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	<title><![CDATA[Signet Loupe: Mai 2021]]></title>
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	<description><![CDATA[]]></description>
	
	<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/609/jour-1-les-nazis-sont-gentils-les-antifas-sont-mechants</guid>
	<pubDate>Wed, 26 May 2021 13:27:28 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/609/jour-1-les-nazis-sont-gentils-les-antifas-sont-mechants</link>
	<title><![CDATA[Jour 1 : &quot;les nazis sont gentils, les antifas sont méchants&quot;]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Mardi 25 mai s’est tenu le premier jour du procès des responsables de la mort de notre camarade Clément : après la constitution du jury et un rapport du président du tribunal sur <a href="https://lahorde.samizdat.net/Proces-en-appel-des-neonazis-responsables-de-la-mort-de-Clement" class="spip_in">la motivation et la condamnation prononcées en première instance</a>, les débats ont principalement tourné autour de la personnalité d’Esteban Morillo, reconnu coupable des coups mortels.<br class="autobr">
Morillo a un nouvel avocat : Jérôme Triomphe, proche des milieux catholiques traditionalistes. Quinze jours après la mort de Clément, il participait à une conférence de l’Agrif au Centre Charlier avec Bernard Antony et Vivien Hoch sur le thème « les racismes anti-français et anti-chrétiens et face à la culture de mort du socialisme »…</p>
<p><a href="https://lahorde.samizdat.net/IMG/jpg/triomphe-min.jpg" title="Jérôme Triomphe en 2013." type="image/jpeg"></a><br />Jérôme Triomphe en 2013.</p>
<p>Cet avocat très politique a rapidement adopté une défense elle aussi très politique qu’on pourrait résumer ainsi : Morillo est facho mais gentil, les méchants violents ce sont les antifas, il n’a fait que se défendre. C’est donc logiquement que Morillo invoque la légitime défense, et que son avocat va chercher, probablement durant les quinze jours du procès, à le faire passer pour la victime dans ce procès (Triomphe a osé l’emploi du mot « rescapés » pour qualifier Morillo et Dufour).<br class="autobr">
Face aux avocats des parties civiles, Morillo est pourtant surtout dans le déni. « Travail, famille, patrie » qu’il a tatoué sur le bras ? Il ne sait pas ce que ça signifie, il trouvait ça « beau ». Ses bagues à croix gammée, son profil Facebook où il considère Mein Kampf comme son livre préféré (« je ne l’ai pas lu » concède-t-il) montrent pourtant une certaine connaissance de la Seconde Guerre mondiale… Mais tout comme sa panoplie de skinhead de l’époque, il n’en a « aucun souvenir », ou alors celles et ceux qui l’ont vu, policiers des renseignements généraux compris, inventeraient les faits.<br class="autobr">
Concernant son engagement à Troisième Voie, dont il a le logo tatoué sur le cœur (le fameux trident que Triomphe, qu’on aurait pensé davantage expert en héraldique, a appelé improprement un « blason »), il le nie là aussi, ou bien l’évalue à « deux ou trois mois » alors qu’il en a fait partie de 2010 jusqu’à son arrestation en 2013 (« C’est une période que j’essaye d’occulter » déclara-t-il dans un rare moment de lucidité). De toute façon il dit qu’il n’en connaissait pas l’idéologie (il qualifie pourtant le mouvement de « solidariste ») : c’était pour boire et se faire des amis qu’il se rendait au Local de Serge Ayoub. Les conférences qui s’y déroulaient plusieurs fois par mois ? « Impossible, c’était trop petit. »</p>
<p><a href="https://lahorde.samizdat.net/IMG/png/local-conferences-min.png" title="Deux exemples des conférences régulières qui se sont déroulées au Local, et que Morillo dit qu'elles n'ont pas eu lieu…" type="image/png"></a><br />Deux exemples des conférences régulières qui se sont déroulées au Local, et que Morillo dit qu’elles n’ont pas eu lieu…</p>
<p>Ayoub ? Il lui trouve « du charisme » mais dans le même temps il prétend ne lui avoir « jamais dit plus que bonjour, au revoir ». Encore plus gros, « je m’étais éloigné de Troisième Voie en 2013 » ose-t-il, alors qu’on le voit en mai 2013, moins d’un mois avant qu’il ne tue Clément, au premier rang de la manif de Troisième Voie, tendant fièrement son drapeau…</p>
<p><a href="https://lahorde.samizdat.net/IMG/png/morillo-min.png" title="Morillo au premier rang dans une manif de Troisième Voie dont il se serait &quot;éloigné&quot; à l'époque : pas flagrant… [Photo : La Horde]" type="image/png"></a><br />Morillo au premier rang dans une manif de Troisième Voie dont il se serait "éloigné" à l’époque : pas flagrant… [Photo : La Horde]</p>
<p>« On a compris qu’il était facho ! » interrompt Triomphe, au mépris du respect le plus élémentaire de la parole de la partie adverse. Et d’en rajouter une couche au moment de ses questions qui sont vite devenues une plaidoirie : « Il est facho, on est d’accord. Mais ce n’est pas le sujet. »<br class="autobr">
Car oui Morillo est un néonazi, mais un néonazi gentil. Un néonazi non violent, ami des bêtes. La preuve, il a un ami malgache et des collègues « de couleur » (sic). Sa mère « lui avait appris à tendre la main » : ce n’est pas de sa faute si son fils a préféré tendre le bras… Bref, un naziboloss sensible, qui pleure quand son chef lui fait remarquer qu’il est en retard au travail (authentique).<br class="autobr">
Mais Morillo aurait aussi été un néonazi qui vivait dans la peur des antifas : c’est pour ça qu’il avait des poings américains sur lui et chez lui (il ne les avait pas pour s’en servir mais parce qu’il trouve ça « beau » comme un slogan vichyste). Les « preuves » de la violence supposée des antifas ? Triomphe va les chercher en évoquant des affaires non jugées et postérieures à 2013… Mais peu importe la vérité des faits, car la stratégie est claire : faire passer les accusés pour les victimes, justifier l’injustifiable, inverser les rôles.<br class="autobr">
Cette stratégie alliant à la fois le déni voire le mensonge du côté du principal accusé et une attitude agressive de son avocat envers les parties civiles est certainement celle de la dernière chance. Triomphe a l’air sûr de lui, mais rien ne dit que sa stratégie sera payante, tant lui-même est insupportable d’arrogance et Morillo peu crédible.<br class="autobr">
Elle met en tout cas les nerfs des proches de Clément et de leurs soutiens sont soumis à rude épreuve, ce qui est probablement là aussi un piège tendu par la défense, qui espère certainement, par son attitude provocatrice, les faire sortir de leurs gonds ; à nous de ne pas lui donner ce plaisir.<br class="autobr">
Reste à voir demain quelle sera l’attitude de Dufour et de son avocat…</p><p>La Horde</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/608/des-pistes-pour-des-cryptomonnaies-plus-durables</guid>
	<pubDate>Wed, 26 May 2021 08:30:41 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/608/des-pistes-pour-des-cryptomonnaies-plus-durables</link>
	<title><![CDATA[Des pistes pour des cryptomonnaies plus durables]]></title>
	<description><![CDATA[<p>En <a href="https://www.letemps.ch/economie/elon-musk-plus-jamais-parrain-cryptos" data-hovercard="https://www.letemps.ch/economie/elon-musk-plus-jamais-parrain-cryptos">se détournant du bitcoin à cause de la consommation d’énergie «folle» qu’il nécessite</a>, Elon Musk a relancé mi-mai le débat sur l’empreinte écologique des cryptomonnaies. Une seule transaction engloutit plus de 1300 kWh, l’équivalent de la consommation d’un ménage américain pendant 45 jours, selon le site Digiconomist. Sur un an, le réseau qui soutient le bitcoin consomme environ 120 térawatt-heure, soit dix fois plus que Google et pratiquement autant que la Norvège. Et la majorité de cette énergie est d’origine fossile, souvent issue de centrales électriques chinoises alimentées au charbon. Deux pistes se distinguent pour améliorer l’empreinte carbone des cryptomonnaies.</p><p>Première option: privilégier les énergies renouvelables pour le minage d’une cryptomonnaie. «Le problème de la surconsommation d’énergie liée au bitcoin va devenir de plus en plus aigu, car le réseau va devenir plus complexe, les calculs à effectuer également et le nombre de mineurs va augmenter, ce qui va se traduire par une hausse de la consommation d’énergie», observe Stéphane Muller, de Lian Group, une société genevoise qui a investi dans une ferme de minage utilisant de l’électricité d’origine hydraulique en Norvège.</p>
<p>Certificat d’origine propre</p>
<p>Le coût de l’énergie demeure la variable clé pour le minage de cryptomonnaie, ce qui pousse les mineurs à adopter du courant vert s’il est moins cher, poursuit Stéphane Muller. Cette tendance se retrouve également lorsque des mineurs se regroupent dans des «pools», afin de mutualiser leur puissance de calcul et d’augmenter ainsi leurs chances de résoudre les calculs complexes nécessaires pour la validation des transactions: «De plus en plus de pools visent à utiliser davantage d’énergie renouvelable.»</p><p>Un bitcoin produit avec ce type d’électricité pourrait être considéré comme propre, ou durable. A condition que les sources d’énergie utilisées soient certifiées par un organisme indépendant, relève Jean-Marc Seigneur, responsable du CAS Blockchain de l’Université de Genève: «C’est ce que propose notamment l’Energy Web Foundation, basée à Zoug. La structure, qui regroupe de grands acteurs internationaux du marché de l’énergie, veut valoriser les projets cryptos plus respectueux de l’environnement.»</p>
<p>Désigner un validateur</p>
<p>Deuxième possibilité pour alléger l’empreinte carbone des cryptomonnaies: favoriser celles dont le fonctionnement est moins énergivore que celui du bitcoin. Tout dépend du mécanisme de validation des transactions, poursuit Jean-Marc Seigneur: «Au lieu d’attribuer une récompense au mineur qui aura résolu de complexes calculs informatiques, certaines cryptomonnaies désignent un validateur parmi leurs utilisateurs. Sa mission consiste essentiellement à vérifier que les transactions à valider ont été signées correctement; le validateur reçoit de la crypto en récompense mais il ne doit résoudre aucun problème complexe.» L’opération ne consomme quasiment pas d’énergie, précise le spécialiste de l’Université de Genève, par ailleurs actif dans la finance décentralisée responsable.</p><p>Cette méthode, dite de «proof of stake» par opposition au «proof of work» utilisé par le bitcoin, a été retenue par le cardano ou le <a href="https://www.letemps.ch/economie/blockchain-mode-french-touch" data-hovercard="https://www.letemps.ch/economie/blockchain-mode-french-touch">tezos</a> notamment. L’ether, la deuxième plus importante crypto au monde, est en passe de l’adopter. Or ce fonctionnement n’est pas pour autant idéal: «Les validateurs ne sont pas choisis au hasard, mais en fonction de la quantité de cryptomonnaie qu’ils détiennent. Cela signifie que ceux qui sont arrivés en premier dans un projet et possèdent beaucoup de cryptos sont avantagés; cela limite la décentralisation.» Selon l’Université de Cambridge, la consommation d’énergie du bitcoin a peu de chances de reculer à moins que sa valeur ne chute, car il deviendrait moins rentable d’en miner. Un bitcoin vaut actuellement environ 37 000 dollars.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/607/le-nouvel-esprit-public-peau-de-caste</guid>
	<pubDate>Tue, 25 May 2021 21:41:23 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/607/le-nouvel-esprit-public-peau-de-caste</link>
	<title><![CDATA[Le Nouvel Esprit public - Peau de Caste]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Introduction</p>
