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	<title><![CDATA[Signet Loupe: Tous les articles de blog du site]]></title>
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	<pubDate>Mon, 08 Nov 2021 06:58:04 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Jouer la carte de la France !]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Une communication importante de Didier Long :</p>

<p>Je reviens à la campagne de Zemmour et à certaines polémiques ou tentatives de diabolisation dont il est l’objet, pas pour le défendre ni pour le soutenir, mais parce que les questions sous-jacentes sont capitales pour l’avenir de la France. </p>

<p> Les attaques contre Zemmour tiennent à ses écrits et déclarations sur Vichy ainsi qu’à ceux, plus récents, sur l’inhumation en Israël de certaines victimes de Merah. J’ai écrit ce que je pensais à ces sujets, qu’il s’agit de fautes et d’un manque de sensibilité et qu’il n’aurait pas dû écrire et dire ce qu’il a écrit et dit sur ces sujets. Mais la question, en réalité, va bien au-delà, en ce sens que l’opposition à Zemmour se sert de ces fautes -dans lesquelles il s’enferre également- mais les motivations à cette opposition et les questions sous-jacentes sont beaucoup plus profondes. </p>

<p>Je lis et j’entends des personnes estimables poser la question de savoir si Zemmour serait antisémite. Si la réponse ne peut être clairement fournie, on insiste sur le fait qu’il ne s’est jamais engagé dans la défense d’Israël ou de la communauté juive en tant que telle, soit par ses écrits, soit en manifestant après des attentats ayant ciblé explicitement et délibérément la communauté juive, ou par un engagement communautaire clair au sein d’associations diverses. On a pu lire également qu’il ne serait pas un bon Juif. Or tout ceci est, selon moi, clairement soit insultant et infondé (Zemmour antisémite) soit hors sujet pour son non-engagement communautaire. </p>

<p>Zemmour le dit lui-même, il est un membre du peuple français, il est français, et il se bat pour la France. On ne peut pas être partout à la fois, du moins avec le même niveau d’engagement. Est-ce contradictoire avec la défense de la communauté juive, menacée par la montée de l’antisémitisme d’origine islamique, tout en restant préoccupée d’une possible résurgence de l’antisémitisme du vieux fond français, qualifié souvent d’extrême droite ? </p>

<p>Zemmour, du moins je le suppose, pense clairement que non. Il considère que la France, en tant qu’entité politique, n’est pas un conglomérat de communautés. Que les communautés, juive ou autres, ont un rôle culturel, associatif, qu’elles contribuent par un apport original à la vie de la nation, mais qu’elles n’ont pas d’existence politique et ne doivent pas en avoir. Ainsi, la communauté juive sera défendue parce que la France sera forte et pas affaiblie par la division en communautés demandant chacune à l’Etat de les protéger des dangers que feraient courir sur elle tell ou telle autre fraction de la communauté nationale. Zemmour joue la carte de la France, comme le disait De Gaulle à l’époque de la France combattante : on est toujours vainqueur lorsque l’on joue la carte de la France (voir De Gaulle et Churchill, Kersaudy). </p>

<p>Autrement dit, la montée de l’antisémitisme et des violences et assassinats qui l’on accompagnée depuis 20 ans ne vient pas du fait que l’arsenal juridique destiné à défendre les communautés serait trop faible ou mal adapté, il vient de l’affaiblissement de la France face à la montée de l’islam conquérant et de la dissolution nationale concomitante, à la fois cause et conséquence de la submersion migratoire islamique. </p>

<p>J’ai écouté ces jours-ci une interview de Mario Stasi, président de la Licra par Bruce Toussaint. Cette interview est sur mon mur hier ou avant-hier. Bruce Toussaint attaque Zemmour sur deux points avant de laisser la parole à Mario Stasi. Il cite une déclaration qui dit, de mémoire « À l’époque de Dreyfus, il y avait en France deux camps opposés : l’un qui croyait en l’innocence de Dreyfus et le défendait, l’autre qui le croyait coupable et défendait l’Armée «. Voyant dans cette phrase une remise en cause de la certitude de l’innocence de Dreyfus, Mario Stasi y répond par un long réquisitoire. Je ne suis pas certain qu’il soit pertinent pour Zemmour de se lancer dans de multiples débats ou controverses l’éloignant de ce qui devrait être ses préoccupations principales en tant que futur candidat à la présidence de la République. Néanmoins, je ne perçois pas dans cette phrase -la seule que je connaisse de Zemmour sur ce sujet- la remise en cause de la certitude de l’innocence de Dreyfus. À mon sens, il a voulu suggérer que les Français qui ne croyaient pas en 1899 à l’innocence de Dreyfus ne le faisaient pas nécessairement par antisémitisme. Comment sait-on que Dreyfus est innocent ? Nous le savons depuis qu’un tribunal l’a innocenté en 1906. Sinon, seuls ceux qui avaient eu accès au dossier -peu nombreux lors du premier procès par un tribunal militaire-, les juges, les avocats le savaient ou pouvaient le savoir. Beaucoup d’autres, des millions d’autres, pouvaient le penser, bien sûr, mais ils ne pouvaient pas le savoir. Il y avait deux France comme l’illustre le célèbre dessin de Caran d’Ache, qui séparaient les familles en leur sein. Ceux qui faisaient confiance à Zola, et ceux qui faisaient confiance à l’Armée, garante de la sauvegarde de la Nation face au péril allemand imminent et menaçant. Bien sûr, le fait que Dreyfus était Juif a joué un rôle chez certains –« que Dreyfus est coupable, je le déduis de sa race » a écrit odieusement Daudet-, mais pas forcément chez tous. La fidélité à l’Armée, en une période périlleuse, a joué le plus grand rôle. Des traîtres en ont abusé pour fabriquer des faux et condamner Dreyfus. </p>

<p>L’autre question posée par Toussaint à Stasi relevait la mention par Zemmour de revenir sur tout ou partie de la loi Pleven. Je ne connais pas la position précise de Zemmour sur ce sujet, mais je connais celle de Bensoussan qui en a été victime. Un des paragraphes de cette loi mentionne comme devant être réprimée « l’incitation à la haine raciale ». Or, affirme Bensoussan, un tel délit est très mal défini, est beaucoup trop vaguement défini. C’est la porte ouverte à des procédures abusives. C’est ainsi que Georges Bensoussan fut poursuivi de manière concomitante par le CCIF, instante islamiste aujourd’hui dissoute, et la Licra, pour incitation à la haine raciale. Il remporta tous ses procès, ce qui prit 5 ans, le parquet ayant rejoint les parties plaignantes en faisant appel. Les tribunaux ont ainsi reconnu que Georges Bensoussan n’avait rien dit de répréhensible mais avait simplement contribué au débat public lors de l’émission d’Alain Finkielkraut. C’est l’idée même de débat public en France qui est la victime de certaines lois mal conçues, qui l’étouffent en faisant vivre les intellectuels ou les politiques qui voudraient s’exprimer dans la crainte, voire la terreur d’être poursuivis et de voir leur vie brisée. Depuis, la présidence de la Licra a changé et a renoncé à faire appel contre Bensoussan, mais l’institution n’a pas fait repentance pour s'être alliée avec le CCIF contre Bensoussan.  </p>

<p>Je pense que c’est le débat public que défendent Georges Bensoussan et Eric Zemmour, et pas le droit de traiter quelqu’un de « sale arabe » ou de « sale juif » comme le suggérait Mario Stasi dans sa réponse à Bruce Toussaint, ces dernières expressions étant clairement des insultes à caractères racial ou religieux, délit clairement défini et justement réprimé.  Or, c’est de la mort lente de son débat public que meurt la France aujourd’hui. Un pays qui ne débat pas de ses questions vitales, dont le débat est confisqué par une élite restreinte qui le pratique par idées convenues dans l’entre-soi, devient incapable de penser par lui-même, de penser comment il doit faire face, anticiper et prévenir les facteurs de dissolutions internes et les menaces externes. L’existence d’un pays se gagne tous les jours, or le débat a été figé et interdit depuis 50 ans. Un pays où le débat n’est plus libre se voit progressivement confisqué par des intérêts étrangers ou particuliers, mais ne peut plus vivre par et pour lui-même. Ces intérêts étrangers aujourd’hui sont multiples, du Qatar et des frères musulmans qui planifient la conquête islamique de notre pays, de la Turquie ou de l’Algérie qui entendent se servir chaque jour davantage de leur immigration en France pour décider de notre politique qui mérite chaque jour moins l’adjectif nationale, ou encore de la bureaucratie européenne qui entend étendre son pouvoir en en dépeçant la France sans être cependant en mesure de l’exercer. Bensoussan l’explique fort bien : il a été fort étonné en constatant qu’en Italie ou en Espagne on peut débattre librement de questions qui en France ne peuvent pas être librement exprimées, ou seulement par périphrase. Un pays qui ne débat plus ne produit plus d’idées dignes de ce nom et certainement pas les idées adaptées aux temps qui changent et alors que l’Histoire qu’on croyait assoupie fait son retour en force. </p>

<p>Un pays qui ne débat plus est un pays qui ne pense plus et qui devient incapable de se défendre. Or, si l’on revient à l’interview de Mario Stasi, il explique encore que Zemmour ne croit pas, ou refuse l’universalisme. Ce qui est frappant, est que Mario Stasi ne mentionne que les communautés, puis l’universalisme qui serait au-dessus de tout, mais jamais la France. Il ne voit pas que l’universalisme, dont la France est porteuse, n’est qu’une idée abstraite. L’universalisme n’a ni armée, ni police, ni justice, il n’a aucun patriote prêt à mourir pour lui. L’universalisme ne viendra pas à la rescousse  de telle ou telle communauté en France qui serait attaquée. Seule la France le fait et le fera, à condition qu’elle reste unie et forte, qu’elle veuille vivre et se perpétuer comme elle en a le droit et le devoir. Seule la France est porteuse en France de l’universalisme, en tant que mur porteur, voûte et clef de voûte, et peut en être la garante, par la volonté du peuple qui lui apporte sa légitimité politique et par ses institutions régaliennes, et d’abord par la pleine conscience de sa légitimité politique et historique. Or, les élites françaises se sont progressivement coupées du peuple, dont elles ont décidé de méconnaître les intérêts et dont elles ont décidé de se méfier pour justifier à leurs propres yeux leur transformation en oligarchie. Zemmour dit, à mon sens, à propos de l’affaire Dreyfus : le peuple n’était pas entièrement constitué d’antisémites. De même la réponse à Vichy et à l’Occupation et à la Collaboration n’est pas dans la délégitimation du peuple français comme source de toute légitimité politique, ce qui serait paradoxalement accorder la victoire aux nazis et aux ultra de la collaboration. La France ne sera jamais une juxtaposition de communautés se défiant des autres ou du plus grand nombre, mais un corps politique vivant, dont toute légitimité est donnée par le peuple et par lui seul. </p>

<p>La voie implicitement choisie par nos élites, qu’elles en soient conscientes ou non, et si rien ne change, qui s’imposera à elles progressivement mais inéluctablement, de la communautarisation verra la communauté la plus vigoureuse, la plus ambitieuse, la plus politisée, la plus armée prendre le dessus sur les autres sous les yeux de ce qui sera devenu un Etat dépassé, reliquat grotesque d’une gloire passée. Cette voie est celle de la libanisation de la France, dont tous les Juifs auront fui d'ici un siècle ou moins et où les non-musulmans seront réduits à l’état des chrétiens du Liban, communauté qui se meurt après avoir été vaincue. </p>

<p>Nous devons jouer la carte de la France comme le disait de Gaulle il y a 80 ans. </p>

