pas directement, laissant les Ukrainiens dans le chaos et à leur tragique illusion et leur amertume. Il est fort probable qu’à terme, l’armée ukrainienne, ou ce qu’il en reste - et en dépit du soutien et des armes fournis ostensiblement par les Occidentaux - finira par s’effondrer. Même si le temps joue contre eux et que leur plan ne se déroule pas comme prévu du fait du nationalisme ukrainien et de la résistance de son armée, tous deux sous-évalués, les Russes parviendront finalement à atteindre une grande partie de leurs objectifs militaires, politiques et stratégiques.</p><p>À moins que, et c’est le plus inquiétant au final, les plus bellicistes et jusqu’au-boutistes dans les coulisses occidentales du pouvoir poussent à l’escalade et que les Russes tombent dans les pièges que ces derniers ne manqueront pas de leur tendre jusqu’à la fin des hostilités sur le territoire ukrainien…</p><p>En attendant, le siège de Kiev et le soi-disant « enlisement » russe dans le nord-ouest semblent n’être que des pauses et des diversions tactiques. Dans l’est (l’Ukraine utile et plutôt russophile), l’armée russe progresse rapidement (toutes les cartes occidentales dans les médias sont fausses ou incomplètes). Une fois installés sur le pourtour de la mer Noire et de la mer d’Azov (après la prise des ports de Marioupol, voire d’Odessa) et coupant ainsi l’Ukraine de sa façade maritime, les négociations en cours avec les Ukrainiens feront que, d’ici peu (c’est l'impératif temporel pour les Russes) et sauf dérapage, le pays connaîtra sûrement une partition. À l’est du Dniepr et au sud, grosso modo à l’est d’une ligne sud-ouest/nord-ouest, d’Odessa à Kharkov, là où les populations sont majoritairement les plus russophiles et russophones, « l’Ukraine utile » sera sous influence de Moscou, quelle qu’en soit la forme. A l’ouest, il y aura donc un état-croupion, tourné vers l’Occident, mais avec des infrastructures et une armée totalement détruites, et une économie exsangue, forcé de demander sa neutralité et de renoncer (cf. les toutes dernières déclarations en ce sens de Zelensky) à son adhésion à l’UE et surtout à l’OTAN. Enfin, que cela nous plaise ou non, il faut bien se souvenir que les Russes – ils l’ont démontré dans tous leurs conflits récents (comme en Syrie…) – savent aussi, après avoir usé de la force brute et grâce à l’efficacité de leur diplomatie, « gagner la paix ».</p><p>Roland Lombardi est historien, consultant en géopolitique et spécialiste du Moyen-Orient. Il est analyste et éditorialiste pour Fild. Il est l'auteur de plusieurs articles spécialisés. Ses derniers ouvrages sont Les trente honteuses, ou la fin de l'influence française dans le monde arabe et musulman (VA Éditions, 2019), Poutine d'Arabie, comment la Russie est devenue incontournable en Méditerranée et au Moyen-Orient (VA Éditions, 2020) et Sommes-nous arrivés à la fin de l’histoire, Chroniques géopolitiques (VA Éditions, 2021).</p><p><a href="https://twitter.com/rlombardi2014">@rlombardi2014</a></p><p><a href="https://www.facebook.com/Roland-Lombardi-148723348523778/">https://www.facebook.com/Roland-Lombardi-148723348523778</a></p><p>17/03/2022 - Toute reproduction interdite</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
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	<pubDate>Wed, 23 Mar 2022 08:05:29 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/855/ukraine-que-sest-il-passe-diplomatiquement-avant-le-23-fevrier-2022</link>
	<title><![CDATA[Ukraine, que s&#039;est-il passé diplomatiquement avant le 23 février 2022 ?]]></title>
	<description><![CDATA[<pre>Anne-Laure Bonnel - Reporter:

"Que s'est-il passé diplomatiquement avant l'offensive russe le 23 février 2022. Et, je le répète, offensive que je n'ai jamais cautionnnée et que je condamne.
</pre>
<p>Mais il impératif de comprendre les FAITS. <br />(C'est le résultat de mes recherches, ce n'est pas un artcile de presse. Vous aurez tous les links, sources etc. Cela ne date pas d'aujourd'hui). </p>

<p>Contextualisation : avant 2014 à lire très attentivement. <br /> UNE SITUATION COMPLEXE</p>

<p>La situation de l’Ukraine est plus complexe que les médias ne la présentent. Le pays est hétérogène, historiquement, linguistiquement et religieusement. </p>

<p>Le pays est  profondément divisé entre une partie occidentale au fort tropisme européen et au nationalisme prononcé, tandis qu’à l’est, la majorité de la population, russophile et russophone, ne se sent guère ukrainienne. </p>

<p>Cette bipolarisation s’exprime à l’occasion de chaque élection, comme par exemple lors du scrutin présidentiel de 2004 : le candidat pro-occidental Viktor Ioutchenko obtint plus de 80% des suffrages dans les régions de l’ouest du pays, tandis que son adversaire Viktor Ianoukovitch recueillit plus de 80% des voix à l’Est.<br />Un autre élément doit également être rappelé. Depuis son indépendance en 1991, l’Ukraine a été dirigée par des élites qui ont  pillé le pays, quelle que soit leur appartenance politique. S’il est regrettable que le président Ianoukovitch s’inscrit dans cette dynamique, il est loin d’être le seul : les dirigeants issus de la Révolution de 2004 et présentés comme les plus « démocratiques» se sont également largement servis. En particulier, Ioulia Timotchenko, l’égérie de la Révolution orange, la « Jehanne d’Arc » ukrainienne, en est un édifiant exemple.<br />Cette femme d’affaires, véritable oligarque ayant fait fortune dans l’industrie gazière (elle a été présidente de la Compagnie nationale de<br />d’hydrocarbures/SEUU) s’engage en politique au milieu des années 90. En janvier 2001, alors qu’elle est vice-Premier ministre chargée de l’Energie, elle est congédiée par le président Koutchma, accusée de « contrebande et de falsification de documents », pour avoir frauduleusement importé du gaz russe en 1996, lorsqu’elle était présidente de SEUU. </p>

<p>Timochenko est arrêtée et fait plusieurs semaines de prison. Puis en 2009, elle est condamnée à sept ans d’emprisonnement pour enrichissement illicite dans le cadre de contrats gaziers signés entre l’Ukraine et la Russie. Si son internement sous le mandat de Ianoukovtich a une utilité politique, il ne s’agit aucunement d’une détention arbitraire tant les preuves sont accablantes contre cette femme dont l’image médiatique de pureté est aux antipodes de la réalité.</p>

<p>Conséquence de cette corruption généralisée des élites, le pays est aujourd’hui en faillite et ses dirigeants sont dans la nécessité de redresser sa situation financière désastreuse. C’est paradoxalement ce que Ianoukovitch, aussi incompétent et corrompu soit-il, avait compris. Estimant que l’aide européenne proposée dans le cadre de l’accord douanier devant être signé en novembre 2013 à Vilnius n’était pas suffisante (610 millions d’euros), le président ukrainien demanda qu’elle soit portée à 20 milliards d’euros, ce que Bruxelles refusa. Aussi, il a fait volte-face afin de répondre favorablement à l’offre russe, Moscou lui proposant 15 milliards de dollars d’aide directe et de continuer de faire profiter le pays d’un prix très bas pour le gaz naturel.</p>

<p>Outre son attrait financier, cette proposition n’avait rien d’incohérent car l’essentiel des échanges commerciaux de l’Ukraine se fait avec la Russie et ses secteurs stratégiques restent très intégrés dans l’économie de ce pays avec lequel plus de 240 accords ont été signés.</p>

<p>C’est la perspective de ce nouvel accord commercial  qui a fait réagir les partis et les activistes nationalistes de l’ouest, pro-occidentaux et antirusses. Mais le mouvement « populaire » qui prend forme en novembre 2013 contre le président Ianoukovitch, avec l’objectif <br /> de le renverser, a bafoué – quelle que soit la légitimité de sa cause – toutes les règles démocratiques auxquelles l’Occident se réfère. <br />Il a commis une série de transgressions que les politiques et les médias se sont  gardés de signaler aux opinions publiques.<br />– La « révolution » s’en est prise à un président démocratiquement élu : Ianoukovitch a remporté le scrutin présidentiel de 2010 au terme d’un d’un processus électoral jugé transparent et honnête par l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). Il est donc totalement légitime et légal, quand bien même il est corrompu.<br />– Les « révolutionnaires » ont lancé leur mouvement alors que des élections présidentielles devaient avoir lieu en 2015. Cela signifie que si les opposants avaient respecté le jeu démocratique dont ils se réclament, il aurait suffi qu’ils patientent une année avant de renvoyer Ianoukovitch. Or, ils ont préféré renverser illégalement le régime un an avant les élections. C’est là une réaction antidémocratique.<br />− Cette « révolution » s’est caractérisée par des actions d’une extrême violence de la part des manifestants, loin de l’image des défilés pacifiques qu’ont véhiculé les médias occidentaux. Rapidement, des armes sont entrées dans le jeu et de nombreux policiers ont été tués par balles. La raison en est que les éléments les plus actifs de ce mouvement « révolutionnaire » ont été des groupes ultra nationalistes ultra-radicaux,  (miliciens de Pravyi Sektor, de l’UNA-UNSO, de Svoboda, de Tryzub,<br />du « Marteau Blanc »,<br />− "https://cf2r.org/editorial/ukraine-le-monde-a-lenvers/"  <br />Ils étaient particulièrement bien formés et organisés, ce qui leur a permis de faire prisonniers des membres entrainés des forces de l’ordre. C’est donc bien la violence des uns qui l’a emporté sur celle des autres. Or, ces groupes n’ont rien de commun avec nos valeurs européennes d’humanisme, de démocratie et de tolérance et certains de leurs leaders ont intégré le nouveau pouvoir à Kiev. Pourtant l’Occident les a soutenus et continue de le faire…<br />− cette « révolution » ne défend que les intérêts d’une partie de l’Ukraine, celle de l’Ouest, pro-occidentale ; elle néglige les voix de ceux qui ont élu Ianoukovitch et qui sont favorables à l’accord commercial avec la Russie. Pire, elle bafoue leurs droits les plus élémentaires. En effet, aussitôt désigné, le nouveau gouvernement provisoire a immédiatement interdit l’usage du russe comme seconde langue officielle de l’Ukraine, alors que près de 30% de la population est russophone (jusqu’à 70% en Crimée). C’est une véritable provocation et une négation du principe de respect des minorités.</p>

<p>Cette « révolution » présente donc des caractéristiques étonnantes : elle est antidémocratique, elle a été particulièrement violente, elle comprend une importante composante d’extrémistes et est minoritaire dans le pays.<br /> <br />Voilà la cause que soutient l’Occident. La « Révolution de Maïdan » a accouché d’un gouvernement auto-proclamé et issu de la rue sans aucune légitimité que celle des chancelleries et des médias occidentaux…</p>

<p>La crise actuelle est en partie la conséquence d’une volonté de l’Union européenne d’étendre  son influence à l’Est et de réduire celle de la Russie sur l’Ukraine. C’est elle qui indirectement allumé le brasier, alors même qu’elle était bien incapable d’offrir à Kiev l’aide financière que les Russes lui proposaient.</p>

<p>De plus, l’UE a adopté une attitude antirusse sous l’influence de la Pologne et des pays Baltes, qui ont un lourd passif avec Moscou et nourrissent un important ressentiment à son égard. Ces Etats ont contribué significativement au durcissement de positions européennes à l’égard de la Russie, lesquelles ne sont ni dans la tradition ni dans l’intérêt des pays d’Europe de l’Ouest. Rappelons au passage que ces nouveaux entrants d’Europe de l’Est ont suivi aveuglément les Américains dans leur invasion de l’Irak en 2003 et, dans la majorité des cas, préfèrent acheter des armements américains qu’européens. A leurs yeux, le soutien de Washington est plus important que celui de Bruxelles. (a voir).</p>