<p class="intro-podcast aerian">Philippe Meyer :<br />  Thierry Breton, vous avez été entrepreneur, et vous avez notamment réussi un redressement spectaculaire de Thomson, vous avez été ministre de l’économie et des finances, et vous avez axé votre politique sur la modernisation de l’économie, sur la réduction de la dette et sur la valorisation du patrimoine immatériel. Depuis novembre 2019 vous êtes commissaire européen chargé de la politique industrielle, du marché intérieur, du numérique, de la défense et de l'espace.<br />Au cours des douze derniers mois, c’est l’industrie pharmaceutique qui a occupé le devant de la scène. Si les laboratoires ont réussi à développer très rapidement des vaccins, l’outil industriel n’a pas suivi. « La science a dépassé l'industrie » a déclaré la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, devant le Parlement européen, le 10 février dernier.<br />Autre souci : en juin 2020, pour garantir l’approvisionnement et faciliter le déploiement des vaccins, la Commission et les États membres ont adopté une approche européenne commune. 2,3 milliards de doses de vaccins ont été commandées à six fournisseurs différents (Pfizer-BioNtech, Moderna, AstraZeneca, Curevac, Janssen, Sanofi). Pour le moment, quatre d’entre eux ont obtenu l’autorisation de mise sur le marché, délivrée par l’Agence européenne des médicaments. Confrontés début 2021 à une troisième vague épidémique aggravée par des variants plus contagieux et plus mortels, et à des retards de livraison des vaccins commandés par l’UE, certains Etats membres ont rompu les rangs et se sont tournés vers Moscou. La chancelière allemande Angela Merkel a déclaré le 19 mars : « En ce qui concerne le vaccin russe, je suis d'avis que tout vaccin autorisé par l'Agence européenne du médicament devrait être utilisé dans l’UE ». Mais « si celle-ci n'intervenait pas alors l'Allemagne devrait agir pour elle-même et c'est ce que nous ferions ». Le Premier ministre italien, Mario Draghi, a tenu un discours semblable alors que la péninsule pourrait produire le vaccin russe dès juillet. Vous avez répliqué récemment que l’Union aura, d’ici mi-juillet, la capacité de fournir aux États de quoi administrer une double dose de vaccin pour au moins 70% de leur population d’ici mi-juillet.<br />Dans ce contexte de pandémie, Bruxelles a revu à la baisse ses prévisions de croissance pour 2021passées de 4,2% à 3,8%, En 2020, son économie s'était contractée de 6,8%. En outre, neuf mois après son adoption, seuls 16 des 27 pays membres de l’Union ont ratifié le plan de relance européen.<br />Avec la Turquie, le récent pataquès protocolaire surnommé sofagate n’a pas montré une parfaite harmonie entre la Présidente de la Commission et celui du Conseil alors qu’ils venaient discuter avec le président Erdogan de l'accord entre son pays et l’Union, de la question de l'union douanière et des visas, ou encore de cette conférence sur la Méditerranée orientale tant voulue le chef de l’État turc.<br />Dans le ciel, plus précisément dans l’espace, l’Europe fait preuve de davantage d’unité. Elle pilote trois programmes :<br />Govsatcom doit permettre les communications gouvernementales par satellite dès 2020 et garantir la sécurité des services de communication aux organisations et aux opérateurs jugés stratégiques pour l'UE.<br />Galileo, système de positionnement par satellites (radionavigation).<br />Copernicus, système d'observation de la terre très important pour l'étude du changement climatique et dont on a pu écrire qu’il « confère à l'Europe un réel pouvoir de persuasion dans les relations internationales, comme en témoigne la couverture des incendies qui ont ravagé la Sibérie et l'Amazonie au cours de l'été 2019 ».<br />En réunissant l’industrie de défense et l’industrie spatiale dans une même Direction Générale, l’Union européenne a d’ailleurs pris acte de la dimension stratégique du secteur spatial.</p>
<p>Kontildondit ?</p>
<p class="intro-podcast aerian">Nicole Gnesotto :<br />Monsieur le commissaire, dans cette crise, on a l’impression que l’Union Européenne est capable du pire comme du meilleur. Le meilleur a sans doute été le plan de relance décidé l’été dernier, ou la décision d’acheter collectivement les vaccins. Quant au pire, ce sont les batailles de chiffonniers entre les Etats membres, et les difficultés dans la distribution des vaccins. Mais au delà de la gestion immédiate des crises, on peut déjà tirer quelques leçons de la performance relative de la Commission Européenne.<br />J’aimerais vous interroger non pas sur la politique, mais sur la méthode, et même sur la culture de la Commission. Il me semble que dans la crise actuelle, nous payons l’interdiction (faite par les Etats membres il y a 70 ans) pour la Commission de penser en termes politiques. On l’a confinée dans des compétences économiques et commerciales, si bien que c’est sur le mode commercial qu’elle a réagi, c’est à dire en négociant sur un temps long, en cherchant le compromis et le meilleur prix, d’où un retard sur la commande qui lui est beaucoup reproché (4 mois pour les vaccins Pfizer/BioNtech) et l’exaspération de certains Etats membres tentés par le chacun pour soi.<br />Comment faire en sorte que la Commission intègre dans ses pratiques commerciales des considérations politiques, voire géopolitiques, qui semblent fondamentales ? La Commission aurait dû acheter les vaccins, non comme des cacahuètes, mais avec l’urgence politique qu’exigeait la situation.</p><p>Thierry Breton :<br />D’abord merci de me permettre de m’exprimer sur ces sujets. Je ne partage pas votre analyse, mais je l’entends souvent, c’est donc pour moi l’occasion de corriger quelques points, et de faire entendre une musique un peu différente.<br />Cette analyse, si elle traduit une impatience tout à fait légitime de nos concitoyens européens, n’est pas vraie pour autant. D’autant qu’il s’y ajoute souvent des comparaisons pas forcément équitables, j’irai même jusqu’à dire qu’il y a une espèce de terrorisme de la comparaison, qui n’a je crois pas grand sens.<br />Voici comment je vois les choses. Tout d’abord, c’est en marchant qu’on apprend à marcher. Nous apprenons, et nous le faisons très vite, parce que les circonstances l’exigent. Non, l’Europe n’a pas négocié et acheté les vaccins comme des cacahuètes. Dès le mois de juin 2020, nous nous sommes réunis pour essayer de voir quel type de vaccins nous pourrions choisir. Et je puis vous dire que ce n’était pas une mince affaire à ce moment là, où tout le monde disait qu’il faudrait entre 5 et 10 ans avant d’avoir un vaccin efficace. Nous avons eu 105 demandes, les avons beaucoup étudiées, avons délibéré, et sélectionné 6 grands laboratoires. C’était d’ailleurs intéressant car il ne s’agissait pas de grands groupes (à part un ou deux dont Sanofi), mais de centres académiques et d’entreprises biotech.<br />Évidemment, nous savions qu’une stratégie vaccinale exigerait une industrialisation massive, nous avons donc demandé à ces biotech de s’associer avec des industriels pour pouvoir produire et livrer leurs vaccins le moment venu. Nous nous sommes positionnés sur des vaccins Oxford avant les Britanniques. Il convient d’ailleurs de noter qu’Oxford était d’abord associé à Merck avant de changer son fusil d’épaule, à la demande du gouvernement britannique, et de travailler avec AstraZeneca. Il est vrai que Pfizer a signé avec les USA quelques semaines avant de le faire avec l’Europe. J’aimerais aussi tordre le cou à cette rumeur selon laquelle nous avons tardé pour avoir un bon prix, ou que les premiers à avoir signé ont été les premiers servis. Il est vrai que nous sommes dans un monde consumériste, et qu’on a l’impression quand on achète quelque chose qu’on sera livré aussi vite qu’avec Amazon. Or il n’en va pas de même avec des vaccins.<br />C’est la deuxième phase dans laquelle nous entrons : le processus industriel. Il y eut donc d’abord les commandes, puis l’excellente surprise que des vaccins efficaces aient été mis au point dès la fin novembre, et approuvés par les autorités de santé. Je rappelle qu’entre décembre et janvier, l’Agence Européenne du Médicament approuve trois vaccins : Pfizer, Moderna et AstraZeneca. Il s’agit ensuite de les fabriquer. Après l’exploit scientifique, il s’agit d’accomplir un exploit industriel. J’en profite pour signaler que l’exploit scientifique est largement européen : BioNtech, Janssen, CureVac, ou Oxford, ces quatre vaccins ont été développés en Europe et avec des fonds européens. C’est de la recherche européenne, accélérée par la BARDA américaine (Biomédical Advanced Research and Development Authority, un bureau du département de la Santé consacré à la lutte contre les menaces d’ordre biologique). Cette coopération entre l’UE et les USA a permis d’avoir ces vaccins.<br />Quant au défi industriel, il est immense. Il faut augmenter très rapidement la capacité de production, notamment en Europe. D’ordinaire, il faut environ 4 à 5 ans pour créer une entreprise de vaccins ex nihilo. Pour réorienter des chaînes de production déjà existantes (la stratégie que nous avons adoptée), il faut normalement entre 18 et 24 mois. Ici, tout va se faire en moins de dix mois, voire six pour certaines entreprises.<br />Dès lors, pourquoi a-t-on ce sentiment, exprimé par Nicole Gnesotto ? Parce qu’en signant ces accords, l’UE signe avec ces laboratoires. AstraZeneca devait fournir 120 millions de doses au premier trimestre et 180 au deuxième. Or il se trouve que seulement 30 millions de doses seront livrées au premier trimestre. Et c’est là que commencent les comparaisons.<br />On va par exemple prendre l’exemple d’Israël et du Royaume-Uni. Israël est certes un grand pays, mais enfin c’est 9 millions d’habitants. L’Etat hébreu a fourni les données de santé de ses citoyens (anonymisées) à Pfizer, en échange de sept millions de vaccins. Ce n’est pas un chiffre considérable, si on le compare aux 446 millions d’Européens. Les données fournies par Israël seront utiles, elles vont permettre de documenter la qualité et la réceptivité du vaccin. Quant au Royaume-Uni, AstraZeneca y livre 70% de ses doses, et seulement 30% en Europe.<br />Quand je compare ensuite la montée en puissance des deux grandes plateformes industrielles mondiales qui vont régler cette pandémie, c’est à dire les Etas-Unis et l’Europe, nous montons à peu près exactement aux mêmes niveaux de production : 14 millions de doses en janvier, 28 millions en février, 64 millions en mars, 120 millions en avril et 150 millions en mai. Les Etats-Unis, à la suite d’un executive order ont choisi de ne pas exporter de doses tant que l’immunité collective ne sera pas atteinte sur leur territoire. L’Union Européenne a choisi de garder 60% des doses fabriquées en Europe et distribuera les autres 40% aux pays avec lesquels nous avons les relations les plus étroites. Il s’agit principalement du Royaume-Uni, mais aussi des pays de l’OTAN, du Mexique, de l’Arabie Saoudite, du Japon, etc.<br />J’ai été nommé à la tête de la Task Force européenne sur les vaccins le 5 février dernier. J’ai tout de suite commencé à étudier de près cet aspect industriel, en visitant les usines, en essayant de comprendre les problèmes et de repérer les améliorations possibles. J’ai aussi demandé à avoir des outils. Et je puis vous assurer qu’ils sont politiques. C’est ainsi que depuis début février, je donne ou non mon autorisation si des doses doivent quitter l’Europe. Mais cela ne suffit pas, on m’a aussi donné un second instrument, plus géopolitique cette fois. Il s’appuie sur trois principes. La réciprocité d’abord : on ne livre des doses qu’à des pays qui ont tenu leurs engagements envers l’Europe. Deuxièmement, on n’autorise les exportations que dans les pays où la situation épidémiologique est peu près comparable à la nôtre. Et troisièmement, et c’est une évolution très significative, puisque l’on connaît désormais parfaitement les 53 usines qui contribuent à la fabrication des vaccins, nous avons pu inverser le rapport de forces avec l’ensemble des fournisseurs. Désormais, c’est nous qui leur disons « voilà ce que nous attendons pour les prochaines semaines ». Si les termes des contrats sont respectés, les exportations sont autorisées, dans le cas contraire elles sont reportées.<br />Voilà comment les choses se sont passées. Et tout ceci en cinq mois.</p><p>David Djaïz :<br />Vous êtes convaincant sur les vaccins, car je partageais le même scepticisme que Nicole. J’aimerais pour ma part vous interroger sur la transition écologique et l’industrie. A n’en pas douter, les années 2020 vont être le théâtre de grandes mutations économiques, qui seront en partie placées sous le signe de la transition écologique. Le président Xi Jinping annoncé l’automne dernier que la Chine visait la neutralité carbone pour 2060. Cela aura évidemment des conséquences sur la politique industrielle chinoise, dont on voit déjà le début dans le 14ème plan. De son côté, le président Biden investit massivement dans les infrastructures et l’innovation.<br />Sur la transition écologique, l’Europe a longtemps été la première de la classe en se fixant des objectifs ambitieux. Ne risque-t-elle pas désormais de se retrouver en queue de peloton ? Sur le plan de la technologie et de la réindustrialisation verte, elle est en décrochage.<br />A quelle échelle faut-il penser la réindustiralisation ? On voit qu’il y a des plans un peu dans tous les sens, au niveau national ou européen, sur le quantique, l’aéronautique, l’aérospatial, la défense, les semi-conducteurs ... Cette désorganisation des dépenses ne risque-t-elle pas de nous faire rater le coche technologique ?</p><p>Thierry Breton :<br />C’est précisément pour répondre à ces questions que j’ai présenté une véritable stratégie industrielle dès ma prise de fonctions. C’était le 11 mars 2020, le jour où la pandémie a été déclarée par l’OMS.<br />Il y a trois axes dans cette stratégie industrielle :<br />- la mise en mouvement de l’objectif zéro carbone pour 2050<br />- une accélération de la transition numérique<br />- l’étude de nos chaînes de valeur, pour repérer les points faibles et ainsi gagner en autonomie.<br />C’était il y a un an. L’administration Trump n’était pas emballée, les Chinois ont couru après l’objectif de neutralité carbone (au passage, la leur nécessitera un développement massif du nucléaire). Et puis la crise est arrivée. A la fin du mois d’avril, je présenterai quelques aménagements de cette stratégie industrielle, même si les axes ont été prévus pour le long terme. Il y a d’abord eu le plan de relance de 750 milliards, et nous espérons pouvoir commencer à distribuer la somme dès la fin juin. Sur ces 750 milliards, 37% sont exclusivement consacrés à la décarbonation, avec toutes les conséquences que cela implique pour l’industrie automobile, l’industrie chimique ... Ce sont des sommes tout à fait considérables, qui vont nous donner les moyens de nos ambitions.