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	<title><![CDATA[Signet Loupe: Novembre 2021]]></title>
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	<description><![CDATA[]]></description>
	
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	<pubDate>Mon, 29 Nov 2021 20:01:45 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[une superbe épine dans le pied des indigénistes]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Joséphine <a href="https://www.lejdd.fr/Societe/josephine-baker-au-pantheon-la-ceremonie-sera-tres-politique-4079463" target="_blank" rel="noopener">Baker entrera mardi 30 novembre au Panthéon</a>. Elle sera la première femme noire et la première artiste à rejoindre la cohorte des « grands hommes » et quelques femmes que la patrie reconnaissante honore de sa béatification laïque.</p><p>Mais ce n’est pas seulement l’icône noire mondiale des années trente, la star de la Revue nègre avec sa clownesque et ironique « danse sauvage », l’amie des cubistes et des surréalistes, que le président <a href="https://www.revuedesdeuxmondes.fr/tag/emmanuel-macron/" target="_blank" rel="noopener">Emmanuel Macron</a> a choisi de faire reposer aux côtés de <a href="https://www.revuedesdeuxmondes.fr/2-janvier-1942-jean-moulin-parachute-france/" target="_blank" rel="noopener">Jean Moulin</a>. C’est surtout la résistante. Celle qui chantait son amour pour Paris l’aima tellement qu’elle entra immédiatement en résistance lorsque l’occupant nazi y installa ses croix gammées. Engagée aux côtés des Forces françaises libres, elle proposa ses services au contre-espionnage. « Les Français m’ont tout donné. Je suis prête à leur donner aujourd’hui ma vie », dira la star de music-hall qui gardera une reconnaissance éternelle à la France qui l’accueillit en 1925.</p><p>Née dans le Missouri, état ségrégationniste, elle découvre à son arrivée un pays libre où « elle n’eut plus jamais peur » et où elle pouvait entrer dans n’importe quel restaurant. On l’utilisa donc pour récolter des renseignements. Patriote jusqu’à la pointe de ses accroche-cœurs ! Vénérant le général de Gaulle, « son » grand homme, qui lui offrit une croix de Lorraine lors de leur première rencontre à l’opéra d’Alger en 1943, puis une légion d’honneur à titre militaire en 1957. C’est en uniforme de l’armée de l’air française qu’elle prendra la parole aux côtés de Martin Luther King lors de la célèbre marche d’août 1963 à Washington. Car Joséphine Baker croit en la fraternité universelle et au juste combat contre le racisme. Aux États-Unis, elle se bat contre la ségrégation. En France, elle finance la Licra et s’engage aux côtés du MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples).</p><p>« Les temps nouveaux ne sont peut-être plus si bien accordés à la fraternité universaliste que Joséphine Baker voulait sienne. Sa panthéonisation est un pied de nez à tous les tenants du business identitaire indigéniste, décolonial et racialiste. »</p><p>Comment imaginer une icône plus charismatique, plus consensuelle et plus française ? <a href="https://www.revuedesdeuxmondes.fr/auteur/regis-debray/" target="_blank" rel="noopener">Comme l’écrivit Régis Debray</a>, qui fut à l’origine en 2013 du mouvement pour sa panthéonisation, « Voir reposer côte à côte la chair et la science, la fantasque et le supplicié, Orphée et Jean Moulin, ne serait pas la pire façon de faire remonter de la vie au sommet de la colline […] et d’accorder la République aux temps nouveaux. »</p><p>Les temps nouveaux justement ne sont peut-être plus si bien accordés à la fraternité universaliste que Joséphine Baker voulait sienne. Sa panthéonisation est un pied de nez à tous les tenants du business identitaire indigéniste, décolonial et racialiste. Une épine dans leur pied. Comme c’est ennuyeux ce diable de femme qui ne cesse de célébrer la France qu’elle considère comme un paradis comparé aux États-Unis. Bien loin de l’infernal « État raciste systémique » qu’on dénonce en permanence dans les discours décoloniaux et leurs médias woke déférents.</p><p><a href="https://www.liberation.fr/culture/entre-ici-josephine-20211126_IAIYL5A6AFBKPMDZQZES2ALAJM/" target="_blank" rel="noopener">Libération a réglé le problème en proposant une réécriture woke de la vie de Joséphine Baker</a>. « Noire, bisexuelle, résistante, antiraciste, féministe… la danseuse et chanteuse symbolise une France plurielle à rebours des débats actuels », titre le quotidien. Comprendre « à rebours des débats actuels identitaires incarnés par les forces réactionnaires et fascisantes racistes et islamophobes ».</p><p>« Énoncer les différentes appartenances de Joséphine Baker pour en faire le symbole d’une France multiculturelle, diversitaire et dégenrée, opposée à l’universalisme “abstrait”, c’est foncer dans le contresens. »</p><p>Voilà Joséphine Baker, gaulliste et libertaire, promue à son corps défendant icône postmoderne de l’intersectionnalité et de la convergence néo-féministe décoloniale et racialiste. Bisexuelle, quelle aubaine ! Même les LGTBQ+ vont pouvoir la chaperonner. Le problème avec Joséphine Baker, c’est justement qu’elle n’est d’aucune chapelle, d’aucune tribu, d’aucune communauté. Énoncer ses différentes appartenances pour en faire le symbole d’une France multiculturelle, diversitaire et dégenrée, opposée à l’universalisme « abstrait », c’est foncer dans le contresens.</p><p></p><p><br />Libération, qui ouvre grand ses colonnes à ceux qui font la promotion de la culture woke, en connaît pourtant bien la grammaire. On s’y exprime « en tant que » noir, « en tant que » femme, en « tant que » trans , « en tant que » musulman… Et surtout on s’y exprime tant qu’on dénonce la République française, son néo-colonialisme, son universalisme hypocrite, qui masquerait en fait la discrimination permanente et le racisme systémique. Toute critique de cette essentialisation, de cette assignation identitaire est d’ordre totalitaire, colonialiste, suprématiste blanc et hétérosexuel dominant. On ne s’aventurera pas à faire parler les morts mais Joséphine Baker qui se battait pour faire disparaître les barrières entre les races, aurait-elle fait la promotion d’un néo-racisme qui a spectaculairement réhabilité la notion de race pour en faire un étendard de la lutte anti-occidentale ? Joséphine Baker se battait en tant qu’être complexe et singulier à la fois, non pour la défense d’une communauté mais pour l’abolition des apartheids, de tous les apartheids, aurait-elle applaudi à ces nouvelles idéologies où ce qui nous sépare compte plus que ce qui nous rassemble ? Preuve que le destin inclassable, donc libre, de cette icône embarrasse l’« indigénie », cette dernière rappelle ses troupes à l’ordre.</p><p>« Joséphine Baker, femme libre, inclassable et complexe. C’est cette impossibilité à l’assigner qui fait d’elle une figure encore plus exemplaire. Une femme illustre entre toutes pour notre Panthéon. Son destin est un roman à enseigner d’urgence dans nos écoles. »</p><p><a href="https://www.washingtonpost.com/opinions/2021/11/23/josephine-baker-pantheon-france-colonialism/" target="_blank" rel="noopener">Rokhaya Diallo s’est fendue d’une tribune au Washington Post</a> pour avertir que « l’histoire inspirante de Joséphine Baker ne doit pas effacer le racisme d’État français. » Dans <a href="https://www.liberation.fr/idees-et-debats/rokhaya-diallo-la-pantheonisation-de-josephine-baker-repare-nos-memoires-mais-cela-ne-peut-etre-suffisant-20211126_PKYNWEULHRA4TI7SVYMYWF5KCE/" target="_blank" rel="noopener">son interview à Libération</a>, elle tempère l’enthousiasme général en rappelant que Joséphine Baker « n’a jamais critiqué la domination coloniale française, contrairement à Gisèle Halimi ». Rokhaya Diallo aurait visiblement été plus à l’aise avec l’entrée au Panthéon d’une militante féministe anticolonialiste. Si tel avait été le cas, elle aurait pu approuver le choix d’une figure anticolonialiste tout en se lamentant qu’aucune femme non blanche n’ait encore été choisie pour figurer au Panthéon…</p><p>La militante décoloniale souligne l’aveuglement, le déni, les impasses de Joséphine Baker. Mais se battre, comme cette dernière le fit, dès les années 1950, contre la ségrégation aux États-Unis fait d’elle un précurseur. Elle n’a peut-être pas mené la lutte anticoloniale mais elle a sûrement applaudi de Gaulle, qu’elle approuvait tout d’un bloc, quand il accorda l’indépendance à l’Algérie et aux pays africains. Son soutien à Fidel Castro, héros de la lutte anti-impérialiste et anticolonialiste, n’est pas non plus un détail. Elle n’a pas eu peur de le revendiquer malgré ses attaches gaullistes.</p><p>Joséphine Baker, femme libre, inclassable et complexe. C’est cette impossibilité à l’assigner qui fait d’elle une figure encore plus exemplaire. Une femme illustre entre toutes pour notre Panthéon. Son destin est un roman à enseigner d’urgence dans nos écoles.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Sat, 27 Nov 2021 18:42:17 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Assises – Médaille d’or méritée pour le journalisme local]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>– Médaille d’or méritée pour le journalisme local</p>
<p>La rédaction du «Nouvelliste» a reçu le Prix Dumur au Club suisse de la presse, après une journée riche en panels et débats.</p>
<p>Publié: 26.11.2021, 20h35</p>
<p>Vincent Fragnière, rédacteur en chef du Nouvelliste, pose avec le Prix Dumur 2021.</p><p>KEYSTONE/MARTIAL TREZZINI</p><p class="ArticleParagraph_root__3J10I ArticleContainer_content-width__pYdH3 link_focus__2-gJz link_externalicon-big__3ypDf link_externalicon__2CDAi">On comprend mieux son métier en le reformulant. L’enseignement sert à cela. Les Assises presse et démocratie, deuxièmes du nom, jouent le même rôle. Une journée entière à réfléchir, au présent et au futur, à la profession de journaliste, qui n’est toujours pas la plus populaire, mais qui reste nécessaire au bon fonctionnement de la société.</p><p class="ArticleParagraph_root__3J10I ArticleContainer_content-width__pYdH3 link_focus__2-gJz link_externalicon-big__3ypDf link_externalicon__2CDAi">Le Club suisse de la presse et son directeur, Pierre Ruetschi, en sont convaincus. Ils invitaient ce vendredi, matin, après-midi et presque soir, une trentaine d’intervenants répartis sur sept panels. Les spécialistes de demain avaient mis leur réveil à l’aube pour échanger sur la transition numérique et la robotisation du journalisme.</p><p class="ArticleParagraph_root__3J10I ArticleContainer_content-width__pYdH3 link_focus__2-gJz link_externalicon-big__3ypDf link_externalicon__2CDAi">La riche actualité locale a fait manquer cette tranche réservée aux visionnaires. Retour au présent dès la mi-journée, avec un copieux volet consacré justement au traitement de proximité, ici et maintenant, au contact des gens et de ce qu’ils vivent.</p>
<p>Presse locale, presse d’avenir?</p>
<p class="ArticleParagraph_root__3J10I ArticleContainer_content-width__pYdH3 link_focus__2-gJz link_externalicon-big__3ypDf link_externalicon__2CDAi">Question posée: l’avenir du journalisme passe-t-il désormais par la presse locale? Celle-ci était bien représentée. Des directeurs, des rédacteurs en chef et des éditeurs. Mission commune: «Dire ce qu’on pense et se faire des ennemis. Dans le Valais, 10 à 15% des gens nous détestent», résume Vincent Fragnière, depuis sept ans à la tête du «Nouvelliste». Le responsable de la «Julie», Frédéric Julliard, abonde, tout en nuançant avec humour: «Le Genevois étant par définition râleur, le taux est plus élevé chez nous.»</p><p class="ArticleParagraph_root__3J10I ArticleContainer_content-width__pYdH3 link_focus__2-gJz link_externalicon-big__3ypDf link_externalicon__2CDAi">Et l’indépendance? Personne ne semble craindre pour elle, tout en rappelant que la meilleure façon de la préserver, c’est d’encourager l’enquête et de lui réserver la place qu’elle mérite. La pression du monde politique n’empêche pas de révéler les dysfonctionnements qui le traversent. Les lettres d’avocat, en revanche, prennent plus de temps que les courriers des lecteurs.</p><p class="ArticleParagraph_root__3J10I ArticleContainer_content-width__pYdH3 link_focus__2-gJz link_externalicon-big__3ypDf link_externalicon__2CDAi">Au final, chacun couche un peu sur ses convictions éditoriales, sans trancher en passant sur la photo du chœur mixte, sinon pour la laisser aux gazettes de quartier. Cela se discute. D’autant que l’image de groupe qui a clos, sur grand écran, ces Assises avait belle allure.</p>
<p>Salut collectif</p>
<p class="ArticleParagraph_root__3J10I ArticleContainer_content-width__pYdH3 link_focus__2-gJz link_externalicon-big__3ypDf link_externalicon__2CDAi">Médaille d’or pour la rédaction du «Nouvelliste». Le Prix Dumur, le plus prestigieux de la presse romande, revient d’ordinaire à une figure marquante. Là, on salue un collectif, sans oublier l’entraîneur qui sait l’art de disposer ses joueurs et joueuses sur le terrain. Vincent Fragnière n’est pas venu à Genève pour rien. Mais à la nuit tombante, il n’avait qu’une envie: retourner à Sion fêter la récompense avec les siens. Beau moment, sur fond de métier bien incarné.</p>
<p>Publié: 26.11.2021, 20h35</p>
<p class="Feedback_root__nzXeS ArticleContainer_content-width__pYdH3">Vous avez trouvé une erreur?<a href="mailto:tes_correction@tamedia.ch?subject=Avis%20d'erreur%20%7C%20Thierry%20Mertenat%20%7C%20M%C3%A9daille%20d%E2%80%99or%20m%C3%A9rit%C3%A9e%20pour%20le%20journalisme%20local&amp;body=J'ai%20trouv%C3%A9%20une%20erreur%20dans%20cet%20article%3A%20https%3A%2F%2Fwww.tdg.ch%2Fmedaille-dor-meritee-pour-le-journalisme-local-243285718584" class="Feedback_feedbacklink__2ys-x">Merci de nous la signaler.</a></p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/780/les-freres-musulmans%C2%A0-un%C2%A0mouvement-en-quete-d%E2%80%99un%C2%A0nouveau-souffle%C2%A0</guid>
	<pubDate>Thu, 25 Nov 2021 21:27:00 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/780/les-freres-musulmans%C2%A0-un%C2%A0mouvement-en-quete-d%E2%80%99un%C2%A0nouveau-souffle%C2%A0</link>
	<title><![CDATA[Les Frères musulmans : un mouvement en quête d’un nouveau souffle ?]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Quelle est l’origine du mouvement des Frères musulmans ? Quelle idéologie prônent-ils ?</p><p>F. Balanche : L’instituteur égyptien Hassan el-Banna crée les Frères musulmans en 1928 dans un contexte de développement du foyer sioniste en Palestine et dans une époque où la colonisation offrait aux Britanniques la mainmise sur le canal de Suez. Ces facteurs amènent Hassan el-Banna à imaginer un mouvement religieux qui pourrait s’opposer à la colonisation et à la domination du monde arabo-musulman par les Occidentaux. Selon ce penseur, il fallait retrouver la voie de l’islam pour chasser les colonisateurs car les musulmans, en perdant leur foi, avaient permis la domination occidentale. C’est le cœur de la doctrine des Frères musulmans, qui se retrouve aussi à Gaza avec la branche palestinienne des Frères musulmans, le Hamas. Dans un premier temps, ce groupe refusait de participer aux combats aux côtés de l’OLP — Organisation pour la libération de la Palestine —, car il fallait d’abord « ré-islamiser » la société palestinienne avant d’affronter Israël. Pour les Frères musulmans, ce mouvement de « réislamisation » des sociétés doit se réaliser au sein du monde musulman mais également à l’extérieur, notamment en Europe où se trouvent des foyers de populations musulmanes. Le corpus des Frères musulmans s’articule, à l’origine, autour de la pensée de Ibn Taymiyya, un théologien sunnite du XIIIe siècle, confronté aux tentatives de conquête des Occidentaux pendant les croisades. Ce dernier tenait également une position radicale à l’égard des chiites et des chrétiens locaux. À ses yeux, la seconde obligation pour un fidèle, après la foi, est la défense des terres musulmanes.</p><p>Les Frères musulmans n’hésitent donc pas à utiliser la violence. Prenons leur emblème : deux sabres sont croisés et un appel au combat est fait avec l’injonction « Préparez-vous ! ». Ils le prouvent lorsqu’ils fomentent l’assassinat du Premier ministre égyptien Mahmoud an-Nukrashi Pasha en 1948, lorsqu’ils tentent d’assassiner le président égyptien Nasser en 1954, ou enfin, lors du meurtre du président Anouar el-Sadate en 1981, perpétré par un groupe islamiste radical issu de la mouvance frériste. Autre exemple, l’actuel numéro un d’Al-Qaïda, Ayman al-Zawahiri, a débuté son parcours chez les Frères musulmans. Le penseur égyptien Sayyid Qutb, mis en prison puis exécuté sous Nasser, prônait également la lutte armée et la violence comme moyen d’action pour parvenir à ses fins. Il est une source d’inspiration à la fois pour les salafistes et pour les Frères musulmans. Pourtant, la tendance veut que les salafistes soient considérés comme des radicaux et les Frères musulmans comme des modérés. En réalité, la frontière est très poreuse entre ces deux groupes, qui partagent un corpus idéologique similaire. Les Frères musulmans se distinguent par une stratégie plus moderne en participant aux élections et en recrutant dans des cercles d’intellectuels, là où les salafistes s’intéressent surtout aux classes les plus populaires.