<p>A l’occasion de cette crise, l’attitude des pays occidentaux se caractérise par une très forte mise en cause de la Russie, relevant d’un antisoviétisme digne de la Guerre froide.</p>

<p>Pour l’OTAN, « ce que fait la Russie en Ukraine viole les principes de la Charte des Nations unies. Cela menace la paix et la sécurité en Europe. La Russie doit cesser ses activités militaires et ses menaces », a affirmé, le 2 mars, Anders Rasmussen,<br />son secrétaire général. </p>

<p>L’attitude occidentale semble ne même pas mesurer l’ampleur des ses contradictions :<br />– Comment peut-on dénoncer un « coup de force de Poutine » et ne pas condamner le caractère violent de Kiev contre un président élu démocratiquement ?<br />– Comment peut-on reconnaître des « droits légitimes » à une partie de la population (Ukraine de l’Ouest) et dénier ces mêmes droits au reste du pays ?</p>

<p>Force est de constater que les Occidentaux semblent respecter le droit international quand cela les arrangent et le transgressent dès lors qu’il n’est pas favorable à leurs intérêts, en essayant de légitimer leur action par une définition sans cesse fluctuante du « bien » et du « mal ».</p>

<p>A tous ceux qui s’indignent de la réaction russe, il convient de demander s’ils ont protesté avec la même véhémence :<br />− lorsque les Etats-Unis ont illégalement envahi l’Irak, produisant de fausses preuves sur la soi-disant présence d’armes de destruction massive, passant outre le refus de l’ONU et laissant ce pays dans un état catastrophique ?<br />– lorsque les Occidentaux, France en tête, ont totalement outrepassé le cadre de la résolution 1973 de l’ONU en Libye, transformant la « protection des populations civiles » en une opération de renversement de Kadhafi, avec le résultat déplorable que l’on sait ?<br />− quand Edward Snowden a révélé l’ampleur de l’espionnage international de la NSA américaine et la mise sur écoute de la population américaine ?</p>

<p>L'Ukraine a bénéficié de l' assistance du gouvernement américain, comme l'a illustré la visite en Ukraine du directeur de la CIA en avril 2014, John Brennan, ce dont il ne se cachait même pas (https://www.huffpost.com/.../john-brennan-ukraine_n_5147869).</p>

<p>Mais l'influence américaine dans les affaires intérieures de l'Ukraine a pris une toute autre dimension avec la nomination le 2 décembre 2014 de Natalie Jaresko, ressortissante américaine, au poste de ministre des finances de l'Ukraine. Rien que ça. L'Ukraine avait tout de même pris soin de lui accorder la nationalité ukrainienne le jour de son investiture.</p>

<p>Le curriculum vitae de cette fonctionnaire américaine née à Chicago peut être consulté en ligne. Entre autres, Madame Jaresko a occupé diverses fonctions au sein du Département d' État, notamment celle de 1er chef de la section économique de l'ambassade US en Ukraine, de 1992 à 1995. En outre, avant d'être nommée à la tête du ministère des finances ukrainien, Natalie Jaresko occupait le poste de PDG d'un fonds d'investissement, Horizon Capital, qui détenait non moins de 600 millions de $ d'actifs en Ukraine. </p>

<p>"https://cf2r.org/editorial/ukraine-le-monde-a-lenvers/" \l "_ftnref1"[1] Lire à ce sujet  HYPERLINK "http://www.slate.fr/.../thomas-guenole-et-katerina..."Thomas Guénolé et Katerina Ryzhakova-Proshin « Ukraine: halte au manichéisme ! », Slate.fr, 24 décembre 2013.  "http://www.slate.fr/tribune/81479/ukraine-halte-manicheisme"http://www.slate.fr/tribune/81479/ukraine-halte-manicheisme<br />"https://cf2r.org/editorial/ukraine-le-monde-a-lenvers/" Eric Denécé, « Intervention en Syrie : la recherche d’un prétexte à tout prix », Editorial n°32, septembre 2013,   "https://cf2r.org/"www.cf2r.org<br />"https://cf2r.org/editorial/ukraine-le-monde-a-lenvers/" Eric Denécé, « La dangereuse dérive de la « démocratie » américaine », Editorial n°31, août 2013,   "https://cf2r.org/"www.cf2r.org<br />"https://cf2r.org/editorial/ukraine-le-monde-a-lenvers/" \l "_ftnref6"[6] Le  8 février 1976, un référendum est organisé à Mayotte, pour le rattachement de l’île à la France. L’ONU considère ce référendum de 1976 comme nul et non avenu, et condamne la violation de l’intégrité territoriale des Comores et demande à la France de quitter Mayotte. http://www.comores-actualites.com/.../la-crimee-est.../?<br />"https://cf2r.org/editorial/ukraine-le-monde-a-lenvers/" \l "_ftnref7"[7] Hubert Védrine  « Cinq propositions pour sortir de la crise ukrainienne », Rue 89, 8 mars 2014.<br /><a>http://rue89.nouvelobs.com/.../hubert-vedrine-cinq</a></p>

<p>Enfin, il faut rappeler qu'en France le journaliste Renaud Girard est revenu sur la révolution ukrainienne de 2014. Et a déploré la gestion de Laurent Fabius.</p>

<p>"Personne n'a compris". "Il y a eu une erreur terrible de Laurent Fabius le 21 février 2014 lorsqu'il quitte  "https://www.europe1.fr/.../Ukraine-affrontements..." Kiev (la capitale ukrainienne alors en proie à des émeutes entre la police et des manifestants pro-européens contre le gouvernement pro-russe) pour aller en Chine.</p>

<p>Personne n'a compris ce voyage alors que ses homologues allemand et polonais négociaient et allaient obtenir un accord historique entre le président pro-russe Viktor Ianoukovitch et les trois leaders de l'opposition. Il y a eu un manque diplomatique terrible", commente le journaliste.</p>

<p>La crise puis la guerre civile en Ukraine sont donc  issues d’une succession d’événements malheureux, totalement imprévisibles, comme on peut le voir souvent dans l’histoire. En revanche, la diplomatie européenne n’a pas été très bonne au début et au milieu de cette crise.</p>

<p>Lorsque ce partenariat a été proposé à l’Ukraine, il aurait fallu qu’une grande figure politique de l’UE tienne un discours solennel pour dire qu’il était offert dans les mêmes termes à la Russie. On a préféré laisser les bureaux de Bruxelles gérer cette question et c’est une erreur.</p>

<p>Plus précisément :<br />Le mercredi 19 février 2014, est organisé une rencontre entre François Hollande et Angela Merkel à Paris. Les gens ont commencé à se tirer dessus à Kiev. Pour arrêter le bain de sang, le président français et la chancelière allemande décident d’y envoyer les chefs de leur diplomatie. Le lendemain, Fabius et Steinmeier s’arrêtent à Varsovie, récupèrent Sikorski et se rendent en Ukraine. Sur place, tout le monde est au courant que des discussions ont commencé avec Ianoukovitch et les leaders de l’opposition. Ce simple fait va faire cesser les tueries. C’est déjà un succès considérable ! La négociation se poursuit toute la nuit, elle est très dure. Le vendredi 21 février 2014, la troïka européenne obtient brillamment un accord politique intra-ukrainien.<br />Ce jour là, on a vu, vers cinq heures de l’après-midi, Arseni Iatseniouk, Oleh Tyahnybok et Vitali Klitschko serrer la main du président prorusse Ianoukovitch. Hélas, de façon incompréhensible, les ministres européens n’ont pas su protéger cet enfant du miracle. Ils sont partis !<br />Quand vous obtenez un succès aussi phénoménal que l’accord du 21 février, il faut le « baby-sitter ». Je vous rappelle que l’accord prévoyait, notamment, un changement de constitution, des élections anticipées et un gouvernement d’union nationale.</p>

<p>Plus tard dans la nuit, les ministres européens étant rentrés chez eux, les trois leaders de l’opposition, après avoir été hués par la foule du Maïdan, ont renié leur signature. Le président Ianoukovitch a pris peur, il a quitté Kiev pour Kharkov.</p>

<p>On dit qu’il s’est enfui mais le terme est péjoratif. La constitution de l’Ukraine n’a jamais interdit au président de voyager où bon lui semble. Il aurait même pu passer un mois de vacances à Bali, ce n’était pas inconstitutionnel pour autant. Quand ‒ alors qu’il est destitué le lendemain de son départ de Kiev ‒ les Russes parlent d’un coup d’État, ils ont quand même matière à le faire, puisque rien n’interdisait à Ianoukovitch de se déplacer. Et puis, le dimanche suivant, la Rada (le parlement ukrainien, n.d.l.r.) procède à ce vote scélérat qui revient sur la reconnaissance du russe comme seconde langue officielle des régions orientales de l’Ukraine.  Et les ministres européens ne sont plus là… C’est une grande faute diplomatique, qui va être enseignée dans les académies du monde entier selon Renaud Girard du Figaro.</p>

<p>L'ancien ministre des Affaires étrangères sous Jacques Chirac, Hubert Védrine considère que les "torts sont partagés" entre l'Occident et la Russie dans le contexte diplomatique actuel.</p>

<p>"On est arrivé, par une série d'étapes déplorables, à la situation actuelle", explique l'ancien ministre. Avant d'expliquer : "Quand je dis que les torts sont partagés, c'est à-propos de l'attitude de l'Occident par rapport à la Russie, d'après l'URSS. Il y a eu une série d'actes du côté américain, une sorte de mépris. Il y a eu une volonté de l'Union européenne de couper l'Ukraine de la Russie et également beaucoup de choses à reprocher du côté russe".</p>