<br />Pour autant, disposons-nous des outils nécessaires ? Je crois que oui : ces outils s’appellent des Projets Importants d’Intérêt Européen Commun (PIIEC) ; ils permettent à la fois d’avoir des financements publics, de la part des Etats membres, associés à des fonds privés, et sans distorsion de concurrence (un sujet ô combien important pour l’UE). Cela fonctionne plutôt bien, on l’a vu avec les batteries. J’en pousse un autre sur les semi-conducteurs, il y en a un sur l’hydrogène, on en prévoit un autre sur les clouds industriels, et un sur les lanceurs spatiaux. On les limite, et c’est tout l’intérêt de la stratégie industrielle, car cela nous permet de focaliser nos efforts, de nous fixer des priorités, tout en réunissant tous les acteurs autour de la table.<br />L’un de mes premiers patrons, René Monory, qui fut aussi mon mentor en politique, disait toujours : « c’est celui qui paye qui est le patron ». Je n’ai jamais oublié cette leçon. C’est la première fois que la Commission paye. Et massivement. C’est pourquoi j’ai bien l’intention qu’elle soit, sinon le patron, au moins l’un des principaux patrons.<br />En ce qui concerne les industries vertes, là aussi il y a énormément de projets et des fonds non négligeables. Nous avons me semble-t-il des instruments pour aller de l’avant. J’ai enseigné la gouvernance dans une université américaine, et je disais à mes étudiants que lorsqu’on est en situation de leadership et qu’il faut aligner de multiples vecteurs, je n’ai trouvé qu’une solution : aller plus vite que les autres. Quand tout le monde vous court après, tout le monde va dans le même sens.</p><p>Jean-Louis Bourlanges :<br />Je reviens sur la première analyse de Nicole Gnesotto, avec laquelle je suis à la fois d’accord et pas d’accord. Il me semble qu’elle a eu tort d’attribuer une défaillance géopolitique de l’Europe, que nous constatons depuis toujours, à la politique vaccinale. Je pense que les problèmes ont été d’un autre ordre dans ce domaine.<br />En revanche je pense qu’elle a raison de dire que depuis sa naissance, avec le traité de Paris de 1951 instituant la CECA (Communauté Européenne du Charbon et de l‘Acier), l’Union Européenne a eu beaucoup de mal à se situer dans une logique de puissance. Son logiciel était plutôt celui de la réconciliation et de la paix intérieure, des valeurs plutôt que de la défense des intérêts, d’exemplarité plutôt que de réciprocité. Je schématise, mais cette dimension un peu « onusienne » pèse depuis longtemps. Et récemment je constate qu’une vraie mutation est en cours. Vous y tenez une grande place, on le voit à l’étendue de votre portefeuille. En réalité, je pense que vous partagez vous aussi ce diagnostic, même si vous ne le trouvez pas pertinent sur les vaccins.<br />Pourquoi, en termes de puissance, nous autres européens avons tant décroché ces 25 dernières années ? Que s’est-il passé ? Qu’est-ce qui est imputable à l’Union Européenne, qu’est-ce qui est imputable aux sociétés européennes, qu’est-ce qui est imputable aux Etats ? Pourquoi notre communauté scientifique a-t-elle été si peu réactive ? S’agit-il d’un problème de financement ? Les GAFAM nous ont laissé sur place pendant 20 ans.<br />Notre situation me fait penser à celle des Prussiens de 1806. Après la défaite d’Iéna, de nombreux Prussiens (Hardenberg, Humboldt, Clausewitz ...) ont pris en main le destin de la Prusse, ont décidé de tirer toutes les conséquences des modernités apportées par la Révolution Française, et ont fait de leur pays une très grande puissance en quelques décennies à peine. Il me semble que nous en sommes à peu près là : nous avons beaucoup perdu ces 20 dernières années, comment pouvons-nous à votre avis redresser les choses ?</p><p>Thierry Breton :<br />Il y a trois points dans votre propos, me semble-t-il.<br />La Commission Européenne est une institution politique. En tant que telle, le pouvoir y est exercé par ceux qui ont été désignés, nommés, cooptés, ou votés par le Parlement européen. C’est mon cas, et vous êtes bien placés pour savoir que ce n’est pas nécessairement un parcours de santé.<br />En exerçant mes fonctions, qui je le répète sont politiques, je me suis vite aperçu que pour avancer, il fallait en permanence veiller à ce que tous ceux qui ont -légitimement- quelque chose à dire sur ce que vous faites soient constamment rassurés ou remis dans le droit chemin quand ils s’égarent un peu. Il faut en permanence expliquer, et c’est ce que je m’efforce de faire avec la politique vaccinale depuis le 5 février.<br />Vous l’avez rappelé, un certain nombre d’Etats ont été tentés de faire cavalier seul et de se procurer des vaccins Sputnik. Après tout, c’est compréhensible, les doses commandées tardaient à arriver, et le vaccin russe était présenté comme disponible. Au passage, je rappelle que ce vaccin est particulier : la première dose est différente de la deuxième, sa production est donc deux fois plus compliquée que les autres, et aujourd’hui les Russes sont en train de courir après toutes les usines européennes pour le produire. Il n’en demeure pas moins que des choses sont promises ici ou là. Quand j’ai vu que M. Orbán avait commandé pour la Hongrie 500 000 doses de Sputnik, je suis allé le voir, nous avons parlé pendant une heure et demie, et j’ai fait une conférence de presse à la suite de cela. Je me suis également entretenu avec le chancelier Kurz, qui revenait d’un voyage en Israël avec Mette Frederiksen, la Première ministre danoise, pour qu’ils m’expliquent ce qu’ils étaient allés y faire. « Pas grand-chose », m’a-t-il dit. J’ai donc fait une autre conférence de presse avec lui, pour dire qu’il m’avait dit que ce n’était pas grand chose. Voilà comment on réaligne les vecteurs. Je continue en permanence ce travail, il n’est pas impossible que j’aille faire un tour en Bavière bientôt, par exemple.<br />Nous avons aujourd’hui un portefeuille de vaccins considérable, et des usines parmi les plus puissantes au monde. Nous n’avons pas besoin d’autres vaccins, même si cela ne veut pas dire qu’ils ne sont pas bons. Outre l’approche parlementaire et industrielle, il y a aussi celle des Etats, et elle doit être menée par le dialogue, en allant voir les gens, pour maintenir une cohésion et avancer ensemble. Voilà pour le premier point.<br />Le deuxième point concerne cette ambiguïté politique de l’Union : les Etats veulent un pouvoir exécutif, à condition qu’il ne soit pas vraiment puissant et ne leur porte pas ombrage. Il nous faut trouver notre chemin là-dedans, c’est ainsi, et j’en suis tout à fait conscient. Nous ne sommes pas naïfs là-dessus, et composons avec la situation telle qu’elle est.<br />Par exemple nous discutons avec mon collègue Paolo Gentiloni, le commissaire en charge de l’économie, et dès avril 2020, nous tombons d’accord sur le fait qu’il faut absolument que tous les Etats membres s’endettent au même niveau pour sortir de cette crise, sans quoi nous allions créer une énorme distorsion dans le marché intérieur, conduisant à une fragmentation, voire une explosion de l’Union. Nous disons donc : « il faut que la Commission s’endette ». Évidemment, succès d’estime : zéro. C’est pourquoi M. Gentiloni et moi écrivons une tribune qui a provoqué quelques remous (car nous n’avions demandé à personne), mais a aussi fait avancer les choses. Il faut donc s’efforcer de bouger et de prendre des risques, dans le cadre de prudence inhérent à la construction européenne. L’Europe avance par petits pas, mais au moins, elle ne revient pas en arrière, quand un pas est fait, l’avancée est acquise.<br />Troisième point : le sentiment d’un décrochage européen. Je le comprends, et même le partage dans certains domaines. Il me semble qu’après l’arrivée de nos amis britanniques, l’Europe, qui avait commencé à élargir son champ de compétences, notamment en ce qui concerne les règles de concurrence et de commerce extérieur, ont adopté une politique extraordinairement libérale et anglo-saxonne, en sacralisant le consommateur. A mon arrivée, j’ai osé dire : « et si nous mettions l’industrie au même niveau que le consommateur ? ». Je m’efforce de le faire, car derrière l’industrie, il y a des entreprises et des emplois, et il s’agit de les préserver. Enfin, la régulation de l’espace numérique, qui passe par le DSA (Digital Services Act) et le DMA (Digital Markets Act), actuellement en discussion au Parlement et au Conseil, va nous permettre de mieux organiser notre espace informationnel, mais aussi de reprendre la main dans la deuxième vague d’évolution des données, qui concernera les données industrielles, et sera beaucoup plus importante que celle des données personnelles, qui a mené à la création des GAFAM. C’est dans ce domaine que je m’efforce de repositionner l‘Europe.</p><p>Nicole Gnesotto :<br />J’aimerais vous interroger à propos de la souveraineté européenne. La crise pandémique a mis cette notion en avant, et pas seulement sur les questions de santé. Les Etats membres se sont rendus compte du danger que représentait l’interdépendance sur le plan politique, et ces questions de souveraineté ont pris un poids considérable pour l’avenir de l’Union. Dans le portefeuille dont vous avez la charge, il y a au moins trois domaines dans lesquels la souveraineté européenne n’est pas acquise : le numérique, le spatial et la défense. En outre, la coopération entre Etats est parfois conflictuelle à leur propos, au moins s’agissant de la défense.<br />De ces trois domaines, quel est à votre avis celui où nous avons les meilleurs chances de bâtir le plus tôt une souveraineté européenne ?</p><p>Thierry Breton :<br />Je suis assez mal à l’aise avec le concept de souveraineté, car le mot lui-même est un peu polymorphe, et on a souvent tendance à y mettre ce que l’on veut. Plus je voyage et discute en Europe, plus je m’aperçois que chacun en a sa propre définition. Et derrière celle-ci, on trouve associé l’image de soi, l’Histoire, les craintes, les fantasmes ... C’est pourquoi je m’en méfie. Aussi, chaque fois que je l’emploie, je veille à l’accrocher à un autre mot, selon mon interlocuteur, pour m’assurer qu’on parle bien de la même chose ; là encore, pour s’assurer que nous allons dans le même sens. C’est pourquoi je parlerai plus volontiers d’autonomie.<br />Si l’on regarde les choses qui vont qualifier cette nécessité d’autonomie, il y a d’abord la relation très conflictuelle entre les Etats-Unis et la Chine, qui marquera à n’en pas douter les prochaines décennies. Or, nous sommes au milieu, et nous avons des relations et des partenariats avec les USA. Un peu aussi avec la Chine, mais enfin nous sommes clairement des alliés des Etats-Unis, tandis que la Chine était décrite par la précédente Commission comme « un rival systémique ». Voilà où nous en sommes, et cela ne va pas s’améliorer.<br />Dans les domaines dont je m’occupe, il s’agit de faire en sorte d’avoir des points sur lesquels nous sommes incontournables, et autonomes. Il nous faut reprendre une autonomie pour avancer, ou pour conclure des partenariats. Car tout partenariat est un rapport de forces, et l’Europe doit apprendre à gérer ces rapports de force. Ce n’est pas simple dans le contexte actuel, et je me focalise sur les points où nous pouvons retrouver une position incontestable. Vous avez cité le numérique, à l’intérieur duquel figurent les clouds industriels. Il s’agit des réseaux 5G, des objets connectés (« IoT », pour Internet of Things, l’internet des objets), qui vont révolutionner l’ensemble des processus industriels et générer des quantités massives de données industrielles. L’Europe est encore aujourd’hui le premier continent industriel de la planète, et le plus innovant. Il faut donc se mettre en position de capter et traiter correctement ces données.<br />Les semi-conducteurs sont un autre sujet essentiel. Nous étions très bin positionnés il y a 20 ans, beaucoup moins maintenant, car nous sommes passés à des logiques plus anglo-saxonnes là aussi (les « entreprises sans usines » et autres concepts douteux). Il s’agit désormais de corriger le tir, grâce aux PIIEC et au fonds de relance. Je pousse énormément pour cette reconquête industrielle des semi-conducteurs, qui vont devenir un enjeu absolument majeur.<br />Nous sommes la deuxième puissance spatiale mondiale. La France a une longue histoire dans ce secteur, et à présent l’Allemagne s’y met, avec des mini-lanceurs. Concernant la défense, c’est la première fois qu’elle devient, au niveau industriel, l’une des prérogatives de l’Union, à travers le fonds européen de défense, que j’ai poussé avant même d’imaginer que j’en aurais un jour la charge. Nous disposons d’environ 8 milliards d’euros, ils doivent permettre de lever 30 à 40 milliards, qui seront consacrés à la recherche et à l’investissement. C’est un montant tout à fait considérable.<br />Là encore, ma stratégie est assez simple. Il n’agit de ne pas trop se disperser ; il y a quelques domaines importants, comme les drones, la cybersécurité ou le quantique. Nous lançons en ce moment des appels à candidature. Je souhaite qu’un nombre important d’Etats membres répondent présent. Je m’efforce que chacun des pays membres me propose quelques entreprises, même des petites, qui pourraient participer à cet effort commun. Pour que chacun commence à créer un affectio societatis européen au sujet des industries de défense. Cela prendra des années, et même sans doute des décennies, mais cela me paraît indispensable.