<?xml version='1.0'?><rss version="2.0" xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/" xmlns:georss="http://www.georss.org/georss" xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom" >
<channel>
	<title><![CDATA[Signet Loupe: Tous les articles de blog du site]]></title>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/all?offset=570</link>
	<atom:link href="https://ememiom.fr/iom/blog/all?offset=570" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<description><![CDATA[]]></description>
	
	<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/545/un-avant-propos-a-une-histoire-du-ceres</guid>
	<pubDate>Mon, 10 May 2021 13:56:04 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/545/un-avant-propos-a-une-histoire-du-ceres</link>
	<title><![CDATA[Un avant-propos à une histoire du CERES]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Le présent texte est une introduction à une histoire du CERES écrite par Didier Motchane, disparu le 29 octobre 2017. Si l’ouvrage historique relatif au CERES reste à écrire, ce texte fournira néanmoins des clés de compréhension. Didier Motchane a été l’un des fondateurs du CERES, le Centre d’Etudes, de Recherche et d’Education Socialiste, avec Jean-Pierre Chevènement, Alain Gomez, Pierre Guidoni ou Jacques-Arnaud Penant et quelques autres qui les rejoignirent au fil des années. Il en a été le charismatique théoricien, auteur en 1972 de Clés pour le Socialisme. Au fil des années 1970, il anima évidemment le CERES et ses revues (Frontière, Repères…) et fut en charge des relations avec le tiers-monde au PS.</p><p>On sait le rôle déterminant du CERES dans le Congrès d’Epinay de juin 1971. On sait aussi sa place dans la construction de l’Union de la Gauche à partir de 1972. Didier Motchane fut ainsi, avec Pierre Joxe, le co-rédacteur de la motion de synthèse d’Epinay, c’est-à-dire du véritable texte fondateur du PS, celui qui consacrait l’Union de la Gauche comme objectif stratégique en vue de la transition au socialisme. La pensée de Didier Motchane et celle du CERES sont ainsi incontestablement à verser à l’actif du socialisme français, tant la puissance conceptuelle et le caractère visionnaire qui sont alors les siennes frappent l’esprit de l’observateur. Entrés à la SFIO, vieille machine bureaucratique, les animateurs du CERES réussirent à susciter l’étincelle qui révéla la social-démocratie française à elle-même. De la vieille SFIO engluée entre FGDS et « dialogue idéologique » avec le PCF on passait à un PS doté d’une stratégie nouvelle, dont l’Union de la Gauche était le vecteur. Le dessein du CERES n’était pas « d’assumer la condition humaine du socialisme » mais bien d’instaurer « la condition socialiste de l’humanité ». Au fil des années 70 dans la majorité du PS ou dans la minorité, le CERES demeura fidèle à l’esprit d’Epinay, menant la bataille sur l’Europe ou l’autogestion, suscitant une effervescence militante qui a propulsé le courant à 26% du parti. En articulant le « mouvement d’en haut » et le « mouvement d’en bas », le CERES fut aussi un efficace pont entre la bouillonnante société des années 1970 et l’appareil en construction du Parti Socialiste. Promoteur de l’autogestion (et de la très volontariste 16ème thèse), le CERES apparaissait comme « l’aile gauche » du PS tout en revendiquant de vouloir en être « l’axe ».</p><p>Avec François Mitterrand, les relations furent marquées par l’accord politique initial puis, chemin faisant, par des désaccords mineurs puis majeurs, dont la Guerre du Golfe et le traité de Maastricht furent le paroxysme qui a provoqué la rupture. François Mitterrand dit un jour à Didier Motchane que s’ils n’avaient pas fait de politique ils auraient été amis. A partir de 1983, ils cessèrent néanmoins de se voir personnellement, considérant – du point de vue de Didier Motchane – avoir épuisé tous les sujets. L’Europe avait alors remplacé le socialisme comme grand récit mobilisateur, ce qui équivalait dans l’esprit de Didier Motchane à accepter le caractère indépassable d’un capitalisme voué à la financiarisation, dont le contenu de l’action de la CEE n’était qu’une méthodique codification. A partir de 1990, les relations se dégradant avec la majorité du PS, les amis de Didier Motchane et de Jean-Pierre Chevènement – réunis au sein de Socialisme et République – s’éloignèrent progressivement jusqu’à fonder un nouveau parti – le Mouvement des Citoyens – dont l’identité était de « gauche républicaine », ligne promue depuis 1983 et le tournant de la rigueur, et qui visait à se substituer à la ligne de normalisation européenne.</p><p>L’aventure du CERES ne saurait évidemment être rééditée à l’identique. Ne serait-ce que par la situation actuelle du PS, bien plus périlleuse que celle de l’antique SFIO. Trop de facteurs ont changé. Cependant, il manque assurément aujourd’hui un « nouveau CERES », c’est-à-dire d’abord une ligne politique, une vision qui permette de forcer le destin. Cette ligne devrait s’incarner de nouveau dans un groupe d’hommes et de femmes qui, forts d’une analyse méthodique des mutations du capitalisme mondial, imprégné par le mouvement de la société, aptes à mettre en œuvre une stratégie cohérente pourrait être la force qui ravive ce corps mort qu’est la gauche française.</p><p>Le CERES fut aussi une méthode. Cette méthode n’est, quant à elle, aucunement démodée. C’est pourquoi, en 2018, le CERES a, par la plume de Didier Motchane, encore à nous dire. Ces lignes de Didier Motchane éclaireront le lecteur sur ce que fut le CERES. Sans doute inspireront-elles quelques-un(e)s. Elles donnent une idée de ce qu’est une authentique pensée politique. – Gaël Brustier.</p>
<p>Avant-propos à une histoire du CERES, par Didier Motchane</p>
<p>Ne rien écrire sur soi qu’au présent. Béaba-tificateur de son impuissance romanesque, l’autobiographe pontifiant ou pénitent ne se fait jamais que le souverain veuf d’une mémoire épuisée. Cependant des souvenirs toujours inégalement partagés, mais pour peu qu’ils le soient, appellent clairement l’honneur du récit, s’ils perpétuent le bonheur d’une commune présence, parce qu’ils sont les témoins d’un éternel espoir, fut-il éternellement cantonné aux demeures du futur antérieur.</p><p>Dans le cours ordinaire du temps, l’espoir – et le désespoir – de changer la vie, afin de – ou faute de – changer sa vie, gisent côte à côte. Ils se raniment l’un l’autre à partir de la banalité de la condition humaine. C’est la trace d’un mouvement de ce genre que l’histoire du CERES pourrait nous avoir laissé.</p><p>N’importe quel âge de la vie peut faire de sa jeunesse son horizon mental. La jeunesse elle-même y vit le rêve de son éternité. D’autres temps de l’existence s’y marient ; ils assaisonnent une rétrospection douce – amère à la saveur des revanches posthumes. Telle aurait été la jeunesse du CERES, jeunesse d’espoir d’une renaissance du socialisme.</p><p>***</p><p>L’Europe, comme d’ailleurs l’ensemble du monde des années 60, porte la marque d’une mutation des héritages de la guerre.</p><p>Sur le fond d’une conscience accélérée, toujours plus impatiente, de l’activité économique, soutenue par la diffusion planétaire d’une pensée technicienne ingénument distribuée selon la préséance des rentes, le cloisonnement des savoirs et la puissance militaire. L’acuité des conflits qui opposent les nations et les divisent elles-mêmes s’est revissée d’un quart de tour. Sous l’emprise d’un capitalisme dont l’empire tend à égaler l’ambition jusqu’à toucher son horizon planétaire, la mondialisation départage plus profondément désormais le Nord et le Sud du monde que l’Est et l’Ouest qui sont les apostats du socialisme déclaré des renégats de la Révolution.</p><p>Les Trente Glorieuses auront été l’épopée du Nouveau Scientisme Historique où les idées du Progrès, fondées sur la conviction de la permanence d’une Croissance majuscule, d’une croissance économique ininterrompue se réinventèrent. L’Europe, ou plus largement ce que l’on appelait l’Occident, semblait faire l’expérience du régime durablement stabilisé d’une marche à l’abondance sans autres à coups que ceux des – relativement – légers coups de lancette de ponction monétaire qui, comme ceux des médecins de Molière, venaient de loin en loin maintenir la circulation bien étagée de la richesse. Dans ce cours tranquille, les entrepreneurs – capitalistes de la dette – et leurs héritiers – capitalistes de la rente – se sont partagé le haut du pavé avant de le céder à ces piétons du ciel atterris sur les tapis volants de la finance : « gnomes de Zurich » et d’ailleurs, spermatozoïdes distillateurs de l’Argent Roi.</p><p>Ce fut le moment où l’avènement d’une fin de l’histoire, c’est-à-dire son accomplissement, put s’entendre proclamer aux pauvres des pays riches à l’unisson des riches de tous les pays, comme le règne spirituel d’un social-libéralisme étendant la main sur le monde de la misère et de la peur pour s’en faire le bénisseur définitif.</p><p>Ainsi n’était-il plus question de mettre en cause l’abîme d’inégalités des revenus, des patrimoines et des savoirs, mais d’en pérenniser la légitimité. L’histoire accomplie, sanctuarisée par le temps, éloigne au Royaume de l’Au-delà la république de l’égalité des chances, l’urgence et le lieu d’un repartage du passé par le présent. Telle est l’intime contradiction que porte la financiarisation de l’économie spéculaire : prise entre les murs du capital accumulé, la spéculation ne peut sans se détruire soustraire l’ordre de ses raisons au calcul, l’avenir au passé, la vie à la mort.</p><p>Sans doute l’Ange Gardien des Trente Glorieuses – la Croissance – a-t-il déplacé vers le haut les failles de l’intégration sociale par son œuvre et par son mythe ; mais celle-ci s’approfondit : telle est la pente de la société bourgeoise qu’aucun tempérament de protection sociale, aucun placebo,  ne saurait redresser à peine d’en détruire le ressort. Ce fut un train qui, en déplaçant plus vite des wagons de plus en plus nombreux et de mieux en mieux suspendus, laissait une proportion croissante des voyageurs en gare, ou sur les bas-côtés de la voie.</p><p>Les petits cailloux de la pauvreté blessent davantage au fond d’une botte d’éboueur qu’à un va-nu-pieds les graviers de sa misère. Sans ralentir le pas du peuple trottinant qui reste à l’aise à côté des petits souliers de sa bonne conscience. Cette portion bouillonnante du produit de la machine d’un capitalisme désangoissé tournant à plein régime dans la candeur –ou le cynisme refoulé du Nouveau Scientisme Historique – était moins un objet de scandale que de compassion ; en raison peut-être du fait que ce que l’on pourrait nommer l’humeur installée du siècle, son « idéologie dominante » devenait, suprême illusion, celle de la mort des idéologies. Raymond Aron venait détrôner Jean-Paul Sartre dans le magistère du Grand Maître Penseur pour prononcer, avec le geste de l’étalonneur des certitudes et du donneur de diapason, l’éloge funèbre et réjouie du marxisme ; au-delà de l’extinction célébrée de celui-ci,  c’était l’éthique de l’engagement avec l’ensemble des engagements existentiels de l’Après Libération qui s’en trouvaient plus ou moins nettement récusés.</p><p>Qui aurait pu attendre de l’esprit du Nouveau Scientisme Historique que s’en gonflassent les voiles d’une  « Grande Cause » ? Au travers de la titillation obsédante des processus d’évaporation inéluctable de ses révoltes, l’humanité chercherait l’apaisement de ses anxiétés archaïques dans sa « modernité » ; les petites voix chevrotantes de cette fin de siècle ne se lassent pas d’invoquer chacune la leur. Ce ne sont pas celles de Rimbaud.</p><p>Comme un vaste ressac des élans de la Libération dont le 10 mai (1958) fut sans doute dans le désarroi de la République, avec le retour du Général de Gaulle, un dernier et combien ambivalent soubresaut, les années 50 – 60 auront été celles de la décolonisation, dans la douleur des guerres d’Indochine et d’Algérie. Elles portent la marque d’une démoralisation croissante de l’esprit public, que les déferlements libertaires de mai 68 tentaient pathétiquement de régénérer.</p><p>La Cinquième république a couvert comme d’une burqua les déhanchements d’une société française violemment arraisonnée par un capitalisme qui n’en avait jusque là caressé que les bords : à preuve l’exode rural, diffus en France depuis le Second Empire, brutalement torrentiel après 1950. Le capitalisme de la dette subjugue le capitalisme de la rente dont il est issu sans le remplacer. Notre visage national lui doit ses grimaces d’aujourd’hui.</p><p>En bref, l’efflorescence du social-libéralisme envahit l’air du temps ; un ninisme politique, qui prenait naguère le masque de la « Troisième Force » berce le peuple dans une balançoire dont les partis politiques tirent les quatre bouts ; de la Gauche à la Droite, même mélopée ; des paroles différentes font refrain. Elles changent un peu de rythme mais jamais de ton ; de Delors en Sarkozy, de Juppé en Hollande le débat public s’englue dans une à peu près même rhétorique social-démocrate, au point de s’en faire entendre comme une langue commune.</p><p>Gauche, Droite, droite, gauche ; que ne cessiez-vous, vieilles et jacassantes ennemies complices, de vous serrer chaleureusement la « main réciproque » (selon l’expression rescapée d’une copie de baccalauréat recueillie par un ami) ; que ne cessez-vous  de tenter perpétuellement de vous définir l’une par l’autre, plutôt que d’assumer la vérité de votre regard sur le monde, le choix des points de vue pris pour le dévisager ; mais tout de même, quoiqu’il en soit, faire votre monde des miettes de l’univers que vous pourrez recueillir. Ce que vous manquerez à tous les coups ma Gauche, tant que vous vous résignerez à n’être que l’espace rétréci de l’âme renoncée du siècle, errant infiniment au désert élargi de sa passivité. Celle la même où la troupe remuante de toutes nos droites nourrit d’angoisse le troupeau de vos béatitudes.</p><p>La démystification des communismes déclarés, dont la Chute du Mur marque la débâcle, la fin de la guerre froide puis le saut américain de Bush à Obama, l’exténuation accélérée des utopies tiers-mondistes et du mythe de l’accomplissement démocratique de l’histoire, laissent désormais, et semble-t-il pour un long moment, l’Europe sans utopie, au fur et à mesure que s’en dégonfle lentement la baudruche – sauf sans doute pour quelques instants encore, aux yeux des peuples est-européens fraîchement émancipés de l’emprise soviétique, le Saint–Graal du capitalisme lui-même dont ils sont toujours en quête. Leur reste encore pour ce faire l’Europe elle-même,  inaccessible parce qu’indéfinissable idéologie de rechange offerte à des sociaux-libéraux non déclarés. L’européisme, cette idolâtrie douce, verse à ces exilés du capitalisme la plus romantique des sublimations possibles, celle de l’économisme indéfectiblement social-libéral des bourgeoisies contemporaines.</p><p>Telle était la toile de fond sur laquelle le CERES a voulu inscrire son destin. Mieux vaut maintenant laisser parler les textes qui en ont scandé les intentions et les efforts plutôt que les empaqueter d’une glose rétrospective. Ne s’agit-il pas aujourd’hui, plus que toujours, de rénover et de réunir une gauche capable, du fond de son marasme actuel, de rendre aux orphelins du socialisme le sens de mots trop souvent perdu ?</p><p>Rappelons encore que cette gauche ne doit pas chercher à se définir par rapport à ses adversaires, ou ses partenaires sur un échiquier politique, mais par la détermination de sa raison d’être : dans les conflits de classe qui traversent l’épaisseur sociale dont l’expérience, selon le mot de Fernand Pelloutier, « donne aux dominés la science de leur malheur ». Cette gauche s’éprouve dans une prise de conscience de la République dont l’effort même constitue celle-ci ;  transcendant les clivages qui opposent justement la Gauche et la Droite, elle nomme un peuple à l’existence à partir de sa population et selon l’essence métaphysique de celle-ci.</p><p>Ainsi la République le fait de la nation, dont l’indépendance, brique de base d’un internationalisme républicain, pétri au four d’une souveraineté populaire authentique, sauvegarde de la démocratie contre les emprises du capital et l’atteinte des empires.</p><p>Egalement éloignés des romantismes et des cynismes contemporains le CERES s’est voulu le radiesthésiste des sources profondes du socialisme républicain, s’efforçant en cela de faire grandir une troupe fidèle, soucieuse d’offrir aux enfants du siècle la générosité et la sobriété en partage. Tel est le sens de la République moderne dont il cherche à ranimer l’esprit à partir d’une commune ferveur ; héritage contrasté, mais poursuivi de Babeuf en Marx, de Robespierre à Jaurès, de Saint Just à Clémenceau, De Gaulle et Mendès France.</p><p>Crédits photos : ©Communautés européennes 1985</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/544/matthieu-montalban-%C2%AB%C2%A0le-bitcoin-est-devenu-un-moyen-d%E2%80%99enrichissement-pour-une-nouvelle-classe-de-jeunes-capitalistes%C2%A0%C2%BB</guid>
