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	<title><![CDATA[Signet Loupe: Tous les articles de blog du site]]></title>
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	<pubDate>Tue, 25 May 2021 21:41:23 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Le Nouvel Esprit public - Peau de Caste]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Introduction</p>
<p class="intro-podcast aerian">Philippe Meyer :<br />  Thierry Breton, vous avez été entrepreneur, et vous avez notamment réussi un redressement spectaculaire de Thomson, vous avez été ministre de l’économie et des finances, et vous avez axé votre politique sur la modernisation de l’économie, sur la réduction de la dette et sur la valorisation du patrimoine immatériel. Depuis novembre 2019 vous êtes commissaire européen chargé de la politique industrielle, du marché intérieur, du numérique, de la défense et de l'espace.<br />Au cours des douze derniers mois, c’est l’industrie pharmaceutique qui a occupé le devant de la scène. Si les laboratoires ont réussi à développer très rapidement des vaccins, l’outil industriel n’a pas suivi. « La science a dépassé l'industrie » a déclaré la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, devant le Parlement européen, le 10 février dernier.<br />Autre souci : en juin 2020, pour garantir l’approvisionnement et faciliter le déploiement des vaccins, la Commission et les États membres ont adopté une approche européenne commune. 2,3 milliards de doses de vaccins ont été commandées à six fournisseurs différents (Pfizer-BioNtech, Moderna, AstraZeneca, Curevac, Janssen, Sanofi). Pour le moment, quatre d’entre eux ont obtenu l’autorisation de mise sur le marché, délivrée par l’Agence européenne des médicaments. Confrontés début 2021 à une troisième vague épidémique aggravée par des variants plus contagieux et plus mortels, et à des retards de livraison des vaccins commandés par l’UE, certains Etats membres ont rompu les rangs et se sont tournés vers Moscou. La chancelière allemande Angela Merkel a déclaré le 19 mars : « En ce qui concerne le vaccin russe, je suis d'avis que tout vaccin autorisé par l'Agence européenne du médicament devrait être utilisé dans l’UE ». Mais « si celle-ci n'intervenait pas alors l'Allemagne devrait agir pour elle-même et c'est ce que nous ferions ». Le Premier ministre italien, Mario Draghi, a tenu un discours semblable alors que la péninsule pourrait produire le vaccin russe dès juillet. Vous avez répliqué récemment que l’Union aura, d’ici mi-juillet, la capacité de fournir aux États de quoi administrer une double dose de vaccin pour au moins 70% de leur population d’ici mi-juillet.<br />Dans ce contexte de pandémie, Bruxelles a revu à la baisse ses prévisions de croissance pour 2021passées de 4,2% à 3,8%, En 2020, son économie s'était contractée de 6,8%. En outre, neuf mois après son adoption, seuls 16 des 27 pays membres de l’Union ont ratifié le plan de relance européen.<br />Avec la Turquie, le récent pataquès protocolaire surnommé sofagate n’a pas montré une parfaite harmonie entre la Présidente de la Commission et celui du Conseil alors qu’ils venaient discuter avec le président Erdogan de l'accord entre son pays et l’Union, de la question de l'union douanière et des visas, ou encore de cette conférence sur la Méditerranée orientale tant voulue le chef de l’État turc.<br />Dans le ciel, plus précisément dans l’espace, l’Europe fait preuve de davantage d’unité. Elle pilote trois programmes :<br />Govsatcom doit permettre les communications gouvernementales par satellite dès 2020 et garantir la sécurité des services de communication aux organisations et aux opérateurs jugés stratégiques pour l'UE.<br />Galileo, système de positionnement par satellites (radionavigation).<br />Copernicus, système d'observation de la terre très important pour l'étude du changement climatique et dont on a pu écrire qu’il « confère à l'Europe un réel pouvoir de persuasion dans les relations internationales, comme en témoigne la couverture des incendies qui ont ravagé la Sibérie et l'Amazonie au cours de l'été 2019 ».<br />En réunissant l’industrie de défense et l’industrie spatiale dans une même Direction Générale, l’Union européenne a d’ailleurs pris acte de la dimension stratégique du secteur spatial.</p>
<p>Kontildondit ?</p>
<p class="intro-podcast aerian">Nicole Gnesotto :<br />Monsieur le commissaire, dans cette crise, on a l’impression que l’Union Européenne est capable du pire comme du meilleur. Le meilleur a sans doute été le plan de relance décidé l’été dernier, ou la décision d’acheter collectivement les vaccins. Quant au pire, ce sont les batailles de chiffonniers entre les Etats membres, et les difficultés dans la distribution des vaccins. Mais au delà de la gestion immédiate des crises, on peut déjà tirer quelques leçons de la performance relative de la Commission Européenne.<br />J’aimerais vous interroger non pas sur la politique, mais sur la méthode, et même sur la culture de la Commission. Il me semble que dans la crise actuelle, nous payons l’interdiction (faite par les Etats membres il y a 70 ans) pour la Commission de penser en termes politiques. On l’a confinée dans des compétences économiques et commerciales, si bien que c’est sur le mode commercial qu’elle a réagi, c’est à dire en négociant sur un temps long, en cherchant le compromis et le meilleur prix, d’où un retard sur la commande qui lui est beaucoup reproché (4 mois pour les vaccins Pfizer/BioNtech) et l’exaspération de certains Etats membres tentés par le chacun pour soi.<br />Comment faire en sorte que la Commission intègre dans ses pratiques commerciales des considérations politiques, voire géopolitiques, qui semblent fondamentales ? La Commission aurait dû acheter les vaccins, non comme des cacahuètes, mais avec l’urgence politique qu’exigeait la situation.</p><p>Thierry Breton :<br />D’abord merci de me permettre de m’exprimer sur ces sujets. Je ne partage pas votre analyse, mais je l’entends souvent, c’est donc pour moi l’occasion de corriger quelques points, et de faire entendre une musique un peu différente.<br />Cette analyse, si elle traduit une impatience tout à fait légitime de nos concitoyens européens, n’est pas vraie pour autant. D’autant qu’il s’y ajoute souvent des comparaisons pas forcément équitables, j’irai même jusqu’à dire qu’il y a une espèce de terrorisme de la comparaison, qui n’a je crois pas grand sens.<br />Voici comment je vois les choses. Tout d’abord, c’est en marchant qu’on apprend à marcher. Nous apprenons, et nous le faisons très vite, parce que les circonstances l’exigent. Non, l’Europe n’a pas négocié et acheté les vaccins comme des cacahuètes. Dès le mois de juin 2020, nous nous sommes réunis pour essayer de voir quel type de vaccins nous pourrions choisir. Et je puis vous dire que ce n’était pas une mince affaire à ce moment là, où tout le monde disait qu’il faudrait entre 5 et 10 ans avant d’avoir un vaccin efficace. Nous avons eu 105 demandes, les avons beaucoup étudiées, avons délibéré, et sélectionné 6 grands laboratoires. C’était d’ailleurs intéressant car il ne s’agissait pas de grands groupes (à part un ou deux dont Sanofi), mais de centres académiques et d’entreprises biotech.<br />Évidemment, nous savions qu’une stratégie vaccinale exigerait une industrialisation massive, nous avons donc demandé à ces biotech de s’associer avec des industriels pour pouvoir produire et livrer leurs vaccins le moment venu. Nous nous sommes positionnés sur des vaccins Oxford avant les Britanniques. Il convient d’ailleurs de noter qu’Oxford était d’abord associé à Merck avant de changer son fusil d’épaule, à la demande du gouvernement britannique, et de travailler avec AstraZeneca. Il est vrai que Pfizer a signé avec les USA quelques semaines avant de le faire avec l’Europe. J’aimerais aussi tordre le cou à cette rumeur selon laquelle nous avons tardé pour avoir un bon prix, ou que les premiers à avoir signé ont été les premiers servis. Il est vrai que nous sommes dans un monde consumériste, et qu’on a l’impression quand on achète quelque chose qu’on sera livré aussi vite qu’avec Amazon. Or il n’en va pas de même avec des vaccins.<br />C’est la deuxième phase dans laquelle nous entrons : le processus industriel. Il y eut donc d’abord les commandes, puis l’excellente surprise que des vaccins efficaces aient été mis au point dès la fin novembre, et approuvés par les autorités de santé. Je rappelle qu’entre décembre et janvier, l’Agence Européenne du Médicament approuve trois vaccins : Pfizer, Moderna et AstraZeneca. Il s’agit ensuite de les fabriquer. Après l’exploit scientifique, il s’agit d’accomplir un exploit industriel. J’en profite pour signaler que l’exploit scientifique est largement européen : BioNtech, Janssen, CureVac, ou Oxford, ces quatre vaccins ont été développés en Europe et avec des fonds européens. C’est de la recherche européenne, accélérée par la BARDA américaine (Biomédical Advanced Research and Development Authority, un bureau du département de la Santé consacré à la lutte contre les menaces d’ordre biologique). Cette coopération entre l’UE et les USA a permis d’avoir ces vaccins.<br />Quant au défi industriel, il est immense. Il faut augmenter très rapidement la capacité de production, notamment en Europe. D’ordinaire, il faut environ 4 à 5 ans pour créer une entreprise de vaccins ex nihilo. Pour réorienter des chaînes de production déjà existantes (la stratégie que nous avons adoptée), il faut normalement entre 18 et 24 mois. Ici, tout va se faire en moins de dix mois, voire six pour certaines entreprises.<br />Dès lors, pourquoi a-t-on ce sentiment, exprimé par Nicole Gnesotto ? Parce qu’en signant ces accords, l’UE signe avec ces laboratoires. AstraZeneca devait fournir 120 millions de doses au premier trimestre et 180 au deuxième. Or il se trouve que seulement 30 millions de doses seront livrées au premier trimestre. Et c’est là que commencent les comparaisons.<br />On va par exemple prendre l’exemple d’Israël et du Royaume-Uni. Israël est certes un grand pays, mais enfin c’est 9 millions d’habitants. L’Etat hébreu a fourni les données de santé de ses citoyens (anonymisées) à Pfizer, en échange de sept millions de vaccins. Ce n’est pas un chiffre considérable, si on le compare aux 446 millions d’Européens. Les données fournies par Israël seront utiles, elles vont permettre de documenter la qualité et la réceptivité du vaccin. Quant au Royaume-Uni, AstraZeneca y livre 70% de ses doses, et seulement 30% en Europe.<br />Quand je compare ensuite la montée en puissance des deux grandes plateformes industrielles mondiales qui vont régler cette pandémie, c’est à dire les Etas-Unis et l’Europe, nous montons à peu près exactement aux mêmes niveaux de production : 14 millions de doses en janvier, 28 millions en février, 64 millions en mars, 120 millions en avril et 150 millions en mai. Les Etats-Unis, à la suite d’un executive order ont choisi de ne pas exporter de doses tant que l’immunité collective ne sera pas atteinte sur leur territoire. L’Union Européenne a choisi de garder 60% des doses fabriquées en Europe et distribuera les autres 40% aux pays avec lesquels nous avons les relations les plus étroites. Il s’agit principalement du Royaume-Uni, mais aussi des pays de l’OTAN, du Mexique, de l’Arabie Saoudite, du Japon, etc.<br />J’ai été nommé à la tête de la Task Force européenne sur les vaccins le 5 février dernier. J’ai tout de suite commencé à étudier de près cet aspect industriel, en visitant les usines, en essayant de comprendre les problèmes et de repérer les améliorations possibles. J’ai aussi demandé à avoir des outils. Et je puis vous assurer qu’ils sont politiques. C’est ainsi que depuis début février, je donne ou non mon autorisation si des doses doivent quitter l’Europe. Mais cela ne suffit pas, on m’a aussi donné un second instrument, plus géopolitique cette fois. Il s’appuie sur trois principes. La réciprocité d’abord : on ne livre des doses qu’à des pays qui ont tenu leurs engagements envers l’Europe. Deuxièmement, on n’autorise les exportations que dans les pays où la situation épidémiologique est peu près comparable à la nôtre. Et troisièmement, et c’est une évolution très significative, puisque l’on connaît désormais parfaitement les 53 usines qui contribuent à la fabrication des vaccins, nous avons pu inverser le rapport de forces avec l’ensemble des fournisseurs. Désormais, c’est nous qui leur disons « voilà ce que nous attendons pour les prochaines semaines ». Si les termes des contrats sont respectés, les exportations sont autorisées, dans le cas contraire elles sont reportées.<br />Voilà comment les choses se sont passées. Et tout ceci en cinq mois.</p><p>David Djaïz :<br />Vous êtes convaincant sur les vaccins, car je partageais le même scepticisme que Nicole. J’aimerais pour ma part vous interroger sur la transition écologique et l’industrie. A n’en pas douter, les années 2020 vont être le théâtre de grandes mutations économiques, qui seront en partie placées sous le signe de la transition écologique. Le président Xi Jinping annoncé l’automne dernier que la Chine visait la neutralité carbone pour 2060. Cela aura évidemment des conséquences sur la politique industrielle chinoise, dont on voit déjà le début dans le 14ème plan. De son côté, le président Biden investit massivement dans les infrastructures et l’innovation.<br />Sur la transition écologique, l’Europe a longtemps été la première de la classe en se fixant des objectifs ambitieux. Ne risque-t-elle pas désormais de se retrouver en queue de peloton ? Sur le plan de la technologie et de la réindustrialisation verte, elle est en décrochage.<br />A quelle échelle faut-il penser la réindustiralisation ? On voit qu’il y a des plans un peu dans tous les sens, au niveau national ou européen, sur le quantique, l’aéronautique, l’aérospatial, la défense, les semi-conducteurs ... Cette désorganisation des dépenses ne risque-t-elle pas de nous faire rater le coche technologique ?</p><p>Thierry Breton :<br />C’est précisément pour répondre à ces questions que j’ai présenté une véritable stratégie industrielle dès ma prise de fonctions. C’était le 11 mars 2020, le jour où la pandémie a été déclarée par l’OMS.<br />Il y a trois axes dans cette stratégie industrielle :<br />- la mise en mouvement de l’objectif zéro carbone pour 2050<br />- une accélération de la transition numérique<br />- l’étude de nos chaînes de valeur, pour repérer les points faibles et ainsi gagner en autonomie.<br />C’était il y a un an. L’administration Trump n’était pas emballée, les Chinois ont couru après l’objectif de neutralité carbone (au passage, la leur nécessitera un développement massif du nucléaire). Et puis la crise est arrivée. A la fin du mois d’avril, je présenterai quelques aménagements de cette stratégie industrielle, même si les axes ont été prévus pour le long terme. Il y a d’abord eu le plan de relance de 750 milliards, et nous espérons pouvoir commencer à distribuer la somme dès la fin juin. Sur ces 750 milliards, 37% sont exclusivement consacrés à la décarbonation, avec toutes les conséquences que cela implique pour l’industrie automobile, l’industrie chimique ... Ce sont des sommes tout à fait considérables, qui vont nous donner les moyens de nos ambitions.<br />Pour autant, disposons-nous des outils nécessaires ? Je crois que oui : ces outils s’appellent des Projets Importants d’Intérêt Européen Commun (PIIEC) ; ils permettent à la fois d’avoir des financements publics, de la part des Etats membres, associés à des fonds privés, et sans distorsion de concurrence (un sujet ô combien important pour l’UE). Cela fonctionne plutôt bien, on l’a vu avec les batteries. J’en pousse un autre sur les semi-conducteurs, il y en a un sur l’hydrogène, on en prévoit un autre sur les clouds industriels, et un sur les lanceurs spatiaux. On les limite, et c’est tout l’intérêt de la stratégie industrielle, car cela nous permet de focaliser nos efforts, de nous fixer des priorités, tout en réunissant tous les acteurs autour de la table.<br />L’un de mes premiers patrons, René Monory, qui fut aussi mon mentor en politique, disait toujours : « c’est celui qui paye qui est le patron ». Je n’ai jamais oublié cette leçon. C’est la première fois que la Commission paye. Et massivement. C’est pourquoi j’ai bien l’intention qu’elle soit, sinon le patron, au moins l’un des principaux patrons.<br />En ce qui concerne les industries vertes, là aussi il y a énormément de projets et des fonds non négligeables. Nous avons me semble-t-il des instruments pour aller de l’avant. J’ai enseigné la gouvernance dans une université américaine, et je disais à mes étudiants que lorsqu’on est en situation de leadership et qu’il faut aligner de multiples vecteurs, je n’ai trouvé qu’une solution : aller plus vite que les autres. Quand tout le monde vous court après, tout le monde va dans le même sens.</p><p>Jean-Louis Bourlanges :<br />Je reviens sur la première analyse de Nicole Gnesotto, avec laquelle je suis à la fois d’accord et pas d’accord. Il me semble qu’elle a eu tort d’attribuer une défaillance géopolitique de l’Europe, que nous constatons depuis toujours, à la politique vaccinale. Je pense que les problèmes ont été d’un autre ordre dans ce domaine.<br />En revanche je pense qu’elle a raison de dire que depuis sa naissance, avec le traité de Paris de 1951 instituant la CECA (Communauté Européenne du Charbon et de l‘Acier), l’Union Européenne a eu beaucoup de mal à se situer dans une logique de puissance. Son logiciel était plutôt celui de la réconciliation et de la paix intérieure, des valeurs plutôt que de la défense des intérêts, d’exemplarité plutôt que de réciprocité. Je schématise, mais cette dimension un peu « onusienne » pèse depuis longtemps. Et récemment je constate qu’une vraie mutation est en cours. Vous y tenez une grande place, on le voit à l’étendue de votre portefeuille. En réalité, je pense que vous partagez vous aussi ce diagnostic, même si vous ne le trouvez pas pertinent sur les vaccins.<br />Pourquoi, en termes de puissance, nous autres européens avons tant décroché ces 25 dernières années ? Que s’est-il passé ? Qu’est-ce qui est imputable à l’Union Européenne, qu’est-ce qui est imputable aux sociétés européennes, qu’est-ce qui est imputable aux Etats ? Pourquoi notre communauté scientifique a-t-elle été si peu réactive ? S’agit-il d’un problème de financement ? Les GAFAM nous ont laissé sur place pendant 20 ans.<br />Notre situation me fait penser à celle des Prussiens de 1806. Après la défaite d’Iéna, de nombreux Prussiens (Hardenberg, Humboldt, Clausewitz ...) ont pris en main le destin de la Prusse, ont décidé de tirer toutes les conséquences des modernités apportées par la Révolution Française, et ont fait de leur pays une très grande puissance en quelques décennies à peine. Il me semble que nous en sommes à peu près là : nous avons beaucoup perdu ces 20 dernières années, comment pouvons-nous à votre avis redresser les choses ?</p><p>Thierry Breton :<br />Il y a trois points dans votre propos, me semble-t-il.<br />La Commission Européenne est une institution politique. En tant que telle, le pouvoir y est exercé par ceux qui ont été désignés, nommés, cooptés, ou votés par le Parlement européen. C’est mon cas, et vous êtes bien placés pour savoir que ce n’est pas nécessairement un parcours de santé.<br />En exerçant mes fonctions, qui je le répète sont politiques, je me suis vite aperçu que pour avancer, il fallait en permanence veiller à ce que tous ceux qui ont -légitimement- quelque chose à dire sur ce que vous faites soient constamment rassurés ou remis dans le droit chemin quand ils s’égarent un peu. Il faut en permanence expliquer, et c’est ce que je m’efforce de faire avec la politique vaccinale depuis le 5 février.