<p>Je pense que ce sont ces questions qui sont au centre des polémiques actuelles au sujet de Zemmour.  Ce sont les questions capitales pour notre avenir national, même si il serait bon qu’elles ne soient pas implicitement abordées à l’occasion des polémiques que lance Zemmour.</p>
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	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Sun, 07 Nov 2021 22:05:17 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Réseaux, Sarah Knafo, cathos tradis... &quot;Le Radicalisé&quot;, le livre évènement sur Eric Zemmour]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Dans les milieux politiques, Eric Zemmour fascine. Dans les milieux financiers, il intéresse. Les cercles catholiques ultras et influents l'adulent. Comment ce garçon timide d'origine modeste est-il devenu le nouveau héraut des "grands remplacés" et un probable candidat à l'élection présidentielle ? Ci-dessous, les bonnes feuilles de l'ouvrage "Le Radicalisé" (Seuil), par Etienne Girard, en exclusivité pour L'Express. </p>
<p>Le déclencheur Knafo</p>
<p>La réflexion revient souvent. Ses proches, qui l'ont connu débordant d'enthousiasme, ont la surprise de l'entendre soudain traîner un léger spleen en évoquant ses émissions. "Je l'ai trop fait..." Auprès de son éditrice Lise Boëll, il s'interroge comme jamais auparavant : "Qu'est-ce qui peut me faire vibrer ?" Pas les élections européennes, en tout cas. En 2019, il a refusé trois propositions pour s'y présenter. Pas question de perdre son statut parisien pour aller voter des amendements sur les quotas de pêche à Strasbourg. </p><p>La présidentielle, c'est autre chose. Elle demeure la seule élection qui intéresse les Français. Y figurer permet d'entrevoir la possibilité d'un destin, de figurer dans les livres d'histoire. Pour Zemmour, qui a été toute sa vie le scribe des aventures des autres, le rejeton maudit de l'élite, lui qui ne s'est jamais totalement remis de son échec à l'ENA, quelle revanche cela constituerait ! [...] Caresser l'idée semble toutefois lui suffire, car l'essayiste n'ignore pas les risques d'une telle entreprise. Dès qu'il se projette un tantinet, les obstacles paraissent trop nombreux. Patrick Buisson, qui a pourtant tenté de le convaincre de s'engager pour les européennes, fait désormais partie de ceux qui le découragent. "Relis la Bible, répète l'ex-conseiller de Nicolas Sarkozy. Un prophète ne peut pas être roi." Parfois, il suffit d'une personne pour dérégler un équilibre subtil, pour envoyer valdinguer un programme calibré. Dans la vie d'Eric Zemmour, ce grain de sable s'appelle Sarah Knafo. Ils se connaissent depuis 2007. Sarah Knafo a 13 ans, son père est un ami d'"Eric", qu'elle surnomme parfois "Z". Trente-cinq ans les séparent. Mêmes origines juives séfarades, même jeunesse en Seine-Saint-Denis, à Pavillon-sous-Bois pour la jeune femme. </p><p>L'essayiste lui inculque ses idées, lui fait réviser Sciences po avec succès, la pousse à présenter les concours administratifs. Il est le mentor et elle l'apprentie. "Eric, c'est un monstre", juge Sarah, admirative des aptitudes intellectuelles de son pygmalion. A 19 ans, elle indique sur son compte Twitter se considérer "séguiniste et bonapartiste", comme son maître, pose avec Le Père Goriot, de Balzac, le romancier fétiche du journaliste du Figaro. </p><p>A cette époque, Sarah adhère à Critique de la raison européenne, l'association souverainiste de l'IEP de Paris, à l'UNI, le principal syndicat de droite, à l'UMP, tendance musclée. Plusieurs de ses camarades, à qui elle parle de son lien privilégié avec le chroniqueur, comprennent qu'il s'agit d'un oncle, un bruit qu'elle se garde bien de réfuter clairement. Un jour que l'étudiante fait mine d'abandonner la préparation de l'ENA, "Z" la sermonne : "Tu ne vas pas faire ta crise d'adolescence maintenant !" Elle doit réussir là où il a échoué. Elle y parvient du deuxième coup, en 2016. Pendant l'examen, par souci de discrétion, elle a momentanément changé son nom sur Facebook, pour Sarah de Rubempré. Un hommage au héros balzacien qui obsède Zemmour, jusqu'à nommer ainsi sa maison d'édition à l'été 2021. </p><p>[...] Deux ans plus tard, quand elle sort de l'école pour rejoindre la Cour des comptes, un grand corps de l'Etat, son parrain en est subjugué. Sa protégée incarne la relève qu'il a toujours attendue. "Il y avait quelque chose de filial, puis notre relation s'est équilibrée", affirme souvent Sarah Knafo. Peu à peu, elle s'impose comme sa conseillère en lui préparant des notes chiffrées envoyées par e-mail avant ses émissions, ou en donnant son avis sur ses choix de carrière. </p><p>[...] Sarah rêve d'une candidature souverainiste de droite à la présidentielle. Elle aussi exècre Marine Le Pen, encore plus depuis qu'elle a découvert son compte Instagram dédié à ses chats. "Elle n'est pas habitée par la fonction présidentielle, elle n'est pas faite pour ça", en conclut l'énarque devant des amis. Le désir latent d'Eric Zemmour rencontre son énergie. A ses côtés, l'essayiste trouve peu à peu le culot de revendiquer un rôle qui n'a jamais été le sien. Surtout lorsque sa partenaire le provoque, avec toute l'insolence que son âge permet. "Tu ne penses pas que Natacha Polony serait une meilleure candidate que toi ?" lui fait-elle, un jour de juin 2019 au Bonaparte, le café qu'ils fréquentent à Saint-Germain-des-Prés. Zemmour bondit : "C'est n'importe quoi, moi je vais cliver la société sur l'islam et l'immigration, pas comme ces souverainistes de gauche !" </p><p>[...] Peu à peu, les résistances de Zemmour commencent à lâcher. [...] Lorsque, début 2021, une palanquée de trentenaires issus des réseaux de Philippe de Villiers et Christine Boutin vient le trouver pour se mettre à son service, le journaliste est mûr. Lors de la première réunion d'une douzaine de ses soutiens, le 6 avril, au domicile de Sarah Knafo, rue des Saints-Pères, à deux pas de Sciences po, il se dévoile, autour de parts de pizzas. "Je fais ma mue, et c'est grâce à vous que je vais faire ma mue", commence-t-il. Interrogé sur le sens de cette candidature, alors qu'il bénéficie d'un grand confort matériel dans sa vie d'éditorialiste, l'essayiste se lance : "J'y vais, parce que je suis fou." La phrase que tous attendaient pour y croire. [...] </p><p>Le 14 juillet, il réunit discrètement pour la première fois une cinquantaine de ses soutiens, leveurs de fonds, militants de Génération Z, un mouvement de jeunesse qui vient d'être créé, conseillers de l'ombre, à l'Espace Molitor, une salle de réception du XVIe arrondissement de Paris. Il y a un buffet, on passe de la musique, mais, avant, Eric Zemmour délivre son premier discours devant ses troupes. Il n'annonce pas formellement sa candidature, mais personne n'en doute plus. "Les élites intellectuelles ont perdu l'esprit de résistance, clame-t-il. Il faut que vous vous prépariez à devenir cette élite patriote. Nous serons sans doute les seuls à être contre le système." Théâtral, l'essayiste annonce la bataille de toutes les batailles : "Préparez-vous à la tempête." </p><p>La plupart des militants en sortent rassérénés, mais certains cadres ont noté qu'avant et après l'allocution, Zemmour est resté auprès de Sarah Knafo, ne bavardant qu'avec les personnes qu'elle lui présentait. Il n'a pas fait le tour de la salle pour discuter avec ses soutiens, dont certains le rencontrent pour la première fois. Un impair diplomatique sans conséquence quand on est journaliste, plus problématique venant d'un futur candidat à la présidentielle. En rentrant chez lui, un des participants se rend compte de la progression qu'il reste à accomplir pour faire de ce projet de bric et de broc une candidature crédible aux plus hautes fonctions : "Cette campagne, cela peut devenir quelque chose d'énorme ou cela peut devenir quelque chose de terrible." Cette source ne sait pas ce que dit alors Philippe de Villiers à plusieurs de ses interlocuteurs. L'ancien député européen d'extrême droite, ami d'Eric Zemmour, se tient en marge de l'initiative. Il a remarqué la mainmise de Sarah Knafo sur le dispositif, y voit un vice rédhibitoire : "Ils se fascinent l'un l'autre. Ça finira mal." </p><p></p><p>Le radicalisé, par Etienne Girard, aux Editions du Seuil (octobre 2021)</p><p>Seuil</p>
<p>Les réseaux</p>
<p>Réunification au restaurant libanais. Ce vendredi 2 juillet 2021, un bataillon de 23 personnes s'engouffre dans une taverne du XVe arrondissement de Paris, spécialisée dans les mets du pays du Cèdre. Autour de la table, il y a une ancienne candidate à l'élection présidentielle, Christine Boutin, 1,19 % des voix en 2002, un ex-postulant à la primaire de la droite en 2016, Jean-Frédéric Poisson, 1,45 % des suffrages. Et Eric Zemmour. L'objectif de ce déjeuner est de sceller une alliance entre Via, le nouveau nom du Parti chrétien-démocrate, fondé en 2001 par l'égérie des catholiques conservateurs, et les réseaux du polémiste, en vue de la présidentielle. Le moment a quelque chose d'un Yalta de la droite hors les murs. On se jauge, on se dévisage discrètement, mais l'ambiance reste conviviale. Poisson, le président de Via, a fait venir 15 membres de son bureau politique, parmi lesquels Paul-Marie Coûteaux, un des meilleurs amis du journaliste du Figaro, et François Martin, le président de l'association des anciens de HEC actifs dans la géostratégie. Zemmour a convoqué son comité exécutif, sorte de conseil restreint de ses six conseillers les plus importants, dont l'incontournable Sarah Knafo. </p><p>Dans le grand partage envisagé, Eric Zemmour a vocation à devenir le candidat de l'alliance à la présidentielle, tandis que Jean-Frédéric Poisson est pressenti pour devenir le patron de la commission d'investiture aux législatives. Autant dire le grand organisateur du futur mouvement. Ainsi, le christianisme politique se retrouvera au coeur de cette nouvelle droite que Zemmour veut bâtir. [...] </p><p>La plupart des conjurés s'en cachent à peine : la candidature Zemmour, quoi qu'il advienne, doit être l'occasion de purger à la fois le problème Les Républicains, trop mous, et le péril Marine Le Pen, qui vampirise 20 % des voix au premier tour tout en paraissant incapable de s'imposer au second. Dans le scénario où le journaliste du Figaro ne l'emporterait pas en 2022, cette aventure doit au moins permettre de faire perdre la présidente du Rassemblement national, pour reconstruire ensuite un mouvement conservateur plus proche de leurs valeurs. "Soit on sauve la France, soit on sauve la droite", résume parfois Antoine Diers. [...]  </p><p>Dans le plus grand secret, le journaliste bénéficie aussi des conseils de personnalités de premier plan, séduites par son profil intello et ses idées sur l'immigration. De potentiels ministres en puissance. Depuis que Paul-Marie Coûteaux les a présentés, dans un restaurant du boulevard Saint-Germain, en mars 2019, Zemmour s'est beaucoup rapproché de Pierre Brochand, directeur de la DGSE, les services secrets français, entre 2002 et 2008. "On échange quasi quotidiennement", reconnaît l'éditorialiste de CNews quand nous l'interrogeons, en septembre 2021. Le maître espion né en 1941, ancien ambassadeur de France en Hongrie, en Israël ou au Portugal, est persuadé que l'immigration incontrôlée peut "remettre en cause la paix civile", c'est-à-dire provoquer la guerre civile, comme il l'a expliqué à une table ronde de la fondation Res Publica, en juillet 2019. Lorsque nous lui demandons par SMS s'il rédige des notes sur l'immigration, la sécurité ou la géopolitique pour Eric Zemmour, Pierre Brochand nous envoie un lien de son intervention à Res Publica, avec le commentaire suivant : "Pas vraiment nécessaire de rédiger des notes." Zemmour confirme aussi correspondre régulièrement sur sa possible candidature avec Henri Proglio, l'ancien PDG de Veolia et d'EDF. "Ils se sont rencontrés cette année et se sont tout de suite très bien entendus", ajoute leur ami commun Loïk Le Floch-Prigent. Le grand patron s'est déjà rendu rue des Saints-Pères. Il s'agit là en quelque sorte d'un retour aux sources pour l'industriel, animateur non encarté du Groupement de recherche et d'études pour la civilisation européenne (Grece), un groupe de pensée d'extrême droite, à HEC à la fin des années 1960, puis participant occasionnel aux premières réunions du Club de l'Horloge, un cercle de hauts cadres militant pour l'union des droites, à partir de 1974. </p>
<p>Groupies tradis</p>
<p>Pour se rendre au lieu de rendez-vous, Eric Zemmour a choisi de remonter la rue Athénas, une perpendiculaire à la rue Voltaire, où se trouve la librairie Dobrée, dans le centre de Nantes. Ce 10 décembre 2014, le polémiste y donne une dédicace de son dernier livre, Le Suicide français. Itinéraire délicieux, puisque le journaliste peut découvrir, de loin, la longue file d'attente qui serpente sur le trottoir. Une centaine d'admirateurs l'attendent. Sur son passage, chacun se retourne, des dames âgées saluent leur héros, plusieurs cris d'encouragement retentissent. "Bravo, Eric !" lancent deux hommes aux tempes grises près de l'entrée, en applaudissant. L'ovation se répand immédiatement dans la queue. Cette arrivée ressemble à un triomphe. </p><p>Personne, et pas même les caméras de France 2 venues couvrir l'événement, n'a prêté attention au jeune homme en costume qui escorte l'écrivain. A 29 ans, François-Xavier d'Hautefeuille dirige les éditions Diffusion de la pensée française, mieux connues sous le nom de Chiré. Créée en 1966 par son beau-père Jean Auguy, cette société est considérée par le chercheur Jean-Yves Camus comme "le plus important diffuseur par correspondance d'extrême droite en Europe". Véritable institution dans les réseaux catholiques traditionalistes, elle revendique une ligne "contre-révolutionnaire", c'est-à-dire opposée à la doctrine des Lumières et aux droits de l'homme, assume d'Hautefeuille. Dans le sillage de Charles Maurras, le fondateur de l'Action française, maître à penser absolu du groupe, Chiré relaye par exemple la thèse d'un complot franc-maçon à l'origine de la Révolution de 1789, sur lequel l'abbé Augustin Barruel a écrit un pavé de 1 200 pages. </p><p>L'éditeur se veut surtout particulièrement friand de signatures obsédées par les juifs, au point que René Monzat, auteur avec Jean-Yves Camus d'une longue enquête sur les droites nationales et radicales, a vu dans l'entreprise un "trait d'union entre la droite antisémite des années 1930 et la montée du Front national". Sur son site Internet, on retrouve la plupart des livres de Robert Faurisson, l'universitaire condamné pour négationnisme, ceux de Pierre Pascal, inspecteur général à la radio du gouvernement de Vichy, ou encore, pour 8 euros, Les Juifs maîtres du monde, un recueil de textes commenté par l'essayiste Léon de Poncins, dont la couverture montre un homme au nez crochu. [...] </p><p>Cette excursion dans une des places fortes de la France "catho tradi" n'a rien d'un hasard. Pour cet opus, son premier livre original depuis son exclusion d'On n'est pas couché, Eric Zemmour s'est adjoint les services d'une nouvelle attachée de presse, chargée de faire rencontrer un nouveau public à l'auteur. Pas n'importe lequel. Isabelle Muller dispose de puissants réseaux, tout particulièrement chez les catholiques les plus à droite. En 1998, cette fervente croyante aux pommettes saillantes, toujours apprêtée, se fait connaître en coordonnant une pétition de maires contre le Contrat d'union sociale (CUS), l'ancêtre du Pacs. En parallèle, elle exerce des fonctions de vice-présidente de l'Association pour la promotion de la famille (APPF), fondée en 1994 par deux responsables de l'Opus Dei, une organisation rattachée au Vatican, missionnée pour défendre les intérêts de l'Eglise. Isabelle Muller va devenir la communicante attitrée en France de l'association, connue pour entretenir le secret sur l'identité de certains de ses membres haut placés. [...] Dans les années 2000, elle se rapproche naturellement de Philippe de Villiers, le fondateur du Mouvement pour la France, qui en fait sa principale conseillère pour la communication. Le gérant de parc d'attractions la recommandera vivement auprès d'Eric Zemmour : "Prends-la, c'est la meilleure." [...] De nombreuses conférences, sur ce modèle hybride dont Eric Zemmour raffole, mêlant dédicace, exposé et questions-réponses, sont organisées un peu partout sur le territoire. Chaque fois, Isabelle Muller s'en occupe. "J'ai choisi les déplacements en fonction des gens que je connaissais, de mon réseau, des salles", nous confirme-t-elle. [...] A Bordeaux, le 5 mai 2015, Eric Zemmour devise devant plus de 500 personnes à l'Athénée, le centre de conférences situé à deux pas de l'hôtel de ville. [...] Comme une rock star aux petits soins avec ses fans, le journaliste est allé leur délivrer un message d'amitié sur le parvis, derrière les barrières de sécurité. Personne ne s'interroge sur le sexagénaire au physique de sosie de Claude Guéant qui lui posait des questions sur la scène. Bernard Pascaud dispose pourtant d'une petite notoriété. [...] Ce militant monarchiste est le président de Restauration nationale, un mouvement fondé en 1955 sur les cendres de... l'Action française, le parti de Charles Maurras, royaliste et xénophobe, connu pour avoir fomenté une tentative de coup d'Etat, le 6 février 1934. [...] Eric Zemmour sait faire rosir de plaisir son nouveau public. Dans ses conférences, qu'il anime devant une assemblée toujours plus fournie, il aime à répéter cette phrase qu'il attribue à Chateaubriand : "Vous détruisez le christianisme, vous aurez l'islam." Lors d'une conférence au Chesnay, dans les Yvelines, le 15 avril 2015, le voilà interrogé par l'abbé Pierre Amar, prêtre du diocèse de Versailles, très actif dans le mouvement de la Manif pour tous. "Il me manque, dans ce que vous dites, une dimension verticale, spirituelle, qu'en pensez-vous ?" demande l'ecclésiastique. Le journaliste opine : "On est passé à l'hostilité absolument délétère au christianisme. On est passé à la négation de la culture chrétienne de la France. Nous avons remplacé une authentique religion et spiritualité de haut vol par un millénarisme post-chrétien droit-de-l'hommiste qui est absolument de bas niveau. Sur ces ruines naît l'anarchie, l'anomie." La salle n'en finit plus d'applaudir. Ce soir-là, la rencontre est animée par Jean-Marie Le Mené, un militaire devenu magistrat à la Cour des comptes, par ailleurs président de la fondation Jérôme-Lejeune, opposée à l'avortement, et membre de l'Académie pontificale pour la vie, qui dépend du Vatican. Lui aussi est un proche d'Isabelle Muller, qui collabore souvent à la revue de la fondation. </p>
<p>Viré de L'interallié</p>
<p>"Je vous adresse tout mon mépris". Ce 8 mai 2019, Eric Zemmour éructe. On vient de l'humilier sévèrement, et tout cela pour une affaire de slip de bain. "J'ai dû lui expliquer que son attitude ne correspondait pas aux codes du Cercle de l'Union interalliée", nous raconte Denis de Kergorlay, le président de ce club huppé situé rue du Faubourg-Saint-Honoré, à une minute de l'Elysée. Pendant deux ans, le polémiste a tenté d'intégrer ce saint des saints de la bourgeoisie parisienne, fondé par le maréchal Foch en 1917. [...] En mai 2017, il fait acte de candidature [...]. Le jury qui l'auditionne est emballé, mais Denis de Kergorlay souhaite mettre à l'épreuve l'impétrant. Il lui propose de donner une conférence dans les locaux de l'Interalliée, une prestation qui ouvre droit à six mois d'accès aux installations du club, ses magnifiques salons du XVIIe siècle, avec bibliothèque de 15 000 livres, moulures, plafond haut et tableaux de maître, son superbe jardin à la française, mais aussi ses équipements sportifs. Eric Zemmour adorerait en bénéficier. Depuis quelques années, il a pris l'habitude de nager tous les matins. La piscine couverte du complexe, refaite en 2010 et équipée de saunas, de jacuzzis ainsi que de hammams, fait se pâmer le Tout-Paris. Surtout, elle se trouve à huit minutes à pied de son domicile. Le rêve. Le journaliste tope pour la conférence, qui doit être consacrée aux six premiers mois de la présidence Macron. </p><p>[...] L'annonce de l'adhésion imminente du polémiste, tapissée sur les murs des vestiaires de la piscine et au bar, comme le veut le règlement, suscite une première fronde. Charles-Henri Filippi, l'ex-patron de HSBC France, désormais associé-gérant chez Lazard, accompagné d'un grand diplomate en exercice, démarche Denis de Kergorlay pour faire annuler la procédure. "Il n'a pas l'esprit Interalliée", soutiennent-ils. Les deux parrains de l'éditorialiste, introducteurs statutaires sans qui aucune candidature n'est possible, se rétractent. </p><p>S'ouvre alors une période de méli-mélo typique du monde si feutré des clubs parisiens. Le président décide de temporiser. Il a pris en sympathie le salarié du Figaro, qu'il croise plusieurs fois par semaine dans les locaux du club. Ne fait-il pas partie, après tout, des intellectuels français en vue ? Il le laisse dépasser le stade des six mois sans rien dire. Kergorlay lui cherche en parallèle deux nouveaux parrains, à trouver parmi les adhérents qui apprécient l'oeuvre du journaliste. Renaud Girard, le chroniqueur géopolitique du Figaro, et Alexandre Orlov, l'ex-ambassadeur de Russie en France, acceptent la mission. Le premier par amitié pour son collègue, le second parce qu'il partage largement la vision de la France de l'essayiste. Seulement, entre-temps, Eric Zemmour s'est mal comporté. Un adhérent s'est plaint de ses exposés politiques dans les vestiaires. Pendant que tel ou tel haut fonctionnaire se relaxe, il débat à voix haute, n'hésite pas à invectiver ses interlocuteurs comme on le ferait sur un plateau de télévision. "Eric Zemmour a fait du prosélytisme dans les vestiaires, un membre du club s'est plaint", nous confirme Denis de Kergorlay. </p><p>[...] Cette fois, plus de doute possible, Zemmour n'a pas sa place, conclut le président du Cercle de l'Union interalliée. [...] Il envoie un SMS à l'intéressé pour lui faire part de la décision définitive du club, confirmée par un comité de direction. L'accès à la piscine devra naturellement lui être retiré. Zemmour répond immédiatement, furieux : "Je ne suis pas déçu mais écoeuré. Je n'ai jamais eu l'intention de transformer le Cercle Interallié en foire d'empoigne. J'ai toujours été discret et réservé dans les locaux du Cercle. Je considère que vous êtes le premier responsable de cet échec", explose-t-il. S'ensuit un développement menaçant empli d'une rage froide. "Quant à mes adversaires, ils incarnent exactement ce que disait le général de Gaulle à Peyrefitte sur la bourgeoisie qui avait choisi Vichy : "Pour pouvoir continuer d'aller dans leurs dîners en ville, ils sont prêts à tout même à sacrifier la patrie." Je vous autorise à leur transmettre mon jugement. En vous disant ce que j'ai sur le coeur, je vous rends le service insigne de croire que vous avez eu bien raison d'écarter un excité. Sachez que vos délibérations soi-disant dignes sont empreintes d'une lâcheté et d'un aveuglement qui vous feront honte dans quelques années". [...] </p><p>Avec le recul, Kergorlay, propriétaire d'un château en Normandie, pense avoir réveillé une blessure pas tout à fait guérie chez le journaliste : "Ce qui l'intéressait à titre principal, c'étaient les équipements sportifs, mais pas seulement. Il y avait quelque chose de plus symbolique derrière." </p><p>Le Radicalisé (Seuil), 224 pages, en librairies le 28 octobre. </p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/753/droitisatisation-fais-moi-peur-par-gael-brustier</guid>
	<pubDate>Sun, 07 Nov 2021 22:01:02 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/753/droitisatisation-fais-moi-peur-par-gael-brustier</link>
	<title><![CDATA[Droitisatisation, fais-moi peur !, par Gaël Brustier]]></title>
	<description><![CDATA[
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<p class="article__item article__item--para article__item--para-first">Depuis plus de dix ans, la droitisation du débat public et de la société française est devenue un sujet. Ce phénomène est à resituer dans un contexte qui dépasse l'addiction de notre pays à l'immédiateté. Le terme employé est à resituer dans un contexte social et idéologique précis, celui issu notamment des attentats du 11 septembre 2001. Parmi d'autres, beaucoup des avocats du tournant néoconservateur de la famille "républicaine" ont mis en lumière la faillite d'un républicanisme aussi incantatoire qu'impuissant. Cristallisé par la suite autour de la revue Causeur, ce "national-républicanisme" s'est fait agent de la droitisation. Qu'est-ce à dire ? </p><p class="article__item article__item--para">La droitisation est un phénomène paradoxal. Des enquêtes d'opinion démontreront que les Français demandent des mesures sociales, c'est-à-dire "de gauche". Tout cela est bel et bon. Or, si tout cela est vrai, la conversation avec lesdits Français amène à se plonger dans leur univers mental et à constater que rien n'est simple. Surtout pas leur vision du monde. Avant la crise de 2008, le Tea Party et évidemment Trump, Ross Douthat et Reihan Salam avaient, en tant qu'intellectuels conservateurs américains, conclu que le peuple des Etats-Unis était majoritairement favorable au welfare state, mais... géré par des conservateurs. Le paradoxe est décidément maître de la vision du monde de nos sociétés. Les items "de gauche" ou "de droite" dans les enquêtes sont à mettre en perspective. La contradiction est inhérente à la construction de sa vision du monde par chaque individu. La clef de voûte de la droitisation est bien la peur du déclin de l'Occident, une peur qui irradie dans toute la société, sous des formes sophistiquées ou dégradées. </p><p class="article__item article__item--para">L'effondrement du "consensus social-démocrate" à la fin des années 1970 est à l'origine de la droitisation. Stuart Hall, l'éblouissant intellectuel succédant à Gramsci, a décrit à merveille le "populisme autoritaire" de Thatcher. Le thatchérisme et son frère le reaganisme n'ont pas été qu'un programme politique, ni une suite de mesures, ils ont recomposé les univers mentaux de tous les pays occidentaux. </p>
<p><a href="https://abonnement.lexpress.fr/offre/catalogue/digital/mensuel/?xtatc=INT-85-%5Bcatalogue_digital_2mois1e_mensuel%5D&amp;egn-publisher=autopromo-site&amp;egn-name=catalogue-digital-2mois1e-mensuel_inread-article" class="article__item article__item--inread abo-inread abo-inread--rentree" target="_blank" rel="noopener" readability="26"><br /><br /><br /><p>Offre limitée. 2 mois pour 1€ sans engagement</p><br /><br /><br /><p>Je m'abonne</p><br /><br /></a></p>
<p class="article__item article__item--para">A la source de cette révolution conservatrice qui n'en est pas vraiment une, il y a donc l'idée d'une véritable unité d'un Occident confronté à son immédiat déclin et à des menaces imminentes, analysées, comprises ou fantasmées. On peut ainsi comprendre les succès de Geert Wilders, du FPÖ en Autriche, de l'AfD en Allemagne, du FN/RN en France, de la Lega ou de Fratelli d'Italia dans la péninsule Italienne comme les symptômes d'une anxiété continentale face au "déclin de l'Occident". Surtout, l'idée de déclin a envahi le débat public. Tout n'est devenu que causerie autour du déclin.  </p><p class="article__item article__item--para">Entre nostalgie amnésique et obsession mémorielle, notre pays semble régresser et ne voir son histoire qu'à travers le prisme du bien et du mal. La vérité historique, si nécessaire, est liquidée. Il n'est pas étonnant que les enfants politiques de Salan prospèrent sur ce chaos mémoriel qui cannibalise le travail des historiens. Le prisme décolonial procède de la même logique : l'instrumentalisation de la mémoire à des fins politiques contestables. Zemmour exploite le malaise mémoriel jusqu'à plus soif. Il s'agit d'une rente morbide. De même, certains polémistes qui, vingt ans plus tôt, dénonçaient les libéraux-libertaires au motif qu'ils faisaient le jeu du libéralisme, sont les adeptes désormais du libéral-conservatisme.  </p><p class="article__item article__item--para">Le déclin de l'Occident est une idée qui envahit le débat public en s'adaptant chaque fois à la sociologie et à l'histoire politique du pays concerné. L'affaiblissement des social-démocraties, les insuffisances des gauches radicales, la plasticité des droites de gouvernement et l'absence de définition d'une vision du monde rassemblant des groupes sociaux divers mais tous inquiets nourrissent la "droitisation".  </p><p class="article__item article__item--para">Ce qui se déroule aujourd'hui sous nos yeux n'est pas le fruit d'un esprit machiavélique, c'est aussi le résultat de vingt ans de brutalisation des codes du débat comme de l'action publique. Dix ans avant Trump, Stephen Mennell, un des plus brillants disciples de Norbert Elias, avait prévu dans The American Civilizing Process, l'un de ses livres les plus brillants, que la décivilisation initiée par les néoconservateurs aurait des conséquences terribles. </p>
<p><a class="js-inread-url sgt-inread__wrapper" data-url-mobile="https://app.adjust.com/2etjhj1_35lrfb3" href="https://www.lexpress.fr/lexpress-audio/?xtatc=INT-156" target="_blank" readability="2"><br /><p>L’application L’Express</p><br /><p>Pour suivre l’analyse et le décryptage où que vous soyez</p><br /><br /><p>Télécharger l’app</p><br /><br /></a></p>
<p>Sur le même sujet</p><p class="article__item article__item--para">L'idéologie de la crise, c'est la peur du déclin de l'Occident, et à celle-ci s'ajoute, par en haut, une brutalisation des codes de nos sociétés. Dans cette perspective, la droitisation apparaît en quelque sorte comme l'adjuvant de la décivilisation. </p>
<p>Les plus lus</p>