	<pubDate>Mon, 10 May 2021 05:29:26 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/544/matthieu-montalban-%C2%AB%C2%A0le-bitcoin-est-devenu-un-moyen-d%E2%80%99enrichissement-pour-une-nouvelle-classe-de-jeunes-capitalistes%C2%A0%C2%BB</link>
	<title><![CDATA[Matthieu Montalban : « Le bitcoin est devenu un moyen d’enrichissement pour une nouvelle classe de jeunes capitalistes »]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Matthieu Montalban est maître de conférences HDR en science économique, chercheur au GREThA (UMR – CNRS 5113) de l’Université de Bordeaux. Spécialiste des cryptomonnaies, ancien membre des Économistes atterrés, il est notamment le co-auteur de Pouvoir et crise du capital : Marx, penseur du XXIe siècle, paru en 2012 et Rester humain – Lacan et le lien social postmoderne, sorti en mars 2020.</p><p>Propos recueillis par Ella Micheletti.</p><p>Voix de l’Hexagone : Tout d’abord, pouvez-vous définir ce qu’est le bitcoin ?</p><p>Matthieu Montalban : Le bitcoin est la première cryptomonnaie, c’est-à-dire une monnaie émise via un algorithme qu’on appelle une blockchain. Une blockchain est un registre distribué sur l’ensemble des ordinateurs d’un réseau, qui permet de répertorier et de « notariser » l’ensemble des transactions sur un réseau, tout en évitant un problème dit de « double dépense » (dépenser en même temps, pour différents usages, le même bitcoin). Ce registre est inviolable car il impliquerait de tels coûts et une telle puissance de calcul pour un pirate que l’action serait irrationnelle. En effet, la blockchain du bitcoin fait appel à ce qu’on appelle un mécanisme de consensus par preuve de travail, c’est-à-dire que l’ensemble des ordinateurs du réseau (« les mineurs »), vont utiliser leur puissance de calcul pour résoudre des calculs compliqués nécessitant de consommer de l’énergie pour s’assurer que les transactions sont valides. Quand un bloc de transaction est validé, il va être rattaché par tous les autres qui l’ont précédé et il sera possible de retracer les transactions – bien que pseudonymisées – impliquant pour un pirate la nécessité de réécrire non pas un bloc mais l’ensemble de la chaîne de bloc, ce qui serait impossible et détecté rapidement.</p><p>VdH : La création des bitcoins en 2009 a-t-elle un lien de cause à effet avec la crise de subprimes qui a commencé en juillet 2007 ?</p><p>M.M. : Le bitcoin a été codé par un ou des codeurs sous le pseudonyme de Satoshi Nakamoto. S’il est né au moment de la crise des subprimes et si, effectivement, ces moments de crise sont souvent des sources d’innovations monétaires, il semblerait que le projet germait déjà depuis un moment chez Satoshi Nakamoto. D’autres comme Nick Szabo ou Wei Dai avaient émis l’idée quelques années avant de créer une monnaie numérique qui s’émanciperait de la tutelle des États et des banques (privées et centrales). Disons que la crise a contribué à rendre le bitcoin populaire, car il semblait apparaître pour ses zélateurs comme une confirmation de leurs vues et comme une critique du système bancaire et financier (privé et public) dans son ensemble.</p><p>VdH : Comment peut-on, concrètement, se procurer des bitcoins ?</p><p>M.M. : Il y a deux manières : l’une qui était au début accessible à tous mais ne l’est plus aujourd’hui ; l’autre qui est celle massivement utilisée aujourd’hui.</p><p>La première consiste à participer à l’activité de minage du bitcoin, c’est-à-dire à laisser son ordinateur résoudre toute la journée des problèmes cryptographiques compliqués en espérant que ce dernier parviendra à résoudre le problème : si c’est le cas, le mineur est récompensé de la création d’un certain nombre de bitcoins pour avoir participé à cette activité qui consomme de l’énergie et qui est donc coûteuse.  Au début, tout le monde pouvait miner avec son PC, mais comme les rendements du minage sont décroissants, de plus en plus d’ordinateurs doivent tourner en même temps pour avoir une chance de miner. En pratique, seules des entreprises spécialisées dans le minage (« les fermes de minage ») peuvent avoir une chance d’obtenir des bitcoins de la sorte.</p><p>« La crise des subprimes a contribué à rendre le bitcoin populaire car il semblait apparaître pour ses zélateurs comme une confirmation de leurs vues et comme une critique du système bancaire et financier. »</p><p>La seconde manière, plus simple, est tout simplement d’acheter des bitcoins via une plateforme d’échanges de crypto-monnaies, comme Coinbase, Kraken et quelques autres.</p><p>VdH : Que signifie la récente entrée en bourse de Coinbase ?</p><p>M.M. : Elle signifie tout simplement que cette entreprise a acquis une taille importante et qu’elle entend sans doute développer ses investissements et son activité, tout en permettant à ses actionnaires de faire de grosses plus-values. En outre, cette entrée montre sans doute que les crypto-monnaies deviennent de plus en plus mainstream et reconnues. En revanche, cela indique que les cryptomonnaies n’ont pas (encore) supprimé les intermédiaires de confiance, contrairement à ce qui était proposé au départ.</p><p>VdH : Les plateformes d’achat et de revente de bitcoins ont-elles vocation à concurrencer les banques ?</p><p>M.M. : Au départ, si on doit comparer ces plateformes, ce serait plutôt à des acteurs comme le NASDAQ, ou le New York Stock Exchange : des entreprises qui fournissent une plateforme d’échange et de cotation pour des (crypto)actifs. Cependant, l’entreprise a diversifié ses activités dans le paiement en proposant notamment une carte de paiement pour dépenser ses bitcoins ou développer des applications pour la gestion d’actifs. Tel est le paradoxe : alors que le bitcoin visait les échanges directs de pair à pair sans banque, Coinbase, via sa carte Visa, recrée de l’intermédiation, ce qui peut être vu comme une involution par des puristes des cryptomonnaies. Il n’est pas certain que Coinbase choisisse de devenir réellement une banque et donc d’offrir du crédit bancaire, car cela impliquerait de se soumettre aux réglementations bancaires. Il paraît plus vraisemblable que l’entreprise va pendant encore un moment se concentrer sur le monde des cryptomonnaies pour le rendre plus accessible aux utilisateurs sans chercher à forcément concurrencer le système bancaire directement, mais plutôt en créant des ponts.</p><p>VdH : La branche suisse de l’assureur Axa a annoncé, le 15 avril 2021, qu’il acceptait désormais le bitcoin pour certaines opérations de paiement. C’est aussi le cas de Tesla et Paypal. D’autres acteurs économiques vont-ils suivre le même chemin, selon vous, ou sont-ce des cas isolés ?</p><p>M.M. : Il est possible que cela prenne de l’ampleur, tout simplement par effet de réseaux : plus des entreprises acceptent le bitcoin en moyen de paiement, plus celui-ci est utilisé. Toutefois, il ne suffit pas que le bitcoin soit accepté en moyen de paiement pour qu’il soit utilisé en moyen de paiement. Si on anticipe que la valeur du bitcoin va augmenter, il est plus rationnel de conserver le bitcoin comme placement et d’utiliser les monnaies fiduciaires et scripturales classiques comme moyens de paiement. Ensuite, il faut toujours observer quelles seront les réactions des banques centrales et des États, s’agissant de possibles interdictions et de la création de monnaies digitales de banques centrales.</p><p>VdH : Y’a-t-il un profil-type de l’acheteur de bitcoins ?</p><p>M.M. : Au départ, le bitcoin était concentré dans le monde des hackers, des codeurs ainsi que des libertariens et certains financiers de la Tech. Aujourd’hui, avec son développement progressif, il y a une certaine diversification des profils, mais il s’agit toujours très majoritairement d’hommes de moins de quarante ans, diplômés, plutôt issus des classes moyenne et supérieure.</p><p>VdH : Actuellement, un bitcoin vaut plus de 50 000 euros. On imagine donc qu’il faut avoir des moyens très importants pour en acheter. Les cryptomonnaies ne sont-elles qu’un moyen pour les élites de maintenir la fracture entre elles et le reste des citoyens, en vivant dans un univers financier parallèle ?</p><p>M.M. : Ce n’est pas parce qu’un bitcoin vaut plus de 50 000 euros que seuls les riches peuvent en acheter : on peut très bien acheter une fraction de bitcoin, par exemple 1/50000ème si on veut… La plus petite unité est appelée un satoshi et vaut un cent millionième de bitcoin. Et il y a bien d’autres cryptoactifs et cryptomonnaies que le bitcoin, dont les valeurs sont beaucoup plus faibles.</p><p>Le bitcoin n’a pas été pensé au départ pour l’élite. Le but était notamment de réduire les frais bancaires et de résoudre les problèmes d’exclusion bancaire (du moins, c’est ainsi que certains le présentent). De facto, il est devenu malgré tout un moyen d’enrichissement pour une nouvelle classe de jeunes capitalistes en cryptomonnaies. Grâce à leurs investissements, certains sont devenus milliardaires. Plus généralement, il s’est créé tout un écosystème de finance décentralisée autour de la blockchain Ethereum et de sa monnaie l’ether (la seconde cryptomonnaie en termes de capitalisation). En soi, tout le monde peut formellement y investir, même des sommes assez modiques.</p><p>« La finance de marché, qu’elle soit classique ou issue du monde des cryptomonnaies, favorise la concentration des richesses. »</p><p>Cependant, comme tous les investissements financiers, ceux-ci impliquent des risques ; ainsi, il vaut mieux pouvoir diversifier son portefeuille et avoir déjà du patrimoine et d’autres revenus et éviter de le faire si on peine à boucler les factures de fin de mois, si l’on a besoin de liquidités et si l’on craint une dévalorisation de tout ou partie de ses actifs.</p><p>Enfin, la finance de marché, qu’elle soit classique ou issue du monde des cryptomonnaies, favorise la concentration des richesses. Dans le cas du bitcoin, on a des estimations qui vont d’une extrême concentration des richesses – 2 % des comptes possèderaient 95 % des bitcoins<a name="_ftnref1" href="https://voixdelhexagone.com/2021/05/09/matthieu-montalban-le-bitcoin-est-devenu-un-moyen-denrichissement-pour-une-nouvelle-classe-de-jeunes-capitalistes/#_ftn1" id="_ftnref1">[1]</a> – à des chiffres moins impressionnants (on parle de « baleines » pour les gros détenteurs). Ces derniers indiquent malgré tout une concentration certaine des richesses. Glassnode note que 4,9 % des détenteurs de comptes possèderaient moins d’un bitcoin, 9 % de 1 à 10 bitcoins, 13,6 % de 10 à 100 bitcoins, et 72,5 % plus de 100 bitcoins en incluant les mineurs et les plateformes d’échange<a name="_ftnref2" href="https://voixdelhexagone.com/2021/05/09/matthieu-montalban-le-bitcoin-est-devenu-un-moyen-denrichissement-pour-une-nouvelle-classe-de-jeunes-capitalistes/#_ftn2" id="_ftnref2">[2]</a>.</p><p>VdH : Les bitcoins ont été créés en nombre limité. Que se passera-t-il le jour où ce nombre sera épuisé ?</p><p>M.M. : La question qui se posera est celle de l’incitation au minage pour les fermes de minage, ce qui revient à dire, l’incitation à entretenir le réseau et son coût. Sans doute que les grands détenteurs de Bitcoin, donc essentiellement ces fermes de minage, les exchanges et certaines « baleines’ essayeront d’entretenir le réseau ; on peut imaginer par exemple que des frais de transaction plus importants qu’aujourd’hui seront appliqués aux transactions pour que les fermes de minages entretiennent le réseau. On peut aussi imaginer des scénarii plus « pessimistes » où face à la fin de la récompense de minage, le coût de l’entretien du réseau amène beaucoup d’acteurs à s’en désintéresser. Il est de toute façon toujours très difficile voire déraisonnable de faire des prévisions à si long terme en économie, l’incertitude étant la règle, surtout s’il y a des innovations d’ici-là et aussi parce qu’en matière de confiance et de finance, les emballements mimétiques comme les crises sont toujours possibles…</p><p>Notes :<br /><a href="https://voixdelhexagone.com/2021/05/09/matthieu-montalban-le-bitcoin-est-devenu-un-moyen-denrichissement-pour-une-nouvelle-classe-de-jeunes-capitalistes/#_ftnref1" name="_ftn1" id="_ftn1">[1]</a> Olga Kharif, <a href="https://www.bloomberg.com/news/articles/2020-11-18/bitcoin-whales-ownership-concentration-is-rising-during-rally" target="_blank" rel="noopener">« Bitcoin Whales’ Ownership Concentration Is Rising During Rally »</a>, bloomberg.com, 18 novembre 2020.<br /><a href="https://voixdelhexagone.com/2021/05/09/matthieu-montalban-le-bitcoin-est-devenu-un-moyen-denrichissement-pour-une-nouvelle-classe-de-jeunes-capitalistes/#_ftnref2" name="_ftn2" id="_ftn2">[2]</a> Rémy R., <a href="https://journalducoin.com/actualites/tous-bitcoins-concentres-petite-elite-richissime/" target="_blank" rel="noopener">« Tous les bitcoins sont-ils vraiment concentrés dans les mains d’une petite élite richissime ? »</a>, journalducoin.com, 8 février 2021.</p>
<p>Partager :</p>