<br />Pour créer l’équipe qui me permet d’animer tout cela, j’ai demandé à ce que chaque pays me détache un ou une ingénieur de l’armement, pour porter ces projets : les suivre, les négocier les mettre à l’épreuve. Je m’efforce de créer cette dynamique, pour que chacun se sente concerné. Je plaide pour la fin de la naïveté. Fort du petit succès que nous avons eu avec Paolo Gentiloni avec notre tribune sur la nécessité pour l’Europe de s’endetter, j’ai vu que c’était un exercice qui avait ses chances. C’est pourquoi je l’ai aussi proposé à mon ami Josep Borrell sur la fin de la naïveté. Pour chacun de mes autres domaines, je demande à un commissaire européen légitime sur le point en question d’écrire une vision en commun. Cela permet là encore un alignement. Interne à la Commission, cette fois.</p><p>David Djaïz :<br />Pas besoin d’être grand clerc pour voir que la façon dont nous sortirons de cette énorme crise déterminera le jugement que les peuples porteront sur leurs gouvernements, ainsi que sur les institutions européennes. L’Europe joue gros dans cette affaire, et ce travail que vous menez de politisation et d’inflexion sur les vaccins est capital. A vous écouter, on sent bien qu’il y a une nécessité de passer d’une Europe très juridique, fief de juges et de technocrates, à une Europe-puissance, qui fait et produit des choses, et se soucie (entre autres) de l’industrie.<br />Comment est-ce qu’on pivote vraiment ? On a compris ce qu’est la « méthode Breton », un réalignement constant et méticuleux de chacune des parties prenantes, au coup par coup. N’y a-t-il pas aussi une réflexion sur un éventuel « Big Bang » d’après crise ? En France, on adore les grandes conventions et les changements de traités ... J’ai bien conscience qu’il est un peu incongru de vous demander cela alors même que vous êtes en plein milieu du gué, avec de l’eau jusqu’aux genoux, mais je pense que c’est dès maintenant qu’il faut se poser ces questions.</p><p>Thierry Breton :<br />Vous avez parfaitement raison. Au mois d’août dernier, pendant les trois semaines où la Commission s’est arrêtée, j’ai dit à mes collaborateurs : « on s’arrête, et on va s’efforcer d’écrire, toutes les semaines, un article sur les leçons de la crise ». Il s’agissait de prendre un peu de recul, d’examiner ce qui se passait et ce qu’il fallait changer, et comment anticiper les crises à venir. Dans le fond, l’Europe aime les crises, car c’est là qu’elle peut se remettre en question. Ce travail de publication nous a permis de nous engager, ce qui est toujours sain, et d’être transparents. Vous appelez cela un peu facétieusement « la méthode Breton », mais il ne s’agit pas de moi ; il s’agit tout simplement de faire de la politique. C’est à dire qu’il faut avoir une vision, puis l’expliquer, puis il faut mettre les uns et les autres en mouvement, en faisant en sorte que chacun y trouve sa place. C’est ce que je m’efforce de faire.<br />L’avons-nous fait suffisamment ? Je suis mal placé pour répondre à cela, mais ce dont je suis certain, c’est que dans quelque institution que ce soit, dès lors qu’on a de vrais talents disponibles et que l’autorité politique ne joue pas son rôle comme elle le devrait (à cause de trop de compromis), c’est là que la technostructure entre en jeu. Et c’est peut-être un peu ce qui s’est passé lors des dernières décennies.<br />Je vais conclure par une anecdote personnelle à ce sujet. Je n’avais jamais imaginé que je serais un jour commissaire européen, cela s’est décidé dans ma cuisine un soir d’octobre, lors d’un dîner avec mon épouse. Le lendemain, j’étais proposé, et c’est là que le parcours du combattant a commencé. Jean-Louis Bourlanges le sait mieux que personne, la procédure pour accepter un commissaire est une espèce de course d’obstacles. Il fallait donc que le Parlement m’accepte. J’arrive à Bruxelles, et tout de suite, on me dit qu’on va me « prendre en main » : me faire réciter, me coacher, me préparer. Etonné, je demande qui sont ceux qui vont décider pour moi. « Les députés » me répond-on. Pour moi il était hors de question de subir un « entraînement » en interne. Je suis donc allé voir les députés un par un, c’est comme cela que je me suis préparé.<br />Et le jour de mon audition, je prends un ascenseur et j’y rencontre un directeur que je ne connaissais pas, français. Il me dit : « Ah monsieur le commissaire ! Vous allez faire votre audition ? J’imagine que les directions vous ont entièrement préparé. Vous savez, moi, des commissaires, j’en ai fait dix ».<br />Je n’étais pas l’un d’eux.</p><p>Jean-Louis Bourlanges :<br />Thierry Breton sait peut-être que c’est moi qui suis l’auteur de son supplice, puisque j’ai fait voter cette procédure à l’époque de la Commission Barroso. Avant elle, une commission examinatrice se contentait d’envoyer une petite lettre sans aucune portée politique au président du Parlement, en disant « il est très bien sur ceci, un peu moins sur cela ». La nouvelle procédure, terrible pour les commissaires recalés comme Mme Goulard, est beaucoup plus légitimante pour ceux qui sont admis. J’ai suivi de très près votre investiture, et il est vrai qu’elle n’avait rien d’une promenade de santé. Mais c’est une procédure authentiquement politique, digne de celle observée au Congrès des Etats-Unis, dans des circonstances assez voisines.</p><p>Thierry Breton :<br />Cela n’avait rien d’un supplice. J’ai d’ailleurs conclu mon audition, qui a duré près de trois heures, en disant, très sincèrement, que même s’ils votaient contre moi, je repartirais fort d’une expérience humaine inoubliable. Voir tous les députés un par un lors de la semaine de préparation était très intense et extrêmement enrichissant.</p><p>Jean-Louis Bourlanges :<br />En tous cas la procédure est désormais politique. La Commission Européenne a été conçue par Jean Monnet pour être éloignée de la politique, et c’est devenu une institution assumant pleinement ses responsabilités politiques, devant deux chambres, l’une représentant les Etats (le Conseil européen) et une autre représentant les citoyens (le Parlement européen). C’est un système imparfait, mais auquel on ne saurait reprocher de ne pas être démocratique.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
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	<pubDate>Tue, 25 May 2021 14:39:01 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Chronique économique – Le bitcoin? Une marchandise]]></title>
	<description><![CDATA[<p>OpinionMarian Stepczynski</p>
<p>Publié aujourd’hui à 06h59</p>
<p class="ArticleParagraph_root__3J10I ArticleContainer_content-width__pYdH3 link_focus__2-gJz link_externalicon-big__3ypDf link_externalicon__2CDAi">Feriez-vous confiance à une monnaie qui, même si elle remonte ensuite, perd la moitié de sa valeur en quelques jours? Sûrement pas. Donc, le bitcoin n’est pas une monnaie, puisque le propre d’une monnaie est, outre ses fonctions de moyen de paiement et d’unité de compte (deux fonctions que cette cryptomonnaie ne remplit au demeurant qu’imparfaitement), de servir de réservoir de valeur. Un réservoir ne peut être un puits, non pas sans fond, mais dont le fond varie de hauteur au gré des circonstances.</p><p class="ArticleParagraph_root__3J10I ArticleContainer_content-width__pYdH3 link_focus__2-gJz link_externalicon-big__3ypDf link_externalicon__2CDAi">Les cabrioles de cette cryptomonnaie, qu’il vaudrait mieux pour cette raison qualifier de cryptoactif, expliquent trois experts belges dans une tribune au «Monde»*, la rapprochent ainsi davantage d’une matière première, d’une commodity – telle que l’a d’ailleurs définie la Commodity Futures Trading Commission, l’agence américaine de surveillance des bourses de commerce – que d’une monnaie numérique au sens où ses thuriféraires s’efforcent de la présenter. Parlons donc d’une e-commodity. Ce serait en quelque sorte, dans le monde numérique, le pendant de l’or dans le monde physique, avec toutefois cette différence que les sauts de mouton qu’il arrive au métal jaune d’effectuer ne sont ni à ce point rapides comme l’éclair ni d’ampleur comparable, ce qui rend l’analogie assez bancale.</p><p class="ArticleParagraph_root__3J10I ArticleContainer_content-width__pYdH3 link_focus__2-gJz link_externalicon-big__3ypDf link_externalicon__2CDAi">Comment se fait-il dans ces conditions que le bitcoin ait une valeur, un prix de marché, alors que, pure construction algorithmique, il ne vaut intrinsèquement rien? On a prétendu qu’il annonçait l’avènement d’un système de paiement affranchi des banques et de tout contrôle étatique, paradis libertarien auquel aspireraient les esprits agiles des nouvelles générations. Si cela était vrai, on ne comprendrait pas pourquoi tant d’autres parmi les quelque 8000 cryptomonnaies apparues au fil de la trentaine d’années écoulées depuis le lancement de la première d’entre elles s’escriment à vouloir apparaître comme stables (stablecoins), c’est-à-dire ancrées plus ou moins indéfectiblement à de belles et bonnes monnaies, ce qui les renvoie du coup à l’ordre établi qu’elles étaient censées faire disparaître. On a prétendu aussi qu’elles étaient source d’affranchissement des barrières frontalières, et libéreraient ainsi les économies de la suprématie du dollar. Mais à quel coût! La moindre transaction nouée en bitcoins prend des plombes et consomme l’électricité d’une ville entière quand ce n’est de tout un pays.</p><p class="ArticleParagraph_root__3J10I ArticleContainer_content-width__pYdH3 link_focus__2-gJz link_externalicon-big__3ypDf link_externalicon__2CDAi">Personne mieux qu’un Paul Krugman n’a résumé la chose: «Les promoteurs de la crypto sont très doués pour le jargon technique, c’est-à-dire qu’ils utilisent une terminologie obscure pour se convaincre et convaincre les autres qu’ils proposent une nouvelle technologie révolutionnaire, même si la blockchain est en fait assez ancienne par rapport aux normes de l’infotechnologie et qu’elle n’a pas encore trouvé d’utilisation convaincante»**.</p><p class="ArticleParagraph_root__3J10I ArticleContainer_content-width__pYdH3 link_focus__2-gJz link_externalicon-big__3ypDf link_externalicon__2CDAi">Au vrai, l’engouement pour ce produit technologique immatériel qui ne sert à rien sauf à créer et détruire alternativement de la plus-value le fait ressembler à une chaîne de Ponzi, à cette différence près que, contrairement à l’original, il n’y a pas, à sa source, un Madoff à condamner à la perpétuité.</p><p class="ArticleParagraph_root__3J10I ArticleContainer_content-width__pYdH3 link_focus__2-gJz link_externalicon-big__3ypDf link_externalicon__2CDAi"><br />*«On est en train de permettre à des bitcoins sales de devenir des bitcoins propres» («Le Monde» du 23 mai)</p><p class="ArticleParagraph_root__3J10I ArticleContainer_content-width__pYdH3 link_focus__2-gJz link_externalicon-big__3ypDf link_externalicon__2CDAi">** «Technobabble, Libertarian Derp and Bitcoin» («New York Times» du 20 mai)</p><p>Chroniqueur à La Tribune de Genève</p>
<p>Publié aujourd’hui à 06h59</p>
<p class="Feedback_root__nzXeS ArticleContainer_content-width__pYdH3">Vous avez trouvé une erreur?<a href="mailto:tes_correction@tamedia.ch?subject=Avis%20d'erreur%20%7C%20Marian%20Stepczynski%20%7C%20Le%20bitcoin%3F%20Une%20marchandise&amp;body=J'ai%20trouv%C3%A9%20une%20erreur%20dans%20cet%20article%3A%20https%3A%2F%2Fwww.tdg.ch%2Fle-bitcoin-une-marchandise-304891750607" class="Feedback_feedbacklink__2ys-x">Rapporter maintenant.</a></p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/603/robert-zubrin-explique-pourquoi-le-starship-de-spacex-va-tout-changer-%E2%80%93-exploration-spatiale</guid>
	<pubDate>Tue, 25 May 2021 13:45:23 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/603/robert-zubrin-explique-pourquoi-le-starship-de-spacex-va-tout-changer-%E2%80%93-exploration-spatiale</link>
	<title><![CDATA[Robert Zubrin explique pourquoi le Starship de SpaceX va tout changer. – Exploration spatiale]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Cette semaine je passe la parole à Robert Zubrin, ingénieur en astronautique et fondateur de la Mars Society. Son dernier article, paru dans Nautilus* et que vous trouverez ci-dessous, est important à plusieurs titres. D’une part il explique la complexité de l’architecture du programme Artemis de retour des Américains sur la Lune. D’autre part il met bien en lumière le saut technologique que représente le Starship d’Elon Musk et les perspectives fabuleuses qu’il ouvre à l’humanité.</p><p>*Nautilus est une revue scientifique et technologique américaine d’excellente réputation. L’article a été publié le 13 mai 2021. Je l’ai traduit :</p><p>« A la fin de l’après-midi du 5 mai, Elon Musk a tweeté : « l’atterrissage du Starship est nominal ! ». Musk n’est pourtant pas connu pour ses paroles mesurées et voir ce monstre en acier inoxydable s’envoler était, pour beaucoup, quelque chose qu’on qualifierait davantage de « phénoménal ». Plus de 5 millions de personnes ont regardé le spectacle sur YouTube, peut-être beaucoup en retenant leur souffle, car à l’issue de chaque tentative antérieure le Starship avait pris feu. Pas le SN15. Ce Starship, après avoir grimpé ses 12 kilomètres puis être redescendu dans une configuration « ventrale » – en utilisant son large corps argenté comme frein – descendit lentement, la force de ses moteurs Raptor lui offrant en fin de course un atterrissage en douceur et en parfaites conditions.</p><p>Certaines personnes de la NASA ont probablement ressenti un sentiment de soulagement. A la grande surprise de l’industrie spatiale, en avril, la NASA avait attribué à SpaceX un contrat de 2,9 milliards de dollars pour modifier le Starship afin qu’il serve comme élément final du système qui emmènera les astronautes sur la Lune. Le favori pour remporter le poste n’était pas SpaceX mais un poids lourd, le groupement « National Team » (l’Equipe-nationale), composé de la Sté Blue Origin, de Jeff Bezos, et des entrepreneurs habituels de l’aérospatiale que sont Lockheed Martin, Northrop Grumman et Draper Laboratory. Le choix était si inattendu que lorsque le Washington Post en a fuité la nouvelle, certains observateurs bien informés ont refusé de le croire. Les politiques laissaient penser que National team était le pari le moins risqué.</p><p><a href="https://blogs.letemps.ch/pierre-brisson/wp-content/uploads/sites/31/2021/05/Les-concurrents-.jpg" target="_top">
