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	<title><![CDATA[Signet Loupe: Février 2022]]></title>
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	<description><![CDATA[]]></description>
	
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	<pubDate>Mon, 28 Feb 2022 22:07:08 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Crise en Ukraine : victoire stratégique pour la Chine, danger pour l’Europe]]></title>
	<description><![CDATA[<p>La Russie a reconnu l’indépendance des territoires séparatistes du Donbass. Ses troupes sont prêtes à pénétrer sur le territoire ukrainien où déjà les Spetsnaz opèrent.</p><p>Je ne peux que condamner cette action contrevenant au respect de l’intégrité territoriale de l’Ukraine et au droit international, même si les précédents des référendums d’autodétermination de Bosnie-Herzégovine de 1992 et la déclaration d’indépendance du Kosovo, suivis de déploiements militaires par les USA ou l’OTAN servent de prétexte à la Russie.</p><p>On peut être étonné de l’impréparation de l’Occident, car l’offensive hybride russe est préparée de longue date : déploiement de troupes qui ont attiré l’attention, certes, mais avant attaques cyber clairement identifiées, déploiement d’agents provocateurs en Ukraine, distribution de 700000 passeports russes à des Ukrainiens d’origine russe (ce qui est en soit une invasion), vote au parlement russe d’une résolution reconnaissant l’indépendance des républiques autoproclamées de l’est de l’Ukraine, ballet diplomatique avec la Chine.</p><p>L’opération militaire en cours aurait pu être évitée si, dès 2014, l’OTAN et l’UE n’avaient pas encouragé l’éviction du président ukrainien démocratiquement élu ; si la Russie n’avait pas réagi à cette ingérence par l’annexion de la Crimée et le soutien aux revendications des séparatistes russophones du Donbass.</p><p>L’Ukraine aurait dû dès son indépendance en 1991 devenir neutre et fédérale, reconnaissant les droits de ses minorités russophone et tatare et adoptant le bilinguisme. Elle n’a en effet cessé de frôler des guerres civiles que la géographie des résultats électoraux prédisait.</p><p>Surtout l’extension sans fin de l’OTAN à l’est (dont celle, en cours de facto, à l’Ukraine), le refus de la mise en place d’une grande conférence sur la paix et la sécurité en Europe, le refus d’entendre le besoin de protection des minorités russes dans les pays de l’ex-URSS (près de 20 millions de Russes de l’étranger proche) et le refus du multilatéralisme au profit d’une hégémonie étasunienne dans les relations internationales ont été les facteurs d’une guerre froide larvée entre l’Occident et la Russie. Par ailleurs, la relance de la course aux armements initiée par les USA a été perçue à Moscou comme une menace : mise en place du « bouclier antimissile » en 2012, arrêt des discussions sur les accords New START (traité de réduction des armes stratégiques), sortie des USA du FNI (traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire) en 2020, ou encore sortie des USA du traité dit « ciel ouvert » en 2019 ont été autant d’étapes d’une escalade à laquelle l’Union européenne n’a fait qu’emboîter le pas. La Russie de son côté a renforcé ses dispositifs militaires, dont le plus grave a été le déploiement de missiles nucléaires de moyenne portée Iskander dans l’enclave de Kaliningrad en 2018.</p><p>Rien n’a été fait pour remédier à la montée des tensions, bien au contraire. Ainsi, aucune pression n’a été exercée en sept ans par l’UE pour que soient ratifiés par l’Ukraine les accords de Minsk, lesquels prévoyaient une autonomie des régions séparatistes dans les frontières ukrainiennes. Depuis 8 ans, la situation de guerre dans les régions de Louhansk et de Donetsk n’a donc pas été résorbée – 14000 êtres humains y ont trouvé la mort. Notons que l’Ukraine, malgré une armée de plus de 280000 soldats n’est absolument pas préparée pour tenir tête à l’armée russe. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky le sait fort bien – il faut dire qu’il a été sûrement, et paradoxalement, le plus sage des dirigeants européens ces dernières semaines, car il comprend le rapport de force réelle et que si celui-ci s’exacerbe, les rodomontades occidentales seront suivies de peu d’effets concrets sur le terrain. L’Ukraine a été utilisée comme prétexte à l’escalade, d’abord par la Russie, mais aussi par les Etats-Unis et pourrait être le pion sacrifié dont la conséquence serait un démembrement plus grave encore. La perte des deux républiques autoproclamées de l’est est un minimum presque acceptable. Plus grave serait l’extension de l’offensive jusqu’aux rives du Dniepr et la prise de la région de Marioupol qui permettrait à la Russie d’assurer une continuité territoriale avec la Crimée et qui est, je le crois, son objectif stratégique de long terme et dont elle se saisira immédiatement si les USA enjoignaient l’Ukraine à une riposte militaire.</p><p>La réalité, c’est que l’Ukraine est laissée à elle-même.</p><p>La France, elle, paie très cher les conséquences de son abandon manifeste de souveraineté nationale par son retour depuis 2009 dans le commandement intégré de l’OTAN. Emmanuel Macron ne peut à la fois être juge et partie en proposant des solutions de paix bienvenues d’un côté et en demeurant de l’autre soumis aux intérêts de l’OTAN et de l’UE. La voix d’une France souveraine, indépendante et non alignée aurait pu apporter une solution diplomatique ; elle aurait eu à tout le moins plus de crédit. Cela exige de cesser de suivre la ligne politique du clan des néoconservateurs et des faucons états-uniens pour qui l’OTAN et son extension permanente sont l’alpha et l’oméga d’une vision des Etats-Unis comme la « Nation utile » et donc hégémonique.</p><p>Aujourd’hui, les fauteurs de guerre des deux camps, partisans du choc des civilisations, des empires contre les nations, semblent marquer un point. Pour la France, plus que jamais alignée sur un empire américain qui la méprise, la rupture définitive avec la Russie ne fera qu’accélérer le déclin – « C’est de la guerre entre Napoléon et les Russes que date notre décadence » déclarait de Gaulle.