<p>WordPress:<br />J'aime chargement…</p>

<p>Articles similaires</p>
]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/543/nous-entrerons-dans-la-carriere-quand-nos-aines-ny-seront-plus</guid>
	<pubDate>Mon, 10 May 2021 04:28:29 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/543/nous-entrerons-dans-la-carriere-quand-nos-aines-ny-seront-plus</link>
	<title><![CDATA[Nous entrerons dans la carrière quand nos aînés n&#039;y seront plus.]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Je publie ici la lettre au Président de la République de plusieurs milliers de militaires d'active qui soutiennent le cri d'alarme des 20 000 généraux et des militaires en retraite et qui dénoncent le caractère odieux des procès d'intention des ministres et la condamnation inopportune du CEMA.</p>

<p>« Monsieur le Président de la République,<br />Mesdames et Messieurs les ministres, parlementaires, officiers généraux, en vos grades et qualités,<br />On ne chante plus le septième couplet de la Marseillaise, dit "couplet des enfants". Il est pourtant riche d'enseignements. Laissons-lui le soin de nous les prodiguer :</p>

<p>"Nous entrerons dans la carrière quand nos aînés n'y seront plus. Nous y trouverons leur poussière, et la trace de leurs vertus. Bien moins jaloux de leur survivre que de partager leur cercueil, nous aurons le sublime orgueil de les venger ou de les suivre"</p>