<br />Vous l’avez rappelé, un certain nombre d’Etats ont été tentés de faire cavalier seul et de se procurer des vaccins Sputnik. Après tout, c’est compréhensible, les doses commandées tardaient à arriver, et le vaccin russe était présenté comme disponible. Au passage, je rappelle que ce vaccin est particulier : la première dose est différente de la deuxième, sa production est donc deux fois plus compliquée que les autres, et aujourd’hui les Russes sont en train de courir après toutes les usines européennes pour le produire. Il n’en demeure pas moins que des choses sont promises ici ou là. Quand j’ai vu que M. Orbán avait commandé pour la Hongrie 500 000 doses de Sputnik, je suis allé le voir, nous avons parlé pendant une heure et demie, et j’ai fait une conférence de presse à la suite de cela. Je me suis également entretenu avec le chancelier Kurz, qui revenait d’un voyage en Israël avec Mette Frederiksen, la Première ministre danoise, pour qu’ils m’expliquent ce qu’ils étaient allés y faire. « Pas grand-chose », m’a-t-il dit. J’ai donc fait une autre conférence de presse avec lui, pour dire qu’il m’avait dit que ce n’était pas grand chose. Voilà comment on réaligne les vecteurs. Je continue en permanence ce travail, il n’est pas impossible que j’aille faire un tour en Bavière bientôt, par exemple.<br />Nous avons aujourd’hui un portefeuille de vaccins considérable, et des usines parmi les plus puissantes au monde. Nous n’avons pas besoin d’autres vaccins, même si cela ne veut pas dire qu’ils ne sont pas bons. Outre l’approche parlementaire et industrielle, il y a aussi celle des Etats, et elle doit être menée par le dialogue, en allant voir les gens, pour maintenir une cohésion et avancer ensemble. Voilà pour le premier point.<br />Le deuxième point concerne cette ambiguïté politique de l’Union : les Etats veulent un pouvoir exécutif, à condition qu’il ne soit pas vraiment puissant et ne leur porte pas ombrage. Il nous faut trouver notre chemin là-dedans, c’est ainsi, et j’en suis tout à fait conscient. Nous ne sommes pas naïfs là-dessus, et composons avec la situation telle qu’elle est.<br />Par exemple nous discutons avec mon collègue Paolo Gentiloni, le commissaire en charge de l’économie, et dès avril 2020, nous tombons d’accord sur le fait qu’il faut absolument que tous les Etats membres s’endettent au même niveau pour sortir de cette crise, sans quoi nous allions créer une énorme distorsion dans le marché intérieur, conduisant à une fragmentation, voire une explosion de l’Union. Nous disons donc : « il faut que la Commission s’endette ». Évidemment, succès d’estime : zéro. C’est pourquoi M. Gentiloni et moi écrivons une tribune qui a provoqué quelques remous (car nous n’avions demandé à personne), mais a aussi fait avancer les choses. Il faut donc s’efforcer de bouger et de prendre des risques, dans le cadre de prudence inhérent à la construction européenne. L’Europe avance par petits pas, mais au moins, elle ne revient pas en arrière, quand un pas est fait, l’avancée est acquise.<br />Troisième point : le sentiment d’un décrochage européen. Je le comprends, et même le partage dans certains domaines. Il me semble qu’après l’arrivée de nos amis britanniques, l’Europe, qui avait commencé à élargir son champ de compétences, notamment en ce qui concerne les règles de concurrence et de commerce extérieur, ont adopté une politique extraordinairement libérale et anglo-saxonne, en sacralisant le consommateur. A mon arrivée, j’ai osé dire : « et si nous mettions l’industrie au même niveau que le consommateur ? ». Je m’efforce de le faire, car derrière l’industrie, il y a des entreprises et des emplois, et il s’agit de les préserver. Enfin, la régulation de l’espace numérique, qui passe par le DSA (Digital Services Act) et le DMA (Digital Markets Act), actuellement en discussion au Parlement et au Conseil, va nous permettre de mieux organiser notre espace informationnel, mais aussi de reprendre la main dans la deuxième vague d’évolution des données, qui concernera les données industrielles, et sera beaucoup plus importante que celle des données personnelles, qui a mené à la création des GAFAM. C’est dans ce domaine que je m’efforce de repositionner l‘Europe.</p><p>Nicole Gnesotto :<br />J’aimerais vous interroger à propos de la souveraineté européenne. La crise pandémique a mis cette notion en avant, et pas seulement sur les questions de santé. Les Etats membres se sont rendus compte du danger que représentait l’interdépendance sur le plan politique, et ces questions de souveraineté ont pris un poids considérable pour l’avenir de l’Union. Dans le portefeuille dont vous avez la charge, il y a au moins trois domaines dans lesquels la souveraineté européenne n’est pas acquise : le numérique, le spatial et la défense. En outre, la coopération entre Etats est parfois conflictuelle à leur propos, au moins s’agissant de la défense.<br />De ces trois domaines, quel est à votre avis celui où nous avons les meilleurs chances de bâtir le plus tôt une souveraineté européenne ?</p><p>Thierry Breton :<br />Je suis assez mal à l’aise avec le concept de souveraineté, car le mot lui-même est un peu polymorphe, et on a souvent tendance à y mettre ce que l’on veut. Plus je voyage et discute en Europe, plus je m’aperçois que chacun en a sa propre définition. Et derrière celle-ci, on trouve associé l’image de soi, l’Histoire, les craintes, les fantasmes ... C’est pourquoi je m’en méfie. Aussi, chaque fois que je l’emploie, je veille à l’accrocher à un autre mot, selon mon interlocuteur, pour m’assurer qu’on parle bien de la même chose ; là encore, pour s’assurer que nous allons dans le même sens. C’est pourquoi je parlerai plus volontiers d’autonomie.<br />Si l’on regarde les choses qui vont qualifier cette nécessité d’autonomie, il y a d’abord la relation très conflictuelle entre les Etats-Unis et la Chine, qui marquera à n’en pas douter les prochaines décennies. Or, nous sommes au milieu, et nous avons des relations et des partenariats avec les USA. Un peu aussi avec la Chine, mais enfin nous sommes clairement des alliés des Etats-Unis, tandis que la Chine était décrite par la précédente Commission comme « un rival systémique ». Voilà où nous en sommes, et cela ne va pas s’améliorer.<br />Dans les domaines dont je m’occupe, il s’agit de faire en sorte d’avoir des points sur lesquels nous sommes incontournables, et autonomes. Il nous faut reprendre une autonomie pour avancer, ou pour conclure des partenariats. Car tout partenariat est un rapport de forces, et l’Europe doit apprendre à gérer ces rapports de force. Ce n’est pas simple dans le contexte actuel, et je me focalise sur les points où nous pouvons retrouver une position incontestable. Vous avez cité le numérique, à l’intérieur duquel figurent les clouds industriels. Il s’agit des réseaux 5G, des objets connectés (« IoT », pour Internet of Things, l’internet des objets), qui vont révolutionner l’ensemble des processus industriels et générer des quantités massives de données industrielles. L’Europe est encore aujourd’hui le premier continent industriel de la planète, et le plus innovant. Il faut donc se mettre en position de capter et traiter correctement ces données.<br />Les semi-conducteurs sont un autre sujet essentiel. Nous étions très bin positionnés il y a 20 ans, beaucoup moins maintenant, car nous sommes passés à des logiques plus anglo-saxonnes là aussi (les « entreprises sans usines » et autres concepts douteux). Il s’agit désormais de corriger le tir, grâce aux PIIEC et au fonds de relance. Je pousse énormément pour cette reconquête industrielle des semi-conducteurs, qui vont devenir un enjeu absolument majeur.<br />Nous sommes la deuxième puissance spatiale mondiale. La France a une longue histoire dans ce secteur, et à présent l’Allemagne s’y met, avec des mini-lanceurs. Concernant la défense, c’est la première fois qu’elle devient, au niveau industriel, l’une des prérogatives de l’Union, à travers le fonds européen de défense, que j’ai poussé avant même d’imaginer que j’en aurais un jour la charge. Nous disposons d’environ 8 milliards d’euros, ils doivent permettre de lever 30 à 40 milliards, qui seront consacrés à la recherche et à l’investissement. C’est un montant tout à fait considérable.<br />Là encore, ma stratégie est assez simple. Il n’agit de ne pas trop se disperser ; il y a quelques domaines importants, comme les drones, la cybersécurité ou le quantique. Nous lançons en ce moment des appels à candidature. Je souhaite qu’un nombre important d’Etats membres répondent présent. Je m’efforce que chacun des pays membres me propose quelques entreprises, même des petites, qui pourraient participer à cet effort commun. Pour que chacun commence à créer un affectio societatis européen au sujet des industries de défense. Cela prendra des années, et même sans doute des décennies, mais cela me paraît indispensable.<br />Pour créer l’équipe qui me permet d’animer tout cela, j’ai demandé à ce que chaque pays me détache un ou une ingénieur de l’armement, pour porter ces projets : les suivre, les négocier les mettre à l’épreuve. Je m’efforce de créer cette dynamique, pour que chacun se sente concerné. Je plaide pour la fin de la naïveté. Fort du petit succès que nous avons eu avec Paolo Gentiloni avec notre tribune sur la nécessité pour l’Europe de s’endetter, j’ai vu que c’était un exercice qui avait ses chances. C’est pourquoi je l’ai aussi proposé à mon ami Josep Borrell sur la fin de la naïveté. Pour chacun de mes autres domaines, je demande à un commissaire européen légitime sur le point en question d’écrire une vision en commun. Cela permet là encore un alignement. Interne à la Commission, cette fois.</p><p>David Djaïz :<br />Pas besoin d’être grand clerc pour voir que la façon dont nous sortirons de cette énorme crise déterminera le jugement que les peuples porteront sur leurs gouvernements, ainsi que sur les institutions européennes. L’Europe joue gros dans cette affaire, et ce travail que vous menez de politisation et d’inflexion sur les vaccins est capital. A vous écouter, on sent bien qu’il y a une nécessité de passer d’une Europe très juridique, fief de juges et de technocrates, à une Europe-puissance, qui fait et produit des choses, et se soucie (entre autres) de l’industrie.<br />Comment est-ce qu’on pivote vraiment ? On a compris ce qu’est la « méthode Breton », un réalignement constant et méticuleux de chacune des parties prenantes, au coup par coup. N’y a-t-il pas aussi une réflexion sur un éventuel « Big Bang » d’après crise ? En France, on adore les grandes conventions et les changements de traités ... J’ai bien conscience qu’il est un peu incongru de vous demander cela alors même que vous êtes en plein milieu du gué, avec de l’eau jusqu’aux genoux, mais je pense que c’est dès maintenant qu’il faut se poser ces questions.</p><p>Thierry Breton :<br />Vous avez parfaitement raison. Au mois d’août dernier, pendant les trois semaines où la Commission s’est arrêtée, j’ai dit à mes collaborateurs : « on s’arrête, et on va s’efforcer d’écrire, toutes les semaines, un article sur les leçons de la crise ». Il s’agissait de prendre un peu de recul, d’examiner ce qui se passait et ce qu’il fallait changer, et comment anticiper les crises à venir. Dans le fond, l’Europe aime les crises, car c’est là qu’elle peut se remettre en question. Ce travail de publication nous a permis de nous engager, ce qui est toujours sain, et d’être transparents. Vous appelez cela un peu facétieusement « la méthode Breton », mais il ne s’agit pas de moi ; il s’agit tout simplement de faire de la politique. C’est à dire qu’il faut avoir une vision, puis l’expliquer, puis il faut mettre les uns et les autres en mouvement, en faisant en sorte que chacun y trouve sa place. C’est ce que je m’efforce de faire.<br />L’avons-nous fait suffisamment ? Je suis mal placé pour répondre à cela, mais ce dont je suis certain, c’est que dans quelque institution que ce soit, dès lors qu’on a de vrais talents disponibles et que l’autorité politique ne joue pas son rôle comme elle le devrait (à cause de trop de compromis), c’est là que la technostructure entre en jeu. Et c’est peut-être un peu ce qui s’est passé lors des dernières décennies.<br />Je vais conclure par une anecdote personnelle à ce sujet. Je n’avais jamais imaginé que je serais un jour commissaire européen, cela s’est décidé dans ma cuisine un soir d’octobre, lors d’un dîner avec mon épouse. Le lendemain, j’étais proposé, et c’est là que le parcours du combattant a commencé. Jean-Louis Bourlanges le sait mieux que personne, la procédure pour accepter un commissaire est une espèce de course d’obstacles. Il fallait donc que le Parlement m’accepte. J’arrive à Bruxelles, et tout de suite, on me dit qu’on va me « prendre en main » : me faire réciter, me coacher, me préparer. Etonné, je demande qui sont ceux qui vont décider pour moi. « Les députés » me répond-on. Pour moi il était hors de question de subir un « entraînement » en interne. Je suis donc allé voir les députés un par un, c’est comme cela que je me suis préparé.<br />Et le jour de mon audition, je prends un ascenseur et j’y rencontre un directeur que je ne connaissais pas, français. Il me dit : « Ah monsieur le commissaire ! Vous allez faire votre audition ? J’imagine que les directions vous ont entièrement préparé. Vous savez, moi, des commissaires, j’en ai fait dix ».<br />Je n’étais pas l’un d’eux.</p><p>Jean-Louis Bourlanges :<br />Thierry Breton sait peut-être que c’est moi qui suis l’auteur de son supplice, puisque j’ai fait voter cette procédure à l’époque de la Commission Barroso. Avant elle, une commission examinatrice se contentait d’envoyer une petite lettre sans aucune portée politique au président du Parlement, en disant « il est très bien sur ceci, un peu moins sur cela ». La nouvelle procédure, terrible pour les commissaires recalés comme Mme Goulard, est beaucoup plus légitimante pour ceux qui sont admis. J’ai suivi de très près votre investiture, et il est vrai qu’elle n’avait rien d’une promenade de santé. Mais c’est une procédure authentiquement politique, digne de celle observée au Congrès des Etats-Unis, dans des circonstances assez voisines.</p><p>Thierry Breton :<br />Cela n’avait rien d’un supplice. J’ai d’ailleurs conclu mon audition, qui a duré près de trois heures, en disant, très sincèrement, que même s’ils votaient contre moi, je repartirais fort d’une expérience humaine inoubliable. Voir tous les députés un par un lors de la semaine de préparation était très intense et extrêmement enrichissant.</p><p>Jean-Louis Bourlanges :<br />En tous cas la procédure est désormais politique. La Commission Européenne a été conçue par Jean Monnet pour être éloignée de la politique, et c’est devenu une institution assumant pleinement ses responsabilités politiques, devant deux chambres, l’une représentant les Etats (le Conseil européen) et une autre représentant les citoyens (le Parlement européen). C’est un système imparfait, mais auquel on ne saurait reprocher de ne pas être démocratique.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
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	<pubDate>Tue, 25 May 2021 14:39:01 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/605/chronique-economique-%E2%80%93-le-bitcoin-une-marchandise</link>
	<title><![CDATA[Chronique économique – Le bitcoin? Une marchandise]]></title>
	<description><![CDATA[<p>OpinionMarian Stepczynski</p>
<p>Publié aujourd’hui à 06h59</p>
<p class="ArticleParagraph_root__3J10I ArticleContainer_content-width__pYdH3 link_focus__2-gJz link_externalicon-big__3ypDf link_externalicon__2CDAi">Feriez-vous confiance à une monnaie qui, même si elle remonte ensuite, perd la moitié de sa valeur en quelques jours? Sûrement pas. Donc, le bitcoin n’est pas une monnaie, puisque le propre d’une monnaie est, outre ses fonctions de moyen de paiement et d’unité de compte (deux fonctions que cette cryptomonnaie ne remplit au demeurant qu’imparfaitement), de servir de réservoir de valeur. Un réservoir ne peut être un puits, non pas sans fond, mais dont le fond varie de hauteur au gré des circonstances.</p><p class="ArticleParagraph_root__3J10I ArticleContainer_content-width__pYdH3 link_focus__2-gJz link_externalicon-big__3ypDf link_externalicon__2CDAi">Les cabrioles de cette cryptomonnaie, qu’il vaudrait mieux pour cette raison qualifier de cryptoactif, expliquent trois experts belges dans une tribune au «Monde»*, la rapprochent ainsi davantage d’une matière première, d’une commodity – telle que l’a d’ailleurs définie la Commodity Futures Trading Commission, l’agence américaine de surveillance des bourses de commerce – que d’une monnaie numérique au sens où ses thuriféraires s’efforcent de la présenter. Parlons donc d’une e-commodity. Ce serait en quelque sorte, dans le monde numérique, le pendant de l’or dans le monde physique, avec toutefois cette différence que les sauts de mouton qu’il arrive au métal jaune d’effectuer ne sont ni à ce point rapides comme l’éclair ni d’ampleur comparable, ce qui rend l’analogie assez bancale.</p><p class="ArticleParagraph_root__3J10I ArticleContainer_content-width__pYdH3 link_focus__2-gJz link_externalicon-big__3ypDf link_externalicon__2CDAi">Comment se fait-il dans ces conditions que le bitcoin ait une valeur, un prix de marché, alors que, pure construction algorithmique, il ne vaut intrinsèquement rien? On a prétendu qu’il annonçait l’avènement d’un système de paiement affranchi des banques et de tout contrôle étatique, paradis libertarien auquel aspireraient les esprits agiles des nouvelles générations. Si cela était vrai, on ne comprendrait pas pourquoi tant d’autres parmi les quelque 8000 cryptomonnaies apparues au fil de la trentaine d’années écoulées depuis le lancement de la première d’entre elles s’escriment à vouloir apparaître comme stables (stablecoins), c’est-à-dire ancrées plus ou moins indéfectiblement à de belles et bonnes monnaies, ce qui les renvoie du coup à l’ordre établi qu’elles étaient censées faire disparaître. On a prétendu aussi qu’elles étaient source d’affranchissement des barrières frontalières, et libéreraient ainsi les économies de la suprématie du dollar. Mais à quel coût! La moindre transaction nouée en bitcoins prend des plombes et consomme l’électricité d’une ville entière quand ce n’est de tout un pays.</p><p class="ArticleParagraph_root__3J10I ArticleContainer_content-width__pYdH3 link_focus__2-gJz link_externalicon-big__3ypDf link_externalicon__2CDAi">Personne mieux qu’un Paul Krugman n’a résumé la chose: «Les promoteurs de la crypto sont très doués pour le jargon technique, c’est-à-dire qu’ils utilisent une terminologie obscure pour se convaincre et convaincre les autres qu’ils proposent une nouvelle technologie révolutionnaire, même si la blockchain est en fait assez ancienne par rapport aux normes de l’infotechnologie et qu’elle n’a pas encore trouvé d’utilisation convaincante»**.</p><p class="ArticleParagraph_root__3J10I ArticleContainer_content-width__pYdH3 link_focus__2-gJz link_externalicon-big__3ypDf link_externalicon__2CDAi">Au vrai, l’engouement pour ce produit technologique immatériel qui ne sert à rien sauf à créer et détruire alternativement de la plus-value le fait ressembler à une chaîne de Ponzi, à cette différence près que, contrairement à l’original, il n’y a pas, à sa source, un Madoff à condamner à la perpétuité.</p><p class="ArticleParagraph_root__3J10I ArticleContainer_content-width__pYdH3 link_focus__2-gJz link_externalicon-big__3ypDf link_externalicon__2CDAi"><br />*«On est en train de permettre à des bitcoins sales de devenir des bitcoins propres» («Le Monde» du 23 mai)</p><p class="ArticleParagraph_root__3J10I ArticleContainer_content-width__pYdH3 link_focus__2-gJz link_externalicon-big__3ypDf link_externalicon__2CDAi">** «Technobabble, Libertarian Derp and Bitcoin» («New York Times» du 20 mai)</p><p>Chroniqueur à La Tribune de Genève</p>