<p> et nous voici en 2022. <br />Libération<br />Le Monde<br />Franceinfo</p>
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	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
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	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/854/scott-ritter-expert-americain-sur-l%E2%80%99operation-militaire-de-la-russie-en-ukraine</guid>
	<pubDate>Mon, 21 Mar 2022 19:51:33 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/854/scott-ritter-expert-americain-sur-l%E2%80%99operation-militaire-de-la-russie-en-ukraine</link>
	<title><![CDATA[Scott Ritter, expert américain, sur l’opération militaire de la Russie en Ukraine]]></title>
	<description><![CDATA[<p></p><p>Scott Ritter est un ancien officier du renseignement du Corps des Marines des États-Unis. Dans sa carrière militaire de plus de 20 ans, il a servi en Union Soviétique pour mettre en œuvre des accords de contrôle des armements, dans l’état-major du général américain Norman Schwarzkopf pendant la guerre du Golfe et plus tard comme inspecteur en chef des armes à l’ONU en Irak de 1991 à 1998. Il est considéré aujourd’hui comme un expert en stratégie militaire et collabore avec plusieurs revues et sites d’information.</p><p>Scott Ritter: J’analyse en tant que militaire. J’ai passé de nombreuses années au début de ma carrière à apprendre des tactiques pour enfermer et détruire les forces soviétiques grâce à des manœuvres de tir. Je connais ces gars. Je les ai étudiés pendant 35 ans, leur doctrine et leur équipement, leurs tactiques d’opération.</p><p>Ce que nous voyons [en Ukraine] est une stratégie multi-vecteur classique. Son objectif est de lier les forces ennemies, de les maintenir en place, de détruire les postes de commandement, de les encercler et de capturer des objets stratégiquement importants. Contourner les zones fortifiées où la bataille serait trop intense. Il n’est pas facile de ne pas laisser prendre l’initiative.</p><p>La vitesse d’avance des troupes russes est supérieure à la vitesse des troupes allemandes lors de l’ opération Blitzkrieg pendant la Seconde Guerre mondiale. C’est l’avance de troupes la plus rapide de l’histoire.</p><p>Surtout, considérant que l’armée ukrainienne était composée de 260 000 hommes, entraînés et équipés selon les normes de l’OTAN, avec un système de commandement étroitement lié, efficacement géré par des officiers. Il convient également d’envisager le soutien de 200 à 300 000 réservistes, unités auxiliaires et services. Et donc les Russes ont commencé avec 190-200 000 soldats pour faire face à une force de 600 000 soldats.</p><p>Habituellement, au début d’une campagne, vous aurez un avantage de trois contre un côté offensif. Les Russes ont lancé l’opération avec un avantage d’un contre trois, ou un contre quatre du côté ukrainien. Mais néanmoins, les pertes de la dernière semaine s’affichent 1 à 6 en faveur des Russes. Habituellement, dans les affrontements modernes de la Seconde Guerre mondiale, les batailles d’annihilation à grande échelle, par exemple, les Allemands dans les batailles avec les Américains, étant donné que les Américains ont gagné, pour chaque Américain tué, il y avait 3 à 4 Allemands. Ce ratio a permis aux Américains de gagner des batailles et d’avancer. Le rapport entre les Russes et les Ukrainiens de 1 à 6 est une défaite écrasante pour la partie ukrainienne.</p><p>L’une des raisons qui entravent l’avancée des Russes est que la partie russe a annoncé son intention d’éviter des pertes parmi l’armée ukrainienne.</p><p>Pour moi, comme pour tout le monde, ce fut une surprise absolue qu’ils aient commencé l’ opération avec une main attachée dans le dos. La progression est très calme et très précise. Les Russes ont tenté de négocier avec tous ceux qui occupaient des positions fortifiées dans le but de minimiser les pertes civiles et la destruction des installations urbaines. Les Russes ont manifesté leur refus de tuer des soldats ukrainiens dans leurs casernes. Au lieu de cela, ils ont souvent annoncé « nous préférons que vous restiez dans votre caserne et renonciez à résister parce que nos revendications ne sont pas contre vous, nous chassons de plus gros poissons ».</p><p>Malheureusement pour les Russes, les Ukrainiens ont décidé de se battre, et ils se battent très honorablement. Je ne peux pas sous-estimer le courage et la résilience de l’armée ukrainienne. Ils sont confrontés à une armée russe bien entraînée et bien équipée, qui dispose d’avantages tactiques et opérationnels. Et les Ukrainiens démontent des affrontements tout à fait dignes. Mais ils perdent, perdent sans espoir. Et je pense que plus tôt, même plus tôt que tard, nous verrons une reddition totale. Lorsqu’ils sont à court de munitions, ils manquent de nourriture, ils manquent d’eau potable et de carburant, et ils seront confrontés à un choix : une résistance inutile ou la mort.</p><p>Lee Camp : Il y a beaucoup de discussions dans la propagande américaine, je peux citer votre citation sur Twitter comme exemple – « pratiquement tout ce qui est dit sur les chaînes occidentales sur les actions des Russes en Syrie n’est pas vrai ». À votre avis, que pensez-vous des troupes russes des pertes civiles ?</p><p>Scott Ritter: Les troupes russes se sont délibérément privées d’un énorme avantage de la doctrine militaire moderne – un avantage décisif en matière de puissance de feu. Je dirais même supériorité absolue. La stratégie russe habituelle consiste à localiser la cible et à brûler l’emplacement avec des tirs nourris d’artillerie à lance-roquettes multiples, de mortiers, puis à faire avancer les forces au sol jusqu’à ce qu’une nouvelle cible soit localisée et que la procédure soit répétée. La tactique est extrêmement efficace et extrêmement brutale. Appliquée à une formation ennemie située dans une zone urbaine ou dans une banlieue densément peuplée, elle entraînerait la mort de dizaines de milliers de civils.</p><p>Les Russes ont abandonné cette tactique. Ils ne l’ont pas utilisé nulle part [en Ukraine]. Mais la guerre est une science inexacte, je vous le dis en tant que personne qui connaît cela de première main. Ils sont guidés par des informations des opérations de reconnaissance sur les capacités de l’ennemi et ses emplacements. Donc ils ont une cible, ils choisissent les armes les plus adaptées pour l’éliminer. Et tout à coup, il s’avère que les renseignements étaient erronés. Et dans tous les cas, lorsque des combats ont lieu dans des zones habitées, ce sont les gens qui paient le prix le plus élevé. Et cela se passe en ce moment.</p><p>Mais prétendre que les Russes ciblent délibérément la population civile est une déformation absolue de la réalité. Les Russes sont très, très prudents dans l’utilisation des armes. Lorsqu’ils utilisent des armes lourdes, par exemple à Kharkov, ils ont utilisé plusieurs systèmes de lance-roquettes lors de batailles dans des bâtiments privés. Mais ce que les médias ne vous diront pas, c’est que les Russes ont envoyé un groupe de reconnaissance dans cette zone avant cela. Elle a été prise en embuscade et détruite par l’armée ukrainienne, qui s’était retranchée dans la région. Un tel résultat d’une opération de reconnaissance transforme automatiquement la zone en une cible de combat légitime. Je suis désolé, mais ce sont les règles de la guerre. Si vous avez pris la décision de vous défendre dans des zones résidentielles, vous ne pouvez pas, ce n’est plus un crime de guerre si les Russes frappent ces zones.</p><p>Je pense que les Russes échouent sur un aspect, et c’est en termes de propagande. Je ne dis pas que j’aimerais que les Russes mentent. Mais je voudrais qu’ils défendent mieux leur point de vue dans cette confrontation. En face ils n’ont pas seulement la propagande du gouvernement ukrainien. Il faut tenir compte du fait que la CIA coopère uniquement avec le ministère ukrainien de l’Information. Et la CIA est responsable de ce qu’on appelle une « opération d’information ». C’est une opération secrète d’action politique, utilisée avec la permission du président des États-Unis. Et la raison pour laquelle la CIA doit obtenir l’approbation présidentielle est que la CIA n’a généralement pas le droit de manipuler des informations qui auraient un impact sur le public américain. Ils peuvent mentir, ils le font avec beaucoup de succès. Mais il leur est interdit de mentir si cela affecte le point de vue des Américains.</p><p>Or c’est exactement ce qu’ils font maintenant. Ils diffusent de la désinformation. Ou, disons-le de cette façon, ils ont effectué une opération d’information bien calculée afin d’obtenir des résultats politiques intérieurs en Russie. Le but en fait est le renversement du régime, ils veulent que Poutine soit renversé. Par conséquent, ils créent un mécontentement interne en Russie, et ils dirigent ce mécontentement avec des sanctions et des mécanismes politiques. Tout doit fonctionner ensemble. Les sanctions ne fonctionnent pas toutes seules. Les sanctions, visent une certaine classe de citoyens à Moscou, et en fermant à cette classe l’accès aux bénéfices de la coopération avec l’Occident, vous violez leur mode de vie. Les États-Unis veulent que cette classe devienne incontrôlable et renverse leur Saddam. Il s’agit d’une opération de changement de régime.</p><p>Et la propagande en Ukraine ne se limite pas à exagérer les victoires ukrainiennes, comme le font normalement les militaires, ou à minimiser les succès russes. C’est la manipulation de l’information en Russie et en Europe. Souvenons-nous de l’OTAN – c’est une organisation incapable qui a sauté d’Afghanistan en disgrâce. Comment allez-vous les confronter à ce qui se passe actuellement ? Comment les arriver à aller à l’encontre de ce dont les Russes sont capables ? Nous devons lancer une opération d’information destinée à remodeler l’opinion publique en Europe. Le public américain tombe également sous l’influence de la propagande. Vous ne pouvez pas faire en sorte que la CIA pousse un mensonge ici et à la maison sur CNN en disant : « oui, tout est un mensonge ». Vous n’êtes pas obligé de faire ces déclarations, vous ne devez pas reporter que la vérité. Ils ont laissé les mensonges prendre vie. Cela nécessite l’approbation du gouvernement. Ainsi, le président des États-Unis est impliqué dans une opération qui escroque le public américain et les gens devraient en prendre note.</p><p>@RealScottRitter</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
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	<pubDate>Sun, 20 Mar 2022 07:32:11 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Le cancre]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Auteur : Gilles CASANOVA </p>

<p>Pour comprendre les mécanismes profonds qui sont à l’œuvre dans l’Histoire, parfois, les arts sont une aide plus grande que les textes officiels, les proclamations, les manifestes, les textes de congrès ou les lois votées. </p>

<p><img src="https://www.artcurial.com/sites/default/files/lots-images/2018-02-20-16/3374_10627633_0.jpg" alt="image"></p>

<p>Et lorsque l’on essaye de suivre le cours de l’Histoire, si l’on voit assez naturellement à qui profitent les crimes qui sont commis, il est parfois plus difficile de percevoir tout à fait comment ils ont été rendus possibles.</p>

<p>C’est là que les documents artistiques nous montrent ce qui, en apparence, n’était pas une évidence et qui, si l’on veut bien se pencher dessus, nous révèlent des aspects que nous avions sous les yeux mais que nous n’avons pas notés, parce qu’il ne se présentaient pas sous une forme politique mais sous une forme artistique.</p>

<p>C’est une chanson qui ce dimanche sera l’objet de ce texte, elle n’en sera pas une illustration mais elle en sera l’élément central.</p>

<p>On voit, vendredi dernier, des syndicats enseignants qui veulent débaptiser un collège Alexandre Soljenitsyne, pour lui donner un nom ukrainien, dans la folie anti-Russes qui s’empare des médias, des imbéciles et des dirigeants européens, aiguillonnés par l’OTAN.</p>

<p>On peut légitimement se demander comment on en est arrivé là, comment on en est arrivé à un tel obscurantisme dans la tête de ces enseignants.</p>

<p>Mais, en vérité, on a vu ces dernières années le naufrage de l’instruction publique, avec des programmes scolaires qui progressivement ne sont plus faits pour instruire mais pour « éduquer », avec une École dans laquelle on a mis « les élèves au centre de l’École » alors que c’était le savoir et la connaissance qui y trônaient auparavant.</p>

<p>À qui profite le crime ?</p>

<p>À ceux qui veulent transformer les Nations et leurs citoyens en un magma informe de consommateurs, agis par des émotions manipulées par voie électronique – médias, réseaux sociaux – et désespérément seuls face a quelques immenses conglomérats financiers, animés par des intelligences artificielles nourries au Big Data, et chargées de remplir les coffres de quelques centaines de milliardaires qui possèdent et stérilisent dans des paradis fiscaux la majorité de la richesse sur Terre. </p>

<p>Est-ce que « C’était mieux avant » ?</p>

<p>Sur ce sujet, la réponse est sans conteste : oui.</p>

<p>Dans la période précédente, pendant la Guerre froide, la crainte de la coagulation entre l’ours soviétique et les mouvements ouvriers et populaires exerçait sur les puissants une grande terreur. Le propre du système soviétique étant l’abolition de la propriété privée, ils y voyait la fin de tout. La leur en tout cas. C’est ce qui les conduisait à penser qu’il fallait donner la plus grande instruction possible et fournir les moyens du plus grand esprit critique possible au plus grand nombre, de façon à ce que celui-ci se rende compte que la vie à Moscou était bien pire que la vie à Rome, Paris, Londres ou Hambourg, et ainsi limiter l’extension de l’idée communiste. Faire que celle-ci ne rende plus compte de l’espoir d’un monde meilleur pour les exploités, mais apparaisse comme la matrice d’un monde totalitaire désespérant. </p>

<p>Ils avaient eu quelques déconvenues à la fin des années 60 en se rendant compte que l’esprit critique ainsi distribué, s’il maintenait à distance le « rêve soviétique », conduisait aussi les jeunes à critiquer le rêve capitaliste, et l’on vit des mouvements de la jeunesse scolarisée dans l’ensemble des pays occidentaux balayer la tranquillité politique qui avait présidée à l’immédiat après-guerre.</p>

<p>Lorsqu’arrive la chute du Mur de Berlin, les puissants vont vendre aux politiciens chargés de répandre la bonne parole au bon public, qu’arrive l’heure de la Liberté, du triomphe de la Démocratie, de la fin du totalitarisme, de « la fin de l’Histoire » avec la fin de la violence, de la guerre et de l’oppression.</p>

<p>Mais ils ont bien compris que sonnait pour eux l’heure de se libérer de toutes les contraintes qu’avait fait peser sur eux la volonté d’avoir le beau rôle auprès des catégories populaires dans l’affrontement avec le totalitarisme soviétique. L’ennemi disparu, il n’y avait plus de raison de se soucier des catégories populaires, celle-ci marcheraient au pas comme elles l’avaient fait pendant tout le XIXe siècle et jusqu’en 1917…</p>

