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	<title><![CDATA[Signet Loupe: Tous les articles de blog du site]]></title>
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	<description><![CDATA[]]></description>
	
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	<pubDate>Sun, 05 Apr 2026 21:07:31 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[L’IRAN VIENT JUSTE DE PROPOSER À L’EUROPE UN ACCORD SUR ORMUZ.]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>L’IRAN VIENT JUSTE DE PROPOSER À L’EUROPE UN ACCORD SUR ORMUZ. VOUS N’AVEZ AUCUNE IDÉE DE CE QU’ILS VIENNENT DE PROVOQUER.</p>

<p>En surface : L’Iran a offert à l’UE un accès de transit par le détroit d’Ormuz.<br />Ça ressemble à un petit coup diplomatique. De la géopolitique standard.</p>

<p>Ce n’est pas le cas. C’est une putain de bombe nucléaire financière.</p>

<p>Laissez ça vous pénétrer.</p>

<p>&gt; Le détroit d’Ormuz transporte 20 % de TOUTE la consommation mondiale de pétrole<br />&gt; La facture énergétique de l’Europe a bondi de 16,2 MILLIARDS DE DOLLARS en seulement 30 jours de guerre<br />&gt; Le gaz naturel en Europe a grimpé de 100 %. Le pétrole de 60 %. Le diesel à 200 $/baril<br />&gt; Les réserves en dollars sont déjà tombées de 70 % à 56,9 % en 25 ans<br />&gt; L’Iran a rejoint les BRICS en 2024. La Russie a interdit les transactions en dollars. L’or a atteint 5 500 $/once</p>

<p>- Si l’Europe accepte cet accord, ils paieront en euros — pas en dollars<br />- Un seul accord pétrolier majeur hors dollars suffit pour montrer au monde que ÇA PEUT ÊTRE FAIT</p>

<p>Comprenez-vous l’ampleur de ce qui se passe ?</p>

<p>- Le pétrodollar est le système financier le plus puissant jamais créé. Né en 1974. Il a forcé chaque nation sur Terre à détenir des dollars rien que pour acheter du pétrole. C’est toute la base de la domination financière américaine. Pas la force. Pas la confiance. LE PÉTROLE.</p>

<p>- Si ce système se fissure — les BRICS accélèrent, les États du Golfe réexaminent, la demande en dollars s’effondre, et l’Amérique ne peut plus financer sa dette de 34 billions de dollars à des conditions faciles. Les États-Unis ne perdent pas une bataille. Ils perdent LA GUERRE — la guerre financière qu’ils gagnent depuis 1974.</p>

<p>- Le membre du directoire de la BCE Panetta l’a dit le 2 avril : « Même si la guerre avec l’Iran se termine, le mal est fait. » Deutsche Bank a qualifié la guerre avec l’Iran de « catalyseur » pour le yuan remplaçant le pétrodollar.</p>

<p>Ils vous montrent une guerre sur les armes nucléaires et la sécurité régionale.</p>

<p>Ils NE VOUS MONTRENT PAS que la VRAIE guerre porte sur qui a le droit d’imprimer la monnaie de réserve mondiale.</p>

<p>Voici la logique — suivez-la attentivement :</p>

<p>&gt; L’Iran bloque Ormuz pour les États-Unis. L’ouvre pour l’UE avec un accord.<br />&gt; L’UE, désespérée et saignant, envisage sérieusement d’accepter l’accord.<br />&gt; L’accord est conclu en euros ou en yuan. Pas en dollars.<br />&gt; Tous les pays qui regardent — BRICS, Sud global, États du Golfe — voient ça arriver.<br />&gt; « Si l’UE peut contourner le dollar, nous aussi. »<br />&gt; La demande en dollars chute. La part de réserve s’effondre. L’inflation américaine monte.<br />&gt; Vous n’avez pas juste perdu une route commerciale. Vous avez perdu le monopole de 50 ans du dollar sur la confiance mondiale.</p>

<p>Si l’Amérique est si puissante et le dollar si sûr, pourquoi l’UE envisage-t-elle un accord avec le pays que l’Amérique bombarde ?</p>

<p>Si l’unité occidentale est si solide, pourquoi 40 pays se sont-ils réunis pour rouvrir Ormuz et n’ont-ils absolument rien obtenu ?</p>

<p>Silence total.</p>

<p>Ce n’est plus seulement une guerre au Moyen-Orient. C’est une attaque directe contre le pétrodollar — le système qui alimente tout l’empire américain.</p>

<p>Préparez-vous en conséquence.</p>
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	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Sun, 05 Apr 2026 21:03:13 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/1257/il-faut-arreter-avec-ce-pseudo-%C2%AB-racisme-anti-noir-%C2%BB-des-francais</link>
	<title><![CDATA[Il faut arrêter avec ce pseudo « racisme anti noir » des Français !]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Il faut arrêter avec ce pseudo « racisme anti noir » des français, que les Mélenchonistes, monomaniaques de l’anti-fascisme, exploitent au superlatif depuis l’importation du mouvement woke made in USA. </p>

<p>À 18 ans, j’ai flirté avec un étudiant sénégalais ; nous étions en 1963, dans le très bourgeois quartier du Parc Monceau à Paris, et s’il y avait bien, à l’époque, un rejet perceptible du« rebeu » (guerre d’Algérie) il n’y en avait pas à l’endroit des noirs. Gaston Monnerville était Président du Sénat et ça ne posait aucun problème. L’un des fils de Félix Houphouët-Boigny était à Sc.Po Paris en même temps que moi et on faisait de l’humour au second degré sur son patronyme à consonance…Bretonne ! 100/100 Breton d’adoption, en revanche, le Franco-Togolais Kofi Yamgnane (octogénaire comme moi aujourd’hui) maire et député du Finistère ; et qui fut aussi, je crois me rappeler, Secrétaire d’Etat dans le gouvernement de Pierre Beregovoy. J’ai des petits-neveux métis et mon ex préféré à été marié avec une Ivoirienne après moi…Dont il a eu un fils. Omar Sy est toujours parmi les personnalités préférées des Français. Quant à Christiane Taubira, j’ai gardé un merveilleux souvenir de la campagne que nous avons faite ensemble en 1994 pour les Européennes, pendant laquelle son immense talent lui a valu bien plus de suffrages qu’à moi-même. <br />Alors : <br />STOP AUX FAKE NEWS LFI ✋</p>

<p>- Ce qui pose problème, c’est le comportement de délinquants violents, de trafiquants de drogue et de wesh-wesh incontrôlables dans les « quartiers ». <br />- Ce qui pose problème, c’est l’islamisme pernicieux des Frères Musulmans, qui gangrène lesdits « quartiers »<br />- Ce qui pose problème, c’est l’afflux totalement hors de contrôle de l’immigration islamique maghrébine, subsaharienne (souvent via l’Espagne), afghane et tchétchène dans notre pays depuis 10 ans. <br />- Ce qui pose problème, c’est l’essentialisme et le racialisme pervers de l’islamo-gauchisme, sponsorisés par Téhéran. Cette pieuvre irano-chiite mollacratique ne se contente pas de communautariser la France, elle veut l’islamiser ; et ils ont commencé à investir leurs pétrodollars dans cette entreprise il y a près de 40 ans. <br />- Ce qui pose problème, c’est qu’on ne puisse plus dire les choses dans la sphère politique, médiatique et culturelle. Dire les choses telles qu’elles sont, présenter les réalités factuelles, ça fait désordre dans ces milieux qui se veulent « anti-fas » et où il est incontournable d’être pote avec Meluche…</p>

<p>Ce n’est plus du tout mon cas. J’ai toujours été politiquement et médiatiquement libre, car financièrement indépendante, ayant vécu une vie professionnelle avant et après mon parcours d’élue. Mais cette liberté coûte cher. </p>

<p>NB: juste un avis, qui sera sans doute considéré « raciste » : Bally Bagayoko n’a pas une morphologie africaine subsaharienne banale. Il doit être d’origine berbère Touareg, tribu de nomades très présente au Mali. En effet, il est particulièrement fin et longiligne de visage, traits caractéristiques de cette ethnie. </p>