<p>Opinions</p>
<p>Chronique</p>
<p>par Aurélien Saussay, chercheur à la London School of Economics, économiste de l'environnement spécialiste des questions de transition énergétique.</p>
<p>Chronique</p>
<p>Frédéric Filloux</p>
<p>Economie</p>
<p>Emmanuel Lechypre</p>
<p>Chronique</p>
<p>Nicolas Bouzou</p>
]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/752/l%E2%80%99eurasie-terrain-du-%C2%AB%C2%A0grand-jeu%C2%A0%C2%BB</guid>
	<pubDate>Sat, 06 Nov 2021 23:06:49 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/752/l%E2%80%99eurasie-terrain-du-%C2%AB%C2%A0grand-jeu%C2%A0%C2%BB</link>
	<title><![CDATA[L’Eurasie, terrain du « Grand Jeu »]]></title>
	<description><![CDATA[<p></p><p>L’Eurasie, centre géostratégique de la planète, objet depuis longtemps de stratégies de domination nommées « le Grand jeu ». Voici d’abord une série de textes écrits par Christian Greiling, un spécialiste français du sujet, pour vous expliquer le contexte historique et vous permettre de mieux comprendre l’importance de ce continent et de ce qui s’y passe actuellement.</p><p>Voyons maintenant plus en détail l’histoire contemporaine autour de ce « grand jeu ».</p><p>D’abord un point de vue occidental,</p><p>puis le « point de vue alternatif ».</p><p>L’Eurasie, centre de gravité d’un monde multipolaire en formation, abandonnant le monde unipolaire étasunien dans les poubelles de l’histoire.</p><p>Les deux fondations principales de cette « Eurasie multipolaire » sont la Russie et la Chine.</p><p>C’est bien sûr la Chine, puisqu’elle en a la capacité financière, qui aide au financement d’une grande partie de l’infrastructure nécessaire à l’intégration eurasiatique avec son colossal projet d’infrastructure nommé « Nouvelles Routes de la Soie », que nous verrons plus en détail dans le chapitre sur la Chine.</p><p>C’est la Russie qui garantit l’aspect sécuritaire du bloc eurasien grâce à sa puissance militaire et la finesse diplomatique du gouvernement de Vladimir Poutine.</p><p>Voyons maintenant l’intégration eurasienne en marche.</p><p>L’inde, le troisième grand pôle du continent hésite, à cause de sa peur de la Chine et des pressions occidentales.</p><p>Un des moyens de résister aux pressions déstructurantes des États-Unis pour empêcher l’intégration eurasiatique est de créer un réseau financier intégré et d’arrêter d’utiliser le dollar pour leurs échanges commerciaux.</p><p>Une fois le cadre eurasiatique défini, nous allons nous pencher plus avant sur les deux principaux piliers eurasiens, pays sans lesquels aucune intégration n’aurait lieu et qui du coup sont dans la ligne de mire de l’Empire, <a href="https://lesakerfrancophone.fr/ceg6-la-russie">la Russie</a> et <a href="https://lesakerfrancophone.fr/ceg8-la-chine">la Chine</a>. Mais commençons par étudier <a href="https://lesakerfrancophone.fr/ceg5-le-combat-usa-vs-russie">la guerre hybride entre la Russie et l’OTAN</a> sur le terrain eurasien.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/751/comprendre-les-enjeux-geopolitiques-l%E2%80%99eurasie-terrain-du-grand-jeu</guid>
	<pubDate>Sat, 06 Nov 2021 23:06:15 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/751/comprendre-les-enjeux-geopolitiques-l%E2%80%99eurasie-terrain-du-grand-jeu</link>
	<title><![CDATA[Comprendre les enjeux géopolitiques : L’Eurasie, terrain du Grand jeu]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Par Wayan − Le 6 Novembre 2021 − Source <a href="https://lesakerfrancophone.fr/ceg4-leurasie-terrain-du-grand-jeu">Le Saker Francophone</a></p><p></p><p>L’Eurasie, centre géostratégique de la planète, objet depuis longtemps de stratégies de domination nommées « le Grand jeu ». Voici d’abord une série de textes écrits par Christian Greiling, un spécialiste français du sujet, pour vous expliquer le contexte historique et vous permettre de mieux comprendre l’importance de ce continent et de ce qui s’y passe actuellement.</p><p>Retrouver la suite de cette analyse sur la page : <a href="https://lesakerfrancophone.fr/ceg4-leurasie-terrain-du-grand-jeu">L’Eurasie, terrain du Grand jeu</a></p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/749/l%E2%80%99iran-a-decide-de-jouer-la-carte-des-taliban</guid>
	<pubDate>Sat, 06 Nov 2021 12:13:39 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/749/l%E2%80%99iran-a-decide-de-jouer-la-carte-des-taliban</link>
	<title><![CDATA[L’Iran a décidé de jouer la carte des Taliban]]></title>
	<description><![CDATA[
<p><a href="https://mondafrique.com/wp-content/uploads/2015/10/mollah-iran.png" data-caption=""></a></p>
<p>Le développement d’une relation forte entre la théocratie chiite iranienne et le gouvernement des extrémistes sunnites afghans, ennemis jurés dans le passé, est l’une des répercussions les plus paradoxales de la prise de pouvoir à Kaboul, le 15 août dernier, par les « Etudiants en religion ».</p>
<p><a href="https://mondafrique.com/wp-content/uploads/2021/10/Ali-Khameini.jpg"></a><br />Le « Guide suprême », Ali Khamenei était autrefois très virulent l’égard des talibans, qu’il qualifiait de « ramassis de mercenaires cruels et fanatiques ».</p>
<p>Lors du premier passage au pouvoir des talibans ( 1996-2001), l’Iran et le régime de l’Afghanistan « talibanisée » avaient presque failli se faire la guerre : en 1998, un conflit armé avait été évité de justesse après que des soldats taliban eurent investi le consulat iranien de Mazar-e-Sharif ( nord de l’Afghanistan). Onze diplomates iraniens avaient été tués. L’année précédente, les talibans avaient massacré trois mille hazara, minorité afghane chiite qui, pour d’évidentes raisons religieuses, linguistiques et culturelles, sont les « protégés » et alliés de Téhéran.</p><p>L’Iran soutenait aussi le célèbre commandant Ahmad Shah Massoud, Tadjik persanophone, héros du « djihad » contre les soviétique, ex maître de Kaboul devenu chef de la résistance anti talibane après sa débâcle de 1996, quand ses ennemis s’emparèrent une première fois de la capitale afghane.</p>
<p>Changement de ton de Téhéran</p>
<p>Peu après la victoire des taliban, les autorités iraniennes ont « conseillé » à leurs médias de modérer leurs critiques envers les « séminaristes » au pouvoir à Kaboul. Il a été expressément demandé aux journalistes iraniens d’éviter les termes de « brutalité », « crimes », « atrocités », termes naguère en vigueur quant il s’agissait de qualifier les talibans, symbole du « suprémacisme » sunnite incarné par les extrémistes afghans.</p><p>En fait, le réchauffement entre les deux voisins-adversaires ne date pas tout à fait d’hier : en 2005, l’ex président Mahmoud Ahmadinejad, grand pourfendeur d’Israël, avait engagé l’ébauche d’un dialogue avec les talibans. Qui, à l’époque, bataillaient avec le gouvernement afghan installé à Kaboul par les Américains. Tout ce qui pouvait contribuer à l’affaiblissement des troupes des Etats-Unis et de leurs alliés était bien entendu bon à prendre…</p><p>Le « Guide suprême », Ali Khamenei a, ces dernières années, modéré son discours, « incluant les talibans dans l’’axe de résistance’ avec la Syrie, l’Irak et le Yémen, leur fournissant armes et entraînement », ainsi que l’affirmait récemment l’ancien diplomate Bernard Chappedelaine dans le Numéro 26 de la « Revue de presse internationale ».</p><p>A la fin du mois de juin, soit un mois et demi avant la chute de Kaboul et la désastreuse opération de retrait menée par les Américains, le quotidien ultra conservateur iranien « Kayhan », dont le directeur est choisi par le « Guide », avait publié un article laissant entendre que les talibans n’étaient plus ceux que « nous connaissions avant, quand ils coupaient des têtes ». Et d’ajouter que, lors des offensives des insurgés contre le gouvernement de Kaboul « aucun crime affreux n’a eu lieu, contrairement à l’Etat islamique qui en a commis en Irak ». Le journal insistait aussi, détail qui n’en est pas un, sur le fait que les talibans avaient promis de ne pas s’en prendre aux minorités chiites afghanes.</p>
<p><a href="https://mondafrique.com/wp-content/uploads/2021/10/Iran-1.jpg"></a><br />Le drapeau des Taliban à la frontière de l’Iran et de l’AfghanistanLes Gardiens de la Révolution en embuscade</p>
<p>La menace de l’Organisation « Etat islamique » (EI) est en réalité l’une des raisons les plus évidentes qui pousse l’Iran à faire ami ami avec des talibans longtemps honnis. Comme le dit dans l’Orient- le-Jour la chercheuse du Carnegie Middle East Center Fatemeh Aman, « les Iraniens sont nerveux : un gouvernement entièrement dominé par les talibans n’est pas leur premier choix, mais ils n’ont plus d’autre options pour contenir l’Etat islamique et les possibles retombées d’une nouvelle guerre ».</p><p>Si le retrait des Américains fait l’affaire de l’Iran, le régime des ayatollahs s’inquiète en effet de l’instabilité que font régner en ce moment chez son voisin les combattants de l’EI dans le cadre d’une sanglante campagne d’attentats : 100 morts à l’aéroport de Kaboul, le 26 août ; 60 morts dans l’explosion qui s’est produite le 8 octobre dans une mosquée chiite de Kunduz ( Nord-afghan) ; 41 morts dans l’attentat suicide, le 15 octobre, dans une mosquée chiite de Kandahar, « capitale » historique des talibans, au cœur du pays pachtoune, l’ethnie ultra majoritaire des « Etudiants ». Tous ces attentats ont été revendiqués par l’Etat islamique au Khorassan ( EI-K).</p><p>Le changement d’orientation prise par la diplomatie iranienne est l’œuvre des « Pasdarans » , les tous puissants « Gardiens de la révolution » qui phagocytent le pouvoir à Téhéran, une emprise politique et économique que ces derniers ont encore accru en instrumentalisant à leur profit le régime des sanctions imposées à l’Iran par les Etats-Unis, l’ONU et l’Union européenne à cause du non respect par le régime de Téhéran des accords de 2015 sur le nucléaire. Les « Gardiens » profitent notamment de l’embargo imposé en tirant profit du marché noir provoqué par les sanctions économiques.</p><p>« Cette nouvelle approche à l’égard des talibans a vraisemblablement été promue par le commandant du Corps des gardiens de la révolution ( IRC), Ismail Qaani, considéré comme un vétéran des affaires afghanes qui serait notamment le pourvoyeur de combattants hazara chiites afghans en Syrie », observe le site de l’« Atlantic Council ».</p>
<p>L’Etat islamique, l’ennemi commun</p>
<p>Cet infléchissement remarquable de la politique iranienne à propos de talibans – même si elle ne s’accompagne pas d’une volonté de reconnaître le nouveau régime- est rendue plus aisée en raison des signes de bonne volonté émis par les « Etudiants en religion » avant même leur prise de pouvoir. L’année dernière, les talibans avaient nommé un mollah chiite d’ethnie hazara au poste de gouverneur de district dans une zone qu’ils contrôlaient, au nord de l’Afghanistan. Ces derniers n’ont également pas manqué de condamner les attaques à répétitions contre des mosquées chiites, attribués – ou revendiqués- par l’EI.</p><p>Tout cela n’empêche pas qu’un certain nombre de voix restent sceptiques en Iran quant à la pertinence de ce rapprochement avec un régime autrefois ennemi : les talibans n’ont fait presque aucun compromis dans la formation d’un gouvernement que leurs voisins et l’occident voulaient « inclusif ». Seul deux membres de la minorité tadjike persanophone, courtisée et soutenue par l’Iran, ont été appointés à des postes ministériels dans le gouvernement talib.</p><p>« Il y a un débat en cours en ce moment en Iran, certaines voix s’élevant contre l’hypothèse que les talibans ont changé », analyse le chercheur Adnan Tabatabai, responsable du Center for applied research in partnership with the orient », un think tank installé à l’université de Bonn, en Allemagne.</p><p>Mais dans un contexte général qui voit les puissances régionales prêtes à redevenir les acteurs d’un « grand jeu » où l’Afghanistan est à nouveau le centre, l’Iran ne peut que faire preuve de pragmatisme à l’égard d’un pays avec lequel il partage 900 kilomètres de frontière commune. Alors que l’Arabie Saoudite, grand rival de Téhéran, maintient un curieux silence pour une monarchie qui avait naguère était l’un des grands soutiens des talibans. Et qui fut l’un des trois pays, avec les Emirats Arabes Unis ( EUA) et le Pakistan, à reconnaître le régime des talibans, « Saison 1 »…</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/748/apartheid-de-la-pensee%E2%80%89-opinion-internationale</guid>
	<pubDate>Fri, 05 Nov 2021 23:09:33 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/748/apartheid-de-la-pensee%E2%80%89-opinion-internationale</link>
	<title><![CDATA[Apartheid de la pensée ? - Opinion Internationale]]></title>
	<description><![CDATA[<p></p><p>“Je ne lis plus les livres des hommes, je ne regarde plus leurs films, je n’écoute plus leurs musiques »</p><p>Alice Coffin, Le génie lesbien (2020)</p><p>Wokisme, Cancel culture, intersectionnalité, réunions racisées ou non-mixtes, etc… ces mouvements apparus pour la plupart au sein d’universités US de Columbia à Berkeley trouvent aujourd’hui un écho favorable chez les jeunes européens, mais également au sein de la France Insoumise (J-L Mélenchon) et du parti écolo (tendance Sandrine Rousseau).</p><p>Derrière ce jargon abscons qui s’est répandu en France et en Europe par la rapidité des réseaux sociaux et par une certaine mondialisation de la pensée oublieuse des différences sociologiques et communautaires entre les US et le vieux continent se cache une doxa qui laisse peu de place à la liberté de pensée et d’expression.</p><p>Comment des mouvements a priori antiracistes ont pu développer une pensée aussi radicale et sectaire ? Que disent-ils de l’état de notre société ? Quid de la fraternité (triptyque républicain) et de l’altérité qui permettent de se sentir semblable de celui/celle qui ne nous ressemble pas ?</p><p>Émergence des questions identitaires ou militantisme de la censure ?</p><p>Alors que seuls 6 % (1) des Français interrogés à propos de la pensée « woke » savent de quoi il s’agit (les 94 % restants se demandant bien pourquoi on les interroge sur une grande poêle à frire venant d’Asie !), le concept est présent du matin au soir dans tous les débats et sur tous les médias sans qu’on sache réellement de quoi on parle.</p><p>Pour la petite histoire, le terme woke apparait pour la première fois en 2008 dans un titre de la chanteuse afro-américaine Erykah Badu « I stay woke ». Il s’agit d’une prise de conscience où il faudrait « être éveillé » face aux injustices raciales et sociales. Le slogan woke prend réellement son essor aux US à partir de 2013 via le mouvement Black Lives Matter qui milite contre un racisme « systémique » envers les Noirs. En 2020, le mouvement sera largement répandu hors des frontières US à la suite de la mort de George Floyd tué par un policier blanc.</p><p>À cela s’ajoutent de plus en plus de réunions « racisées » ou « non-mixtes », au sein desquelles, par exemple, un homme blanc serait exclu ou prié de se taire si le sujet de la discussion portait sur l’esclavage des noirs.</p><p>Comme le disait Martin Luther King : “Ce qui compte chez un homme, ce n’est pas la couleur de sa peau ou la texture de sa chevelure, mais la texture et la qualité de son âme ». C’est limpide et écrit noir sur blanc (que le lecteur n’y voit aucune malice de ma part !)</p><p>Le mouvement des droits civiques de Martin Luther King exigeait l’égalité des droits, non des droits particuliers. Son antiracisme était un universalisme, pas un particularisme. Il réclamait qu’on juge les êtres humains indépendamment de leur couleur de peau. Au contraire, les wokes, sont obsédés par les questions de race.</p><p>Partant d’une juste cause et de combats légitimes menés pour l’égalité de groupes minoritaires, le discours woke a fait ressurgir des luttes de plus en plus identitaires et a réintroduit la notion de race. Quel saut en arrière alors que l’anthropologue Claude Lévi-Strauss nous expliquait en 1952 que la race n’existe pas et qu’il n’y a que des couleurs de peau ! Le wokisme, mouvement antiraciste, racialise les rapports sociaux ! On marche sur la tête !</p><p>Dans le même temps, la notion sociologique d’intersectionnalité se développe démontrant une certaine convergence des luttes. Ainsi, une femme noire pourrait subir des discriminations croisées à l’emploi parce que noire et parce que femme. De la même manière, une femme blanche lesbienne pourrait être considérée à la fois comme « oppresseur » parce que blanche et « victime » de discriminations parce qu’homosexuelle. Dans quelle case faudrait-il alors mettre un homme albinos transgenre ? Les exemples sont illimités…</p><p>Au nom de la justice sociale, focalisée sur les uniques critères de la race et du genre, certains militants empêchent, censurent, interdisent. De plus en plus d’intellectuels, invités par des enseignants ou des étudiants, font l’objet d’un boycott plus ou moins violent, une fois arrivés sur place. À titre d’exemple, Sylviane Agacinski, féministe historique, a été contrainte de renoncer à se rendre en 2019 à l’université Bordeaux Montaigne en raison de menaces liées à sa position sur la GPA. N’est-il plus possible d’avoir des débats contradictoires sur des questions éthiques sans entrer dans une dérive de la censure ? Est-il normal qu’aujourd‘hui certains conférenciers (Alain Finkielkraut, Caroline Fourest,…) fassent l’objet de menaces, soient sous protection policière, soient insultés, caricaturés, délégitimés ? Ne s’agit-il pas du nouvel apartheid 2.0 ?</p><p>Évidemment, il faut lutter contre toutes formes de discriminations. Mais en identifiant le blanc (de préférence mâle, hétéro et de plus de 50 ans) comme l’oppresseur, on le délégitime de facto et on nie toute possibilité d’universalité humaine.</p><p>Vous suivez toujours ? Alors, poursuivons avec la « Cancel culture » ou culture de l’effacement, de l’annulation. Le procédé est simple, voire simpliste : faire tabula rasa du passé pour reconstruire l’avenir. Par exemple, pour régler le passé esclavagiste ou colonial, on a déboulonné la statue de Thomas Jefferson (à la fois auteur de la déclaration d’indépendance des États-Unis et esclavagiste, car détenteur de 600 esclaves noirs) dans la mairie de New-York. En France, pas de déboulonnage, en revanche l’Élysée invite à honorer davantage de personnes issues de la diversité. Certes il vaut mieux expliquer que déboulonner, mais on peut s’interroger sur la pertinence de ce « en même temps », car qui imaginerait aujourd’hui en France une statue de Philippe Pétain (héros de la guerre 14-18 et traitre à la nation française) ?</p><p>Puisant sa légitimité dans la lutte contre le racisme, contre les violences faites aux femmes, etc… la « cancel culture » utilise bien souvent le procédé de la délation, de la censure. Ainsi #MeToo et #BalanceTonPorc en France s’inscrivent dans cette mouvance. Ces hashtags incarnent la libération de la parole des victimes, l’accusé voyant alors son nom jeté en pâture et se retrouvant, dans bien des cas, jugé coupable aux yeux de l’opinion publique avant même tout procès. Bien souvent, il n’y a même pas d’instruction judiciaire, soit du fait de la prescription des faits, soit parce que les plaignant(e)s ne souhaitent pas déposer plainte jugeant peut-être la diffamation suffisante !