<p>Il n’y avait donc plus aucune raison de les instruire, plus aucune raison de leur apporter l’esprit critique, plus aucune raison de les éclairer…</p>

<p>Mais là se situe notre chanson. Et son intérêt pour comprendre le mouvement de l’Histoire. </p>

<p>Les enseignants, formés pour répandre l’esprit des Lumières, l’esprit critique, la connaissance, le savoir, ces enseignants étaient très majoritairement de gauche, très majoritairement engagés dans l’idée que le progrès social et le progrès humain étaient l’objectif de toute société, et non simplement un progrès technique et scientifique dont l’aspect moral et social aurait été oublié en route.</p>

<p>Comment expliquer à ces enseignants qu’il ne fallait plus instruire, qu’il ne fallait plus pousser la jeunesse à l’effort, qu’il ne fallait plus pousser la jeunesse à connaître la culture, à se l’approprier, et à en faire un outil de liberté ?</p>

<p>Il semblait évident que si les grands banquiers, et les politiciens qu’ils entretiennent, se mettaient à expliquer directement le projet, le corps enseignant dans sa quasi-intégralité se serait trouvé vent debout face a une telle perspective. </p>

<p>Il fallait donc faire un détour, et c’est là que la gauche elle-même, dans sa partie contestataire comme dans sa partie modérée, va fournir les outils et les instruments de cette contre-révolution. </p>

<p>L’irruption des mouvements de la jeunesse scolarisée à la fin des années 60 – autour de 1968 – a donné corps à un certain nombre de revendications qui n’étaient pas toutes portées par l’esprit des lumières. Certaines relevaient de la simple paresse, du simple refus de l’effort d’un certain nombre de jeunes petits-bourgeois qui avaient le sentiment que, de toutes façons, leur avenir était assuré par leur famille et qu’ils ne voyaient pas pourquoi il fallait en plus se fatiguer à apprendre.</p>

<p>Et dans le même temps, culturellement, la gauche a été saisie d’une sorte de pensée « romantique ». Identifiant le bon élève au bourgeois, ce qui n’était pas encore tout à fait le cas, et le cancre au prolétaire, ce qui n’était pas non plus encore tout à fait le cas, elle s’est mise à découvrir que la spontanéité naturelle de ces jeunes et de ces enfants n’était pas de souffrir par l’effort d’apprendre « la culture bourgeoise », mais d’exercer pleinement leur spontanéité désirante.</p>

<p>La gauche modérée, fit montre de modération, comme c’est son rôle. Ainsi Lionel Jospin, ministre de l’éducation, lança une grande mission de l’inspection générale contre « l’ennui à l’école ». Ce n’était qu’une mission d’étude, mais elle a conclu que si les élèves ennuyaient à l’école c’est parce que le savoir est une chose aride, et l’enfant naturellement tourné vers des choses plus ludiques, plus amusantes, plus distrayantes.  </p>

<p>Le problème c’est que l’ennui à l’école, fait partie du processus qui construit l’effort sur soi-même et sur ses pulsions pour se cultiver, pour apprendre, pour faire l’effort d’acquérir une culture qui va en retour nous libérer. </p>

<p>Ce n’est pas en se déhanchant sur des airs de rock ‘n’ roll que l’on devient Ray Charles, mais en faisant effort d’apprendre le piano et de passer des heures chaque jour sur son piano, bien souvent à faire des gammes. Ensuite, mais ensuite seulement, on peut jouer et même créer du rock ‘n’ roll, voire parfois en devenir une figure !</p>

<p>Il fut donc conclu, à l’inverse, qu’il fallait remplacer le savoir et l’effort au cœur du système éducatif pour y installer à leur place l’Élève. L’Élève tout-puissant, qui pourrait se déplacer dans la connaissance comme le client dans son supermarché, en allant chercher ce qui lui convient le mieux. La différence c’est que lorsqu’on fait ses courses dans le supermarché, on dispose déjà de la connaissance minimale de ce qui se trouve sur les rayons, l’enfant, lui, par nature, ne dispose en rien de cette connaissance. Il va donc devoir choisir à l’aveugle ce qui lui semblera le plus chatoyant. On a vu le résultat, l’orthographe, par exemple, est aujourd’hui sinistrée, y compris dans les documents universitaires que peuvent produire des bac+8. L’histoire comme la géographie sont ignorées, la capacité des jeunes à comprendre le monde qui les entoure est ainsi gravement minorée. La capacité de les manipuler grandement augmentée. </p>

<p>Mais celle qui va donner le coup de grâce à l’instruction, c’est la gauche radicale, car c’est elle qui influence le plus les enseignants après 1968, et c’est elle qui va produire le discours et la pratique qui vont permettre aux puissants de se débarrasser d’une machine à instruire, d’une machine à répandre la culture – la culture bourgeoise, eh oui, il n’en est pas d’autre –, d’une machine à répandre l’esprit critique. </p>

<p>Plus qu’un long discours lisez le texte de cette chanson tout y est dit. Il faut regarder par la fenêtre les beautés de la nature plutôt qu’écouter le professeur. Il faut penser au sexe plutôt que penser à l’effort pour apprendre. La culture des adultes est une culture bourgeoise qui veut nous conditionner, pour faire de nous des adultes, on doit donc la refuser et garder son innocence d’enfant. </p>

<p>Toutes ces idées qui ont tant plu à cette gauche enseignante et pédagogiste, et qui ont conduit à la destruction de l’École, elles sont exprimées avec beaucoup de clarté mais aussi beaucoup de beauté dans cette chanson, par un chanteur de grand talent, qui revendiquait son appartenance au Parti communiste français, et qui était bien représentatif de cet esprit qui se pensait révolutionnaire, alors qu’il a servi les desseins des plus riches.</p>

<p>Vous noterez que la chanson mêle le refus de l’instruction – excepté lire et écrire, qui sont explicitement maintenus, seuls, comme utiles – et les événements politiques du moment, ancrant tout à fait ce refus de l’instruction à une ligne politique…</p>

<p>Elle a été écrite et composée par Lény Escudero et Thierry Fervant, Elle fut interprétée en 1974 par Leny Escudéro. </p>

<p>Voici le texte de la chanson :</p>

<p>« Je vis tout seul au fond d'la classe<br />Je dis je vis mais pas vraiment <br />J'ai pas d'cervelle, j'ai que d'la crasse <br />Faut s'faire tout p'tit, petitement <br />Et pendant que les purs, les vrais intelligents<br />Vous savez ceux qui sont toujours au premier rang</p>

<p>Pendant qu'ils vivent la vie des autres<br />La vie des bons auteurs, la vie des douze apôtres<br />Moi j'vis la mienne, et vive le naufrage<br />Moi j'vis la mienne, et vive le voyage</p>

<p>Un bout d'soleil tombé du ciel au creux d'ma main<br />Et je voyage<br />Un chant d'oiseau qui s'est perdu parc'que personne l'a entendu<br />Et je voyage</p>

<p>Bouche fermé, les bras croisés, les yeux levés écoutez bien têtes incultes<br />Le bon savoir, le vrai savoir, le seul savoir et vous serez de bon adultes</p>

<p>Et mon frère corbeau à l'autre bout du champs<br />Chante pour lui tout seul la chanson du printemps</p>

<p>Le professeur m'a dit que j'étais intelligent, mais pas comme il le faudrait,<br />C'est pas d'la bonne intelligence</p>

<p>Je suis ce qu'on ne doit pas faire<br />L'exemple à ne pas retenir<br />Qui rit quand il faudrait se taire<br />Et mon avenir, j'ai pas d'avenir<br />Et pendant que les autres font des sciences naturelles<br />Moi je pense à Margot, Margot, qui est si belle<br />Qui ne sait rien du tout, ni d'Iena, ni d'Arcole<br />Mais qui à la peau douce et douce la parole<br />Qui se fout du génie<br />Et vive le naufrage<br />Et qui aime la vie<br />Et vive le voyage</p>

<p>Un grand loup bleu danse dans ses yeux quand je le veux<br />Et je voyage<br />Puis il me mord au creux des reins c'était hier je m'en souviens<br />Et je voyage</p>

<p>Bouche fermé, les bras croisés, les yeux levés écoutez bien têtes incultes<br />Le bon savoir, le vrai savoir, le seul savoir et vous serez de bon adultes</p>

<p>Et mon frère corbeau à l'autre bout du champs<br />Chante pour lui tout seul la chanson du printemps</p>

<p>Apprendre à lire et à écrire, pour moi aussi c'est important<br />Mais après pour lire quoi, écrire quoi, ce qui les arrange les grands<br />Le jour de ma naissance, je suis venu dans le tumulte<br />Sans doute pour m'avertir que je venais dans un monde occupé par les adultes<br />Ca s'rait bien l'école, si au lieu de toujours parler d'hier<br />On nous parlait un peu d'aujourd'hui, de demain<br />Mais d'quoi j'me mêle moi, j'y connais rien<br />Pourtant j'ai l'impression que j'apprendrais mieux<br />Ce qui me touche un peu, ce que j'aime bien<br />C'est peut-être pour demain, qu'est-ce que ça s'ra chouette</p>

<p>Vous avez entendu, il faut qu'je parte, la cloche a sonné<br />Composition d'histoire, j'aurais dû réviser<br />Et moi j'suis là à parler, j'perd mon temps oui<br />Vous savez peut-être, il y a eu un coup d'Etat au Chili<br />On y assassine pour un non, pour un oui<br />Au Portugal, il y en a eu un aussi<br />Au petit matin, c'était la fin de la nuit<br />Et il paraît qu'en Espagne, on recommence à chanter dans les rues<br />Mais je n'suis sur de rien, j'ai seulement entendu dire<br />Ah, il faut qu'je parte la cloche a sonné<br />Ah, composition d'histoire et j'ai encore oublié<br />Et pourtant c'est facile, et puis c'est important<br />Mais.. Mais j'm'en rappelle jamais la date de la bataille de<br />Marignan<br />Mais je sais qu'c'est facile, mais j'ai encore oublié, ah merde !<br />Dimanche j'vais encore être collé<br />Mais pourtant c'est facile, et puis c'est important, la date de la bataille<br />De Marignan<br />C'est ça qu'y est important, la date de la bataille de Marignan »</p>

<p>Le dimanche, avec plus ou moins de succès, mais pour le plaisir de quelques aficionados, je diffuse une musique sur cette page.</p>

<p>Je vous propose d’écouter, aujourd’hui, Lény Éscudero qui chante « Le cancre » :</p>