</p><p>Outre cette violence, leur dogme consiste à imposer la charia et à considérer la connaissance ou le pouvoir politique comme des dons de dieu qui ne peuvent s’exercer qu’à travers le Coran. Pour donner corps à ce mouvement et organiser sa structure, Hassan el-Banna s’est inspiré du nazisme et du fascisme italien ; dans les années 1940, il écrivait : « Hitler et Mussolini ont conduit leur pays vers l’unité, la discipline, le progrès et le pouvoir ». En effet, les Frères musulmans reprennent la stratégie du « one man, one vote, one time » — « un homme, une voix, une seule fois ». Ainsi, une fois le pouvoir atteint grâce aux élections, il est conservé et sanctuarisé. Le jeu démocratique est accepté uniquement pour arriver au pouvoir, mais une fois acquis, seules les lois de Dieu peuvent s’appliquer.</p><p>Comment se diffuse l’idéologie des Frères musulmans ?</p><p>Leur projet initial est de refuser l’État séculier et de s’opposer à l’intégration des musulmans au sein des républiques. Ils défendent ainsi un système politique où le pouvoir politique et religieux est incarné dans une seule personne, le Calife. La confrérie des Frères musulmans est donc comparable à une secte : les membres sont tenus de se consacrer presque exclusivement à leur mouvement religieux et ne peuvent pas adhérer à un autre parti politique. Ils possèdent leurs propres associations fréristes d’étudiants, de médecins, de travailleurs, ou ont leur propre banque, et même leur propre média. Afin de convaincre les populations, les sphères de l’éducation et du social sont massivement investies. Dans les pays arabes où le modèle de développement a échoué, où des carences médicales et éducatives sont visibles, les Frères ont créé les structures nécessaires pour supplanter les services publics.</p><p>En raison de la proximité géographique, les Frères musulmans se sont d’abord diffusés au Proche-Orient — comme en Syrie ou en Palestine — puis au Maghreb. Après la série d’indépendances, la Tunisie, le Maroc et l’Algérie ont voulu arabiser l’enseignement dans leurs écoles. Toutefois, ces pays souffraient d’un déficit de personnel pour dispenser ces cours. Des coopérants égyptiens, dont la plupart étaient des Frères musulmans, sont donc venus répondre à ce besoin d’enseignement et ont contribué au développement de l’islamisme au Maghreb. Si les Frères musulmans ont soutenu le coup d’État de Nasser en 1952 pour des motivations nationalistes et pragmatiques, leur objectif, qui était de se débarrasser ensuite du rais égyptien pour prendre le pouvoir, a échoué. Nasser a en effet initié une répression à leur égard qui les a poussés à fuir l’Égypte et à se répandre dans le monde arabe, notamment là où un besoin éducatif se faisait sentir. Les pétromonarchies du Golfe en ont beaucoup accueilli et les ont soutenus politiquement tant que l’Égypte nationaliste arabe représentait une menace pour eux.</p><p>En 2012, les Frères musulmans remportent l’élection présidentielle en Égypte avec la victoire de Mohamed Morsi. À peine un an plus tard, il est écarté du pouvoir. Comment expliquer cette situation et cet échec ? Que reste-t-il du mouvement en Égypte ?</p><p>Lorsque les manifestations débutent en Égypte en décembre 2010, les Frères musulmans sont en première ligne. Pourtant, leur rôle a longtemps été minimisé par les journalistes et les analystes, qui pensaient qu’il s’agissait d’un mouvement totalement spontané. Sous le mandat du président Moubarak, la confrérie était surtout implantée dans les associations caritatives, puis progressivement le droit de participer aux élections leur a été concédé. En parallèle, sur la scène internationale, les États-Unis ont commencé à voir dans les Frères musulmans une solution aux problèmes de gouvernance en Égypte. Finalement, ils remportent les élections législatives en janvier 2012, puis quelques mois plus tard, les élections présidentielles. Mohamed Morsi est élu avec peu de marge et les résultats seront contestés pendant plus d’une semaine. L’armée égyptienne refusait le résultat du scrutin mais sous la pression des Américains, la victoire du président frériste a été acceptée. Une fois au pouvoir et en reprenant les méthodes des partis fascistes, les Frères musulmans ont commencé à verrouiller le système et à placer leurs partisans aux postes stratégiques.<br />En novembre 2012, lors du traditionnel défilé en souvenir de la guerre du Kippour de 1973, des anciens membres de la Gamaa al-Islamiya (1) sont placés à côté du président Morsi dans la tribune d’honneur, bien que ce groupe soit à l’origine de l’attentat qui causa le décès du président Anouar el-Sadate. Pour l’armée égyptienne, cet acte n’est pas acceptable. Cela constitue le signal qu’il faut lancer un coup d’État et l’armée peut compter sur le soutien de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis, qui voient d’un très mauvais œil l’accession au pouvoir de la confrérie en Égypte. En juillet 2013, quand l’armée reprend la tête de l’État, Morsi est emprisonné, la constitution de 2012 est suspendue et les Frères musulmans sont éjectés du pouvoir puis réprimés. Depuis, la présidence du maréchal Al-Sissi marque le retour de l’armée au pouvoir en Égypte et de la clandestinité pour les Frères musulmans.</p><p>Pourquoi le Qatar a-t-il décidé de soutenir les Frères musulmans ? Quels sont les enjeux pour Doha ?</p><p>Chassés d’Égypte sous Nasser, les Frères musulmans ont trouvé refuge dans les États du Golfe. L’Arabie saoudite, en mauvais termes avec Nasser, finance et utilise la confrérie contre son ennemi et plus globalement contre tous les partisans nationalistes et séculiers. La fissure entre le royaume saoudien et les Frères a néanmoins lieu en 1990, lors de l’invasion du Koweït par Saddam Hussein. En effet, l’opération est soutenue par les Frères, alors que Riyad s’y oppose.</p><p>C’est au Qatar qu’ils trouvent un nouveau refuge, au moment où le prince héritier Hamad ben Khalifa Al Thani écarte son père du pouvoir tandis que ce dernier était en Europe. Le nouveau leader prend la tête de l’État en 1995 et voit dans les Frères musulmans des cadres utiles au développement qatari. Dans une confrontation quasi-constante avec son voisin saoudien, le Qatar utilise les Frères musulmans comme un pion stratégique et les considère comme un moyen d’étendre son influence régionale et internationale. Cette stratégie est particulièrement visible lors des printemps arabes. La confrérie soutient les partis fréristes — Ennahdha en Tunisie, le Parti de la justice et du développement au Maroc ou le Conseil national dominé par les Frères musulmans en Syrie. L’argent du Qatar s’allie à ce réseau pour renverser les régimes autoritaires et permettre ainsi à Doha de devenir le phare du monde arabo-musulman.</p><p>Autre exemple d’influence : Tariq Ramadan, petit-fils du fondateur Hassan el-Banna, est envoyé au Caire pour faire des études religieuses puis obtient une chaire à l’Université d’Oxford financée par le Qatar. En effet, pour que Tariq Ramadan obtienne le titre prestigieux de professeur à Oxford, le Qatar a réalisé un don de plusieurs dizaines de millions d’euros à l’université britannique. Ainsi, de 2012 à 2017 (2), Tariq Ramadan reçoit-il 35 000 euros mensuels du Qatar pour occuper la chaire d’islamologie d’Oxford et diffuser la pensée frériste.</p><p>Après une période de relations exécrables, Ankara et Le Caire se rapprochent à nouveau. Cela augure-t-il d’un changement d’attitude de la part de la Turquie qui est, avec le Qatar, l’un des principaux soutiens des Frères musulmans ? Quelles pourraient en être les conséquences ?</p><p>L’AKP, le Parti de la justice et du développement, est proche idéologiquement des Frères musulmans sans pour autant en être une filière officielle. En 2008, lorsque Barack Obama arrive à la Maison-Blanche, il a pour ambition de rétablir les liens avec le monde musulman et de réparer les années Bush. Il défend l’idée du « regime change », c’est-à-dire de la nécessité de changer les régimes autoritaires en des régimes plus démocratiques. Entretemps, et toujours grâce aux financements qataris, les Frères musulmans se sont propagés en Occident et ont su convaincre les administrations européennes, américaines et françaises, qu’ils étaient la solution au « regime change ». Ils expliquaient pouvoir incarner l’alternative modérée, capable de répondre aux aspirations musulmanes des populations, de respecter les constitutions et le droit des femmes, sans être des dictateurs. Le modèle islamo-démocrate de la Turquie servait d’exemple et de preuve. R.T. Erdoğan a pris le pouvoir en 2002, et pendant dix ans, son pays fut cité comme un modèle de réussite : les militaires sont écartés du pouvoir, les traditions sont respectées et les règles démocratiques sont appliquées. Le président Erdoğan rêvait de reprendre de l’influence dans le monde arabe et a pleinement joué la carte de l’alternative aux dictatures. Lorsque Ben Ali tombe en Tunisie en 2011 pendant les printemps arabes, Erdoğan se rend sur place avec l’objectif d’exporter le modèle turc et d’apporter son soutien aux Frères musulmans. Dans son projet global, Ankara se voulait être le centre de l’islam d’Europe occidentale, et notamment de l’islam de France. En s’appuyant sur le tissu associatif frériste, il voulait fédérer les communautés turques dans un premier temps, puis le reste des musulmans. Coopérer avec les Frères musulmans, déjà installés en Europe, permettait donc à Erdoğan de disposer de leviers stratégiques et politiques en Occident. Toutefois, depuis la répression du coup d’État manqué de 2016, le regard sur la Turquie a radicalement changé, et la méfiance des pays européens à son égard s’est considérablement renforcée.</p><p>En réislamisant Sainte-Sophie, et plus largement, en visant la domination du monde sunnite, la Turquie est rentrée dans un conflit avec l’Arabie saoudite. Ankara n’a alors pu compter que sur le seul soutien de son allié qatari. Ce dernier a signé un accord militaire avec la Turquie en 2016, qui a abouti notamment à la construction d’une base turque à Doha abritant 3000 hommes et assurant ainsi au Qatar une protection au plus fort de la crise avec l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. C’est donc naturellement que le Qatar est devenu en seulement cinq ans le deuxième investisseur du pays et qu’il finance généreusement l’expansionnisme de la Turquie en Libye, Syrie, Somalie, Afrique sub-saharienne, etc. et à travers les réseaux fréristes. Les pays arabes voient, à l’exception du Qatar, d’un mauvais œil le retour de l’ottomanisme. Mais depuis le printemps 2021, la Turquie commence à changer de stratégie. Le pays connaît des difficultés économiques et doit faire face à un isolement régional. Pour obtenir un modus vivendi avec l’Égypte et l’Arabie saoudite, Ankara a demandé, en avril dernier, aux Frères musulmans de stopper les programmes trop incendiaires de leurs chaines de télévision, comme El-Sharq, Mekameleen et Watan, basées sur son sol et diffusées au Moyen-Orient. Il ne s’agit pas d’une rupture entre la Turquie et les Frères musulmans, mais pour l’instant d’une prise de distance à l’égard d’un allié affaibli et qui pourrait se révéler à terme encombrant.</p><p>En cas de rupture entre la Turquie et les Frères musulmans, ces derniers perdraient l’une des rares terres d’accueil où ils peuvent prospérer sur le plan de la communication et de leur organisation. Il reste le Qatar, éloigné de l’Europe, alors que c’est précisément vers l’Europe occidentale, vers les pays démocratiques, où se trouve une population musulmane en quête d’identité, qu’ils mènent désormais leur combat.</p><p>Outre le cas de la Turquie, les Frères musulmans semblent aujourd’hui perdre en influence, comme l’illustrent les situations politiques au Maroc et en Tunisie. Où sont-ils implantés et influents aujourd’hui ?</p><p>En effet, les Frères musulmans sont en perte de vitesse au Maroc, où, suite aux dernières élections de septembre 2021, ils sont passés de 125 à 12 députés, perdant plus de 80 % de leurs électeurs. En Tunisie également, alors que le président Kaïs Saïed a pris les pleins pouvoirs, marginalisant l’Assemblée dans laquelle ils détenaient la majorité relative. C’est aussi le cas au Yémen, où leur parti, al-Islah, est marginalisé, ou encore au Soudan, où le gouvernement de transition qui a chassé Omar el-Bechir a interdit les Frères musulmans en 2020, car durant les trente années de sa dictature, son administration et les Frères musulmans ne faisaient qu’un. Finalement, leur sphère d’influence est aujourd’hui davantage en Europe occidentale puisque dans les pays arabes, leur influence politique a nettement diminué et les pouvoirs en place les combattent avec efficacité.</p><p>Selon certains observateurs, l’Europe serait une terre d’influence des Frères musulmans, et pour Mohamed Sifaoui, la France serait trop passive à leur égard alors que ces derniers œuvrent insidieusement à peser sur les décisions politiques (3). Quel est concrètement l’état de l’influence et de l’implantation des Frères musulmans en Europe ?</p><p>Lorsque Donald Trump remporte la présidence des États-Unis en 2016, il arrive avec la volonté de classifier les Frères musulmans comme une organisation terroriste. Tout d’abord, une partie des Républicains, comme l’influent sénateur du Texas, Ted Cruz, considèrent les Frères musulmans comme une organisation professant « une idéologie islamiste violente » et s’étant donné « la mission de détruire l’Occident ». D’autre part, Donald Trump veut appuyer les décisions de l’Égypte, de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis, de considérer les Frères musulmans comme une organisation terroriste. Cela permettra de sanctionner toutes les personnes et organisations qui les financent.</p><p>Pour l’Europe, la question ne s’est pas posée, jusqu’à ce que l’Autriche interdise la confrérie en juillet 2021, grâce à sa nouvelle loi antiterroriste. Ce retard s’explique sans doute par la naïveté durable des Européens à leur égard et pour la France, par une stratégie géopolitique. En 2012, la France partageait le constat des États-Unis, qui voyaient à travers les Frères musulmans une solution pour stabiliser la région. Des diplomates au Quai d’Orsay, notamment dans la cellule « Afrique du Nord/Moyen-Orient », influencés par des universitaires « frérophiles », furent convaincus par la promesse des Frères de respecter la « laïcité » et la « démocratie » une fois arrivés au pouvoir. Quelques années plus tard, en 2015, dans le contexte des attentats en France, l’attention s’est focalisée sur les membres de groupes terroristes, à savoir de Daech ou d’Al-Qaïda. À cette période et en comparaison avec les salafistes, les Frères musulmans ont su conserver leur image de groupe modéré. Habiles sur le plan politique, ils ont réussi à toucher des subventions publiques, notamment dans le cadre de la « politique de la ville », et à s’installer durablement dans le tissu associatif, éducatif et politique. Depuis peu, politiques et chercheurs commencent à s’interroger sur le danger potentiel qu’ils représentent. Gilles Kepel les inclut dans ce qu’il nomme le « djihadisme d’atmosphère » (4), autrement dit dans l’écosystème islamiste qui mène une stratégie de conquête du pouvoir et de rupture avec la république en bloquant l’insertion des habitants français d’origine musulmane.</p><p>Dans les universités, le courant frériste se dissimule derrière le mouvement décolonialiste et la culture « woke » (5). Bernard Rougier (6) a enquêté sur leur emprise dans la banlieue parisienne ; Christian Chesnot et Georges Malbrunot (7) ont quant à eux montré comment le financement de la mosquée An-Nour de Mulhouse provenait en très grande partie de la Qatar Charity. Pour les Frères musulmans qui sont derrière ce projet, il s’agit d’enraciner et de développer l’islam politique en Europe, dans des mosquées qui sont des centres de vie. On n’est pas dans l’illégalité, ni dans le financement direct du terrorisme. En revanche, il s’agit bien du soutien à une idéologie qui génère un djihadisme d’atmosphère et accentue le communautarisme. Les autres pays européens sont aussi victimes de cette offensive frériste soutenue par le Qatar et la Turquie. L’ensemble de l’Europe occidentale est concerné. En premier lieu le Royaume-Uni, où les Frères musulmans exilés politiques se sont installés très tôt, et profitant de la tolérance à l’égard du communautarisme, ont développé leurs institutions sociales et politiques. En Allemagne, les services de renseignement s’inquiètent de la progression exponentielle d’organisations et de mosquées fréristes qui gagnent en popularité. Après l’attentat contre la synagogue Stadttempel de Vienne, le 2 novembre 2020, l’Autriche a décidé de combattre fermement ce djihadisme d’atmosphère que les Frères musulmans contribuent à propager, en interdisant la confrérie. La question se pose clairement aujourd’hui au niveau de l’Union européenne.</p><p>Propos recueillis par Alicia Piveteau le 20 septembre 2021.</p>
<p>Les Frères musulmans au Moyen-Orient</p>