<p>https://fr.wikipedia.org/wiki/Gaston_Monnerville</p>
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	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/1256/y-a-t-il-ou-y-aura-t-il-des-negociations-entre-les-etats-unis-et-l%E2%80%99iran</guid>
	<pubDate>Tue, 31 Mar 2026 07:24:26 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/1256/y-a-t-il-ou-y-aura-t-il-des-negociations-entre-les-etats-unis-et-l%E2%80%99iran</link>
	<title><![CDATA[Y a-t-il ou y aura-t-il des négociations entre les Etats-Unis et l’Iran ?]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Par Alastair Crooke – Le 26 mars 2026 – Source <a href="https://conflictsforum.substack.com/p/are-there-or-will-there-be-us-negotiations">Conflicts Forum</a></p><p>La réponse courte est « non« . Trump fabule quand il dit qu’il est déjà en négociations avec « d’importants iraniens« .</p><p>Il y a une histoire récurrente dans le « narratif des négociations » étasunien ; lors des cycles précédents de « négociations » centrées sur le conflit ukrainien, Trump suggérait régulièrement que des négociations politiques avec la Russie étaient en cours, alors qu’en réalité, Witkoff et Kushner ne faisaient qu’engager une série de pourparlers sans fin avec les Européens sur l’établissement d’un cessez-le-feu et le rôle putatif de « maintien de la paix« , dirigé par les Européens, que les Européens réclamaient. En fait, aucun « plan de paix » n’a jamais été partagé, ni montré au ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov.</p><p>Un « cessez-le-feu » prolongé a ensuite été considéré par la Maison Blanche comme la stratégie de contournement pour tenter de résoudre les problèmes d’architecture de sécurité enracinés entre la sphère des intérêts de sécurité de l’OTAN et de la Russie. La Russie a simplement dit « non » à la tentative de Trump de « renverser l’architecture de sécurité« .</p><p>Le même schéma de dissimulation était évident dans les pourparlers sur le cessez-le-feu à Gaza : des cessez-le-feu ont été proposés sans préciser aucun détail sur ce qui pourrait suivre dans la phase deux du cessez-le-feu.</p><p>Le week-end dernier, Witkoff et Kushner ont dressé leur liste de souhaits pour un autre cessez-le-feu, avec l’Iran cette fois, avec quelques « indices » lancés au sujet de discussion ultérieure. Même histoire. Même confabulation. Un <a href="https://finance.yahoo.com/economy/policy/articles/us-awaits-response-peace-plan-080146084.html">plan de paix en quinze points</a>, élaboré par Witkoff et Kushner, a été soumis aux médiateurs, l’affaire étant décrite par Trump comme “de très bonnes conversations productives concernant une résolution complète et totale des hostilités” car l’Iran “veut désespérément un accord”.</p><p>L’Iran, au grand dam de Trump, <a href="https://english.almayadeen.net/news/politics/tehran-rejects-talks-with-us---let-them-negotiate-with-missi">a dit « non » à cette proposition</a> ; Ebrahim Zolfaghari, porte-parole de l’armée iranienne, a déclaré “Notre premier et notre dernier mot sont les mêmes depuis le premier jour, et cela restera ainsi”.</p><p>L’Iran n’a aucun intérêt à un compromis, à ce stade, car il n’a pas atteint <a href="https://conflictsforum.substack.com/p/irans-audacious-strategic-moves-declared">son ambition stratégique</a> (audacieuse) de renverser la domination militaire et financière américano-israélienne sur la région du Golfe et de la remodeler en une vaste sphère d’intérêt économique et militaire iranienne.</p><p>En tout état de cause, l’Iran détient la domination croissante dans ce conflit – grâce à des décennies de préparation et de planification. L’Iran a déjà démontré qu’il contrôlait les vingt pour cent du pétrole mondial exporté via le détroit d’Ormuz. Il dispose donc des outils (régulation du passage des navires par la voie navigable) pour gérer le volume de pétrole exporté, et, tout aussi important, sinon plus, a la capacité d’influencer les prix à l’échelle mondiale (alors qu’avant, seuls les États-Unis pouvaient le faire).</p><p>En plus d’avoir une composante majeure de l’économie mondiale sous sa coupe (le pétrole), l’Iran dispose également d’un effet de levier sur une grande partie des chaînes d’approvisionnement mondiales et de production de matières premières : hélium ; engrais ; la nourriture et l’acide sulfurique dépendent tous dans une certaine mesure d’Ormuz, et sa fermeture pendant plus de trois semaines crée des pénuries paralysantes qui ne disparaîtront probablement pas rapidement.</p><p>La manipulation du levier économique pétrolier, ainsi que l’insistance de l’Iran pour que les navires transitant par le Détroit paient à la fois des frais élevés et prouvent que leurs cargaisons ont été achetées en Yuans, frappent également au cœur de la vulnérabilité politique de Trump, c’est-à-dire l’économie américaine, à l’approche des élections de mi-mandat aux États-Unis.</p><p>Un rapport régional met en garde :</p><p>L’Iran a un plan pour établir des points de contrôle permanents dans le détroit d’Ormuz afin de compenser ses pertes. Si les menaces de Trump se matérialisent, l’Iran bloquera le détroit d’Ormuz, fermera les routes de la mer Rouge et le front yéménite agira pour sceller Bab al-Mandeb. L’Iran est également prêt à s’emparer des ports bahreïnis si la situation l’exige.</p><p>Trump a dit un jour que perdre l’hégémonie du dollar serait pire pour l’Amérique que de perdre une guerre majeure. Pourtant, c’est précisément ce qui est en jeu dans ce « jeu de poule mouillée » que Trump a entamé avec l’Iran, mais dont il ne sait plus comment sortir, sans humiliation dommageable.</p><p>« Washington est sous le choc », <a href="https://www.maariv.co.il/news/politics/article-1300860">écrit Anna Barsky</a>, correspondante politique en chef de (en hébreu) Ma’ariv en écho <a href="https://www.wsj.com/livecoverage/iran-war-us-israel-news-updates-2026/card/iran-sets-high-bar-in-cease-fire-talks-here-s-what-tehran-is-asking-for-cSJzK3OI8jdqvmKUao0L">à un article du Wall Street Journal</a> décrivant la liste des contre-demandes que les représentants iraniens ont transmises, par l’intermédiaire de médiateurs à l’équipe Trump, comme étant les conditions préalables de l’Iran pour un règlement :</p><p>Les responsables de la Maison Blanche ont décrit les demandes comme étant « une liste de souhaits sans lien avec la réalité sur le terrain ».</p><p>Avec ces cartes économiques déjà entre les mains de l’Iran, et sa capacité soutenir l’escalade des bombardements israélo-américains avec ses propres frappes de missiles de représailles sur les infrastructures des États du Golfe, il semble improbable que Trump obtienne une sortie plausible de cette guerre ; notamment parce que « Israël a son mot à dire » dans cette affaire, et Israël est maintenant passé de l’espoir d’un « changement de régime » à l’insistance pour que les États-Unis s’emparent de l’île de Kharg.</p><p>Israël <a href="https://conflictsforum.substack.com/p/jerusalem-believes-the-path-to-victory">a reconnu</a> que son objectif de changement de régime espéré en Iran avait échoué, écrivent les principaux commentateurs israéliens (<a href="https://www.ynet.co.il/news/article/yokra14719188">Ronen Bergman</a> et <a href="https://www.maariv.co.il/news/politics/article-1299691">Anna Barsky</a>). Ainsi, il recalibre ses objectifs — “Jérusalem [croit maintenant] que le chemin de la victoire [israélienne] passe par le contrôle de l’île de Kharg”, écrit Barsky :</p><p>Selon cette ligne de pensée, si la campagne [américano-israélienne] ne conduit pas au renversement du régime, un geste beaucoup plus tangible est nécessaire — un geste qui privera l’Iran à la fois de la capacité d’exporter du pétrole à une échelle normale et de sa capacité à menacer efficacement le trafic maritime.</p><p>Cette discussion mène à une autre conclusion : sans une présence physique à un point clé, il est très difficile d’empêcher l’Iran de revenir au même schéma … Pour changer la réalité, un contrôle réel doit être créé. Dans ce contexte, Kharg est présenté comme une cible dont la prise de contrôle pourrait simultanément priver l’Iran à la fois de revenus stratégiques et de marge d’action.</p><p>Mais, note Barsky, « On estime cependant que la vraie difficulté n’est pas du côté opérationnel mais à Washington » :</p><p>La question n’est pas de savoir si les États-Unis peuvent atteindre Kharg et prendre le contrôle de l’île. La question est de savoir si Trump est prêt à maintenir une force là-bas pendant longtemps, avec la possibilité de pertes parmi les forces américaines.</p><p>L’ancien officier de la CIA, Larry Johnson, <a href="https://sonar21.com/is-trump-serious-about-negotiations-with-iran/">écrit qu’une intervention américaine</a> à Ormuz est probablement imminente et serait désastreuse (c’est-à-dire entraînerait de nombreuses victimes américaines) :</p><p>[à] moins que Donald Trump ne reconsidère l’affaire, nous verrons probablement les États-Unis tenter de s’emparer des îles Kharg et Qeshm. Si vous lisez <a href="https://sonar21.com/looks-like-donald-trump-is-serious-about-puting-us-boots-on-the-ground-in-iran/">mon article précédent</a>, il semble que Trump utilisera à la fois la Delta Force et la Seal Team 6, ainsi que deux bataillons de Rangers et l’équipe de combat de la 1ère Brigade aéroportée de la 82e, pour s’emparer des îles.</p><p>La 31e Unité expéditionnaire militaire sera en place dans la mer d’Oman, vendredi. J’ai [maintenant] appris que Trump a annulé sa visite au CPAC ce week-end et qu’il n’assistera pas à une collecte de fonds à Mar-a-Lago vendredi soir….</p><p>« On dirait que [Trump] sera occupé à autre chose à partir de vendredi », spécule Larry Johnson :</p><p>Et puis alors ? Ces troupes seront des cibles fixes et courront un risque sérieux d’être coupées de tout ravitaillement. Si l’Iran libère un tsunami de mines, alors la seule option sera le réapprovisionnement aérien, ce qui signifie probablement que ces avions seront confrontés à des tirs dévastateurs venant des batteries côtières iraniennes et des systèmes de défense aérienne. Au lieu d’ouvrir le détroit d’Ormuz, l’action militaire américaine anticipée rendra pratiquement impossible pour tout navire d’entrer ou de sortir du golfe Persique. La fermeture complète du détroit d’Ormuz aggravera encore les dommages économiques causés à l’économie mondiale.</p><p>L’amiral iranien Ali Akbar Ahmadian a réagi à la menace de « bottes américaines sur le terrain » à Ormuz :</p><p>Depuis des années nous attendons [une invasion américaine]. Maintenant, nous n’avons qu’un message pour les soldats américains : Approchez.</p><p>Entre dans mon salon, dit l’araignée à la mouche.</p><p>Alastair Crooke</p><p>Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/1255/usa-donald-trump-fossoyeur-du-regime-des-petrodollars</guid>
	<pubDate>Mon, 30 Mar 2026 20:27:06 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/1255/usa-donald-trump-fossoyeur-du-regime-des-petrodollars</link>
	<title><![CDATA[USA: Donald Trump, fossoyeur du régime des pétrodollars?]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Le statut du billet vert menacé</p>

<p>Le statut du dollar repose sur le fait que les pays pétroliers vendent le pétrole en dollars, contribuant à l'hégémonie du billet vert. S'ils ne se sentent plus protégés par les USA, cet arrangement pourrait s'effondrer. Et avec lui, la montagne de dette en dollars.</p>

<p>Qu'est-ce que le mécanisme des pétrodollars?<br />Le pétrole mondial est coté et libellé en dollars, facturé en dollars, et réglé en dollars. Ce système trouve ses origines dans une série d'arrangements conclus en 1974 et 1975 entre Richard Nixon et l'Arabie saoudite, représentée par son ministre du pétrole le cheikh Yamani. Il a été convenu implicitement que le pétrole des pays producteurs du Golfe doit être majoritairement vendu en dollars, en échange de quoi ces pays bénéficient de la protection militaire américaine.</p>

<p>Conséquence: la demande mondiale pour le dollar a été garantie, car les pays acheteurs de pétrole, comme le Japon ou l'Inde, doivent se procurer en tout temps des dollars pour pouvoir acquérir de l'or noir. </p>

<p>Ce système a permis de garantir au dollar son statut de monnaie de réserve, des décennies durant, car les pays acheteurs le thésaurisent dans les coffres de leurs banques centrales aux fins de commercer dans la monnaie dominante, monnaie reine des matières premières. </p>

<p>De leur côté, les pays pétroliers, qui génèrent leurs recettes en dollars, les ont massivement recyclés dans des actifs en dollars, comme les bons du Trésor (c'est-à-dire la dette américaine), mais aussi dans l'armement américain, les actions américaines, l'intelligence artificielle, ou l'immobilier en dollars.</p>