</p><p>Où est donc passée la présomption d’innocence ? À titre d’exemple, le comédien Philippe Caubère a été accusé en 2019 de viol, la plaignante l’accusant d’être un « serial violeur »… mais qui sait aujourd’hui que cette femme a été condamnée pour diffamation ?</p><p>De la même manière, qui sait que Woody Allen a été blanchi par deux enquêtes commandées par la justice américaine et n’a jamais été l’objet de la moindre plainte sur aucun de ses tournages ?</p><p>Diffamez, il en restera toujours quelque chose…</p><p>Un nouveau totalitarisme ?</p><p>Il y aurait encore beaucoup à dire tant les exemples de dérives sont nombreux.</p><p>Force est de constater que tous ces mouvements enferment, fragmentent et divisent chaque catégorie ethnique ou sociale. Des luttes légitimes se sont laissées débordées par des mouvances totalitaires où le boycott, via les réseaux sociaux, règne.</p><p>Finalement, une partie de la gauche française, porteuse à l’origine des notions d’universalité et de fraternité, est gangrénée. Ce constat est malheureusement la conséquence de l’atonie du débat intellectuel actuel et de l’absence de projet politique porteur d’espérance à gauche.</p><p>Face au mouvement woke, les Camarades feraient mieux de se réveiller !</p><p>Sandrine Pilcer</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Thu, 04 Nov 2021 20:51:16 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Voici ce qu’il se passe réellement avant et pendant une émission de “débat”]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Des « Informés » de France info aux émissions de Public Sénat, j’ai croisé essentiellement, pendant plusieurs années à participer à ces “débats”, des gens étroits d’esprit, manipulateurs et qui ne travaillaient pas leur sujet. Mais plus ennuyeux encore : j’y ai vu comment le débat public autorisé était maintenu dans un cadre idéologique très strict où il est impossible de parler de classe dominante, de propriété ou d’égalité sans passer pour un fou. Et ce, même avant l’arrivée dans les studios. Entre 2015 et nos jours, j’ai participé à ces émissions en essayant d’en changer un peu le ron ron quotidien. J’en ai déduit qu’il n’y avait pas besoin, hélas, d’un Vincent Bolloré pour rendre notre télé imperméable à toute idée un peu critique, voici pourquoi :</p><p>Comment se retrouve-t-on à la télévision, à débattre en direct de grandes questions d’actualité, donnant son avis sur les sujets qui concernent la vie des gens ? C’est assez simple et ça n’a rien à voir avec votre valeur, votre « expertise » ou votre honnêteté intellectuelle. Bien au contraire. Tout d’abord, il faut avoir publié quelque chose, être journaliste ou appartenir à une institution un tant soit peu prestigieuse. Une première précaution, peut-on penser, encore faudrait-il qu’on soit nécessairement intelligent ou compétent lorsque l’on est journaliste, universitaire, politologue ou sociologue. Rien n’est moins sûr. Ce qui est sûr en revanche, c’est que statistiquement ce filtre est d’abord social, puisque les diplômés en France sont majoritairement enfants de cadres et professions intellectuelles supérieures. Ce qui explique pourquoi près de 70% des gens que l’on voit à la télévision, selon le CSA, sont issus de cette catégorie sociale. Et qu’aucun ouvrier ne donne jamais son avis sur des sujets qui les concernent pourtant au premier chef.</p>
<p>Des sujets de débat envoyés 1h à l’avance</p>
<p>Les premiers concernés ne sont jamais présents dans les émissions de débat car le journaliste qui produit une émission de débat veut des “experts”, “neutres” car pas “directement concernés” par l’actualité dont ils vont discuter. Une fois votre premier passage dans une émission réussie (vous n’avez ni bégayé, ni insulté le présentateur, ni vomi de stress : bravo), votre numéro transite de journalistes en journalistes et un boulevard s’offre à vous. Pas grand monde n’ira vérifier qui vous êtes vraiment, ce que vous avez vraiment publié (les journalistes ne lisent généralement pas les livres). C’est ainsi qu’à 26 ans, alors que j’étais encore doctorant en sociologie et militant d’extrême-gauche sur mon temps libre, j’ai reçu mon premier coup de téléphone pour un passage média prévu le lendemain sur le plateau de LCI. Grosse pression ! Lors du premier contact, les producteurs sont toujours extrêmement vagues : “vous interviendrez à 19h10 pour parler de la désaffection des jeunes pour la politique / pour débattre de comment réenchanter la démocratie / de la hausse du déficit public / du trou de la sécu”. Combien de temps, pourquoi, avec qui ? Vous le savez rarement à l’avance.</p><p>Cela va sans dire, l’émission aura lieu à Paris. Il est frappant de constater que lorsqu’un journaliste vous appelle, ayant trouvé notre numéro dans son listing « contacts sociologue / gens de gauche », il part du principe que vous habitez dans Paris intra-muros. Depuis que je suis revenu vivre dans ma région d’origine et que je le signale, je recueille le plus souvent un silence surpris de mes interlocuteurs. Ce filtre géographique est évidemment un filtre social : qui vit et travaille dans Paris intra muros ?</p>
<p>Face à l’éditorialiste Anthony Bellanger en 2018, qui estimait que les “privilèges” des cheminots étaient une atteinte à l’égalité et que cela choquait “les Français”. Lui, évidemment, était tout à fait neutre et objectif sur le sujet.</p>
<p>Le lendemain, 1h avant l’émission (si vous avez de la chance); vous recevez les informations manquantes : les sujets abordés, les invités avec qui vous allez débattre… Si vous avez un métier à temps plein, comme c’était mon cas, vous avez une dizaine de minutes à la pause pour griffonner quelques idées avant l’émission, et googliser les autres invités pour savoir à qui vous avez affaire. Cette situation, je l’ai connue systématiquement pour l’émission « les informés » de France Info (TV et Radio), qui porte très mal son nom puisque vous êtes invité quels que soient les sujets. Qu’importe qu’il s’agisse de foot, de hausse du prix du kérosène ou du programme de Jean-Luc Mélenchon : vous êtes un « informé ».</p>
<p>Des conditions de travail dégradées qui favorisent le règne de l’expert bourgeois professionnel</p>
<p>Pourquoi de telles énormités sociales dans l’organisation d’une émission de débats ou d’idées ? D’abord parce que plus personne ou presque ne réfléchit à ce que cela signifie d’organiser des débats télévisés sur des sujets de société. On enseigne aux étudiants en école de journalisme de rechercher des gens qui ont une “hauteur de vue”, sous-entendu bac+5, sous-entendu bien nés et qui ne subiront pas ce qu’ils prônent. On ne va quand même pas faire venir un smicard pour parler du niveau des salaires ? Non mais sans blague.</p><p>Une fois votre premier passage dans une émission réussie, votre numéro transite de journaliste en journaliste et un boulevard s’offre à vous.</p><p>Ensuite, les conditions de travail des préparateurs et préparatrices d’émission nourrissent la logique générale qui favorise ces biais sociaux et politiques. Parfois soumis au rythme éreintant d’un débat à organiser par jour, les journalistes (que l’on appelle dans le jargon des “programmateurs”) sont les “petites mains” des animateurs sur plateau, et ne peuvent souvent se permettre beaucoup d’audace dans le choix des invités. Ce qui est recherché, c’est un invité que l’on peut prévenir la veille pour le lendemain voire, ça m’est déjà arrivé, 3h à l’avance (“bonjour Monsieur Framont, êtes-vous disponible pour venir débattre ce soir sur le thème “l’antiracisme est-il le nouveau racisme ?””). Il vit donc à Paris. Ensuite, il est rodé à l’exercice, souple et adaptable, il a une théorie sur tous les sujets. Bref, c’est un prêt à débattre, ou ce qu’on appelle, dans la profession, les gens “déjà dans le taxi”. </p>
<p><a href="https://www.valeursactuelles.com/clubvaleurs/politique/paul-melun-le-reac-de-gauche-qui-entend-peser-en-2022/"></a><br />Paul Melun, 27 ans, a construit sa carrière sur la participation aux émissions de débat. “Entre deux plateaux qu’il fréquente de plus en plus, chez Eric Brunet ou Pascal Praud, l’essayiste rallie sa demeure depuis Paris dans un vieux coupé sport, sa seule folie”, <a href="https://www.valeursactuelles.com/clubvaleurs/politique/paul-melun-le-reac-de-gauche-qui-entend-peser-en-2022/">nous raconte Valeurs Actuelles,</a> fan de son look de Drago Malefoy.</p>
<p>En toute logique, celles et ceux que l’on voit le plus dans les émissions de débat dédient une partie de leur vie à ça. Certains le font en entrepreneur individuel professionnel, comme Thomas Guénolé qui déploie son numéro de “sociologue quantitativiste” et propose une nouvelle théorie politique tous les six mois. Passer à la télé fait vendre ses bouquins, vendre ses bouquins le fait passer à la télé… Il y a ensuite des gens qui sont rémunérés par des “think tank”, eux-même financés par des bourgeois qui défiscalisent tout en soutenant les idées qui leurs sont chères. C’est grâce à leur générosité que vous trouverez à longueur de semaine des Gaspard Koenig (du think tank “Génération Libre”), William Thay (think tank “le Millénaire »), ou encore Paul Melun. Ce dernier est un bon exemple de la façon dont le système médiatique de l’invité “déjà dans le taxi” permet une ascension fulgurante sur la base de rien. Habitué de RTL, tous les jeudis sur LCI, régulier de Pascal Praud, il a créé son think tank (“Souverains demain!”) pour obtenir un titre et venir déverser une pensée souverainiste (prétendument de gauche, vraiment de droite) qui s’écoule avec fluidité dans les cadres convenus du débat.</p><p>Les débatteurs professionnels savent s’adapter aux contraintes des journalistes, non par empathie syndicale mais pour être sûrs de demeurer le “bon client” à qui l’on pense immédiatement quand on n’a que quelques heures pour planifier le débat du lendemain.</p>
<p>Petite causerie entre copains</p>
<p>Si vous n’êtes pas un expert professionnel rompu au petit cérémonial de la télévision en direct, vos problèmes commencent déjà quand vous montez dans le taxi que la production vous a envoyé. Par réflexe, vous acceptez. Les transports en commun étant ce qu’ils sont et les émissions le plus souvent en direct, le retard n’est pas envisageable. De plus, vous faites ça gratuitement, alors ça vaut bien un trajet gratuit en tacos, merde ! Le voyage en taxi vous plonge dans l’univers ouaté de la bourgeoisie télévisuelle. Vous passez directement de chez vous au studio de l’émission, et votre seul contact socialement éloigné de vous sera le chauffeur. Ce qui explique d’ailleurs pourquoi nombre de journalistes et experts des plateaux télés citent l’avis de leur taxi ou VTC pour appuyer leurs propos : ils sont sans doute les seuls travailleurs à qui ils ont parlé dans la journée. </p><p>Après cet intermède luxueux et calme, l’arrivée dans les studios relève de l’épreuve de force sociologique quand vous ne faites pas partie de ce monde. Tout d’abord, il faut savoir que l’immense majorité des sièges de télévision et radio se situent dans l’ouest de la capitale, c’est-à-dire dans le XVIe arrondissement (Radio France), le XVe (France Télévision), Boulogne-Billancourt (TF1)… Tout est situé dans les quartiers les plus riches de la région parisienne. Autant dire que si vous arrivez à pieds, gueux que vous êtes, le choc sera rude. Vous comprenez d’office, au milieu des costumes, des tailleurs et de quelques baskets blanches, qu’on ne rêve pas ici de justice sociale.</p><p>Les débatteurs professionnels savent s’adapter aux contraintes des journalistes, non par empathie syndicale mais pour être sûrs de demeurer le “bon client” à qui l’on pense immédiatement quand on n’a que quelques heures pour planifier le débat du lendemain.</p><p>Pour ma part, en général, c’est une productrice enjouée qui vient me chercher dans le hall. Elle vous annonce l’arrivée imminente des autres invités et vous invite à passer au maquillage sans attendre. Car oui, tout le monde est maquillé à la télévision. En quelques minutes, vous ressemblez aux présentateurs irréels de BFM TV. C’est le moment egoboost de la soirée : on n’imagine pas comme le fond de teint de télé peut faire des miracles, faisant disparaître vos cernes, vos insomnies… mais pas votre stress, qui se précise à mesure que l’heure de l’entrée en plateau approche.</p><p>Frénétiquement, vous consultez vos notes, tel un élève de 3e avant l’interro de math. Les premières années, je me rendais à ces émissions avec un grand cahier où j’avais pris des notes, entourant de grands chiffres chocs, un stylo, quelques articles imprimés sur les sujets abordés. C’est une habitude que l’on finit par perdre : dans le petit salon attenant au studio, aucun des trois invités avec qui je vais débattre n’a de note. Chacun vient les mains dans les poches et durant le temps qui nous sépare de l’émission, pas grand monde n’évoque les sujets qui seront abordés. « C’est sur quoi déjà ? », demandait régulièrement un éditorialiste de droite invité récurrent des Informés.</p>
<p>Sur Public Sénat, la journaliste a un rôle essentiel : vous regardant en hochant la tête, elle appuie votre propos et lui donne de l’intérêt. Un froncement de sourcil, une interruption de sa part et hop, votre début de raisonnement sur l’impact du patriarcat sur l’inégalité professionnelle est aspiré dans le néant</p>
<p>Vous voilà face à vos adversaires. Si vous êtes un sociologue de gauche, voire marxiste, et que votre but est de rendre justice à la classe laborieuse en passant à la télévision pour parler de sa réalité, le combat commence maintenant. Mais le format est on ne peut plus déstabilisant. Autour d’un petit café, vos adversaires politologues de Science Po, rédacteur en chef de Challenges, journalistes au Figaro se racontent leurs vacances. Ils s’apostrophent joyeusement car ils se voient presque tous les jours, parfois deux fois dans la journée sur un plateau différent. Durant ce moment de gêne, vous avez tout le loisir de constater que vos chaussures sont élimées et sales et que les souliers à 600€ de vos adversaires brillent comme une Audi neuve. J’ai d’ailleurs fini par comprendre que les bourgeois avaient au moins 15 paires de chaussures. Avec ma seule paire estampillée « ville – émission de télé », à fortiori à 75€, j’étais hors-jeu.</p><p>Il faut venir déjà radicalisé dans ce genre d’émission. Sûr de vos positions, de vos connaissances, de vos « chiffres », de votre place dans la société et assumant votre appartenance de classe. Je n’avais pas cela, à l’époque où je jouais le jeu en me disant qu’il était nécessaire qu’une parole un peu anticapitaliste existe à la télévision et où une partie de moi-même rêvait encore d’être reconnu dans le petit monde intellectuel parisien. On m’écrivait pour me remercier de mes interventions, mes amis m’encourageaient, ma grand-mère regardait même si la politique ne l’intéresse que peu, mais une fois dans ce petit salon j’étais plus seul que jamais. Car oui, la « neutralité » et « l’équilibre » des émissions de débat requièrent un invité de gauche pour trois de droite, c’est quasi systématique. </p><p>Naturellement, la « gauche » que l’on vous demande d’incarner est à responsabilité limitée. Même avant d’entrer sur le plateau, vous faites face à cette réalité : les invités sont tellement bourgeois, pro-patronaux et de droite (même ceux qui sont étiquetés « de gauche ») que si vous arrivez à placer « classe sociale », « politique de classe » ou « partage des richesses » vous serez le boss des boss. Beaucoup d’énergie pour, au final, pas grand-chose.</p>
<p>Tous Pourris ? Non, tous bourgeois</p>
<p>Être témoin des petites discussions en off des invités avant et après l’émission est l’occasion de bien comprendre une chose : pour ces gens-là, la politique et « l’actu », c’est un jeu. Autour d’un café ou d’une bouteille de Vittel et, après l’émission, d’un verre de vin, ils discutent d’untel qui a dit tel truc, de truc qui a parlé d’untel et surtout spéculent, spéculent et re-spéculent sur ce qu’untel fera, dira, s’alliera et surtout qui gagnera la prochaine présidentielle. « Ah bon tu penses que Rousseau va rester derrière Jadot ? Moi j’aurais dit que non  » ai-je entendu dernièrement, « Entre nous, Bertrand, il est grillé, il devrait parler avec Pécresse« . Le ton est le même que pour commenter un épisode de Game of Thrones. Avec encore moins d’intensité dans la voix, parce que dans leur vision de la politique, personne ne meurt. Normal : la population n’existe pas. Les morts au travail, les malades dans les hôpitaux, les résidents des EHPAD ne font pas partie de leur existence et ils ne partagent pas de commune humanité. Pour eux ce sont des foules, des chiffres, des apparitions fugaces dans un reportage France 3 Régions. Car on parle bien de gens qui n’ont croisé aucun travailleur à part les agents de nettoyage qu’ils ont snobés et la maquilleuse avec qui ils auront échangé trois mots, s’ils n’ont pas passé l’intégralité de la séance les yeux rivés sur leur smartphone.</p><p>Politiquement, ce joyeux moment de convivialité vous permet de découvrir la supercherie : ces gens qu’on va faire “débattre” sont globalement tous d’accord entre eux. Ils se connaissent, se croisent pendant leurs vacances, ont des amis communs, et qu’ils travaillent à l’Obs (« de gauche ») ou au Parisien (“neutre de droite”) ils pensent grosso modo la même chose de la société. Tous pourris ? Non, tous bourgeois (ce qui est, d’un certain point de vue, la même chose).</p>
<p>Il y a parfois de « bons » adversaires, respectueux de vos différences et avec qui un débat de fond est possible. C’est le cas de Thierry Fabre, rédacteur en chef de Challenges. Le cadre du débat lui reste entièrement favorable. Illustration par Antoine Glorieux.</p>
<p>Ce qu’ils détestent ? Tout ce qui est à leur gauche (Mélenchon, Rousseau, Poutou…) et “les musulmans” qui sémantiquement parlant remplacent parfois “les arabes”. Cela peut sembler caricatural, mais je n’ai jamais pu prononcer le nom du candidat de la France insoumise devant ces gens sans recevoir de leur part un petit rictus méprisant, quand il ne s’agissait pas simplement d’un soupir exaspéré. « Mélenchon ? ça ne prendra pas« , me lançait dans l’ascenseur un « expert » de Science Po six mois avant la présidentielle de 2017, où le candidat avait obtenu tout de même 20% des voix.</p><p>Comment agir avec eux ? Rester poli, sourire de leurs conneries ? Participer à leur petit jeu d’anticipation politique ? Si vous avez un tempérament spontané de bon garçon poli, comme c’était mon cas, ça risque de vous arriver. Si en plus vous trouvez ces bourgeois un peu extravertis, polis (avec vous, pas avec l’agent de nettoyage noir évidemment), vous risquez de vous amollir. Rester aux toilettes tout le long de la petite causerie entre éditorialistes et « experts » est encore le mieux. Désormais, quand il le peut, mon camarade Selim Derkaoui m’accompagne et nous échangeons des regards amusés face à la morgue bourgeoise ambiante. Mais sans organisation préalable, il est fort probable que lorsque vous entrez sur le plateau, votre détermination, votre confiance et votre sérénité en prennent un coup, contrairement à vos interlocuteurs qui, les joues roses de plaisir, rient encore de leur dernier gossip.</p>