</p><p>Pour le monde, le renforcement des liens entre une Russie éloignée de l’Europe et une Chine impérialiste dessine les frontières de deux blocs et les fronts d’une nouvelle guerre froide à l’échelle du monde.</p><p>Le positionnement atlantiste de la France et les nouvelles sanctions économiques que l’OTAN et l’UE prévoient d’infliger déjà à la Russie, en plus des sanctions déjà existantes, ne resteront pas sans conséquences pour les peuples d’Europe. Ces sanctions, comme les précédentes, frapperont aussi les Français et nos entreprises. Le prix du gaz russe sera encore accru, avec des conséquences graves pour notre population, tandis que les exportations agricoles et industrielles françaises se verront privées de marchés importants dans le monde russophone. Il y a plus de 500 entreprises françaises en Russie. Qui sait que ces entreprises françaises sont le premier employeur privé sur le marché russe ? L’Europe importe un tiers de son gaz de Russie. Or, la totalité ne pourra être compensée par le gaz de schiste étasunien ou celui du Qatar.</p><p>La conséquence d’une éventuelle rupture de l’approvisionnement en gaz russe pourrait conduire à une crise économique sans précédent : de l’industrie allemande qui sera gravement touchée à la désagrégation définitive de l’Ukraine dont les finances et le système politique ne supporteront pas un choc du gaz en plus de l’occupation de son territoire.</p><p>Enfin et surtout, l’isolement de la Russie par le camp occidental précipitera inéluctablement son alliance avec la Chine, déjà largement avancée.</p><p>L’action commune des deux pays dans le cadre de l’Organisation de la coopération de Shanghai et la multiplication des ingérences extérieures signent bien une nouvelle configuration géopolitique, dont le camp occidental sortira affaibli. Notons que cette alliance en construction a été rejointe par l’Iran – là encore, le retrait unilatéral des USA de l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien, après quinze ans de négociation, accroît les tensions et précipite l’Iran dans les bras de la Chine.</p><p>Pour se prémunir de sanctions éventuelles, la Russie a développé avec la Chine un système SWIFT autonome (CIPS) et a liquidé ses réserves en dollars. Le risque pour les USA est de plomber le dollar comme monnaie de référence mondiale, pourtant l’objectif géostratégique premier de Washington. Si tel devait être le cas, l’affaire ukrainienne serait un terrible coup du scorpion de la Chine contre les USA dont elle veut briser la domination hégémonique.</p><p>Lors du « premier conflit d’Ukraine » qui a vu l’annexion de la Crimée par la Russie, c’est déjà la Chine qui lui était venue en secours pour tenir bon face aux sanctions occidentales. Ainsi la Chine avait sauvé l’économie russe par le biais d’un prêt financier de 50 milliards de dollars et d’une entente commerciale de plus de 400 milliards de dollars, matérialisée par l’achat de gaz naturel russe sur… 30 ans, à un très bon prix sous le cours, donnant un immense avantage à la Chine. De plus, la Chine investissait également 25 milliards pour construire le gazoduc « Force de Sibérie » pour acheminer le gaz. Il est en fonction depuis 2019. Cela avait sauvé la Russie, et depuis la coopération entre les deux puissances n’a fait que s’accélérer : accords commerciaux, agricoles, spatiaux (avec le projet notable de construction d’une base commune permanente sur la Lune) et bien entendu géostratégique avec des votes communs réguliers au Conseil de Sécurité de l’ONU et surtout des transferts de technologies militaires au profit de la Chine, au point que la Chine est aidée pour le développement de son système de défense anti-missiles, domaine dans lequel la Russie a un avantage comparatif notable.</p><p>Cette fois, en préparation de la deuxième crise ukrainienne, la Russie a signé un nouvel accord de coopération avec la Chine, lors de la visite officielle de Vladimir Poutine à Xi Jinping, le 4 février dernier où a été signé un nouvel accord gazier de 30 ans !</p><p>Aujourd’hui, la Russie livre près de 17 milliards de mètres cubes de gaz à la Chine. Le nouvel accord prévoit de livrer 48 milliards de mètres cubes de gaz en 2025 !</p><p>Les premières installations pour réorienter le gaz fourni à l’Europe vers l’est sont déjà posées, il s’agit du titanesque gazoduc « Force de Sibérie 2 » qui traversera tout le continent, depuis la zone d’extraction de Yamal au nord de la Russie – dont l’entreprise française TotalEnergies pourrait être finalement exclue – jusqu’à la Chine. Celle-ci, de surcroît, s’engage à acheter 300 000 barils de pétrole par jour sur 10 ans à la Russie !</p><p>Résultat, la Chine reçoit un soutien massif en hydrocarbures à bas coût lui permettant de… ne plus dépendre du gaz liquéfié des Etats-Unis ni du charbon d’Australie. Ça tombe bien pour Pékin compte tenu de l’accord stratégique AUKUS (Australie, Royaume-Uni, USA dont la France est exclue) orienté contre la Chine dans le cadre du redéploiement stratégique des USA dans le Pacifique et dans l’Océan Indien. Fort logiquement, ayant reçu le soutien chinois dans l’affaire ukrainienne, la Russie soutient la Chine face à l’alliance AUKUS en particulier dans ses prétentions en mer de Chine et sur Taïwan.</p><p>Mais ce n’est pas tout ! Chine et Russie se promettent de faire croître leurs échanges commerciaux de 40%, et de les libeller non pas en dollars, mais en Euros ! D’ailleurs, la plus grande partie du commerce entre Moscou et Pékin se fait déjà en Euro. C’est là que la Chine porte principalement le fer contre les Etats-Unis d’Amérique.</p><p>Dans l’affaire ukrainienne, la chine est largement gagnante : approvisionnements garantis en gaz bon marché, contrôle sur la Russie qu’elle loge dans son escarcelle stratégique tout en déstabilisant l’Europe durablement, et enfin, elle retarde de facto le redéploiement stratégique des USA dans la zone indopacifique – toute riposte d’envergure des USA sera autant de moins à déployer face à la Chine.  </p><p>Souhaitons-nous voir la Russie se détacher définitivement de l’Europe vers laquelle elle est naturellement tournée ? Car, il doit être clair à chacun que l’alliance de la Russie avec la Chine est un pis-aller : avec la Chine, la Russie sera toujours un second couteau, menacée démographiquement et économiquement dans son extrême est sibérien et vendant son gaz à bas coût.</p><p>Le destin de la Russie était de s’aligner sur l’Occident – c’était la volonté initiale de Boris Eltsine et même de Vladimir Poutine alors jeune président de Russie – l’entêtement à vouloir étendre l’OTAN a brisé le destin d’une Europe des Nations où la Russie avait toute sa place, ce qui était la vision du Général de Gaulle.</p><p>Qu’avons-nous à gagner, nous Européens et spécifiquement Français, à perdre la Russie et à renforcer ainsi encore et encore la Chine ?</p><p>Voulons-nous que soit tiré un nouveau rideau de fer ?</p><p>Souhaitons-nous un tel dénouement ?</p><p>Si la réponse est non, cela exige d’œuvrer à un monde multilatéral et non à un monde où les blocs se confrontent en visant une hégémonie dévastatrice pour tous.</p><p>
<a>
Georges Kuzmanovic
</a>, Président de <a href="https://www.republique-souveraine.fr/projet/texte-dorientations-programmatiques/">République souveraine</a></p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/843/la-logique-des-mots</guid>
	<pubDate>Mon, 28 Feb 2022 21:39:55 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/843/la-logique-des-mots</link>
	<title><![CDATA[La logique des mots]]></title>
	<description><![CDATA[
<p><a href="https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Patrick_S%C3%A9riot"><br />Patrick SERIOT</a><br /></p>
<p>Le professeur Patrick Seriot, spécialiste de linguistique slave. 
Il éclaire les problèmes linguistiques de l'Ukraine et il attire l'attention sur l'importance de la différence soviétique (et russe aujourd'hui) sur la "nationalité" la "citoyenneté"</p><p>Que vient faire la langue dans la géopolitique ? Comprendre la vision du monde de V. Poutine suppose qu’on s’intéresse de près à cette question, qui attire peu l’attention en Europe occidentale, à l’exception de la Catalogne. </p><p>Le russe et l’ukrainien sont des langues différentes mais proches, comme sont proches l’espagnol et l’italien, mais moins que le tchèque et le slovaque, langues officielles de deux États différents, moins encore que le serbe et le croate, pratiquement identiques.</p><p>Après des siècles d’interdiction et de répression de la langue ukrainienne dans la Russie tsariste, puis de russification des normes de l’ukrainien sous Staline, l’immense majorité des citoyens ukrainiens sont bilingues, ou du moins comprennent parfaitement l’autre langue. Beaucoup d’entre eux parlent un mélange des deux langues, appelé le surzhyk, ou passent d’une langue à l’autre en fonction des interlocuteurs ou de la situation. Il est donc impossible de faire des statistiques fiables sur la répartition des langues, même si la question de la langue fait partie des recensements de population. Le gouvernement ukrainien a peut-être été maladroit d’imposer l’ukrainien comme seule langue officielle et de transformer le russe en langue étrangère au même titre que l’anglais, ce qui a profité à la démagogie poutinienne qui a argumenté sur la «répression» dont seraient victimes les «Russes» en Ukraine. Or «les Russes» en Ukraine ne sont pas «des Russes». Une nuance sémantique fondamentale doit être prise en compte : en Europe orientale certains pays font une différence entre «nationalité» et «citoyenneté». La citoyenneté est l’appartenance à un État (définition politique, non essentielle), la nationalité est une identité ethnique (essentielle, inaliénable). La nationalité se définit, entre autres, par la langue. Sur les papiers d’identité soviétiques était inscrite la «nationalité» : russe, ouzbèque, lettone, juive, ukrainienne… En 1975 A. Solzhenitsyne a été privé de sa citoyenneté soviétique, mais les sbires du KGB n’auraient jamais eu l’idée de le priver de sa nationalité russe, idée dénuée de sens. Cette double appartenance subsiste dans la Russie post-soviétique (même si elle n’est plus mentionnée sur les papiers d’identité), mais pas en Ukraine, où tous les citoyens sont ukrainiens au même titre que ceux dont la langue maternelle est le hongrois ou le roumain. </p><p>Dans cette logique du point de vue russe, les Suisses romands, parce qu’ils sont francophones, sont des citoyens helvétiques de nationalité française, qui rêveraient de réintégrer un jour la mère-patrie, comme les Tessinois des citoyens helvétiques de nationalité italienne, injustement séparés de la mère-patrie, logique irrédentiste. A l’inverse, les Bretons, les Basques et les Alsaciens sont, toujours de ce point de vue, des citoyens français, de nationalité bretonne, basque ou alsacienne.</p><p>Cette définition de l’identité, ou appartenance d’un individu à un groupe remonte à l’opposition entre la définition française jacobine, politique, de la nation, et la définition allemande, romantique, culturelle, d’où la différence entre Gemeinschaft (essentielle, naturelle) et Gesellschaft (superficielle, non essentielle) (un thème récurrent de l’idéologie völkisch au début du XXe siècle).</p><p>Toute comparaison doit être maniée avec précaution, mais une s’impose : en 1938 pour Hitler les citoyens tchécoslovaques de langue allemande étaient «des Allemands», dont le territoire (les Sudètes) devait revenir dans le giron de la nation. Pour Poutine, les citoyens ukrainiens de langue maternelle (ou principale) russe sont «des Russes» avant d’être des citoyens ukrainiens. Il est donc logique, dans cette idéologie déterministe, que le territoire où ils sont en majorité revienne à la mère-patrie, dont ils n’auraient jamais dû être séparés. Mais cette logique a un prix : le mépris total de tout choix démocratique, de toute auto-détermination, puisque, dans ces conditions, l’individu n’existe pas en dehors du groupe auquel il est censé appartenir : la «nation» au sens ethnique. </p><p>La logique des mots</p><p>Le discours de Poutine n’est pas raciste (au sens biologique), mais ethniciste. Or, au final, la différence n’est pas grande, puisque pour lui la démocratie n’est qu’une faiblesse décadente, un facteur de division, et que seul compte le déterminisme ethnique. Chauvinisme, xénophobie et mépris du droit en sont l’expression la plus manifeste.