<p>Publié aujourd’hui à 06h59</p>
<p class="Feedback_root__nzXeS ArticleContainer_content-width__pYdH3">Vous avez trouvé une erreur?<a href="mailto:tes_correction@tamedia.ch?subject=Avis%20d'erreur%20%7C%20Marian%20Stepczynski%20%7C%20Le%20bitcoin%3F%20Une%20marchandise&amp;body=J'ai%20trouv%C3%A9%20une%20erreur%20dans%20cet%20article%3A%20https%3A%2F%2Fwww.tdg.ch%2Fle-bitcoin-une-marchandise-304891750607" class="Feedback_feedbacklink__2ys-x">Rapporter maintenant.</a></p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/603/robert-zubrin-explique-pourquoi-le-starship-de-spacex-va-tout-changer-%E2%80%93-exploration-spatiale</guid>
	<pubDate>Tue, 25 May 2021 13:45:23 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/603/robert-zubrin-explique-pourquoi-le-starship-de-spacex-va-tout-changer-%E2%80%93-exploration-spatiale</link>
	<title><![CDATA[Robert Zubrin explique pourquoi le Starship de SpaceX va tout changer. – Exploration spatiale]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Cette semaine je passe la parole à Robert Zubrin, ingénieur en astronautique et fondateur de la Mars Society. Son dernier article, paru dans Nautilus* et que vous trouverez ci-dessous, est important à plusieurs titres. D’une part il explique la complexité de l’architecture du programme Artemis de retour des Américains sur la Lune. D’autre part il met bien en lumière le saut technologique que représente le Starship d’Elon Musk et les perspectives fabuleuses qu’il ouvre à l’humanité.</p><p>*Nautilus est une revue scientifique et technologique américaine d’excellente réputation. L’article a été publié le 13 mai 2021. Je l’ai traduit :</p><p>« A la fin de l’après-midi du 5 mai, Elon Musk a tweeté : « l’atterrissage du Starship est nominal ! ». Musk n’est pourtant pas connu pour ses paroles mesurées et voir ce monstre en acier inoxydable s’envoler était, pour beaucoup, quelque chose qu’on qualifierait davantage de « phénoménal ». Plus de 5 millions de personnes ont regardé le spectacle sur YouTube, peut-être beaucoup en retenant leur souffle, car à l’issue de chaque tentative antérieure le Starship avait pris feu. Pas le SN15. Ce Starship, après avoir grimpé ses 12 kilomètres puis être redescendu dans une configuration « ventrale » – en utilisant son large corps argenté comme frein – descendit lentement, la force de ses moteurs Raptor lui offrant en fin de course un atterrissage en douceur et en parfaites conditions.</p><p>Certaines personnes de la NASA ont probablement ressenti un sentiment de soulagement. A la grande surprise de l’industrie spatiale, en avril, la NASA avait attribué à SpaceX un contrat de 2,9 milliards de dollars pour modifier le Starship afin qu’il serve comme élément final du système qui emmènera les astronautes sur la Lune. Le favori pour remporter le poste n’était pas SpaceX mais un poids lourd, le groupement « National Team » (l’Equipe-nationale), composé de la Sté Blue Origin, de Jeff Bezos, et des entrepreneurs habituels de l’aérospatiale que sont Lockheed Martin, Northrop Grumman et Draper Laboratory. Le choix était si inattendu que lorsque le Washington Post en a fuité la nouvelle, certains observateurs bien informés ont refusé de le croire. Les politiques laissaient penser que National team était le pari le moins risqué.</p><p><a href="https://blogs.letemps.ch/pierre-brisson/wp-content/uploads/sites/31/2021/05/Les-concurrents-.jpg" target="_top">
<p></p>
</a></p><p>Sans doute, comme on aurait pu le prévoir, les équipes perdantes (qui comprennent également une alliance de petites entreprises dirigée par Dynetics) ont-elles rapidement protesté contre le choix de la NASA, gelant temporairement le programme. Mais puisque SpaceX offre le plus de potentiel, à moins de la moitié du prix proposé par les autres, ce choix prévaudra probablement en fin de compte. La NASA subira sans aucun doute les attaques du Congrès lui reprochant de ne pas jouer le jeu car les politiciens croient qu’elle n’existe que pour répondre à leur besoin d’accorder des avantages économiques à leurs électeurs1. Mais l’agence gouvernementale porte également la bannière de l’esprit pionnier de l’Amérique. C’est une organisation humaine, sujette à toutes les failles du système qui la soutient mais elle a aussi ses moments de lucidité et de courage. Et pour sûr, ce choix est vraiment l’un d’entre eux.</p><p>Cette décision a également constitué une avancée décisive pour Musk, bien sûr, lui qui a fondé SpaceX en 2002, tout juste après la vente de sa société de paiement en ligne PayPal, avec l’objectif non moins grandiose que d’amener des humains sur Mars. Je sais bien qu’on dit que les entrepreneurs n’en ont généralement que pour l’argent. Mais les cyniques se trompent à propos de Musk. J’étais de ceux qui ont contribué à le convaincre de faire de Mars sa vocation. S’il voulait simplement plus d’argent, il connaissait bien d’autres moyens plus faciles pour s’en procurer, que de démarrer, parmi toutes autres possibilités, une société d’astronautique, entreprise notoirement difficile avec très peu de chances de succès. Il cherchait à faire des choses d’une importance immortelle. La colonisation de Mars (à côté des voitures électriques et de l’énergie solaire) a emporté sa décision.</p><p>Permettez-moi de souligner à quel point le Starship pourrait transformer profondément notre avenir dans l’Espace et apporter à notre compréhension de la vie. Je travaille dans ce secteur depuis un bon bout de temps. À la fin des années 80, je faisais partie de l’équipe de Martin Marietta, aujourd’hui Lockheed Martin, qui a réalisé la conception préliminaire de ce que l’on appelle maintenant le Space Launch System ou « SLS », véhicule phare de la NASA. Il a été conçu à l’origine comme un moyen rapide et simple de créer un lanceur lourd à partir des composants du système du « Shuttle », la Navette spatiale, alors en opérations. Le Starship n’a rien à voir avec le SLS. Il ne ressemble à rien de ce que la NASA a fait auparavant. Il représente un concept entièrement nouveau d’opérations spatiales, et l’impact qu’il pourrait très bien avoir sur la science est extraordinaire.</p><p>La NASA prétend toujours que son programme Artemis utilisera le SLS et la capsule Orion pour amener ses astronautes à sa « Gateway » (passerelle), une station spatiale encore à construire, en orbite autour de la Lune. A partir de là, l’idée est de les transférer à un Starship qui les transportera à la surface de notre satellite naturel. La NASA peut effectuer quelques missions de cette façon mais, franchement, la raison profonde est que c’est uniquement pour éviter l’embarras d’avoir passé autant de temps et d’argent sur des systèmes qui n’ont aucun intérêt pratique. Une fois que le Starship sera opérationnel, la logique conduira les choses dans une direction entièrement nouvelle.</p><p>En réalité le SLS n’est qu’un Shuttle dont on aurait supprimé l’orbiteur ressemblant à un avion, ce qui permet de remplacer la masse de ce dernier par un étage supérieur et/ou une charge utile considérablement accrue. Une variante aussi simple aurait dû voler au milieu des années 90, et si cela avait été le cas, nous aurions pu la voir servir de technologie permettant un programme spatial beaucoup plus performant au cours du dernier quart de siècle.</p><p>Malheureusement, ce n’est pas ce qui s’est produit. Malgré le fait qu’une commission d’experts, dirigé par Jack Kerrebrock, éminent professeur au Massachusetts Institute of Technology, ait recommandé en 1993 qu’un tel propulseur lourd dérivé du Shuttle soit rapidement développé afin de réduire d’un ordre de grandeur le nombre de lancements nécessaires pour créer l’ISS (la Station-spatiale-internationale), cette recommandation a été rejetée par le vice-président de l’époque, Al Gore. Al Gore voulait étendre le programme de construction de l’ISS sur plusieurs décennies, avec des dizaines de lancements de Shuttle et de fusées Proton russes, afin d’« encourager » le développement et le maintien de relations amicales avec les nouveaux dirigeants de la Russie post-soviétique2 (c.-à-d. leurs transférer des fonds). Le SLS a été retardé de deux décennies, jusqu’à ce qu’il soit obsolète, pour cette seule raison.</p><p>Cela a malheureusement fait perdre à la NASA une génération entière d’expertise. La responsabilité du développement a été transférée à des personnes qui n’avaient jamais rien fait de tel auparavant, de sorte que le programme (Arès puis SLS) a pénétré en boitillant jusque très avant dans le nouveau siècle, avec une conception finale aux performances possibles dégradées et pas même un vol d’essai à présenter après environ 30 ans d’effort et plus de 20 milliards de dollars de dépenses. En 2005, la NASA a commencé à développer la capsule Orion pour donner aux Américains un moyen d’atteindre l’orbite terrestre après le retrait du Shuttle, qui devait se produire vers 2010 (ce qui fut fait). Cela aurait dû être une simple promenade dans un jardin, mais d’une façon ou d’une autre, encore une fois, la NASA, ses sous-traitants et le Congrès ont réussi à transformer ce projet en un effort de plus de 20 milliards de dollars sur plusieurs décennies, avec pour témoigner de cet effort, un seul vol d’essai, sans pilote, en 2014. Et ce qui est plus grave, c’est qu’en plus du coût la masse d’Orion a enflé. Avec 26 tonnes, le triple de celle de la capsule Apollo, il est trop lourd pour que le SLS puisse le mettre en orbite basse lunaire avec les ergols nécessaires pour en revenir.</p><p>Alors l’administration Obama a eu l’idée géniale de construire une station spatiale en orbite lunaire haute. Au lieu d’aller sur la Lune, les astronautes chevauchant Orion auraient pu se rendre sur la « Lunar Orbit Platform » et profiter de la vue. Ou peut-être auraient-ils pu étudier des astéroïdes qui, un jour, auraient pu être conduits jusqu’à l’orbite lunaire en utilisant un mode de propulsion « avancé ». Cela n’aurait-il pas été vraiment « cool » ?!</p><p>Je n’étais pas fan de l’administration Trump mais il faut lui rendre hommage d’avoir reconnu que ce plan, dont ils avaient hérité, était totalement ridicule. Elle a annulé la mission, infaisable, de redirection d’astéroïdes et a décidé que la station en orbite lunaire devait être une passerrelle, un « Gateway », pour aller « quelque part ». Ainsi est né le programme Artemis, qui a promis aux Américains qu’ils reviendraient sur la Lune (avec une femme Américaine en tête) avant 2024, pas moins. Pour éviter l’embarras, les gens de la NASA avaient besoin que le SLS, Orion et le Gateway soient utilisés dans le cadre d’Artemis.</p><p>Mais ce plan n’était pas très bon. Le programme SLS ne pouvait garantir qu’un seul lancement par an. Ceci en dépit du fait qu’au cours de son programme de 30 ans, le Shuttle, plus complexe, avait atteint un taux de lancement annuel moyen de quatre (et de huit pour les pointes). Ainsi, si on devait lancer une mission lunaire dans un délai raisonnable, elle devait comporter non seulement un SLS pour envoyer une capsule Orion en orbite, mais également plusieurs autres lanceurs de puissance moyenne (non récupérables !) pour livrer un véhicule au Gateway afin qu’un équipage puisse le prendre pour aller à partir de là jusqu’à la surface lunaire et en revenir. La NASA a réuni environ un milliard de dollars pour des études de projet d’ingénierie et a lancé un appel d’offres de propositions d’architecture de mission à l’industrie afin de développer des concepts de véhicules d’accès à la Lune pour répondre aux besoins d’un tel plan.</p><p>En avril 2020, la NASA attribua des contrats de conception préliminaires à trois compétiteurs : National team dirigée par Blue Origin, « Dynetics », et SpaceX. National team, avec un devis représentant la part du lion, 579 millions de dollars, proposa un atterrisseur maladroit à trois étages non réutilisables. Cela correspondait précisément au concept irréalisable que la NASA avait en tête pour son plan de mission. L’équipe Dynetics, constitué de 25 petites entreprises, avec un devis de 253 millions de dollars, proposa un petit atterrisseur à un étage et à réservoirs largables qui, bien que divergeant quelque peu (et avec raison) de la demande, lui correspondait de manière générale3.</p><p>SpaceX, avec un devis de 135 millions de dollars, proposa un concept radicalement différent : le Starship. Ce devrait être un système de lanceur lourd entièrement réutilisable, à deux étages, alimenté par des moteurs au méthane-oxygène, d’une capacité à peu près à mi-chemin entre le SLS et la plus puissante Saturn V du programme lunaire Apollo. En raison de la réutilisabilité du Starship, son utilisation induirait un coût égal à moins de 1% du premier ou du second. Ces caractéristiques, à elles-seules, changeraient le monde, mais il y a plus : le Starship-vaisseau-spatial serait conçu pour être ravitaillé en orbite terrestre basse par des Starships-réservoirs (« tankers »), lui permettant d’aller plus loin, par exemple jusqu’à Mars, où le système de propulsion pourrait être ravitaillé à nouveau par des ergols produits facilement à partir de l’abondante glace d’eau et de l’atmosphère de dioxyde de carbone de la planète rouge.</p><p>Pour la mission Artémis la plus simple – envoyer une cargaison de l’orbite terrestre basse à la surface lunaire – le Starship ferait bien l’affaire, se présentant avec son vaste volume habitable et ses volumes de stockage de propergols avec, en plus, une capacité d’emport de 100 tonnes de fret ce que personne d’autres ne peut faire, à condition qu’il puisse être ravitaillé avec huit vols de tankers (NdT : pour l’approvisionner en ergols pour les vols aller et retour). Un inconvénient est que, pour que le Starship atterrisse, il faudrait que ses moteurs d’atterrissage soient remontés vers le haut du véhicule, de telle sorte que son puissant échappement ne cratérise pas la surface. Mais le plus gros problème sera de fournir tous les ergols nécessaires pour permettre les opérations du Starship au-delà de l’orbite basse terrestre.</p><p>Il faudrait au moins 10 vols de tankers pour ravitailler un vaisseau spatial fonctionnant comme ferry entre l’orbite lunaire basse et la surface lunaire, ou 14 s’il est obligé d’utiliser le Gateway. Cette exigence, cependant, pourrait être réduite en développant des technologies pour extraire l’oxygène du régolithe lunaire. Les roches lunaires sont composées d’une variété d’oxydes métalliques contenant en moyenne environ 50% d’oxygène en poids et la combinaison propulsive du Starship est de 78% d’oxygène. En extrayant l’oxygène lunaire (et en produisant du métal au cours du processus), le nombre de vols de Starships nécessaires par mission pourrait être divisé par trois, ce qui accélèrerait considérablement le développement lunaire.</p><p>Contrairement aux concepts concurrents, le Starship ne se limiterait pas à fonctionner comme un ferry de l’orbite lunaire à la surface de l’astre : il pourrait ouvrir la voie pour Mars4. Il a été conçu dès le départ pour rendre l’installation humaine de Mars abordable, c’est pourquoi le Starship répond à un objectif de coût beaucoup plus exigeant que tout ce dont un simple programme d’exploration pourrait avoir besoin. Même pour un prix élevé, comme 300 millions de dollars par astronaute, la NASA sauterait sur l’occasion d’envoyer ses hommes sur Mars pour l’explorer. Mais ce prix ne serait pas pertinent pour n’importe qui se portant volontaire pour partir s’établir sur Mars. Pour que la colonisation de Mars soit réalisable, le prix du billet sur le Starship doit être suffisamment bon marché pour qu’une personne de la classe moyenne puisse se l’offrir.</p><p>Une telle personne pourrait être en mesure de recueillir 300.000 $ en vendant sa maison et un bon travailleur pourrait obtenir une somme similaire en hypothéquant son travail (comme cela a été fait au temps de l’Amérique coloniale). Parvenir à un tel prix de billet nécessiterait de réduire les coûts de lancement et de transport spatial d’au moins trois ordres de grandeur par rapport à ceux qui prévalent aujourd’hui, ce qui n’est possible qu’en rendant les systèmes de transport spatial, réutilisables : un Boeing 737 coûte environ 100 millions de dollars et transporte généralement environ 100 passagers— s’il était détruit après un seul vol, les billets coûteraient plus d’un million de dollars par personne. Ce n’est qu’en rendant le Starship réutilisable que les voyages dans l’espace peuvent être rendus abordables comme le sont les voyages en avion.</p><p><a href="https://blogs.letemps.ch/pierre-brisson/wp-content/uploads/sites/31/2021/05/SN15-Capture-decran-2021-05-18-134416.jpg" target="_top">
<p></p>
</a></p><p>En février 2020, j’ai voyagé avec ma femme, Hope, à Boca Chica, une petite ville du Texas sur une terre très plate et basse, près de la frontière mexicaine, là où SpaceX développe son Starship et s’étend rapidement. Musk veut y créer une ville et l’appeler « Starbase ». Un groupe de mariachi jouait à l’extérieur, divertissant de longues files de personnes attendant pour demander un emploi. Des centaines étaient déjà à l’œuvre dans le complexe. Bientôt, il y devrait y en avoir des milliers. Il était évident que Musk ne construisait pas de navire, il construisait un chantier naval. Au cours de son programme de navettes déroulé sur 30 ans, la NASA a construit cinq Shuttle, un tous les six ans en moyenne. Lors de notre visite, Musk se préparait à construire des prototypes de Starship à raison d’un par mois, ce qu’il a fait.</p><p>Plutôt que de choisir de tout analyser pendant des années ou des décennies avant d’effectuer un premier test en vol, comme l’a fait la NASA, l’approche de Musk consiste à construire, lancer, s’écraser, résoudre les problèmes, puis réessayer. Il s’est frayé un chemin au travers de la problématique de presque toute l’enveloppe de l’étage supérieur du Starship. Avec le succès du vol SN15, il est désormais en mesure de le faire voler encore et encore. Musk vise des altitudes plus élevées et une perfection opérationnelle accrue jusqu’à ce que son équipe puisse le faire les yeux bandés. Les SN16 et SN17 qui intègrent encore plus d’avancées par rapport au SN15, sont presque terminés.</p><p>Qu’un programme spatial soit mené non pas avec trois ou quatre mais avec des dizaines de vaisseaux – et éventuellement des centaines – est révolutionnaire. Les lancements de Starships se compteront par semaine, voire par jour. Le taux moyen de quatre vols de Shuttle par an signifiait qu’avec un coût annuel de programme de 4 milliards de dollars par an, le coût réel d’un seul vol était de 1 milliard de dollars. Une noria transorbitale de Starship, employant 5.000 personnes, coûterait à peu près la même somme par an. Musk a pour objectif de gérer 200 vols par an, ce qui est possible avec 20 vaisseaux opérationnels seulement, chacun remis en vol à nouveau tous les 36 jours. Cela donnerait 5 millions de dollars par vol, soit 1/200ème du coût du Shuttle avec cinq fois sa charge utile, pour une amélioration globale de mille fois.</p><p>Les avantages du Starship pour l’exploration robotique et humaine sont difficiles à surestimer. Perseverance récemment arrivé sur Mars, peut y déposer une tonne en surface. Le Starship, avec sa capacité de 100 tonnes, peut y faire débarquer une armée de robots. Ceux-ci pourraient inclure de nombreux explorateurs de type Persévérance et des versions beaucoup plus grandes de l’hélicoptère Ingenuity. De plus petits rovers équipés de caméras haute résolution pourraient cartographier la zone, transmettre les données à la Terre et permettre à des millions de scientifiques de parcourir le paysage en réalité virtuelle et de diriger les machines vers tout ce qui leur semble intéressant. Des robots-constructeurs aussi, peut-être sous forme humanoïde, pourraient construire une base martienne capable de convertir le dioxyde de carbone et la glace d’eau en ergols pour les fusées fonctionnant au méthane et à l’oxygène pour le stocker dans des réservoirs. Avec une telle structure, entièrement constituée à l’avance, des Starships pourrait commencer à envoyer des hommes sur Mars.</p><p>Les rovers sont des outils merveilleux, mais ils ne peuvent résoudre les questions scientifiques fondamentales que Mars – autrefois très semblable à la Terre primitive – pose à l’humanité : la vie est-elle un phénomène singulier, propre à la Terre, ou est-elle également apparue sur Mars ? Si oui, a-t-elle utilisé le même système d’information ADN-ARN, ou un autre ? La vie telle que nous la connaissons sur Terre est-elle LA vie, ou est-ce juste un exemple entre autres, parmi une vaste tapisserie de possibilités ? Trouver des preuves de la vie passée impose une chasse aux fossiles. Perseverance s’y appliquera, mais des « limiers » humains – capables de voyager loin sur des terrains difficiles, d’escalader, de creuser, de travailler délicatement et de suivre intuitivement des indices – pourraient faire ce travail beaucoup mieux. Trouver la vie existante pour déterminer sa nature nécessitera de forer jusqu’à des centaines de mètres pour atteindre les eaux souterraines où la vie pourrait encore prospérer, en prélevant des échantillons, en les cultivant et en les soumettant à analyse. C’est à des années-lumière des capacités de rovers robotiques.</p><p>Mais il y a plus. Le Starship ne nous donnera pas seulement la possibilité d’envoyer des explorateurs humains sur Mars, la Lune et d’autres destinations du système solaire interne, il nous offrira une augmentation de deux ordres de grandeur de la capacité opérationnelle globale pour faire à peu près tout ce qu’on veut faire dans l’espace. Cela inclut non seulement la poursuite d’un programme musclé de sondes vers le système solaire externe et rendant économiquement faisable toutes sortes d’investigations expérimentales en orbite terrestre, mais encore la possibilité de construire des télescopes spatiaux géants. Beaucoup de nos connaissances en physique sont issues de l’astronomie parce que l’Univers est le plus grand et le meilleur laboratoire qui soit. Il n’y a pas de meilleur endroit pour faire de l’astronomie que l’Espace. Le télescope spatial Hubble, au miroir de 2,4 mètres de diamètre, a fait des découvertes extraordinaires. Que pourrons-nous apprendre une fois que nous serons capables de construire des télescopes de 2,4 kilomètres de diamètre dans l’espace profond ? Les possibilités dépassent littéralement l’imagination. »</p><p>Robert Zubrin est aussi président de Pioneer Astronautics, société d’étude qui a obtenu plusieurs contrats de la NASA. L’édition 25ème anniversaire de son livre fondateur, The Case for Mars, The Plan to Settle the Red Planet and Why We Must , a été récemment publiée par Simon et Schuster. Vous pouvez le suivre sur twitter.</p><p>Notes de bas de page :</p>