<p>Règle numéro 1 : jouer les observateurs désintéressés</p>
<p>Jingle, annonce des thèmes du débat. Parfois, sur « les informés », ce ne sont pas les mêmes que ceux annoncés 1h plus tôt par sms. Qu’importe, on est “informés”, non ? Commence alors une petite valse que vous connaissez bien si vous zappez de temps en temps sur BFM, LCI ou Public Sénat : nous jouons à donner nos avis comme des experts neutres et froids alors que tous les participants savent dans le fond qu’il s’agit d’un débat tout à fait politique. Mais plutôt que de dire qu’on ne veut pas rétablir l’ISF parce qu’on ne veut pas de partage des richesses, on dira que « telle étude a montré un effet notable sur l’investissement ». </p><p>Plus courant encore, plutôt que de dire qu’ils sont pour une politique répressive en matière d’immigration, parce que les migrants ça fait chier, les “experts” vous diront que « les Français » sont très inquiets du péril migratoire et du risque islamiste, et qu’il faut les entendre ! Si “les Français” ne jouent pas le bon rôle, par exemple en s’opposant majoritairement à une réforme des retraites, il faudra leur opposer la Raison et dire que “les Français” doivent “entendre la vérité » qui est qu’il faut travailler “plus longtemps”. Bref, vous qui n’avez rien demandé, sachez que dès qu’ils peuvent, ces gens vous mobilisent pour appuyer des idées qui sont pourtant les leurs.</p><p>C’est un débat très politique mais il faut faire comme si c’était un débat très technique. C’est le principe même de toute idéologie : plutôt que de faire comme si votre position en était une, vous faites comme si elle était un « principe de réalité », “le résultat d’une étude” ou “ce que disent les sondages”. Bref, n’assumez jamais que c’est vous, Jean-Louis Du Gonthier, éditorialiste au Parisien/l’Obs/Le Figaro qui voulez la fin de l’ISF, mais bien « les études » ou « les Français qui savent bien que ». Le réflexe de survie est de s’adapter à cette logique commune et de devenir alors un contre-expert, ce qui n’est pas difficile puisque ces gens n’ont que leurs préjugés, approximations et fausses informations (“les Français travaillent le moins en Europe”, “le trou de la sécu est abyssal”, “le Code du travail empêche d’embaucher”…) pour arguments. Sauf qu’en entrant dans leur jeu, vous devenez nécessairement moins offensif et moins percutant.</p><p>“Pourquoi tu prends l’accent bourgeois quand tu passes à la télé ?”. Cette question taquine posée il y a quelques mois par mon ami Benoît, ex-rédacteur en chef et cofondateur de Frustration, a de quoi m’ébranler. Et pourtant, je sens bien qu’à jouer le sociologue méthodique qui contredit les méchants libéraux en s’habillant comme eux (en plus mal), je perds un peu de ma personnalité au profit de la leur. Récemment, sur Mediapart, j’ai enfin dit, “je ne sais pas ce que pensent les Français mais moi c’est ça que je pense”, rompant avec la posture en vigueur. Ca fait un bien fou, et je parle ainsi comme je parle dans ma vraie vie, sans accent bourgeois. Mais en le faisant, je m’extrais aussi complètement du petit collectif de professionnels qui se trouve autour de moi. Au risque de décrocher du débat.</p><p>En somme, tout est fait pour que les personnes physiques et matérielles autour de la table, qui ont des intérêts financiers, des convictions politiques et une appartenance de classe soient gommées. C’est une règle tacite du jeu auquel vous assistez et tout contrevenant s’expose à des sanctions. </p><p>C’est ce qui m’a valu un « clash télé » mémorable avec l’acteur et réalisateur Mathieu Kassovitz sur le plateau de Frédéric Taddeï “Interdit d’interdire” sur RT France. Jugeant écoeurant le spectacle de cette personnalité du showbiz se livrant à une succession de reproches et de leçons de lutte aux Gilets jaunes, je lui ai dit que si ça se trouve, il payait l’ISF avant sa suppression et qu’il était donc mal placé pour juger la pertinence revendicative du mouvement social. <a href="https://www.dailymotion.com/video/x6yvwd8">La rage dans laquelle cette phrase l’a alors</a> mis en dit long sur cette règle simple : ne jamais évoquer les intérêts matériels de vos interlocuteurs. En France, lors d’un débat télévisé, il faut toujours faire comme si les personnes autour de la table étaient des observateurs désintéressés de la vie publique, qui n’ont pas plus de goût ou d’intérêt pour une présidence Macron que pour une présidence Mélenchon, ce qui est évidemment entièrement faux.</p>
<p>Règle numéro 2 : ne pas défendre l’abstention, ne pas parler de classes sociales</p>
<p>Autre position absolument interdite : expliquer ou défendre l’abstention électorale. Le présupposé de tout débat télévisuel et de la majeure partie des journalistes français c’est que nous vivons en démocratie, que voter c’est très bien et s’abstenir c’est très mal. On accepte que vous donniez des explications sociologiques si elles sont misérabilistes et prononcées sur un ton navré. Il s’agit de répondre à la question « comment ramener les électeurs aux urnes », et surtout pas « les urnes n’ont-elles pas si peu de sens que la majorité des gens s’en détournent ? ».</p>
<p>Quand vous êtes un acteur occupé à donner des leçons de révolution à des prolétaires et qu’on vous parle de votre ISF.</p>
<p>Comment surviennent les sanctions ? D’abord, vous pouvez ne plus être réinvités. Les producteurs cherchent des « bons clients », c’est-à-dire des gens capables de parler vite et bien et éventuellement de mettre un peu d’ambiance. Clairement, on me faisait venir pour « pimenter le débat », j’étais le sextoy que ces bourgeois à la vie sexuelle routinière s’offraient de temps en temps pour se faire peur quand le mot « justice sociale » était lâché. Le plus souvent, c’est le plateau tout entier qui exprime sa réprobation sur le moment : raclement de gorge, soupir, regards méprisants, rires le plus souvent. J’ai eu droit à de systématiques « jeune homme », « mon jeune ami » de la part d’éditorialistes chevronnés. Et ce, même après avoir passé le cap fatidique de la trentaine. Être révolutionnaire, pour ces gens-là, c’est nécessairement être coincé dans une éternelle adolescence et vous le faire sentir est une façon basique mais efficace de vous discréditer. </p><p>L’animatrice ou l’animateur reste le véritable arbitre de la respectabilité du débat. Quand vous dites quelque chose qui reste dans les bonnes convenances du débat bourgeois, il vous relancera avec chaleur. Si vous vous écartez de ces règles, que vous défendez l’abstention, que vous parlez de propriété et de patronat, il ne vous relancera tout simplement pas ou vous coupera carrément pour passer la parole à un autre intervenant : game over. Votre message restera suspendu dans les limbes du flux télévisuel et disparaîtra à jamais.</p>
<p>S’organiser pour exister</p>
<p>« Il faut aller dans les médias porter une parole différente de la doxa néolibérale ». Ce mot d’ordre a du sens car je ne crois pas qu’on puisse réussir à porter dans la société des idées de justice sociale au moins, de révolution sociale au mieux, en snobant les grands médias. Et ce, tout en favorisant le développement de médias dits “alternatifs” qui, comme Frustration et quelques autres, utilisent leurs propres canaux de diffusion.</p><p>Mais ce n’est pas un rôle qu’on peut assumer en franc-tireur. Jouer ce jeu-là nécessite des conditions matérielles en préalable : vivre en région parisienne ou se rendre à Paris régulièrement (et donc être en mesure de se payer un billet de TGV, <a href="https://www.frustrationmagazine.fr/prendre-le-tgv-inoui-un-voyage-semantique-et-sensoriel-au-coeur-du-macronisme/">pardon, de “InOui”</a>). Occuper un emploi avec une liberté horaire, qui ne soit ni physique ni trop fatiguant. Il faut pouvoir vous libérer à 17h, filer chez vous vous changer. Si vous avez le trac, votre journée sera fichue et votre nuit passée à ressasser les arguments que vous n’aurez pas sortis sera mauvaise. Oubliez également votre soirée avec votre ami.e, amant.e, amoureux.se. Revenir chez soi survolté, trop maquillé et en colère de n’avoir pu caser que quelques banalités sociale-démocrates n’est pas le gage d’un moment de qualité, je vous le garantis.</p><p>Quelles sont les professions des gens qui excellent dans les émissions de débat ? Rédacteurs en chef, journalistes, politiciens, employés d’un institut de sondage, universitaires… Salarié d’un parti politique, c’est par exemple le cas de David Guiraud, porte-parole de LFI et extrêmement efficace face à l’offensive idéologique zemmourienne. Ce sont des professions concentrées en région parisienne qui ne comportent pas de travail manuel et où l’on dispose d’une liberté horaire. Le graal est sans doute de devenir intervenant régulier d’une émission, comme les deux dirigeants du magazine Regards, Pierre Jacquemain et Pablo Pillaud-Vivien, mais il faut supporter le rythme et la difficulté des angles imposés.</p>
<p>David Guiraud (LFI), toujours prêt à se farcir les pires angles d’émission, en toute décontraction.</p>
<p>Il y a quelques exceptions : Anasse Kazib, désormais candidat de Révolution Permanente à la présidentielle, cheminot, était chroniqueur aux “Grandes Gueules” (RMC). Il portait la parole des travailleuses et travailleurs et ne faisait aucune concession aux angles de l’émission – très droitière et très bourgeoise sous couvert d’être « proche des gens ». Il en a été viré en 2020, victime de son franc-parler (pour une émission qui s’appelle les « Grandes Gueules » c’est cocasse). Suite à mon passage à l’émission « A l’air libre » de Mediapart, nous avons échangé sur comment faire passer des idées anticapitalistes dans les médias mainstream. </p>
<p>Anasse Kazib, champion du retournement de la rhétorique bourgeoise des patrons “créateurs de richesse”.</p>
<p>Les réponses n’ont rien d’évidentes, mais une chose est sûre : pour infiltrer les médias bourgeois et y faire passer la parole de la classe laborieuse, la bonne volonté et le courage ne suffisent pas. C’est toute une organisation dont on aurait besoin, avec cette fonction-là : envoyer le plus possible d’ouvrières, d’employés, d’indépendants, de chômeurs, de précaires dans des émissions faites par et pour des bourgeois. Se demander comment on s’habille, mettre en commun des exemples, chiffres, argumentaires. Mais aussi se donner de la force avant et après l’émission.</p><p>Il ne faut certainement pas surestimer l’importance de ces chaînes dites de “débat”, qui utilisent ce format d’abord pour faire des économies sur leur masse salariale en virant des journalistes et en les remplaçant par la masse de personnages décrits tout au long de l’article. Gonflée artificiellement par les réseaux sociaux qui relaient et s’indignent des polémiques qui s’y créent, les chaînes dites “d’information en continu” méritent-t-elle qu’on y mette de l’énergie à lutter ? <a href="https://www.lefigaro.fr/medias/audience-tv-les-chaines-d-info-a-un-niveau-record-20211004#:~:text=BFMTV%20conserve%20la%20t%C3%AAte%20du,hausse%20de%200%2C1%20point.">2.2% de part d’audience pour CNews</a>, mais des médias alternatifs qui montent, notamment sur YouTube.</p><p>En racontant certains pièges et chausse-trappes des émissions de télé, qui existaient déjà avant que Vincent Bolloré ne rachète et réorganise de nombreux médias pour faire passer la parole fasciste aux heures de grandes écoutes, j’espère avoir contribué à l’élaboration d’une nouvelle stratégie.</p>
<p>Nicolas Framont</p>
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	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/746/%C2%AB%C2%A0pfizergate%C2%A0%C2%BB-revelations-explosives-sur-des-essais-cliniques-falsifies</guid>
	<pubDate>Wed, 03 Nov 2021 21:19:23 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[« PfizerGate » ? Révélations explosives sur des essais cliniques falsifiés]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Après une somme d’anomalies sidérante dans les conditions d’autorisation des vaccins géniques (notamment en tolérant un nombre d’effets indésirables et de décès suspects plusieurs milliers de fois supérieurs aux seuils de suspension habituels des vaccins et médicaments), le British Medical Journal vient de lancer un énorme pavé dans la mare : selon une lanceuse d’alerte, une somme de fraudes et de malfaçons a été sciemment mise en œuvre par un sous-traitant du géant pharmaceutique. Incluant :</p>
<p>Pas de double-aveugle : les investigateurs savaient qui avait reçu le « vaccin » ou le placebo.<br />Dissimulation d’effets indésirables graves et anormalement fréquents.<br />Pas de tests PCR chez des patients « vaccinés » qui avaient des symptômes de Covid.<br />La FDA (agence régulation américaine) a été avertie de ces transgressions des protocoles mais n’a pas enquêté.<br />La lanceuse d’alerte a été licenciée.</p>
<p>Nous reproduisons ici avec l’aimable accord de son directeur de la publication l’article paru ce jour dans France Soir sur ce qui pourrait bien constituer un scandale aux dimensions sans précédent.</p><p dir="ltr" lang="en" xml:lang="en">NEW: Our latest investigation hears from a whistleblower engaged in Pfizer’s pivotal covid-19 vaccine trial. Her evidence raises serious questions about data integrity and regulatory oversight <a href="https://t.co/Ho99hQhwRM">https://t.co/Ho99hQhwRM</a></p><p>— The BMJ (@bmj_latest) <a href="https://twitter.com/bmj_latest/status/1455531359536128014?ref_src=twsrc%5Etfw">November 2, 2021</a></p><p>L’affaire commence à l’automne 2020</p><p>Pfizer opère « à la vitesse de la science » disait <a href="https://www.pfizer.com/news/hot-topics/an_open_letter_from_pfizer_chairman_and_ceo_albert_bourla" target="_blank" rel="noopener">Albert Bourla en 2020</a>, président directeur général de l’entreprise. Peut-être la science est-elle allée un peu vite, alors. Un directeur régional qui travaillait pour l’organisme de recherche Ventavia Research Group, a déclaré au <a href="https://www.bmj.com/content/375/bmj.n2635" target="_blank" rel="noopener">British Medical Journal</a> que la société Ventavia qui assurait les essais cliniques, avait falsifié des données, enlevé l’anonymat des profils, employé des vaccinateurs insuffisamment formés, et tardé à assurer le suivi des effets indésirables signalés dans l’essai pivot de phase III.</p><p>L’affaire dénoncée par le journaliste d’investigation Paul D Thacker pour le British Medical Journal, commence à l’automne 2020 alors que Pfizer emploie plusieurs sous-traitants pour effectuer des essais cliniques, qui s’effectuent sur 44 000 personnes et sur 153 sites dans le monde. Elle concerne trois sites de l’entreprise Ventavia au Texas. Pour certains chercheurs qui testent le vaccin de Pfizer sur ces sites, la rapidité a peut-être été obtenue au détriment de l’intégrité des données et de la sécurité des participants. Le personnel chargé des contrôles de qualité était submergé par le nombre de problèmes qu’il découvrait. Après avoir les avoir signalés à plusieurs reprises à Ventavia, la directrice régionale, Brook Jackson, a envoyé une plainte par courriel à la Food and Drug Administration (FDA).</p><p>Dans cette lettre, Mme Jackson a énuméré plusieurs problèmes dont elle avait été témoin :</p><p>En premier lieu, elle pointe l’absence de sérieux dans la manipulation des vaccins, qui ne sont pas conservés à la bonne température et mal étiquetés. Puis c’est l’absence de suivi des patients qui est dénoncée. Rappelant que toute personne signalant un effet secondaire doit être contactée dans les 24 heures, elle fait mention de plusieurs personnes qui ont effectué des signalements, mais qui n’ont jamais été recontactées par téléphone afin de déterminer si une visite sur le site était nécessaire.</p><p>Cette lettre mentionne également des employés, ciblés par Ventavia pour avoir signalé des problèmes.</p><p>Quelques heures après avoir envoyé sa lettre, Mme Jackson reçoit un courriel de la FDA, la remerciant de ses préoccupations et l’informant qu’elle ne pouvait pas faire de commentaires sur une éventuelle enquête. Le même jour, elle est licenciée par Ventavia.</p><p>Mais, l’affaire ne s’arrête pas là, puisque avant de partir, Mme Jackson a eu le temps d’emporter avec elle des dizaines de documents internes de l’entreprise, des photos prises avec son téléphone portable, des enregistrements audios et des courriels qu’elle a donnés au British Medical Journal.</p><p>Un manque de rigueur déconcertant</p><p>Des photos pour révéler les principales anomalies, comme des aiguilles jetées dans un sac en plastique au lieu d’une boîte réservée aux objets tranchants, ou des matériaux d’emballage de vaccins sur lesquels sont inscrits les numéros d’identification, soulevant le problème de l’anonymat des patients.</p><p>Dans un enregistrement d’une réunion tenue fin septembre 2020, entre Mme Jackson et deux directeurs, on peut entendre un cadre de Ventavia expliquer que la société n’est pas en mesure de quantifier les types et le nombre d’erreurs qu’elle constate lors de l’examen des documents de l’essai pour le contrôle de la qualité. « Dans mon esprit, il y a quelque chose de nouveau chaque jour », dit le cadre de Ventavia. « Nous savons que c’est significatif ».</p><p>C’est également le problème de l’anonymat des participants qui n’est pas respecté, notamment parce que les imprimés de confirmation de l’attribution des médicaments étaient laissés dans les dossiers des participants par le personnel « non aveugle » chargé de l’administration du vaccin. Ainsi, les membres du personnel censé « être en aveugle » ont pu avoir accès aux dossiers. L’erreur a été corrigée deux mois plus tard, tandis que le retrait des affectations de médicaments des dossiers a été effectué alors que 1 000 participants étaient déjà inscrits.</p><p>Des problèmes qui ont été occultés pour la demande d’autorisation de mise sur le marché</p><p>Quelques semaines plus tard, Pfizer a soumis sa demande d’autorisation d’urgence à la FDA. La réunion qui s’est tenue le 10 décembre n’a fait aucune mention des problèmes rencontrés sur le site de Ventavia, et <a href="https://www.fda.gov/news-events/press-announcements/fda-takes-key-action-fight-against-covid-19-issuing-emergency-use-authorization-first-covid-19." target="_blank" rel="noopener">la FDA a délivré son feu vert</a> dès le lendemain.</p>
<p>Voir aussi</p>