</p><p>Quant Poutine prétend défendre ce qu’il appelle «nos concitoyens» ou «nos compatriotes» opprimés en Ukraine, il est indispensable de décoder ces mots démagogiques dont le sens premier a été détourné. Considérer que l’appartenance ethnique prime sur l’appartenance citoyenne est une idéologie politique dangereuse, qui repose sur l’idée de pseudo-naturalisme, à savoir que tout russophone, quelle que soit sa citoyenneté, est en même temps redevable de son être profond à l’État russe.</p><p>La Lettonie (membre de l’UE), où réside une importante minorité russophone, sera-t-elle la prochaine cible de la reconstitution de l’Empire soviétique ? La fragile Moldavie, presque bilingue, n’est-elle pas encore plus en danger ?</p><p>Patrick Sériot, professeur honoraire de linguistique slave, Université de Lausanne</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/842/and-you-know-fuck-eu</guid>
	<pubDate>Tue, 22 Feb 2022 21:41:20 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/842/and-you-know-fuck-eu</link>
	<title><![CDATA[And you know ? Fuck EU !]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Un peu d'histoire : And you know ? Fuck EU !<br />Lorsque, fin 2013, le président ukrainien Ianoukovitch, démocratiquement élu avec le soutien massif de l'Est ukrainien russophone, mais minoritaire à l'ouest qui fut successivement partie de l'Etat polono-lituanien, de l'empire d'Autriche, de la République de Pologne, refuse de signer l'accord d'association avec l'UE pour se rapprocher de la Russie, l'Ouest manifeste son mécontentement.<br />Les Etats-Unis, qui se sont implantés dans le pays depuis l'indépendance, y voient alors une opportunité : instrumentaliser et manipuler la protestation de l'Ouest pro-occidental pour aboutir, avec l'aide active des néonazis et de leurs milices armées, au coup d'Etat qui chassera  Ianoukovicth du pouvoir puis installera un ministère de transition composé à Washington. Le rattachement à la Russie de la Crimée et la sécession des oblasts de l'est ne seront que des réactions à ce coup d'Etat.<br />Durant le processus qui mènera au coup d'Etat, la femme qui est à la manoeuvre à Washington se nomme Victoria Nuland. Elle est alors secrétaire d'Etat adjointe pour l'Europe et ce n'est pas n'importe qui. Elle a été ambassadrice permanente à l'OTAN entre 2000 et 2003, puis conseillère pour la politique étrangère du vice-président républicain Dick Cheney de 2003 à 2005. Oui, oui, oui.... la secrétaire d'Etat adjointe du gentil Obama a été la conseillère du vice-président républicain de Bush, le concepteur des fantastiques guerres d'Afghanistan et d'Irak, l'homme des lobbys pétrolier et de l'armement. Puis Nuland a été envoyée spéciale d'Hillary Clinton pour les Forces armées américaines basées en Europe de février à juin 2010. Voilà, voilà, voilà...<br />Quant à l'ambassadeur américain à Kiev, il se nomme Geoffrey Pyatt et c'est, lui aussi, un néoconservateur de la plus belle eau.<br />Le 6 février, deux semaines avant le coup d'Etat déguisé en révolution, ces deux brebis de la douce Amérique du gentil Obama se parlent au téléphone... Mais ils sont écoutés (par on se demande bien qui) et leur conversation est publiée peu après sur Youtube. <br />A un moment, Pyatt dit à Nuland que ces couards d'Européens trouvent que la douce Amérique, toujours à cheval sur le droit et la démocratie, comme chacun sait, y va tout de même un peu fort sur ce coup-là.<br />"And you know ? Fuck EU ! "rétorque alors la très gentille et très distinguée sous-secrétaire d'Etat du gentil Obama. "Absolument ! " approuve le gentil ambassadeur défenseur de l'Etat de droit en toutes circonstances comme tout Américain.<br />C'est ainsi qu'on traite les larbins... et en réalité, si les larbins se laissent traiter ainsi, ceux qui les traitent ainsi ont bien raison de le faire.<br />Ah, deux précisions, encore ! Nuland est sous-secrétaire d'Etat aux affaires politique du gentil Biden (qui a succédé au méchant Trump) depuis mai dernier. Entretemps, elle a reconnu que la petite sauterie de Kiev avait coûté la bagatelle de 5 milliards de dollars au contribuable américain en "aide à la société civile ukrainienne"... ces gens-là, voyez-vous, ne sont pas dépourvus d'humour.<br />Alors moi, je veux bien que Poutine soit un monstre assoiffé du sang qui dégouline du couteau qu'il tient en sa mâchoire d'acier. Je n'ai rien d'un Poutinolâtre, je pense qu'il a des indulgences coupables à l'égard du despote islamiste d'Ankara et que, tôt ou tard, elles lui reviendront dans la figure ; je pense aussi qu'il s'est sérieusement pris les pieds dans le tapis en pensant qu'il fallait laisser les Azéris égorger un peu les Arméniens afin de ramener Erevan à l'obéissance.<br />Mais enfin, sur ce coup-là, ce n'est pas lui qui cherche à installer ses missiles à la porte des Etats-Unis, ce n'est pas lui qui cherche a étendre indéfiniment une alliance militaire qui aurait dû être dissoute dès lors que l'alliance militaire dont elle était censée protéger l'Europe s'était elle-même dissoute, ce n'est pas même lui qui a renversé avec l'aide de néonazis un président démocratiquement élu.<br />Alors basta avec les larmes de crocodiles et les indignations de faux-culs ! Ce que fait aujourd'hui la Russie, à tort ou à raison, n'est que la réponse du berger à la bergère, la conséquence de la manipulation de 2014 et du refus depuis, des gouvernements ukrainiens, de garantir aux russophones de l'est les droits inscrits dans les accords de Minsk patronnés par la France et l'Allemagne, des accords que Kiev a signés.</p>