<p>Nos aînés, ce sont des combattants qui ont mérité qu'on les respecte. Ce sont par exemple les vieux soldats dont vous avez piétiné l'honneur ces dernières semaines. Ce sont ces milliers de serviteurs de la France, signataires d'une tribune de simple bon sens, des soldats qui ont donné leurs plus belles années pour défendre notre liberté, obéissant à vos ordres, pour faire vos guerres ou mettre en œuvre vos restrictions budgétaires, que vous avez salis alors que le peuple de France les soutenait.<br />Ces gens qui ont lutté contre tous les ennemis de la France, vous les avez traités de factieux alors que leur seul tort est d'aimer leur pays et de pleurer sa visible déchéance.<br />Dans ces conditions, c'est à nous, qui sommes récemment entrés dans la carrière, d'entrer dans l'arène pour avoir simplement l'honneur d'y dire la vérité.<br />Nous sommes de ce que les journaux ont nommé "la génération du feu". Hommes et femmes, militaires en activité, de toutes les armées et de tous les grades, de toutes les sensibilités, nous aimons notre pays. Ce sont nos seuls titres de gloire. Et si nous ne pouvons pas, réglementairement, nous exprimer à visage découvert, il nous est tout aussi impossible de nous taire.<br />Afghanistan, Mali, Centrafrique ou ailleurs, un certain nombre d'entre nous ont connu le feu ennemi. Certains y ont laissé des camarades. Ils ont offert leur peau pour détruire l'islamisme auquel vous faites des concessions sur notre sol.<br />Presque tous, nous avons connu l'opération Sentinelle. Nous y avons vu de nos yeux les banlieues abandonnées, les accommodements avec la délinquance. Nous avons subi les tentatives d'instrumentalisation de plusieurs communautés religieuses, pour qui la France ne signifie rien -rien qu'un objet de sarcasmes, de mépris voire de haine.</p>

<p>Nous avons défilé le 14 juillet. Et cette foule bienveillante et diverse, qui nous acclamait parce que nous en sommes l'émanation, on nous a demandé de nous en méfier pendant des mois, en nous interdisant de circuler en uniforme, en faisant de nous des victimes en puissance, sur un sol que nous sommes pourtant capables de défendre.<br />Oui, nos aînés ont raison sur le fond de leur texte, dans sa totalité. Nous voyons la violence dans nos villes et villages. Nous voyons le communautarisme s'installer dans l'espace public, dans le débat public. Nous voyons la haine de la France et de son histoire devenir la norme.<br />Ce n'est peut-être pas à des militaires de dire cela, arguerez-vous. Bien au contraire : parce que nous sommes apolitiques dans nos appréciations de situation, c'est un constat professionnel que nous livrons. Car cette déchéance, nous l'avons vue dans bien des pays en crise. Elle précède l'effondrement. Elle annonce le chaos et la violence, et contrairement à ce que vous affirmez ici où là, ce chaos et cette violence ne viendront pas d'un "pronunciamento militaire" mais d'une insurrection civile.</p>

<p>Pour ergoter sur la forme de la tribune de nos aînés au lieu de reconnaître l'évidence de leurs constats, il faut être bien lâche. Pour invoquer un devoir de réserve mal interprété dans le but de faire taire des citoyens français, il faut être bien fourbe. Pour encourager les cadres dirigeants de l'armée à prendre position et à s'exposer, avant de les sanctionner rageusement dès qu'ils écrivent autre chose que des récits de batailles, il faut être bien pervers.<br />Lâcheté, fourberie, perversion : telle n'est pas notre vision de la hiérarchie.<br />L'armée est au contraire, par excellence, le lieu où l'on se parle vrai parce que l'on engage sa vie. C'est cette confiance en l'institution militaire que nous appelons de nos vœux.<br />Oui, si une guerre civile éclate, l'armée maintiendra l'ordre sur son propre sol, parce qu'on le lui demandera. C'est même la définition de la guerre civile. Personne ne peut vouloir une situation aussi terrible, nos aînés pas plus que nous, mais oui, de nouveau, la guerre civile couve en France et vous le savez parfaitement.<br />Le cri d'alarme de nos Anciens renvoie enfin à de plus lointains échos. Nos aînés, ce sont les résistants de 1940, que, bien souvent, des gens comme vous traitaient de factieux, et qui ont continué le combat pendant que les légalistes, transis de peur, misaient déjà sur les concessions avec le mal pour limiter les dégâts ; ce sont les poilus de 14, qui mouraient pour quelques mètres de terre, alors que vous abandonnez, sans réagir, des quartiers entiers de notre pays à la loi du plus fort; ce sont tous les morts, célèbres ou anonymes, tombés au front ou après une vie de service.<br />Tous nos aînés, ceux qui ont fait de notre pays ce qu'il est, qui ont dessiné son territoire, défendu sa culture, donné ou reçu des ordres dans sa langue, ont-ils combattu pour que vous laissiez la France devenir un Etat failli, qui remplace son impuissance régalienne de plus en plus patente par une tyrannie brutale contre ceux de ses serviteurs qui veulent encore l'avertir ?<br />Agissez, Mesdames et Messieurs. Il ne s'agit pas, cette fois, d'émotion sur commande, de formules toutes faites ou de médiatisation. Il ne s'agit pas de prolonger vos mandats ou d'en conquérir d'autres. Il s'agit de la survie de notre pays, de votre pays ».<br />09/05/2021</p>
]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/542/40-ans-lanniversaire</guid>
	<pubDate>Sun, 09 May 2021 09:01:54 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/542/40-ans-lanniversaire</link>
	<title><![CDATA[40 ans... L&#039;anniversaire...]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>40 ans... L'anniversaire, dans ma vie, est double, et me renvoie à de beaux moments de mon existence. Il se trouve que j'avais rencontré la femme de ma vie à l'automne 1980, après une de ces réunions de juifs de gauche qui suivirent l'attentat de la rue Copernic. J'étais de ceux qui refusaient de faire semblant de croire que ce crime était l'oeuvre d'un groupe néo-nazi, et qui se demandaient donc comment lutter pour la paix alors même que les Palestiniens portaient la guerre en France, en visant une synagogue libérale. Mais, il y avait, dans la salle, une très belle fille, venue avec une amie commune, et j'avais donc mieux à faire que de passer la soirée à polémiquer avec mes camarades. En attendant de changer la vie, nous avons changé la notre, ce soir-là.  Nous avons, très vite, vécu ensemble. Pour nos premières vacances, nous vîmes le premier soleil de 1981 se lever sur la mer rouge, au bout du Sinaï que les Israéliens d'apprêtaient à quitter. Quelques jours plus tard, dans une ruelle de Jérusalem, nous rencontrâmes François Mitterrand, accompagné d'une jeune femme et d'un enfant... Nous avons bavardé quelques instants, et, bien sûr, je lui ai souhaité que cette année soit enfin la bonne. J'étais persuadé que l'enfant était sa petite-fille, les femmes perçoivent plus vite certaines choses... C'était bien Mazarine, et, à cette époque, je pensai que la vie privée des hommes politiques ne regardaient qu'eux-mêmes. Je ne regrette pas d'avoir gardé le secret. De retour à Paris pour la sortie de la Momie de Lénine, j'envoyais un exemplaire à François Mitterrand. Je fus convié à une réunion discrète, rue de Solferino, où l'on parla de la stratégie vis à vis du PC, entre connaisseurs, il y avait là, entre autres, Jean Poperen et Jean Ellenstein. François Mitterrand vint saluer les invités extérieurs, en nous remerciant de notre contribution à sa campagne. Et, en effet, j'y ai participé, sans toutefois rejoindre le PS, en dépit des appels pressants de quelques amis, qui me conseillaient avec insistance de ne pas rater le coche. Mais je n'avais nulle envie de dépendre, de nouveau, de la politique, j'avais assez donné. Mon premier roman, Au chic ouvrier, avait rencontré un succès prometteur, et mon essai politique, La momie de Lénine avait une très belle presse. Donc je m'attelai à un roman, tout en collaborant à des revues et des journaux. <br />Ma compagne avait, quant à elle, un projet d'une autre nature, qu'elle me fit approuver... Nous fixâmes donc une échéance plus personnelle, rien moins que notre mariage, pour la fin juin. Au soir du 10 mai, à 20 heures, nous étions chez des amis, qui avaient la télé, ce dont nous nous passions alors. Mais ce soir là, évidemment.... Il y eût ce moment, cette minute de suspense, même si, ce n'était pas tout à fait une surprise pour moi, je collaborais à Paris-Match et un rédac chef , qui semblait déjà assuré du résultat m'avait appelé dans l'après-midi, pour me commander un papier sur la question des ministres communistes.<br />A l'annonce de l'élection de François Mitterrand, nous sommes partis à la Bastille. Ce fut une belle fête. Je ne regrette rien. Quelques jours plus tard je reçus une lettre, à l'entête du Président de la République. Un mot de François Mitterrand, me remerciant tardivement de mon livre avec quelques mots manuscrits "Que Jérusalem était belle". Rentrant à Sèvres un vendredi soir, les quais étant bouchés le long du bois de Boulogne, je fis demi-tour, pour gagner la rive gauche, par le pont de Suresnes. Une voiture de police me fit stopper, je montrais mes papiers, en glissant dans l'étui la lettre de François Mitterrand. Un policier me demanda s'il pouvait voir, bien sûr, j'acceptai, il la montra à ses collègues... Je prétendis que je me rendais à une réunion importante, en fait j'avais promis d'être à l'heure, pour le dîner sabbatique chez mes beaux-parents. Le policier me rendit mes papiers et la lettre et, considérant ma 2CV cabossé, me lança joyeusement : "On voit bien que c'est la gauche, cette fois, les copains de Giscard ne roulent pas en 2 CV !" Ce fut mon seul privilège mitterrandien, l'impunité pour un demi-tour aggravé d'un franchissement de ligne continue... Pour le reste, je crois déjà avoir beaucoup écrit, sur la gauche, ce qu'elle était et ce qu'elle est, hélas, devenue. Je ne regrette rien de ma participation aux combats de la gauche. Et je garde le souvenir de ce printemps 1981, même s'il ne reste plus grand chose de la gauche, il reste que nous nous sommes mariés, que nous avons été heureux, que nous avons des enfants et des petits-enfants. 40 ans, ce n'est pas si mal...</p>