<p>https://youtu.be/NriTUiHt8Uw</p>
]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/852/henry-kissinger-to-settle-the-ukraine-crisis-start-at-the-end</guid>
	<pubDate>Tue, 15 Mar 2022 06:12:42 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/852/henry-kissinger-to-settle-the-ukraine-crisis-start-at-the-end</link>
	<title><![CDATA[Henry Kissinger: To settle the Ukraine crisis, start at the end]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Henry A. Kissinger was secretary of state from 1973 to 1977.</p><p id="U7601279025610rND">Public discussion on Ukraine is all about confrontation. But do we know where we are going? In my life, I have seen four wars begun with great enthusiasm and public support, all of which we did not know how to end and from three of which we withdrew unilaterally. The test of policy is how it ends, not how it begins.</p><p id="U7601279025610nmC">Far too often the Ukrainian issue is posed as a showdown: whether Ukraine joins the East or the West. But if Ukraine is to survive and thrive, it must not be either side’s outpost against the other — it should function as a bridge between them.</p><p id="U7601279025610jsH">Russia must accept that to try to force Ukraine into a satellite status, and thereby move Russia’s borders again, would doom Moscow to repeat its history of self-fulfilling cycles of reciprocal pressures with Europe and the United States.</p><p id="U7601279025610arD">The West must understand that, to Russia, Ukraine can never be just a foreign country. Russian history began in what was called Kievan-Rus. The Russian religion spread from there. Ukraine has been part of Russia for centuries, and their histories were intertwined before then. Some of the most important battles for Russian freedom, starting with the <a href="http://www.britannica.com/EBchecked/topic/468225/Battle-of-Poltava" title="www.britannica.com">Battle of Poltava in 1709</a> , were fought on Ukrainian soil. The Black Sea Fleet — Russia’s means of projecting power in the Mediterranean — is based by long-term lease in Sevastopol, in Crimea. Even such famed dissidents as Aleksandr Solzhenitsyn and Joseph Brodsky insisted that Ukraine was an integral part of Russian history and, indeed, of Russia.</p>
<p>]]&gt;</p>
<p id="U7601279025610YLD">The European Union must recognize that its bureaucratic dilatoriness and subordination of the strategic element to domestic politics in negotiating Ukraine’s relationship to Europe contributed to turning a negotiation into a crisis. Foreign policy is the art of establishing priorities.</p><p id="U7601279025610n7G">The Ukrainians are the decisive element. They live in a country with a complex history and a polyglot composition. The Western part was incorporated into the Soviet Union in 1939 , when Stalin and Hitler divided up the spoils. Crimea, <a href="http://www.euronews.com/2014/03/01/russian-upper-house-approves-use-of-troops-on-ukrainian-soil-/" id="U7601279025610vtC" title="www.euronews.com">60 percent of whose population is Russian</a> , became part of Ukraine <a href="http://www.washingtonpost.com/blogs/worldviews/wp/2014/02/27/to-understand-crimea-take-a-look-back-at-its-complicated-history/" id="U7601279025610NHD" title="www.washingtonpost.com">only in 1954</a> , when Nikita Khrushchev, a Ukrainian by birth, awarded it as part of the 300th-year celebration of a Russian agreement with the Cossacks. The west is largely Catholic; the east largely Russian Orthodox. The west speaks Ukrainian; the east speaks mostly Russian. Any attempt by one wing of Ukraine to dominate the other — as has been the pattern — would lead eventually to civil war or break up. To treat Ukraine as part of an East-West confrontation would scuttle for decades any prospect to bring Russia and the West — especially Russia and Europe — into a cooperative international system. </p><p id="U7601279025610dh">Ukraine has been independent for only 23 years; it had previously been under some kind of foreign rule <a href="http://www.britannica.com/EBchecked/topic/612921/Ukraine/30063/Lithuanian-and-Polish-rule" title="www.britannica.com">since the 14th century</a>. Not surprisingly, its leaders have not learned the art of compromise, even less of historical perspective. The politics of post-independence Ukraine clearly demonstrates that the root of the problem lies in efforts by Ukrainian politicians to impose their will on recalcitrant parts of the country, first by one faction, then by the other. That is the essence of the conflict between Viktor Yanu­kovych and his principal political rival, Yulia Tymo­shenko. They represent the two wings of Ukraine and have not been willing to share power. A wise U.S. policy toward Ukraine would seek a way for the two parts of the country to cooperate with each other. We should seek reconciliation, not the domination of a faction.</p><p id="U7601279025610uNC">Russia and the West, and least of all the various factions in Ukraine, have not acted on this principle. Each has made the situation worse. Russia would not be able to impose a military solution without isolating itself at a time when many of its borders are already precarious. For the West, the demonization of Vladimir Putin is not a policy; it is an alibi for the absence of one.</p><p id="U7601279025610iEC">Putin should come to realize that, whatever his grievances, a policy of military impositions would produce another Cold War. For its part, the United States needs to avoid treating Russia as an aberrant to be patiently taught rules of conduct established by Washington. Putin is a serious strategist — on the premises of Russian history. Understanding U.S. values and psychology are not his strong suits. Nor has understanding Russian history and psychology been a strong point of U.S. policymakers.</p><p id="U7601279025610BcH">Leaders of all sides should return to examining outcomes, not compete in posturing. Here is my notion of an outcome compatible with the values and security interests of all sides:</p><p id="U7601279025610jZB">1. Ukraine should have the right to choose freely its economic and political associations, including with Europe.</p>
<p>]]&gt;</p>
<p id="U7601279025610iTF">2. Ukraine should not join NATO, a position I took seven years ago, when it last came up.</p><p id="U7601279025610ai">3. Ukraine should be free to create any government compatible with the expressed will of its people. Wise Ukrainian leaders would then opt for a policy of reconciliation between the various parts of their country. Internationally, they should pursue a posture comparable to that of Finland. That nation leaves no doubt about its fierce independence and cooperates with the West in most fields but carefully avoids institutional hostility toward Russia.</p><p id="U7601279025610EHG">4. It is incompatible with the rules of the existing world order for Russia to annex Crimea. But it should be possible to put Crimea’s relationship to Ukraine on a less fraught basis. To that end, Russia would recognize Ukraine’s sovereignty over Crimea. Ukraine should reinforce Crimea’s autonomy in elections held in the presence of international observers. The process would include removing any ambiguities about the status of the Black Sea Fleet at Sevastopol.</p><p id="U7601279025610vHI">These are principles, not prescriptions. People familiar with the region will know that not all of them will be palatable to all parties. The test is not absolute satisfaction but balanced dissatisfaction. If some solution based on these or comparable elements is not achieved, the drift toward confrontation will accelerate. The time for that will come soon enough.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Sat, 05 Mar 2022 19:37:41 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Le spectacle de la fin du monde ancien]]></title>
	<description><![CDATA[<p></p><p>Le fait que nous soyons à ce point surpris, y compris l’auteur de ces lignes, par l’invasion russe de l’Ukraine, témoigne de la perte d’une capacité d’analyse obscurcie par l’arrogance inconsciente de ce que l’on appelle « l’occidentalisme ». Et également par un rapport au temps, envahi par ce que l’on appelle le « présentisme », c’est-à-dire limitation de notre mémoire à ce qui s’est passé la semaine dernière. Et nous avons pris l’habitude de plaquer sur le réel une morale unilatérale et utilitaire qui nous fait oublier le caractère tragique de l’Histoire.</p>
<p>Petit retour 500 ans en arrière</p>
<p>À la fin du XVe siècle, l’Europe s’est lancée à la conquête du monde dans le cadre de ce que l’on a appelé la « deuxième mondialisation » après celle de l’antiquité romaine. Pendant que la civilisation chinoise qui disposait pourtant de bases matérielles plus importantes, et dont les flottes parcouraient les mers, décidait de se refermer et de se contenter d’être l’Empire du Milieu. Juste un petit détail qui en dit long, lorsqu’au milieu du XVe siècle, la dynastie Ming mis fin aux expéditions maritimes, en fermant ses ports et ses frontières aux bateaux et aux voyageurs étrangers, construire une jonque était puni de mort. Pendant trois siècles, les Européens sillonnèrent les mers du globe et s’implantèrent massivement dans le Nouveau Monde débarrassé de ses habitants par la conquête, le génocide et les germes. Au XIXe siècle ce fut l’avènement du fameux triptyque décrit par Éric Hobsbwam. Avec la révolution industrielle (l’ère du Capital) et son accouchement faisant subir aux populations de l’Europe et du Nouveau Monde une énorme violence sociale. Puis la colonisation occidentale sur l’ensemble de la planète avec son cortège de violences et ses contradictions (l’ère des empires). Et enfin la mise en place des structures politiques en Occident dont nous continuons aujourd’hui à faire usage (l’ère des révolutions). Ce fut la troisième mondialisation qui vit des migrations considérables, l’Europe déversant sur le monde ses populations excédentaires.</p><p>Le « court XXe siècle », commencé le 1er août 1914 pour se terminer le 8 novembre 1989 fut le théâtre de deux guerres mondiales mettant la planète à feu et à sang et d’une guerre froide qui nous fit frôler plusieurs fois la catastrophe nucléaire. Depuis la fin du XIXe, une fois réglé son problème interne avec la guerre de Sécession, les États-Unis d’Amérique ont mis en œuvre une stratégie claire, celle de la conquête de l’hégémonie sur l’ensemble occidental, devant déboucher sur la conduite des affaires du monde. Ce n’est pas exonérer Joseph Staline de ses crimes et de la mise en coupe réglée des pays conquis lors de la guerre contre l’Allemagne nazie, que de rappeler que la guerre froide fut d’abord voulue et déclenchée par les États-Unis. Le choix de Truman comme vice-président d’un Roosevelt malade dont on savait qu’il ne finirait pas son quatrième mandat en fut le premier acte. Par une manipulation de la convention démocrate 1944, Henry Wallace considéré comme soviétophile et partisan de la pérennité de la « Grande alliance » fut écarté au profit d’Harry Truman. Plus tard, l’effondrement et le démantèlement de l’URSS furent considérés par les États-Unis comme la victoire qui leur était due et signifiait la fin de l’Histoire avec la consécration définitive de la domination occidentale sur le monde, sous conduite américaine. Cette conviction explique les actes de piraterie internationale que les USA ont multipliés depuis 30 ans sans qu’aucune de ces violations du droit ne subisse ou n’encoure la moindre sanction. Tout comme la façon dont la Russie fut piétinée dans les années 90, et pourquoi l’arrivée à sa tête d’un colonel du KGB décidé à restaurer un État, fut perçue comme illégitime et une atteinte aux intérêts fondamentaux de l’Amérique.</p>
<p>Le piège de Thucydide</p>