<p>Notes</p><p>(1) Gamaa al-Islamiya est un mouvement sunnite égyptien islamiste considéré comme une organisation terroriste par les États-Unis et l’Union européenne.</p><p>(2) L’Université d’Oxford le suspend en 2017 en raison des accusations de viol à son égard. Il n’a pas été réintégré depuis.</p><p>(3) https://​www​.lefigaro​.fr/​a​c​t​u​a​l​i​t​e​-​f​r​a​n​c​e​/​m​o​h​a​m​e​d​-​s​i​f​a​o​u​i​-​l​e​s​-​f​r​e​r​e​s​-​m​u​s​u​l​m​a​n​s​-​v​e​u​l​e​n​t​-​f​r​a​c​t​u​r​e​r​-​l​a​-​s​o​c​i​e​t​e​-​2​0​1​9​0​924</p><p>(4) Gilles Kepel, Le prophète et la pandémie, Paris, Gallimard, 2021.</p><p>(5) « Woke » se réfère au verbe « to wake », traduit en français par « se réveiller ». Les partisans de la culture woke se mobilisent contre les injustices à l’égard des minorités. Ils se revendiquent comme conscients de toutes les discriminations subies par les toutes les minorités (ethniques, religieuses, sexuelles…).</p><p>(6) Bernard Rougier, Les territoires conquis de l’islamisme, Paris, PUF, 2021.</p><p>(7) Christian Chesnot et Georges Malbrunot, Qatar Papers : comment l’émirat finance l’islam de France et d’Europe, Paris, Michel Lafon, 2019.</p><p>Légende de la photo en première page : Le signe de Rabia, symbole de ralliement des Frères musulmans. En perte de vitesse au Moyen-Orient et au Maghreb, la sphère d’influence des Frères musulmans se tourne aujourd’hui vers l’Europe occidentale. Face à ce développement que certains jugent inquiétant, l’Autriche est devenue le 8 juillet 2021 le premier pays européen à interdire la confrérie islamiste qui avait notamment centralisé dans ce pays, à Graz, le « trésor de guerre » auparavant situé dans leur ancien fief financier : le Royaume-Uni. L’arrivée massive de mouvements de fonds vers Graz a éveillé les soupçons des enquêteurs autrichiens qui, au terme d’une enquête tentaculaire comprenant 21 000 heures d’écoutes, ont révélé la puissante emprise des Frères musulmans dans le pays. L’Autriche était devenue un pays-refuge pour les Frères, étant le seul de l’UE à accorder un statut officiel à l’Islam (celui de collectivité de droit public). (© Shutterstock)</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Thu, 25 Nov 2021 21:10:21 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/778/les-degommeuses-du-feminisme-et-de-la-laicite-naem-bestandji</link>
	<title><![CDATA[Les &quot;dégommeuses&quot; du féminisme et de la laïcité. Naëm Bestandji]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Moins obnubilés par leur foi que par leur libido, les islamistes sont des obsédés sexuels. La régulation de leurs désirs passe par le prisme du patriarcat : les femmes, objets sexuels, sont considérées comme des proies. Elles en sont responsables par nature. Victimes potentielles, coupables certaines, il leur revient de prendre les mesures nécessaires pour se protéger des « prédateurs ». Elles doivent « religieusement » se cacher sous un voile. Ainsi dissimulées de la vue de leurs bourreaux « naturels », elles seraient « protégées ». Ces objets peuvent être regardés par les membres de la proche famille et des mâles sexuellement inactifs (les garçonnets et les impuissants) car, avec eux, l’objet sexuel n’est pas convoité. Voilà pourquoi le voile est porté en permanence, tel un carcan mobile « librement choisi » par nombre de ses adeptes, en dehors du foyer ou chaque fois que l’objet « risque » de croiser un homme étranger.</p>
<p>Le sexisme du voile, porte-étendard politique de l’islamisme</p>
<p>Cette obsession sexuelle est si énorme, et le patriarcat perçu comme meilleur moyen d’organisation sociétale, que les islamistes ont érigé le voile en porte-étendard politique de leur idéologie. La tête des musulmanes sert de support. Face à la « dépravation des Occidentales » qui osent vivre libres et cheveux au vent, l’enfermement symbolique et concret des musulmanes est brandi comme une identité à défendre et à affirmer. Cela explique pourquoi l’écrasante majorité des offensives politiques islamistes concerne cet accessoire sexiste.</p><p>Les femmes, objets sexuels, sont considérées comme des proies. Elles en sont responsables par nature. Victimes potentielles, coupables certaines, il leur revient de prendre les mesures nécessaires pour se protéger des « prédateurs ». Elles doivent se cacher sous un voile. Ainsi dissimulées de la vue de leurs bourreaux « naturels », elles seraient « protégées ».</p><p>Si le voile est leur outil matériel, le jeu sémantique des islamistes contribue à leur avancée : le consentement à la servitude patriarcale est présenté comme un « libre choix », le sexisme du voile est arboré comme une forme de féminisme, l’offense à l’islam(isme) (« islamophobie ») est déclarée être une hostilité envers les musulmans, etc. La rhétorique d’inversion et le terrain de la laïcité, plutôt que celui de l’inégalité des sexes, permettent à l’islamisme de trouver des alliés, même parmi les féministes. Depuis plus de trente ans, le cheval de Troie politico-sexiste a montré son efficacité. La jeunesse est une cible privilégiée. Les fillettes et adolescentes comptent parmi leurs priorités. Les islamistes considèrent qu’il faut les voiler « très tôt pour ne pas qu’elles se rebellent plus tard ». Si certains hésitent à sexualiser les fillettes en les voilant, tous s’accordent sur l’obligation de porter le voile (le fameux « libre choix » dans leur langage marketing) dès que les formes féminines apparaissent au début de l’adolescence. Pour cela, ils comptent aussi sur le soutien de leurs partenaires non musulmans pour permettre une meilleure diffusion de leur idéologie au sein de la société. L’écrasante majorité des musulmans vit dans les quartiers populaires. Trouver des alliés à gauche est donc indispensable. Cette étape a été largement dépassée. Les offensives dans le football en sont un bel exemple.</p>
<p>Alliance citoyenne à l’origine des « hijabeuses »</p>
<p>Alliance citoyenne, partenaire de l’islamisme politique, est une des associations les plus sexistes et rétrogrades de France. Séduite par l’approche sexiste, identitaire et victimaire de l’intégrisme musulman, elle s’est fixée pour mission d’imposer le sexisme du voile dans toutes les strates de la société. La première cible fut les piscines municipales avec les actions burqini. Puis ce fut au tour de quelques salles de sport par des offensives sexistes pro-voile. Depuis près d'un an, le football est aussi particulièrement visé. Les adolescentes sont les cibles, comme l’avaient déjà théorisé les prédicateurs islamistes.</p><p>Ainsi a été créé, au sein d’une association non religieuse d’extrême gauche, un groupe de jeunes islamistes en herbe qui, par leurs voiles, s’autodiscriminent et se définissent comme « hijabeuses » avant d’être footballeuses. Toutes imprégnées des discours de leurs « savants » qui leur ont martelé les « bienfaits du [sexisme du] voile », elles ont pour objectif de mettre la pression sur la Fédération Française de Football (FFF), la faire céder pour autoriser le sexisme politico-religieux du voile sur les terrains. Alliance citoyenne sait qu’elle ne réussira pas seule. Elle aussi a besoin d’alliés. Les Frères musulmans, dont l’idéologie est le socle des actions pro-voile d’Alliance citoyenne, comptent parmi leurs partenaires. Mais, infréquentables (le CCIF a par exemple été dissout par le gouvernement), il est nécessaire d’en trouver des moins sulfureux, des partenaires non religieux dont l’objet est la lutte contre les discriminations, angle idéal dans le cadre de la stratégie victimaire de l’islamisme politique. L’association parisienne Les dégommeuses est la partenaire rêvée.</p>
<p>Les « dégommeuses », nouvelles promotrices du sexisme politique « choisi »</p>
<p>Créée en janvier 2012, l’association Les Dégommeuses poursuit deux objectifs principaux : la promotion du foot féminin et la lutte contre le sexisme, les LGBT-phobies et toutes les discriminations.<br />Les Dégommeuses est une équipe de foot majoritairement composée de lesbiennes et de personnes trans qui a pour objectif de lutter contre les discriminations dans le sport et par le sport.<br />(site internet lesdegommeuses)</p><p>Cette intention est louable et nécessaire. Les discriminations au sein du sport, à l’image de la société, sont effectivement nombreuses. Homophobie, lesbophobie et transphobie sont légion. Le problème est que l’association se reconnaît dans une mouvance féministe intersectionnelle. Ce féminisme à temps partiel et à géométrie variable considère que, à l’intersection des discriminations que peut cumuler et subir un individu (par exemple une femme noire, lesbienne et pauvre), la lutte pour l’égalité des sexes doit céder le passage au respect de l’identité, de la culture et de l’intégrisme musulman (perçu par les intersectionnelles comme étant l’islam tout court).</p><p>L’association milite donc pour la différenciation des droits et pour des discriminations « choisies » si elles sont portées par les « concernées ». Le terme « inclusivité » fait naturellement partie du package (comme si toutes les autres formes de luttes contre les discriminations étaient « excluantes ») : les Dégommeuses est une association inclusive et qui promeut la diversité. L’inclusivité en question consiste à « inclure » toutes revendications, même les plus discriminantes, si elles sont portées par des personnes (surtout « non blanches ». L’« inclusivité » a ses limites) qui se déclarent victimes. La lutte n’a donc pas pour objectif l’égalité mais la reconnaissance de tout ce que veut porter un individu et réclamer des privilèges pour obtenir des droits particuliers. L’idée n’est plus de faire société commune par ce qui nous rassemble mais d’appeler à une société fragmentée par la mise en avant des différences. L’affichage identitaire est donc le bienvenu, seulement si cela provient des « victimes éternelles » c’est-à-dire les « non-blancs », les « racisés » pour reprendre leur terme raciste, essentialiste et paternaliste. L’islam(isme) est ainsi racialisé, passant du statut de religion ou d’idéologie politique à celui d’ethnie et rejetant du même coup la liberté de conscience (puisqu’on serait musulman de naissance et biologiquement assigné à le demeurer). Pour pouvoir distinguer visuellement cette supposée ethnie musulmane, les intersectionnelles ont adopté l’approche sexiste et patriarcale des extrémistes musulmans : le corps et la tête des femmes servent de support au porte-étendard identitaire et politique de l’islamisme : le sexisme du voile. Le sexisme et le patriarcat de l’islamisme sont ainsi présentés comme une simple « diversité » défendable au même titre que l’orientation sexuelle ou la couleur de peau.</p><p>L’islam(isme) est racialisé, passant du statut de religion ou d’idéologie politique à celui d’ethnie et rejetant du même coup la liberté de conscience.</p><p>L’islamisme politique a flairé depuis plusieurs années l’opportunité que le féminisme intersectionnel représente pour l’expansion de son idéologie grâce à son étendard politico-sexiste. Par leur partenariat avec Alliance citoyenne, les « dégommeuses » représentent un énième exemple de cette alliance idéologique contre nature.</p>
<p>Les « dégommeuses » instrumentalisent la laïcité pour promouvoir l’islamisme</p>
<p>En juin 2021, un premier tournoi de football médiatisé fut organisé avec les « hijabeuses ». Il fut notamment soutenu par l’ex footballeuse internationale française et actuelle consultante à Canal+ Jessica Houara-d'Hommeaux et complaisamment relayé entre autres par Médiapart.</p><p></p><p></p><p>En juillet, l’association s’est jointe à l’action d’Alliance citoyenne au siège de la FFF pour faire pression sur la fédération et son président Noël Le Graët. En août, grâce à l'efficace lobbynig d'Alliance citoyenne auprès de la presse, le journal Libération leur dédie un article hagiographique (1). Le 14 novembre, un nouveau match est organisé entre Les « dégommeuses » et les « hijabeuses ». L’idée de ce match symbolique, sans aucune autre importance que celle donnée par les deux associations, est toujours la même : faire plier la FFF. La publication Facebook des dégommeuses révèle toutes les contradictions et la dangerosité pour les femmes de ces revendications. L’association affirme notamment ceci : [LA LAICITE, C'EST NOUS QUI LA DEFENDONS] […] Nous voulons le respect de la laïcité, qui nous permet d'exprimer librement nos croyances et appartenances multiples.<br />La laïcité, la République, c'est nous : des femmes qui portent le voile, des lesbiennes  et des trans qui luttent ensemble.</p><p></p><p>Avant de prétendre défendre la laïcité et, pire encore, de prétendre l’incarner, il faudrait d’abord en maîtriser le principe. Son socle, son essence, est la liberté de conscience, pas « l’expression des croyances et appartenances multiples ». Cette liberté s’apprend, se forge, par la construction de la citoyenneté dans l’enfance et l’adolescence. L’individu peut ainsi jouir pleinement de sa liberté de conscience une fois adulte et exercer une citoyenneté éclairée. La séparation des Églises et de l’État actée par la loi de 1905 en est la traduction politique et juridique. Cette loi, dès son article 1, affirme que « la République assure la liberté de conscience. » Cette liberté est absolue, sans limite. Elle incarne l’expression « avoir la possibilité de croire ou de ne pas croire, d’avoir une religion ou pas, d’en changer », etc. C’est pourquoi elle ne peut pas être encadrée. Ce même article 1, juste après, pas avant, affirme que la République « garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l'intérêt de l'ordre public. » La liberté de conscience est la première des libertés. « Exprimer librement nos croyances » n’est donc pas la laïcité au sens strict mais sa conséquence naturelle qui, elle, est limitée par le cadre posé dans la loi (sachant que le libre exercice des cultes n’est pas le synonyme de l’expression libre des croyances, mais c’est un autre débat). Cette limitation est nécessaire, notamment pour garantir la pleine jouissance de la liberté de conscience de chacun. C’est justement l’involontaire démonstration faite par les « dégommeuses ».</p><p>Ce match de foot concernait des jeunes filles à peine sortie de l’enfance qui n’ont pas encore atteint l’âge adulte. Elles sont en pleine construction, en plein apprentissage de leur citoyenneté par la formation de leur esprit critique et de leur libre arbitre. Le voile porté sur leur tête pose un couvercle sur cette construction. L’islamisme milite pour une liberté de culte totale et l’affichage (politico) religieux sans limite. Il rejette la liberté de conscience. Le voile est le sceau de ce rejet. Les prédicateurs islamistes, ou l’entourage social qui transmet leurs discours, ont convaincu ces adolescentes (certaines peut-être dès l’enfance) de se cacher sous un voile. Ils ont obtenu leur consentement pour remettre leur esprit critique et leur libre arbitre entre les mains de ces hommes. Diaboliser leur corps, ne plus avoir la possibilité de sentir l’air et le vent caresser leurs cheveux, comme n’importe quelle autre fille et la totalité des garçons de leur âge, sous prétexte qu’une religion l’aurait décidé pour elles sinon elles risqueraient de sexuellement exciter les hommes ici-bas et d’aller brûler en enfer pour l’éternité dans l’au-delà : pour une adolescente, c’est tout sauf la liberté de conscience. Qu’une association qui, en plus prétend défendre la laïcité, banalise et même se bat pour cela, c’est antilaïque par excellence.</p>
<p>Camper sur le terrain de la laïcité pour éviter celui de l’inégalité des sexes</p>
<p>Alors pourquoi avoir choisi le terrain de la laïcité ? Parce que, comme le veut la stratégie de l’islamisme politique à laquelle il semble que cette association adhère, cela permet d’éviter le terrain réellement concerné par le voile, celui où les islamistes n’ont aucune chance : le sexisme et le patriarcat. Il est en effet bien plus facile de défendre une « laïcité inclusive » qu’un « sexisme inclusif ».</p><p>Les éléments de langage choisis sont donc les mêmes que ceux des Frères musulmans et de leurs partenaires tels qu’Alliance citoyenne. « Foulard », par exemple, est souvent préféré à « voile » pour atténuer la portée sexiste, patriarcale, identitaire et politique de ce dernier en faisant subtilement référence au foulard traditionnel français. Voile et foulard seraient synonymes alors qu’ils n’ont rien en commun. Cela n’empêche pas les « dégommeuses » de réclamer « la fin de l'interdiction du port du foulard par la FFF ». Voilà une belle façon de banaliser l’outil le plus sexiste, rétrograde et patriarcal de l’Histoire de l’Humanité en le faisant passer pour un simple accessoire vestimentaire anodin. Considérer ces jeunes filles comme des objets de désir au point de les cacher sous un voile pour ne pas exciter ces animaux que seraient les hommes qui les regarderont jouer au foot, n’a rien à voir avec la laïcité. Parce que c’est cela, bien plus que la religion, qui est brandi par les hommes qui prescrivent le port du voile. Il n’y a pas plus sexiste que cet accessoire. Chaque millimètre carré de ce linceul transpire un patriarcat multimillénaire. Le voile a été créé dans l’antiquité au sein d’une société ultra patriarcale, bien avant l’islam, bien avant les trois grandes religions monothéistes, pour distinguer les femmes « pudiques » et respectables des prostituées et des esclaves. Cette fameuse « pudeur » fabriquée, définie et ciselée par des hommes. Cela n’a donc rien à voir avec la religion et tout à voir avec le sexisme voire le racisme : le voile a été créé pour stigmatiser, discriminer et inférioriser une partie de l’Humanité en raison de son sexe. Le défendre au nom du féminisme est bien la contradiction typique et assumée du féminisme intersectionnel.</p>