<p>Ce système, qui explique l'alliance indéfectible entre Washington et Riyad depuis lors, a surtout permis de garantir, depuis 52 ans déjà, un financement bon marché de la dette nationale américaine, qui a explosé de 350% en 20 ans, et qui dépend très fortement de l'existence d'investisseurs prêts à l'acheter. C'est ce que Valéry Giscard d'Estaing a qualifié de «privilège exorbitant.»</p>
<p>
Ce mécanisme pourrait-il prendre l'eau?
</p><p>Ce mécanisme montre désormais ses limites. La protection des pays du Golfe par l'armée américaine n'a pas réussi à intercepter l'ensemble des attaques de drones et missiles sur l'Arabie saoudite, les Emirats arabes unis (EAU), le Koweït, le Qatar, Bahreïn et Oman. Ces monarchies ont vu des infrastructures endommagées et un déclin de leur image de havres stables et prospères du Moyen-Orient. </p><p>Or la protection des Etats-Unis est la partie du contrat que ces derniers doivent assurer pour justifier un système de pétrodollars déjà vieillissant. Mais la défense américaine, coûteuse et inadaptée, a été débordée par les attaques iraniennes simultanées. Bref, les alliés de Washington voient actuellement que la protection américaine n’est pas absolue et qu'elle ne peut leur garantir une sécurité totale.</p><p>
Quels facteurs menacent le régime des pétrodollars?
</p><p>Face à cette déception, les pays du Golfe pourraient se rapprocher d'autres alliés, comme la Chine. Pékin est déjà le premier client du pétrole du Golfe, leur achetant 4 fois plus de pétrole que les Etats-Unis. L'Asie en général est de loin le premier client du Golfe, désormais. Si bien que, si les USA sont les protecteurs du Golfe, l'Asie en est le client économique essentiel.</p><p>Des discussions avancées ont lieu entre Riyad et Pékin sur un commerce bilatéral de pétrole en yuan chinois. La vente de pétrole saoudien en yuans à la Chine reste toutefois une perspective lointaine, car la monnaie chinoise n'est pas totalement convertible et que la Chine instaure des contrôles des capitaux et des restrictions aux investisseurs étrangers. Reste qu'à terme, «l'alignement des intérêts entre l'Arabie saoudite et la Chine pourrait faciliter l'évolution vers des ventes de pétrole en yuan chinois», estimait déjà en août 2024 <a target="_blank" class="Blink__StyledNextLink-sc-daa3c157-1 drGPnQ HTMLView__StyledBlink-sc-d754821-0 ipAkVh" rel="nofollow noopener" href="https://www.spglobal.com/en/research-insights/special-reports/saudi-china-ties-and-renminbi-based-oil-trade?utm_source=chatgpt.com">une analyse de S&amp;P Global</a>, l'agence de notation basée à New York.</p><p>Par ailleurs, l'Iran a récemment délivré une autorisation de passage à travers le détroit d'Ormuz uniquement <a target="_blank" class="Blink__StyledNextLink-sc-daa3c157-1 drGPnQ HTMLView__StyledBlink-sc-d754821-0 ipAkVh" data-uuid-ui="20260305" rel="nofollow noopener" href="https://www.reuters.com/business/energy/china-talks-with-iran-allow-safe-oil-gas-passage-through-hormuz-sources-say-2026-03-05/">au pétrole libellé en yuan</a> chinois. Un incident scruté de près par les marchés, et susceptible d'avoir des ramifications à long terme pour le dollar.</p><p>Ainsi, la Chine fait planer une menace non négligeable pour le système des pétrodollars. Faiblement contestée jusqu'ici, le sacro-sainte entente américano-saoudienne se retrouve clairement fragilisée.</p><p>
Les pétrodollars concurrencés par les pétroyuans?
</p><p>Le régime des pétrodollars était déjà en déclin avant la guerre contre l'Iran, estime la stratège de la Deutsche Bank, Mallika Sachdeva, <a target="_blank" class="Blink__StyledNextLink-sc-daa3c157-1 drGPnQ HTMLView__StyledBlink-sc-d754821-0 ipAkVh" data-uuid-ui="0000000000622186" rel="nofollow noopener" href="https://www.dbresearch.com/PROD/IE-PROD/PDFVIEWER.calias?pdfViewerPdfUrl=PROD0000000000622186&amp;rwnode=REPORT">dans une étude très remarquée, publiée le 24 mars</a>. Ceci, car l'essentiel du pétrole du Moyen-Orient s'achemine désormais vers l'Asie. En outre, le pétrole iranien et russe, sous sanctions, se vend et s'achète hors dollar (c'est 14% de la consommation mondiale), et l'Arabie saoudite teste les possibilités de règlement de <a target="_blank" class="Blink__StyledNextLink-sc-daa3c157-1 drGPnQ HTMLView__StyledBlink-sc-d754821-0 ipAkVh" data-uuid-ui="20260116" rel="nofollow noopener" href="https://www.reuters.com/world/asia-pacific/china-led-cross-border-digital-currency-platform-sees-surge-2026-01-16/">transactions de pétrole hors dollar</a>.</p><p>Au fil du temps, la part du dollar a reculé dans les réserves de changes des banques centrales du monde, passant de 65% en 2015 à 56,9% en 2025, selon le FMI. Avec la guerre en Iran, il n'est pas exclu que les cartes soient rebattues, et que le Golfe se rapproche encore de la Chine et de l'Inde et d'autres pays consommateurs de pétrole à la suite de la déception face aux limites du parapluie militaire américain, <a target="_blank" class="Blink__StyledNextLink-sc-daa3c157-1 drGPnQ HTMLView__StyledBlink-sc-d754821-0 ipAkVh" data-uuid-ui="202603" rel="nofollow noopener" href="https://www.project-syndicate.org/commentary/iran-war-oil-crisis-historical-lessons-by-jim-o-neill-2026-03">estime Jim O'Neill</a>, l'ancien économiste de Goldman Sachs et ex-ministre du Trésor britannique. </p><p>A long terme, <a target="_blank" class="Blink__StyledNextLink-sc-daa3c157-1 drGPnQ HTMLView__StyledBlink-sc-d754821-0 ipAkVh" data-uuid-ui="20260325" rel="nofollow noopener" href="https://www.reuters.com/markets/commodities/gulf-war-rattles-petrodollar-foundations-2026-03-25/?utm_source=chatgpt.com">Reuters prédit</a> une réorientation d'un monde strictement basé sur le pétrodollar, vers un monde où coexisteraient aussi les réserves de «petroyuan», de «petroroupie» et même de «petroeuro».</p><p>Si le régime des pétrodollars perdait sa raison d'être, les conséquences seraient vertigineuses pour le dollar américain. Sans pétrodollars, les banques centrales du monde auraient moins de raisons de détenir des dollars. Le statut de monnaie de réserve du billet vert s'affaiblirait.</p><p>Mais surtout, si moins de pétrole est vendu en dollars, moins de recettes en dollars seraient recyclées dans l'achat de dette américaine. Les Etats-Unis perdraient alors leur «privilège exorbitant». </p><p>La valeur de la dette chuterait, en raison de la baisse de la demande. La nouvelle dette émise peinerait à trouver autant d'acheteurs souverains qu'actuellement. Les taux d'intérêt sur la dette augmenteraient, car la valeur des obligations baisserait, et l'Etat américain serait en difficulté pour servir l'intérêt de la dette. Une charge d'intérêt qui atteint actuellement déjà le niveau vertigineux d'environ 1000 milliards de dollars par année. </p><p>
Ne pas confondre le statut avec le taux de change!
</p><p>Erreur classique: confondre la hausse temporaire d'une monnaie avec sa domination sur le monde. Actuellement, le dollar se renforce sur le marché des changes, à la faveur de la guerre en Iran. Cela mène certains analystes à parler de sa «suprématie». Or cela revient à confondre des fluctuations de changes à court terme avec son statut de monnaie de réserve de long terme. De même, quand le dollar s’appréciait avec le début de la guerre en Ukraine, d’aucuns y voyaient le triomphe du «roi dollar» et la preuve de sa suprématie intacte au plan international. </p><p>Ce qui est vrai: depuis le 28 février, le dollar s'apprécie, comme au début de la guerre en Ukraine. Ce qui est faux: déduire la suprématie ou le statut hégémonique d'une monnaie de sa simple appréciation.</p><p>Dans les faits, le dollar ne s'apprécie significativement que face aux monnaies émergentes, qui se dévaluent. Ceci, car les économies asiatiques sont très dépendantes du pétrole du Golfe. Dès lors, les investisseurs se délestent massivement de ces monnaies. </p><p>Face au franc suisse, le dollar avait baissé depuis des années. Il avait atteint en janvier son point le plus bas depuis 2011, lorsque 1 dollar ne valait plus que 0,76 franc. Puis, il est remonté faiblement. Face à l'euro, le dollar monte depuis le 28 février, mais il avait aussi constamment baissé depuis octobre 2022, passant de 1,08 à 0,84 euro, juste avant les frappes contre Téhéran.</p><p>La raison principale de cette montée récente du dollar? L'anticipation d'une hausse des taux d'intérêt américains. L'inflation créée par la flambée du pétrole fait automatiquement grimper le dollar, car les investisseurs s'attendent à ce que les actifs en dollar, comme les obligations par exemple, soient mieux rémunérés que les actifs d'autres grandes monnaies. Et en effet, les taux d'intérêt américains sont déjà les plus élevés, à 5,25%, par rapport aux 4% sur les taux européens, et au taux très bas de 1,5% sur le franc suisse. </p>
<p><a href="https://www.blick.ch/fr/auteurs/myret-zaki-journaliste-economique-id18044784.html"><br />Myret ZAKI</a></p>
]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
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	<pubDate>Sun, 29 Mar 2026 21:21:19 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Et si le progrès n’en était pas toujours un ?]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Pour Jean-Yves Autexier, ex-membre du cabinet de Jean-Pierre Chevènement à l’Intérieur sous Lionel Jospin, l’ancien Premier ministre incarna à la fois l’exigence du débat et les contradictions du social-libéralisme. Il revient sur un parcours où les arbitrages politiques ont généré, estime-t-il, des fractures durables et placé la gauche dans l’impasse.</p>
<p>La haute stature de Lionel Jospin a dominé les débats et contradictions internes de la gauche durant des décennies. On se souvient des moments-clés. L’affaire du voile des lycéennes de Creil en 1989, renvoyée à la sagesse du Conseil d’État par le ministre de l’Éducation de l’époque, éclairait déjà le débat sur la laïcité. « L’enfant au centre de l’École », mis en exergue par la loi d’orientation de 1989, polarisait la controverse entre le pédagogisme et l’esprit républicain. Et n’oublions pas le congrès de Rennes de 1990, qui campa son opposition frontale à Laurent Fabius pourtant adoubé par François Mitterrand. L’homme goûtait le débat d’idées. C’était donc un rude contradicteur.</p><p>Quand la dissolution hasardeuse de 1997 plaça Lionel Jospin au premier rang, les amis de Jean-Pierre Chevènement souhaitaient évidemment peser sur les choix, et d’abord sur les orientations européennes. L’euro allait sortir des nuées. Lionel Jospin accepta un accord substantiel avec le Mouvement des citoyens : pas d’euro sans l’Italie et l’Espagne, une modification des statuts de la Banque centrale européenne pour inscrire la croissance et l’emploi dans ses objectifs (mais il ne s’engagea pas sur les conséquences en cas de refus de nos partenaires européens). Et une affirmation claire du lien entre démocratie et nation. De sorte que la gauche plurielle semblait partir d’un bon pied. « Dans la Nation, faire retour à la République », « Le retour aux sources de notre République », « L’État véritablement expression de la Nation », « L’Europe ne doit pas se substituer à la Nation » : ces phrases ne sont pas issues d’un livre de Jean-Pierre Chevènement mais du <a href="https://www.vie-publique.fr/discours/163833-declaration-de-politique-generale-de-m-lionel-jospin-premier-ministre" target="_blank" rel="noopener">discours de politique générale du Premier ministre Lionel Jospin</a>, le 19 juin 1997.</p><p>[embedded content]</p><p>De fait, dans les premiers temps, Lionel Jospin veilla aux équilibres de sa majorité plurielle ; des réunions de ministres issus des différentes sensibilités y concouraient. Mais peu à peu, la technostructure habilement dirigée par le directeur de cabinet de Matignon remplaça les dialogues politiques. <a href="https://www.marianne.net/politique/le-premier-reniement-de-letat-hollande" target="_blank" rel="noopener">Olivier Schrameck</a> était au cœur de la toile d’araignée qui reliait tous les directeurs de cabinet des ministères ; les choix étaient préparés de longue main et s’imposaient comme les seuls possibles. L’arbitrage technocratique supplantait l’accord politique entre les composantes de la majorité plurielle. Et de fait, au fil des mois, la « majorité plurielle » s’étiola.</p>
<p>L’affaiblissement de l’État</p>
<p>La justice des mineurs fut une pomme de discorde. Lionel Jospin trancha en faveur d’Elisabeth Guigou et la réforme fut enterrée. L’<a href="https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/affaires-sensibles/le-scandale-de-la-mnef-7790613" target="_blank" rel="noopener">affaire Dominique Strauss-Kahn et la MNEF</a> mit fin à la « dream team ». Dominique Voynet trahissait son mandat pour nuire, à Bruxelles, au nucléaire français ; le Premier ministre n’en tint pas compte, il avait déjà décidé de l’abandon de Superphénix, prix de l’accord avec les Verts. Martine Aubry se débattait avec les 35 heures, réforme dont elle doutait fortement auparavant. Certes, le sociétal faisait une entrée en majesté : parité aux élections législatives, Pacs… Mais <a href="https://www.vie-publique.fr/discours/140868-article-de-m-lionel-jospin-premier-ministre-dans-le-nouvel-observate" target="_blank" rel="noopener">l’affaire corse</a> allait poser un problème autrement redoutable.</p><p>Était-il acceptable pour un gouvernement républicain de négocier avec un mouvement minoritaire indépendantiste faisant parler les armes ? Était-il possible d’accepter une « délégation du pouvoir législatif » à une Assemblée de Corse, sans défaire l’unité de la nation ? Était-il sage de choisir un mode de scrutin qui ferait des indépendantistes les maîtres du jeu ? Là encore, Lionel Jospin se trouvait à la source d’une faille qui allait diviser le pays. Le clivage entre démocrates et républicains, entre l’Europe des régions et l’unité de la nation, était patent.</p>
<p>À lire aussi : <a target="_blank" href="https://revue-laudace.fr/economie/linsecurite-energetique-une-volonte-politique/">L’insécurité énergétique, une volonté politique</a></p>
<p>Un autre débat allait concerner le rôle de l’État : dans l’économie, en premier lieu, avec la privatisation de France Télécom, de Thomson-CSF, du Crédit lyonnais, l’ouverture du capital d’Air France. Face à la fermeture de l’usine Renault à Vilvoorde ou aux suppressions d’emplois, la formule du Premier ministre est restée : « Il ne faut pas attendre tout de l’État ou du gouvernement. » Le rôle de l’État était aussi au cœur des polémiques concernant la sécurité ou l’immigration. Dans les deux cas, Lionel Jospin était sans doute tenté par la fermeté, mais sa volonté était tempérée par les options de ses alliés… et de ses amis ; la justice des mineurs n’a pas pu évoluer du fait de l’opposition d’Elisabeth Guigou, l’esprit du <a href="https://www.vie-publique.fr/rapport/25592-des-villes-sures-pour-des-citoyens-libres-actes-du-colloque-de-villepi" target="_blank" rel="noopener">colloque de Villepinte</a> d’octobre 1997 sur la sécurité peina à s’imposer.</p><p>S’agissant de l’enjeu européen, les prudences énoncées en juin 1997 s’évanouirent lorsqu’il s’agit de signer le 2 octobre 1997 le traité d’Amsterdam, qui mit en place notamment la politique étrangère et de sécurité commune, compatible avec l’Otan, renforça le rôle d’initiative de la Commission et étendit les domaines de vote à la majorité qualifiée (au lieu et place de l’unanimité). Suivra, en mars 2002, le sommet de Barcelone, la décision d’ouverture progressive des marchés électriques et gaziers, la mise en concurrence des services publics… Les fruits de la fin de mandat n’ont pas tenu la promesse des fleurs de 1997.</p>
<p>Un rapport à la France trop désincarné ?</p>
<p>Avec un contradicteur de la stature de Lion Jospin, l’échange était réel. Il était d’ailleurs loyal, ce qui peut surprendre dans le climat d’aujourd’hui, où la communication remplace l’argumentation. Que ces débats, dont l’un entraîna le départ de Jean-Pierre Chevènement du gouvernement, soient placés sous le regard du suffrage universel n’a donc rien de surprenant en démocratie. On pouvait sans doute s’étonner de voir Christiane Taubira, qui ne s’était jamais distinguée des choix gouvernementaux, faire acte de candidature en 2001, mais en faire le reproche à Jean-Pierre Chevènement était une erreur. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il incarnait des choix différents de ceux du gouvernement qu’il avait quitté en 1999. D’ailleurs, les bons esprits n’oublient pas que l’appareil socialiste de la rue de Solférino s’employait à encourager les candidatures Mamère ou Taubira, à trouver les signatures pour la candidature Besancenot, en espérant faciliter de bons désistements de second tour. On sait que les citoyens en décidèrent autrement en plaçant Jean-Marie Le Pen en deuxième position.</p><p>Avec un peu de recul, on distingue mieux le dilemme de ces années Jospin : l’impossibilité de sortir des ornières d’un social-libéralisme qui croyait pouvoir remplacer le social par le sociétal, qui acceptait sans broncher la tutelle de Bruxelles et les règles imposées par le néolibéralisme alors triomphant. Mais sans mesurer vraiment l’impact sur les milieux populaires. La sortie des urnes le 21 avril 2002 fut sans appel : 13 % des ouvriers et 13 % des employés avaient voté Jospin. Un niveau très faible pour un chef de gouvernement de gauche, après cinq années d’exercice. Jamais cependant les socialistes – à de rares et brillantes exceptions – ne firent l’analyse de l’échec, préférant l’imputer aux autres candidats et s’interdisant de ce fait de renouveler leur logiciel, qu’il s’agisse de l’Europe, de l’énergie, de l’industrie, de la sécurité… On se prend à rêver d’un Lionel Jospin combattant pour l’emploi, l’industrie, pour l’indépendance énergétique, rejetant les oukases de Bruxelles, défenseur du rôle de l’État, luttant « sans naïveté » pour le respect de la loi et de la sécurité publique, ramenant à leur place les indépendantistes corses… Sans doute le verdict populaire aurait-il été plus clément.</p><p>« La sortie des urnes le 21 avril 2002 fut sans appel : 13 % des ouvriers et 13 % des employés avaient voté Jospin. »</p><p>Peut-être aussi son rapport à la France était-il apparu trop désincarné à beaucoup de Français. La rigueur et le parler vrai n’empêchaient pas chez Pierre Mendès France un lien très intime avec les citoyens et avec une idée de la nation forgée il est vrai dans la Résistance et la France libre. Lionel Jospin écrivait dans son dernier livre une phrase éclairante sur lui-même : « La place prise par Napoléon Bonaparte dans l’imaginaire national m’intrigue. » À force de se défier des dérives démagogiques, s’est-il interdit d’embrasser tout l’imaginaire populaire ? N’y a-t-il pas là une clé pour comprendre la distance jamais brisée entre lui et les Français ?</p><p>Il reste, pour tout citoyen engagé à cette époque, la nostalgie de la vivacité d’un débat public qui n’effaçait pas le respect dû à son contradicteur. Certes, déjà, les dernières vagues du social-libéralisme s’opposaient au réveil de la souveraineté populaire, les illusions européistes étaient déjà entamées par les réalités. Ces débats préfiguraient ceux d’aujourd’hui. Du moins étaient-ils incarnés par des hommes convaincus et intègres, partisans de la discussion argumentée en raison, un tableau qui alimente les regrets d’aujourd’hui. Ce qui n’empêcha pas le cours des choses de s’imposer et les espoirs de s’enliser dans les sables du néolibéralisme.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
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	<pubDate>Sun, 29 Mar 2026 16:39:20 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[L’imaginaire politique préempte la question sociale]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Je partage l’essentiel de ce qui a été dit sur la réalité objective de la question des « catégories populaires ». Au total, les catégories populaires au sens des familles d’employés et d’ouvriers existent même si on est passé du secteur de l’industrie aux services ; elles sont majoritaires dans le pays et le corps électoral et elles font et défont les majorités électorales selon leurs décisions ou pas d’aller aux urnes et leurs choix électoraux. Enfin les catégories populaires sont situées géographiquement. De ce point de vue, j’ai été vivement intéressé par les précisions apportées par Monsieur Guilluy.</p>
<p>Jean-Pierre Chevènement ne pose pas la question des catégories populaires mais celle du peuple, de la représentation qu’ont les catégories populaires d’elles-mêmes.</p><p>Ma méthode, pour répondre à la question « Où est passé le peuple ? », est radicalement différente de celle de nos amis qui partent d’une réalité géographique ou sociologique (considérant les faits sociaux comme des faits). Cette démarche est décisive. Ma méthode est de confronter cette réalité aux discours et conduite des catégories populaires. Cette confrontation nécessaire est féconde pour expliquer les paradoxes apparents et aussi répondre à la question que pose Jean-Pierre Chevènement, celle du caractère superstructurel, sur la responsabilité des forces politiques traditionnelles, des élites, des média (des « opérateurs historiques », dit-il).</p><p>Professionnel de l’opinion, je pars donc des représentations que les individus ont de la société et d’eux-mêmes afin de les confronter à leurs conduites et à la réalité décrite par les travaux de nos amis sociologues économistes, géographes. Cette façon de procéder m’amène à constater que les conduites ne collent pas aux représentations et donc que les individus, les catégories sociales et les peuples ont un imaginaire. Cet imaginaire n’est ni la réalité, ni une illusion de la réalité mais une façon pour les peuples, les catégories sociales et les individus, de s’approprier une réalité qui leur échappe. Je suis parvenu à cela en essayant pendant vingt ans de comprendre les contradictions, les paradoxes apparents entre perceptions et réalités.</p><p>Premier paradoxe, depuis quinze ans, la société française a eu tendance à voir ses inégalités sociales et spatiales s’accroître alors même que je constate un recentrement idéologique des représentations des Français, touchant les catégories populaires et classes moyennes, qui s’est opéré, à partir du début des années 1990, autour de notions dont il faut dire qu’un petit nombre autour de Jean-Pierre Chevènement ont été les premiers à gauche à les porter ou à les porter à nouveau : l’idée républicaine, l’idée de citoyenneté et l’idée de nation.</p><p>Comment se fait-il que, dans un pays qui s’écartèle en termes d’inégalités spatiales et sociales, les individus recourent, non pas à la « dispute sociale », mais au retour de valeurs comme la République et la Nation qui sont des valeurs du « commun » ? Pourquoi peut-on, quand on subit les inégalités sociales, se détourner de la gauche qui fait de la lutte contre les inégalités la priorité et voter à droite en France et en Europe ?</p><p>C’est que ces phénomènes n’affectent pas tant les classes sociales perçues comme entités « en soi et pour soi » que des réponses d’individus qui, privés d’appartenances sociales collectives, recherchent une sécurisation commune au travers d’un imaginaire collectif.</p><p>Il faut prendre une perspective historique pour en rendre compte. Le capitalisme managérial, en invitant les individus à se projeter dans la promesse d’un meilleur avenir socioprofessionnel, a désenclavé, au sein des catégories populaires, les ouvriers de leur identité construite au travers de leur conscience de classe, en leur permettant de se construire une identité individuelle au travers de leur distinction par la consommation et la recherche d’identités plurielles (génération, genre, culture ….). Le commun se projetait insensiblement vers une meilleure distribution sociale pour accéder à la consommation. Lors d’une discussion relatée par Malraux dans ses Antimémoires (1), le Général de Gaulle, part d’un éclat de rire à l’évocation de la question de la révolution en mai 1968 : « La révolution ? Il n’y a plus que le niveau de vie ! ». La perspective pour la classe ouvrière de se projeter dans un accès à la société au travers de la consommation et du niveau de vie, au travers d’une bataille ici et maintenant pour la redistribution sociale des fruits du travail, a dissous la conscience de classe autour de l’idée que la mobilité sociale qu’autorisait le capitalisme managérial leur permettait de se déployer en revendiquant eux aussi l’accès aux droits économiques, sociaux et culturels liés à ce stade du capitalisme.</p><p>Parallèlement la gauche politique accompagnait idéologiquement ce mouvement de perte d’identité de classe. Jusque dans les années 1970, le Parti communiste mettait en avant le fait que les ouvriers étaient, non pas des exclus, mais l’avenir de l’humanité. Georges Marchais, à partir de 1981, opte pour le misérabilisme en indiquant que le PC est : « le parti des pauvres ». Dans le même temps le Parti socialiste se centre sur les classes moyennes, devient opérateur de la « modernisation » de la France et laisse à eux-mêmes les ouvriers. Les catégories populaires ont le sentiment que la gauche s’éloigne d’eux pendant qu’à droite, au gaullisme visant à donner aux ouvriers une place au sein de la nation au travers d’une alliance explicite entre le capital et le travail, étaient préférés le capitalisme et l’actionnariat populaire d’Édouard Balladur.</p><p>Le vote Front national, au début des années 1980, n’est pas seulement le fait d’un électorat populaire communiste puis socialiste qui se serait déplacé vers le vote Front national, mais aussi celui d’un électorat ouvrier qui votait à droite. La nature du vote Front National de catégories populaires visait – non plus au travers de la question sociale, préfiguration demain du commun socialiste, abandonnée par la gauche, ni de l’alliance capital-travail au sein du commun immédiat de la nation, abandonné par les gaullistes – à donner aux ouvriers comme individus une place au sein d’une nation excluante par sa géographie au travers de la « préférence nationale ».</p><p>Incidente : le vote populaire frontiste s’est porté en 2007 sur le candidat Sarkozy, non par défaut (comme le vote Le Pen), sur les thèmes de l’immigration et du nationalisme, mais positivement, sur celui de la place de chacun au sein de la nation, en construisant une cohérence individuelle et collective, sociale et nationale au travers du triptyque : « travail – mérite – pouvoir d’achat ». Sarkozy a récupéré cet électorat par la nation et non le nationalisme.</p><p>Au début des années 1990 le passage du capitalisme managérial au capitalisme patrimonial, celui non plus du manager mais celui de l’actionnaire, va entraîner le fait que ce sont les classes moyennes qui vont rejoindre les catégories populaires en basculant, face à la contingence de leur devenir social porté par la prévalence de la finance sur l’économie, dans l’antilibéralisme idéologique.