<p><a href="https://www.covidhub.ch/la-campagne-contre-le-pass-covid-sabotee-a-geneve/" class="mask-img"></a></p>
<p>En août 2021, après l’autorisation complète du vaccin de Pfizer, la FDA a publié un résumé de ses inspections de l’essai pivot (phase III) de la société. Neuf des 153 sites de l’essai ont été inspectés. Les sites de Ventavia ne figuraient pas parmi les neuf, et aucune inspection des sites où des adultes ont été recrutés n’a eu lieu dans les huit mois qui ont suivi l’autorisation d’urgence de décembre 2020. Un agent d’inspection de la FDA a noté : « La partie relative à l’intégrité et à la vérification des données des inspections BIMO [surveillance de la recherche biologique] était limitée parce que l’étude était en cours et que les données requises pour la vérification et la comparaison n’étaient pas encore disponibles pour l’IND [investigational new drug]. »</p><p>Les témoignages se multiplient</p><p>Deux anciens employés de Ventavia ont également apporté un témoignage au « BMJ », sous couvert d’anonymat, par crainte de représailles et de pertes de perspectives d’emploi dans le domaine de la recherche. Tous deux ont confirmés les allégations de Brooke Jackson.</p><p>L’une d’elles a déclaré qu’elle avait travaillé sur plus de 40 essais cliniques au cours de sa carrière, dont de nombreux essais de grande envergure, mais qu’elle n’avait jamais connu un environnement de travail aussi « désordonné » que celui de Ventavia pour l’essai de Pfizer. Selon cette employée, après le départ de Brook Jackson, les problèmes ont persisté à Ventavia. Parmi les principaux problèmes, il y avait aussi le nombre insuffisant d’employés pour effectuer des prélèvements. Or, la confirmation en laboratoire de la présence de symptômes de covid-19 était le principal critère d’évaluation de l’essai, a souligné l’employé.</p><p>Une deuxième employée a également décrit un environnement chez Ventavia « différent de tout ce qu’elle avait connu en 20 ans de recherche ». Elle a déclaré au BMJ que, peu après le licenciement de Mme Jackson, Pfizer a été informée des problèmes rencontrés par Ventavia dans le cadre de l’essai du vaccin, mais qu’aucun audit n’a été réalisé.</p><p>Ces révélations font l’effet d’une bombe et battent en brèche le récit d’essais menés avec une vitesse spectaculaire et inédite, sans rien concéder aux exigences de rigueur, de sécurité et d’intégrité scientifique. Elles éclairent aussi d’un jour nouveau la manière dont l’efficacité et la sûreté annoncées triomphalement par Pfizer et ses relais zélés n’ont pas été au rendez-vous « en vie réelle ».</p><p>Voir aussi :<br /><a href="https://www.francesoir.fr/opinions-tribunes/pfizer-nest-pas-pasteur-la-3eme-dose-et-apres" target="_blank" rel="noopener">Pfizer n’est pas Pasteur : la troisième dose, et après ?</a><br />et<br /><a href="https://www.francesoir.fr/opinions-tribunes/suivi-essai-clinique-pfizer-six-mois" target="_blank" rel="noopener">Suivi de l’essai clinique de Pfizer à six mois : sûr et efficace ?</a></p><p>Les réactions (…ou l’absence de réaction) des autorités régulatrices, instances sanitaires, et de leurs relais médicaux et médiatiques, seront suivies avec attention et promettent d’être… éloquentes.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/745/leurope-de-la-recherche-et-le-financement-des-freres-musulmans</guid>
	<pubDate>Wed, 03 Nov 2021 12:14:58 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/745/leurope-de-la-recherche-et-le-financement-des-freres-musulmans</link>
	<title><![CDATA[L&#039;Europe de la recherche et le financement des Frères musulmans]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>TRIBUNE. L'anthropologue Florence Bergeaud-Blackler dénonce des processus de sélection de la recherche européenne qui font le lit de l'islamisme.</p>