<p>M. Machay, M. &amp; A. Steinberg. “NASA funding in Congress : Monney matters”, in European Journal of Business Science and Technology 6, 5-20 (2020).<br />J.M. Logsdon &amp; J.R. Miller. « US-Russian cooperation in human space flight: Assessing the impacts». NASA.gov (2001).<br />Bien que clairement meilleure sur le plan conceptuel que l’offre de National team, la conception de Dynetics n’a jamais vraiment eu de chance, car l’équipe qui la constituait n’était pas assez crédible pour se voir confier la responsabilité de quelque chose d’une telle importance pour le programme spatial. Cependant Dynetics a reçu une bonne compensation en étant chargé d’assurer une large base de soutien à Artemis.<br />Il ne faudrait que deux vaisseaux-réservoirs pour faire voler un Starship à vide vers Mars, ou cinq (NdT : un pour la mise en orbite du vaisseau spatiale et quatre pour la suite du voyage aller) si on l’envoie avec 100 tonnes de cargaison.</p>
<p>Image de titre: un Starship approchant la Lune. Crédit AleksandrMorrisovich /Shutterstock</p><p>Publication d’origine :</p><p><a href="https://nautil.us/issue/100/outsiders/the-profound-potential-of-elon-musks-new-rocket?mc_cid=a5b9967fe7&amp;mc_eid=b569b718a5" target="_top">https://nautil.us/issue/100/outsiders/the-profound-potential-of-elon-musks-new-rocket?mc_cid=a5b9967fe7&amp;mc_eid=b569b718a5</a></p><p>Présentation de Nautilus :</p><p><a href="https://nautil.us/about" target="_top">https://nautil.us/about</a></p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/602/des-chercheurs-developpent-une-batterie-biologique-super-ecolo</guid>
	<pubDate>Tue, 25 May 2021 13:03:14 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/602/des-chercheurs-developpent-une-batterie-biologique-super-ecolo</link>
	<title><![CDATA[des chercheurs développent une batterie biologique super écolo]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Une équipe de chercheurs du Texas a développé une batterie qui remplace le lithium par une substance biologique, les polypeptides, laquelle est plus écologique. Cette solution répondrait à une triple problématique environnementale : la baisse des ressources naturelles, la pollution engendrée par l’extraction et l’absence d’un circuit de recyclage.</p><p></p>
<p>Crédit : Unsplash</p>
<p>Aujourd’hui, toutes les batteries que nous utilisons dans nos smartphones, nos PC portables, nos véhicules électriques ou nos objets connectés fonctionnent avec du lithium. Une substance qui, théoriquement, se recycle bien, mais qui, dans les faits, ne l’est que très peu. Essentiellement pour une question de coût. Cela veut dire que des millions de tonnes de batteries qui sont jetées sans être revalorisées, selon certaines études.</p><p>Lire aussi – <a href="https://www.phonandroid.com/des-scientifiques-decouvrent-une-methode-ecolo-et-peu-chere-pour-fabriquer-du-graphene.html">Pneus, peaux de banane : une nouvelle méthode écolo et pas chère utilise des déchets pour fabriquer du graphène</a><br /></p><p>Les chercheurs développent des alternatives pour remplacer le lithium, éliminer le caractère liquide de l’électrolyte ou encore rendre <a href="https://www.phonandroid.com/batteries-au-lithium-des-scientifiques-ont-trouve-la-cle-qui-les-rendra-beaucoup-moins-polluantes.html">les matériaux dans les batteries moins polluant</a>. Nous avons relayé plusieurs découvertes extraordinaires, voire révolutionnaires, dans nos colonnes. <a href="https://www.phonandroid.com/smartphones-pc-ces-nouvelles-batteries-lithium-s-vont-booster-leur-autonomie.html">Certaines permettent d'améliorer leur performance</a>. <a href="https://www.phonandroid.com/batteries-cette-technologie-danode-revolutionnaire-va-accelerer-la-recharge-rapide.html">D'autres accélèrent leur rechargement</a>. En voici une autre qui, pour une fois, met l’accent sur l’environnement.</p>
<p>Des batterie biologique et facilement dégradable</p>
<p>Nous devons cette découverte à une équipe de chercheurs de l’Université du Texas qui ont publié leurs recherches dans le magazine Nature il y a deux semaines. Il s’agit d’une batterie que nous pourrions qualifier de « biologique », puisqu’elle remplace le lithium par des polypeptides, des éléments organiques qui composent les protéines. Voilà une approche peu banale qui a pour avantage d’être écologique.</p><p>En effet, quand une batterie est usée, elle est facilement « dégradable » : il suffit de plonger la batterie dans une solution qui va dissoudre les polypeptides et les transformer en acides aminés. La dégradation pourrait même se faire naturellement, sans impact écologique. Cela répond donc à l’un des points faibles des batteries lithium qui sont difficiles à recycler industriellement.</p><p>Cela répond également aux autres préoccupations liées à l’exploitation du lithium, comme les limitations des gisements, les besoins en ressources naturelles pour l’extraction (l’eau notamment) et l’impact écologique de son industrialisation (lié à l’usage du cobalt). En revanche, il reste toujours un problème : l’efficacité énergétique de ces batteries est bien moins importante. Mais les chercheurs promettent de trouver une solution à ce problème. En attendant, cette solution ne restera qu’une belle découverte scientifique.</p><p>Source : <a href="https://www.nature.com/articles/s41586-021-03399-1" target="_blank" rel="nofollow">Nature</a></p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
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	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/601/il-sera-bientot-possible-de-voyager-entre-leurope-et-les-etats-unis-en-3-heures-et-pour-80-euros</guid>
	<pubDate>Tue, 25 May 2021 09:35:18 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/601/il-sera-bientot-possible-de-voyager-entre-leurope-et-les-etats-unis-en-3-heures-et-pour-80-euros</link>
	<title><![CDATA[Il sera bientôt possible de voyager entre l&#039;Europe et les États-Unis en 3 heures et pour 80 euros]]></title>
	<description><![CDATA[<p>La folie des grandeurs de l'Homme a encore repoussé ses propres limites. Boucler les voyages entre <a href="https://www.gqmagazine.fr/dossier/los-angeles" target="_blank">Los Angeles</a> et Sidney en 8h30, et ceux de <a href="https://www.gqmagazine.fr/dossier/londres" target="_blank">Londres</a> à <a href="https://www.gqmagazine.fr/dossier/new-york" target="_blank">New York</a> en 3h15. C'est l'objectif complètement fou que s'est fixée l'entreprise Boom Supersonic, en développant un <a href="https://www.gqmagazine.fr/dossier/avion" target="_blank">avion</a> trois fois plus rapide que les engins actuels. Avec une vitesse de pointe de 2600 km/h, soit 2,2 fois la vitesse du son, ce bolide a été conçu pour accomplir une ambitieuse mission : “briser la barrière du temps”, d'après le PDG de la compagnie, Blake Scholl. Baptisée Overture, cette véritable <a href="https://www.gqmagazine.fr/pop-culture/article/les-images-spectaculaires-du-lancement-dune-fusee" target="_blank">fusée</a> pourra accueillir entre 65 et 88 personnes, a rapporté la chaîne <a href="https://www.gqmagazine.fr/dossier/etats-unis" target="_blank">américaine</a> CNN. Cerise sur le gâteau : il sera possible de monter à bord d'Overture pour moins de 100 euros, et de <a href="https://www.gqmagazine.fr/lifestyle/voyage" target="_blank">voyager</a> au-delà des océans vers 500 destinations, en seulement quatre heures.</p><p>Mais tout cela est-il bien réaliste ? Boom Supersonic a déjà avoué que le projet comprenait son lot de limites. L'entreprise a notamment relevé que la vitesse folle de l'avion générera une chaleur et une énergie quasi-insoutenable pour les moteurs actuels, qui fondraient immédiatement. <a href="https://www.gqmagazine.fr/dossier/start-up" target="_blank">La start-up</a> a donc avoué compter sur les inventions futures pour résoudre ce bémol. “C'est possible”, a déclaré Sean O'Keefe, expert en technologie aéronautique à l'Université de Syracuse, “mais il va falloir attendre deux ou trois générations de développement technologique, soit à peu près 20 ans”. </p><p>Le lot de consolation suite à cette douche froide vous est fourni par Blake Scholl, le PDG. Il souhaite faire voler le premier Overture d'ici 5 ans, en 2026. Au début, peut-être que l'engin, garanti neutre en carbone par la compagnie, n'ira pas à la vitesse maximale visée. Mais à termes, cet avion pourrait bien être le bond technologique qui nous ferait sortir de l'inertie en termes de performance aéronautique dans laquelle nous sommes figés depuis les années 60. Les durées des vols, bien que déjà prodigieusement courtes à l'époque, n'ont en revanche quasiment pas diminué depuis. Autre point important et qui risque de peser sur la balance : Overture a suscité l'intérêt des plus hautes institutions et entreprises. Une subdivision du Congrès américain et la firme financière American Express ont déjà mis la main au porte-monnaie. Comme un gage de confiance, six milliards de dollars ont été investis dans ce projet à l'heure actuelle, a déclaré la compagnie. L'élaboration des premiers Overture a été fixée à 2023.</p><p></p>
<p>Boom Supersonic</p>
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<p>Boom Supersonic</p>
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<p>Boom Supersonic</p>
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<p>Boom Supersonic</p>
<p><a class="external-link" data-event-click="{&quot;element&quot;:&quot;ExternalLink&quot;,&quot;outgoingURL&quot;:&quot;https://taiuu.app.link/tgd6Bo1UX9&quot;}" href="https://taiuu.app.link/tgd6Bo1UX9" rel="nofollow noopener" target="_blank">

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</a></p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
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	<pubDate>Sun, 23 May 2021 08:38:40 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/600/prospects-for-a-grand-reconciliation-%E2%80%93-the-cairo-review-of-global-affairs</link>
	<title><![CDATA[Prospects for a Grand Reconciliation – The Cairo Review of Global Affairs]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Mired in turmoil from the Levant to the Persian Gulf, on the surface, the Middle East’s future has rarely looked this bleak. There is, however, an inherent value in hitting rock bottom, and that is the prospect of remaking it all from scratch. But to do so, there needs to be a unique constellation of actors, incentives, alliances, and opportunity. Today, that critical mix exists in the region; the only question is when and where it will give shape to the Mideast’s new direction.</p><p>While the war-torn and economically-crippled Levant draws all eyes, it is in the Persian Gulf where the seeds of a changed future will be planted. Simply put, the confrontations throughout the region since the start of the Arab uprisings have largely been driven by actors in the Persian Gulf, and hence that is where the settlements will be reached. </p><p>The recent conflicts in Syria, Iraq, Yemen, and now Lebanon are all connected to the decades-long standoff between the United States and Islamic Republic of Iran, which has split the region into two poles. Some parties view this fight as a zero-sum game, while others believe a win-win solution still exists within the region. The latter is possible and there have been a number of initiatives—from Iran, Kuwait, and Oman in the main—that have thus far proven unsuccessful, largely because many parties, both inside and outside the region, are still attempting to gain leverage on the ground in various battlefields and confrontations.</p><p>Using the counter revolutions of the 2011 Arab uprisings, Iran’s Persian Gulf adversaries sought to buoy waning U.S. hegemony by weakening Iran’s allies in the Levant and elsewhere. These actions backfired by strengthening bonds between Iranian allies who began to work from joint command centers, sharpen their battle experience, and score unprecedented victories in every military theater.</p><p>Importantly, as a direct result of the instability caused by these conflicts, the Iranian pole began to garner the attention, support, and intervention of major powers Russia and China, who stepped forward to act as intermediaries: further supplanting the traditional U.S. role in the region. </p><p>China, Russia, and their Growing Significance </p><p>“Iran is the new great power of the Middle East, and the United States is the old,” Adel Jubeir—then the Saudi ambassador in Washington, later Saudi’s foreign minister—told his superiors in Riyadh. This was in 2013, in the aftermath of a chemical attack in Ghouta, when then-U.S. President Barack Obama famously backed down from his “red line” warning of a military strike against Syria. </p><p>If history could point to a moment when the United States’ allies in the Persian Gulf ceased to bank on American might, this would be it. Over the following years, that trust would waver further. Gulf Cooperation Council (GCC) foes of Iran watched in mortified silence as the Iranians shot down a $200 million U.S. drone in their airspace and fired a dozen ballistic missiles into two U.S. military bases in Iraq in retaliation for the U.S. <a href="https://www.thecairoreview.com/tahrir-forum/meme-ifying-world-war-iii/">assassination</a> of a top Iranian general. When Yemen’s Houthis targeted ARAMCO with precision weapons—and refineries, ports, ships, military sites, and infrastructure came under sophisticated fire in Abha, Jizan, Najran, Fujairah, Al-Shuqaiq, Damam, Abqaiq, Riyadh, Jeddah, and countless other sites in retaliation for the Saudi–UAE-led war against Yemen—the United States did nothing.</p><p>Despite intensifying U.S. threats against Iran and its allies during the Trump administration, the Pentagon was disinclined to follow through with actual military confrontation, further diminishing America’s credibility as a reliable ally. Persian Gulf states began to hedge their bets and seek other intermediaries and partners to shore their interests, primarily Russia and China.</p><p>Since 2013, when Chinese President Xi Jinping launched the biggest global investment project since the Marshall Plan, Beijing’s Belt and Road Initiative (BRI) has been <a href="https://www.thecairoreview.com/global-forum/pains-and-dreams-on-the-silk-road/">cutting a swathe</a> across Asia, with an active focus on the Persian Gulf, the vital energy hub fueling China’s growth engine.</p><p>China has now inked comprehensive strategic partnerships with Iran, Saudi Arabia, the UAE, and strategic partnerships with Qatar, Oman, Kuwait, and Iraq, which include investments in the range of hundreds of billions of dollars: resources that Washington could never hope to match. </p><p>While China brings financial resources to the table, the Russians have <a href="https://www.thecairoreview.com/essays/the-disrupting-stabilizer/">marched onto</a> the Middle East stage with unusually effective diplomatic finesse and military resolve, dazzling even the most pro-American Gulf monarchies.</p><p>Arab emirs have, one by one, made their way to Moscow for help and assurances on the most taxing regional issues of the day. Overnight, the Russians turned the tide in the Syrian war by introducing critical air support in 2015 to Syria and its allies fighting North Atlantic Treaty Organization (NATO) and GCC-backed militias on the ground. And, it did so while maintaining—and even consolidating—relations with those adversaries, from Turkey and Qatar to Saudi Arabia and the UAE.</p><p>For the Chinese and Russians, Syria became their entrée into a region that had not been a priority for either in decades. Syria became a red line and turning point for them for various reasons: it was where they intended to halt U.S. regime change interventions lest those end up in Moscow or Beijing; they would squash the U.S. program of using radicalized Islamic extremists to fight dirty wars across the globe; they would stabilize the near Mideast, which had become the premier global security emergency. </p><p>For China’s BRI plans, energy needs, and fears of Uighur separatism, West Asia and the Persian Gulf had suddenly become foreign policy priorities. For Russians who missed the old proactive Soviet Union, it was time to play a global role again, securing their interests and protecting their borders.</p><p>These two major powers, in a sense, “discovered” Iran during the Syrian war. Here was a civilizational regional state that had realized its potential; maintained secure borders; supported the international principles of nonintervention, sovereignty, territorial integrity; fiercely combatted jihadi extremism; preferred soft power to hard power; prioritized domestic economic development; and shared their interest in thwarting U.S. military and economic aggression. </p><p>These are important points to remember: despite deepening Chinese and Russian relationships with other major regional states, Iran is by far the most constitutionally similar to both in its global outlook and political values.