</p><p>Au total tout cela nous ramène à ce que j’appelais dans un récent papier du Débat l’imaginaire national. Dans notre pays, l’individu construit son identité au travers d’un imaginaire qui est une dispute commune. Sous le capitalisme paternaliste, dans l’entrechoc frontal de classes, il y a de vives disputes idéologiques sur la question politique et sociale. Avec un État faiblement régulateur, les individus sont à l’abri d’appartenances collectives de classes (paysannerie, classe ouvrière, cadres, patrons) qui mènent ici et maintenant une bataille en légitimité pour définir qui porte l’intérêt général justifiant la question immédiate du partage des richesses. Sous le capitalisme managérial avec un État redistributeur, la promesse que demain soit meilleur qu’aujourd’hui libère l’individu de la nécessité de recourir à l’insertion de la classe pour définir son identité…C’est l’individu qui alors choisit son rapport au collectif par phénomène de reconnaissance ou de distinction par la mobilité sociale et la consommation médiées par le politique. Le moment 68 sera la conjonction à la fois d’un anticapitalisme et de l’individualisme dressés contres les figures des autorités verticales au sein de la société (l’État, le Général, le macho, le petit chef, le bureaucrate, le mandarin, le patron, le gradé). Comme le commun est assuré dans le futur meilleur on peut se disputer ici et maintenant.</p><p>C’est le capitalisme patrimonial qui, en retirant le commun d’un avenir meilleur individuellement et collectivement, entraîne le retour à des notions collectives communes défensives comme la nation, la République… Face à la contingence et la peur du déclassement, la dispute sociale se retire. Revient alors la question de ce qui lie ensemble les individus privés de références communes de classes.<br />La dispute sociale cède le pas devant la recherche de communion dans des appartenances collectives. L’accroissement des inégalités, au lieu d’exacerber la question sociale en rendant le destin des individus contingent, les amène à rechercher ce qui fait le commun dans leurs insertions.<br />Pourquoi le pays vote-t-il massivement pour Nicolas Sarkozy, y compris au sein des familles des catégories populaires? Ce n’est pas tant que les ouvriers ne soient plus sensibles à la question sociale. C’est qu’il faut d’abord définir un commun avant de pouvoir se déployer dans une dispute dans la projection d’un meilleur possible.</p><p>Les inégalités se creusent alors mais surtout, l’avenir n’étant plus balisé, cela n’entraine pas le retour des classes mais la recherche de valeurs de communion, soit inclusives à gauche soit exclusives à droite. Au total, idéologiquement le pays est à gauche sur le souhaitable et politiquement à droite sur le possible.</p><p>La forme particulière de bonapartisme qu’incarne Nicolas Sarkozy est la résolution de cette contradiction. La forte participation à l’élection présidentielle et le score de Nicolas Sarkozy tiennent au fait que ce candidat a su, chemin faisant, articuler la question de la dispute, non pas comme une dispute sociale mais comme une dispute morale entre le bon grain et l’ivraie, le travailleur et l’assisté, le bon jeune de la « racaille », la « France qui se lève tôt » de celle qui se lève tard, « l’immigré choisi » et « l’immigré subi ». C’est ce qui nourrit le vote de premier tour. Au deuxième tour il construit un récit national, porté par Henri Guaino en sollicitant les figures historiques, Jaurès, de Gaulle.</p><p>A la présidentielle le Bonaparte Sarkozy remet à l’Elysée le lieu de la définition de notre identité politique au travers d’une dispute commune qui n’est plus portée à gauche par l’idée de « progrès », à droite par l’idée de « marché » et par tous par « l’Europe comme la France en grand » et qui explique le retour de la participation électorale. C’est une articulation entre la dimension temporelle, au travers de la distinction et la sécurisation morale qu’il offre aux catégories populaires désaffiliées, et la dimension spirituelle dans un propos de communion en forme de récit national, au second tour qui lui permet de faire un score historique.</p><p>Je suis donc intéressé par la géographie sociale décrite par Christophe Guilluy. Si la France des banlieues est, socialement et de façon ascendante, mobile, elle peut, nonobstant la question ethnique, se projeter positivement dans un avenir relativement meilleur, plus facilement que la France populaire reléguée et isolée dans le périurbain qui a besoin d’un Bonaparte qui tienne ensemble la société dans l’imaginaire des Français. Le vote en faveur de Ségolène Royal dans les banlieues serait dû, non seulement au fait qu’elle dit aux Français d’origine immigrée : « Vous faites partie de la communion nationale », mais à une mobilité suffisante pour que les individus se satisfassent du discours de la gauche sur le « commun égalitaire » et le refus de trier entre le bon grain de l’ivraie.</p><p>Les catégories populaires qui votent pour Nicolas Sarkozy ont en tête, non pas la question sociale qui est celle de la dispute, mais la question du « commun ». Nicolas Sarkozy propose une double sécurisation morale et temporelle : « Vous êtes du bon côté de la barrière de l’exclusion sociale » et une appartenance nationale et spirituelle : « Vous êtes dans un commun national ».</p><p>Selon ma grille de lecture, au travers de la façon dont se construit notre « imaginaire national », le moteur de l’évolution actuelle – y compris de la radicalité dans les entreprises – n’est pas la question de la dispute sociale mais la question de l’insertion dans le « commun ». Les ouvriers veulent avoir la garantie qu’ils font toujours partie de la communauté sociale et de l’entreprise et les électeurs des catégories populaires veulent qu’on leur dise qu’ils font toujours partie de la communauté nationale. Donc, plus les individus sont insécurisés économiquement et socialement, plus ils ont besoin d’être sécurisés moralement. C’est ce qu’a apporté Nicolas Sarkozy à la dernière élection présidentielle. Dans d’autres pays d’Europe, on appelle cela le populisme. Chez nous ce n’est pas le populisme, c’est le bonapartisme, dont la fonction historique est la résolution de contradictions. Nicolas Sarkozy incarne aujourd’hui cette fonction. Durant la présidentielle, il a été capable de fabriquer une clef de résolution de la contradiction entre l’antilibéralisme idéologique du pays (dû au fait que la crise du capitalisme et le capitalisme financier l’empêchent de se projeter dans un avenir meilleur) et le fait que ce pays n’est pas anticapitaliste. Le pays est antilibéral, il n’est pas anticapitaliste. Contrairement à ce qui était attendu par Marx, l’État se retirant de la nation dans le stade actuel du capitalisme, c’est le salariat qui souhaite le maintien des rapports sociaux et de ses compromis antérieurs et la bourgeoisie transnationale qui développe à l’échelle internationale les forces productives.</p><p>Le lien de Nicolas Sarkozy avec les Français se rompt fin 2007, début 2008 quand, par le contournement du pouvoir d’achat, il délite son projet temporel « travail + mérite = pouvoir d’achat » qui, réhabilitant la fierté du travail, redonnait aux ouvriers leur place dans l’imaginaire social. Au même moment, la surexposition de sa vie privée ébranle le rapport spirituel à la Nation.<br />Aujourd’hui, les Français se demandent à nouveau quel est le « commun » dans la société.<br />Si le lien de Nicolas Sarkozy avec les Français s’est délité, il garde le monopole de l’imaginaire politique.</p><p>La difficulté de la gauche, au plan national, vient de son incapacité à construire une cohérence entre la question de l’incarnation, c’est-à-dire la question de l’imaginaire, du projet, et la question du levier de ses politiques. C’est ce qui explique le paradoxe apparent de ses bons résultats dans les élections intermédiaires. En effet, les politiques municipales offrent, a minima, la promesse d’une cohérence entre incarnation du maire, le projet municipal commun et politiques locales portées par la gauche. Alors un commun spatial et égalitaire est possible.</p><p>Dans les temps de crise, la fonction du politique est de donner aux individus une place dans l’imaginaire de la société. J’ai été vivement intéressé par la question de l’imaginaire des banlieues. Selon les sondages que j’avais réalisés pendant la crise des banlieues, 80% des Français souhaitaient un couvre-feu en banlieue. Ce que vous avez dit, concernant les banlieues, sur la différence entre l’imaginaire des médias et ce que vous observez est intéressant. Mais les Français ont besoin d’un imaginaire sur les banlieues, alors même que cet imaginaire ne correspond pas à la réalité. Cet imaginaire, dans l’espace, est similaire à celui qui permet à l’ouvrier pauvre de se distinguer des assistés. Chacun a besoin de fixer mentalement dans son imaginaire la zone de l’autre dont on ne souhaite pas être. On tient à cet imaginaire qui permet de se rassurer en se disant qu’on ne fait pas partie des banlieues. C’est cet imaginaire qui pointe, au sein de l’immigration, l’immigré le plus récent. Les choses vont très vite, les comportements politiques le montrent : au bout de la première génération – c’est une marque de la réussite de l’intégration – l’avant-dernier arrivé veut refermer la porte aux nouveaux immigrés. Les individus qui n’arrivent pas à se projeter dans l’avenir ont besoin d’avoir dans l’imaginaire la marque de celui qui est tout à fait différent. J’ai été le premier en France à faire des études auprès des SDF. Des entretiens, il ressortait toujours que le voisin d’à côté (« vraiment alcolo ») était encore plus exclu. C’est le même processus dans les prisons où on « fait la peau » aux pédophiles. On se sécurise moralement en pointant l’autre tant on est soi-même inquiet de ne plus être dans la communion. Le politique, plus dans notre pays qu’ailleurs, a en charge de résoudre ces contradictions car chez nous la réussite individuelle ne fait pas société.</p><p>L’erreur du Parti socialiste de la « nouvelle synthèse » que je pointais avant la présidentielle de 2002 fut de penser que les « exclus » étaient une catégorie sociale et que l’on pouvait impunément fragiliser les catégories populaires au travers de cette référence « inclus/exclus ». L’exclusion est un processus, pas une catégorie, encore moins une identité. Plus on est exclu objectivement, moins on se reconnaît dans l’idée d’être exclu. La marque de la déconnexion du Parti socialiste d’avec les catégories populaires s’exprime dans l’impasse sur le « travail » et sa « fierté » dans une forme de misérabilisme social au travers de l’idée que les plus en difficulté pourraient se reconnaître comme appartenant à une catégorie reléguée.</p><p>Avant la pauvreté, avant l’exclusion, la préoccupation des individus c’est de faire partie d’un « commun ». Plus on fait partie de ce « commun », plus on peut se déployer dans la dispute sociale. Plus la dispute est là, plus elle se fait sur un objet commun.</p><p>Voilà la façon dont j’interprète la raison pour laquelle le peuple ne se retrouve pas dans le moment actuel, alors même que s’accroissent les inégalités sociales, dans le peuple défini au travers d’une dispute sociale.</p><p>——–<br />1/ Les « Antimémoires » d’André Malraux (première publication en 1967) composent avec « La Corde et les souris » l’ensemble intitulé « Le Miroir des limbes » achevé et entré dans la Pléiade en 1976</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Sun, 29 Mar 2026 16:24:57 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[La société iranienne en mouvement]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Merci de me convier à partager l’expérience que j’ai de l’Iran. Ce n’est pas l’expérience d’un politologue mais plutôt celle d’un chercheur en sciences sociales. J’étudie la géographie de l’Iran, j’essaie de comprendre pourquoi les lieux ont de l’importance, pourquoi Téhéran n’est pas le Baloutchistan, Yazd n’est pas Tabriz, Ispahan n’est pas Chiraz et pourquoi leurs habitants sont différents.</p>
<p>Ces derniers temps ont été marqués par l’émergence d’une société iranienne très active. Les média nous montrent régulièrement des femmes iraniennes qui, malgré la loi qui leur est imposée, réussissent à prendre leur place dans la vie sociale. Aujourd’hui, les femmes iraniennes sont plus nombreuses que les garçons à l’université (62%), elles ont moins d’enfants que les Françaises. On observe donc un changement très important dans la sociologie féminine qui, évidemment, a une traduction politique.</p><p>On peut aussi parler d’une société qui bouge avec les jeunes, non sans avoir rappelé que l’Iran est, après Israël et le Liban, le pays le plus vieux du Moyen-Orient. La baisse de la fécondité depuis 1986 a entraîné la chute du nombre d’enfants de moins de quinze ans. Les générations les plus nombreuses ont entre vingt-cinq et trente ans (même si l’Iran est plus jeune que la France et si les jeunes Iraniens restent nombreux).</p><p>En 1999, des émeutes étudiantes avaient rassemblé pendant quelques semaines des jeunes gens qui n’avaient pas réussi à convaincre leurs parents de les suivre. Aujourd’hui, dans la rue, on voit, à côté de quelques jeunes, de nombreux adultes de trente-cinq à quarante ans, c’est pourquoi ce mouvement est important. Si la société iranienne bouge, c’est justement parce que l’Iran n’est pas un pays de jeunes, mais un pays de jeunes adultes, ce qui est fondamentalement différent dans la dynamique sociale et dans la durabilité de ce mouvement. La révolution date de trente ans et les moins de quarante ans, environ 75% de la population, n’ont jamais connu le régime du Shah. Autrement dit, on est dans un phénomène nouveau où la majorité de la société n’a plus la nostalgie du « temps jadis », la référence au passé a disparu. A l’époque du Shah, il y avait en Iran 170 000 étudiants, il y en a 2 500 000 aujourd’hui. La population a doublé et le nombre d’étudiants a été multiplié par quinze. Le niveau scolaire est ce qu’il est mais, aujourd’hui, une fille de la classe moyenne passe son bac à dix-huit ans et peut dire à ses parents : « J’accepte de ne pas aller à l’université, c’est trop loin. Mais je veux préparer un BTS de chimie à l’IUT proche… ». Après son BTS de chimie, elle aura vingt ans et n’épousera pas le cousin à qui elle était promise, elle poursuivra par une licence dans un College et, sa licence terminée, passera un doctorat. A vingt-cinq ans, elle épousera qui elle voudra. Les choses ont beaucoup changé en matière d’éducation et cette population éduquée se trouve également dans les campagnes où 80% des femmes rurales sont alphabétisées. Ce changement culturel montre que l’Iran est entré dans une mondialisation qui reste par ailleurs virtuelle : c’est par la connaissance, par le livre, par la radio, la télévision, internet que les Iraniens ont connaissance de ce qui se passe dans le monde car ces Iraniens des classes moyennes et populaires ou des petites villes demeurent aujourd’hui coupés du reste du monde.</p><p>Donc, la société bouge, s’active, regarde ce qui se passe à l’extérieur. La société est mécontente. Même ceux qui ont voté Ahmadinejad récemment sont mécontents. L’économie marche mal, l’inflation est gigantesque, le chômage n’en finit plus de monter. Mais entre le mécontentement social et le changement politique, le passage est difficile à faire dans un pays qui n’a pas de structures politiques. « Ils n’ont qu’à faire la révolution ! Ils n’ont qu’à changer de gouvernement ! » entend-on. Cela ne se fait pas si facilement.</p><p>Il s’est passé quelque chose de très important au mois de juin dernier.</p><p>En Iran, les élections avaient pour fonction principale de légitimer le vainqueur qui suscite un consensus. Il était élu avec quelques 75% des voix et tout le monde rentrait chez soi sans trop de problèmes, même si le vaincu n’était pas content, même si les fraudes étaient, comme d’habitude, assez importantes.</p><p>Or, cette fois-ci, pour la première fois, les élections avaient un enjeu parce que Barack Obama avait dit quelques mois avant les élections : « Je reconnais la République islamique d’Iran, je ne suis pas d’accord avec vous mais je respecte votre opinion ». Il a ainsi commis un « attentat politique », en quelque sorte, contre la République islamique en démolissant l’un de ses piliers : l’opposition aux États-Unis. Ceci a complètement perturbé le jeu politique. Au lieu d’opposer, comme d’habitude les plus ou moins à droite, les plus ou moins à gauche et les plus ou moins islamiques, les élections avaient pour la première fois un enjeu stratégique : la possibilité de mettre fin à trente ans de guerre froide contre les États-Unis, donc de stabiliser la République islamique. En effet, si les États-Unis ne s’opposent plus à cette république, elle a vocation à pouvoir continuer et celui qui serrera la main d’Obama sera le deuxième fondateur de la République islamique.</p><p>Or l’opposition n’était pas préparée à cela. Les quelques opposants habituels, les has been : Monsieur Karoubi, un vieux mollah, les amis de Monsieur Rafsandjani, un ancien au pouvoir depuis 30 ans, Moussavi, l’ancien premier ministre du temps de la guerre et de la soviétisation de l’économie, avaient pour vocation d’être celui qui serrerait la main d’Obama, mais cette opposition était divisée et surtout ne représentait pas l’avenir, la nouvelle société. Elle a fait cependant ce qu’elle a pu, et a même fait un travail magnifique dans les trois semaines qui ont précédé les élections, la « vague verte » a mobilisé les foules, mais on ne change pas un système politique en trois semaines, ni en trois mois.</p><p>Ahmadinejad a été un « bon » président, il a changé les préfets, les sous-préfets et les responsables de cantons en vue de contrôler l’élection, il était donc capable de « gagner » cette élection, en les contrôlant, comme d’habitude… Être élu avec 63% des voix (contre 75% d’habitude) n’est pas exceptionnel. Mais cette fois-ci, les gens sont descendus dans la rue, ils ont dit : Non, je n’accepte pas l’élection. Où est mon vote ? Ils ont considéré que l’habituelle fraude était cette fois-ci inacceptable parce qu’il y avait un véritable enjeu. C’est ce qui a donné à la société iranienne le courage d’aller dans la rue : Les États-Unis nous soutiennent, ils ne vont pas casser la dynamique comme ce fut le cas à l’époque où l’Amérique avait refusé plusieurs fois la main tendue par Khatami, soumettant les Iraniens au despotisme d’Ahmadinejad.</p><p>Cet enjeu explique pourquoi la foule était dans la rue – un ou deux millions à Téhéran -, mais la protestation a eu lieu et continue dans toutes les villes et les villages d’Iran. Elle sera durable parce que ce ne sont pas des étudiants qui font la révolution mais des gens comme vous et moi, qui sont mariés, ont deux enfants et travaillent. Ils ne font pas la révolution pour le plaisir mais poussés par une contrainte vitale et stratégique.</p><p>La situation est donc tout à fait nouvelle en Iran, avec une société qui passe au politique et qui est frustrée par des élections qui auraient dû entraîner ce passage au politique, à une nouvelle politique.</p><p>Ce passage à un changement politique a-t-il des chances d’aboutir ?<br />J’analyse souvent la politique iranienne selon ses trois composantes importantes :<br />La composante islamiste, conservatrice, traditionnelle. Depuis trente ans les mollahs contrôlent le pays.</p><p>De l’autre côté de l’échiquier politique, la tendance mondialiste ou internationale rassemble les gens qui, par le pétrole, par l’éducation, par la science, voient l’Iran comme une puissance régionale importante, un pays moderne qui peut vivre au XXIe siècle.</p><p>Entre les deux il y a les nationalistes.<br />La révolution contre le Shah, allié des États-Unis, avait uni les islamistes et les nationalistes contre les mondialistes. Contre l’impérialisme américain, des nationalistes iraniens s’étaient associés aux islamistes. Khomeyni et les intellectuels de gauche firent tomber le Shah en 1978, et depuis lors, le gouvernement iranien est dirigé par cette alliance islamistes-nationalistes. Le fait nouveau est que les nationalistes, ont été « libérés » par Obama qui a déclaré ne plus être leur « ennemi », ils peuvent donc aujourd’hui se rapprocher de « l’international » qui, désormais, n’est plus adversaire de l’Iran. Cette translation de la masse du nationalisme iranien de l’islamisme vers l’international était à mi-chemin au moment des élections en juin. Le balancier continue aujourd’hui parce qu’il est durable, à condition que la politique américaine continue dans le même sens. Si la politique américaine s’arrête, le balancier s’arrêtera et risque de repartir vers l’islamisme associé au nationalisme. Le jeu continue. La situation, en pleine mutation, est assez délicate.</p><p>Qui décide en Iran ?<br />Les Iraniens avaient sur la table une solution au problème nucléaire. Mais en Iran, aujourd’hui comme hier, personne ne décide. En effet, le système des mollahs consiste à trouver un consensus : on discute, on réunit un conseil à huis clos jusqu’à ce que tout le monde soit d’accord. C’est-à-dire jamais. Traditionnellement, chaque mollah est en effet indépendant de ses collègues, il y a donc division a priori. Tout le monde se dispute et on sort de la salle avec un consensus minimum, toujours radical : Mort à l’Amérique ! Mort à Israël ! Cette capacité de dire non, ce conservatisme au vocabulaire « révolutionnaire » a été caractéristique de l’Iran jusqu’à aujourd’hui.</p><p>Le problème est que les États-Unis ont changé de stratégie politique et qu’il faut répondre vite en raison de l’importance du calendrier nucléaire. Ahmadinejad a choisi une solution à la chinoise : il a bunkerisé la République islamique. Les opposants sont jetés en prison, on verrouille le système, les Gardiens de la Révolution bloquent la machine et la République islamique est « sauvée » parce qu’elle est mise au congélateur, incapable de bouger et que la société est bloquée par la répression. Il peut alors serrer la main d’Obama et accepter un accord ponctuel sur le nucléaire. Il peut faire l’ouverture internationale parce que le cœur du système est bloqué.</p><p>Mais, je l’ai dit tout à l’heure, la société continue et continuera de bouger. Il sait donc qu’il ne peut pas faire n’importe quoi, mais il n’est pas capable de compromis et répond par la fuite en avant. L’Iran n’est pas la Chine populaire et cette méthode de gouvernement fondée sur la seule répression semble vouée à l’échec, mais pour l’heure, elle est efficace.</p><p>Les opposants essaient de se structurer et d’avancer mais, pour l’instant, ne prennent pas de décision parce qu’ils n’en ont pas la capacité : il n’y a pas de parti politique structuré en Iran.</p><p>Les religieux redoutent plus que tout que les États-Unis – c’est-à-dire les pays Occidentaux, rentrent en Iran. Ils savent que si les États-Unis mettent un pied dans le pays, c’est tout le système politique et culturel de la République islamique qui risque de tomber. Ils craignent par dessus tout « l’invasion culturelle occidentale » Ils sont donc opposés à toute négociation.</p><p>Au milieu, Ahmadinejad n’a pas la capacité politique d’imposer sa volonté parce qu’il n’a avec lui ni la rue, ni l’opposition libérale, ni les mollahs, ni même les Gardiens de la Révolution.</p><p>Jusqu’à maintenant, les anciens généraux des Gardiens de la Révolution, de bons musulmans, des nationalistes, qui ont aujourd’hui cinquante ou cinquante-cinq ans, qui ont fait la guerre Irak/Iran (1980-1988), sont restés silencieux. Ils ont combattu pour défendre la patrie, ils sont maintenant docteurs, ingénieurs, ils font du business. Ce ne sont pas des anges mais, en tant que vainqueurs de la guerre Irak/Iran et que défenseurs de l’islam, ils ont la capacité de dire aux Gardiens de la Révolution actuels les plus durs et aux mollahs, qu’ils ont la volonté d’ouvrir la main vers les États-Unis parce qu’ils veulent que l’Iran soit un grand pays moderne. L’un d’entre eux, Rezaï, commandant en chef des Pasdarans était candidat contre Ahmadinejad en 2009, Mohammad Bagher Qalibaf, actuel maire de Téhéran était candidat aux élections contre le même Ahmadinejad en 2005, il sera peut-être le Bonaparte iranien qui, si l’anarchie se prolonge et si les États-Unis n’obtiennent pas de réponse rapidement, prendra le pouvoir par un coup d’État avec le concours du Guide qui n’aura pas d’autre choix que de le soutenir pour sauver le régime.</p><p>Le scénario est assez pessimiste, assez dur. Des conflits sont possibles, voire un coup d’Etat militaire. D’autres solutions, démocratiques sont rêvées. Il est difficile de faire un pronostic.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Sun, 29 Mar 2026 16:23:52 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[L’Iran et l’arme nucléaire - Fondation Res Publica]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Je serai d’autant plus libre de ma parole que je m’exprimerai en « off ».<br />Je ne suis ni avocat ni procureur. Ce qui m’intéresse dans cette affaire, au-delà des raisons, ce sont surtout les conséquences et la façon de les prévenir.</p>