<p>En racialisant l’islam(isme), le voile devient impossible à retirer</p>
<p>L’autre manière de banaliser le sexisme du voile et de le faire passer pour victime d’une société intolérante est, comme vu plus haut, de le racialiser, de le présenter comme un élément biologique. Pour cela, les « dégommeuses » reprennent l’habituelle comparaison entre un accessoire sexiste et porte-drapeau politique d’une idéologie totalitaire, avec l’orientation sexuelle et la transidentité. Comme l’orientation sexuelle, le voile n’est donc plus un choix (il ne l’a de toute façon jamais été). Il serait physiquement greffé sur le crâne de ses porteuses. Il ferait physiquement partie de leur être. Là encore, la liberté de conscience, cœur du principe de la laïcité, est éjectée. La racialisation de l’islam(isme) rend caduque la laïcité. On voudrait essentialiser ces musulmanes à leur extrémisme religieux, on ne s’y prendrait pas autrement. Cela explique pourquoi les joueuses défendues sont « hijabeuses » avant d’être footballeuses et pourquoi il leur est psychologiquement impossible de retirer leur voile le temps des quelques minutes d’un match. Selon les islamistes, une mèche de cheveux visible est un risque sexuel trop grand. Le risque d’exciter les hommes et de gagner un ticket pour l’enfer pèse trop lourd face au plaisir futile de jouer au football. Cela porte un nom : l’endoctrinement. Cela n’a donc rien à voir avec la laïcité et tout à voir avec le sexisme le plus rétrograde.</p><p>Par leur obsession sexuelle légendaire, les islamistes ont fait du voile leur porte-étendard politique. Et ça fonctionne. Cet énième exemple montre son efficacité. Ainsi, depuis quelques années, les islamistes ont moins besoin d’agir directement puisque leurs partenaires intersectionnelles se chargent de mener, à leur place, des actions pour banaliser ce sexisme qui permet de faire avancer leur idéologie. Cela s’appelle « la da’wa par la visibilité » : « pas besoin de parler, le hijâb le fait pour nous » comme l’affirment avec satisfaction nombre d’islamistes. Peu importe les intentions de celles qui le portent. L’islam n’est qu’un prétexte pour soumettre les femmes à l’apaisement de la libido masculine en les dissimulant sous un suaire.</p><p><a class="modal_video surimg" href="https://youtu.be/SgyrIHD-7so"></a></p><p>Cette racialisation de l’islam(isme) à travers le sexisme du voile rejoint un des principaux arguments de ses prescripteurs : le port du voile n’est pas un choix mais une « obligation religieuse ». Grâce à la rhétorique d’inversion, cette obligation est présentée au grand public comme une forme de « liberté personnelle ». Cela a justement été exprimé par une « hijabeuse », dans un reportage censé promouvoir le « féminisme » de ce sexisme et dénoncer la discrimination que subirait la discrimination sexiste du voile… Ceci pour soutenir le « libre choix » de ce patriarcat sur les terrains de football. Ce reportage a été mis en ligne sur la chaîne YouTube de L'Équipière, le média français qui suit le football féminin du vestiaire au terrain, le jour de l’action dans les locaux de la FFF, le 23 juillet 2021. La « hijabeuse » en question, une adolescente encore peu habituée à respecter les éléments de langage de l’islamisme politique, a déclaré : Lorsque j’ai eu un premier match officiel […] j’ai dû rester sur le banc parce que j’ai refusé d’enlever mon voile. […] mon coach ne comprenait pas pourquoi je n’avais PAS LA POSSIBILITÉ de l’enlever.</p><p></p><p>Cette rhétorique d’inversion a ses limites. Si les militantes voilées et les féministes intersectionnelles utilisent tous les jours le terme « liberté » (de ne pas en avoir) pour le voilement, elles utilisent à dose homéopathique le terme « égalité ». Pourquoi ? Parce que la liberté peut inclure la soumission, l’égalité la rejette. On peut choisir la servitude, l’égalité y est opposée. On peut brandir le voile comme une liberté de le porter. On ne peut pas l’invoquer comme une forme d’égalité avec les hommes.</p><p>Par leur obsession sexuelle légendaire, les islamistes ont fait du voile leur porte-étendard politique.</p><p>Leur impossibilité de retirer leur voile provisoirement, quitte à ne pas avoir accès à l’emploi et à certaines activités, est la preuve ultime que leur « libre choix » est l’autre nom de l’endoctrinement. Elles ne peuvent faire autrement qu’être intransigeantes. C’est cela qui doit inquiéter et être interrogé par les « dégommeuses », non un règlement applicable à tous sans distinction.</p>
<p>L’article 1 des statuts de la FFF : cible des fanatiques « syndiquées » et de leurs soutiens</p>
<p>L’article 1 des statuts de la Fédération Française de Football, remis en cause par les militantes, indique que sont interdits, à l’occasion de compétitions ou de manifestations organisées sur le territoire de la Fédération ou en lien avec celles-ci :</p><p>– tout discours ou affichage à caractère politique, idéologique, religieux ou syndical,<br />– tout port de signe ou tenue manifestant ostensiblement une appartenance politique, philosophique, religieuse ou syndicale,<br />– tout acte de prosélytisme ou manœuvre de propagande.</p><p>Le voile réussit l’exploit de remplir tous ces critères (les « dégommeuses » en rajoute une couche en affirmant que le foot est un jeu mais il est aussi un mode potentiel d’affirmation politique). Enfin, presque tous les critères. Il y en a un qui semble ne pas le concerner : le signe ou [la] tenue manifestant ostensiblement une appartenance syndicale. Par un mauvais calcul marketing, qui peut sembler efficace à court terme, Alliance citoyenne va, sans s’en apercevoir, combler ce manque. L’association est allée jusqu’à inventer, tout spécialement pour ses offensives islamistes dans le football, un faux « syndicat des femmes musulmanes » qui, selon les jours, se nomme « syndicat des femmes voilées et libres » ou bien « syndicat des femmes musulmanes voilées et libres ». Un syndicat est une association de personnes destinée à la défense de leurs intérêts professionnels communs [les étudiants y sont assimilés]. Le mot « syndicat », se retrouve, notamment dans le droit de la co-propriété immobilière, en droit bancaire et en droit du travail. Ainsi, au-delà de sa réalité sexiste et patriarcale, le voile n’est plus seulement un signe « religieux ». Il devient un uniforme de travail. Selon Alliance citoyenne, être voilée revêt l’appartenance à une catégorie particulière de la population qui devrait être juridiquement reconnue. Leur lutte ne concerne pas la défense de droits qu’elles ont déjà mais l’obtention de droits particuliers. D’où sa demande de droits civiques spécifiques (« droits civiques des femmes musulmanes ») depuis ses premières actions burqini en 2019.</p><p>Ainsi, la légèreté dans sa dénomination variable s’explique par le fait que ce « syndicat » islamiste n’existe officiellement pas. Aucun statut n’a été déposé pour sa création. L’intérêt est toujours de trouver une appellation marketing efficace pour asseoir l’illusion d’une crédibilité. Désirant être reconnues comme des militantes syndicales par la FFF, ces militantes voilées affichent alors leur appartenance sur leur tête, comme si des footballeurs portaient sur leur crâne un grand panneau de la CGT. Une situation inimaginable et interdite par le règlement de la FFF, mais dont Alliance citoyenne réclame un statut dérogatoire pour ses « syndiquées ». Les « hijabeuses » cochent ainsi l’intégralité des cases des interdits de l’article 1 des statuts de la fédération.</p>
<p>Le sexisme du voile montre une nouvelle fois sa dangerosité politique</p>
<p>Le voile est bien le cheval de Troie de l’islamisme. Cet accessoire sexiste est l’outil de destruction massive de l’égalité des sexes et de la laïcité. Les « dégommeuses » et les « hijabeuses » en sont les agents de terrain. Les « dégommeuses » sont sincèrement convaincues qu’elles ne soutiennent pas l’islamisme, malgré les mises en garde et des sources foisonnantes si elles prenaient la peine de s’informer un minimum. Elles sont l’incarnation classique du surnom péjorativement donné à ces individus : « idiots utiles » de l’islamisme. À un tel point qu’elles n’ont pas remarqué que, si ces LGBT intègrent le sexisme islamiste dans leur lutte, l’islamisme politique n’a jamais fait de même en retour. De la petite association « musulmane » locale en passant par feu le CCIF ou le FEMYSO au niveau européen, aucune association issue de l’idéologie des Frères musulmans n’a jamais défendu les droits des LGBT musulmans. Contrairement aux féministes intersectionnelles, les islamistes restent cohérents.</p><p>Le voile, accessoire sexiste, est l’outil de destruction massive de l’égalité des sexes et de la laïcité.</p><p>L’islamisme politique poursuit sa lente mais efficace progression grâce, dans l’écrasante majorité des cas, à son cheval de Troie qu’est le sexisme du voile. Les « dégommeuses » et Alliance citoyenne le prouvent encore aujourd’hui. Si ces associations préfèrent soutenir des jeunes filles qu’elles confortent dans leur fanatisme, la FFF a l’obligation morale de protéger toutes celles qui ne sont pas voilées, qui refusent d’être renvoyées à leur pseudo « impudeur » définie par des hommes (il faut le rappeler, le voile ne marque pas seulement la « pudeur » de celles qui le portent mais aussi « l’impudeur » de celles qui s’en dispensent). La banalisation du sexisme du voile, par sa présence sur les terrains de football, renforcera encore un peu plus la pression sur les musulmanes qui résistent au voilement de leur être. La FFF doit penser à l’écrasante majorité de ces jeunes filles, plutôt qu’à une poignée de fanatiques qui, malheureusement, ont basculé. Plus largement, la Fédération doit penser à l’image des femmes sur les terrains de football. Les femmes doivent être perçues comme les hommes : des joueuses. Les terrains n’ont pas vocation à propager, par exhibition publicitaire sur leur tête, une idéologie politico-sexiste qui les infériorise. Le règlement doit donc s’appliquer aux deux sexes de la même manière, comme le veut l’esprit de son article 1.</p><p>Au nom du principe de laïcité, et surtout, d’abord et avant tout, au nom de la lutte contre les discriminations, notamment sexistes, la FFF doit rester garante du respect de son règlement.</p><p>(1) <a href="https://www.liberation.fr/sports/football/les-hijabeuses-ces-footballeuses-qui-luttent-contre-leur-mise-au-banc-20210814_XY42ZJBCXBHJ3KFDUOB27KG6XE/" target="_blank" rel="noopener">Les Hijabeuses, ces footballeuses qui luttent contre leur mise au banc</a></p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
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	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/777/et-si-on-supprimait-les-mutuelles</guid>
	<pubDate>Thu, 25 Nov 2021 06:43:13 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/777/et-si-on-supprimait-les-mutuelles</link>
	<title><![CDATA[Et si on supprimait les mutuelles ?]]></title>
	<description><![CDATA[<p>L'Anti-éditorial du 25 novembre 2021- épisode 26</p><p>Faut-il supprimer les mutuelles ? L’idée semble taboue, voire loufoque. Et pourtant, c’est en train de devenir l’un des thèmes de la campagne présidentielle…</p>
<p>Une cuisine typiquement française  </p>
<p>La France a un système original, sinon unique au monde. Vous le savez, nos frais de santé sont pris en charge par une double structure. D’un côté, il y a l’Assurance maladie obligatoire, la « Sécu ». De l’autre, la complémentaire santé, en particulier les mutuelles, qui couvrent 35 millions de Français.</p><p>Et c’est un système qui est à la fois double et mixte. Chacune des deux parties, la Sécu et la mutuelle, rembourse les mêmes soins. Typiquement, 70 % pour la Sécu, 30 % pour la mutuelle. Et quand l’une ne rembourse pas, l’autre non plus. Ailleurs dans le monde, les systèmes complémentaires financent des soins qui ne sont pas pris en charge par la Sécurité sociale. Et souvent, ils ne le font qu’au-dessus d’un certain plafond de dépenses, qui varie selon vos revenus. Un peu comme une franchise automobile en cas d’accident. C’est le bouclier sanitaire. Il est en vigueur en Allemagne.</p>
<p>Quel est le problème ?</p>
<p>Vous me direz : quel est le problème ? Pourquoi cette manie de lorgner sur les voisins puisque ça nous plaît ? Mais la critique des mutuelles est récurrente. Elle est même au cœur <a href="https://www.ccomptes.fr/fr/publications/les-complementaires-sante" target="_blank" rel="noreferrer noopener">d’un récent rapport de la Cour des comptes</a>. Les magistrats financiers trouvent le système coûteux, en raison d’importants frais de fonctionnement. Évidemment, <a href="https://www.mutualite.fr/presse/rapport-de-la-cour-des-comptes-la-mutualite-francaise-denonce-un-manque-de-serieux-et-de-transparence/">les mutuelles n’apprécient pas cette critique et contestent le calcul</a>.</p><p>Deuxième reproche : la Cour des comptes trouve le système des complémentaires « inégalitaire ». Il favorise les salariés du secteur privé par rapport aux fonctionnaires ou les actifs par rapport aux inactifs. Les personnes âgées, « du fait des pratiques de tarification à l’âge, doivent s’acquitter de cotisations élevées ».</p><p>Retraités, chômeurs et inactifs sont lésés par ce système hybride. Mais les personnes les plus pauvres le sont aussi, malgré tous les efforts pour leur assurer une meilleure couverture. Du coup, constate la Cour des comptes, « les renoncements aux soins persistent, malgré un état de santé pourtant plus dégradé proportionnellement au reste de la population ».</p><p>Jean-Charles Simon, un économiste libéral, reprend l’argument financier classique. Dans <a href="https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/opinion-supprimons-les-mutuelles-de-sante-1361654">une tribune publiée par Les Échos</a>, il accuse les mutuelles d’être structurellement coûteuses : « Les mutuelles font supporter aux ménages quelque 8 milliards de frais de gestion de toute nature. » Comme le dit la Cour des comptes, « la forte imbrication des assurances maladies de base et complémentaire se traduit par des coûts de gestion nettement supérieurs aux autres pays européens ». L’entretien de l’usine à gaz a un prix !</p><p>Deuxième critique : certes, les complémentaires santé sont en concurrence. Mais la concurrence n’est qu’apparente, alors que la réglementation « standardise l’offre », qui est très peu différenciée. Les mutuelles sont en réalité interchangeables. On a donc les inconvénients de l’usine à gaz, sans les avantages de la compétition sportive. Brigitte Dormont, professeure à l’université Paris-Dauphine, estime que ce système à double détente « freine des évolutions souhaitables, comme la généralisation du tiers payant ou un paiement plus qualitatif des médecins ». <a href="https://www.challenges.fr/economie/remboursement-des-soins-pourquoi-il-faut-creer-une-grande-secu_787880">Dans une autre tribune, cette économiste</a> avance un argument massue, dont nous avons tous fait l’expérience avec le Covid : « Ce n’est pas un hasard si, durant la crise sanitaire, par souci d’efficacité, le remboursement des soins les plus urgents a été garanti à 100 % par l’Assurance maladie : tests, vaccination, téléconsultations. » Il est donc impératif de mieux séparer les domaines d’intervention.</p><p></p>
<p>Quelle est la solution ?</p>
<p>Alors, on supprime ? Dans le jargon des hauts magistrats, voici la réponse : « La Cour n’a pas souhaité trancher entre des options qui peuvent changer le rôle des acteurs publics et privés et modifier la liberté de choix des assurés. » Pas besoin de traduire en français courant, vous avez compris ! La Cour des comptes ne veut pas s’aventurer sur le terrain politique. Elle fait un constat. Mais elle ne va pas jusqu’à préconiser de supprimer les mutuelles.</p><p>Toutefois, la Cour conseille au moins de « désimbriquer les interventions respectives de l’Assurance maladie obligatoire et de l’assurance complémentaire ». Autrement dit, chacun des deux systèmes rembourserait des soins différents.</p><p>Mais d’autres experts vont plus loin. La solution, c’est ce que l’on appelle désormais « la grande Sécu ». Qu’est-ce que la grande Sécu ? C’est l’absorption des mutuelles par le système de la Sécurité sociale. Une seule cotisation, un seul guichet, une seule couverture sociale. La même pour tous, évidemment.</p>
<p>Ça sent bon la campagne</p>