<p>Le piège de Thucydide est un concept de relations internationales tiré de son livre La Guerre du Péloponnèse qui décrit l’affrontement entre Sparte puissance dominante, et Athènes puissance émergente, la première étant poussée à la guerre par la peur suscitée par l’ascension de son rival. C’est ce qui arrive aujourd’hui aux États-Unis avec l’émergence de la Chine.</p><p>On attribue à Lénine la citation selon laquelle : « Les capitalistes nous vendront la corde avec laquelle nous les pendrons ». Si elle ne s’est pas appliquée à l’Union soviétique, le moins que l’on puisse dire est qu’elle colle parfaitement à la façon dont l’Occident a facilité le décollage de la Chine et le retour de l’Empire du Milieu dans l’Histoire. Par souci du profit immédiat, à coups de délocalisations et d’investissements, il a transformé ce pays en atelier du monde. Favorisant son décollage et lui permettant en un temps très court de rattraper ses retards. Occident incapable, probablement aussi par racisme inconscient, de comprendre que la Chine avait une revanche à prendre sur ce que nous lui avions fait au XIXe siècle pendant « le siècle de la honte » (la puissance occidentale s’exprimant notamment à l’époque dans les Guerres de l’Opium, imposant à la Chine les règles libre-échangistes de son commerce par la force), et que le souci de cette civilisation bimillénaire était de reprendre la place qu’elle considère lui être due.</p><p>Le réveil des adeptes occidentaux du court-termisme a été brutal et douloureux. Et c’est ainsi que la question russe est devenue primordiale. Tous les étudiants de ce pays qui envisagent des études historiques, politiques ou diplomatiques sont tenus de lire intégralement le livre de Zbigniew Brzeziński Le grand échiquier où le conseiller écouté des présidents américains expose avec franchise, voir cynisme, la théorie selon laquelle l’amélioration du monde et sa stabilité dépendent du maintien de l’hégémonie des États-Unis. Tout pays devenant concurrent est dès lors considéré comme une menace pour la stabilité mondiale. Et pour lui, la Russie doit être neutralisée, voire démantelée. Pour la bonne raison qu’il faut la détacher d’une Europe qui ainsi ne peut pas redevenir une puissance, restant ainsi soumise à l’hégémonie américaine. Les États-Unis pouvant ainsi se tourner vers le Pacifique et la Chine où ils savent qu’aura lieu l’affrontement prévu par Thucydide.</p><p>Pour les Russes, tout ce qu’ils considèrent avoir subi depuis la chute de l’Union soviétique se rattache à ce choix stratégique, et nourrit un sentiment d’insécurité traditionnellement très fort. Sentiment aggravé, il ne faut jamais l’oublier, par l’épouvantable catastrophe que fut pour eux la Deuxième Guerre mondiale. Le coup d’État organisé en 2014 par les États-Unis en Ukraine, l’installation dans ce pays d’un gouvernement anti-russe corrompu et à leur botte, la volonté de le faire rejoindre l’OTAN pour y installer des armes offensives dirigées contre eux, tout ceci a convaincu les Russes que l’affrontement devenait inévitable. La façon dont ils s’y sont préparés sur les plans militaires économiques et financiers aurait dû attirer notre attention à tous. Le refus des pays occidentaux qui en étaient pourtant les garants d’appliquer les accords de Minsk ont probablement fini de les convaincre que la solution militaire était inéluctable.</p><p>L’espoir que le pire ne soit pas toujours sûr nous a aveuglés sur ce qui nous attendait. La force du sentiment de supériorité occidentale si présent dans nos têtes nous a empêchés de comprendre le sens de l’offensive diplomatique de l’automne dernier. Les demandes écrites de la Russie exigeant des réponses également écrites dont manifestement leurs dirigeants savaient qu’elles étaient vouées à l’échec, tout cela constituait une maskirova, c’est-à-dire une opération d’intoxication destinée à masquer les préparatifs militaires. Une opération du type de celle qui vient de se déclencher nécessitait plusieurs mois de préparation et la décision de principe avait probablement été prise depuis longtemps.</p>
<p>La fin de l’ère occidentale ?</p>
<p>Il est difficile de savoir à ce stade quelle est la stratégie militaire mise en œuvre par la Russie en Ukraine, mais l’objectif apparaît désormais clairement. Mettre fin à l’existence d’une Ukraine antirusse, laquelle ne perdrait pas nécessairement son statut d’État, mais serait transformée, réorganisée, neutralisée et redeviendrait partie intégrante du monde russe. Les Russes sont gens d’action, et il vaut mieux les écouter quand ils parlent. Il aurait fallu le faire lors du discours de Vladimir Poutine à Munich en 2007. Et dès ce moment-là, comprendre que parier sur la poursuite de l’effondrement de la Russie était une erreur. Nous avons dit dans ces colonnes que nous étions rentrés dans une nouvelle guerre froide. Il est possible que cela soit beaucoup plus que ça. Et qu’une phase de plus de 500 ans, celle de la domination de l’Occident sur la planète, soit en voie d’achèvement et ce qui vient de se passer en Ukraine est une singulière expression du processus en cours.</p><p>Comme le démontre le vote de la condamnation de l’invasion russe par l’assemblée générale de l’ONU. Il faut regarder en détail qui a condamné, qui sanctionne, qui a refusé de condamner, mais surtout qui s’est abstenu. Reflet d’un monde multipolaire où l’on constate que seul l’Occident s’oppose réellement à la Russie. Parce que pour les autres, ce n’est pas autre chose qu’un conflit entre celle-ci et l’Occident. La Chine, l’Inde, l’Amérique latine, l’Afrique, le monde islamique et l’Asie du Sud-Est, plus personne ne reconnaît réellement le pouvoir que s’auto-attribue l’Occident à régenter l’ordre mondial. Et n’acceptera plus qu’il en fixe longtemps encore les règles du jeu.</p><p>Une fois de plus, il faut rappeler qu’il ne s’agit plus de morale, de celle dont es occidententaux savent faire peu de cas quand ça les arrange. Et surtout quand les cours de morale sont donnés par ceux-là mêmes qui jugent,<br />généralement avec cynisme en être dispensés. Il s’agit d’intérêts nationaux.</p><p>La Russie a donc défié l’Occident, et que dire du spectacle de la réaction de celui-ci à base de délires guerriers impuissants, de sanctions improductives, voire mortifères, pour ceux qui les prennent, et d’affichage d’une médiocrité tragique lorsque l’on voit qui sont les dirigeants de ces puissances ? Un vieillard sénile flanqué d’une nullité politique pour diriger celle qui se veut le gendarme du monde. Des élites américaines et européennes incompétentes basculant au coup de sifflet dans une hystérie inepte, à base de propagande grossière, de glapissements et d’incantations. Des États européens multipliant à grands sons de trompe des sanctions qui sont autant d’obus de mortier qu’ils se tirent dans les pieds, et qui n’auront aucun effet sur la détermination russe. Tout cela constitue autant de symptômes permettant de penser que l’ère de la domination occidentale mondiale est en train de s’achever. Fruit du piège de Thucydide, ce processus ne se passera pas simplement, sera dangereux et chaotique, et il constitue pour notre pays, puisque nous sommes un pion dans le système occidental, un défi particulier.</p><p>L’invasion de l’Ukraine est une claire violation du droit international, mais c’est d’abord un événement qui acte le déclin de la civilisation occidentale sous hégémonie américaine. Nous allons probablement vers des temps difficiles.</p>
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	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/850/crise-ukrainienne-une-epreuve-de-verite</guid>
	<pubDate>Fri, 04 Mar 2022 18:44:18 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/850/crise-ukrainienne-une-epreuve-de-verite</link>
	<title><![CDATA[Crise ukrainienne, une épreuve de vérité.]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Lilya Chavaga. – « Crying Crimea » (Crimée en pleurs), 2014</p><p>Décidée fin 1991 par Boris Eltsine, président de la Russie, et par ses homologues ukrainien et biélorusse, la dissolution de l’Union soviétique s’est déroulée pacifiquement parce que son président, M. Mikhaïl Gorbatchev, n’a pas voulu s’y opposer. Mais elle était grosse de conflits potentiels : dans cet espace multinational, vingt-cinq millions de Russes étaient laissés en dehors des frontières de la Russie (qui comptait 147 millions d’habitants au dernier recensement de 1989, contre 286 millions pour l’ex-URSS), celle-ci rassemblant au surplus des entités très diverses. Par ailleurs, le tracé capricieux des frontières allait multiplier les tensions entre Etats successeurs et minorités (Haut-Karabakh, Transnistrie, Ossétie du Sud, Abkhazie, Adjarie, etc.). Beaucoup de ces Etats multiethniques n’avaient jamais existé auparavant. C’était notamment le cas de l’Ukraine, qui n’avait été indépendante que trois ans dans son histoire, de 1917 à 1920, à la faveur de l’effondrement des armées tsaristes.</p><p>L’Ukraine telle qu’elle est née en décembre 1991 est un Etat composite. Les régions occidentales ont fait partie de la Pologne entre les deux guerres mondiales. Les régions orientales sont peuplées de russophones orthodoxes. Les côtes de la mer Noire étaient jadis ottomanes. La Crimée n’a jamais été ukrainienne avant une décision de rattachement imposée sans consultation par Nikita Khrouchtchev en 1954. La tradition de l’Etat est récente : moins d’un quart de siècle. Les privatisations des années 1990 ont fait surgir une classe d’oligarques qui dominent l’Etat plus que l’Etat ne les domine. La situation économique est très dégradée ; l’endettement, considérable. L’avenir de l’Ukraine — adhésion à l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) ou neutralité — est ainsi inséparable de la reconfiguration des rapports de forces à l’échelle européenne et mondiale. En 1997, M. Zbigniew Brzezinski écrivait déjà que le seul moyen d’empêcher la Russie de redevenir une grande puissance était de soustraire l’Ukraine à son influence (<a href="https://www.monde-diplomatique.fr/2015/06/CHEVENEMENT/53060#nb1" rel="appendix" title="Zbigniew Brzezinski, Le Grand Echiquier.L’Amérique et le reste du monde, (...)" id="nh1">1</a>).</p>
<p>Un dérapage accidentel</p>
<p>Le rappel des faits est essentiel pour qui veut comprendre. La crise ukrainienne actuelle était prévisible depuis la « révolution orange » (2004) et la première tentative de faire adhérer le pays à l’OTAN (2008). Cette crise était évitable pour peu que l’Union européenne, au moment du lancement du partenariat oriental (2009), eût cadré la négociation d’un accord d’association avec l’Ukraine, de façon à le rendre compatible avec l’objectif du partenariat stratégique Union européenne-Russie de 2003 : créer un espace de libre circulation « de Lisbonne à Vladivostok ».</p><p>Il eût fallu, bien entendu, tenir compte de l’intrication des économies ukrainienne et russe. L’Union eût ainsi évité de se laisser instrumentaliser par les tenants d’une extension de l’OTAN toujours plus à l’est. Au lieu de quoi, Bruxelles a mis l’Ukraine devant le dilemme impossible d’avoir à choisir entre l’Europe et la Russie. Le président ukrainien, M. Viktor Ianoukovitch, a hésité : l’offre russe était, financièrement, nettement plus substantielle que l’offre européenne. Il a demandé le report de la signature de l’accord d’association qui devait être conclu à Vilnius le 29 novembre 2013.</p><p>J’ignore si le commissaire européen compétent, M. Stefan Füle, a pris ses directives auprès de M. José Manuel Barroso, alors président de la Commission européenne, et si le Conseil européen a jamais délibéré d’une question qui portait en germe la plus grave crise géopolitique en Europe depuis celle des euromissiles (1982-1987). Le président Poutine a déclaré s’être vu refuser par les autorités européennes (MM. Barroso et Herman Van Rompuy) en janvier 2014, toute possibilité de discuter du contenu de l’accord d’association avec Kiev, sous le prétexte de la souveraineté de l’Ukraine.</p><p>Le report de la signature de l’accord par le président Ianoukovitch a été le signal des manifestations dites « proeuropéennes » de Maïdan, qui allaient aboutir, le 22 février 2014, à son éviction. Que l’Union européenne fasse rêver une partie notable de l’opinion ukrainienne est compréhensible. On doit cependant se poser la question de savoir si la Commission européenne était mandatée pour promouvoir les normes et les standards européens à l’extérieur de l’Union. Les manifestations de Maïdan ont été encouragées sur place par les multiples visites de responsables européens, mais surtout américains, souvent éminents (<a href="https://www.monde-diplomatique.fr/2015/06/CHEVENEMENT/53060#nb2" rel="appendix" title="Notamment Mme Victoria Nuland, secrétaire d’Etat adjointe américaine pour (...)" id="nh2">2</a>), tandis qu’organisations non gouvernementales et médias initiaient une véritable guerre de l’information. Ce soutien explicite à des manifestations dont le service d’ordre était assuré pour l’essentiel par des organisations d’extrême droite — Praviy Sektor et Svoboda — ne prêtait-il pas à confusion entre ce qui était du ressort de l’Union européenne et les initiatives de l’OTAN, quand ce n’étaient pas celles de Washington et de ses services ? L’« exportation de la démocratie » peut revêtir des formes diverses.