</p><p>This March, China and Iran inked a sweeping twenty-five-year comprehensive strategic partnership that covered all domains: economic, military, agriculture, transportation, energy, innovation, technology, and culture, to say the least. The pact is short on specifics, giving rise to questions about its ultimate utility, but here’s the rub: China just put its back behind Iran, pulling it out of isolation induced by the U.S. “maximum pressure campaign” and providing the Islamic Republic with a new range of options and flexibility. </p><p>The clout of this major power will also do one more thing for Iran: it will put on the map the long-term Iranian goal of advancing regional security arrangements in the Persian Gulf. Unsurprisingly, this is also a stated Chinese policy objective. That same month, Chinese Foreign Minister Wang Yi paid an official visit to Saudi Arabia where he highlighted, among other bilateral goals, regional peace and stability. </p><p>In an Arab News <a href="https://www.arabnews.com/node/1831976">editorial</a>, China’s Ambassador to Riyadh Chen Weiqing writes that China and Saudi Arabia reached important consensus on several issues, among them “a five-point initiative to achieve peace and stability in the Middle East, calling on countries in the region to respect each other, uphold equity and justice, achieve nuclear non-proliferation, jointly foster collective security and accelerate development cooperation. China is willing to play its due role in promoting long-term peace and stability in the Middle East.” </p><p>The Chinese visit followed a surprise four-day tour of Saudi Arabia, the UAE, and Qatar by Russian Foreign Minister Sergey Lavrov, where he plugged Moscow’s own security vision for the Persian Gulf.</p><p>Undoubtedly, the Russians are seeking to exploit the American vacuum felt by Saudi Arabia and the UAE since the changing of the guard at the White House this year. However, the Russian resolve to push for regional security should not be underestimated, given the material evidence we have seen from its Syria commitment.</p><p>The United States as a Barrier to Regional Dialogue</p><p>Both the Chinese and Russians will be well aware that it is Iran that has most heavily promoted regional Persian Gulf security, and that it is Iran that will most benefit from a halt to conflict.</p><p>Since Iranian President Hassan Rouhani’s 2013 election, Tehran has promoted regional dialogue at every opportunity, in every available forum. In 2019, at the United Nations, Rouhani proposed HOPE—the Hormuz Peace Endeavor—as a plan of action to convene all eight littoral states of the Persian Gulf (including Iraq) to address and resolve the vital issues of cooperation, security, and freedom of navigation, from which further mutual interests can be addressed.</p><p>Premised upon and heavily dependent on the concepts of goodwill and neighborliness, Rouhani <a href="http://www.president.ir/en/111465">warned</a> about the plan’s biggest potential impediment: U.S. hegemonic ambition.</p><p>“The peace, security and independence of our neighbours are the peace, security and independence of us. America is not our neighbour. It is the Islamic Republic of Iran that neighbours you, and we have been long taught that the neighbour comes first, then the house. In the event of an incident, you and we shall remain alone. We are neighbours with each other, and not with the United States.”</p><p>HOPE clearly didn’t take off. The problem lay partly in the fact that several pro-U.S. Persian Gulf Arab states are still heavily oriented toward their U.S. ally, and partly because these states remain committed to building leverage and gaining the upper hand in the various confrontations still underway in the region. </p><p>These are the “zero-sum” crowd: the hardline states that still believe they can defeat Iran and its allies despite all evidence pointing otherwise in Syria, Iraq, Yemen, and Lebanon, with no prospect of victory remotely in sight.</p><p>Iran, Oman, Kuwait, Iraq, and possibly Qatar, on the other hand, are more inclined to believe there is a “win-win” scenario that can be salvaged amidst the destruction: wherein confrontation can be halted, cooperation begun, and mutual security, development, and prosperity dotting the horizon.</p><p>But, before any of that can happen, the United States needs to be edged out of the equation.  </p><p>In an <a href="https://www.politico.com/news/magazine/2021/03/17/iran-nuclear-deal-javad-zarif-qa-476588">interview</a> in March, Iranian Foreign Minister Javad Zarif sounded fed up. Arguing that Iran’s Persian Gulf neighbors have always sought to “buy security” from malign actors like the United States, and now Israel, Zarif expounded:  “We believe that tension in the region is caused by the presence of foreign forces and they are not the cure; they are the malady.” He expressed a willingness to work with Iran’s neighbors, optimistic that the United Nations can provide an “international umbrella” over the Persian Gulf: an international umbrella that does not include the United States. </p><p>Since the assassination of Iran’s top general Qasem Soleimani in January 2020, Iran has vowed to eliminate all U.S. forces and military bases from the region. The Americans can not be a party to <a href="https://www.thecairoreview.com/timelines/a-timeline-of-arab-rapprochement/">rapprochement</a>; they are a direct adversary of a principal participant. The Chinese and Russians, however, have no such impediment. Furthermore, they enjoy good relations with all parties and have spent the past few years enhancing those bilateral relationships without prejudice or favoritism.</p><p>To be fair, the Americans fundamentally recognize that they bring nothing to the table. In a rare candid moment for a politician, Obama famously said that Saudi Arabia will just have to learn to share the region with Iran: “Our friends as well as…the Iranians…need to find an effective way to share the neighborhood.” </p><p>The implication, of course, was that the United States wasn’t interested in enabling its allies’ confrontational posture any longer, calling them “freeloaders.” Notably, U.S. President Joe Biden, Obama’s former vice president, has jumpstarted his tenure by delisting the Houthis from the United States’ terrorist list, challenging arms sales to Riyadh, and releasing a damning Central Intelligence Agency report attributing blame for Saudi journalist Jamal Khashoggi’s brutal murder to the Kingdom’s crown prince.</p><p>In fact, Biden’s <a href="https://www.thecairoreview.com/tahrir-forum/what-to-expect-from-biden-in-the-middle-east/">opening gambit</a> on the Mideast—slamming his allies and trying hard to restart the nuclear deal with Iran—provides a unique opportunity for hardline Gulf states to shed their zero-sum outlook and hammer out a comprehensive peace and security agenda with their longtime foe, Iran</p><p>Why? Take a hard look at some uncomfortable realities: these hardline states are constitutionally unable to prevent Iran’s regional ascension and, if anything, have aggressively contributed to it. Iran is “efficient”—i.e. it has the means and focus to realize any policy objective it sets for itself—while its adversaries are inefficient. Iran has rock-solid alliances that seek common objectives based on shared values. Iran’s foes today are in opportunistic alliances that can diverge dramatically because their values are power, hegemony, and wealth accumulation. Iran has won the support and cooperation of the world’s two growing powers; its foes have been unable to secure reliable commitment from their one major ally, the United States, and are now seeking support from a much weaker, regionally reviled state, Israel. Iran’s economy remains relatively stable despite punishing sanctions; it hits development milestones lauded by the United Nation; and has made genuine strides in diversifying its economy. Its adversaries, meanwhile, have been bleeding wealth on multiple conflict zones, on unprecedented weapons purchases, and on ego investments that serve no national purpose.</p><p>The point here is not to denigrate Iran’s foes or to praise Iran, but to honestly assess the state of one versus the other in context of a rapidly changing world where the future is uncertain.</p><p>Iran’s elections are in two months, and the anticipation is that Iranians will elect themselves a less conciliatory president who is likely to take a tougher stand against Iran’s enemies, particularly the United States. </p><p>Common Ground in the Persian Gulf</p><p>This is perhaps the time to remember the common histories, peoples, resources, and religion that bind the Persian Gulf region together. </p><p>There are around five to six hundred thousand Iranians in the United Arab Emirates, fifty thousand in Kuwait, and thirty thousand in Qatar, with smaller amounts in Bahrain, Saudi Arabia, Lebanon, Iraq, and Oman. Included in this number are Iranian Arabs too. Anwar Gargash, who until two months ago was the UAE’s foreign minister, is a Huwala, or an Iranian Arab who originated from the Arabian Peninsula, like so many others. The vast majority of Kuwaiti Shia are of Iranian ancestry, though many Iranian-origin Kuwaitis are Sunni. According to the 1997 census, approximately 9 percent of Iran’s population of 82 million are Sunni Muslims; of those five million Sunnis, an estimated one million of them live in Tehran. There are 10,344 Sunni mosques in Iran. Over 1.6 million, or 2–3 percent of Iranian citizens, are Arabs. </p><p>In short, Persian Gulf populations share so much recent and ancient history, and centuries of intermarriage have consolidated those ties. Today, with the exception of Saudi Arabia and Bahrain, Iran enjoys diplomatic relations with all other Persian Gulf littoral states, and in some cases, deep economic interests. Despite being on opposing sides of various regional conflicts, the UAE just became Iran’s second biggest trading partner in the world, with an annual value of $14.3 billion.</p><p>Establishing a regional security architecture won’t only benefit Iran and the GCC. Intra-GCC tensions and border conflicts have also plagued the organization since its inception. All eight littoral states have much to gain from embracing mechanisms that can guarantee freedom of navigation; deescalating conflict; bolstering oil prices; regulating the regional arms race; pooling resources to fight terrorism; and creating and training joint forces to patrol their waters.</p><p>These issues remain vital to the wellbeing of all parties. As military, economic, and <a href="https://www.thecairoreview.com/essays/the-geo-economic-fallout-of-covid-19-for-the-middle-east/">pandemic-related fatigue</a> kicks in and the United States’ role shrinks dramatically in the region, Iran and the GCC states have a choice to make: ignore changing realities, stay mired in conflict, and become failed states, or collectively become the joint energy hub of the world and the primary economic gateway connecting Asia, Europe, and even Africa. A shift toward the latter priorities even has the ability to resolve conflict and stabilize North Africa, which has also been torn apart by Arab rivalries in the Persian Gulf.</p><p>Iran can tough this out. But for hardliners in the Persian Gulf, only a dramatic pivot toward reconciliation can offer a face-saving exit from a decade of miscalculations.</p><p>Sharmine Narwani is a Beirut-based writer and analyst of West Asian geopolitics for a wide spectrum of publications including The American Conservative, Russia Today, The New York Times, USA Today, The Guardian, Al-Akhbar English, Assafir, Huffington Post, BRICS Post, Salon.com, Al Jazeera and others. She is cited in many publications for her groundbreaking, investigative coverage of the Syrian conflict.</p>
<p><a href="https://www.thecairoreview.com/contributors/sharmine-narwani" class="read-more">Read More</a></p>
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	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/599/meteo-en-suisse-%E2%80%93-le-printemps-a-ete-a-peine-plus-froid-que-la-norme-climatique</guid>
	<pubDate>Sat, 22 May 2021 11:44:17 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Météo en Suisse – Le printemps a été à peine plus froid que la norme climatique]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Avril et mai ont été plus froids que la norme, et ce n’est plus arrivé depuis longtemps.</p><p>Publié aujourd’hui à 13h07</p>
<p><img alt="Le printemps 2021 a été peu propice aux balades autour du lac (photo d’archives)." class="ResponsiveImage_root__3glVb responsive-image" src="https://cdn.unitycms.io/image/ocroped/1200,1200,1000,1000,0,0/ouS3ksJKJlc/71Ws6OdTaRS8mgUisiGJ6E.jpg" srcset="https://cdn.unitycms.io/image/ocroped/400,400,1000,1000,0,0/cRkERSvfvZg/71Ws6OdTaRS8mgUisiGJ6E.jpg 400w, https://cdn.unitycms.io/image/ocroped/800,800,1000,1000,0,0/uUY5SmniO9s/71Ws6OdTaRS8mgUisiGJ6E.jpg 800w, https://cdn.unitycms.io/image/ocroped/1200,1200,1000,1000,0,0/ouS3ksJKJlc/71Ws6OdTaRS8mgUisiGJ6E.jpg 1200w, https://cdn.unitycms.io/image/ocroped/1600,1600,1000,1000,0,0/vEJbuKCEzi4/71Ws6OdTaRS8mgUisiGJ6E.jpg 1600w, https://cdn.unitycms.io/image/ocroped/2001,2000,1000,1000,0,0/XFB-shiNmmE/71Ws6OdTaRS8mgUisiGJ6E.jpg 2001w" sizes="100vw" height="900" width="1200" draggable="false"></p>
<p>Le printemps 2021 a été peu propice aux balades autour du lac (photo d’archives).</p><p>KEYSTONE/LAURENT GILLIERON</p><p class="ArticleParagraph_root__3J10I ArticleContainer_content-width__pYdH3 link_focus__2-gJz link_externalicon-big__3ypDf link_externalicon__2CDAi">Le mois d’avril a été le plus froid depuis vingt ans dans de nombreux endroits. Le printemps, qui se termine en mai pour les météorologues, n’a cependant été que très légèrement en dessous de la norme climatologique, indique SRF Meteo dans un communiqué samedi.</p><p class="ArticleParagraph_root__3J10I ArticleContainer_content-width__pYdH3 link_focus__2-gJz link_externalicon-big__3ypDf link_externalicon__2CDAi">Les températures de ce printemps ont été dans la norme des années 1961 à 1990, indique SRF Meteo. Il n’a été plus froid que d’environ 0,2 degré sur le versant nord des Alpes. Et même dans un passé récent, le printemps 2013 a été plus froid.</p><p class="ArticleParagraph_root__3J10I ArticleContainer_content-width__pYdH3 link_focus__2-gJz link_externalicon-big__3ypDf link_externalicon__2CDAi">À Sion, pour trouver un printemps plus froid, il faut toutefois remonter à 1987. À Zurich, en 1970 la température printanière moyenne était de 5,9 degrés soit 2 degrés de moins que maintenant. En 2020, en revanche, le printemps a été le troisième plus chaud depuis le début des mesures, accompagné par 2017 et 2018 dans le top 5.</p>
<p>Plus froid que la norme</p>
<p class="ArticleParagraph_root__3J10I ArticleContainer_content-width__pYdH3 link_focus__2-gJz link_externalicon-big__3ypDf link_externalicon__2CDAi">Selon SRF Meteo, avril et mai ont été plus froids que la norme, ce qui n’était plus arrivé depuis longtemps. Dans de nombreux endroits du versant nord des Alpes, le mois d’avril a été le plus froid depuis 20 ans, en Haute-Engadine depuis 30 ans. Le mois de mai pourrait également s’inscrire dans cette tendance. Reste que le mois durera encore dix jours, mais les météorologues ne s’attendent pas à un réchauffement spectaculaire.</p><p class="ArticleParagraph_root__3J10I ArticleContainer_content-width__pYdH3 link_focus__2-gJz link_externalicon-big__3ypDf link_externalicon__2CDAi">Les précipitations ont également fait acte de présence ce printemps. Au cours des seules 24 heures précédant samedi matin, plus de 30 litres de pluie par mètre carré sont tombés sur le versant nord des Alpes. Au-dessus de 1300 à 1500 mètres d’altitude, la neige s’est même invitée dans plusieurs endroits.</p><p class="ArticleContainer_agencies__1ehJx ArticleContainer_content-width__pYdH3">ATS</p>
<p>Publié aujourd’hui à 13h07</p>
<p class="Feedback_root__nzXeS ArticleContainer_content-width__pYdH3">Vous avez trouvé une erreur?<a href="mailto:tes_correction@tamedia.ch?subject=Avis%20d'erreur%20%7C%20Le%20printemps%20a%20%C3%A9t%C3%A9%20%C3%A0%20peine%20plus%20froid%20que%20la%20norme%20climatique&amp;body=J'ai%20trouv%C3%A9%20une%20erreur%20dans%20cet%20article%3A%20https%3A%2F%2Fwww.tdg.ch%2Fle-printemps-a-ete-a-peine-plus-froid-que-la-norme-climatique-768541163828" class="Feedback_feedbacklink__2ys-x">Rapporter maintenant.</a></p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
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	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/588/le-chat-joyeux-anniversaire-bougies-budget</guid>
	<pubDate>Fri, 21 May 2021 18:52:39 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Le Chat : Joyeux anniversaire - Bougies - Budget]]></title>
	<description><![CDATA[<p><a href="https://i.pinimg.com/736x/bf/f6/d9/bff6d922fed50fb4e015e6c480faacfa--comics.jpg"><img alt="image" src="https://i.pinimg.com/736x/bf/f6/d9/bff6d922fed50fb4e015e6c480faacfa--comics.jpg"></a></p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/586/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees%C2%A01980-1990</guid>
	<pubDate>Fri, 21 May 2021 09:36:50 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Entre autonomie et embrigadement militant : les skinheads néo-nazis des années 1980-1990]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Première parution ; <a rel="noreferrer noopener" href="https://tempspresents.com/contributeurs/jean-yves-camus/" target="_blank">Jean-Yves Camus</a>, « Entre autonomie et embrigadement militant : les skinheads néo-nazis des années 1980-1990 », <a href="https://tempspresents.com/contributeurs/nicolas-lebourg/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Nicolas Lebourg</a> et Isabelle Sommier dir., <a href="https://tempspresents.com/2018/01/25/la-violence-des-marges-politiques/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">La Violence des marges politiques des années 1980 à nos jours</a>, Paris, Riveneuve, 2017, pp. 29-52.</p><p class="has-drop-cap">Le meurtre de Brahim Bouaraam, un ressortissant marocain mort noyé dans la Seine, après y avoir été jeté pour des motifs racistes et homophobes par des militants d’extrême droite, le 1er mai 1995 à Paris, a sans doute été, par sa résonance politique et médiatique, le point culminant d’une longue série de faits divers, souvent meurtriers, qui ont jalonnés les années 1980-90 et qui ont été attribués à la catégorie, au demeurant floue dans sa définition, des « skinheads », recouvrant un large spectre d’opinions politiques allant de l’extrême droite néo-nazie à l’antifascisme radical représenté entre autres par les « Redskins ». La culture skinhead a été décrite avec raison par Michel Wieviorka, reprenant le sociologue britannique Mike Brake, comme « une sous-culture ouvrière, profondément marquée par une éthique puritaine du travail » et par l’opposition au mouvement hippie<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn1">[1]</a>. Cette partie du mouvement skinhead qui s’est arrimée politiquement à l’extrême droite française des années 1980-1990 peut toutefois être cernée avec davantage de précision. Pour cela, il importe de dégager les étapes de l’importation en France des phénomènes skinheads anglo-saxons, et ce qu’ils recouvrent alors en termes de radicalité et de violence. Une fois effectuée cette caractérisation des skinheads, il s’agit de dégager les aspects de militance politique pris par ce qui était un phénomène socio-culturel, venu s’enchâsser dans les formations des extrêmes droites.</p>
<p>Caractérisation du phénomène skinhead</p>