<p><a href="https://www.facebook.com/profile.php?id=100051582949878"><br />Guy Konopnicki</a></p>
]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/541/labour-isn%E2%80%99t-working</guid>
	<pubDate>Sun, 09 May 2021 06:40:44 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/541/labour-isn%E2%80%99t-working</link>
	<title><![CDATA[Labour isn’t working]]></title>
	<description><![CDATA[
<p><a href="https://unherd.com/author/paul-embery/" class="author"></a></p>
<p>Paul Embery is a firefighter, trade union activist, pro-Brexit campaigner and 'Blue Labour' thinker</p><p class="mobile-date">May 8, 2021</p>
<p><a href="http://twitter.com/PaulEmbery" target="_blank">PaulEmbery</a></p>
<p>May 8, 2021</p>
<p>Filed under:</p>
<p>It has long been evident to me, as someone involved in the Labour movement for over a quarter of a century, that many of my colleagues on the Left have no comprehension of what is going on. They have no idea about the extent to which traditional political tribalism has broken down in our country and the old certainties no longer apply.</p><p>This conviction struck me most forcibly during a pivotal debate on Brexit at the Labour Party’s annual conference in Liverpool in 2018. Before the discussion, I had wandered around the city’s pubs and conference fringe speaking to delegates and visitors. There was an undue chirpiness in the air. Labour was now the largest political party in western Europe, people would remind me. The glorious leader was playing to packed houses everywhere. Ergo, we stood every chance of forming the next government.</p><p>Then, during the Brexit debate itself, the conference rallied enthusiastically behind a motion explicitly putting a second EU referendum on the table. I remember gazing around the hall in despair as speaker after speaker pledged support for the motion, each drawing wild cheers and applause from delegates. That the adoption of this policy was almost certain to result in electoral oblivion seemed lost on virtually everyone present.</p><p>At that moment, <a href="https://twitter.com/PaulEmbery/status/1044558415257890816?s=20">I tweeted</a> that the conference was effectively handing a P45 to every Labour MP in the North and Midlands. I knew then that this self-inflicted wound would take years — possibly a generation — to heal. Images from the debate would that evening be beamed into the homes of loyal Labour voters across the party’s pro-Brexit heartlands, and millions among them would perceive the outcome as the ultimate kick in the teeth. Labour had betrayed its already-diminishing traditional working-class base and would pay a heavy price.</p><p>Nearly three years and one general election annihilation later, and the relationship remains in a serious state of disrepair. That point is proved by what we know so far of Thursday’s election results, and what we may reasonably predict will unfold in the coming days. That Labour, in a set of ballots two years into a parliament, appears to have lost so much ground in working-class communities against a Tory Party that has been in power for over a decade — and during that time imposed a programme of economic austerity which inflicted financial adversity on many of the nation’s poorest — speaks to the magnitude of the former’s estrangement from its one-time core vote.</p><p>That Labour’s losing Hartlepool — a seat which, since its creation in 1974, it has held at every general election — came in the end as no great surprise, itself speaks volumes. What was striking, though, was the plunge in the party’s share of the vote there by nine percentage points, and the increase in the Tory share by a remarkable 23 points.</p><p>At the time of writing, the picture looks bleak for Labour in the local authority elections, too, with the party in retreat in many areas. Heavy damage was sustained in the Midlands and North-East, and the party has lost control of at least four councils — including Harlow in Essex, a 1960s new town often described as the home of White Van Man.</p><p>The mistake — and some among Labour’s ranks are already making it — would be to lay the blame solely at the door of Sir Keir Starmer. The devastating results are attributable to the leader’s attempts to shift the party to the “centre” ground, argues the radical Left, adducing, among other things, the fact that Labour held Hartlepool under Jeremy Corbyn in 2019 (though ignoring the inconvenient truth that it did so only as a consequence of thousands of would-be Tory votes being redirected to the Brexit Party).</p><p>For their part, the Starmerites blame the Corbyn legacy, as though the rot set in only with the latter’s elevation as leader in 2015.</p><p>Both camps are profoundly wrong. The schism between the party and the working class began to materialise as long as three decades ago. The historical coalition in which Hartlepool had for generations rubbed along contentedly with Hampstead — blue collar and white collar united in the struggle for social and economic justice — started to fall apart as Labour began to be dominated by the latter, transforming itself into a party of the managerial and professional classes, graduates and urban liberals. Not only was the party abandoning those in provincial and post-industrial Britain, it started to privately — and sometimes publicly — scorn them.</p><p>The inevitable result was the steady flow of working-class votes away from Labour. Some were swept up by the likes of Ukip and even the BNP; millions more from that point simply went uncast.</p><p>For a long time, disillusioned working-class voters in the Labour heartlands were reluctant to throw in their lot with the Tories, conscious of the stigma that often came with voting for the traditional enemy. It was only in 2019 that these voters, still brimming with anger over attempts to reverse the referendum result, decided in huge numbers to back a Conservative Party that had pledged to “Get Brexit Done”. The taboo had been broken. Having voted Tory once, these voters would — as we have seen — have no hesitation in doing the same again.</p><p>All of this means that Labour faces the prospect of being out of power for another decade or more — perhaps forever. That’s why the battle that currently rages for control of the party, between its liberal and radical wings, is the proverbial two bald men fighting over a comb. If either side wins, it will find that the instrument over which it had struggled for possession turns out to be of little practical use — at least as far as forming a government is concerned.</p><p>That is because Labour’s problems are structural, cultural and elemental. They run far deeper than questions of party management and whether or not free broadband is a vote winner. If the objective is to win back the Red Wall, then neither the liberal nor radical Left has the correct prescription.</p><p>In fact, the war between the two camps is, in many respects, a phoney one. There is far more that unites them than either would care to admit — or even seem to comprehend. Both are imbued with the same bourgeois, metropolitan, globalist worldview. Both aim their pitch at the student, the social activist, the fellow middle-class progressive, at Twitter. Both obsess about identity politics and “diversity”. Both hitch their wagon to every minority crusade and then afford to it an undue level of prominence. Both are largely ignorant — and often contemptuous — of the lives and priorities of those in small-town Britain, of their communitarian impulse, traditional values, desire for belonging and sense of national pride.</p><p>For these reasons, changing the face at the top would be pointless. In fact, given that Sir Keir has personally shown signs of understanding what needs to be done to win back the Red Wall — focusing much of his language since ascending to the leadership on the themes of family, community and nation — his defenestration would, if anything, prove counter-productive. What Labour needs is a root and branch ideological overhaul, not regicide. As matters currently lie, any leader attempting to take the party in the right direction would find himself or herself shackled by a membership and activist base — as well as the greater part of a parliamentary cohort — which simply has no intention of going there.</p><p>In the more fashionable cities and the university towns, Labour continues to thrive. Witness, for example, Sadiq Khan’s predicted comfortable victory in London. And therein lies the party’s dilemma. Any organisation seeking to hold together a coalition of interest groups must be wary about indulging one part of it to such a degree that its other elements begin to feel neglected. The greater the success of Labour in the citadels of cosmopolitan liberalism, the more likely it is that the old industrial heartlands will become fretful. That is precisely what has happened.</p><p>In the way that the working-class component of Labour’s coalition was expected to — and did — make concessions in the 1990s to enable the party to broaden its appeal among the upwardly mobile middle classes, so the obligation falls today on the latter to compromise so that the party stands at least a chance of recovering the support of the former. That doesn’t necessarily mean abandoning any commitment to a radical (but nonetheless credible) economic programme: there are deep wells of support in working-class communities for a more egalitarian economy, a higher minimum wage, investment in public services, reductions in income and wealth inequality, and so on. But it does mean understanding the small-“c” conservatism and proclivity for social solidarity and cultural attachment that exists across large parts of provincial and post-industrial Britain.</p><p>It also means being prepared to put front and centre the doorstep issues — law and order, immigration, national security — which Labour activists are usually uncomfortable discussing. If that means that topics such as LGBT rights, climate change, gender identity, Palestine and the next woke cause that comes along must take more of a back seat, so be it. The party must begin to look and sound again like those who have abandoned it and reflect their priorities. Until that happens, it will be relegated to the status of a middle-class pressure group.</p><p>I have heard some inside Labour’s ranks argue that the old blue-collar vote has gone for good, and the party must now throw everything at consolidating and widening its new young, liberal, metropolitan, university-educated, pro-EU base. But so far as such a strategy would be electorally viable — and that is doubtful — what would be the point of it? If Labour could not bring itself to speak for its old working-class base living in some of the country’s most disadvantaged communities, it would have betrayed its very reason for existing. The objective — and it may never be realised — must be to win back the hearts and minds of those whose votes it must recover if it is to win power and fulfil its historical mission once more — not to write those voters off as a lost cause.</p><p>While polls are rarely useful as tools for predicting the outcome of general elections three years into the future, these latest results will prove valuable for revealing just how bad things have become for Labour. The party’s banishment from large swathes of its former strongholds, and the dogged resistance of voters in those places to all attempts at reconciliation, cannot be attributed to the standard ups and downs of electoral fortune or a desire on the part of those voters to deliver a well-deserved warning shot across Labour’s bows before returning to its fold in due course.</p><p>This is much more. The entire axis of British politics has moved. Even in 1983, when under Michael Foot it suffered a crushing election defeat at the hands of Margaret Thatcher, Labour managed to retain much of its working-class base. What we are witnessing today, by contrast, is a paradigm shift. Thursday’s elections were the latest evidence of it. The rules have been rewritten, the landscape has changed utterly. For Labour, this may yet prove terminal — only most of the party still doesn’t realise it.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/540/the-enclosure-of-the-public-interest-internet</guid>
	<pubDate>Sun, 09 May 2021 06:31:15 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/540/the-enclosure-of-the-public-interest-internet</link>
	<title><![CDATA[The Enclosure of the Public Interest Internet]]></title>
	<description><![CDATA[<p>This is the second in <a href="https://www.eff.org/deeplinks/2021/05/introducing-public-interest-internet" title="Introducing the Public Interest Internet">our blog series on the public interest internet</a>: past, present and future.</p><p>It’s hard to believe now, but in the early days of the public internet, the greatest worry of some of its most high-powered advocates was that it would be empty. As the Clinton administration prepared to transition the internet from its academic and military origins to the heart of the promised “national information infrastructure” (NII), the government’s advisors fretted that the United States entertainment and information industries would have no commercial reason to switch from TV, radio, and recorded music. And without Hollywood and the record labels on board, the new digital environment would end up as a ghost mall, devoid of businesses or users.</p><p> “All the computers, telephones, fax machines, scanners, cameras, keyboards, televisions, monitors, printers, switches, routers, wires, cables, networks and satellites in the world will not create a successful NII, if there is not content”, former Patent Office head Bruce Lehman’s notorious 1994 <a href="http://web.archive.org/web/20001209112100/http://palimpsest.stanford.edu/bytopic/intprop/ipwg/bg.html">government green paper on intellectual property on the Net</a> warned. The fear was that without the presence of the pre-packaged material of America’s entertainment industry, the nation would simply refuse to go online. As law professor Jessica Litman <a href="https://quod.lib.umich.edu/m/maize/mpub9798641/1:10/--digital-copyright?rgn=div1;view=fulltext">describes it</a>, these experts’ vision of the Internet was “a collection of empty pipes, waiting to be filled with content.” </p><p>Even as the politicians were drafting new, more punitive copyright laws intended to reassure Hollywood and the record labels (and tempt them into new, uncharted waters), the Internet’s first users were moving in and building anyway. Even with its tiny audience of technologists, first-adopters, and university students, the early net quickly filled with compelling “content,” a  free-wheeling, participatory online media that drew ever larger crowds as it evolved.</p><p>Even in the absence of music and movies, the first net users built towers of information about them anyway. In <a href="https://groups.google.com/g/rec.arts.movies">rec.arts.movies</a>, the Usenet discussion forum devoted to all things Hollywood, posters had been compiling and sharing lists of their favourite motion picture actors, directors, and trivia since the 1980s. By the time of the Lehman report, the collective knowledge of the newsgroup had outgrown its textual FAQs, and expanded first to a <a href="http://www.faqs.org/faqs/movies/movie-database-faq/">collectively-managed database</a> on Colorado University’s file site, and then onward to one of the very first database-driven websites, hosted on a spare server at Wales’ Cardiff University.</p><p class="pull-quote">Built in the same barn-raising spirit of the early net, the public interest internet exploits the low cost of organizing online to provide stable, free repositories of user-contributed information. They have escaped an exploited fate as proprietary services owned by a handful of tech giants.</p><p>These days, you’ll know that Cardiff Movie Database by another name – the <a href="https://www.imdb.com/">IMDb</a>. The database that had grown out of the rec.arts.movies contributions was turned into a commercial company in 1996 and sold to Amazon in 1998 for around $55 million dollars (equivalent to $88 million today). The Cardiff volunteers, led by one of its original moderators, Col Needham, continued to run the service as salaried employees of an Amazon subsidiary.</p><p>The IMDB shows how the original assumptions of Internet growth were turned on their head. Instead of movie production companies leading the way, their own audience had successfully built and monetised the elusive “content” of the information superhighway by themselves—for themselves.  The data of the rec.arts.movie databases was used by Amazon as the seed to build an exclusive subscriptions service, IMDbpro, for movie business professionals, and to augment their Amazon Prime video streaming service with quick-access film facts. Rather than needing the movie moguls’ permission to fill the Internet, the Internet ended up supplying information that those moguls themselves happily paid a new, digital mogul for.