<p></p>
</a></p><p>Sans doute, comme on aurait pu le prévoir, les équipes perdantes (qui comprennent également une alliance de petites entreprises dirigée par Dynetics) ont-elles rapidement protesté contre le choix de la NASA, gelant temporairement le programme. Mais puisque SpaceX offre le plus de potentiel, à moins de la moitié du prix proposé par les autres, ce choix prévaudra probablement en fin de compte. La NASA subira sans aucun doute les attaques du Congrès lui reprochant de ne pas jouer le jeu car les politiciens croient qu’elle n’existe que pour répondre à leur besoin d’accorder des avantages économiques à leurs électeurs1. Mais l’agence gouvernementale porte également la bannière de l’esprit pionnier de l’Amérique. C’est une organisation humaine, sujette à toutes les failles du système qui la soutient mais elle a aussi ses moments de lucidité et de courage. Et pour sûr, ce choix est vraiment l’un d’entre eux.</p><p>Cette décision a également constitué une avancée décisive pour Musk, bien sûr, lui qui a fondé SpaceX en 2002, tout juste après la vente de sa société de paiement en ligne PayPal, avec l’objectif non moins grandiose que d’amener des humains sur Mars. Je sais bien qu’on dit que les entrepreneurs n’en ont généralement que pour l’argent. Mais les cyniques se trompent à propos de Musk. J’étais de ceux qui ont contribué à le convaincre de faire de Mars sa vocation. S’il voulait simplement plus d’argent, il connaissait bien d’autres moyens plus faciles pour s’en procurer, que de démarrer, parmi toutes autres possibilités, une société d’astronautique, entreprise notoirement difficile avec très peu de chances de succès. Il cherchait à faire des choses d’une importance immortelle. La colonisation de Mars (à côté des voitures électriques et de l’énergie solaire) a emporté sa décision.</p><p>Permettez-moi de souligner à quel point le Starship pourrait transformer profondément notre avenir dans l’Espace et apporter à notre compréhension de la vie. Je travaille dans ce secteur depuis un bon bout de temps. À la fin des années 80, je faisais partie de l’équipe de Martin Marietta, aujourd’hui Lockheed Martin, qui a réalisé la conception préliminaire de ce que l’on appelle maintenant le Space Launch System ou « SLS », véhicule phare de la NASA. Il a été conçu à l’origine comme un moyen rapide et simple de créer un lanceur lourd à partir des composants du système du « Shuttle », la Navette spatiale, alors en opérations. Le Starship n’a rien à voir avec le SLS. Il ne ressemble à rien de ce que la NASA a fait auparavant. Il représente un concept entièrement nouveau d’opérations spatiales, et l’impact qu’il pourrait très bien avoir sur la science est extraordinaire.</p><p>La NASA prétend toujours que son programme Artemis utilisera le SLS et la capsule Orion pour amener ses astronautes à sa « Gateway » (passerelle), une station spatiale encore à construire, en orbite autour de la Lune. A partir de là, l’idée est de les transférer à un Starship qui les transportera à la surface de notre satellite naturel. La NASA peut effectuer quelques missions de cette façon mais, franchement, la raison profonde est que c’est uniquement pour éviter l’embarras d’avoir passé autant de temps et d’argent sur des systèmes qui n’ont aucun intérêt pratique. Une fois que le Starship sera opérationnel, la logique conduira les choses dans une direction entièrement nouvelle.</p><p>En réalité le SLS n’est qu’un Shuttle dont on aurait supprimé l’orbiteur ressemblant à un avion, ce qui permet de remplacer la masse de ce dernier par un étage supérieur et/ou une charge utile considérablement accrue. Une variante aussi simple aurait dû voler au milieu des années 90, et si cela avait été le cas, nous aurions pu la voir servir de technologie permettant un programme spatial beaucoup plus performant au cours du dernier quart de siècle.</p><p>Malheureusement, ce n’est pas ce qui s’est produit. Malgré le fait qu’une commission d’experts, dirigé par Jack Kerrebrock, éminent professeur au Massachusetts Institute of Technology, ait recommandé en 1993 qu’un tel propulseur lourd dérivé du Shuttle soit rapidement développé afin de réduire d’un ordre de grandeur le nombre de lancements nécessaires pour créer l’ISS (la Station-spatiale-internationale), cette recommandation a été rejetée par le vice-président de l’époque, Al Gore. Al Gore voulait étendre le programme de construction de l’ISS sur plusieurs décennies, avec des dizaines de lancements de Shuttle et de fusées Proton russes, afin d’« encourager » le développement et le maintien de relations amicales avec les nouveaux dirigeants de la Russie post-soviétique2 (c.-à-d. leurs transférer des fonds). Le SLS a été retardé de deux décennies, jusqu’à ce qu’il soit obsolète, pour cette seule raison.</p><p>Cela a malheureusement fait perdre à la NASA une génération entière d’expertise. La responsabilité du développement a été transférée à des personnes qui n’avaient jamais rien fait de tel auparavant, de sorte que le programme (Arès puis SLS) a pénétré en boitillant jusque très avant dans le nouveau siècle, avec une conception finale aux performances possibles dégradées et pas même un vol d’essai à présenter après environ 30 ans d’effort et plus de 20 milliards de dollars de dépenses. En 2005, la NASA a commencé à développer la capsule Orion pour donner aux Américains un moyen d’atteindre l’orbite terrestre après le retrait du Shuttle, qui devait se produire vers 2010 (ce qui fut fait). Cela aurait dû être une simple promenade dans un jardin, mais d’une façon ou d’une autre, encore une fois, la NASA, ses sous-traitants et le Congrès ont réussi à transformer ce projet en un effort de plus de 20 milliards de dollars sur plusieurs décennies, avec pour témoigner de cet effort, un seul vol d’essai, sans pilote, en 2014. Et ce qui est plus grave, c’est qu’en plus du coût la masse d’Orion a enflé. Avec 26 tonnes, le triple de celle de la capsule Apollo, il est trop lourd pour que le SLS puisse le mettre en orbite basse lunaire avec les ergols nécessaires pour en revenir.</p><p>Alors l’administration Obama a eu l’idée géniale de construire une station spatiale en orbite lunaire haute. Au lieu d’aller sur la Lune, les astronautes chevauchant Orion auraient pu se rendre sur la « Lunar Orbit Platform » et profiter de la vue. Ou peut-être auraient-ils pu étudier des astéroïdes qui, un jour, auraient pu être conduits jusqu’à l’orbite lunaire en utilisant un mode de propulsion « avancé ». Cela n’aurait-il pas été vraiment « cool » ?!</p><p>Je n’étais pas fan de l’administration Trump mais il faut lui rendre hommage d’avoir reconnu que ce plan, dont ils avaient hérité, était totalement ridicule. Elle a annulé la mission, infaisable, de redirection d’astéroïdes et a décidé que la station en orbite lunaire devait être une passerrelle, un « Gateway », pour aller « quelque part ». Ainsi est né le programme Artemis, qui a promis aux Américains qu’ils reviendraient sur la Lune (avec une femme Américaine en tête) avant 2024, pas moins. Pour éviter l’embarras, les gens de la NASA avaient besoin que le SLS, Orion et le Gateway soient utilisés dans le cadre d’Artemis.</p><p>Mais ce plan n’était pas très bon. Le programme SLS ne pouvait garantir qu’un seul lancement par an. Ceci en dépit du fait qu’au cours de son programme de 30 ans, le Shuttle, plus complexe, avait atteint un taux de lancement annuel moyen de quatre (et de huit pour les pointes). Ainsi, si on devait lancer une mission lunaire dans un délai raisonnable, elle devait comporter non seulement un SLS pour envoyer une capsule Orion en orbite, mais également plusieurs autres lanceurs de puissance moyenne (non récupérables !) pour livrer un véhicule au Gateway afin qu’un équipage puisse le prendre pour aller à partir de là jusqu’à la surface lunaire et en revenir. La NASA a réuni environ un milliard de dollars pour des études de projet d’ingénierie et a lancé un appel d’offres de propositions d’architecture de mission à l’industrie afin de développer des concepts de véhicules d’accès à la Lune pour répondre aux besoins d’un tel plan.</p><p>En avril 2020, la NASA attribua des contrats de conception préliminaires à trois compétiteurs : National team dirigée par Blue Origin, « Dynetics », et SpaceX. National team, avec un devis représentant la part du lion, 579 millions de dollars, proposa un atterrisseur maladroit à trois étages non réutilisables. Cela correspondait précisément au concept irréalisable que la NASA avait en tête pour son plan de mission. L’équipe Dynetics, constitué de 25 petites entreprises, avec un devis de 253 millions de dollars, proposa un petit atterrisseur à un étage et à réservoirs largables qui, bien que divergeant quelque peu (et avec raison) de la demande, lui correspondait de manière générale3.</p><p>SpaceX, avec un devis de 135 millions de dollars, proposa un concept radicalement différent : le Starship. Ce devrait être un système de lanceur lourd entièrement réutilisable, à deux étages, alimenté par des moteurs au méthane-oxygène, d’une capacité à peu près à mi-chemin entre le SLS et la plus puissante Saturn V du programme lunaire Apollo. En raison de la réutilisabilité du Starship, son utilisation induirait un coût égal à moins de 1% du premier ou du second. Ces caractéristiques, à elles-seules, changeraient le monde, mais il y a plus : le Starship-vaisseau-spatial serait conçu pour être ravitaillé en orbite terrestre basse par des Starships-réservoirs (« tankers »), lui permettant d’aller plus loin, par exemple jusqu’à Mars, où le système de propulsion pourrait être ravitaillé à nouveau par des ergols produits facilement à partir de l’abondante glace d’eau et de l’atmosphère de dioxyde de carbone de la planète rouge.</p><p>Pour la mission Artémis la plus simple – envoyer une cargaison de l’orbite terrestre basse à la surface lunaire – le Starship ferait bien l’affaire, se présentant avec son vaste volume habitable et ses volumes de stockage de propergols avec, en plus, une capacité d’emport de 100 tonnes de fret ce que personne d’autres ne peut faire, à condition qu’il puisse être ravitaillé avec huit vols de tankers (NdT : pour l’approvisionner en ergols pour les vols aller et retour). Un inconvénient est que, pour que le Starship atterrisse, il faudrait que ses moteurs d’atterrissage soient remontés vers le haut du véhicule, de telle sorte que son puissant échappement ne cratérise pas la surface. Mais le plus gros problème sera de fournir tous les ergols nécessaires pour permettre les opérations du Starship au-delà de l’orbite basse terrestre.</p><p>Il faudrait au moins 10 vols de tankers pour ravitailler un vaisseau spatial fonctionnant comme ferry entre l’orbite lunaire basse et la surface lunaire, ou 14 s’il est obligé d’utiliser le Gateway. Cette exigence, cependant, pourrait être réduite en développant des technologies pour extraire l’oxygène du régolithe lunaire. Les roches lunaires sont composées d’une variété d’oxydes métalliques contenant en moyenne environ 50% d’oxygène en poids et la combinaison propulsive du Starship est de 78% d’oxygène. En extrayant l’oxygène lunaire (et en produisant du métal au cours du processus), le nombre de vols de Starships nécessaires par mission pourrait être divisé par trois, ce qui accélèrerait considérablement le développement lunaire.</p><p>Contrairement aux concepts concurrents, le Starship ne se limiterait pas à fonctionner comme un ferry de l’orbite lunaire à la surface de l’astre : il pourrait ouvrir la voie pour Mars4. Il a été conçu dès le départ pour rendre l’installation humaine de Mars abordable, c’est pourquoi le Starship répond à un objectif de coût beaucoup plus exigeant que tout ce dont un simple programme d’exploration pourrait avoir besoin. Même pour un prix élevé, comme 300 millions de dollars par astronaute, la NASA sauterait sur l’occasion d’envoyer ses hommes sur Mars pour l’explorer. Mais ce prix ne serait pas pertinent pour n’importe qui se portant volontaire pour partir s’établir sur Mars. Pour que la colonisation de Mars soit réalisable, le prix du billet sur le Starship doit être suffisamment bon marché pour qu’une personne de la classe moyenne puisse se l’offrir.</p><p>Une telle personne pourrait être en mesure de recueillir 300.000 $ en vendant sa maison et un bon travailleur pourrait obtenir une somme similaire en hypothéquant son travail (comme cela a été fait au temps de l’Amérique coloniale). Parvenir à un tel prix de billet nécessiterait de réduire les coûts de lancement et de transport spatial d’au moins trois ordres de grandeur par rapport à ceux qui prévalent aujourd’hui, ce qui n’est possible qu’en rendant les systèmes de transport spatial, réutilisables : un Boeing 737 coûte environ 100 millions de dollars et transporte généralement environ 100 passagers— s’il était détruit après un seul vol, les billets coûteraient plus d’un million de dollars par personne. Ce n’est qu’en rendant le Starship réutilisable que les voyages dans l’espace peuvent être rendus abordables comme le sont les voyages en avion.</p><p><a href="https://blogs.letemps.ch/pierre-brisson/wp-content/uploads/sites/31/2021/05/SN15-Capture-decran-2021-05-18-134416.jpg" target="_top">