<p><a href="https://youtu.be/L2XNN0Yt6D8"> La conversation est publiée ici</a></p>
]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/841/%C2%AB-montee-du-fn-dieu-se-rit-de-ceux</guid>
	<pubDate>Sun, 20 Feb 2022 22:47:56 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/841/%C2%AB-montee-du-fn-dieu-se-rit-de-ceux</link>
	<title><![CDATA[« Montée du F.N ? ... Dieu se rit de ceux.... &quot;]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Il y a six ans jour pour jour, Facebook me rappelle que j’avais repris un commentaire de Stéphane Rozès, inventaire non exhaustif mais synthétique des causes qui font qu’aujourd’hui non seulement le Front National est monté, mais Eric Zemmour est monté, et les Républicains ont mis en tête du premier tour de leur primaire Éric Ciotti. </p>

<p>L’explication n’a pas changé :</p>

<p>« Montée du F.N ? ... "Dieu se rit de ceux qui s'accablent des effets dont-ils chérissent les causes." Bossuet.</p>

<p>Des causes non exhaustives : jeter les individus et les peuples les uns contre les autres au nom de la libre concurrence et du libre échange, prétendre fusionner des peuples par le haut au travers de politiques et règles uniques, demander à des peuples de choisir entre leurs prospérité ou survie économiques et leurs identités, nier les frontières, condition de ce qui assemble, ne pas adapter le gouvernement des hommes et des choses à l'imaginaire des peuples, demander à un peuple de s'adapter à l'extérieur et non le déployer vers l'extérieur, omettre de comprendre qui on est, de sorte de ne pas comprendre l'autre et le monde qui se fait. Le présentisme et l'émotion morale. </p>

<p>En France : préférer l'intérêt de tous à l'intérêt général. Croire que la France est la somme des francais et que la République est une somme de minorités, penser que le paysage politico-médiatique fait le pays et que l'économie fait la Societe, penser que l'Esprit détaché du corps le fait, préférer l'Idée à l'analyse du réel, laisser perdurer des écarts entre les idéaux républicains et le quotidien, laisser des élites en surplomb de la Société, avoir délaissé la mystique républicaine et sapé sa politique puis avoir laissé Marine Le Pen la ramasser et la détourner sans comprendre sa différence d'avec son père, et enfin avoir transformé, instrumentalisé la lutte anti FN pour s'exonérer d'une renaissance républicaine ».</p>
]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/840/droite-gauche-selon-gilles-casanova</guid>
	<pubDate>Sun, 20 Feb 2022 22:45:03 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/840/droite-gauche-selon-gilles-casanova</link>
	<title><![CDATA[Droite / Gauche, selon Gilles CASANOVA]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>On me pose régulièrement cette question : mais qu’est-ce que c’est pour vous la gauche, et qu’est-ce qui distingue la gauche de la droite ?</p>

<p>Et qu’est-ce que vous voulez au juste ?</p>

<p>Alors, de façon nécessairement caricaturale parce que concentrée, je vais essayer d’évoquer quelques idées qui expriment ce que je pense</p>

<p>Droite et gauche sont essentiellement des notions relatives, mais avec le temps, sur les 230 dernières années, des caractéristiques propres sont apparues en France qui marquent la droite et la gauche. </p>

<p>La droite ne fait pas essentiellement confiance à l’humain en tant que groupe social pour se diriger seul. Elle pense qu’il a besoin de repères et de garde-fous.  L’autorité, l’ordre, la Nation, souvent aussi la religion, lui semblent être des valeurs qui, en surplombant le peuple, sont de nature à l’encadrer, le diriger, qu’une élite doit en prendre la tête, le gouverner de manière à ce qu’il évite d’aller dans les mauvais chemins. </p>

<p>Elle a notamment une crainte toute particulière que si on laisse les plus pauvres – qui sont les moins éduqués – livrés à eux-mêmes, ils ne s’abandonnent aux pires exactions. </p>

<p>La vision de l’ordre et de l’autorité nécessaires à ce projet, s’accommode du risque de l’arbitraire inévitable qui est parfois minimisé. Elle ne répond pas toujours à la question de Platon : « Mais qui va garder les gardiens ». Elle a tendance à considérer que toute contestation de l’autorité doit d’abord être réprimée avant que son propos soit examiné. </p>

<p>Si l’on devait résumer par une formule un peu directe : elle préfère une injustice à un désordre.</p>

<p>La gauche fait au contraire essentiellement confiance à l’humain en tant que groupe social pour se diriger seul. Elle va donc mettre en avant tout ce qui peut être favorable à l’auto-gouvernement à tous les niveaux de la société. Elle va être méfiante vis-à-vis de toutes les institutions qui peuvent produire de l’arbitraire, donc toutes les institutions qui vont représenter l’autorité ou la religion, y compris la Nation qui est pourtant le cadre dans lequel se situe la seule possibilité d’une politique qui puisse toucher l’universel. </p>

<p>Elle va constamment souhaiter minimiser le rôle et le pouvoir de l’élite, et elle va considérer que ce sont les moins riches vers lesquels doit se tourner en priorité l’effort de la société pour leur permettre d’acquérir les compétences et les connaissances qui permettront une cohésion sociale plus grande par une plus grande compréhension collective des besoins de la société, Et une progression vers une égalité réelle. Elle a tendance à considérer que toute contestation de l’autorité doit d’abord être soutenue avant que son propos soit examiné. Elle a tendance à mettre tellement en avant cette question de Platon « qui va garder les gardiens », qu’elle doute spontanément de ces gardiens.</p>

<p>Si l’on devait résumer par une formule un peu directe : elle préfère un désordre à une injustice.</p>

<p>On voit bien que la société française a besoin de ces deux regards qui portent un équilibre. Suivant les moments c’est l’un où c’est l’autre qui a dominé et les politiques menées ont été marquées par les principes que j’ai évoqués. Pour dire la vérité c’est essentiellement la droite qui a gouverné, mais la gauche, dans l’opposition, à travers des mouvements sociaux ou des mouvements syndicaux a beaucoup pesé comme contrepoids de cette politique, la plupart du temps de droite. Le même phénomène s’est produit lorsque la gauche était aux affaires, cette fois avec des mouvements d’opinion et des pressions économiques de droite. </p>

<p>L’histoire s’est jouée ainsi jusqu’à l’arrivée du néolibéralisme qui a intégralement changé la donne.</p>

<p>Le néolibéralisme a détruit les fondements de la gauche comme de la droite en s’attaquant très profondément à l’idée que c’étaient les humains par leurs modes d’organisation qui décidaient de leur avenir et se projetaient dans l’histoire.</p>

<p>Pour les néolibéraux l’histoire est finie. </p>

<p>Le rôle des États, des Nations, des institutions, des autorités est dépassé. La régulation par en haut souhaitée par la droite et la régulation par en bas que la gauche essayait d’imaginer, sont toutes deux inutiles. </p>

<p>Les progrès des sciences et des techniques ont créé un village global mondial et c’est à ce niveau qu’il faut raisonner. </p>