<p>Tribunes, rapports, et éditos… tout cela, il faut bien le dire, sent la bonne odeur de la campagne. Non ! Je ne parle pas de la campagne avec des poules et des vaches à lait ! Je parle de la campagne électorale. Comme par hasard, voici encore un autre rapport, commandé cette fois, tiens tiens, par le ministre de la Santé, Olivier Véran. Ce rapport, c’est celui du Haut Conseil pour l’avenir de l’Assurance maladie. Il n’est pas encore officiellement remis au gouvernement <a href="https://www.la-croix.com/Economie/Assurance-maladie-vers-grande-Secu-sans-mutuelles-2021-11-18-1201185741">mais, encore tiens tiens, il circule déjà</a>.</p><p>Et en plus, il pointe d’autres dysfonctionnements ! Le système actuel « ne supprime pas les risques de reste à charge importants sur des soins essentiels ». Les séjours hospitaliers, par exemple. Et « ces restes à charge sont élevés pour les risques plus lourds liés à l’incapacité temporaire, l’invalidité, le décès ou encore le chômage. » Alors que la population française vieillit, ce problème n’est pas négligeable.</p><p>Autre grande critique : la généralisation des complémentaires santé favorise les dépassements d’honoraires, le fameux secteur 2, qui permet au médecin de fixer librement ses tarifs.</p><p>L’AntiÉditorial se demande donc si le gouvernement, à travers Olivier Véran, n’est pas en train de tester la première idée de campagne du pas-encore-candidat Macron. Avec ce concept tout beau, tout lisse et un peu ronflant, qui sent légèrement l’élément de langage : « la grande Sécu ».</p>
<p>Macron copie Mélenchon</p>
<p>Mais ce qui est amusant, c’est que la future idée du futur candidat Macron ressemble à <a href="https://www.argusdelassurance.com/acteurs/presidentielle-2017-jean-luc-melenchon-precise-ses-intentions-pour-les-complementaires-sante.116085">la vieille idée de l’ancien candidat Mélenchon.</a> En 2017, le leader de la France insoumise défendait la « sécurité sociale intégrale », autrement dit la prise en charge à 100 % par l’Assurance maladie, autrement dit… la grande Sécu. Selon les calculs de la France insoumise, « ce 100 % Sécu bénéficierait de ressources largement supérieures aux besoins, ce qui permettrait ainsi à l’Assurance maladie d’embaucher en son sein l’ensemble des salariés travaillant aujourd’hui pour les organismes de complémentaire santé ». Après renégociation des prix des médicaments, régulation des tarifs pour les lunettes, les soins dentaires et les prothèses auditives, et suppression des dépassements d’honoraires…</p><p>Ce parfum de campagne qui flotte sur un sujet aussi sensible, la santé, explique <a href="https://www.lejdd.fr/Politique/tribune-xavier-bertrand-la-grande-secu-demmanuel-macron-serait-une-folie-4075607">la force des attaques d’un candidat à la candidature de la droite</a>. L’ancien assureur Xavier Bertrand multiplie les critiques. D’abord, dit-il, on ne ferait pas d’économies. La grande Sécu serait financée par les impôts ou par la dette publique. Mais dans un deuxième temps, devant les problèmes de financement, la grande Sécu deviendrait la petite. Elle « créerait une médecine à deux vitesses ». Car il y aurait « des déremboursements en rafale ». Les hauts salaires souscriraient alors à des assurances privées. À terme, on aurait « un modèle à l’anglaise ou à l’américaine, dans lequel les plus riches et les plus démunis ont chacun leur système de santé. »</p><p>Bertrand ajoute deux critiques. La première à destination de son électorat. « Ce serait la fin de la médecine libérale. » Car les médecins n’auraient qu’un seul interlocuteur, qui pourrait leur imposer de nouvelles règles. « Donc ils deviendraient, in fine, salariés. » Deuxième reproche de Xavier Bertrand, « ce serait l’appauvrissement du dialogue social dans les entreprises », parce qu’actuellement, le remboursement des soins est un thème fort de la négociation collective.</p><p>Soyons clairs, il s’agit de pré-campagne électorale. Autrement dit, la réforme n’est pas encore faite. D’autant que le secteur des complémentaires santé emploie 100 000 personnes.</p><p>Mais vous aurez au moins goûté le paradoxe intellectuel. D’un côté, un gouvernement de sensibilité libérale qui teste l’idée d’une Sécu plus étatisée. De l’autre, un candidat de droite qui se veut le défenseur des catégories populaires menacées par une Sécu à deux vitesses. L’époque est décidément aux chassés-croisés idéologiques !</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
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	<pubDate>Sun, 21 Nov 2021 09:49:16 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[« Iel », qui est-ce : une personne ou un person ?]]></title>
	<description><![CDATA[<p style="text-align: left;">Je profite du coup de com réussi par Le Robert en ligne (peut-on écrire aussi La Roberte ? ou mieux : L·e·a Robert·e ?) avec le prétendu pronom personnel « iel » pour rappeler quelques articles publiés par Mezetulle sur l’écriture dite inclusive. On en trouvera la récapitulation et les références dans le dossier « <a href="https://www.mezetulle.fr/lecriture-inclusive-separatrice-faites-le-test-bisous-a-tous-deux/" target="_blank" rel="noopener">L’écriture inclusive séparatrice. Faites le test bisous à tous deux</a> ».</p><p style="text-align: left;">Et voici, en outre, quelques remarques sur la nouveauté « iel ».</p><p style="text-align: left;">La définition proposée en ligne est la suivante :</p><p style="text-align: left;">« RARE. Pronom personnel sujet de la troisième personne du singulier et du pluriel, employé pour évoquer une personne quel que soit son genre. L‘usage du pronom iel dans la communication inclusive. – REM. On écrit aussi « ielle, ielles » »<a href="https://www.mezetulle.fr/iel-qui-est-ce-une-personne-ou-un-person/#sdfootnote1sym" name="sdfootnote1anc" id="sdfootnote1anc">1</a></p><p style="text-align: left;">Trois passages me semblent importants et montrent qu’il s’agit d’un concentré de contradictions reposant sur une méthode forcée.</p><p style="text-align: left;">1° « Rare ». Comprendre : « nullement attesté dans l’usage courant, utilisé seulement par les militants et sympathisants de la mouvance woke ». Comme le fait remarquer Bernard Cerquiglini, entre autres linguistes<a href="https://www.mezetulle.fr/iel-qui-est-ce-une-personne-ou-un-person/#sdfootnote2sym" name="sdfootnote2anc" id="sdfootnote2anc">2</a>, « rare » s’applique en général à des termes anciens qui tombent en désuétude. C’est le contraire ici. Un coup de force inverse la méthodologie pratiquée par un dictionnaire de la langue. En principe c’est l’usage répandu qui fait entrer un terme dans le dictionnaire, ici c’est une décision ultra-minoritaire qui prétend imposer ses thèses en dictant une novlangue. De l’aveu même des responsables du dictionnaire, l’usage du terme est considéré comme prévisionnel. Mais sa présence n’atteste-t-elle pas qu’on en attend un effet performatif ?</p><p style="text-align: left;">2° « évoquer une personne » : voilà un usage (attesté et très courant) extensif du genre dit féminin pour désigner quiconque, quel que soit son genre… N’eût-il pas fallu l’éviter ici, ch·e·è·r·e Robert·e (pas facile avec ce fichu accent) ? Car le substantif « personne » employé ici montre que le concept de genre dans la langue est dissocié de la notion socio-politique ainsi que du concept de sexe biologique. Qui peut croire qu’une victime, une fripouille, une canaille soient nécessairement de genre féminin ? Qui peut croire que la girafe, la panthère, la taupe ne désignent que des femelles<a href="https://www.mezetulle.fr/iel-qui-est-ce-une-personne-ou-un-person/#sdfootnote3sym" name="sdfootnote3anc" id="sdfootnote3anc">3</a> ? Poursuivons : si le genre dit féminin dans la langue (en français genre marqué) peut avoir une valeur extensive, cela est encore plus courant pour le genre dit masculin (genre non-marqué), et c’est même la règle générale. « Colette est un des plus grands écrivains de langue française du XXe siècle » : heureusement qu’on ne la compare pas uniquement aux femmes. Ah oui, mais il y a l’énoncé scélérat « le masculin l’emporte sur le féminin » qu’on ne peut plus apprendre aux petites filles. Eh bien effectivement, on n’a pas à dire cela aux élèves. Car on n’est pas obligé d’épouser les fantasmes du père Bouhours<a href="https://www.mezetulle.fr/iel-qui-est-ce-une-personne-ou-un-person/#sdfootnote4sym" name="sdfootnote4anc" id="sdfootnote4anc">4</a>, et on devrait énoncer plus justement : « en grammaire, lorsque les deux genres se rencontrent, le genre non-marqué l’emporte sur le genre marqué » – ce qui est parfaitement logique. D’ailleurs le genre non-marqué assure parfois la fonction d’un neutre : « il pleut », « il est recommandé de prendre un parapluie ».</p><p style="text-align: left;">3° La fin de la définition nous offre le bouquet final de ce petit feu d’artifice de contradictions et de mauvaise foi : on écrit aussi « ielle, ielles », histoire de réintroduire une distinction, sous la forme d’un scrupule, d’une super bonne intention qui vient bousculer la précédente. Et puis qui « on » ? Et on reste très sérieux (onne reste très sérieuse, oups, non je corrige : on·ne·s rest·e·ent très sérieu·x·s·e·s) en continuant à parler d’inclusion<a href="https://www.mezetulle.fr/iel-qui-est-ce-une-personne-ou-un-person/#sdfootnote5sym" name="sdfootnote5anc" id="sdfootnote5anc">5</a> !</p><p style="text-align: left;">Ajoutons une question simple qui fâche parce qu’elle rappelle que toute langue est articulée, formée d’unités de plusieurs niveaux qui fonctionnent et sont comprises en relation les unes avec les autres. En l’occurrence, il s’agit d’unités grammaticales : le pronom personnel s’emploie dans une séquence, une proposition. Quand on veut l’expliquer, on ne se contente pas d’une définition qui isole le mot, on fait une phrase : « iel est venu hier » ou « iel est venue » ? Passe encore avec cet exemple, car ça ne s’entend pas. Mais « iel est idiot » ou « idiote » ?</p><p style="text-align: left;">Ici, il est recommandé de prendre un parabêtise : on s’en fera un plaisir.</p><p style="text-align: left;">Notes</p>
<p>Partager :</p>
]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/775/%E2%80%93-nadia-el-mabrouk-%C2%AB%C2%A0la-laicite-est-un-grand-pas-vers-la-liberte-et-l%E2%80%99emancipation%C2%A0%C2%BB</guid>
	<pubDate>Sat, 20 Nov 2021 08:21:25 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[– Nadia El Mabrouk « La laïcité est un grand pas vers la liberté et l’émancipation »]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Nadia El Mabrouk « La laïcité est un grand pas vers la liberté et l’émancipation. »<br />Avertissement : Ceci est un document de travail d’une traduction pour anglophones, il devait figurer à l’origine sous le texte traduit en anglais mais pour des raisons de mise en page et de présentation il était plus lisible de séparer les deux versions. Il s’agit d’extraits d’articles et/ou entrevues, afin d’introduire les idées des autrices au grand public, mais en aucun cas d’un compte rendu exhaustif de leurs pensées… Afin de mieux les connaître n’hésitez pas à acheter leurs livres ! Merci pour votre compréhension.<br />La traduction de ce texte <a href="https://ressourcesfeministes.fr/2020/03/15/nadia-el-mabrouk-secularism-is-a-great-step-towards-freedom-and-emancipation/" target="_blank" rel="noopener">est ici</a><br />Toutes les autres traductions <a href="https://ressourcesfeministes.fr/category/feminist-translations/" target="_blank" rel="noopener">se trouvent là</a> </p>
<p style="text-align: justify;"></p><p style="text-align: justify;">Nadia El-Mabrouk est québécoise d’origine Tunisienne. Elle a effectué toutes ses études primaires et secondaires en Tunisie, puis ses études universitaires en France. Après son doctorat en informatique théorique de l’Université Paris VII, elle a rejoint le Québec pour effectuer un stage Postdoctoral au Centre de Recherche Mathématiques de l’Université de Montréal. Elle est actuellement professeure titulaire au Département d’Informatique de l’Université de Montréal. Son domaine de recherche est la bio-informatique. Nadia El-Mabrouk est par ailleurs membre de l’Association Québécoise des Nord-Africains pour la Laïcité et de l’organisme Pour les Droits des Femmes du Québec (PDF Québec). Féministe et laïque, elle tente de faire entendre sa voix au Québec, malgré les attaques et la censure… Elle a toute notre admiration et notre soutien !</p><p style="text-align: justify;">Voile :</p><p style="text-align: justify;">« Comme toute femme, notre identité s’est construite à travers un long cheminement socioculturel, ethnico-linguistique, académique et professionnel. Les femmes musulmanes n’ont d’ailleurs pas les mêmes repères culturels qu’elles viennent de Tunisie, d’Égypte, d’Afghanistan ou d’ailleurs. Elles n’ont pas le même vécu, pas les mêmes expériences, elles sont toutes différentes. Aujourd’hui, si nous ressentons le besoin d’exposer de telles évidences, c’est que nous assistons à une essentialisation de la femme musulmane : elle est devenue un archétype. Or, d’ordre général, on identifie les immigrantes par leur appartenance nationale, mais lorsqu’il s’agit de citoyennes originaires de pays musulmans, il apparaît – fort curieusement – que tous les repères culturels autres que la religion disparaissent. Depuis que l’islam a pris une place dominante dans les médias québécois, la musulmane est figée dans un modèle unique, archétypale. Lorsqu’un article de journal parle de l’islam, bien souvent la photo choisie pour l’illustrer est celle d’une femme voilée ou portant le niqab. Lorsqu’il s’agit d’entendre le point de vue d’une musulmane au bulletin de nouvelles, c’est généralement une femme portant le hijab que l’on invite. Dans les manuels scolaires du cours d’éthique et culture religieuse, la femme voilée est souvent choisie pour illustrer un propos sur l’islam. Ainsi l’image de la femme voilée est pratiquement l’unique symbole représentatif de la musulmane au Québec. Or si toutes les femmes voilées sont musulmanes, les musulmanes ne sont pas toutes voilées. Elles ont des rapports très diversifiés avec la foi, et pratiquent une religion à la carte fortement influencée par divers facteurs culturels, sociaux et personnels. Par exemple, le port du niqab, du tchador ou de la burqa ne relève pas de la religion, mais bien de la tradition culturelle conservée depuis l’Âge médiéval jusqu’à nos jours dans plusieurs pays musulmans postcoloniaux. Quant au hijab, il relève d’une interprétation de versets coraniques loin de faire l’unanimité parmi les exégètes. (…) Dans les sociétés musulmanes patriarcales, le statut de la femme est marginalisé et sa présence en tant que théologienne et exégète est absente. L’interprétation des versets de « Hijab », faite par des hommes, a prescrit aux femmes de se couvrir de la tête aux pieds pour protéger la cité vertueuse de vice. Cette prescription est récupérée par l’islamisme pour des raisons idéologiques politiques. Nous partageons avec les femmes Québécoises qui ont eu à se battre pour se libérer de l’emprise de la religion sur leur vie des aspirations commune de vivre et d’occuper pleinement notre place dans la société. Nous sommes bien placées pour comprendre leurs soucis de préserver les acquis de la Révolution tranquille ! Car la culture patriarcale d’avant et d’aujourd’hui confine la femme dans des rôles traditionnels de mère de famille. Au Québec, nous avons la possibilité de nous épanouir pleinement et de participer à la société, en donnant notre plein potentiel. Nous ne voulons pas risquer de perdre ces acquis en nous pliant, de plus en plus, à des demandes d’accommodements soi-disant religieux qui veulent nous ramener à des traditions culturelles archaïques. Nous voulons contribuer à préserver la modernité du Québec. » (texte co-écrit avec Mounia Aït Kabboura (<a href="https://quebec.huffingtonpost.ca/author/mounia-ait-kabboura/">https://quebec.huffingtonpost.ca/author/mounia-ait-kabboura/</a>)</p><p style="text-align: justify;">« Dans bien des pays arabes et musulmans comme la Tunisie, l’Égypte, la Syrie ou la Turquie, les décennies 1950-1960 représentent une période de grande libération sociale, culturelle, littéraire et artistique. Cette période réformiste et moderniste a pris fin avec la révolution khomeyniste de mouvance intégriste en Iran et le retour en force de l’organisation des Frères musulmans d’Égypte. C’est dans cette mouvance, qui s’oppose farouchement à toute forme de liberté, que le voile islamique s’est imposé dans la société. L’islam de mon enfance était plus synonyme de réjouissances durant les fêtes que de contraintes religieuses. Tout a changé avec l’arrivée de l’islamisme comme mouvement de contestation politique. C’est à ce moment-là que mes cousines se sont voilées, que mes tantes se sont mises à rattraper toutes les prières qu’elles n’avaient pas faites plus jeunes, et que les restrictions à la liberté se sont multipliées. Je me souviens d’une cousine me soutenant que la femme ne devait pas chanter en public, et qu’Oum Kalthoum avait beau être la plus grande chanteuse du monde arabe, elle se retrouvait désormais en enfer. Jamais je n’ai entendu parler du voile comme d’une liberté. C’était plutôt une obligation accompagnée d’une série d’interdictions. Quelle ironie que ce soit maintenant la prétendue liberté de porter le voile qui soit avancée, au Québec, comme argument suprême pour contrer le projet de loi sur la laïcité de l’État ! »</p><p style="text-align: justify;">Voilement des fillettes :</p><p style="text-align: justify;">« En ce début d’année scolaire, alors que les discussions s’étirent autour du projet de loi 62 sur la neutralité religieuse de l’État, la réalité de l’intégrisme religieux nous rattrape dans les écoles du Québec. Cette année, plusieurs petites filles sont revenues voilées à l’école de mes enfants, dont une petite fille de 7 ans ! Certaines mamans me font part de leur malaise. «Ma fille ne cesse depuis trois jours de me demander pourquoi la plupart des éducatrices portent un voile et pourquoi cette année deux fillettes sont voilées aussi, elles ne l’étaient pas l’année dernière. Ma fille pose plein de questions et j’ai vraiment du mal à répondre, cela commence à prendre beaucoup de place à l’école.» Il y a en effet lieu de s’interroger ! Ce voile islamique n’est pas juste un vêtement, il conditionne l’enfant à se conformer à des dogmes religieux qui lui sont imposés. Il renvoie l’idée choquante que le corps de la petite fille serait objet de séduction qu’il faudrait cacher du regard des garçons, alors qu’eux ne sont soumis à aucune contrainte. Il stigmatise les petites musulmanes dans la cour d’école et constitue une barrière à leur interaction avec les autres enfants. Il entrave leurs mouvements et les empêche de participer pleinement aux activités physiques, sans compter l’inconfort qu’il procure dans des classes souvent surchauffées. Comment peut-on plaider le libre choix dans le cas de si jeunes enfants? Cette pratique de voiler les petites filles n’est pourtant ni une prescription coranique, ni l’héritage de traditions ancestrales qu’il faudrait préserver. Dans la plupart des pays arabes, il a fait son apparition récemment avec la montée de l’intégrisme islamiste. Des spécialistes de l’islam, dont Ghaleb et Soheib Bencheikh, n’hésitent pas à parler de maltraitance de petites filles. La Tunisie, pays dont la religion est l’islam, a même interdit en 2015 le voile à l’école primaire pour la raison qu’il va à l’encontre des droits des enfants. Un sondage mené alors indique que 75% des Tunisiens étaient favorables à l’interdiction. Pourtant, en raison d’une interprétation pour le moins très large de la liberté religieuse, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse s’est prononcée deux fois (en 1995 et en 2005) à l’encontre de l’interdiction du voile islamique pour des élèves. Depuis, le droit des parents d’imposer le voile à leurs fillettes dès le primaire ne fait l’objet d’aucune remise en question, ni au Québec, ni au Canada. Les chartes protègeraient-elles la liberté religieuse des parents au détriment de l’intégrité physique et de la liberté de conscience des enfants? Le respect de la liberté religieuse  ne devrait pourtant pas dégrever l’État de ses obligations de respecter son plan d’action gouvernemental sur l’égalité des sexes (MELS, 2013-2014) prônant, entre autre, «la promotion d’une sexualité saine, responsable et égalitaire auprès des jeunes». Elle ne devrait pas non plus le dispenser de respecter la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDEF) entérinée en 1982 par le Canada, ni les traités internationaux sur le droit des enfants. (…) L’intégrisme est rarement un choix personnel. Il est, le plus souvent, le résultat d’une pression sociale et d’un endoctrinement à long terme qui anéantit toute capacité de penser par soi-même. Le gouvernement a le devoir de protéger la liberté des enfants en leur assurant une éducation laïque, exempte de pression religieuse ou prosélytisme. Or, il y a loin de la coupe aux lèvres! Comment s’étonner de la recrudescence des petites filles portant le voile à l’école quand le cours Éthique et Culture Religieuse (ECR) et les manuels scolaires transmettent l’idée qu’il serait un signe de reconnaissance de la bonne musulmane? Comment s’étonner lorsque, année après année, le nombre d’enseignantes et d’éducatrices voilées ne cesse d’augmenter dans les CPE et les écoles de la région métropolitaine de Montréal? Plutôt que de protéger les enfants contre l’intégrisme, l’école contribue tout au contraire à en faire la promotion et à l’implanter durablement au Québec. Combien de temps cette loi du silence face à ces petites filles abandonnées à elles-mêmes va-t-elle durer? Bien des parents sont déconcertés par ce laisser-faire des instances éducatives. Aurons-nous seulement le droit d’exprimer inquiétude sans se retrouver cloués au banc des accusés pour «islamophobie» ? Peut-on espérer que des mesures soient prises pour s’assurer d’un environnement éducatif exempt de manifestations identitaires religieuses ? Seule une école laïque est en mesure de remplir sa fonction d’intégration sociale des enfants de toutes origines, indépendamment de leurs cultures ou religions. »</p><p style="text-align: justify;">Laicité :</p><p style="text-align: justify;">« C’est sur l’air de Bella Ciaoque la foule chantait la liberté et la joie de vivre dans les rues d’Alger cette semaine. Plus tôt, c’est la vidéo d’une jeune femme déterminée clamant que le pays ne pourrait se libérer tant que la femme ne se libérerait pas qui avait été partagée sur toutes les tribunes. Malgré l’incertitude face à l’avenir politique du pays, c’est l’espoir de démocratie, de liberté et d’égalité qui souffle sur l’Algérie.  Quel contraste avec les manifestations contre le projet de loi sur la laïcité de l’État qui ont lieu au même moment à Montréal ! Celle du 7 avril a particulièrement choqué. Une foule, dont une majorité de femmes portait le hijab, brandissant des pancartes québécophobes, avec en tête de cortège des hommes à barbe intégriste, et deux islamistes notoires vociférant contre le projet de loi en suscitant des « Allahou Akbar ». La mise en scène rappelle les rassemblements des islamistes du Front islamique du salut lors de la décennie noire en Algérie. Comment en est-on arrivé là ?  L’islam de mon enfance était un islam de partage, d’hospitalité, qui ne s’imposait à personne. La semaine dernière, lors d’une conférence que je donnais sur la laïcité, j’ai rencontré un Tunisien qui avait vécu à la même époque que moi, dans la même ville que moi, en Tunisie. Pour lui comme pour moi, ne pas s’imposer par un affichage religieux lorsqu’on travaille pour l’État relève du bon sens. La foi est une affaire personnelle qui ne se mesure ni à la longueur d’un voile ni à celle d’une barbe.  Malheureusement, au Canada, les tenants d’un islam dogmatique et revendicateur sont encouragés par une interprétation absolutiste des droits considérant que toute limitation à l’affichage religieux porterait atteinte à la liberté religieuse. Or, à force de voir le monde sous la seule lorgnette des droits individuels, on perd le portrait d’ensemble, le sens du bien commun ; on ouvre la voie à l’intégrisme religieux.  Comme le dit Yolande Geadah dans son livre « Droit à la différence et non différence des droits » : « l’approche juridique occidentale qui conçoit la liberté religieuse sous l’angle du choix individuel ne permet pas de tenir compte d’une réalité sociologique plus vaste, où des individus et des groupes organisés se réclament de la démocratie pour tenter de s’arroger un pouvoir abusif, niant ainsi des libertés fondamentales ». En particulier, cette approche juridique qui soutient le droit de celles qui revendiquent le voile « n’offre aucune protection à celles qui sont forcées de le porter, ce qui viole ainsi leur droit à la liberté de conscience ». Le déploiement de l’artillerie lourde et l’enflure verbale à laquelle nous assistons présentement dans le dossier de la laïcité sont dirigés contre l’interdiction de l’affichage religieux chez les employés de l’État, et notamment chez les enseignantes. Les arguments avancés prennent l’allure d’une défense du voile islamique, l’avocat Julius Grey allant jusqu’à suggérer qu’une enseignante voilée serait un bon modèle pour ses élèves. A-t-on fait tout ce chemin vers l’égalité pour en arriver là ? Le voile islamique, qui est le véhicule le plus efficace de la propagande islamiste, est-il en voie de devenir le véhicule du multiculturalisme canadien ? Les femmes et les petites filles musulmanes sont-elles les otages de cette confrontation politique visant à contester le caractère distinct du Québec au sein de la fédération canadienne ?  Selon ses détracteurs, le projet de loi sur la laïcité, approuvé par une majorité de Québécois, constituerait une discrimination à l’endroit des minorités. Ce discours n’a aucun sens. Tout d’abord, les exigences de neutralité qui en découlent concernent tous les employés des secteurs visés, sans aucune distinction de religion, de culture ou d’origine ethnique. D’autre part, de nombreuses organisations regroupant des citoyennes et citoyens de toutes provenances, notamment l’Association québécoise des Nord-Africains pour la laïcité (AQNAL) dont je fais partie, expriment leur appui à cette conception québécoise de la laïcité. D’ailleurs, selon divers sondages et recherches sur le terrain, il n’y a pas d’opposition binaire entre majorité et minorités ethnoculturelles dans ce domaine (lettre des universitaires en faveur du projet de loi 21). Finalement, cessons de répéter ad nauseam que la minorité musulmane serait contre la laïcité. Comme le dit Kamel Amari, journaliste à TQ5, dans une capsule vidéo diffusée sur la page de « Pour les droits des femmes du Québec » : « ce sont les islamistes qui sont minoritaires. C’est pour cela qu’ils doivent faire beaucoup de bruit pour se faire remarquer ».  Au-delà de la protection des droits individuels, la responsabilité du gouvernement est de veiller au bien commun et à la paix sociale. Pour cela, il est primordial de s’assurer que la religion n’interfère pas dans les relations entre les institutions de l’État et les citoyens. Bien qu’imparfait, le projet de loi 21 constitue une avancée majeure dans le sens de l’affirmation de la laïcité de l’État, enfin reconnue comme un principe fondamental du Québec, découlant d’un parcours historique spécifique de la nation québécoise. C’est une loi de progrès social qui, une fois la déferlante passée, fera du Québec un modèle en Amérique du Nord en matière de laïcité, comme il l’a été en matière de protection sociale et d’éducation. »</p><p style="text-align: justify;">« Si les opposants au projet de loi 21 (PL 21) s’inquiétaient de la liberté, ils se soucieraient davantage du conditionnement exercé sur des enfants emprisonnés dans des cadres religieux contraignants. Que prévoit-on pour défendre la liberté des enfants de certaines communautés évangéliques à dérives sectaires, de familles pratiquant un islam rigoriste qui voilent les fillettes avant même l’âge de la puberté, ou de certaines communautés juives hassidiques privées d’une éducation convenable ? Au-delà d’une école publique laïque, cette question soulève aussi celle des écoles privées confessionnelles. Que propose-t-on pour éviter que des règles religieuses n’érodent les valeurs d’égalité et de liberté des femmes ? La moindre des choses serait de s’assurer que des accommodements religieux ne puissent être accordés s’ils ne respectent pas le droit à l’égalité des femmes. Or, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ), celle-là même qui devrait constituer un rempart contre tout recul des droits individuels et collectifs, <a href="http://www.cdpdj.qc.ca/Publications/memoire_PL_62_neutralite_religieuse_Etat.pdf" target="_blank" rel="noopener">s’est opposée à une telle mention d’égalité femme-homme comme critère devant être respecté lors du traitement d’une demande d’un accommodement religieux</a>. Quelle liberté défend, au juste, la CDPDJ ? Lors de son audition pour le PL 21, Fatima Houda-Pepin a rappelé la décision prise par une école de Montréal, en 2011, d’accommoder les parents intégristes d’une petite fille de maternelle faisant valoir que l’islam ne permettait pas la musique. Des responsables de cette école ont accepté d’équiper la petite fille d’une coquille antibruit pour qu’elle ne puisse pas entendre les chants de ses petits camarades ! Réalise-t-on l’odieux de cette décision ? La CDPDJ s’est-elle insurgée contre l’atteinte au droit à l’égalité de cette petite fille ? Au contraire, il semble bien que cette privation ait été vue comme acceptable au nom de la liberté de religion des parents. Visiblement, le droit des enfants à la liberté ne fait pas partie des priorités de la CDPDJ ni de la Commission canadienne des droits de la personne (CCDP) qui illustre son rapport 2018 avec la photo d’une fillette voilée, le poing levé ! À force de fermer les yeux sur la réalité de l’intégrisme religieux, on se rend coupable de complicité avec les adversaires des libertés individuelles, et de négligence à l’égard des enfants. À force de tolérer l’intolérable, on « pave de bonnes intentions l’enfer des autres », pour reprendre les mots de Chahdortt Djavann, une femme qui a subi le régime islamique d’Iran. Cessons de tordre le sens des mots. La liberté recherchée est celle qui brise les chaînes, qui fait avancer les droits collectifs, l’égalité des femmes, celle qui mène à l’épanouissement des enfants. Tant que des règles religieuses peuvent s’immiscer dans la gestion de l’État, les femmes ne sont pas à l’abri de voir s’éroder leurs droits et leurs libertés. Quant aux enfants, la protection de leurs droits fondamentaux, et notamment leur droit à l’éducation et à la liberté de conscience, devrait être la priorité de toute société développée. Ces droits devraient primer sur ceux des enseignantes et des enseignants à afficher leurs signes religieux. Telle que définie dans le PL 21, la laïcité ne brime aucune liberté. Au contraire, elle permet de garantir l’égalité et la liberté de conscience et de religion de tous les citoyens. La laïcité est un grand pas vers la liberté et l’émancipation. »</p><p style="text-align: justify;">Islamophobie :</p><p style="text-align: justify;">« le terme «islamophobie» est utilisé à outrance pour justifier la censure ou à des fins politiques et entretient un discours victimaire qui ne contribue pas à améliorer le sort des musulmans. (…) Il s’agit de prendre les bons moyens pour instaurer un dialogue sain entre les citoyens. Or, miser sur la culpabilisation et les accusations d’islamophobie n’est pas, à mon avis, la bonne façon d’y parvenir, et contribue plutôt à nourrir les extrêmes. (…) Les études statistiques et les sondages montrent que le Québec ne se distingue pas du reste du Canada par un excès de xénophobie, mais que ce sont les religions et les signes religieux qui sont les moins bien acceptés au Québec. Cela confirme l’attachement des Québécois au modèle de laïcité qui a émergé à la Révolution tranquille. L’église catholique a alors accepté d’abandonner ses privilèges, et de retirer les croix et les habits religieux des institutions publiques dont les écoles et le système de santé, dans l’objectif de s’ouvrir à la diversité des autres religions et des non-croyants. (…) L’islamophobie, et maintenant le «négationnisme», sont utilisés comme des mots matraque diffamatoires assenés pour disqualifier l’adversaire. La diversité des points de vue dans la sérénité et le respect, voilà l’essentiel pour débattre de la laïcité et du vivre ensemble. «</p><p style="text-align: justify;">« Nous tenons à réagir sur l’utilisation erronée, abusive et non-fondée de ce terme (islamophobie). On lui doit l’une des confusions sémantiques et politiques  les plus graves de notre époque : faire croire que résister au fanatisme relève du racisme. Or, c’est un concept fumeux, qui a été créé pour limiter toute vigilance envers l’islamisme et intimider ceux qui critiquent cette idéologie.  