</p><p>But what about those volunteers who gave their time and labor to the collective effort of building this database for everyone? Apart from the few who became employees and shareholders of the commercial IMDb, they didn’t get a cut of the service’s profits. They also lost access to the full fruits of that comprehensive movie database. While you can still download the updated core of the <a href="https://www.imdb.com/interfaces/">Cardiff Database for free</a>, it only covers the most basic fields of the IMDb. It is licensed under a strictly non-commercial license, fenced off with <a href="https://help.imdb.com/article/imdb/general-information/can-i-use-imdb-data-in-my-software/G5JTRESSHJBBHTGX?pf_rd_m=A2FGELUUNOQJNL&amp;pf_rd_p=3aefe545-f8d3-4562-976a-e5eb47d1bb18&amp;pf_rd_r=84KBMNGZ585J9V0A96WS&amp;pf_rd_s=center-1&amp;pf_rd_t=60601&amp;pf_rd_i=interfaces&amp;ref_=fea_mn_lk1#">limitations and restrictions</a>. No matter how much you might contribute to the IMDb, you can’t profit from your labor. The deeper info that was originally built by the user-contributions  and supplemented by Amazon has been enclosed: shut away, in a proprietary paywalled property, gated off from the super-highway it rode in on.</p><p>It’s a story as old as the net is, and echoes historic stories of the <a href="http://www.onthecommons.org/magazine/brief-history-how-we-lost-commons">enclosure of the commons</a>. A pessimist would say that this has been the fate of much of the early net and its aspirations. Digital natives built, as volunteers, free resources for everyone. Then, struggling to keep them online in the face of the burdens of unexpected growth, they ended up selling up to commercial interests. Big Tech grew to its monopoly position by harvesting this public commons, and then locking it away.</p><p>But it’s not the only story from the early net. Everyone knows, too, the large public projects that somehow managed to steer away from this path. <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/History_of_Wikipedia">Wikipedia</a> is the archetype, still updated by casual contributors and defiantly unpaid editors across the world, with the maintenance costs of its website comfortably funded by regular appeals from its attached non-profit. Less known, but just as unique, is <a href="https://www.openstreetmap.org/">Open Street Map</a> (OSM), a user-built, freely-licensed alternative to Google Maps, which has compiled from public domain sources and the hard work of its volunteer cartographers one of the most comprehensive maps of the entire earth. </p><p>These are flagships of what we at EFF call the public interest internet. They produce and constantly replenish priceless public goods, available for everyone, while remaining separate from government, those traditional maintainers of public goods. Neither are they commercial enterprises, creating private wealth and (one hopes) public benefit through the incentive of profit. Built in the same barn-raising spirit of the early net, the public interest internet exploits the low cost of organizing online to provide stable, free repositories of user-contributed information. Through careful stewardship, or unique advantages, they have somehow escaped an enclosed and exploited fate as a proprietary service owned by a handful of tech giants.</p><p>That said, while Wikipedia and OSM are easy, go-to examples of the public interest internet, they are not necessarily representative of it. Wikipedia and OSM, in their own way, are tech giants too. They run at the same global scale. They struggle with some of the same issues of accountability and market dominance. It’s hard to imagine a true competitor to Wikipedia or OSM emerging now, for instance—even though many have tried and failed. Their very uniqueness means that their influence is outsized. The remote, in-house politics at these institutions has real effects on the rest of society. Both Wikipedia and OSM have complex, often carefully negotiated, large-scale interactions with the tech giants. Google integrates Wikipedia into its searches, cementing the encyclopedia’s position. OSM is used by, and <a href="https://theodi.org/article/how-are-facebook-apple-and-microsoft-contributing-to-openstreetmap/">receives contributions</a> from, Facebook and Apple. It can be hard to know how individual contributors or users can affect the governance of these mega-projects or change the course of them. And there’s a recurring fear that the tech giants have more influence than the builders of these projects.</p><p>Besides, if there’s really only a handful of popular examples of public good production by the public interest internet, is that really a healthy alternative to the rest of the net? Are these just crocodiles and alligators, a few visible survivors from a previous age of out-evolved dinosaurs, doomed to be ultimately outpaced by sprightlier commercial rivals?</p><p>At EFF, we don’t think so. We think there’s a thriving economy of smaller public interest internet projects, which have worked out their own ways to survive on the modern internet. We think they deserve a role and representation in the discussions governments are having about the future of the net. Going further, we’d say that the real dinosaurs are our current tech giants. The small, sprightly, and public-minded public interest internet has always been where the benefits of the internet have been concentrated. They’re the internet’s mammalian survivors, hiding out in the nooks of the net, waiting to take back control when the tech giants are history.</p><p>In our next installment, we take a look at one of the <a href="https://www.eff.org/deeplinks/2021/05/outliving-outrage-public-interest-internet-cddb-story">most notorious examples of early digital enclosure</a>, its (somewhat) happier ending, and what it says about the survival skills of the public interest internet when a free database of compact discs outlasts the compact disc boom itself.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/539/the-florida-deplatforming-law-is-unconstitutional-always-has-been</guid>
	<pubDate>Sun, 09 May 2021 06:30:37 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/539/the-florida-deplatforming-law-is-unconstitutional-always-has-been</link>
	<title><![CDATA[The Florida Deplatforming Law is Unconstitutional. Always has Been.]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Last week, the Florida Legislature passed a bill prohibiting social media platforms from “knowingly deplatforming” a candidate (the Transparency in Technology Act, <a href="https://www.flsenate.gov/Session/Bill/2021/7072/?Tab=BillHistory">SB 7072</a>), on pain of a fine of up to $250k per day, unless, I kid you not, the platform owns a sufficiently large theme park. </p><p>Governor DeSantis is expected to sign it into law, as he <a href="https://floridapolitics.com/archives/400316-ron-desantis-declares-war-on-big-tech-cartel/">called for</a> laws like this. He cited social media de-platforming Donald Trump as  examples of the political bias of what he called “oligarchs in Silicon Valley.” The law is not just about candidates, it also bans “shadow-banning” and cancels cancel culture by prohibiting censoring “journalistic enterprises,” with “censorship” including things like posting “an addendum” to the content, i.e. fact checks.</p><p>This law, <a href="https://www.eff.org/deeplinks/2020/05/trump-executive-order-misreads-key-law-promoting-free-expression-online-and">like similar previous efforts</a>, is mostly performative, as it almost certainly will be found unconstitutional. Indeed, the parallels with a nearly 50 years old compelled speech precedent are uncanny. In 1974, in <a href="https://scholar.google.com/scholar_case?case=3261378222094247847">Miami Herald Publishing Co. v. Tornillo</a>, the Supreme Court struck down another Florida statute that attempted to compel the publication of candidate speech. </p>
<p>50 Years Ago, Florida's Similar "Right of Reply" Law Was Found Unconstitutional</p>
<p>At the time, Florida had a dusty "right of reply" law on the books, which had not really been used, giving candidates the right to demand that any newspaper who criticized them print a reply to the newspaper's charges, at no cost. The Miami Herald had criticized Florida House candidate <a href="https://www.edweek.org/teaching-learning/disgraced-union-leader-pat-tornillo-dies/2007/06">Pat Tornillo</a>, and refused to carry Tornillo’s reply. Tornillo sued.</p><p>Tornillo lost at the trial court, but found some solace on appeal to the Florida Supreme Court.  The Florida high court <a href="https://scholar.google.com/scholar_case?case=3244127799706723836">held</a> that the law was constitutional, writing that the “statute enhances rather than abridges freedom of speech and press protected by the First Amendment,” much like the proponents of today’s new law argue. </p><p>So off the case went to the US Supreme Court. Proponents of the right of reply raised the same arguments used today—that government action was needed to ensure fairness and accuracy, because “the 'marketplace of ideas' is today a monopoly controlled by the owners of the market.”  </p><p>Like today, the proponents argued new technology changed everything. As the Court acknowledged in 1974, “[i]n the past half century a communications revolution has seen the introduction of radio and television into our lives, the promise of a global community through the use of communications satellites, and the specter of a ‘wired’ nation by means of an expanding cable television network with two-way capabilities.”  Today, you might say that a wired nation with two-way communications had arrived in the global community, but you can’t say the Court didn’t consider this concern.</p><p class="pull-quote">You might wonder why the Florida Legislature would pass a law doomed to failure. Politics, of course.</p><p>The Court also accepted that the consolidation of major media meant “the dominant features of a press that has become noncompetitive and enormously powerful and influential in its capacity to manipulate popular opinion and change the course of events,” and acknowledged the development of what the court called “advocacy journalism,” eerily similar to the arguments raised today. </p><p>Paraphrasing the arguments made in favor of the law, the Court wrote “The abuses of bias and manipulative reportage are, likewise, said to be the result of the vast accumulations of unreviewable power in the modern media empires. In effect, it is claimed, the public has lost any ability to respond or to contribute in a meaningful way to the debate on issues,” just like today’s proponents of the Transparency in Technology Act.</p><p>The Court was not swayed, not because this was dismissed as an issue, but because government coercion could not be the answer. “However much validity may be found in these arguments, at each point the implementation of a remedy such as an enforceable right of access necessarily calls for some mechanism, either governmental or consensual. If it is governmental coercion, this at once brings about a confrontation with the express provisions of the First Amendment.” There is much to dislike about content moderation practices, but <a href="https://www.eff.org/deeplinks/2018/11/eff-court-remedy-bad-content-moderation-isnt-give-government-more-power-control">giving the government more control is not the answer</a>.</p><p>Even if one should decry the lack of responsibility of the media, the Court recognized “press responsibility is not mandated by the Constitution and like many other virtues it cannot be legislated.”  Accordingly, Miami Herald v. Tornillo reversed the Florida Supreme Court, and held the Florida statute compelling publication of candidates' replies unconstitutional.</p><p>Since Tornillo, courts have consistently applied it as binding precedent, including applying Tornillo to <a href="https://scholar.google.com/scholar_case?case=16203454798300551523">social media</a> and <a href="https://scholar.google.com/scholar_case?case=14043487021439226200">internet search engines</a>, the very targets of the Transparency in Technology Act (unless they own a theme park). Indeed, the compelled speech doctrine has even been used to <a href="https://www.eff.org/deeplinks/2020/03/ninth-circuit-private-social-media-platforms-are-not-bound-first-amendment">strike down</a> other attempts to counter perceived censorship of conservative speakers. </p><p>With the strong parallels with Tornillo, you might wonder why the Florida Legislature would pass a law doomed to failure, costing the state the time and expense of defending it in court. Politics, of course. The legislators who passed this bill probably knew it was unconstitutional, but may have seen political value in passing the base-pleasing statute, and blaming the courts when it gets struck down. </p><p>Politics is also the reason for the much-ridiculed exception for theme park owners. It’s actually a problem for the law itself. As the Supreme Court explained in <a href="https://scholar.google.com/scholar_case?case=11083261902857685106">Florida Star v BJF</a>, carve-outs like this make the bill even more susceptible to a First Amendment challenge as under-inclusive.  Theme parks are big business in Florida, and the law’s definition of social media platform would otherwise fit Comcast (which owns Universal Studios' theme parks), Disney, and even <a href="https://www.wired.com/2017/01/lego-life-social-network-kids/">Legoland</a>.  Performative legislation is less politically useful if it attacks a <a href="https://www.bizjournals.com/orlando/news/2019/11/20/heres-a-closer-look-at-orlandos-tourism-impact-on.html">key employer and economic driver</a> of your state. The theme park exception has also raised all sorts of amusing possibilities for the big internet companies to address this law by simply purchasing a theme park, which could easily be less expensive than compliance, even with the minimum 25 acres and 1 million visitors/year. Much as Section 230 Land would be high on my own must-visit list, striking the law down is the better solution.</p>
<p>The Control that Large Internet Companies Have on our Public Conversations Is An Important Policy Issue</p>
<p>The law is bad, and the legislature should feel bad for passing it, but this does not mean that the control that the large internet companies have on our public conversations isn’t <a href="https://www.eff.org/issues/corporate-speech-controls">an important policy issue</a>. As we have <a href="https://www.eff.org/deeplinks/2018/11/eff-court-remedy-bad-content-moderation-isnt-give-government-more-power-control">explained</a> <a href="https://www.eff.org/document/prager-university-v-google-eff-amicus-brief">to courts</a> considering the broader issue, if a candidate for office is suspended or banned from social media during an election, the public needs to know why, and and the candidate needs a process to appeal the decision. And this is not just for politicians - more often it is marginalized communities that bear the brunt of bad content moderation decisions. It is critical that the social platform companies provide transparency, accountability and meaningful due process to all impacted speakers, in the US and <a href="https://www.eff.org/deeplinks/2020/11/during-elections-and-always-platforms-should-listen-their-global-user-basehttps://www.eff.org/deeplinks/2020/11/during-elections-and-always-platforms-should-listen-their-global-user-base">around the globe</a>, and ensure that the enforcement of their content guidelines is fair, unbiased, proportional, and respectful of all users’ rights. </p><p>This is why EFF and a wide range of non-profit organizations in the internet space worked together to develop the <a href="https://santaclaraprinciples.org/">Santa Clara Principles</a>, which call upon social media to (1) publish the numbers of posts removed and accounts permanently or temporarily suspended due to violations of their content guidelines; (2) provide notice to each user whose content is taken down or account is suspended about the reason for the removal or suspension; and (3) provide a meaningful opportunity for timely appeal of any content removal or account suspension. </p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/538/comment-creer-un-serveur-de-fichiers-avec-brave</guid>
	<pubDate>Sat, 08 May 2021 16:41:26 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/538/comment-creer-un-serveur-de-fichiers-avec-brave</link>
	<title><![CDATA[Comment créer un serveur de fichiers avec Brave ?]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Brave est un navigateur Web extrêmement complet qui propose de nombreuses fonctionnalités avancées comme le partage de fichiers grâce au protocole IPFS.</p>