<p>Etudiants a l'Institut europeen des sciences sociales (IESH) dans un cours sur le Coran.<br />Étudiants à l'Institut européen des sciences sociales (IESH) dans un cours sur le Coran.</p>

<p>Le 9 décembre sera une journée importante sur le plan de la lutte contre l'islamisme. Un projet de loi sur le séparatisme sera présenté en conseil des ministres pendant que l'UE annoncera son nouvel agenda contre-terroriste rédigé en urgence (trois semaines, contre un an habituellement). Cette coïncidence des agendas signifie-t-elle une bonne collaboration entre la France et l'UE sur ce sujet ? Rien n'est moins sûr.</p>

<p>L'Europe de la recherche continue de se montrer aveugle, voire complaisante, à l'égard de l'islam politique. Outre qu'il n'est pas bon pour un pays d'expatrier une grande part de sa stratégie et des budgets de recherche, il conviendrait de revoir certaines habitudes de fonctionnement en matière de financement européen de recherche en sciences humaines et sociales et d'être plus attentifs à la qualité et aux compétences des partenaires impliqués dans les consortiums de recherche. On ne peut pas, d'un côté, lutter sur notre territoire contre le terrorisme et, d'un autre côté, laisser l'UE nourrir et engraisser des idéologies qui lui déblaient le chemin.</p>