</p><p>La non-application de l’accord du 21 février 2014, qui prévoyait une élection présidentielle à la fin de l’année, et l’éviction inconstitutionnelle, dès le lendemain, d’un président qui avait sans doute beaucoup de défauts, mais qui fut quand même élu, peut passer pour une « révolution » ou pour un coup d’Etat. C’est cette dernière interprétation qui a prévalu à Moscou. Bien que la Crimée ait été russe avant 1954, il n’est guère contestable que la décision d’organiser son rattachement à la Russie, même couverte par un référendum, a été une réaction disproportionnée. Elle est contraire au principe constamment affirmé par la Russie du respect de l’intégrité territoriale des Etats, notamment quand ce principe fut bafoué par le détachement du Kosovo de la Yougoslavie. M. Poutine, en Crimée, a fait passer les intérêts stratégiques de la Russie en mer Noire avant toute autre considération, redoutant sans doute que le nouveau gouvernement ukrainien ne respecte pas l’accord donnant Sébastopol en bail à la Russie... jusqu’en 2042 !</p><p>Cette crise a donc été un dérapage accidentel. L’annexion de la Crimée n’était pas programmée : M. Poutine clôturait, fin février, les Jeux olympiques de Sotchi, qui se voulaient une vitrine de la réussite russe. Il a surréagi à un événement que l’Union européenne n’avait pas non plus programmé, même si elle l’a encouragé par imprudence. Il est clair qu’elle a été débordée par des initiatives venues d’ailleurs, même si elles trouvaient en son sein des relais importants. La question posée aujourd’hui est de savoir si les Européens vont pouvoir reprendre le contrôle de la situation.</p><p>M. Poutine n’avait sans doute pas prévu que les Etats-Unis allaient se saisir de l’annexion de la Crimée pour édicter des sanctions d’abord limitées (juillet 2014), puis beaucoup plus sévères (septembre). Début mai 2014, il se déclarait prêt à circonscrire le conflit. Il encourageait les régions russophones à trouver une solution à leurs problèmes à l’intérieur de l’Ukraine. Le 10 mai, M. François Hollande et Mme Angela Merkel évoquaient, à Berlin, une décentralisation de l’Ukraine à inscrire dans sa Constitution. Le 25 mai, le président Petro Porochenko était élu et immédiatement reconnu par Moscou. Le « format de Normandie » (Allemagne, France, Russie, Ukraine) était ébauché le 6 juin. La crise paraissait pouvoir être résorbée pacifiquement.</p><p>Mais tout dérape à l’été : les autorités de Kiev lancent vers les « républiques autoproclamées » une « opération antiterroriste », qui dresse contre elles la population du Donbass. L’affaire tourne court du fait du délitement de l’armée ukrainienne, malgré le soutien de « bataillons de volontaires » pro-Maïdan. Signés le 5 septembre, les accords de Minsk I proclament un cessez-le-feu. Six jours plus tard, le 11 septembre, des sanctions sévères commencent à être mises en œuvre par les Etats-Unis et par l’Union européenne, officiellement pour garantir l’application du cessez-le-feu. Par le canal des banques, tétanisées par les sanctions américaines, le commerce eurorusse va se trouver progressivement freiné sinon paralysé. La Russie décrète des contre-sanctions dans le domaine alimentaire et se tourne vers les « émergents », particulièrement vers la Chine, pour diversifier son commerce extérieur et ses coopérations industrielles.</p><p>Dans le même temps, les cours du brut s’effondrent. Le rouble dévisse de 35 à 70 roubles pour un dollar fin 2014. Faute de suivi, les accords de cessez-le-feu s’enlisent. Kiev lance une seconde offensive militaire, qui finit par échouer comme la première. Grâce à l’initiative des chefs d’Etat réunis par M.Hollande, de nouveaux accords, dits « Minsk II », sont signés le 12 février 2015.</p><p>Le piège se referme : les sanctions occidentales sont faites, en principe, pour être levées. Or, si le volet militaire des accords de Minsk II s’applique à peu près, le volet politique reste en panne. Il obéit à une séquence bien définie : vote d’une loi électorale par la Rada (le Parlement ukrainien), élections locales dans le Donbass, réforme constitutionnelle, loi de décentralisation, nouvelles élections, et enfin récupération par Kiev du contrôle de sa frontière avec la Russie. Mais, le 17 mars dernier, la Rada adopte un texte qui bouleverse cette séquence en faisant du « retrait des groupes armés » un préalable. Le blocage du volet politique des accords de Minsk par le gouvernement de Kiev oriente en réalité le conflit ukrainien vers un « conflit gelé ». La levée des sanctions est ainsi prise en otage dans un cercle vicieux. En principe, elles ne peuvent être reconduites qu’à l’unanimité. En réalité, c’est la « loi du consensus » qui risque de s’appliquer : déjà, Mme Merkel a annoncé, le 28 avril 2015, que les sanctions européennes seraient probablement reconduites fin juin.</p><p>Nous sommes en présence d’une guerre qui ne dit pas son nom. Le débat feutré entre ceux qui souhaitent — généralement à voix basse — le maintien du partenariat eurorusse tel qu’il avait été conçu au début des années 2000 et les partisans d’une politique d’endiguement, voire de refoulement de la Russie, c’est-à-dire en fait d’une nouvelle guerre froide, reflète un heurt de volontés entre Washington et Moscou. Une guerre par procuration se déroule sur le terrain. Elle oppose d’une part l’armée ukrainienne et les « bataillons de volontaires » soutenus par les Etats-Unis et leurs alliés, et d’autre part les milices dites « séparatistes », qui trouvent leur appui d’abord dans la population de l’Est russophone et, bien sûr, dans une aide russe parée aux couleurs de l’aide humanitaire. La poursuite de ce conflit peut conduire à faire de l’Ukraine un brandon de discorde durable entre l’Union européenne et la Russie. A travers une véritable croisade idéologique largement relayée, Washington cherche à la fois à isoler la Russie et à resserrer son contrôle sur le reste de l’Europe.</p><p>Les hérauts d’une nouvelle guerre froide nous décrivent la Russie comme une dictature fondamentalement hostile aux valeurs universelles et qui aspirerait à reconstituer l’URSS. Pour ceux qui connaissent la Russie d’aujourd’hui, cette description est outrée, voire caricaturale. La popularité de M. Poutine tient à la fois au redressement économique qu’il a su opérer dans un pays qui avait perdu la moitié de son produit intérieur brut dans les années 1990 et au coup d’arrêt qu’il a su donner à la désagrégation de l’Etat. Son projet n’est pas impérial, mais national. C’est un projet de modernisation de la Russie, étant donné bien évidemment que celle-ci, comme tout Etat, a des intérêts normaux de sécurité.</p><p>On peut évidemment tenter de ranimer de vieilles peurs : il en est qui prennent Le Pirée pour un homme (<a href="https://www.monde-diplomatique.fr/2015/06/CHEVENEMENT/53060#nb3" rel="appendix" title="Que le lecteur veuille bien excuser cette référence à La Fontaine [Le Singe et (...)" id="nh3">3</a>) et M. Poutine pour un pays. La Russie est en fait en pleine transformation. Sa société est marquée par la montée de couches moyennes nombreuses, qui contestaient souvent le retour de M. Poutine au pouvoir en 2012, mais qui lui semblent aujourd’hui ralliées. Même M. Mikhaïl Gorbatchev considère que l’Occident, depuis 1991, a traité injustement la Russie comme un pays vaincu, alors que le peuple russe est un grand peuple évidemment européen (<a href="https://www.monde-diplomatique.fr/2015/06/CHEVENEMENT/53060#nb4" rel="appendix" title="Discours de Berlin, 9 novembre 2014." id="nh4">4</a>). Est gommé le fait qu’il a payé le tribut le plus lourd dans la guerre contre l’Allemagne nazie. Nous assistons ainsi à une véritable réécriture de l’histoire, comme si l’anticommunisme devait éternellement survivre au communisme.</p>
<p>Russophobie médiatique</p>
<p>Les bases matérielles de la guerre froide — l’opposition de deux systèmes économiques et idéologiques antagonistes— n’existent plus. Le capitalisme russe a certes ses spécificités, mais c’est un capitalisme parmi d’autres. Les valeurs conservatrices affirmées par M. Poutine visent surtout, dans son esprit, à cicatriser les plaies ouvertes pendant la parenthèse de soixante-dix ans qu’a été le bolchevisme dans l’histoire russe.</p><p>Le véritable enjeu de la crise ukrainienne actuelle est la capacité de l’Europe à s’affirmer comme un acteur indépendant dans un monde multipolaire ou, au contraire, sa résignation à une position de subordination durable vis-à-vis des Etats-Unis. La russophobie médiatique relève d’un formatage de l’opinion comparable à celui qui avait accompagné la guerre du Golfe en 1990-1991. Cette mise en condition de l’opinion repose sur l’ignorance et l’inculture s’agissant des réalités russes contemporaines, quand ce n’est pas sur une construction idéologique manichéenne et manipulatrice.</p><p>La Russie manifeste une capacité de résilience certaine. Il appartient à la France d’incarner, dans le format de Normandie dont elle a pris l’initiative, l’intérêt supérieur de l’Europe. Il est difficile d’accepter que notre politique extérieure soit entravée par des courants extrémistes ou révisionnistes. Pour ma part, je ne mets pas un signe d’égalité entre le communisme et le nazisme, comme le font les « lois mémorielles » votées par la Rada de Kiev le 9 avril dernier. Dans la crise ukrainienne, l’Allemagne conservatrice de Mme Merkel me paraît beaucoup trop alignée sur les Etats-Unis. Elle peut être tentée d’abandonner provisoirement son Ostpolitik traditionnelle vers la Russie pour une percée vers l’Ukraine. Le nombre des implantations industrielles allemandes en Ukraine atteignait mille huit cents en 2010, contre cinquante pour la France. L’Ukraine prolonge naturellement le bassin de main-d’œuvre à bas coût de la Mitteleuropa, avantage comparatif pour l’industrie allemande, que l’augmentation des salaires dans les pays d’Europe centrale et orientale tend aujourd’hui à éroder. L’Allemagne doit convaincre les Européens qu’elle n’est pas le simple relais de la politique américaine en Europe, comme pourrait le faire penser l’instrumentalisation du BND (<a href="https://www.monde-diplomatique.fr/2015/06/CHEVENEMENT/53060#nb5" rel="appendix" title="Bundesnachrichtendienst : service de renseignement allemand." id="nh5">5</a>) par la National Security Agency (NSA). Le format de Normandie doit être le moyen de faire appliquer Minsk II, bref, de lever l’opposition de l’Ukraine à l’application du volet politique de l’accord. Et l’Europe détient des leviers financiers.</p><p>Il est temps qu’une « Europe européenne » se manifeste. Elle pourrait d’abord essayer de convaincre les Etats-Unis que leur véritable intérêt n’est pas de bouter la Russie hors de l’« Occident », mais de redéfinir avec elle des règles du jeu mutuellement acceptables et propres à restaurer une confiance raisonnable.</p>
<p>Jean-Pierre CHEVÈNEMENT</p>
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	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Fri, 04 Mar 2022 07:39:21 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Quand les souverainistes voulaient pousser la France dans les bras de Vladimir Poutine]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Cela devait être "un soutien de poids". Comme <a href="https://www.lexpress.fr/actualite/politique/exclusif-comment-macron-a-convaincu-chevenement-de-le-soutenir_2168559.html" target="_blank">l'a révélé l'Express</a>, Jean-Pierre Chevènement a annoncé ce dimanche 27 février son ralliement à Emmanuel Macron dans <a href="https://www.lejdd.fr/Politique/exclusif-jean-pierre-chevenement-japporte-un-soutien-republicain-a-emmanuel-macron-4096078" target="_blank">le JDD</a>. Mais, après <a href="https://www.lexpress.fr/actualite/monde/quand-poutine-a-donne-son-feu-vert-la-nuit-ou-la-guerre-a-frappe-aux-porte-de-l-europe_2168649.html" target="_self">l'invasion de l'Ukraine</a>, le "représentant spécial de la France en Russie" pourrait bien prendre des allures de boulet pour la candidature du président sortant. </p><p>Somme parue en 2016, Un défi de civilisation résume les positions géopolitiques de cette icône du souverainisme de gauche. Nous sommes alors deux ans après le déclenchement de la guerre du Donbass et de l'annexion de la Crimée, un an après l'intervention de la Russie en Syrie afin de maintenir le régime de Bachar el-Assad. Le "Che" consacre de nombreuses pages à critiquer l'influence néfaste des Etats-Unis, de l'Otan ou de l'Allemagne. On y apprend que les Etats-Unis auraient entretenu "à feu doux la crise ukrainienne" pour "dresser l'une contre l'autre l'Europe et la Russie, et resserrer ainsi sur la première leur protectorat". Face à l'impérialisme américain ou au nouveau "Saint Empire Romain Germanique" (sic), le natif de Belfort plaide pour un "traité de sécurité européenne incluant la Russie", et fustige une "russophobie plus ou moins camouflée en poutinophobie" </p><p>Le courant souverainiste aime se targuer de réalisme, face à des adversaires internationalistes qui ne seraient, au mieux, que des rêveurs idéalistes, au pire, des suppôts des Etats-Unis. Des intentions réelles comme de la vraie nature de <a href="https://www.lexpress.fr/actualite/monde/europe/guerre-en-ukraine-quels-sont-les-avoirs-de-vladimir-poutine-en-europe_2168792.html" target="_self">Vladimir Poutine</a>, Jean-Pierre Chevènement ne semble pourtant rien avoir perçu. Les dérives antidémocratiques ? "Cette vision est, selon moi, outrancière, quand elle n'est pas caricaturale". L'expansionnisme russe ? "Poutine ne rêve pas de rétablir l'URSS, mais il entend à coup sûr bâtir une Russie forte" ou encore : "Je ne pense pas que la Russie ait d'intentions agressives vis-à-vis des pays de l'Union européenne". Quant à l'Ukraine, elle ne serait selon lui qu'"un patchwork qui essaie péniblement de se construire une identité nationale".  </p>