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</a></p><p>En février 2020, j’ai voyagé avec ma femme, Hope, à Boca Chica, une petite ville du Texas sur une terre très plate et basse, près de la frontière mexicaine, là où SpaceX développe son Starship et s’étend rapidement. Musk veut y créer une ville et l’appeler « Starbase ». Un groupe de mariachi jouait à l’extérieur, divertissant de longues files de personnes attendant pour demander un emploi. Des centaines étaient déjà à l’œuvre dans le complexe. Bientôt, il y devrait y en avoir des milliers. Il était évident que Musk ne construisait pas de navire, il construisait un chantier naval. Au cours de son programme de navettes déroulé sur 30 ans, la NASA a construit cinq Shuttle, un tous les six ans en moyenne. Lors de notre visite, Musk se préparait à construire des prototypes de Starship à raison d’un par mois, ce qu’il a fait.</p><p>Plutôt que de choisir de tout analyser pendant des années ou des décennies avant d’effectuer un premier test en vol, comme l’a fait la NASA, l’approche de Musk consiste à construire, lancer, s’écraser, résoudre les problèmes, puis réessayer. Il s’est frayé un chemin au travers de la problématique de presque toute l’enveloppe de l’étage supérieur du Starship. Avec le succès du vol SN15, il est désormais en mesure de le faire voler encore et encore. Musk vise des altitudes plus élevées et une perfection opérationnelle accrue jusqu’à ce que son équipe puisse le faire les yeux bandés. Les SN16 et SN17 qui intègrent encore plus d’avancées par rapport au SN15, sont presque terminés.</p><p>Qu’un programme spatial soit mené non pas avec trois ou quatre mais avec des dizaines de vaisseaux – et éventuellement des centaines – est révolutionnaire. Les lancements de Starships se compteront par semaine, voire par jour. Le taux moyen de quatre vols de Shuttle par an signifiait qu’avec un coût annuel de programme de 4 milliards de dollars par an, le coût réel d’un seul vol était de 1 milliard de dollars. Une noria transorbitale de Starship, employant 5.000 personnes, coûterait à peu près la même somme par an. Musk a pour objectif de gérer 200 vols par an, ce qui est possible avec 20 vaisseaux opérationnels seulement, chacun remis en vol à nouveau tous les 36 jours. Cela donnerait 5 millions de dollars par vol, soit 1/200ème du coût du Shuttle avec cinq fois sa charge utile, pour une amélioration globale de mille fois.</p><p>Les avantages du Starship pour l’exploration robotique et humaine sont difficiles à surestimer. Perseverance récemment arrivé sur Mars, peut y déposer une tonne en surface. Le Starship, avec sa capacité de 100 tonnes, peut y faire débarquer une armée de robots. Ceux-ci pourraient inclure de nombreux explorateurs de type Persévérance et des versions beaucoup plus grandes de l’hélicoptère Ingenuity. De plus petits rovers équipés de caméras haute résolution pourraient cartographier la zone, transmettre les données à la Terre et permettre à des millions de scientifiques de parcourir le paysage en réalité virtuelle et de diriger les machines vers tout ce qui leur semble intéressant. Des robots-constructeurs aussi, peut-être sous forme humanoïde, pourraient construire une base martienne capable de convertir le dioxyde de carbone et la glace d’eau en ergols pour les fusées fonctionnant au méthane et à l’oxygène pour le stocker dans des réservoirs. Avec une telle structure, entièrement constituée à l’avance, des Starships pourrait commencer à envoyer des hommes sur Mars.</p><p>Les rovers sont des outils merveilleux, mais ils ne peuvent résoudre les questions scientifiques fondamentales que Mars – autrefois très semblable à la Terre primitive – pose à l’humanité : la vie est-elle un phénomène singulier, propre à la Terre, ou est-elle également apparue sur Mars ? Si oui, a-t-elle utilisé le même système d’information ADN-ARN, ou un autre ? La vie telle que nous la connaissons sur Terre est-elle LA vie, ou est-ce juste un exemple entre autres, parmi une vaste tapisserie de possibilités ? Trouver des preuves de la vie passée impose une chasse aux fossiles. Perseverance s’y appliquera, mais des « limiers » humains – capables de voyager loin sur des terrains difficiles, d’escalader, de creuser, de travailler délicatement et de suivre intuitivement des indices – pourraient faire ce travail beaucoup mieux. Trouver la vie existante pour déterminer sa nature nécessitera de forer jusqu’à des centaines de mètres pour atteindre les eaux souterraines où la vie pourrait encore prospérer, en prélevant des échantillons, en les cultivant et en les soumettant à analyse. C’est à des années-lumière des capacités de rovers robotiques.</p><p>Mais il y a plus. Le Starship ne nous donnera pas seulement la possibilité d’envoyer des explorateurs humains sur Mars, la Lune et d’autres destinations du système solaire interne, il nous offrira une augmentation de deux ordres de grandeur de la capacité opérationnelle globale pour faire à peu près tout ce qu’on veut faire dans l’espace. Cela inclut non seulement la poursuite d’un programme musclé de sondes vers le système solaire externe et rendant économiquement faisable toutes sortes d’investigations expérimentales en orbite terrestre, mais encore la possibilité de construire des télescopes spatiaux géants. Beaucoup de nos connaissances en physique sont issues de l’astronomie parce que l’Univers est le plus grand et le meilleur laboratoire qui soit. Il n’y a pas de meilleur endroit pour faire de l’astronomie que l’Espace. Le télescope spatial Hubble, au miroir de 2,4 mètres de diamètre, a fait des découvertes extraordinaires. Que pourrons-nous apprendre une fois que nous serons capables de construire des télescopes de 2,4 kilomètres de diamètre dans l’espace profond ? Les possibilités dépassent littéralement l’imagination. »</p><p>Robert Zubrin est aussi président de Pioneer Astronautics, société d’étude qui a obtenu plusieurs contrats de la NASA. L’édition 25ème anniversaire de son livre fondateur, The Case for Mars, The Plan to Settle the Red Planet and Why We Must , a été récemment publiée par Simon et Schuster. Vous pouvez le suivre sur twitter.</p><p>Notes de bas de page :</p>
<p>M. Machay, M. &amp; A. Steinberg. “NASA funding in Congress : Monney matters”, in European Journal of Business Science and Technology 6, 5-20 (2020).<br />J.M. Logsdon &amp; J.R. Miller. « US-Russian cooperation in human space flight: Assessing the impacts». NASA.gov (2001).<br />Bien que clairement meilleure sur le plan conceptuel que l’offre de National team, la conception de Dynetics n’a jamais vraiment eu de chance, car l’équipe qui la constituait n’était pas assez crédible pour se voir confier la responsabilité de quelque chose d’une telle importance pour le programme spatial. Cependant Dynetics a reçu une bonne compensation en étant chargé d’assurer une large base de soutien à Artemis.<br />Il ne faudrait que deux vaisseaux-réservoirs pour faire voler un Starship à vide vers Mars, ou cinq (NdT : un pour la mise en orbite du vaisseau spatiale et quatre pour la suite du voyage aller) si on l’envoie avec 100 tonnes de cargaison.</p>
<p>Image de titre: un Starship approchant la Lune. Crédit AleksandrMorrisovich /Shutterstock</p><p>Publication d’origine :</p><p><a href="https://nautil.us/issue/100/outsiders/the-profound-potential-of-elon-musks-new-rocket?mc_cid=a5b9967fe7&amp;mc_eid=b569b718a5" target="_top">https://nautil.us/issue/100/outsiders/the-profound-potential-of-elon-musks-new-rocket?mc_cid=a5b9967fe7&amp;mc_eid=b569b718a5</a></p><p>Présentation de Nautilus :</p><p><a href="https://nautil.us/about" target="_top">https://nautil.us/about</a></p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/602/des-chercheurs-developpent-une-batterie-biologique-super-ecolo</guid>
	<pubDate>Tue, 25 May 2021 13:03:14 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/602/des-chercheurs-developpent-une-batterie-biologique-super-ecolo</link>
	<title><![CDATA[des chercheurs développent une batterie biologique super écolo]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Une équipe de chercheurs du Texas a développé une batterie qui remplace le lithium par une substance biologique, les polypeptides, laquelle est plus écologique. Cette solution répondrait à une triple problématique environnementale : la baisse des ressources naturelles, la pollution engendrée par l’extraction et l’absence d’un circuit de recyclage.</p><p></p>
<p>Crédit : Unsplash</p>
<p>Aujourd’hui, toutes les batteries que nous utilisons dans nos smartphones, nos PC portables, nos véhicules électriques ou nos objets connectés fonctionnent avec du lithium. Une substance qui, théoriquement, se recycle bien, mais qui, dans les faits, ne l’est que très peu. Essentiellement pour une question de coût. Cela veut dire que des millions de tonnes de batteries qui sont jetées sans être revalorisées, selon certaines études.</p><p>Lire aussi – <a href="https://www.phonandroid.com/des-scientifiques-decouvrent-une-methode-ecolo-et-peu-chere-pour-fabriquer-du-graphene.html">Pneus, peaux de banane : une nouvelle méthode écolo et pas chère utilise des déchets pour fabriquer du graphène</a><br /></p><p>Les chercheurs développent des alternatives pour remplacer le lithium, éliminer le caractère liquide de l’électrolyte ou encore rendre <a href="https://www.phonandroid.com/batteries-au-lithium-des-scientifiques-ont-trouve-la-cle-qui-les-rendra-beaucoup-moins-polluantes.html">les matériaux dans les batteries moins polluant</a>. Nous avons relayé plusieurs découvertes extraordinaires, voire révolutionnaires, dans nos colonnes. <a href="https://www.phonandroid.com/smartphones-pc-ces-nouvelles-batteries-lithium-s-vont-booster-leur-autonomie.html">Certaines permettent d'améliorer leur performance</a>. <a href="https://www.phonandroid.com/batteries-cette-technologie-danode-revolutionnaire-va-accelerer-la-recharge-rapide.html">D'autres accélèrent leur rechargement</a>. En voici une autre qui, pour une fois, met l’accent sur l’environnement.</p>
<p>Des batterie biologique et facilement dégradable</p>
<p>Nous devons cette découverte à une équipe de chercheurs de l’Université du Texas qui ont publié leurs recherches dans le magazine Nature il y a deux semaines. Il s’agit d’une batterie que nous pourrions qualifier de « biologique », puisqu’elle remplace le lithium par des polypeptides, des éléments organiques qui composent les protéines. Voilà une approche peu banale qui a pour avantage d’être écologique.</p><p>En effet, quand une batterie est usée, elle est facilement « dégradable » : il suffit de plonger la batterie dans une solution qui va dissoudre les polypeptides et les transformer en acides aminés. La dégradation pourrait même se faire naturellement, sans impact écologique. Cela répond donc à l’un des points faibles des batteries lithium qui sont difficiles à recycler industriellement.</p><p>Cela répond également aux autres préoccupations liées à l’exploitation du lithium, comme les limitations des gisements, les besoins en ressources naturelles pour l’extraction (l’eau notamment) et l’impact écologique de son industrialisation (lié à l’usage du cobalt). En revanche, il reste toujours un problème : l’efficacité énergétique de ces batteries est bien moins importante. Mais les chercheurs promettent de trouver une solution à ce problème. En attendant, cette solution ne restera qu’une belle découverte scientifique.</p><p>Source : <a href="https://www.nature.com/articles/s41586-021-03399-1" target="_blank" rel="nofollow">Nature</a></p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/601/il-sera-bientot-possible-de-voyager-entre-leurope-et-les-etats-unis-en-3-heures-et-pour-80-euros</guid>
	<pubDate>Tue, 25 May 2021 09:35:18 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/601/il-sera-bientot-possible-de-voyager-entre-leurope-et-les-etats-unis-en-3-heures-et-pour-80-euros</link>
	<title><![CDATA[Il sera bientôt possible de voyager entre l&#039;Europe et les États-Unis en 3 heures et pour 80 euros]]></title>