<p>Je montrerai ici que les modalités de sélection des projets européens favorisent la conception de consortiums artificiels et de projets hors sol pour coller à une novlangue consensuelle et politiquement correcte à laquelle nous sacrifions nos mots, nos concepts et nos conceptions du monde. L'Europe de la recherche accueille aujourd'hui des idéologies médiocres qui font le lit de l'islamisme.</p>

<p>Des fonctionnaires obsédés par le politiquement correct<br />Qu'est-ce que l'Europe de la recherche ? En dehors d'un slogan destiné à mettre en évidence la vitrine européenne à grands coups d'images d'anticipation sur fond bleu marine étoilé, c'est une capacité financière remarquable que les États n'ont plus. Si, pour les sciences dures, ces synergies entre pays sont très certainement souhaitables, il en va différemment pour les sciences humaines et sociales, très liées à l'histoire et à la langue du pays.</p>

<p>L'un des principaux problèmes de la recherche made in EU est d'ordre linguistique et conceptuel. Pour décrocher un projet, le chercheur devra communiquer dans cet anglais international abstrait, ponctué d'adjectifs nébuleux : innovative, inclusive, interconnected. Des termes incontournables sans la présence desquels un projet n'a aucune chance d'être sélectionné. Il faut répondre à des appels à projets carefully worded par des fonctionnaires obsédés par le politiquement correct, qui ne veulent stigmatiser personne. Par exemple, le djihadisme ne peut être abordé que si l'on promet d'étudier également un autre radicalisme, même s'il ne lui est pas lié. Ainsi, pour adresser la délicate et urgente question du devenir des djihadistes et de leurs enfants restés sur zone, la Commission a rédigé un appel à projets intitulé : « Call for disengagement and reintegration of extremist offenders and radicalised individuals related to violent right wing and islamist extremism, including returning foreign terrorist fighters and their families » (Appel à projets pour le désengagement et la réintégration des délinquants extrémistes et des individus radicalisés liés à l'extrême droite violente et à l'extrémisme islamiste, y compris les combattants terroristes étrangers de retour au pays et leurs familles.)</p>

<p>Un autre problème vient du fait que l'Europe de la recherche n'est pas faite pour adresser la diversité des situations nationales, mais plutôt pour favoriser leur harmonisation. En raison d'une grave pénurie des financements nationaux, la plupart des chercheurs déposent des projets EU pour faire financer leurs recherches locales, mais ils y perdent vite leur latin, avec lequel pourtant ils ont pensé leur objet de recherche. La priorité accordée aux partenariats étrangers au détriment des locaux entraîne que chacun travaille dans sa bulle, à distance, déconnecté de la réalité locale.</p>

<p>Dès le drafting du proposal, le chercheur est amené à abandonner un certain nombre de questions émergentes du terrain, car elles ne font absolument plus sens dans les pays partenaires. Si l'on ajoute à l'harmonisation par le langage l'usage systématique d'un vocabulaire abstrait, les problématiques s'harmonisent par un appauvrissement conceptuel. Quant aux résultats, ils aboutissent généralement à plus de questions que de réponses, questions qui viendront nourrir les prochains appels à propositions. Ainsi la recherche européenne a-t-elle tendance à se reproduire, en innovant par des formules plutôt que par l'accumulation des connaissances et le perfectionnement de concepts opérationnels.</p>

<p>Prime aux projets « inclusifs, innovants, interconnectés » : une aubaine pour les opportunistes et les identitaires<br />Mais le plus inquiétant est ailleurs. Le design des projets européens tend à avantager certaines théories aux dépens d'autres. Les projets qui peuvent se dire inclusifs, innovants et interconnectés passent mieux la barre que les autres. Les théories antiracistes, postcoloniales, intersectionnelles, néoféministes qui mettent au centre la question identitaire ont une forte capacité à se justifier dans les termes de la novlangue européenne. C'est pourquoi, bien qu'elles soient fondées sur des prémices racialistes, clivantes et désintégratrices, elles sont généreusement financées.</p>

<p>Ce système a entraîné l'émergence de réseaux transnationaux de stakeholders (des universitaires, experts, ONG) rompus à l'exercice. Ces spécialistes en projet européens vont régulièrement téter à la mamelle européenne pour financer leurs projets inclusifs sur l'immigration, l'intégration, le djihadisme. Ils voyagent d'un pays à l'autre, invités dans les conférences, ateliers et réseaux, publient les mêmes choses en plusieurs langues, sont promus plus rapidement que les autres restés bêtement attachés à faire – souvent avec des bouts de ficelle – une recherche empirique, et pourtant fondamentale dans tous les sens du terme. L'Europe de la recherche est une aubaine pour les opportunismes et les entrepreneurs identitaires, c'est pourquoi il n'est pas surprenant qu'on trouve parmi ceux qui vivent du filon européen des groupes et des individus qui font avancer la cause de l'islam politique.</p>

<p>Des instances infiltrées par la nébuleuse des Frères musulmans<br />La Commission semble aveugle et sourde à cette présence, car elle est incapable de penser l'islamisme.</p>

<p>Donnons un exemple. En 2015, une députée belge a attiré l'attention de la Commission sur le fait que des associations proches des Frères musulmans, comme le European Muslim Network (créé par Tariq Ramadan), le Forum de l'organisation européenne des jeunes et des étudiants musulmans (Femyso), le Réseau européen contre le racisme (Enar) et l'Empowering Belgian Muslims (EmBem), avaient été financées par la Commission. Au lieu de lancer une enquête, la Commission s'est insurgée de la question. Elle s'est dite « préoccupée par les allégations, fondées sur certains rapports de presse, qui discréditent les organisations de la société civile qui ont pour mission statutaire de contribuer à l'objectif commun de la lutte contre le racisme, la xénophobie, la discrimination et l'intolérance qui y est associée ».</p>

<p>La Commission a répondu à la députée que le Femyso avait reçu près d'une centaine de milliers d'euros et que l'Enar recevait depuis 2012, chaque année, environ 1 million d'euros par an. Et pour terminer, elle a assuré qu'elle ne distribuait ses financements qu'à des organisations « compliantes avec les critères d'exclusion », renvoyant aux « règles financières applicables au budget général de l'Union ». Voilà bien une réponse en langue de bois européenne. L'UE ressemble parfois à un mammouth autiste.</p>

<p>C'est cette surdité qui l'a conduit l'année des attentats de Charlie, de l'Hyper Cacher et du Bataclan à renforcer son dispositif de lutte contre l'islamophobie. Ainsi a-t-elle appointé le 1er décembre 2015 un coordinateur contre la haine antimusulmans.</p>

<p>Très rapidement et comme on pouvait s'y attendre, les groupes de l'islam politique à l'origine de ce concept fumeux d'islamophobie destiné à détourner le regard posé sur les cadavres laissés à terre par les djihadistes, ou sur l'enfermement des quartiers sous surveillance des barbus, ont fait main basse sur le poste. Une coalition d'ONG, dont une grande partie rattachée à la nébuleuse des Frères européens (comme le CCIF) se faisant appeler « Coalition européenne contre l'islamophobie », coordonnée par l'Enar, a exigé, usant du phrasé intersectionnel habituel, que l'UE lutte « politiquement contre les formes structurelles de discrimination et de racisme affectant les musulmans ou ceux perçus comme tels ». La lutte contre l'islamophobie doit être intégrée, selon elle, aux domaines politiques clés au niveau national afin « de lutter contre ses dimensions structurelles », et mesurer « son impact sur les résultats économiques et sociaux des musulmans ». Autant dire que, selon leur vision, la communauté musulmane doit être considérée comme une minorité sociale, politique et économique en Europe. La Commission semble s'en accommoder. Pis, elle s'est séparée de David Friggieri, le premier coordinateur, car il ne plaisait pas à la coalition. Dans une lettre ouverte postée sur le site de l'Enar, elle lui reprochait de s'être engagé « avec des figures très discutables alimentant l'islamophobie », de confondre la lutte contre l'islamophobie avec les lois antiblasphème, l'islamisme et la lutte contre le terrorisme. La coalition obtint la nomination d'un autre coordinateur, le très compliant et zélé Tommaso Chiamparino, qui prit ses fonctions le 1er juillet 2018. Celui-ci ne manque pas d'alerter la coalition de tout événement islamophobe (qu'ils le soient ou non), et leur fait passer en priorité les appels à projets destinés à lutter contre le racisme et la haine antimusulmans. Ainsi les ONG de la coalition bénéficient-elles d'une rente européenne en euros et en légitimité, dans un système où elles sont juges et parties. L'UE sous-traite à des activistes proches des Frères musulmans et leurs alliés la lutte contre l'islamophobie, l'exclusion, le racisme et la xénophobie, et la définition des critères et des informations sur ce qui est islamophobe, raciste et xénophobe, etc.</p>

<p>Ces groupes de pression ont un impact grandissant sur l'expertise et la composition des projets, et placent dans les consortiums leurs associations ou des associations alliées (de femmes, de victimes, d'entrepreneurs). Ils facilitent l'entrée de partenaires universitaires à qui ils ouvrent les portes de l'UE, celle de l'argent, de la promotion, et l'accès à des populations musulmanes sélectionnées, sans lesquels ces chercheurs n'auraient jamais la possibilité d'enquêter. Ils en orientent ainsi les résultats.</p>

<p>La radicalisation expliquée par le discours sur la radicalisation<br />Les sommes colossales consacrées à la déradicalisation à travers le Radicalisation Awareness Network ces dernières années ont ainsi permis à ces groupes de se multiplier et d'influencer significativement la problématisation, les résultats et les politiques de prévention de la radicalisation. Prenons l'exemple du projet Dare – Dialogue sur la radicalisation et l'égalité –, un projet de recherche paneuropéen qui comprend 17 équipes de recherche dans 13 pays, où évolue l'Enar. Ce projet étudie « les rencontres des jeunes avec les agents de la radicalisation, la façon dont ils reçoivent ces appels et y répondent, pour élargir la compréhension de la radicalisation, en démontrant qu'elle ne se situe pas uniquement dans une religion ou une communauté donnée ». La radicalisation s'explique par un facteur exogène, la « haine antimusulmans » de l'extrême droite ou le supposé « racisme systémique » des pays européens. Dare explique que le discours sur la radicalisation est en soi un facteur de radicalisation pour les jeunes musulmans d'Europe, tandis que la perception d'un « silence » sur l'islamisme radical alimente la radicalisation parmi les personnes réceptives aux idéologies d'extrême droite. Donc, la radicalisation s'expliquerait par le discours sur la radicalisation. Ainsi vont la novlangue et ses novthéories, qui semblent surtout aptes à nous détourner des vrais problèmes et des vraies solutions.</p>

<p>Les préconisations des projets de l'UE sont sans surprise « inclusives ». L'intégration et l'assimilation ont fait long feu. Il faut désormais inclure, ce qui signifie, en langage intersectionnel, permettre la réappropriation par les catégories jeunes, racisés, femmes ou musulmans de leur narratif propre. De ce self narratif à l'espace du halal dans lequel les musulmans seraient supposés s'épanouir il n'y a qu'un pas que les Frères ont saisi.</p>

<p>Une politique de prévention et de lutte contre l'islamisme doit s'interroger a minima sur le rôle de l'Europe de la recherche dans la diffusion d'idéologies islamisto-compatibles. La récente publication du manifeste des 100 intitulé « Sur l'islamisme, ce qui nous menace, c'est la persistance du déni » et qui a donné lieu à pas moins de sept réponses sous forme de tribunes en France et à travers le monde a mis en évidence un clivage profond au cœur du monde académique. Une part de la solution réside dans une attention plus vigilante à l'égard des politiques de recherche européennes afin qu'elles ne viennent pas ruiner les mesures prises par les États membres pour lutter contre l'islamisme.</p>
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	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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