<p>Introduit il y a quelques mois par Brave au sein de son logiciel, le protocole IPFS permet d'héberger ses propres pages web sur un réseau décentralisé, ou chaque élément est stocké dans plusieurs nœuds.</p>

<p>Avec IPFS nous retrouvons plusieurs avantages. D'une part ce dispositif permet de répartir la charge réseau et donc d'optimiser la bande passante. Par ailleurs, le contenu se charge plus rapidement, surtout si le nombre de nœuds pour ce dernier est conséquent. Il ne s'agit alors plus d'accéder à un serveur central classique mais de récupérer le contenu sur les nodes les plus proches. Enfin, et c'est une bonne nouvelle, puisque l'on passe outre le protocole HTTP cela permet d'accéder à des contenus censurés.</p>

<p>Au-delà des simples page Web, ce protocole permet également de partager des fichiers très simplement en peer-to-peer à plusieurs de ses proches en passant directement par le navigateur. En d'autres termes, c'est une peu comme si nous retrouvions une sorte de WeTransfer directement intégré au navigateur.</p>

<p>De la même manière qu'un client BitTorrent , plus il y a de contacts partageant le même fichier, plus la vitesse de téléchargement sera importante.</p>

<p>Comment créer un serveur de fichiers avec Brave ?<br />1. Ouvrez une fenêtre du navigateur Brave et tapez l'adresse brave://ipfs-internals/ dans la barre d'adresses.</p>

<p>2. Cliquer sur Démarrer.</p>

<p>3. Cliquer sur « Mon nœud »</p>

<p>4. Vous arrivez sur l'interface de gestion. Pour envoyer un fichier, cliquez maintenant sur « Fichiers », dans le menu situé à gauche de l'interface.</p>

<p>5. Pour importer un fichier, cliquez sur le bouton "+Import", puis sur « Fichier ». Vous pouvez également envoyer un dossier entier en cliquant sur « Folder ».</p>

<p>6. Choisissez sur votre ordinateur le fichier à importer.</p>

<p>7. Pour partager votre fichier avec un ou plusieurs contacts, cliquez sur le menu d'options, symbolisé par les trois petits points à droite du fichier importé puis sur « Partager ».</p>