<p>Je me concentrerai sur le dossier nucléaire. Les relations avec l’Iran comportent bien d’autres dimensions mais c’est le dossier nucléaire qui nous occupe le plus en ce moment et c’est celui sur lequel une horloge est en train de tourner.</p><p>Je commencerai par commenter les faits rapportés par l’AIEA, récemment encore, dans son rapport de la semaine dernière.</p><p>Le premier fait est la poursuite par l’Iran de son programme d’enrichissement en violation des cinq résolutions du Conseil de sécurité et de neuf résolutions de l’AIEA et sans vocation civile identifiable. Aujourd’hui l’Iran produit de l’uranium faiblement enrichi qui n’a pas d’usage civil et n’en aura pas avant longtemps. Comme l’ambassadeur Nicoullaud l’a dit, le jour où la centrale de Bouchehr entrera en fonctions, elle utilisera de l’uranium russe pour la durée de vie du réacteur. Aujourd’hui il n’y a pas d’autre projet de réacteur iranien. Aucun ne sera réalisé avant de longues années. L’usine de Natanz est comme une raffinerie qui produirait de l’essence pour des voitures qui sortiront dans vingt ans. On ne voit pas d’usage industriel prévisible. D’autres pays qui disposent de réacteurs nucléaires, comme la Corée du Sud, ont fait le choix de ne pas développer l’enrichissement parce que ce n’est pas rentable. Ils préfèrent acquérir l’uranium sur le marché. Je ne dis pas que l’usine de Natanz a des fins militaires mais qu’elle n’a pas de fins civiles identifiables.</p><p>Jusqu’en 2002, c’était un programme clandestin : ces usines ont été développées en secret, elles ont été révélées en 2002 par un groupe iranien puis l’Agence internationale de l’énergie atomique les a inspectées. Ce programme a donc été développé pendant dix-huit ans dans la clandestinité.</p><p>Il s’est appuyé sur le réseau A. Q. Khan, du nom d’un scientifique pakistanais, dit « le père de la bombe pakistanaise », assez peu connu pour sa contribution au développement des usages pacifiques de l’énergie nucléaire. Il a coopéré avec la Libye, avec la Corée du Nord, il a coopéré avec l’Iran.</p><p>Le premier élément réside donc dans les inquiétudes liées à ce programme d’enrichissement qui se poursuit sans but visible.</p><p>Le deuxième fait est le problème des contrôles. L’ambassadeur Nicoullaud a parlé des contrôles de l’AIEA : Non, l’Iran n’applique pas pleinement les contrôles de l’AIEA. Par exemple, il n’applique pas le protocole additionnel qui donne à l’Agence des pouvoirs d’inspection renforcée lui permettant d’aller dans les sites où il n’y a pas de matière nucléaire (alors que les accords habituels limitent les inspections aux sites qui renferment des matières nucléaires).</p><p>L’Iran ne répond pas aux questions de l’Agence sur ses activités nucléaires passées et présentes. Je citerai en particulier les activités pouvant être liées à la conception et à la fabrication des armes nucléaires, qui occupent une place croissante dans les rapports de l’AIEA. Les rapports de l’AIEA décrivent par exemple une étude sur l’intégration d’une charge sphérique dans un cône de missile et des expérimentations effectuées sur ce qu’on appelle un implosoir, une technologie qui permet de créer une onde sphérique à partir d’explosifs. D’autres études ont porté sur l’explosion de « quelque chose » à 600 mètres d’altitude. Le directeur général adjoint de l’AIEA, Monsieur Heinonen, qui fait un travail remarquable, a présenté aux Etats membres de l’AIEA, il y a deux ans, une vidéo montrant cette explosion à 600 mètres d’altitude. A moins que ce ne soit pour des feux d’artifice, on n’y voit pas d’usage civil.</p><p>Bref, l’AIEA explore toutes les informations reçues de plus d’une dizaine d’Etats membres et qu’elle juge suffisamment cohérentes, crédibles et détaillées pour que l’Iran doive expliquer la finalité de son programme. Mais l’Iran ne répond pas à ces questions, ne donne pas accès aux gens, ne donne pas accès aux installations ni aux documents. Les Iraniens se contentent de dire que ce sont des faux mais ce n’est pas l’avis de l’AIEA.</p><p>Le dernier point inquiétant est l’affaire du deuxième site d’enrichissement, découvert à proximité de la ville de Qom, sous une montagne, dans un camp des Pasdarans. Construit dans la clandestinité la plus totale jusqu’à la révélation de son emplacement, fin septembre, c’est un très petit site : il ne pourrait pas contenir plus de 3000 centrifugeuses. Pour vous donner un ordre de grandeur, l’usine de Natanz peut contenir 54000 centrifugeuses, sachant qu’elle est loin d’être pleine. 54000 centrifugeuses permettraient de produire en un an du combustible pour un réacteur nucléaire. 3000 centrifugeuses, c’est une bombe par an. Le site de Qom n’est pas une réplique du site de Natanz comme le prétendent les Iraniens (si Natanz était bombardée, ils auraient, disent-ils, ce deuxième site en réserve). On voit bien que son usage ne peut être civil.</p><p>Le dernier point n’est pas nucléaire. L’Iran poursuit un programme très actif de missiles, sur deux technologies : les missiles à propulsion liquide et les missiles à propulsion solide. Il faut en retenir que la portée s’accroît entre 1500 et 2000 kilomètres. Or, à 2000 kilomètres, on dépasse le cadre régional, on commence à atteindre la Roumanie et la Bulgarie. Cela n’a peut-être pas de sens du point de vue stratégique mais la réalité technique est là : la portée de ces missiles s’accroît.</p><p>Tout cela montre le déficit de confiance que la communauté internationale a dans le programme de l’Iran et donc le travail à accomplir pour restaurer la confiance, ce qui est l’objectif.</p><p>Pourquoi tout ceci est-il très préoccupant ?</p><p>D’abord en raison de la menace très forte pour la sécurité régionale.<br />Le programme nucléaire iranien fait craindre deux risques :<br />Le risque de détournement. L’Iran utilise-t-il clandestinement des installations pour produire une arme ?<br />Le risque de rupture : Que se passera-t-il si un jour l’Iran, comme la Corée du Nord, expulse les inspecteurs de l’AIEA ? Cette possibilité théorique doit être gardée à l’esprit.<br />Les risques pour la région sont de deux ordres :<br />Les risques que susciterait la politique étrangère d’un Iran nucléaire. C’est la thèse des effets de la sanctuarisation. C’est sans doute ce qui inquiète le plus les pays de la région. Quel serait le comportement de l’Iran sanctuarisé par l’arme nucléaire ou la capacité nucléaire ?</p><p>Monsieur le ministre a évoqué le risque d’une cascade de prolifération dans la région, une éventualité qu’on n’a pas envie de voir se réaliser. Paradoxalement, ce qu’Israël n’a pas fait – pousser un certain nombre de pays de la région à se doter de l’arme nucléaire – l’Iran pourrait le faire. Je voudrais noter que, de ce point de vue, il n’y a pas tellement de différence entre un Iran « au seuil », c’est-à-dire perçu comme ayant une capacité nucléaire, et un Iran effectivement doté de l’arme nucléaire. Si la différence correspond à un délai de six mois, un Etat de la région pourrait vouloir se doter de la capacité nucléaire dans les mêmes conditions. Si on aboutit à un Moyen-Orient truffé d’installations d’enrichissement prêtes, en cas de crise grave, à être affectées à des fins militaires, on passera assez rapidement d’une prolifération virtuelle à une prolifération réelle.<br />Ce sont des risques et notre tâche est de prévenir ces risques.</p><p>La deuxième catégorie de menaces a déjà été évoquée, c’est la menace pour le régime de non-prolifération nucléaire.</p><p>Au mois de mai aura lieu la conférence d’examen du TNP. Tous les cinq ans, les Etats membres du Traité de non-prolifération nucléaire se réunissent pour faire le point sur la mise en œuvre du traité. Le TNP est l’un des traités les plus universels (quatre Etats n’en font pas partie). Seules la charte des Nations Unies et la charte des droits de l’enfant ont plus de signataires.</p><p>Mais ce traité est soumis à un certain nombre de tensions et la crise nucléaire iranienne en cristallise plusieurs. Le traité repose sur un certain nombre d’échanges : le désarmement et la non-prolifération, la non-prolifération et le développement des usages pacifiques du nucléaire. On voit que l’Iran, effectivement, met en cause les aspects de non-prolifération, notamment les contrôles de l’AIEA, l’action de vérification, et ne coopère pas pleinement avec l’agence. On a mentionné le cas passé de la Corée du sud, le cas de Taïwan, le cas de l’Egypte, mais il y a une énorme différence ! Outre une différence de taille, d’ampleur, puisque ni la Corée du sud ni Taïwan n’ont développé d’installation d’enrichissement clandestines, ces pays, quand l’AIEA les a interrogés, ont ouvert leurs portes, tout comme l’a fait la Libye. Ils ont montré où étaient les scientifiques, où étaient les documents et les matières, ce que l’Iran ne fait pas.</p><p>Donc, le premier point est la mise en cause de l’AIEA.</p><p>Le deuxième point est la question de l’enrichissement et du retraitement. Ces technologies très « duales » peuvent assez facilement passer d’un mode civil à un mode militaire, elles font donc l’objet d’une sensibilité particulière.</p><p>Si on accepte que l’Iran développe des installations d’enrichissement et de retraitement sans usage civil identifiable, que dira-t-on demain aux autres ? Si d’autres pays de la région viennent nous voir en brandissant leur droit inaliénable à l’enrichissement, que leur répondra-t-on ? Au-delà de l’Iran, il y a tout le contexte régional.</p><p>A la clef de cette crise nucléaire iranienne, il y a littéralement l’avenir de nos efforts de non-prolifération.</p><p>Le troisième aspect est la menace pour la sécurité internationale. Cette question est liée à ce qui précède : si le régime de non-prolifération s’écroule, si le Moyen-Orient devient nucléaire, la sécurité internationale sera gravement atteinte. Mais, au-delà, il y a aussi l’atteinte portée aux instruments de sécurité collective : l’AIEA et le Conseil de sécurité. Ce n’est sans doute pas la première fois que l’autorité du Conseil de sécurité est battue en brèche mais, dans ce cas ce sont cinq résolutions à l’unanimité qui ne sont pas appliquées. Pour nous qui attachons une énorme importance à la sécurité collective, c’est un problème majeur.</p><p>C’est en raison de toutes ces inquiétudes qu’en 2003 la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne ont pris l’initiative d’offrir à l’Iran une voie de sortie négociée. La découverte d’une installation d’enrichissement clandestine aurait dû être suivie par les sanctions du Conseil de sécurité. La France et ses partenaires ont fait un autre choix, proposant à l’Iran une négociation qui a abouti à un premier accord, en octobre 2003. Après un certain nombre de difficultés de mise en œuvre de cet accord, un deuxième accord a été signé en novembre 2004. C’est à partir de l’élection d’Ahmadinejad que tout s’est écroulé. Les trois Européens ont été rejoints en 2006 par la Russie, les États-Unis et la Chine. Ce n’était pas un mince exploit car l’administration Bush avait été extrêmement critique vis-à-vis des Européens pour leur tentative de dialogue avec l’Iran. Conscients que, sans les États-Unis, il n’y aurait pas d’accord, nous avons fini par convaincre les Américains de la nécessité de soutenir cette tentative.</p><p>Les six ont commencé à travailler ensemble en juin 2006. Leur approche repose d’une part sur un objectif clair, partagé, qui est d’empêcher l’Iran d’acquérir une capacité nucléaire militaire, d’autre part sur une méthode qu’on appelle parfois, faute de mieux, la « double-approche », qui mêle fermeté et dialogue.</p><p>L’élément de dialogue consiste à proposer à l’Iran d’engager des négociations à la condition qu’il suspende ses activités d’enrichissement. En effet, si l’Iran continue à enrichir pendant qu’on négocie sur l’avenir du programme nucléaire, les résultats de la négociation sont biaisés car il crée du fait accompli.</p><p>L’objectif de la négociation est un accord de long terme de coopération nucléaire incluant le nucléaire civil. Le contenu des offres faites d’abord par les Européens en juin 2005, puis par les six en 2006 et de nouveau en 2008, est très vaste et même inédit : aucun pays ne s’est jamais vu offrir un tel paquet de coopération (surtout un pays pris sur le fait comme l’Iran). La lettre des six ministres envoyée à l’Iran en juin 2008 (donc signée également par la Secrétaire d’Etat américaine) exprimait clairement la volonté des six Etats de changer complètement leurs relations avec la République islamique, lui reconnaissant donc ce caractère islamique, ce qui, pour les États-Unis, n’allait pas de soi. Les Iraniens n’ont pas réagi à cette lettre.</p><p>La « double approche » consiste donc en une offre de coopération qui se muera en pression, en sanctions, si l’Iran persiste dans son refus de négocier. Cinq résolutions du Conseil de sécurité, dont trois de sanctions, ont été votées par les Russes et les Chinois, ce n’est donc pas simplement une affaire occidentale comme parfois les Iraniens le présentent.</p><p>Où en sommes-nous ?</p><p>Depuis le début de l’année 2009 trois évolutions majeures se sont produites.<br />La première, c’est l’offre historique américaine de dialogue, la « main tendue » d’Obama, une évolution que nous souhaitions, que nous soutenons et qui représentait un réel changement dans le paysage. Cette offre, jusqu’à présent, n’a pas été saisie. Les Américains ont fait passer par tous les canaux leur volonté de discuter avec l’Iran, sans pré-condition et sans réponse…</p><p>Le deuxième élément, sans doute lié au précédent, ce sont les élections, avec les fraudes qui s’y sont déroulées et la répression qui a suivi. Toute négociation suppose un interlocuteur. Sans doute le régime avait-il déjà du mal à décider, compte tenu de sa structure, mais on peut craindre que, dans ce contexte de compétition politique encore accru, il lui soit encore plus difficile de décider.</p><p>Le troisième élément est, malheureusement, la poursuite du progrès du programme nucléaire. C’est là où la notion du temps est importante. Cette affaire n’a pas commencé au mois de septembre, depuis sept ans on essaye d’arrêter les Iraniens qui, pendant ce temps, de façon très systématique, très méthodique, ont fait avancer leur programme nucléaire, additionnant les centrifugeuses, améliorant leur savoir-faire, produisant de la matière. Dans la prolifération nucléaire, le point-clef est la matière : la capacité technique de faire une bombe n’est pas un verrou, pas plus que les missiles. Le verrou c’est l’acquisition de la matière, en raison de son coût. Donc, lentement mais sûrement, l’Iran avance.</p><p>Après la révélation sur le site clandestin de Qom (le 25 septembre), les six ont rencontré l’Iran à Genève le 1er octobre, pour la première fois depuis quinze mois. Monsieur l’ambassadeur a condamné l’usage de la carotte et du bâton. Force est de constater que les Iraniens bénéficient depuis mars 2008, date de la dernière résolution de sanction, d’une phase de dialogue, sans la moindre sanction. Solana a passé de longues heures à parler aux Iraniens, il s’est rendu en Iran. Depuis l’arrivée de l’administration Obama, cet effort s’est accru.</p><p>Lors de cette réunion du 1er octobre à Genève un certain nombre d’éléments ont été agréés en principe :<br />1° Une visite sur le site de Qom, qui a eu lieu, suivie d’une deuxième.<br />2° La proposition d’approvisionner en combustible le petit réacteur de recherche (à des fins médicales) de Téhéran. Il s’agit de valoriser le combustible produit par l’usine de Natanz. La Russie et la France étaient prêtes à participer à ce schéma qui constituait une mesure de confiance (puisqu’on utilisait de l’uranium dont les fins civiles n’étaient à l’origine pas identifiables). Comme cela a été constaté, non seulement il n’y a pas eu de réponse positive mais les rumeurs qui courent depuis plusieurs semaines augurent un rejet de l’offre. Pourtant, le directeur général de l’AIEA s’est vraiment engagé dans cette affaire, la Russie y a investi un capital politique considérable. En effet, aucun des six ne souhaite, plus que la Russie, désamorcer la tension. Les États-Unis et la France l’ont soutenue pleinement, y voyant une bonne chose pour l’Iran et une amorce de retour à la confiance. Mais pour des raisons difficiles à analyser, il n’y a pas eu d’accord. Ce refus a tendance à accroître nos doutes.<br />3° Une reprise du dialogue avec les Iraniens sur le dossier nucléaire. Or, vous l’avez constaté, les Iraniens, à ce stade, n’ont pas envie de dialoguer sur le dossier nucléaire.</p><p>Que faire aujourd’hui ?</p><p>Les six ministres réunis à New-York ont prévu d’évaluer la situation et d’en tirer les conséquences avant la fin de l’année. En langage clair, cela annonce de probables nouvelles sanctions.<br />On attend de l’Iran un changement profond de comportement sur le dossier nucléaire.<br />Les Iraniens sont-ils prêts ou non à négocier sérieusement sur le programme nucléaire ?<br />Veulent-ils ou non normaliser leurs relations avec les États-Unis ?</p><p>Ceci sous-entend trois questions :<br />La première concerne leur perception de la situation. S’ils se sentent en position de force ils ne voudront peut-être pas négocier.<br />La deuxième concerne leur volonté réelle de négocier.<br />La troisième porte sur la possibilité de décider, dans les circonstances présentes, pour un système, qui, structurellement, a du mal à prendre des décisions stratégiques.<br />Ces questions sont aujourd’hui sans réponse.</p><p>Le risque, si aucun progrès n’est constaté à la fin de l’année, c’est qu’on s’achemine vers une nouvelle phase de sanctions.<br />Les sanctions ne sont pas une fin en soi, elles ont deux objectifs :</p><p>Le premier c’est essayer de convaincre l’Iran, sous la pression, qu’il a intérêt à négocier. Or ce régime réagit à la pression : en 2007, les menaces de sanctions avaient amené l’Iran à conclure rapidement avec l’AIEA un plan pour éclaircir les questions en suspens. C’est donc un régime qui réagit à la pression et le temps est peut-être venu effectivement d’accroître la pression. Encore faut-il qu’elle soit conséquente. Jusqu’à présent la logique des sanctions a été très progressive, très incrémentale, notamment à cause des Russes et des Chinois. Peut-être cette fois-ci, ces sanctions devront-elles être d’une ampleur et d’une nature différente si on veut attirer l’attention des dirigeants iraniens.</p><p>Le deuxième aspect qu’il ne faut jamais négliger est le contexte régional. Il est très important de montrer aux pays de la région que nous sommes déterminés à obtenir un règlement négocié de cette affaire. En effet, l’inquiétude monte, non seulement en Israël mais aussi dans nombre de pays de la région. La pression fait partie de cette démarche pour éviter d’autres options que personne n’a envie de voir.</p><p>Pour conclure je dirai que nous avons encore un peu de temps. Nous sommes dans le temps de la prévention, ce scénario peut encore être évité. Il importe que les six soient aussi unis que possible, sans oublier tous les autres pays du monde qui sont conscients, non seulement du problème de l’Iran mais aussi des conséquences plus larges sur le régime de non-prolifération nucléaire.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Sun, 29 Mar 2026 16:22:42 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/1250/conclusion-de-jean-pierre-chevenement-fondation-res-publica</link>
	<title><![CDATA[Conclusion de Jean-Pierre Chevènement - Fondation Res Publica]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Merci, Monsieur Briens, pour cet exposé très bien documenté et éclairant.</p>
<p>Avant de passer la parole à la salle, je voudrais dire à mon tour que nous avons un peu de temps. Il ne faut pas céder à une dramatisation excessive. L’Iran dispose de ressources d’uranium limitées. Au total ses gisements représentent 2000 tonnes d’uranium et il en produit à peu près 75 par an. Il a importé 500 tonnes d’uranium de Namibie dans les années 1970. Tout cela ne permet de réaliser qu’un nombre d’armes relativement réduit, à supposer que l’Iran en ait les moyens. Or aujourd’hui on sait qu’il dispose de centrifugeuses de première génération dont beaucoup ne fonctionnent pas. La quantité d’uranium faiblement enrichi dont dispose l’Iran, 1300 kilos, n’est un secret pour personne. Cela permet peut-être de réaliser un engin après enrichissement à 90%. D’après les services secrets israéliens, l’Iran ne pourrait pas se doter d’un engin nucléaire – unique – avant 2014. L’expérimentation éventuelle détruirait la totalité de cet arsenal ! En considérant que la production d’UFE (uranium faiblement enrichi) est de 70 kilos par mois, nous pouvons conclure que nous avons un peu de temps.</p><p>La difficulté vient, me semble-t-il, – il n’y a ici ni défenseur, ni procureur – de ce que l’Iran est un pays très susceptible, peut-être légitimement susceptible, comme nous l’ont expliqué plusieurs intervenants. Le nationalisme iranien est très largement partagé y compris par l’opposition. L’intransigeance iranienne risque de faire manquer l’opportunité que constitue la présence de Monsieur El Baradei à la tête de l’AIEA. En effet ses fonctions arrivent à expiration à la fin de ce mois. C’est un Japonais qui prendra la suite, ce qui ne rendra pas forcément les choses plus faciles du point de vue de l’Iran.</p><p>Ce qui m’intrigue, c’est qu’un éventuel refus viendrait, semble-t-il, de gens comme Moussavi et le président – réputé conservateur – de la Commission de la défense du Parlement iranien. Curieusement, Ahmadinejad semblait plus ouvert (son directeur de cabinet faisait des déclarations qui allaient même au-delà de ce qu’on lui demandait !). Je m’interroge sur la manière dont cette affaire est traitée sur le plan intérieur. Comme l’a dit tout à l’heure Monsieur Hourcade, la société iranienne a besoin d’être débloquée. On voit très bien ceux qui voudraient la débloquer et ceux qui ne le souhaitent pas. L’affaire du nucléaire est bel et bien instrumentée à des fins de politique intérieure.</p><p>Sur le plan de la politique extérieure, les États-Unis ont besoin de l’Iran pour se dégager de l’Irak. Loïc Hennekinne nous avait rappelé en d’autres temps, que l’Iran dispose de moyens de pression importants puisque plus de la moitié de la population irakienne est chiite et que de nombreux partis chiites sont très influencés par Téhéran. Le retrait en bon ordre des forces américaines d’Irak dépend donc de la bonne volonté iranienne.</p><p>On pourrait en dire autant de l’Afghanistan. Si l’Iran n’a jamais entretenu de bonnes relations avec les Talibans, il a de très bons rapports avec le Hezb-i-islami, le mouvement de Gulbuddin Hekmatyar, lui- même très proche des Talibans. Si l’on ajoute à cela l’influence des minorités tadjikes et hazaras, on constate que l’Iran a des moyens de pression en Afghanistan ainsi qu’ailleurs qu’au Moyen-Orient (au Liban à travers le Hezbollah, à Gaza à travers le Hamas).</p><p>On ne peut négliger la menace d’une frappe israélienne qui serait désastreuse à tous égards, pernicieuse du point de vue de l’ordre mondial et suicidaire pour Israël.</p><p>Au point où nous en sommes, je pense que les Iraniens ont à prendre une position raisonnable. Nous ne pouvons que souhaiter la normalisation de nos rapports avec l’Iran. Depuis la destruction de l’Irak, ce pays a une position dominante dans sa région.</p><p>J’exprimerai quelques nuances sur les rapports complexes entre l’Irak et l’Iran. Au départ c’était l’eau et le feu. Les Occidentaux – particulièrement les Américains – ont certainement encouragé l’Irak mais il faut rappeler que l’ayatollah Khomeiny avait refusé la résolution des Nations Unies de 1982, faisant traîner la guerre jusqu’en 1988, date à laquelle il but la « coupe de poison ». Six ans de guerre sur huit sont imputables à l’entêtement iranien.</p><p>Dans la situation actuelle, nous avons intérêt à une normalisation, nous avons intérêt à la stabilité de la région et le risque de la prolifération doit être conjuré.</p><p>Comme l’avait dit le Président Chirac (1), je pense que l’Iran ne pourrait pas faire grand-chose d’une arme nucléaire : la dissuasion fonctionne, la Cinquième flotte est présente et l’Iran est cerné par des pays dotés de l’arme nucléaire ! Mais ce serait un encouragement à la prolifération pour des pays comme l’Arabie saoudite, qui en a les moyens financiers. Il faut aussi les techniciens, que d’ailleurs l’Iran n’a pas en nombre suffisant. C’est l’une des faiblesses iraniennes, avec l’hostilité de la communauté scientifique iranienne au régime.</p><p>Nous devons essayer de conjurer le risque de prolifération.</p><p>Le TNP a considérablement ralenti la prolifération. Kennedy déclarait au début des années 70 qu’il y aurait à la fin du siècle plus de vingt-cinq pays détenteurs de l’arme nucléaire. Il n’y en a que neuf. De ce point de vue, le TNP a joué un rôle de « ralentisseur » (comme on dit en technologie nucléaire) tout à fait efficace. L’intérêt de l’humanité n’est pas de voir partout des Etats nucléaires. Un Moyen-Orient dénucléarisé serait certainement préférable mais cela impliquerait évidemment beaucoup de changements par rapport à la situation actuelle.</p><p>Je crains (cet avis n’engage que moi) que si l’Iran ne modifie pas sa position rapidement, des sanctions nouvelles – dont je ne sais jusqu’où elles iront (on a évoqué un embargo sur les produits pétroliers raffinés) -soient inévitables.</p><p>Quoi qu’il en soit, il faut laisser la porte ouverte à la négociation parce qu’il y a derrière cette affaire nucléaire beaucoup d’éléments – notamment de politique intérieure – qui nous échappent. Je ne pense pas que l’intérêt de l’Iran soit de s’entêter dans cette perspective. L’Iran n’a pas à craindre d’agression par les États-Unis, vaccinés par le fiasco irakien contre toute tentative d’invasion terrestre. L’intérêt d’Israël n’est pas dans une frappe qui ralentirait le programme iranien sans l’anéantir, créerait un désordre inimaginable dans la région et coaliserait un très grand nombre de pays contre Israël.</p><p>Je pense donc qu’il faut « laisser un peu de temps au temps » et laisser à l’Iran le soin de changer de position.</p><p>Peut-être y a-t-il une manière de procéder et j’introduirai une nuance avec la politique actuelle. Je crois que l’expression que nous donnons souvent n’est pas heureuse et je rejoins ce que disait l’ambassadeur Nicoullaud. Si on veut aboutir dans une négociation, il ne faut pas employer constamment des langages de vexation et d’humiliation. On a quelquefois l’impression que nous allons plus loin que l’administration Obama elle-même. C’est une question de tonalité qui me paraît importante et devrait être rectifiée. Cela dit, tous les éléments évoqués par Monsieur Briens me paraissent correspondre à une réalité qui ne peut pas ne pas nous interpeller.</p><p>Il n’y a nulle volonté de ma part d’aggraver une situation déjà préoccupante et je ne vois pas d’autre solution que de maintenir ouverte la porte de la négociation et de chercher un résultat en employant le langage le plus adéquat. Si, comme l’a dit Monsieur Briens, l’Iran est sensible à la pression, Monsieur Nicoullaud rappelait que c’est une question de diplomatie.</p><p>Il y a de nombreux diplomates dans cette salle. Je vais leur donner la parole. Ils en savent plus que moi sur ce sujet.</p><p>——-<br />1) Interrogé début 2007, le chef de l’Etat notait que « si l’Iran possédait une bombe nucléaire et si elle était lancée, elle serait immédiatement détruite avant de quitter le ciel iranien. Il y aurait inévitablement des mesures de rétorsion et de coercition. C’est tout le système de la dissuasion nucléaire ».<br />Ce « qui est très dangereux, martela Jacques Chirac, c’est la prolifération ».</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
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	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/1249/mon-apres-midi-irakien</guid>
	<pubDate>Sun, 29 Mar 2026 15:16:07 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Mon après-midi irakien.]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Introduit par ma chère amie Souad, j’ai passé un après-midi avec une famille irakienne réfugiée, et ce qui aurait pu n’être qu’un moment ordinaire — une visite, une présence, un simple partage — s’est peu à peu chargé d’une gravité qui excédait de loin les circonstances. Dans cet espace restreint, presque clos, se jouait quelque chose qui dépassait de beaucoup les individus présents : une scène du monde contemporain, avec ses fractures, ses déplacements, mais surtout ses renoncements.</p>