<p>Au fond la droite et son attachement au cadre national n’a-t-il pas toujours tendance à finir par imposer un régime autoritaire à la manière des Colonels grecs, de Franco en Espagne de Salazar au Portugal… Feront-ils valoir. </p>

<p>Au fond, la gauche n’a-t-elle pas toujours, à force de rechercher le moyen de faire monter cette autorité, d’en bas et du plus grand nombre, produit des systèmes totalitaires aussi effroyable que l’URSS ou la Chine de Mao... Argumenteront-ils. </p>

<p>La main invisible du marché va décider mieux que tout le monde, elle saura spontanément, elle répondra intégralement à tous les besoins de l’humanité en étant à la fois juste et efficace, avec juste ce qu’il faut de sévérité et d’encouragement pour les uns et les autres, en laissant naturellement jouer les équilibres de l’économie qui seront le cœur de ce qui va fonder une société équilibrée.  </p>

<p>Cette troisième vision du monde qui est un poulailler mondial ouvert mondialement aux renards du monde entier va dissoudre progressivement les deux visions, celle de droite celle de gauche, pour des raisons qui sont essentiellement liées au fait que les néolibéraux ont su faire s’enfuir la réalité du pouvoir des institutions que la gauche et la droite se disputaient, comme les États-Nations, vers des institutions gazeuses et incontrôlables, dont le modèle le plus caricatural est la Commission de Bruxelles</p>

<p>C’est aujourd’hui cette troisième formule qui domine notre vie politique, avec un télévangéliste qui explique qu’il va réduire les inégalités en rendant les poules plus libres et les renards plus libres, « En même temps », dans un poulailler plus fraternel.</p>

<p>Autant les deux premières visions de la société ont vocation à s’équilibrer et à alterner dans la direction de la société, autant la troisième a une vocation profondément totalitaire et excluante de toute autre chose, puisqu’elle proclame le caractère naturel – laissant spontanément agir toutes les forces sociales et économiques – de sa doctrine. </p>

<p>En réalité c’est le pouvoir absolu de la finance de marché la plus concentrée qui est organisé par la dérégulation mondiale qui a commencé dans le courant des années 80 et explosé à partir de la chute du Mur de Berlin en 1989. </p>

<p>Il n’est d’ailleurs pas sans intérêt d’observer que la première mise en œuvre test de cette politique conçue par l’école de Chicago, avant d’être lancée dans de grands ensembles économiques au début des années 80, a été faite par Augusto Pinochet, après son coup d’état du 11 septembre 1973 au Chili.</p>

<p>Les dirigeants français de gauche et de droite pour la plupart ont été profondément désarçonnés par l’arrivée de cette « troisième voie », on note que la plupart d’entre eux se sont ralliés à celle-ci, avec plus ou moins d’hypocrisie, en l’appelant « la seule politique possible », ce qui explique la disparition des partis qui représentaient la gauche et la droite. </p>

<p>Et le phénomène français est évidemment reproductible dans le reste de l’Occident, en tenant compte des spécificités de chaque pays et de son histoire propre.</p>

<p>Il n’est resté que les versions radicalisées et extrêmes, de gauche comme de droite, dont la caractéristique propre est qu’elles ne sont pas conçues pour gouverner mais pour protester. </p>

<p>L’une comme l’autre font donc naturellement peur à la majorité de la société lorsqu’elles sont en position de l’emporter, et c’est ainsi que celle-ci se tourne – sans bien comprendre – vers les néolibéraux qui contrôlent l’économie et le système médiatique, pour éviter « les extrêmes » qui leur font peur.</p>

<p>On est ainsi entré dans un cercle extrêmement vicieux, extrêmement dangereux, qui est en train de miner très profondément la démocratie.</p>

<p>Il y a donc tout un travail politique, idéologique, culturel, de reconstruction des repères dans la société, et d’abord se battre pour recouvrer la souveraineté, qui est une idée centrale pour la gauche comme pour la droite, car c’est celle qui permet que la politique ne soit pas seulement celle de quelques dizaines de possédants à l’échelle du monde, mais que la démocratie puisse exister par la participation du peuple à la décision.</p>

<p>Vaste programme.</p>
]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/839/nourrir-le-populisme-chapeau-le-metteur-en-scene</guid>
	<pubDate>Sun, 20 Feb 2022 22:34:38 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/839/nourrir-le-populisme-chapeau-le-metteur-en-scene</link>
	<title><![CDATA[Nourrir le populisme ::Chapeau le metteur en scène !]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Facebook de <a href="https://www.facebook.com/gilcasa"><br />Gilles CASANOVA</a></p>
<blockquote><div><b>Voilà ce que j’écrivais il y a 7 ans quand François Hollande a fait entrer dans le jeu politique Emmanuel Macron, je n’ai rien à retirer.</b></div></blockquote>
<p>[20/02/2015 : Emmanuel MACRON parle aux modestes de France.] </p>

<p>On dit, on dit… mais ce n'est pas aussi facile que cela de faire monter dans un pays comme la France, les représentations populistes. Cela demande de la volonté, il ne faut pas se louper, sinon on apparaît médiocre. </p>

<p>Déjà, si on veut de l'efficience, il faut viser les catégories populaires, car ce sont les plus nombreuses, et donc électoralement celles dont le basculement dans le populisme compte vraiment.<br />Par exemple, il faut trouver à incarner ce qui aidera au développement de représentations populistes. </p>

<p>Trouver la bonne personne, la mettre bien en scène, trouver le bon contexte, et lui écrire le bon texte. <br />Par exemple, trouvez quelqu'un qui a un emploi à vie et lui faire donner la leçon aux chômeurs, c'est un début, mais ça ne suffit pas du tout, loin de là. <br />Il faut s'assurer qu'il ait pu prendre une disponibilité dans la banque d'affaire et, en quelques mois gagner des millions d'Euro. Là vous commencez à avoir une figure intéressante. </p>

<p>Assurez vous du fait qu'il soit suffisamment jeune pour ne pas pouvoir s'appuyer sur une forme d'expérience, que la vie lui aurait finalement donnée avec le temps. </p>

<p>Mais ça ne suffit pas. Il faut lui donner de grandes responsabilités ministérielles, alors qu'il n'a jamais présenté sa candidature à aucun poste électif et jamais dialogué avec de vrais gens (les illettrés pauvres qui circulent en bus par exemple). </p>