	<description><![CDATA[<p>La folie des grandeurs de l'Homme a encore repoussé ses propres limites. Boucler les voyages entre <a href="https://www.gqmagazine.fr/dossier/los-angeles" target="_blank">Los Angeles</a> et Sidney en 8h30, et ceux de <a href="https://www.gqmagazine.fr/dossier/londres" target="_blank">Londres</a> à <a href="https://www.gqmagazine.fr/dossier/new-york" target="_blank">New York</a> en 3h15. C'est l'objectif complètement fou que s'est fixée l'entreprise Boom Supersonic, en développant un <a href="https://www.gqmagazine.fr/dossier/avion" target="_blank">avion</a> trois fois plus rapide que les engins actuels. Avec une vitesse de pointe de 2600 km/h, soit 2,2 fois la vitesse du son, ce bolide a été conçu pour accomplir une ambitieuse mission : “briser la barrière du temps”, d'après le PDG de la compagnie, Blake Scholl. Baptisée Overture, cette véritable <a href="https://www.gqmagazine.fr/pop-culture/article/les-images-spectaculaires-du-lancement-dune-fusee" target="_blank">fusée</a> pourra accueillir entre 65 et 88 personnes, a rapporté la chaîne <a href="https://www.gqmagazine.fr/dossier/etats-unis" target="_blank">américaine</a> CNN. Cerise sur le gâteau : il sera possible de monter à bord d'Overture pour moins de 100 euros, et de <a href="https://www.gqmagazine.fr/lifestyle/voyage" target="_blank">voyager</a> au-delà des océans vers 500 destinations, en seulement quatre heures.</p><p>Mais tout cela est-il bien réaliste ? Boom Supersonic a déjà avoué que le projet comprenait son lot de limites. L'entreprise a notamment relevé que la vitesse folle de l'avion générera une chaleur et une énergie quasi-insoutenable pour les moteurs actuels, qui fondraient immédiatement. <a href="https://www.gqmagazine.fr/dossier/start-up" target="_blank">La start-up</a> a donc avoué compter sur les inventions futures pour résoudre ce bémol. “C'est possible”, a déclaré Sean O'Keefe, expert en technologie aéronautique à l'Université de Syracuse, “mais il va falloir attendre deux ou trois générations de développement technologique, soit à peu près 20 ans”. </p><p>Le lot de consolation suite à cette douche froide vous est fourni par Blake Scholl, le PDG. Il souhaite faire voler le premier Overture d'ici 5 ans, en 2026. Au début, peut-être que l'engin, garanti neutre en carbone par la compagnie, n'ira pas à la vitesse maximale visée. Mais à termes, cet avion pourrait bien être le bond technologique qui nous ferait sortir de l'inertie en termes de performance aéronautique dans laquelle nous sommes figés depuis les années 60. Les durées des vols, bien que déjà prodigieusement courtes à l'époque, n'ont en revanche quasiment pas diminué depuis. Autre point important et qui risque de peser sur la balance : Overture a suscité l'intérêt des plus hautes institutions et entreprises. Une subdivision du Congrès américain et la firme financière American Express ont déjà mis la main au porte-monnaie. Comme un gage de confiance, six milliards de dollars ont été investis dans ce projet à l'heure actuelle, a déclaré la compagnie. L'élaboration des premiers Overture a été fixée à 2023.</p><p></p>
<p>Boom Supersonic</p>
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<p>Boom Supersonic</p>
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<p>Boom Supersonic</p>
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<p>Boom Supersonic</p>
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<p>Boom Supersonic</p>
<p><a class="external-link" data-event-click="{&quot;element&quot;:&quot;ExternalLink&quot;,&quot;outgoingURL&quot;:&quot;https://taiuu.app.link/tgd6Bo1UX9&quot;}" href="https://taiuu.app.link/tgd6Bo1UX9" rel="nofollow noopener" target="_blank">

<p></p>

</a></p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/600/prospects-for-a-grand-reconciliation-%E2%80%93-the-cairo-review-of-global-affairs</guid>
	<pubDate>Sun, 23 May 2021 08:38:40 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/600/prospects-for-a-grand-reconciliation-%E2%80%93-the-cairo-review-of-global-affairs</link>
	<title><![CDATA[Prospects for a Grand Reconciliation – The Cairo Review of Global Affairs]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Mired in turmoil from the Levant to the Persian Gulf, on the surface, the Middle East’s future has rarely looked this bleak. There is, however, an inherent value in hitting rock bottom, and that is the prospect of remaking it all from scratch. But to do so, there needs to be a unique constellation of actors, incentives, alliances, and opportunity. Today, that critical mix exists in the region; the only question is when and where it will give shape to the Mideast’s new direction.</p><p>While the war-torn and economically-crippled Levant draws all eyes, it is in the Persian Gulf where the seeds of a changed future will be planted. Simply put, the confrontations throughout the region since the start of the Arab uprisings have largely been driven by actors in the Persian Gulf, and hence that is where the settlements will be reached. </p><p>The recent conflicts in Syria, Iraq, Yemen, and now Lebanon are all connected to the decades-long standoff between the United States and Islamic Republic of Iran, which has split the region into two poles. Some parties view this fight as a zero-sum game, while others believe a win-win solution still exists within the region. The latter is possible and there have been a number of initiatives—from Iran, Kuwait, and Oman in the main—that have thus far proven unsuccessful, largely because many parties, both inside and outside the region, are still attempting to gain leverage on the ground in various battlefields and confrontations.</p><p>Using the counter revolutions of the 2011 Arab uprisings, Iran’s Persian Gulf adversaries sought to buoy waning U.S. hegemony by weakening Iran’s allies in the Levant and elsewhere. These actions backfired by strengthening bonds between Iranian allies who began to work from joint command centers, sharpen their battle experience, and score unprecedented victories in every military theater.</p><p>Importantly, as a direct result of the instability caused by these conflicts, the Iranian pole began to garner the attention, support, and intervention of major powers Russia and China, who stepped forward to act as intermediaries: further supplanting the traditional U.S. role in the region. </p><p>China, Russia, and their Growing Significance </p><p>“Iran is the new great power of the Middle East, and the United States is the old,” Adel Jubeir—then the Saudi ambassador in Washington, later Saudi’s foreign minister—told his superiors in Riyadh. This was in 2013, in the aftermath of a chemical attack in Ghouta, when then-U.S. President Barack Obama famously backed down from his “red line” warning of a military strike against Syria. </p><p>If history could point to a moment when the United States’ allies in the Persian Gulf ceased to bank on American might, this would be it. Over the following years, that trust would waver further. Gulf Cooperation Council (GCC) foes of Iran watched in mortified silence as the Iranians shot down a $200 million U.S. drone in their airspace and fired a dozen ballistic missiles into two U.S. military bases in Iraq in retaliation for the U.S. <a href="https://www.thecairoreview.com/tahrir-forum/meme-ifying-world-war-iii/">assassination</a> of a top Iranian general. When Yemen’s Houthis targeted ARAMCO with precision weapons—and refineries, ports, ships, military sites, and infrastructure came under sophisticated fire in Abha, Jizan, Najran, Fujairah, Al-Shuqaiq, Damam, Abqaiq, Riyadh, Jeddah, and countless other sites in retaliation for the Saudi–UAE-led war against Yemen—the United States did nothing.</p><p>Despite intensifying U.S. threats against Iran and its allies during the Trump administration, the Pentagon was disinclined to follow through with actual military confrontation, further diminishing America’s credibility as a reliable ally. Persian Gulf states began to hedge their bets and seek other intermediaries and partners to shore their interests, primarily Russia and China.</p><p>Since 2013, when Chinese President Xi Jinping launched the biggest global investment project since the Marshall Plan, Beijing’s Belt and Road Initiative (BRI) has been <a href="https://www.thecairoreview.com/global-forum/pains-and-dreams-on-the-silk-road/">cutting a swathe</a> across Asia, with an active focus on the Persian Gulf, the vital energy hub fueling China’s growth engine.</p><p>China has now inked comprehensive strategic partnerships with Iran, Saudi Arabia, the UAE, and strategic partnerships with Qatar, Oman, Kuwait, and Iraq, which include investments in the range of hundreds of billions of dollars: resources that Washington could never hope to match. </p><p>While China brings financial resources to the table, the Russians have <a href="https://www.thecairoreview.com/essays/the-disrupting-stabilizer/">marched onto</a> the Middle East stage with unusually effective diplomatic finesse and military resolve, dazzling even the most pro-American Gulf monarchies.</p><p>Arab emirs have, one by one, made their way to Moscow for help and assurances on the most taxing regional issues of the day. Overnight, the Russians turned the tide in the Syrian war by introducing critical air support in 2015 to Syria and its allies fighting North Atlantic Treaty Organization (NATO) and GCC-backed militias on the ground. And, it did so while maintaining—and even consolidating—relations with those adversaries, from Turkey and Qatar to Saudi Arabia and the UAE.</p><p>For the Chinese and Russians, Syria became their entrée into a region that had not been a priority for either in decades. Syria became a red line and turning point for them for various reasons: it was where they intended to halt U.S. regime change interventions lest those end up in Moscow or Beijing; they would squash the U.S. program of using radicalized Islamic extremists to fight dirty wars across the globe; they would stabilize the near Mideast, which had become the premier global security emergency. </p><p>For China’s BRI plans, energy needs, and fears of Uighur separatism, West Asia and the Persian Gulf had suddenly become foreign policy priorities. For Russians who missed the old proactive Soviet Union, it was time to play a global role again, securing their interests and protecting their borders.</p><p>These two major powers, in a sense, “discovered” Iran during the Syrian war. Here was a civilizational regional state that had realized its potential; maintained secure borders; supported the international principles of nonintervention, sovereignty, territorial integrity; fiercely combatted jihadi extremism; preferred soft power to hard power; prioritized domestic economic development; and shared their interest in thwarting U.S. military and economic aggression. </p><p>These are important points to remember: despite deepening Chinese and Russian relationships with other major regional states, Iran is by far the most constitutionally similar to both in its global outlook and political values.</p><p>This March, China and Iran inked a sweeping twenty-five-year comprehensive strategic partnership that covered all domains: economic, military, agriculture, transportation, energy, innovation, technology, and culture, to say the least. The pact is short on specifics, giving rise to questions about its ultimate utility, but here’s the rub: China just put its back behind Iran, pulling it out of isolation induced by the U.S. “maximum pressure campaign” and providing the Islamic Republic with a new range of options and flexibility. </p><p>The clout of this major power will also do one more thing for Iran: it will put on the map the long-term Iranian goal of advancing regional security arrangements in the Persian Gulf. Unsurprisingly, this is also a stated Chinese policy objective. That same month, Chinese Foreign Minister Wang Yi paid an official visit to Saudi Arabia where he highlighted, among other bilateral goals, regional peace and stability. </p><p>In an Arab News <a href="https://www.arabnews.com/node/1831976">editorial</a>, China’s Ambassador to Riyadh Chen Weiqing writes that China and Saudi Arabia reached important consensus on several issues, among them “a five-point initiative to achieve peace and stability in the Middle East, calling on countries in the region to respect each other, uphold equity and justice, achieve nuclear non-proliferation, jointly foster collective security and accelerate development cooperation. China is willing to play its due role in promoting long-term peace and stability in the Middle East.” </p><p>The Chinese visit followed a surprise four-day tour of Saudi Arabia, the UAE, and Qatar by Russian Foreign Minister Sergey Lavrov, where he plugged Moscow’s own security vision for the Persian Gulf.</p><p>Undoubtedly, the Russians are seeking to exploit the American vacuum felt by Saudi Arabia and the UAE since the changing of the guard at the White House this year. However, the Russian resolve to push for regional security should not be underestimated, given the material evidence we have seen from its Syria commitment.</p><p>The United States as a Barrier to Regional Dialogue</p><p>Both the Chinese and Russians will be well aware that it is Iran that has most heavily promoted regional Persian Gulf security, and that it is Iran that will most benefit from a halt to conflict.</p><p>Since Iranian President Hassan Rouhani’s 2013 election, Tehran has promoted regional dialogue at every opportunity, in every available forum. In 2019, at the United Nations, Rouhani proposed HOPE—the Hormuz Peace Endeavor—as a plan of action to convene all eight littoral states of the Persian Gulf (including Iraq) to address and resolve the vital issues of cooperation, security, and freedom of navigation, from which further mutual interests can be addressed.</p><p>Premised upon and heavily dependent on the concepts of goodwill and neighborliness, Rouhani <a href="http://www.president.ir/en/111465">warned</a> about the plan’s biggest potential impediment: U.S. hegemonic ambition.</p><p>“The peace, security and independence of our neighbours are the peace, security and independence of us. America is not our neighbour. It is the Islamic Republic of Iran that neighbours you, and we have been long taught that the neighbour comes first, then the house. In the event of an incident, you and we shall remain alone. We are neighbours with each other, and not with the United States.”