<p>La souffrance n’y était pas une idée. Elle ne relevait ni du discours ni de la statistique, mais d’une expérience immédiate, presque physique, inscrite dans les corps, dans les silences, dans ces regards qui évitent ou qui défient. Elle circulait entre les parents et les enfants comme une langue brisée. Les premiers portaient encore en eux la mémoire d’un ordre détruit — ses règles, ses limites, ses fidélités ; les seconds semblaient déjà s’en détacher, projetés dans un univers qui ne leur offre ni véritable cadre ni véritable résistance, seulement une permissivité confuse où tout est possible et rien n’est vraiment transmis.</p>

<p>Et pourtant, face à cette désagrégation, quelque chose en moi reconnaissait. Je l’ai connue dans les cités, où j’ai longtemps séjourné, où j’ai noué des amitiés, parfois improbables, souvent essentielles. J’y avais rencontré cette même humanité à vif, cette même coexistence de la chute et de la dignité. Une grandeur sans illusion, née non pas malgré la misère, mais à travers elle — et qui ne devait rien aux discours. Je l’ai rencontrée aussi chez des arabes dans les territoires gouvernés par l’Autorité palestinienne.  <br />C’est peut-être là que se loge la violence la plus profonde : dans la rupture des filiations, dans cette incapacité croissante à faire tenir ensemble ce qui autrefois formait une continuité. Il ne s’agit pas seulement d’exil, mais d’un arrachement plus radical encore — arrachement au sens, au temps, à toute inscription stable dans un monde commun.</p>