Plutôt que de s’en prendre à ceux qui ont peur de l’islam, il faudrait se tenir debout devant ceux qui créent cette peur, ceux qui manipulent la démocratie, qui utilisent les chartes du Canada pour faire avancer leur projet d’islam politique. Il n’est pas difficile de voir que les femmes en niqab font partie de cette catégorie de citoyens qui provoquent les institutions du Québec et du Canada. Au Québec, ce sont les islamistes qui se disent victimes de rejet, qui refusent le mode de vie de la société d’accueil et culpabilisent toutes celles et tous ceux qui refusent leurs règles et qui critiquent leurs pratiques d’un autre temps. Ce sont eux, pas nous, pourtant provenant de la même sphère culturelle et religieuse, qui se disent victime d’islamophobie. La majorité des musulmans est victime collatérale, mais directe, de ce concept d’islamophobie. »</p><p style="text-align: justify;">Canada, diversité et inclusion :</p><p style="text-align: justify;">« les Jeux olympiques de PyeongChang et le voyage de Justin Trudeau en Inde ont occupé l’espace médiatique pendant deux semaines. Ils ont été l’occasion de promouvoir les valeurs canadiennes, notamment celles de diversité et d’inclusion, à travers un étalage de costumes et d’apparats religieux. Mais que veut-on inclure au juste ? Les costumes ou les idées qu’ils véhiculent ? « Parce qu’en lui montrant les raisons de notre fierté, le monde comprendra la valeur de nos valeurs », clame une publicité d’Air Canada faisant partie d’une campagne publicitaire diffusée par la chaîne d’État pendant les Jeux olympiques. Et pour montrer nos valeurs de diversité, une multinationale n’a pas hésité à inventer, pour l’occasion, une patineuse artistique en collant, paillettes et hijab. Dans une autre publicité de Canadian Tire, c’est une équipe de filles de hockey cosom portant le hijab qui est en vedette, et on leur lance « Beaucoup de filles vont s’inspirer de vous » ! Le voile (hijab) vient-il officiellement de faire son entrée comme valeur canadienne ? À moins qu’il ne serve d’affichage au multiculturalisme canadien, sans se soucier de l’idéologie qu’il véhicule. L’inclusion implique-t-elle de faire l’impasse sur les idées derrière les signes religieux ? Les déboires de Trudeau en Inde montrent les limites de cette approche. Avec sa famille en costumes locaux et sa garde rapprochée en turbans sikhs, le premier ministre pensait probablement contribuer à exporter les valeurs canadiennes. Or, ses hôtes indiens ont perçu un tout autre message, y voyant une proximité avec des mouvements intégristes sikhs proches des séparatistes du Pendjab. Tout comme pour le turban sikh, on ne peut ignorer la portée idéologique du voile. Il est associé à la mouvance de l’islam politique. On aura beau le détourner de son sens et accuser d’islamophobie tous ceux qui en font la critique, le lien entre le voile et l’intégrisme islamiste ne disparaîtra pas pour autant. Au Québec, le Directeur général des élections vient de permettre le port du voile et du turban pour les photos des candidats, sans qu’aucun parlementaire ne s’attarde à la question. Pourtant, cela revient à balayer du revers de la main tout le débat sur la neutralité religieuse de l’Assemblée nationale. Le voile est de plus en plus présent dans nos écoles sans que le milieu scolaire ne s’en préoccupe. Pourtant, cela revient à mettre la hache dans le processus de sécularisation du système d’éducation amorcé au Québec depuis la Révolution tranquille. Il est présent dans tous les documents et reportages ayant trait à la diversité, ce qui revient à le considérer comme marqueur de l’ethnicité des musulmanes. Un reportage de Radio-Canada du 26 février consacré à une avocate musulmane voilée illustre bien ce fait. Céline Galipeau y parle avec emphase d’une « citoyenne engagée portant avec fierté le flambeau de ceux qui, comme elle, revendiquent une identité multiple ». Les femmes musulmanes non voilées, auxquelles Radio-Canada n’a encore consacré aucun reportage sur la base de l’identité, seraient-elles porteuses de moins de fierté ? De toute évidence, le message d’inclusion les exclut. Dans la foulée du voyage de Trudeau en Inde, le chroniqueur indien Ajit Datta écrit ceci en lien avec l’intégrisme sikh : « Je me fiche bien que le leader du Canada veuille conduire son pays à sa perte. Mais lorsque cela affecte mon propre pays, je trace la ligne. » C’est la même indignation que je ressens devant cette promotion du voile. Il est scandaleux que le besoin d’affichage d’un multiculturalisme folklorisé se fasse au détriment de femmes et de filles que l’on abandonne à des pratiques discriminatoires. On me parlera de la liberté de se voiler. Je me contenterai ici d’évoquer mon expérience personnelle. Dans les années 1980 en Tunisie, la seule fille voilée de ma promotion, au début du secondaire, nous expliquait que celles qui ne le portaient pas seraient suspendues par les lèvres en enfer. J’ai alors failli céder au « libre choix du voile ». Quant aux arguments voulant que l’inclusion du voile dans toutes les sphères de l’État favoriserait l’intégration et sa disparition à long terme, ils ne s’appuient sur aucune étude probante. C’est plutôt le contraire qui est observé. Selon un sondage de l’Environics Institute de 2016, la moitié des musulmanes du Canada portent le voile, alors que 10 ans plutôt elles n’étaient que 42 % à le porter. À l’heure où des Iraniennes sont emprisonnées parce qu’elles retirent leur voile, c’est une femme voilée qui sert d’illustration à l’égalité dans une campagne fédérale pour célébrer le 8 mars ! Cette propagande provoile est inacceptable. Il ne s’agit pas de « faire la chasse au voile », comme le dit Gabriel Nadeau-Dubois, mais bien d’en mesurer les conséquences sur les femmes et d’avoir le courage d’aborder, de front, le sujet des signes religieux dans les institutions de l’État. »</p><p style="text-align: justify;">EXTRAITS DE :</p>
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	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/774/nous-enseignants-refusons-la-recuperation-de-nos-combats-par-eric-zemmour</guid>
	<pubDate>Sun, 14 Nov 2021 19:40:42 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/774/nous-enseignants-refusons-la-recuperation-de-nos-combats-par-eric-zemmour</link>
	<title><![CDATA[Nous, enseignants, refusons la récupération de nos combats par Éric Zemmour.]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Parce que nous sommes ou avons été enseignants, pour une partie d’entre nous en poste dans des établissements dits sensibles, que nous avons été parmi ceux qui alertent depuis deux décennies sur la fracture scolaire aggravant les inégalités sociales et enracinant les conflictualités identitaires, que nous avons témoigné depuis longtemps du danger du prosélytisme islamiste auprès de nos élèves et de ses répercussions au-delà de l’école, que nous avons appelé à une réforme profonde de la formation des enseignants libérée d’une approche pédagogiste qui dessert d’abord les catégories populaires : nous refusons la récupération idéologique de nos combats républicains à des fins électoralistes par Éric Zemmour.</p><p>Parce que nous ne sommes pas des enseignants fatalistes, ni déclinistes, qui souhaiteraient jeter au feu l’école de la République, que nous n’avons aucune intention de laisser des idéologues imposer leur lecture biaisée de l’histoire, que nous refusons de traiter nos élèves au regard de leurs origines ethniques ou religieuses pour les « christianiser » (car ce serait la voie de l’assimilation à la ­civilisation judéo-chrétienne et gréco-latine !) ou, au contraire, les enfermer dans leurs particularismes (car c’est la voie du différentialisme se disant progressiste), que nous aspirons à une école intellectuellement exigeante, clé de l’ascension sociale bloquée depuis plus de trois décennies : nous refusons le projet identitariste porté par Éric Zemmour, qui entend faire de l’école le laboratoire d’une réinitialisation des esprits en remplaçant une idéologie néfaste par une autre, aussi dangereuse pour l’unité nationale.</p>
<p>Instrumentalisation</p>
<p>En tant qu’enseignants, nous ne pouvons accepter l’instrumentalisation du désarroi des Français à l’égard des difficultés que rencontre notre système scolaire. Aussi alimentée par la descente sociale des enseignants mal rémunérés donc déconsidérés dans une société libérale qui met en équivalence salaire et valeur sociale, cette crise de l’école ne doit pas être le prétexte pour accepter le reformatage identitaire voulu par Éric Zemmour et ses partisans. Parce qu’il sait ce qui fonde l’identité du peuple en France, il a compris – comme ses adversaires de l’autre extrême – qu’en imposant la réécriture du récit national à l’école s’il accédait au pouvoir il pouvait changer notre modèle de citoyenneté.</p><p>Or, parce que l’école souffre déjà du poids pris par certaines idéologies qui éloignent trop de nos élèves de la culture, de l’art, de la littérature, des sciences, nous ne voulons pas qu’un effet de balancier conduise au pire. Éric Zemmour doit savoir que si, aujourd’hui, de nombreux enseignants s’arrangent avec les programmes scolaires et leurs insuffisances pour transmettre à leurs élèves, malgré tout, des savoirs et connaissances de qualité, nous lui disons qu’ils seront l’immense majorité à s’opposer à ses directives idéologiques.</p><p>Il doit savoir, avant de se lancer en campagne, que les enseignants de France refuseront d’enseigner que Pétain aurait sauvé les juifs français, que de Gaulle aurait été un maurrassien dans l’âme, allié tacite de Pétain, qu’il n’existerait pas de consensus historique sur l’innocence de Dreyfus, que Maurice Papon « fut la victime de combats qui le dépassaient » et que son procès aurait eu pour but de satisfaire « le mea culpa qu’exigent Serge Klarsfeld et ce que Mitterrand n’hésite pas d’appeler le lobby juif », que l’islam et l’islamisme seraient synonymes, que « l’appétit sexuel des hommes va de pair avec le pouvoir ; [que] les femmes sont le but et le butin de tout homme doué qui aspire à grimper dans la société » qu’un obscur rappeur raciste serait « le Rouget de Lisle de la contre-colonisation ».</p><p>Si nous refusons l’histoire revue et corrigée par le wokisme à la française qui tente d’infuser l’école, ce n’est pas pour que Jacques Bainville devienne l’historien de référence de nos élèves. Nous ne prônons pas un juste milieu tiède sans saveur et sans ambition pour les catégories populaires et les classes moyennes que l’institution continue souvent de trahir en mentant sur le niveau réel de leurs enfants à l’issue de leur scolarité. Nous espérons une réforme structurelle profonde de l’école de la République, non pour restaurer l’école de Jules Ferry de 1880, ses plumiers à encre et ses blouses dans des classes non mixtes, mais pour restaurer l’esprit émancipateur par les savoirs de cette école publique, oublié depuis que l’ultralibéralisme et le management constituent le logiciel de nos élites dirigeantes.</p>
<p>Vers l’émancipation</p>
<p>Cette émancipation résulte de la possession d’un capital culturel commun dont sont privés trop de nos élèves, enfermés de facto dans des identités sociales et culturelles, flattés parfois par l’institution scolaire elle-même dans la médiocrité de leur référentiel Instagram. Nous pensons que l’enseignement laïque, indifférent aux appartenances et croyances identitaires et religieuses des élèves et de leurs familles, est la seule voie de l’émancipation. Si cette laïcité n’a pas d’adjectif pour en minorer l’ambition et la portée, elle n’est pas non plus un instrument pour « christianiser les musulmans » comme l’a expliqué le polémiste-candidat. L’enseignant laïque n’est pas un missionnaire, il ne prêche pas un credo.</p><p>Le professeur transmet à son élève les moyens intellectuels de penser au-delà de lui-même, pour penser par lui-même quand il sera adulte. Il lui offre les moyens de choisir entre la liberté d’être soi et l’enfermement communautaire. La laïcité est une voie étroite et difficile. La pratique au jour le jour de notre métier n’est pas un sacerdoce mais une ambition pour éviter la dislocation de la nation qu’Éric Zemmour accélère par la violence de ses propos. La laïcité est une voie étroite à une époque où l’hystérie identitariste hurle de tous côtés, chacun annonçant son apocalypse, chacun implorant son prophète ou son sauveur. Les enseignants attachés à la laïcité ne croient pas aux miracles. L’école de la République est celle de la nation française, elle n’a honte ni de son histoire, ni de ses écrivains, ni de ses artistes. Elle aurait honte en revanche de devenir le creuset d’un roman national porté par des nostalgiques de la contre-révolution et de la Révolution nationale.</p><p>À LIRE AUSSI : <a href="https://www.marianne.net/agora/les-signatures-de-marianne/eric-zemmour-ou-le-bricolage-de-l-histoire">Éric Zemmour ou le bricolage de l'Histoire</a></p><p>***</p><p>Signataires :Fatiha Agag-Boudjhalat (professeur d’histoire-géographie), Isabelle Barberis (professeur de français, maître de conférences en arts de la scène université Paris Diderot), Béatrice Benabbes (professeur d’espagnol), Peter Bernhard (professeur d’allemand université Toulouse I), Jean-Paul Brighelli (professeur de lettres modernes en classes préparatoires), Sylvie Catellin (professeur en sciences de l’information et de la communication, maître de conférences à l’université de Versailles - Saint-Quentin), Mélanie Déchalotte (professeur de lettres modernes), Gilles Denis (professeur d’histoire de la biologie, maître de conférences université de Lille), Arnaud Fabre (professeur de lettres classiques), Alexandre François (professeur de linguistique CNRS, ENS, Sorbonne Nouvelle), Nadia Geerts (professeur de philosophie en disponibilité), Héloïse Geraut (professeur d’italien), Delphine Girard (professeur de lettres classiques, cofondatrice de Vigilance Collèges Lycées), Nicolas Gliere (professeur de lettres modernes), Marion Guardelli (professeur d’anglais), Éric Guichard (professeur de philosophie ENS Lyon, CNRS), Sophie Harif (professeur d’anglais), Fayçal Jellil (professeur d’économie-gestion), Barbara Lefebvre (professeur d’histoire-géographie en disponibilité), Alexandre Lomond (professeur d’histoire-géographie), Anne Lorenzini (professeur d’anglais), Laurent Loty (professeur de lettres modernes, CNRS, Sorbonne université), Daniele Manesse (professeur émérite en sciences du langage), Céline Masson (professeur de psychologie), Adel Mtimet (professeur de philosophie), Gérald Panczer (professeur de physique, université Lyon 1), Judith Perez (professeur de lettres classiques), François de Sauza (professeur d’histoire-géographie, cofondateur de Vigilance Collèges Lycées), Laure Schmittel (professeur d’histoire-géographie), Claude Secroun (professeur d’informatique), Véronique Tacquin (professeur de lettres modernes en classes préparatoires), Laurent Toussaint (professeur d’économie, Montpellier Business School), Olivier Verdun (professeur de philosophie), Philippe Zard (professeur de littérature comparée, Paris X Nanterre).</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
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	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/773/daniel-corwin-repond-a-barbara-lefebvre-zemmour-a-cheval-donne-on-ne-regarde-pas-les-dents</guid>
	<pubDate>Sun, 14 Nov 2021 19:39:09 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Daniel Corwin répond à Barbara Lefebvre: Zemmour? À cheval donné on ne regarde pas les dents]]></title>
	<description><![CDATA[<p>En réponse à la Tribune de Barbara Lefebvre publié le 4/11 par Marianne sous le titre “Nous, enseignants, refusons la récupération de nos combats par Éric Zemmour” et signée – dans l’urgence – par de nombreux enseignants,  <a href="https://www.marianne.net/agora/tribunes-libres/nous-enseignants-refusons-la-recuperation-de-nos-combats-par-eric-zemmour">https://www.marianne.net/agora/tribunes-libres/nous-enseignants-refusons-la-recuperation-de-nos-combats-par-eric-zemmour</a></p><p>Daniel Corwin répond :</p>
<p>Ma réponse à Barbara Lefebvre et aux autres signataires, que je salue</p>
<p>À mon sens il y a deux volets.</p><p>Le premier, c’est que le sursaut qu’on n’osait plus espérer est comme un chevauchement tectonique : moins explosif rien ne se passait, et pour que le mur du son soit miraculeusement franchi, l’énergie derrière est fulgurante, pleine d’excès.</p>
<p>Il n’est plus temps de philosopher, mais d’agir</p>
<p>Je suis de ceux qui détestent les sorties d’Éric Zemmour sur Pétain, les Sandler, Dreyfus. Les visages de Myriam Monsonego, d’Arieh et Gabriel Sandler sont à jamais imprimés dans ma rétine, et en débordent régulièrement.</p><p>Et pourtant et même si son choix de poulain diverge, Richard Malka le disait il y a quelques jours aux prix de la Laïcité : il n’est plus temps de philosopher, mais d’agir.</p><p>Pour empêcher d’autres enfants de connaître le même sort. D’être condamnés à être des proies, ou des loups de moins en moins solitaires. Ou tout simplement de finir dans le fanatisme de la wokitude, “troisième glaciation intellectuelle” comme l’appelle Jacques Julliard, antichambre d’autres fanatismes bien pires.</p><p>Éric Zemmour a des sorties de route qui, si elles venaient de quiconque d’autre, me verraient l’ignorer à jamais.Ne dit-on pas que les plus grandes qualités, on ne les trouve jamais chez ceux qui n’ont aucun défaut ?</p><p>J’aurais aimé qu’il n’ait que ses prodigieuses qualités. Et aucun de ces défauts qui laissent un goût si amer.</p><p>Pourtant je ne vois personne d’autre pourfendre comme lui un demi siècle de léthargie enkystée, institutionnalisée, komsomolisée sur nos yeux et nos oreilles.</p><p>Quelqu’un qui a osé parler de l’éléphant dans la pièce avec une telle conviction, une telle force, qu’en relevant la tête de millions de gens il libère la parole jusqu’au PS.</p><p>D’autres l’ont fait, chacun a posé sa pierre à l’édifice. Les signataires de cette tribune n’ont de leçons de courage et d’engagement à recevoir de personne. Mais ils, elles, sont chaque jours plus isolés, méprisés par la hiérarchie et les collègues, voire diffamés, et déconsidérés par nombre de journaux.</p><p>Et bien souvent ce courage laïque se conjugue au féminin. Ils, elles, sont héroïques.</p>
<p>Le roi est nu</p>