<p>Avant que d’être une affiliation idéologique, le fait skinhead doit être vu comme un phénomène subculturel transnational, à l’origine urbain, où la question de la violence participe de la norme comportementale.Le skinhead se revendique d’une culture de la violence mais aussi de la transgression. Il se distingue de la norme par ses codes vestimentaires (crâne rasé ou cheveux coupés ras, port du bomber et des chaussures montantes à lacets connues sous le nom générique de Doc Martens). Ceci étant, ces codes ne sont pas déterminés par l’idéologie mais sont étroitement liés aux origines sociales de la sous-culture qu’ils représentent, née dans la Grande-Bretagne ouvrière des années 1960 et unissant, à l’origine, de jeunes prolétaires blancs appartenant au phénomène des Mods à de jeunes Afro-antillais de même milieu, passionnés de musique ska et reggae<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn2">[2]</a>. C’est à la fin des années 1970 qu’avec la crise économique qui frappe l’Angleterre industrielle d’une part, et l’émergence d’un parti politique, le National front, fugacement sorti de la marginalité, que s’entérine la séparation définitive, au sein du mouvement skinhead, sur une base ethnique et politique, mais également musicale : la scène skinhead d’extrême droite se structure autour de l’archétype du Militant blanc <a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn3">[3]</a>, mais surtout du Rebelle blanc, adolescent ou jeune homme (ou, minoritairement, femme) qui revendique sa couleur de peau et son origine ethnique contre l’émergence des minorités visibles, endosse un racisme et un antisémitisme extrêmes dont l’action violente est une composante essentielle, et abandonne définitivement les musiques « non-européennes » pour deux styles propres : la Oi, un dérivé du punk rock<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn4">[4]</a> et le RAC ( « Rock against Communism »), qui est un dérivé politisé du précédent dans lequel les paroles glorifient non pas seulement la lutte anticommuniste mais surtout le « nettoyage ethnique » des villes britanniques, et la violence physique en général<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn5">[5]</a>. Pour autant, l’extrême droite n’a jamais eu une emprise totale sur le mouvement communément appelé skinhead, ni en France, ni ailleurs : le mouvement S.H.A.R.P. (Skinheads Against Racial Prejudice) notamment, rassemble des skinheads de même extraction ouvrière mais proches de l’extrême gauche ou des milieux libertaires. Ils sont souvent actifs dans les villes mêmes où sont leurs rivaux qu’ils surnomment, pour s’en démarquer, boneheads (crânes d’os). Ils sont restés musicalement ouverts aux styles des origines puis au punk. La division idéologique du mouvement skinhead donne lieu, dès les années 1980, à l’émergence de « bandes » rivales qui se disputent la maîtrise des territoires urbains par la violence<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn6">[6]</a>.</p><p>De même que l’arrivée en France du phénomène skinhead d’extrême droite était une importation d’un phénomène britannique, et même anglais, la radicalisation idéologique de la scène française dans les années 1990 fut le résultat du transfert en Europe d’idées, de méthodes d’action et d’effets de mode venus des États-Unis. La première apparition publique importante des skinheads américains, lors d’un meeting du 7 octobre 1989 fédérant à peu près toutes les tendances de l’extrême droite autour d’une commémoration de la Confédération sudiste<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn7">[7]</a>, avait montré la convergence, au moins partielle, des skinheads « White Power », des nostalgiques de la ségrégation raciale et de la nébuleuse connue sous le nom d’Identity Churches, sortes de dénominations religieuses sectaires professant l’idée de la suprématie de la race blanche voulue par la volonté divine et les Écritures, relues à la lumière de l’anglo-israélisme (pour lequel les Anglo-saxons sont les descendants des tribus perdues d’Israël) et de l’idée d’un christianisme débarrassé de toutes ses racines juives. Loin de n’être qu’une sous-culture marginale de la jeunesse, cette nébuleuse s’était organisée sous un modèle, la « résistance sans chef », qui prônait la lutte armée contre l’État fédéral, jugé illégitime et appelé ZOG, ou Zionist Occupation Government (gouvernement d’occupation sioniste).</p><p>Dès 1983-1984, de petites cellules étaient passées à l’action terroriste contre des agents fédéraux et des adversaires politiques. Elles étaient connues sous le nom de The Order, disposaient de leur manuel de passage à l’action pour déclencher une guerre raciale (le livre de William Luther Pierce, alias Andrew Macdonald, The Turner Diaries, publié en 1978) et d’une forme de mantra, les 14 Mots, formulés par le suprémaciste David Lane pour lequel « We must secure the existence of our people and a future for white children » (« Nous devons préserver l’existence de notre peuple et un avenir pour les enfants blancs »). Cet ensemble de concepts, mis en action, font qu’au milieu de la décennie 1990, les autorités fédérales et les associations du type watchdog, luttant contre le racisme (Anti-Defamation League ; Southern Poverty Law Center) estiment que les 3 500 skinheads recensés ont commis 22 meurtres depuis 1990. C’est précisément ce qui séduit des skinheads français.</p><p>En juin 1993, parait le premier numéro du bimensuel Terreur d’élite, « voix indépendante et radicale des nationaux-socialistes francophones ». En couverture de ce fanzine d’une qualité d’impression inhabituelle, cette phrase : « Juifs : lire cette publication vous transformera en abat-jour, en savonnettes ou en engrais. » Le ton de l’antisémitisme délirant est donné. Il est habituel chez les Hammer Skins, réseau skinhead américain dont l’emblème est le marteau de Thor et dont la branche française, éditrice du bulletin, se nomme Charlemagne Hammer Skins. Très hostile au Front national (le FN serait « le dernier bastion de la juiverie française »), proche du parti nazi transnational NSDAP/AO<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn8">[8]</a>, elle est animée par Hervé Guttuso, un jeune Marseillais dont la précédente publication s’intitulait Neuvième Croisade. Ancien membre de Troisième Voie, puis de la section Prinz Eugen (du nom d’une division SS) du Parti Nationaliste Français et Européen (PNFE), Guttuso s’est formé au contact de l’American Front et des Chicago White Vikings lors d’un séjour outre-Atlantique. Il y a rencontré les animateurs de la revue Résistance, fanzine devenu un magazine en quadrichromie doublé d’une maison de disques, Resistance Records, dont l’audience est devenue mondiale (le numéro 1 du journal, en 1994, est tiré à 12 000 exemplaires). Idéologiquement, les Hammerskins américains défendent l’idée selon laquelle la résistance armée au pouvoir fédéral est légitime puisque, loin d’être l’émanation du peuple, le gouvernement serait aux mains des juifs qui assureraient leur mainmise sur le pouvoir politique, économique et médiatique, dans l’objectif d’éliminer la race blanche en promouvant le métissage généralisé. Dès lors, toute forme de résistance armée est juste et nécessaire, y compris le terrorisme<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn9">[9]</a>, par des modes d’action souvent inspirés des Turner Diaries, traduits en français tardivement (1999) par Henri de Fersan, avec des illustrations de Chard, caricaturiste à Rivarol<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn10">[10]</a>. D’où ce surnom de ZOG (Zionist Occupation Government), qu’elle donne au gouvernement des États-Unis.</p><p>Cette théorie conspirationniste, qui se réfère souvent aux Protocoles des sages de Sion, débouche sur la conviction que le seul espoir de survie pour la race blanche réside dans la création de communautés aryennes vivant en autarcie dans des régions reculées (aux États-Unis, dans les montagnes Rocheuses et les Appalaches). À partir d’elles s’organisera la riposte violente au pouvoir en place, qu’un livre décrit en détail : les Turner diaries (1978), de William Pierce, leader du groupe américain National Alliance, sorte de bible des suprémacistes blancs. L’intention terroriste apparaît clairement dans Terreur d’élite : « Les cibles principales du révolutionnaire aryen doivent être en première priorité des cibles économiques, énergétiques, puis en dernier lieu des cibles humaines. Le paroxysme de la jouissance étant bien sûr de cumuler les trois facteurs à grande échelle » (n° 5, printemps 1995). La nouveauté dans le rapport à la violence est ici qu’elle est revendiquée dans sa dimension terroriste, comme dans la couverture du magazine skinhead nazi anglais The order (n° 10) qui montre un militant en train de manipuler des détonateurs. En France, le magazine de Guttuso suit le même chemin et celui qui lui succède, 14 Mots, indique clairement « nous devons tuer »<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn11">[11]</a>.</p><p>Un nouveau bulletin confidentiel, Das Schwartze Korps (n° 2, 1995), franchit un pas supplémentaire en écrivant : « Nous, Blancs purs, ne reconnaissons aucun droit aux non-Blancs de quelque sorte qu’ils soient. Si, peut-être un seul, celui de crier dans la chambre à gaz quand on jettera le Zyklon B! ». Cette référence explicite au génocide nazi montre que les skinheads, tout en reprenant quelquefois les textes des historiens négationnistes sur la Shoah, ont plutôt tendance à en assumer et même à en valoriser l’existence. La montée en puissance de la tendance terroriste du mouvement skinhead néo-nazi sera toutefois arrêtée nette dès 1993 par la très forte volonté politique du ministre de l’Intérieur Charles Pasqua et de son conseiller pour la lutte contre le racisme, Patrick Gaubert, suivi par ses successeurs : début 1998 Guttuso est arrêté à Londres, où il séjournait depuis 1996 chez les frères Sargent, animateurs de Combat 18, mouvement considéré par la police britannique comme responsable de meurtres racistes et ayant des intentions terroristes. En définitive, un juge d’instruction toulonnais fera écrouer neuf personnes mises en examen pour « incitation à la haine raciale et menaces de mort », notamment contre Anne Sinclair, Jean-François Kahn, Simone Veil et Patrick Gaubert<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn12">[12]</a>. Les Charlemagne Hammer Skins survivront à cette répression et perdurent jusqu’à ce jour<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn13">[13]</a>, mais avec un fonctionnement plus discret, comme leur concurrent direct les Blood and Honour Hexagone<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn14">[14]</a> avec leur revue Signal 28, tous deux ayant pour activité visible essentielle l’organisation de concerts ou de tournois de MMA (mixed martial arts). La propension à la violence demeure : le 30 mars 2016, principalement en région marseillaise, onze skinheads néo-nazis ont été mis en examen après la découverte à leur domicile d’un stock d’armes.</p><p>Cette appétence pour la violence relève des actions des skinheads mais également de leur vision du monde, voire de leur caractérisation psycho-sociale.Dans son ouvrage sur les motivations de l’adhésion au Front national (FN)<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn15">[15]</a>, Birgitta Orfali reprend la distinction faite par Michael Billig, dans son ouvrage sur les militants du National front britannique<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn16">[16]</a>, entre le militant autoritaire et « l’homme de violence ». Ce dernier, mû par le ressentiment, « est ainsi dénommé car c’est la notion de lutte, de combat qui retient toute son attention. L’opposition violente à tout adversaire (individu ou groupe) le caractérise. L’antagonisme, le conflit sont les lieux par excellence qui définissent ce type ». Elle ajoute que ces hommes « vivent à l’heure de la psychologie des foules grâce au FN »<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn17">[17]</a>. Stéphane François a bien montré que ce type d’individu correspondait profondément au profil des militants des mouvements qui, aujourd’hui encore, appartiennent à la frange la plus radicale de l’extrême droite, celle qui refuse l’aggiornamento du FN et se manifeste par une activité particulièrement élevée dans la région des Hauts-de France, parfois sur le mode de ce que le même auteur appelle le « skinhead rural » <a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn18">[18]</a>.</p><p>Au-delà de la typologie sociologique et psychologique, le concept d’homme de violence s’est traduit, dans les décennies 1980 et 1990, par toute une série d’actions dont se sont saisies, non seulement les organisations antiracistes (Ligue Internationale Contre le Racisme et l’Antisémitisme ; Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples ; SOS-Racisme ; Ligue des Droits de l’Homme), mais aussi la presse locale et nationale, qui a ainsi donné une visibilité importante au phénomène skinhead néo-nazi. À bon escient d’ailleurs : en effet, la glorification continue de la violence physique, telle qu’elle figurait dans les publications skinhead de l’époque, accompagnée par l’affirmation de la supériorité ethnique blanche et un antisémitisme obsessionnel, avait de grandes chances d’aboutir à un passage à l’acte. L’accroissement des agressions imputables aux skinheads était déjà sérieux dans les années 1987-90 : en 1988, la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) leur imputait 20 actions violentes sur 64 actes racistes répertoriés ; l’année suivante 16 sur 53. Il s’ensuivit une répression policière avec 70 arrestations en 1987.</p><p>Il n’est pas possible de dresser ici une chronologie exhaustive des homicides commis par des skinheads néo-nazis sur la période. Pour ne citer que ceux au plus fort retentissement, on rappellera le meurtre, à Lille, d’un clochard par un proche du mouvement Troisième Voie (TV), en 1988<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn19">[19]</a>. En 1990 au Havre, une dizaine de militants locaux et parisiens du groupe Blood and Honour tue un jeune Mauricien, obligé par eux d’avaler de la soude caustique avant d’être jeté à l’eau. Les faits ne sont élucidés qu’en 1998 et les deux principaux mis en cause, Régis Kerhuel<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn20">[20]</a> et Joël Giraud, sont également des membres des Jeunesses Nationalistes Révolutionnaires (JNR). Puis, en 1995, David Beaune, 25 ans, est accusé du meurtre d’Imad Bouhoud, mort noyé, dans un bassin du port du Havre. Il est jugé par la cour d’assises de Rouen. Pour lui, le FN se trompe en voulant forcer les immigrés à quitter la France : il souhaitait construire pour eux des «camps de concentration et des chambres à gaz en Normandie ». « Maintenez-vous toujours cela aujourd’hui ? » lui demande le président lors de l’audience. Il maintient<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn21">[21]</a>.</p><p>L’affaire est intéressante à un autre titre, celui de la persistance des comportements violents de l’auteur des faits, même après sa sortie du milieu skin : Beaune est de nouveau condamné en 2013 à un mois ferme pour menaces avec arme<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn22">[22]</a>, sans circonstance aggravante de racisme. Ce qui n’est pas le cas pour Marc Grubica, ancien responsable du fanzine nordiste Tempête et Tonnerre, appréhendé en 2010 pour des dégradations commises contre la façade de la mosquée Salman-Al-Farissi, à Tourcoing et qui, à 43 ans, a déjà sept condamnations à son casier – dont une pour meurtre lors de sa période skinhead<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn23">[23]</a>. Enfin, le 7 janvier 1998, à Mortefontaine-en-Thelle (Oise, autre département de prédilection de la scène skinhead), Antoine Bonnefis, 18 ans, tue son beau-frère et un de ses amis africains. Il écope de 14 ans de prison sans que le mobile raciste soit retenu et les parties civiles sont déboutées.</p><p>Ce panorama serait incomplet sans citer deux événements. Le premier est la profanation d’un cadavre dans le cimetière juif de Carpentras (Vaucluse), en mars 1990. Imputé à l’influence culturelle du FN, cet acte, qui devint un événement de mobilisation fondamental dans la stratégie de mobilisation politique et associative contre le Front national, fut élucidé seulement en 1996, alors que l’un des auteurs, Jean-Claude Gos, skinhead de Denain (Nord) et membre du PNFE, était déjà décédé. Le second est exceptionnel parce qu’il est entièrement provoqué par la commande d’un média télévisuel peu scrupuleux (et disparu) qui, comme bien d’autres à l’époque, traite le phénomène skinhead sous l’angle du sensationnalisme : le 22 avril 1990 pour les besoins d’un reportage, une équipe de journalistes incite des membres des JNR, dont Joël Giraud, à agresser un Africain, Karim Diallo, sous les caméras des journalistes. Les mis en cause seront condamnés à 8 mois de prison avec sursis en janvier 1994 pour cette agression.</p><p>Certains de ces actes violents ont notablement influencé l’image de l’ensemble de la mouvance. Ce qui est devenu « l’affaire Bouarram » a connu un retentissement exceptionnel parce que les faits se sont déroulés en marge du cortège de Jeanne d’Arc organisé chaque premier mai par le Front national, dont le service de sécurité a d’ailleurs collaboré avec la police dans l’identification des agresseurs. Ils sont également emblématiques de trois dimensions du phénomène de la violence skinhead en France autour desquelles peut s’organiser la réflexion sur cette mouvance dans une période qui constitue son apogée.</p><p>La première est la dialectique de l’autonomie et du militantisme politique au sein du FN ou de groupuscules activistes plus radicaux : violents, ouvertement racistes, antisémites et même néo-nazis, réputés incontrôlables et hostiles à toute forme d’organisation sociale autre que celui de la « bande », les skinheads veulent-ils, peuvent-ils s’agglomérer durablement à une organisation hiérarchisée, voire à un parti impliqué dans le jeu électoral ? Seconde question : quelle est l’ampleur du phénomène, à la fois en termes de nombre de personnes concernées, d’influence politique sur le reste de l’extrême droite et de niveau de violence, symbolique ou physique ? Enfin, la catégorie « skinheads » a-t-elle un contenu clair ? N’est-ce pas en partie une construction, notamment médiatique, qui inclut à la fois des individus se revendiquant tels et d’autres qui y ont été rattachés pour des raisons liées à leur « look » (tout « crâne rasé » n’est pas un skinhead) ou à leurs idées – des skinheads ont milité aux Faisceaux nationalistes européens (FNE) ou au PNFE, mais ceux-ci n’étaient pas uniquement ni même prioritairement des mouvements skinheads ?</p><p>Deux éléments de réponse peuvent être avancés. Le premier est que les skinheads ont vite été repérés par les fondateurs du PNFE et dans une moindre mesure des FNE, comme le seul canal leur permettant d’étoffer de maigres effectifs et de dépasser la fonction de mouvements nationaux-socialistes orthodoxes, voire de cultes néo-nazis. Le second est que l’époque où ils apparaissent est plus largement celle où les medias découvrent le phénomène des « bandes urbaines » (skins mais aussi « zoulous » ou punks d’extrême gauche) et lui donnent une couverture qui n’est que bénéfice pour les groupes d’extrême droite. La police elle-même prend conscience du phénomène que les Renseignements généraux globalisent sous l’appellation « Violences urbaines ». Ils créent en 1991 une section spécialisée intitulée « Villes et banlieues ». Volens, nolens le phénomène skinhead s’est en tous cas polarisé à l’extrême droite, posant par là-même la question de sa possible structuration par les mouvements organisés de cet espace politique.</p>
<p>La mouvance skinhead et les organisations françaises d’extrême droite</p>