<p>Là vous commencez à avoir un profil intéressant, mais il lui suffirait d'un mot de compassion, et tout est par terre ! Ou bien, simplement qu'il se déclare de droite, ou pas certain d'être de gauche, ce qui inciterait une grande majorité à excuser d'avance un propos inconsidéré d'un riche de droite, inconscient. Et les catégories populaires de risquer de revenir à un vote traditionnel de gauche, et c'est l'échec de la tentative. </p>

<p>Il est nécessaire pour que cela fonctionne à plein, qu'il affirme qu'il est LA gauche et qu'il sait mieux que les autres ce qui est bon pour le petit peuple, puisqu'il est de gauche et que la gauche est là pour défendre le petit peuple. </p>

<p>Ensuite, il ne reste qu'à lui trouver une bonne formule, et la lui mettre en bouche pour qu'elle soit dite avec la distance et le mépris suffisant pour bien être sûr qu'elle ne soit pas mésinterprétée. </p>

<p>Si vous avez réussi à faire tout cela, alors s'ouvre devant vous la possibilité de réussir ce qui, je vous l'ai dit plus haut, n'est pas si facile qu'on le dit. <br />Il vous reste à trouver un bon contexte, une crise économique, une montée du chômage, une dénonciation par vous-même de la finance, sans manifester une intention d'en changer les règles, par exemple, et là vous avez des chances. </p>

<p>Ensuite, pour être vraiment certain de toucher juste, il faut l'artiste. Et cela ça ne s'improvise pas, c'est du travail, et tout le monde n'est pas capable.</p>

<p>Mais c'est le triomphe romain lorsqu'on montre à la face du mode le sans-faute :<br />"Si j'étais chômeur, je n'attendrais pas tout de l'autre, j'essaierais de me battre d'abord"… (Emmanuel Macron). </p>

<p>Chapeau le metteur en scène !</p>

<p>En France, on a une extrême droite qui est tout à fait médiocre, alors si on l'aide pas un peu à trois semaines d'une élection…</p>

<p><a href="https://www.facebook.com/gilcasa"><br />Gilles CASANOVA</a></p>
]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/838/vie-democratique</guid>
	<pubDate>Sun, 13 Feb 2022 18:45:54 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/838/vie-democratique</link>
	<title><![CDATA[VIE DEMOCRATIQUE]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Issu d’une famille de juifs polonais qui ont été exterminés par le nazisme,  ayant parcouru la planète pour comprendre et prévenir et parfois réconcilier, en  rendant hommage par mon œuvre  à mes frères et mes grand-parents victimes de la barbarie nazie au moment même où je naissais, je ne laisserais personne me donner de leçons antifascistes. </p>

<p>Le point de départ de mon invention de la Thérapie sociale à Mantes la jolie a été mon combat contre la haine et le racisme qui avaient décimé toute ma famille. Ce combat m’a permis d’écouter pendant des dizaines d’années des milliers de personnes dans de nombreux pays et de comprendre les racines du Mal, qui ne se manifeste pas toujours à l’identique. Ainsi,  les antisémites sont devenus des antisionistes, les fascistes et les nazis ont été remplacés par les islamistes. La gauche émancipatrice du genre humain est devenue intolérante et sectaire. </p>

<p>La véritable constante, c’est la psyché humaine confortée dans la destructivité par un environnement pathogène. L’environnement pathogène dans lequel nous vivons aujourd’hui se manifeste, en partie,  par l’impossibilité du débat démocratique qui est remplacé par les insultes et les anathèmes. Ainsi, pour certains, refuser de participer à la diabolisation d’Eric Zemmour,  signifie qu’on appartient au camp du Mal absolu, en l’occurence de ce qu’ils appellent l’extrême-droite, sans qu’il soit davantage précisé ce que veut dire  cette appellation infamante.</p>

<p>Un certain nombre  de questions ne peuvent pas être débattues sans faire l’objet de railleries ou pire encore de l’expression d’un profond dégoût à l’endroit de celui qui les évoque.   </p>

<p>Mis à part la délinquance financière et les escroqueries en col blanc, les vols et cambriolages commis par quelques roms, les mafias d’Europe de l’Est,  les restes du  banditisme corse, est-il vrai que la plus grande partie de la criminalité et la totalité du terrorisme soit le fait de personnes issues de l’immigration musulmane. </p>

<p>Est-il vrai que  le gouvernement de Vichy et Laval en particulier ont souhaité préserver les français juifs de la déportation,  tant qu’il leur restait un peu d’autonomie face aux occupants allemands? </p>

<p>Est-il vrai que l’affaire Dreyfus en créant un doute sur la culpabilité  de cet officier français juif a fragilisé l’armée française avant 14? </p>

<p> Zemmour a-t-il exonéré de toute responsabilité Pétain et Vichy dans la destruction d’une partie des juifs de France? A t-il l’intention ainsi de réhabiliter Pétain et la collaboration?</p>

<p> Est il vrai que dans certains endroits du pays, un français peut ne plus se sentir chez lui? Est-il exact de dire qu’en fonction de la poursuite de l’immigration  et de la démographie  en général, cette tendance ne va pas s’inverser ?</p>

<p>Est-il exact  de dire que les chercheurs en sciences sociales et les historiens peuvent être manipulés par une  idéologie , quelle qu’elle soit?</p>

<p>Est-il vrai que la politique de la ville a déversé beaucoup d’argent dans les banlieues avec un résultat pour le moins mitigé  et que ces banlieues ont été privilégiées par apport à la France des villages et des petites villes du monde rural?</p>

<p>Est-il vrai qu’on acheté la paix sociale dans les banlieues pour éviter les émeutes provoquées par des éléments hostiles à la nation et à l’état?    </p>

<p>Est-il vrai que la justice est inefficace pour lutter contre la criminalité, en grande partie en raison des postulats idéologiques de nombreux juges qui ont privilégié l’action éducative plutôt que la sanction pénale? </p>

<p>D’autres sujets sur l’école, le pédagogisme et l’enseignement de l’histoire, sur la désindustrialisation, sur la bureaucratie, les  prestations sociales des étrangers, le regroupement familial, l’attribution de logements sociaux, les déserts médicaux lancés par le candidat Zemmour pourraient faire également l’objet de débats et de controverses utiles.  </p>