<p><a href="https://abonnement.lexpress.fr/offre/catalogue/digital/mensuel/?xtatc=INT-85-%5Bcatalogue_digital_2mois1e_mensuel%5D&amp;egn-publisher=autopromo-site&amp;egn-name=catalogue-digital-2mois1e-mensuel_inread-article" target="_blank" rel="noopener"><br /><br /><br />Offre limitée. 2 mois pour 1€ sans engagement<br /><br /><br />Je m'abonne<br /><br /></a></p>
<p>Dans Un défi de civilisation, Jean-Pierre Chevènement cite longuement Sergueï Karaganov. Soit le proche conseiller de Poutine, un politologue qui a théorisé de nombreuses idées ayant amené à l'invasion de l'Ukraine. Déplorant que les pays voisins de la Russie soient bien plus attirés par l'Occident sur le plan culturel comme économique, Karaganov a notamment expliqué que l'usage de la force militaire représente le seul recours afin de s'assurer de leur soumission... L'ancien ministre français de la Défense, lui, n'y a vu que du feu : "A tout focaliser sur la 'menace russe' pour ne pas contrarier les fantasmes polonais et baltes, on finit par oublier que les principaux risques de déstabilisation viennent du Sud" écrivait-il en 2016. Aux côtés d'Hubert Védrine, Jean-Pierre Chevènement a été, en coulisses, le grand promoteur auprès d'Emmanuel Macron d'un rapprochement avec Poutine, avec le succès que l'on sait. Le 2017, le président russe le décorait de ses propres mains de l'Ordre de l'Amitié.  </p>
<p>La Russie pour garantir "la sécurité" de l'Europe</p>
<p>Nouer une alliance ou un partenariat stratégique avec la Russie de Poutine sur le plan de la sécurité comme dans le domaine commercial, afin de ne pas être à la merci de l'impérialisme américain ou de "l'Allemagne mercantiliste" ? Cette position, Jean-Pierre Chevènement n'était de loin pas le seul à la revendiquer dans sa famille intellectuelle. En 2016, vingt personnalités souverainistes <a href="https://www.lefigaro.fr/flash-actu/2016/06/30/97001-20160630FILWWW00317-vingt-intellectuels-eurocritiques-lancent-un-appel-pour-un-nouveau-traite-europeen.php" target="_blank">publiaient une tribune dans Le Figaro</a> appelant à renégocier les traités européens à la suite du référendum pour le Brexit. Parmi les signataires, outre Chevènement, on retrouvait le philosophe Michel Onfray, les journalistes Natacha Polony et Eric Conan, l'économiste Jacques Sapir ou le géographe Christophe Guilluy. Afin de donner son "indépendance stratégiques" à l'Europe, ces intellectuels invitaient à "renouer un dialogue avec la Russie, pays européen indispensable pour l'établissement d'une sécurité dont toutes nos nations ont besoin et définir des politiques ambitieuses et cohérentes de co-développement vis-à-vis de l'Afrique et au Moyen-Orient". "Politiques ambitieuses et cohérentes de co-développement au Moyen-Orient"? Cette année-là, faut-il le rappeler, l'appui militaire russe apporté à Bachar el-Assad transformait Alep en champ de ruines.  </p><p>Comme l'a bien montré le professeur de science politique Olivier Schmitt dans son ouvrage "Pourquoi Poutine est notre allié ?" Anatomie d'une passion française (2016), le courant pro-Poutine a en France largement transcendé les clivages gauche-droite, de Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen. Mais ce qui rapproche toutes ces figures, c'est d'abord une vision du monde antilibérale. Nos souverainistes sont en particulier séduits par le discours du président russe sur "l'Etat fort". Autre point commun : un anti-américanisme viscéral, quitte à tout faire pour minimiser les ambitions territoriales de Poutine, présentées comme une simple réponse à l'expansionnisme américain à travers l'Otan. Les souverainistes de droite, eux, peuvent de surcroît s'enthousiasmer pour la défense de Poutine des "valeurs traditionnelles". Le maître du Kremlin aime se présenter depuis une dizaine d'années comme le gardien du conservatisme face à une supposée déchéance morale de l'Occident. </p>
<p>"L'Europe de l'Atlantique à l'Oural"</p>
<p>"L'Amérique veut que l'Europe soit la cinquante et unième étoile du drapeau américain. Pour cela, elle doit maintenir les Européens inféodés dans l'Otan. <a href="https://www.lexpress.fr/actualite/monde/europe/crise-en-ukraine-vladimir-poutine-le-suspense-jusqu-au-bout_2168441.html" target="_self">Vladimir Poutine</a> est le prétexte parfait, le diable idéal. N'oublions pas les causes de l'engrenage ukrainien. D'abord un coup d'Etat fomenté par l'Otan. Ensuite une faute du gouvernement ukrainien, l'interdiction de la langue russe. Enfin, la prétention américaine de l'entrée de l'Ukraine dans l'Otan. Comment pouvait-on imaginer que les Russes allaient accepter de voir l'Otan à leurs portes ? Vladimir Poutine ne veut pas le démembrement de l'Ukraine. Il souhaite simplement la reconnaissance de la langue maternelle dans les régions russophones, un statut pour ces régions, et enfin une neutralité de l'Ukraine par rapport à l'Otan" <a href="https://www.lefigaro.fr/vox/politique/2015/02/23/31001-20150223ARTFIG00096-philippe-de-villiers-poutine-est-le-diable-ideal-pour-les-etats-unis-et-l-otan.php" target="_blank">assurait en 2015</a> Philippe de Villiers, fervent admirateur de Poutine et chantre, face à "l'Europe artificielle de Maastricht", d'un "grand partenariat stratégique et culturel avec la Russie, l'Europe de l'Atlantique à l'Oural". Candidat à l'élection présidentielle de Debout la France, Nicolas Dupont-Aignan n'a lui non plus jamais caché son admiration pour Poutine. Il déclarait encore, <a href="https://www.dailymotion.com/video/x87bcjn" target="_blank">le 25 janvier sur Cnews</a> : "Nous avons besoin d'une grande alliance avec la Russie, nous sommes complémentaires, nous devons lutter face aux défis de l'avenir, et les vrais défis, c'est l'Afrique qui est en train de basculer dans le djihadisme, et c'est beaucoup plus important que le Donbass, pardonnez-moi !". </p><p>En 2014, dans une tribune intitulée "Souverainistes, vous n'avez aucune raison de soutenir l'impérialisme russe" <a href="//www.lexpress.fr%20https://www.lemonde.fr/idees/article/2014/06/25/souverainistes-vous-n-avez-aucune-raison-de-soutenir-l-imperalisme-russe_4444509_3232.html" target="_blank">parue dans Le Monde</a>, Paul Thibaud avait pourtant dénoncé les "complaisances" de sa famille politique vis-à-vis de Vladimir Poutine, à la suite de la révolution de Maïdan puis de l'annexion de la Crimée et la guerre du Donbass. "Ceux qui veulent une Europe des nations devraient moins que personne négliger le droit de l'Ukraine à être une nation de plein exercice" plaidait l'ancien directeur de la revue Esprit. Une fascination pour la Russie de Poutine que le souverainiste québécois Mathieu Bock-Côté tente aujourd'hui de minimiser <a href="https://www.lefigaro.fr/vox/monde/mathieu-bock-cote-ukraine-le-chasse-croise-des-patriotes-20220225" target="_blank">dans Le Figaro</a> : "De manière schématique, on le sait, 'les souverainistes' cherchaient à tenir compte de la vision russe du monde dans leur réflexion sur la civilisation européenne. Certains le faisaient par un antiaméricanisme pavlovien, et d'autres, par fascination trouble pour un pouvoir fort censé incarner l'exact contraire de la supposée décadence occidentale. Mais la plupart avaient surtout la conviction que la géographie condamne les peuples partageant un même continent à tenir compte de leurs intérêts mutuels".  </p>
<p>"Schémas simplistes et commentateurs moutonniers"</p>
<p>"L'antiaméricanisme pavlovien" semble pourtant avoir de beaux jours devant lui. Après avoir rongé ses frontières, la Russie vient, de façon spectaculaire, de violer la souveraineté d'un Etat indépendant depuis 1991, et de surcroît démocratique. En théorie, cela devrait indigner les souverainistes. Mais nombre d'entre eux préfèrent continuer à pointer leurs critiques contre les Etats-Unis ou l'Otan, qui seraient les vrais responsables de ce conflit. Le 16 février, dans <a href="https://www.marianne.net/agora/les-signatures-de-marianne/ukraine-savoir-qui-veut-la-guerre" target="_blank">un éditorial intitulé "Savoir qui veut la guerre"</a>, Natacha Polony invite à "s'extraire quelques instants des schémas simplistes des commentateurs moutonniers pour qui le monde se partage en deux catégories : les méchants populistes pro-Russes - fascinés, bien sûr, par l'autocrate du Kremlin - et les gens raisonnables qui restent soudés au "camp occidental"". Remettant en cause les informations américaines sur une invasion imminente, la directrice de la rédaction de Marianne se veut alors rassurante, tout en rappelant que la révolution de Maïdan en 2014 "était largement soutenue par la CIA et sponsorisée par la Fondation Soros". <a href="https://www.marianne.net/agora/les-signatures-de-marianne/crise-en-ukraine-la-guerre-en-europe-sans-les-europeens" target="_blank">Une semaine plus tard</a>, l'éditorialiste doit bien constater que Vladimir Poutine "vient de torpiller les derniers espoirs de paix". Mais plutôt que de développer sur le "jusqu'au-boutisme russe", Natacha Polony préfère une nouvelle fois disserter en longueur sur les responsabilités de l'Otan et des Etats-Unis, qui auraient "tout fait, depuis trente ans, pour en arriver là". </p><p>Venu de la gauche avant de militer pour une union des souverainistes de l'extrême gauche au Front national, l'économiste Jacques Sapir est aujourd'hui chroniqueur économique sur RT France. Une chaîne considérée comme un instrument de propagande du régime russe. Dans <a href="https://frontpopulaire.fr/o/Content/co782664/guerre-en-ukraine-l-analyse-de-jacques-sapir)" target="_blank">la revue Front Populaire</a>, Sapir qualifie certes d' "inadmissible" ce qu'il nomme des "opérations militaires" russes sur le "territoire ukrainien".  </p>
<p><a href="https://www.lexpress.fr/actualite/ukraine-et-macron-quelles-consequences-pour-le-president-candidat-posez-vos-questions_2168906.html" target="_blank"></a></p>
<p>Sur le même sujet</p><p>Mais s'il prend quelque peu ses distances avec le terme de "dénazification" employé par Poutine, Sapir rejoint la propagande russe dans sa description de l'Ukraine comme étant un "Etat fantoche" : "La présence de mouvements nationalistes, néo-nazis, en Ukraine est une réalité connue et documentée. Mais, ces mouvements restent minoritaires au sein de la population et du gouvernement. La réalité de l'Ukraine est plus un régime oligarchique, fortement corrompu, largement pénétré par des intérêts privés étrangers et en partie en provenance des États-Unis, qu'un régime néo-nazi". Jacques Sapir va jusqu'à exiger des preuves d'apaisement à... l'Otan et aux Etats-Unis: "Qu'ils le veuillent ou non, ce sera bien aux pays de l'Otan et aux États-Unis de faire ici le premier pas et de fournir la démonstration que leur volonté d'aboutir à une stabilité du continent européen est sincère". On finirait presque par douter de qui a envahi l'Ukraine, et menace la paix en Europe. </p>
<p>Les plus lus</p>

<p>Opinions</p>
<p>Détours de France</p>
<p>Eric Chol</p>
<p>Chronique</p>
<p>Laureline Dupont</p>
<p>Chronique</p>
<p>Abnousse Shalmani</p>
<p>Chronique</p>
<p>Abnousse Shalmani</p>
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	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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