</p><p>HOPE clearly didn’t take off. The problem lay partly in the fact that several pro-U.S. Persian Gulf Arab states are still heavily oriented toward their U.S. ally, and partly because these states remain committed to building leverage and gaining the upper hand in the various confrontations still underway in the region. </p><p>These are the “zero-sum” crowd: the hardline states that still believe they can defeat Iran and its allies despite all evidence pointing otherwise in Syria, Iraq, Yemen, and Lebanon, with no prospect of victory remotely in sight.</p><p>Iran, Oman, Kuwait, Iraq, and possibly Qatar, on the other hand, are more inclined to believe there is a “win-win” scenario that can be salvaged amidst the destruction: wherein confrontation can be halted, cooperation begun, and mutual security, development, and prosperity dotting the horizon.</p><p>But, before any of that can happen, the United States needs to be edged out of the equation.  </p><p>In an <a href="https://www.politico.com/news/magazine/2021/03/17/iran-nuclear-deal-javad-zarif-qa-476588">interview</a> in March, Iranian Foreign Minister Javad Zarif sounded fed up. Arguing that Iran’s Persian Gulf neighbors have always sought to “buy security” from malign actors like the United States, and now Israel, Zarif expounded:  “We believe that tension in the region is caused by the presence of foreign forces and they are not the cure; they are the malady.” He expressed a willingness to work with Iran’s neighbors, optimistic that the United Nations can provide an “international umbrella” over the Persian Gulf: an international umbrella that does not include the United States. </p><p>Since the assassination of Iran’s top general Qasem Soleimani in January 2020, Iran has vowed to eliminate all U.S. forces and military bases from the region. The Americans can not be a party to <a href="https://www.thecairoreview.com/timelines/a-timeline-of-arab-rapprochement/">rapprochement</a>; they are a direct adversary of a principal participant. The Chinese and Russians, however, have no such impediment. Furthermore, they enjoy good relations with all parties and have spent the past few years enhancing those bilateral relationships without prejudice or favoritism.</p><p>To be fair, the Americans fundamentally recognize that they bring nothing to the table. In a rare candid moment for a politician, Obama famously said that Saudi Arabia will just have to learn to share the region with Iran: “Our friends as well as…the Iranians…need to find an effective way to share the neighborhood.” </p><p>The implication, of course, was that the United States wasn’t interested in enabling its allies’ confrontational posture any longer, calling them “freeloaders.” Notably, U.S. President Joe Biden, Obama’s former vice president, has jumpstarted his tenure by delisting the Houthis from the United States’ terrorist list, challenging arms sales to Riyadh, and releasing a damning Central Intelligence Agency report attributing blame for Saudi journalist Jamal Khashoggi’s brutal murder to the Kingdom’s crown prince.</p><p>In fact, Biden’s <a href="https://www.thecairoreview.com/tahrir-forum/what-to-expect-from-biden-in-the-middle-east/">opening gambit</a> on the Mideast—slamming his allies and trying hard to restart the nuclear deal with Iran—provides a unique opportunity for hardline Gulf states to shed their zero-sum outlook and hammer out a comprehensive peace and security agenda with their longtime foe, Iran</p><p>Why? Take a hard look at some uncomfortable realities: these hardline states are constitutionally unable to prevent Iran’s regional ascension and, if anything, have aggressively contributed to it. Iran is “efficient”—i.e. it has the means and focus to realize any policy objective it sets for itself—while its adversaries are inefficient. Iran has rock-solid alliances that seek common objectives based on shared values. Iran’s foes today are in opportunistic alliances that can diverge dramatically because their values are power, hegemony, and wealth accumulation. Iran has won the support and cooperation of the world’s two growing powers; its foes have been unable to secure reliable commitment from their one major ally, the United States, and are now seeking support from a much weaker, regionally reviled state, Israel. Iran’s economy remains relatively stable despite punishing sanctions; it hits development milestones lauded by the United Nation; and has made genuine strides in diversifying its economy. Its adversaries, meanwhile, have been bleeding wealth on multiple conflict zones, on unprecedented weapons purchases, and on ego investments that serve no national purpose.</p><p>The point here is not to denigrate Iran’s foes or to praise Iran, but to honestly assess the state of one versus the other in context of a rapidly changing world where the future is uncertain.</p><p>Iran’s elections are in two months, and the anticipation is that Iranians will elect themselves a less conciliatory president who is likely to take a tougher stand against Iran’s enemies, particularly the United States. </p><p>Common Ground in the Persian Gulf</p><p>This is perhaps the time to remember the common histories, peoples, resources, and religion that bind the Persian Gulf region together. </p><p>There are around five to six hundred thousand Iranians in the United Arab Emirates, fifty thousand in Kuwait, and thirty thousand in Qatar, with smaller amounts in Bahrain, Saudi Arabia, Lebanon, Iraq, and Oman. Included in this number are Iranian Arabs too. Anwar Gargash, who until two months ago was the UAE’s foreign minister, is a Huwala, or an Iranian Arab who originated from the Arabian Peninsula, like so many others. The vast majority of Kuwaiti Shia are of Iranian ancestry, though many Iranian-origin Kuwaitis are Sunni. According to the 1997 census, approximately 9 percent of Iran’s population of 82 million are Sunni Muslims; of those five million Sunnis, an estimated one million of them live in Tehran. There are 10,344 Sunni mosques in Iran. Over 1.6 million, or 2–3 percent of Iranian citizens, are Arabs. </p><p>In short, Persian Gulf populations share so much recent and ancient history, and centuries of intermarriage have consolidated those ties. Today, with the exception of Saudi Arabia and Bahrain, Iran enjoys diplomatic relations with all other Persian Gulf littoral states, and in some cases, deep economic interests. Despite being on opposing sides of various regional conflicts, the UAE just became Iran’s second biggest trading partner in the world, with an annual value of $14.3 billion.</p><p>Establishing a regional security architecture won’t only benefit Iran and the GCC. Intra-GCC tensions and border conflicts have also plagued the organization since its inception. All eight littoral states have much to gain from embracing mechanisms that can guarantee freedom of navigation; deescalating conflict; bolstering oil prices; regulating the regional arms race; pooling resources to fight terrorism; and creating and training joint forces to patrol their waters.</p><p>These issues remain vital to the wellbeing of all parties. As military, economic, and <a href="https://www.thecairoreview.com/essays/the-geo-economic-fallout-of-covid-19-for-the-middle-east/">pandemic-related fatigue</a> kicks in and the United States’ role shrinks dramatically in the region, Iran and the GCC states have a choice to make: ignore changing realities, stay mired in conflict, and become failed states, or collectively become the joint energy hub of the world and the primary economic gateway connecting Asia, Europe, and even Africa. A shift toward the latter priorities even has the ability to resolve conflict and stabilize North Africa, which has also been torn apart by Arab rivalries in the Persian Gulf.</p><p>Iran can tough this out. But for hardliners in the Persian Gulf, only a dramatic pivot toward reconciliation can offer a face-saving exit from a decade of miscalculations.</p><p>Sharmine Narwani is a Beirut-based writer and analyst of West Asian geopolitics for a wide spectrum of publications including The American Conservative, Russia Today, The New York Times, USA Today, The Guardian, Al-Akhbar English, Assafir, Huffington Post, BRICS Post, Salon.com, Al Jazeera and others. She is cited in many publications for her groundbreaking, investigative coverage of the Syrian conflict.</p>
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	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Sat, 22 May 2021 11:44:17 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Météo en Suisse – Le printemps a été à peine plus froid que la norme climatique]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Avril et mai ont été plus froids que la norme, et ce n’est plus arrivé depuis longtemps.</p><p>Publié aujourd’hui à 13h07</p>
<p><img alt="Le printemps 2021 a été peu propice aux balades autour du lac (photo d’archives)." class="ResponsiveImage_root__3glVb responsive-image" src="https://cdn.unitycms.io/image/ocroped/1200,1200,1000,1000,0,0/ouS3ksJKJlc/71Ws6OdTaRS8mgUisiGJ6E.jpg" srcset="https://cdn.unitycms.io/image/ocroped/400,400,1000,1000,0,0/cRkERSvfvZg/71Ws6OdTaRS8mgUisiGJ6E.jpg 400w, https://cdn.unitycms.io/image/ocroped/800,800,1000,1000,0,0/uUY5SmniO9s/71Ws6OdTaRS8mgUisiGJ6E.jpg 800w, https://cdn.unitycms.io/image/ocroped/1200,1200,1000,1000,0,0/ouS3ksJKJlc/71Ws6OdTaRS8mgUisiGJ6E.jpg 1200w, https://cdn.unitycms.io/image/ocroped/1600,1600,1000,1000,0,0/vEJbuKCEzi4/71Ws6OdTaRS8mgUisiGJ6E.jpg 1600w, https://cdn.unitycms.io/image/ocroped/2001,2000,1000,1000,0,0/XFB-shiNmmE/71Ws6OdTaRS8mgUisiGJ6E.jpg 2001w" sizes="100vw" height="900" width="1200" draggable="false"></p>
<p>Le printemps 2021 a été peu propice aux balades autour du lac (photo d’archives).</p><p>KEYSTONE/LAURENT GILLIERON</p><p class="ArticleParagraph_root__3J10I ArticleContainer_content-width__pYdH3 link_focus__2-gJz link_externalicon-big__3ypDf link_externalicon__2CDAi">Le mois d’avril a été le plus froid depuis vingt ans dans de nombreux endroits. Le printemps, qui se termine en mai pour les météorologues, n’a cependant été que très légèrement en dessous de la norme climatologique, indique SRF Meteo dans un communiqué samedi.</p><p class="ArticleParagraph_root__3J10I ArticleContainer_content-width__pYdH3 link_focus__2-gJz link_externalicon-big__3ypDf link_externalicon__2CDAi">Les températures de ce printemps ont été dans la norme des années 1961 à 1990, indique SRF Meteo. Il n’a été plus froid que d’environ 0,2 degré sur le versant nord des Alpes. Et même dans un passé récent, le printemps 2013 a été plus froid.</p><p class="ArticleParagraph_root__3J10I ArticleContainer_content-width__pYdH3 link_focus__2-gJz link_externalicon-big__3ypDf link_externalicon__2CDAi">À Sion, pour trouver un printemps plus froid, il faut toutefois remonter à 1987. À Zurich, en 1970 la température printanière moyenne était de 5,9 degrés soit 2 degrés de moins que maintenant. En 2020, en revanche, le printemps a été le troisième plus chaud depuis le début des mesures, accompagné par 2017 et 2018 dans le top 5.</p>
<p>Plus froid que la norme</p>
<p class="ArticleParagraph_root__3J10I ArticleContainer_content-width__pYdH3 link_focus__2-gJz link_externalicon-big__3ypDf link_externalicon__2CDAi">Selon SRF Meteo, avril et mai ont été plus froids que la norme, ce qui n’était plus arrivé depuis longtemps. Dans de nombreux endroits du versant nord des Alpes, le mois d’avril a été le plus froid depuis 20 ans, en Haute-Engadine depuis 30 ans. Le mois de mai pourrait également s’inscrire dans cette tendance. Reste que le mois durera encore dix jours, mais les météorologues ne s’attendent pas à un réchauffement spectaculaire.</p><p class="ArticleParagraph_root__3J10I ArticleContainer_content-width__pYdH3 link_focus__2-gJz link_externalicon-big__3ypDf link_externalicon__2CDAi">Les précipitations ont également fait acte de présence ce printemps. Au cours des seules 24 heures précédant samedi matin, plus de 30 litres de pluie par mètre carré sont tombés sur le versant nord des Alpes. Au-dessus de 1300 à 1500 mètres d’altitude, la neige s’est même invitée dans plusieurs endroits.</p><p class="ArticleContainer_agencies__1ehJx ArticleContainer_content-width__pYdH3">ATS</p>
<p>Publié aujourd’hui à 13h07</p>
<p class="Feedback_root__nzXeS ArticleContainer_content-width__pYdH3">Vous avez trouvé une erreur?<a href="mailto:tes_correction@tamedia.ch?subject=Avis%20d'erreur%20%7C%20Le%20printemps%20a%20%C3%A9t%C3%A9%20%C3%A0%20peine%20plus%20froid%20que%20la%20norme%20climatique&amp;body=J'ai%20trouv%C3%A9%20une%20erreur%20dans%20cet%20article%3A%20https%3A%2F%2Fwww.tdg.ch%2Fle-printemps-a-ete-a-peine-plus-froid-que-la-norme-climatique-768541163828" class="Feedback_feedbacklink__2ys-x">Rapporter maintenant.</a></p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Fri, 21 May 2021 18:52:39 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Le Chat : Joyeux anniversaire - Bougies - Budget]]></title>
	<description><![CDATA[<p><a href="https://i.pinimg.com/736x/bf/f6/d9/bff6d922fed50fb4e015e6c480faacfa--comics.jpg"><img alt="image" src="https://i.pinimg.com/736x/bf/f6/d9/bff6d922fed50fb4e015e6c480faacfa--comics.jpg"></a></p>]]></description>
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