<p>Or le vide ainsi créé n’a rien de neutre. Il appelle. Il attire. Il organise autour de lui des forces qui, elles, ne doutent pas. J’ai vu — ou cru voir — comment cette souffrance devenait une ressource. Les islamismes proposent une totalité : un récit, une loi, une appartenance immédiate. Les économies parallèles offrent autre chose : une place, une puissance, une reconnaissance tangible. Dans les deux cas, la réponse est claire, structurée, sans hésitation. Là où notre société ne formule plus qu’un doute, eux imposent des certitudes.<br />Il serait trop facile d’en rester là. Car en face, il y a aussi ceux qui tentent, souvent avec courage, de maintenir un lien : travailleurs sociaux, enseignants, éducateurs. Leur engagement n’est pas en cause. Mais leur action se heurte à une difficulté plus profonde qu’un manque de moyens : une incapacité collective à assumer une parole claire.</p>

<p>À force de craindre de nommer, de trancher, d’imposer — par peur d’exclure, de stigmatiser, de mal faire — nous avons désarmé ce qui faisait encore autorité. Nous avons remplacé la clarté par la prudence, la transmission par l’accompagnement, la responsabilité par une forme de retrait. Et ce retrait, loin d’apaiser, ouvre un espace que d’autres occupent avec d’autant plus de force qu’ils ne doutent pas.<br />Il faut pourtant avoir le courage de le dire : la bienveillance sans exigence est une démission. Accueillir ne suffit pas. Aider implique de poser des limites, de transmettre des règles, d’assumer une dissymétrie — non pour écraser, mais pour rendre possible une véritable inscription dans un ordre commun.</p>