<p>Le mouvement skinhead politisé à l’extrême droite apparaît d’abord vers 1983-1984 et se signale lors de la fête de Jeanne d’Arc 1985 par la présence d’un groupe qui s’appelle « Les Amis de Barbie ». Il s’étend vraiment à partir de 1987, lorsque l’organisation Troisième Voie (TV), alors dirigée par Jean-Gilles Malliarakis<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn24">[24]</a>, se rapproche des Jeunesses nationalistes révolutionnaires (JNR) menées par Serge Ayoub. Avec le PNFE, ces deux groupes sont ceux qui ont voulu et réussi à recruter en milieu skinhead avec le plus de constance et de succès. Cependant, ils ont des précurseurs, figures individuelles qui ont généralement connu les skinheads politisés à l’extrême droite lors de séjours à l’étranger, en particulier en Grande-Bretagne, qui en deviendront des figures et qui prouvent que la culture skinhead est un article d’importation comme beaucoup de modes qui façonnent les sous-cultures de la jeunesse européenne. Les antifascistes radicaux publiant la revue REFLEXes, puis le site internet éponyme<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn25">[25]</a>, et qui ont suivi avec une précision certaine la trajectoire des skinheads de la droite radicale, datent de 1983-84 l’apparition à Marseille de skinheads ayant séjourné en Grande-Bretagne et à la même période, celle à Tours d’un fanzine intitulé Bras tendu, édité par Olivier Devalez alias « Tod », une des figures historiques de la scène, mis au contact du British Movement lors d’un séjour à Londres. La même source affirme que Serge Ayoub (né en 1964), aurait adopté le « look » skinhead au retour d’un voyage outre-Manche. Enfin, une autre personnalité importante de la scène skinhead des premières années est un Britannique installé en France, Bruce Thompson, qui suivra Ayoub aux JNR et restera actif jusqu’en 1995 au moins<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn26">[26]</a>.</p><p>La question est de savoir comment, et pourquoi, le développement des skinheads d’extrême droite en France, à cette époque précise, croise la route d’organisations politiques du même milieu et aboutit à ce que celles-ci cherchent à attirer des individus connus pour leur propension à la violence et dont le credo consiste à rejeter tout type de hiérarchie autre que le charisme naturel du chef de bande, généralement reconnu pour ses « faits d’armes », sans parler du fait que les skinheads, dont Thompson semble être le vétéran, étant trentenaire dans les années pionnières, ne souhaitent pas se donner de leader n’appartenant pas à leur génération.</p><p>C’est là qu’intervient la dialectique de l’autonomie et de la récupération. En 1983-1984, l’arrivée de la gauche au pouvoir trouve un Front national qui attire toujours des militants très radicaux, mais l’entreprise de marginalisation de ceux-ci, commencée par Jean-Pierre Stirbois, aboutit à la création de groupuscules qui se disputent le maigre espace existant à la droite d’un FN déjà jugé embourgeoisé. En 1989, Bruce Thompson déclare ainsi au fanzine Le rebelle blanc : « Le Pen est trop vieux, trop mou, trop riche »<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn27">[27]</a>. Les quelques mouvements qui existent à l’époque en dehors du FN ont un rapport de suspicion vis-à-vis de la violence politique. L’Œuvre française, de Pierre Sidos, est un groupe dont le chef a connu l’épuration puis la répression de l’Organisation de l’Armée Secrète (OAS), il tient au respect de la légalité et dirige en outre son organisation, étroitement nationaliste française, d’une manière hyper-centralisée, tout en normant étroitement les comportements des militants (costume tenant de l’uniforme, défilés en rangs, chant du mouvement…) : les jeunes aux cheveux ras qui y militent ressemblent aux skinheads, mais n’en sont que très exceptionnellement. Le Parti Nationaliste Français (PNF), scission du FN opérée fin 1982 par les animateurs du journal Militant, militent pour un nationalisme européen racialiste qui recoupe davantage le slogan du White Power, mais outre qu’il est aussi légaliste, ses animateurs d’alors sont en majorité d’anciens du Parti Populaire Français ou du Francisme <a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn28">[28]</a> ayant servi dans les rangs de la Légion des volontaires français contre le bolchevisme ou de la Division Charlemagne et nés dans les années 1920 : le fossé générationnel est trop important. Serge Ayoub fondera en 1990 un éphémère Comité de base jeunesse, hébergé à l’adresse du local du PNF avec lequel il partageait la « défense de l’identité française face au cosmopolitisme », l’affirmation selon laquelle « la nation est avant tout une communauté de destin et de sang », inaccessible aux non-européens, l’« opposition au système », la démocratie étant décrite comme un moyen d’asseoir la domination des « grands financiers et des grands trusts », la « lutte pour la justice sociale » et la répudiation de la lutte des classes ; la « conscience européenne contre le mondialisme ». Ce rapprochement restera toutefois sans lendemain.</p><p>L’instrumentalisation la plus réussie du phénomène skinhead par des mouvements politiques d’extrême droite est le fait de deux groupes : Troisième Voie (1985-1992, réactivé en 2010-2013) auquel il faut ajouter les Jeunesses Nationalistes Révolutionnaires (JNR, 1987-2013)<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn29">[29]</a> et le PNFE<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn30">[30]</a>, fondé en 1987 par un ancien militant de l’OAS et du FN, Claude Cornilleau, qui avait en 1983 réussi à se faire élire conseiller municipal de Chelles (Seine-et-Marne) sur une liste menée par un élu du Rassemblement Pour la République (RPR).</p><p>Troisième voie a été fondée en 1985 par Jean-Gilles Malliarakis sur des bases idéologiques nationalistes-révolutionnaires ou solidaristes ; il n’était pas un mouvement skinhead. Son slogan était : « Ni trusts, ni soviets » et outre un anti-sionisme affiché, il tenait à une Europe réunifiée et indépendante des blocs américain et soviétique. Le rapprochement opéré en 1986-1987 entre TV et Serge Ayoub, volontiers interviewé par les media et présenté comme la figure emblématique du milieu skin français, est une initiative de ce dernier, originaire de la classe moyenne parisienne à fort capital culturel, et déjà une figure de la scène skinhead depuis 1982 environ. Il est à la fois chef d’une bande (le Klan), qui se targue volontiers d’avoir le recrutement prolétarien, l’attitude violente et les objectifs anticapitalistes des Sections d’Assaut (SA) ; acteur du milieu hooligan politisé qui, à partir de 1984, s’installe dans la tribune Boulogne du Parc des Princes et qui s’engage dans des affrontements violents contre des personnes de couleur, des supporters des clubs adverses ou d’autres groupes de hooligans apolitiques ou antifascistes<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn31">[31]</a> ; et entrepreneur ouvrant en 1986 une boutique de vêtements brassant une clientèle de skinheads, hooligans et amateurs de marques anglaises que se sont appropriés comme dress-code une partie des jeunes d’extrême droite.</p><p>Le noyautage des supporters parisiens a débuté en septembre 1989 avec la création du groupe Pitbull Kop par Serge Ayoub. Leur prise en main par les JNR est allée de pair avec l’établissement de liens internationaux avec d’autres supporters d’extrême droite, comme ceux du « 0 Side » d’Anderlecht (Belgique) ou les Brigadas Blanquazules de Barcelone. Vers l984-1985, divers sous-groupes se sont constitués, tous influencés par les thèmes racistes et comprenant des skinheads, mais possédant chacun leur mode d’habillement et leur forme préférée d’affrontement : les « casual  », hooligans qui n’arborent plus l’allure skinhead et sont donc moins repérables de prime abord, se sont développés sous le nom de « Commando pirates », tandis que les Fire Birds, une cinquantaine d’individus formant la fraction la plus violente au Parc des Princes, ont choisi une stratégie d’affrontement contre la police et les supporters adverses. </p><p>Les JNR, dont Ayoub reste la figure tutélaire avec une longévité exceptionnelle ne se terminent qu’avec la dissolution de 2013 et la fermeture administrative de son quartier général parisien, Le Local. C’est une sorte de garde prétorienne composée d’éléments généralement issus des classes populaires, impliquée comme on l’a vu dans des agressions racistes sordides, dans lesquelles, à l’exception de la « ratonnade » télévisée évoquée plus haut, Serge Ayoub, bien que son nom ait souvent été évoqué après les faits, n’a jamais été condamné. L’histoire des JNR comporte deux périodes : l’une court jusqu’à l’autodissolution du milieu des années 1990 et est celle de la violence débridée ; l’autre, de la reformation en 2010 jusqu’à 2013, est celle de la violence canalisée, et même de la tentative pour engager une nouvelle mouture de Troisième Voie dans davantage de visibilité publique, avec la présentation de candidats aux élections (2012), l’ouverture de locaux associatifs à Paris et à Lambersart (Nord) sous le nom à consonance régionaliste flamande de Vlaams Huis et la publication d’un journal intitulé Salut public.</p><p>Le mouvement est aussi le seul de la scène à avoir réussi à construire des ponts avec le milieu des « bikers » et l’un des rares à prendre la grande majorité de ses références idéologiques dans l’histoire de France, que ce soit chez les révolutionnaires les plus radicaux (Babeuf), les blanquistes et le syndicalisme-révolutionnaire, adoptant d’ailleurs comme emblème le faisceau des licteurs<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn32">[32]</a>le rattachant bien davantage à la Révolution française qu’au fascisme. La carrière des JNR et de Troisième Voie se terminera cependant dans la violence avec l’implication de plusieurs de leurs membres dans la mort du militant antifasciste Clément Méric, le 5 juin 2013. Une des questions essentielles qui se pose, au moment de dresser le bilan de l’activité violente des JNR, est celle de la facilité avec laquelle, des années 1980 à nos jours, les multiples groupes qu’a dirigés Serge Ayoub ou dont il a été proche, ont pu continuer à opérer en étant impliqués dans des faits très graves : en mars 2017 encore, il comparaissait devant le tribunal correctionnel d’Amiens en compagnie d’une quinzaine de membres du groupe picard White Wolves Klan (WWK), poursuivis pour des faits de violences, vols, séquestration et tentative de meurtre. Serge Ayoub a été relaxé.</p><p>Le PNFE n’a jamais disposé d’un porte-parole ayant les capacités communicationnelles de Serge Ayoub. Il a toutefois joué un rôle essentiel dans la socialisation politique des skinheads. Adepte d’un néo-nazisme orthodoxe qui s’exprime dans les colonnes de son journal, Tribune nationaliste, le PNFE décide, semble-t-il en 1988, de se lancer dans l’action violente et ce, de manière préméditée et concertée. Le 31 juillet 1988, le journal Globe est plastiqué. En novembre 1988 quatre policiers membres du parti participent au Château de Corvier (Loir-et-Cher) au congrès du PNFE. Ils y assistent à une démonstration sur la fabrication et l’utilisation d’engins explosifs et y apprennent que de tels engins ont déjà été utilisés lors de deux attentats encore inexpliqués, ceux du foyer d’immigrants du Cannet (9 mai 1988) et contre Globe (31 juillet 1988)<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn33">[33]</a>. Certains adhérents non-skinheads se rendent coupables, le 19 décembre 1989, d’un attentat contre le foyer Sonacotra de Cagnes-sur-Mer (Alpes-Maritimes) qui fait un mort et onze blessés. Cette affaire déclenche une vague de répression policière qui se traduit, début 1989 par une vague d’arrestations de 24 cadres (dont le président) et militants dont quatre policiers appartenant à la Fédération Professionnelle Indépendante de la Police (FPIP), un fait qui donne au PNFE la réputation d’être au moins aussi infiltré par des indicateurs qu’il dit avoir réussi à infiltrer la police. Le 5 juin 1990, son journal est interdit. Cependant le PNFE connaît une seconde vie à partir de son cinquième congrès, tenu le 3 avril 1993 en présence de John Tyndall, le président du British National Party (BNP) comme de néo-nazis allemands, et qui consacre sa fusion avec les FNE. Ce sursaut est dû, en bonne partie, au choix stratégique de Cornilleau ainsi résumé par Alain Léauthier dans le quotidien Libération du 2 août 1996 : « Adepte du marketing et de la communication, il [Cornilleau] a su donner à ses troupes le style et le ton qui manquaient aux concurrents : tenues de parade copiées sur celle des SA (sections d’assaut nazies), chants hitlériens, congrès événement, comme en 1989 au château de Corvier. Surtout, quand le phénomène s’est développé, Cornilleau a fait la cour aux skins rétifs aux longues séances d’endoctrinement mais amateurs de musique oï (rock des skinheads, ndlr), de bière et de bastons avec les “bronzés”, c’est-à-dire avec toute personne d’apparence non-européenne. Résultat : à son apogée, vers 1990, le PNFE compte plusieurs centaines de sympathisants dans toute la France. Il adopte une structure extrêmement décentralisée. Les sections locales sont très autonomes, ont leur fanzine<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn34">[34]</a>. Le PNFE s’implante dans le Nord, l’Ouest et le Sud-Est ».</p><p>Le mouvement attire à lui, précisément en raison de cette décentralisation, les groupes musicaux de skinheads d’extrême droite les plus en vue, généralement formés sur une base strictement locale. Le plus connu est Légion 88, dans l’Essonne, qui fera du nom du mouvement le titre d’une de ses chansons<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn35">[35]</a>.</p><p>L’organisation satellise aussi de nombreux fanzines et leurs animateurs ainsi que plusieurs structures à but commercial dont la plus importante est, de 1987 à 1994, le label Rebelles européens, basé à Brest. Les CDs sont aussi vendue et des concerts, organisés, par une structure militante non-lucrative et amie, l’AME ou Association Musicale Européenne, basée dans les Bouches du Rhône). Vis-à-vis des militants ou des recrues potentielles, la musique est utilisée comme moyen d’endoctrinement : la plupart des fanzines publient des interviews de groupes de musique « oi ! », qui laissent peu de doutes quant à la motivation politique des chansons. Le groupe Bifrost, dénommé d’après un terme de la mythologie nordique désignant le pont qui relie le monde des hommes à celui des dieux, déclare par exemple que ses textes « véhiculent le sentiment de révolte face au capitalisme sauvage, hybride et apatride ». Ses références doctrinales sont Georges Sorel et Proudhon, Drieu La Rochelle et Doriot, ou l’écrivain néo-nazi français René Binet. Le groupe Baygon blanc se réfère à Rudolf Hess et Hitler<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn36">[36]</a>. Action dissidente, basé dans les Yvelines, a pour slogan : « Mort à ZOG [Zionist occupation government] et à tous les parasites de notre pays. » Dans les années 1984-1985 le groupe-culte Evilskins chantait : « le Führer est de retour, on va rallumer les fours, dérouler les barbelés et préparer le Zyklon B », ce texte sans ambiguïté constituant jusqu’à aujourd’hui un « tube » de la scène skinhead. Une partie de cette violence antisémite a pu se transformer en actes sous la forme de profanations de cimetières juifs, particulièrement en Alsace et Lorraine, tandis que celles de carrés musulmans des cimetières ont été nombreuses dans le Nord-Pas-de-Calais.</p><p>Une nouvelle catégorie de profanateurs a même vu le jour en 1997, lorsqu’a été violé un caveau du cimetière de Six-Fours (Var). Les auteurs, jugés en 2004, diffusaient la revue W.O.T.A.N. (Will of the aryan nation – volonté de la nation aryenne), « bulletin mensuel de rééducation » des CHS (Charlemagne Hammer Skin – nom choisi en référence à la division SS française), édité à Londres. Un des mis en cause avait été condamné, en 1997, pour avoir exhumé un corps dans le cimetière central de Toulon lors d’une sorte de rituel gothico-satanique. Courant de longue date aux Etats-Unis, le lien entre satanisme et néo-nazisme se retrouve en 2001 dans le procès de David Oberdorf, meurtrier en 1996 d’un prêtre haut-rhinois et dont l’un des mis en cause du Var avait été l’inspirateur<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn37">[37]</a>. À Rouen, la police arrêtera en mars 1995 les animateurs d’un fanzine nazi-sataniste, Deo Occidi, précurseurs du sous-genre musical connu sous le nom de National-Socialist Black Metal (NSBM), qui avaient formé une association nommée AMSG (Ad Majorem Satanae Gloriam), valorisant l’action terroriste. Sa charte stipulait en effet : « Tout terrorisme se pratique de manière individuelle sans engager la totalité du mouvement Black Metal (…). Chacun doit s’armer de manière individuelle en vue de combattre tout opposant. Tous les moyens devront être utilisés pour se procurer un armement légal et illégal »<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn38">[38]</a>.</p><p>La réussite du PNFE dans la manière d’agglomérer les skinheads a évidemment eu un coût en termes d’image et hypothéqué finalement la pérennité du mouvement. Son journal est interdit en 1990, ses réunions militantes sont interrompues par la police<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn39">[39]</a>. Une réorganisation de l’appareil, en 1990-1991, voit le PNFE diversifier ses activités vers le soutien aux prisonniers politiques néo-nazis en France et à l’étranger via le COBRA (Comité Objectif Boycott de la Répression antinationaliste) créé par Olivier Devalez dans les années 1980 et animé par Rolf Guillou, un skinhead du Havre. À cette époque, le nombre de « prisonniers de guerre » que Devalez demande aux lecteurs de soutenir dans son fanzine L’Empire invisible<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn40">[40]</a> est de 37, en majorité américains. Les Français ne sont que 4, deux militants du PNFE inculpés dans l’affaire des attentats azuréens du Cannet et de Cannes, l’ancien militant frontiste Edouard Serrière, et Michel Lajoye, figure emblématique de l’activisme racialiste qui a rejoint le parti pendant son incarcération<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn41">[41]</a>. Le PNFE se lance également dans le soutien au négationnisme du génocide des juifs par l’intermédiaire de l’ANEC (Association normande pour l’Éveil du Citoyen) basée à Caen et fondée par Vincent Reynouard, qui adhère au parti et devient, jusqu’à ce jour, une icône de la seconde génération des auteurs négationnistes. Néanmoins dès 1995, l’activité militante semble fléchir dans les départements où le journal Le Flambeau « compte pourtant un nombre d’abonnés non négligeables, tels que les Alpes-Maritimes, la Seine-Maritime, certains départements bretons ou d’Ile- de- France »<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn42">[42]</a>.</p><p>Le PNFE se désintègre lentement, malgré une tentative de revitalisation qui passe par l’importation en France d’un certain nombre de thématiques américaines comme la guerre ethnique : dans son avant-dernier numéro, son journal dresse un tableau apocalyptique des violences commises dans les « quartiers sensibles » par des personnes non-blanches et conclut : « seule une répression im-pi-to-ya-ble viendra à bout de la violence. Mais d’ici-là, vu l’état d’abrutissement dans lequel le régime a plongé la masse des veaux, beaucoup de sang aura coulé. Et la reconquête sera longue et douloureuse »<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn43">[43]</a>. Toutefois dans la surenchère idéologique et la promotion du passage à l’acte dans ce qu’il faut bien appeler la guerre raciale, le PNFE est déjà débordé.