<p>Mais avec celui dont la France entière connaît le visage depuis le tournant du siècle, il se passe autre chose : enfin on le dit haut et fort, le roi est nu.</p><p>Enfin la population regarde les choses en face et relève la tête. Et ceux qui dissertent à longueur d’antenne sur les habits neufs de l’empereur, ceux qui quand la température monte accusent le thermomètre, sont ce qu’en addictologie on appelle des “enablers”.</p><p>Des figurants d’un théâtre d’ombres, qui par leur inaction ou leurs encouragements poussent à reprendre une dose de ce qui vous tue lentement mais sûrement.</p><p>“Ceux qui de leurs mains, de leurs bouches ou de leurs yeux”, disait Jaurès, “applaudissent les huées fanatiques, laissent passer le mensonge triomphant. Le courage c’est de chercher la vérité et la dire”… On en avait oublié le goût. Oh, pas dans nos cercles, certainement pas.</p><p>Mais pour des millions de nos concitoyens condamnés à raser les murs dans l’ombre, c’est l’arrivée des secours. La lumière au bout du tunnel, enfin. L’espoir.</p><p>Y a-t-il quelqu’un d’autre porteur de la même énergie, mais sans les scories? A-t-on le temps ? Les jeunes qui avaient dix ans lors de l’attentat de Charlie sont déjà majoritairement anti Charlie.</p><p>Nous ne sommes qu’à T + 6 ans.</p><p>Qu’en sera-t-il en 2027 ?</p><p>Ensuite, parler de “prosélytisme islamiste” est un doux euphémisme pour ce à quoi sont confrontées les personnes les plus vulnérables qui soient dans la société : les enfants.</p><p>Ils voient très vite qui a la puissance et l’impunité, et qui est démuni et est sommé de s’excuser – ou pire, qui parmi les adultes hausse les épaules et détourne le regard ; c’est à dire, qui les trahit, eux, leur détresse, leur avenir, leur survie même.</p><p>À nouveau, nos signataires se démènent, restent à la barre malgré la tempête et l’indifférence.</p>
<p>La lame de fond est là</p>
<p>Mais, justement, la lame de fond est là. Dans un début de siècle où le monde adulte trouve toujours un prétexte pour se défausser de Mila, de Samuel Paty, de Fatiha Agag Boudjahlat, de Didier Lemaire, de Bernard Ravet ou, pour ceux qui connaissent des “anonymes”, pour se défausser des enseignants confrontés aux violences et intimidations superbement ignorées par les CPE et autres proviseurs et souvent le reste de la salle des profs.</p><p>Et dans un monde où on pourrait transposer le dicton juif : deux laïques, trois opinions.</p><p>Les enfants sont livrés à eux-mêmes et n’ont d’autre choix que d’adopter les codes de la meute plutôt que d’être dévorés par elle.</p>
<p>Egalité et Fraternité sont inopérants. 404 not found</p>
<p>Dans le monde réel la laïcité tout comme les grands mots de liberté, égalité et fraternité sont inopérants, 404 not found.</p><p>Elle est nécessaire, plus que jamais, mais pas suffisante. Et dans le monde réel elle est la victime de tous les accommodements que les insensés croient raisonnables, à commencer par un hommage à Samuel Paty qui aura été relégué au rang d’option.</p><p>Pas de vagues. Sauf la démographique, bien entendu.</p><p>Et on n’arrête pas un tsunami avec des maîtres nageurs. Aussi courageux soient-ils. Surtout quand ils sont chaque jour plus isolés pour sauver l’honneur, chaque jour accusés d’être “haineux”, “rageux”, “racistes”.</p><p>Injuriés, frappés, tiktokés par ceux-là même à qui ils ont consacré leur vie. Bien souvent – et je suis moi-même métis et fils d’une telle prof de français quelque part à l’étranger – ils sont les premiers serviteurs d’une égalité et d’une fraternité dans lesquelles, comme l’a incanté Bob Marley reprenant le célèbre mot d’Haïlé Sélassié, l’idéal est “colorblind” : aveugle aux couleurs.</p><p>Contrairement aux obsédés de la race qui eux, gagnent chaque jour du terrain, chaque jour mille gamins.</p><p>Or le rouleau compresseur islamiste/ indigéniste qui s’empare des esprits dès la cour d’école primaire, est une identité incroyablement forte. Partout où elle passe, à coups de punchlines chantées ou prêchées, à coups de coups de poings, l’herbe trépasse.</p><p>Or la nature a horreur du vide.</p><p>Si en face pour nos enfants il n’y a que des slogans désertés, issus de bribes d’éléments de langage de colloques grisonnants timidement bredouillés – sauf par quelques champions et championnes qui font immédiatement la une des journaux tant ils sont menacés – il se passe ce qui se passe partout, dans tous les milieux, exponentiellement. Et dans ce véritable entonnoir collectif qui engloutit nos destins et pèse sur nos têtes, même des enfants juifs en viennent à reprocher à leurs parents d’être juifs.</p><p>Le Point avait interrogé les camarades de classe de Mila. C’est de l’un d’eux que l’appel au lynchage était parti. “Elle a eu ce qu’elle a cherché, elle devait s’y attendre, lâche un petit blond en reniflant. Il y a 70 % de musulmans ici, ça ne pouvait pas bien se passer.”</p><p>Soit les enfants apprennent à dénoncer, à défoncer les Mila, les Samuel Paty passés présents et futurs, soit ils sont marginalisés en pleine adolescence, harcelés, en viennent à se suicider.</p><p>Il faut donc du système D en contrefeu pour contrer cet incendie. Une identité forte.</p><p>Est-ce idéal ? Non.</p><p>Des dérives sont-elles possibles ? Oui.</p>
<p>À cheval donné on ne regarde pas les dents</p>
<p>Il fallait que ça bouge avant. L’immeuble est en flammes. On a le choix entre la certitude de finir calcinés, ou risquer de se casser une jambe en sautant vers le tremplin des pompiers.Il ne fallait pas jouer avec le feu avant. Plus le choix. À cheval donné on ne regarde pas les dents.</p><p>Et si quelqu’un peut mobiliser aussi fort et mieux, qu’il ou elle s’avance.</p><p>Quant à Eric Zemmour dont je salue le courage qui va jusqu’à un courage physique hors normes, j’espère qu’il saura se départir de son “plaisir aristocratique de déplaire” au fur et à mesure que la pression woke et de défrancisation baissera, n’étant a minima plus dopée par les institutions. Peut-être saura-t-il mettre de l’eau dans son vin. Peut-être pas.</p><p>Mais si on ne sonne pas immédiatement la fin de la récré…</p><p>Des amis ont vécu l’arrivée du Front Islamique du Salut, d’autres, celle du Hezbollah. Ils sont pétrifiés de revivre tout cela. En France. Maintenant.</p><p>© Daniel Corwin</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Sun, 14 Nov 2021 18:47:47 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Derrière la crise entre l&#039;UE et la Pologne, la revanche du politique sur le juridique]]></title>
	<description><![CDATA[<p>

 12h45 , le 12 novembre 2021, modifié à 12h48 , le 12 novembre 2021</p><p>La décision du Tribunal constitutionnel polonais selon laquelle la Constitution nationale doit primer sur le droit européen est apparue comme un coup de semonce porté à l'édifice juridique européen et a déclenché une série de débats. La hiérarchie des normes semblait acquise à partir du moment où un État adhérait à ce nœud de traités qu'est l'Union européenne (UE) : le droit national en conflit avec le droit européen devait céder. La Cour de justice de l'Union (CJUE) était la gardienne scrupuleuse de la solidité des liens juridiques unissant les différentes composantes de cet ensemble. Mais en revenant sur ce postulat, le Tribunal polonais a pris une décision très politique.</p><p>Celle-ci est apparue d'autant plus choquante aux yeux des observateurs que le gouvernement de Varsovie est considéré par plus d'un comme autoritaire et malmenant l'État de droit.</p><p>Le débat possible sur les rapports entre le droit national et le droit européen a donc été rendu inaudible, car il a été placé à des niveaux qui faisaient de la discussion quelque chose d'impossible à tolérer. Pour certains, l'affaire était trop grave : l'État de droit, et même l'avenir de l'Union étaient en jeu. La décision polonaise devait donc absolument être révisée.</p><p>La question devenait dès lors "comment faire plier ce gouvernement?" Or, comme la capacité de l'Union à faire appliquer certaines de ses décisions est aussi puissante que celle de la Société des Nations en son temps, c'est-à-dire nulle, il n'y avait que l'arme économique et celle des fonds promis au titre du plan de relance "EU Next generation" qui pouvaient peut-être faire plier Varsovie.</p><p>Que l'Union doive recourir à pareille menace en dit long sur l'état de dégradation des rapports politiques en son sein.</p><p>Pour d'autres, acquis à un certain souverainisme et prêts à oublier les atteintes à l'État de droit orchestrées par le gouvernement polonais, la Pologne était libre de ses choix, et c'est le droit européen qui devait céder. Peu importe la nature des décisions prises, la démocratie impliquait un renversement dans la hiérarchie des normes.</p><p>Le débat impossible prend ainsi une nouvelle fois place, avec l'opposition supposée entre, d'un côté, le camp du droit et du bien et de l'autre, le camp du souverainisme arc-bouté, nationaliste et, dans le fond, condamnable. La pensée binaire avait encore une fois frappé.</p><p>L'UE est pétrie de paradoxes : projet politique, elle s'est construite sur la méfiance envers le politique et a voulu le museler par le droit et l'économique.</p><p>Désormais, le politique revient à la charge sous différentes formes, illustrant à sa manière la théorie du frigo de Jacques Rupnik. Ce dernier, en analysant l'éclatement du fédéralisme yougoslave, l'expliquait par des conflits conservés au réfrigérateur pendant l'ère de Tito, mais au prix d'un pourrissement inquiétant. L'Union européenne, sans basculer dans la guerre civile, expérimente elle aussi les retours d'un politique trop longtemps endigué.</p>
<p>Le politique saisi par le droit</p>
<p>Le projet européen se voulait un projet politique dont l'arc allait du rétablissement de la paix sur le continent à la lutte contre le communisme.</p><p>Il est l'enfant de l'Europe vaticane des années 1950, un projet chrétien-démocrate qui s'est pensé aussi bien contre le keynésianisme que contre le socialisme et, surtout, le communisme.</p><p>Le projet était très largement fondé sur l'idée que des solidarités successives de nature économique débordant sur d'autres domaines donneraient naissance à quelque chose d'hybride qui ne serait ni État-nation, ni Empire, mais une sorte de fédération des nations.</p><p>En réalité, le projet s'est construit sur la méfiance à l'égard du politique, visant à l'enserrer, le limiter et le placer sous la férule du marché et du droit (lois budgétaires encadrées, gestion de la monnaie confiée à une banque centrale indépendante, ordre juridique émanant de la concurrence libre et non faussée…). Le politique étant assimilé à la guerre, au nationalisme ou encore aux préjugés, il ne pouvait qu'inspirer la défiance.</p><p>Mais il ne s'est pas seulement agi de l'encadrer. Il s'est aussi agi de se substituer à lui, et d'imaginer ses intentions. C'est ici que la CJUE entre en scène, comme je l'indique dans mon livre : sa méthode d'interprétation du droit poursuit des objectifs de nature politique. Elle considère que le droit ne doit pas être strictement appliqué, mais appréhendé de façon extensive, dans le cadre des objectifs implicites contenus dans les traités : en cas de litige, l'interprétation du droit doit toujours privilégier un supposé "esprit des traités", impliquant le renforcement de l'intégration supranationale.</p><p>Les prérogatives accordées au juge lui donnent donc un pouvoir presque constituant, puisqu'il lui appartient de combler les lacunes supposées du droit communautaire.</p><p>On voit donc bien là comment le juridique est censé guider et soumettre le politique.</p>
<p>L'UE ou l'art du paradoxe : défense de l'État de droit et méfiance à l'égard de la démocratie</p>
<p>La méfiance à l'égard du politique s'est parfois transformée en dérive antidémocratique. Cela, moins pour les raisons habituellement évoquées (Parlement européen faiblement doté de pouvoirs, technocratie omnipotente) que du fait d'une sorte de suspicion de la part des autorités européennes vis-à-vis de ce qui pouvait sortir des urnes nationales.</p><p>L'élection d'Alexis Tsípras en Grèce avait ainsi été accueillie par la surprenante sortie de Jean-Claude Juncker, l'ancien président de la Commission européenne, qui avait affirmé qu'"il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens".</p><p>L'UE, qui se veut le parangon de l'État de droit, exige son respect de la part des nations européennes pour obtenir une adhésion ou, pour ses membres, des fonds dans le cadre de son plan de relance. Mais, dans le même temps, elle n'hésite pas à vider la démocratie de l'intérieur ou en rend l'exercice compliqué.</p><p>Il faut se souvenir combien, dans les pays du Sud durant les années 2011 et suivantes, il a été difficile de former des majorités, car les choix des citoyens risquaient d'être incompatibles avec les règles européennes. Que l'on se remémore, à cet égard, la difficile accession du bloc des gauches au Portugal, le fonctionnement récent de la démocratie espagnole ou les nouveaux rôles des présidents italiens, comme Giorgio Napolitano ou Sergio Matarella, grands ordonnateurs de gouvernements européistes.</p>
<p>Le paradoxe économique : quand l’économique capture le politique</p>
<p>L'autre paradoxe vient de l'économie. Cette dernière devait donner naissance à du politique, mais le marché a finalement capturé le politique.</p><p>Les politiques économiques non coopératives l'ont emporté, et la recherche de la compétitivité a fait oublier que l'Union européenne était, au départ, une communauté de partenaires et pas uniquement de concurrents.</p><p>La logique de la libre circulation des capitaux et l'affirmation de la logique concurrentielle ont autonomisé la sphère économique, qui est devenue centrale dans le projet européen. L'objectif désormais était la mise en œuvre de réformes structurelles affectant la protection sociale et le marché du travail. De plus en plus de domaines économiques, comme la politique commerciale, sont ainsi soustraits de la délibération collective.</p><p>En somme, les paradoxes traversant l'organisation juridique et économique de l'Union en font non seulement un lieu de développement des travers les plus inquiétants de la seconde mondialisation (la mondialisation financière, débutée à la fin des années 1970) à travers les possibilités de concurrence déloyale (dumping social et fiscal) qu'ils ouvrent, mais nourrissent aussi les contestations.</p><p>Cet arrière-plan met à mal certains piliers sur lesquels repose l'adhésion des citoyens à l'UE et participe à l'intensification de la fréquence à laquelle l'Union rencontre des crises depuis 2010 (la crise dite grecque, la crise migratoire, les tensions à l'est, etc.). Ce faisant, la contestation de l'ordre européen, ne pouvant s'opérer sur un terrain politique cadenassé, s'est déportée dans les domaines économique et juridique.</p><p>Que l'on songe déjà au Brexit : le Royaume-Uni avait fait du retour à la supériorité au droit britannique sur celui de l'Europe une pierre angulaire de sa sortie. Et dans l'ordre économique, les pays d'Europe centrale et orientale cédaient, ces dernières années, au contre-projet de mondialisation chinois, les nouvelles routes de la soie. Mais le politique prend désormais d'autres visages.</p>
<p>Les différents visages du retour du politique</p>
<p>Il y aurait tout un nuancier à explorer pour observer le retour du politique dans la contestation contre l'UE.</p><p>Il est revenu de manière inquiétante lors de la crise dite grecque, durant laquelle les préjugés à l'égard des pays du sud ont prospéré un peu partout. Le nationalisme que l'Europe avait combattu depuis sa création revenait sous la forme d'un racisme décomplexé. Souvenons-nous de certains titres de journaux allemands ou encore des sorties de l'ancien président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, parlant de la préférence des habitants du sud pour l'alcool et les femmes.</p><p>Mais le politique n'a pas cessé d'exister dans les pays forts et dominants du continent, comme l'Allemagne qui, d'une part, adhérait à l'ordre économique et juridique européen, mais, de l'autre, disposait d'une Cour constitutionnelle ne cédant pas d'un pouce sur la souveraineté allemande, exigeant que l'Allemagne puisse toujours décider par soi-même et pour soi-même.</p><p>La Pologne, sans détenir la même puissance - et peu importent ses motifs - voulait à son tour faire valoir la possibilité d'imposer son ordre juridique national et a porté la contestation là où le Royaume-Uni l'avait fait avant elle : sur le terrain du droit. En faisant prévaloir son droit sur celui de l'Europe, elle n'est pas le héraut de la démocratie retrouvée de demain qui reconquiert fièrement sa souveraineté, mais le signe supplémentaire de la décomposition d'un ordre européen fondé sur le droit et le marché.</p><p>La déconstruction européenne continuera d'emprunter les chemins du droit, d'autant plus que les sujets clés à venir sont à haute teneur juridique : gestion des flux migratoires, dumping social, fiscal, normes techniques, sanitaires, phytosanitaires. La Pologne poursuit le travail britannique et l'Union européenne n'a rien d'autre à offrir. Elle est en panne d'imaginaire et a montré que face aux enjeux de nos économies, elle apparaît confuse, contradictoire et exacerbe les tensions plus qu'elle ne parvient à les résoudre.</p><p>Cet article est republié à partir de <a href="https://theconversation.com">The Conversation</a> sous licence Creative Commons. Lire l’<a href="https://theconversation.com/crise-ue-pologne-le-retour-du-politique-170577">article original</a>.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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