<p>Reste alors une question que l’on contourne sans cesse, parce qu’elle dérange : celle des conditions mêmes de cet accueil. Peut-on ouvrir indéfiniment sans se transformer au point de ne plus se reconnaître ? Peut-on intégrer sans rien affirmer, sans rien exiger, dans une société déjà travaillée par le doute, parfois même par une forme de refus d’elle-même ? Il ne s’agit pas de refuser l’autre, mais de reconnaître qu’un monde qui ne sait plus ce qu’il est ne peut offrir qu’un accueil vide.</p>

<p>Et pourtant, de cette expérience, une autre idée s’impose à moi, plus concrète, presque urgente. Celle de créer, tant qu’il est encore temps, des rencontres improbables. Non pas des dispositifs officiels, ni des espaces saturés de discours militants ou de stratégies de pouvoir, mais des moments simples, exigeants, entre des citoyens ordinaires — de tous milieux, de toutes origines — qui vivent déjà à proximité les uns des autres, trop près peut-être pour continuer à s’ignorer, et pourtant encore séparés par des peurs, des haines diffuses, ou plus simplement des préjugés tenaces.</p>

<p>Il ne s’agit pas d’une utopie. Il y a, déjà là, une multitude d’hommes et de femmes qui ne demandent qu’une chose : mener une vie digne. Ils sont nombreux, bien plus nombreux que ne le laissent croire les récits dominants. Encore faut-il créer les conditions de leur rencontre, de leur parole, d’une reconnaissance mutuelle qui ne soit pas médiée, filtrée, confisquée.<br />Je sais que cela est possible. Je ne le dis pas par naïveté, mais par expérience. J’ai vu, ailleurs, dans des contextes autrement plus tendus, parfois plus dangereux, des situations se dénouer lorsque ces espaces existaient. J’ai moi-même contribué à en créer, à les éprouver, à en mesurer la force fragile mais réelle. Il existe des méthodes, des chemins, des manières de faire — patientes, exigeantes, mais efficaces.<br />Ce qui manque aujourd’hui n’est pas tant le savoir-faire que la volonté. Une volonté politique au sens le plus simple : celle d’oser sortir des cadres habituels, de faire confiance à l’intelligence des situations, de prendre le risque du réel. Or cette volonté, pour l’instant, semble faire défaut.</p>

<p>Ce que cet après-midi m’a imposé, presque malgré moi, c’est un déplacement du regard. À force d’analyser les conséquences — tensions, dérives, ruptures, discours de politiciens et de militants  — j’en avais oublié les causes : les vies concrètes, les histoires brisées, les fragilités réelles. Mais aussi, plus profondément, notre propre difficulté à regarder le réel sans détour.<br />Et pourtant, malgré tout — malgré la confusion, malgré la fatigue, malgré les fractures — quelque chose persiste. Je l’avais connu dans les cités ; je l’ai retrouvé ici. Une forme de dignité nue, sans discours, presque invisible, mais irréductible. Comme si, au cœur même de la désagrégation, subsistait encore une possibilité.<br />Rien n’est tout à fait perdu — mais rien ne se maintiendra sans un effort de vérité.</p>

<p><a href="https://www.institut-charlesrojzman.com/fr"><br />Charles Rojzman</a></p>
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	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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