</p><p>Les organisations radicales ayant quelque difficulté à gérer les bandes skinheads, il va de soi que les relations de celles-ci avec le FN ne sauraient être monolithiques.Si les cortèges annuels de la fête de Jeanne d’Arc et d’autres manifestations frontistes rendaient visible la présence en queue de cortège (ou en marge de celui-ci) d’individus au « look skinhead », il faut garder à l’esprit que le concept de « partei-skin » (skin de parti), élaboré par l’historien et politiste Patrick Moreau pour désigner le skinhead inféodé à un parti organisé dans lequel il milite<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn44">[44]</a>, n’a jamais été pertinent en France. D’une part, l’individualisme, le caractère provocateur et incontrôlable des skins les rendent inaptes à s’insérer durablement dans une structure politique hiérarchisée comme celle du FN. D’autre part, contrairement à une idée reçue, si la stratégie dite de dédiabolisation ne s’est imposée vraiment qu’à partir de 2011, lorsque Marine Le Pen a supplanté son père, elle n’était pas totalement inexistante auparavant : ainsi, outre que la double appartenance était interdite dans les statuts, le parti cherchait à exercer un contrôle étroit sur l’emploi de la force et de la violence, tâche dévolue au Département Protection Sécurité (DPS), placé sous le seul contrôle du président Le Pen. Les projecteurs s’étant braqués sur celui-ci, tout au long de la décennie 1990, au point qu’en 1999 il faisait l’objet d’une enquête parlementaire préludant à une éventuelle dissolution<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn45">[45]</a>, le FN se devait de contenir les skinheads, de sorte que les relations entre le parti et eux étaient depuis longtemps très conflictuelles. Ainsi, lors du défilé FN du premier mai 1993, 32 skins furent interpellés sur dénonciation d’un responsable du DPS et c’est dans la « zone grise » alors constituée autour du Front national de la jeunesse (FNJ) et des nationalistes-révolutionnaires radicaux (notamment ceux d’Unité radicale<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn46">[46]</a>) que la jonction pouvait s’opérer, davantage d’ailleurs sur le mode du jeune « rebelle blanc » proclamant son appartenance ethnique face à la société multiculturelle que du skinhead proprement dit, en prélude en somme au futur phénomène identitaire des années 2000 à nos jours que Stéphane François analyse dans le chapitre 7 du présent volume.</p><p>Idéologiquement, la mouvance skinhead trouvait le discours de Le Pen beaucoup trop modéré. Elle ne comprenait pas la tactique de normalisation par le jeu électoral exposée par Hubert Massol, élu municipal du FN (depuis 1989) et président de l’Association pour défendre la mémoire du Maréchal Pétain (ADMP), dans un fanzine skinhead finement intitulé Gestapo<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn47">[47]</a>: « Pour que les nationaux reviennent au pouvoir, ils doivent être de plus en plus présents dans le jeu démocratique qui leur permet d’exister, afin de le faire basculer en leur faveur et ensuite faire pression pour instaurer la Révolution nationale. » Subtilité que l’éditeur (Fabien Ménard, des Sables d’Olonne en Vendée, ancien militant du FNJ) de ladite publication récuse ainsi : « Comme notre présence les dérange, exprès nous serons toujours là et encore plus provocants. Notre but n’est pas de nuire au FN, mais rien ne doit nous empêcher de nous exprimer ». Cette affirmation donne la clé de l’attitude des skinheads lors des manifestations du FN : une sorte de complicité idéologique mâtinée d’une réelle aversion à fusionner de manière organisationnelle, ainsi qu’un refus de la « mise au pas » par le DPS, dans la rue. C’est Gestapo encore, orné en couverture d’un portrait d’Hitler, qui l’avoue au final : « Beaucoup critiquent le FN, mais il serait bon de s’apercevoir qu’en fait ce parti est le déclic pour notre peuple. Par la modération de son programme, il permet d’être écouté et de convaincre, apportant ainsi parmi notre grande famille des nationalistes d’innombrables sympathisants. » D’autres ont eu un avis plus tranché : dans son n°10, le fanzine Le Rebelle blanc affirme qu’il s’agit non seulement « d’un parti de corrompus » mais aussi qu’il est « infiltré par les sionistes »<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn48">[48]</a>.</p>
<p>Conclusion</p>
<p>Les skinheads français ont constitué dans les décennies 1980 et 1990 un mouvement que des observateurs étrangers, ceux de l’Anti-Defamation League (ADL), estimaient entre 1000 et 1500 personnes en 1985-1986<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn49">[49]</a> et que le rapport annuel de la Commission nationale consultative des droits de l’Homme pour 1995 évaluait encore à un millier. Ils ont formé une sous-culture de la jeunesse séduite par un mode de vie au slogan apolitique (« bière, baise et baston », ou, dans la version du fanzine One Voice : « Oï, Sex and Beer »<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn50">[50]</a>) mais que certains groupes d’extrême droite ont tenté de radicaliser politiquement, à une époque où le Front national dépassait pour le première fois la barre des 10% des voix (1984) mais où les skins séduits par les idées nationalistes, voire racistes, le considéraient déjà comme une formation « bourgeoise ». Ne voulant pas s’intégrer durablement dans un parti politique d’extrême droite, les skins nationaux-socialistes, que d’ailleurs le Front national ne souhaitait utiliser que pour des tâches électorales (collages) ou de service d’ordre, ont constitué un vivier facile pour des groupuscules glorifiant la violence raciste voire le terrorisme (PNFE) qui s’est exprimé par un niveau exceptionnellement élevé d’actes violents visant les personnes de couleur et les personnes d’origine maghrébine. La réaction des autorités politiques, l’existence d’une législation antiraciste votée dès 1972 et renforcée en 1990, ainsi que la différence entre les lois française et américaine sur la détention des armes, ont sans doute permis que le passage au terrorisme soit évité.</p><p>L’internationalisation des liens entre skinheads, en particulier en direction de l’Europe de l’Est, notamment la Pologne, la Hongrie, la République tchèque et la Slovaquie après 1990, a donné une dimension transnationale à la violence de ces milieux. Les groupes musicaux voyagent, se produisent sur tout le continent. Les deux principaux réseaux, Hammerskins et Blood and Honour, sont par essence transnationaux et les concerts qu’ils organisent, y compris en France, drainent un public souvent venu des pays voisins (par exemple en Alsace-Lorraine, d’Allemagne et de Belgique ; en Franche-Comté, d’Allemagne et de Suisse). Cette dimension transnationale de la violence, tout comme le caractère d’importation des idées, des méthodes et même de la musique et de la mode, font du phénomène skinhead un mouvement en porte-à-faux avec le nationalisme français. Il s’agit en définitive d’un phénomène d’affirmation raciale dans l’optique d’une imminente confrontation du type « guerre urbaine »<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn51">[51]</a>, entre Européens blancs et « allogènes », soit cette part de l’idéologie d’extrême droite qu’un FN intégré dans le système parlementaire ne peut plus assumer et qui continue, en 2017, à être l’horizon partagé d’une partie importante de l’extrême droite, avec toutefois un nombre de violences graves et d’homicides moins élevé que dans les années 1980.</p>
<p>Notes</p>
<p><a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftnref2">[2]</a> Cf. George Marshall  Spirit of ’69: A Skinhead Bible, Dunoon, S.T. Publishing, 1991.</p><p><a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftnref1">[1]</a> Michel Wieviorka, La France raciste, Paris, Seuil, 1992, ch. 10.</p><p><a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftnref3">[3]</a> Titre d’un fanzine publié au milieu des années 1990 dans les Bouches- du-Rhône par Mickael P., alors proche du Parti Nationaliste Français et Européen.</p><p><a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftnref4">[4]</a> Le terme « oi !» est une déformation, utilisée en argot anglais, de « hey you ».</p><p><a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftnref5">[5]</a> Cf. Timothy Scott Brown, «Subcultures, Pop Music and Politics: Skinheads and “Nazi Rock” in England and Germany », Journal of Social History, 2004, Volume 38, Number 1, p.157-173.</p><p><a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftnref6">[6]</a> Sur ce sujet, voir le documentaire de Marc-Aurèle Vecchione : Antifa, chasseur de skins (Résistance films, 2008) et pour une version diamétralement opposée celui produit par les proches de Serge Ayoub : Sur les pavés, (Autonomiste media, 2009).</p><p><a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftnref7">[7]</a> Voir Leonard Zeskind : Blood and Politics, the history of the White Nationalist Movement, Farrar, Strauss and Giroux, 2009, ch. 22.</p><p><a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftnref8">[8]</a> Fondé en 1972 par l’Américain Garry Rex Lauck, le « NSDAP Aufbau- und Auslandsorganisation » continue à vendre sur le net des ouvrages en français : <a href="https://third-reich-books.com/product-tag/francais/" rel="nofollow">https://third-reich-books.com/product-tag/francais/</a></p><p><a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftnref9">[9]</a> Des suprémacistes américains sont les auteurs de l’attentat contre un bâtiment fédéral d’Oklahoma City qui fit, le 19 avril 1995, 168 morts et 680 blessés.</p><p><a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftnref10">[10]</a> La diffusion de l’ouvrage a été interdite en France par arrêté du 21 octobre 1999 :  <a href="https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000197597" rel="nofollow">https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000197597</a></p><p><a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftnref11">[11]</a> 14 Mots n°1, n.d mais postérieur à juillet 1995, n.p.</p><p><a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftnref12">[12]</a> Cf. Libération, 18 février 1998.</p><p><a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftnref13">[13]</a> Voir leur site : <a href="http://www.hammerskins.net/fhs/" rel="nofollow">http://www.hammerskins.net/fhs/</a></p><p><a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftnref14">[14]</a> Voir : <a href="https://28hexagone.wordpress.com/" rel="nofollow">https://28hexagone.wordpress.com/</a></p><p><a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftnref15">[15]</a> L’adhésion au Front national. De la minorité active au mouvement social, Paris, Editions Kimé, 1990.</p><p><a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftnref16">[16]</a> Michael Billig, Fascists: A social psychological view of the National Front, London: Academic Press, 1978.</p><p><a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftnref17">[17]</a> Op. cit, p. 202.</p><p><a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftnref18">[18]</a> Voir : <a href="http://www.slate.fr/story/85579/extreme-droite-radicale" rel="nofollow">http://www.slate.fr/story/85579/extreme-droite-radicale</a></p><p><a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftnref19">[19]</a> Le mouvement Troisième Voie, fondé en novembre 1985, se réclamait du nationalisme-révolutionnaire : voir la contribution de Nicolas Lebourg dans ce volume. Sa direction était composée d’anciens cadres du Parti des forces nouvelles (PFN) et du Mouvement Nationaliste-Révolutionnaire (MNR) menés par Jean-Gilles Malliarakis. Il attira toutefois, notamment à Lille, des éléments de la mouvance skinhead. C’est l’existence de ce vivier spécifique qui conduisit Serge Ayoub à créer en 1987 les JNR comme une structure destinée à regrouper les sympathisants skinheads de TV, qui disparaitra en 1991. Après cette date, les JNR sont définitivement une organisation autonome se réclamant tantôt du « solidarisme », tantôt du nationalisme-révolutionnaire », mais dont les militants sont bien issus du milieu skinhead et l’assument. Cf. Petrova Youra, « Les skinheads : solidarité de classe ou combat national », Agora débats/jeunesses, vol. 9, n°1, 1997, pp. 76-93.</p><p><a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftnref20">[20]</a> Kerhuel était le bassiste d’un groupe nommé Evil Skins, jusqu’en 1987. Il a affirmé lors de son procès avoir adhéré aux JNR. À l’audience Giraud a déclaré : «Aux JNR, on pouvait se permettre d’avoir une connotation raciste.» Cf. Libération, 18 octobre 2000.</p><p><a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftnref21">[21]</a> Libération, 12 décembre 1997.</p><p><a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftnref22">[22]</a> Ouest-France édition locale de Carhaix, 29 septembre 2013.</p><p><a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftnref23">[23]</a> La Voix du Nord, 26 mars 2010.</p><p><a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftnref24">[24]</a> TV a édité un bulletin mensuel, Troisième voie information [dir. publ. Philippe Cabassud], n°1, décembre 1986.</p><p><a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftnref25">[25]</a> Voir : <a href="http://reflexes.samizdat.net/" rel="nofollow">http://reflexes.samizdat.net/</a>. Si l’information factuelle contenue dans tous les numéros (désormais numérisés) à partir de juin 1986 est donnée dans un contexte militant avoué, du point de vue de la mouvance libertaire, et qu’elle doit être prise par  les chercheurs avec les précautions d’usage, puisqu’elle n’est pas toujours confirmable par des archives accessibles, elle n’en donne pas moins une trame historique fiable du mouvement.</p><p><a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftnref26">[26]</a> Cf. Libération, 4 mai 1995.</p><p><a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftnref27">[27]</a> Le Rebelle blanc, 1989, n.p.</p><p><a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftnref28">[28]</a> Le Francisme, fondé en 1933 par le héros de la guerre de 1914-1918, Marcel Bucard (1895-1946), a été le parti d’extrême droite le plus proche du Fascism</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Thu, 20 May 2021 11:21:09 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Mahle développe un moteur électrique sans aimants]]></title>
	<description><![CDATA[<p class="zeta py0p5">L'équipementier allemand Mahle vient d'annoncer qu'il avait mis au point un <a href="https://www.futura-sciences.com/tech/breves/voiture-electrique-yamaha-developpe-puissant-moteur-electrique-hypercars-4202/" title="Yamaha développe un puissant moteur électrique pour les hypercars">moteur électrique</a> qui a la particularité de ne pas utiliser d'<a data-tooltip="" href="https://www.futura-sciences.com/sciences/definitions/matiere-aimant-3883/" class="tooltip-link" data-color="purple" data-title="Aimant" data-number="" data-copy="Un aimant est un matériau développant naturellement un champ magnétique et capable d'attirer du fer, le nickel, le cobalt, le chrome.&lt;br /&gt;Un aimant possède un pôle nord et un pôle sud. Les pôles de même nature se repoussent, ceux de natures différentes s'attirent. Les aimants sont donc des dipôles..." data-image="https://cdn.futura-sciences.com/buildsv6/images/midioriginal/5/a/1/5a1b5e0814_50034606_champ-magnetic-aimant-droit.jpg" data-url="/sciences/definitions/matiere-aimant-3883/" data-more="Lire la suite">aimants</a>. Une solution qui évite de recourir à des <a href="https://www.futura-sciences.com/planete/photos/geologie-merveilleuses-terres-rares-leur-utilisation-1323/" title="Les merveilleuses terres rares et leur utilisation">terres rares</a>, en l'occurrence le <a data-tooltip="" href="https://www.futura-sciences.com/sciences/definitions/chimie-neodyme-15194/" class="tooltip-link" data-color="purple" data-title="Néodyme" data-number="" data-copy="Très proche du praséodyme sous forme oxydée, le néodyme tient son nom de deux mots grecs, nêos et dîdymos (« nouveau » et « jumeau »), car les chimistes ont longtemps pensé que les deux oxydes ne formaient qu’un seul et même corps simple. Il fait partie des terres rares.&lt;br /&gt;Généralités&lt;br /&gt;Symbole :..." data-image="https://cdn.futura-sciences.com/buildsv6/images/midioriginal/6/c/1/6c113c6be6_79956_neodyme1.jpg" data-url="/sciences/definitions/chimie-neodyme-15194/" data-more="Lire la suite">néodyme</a>, dont l'extraction et le conditionnement sont à la fois dommageables pour l'environnement et largement concentrés en Chine.</p><p class="zeta py0p5">Les <a href="https://www.futura-sciences.com/tech/breves/bateau-ce-moteur-hors-bord-electrique-bateau-plus-puissant-monde-2290/" title="Ce moteur hors-bord électrique de bateau est le plus puissant du monde">moteurs</a> utilisant la force électromagnétique à la place des aimants existent déjà. Mais leur gros défaut est qu'ils reposent sur des pièces mobiles qui génèrent un frottement et donc une usure. C'est là que Mahle dit avoir réussi une avancée déterminante, en utilisant des bobines qui transmettent l'<a data-tooltip="" href="https://www.futura-sciences.com/sciences/definitions/energie-energie-15884/" class="tooltip-link" data-color="purple" data-title="Énergie" data-number="" data-copy="Les physiciens emploient le terme d'énergie pour désigner une capacité à modifier un état ou à produire un travail entraînant un mouvement ou générant un rayonnement électromagnétique – de la lumière, par exemple – ou de la chaleur. Le mot vient d’ailleurs du grec et signifie «&amp;nbsp;force en..." data-image="https://cdn.futura-sciences.com/buildsv6/images/midioriginal/c/5/a/c5afae0dcb_92507_energie.jpg" data-url="/sciences/definitions/energie-energie-15884/" data-more="Lire la suite">énergie</a> de la batterie au rotor par induction. Ce design n'entraine aucun frottement et par conséquent pas d'usure mécanique. L'entreprise met en avant plusieurs avantages clés en termes de coûts, de production plus respectueuse de environnement et de sécurisation des ressources.</p><p class="zeta py0p5">Selon Mahle, ce moteur offre un rendement global de 95%. Une performance que seules les <a data-tooltip="" href="https://www.futura-sciences.com/planete/definitions/developpement-durable-formule-e-15681/" class="tooltip-link" data-color="light-green" data-title="Formule E" data-number="" data-copy="Une Formule E est une voiture monoplace à motorisation électrique obéissant au réglement établi par la FIA (Fédération Internationale de l'Automobile) pour les compétitions du championnat de cette catégorie. Pour la première saison – 2014-2015 –, la motorisation (moteur, boîte de vitesse et..." data-image="https://cdn.futura-sciences.com/buildsv6/images/midioriginal/6/3/d/63dbf4cf38_89464_formule-e-renault-spark-srt-01e.jpg" data-url="/planete/definitions/developpement-durable-formule-e-15681/" data-more="Lire la suite">Formule E</a> peuvent atteindre à l'heure actuelle, dixit l'équipementier. Il conviendrait à toutes les catégories de véhicules électriques. Mahle a <a href="https://spectrum.ieee.org/cars-that-think/transportation/advanced-cars/mahles-electric-motor-says-look-ma-no-contacts" target="_blank">indiqué</a> à <a data-tooltip="" href="https://www.futura-sciences.com/tech/definitions/tech-ieee-1222/" class="tooltip-link" data-color="bright-blue" data-title="IEEE" data-number="" data-copy="Institute of Electronic and Electronics Engineers. Cette organisation internationale de la recherché recompense chaque année une équipe de chercheurs pour leur contribution exceptionnelle à l'avancée des sciences et technologies de l'information et de la communication. L’organisation a pour but..." data-url="/tech/definitions/tech-ieee-1222/" data-more="Lire la suite">IEEE</a> Spectrum qu'il pensait pouvoir lancer la production de série de ce moteur électrique d'ici deux ans et demi.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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