<p>8. Cliquer sur « Copy » pour copier le lien de partage.</p>

<p>Il ne reste plus qu'à l'envoyer à vos contacts pour qu'ils puissent commencer le téléchargement.</p>
]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/537/deconstruire-ca-peut-se-faire-a-tout-age</guid>
	<pubDate>Sat, 08 May 2021 16:38:25 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/537/deconstruire-ca-peut-se-faire-a-tout-age</link>
	<title><![CDATA[&quot;Déconstruire, ça peut se faire à tout âge&quot;]]></title>
	<description><![CDATA[<p class="article-text article-body__item">Meufcocotte n'est pas n'importe quelle institutrice. Sur son compte Instagram, elle jouit d'une certaine popularité. Un peu plus de 39.500 personnes la suivent et likent, à l'envi, ses différentes publications au ton, le plus souvent, féministe. Parfois même, comme ce mercredi 2 décembre 2020, elle "parle de [son] travail", partage ses expériences et donne quelques astuces à suivre. Dans celle-ci, elle annonce : "On me demande souvent si je parle en inclusif à mes élèves, voici comment je procède".</p><p class="article-text article-body__item">Ses élèves ont "quatre ou cinq ans", précise-t-elle. Mais ce n'est pas une raison pour ne pas les mettre à la page. "Par défaut, la langue française prévoit que le masculin l'emporte sur le féminin, or dans ma classe, je m'efforce de toujours utiliser les deux en même temps lorsque je m'adresse à toute ma classe". Pour illustrer son propos, elle donne un exemple : "Voyons qui sont les absentes et les absents aujourd'hui". Une initiative insignifiante ? "Certes cette utilisation de la langue est très binaire, se justifie-t-elle. Mais il est à mon sens compliqué et peu pertinent de faire plus complexe à l'âge de mes élèves". Pourtant, à lire la centaine de commentaires d'enseignants, comme ils se présentent, certains vont bien plus loin, jusqu'à faire de l'écriture inclusive une matière (presque) à part entière.</p>
<p>Faire "avancer" les mentalités</p>
<p class="article-text article-body__item">Comme elle, Anne, qui se présente sur son compte comme "enseignante qui dénonce les discriminations à l'école", fait son "petit pas inclusif" en classe. Pour sa part, c'est en écrivant au tableau "les listes d'adjectifs à apprendre avec le point de séparation : content.e ; intelligent.e. Ça ne coûte rien, ça ne les choque pas, et je me dis qu'ils seront habitués à cette façon d'écrire quand ils la verront". Alison, maîtresse en moyenne section, explique de son côté simplement rebondir sur leurs "remarques" pour œuvrer en faveur d'une "société plus inclusive". Même si, "comme ils sont encore petits", il est "difficile de parler de non-binaire, de transgenre"…</p><p class="article-text article-body__item">Autre écueil, soulevé cette fois par une certaine Hellauw : il est compliqué d'employer l'écriture inclusive à l'oral en classe car "impossible à prononcer sans prendre ça pour du féminin (ex : heureux.se)". Heureusement, Sasha vient à sa rescousse : "Pour heureux-se, il y a heureuxe qui se dit heureukse". Ouf ! Un autre internaute abonde : "Quand je m'exprime au neutre, je mets le X après le mot. Par exemple, "je suis content.x". Il y a aussi des articles neutres comme Lo, ael, celleux, ellui etc".</p><p class="article-text article-body__item">Contactés, ces enseignants n'ont pas souhaité nous répondre. Ne s'estimant pas assez "légitimes" ou "représentatifs", pour la plupart, pour s'exprimer, quand d'autres n'ont tout simplement pas donné suite à nos sollicitations. Mais ils ne sont pas les seuls à, désormais, vouloir faire entrer l'écriture inclusive dans la tête des élèves dès le plus jeune âge. Rencontrée sur un groupe Facebook de profs, Agnès*, 32 ans, enseignante d'une classe de CE2 dans le Val d'Oise, tente elle aussi de faire "avancer les mœurs et les esprits" en distillant des petites touches "d'inclusion". "Il n'y a pas d'âge pour prendre conscience du principal défi de notre génération et des générations futures, l'égalité", nous précise-t-elle, par téléphone.</p>
<p>Des mots épicènes pour inclure</p>
<p class="article-text article-body__item">Agnès a un modèle, répète-t-elle à plusieurs reprises : Paulo Freire, pédagogue brésilien décédé en 1997 connu pour sa méthode d'alphabétisation des "opprimés". Elle n'applique pas vraiment ses vues, "trop complexes à ce niveau", qui sont censées pousser les enseignants à se saisir de l'expérience sociale des élèves pour les amener à la problématiser, dans le but de leur faire prendre conscience des rapports sociaux inégalitaires qui organisent la société. Simplement, elle suit cette volonté de tourner la pédagogie vers l'engagement politique, donc vers l'égalité.</p><p class="article-text article-body__item">"Tous les cycles sont bons pour les amener à réfléchir à certains relents conservateurs de la société, explique-t-elle. Déconstruire certains clichés, ça peut se faire à tout âge. Par exemple en disant que le rose n'est pas forcément une couleur de fille, ou en expliquant que tout le monde a le droit d'être cité dans une phrase censée s'adresser à tous. Femmes, hommes, et même les autres. Et là, c'est le moment d'expliquer qui sont les non-binaires et pourquoi ils ont le droit d'être respectés". Pour Agnès, l'apprentissage de l'inclusion s'arrête là, même si elle avoue avoir déjà touché "un ou deux mots" à ses élèves à propos des "mots épicènes" (non-genrés). "Il existe des mots nouveaux, des articles comme des pronoms, pour inclure le maximum de personnes. C'est une démarche positive, je ne vois donc aucun problème à leur dire qu'un monde nouveau s'ouvre. Ensuite à eux de voir s'ils veulent en faire partie".</p><p class="article-text article-body__item">À LIRE AUSSI : <a href="http://marianne.net/agora/tribunes-libres/une-ecriture-excluante-qui-s-impose-par-la-propagande-32-linguistes-listent-les">Une "écriture excluante" qui "s’impose par la propagande" : 32 linguistes listent les défauts de l’écriture inclusive</a></p><p class="article-text article-body__item">Clarissa et Juliette, 29 et 34 ans, elles aussi enseignantes - et elles aussi anonymes pour s'éviter une éventuelle visite de l'inspection, consciente que leur démarche peut "déranger" - sont du même avis. "Il n'est jamais assez tôt pour former des citoyens éclairés", scande la première, enseignante d'une classe double niveau CM1-CM2 dans les Hauts-de-Seine. "Il y a quelque chose de ludique dans cette nouvelle langue française qui se dessine", sourit la seconde, qui exerce dans une école primaire bordelaise, à l'évocation de cette écriture inclusive qu'elle amène parfois à portée de regard de ses élèves.</p>
<p>"Mots mutants"</p>
<p class="article-text article-body__item">Toutes les deux assument : oui, elles ont animé des ateliers, à la fin d'un cycle ou avant de voir s'ouvrir des vacances scolaires, autour de cette "langue en mutation". "Simplement pour les ouvrir à autre chose, pas pour les endoctriner", balaie Clarissa. Au tableau, cette dernière a rédigé une liste de nouveautés à examiner. De nouveaux articles définis neutres (lo, lu, au lieu de le ou la), ou inclusifs (lia, li). Ce fameux pronom : iel, fusion de il et elle. Ou quelques déterminants possessifs inclusifs venus de loin : maon ou taon, fusion de mon et ton. La seconde, elle, après avoir distribué quelques polycopiés comprenant ces "mots mutants", comme s'en est amusé un élève, a lancé un exercice collectif : transformer des phrases du quotidien avec ces nouvelles données.</p><p class="article-text article-body__item">"C'était très amusant, rapporte-t-elle. Dans un premier temps, il ne voyait pas l'intérêt, ils trouvaient ça ridicule, puis ça les a amusés. Ils ont fini par me demander, il y a peu, que l'on fasse à nouveau ce genre d'activités. J'ai été très heureuse de cette réaction que je traduis par une volonté de se saisir d'outils nouveaux". Avant-gardistes les enfants ? Ou simplement clients de l'ubuesque ?</p><p class="article-text article-body__item">Surtout, est-ce vraiment rendre service à ces jeunes enfants que de les initier à ce langage dès l'école ? Dans une tribune publiée sur le site <a href="https://theconversation.com/debat-faut-il-enseigner-lecriture-inclusive-147336">The Conversation</a>, trois spécialistes du domaine s'interrogent (Anne Dister, linguiste, Dominique Lafontaine, professeur en sciences de l'éducation, et Marie-Louise Moreau, professeur de sociolinguistique) et concluent : "L’adoption de ces nouvelles normes se traduit par un plus grand écart entre l’oral et l’écrit. Cela engendre aussi une complexification évidente des règles orthographiques, alors que les modifications proposées sont loin d’être stabilisées et qu’elles entrent en conflit avec les normes ordinaires". Et d'ajouter : "Si on sait qu’une proportion importante d’enfants – plusieurs recherches sont là-dessus convergentes – maîtrisent mal les accords orthographiques en genre et nombre à l’entrée dans le secondaire, on peut pressentir que les nouvelles formes seront moins libératrices que génératrices de difficultés accrues, et donc d’exclusion".</p>
<p>Des mots au service d'une idéologie ?</p>
<p class="article-text article-body__item">Si les enseignants interrogés se défendent en brandissant leur liberté pédagogique, Pierre Favre, vice-président du Syndicat national des écoles (SNE) s'en insurge : "La liberté, c'est celle d'utiliser tous les moyens pour transmettre des savoirs. Or, la langue est le premier des savoirs, c'est l'instrument essentiel, celui qui résume tout, c'est ce qui fait la France. La liberté pédagogique ne peut donc être celle de pouvoir intenter à la langue. C'est donc une démarche interdite et n'importe quel inspecteur au courant de telles pratiques mettrait le hola immédiatement".</p><p class="article-text article-body__item">S'il est convaincu qu'il faut faire de la langue "un objet de plaisir", il voit dans ces pratiques tout de même peu répandues une "déformation de la langue" au service d'une idéologie. "C'est penser que l'instrument va modeler les esprits, avance-t-il. Je sais bien l'intention qui se cache derrière cette démarche : 'Il faut créer les conditions pour que les gens n'aient pas d'autres idées que les nôtres et ça passe par le vocabulaire. En imposant les mots, nous imposons nos idées'".</p><p class="article-text article-body__item">À LIRE AUSSI : <a href="http://marianne.net/politique/gouvernement/les-batailles-perdues-de-jean-michel-blanquer">Les batailles perdues de Jean-Michel Blanquer</a></p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/536/deux-regards-africains-poses-sur-les-collections-du-musee-sur-lesclavage-de-nantes</guid>
	<pubDate>Sat, 08 May 2021 07:17:37 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/536/deux-regards-africains-poses-sur-les-collections-du-musee-sur-lesclavage-de-nantes</link>
	<title><![CDATA[Deux regards africains posés sur les collections du musée sur l&#039;esclavage de Nantes]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Un artiste béninois et un historien ivoirien questionnent la responsabilité des Africains dans le processus colonial, n'hésitant pas à bousculer les discours convenus.</p><p class="fig-paragraph">À partir du 19 mai, une exposition au château des ducs de Bretagne proposera deux regards africains, d'un artiste béninois et d'un historien ivoirien, sur les collections du musée d'Histoire de Nantes sur l'esclavage. «L'objectif est de porter un regard neuf sur nos collections en décolonisant notre pensée», a expliqué, lors d'une visite de presse, Krystel Gualdé, directrice scientifique du musée et commissaire de l'exposition «Expression(s) décoloniale(s) #2».</p><p class="fig-body-link">À lire aussi :<a class="fig-body-link__link fig-premium-mark" href="https://www.lefigaro.fr/arts-expositions/2017/04/27/03015-20170427ARTFIG00304-jean-pigozzi-les-artistes-africains-sont-venus-a-moi.php" data-fig-type="Article" data-gtm-custom-categorie="navigation" data-gtm-custom-action="crossclick" data-gtm-custom-label="Contextuel" data-gtm-event="customEventSPE" data-fig-domain="LEFIGARO">Jean Pigozzi : «Je suis parti avec l'objectif de faire la plus grande collection d'art africain contemporain»</a></p><p class="fig-paragraph">La première édition de l'exposition s'était tenue en 2018 avec l'artiste congolais Moridja Kitenge. Organiser cet événement dans cette ville, qui fut le premier port négrier français avant l'abolition - définitive - de l'esclavage en 1848, est un symbole fort. Jusqu'au 14 novembre prochain, la cour du château et les salles du musée accueilleront vingt pièces de l'artiste béninois contemporain Romuald Hazoumé, dont les oeuvres réalisées à partir de matériaux de récupération sont exposées dans le monde entier. «J'ai le devoir, comme artiste, de dire aux miens qu'il faut prendre notre part de responsabilité dans l'histoire de l'esclavage pour faire notre résilience et régler les problèmes d'aujourd'hui, a déclaré le plasticien à l'Agence France-Presse. Il faut arrêter de dire que les Occidentaux sont les seuls responsables, car pour qu'il y ait des acheteurs d'esclaves, il fallait des vendeurs.»</p>
<p>Des voix «peu entendues et acceptées»</p>
<p class="fig-paragraph">L'historien ivoirien Gildas Bi Kakou a, pour sa part, été convié à commenter plusieurs pièces du musée à l'aune de ses recherches sur la traite négrière en Côte d'Ivoire, qui préexistait à l'arrivée des Européens. «Cette recherche n'est pas encouragée en Afrique car elle gêne pour des raisons politiques et d'harmonie sociale», a indiqué le chercheur, auteur d'une série de cartels intitulés Un autre regard historique.</p><p class="fig-body-link">À lire aussi :<a class="fig-body-link__link fig-premium-mark" href="https://www.lefigaro.fr/musique/gael-faye-l-afrique-n-est-plus-une-colonie-il-y-a-une-decolonisation-des-esprits-a-operer-20190819" data-fig-type="Article" data-gtm-custom-categorie="navigation" data-gtm-custom-action="crossclick" data-gtm-custom-label="Contextuel" data-gtm-event="customEventSPE" data-fig-domain="LEFIGARO">Gaël Faye: «L’Afrique n’est plus une colonie. Il y a une décolonisation des esprits à opérer»</a></p><p class="fig-paragraph">L'historien souligne que les esclaves venaient des côtes mais aussi de l'intérieur du pays, via les cours d'eau, avec l'appui de populations locales qui prélevaient un droit de passage, enchérissant le «coût» de l'esclave au fil de son trajet. «Les voix de cet artiste et de cet historien sont encore peu entendues et acceptées sur le continent africain», s'est navrée Krystel Gualdé.</p><p class="fig-paragraph">Plusieurs oeuvres monumentales sont réalisées à partir de bidons utilisés dans le trafic d'essence frelaté entre le Nigéria et le Bénin. Transportés par des hommes au péril de leur vie, ils alimentaient jusqu'à peu la majorité du pays en essence. Une autre pièce maîtresse, placée à l'entrée du musée, prend la forme d'un dé, formé par des tongs laissées par des migrants avant leur traversée mortifère en Méditerranée, et interroge sur le prix à payer pour obtenir une vie meilleure.</p><p class="fig-paragraph">À VOIR AUSSI - Figaro Hors-Série: le rétablissement de l'esclavage est-il la preuve du racisme «systémique» de Napoléon ?</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>

</channel>
</rss>