<p>Mais, je le répète, la discussion argumentée et le débat qui caractérisent la vie démocratique semble aujourd’hui difficile, sinon impossible.  <b>Ceux qui le souhaitent doivent combattre Zemmour, ses idées, ses propositions, sa vision de la France et de l’histoire,  mais le plus souvent ils le diabolisent en le caricaturant jusqu’à en faire un personnage monstrueux et repoussant ou alors ils refusent de l’écouter, en le traitant par le mépris et en le rejetant dans l’insignifiance.</b></p>

<p>Je ne défends pas Zemmour, il le fait très bien tout seul,  mais je défends ma conception de la vérité, du réel quand je le connais et quand j’écoute ceux qui en parlent honnêtement, autant  que ma raison puisse  distinguer le mensonge de la propagande ou la vérité des faits. Chacun  peut  critiquer, attaquer même ou défendre, encenser même tel ou tel candidat. Mais à côté de ce qui va devenir une course politique qui se fera dans les alliances et les oppositions, les conflits et les accords comme toujours, les réseaux sociaux qui permettent l’anonymat libèrent   toute la violence que nous n’osons pas montrer dans une vie sociale civilisée, tout ce qui git dans nos ténèbres secrètes et qui ne sort à l’air libre que dans les épisodes de guerres civiles  de massacres collectifs et de  génocides.  La nuance y est interdite. La complexité ignorée. Le réel manipulé au service de la passion de détruire et de salir l’adversaire.</p>

<p>Eric Zemmour confirme certes devant Appoline de Malherbe sur BFMTV qu'il est le candidat de la rupture sans compromis. Ce qui pourrait être  vrai pour l'ensemble des candidats à l'élection présidentielle s'ils veulent exister et se démarquer dans une compétition qui s'annonce féroce et peut-être violente , avec ses coups bas et ses chausse-trappes. Mais ce qui est vrai pour les candidats ne doit  pas être la règle pour les citoyens qui souhaitent vivre dans une démocratie qui n'est pas seulement définie par le processus électoral mais aussi par l'usage de la raison.  Or, nous imitons trop souvent  ces candidats voués au clivage par le processus électoral lui-même. Comment choisir en toute sérénité et même avec passion, pourquoi pas ?   en limitant la puissance des émotions incontrôlables, des diabolisations absurdes, des anathèmes et des mensonges sinon en apprenant la vie démocratique faite de conflits assumés où l'on s'efforce d'écouter les voix multiples et d'affirmer notre  voix unique qui utilise notre esprit critique et s'enrichit de notre expérience réelle et de celle des autres   ?  </p>

<p>Charles Rojzman</p>
]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/837/sept-theses-sur-la-nation</guid>
	<pubDate>Sat, 12 Feb 2022 19:19:39 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/837/sept-theses-sur-la-nation</link>
	<title><![CDATA[Sept thèses sur la nation]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Sept thèses sur la nation</p><p>Cette cam­pa­gne électorale est la plus déplo­ra­ble que j’ai pu connaî­tre. Parmi les prin­ci­paux can­di­dats, il n’y en a pas un pour rache­ter l’autre. Roussel est « moins pire » et peut-être Kuzmanovic pourra-t-il faire enten­dre sa voix. En atten­dant, je vais pré­ci­ser ma posi­tion sur une ques­tion qui occupe pas mal de place, celle de l’immi­gra­tion et, cor­ré­la­ti­ve­ment, celle de l’iden­tité de la France. Pour l’iden­tité de la France, il serait de bon conseil d’aller lire ou même relire le livre éponyme de Fernand Braudel. On devrait aussi ouvrir les livres de Claude Nicolet, comme La fabri­que d’une nation. Ça nous chan­ge­rait du zem­mou­risme ambiant ! Mais dans un monde où les igno­rants font masse der­rière des demi-ins­truits et des impos­teurs média­ti­ques, com­ment en appe­ler à la réflexion et au tra­vail ? Je pro­pose de défi­nir ici ma posi­tion en sept thèses.</p><p>1. La nation est le seul cadre per­ti­nent qui per­mette à la démo­cra­tie, c’est-à-dire à la sou­ve­rai­neté du peuple d’exis­ter. La sou­ve­rai­neté de la nation et la sou­ve­rai­neté popu­laire sont la même chose, consi­dé­rée sous deux angles dif­fé­rents. Il est impos­si­ble de défen­dre la démo­cra­tie dans le cadre d’Union euro­péenne ou d’allian­ces sous la direc­tion états-unienne, comme l’Otan. Voilà le point essen­tiel. Comme les défen­seurs appoin­tés du pré­tendu « camp natio­nal » ne posent aucune de ces ques­tions, il s’ensuit que ces gens ne défen­dent pas la nation fran­çaise, mais sont seu­le­ment des exploi­teurs de la mala­die de la nation.</p><p>2. Toutes les nations sont égales en droit et en dignité ! La paix uni­ver­selle est l’objec­tif que doit pour­sui­vre tout citoyen qui veut défen­dre sa patrie. La défense de la nation impose la condam­na­tion de toute poli­ti­que impé­riale, impé­ria­liste ou néo-impé­ria­liste. Toutes les nations ont le droit de défen­dre leur inté­grité sur tous les plans.</p><p>3. Une nation est une com­mu­nauté de vie et de destin. Elle a une iden­tité et une culture et le citoyen n’est pas seu­le­ment celui qui jouit d’un cer­tain nombre de droits. Le citoyen est celui qui jouit des biens que pro­cure la culture de la nation, de son patri­moine, de sa langue et de la dou­ceur de ses mœurs. Une nation peut accueillir des « mou­ve­ments migra­toi­res », mais elle doit se donner pour objec­tif d’assi­mi­ler ces étrangers qui veu­lent s’ins­tal­ler dura­ble­ment. Le simple droit n’est rien sans les « bonnes mœurs », cette « éthicité » dont parle Hegel. Les citoyens sont des frères (fra­ter­nité) et donc ils peu­vent s’entre-épouser et par­ta­ger les mêmes repas. Le com­mu­nau­ta­risme sépa­ra­tiste, quel­les qu’en soient les formes peut être inter­prété comme un acte de guerre contre la nation.</p><p>4. L’immi­gra­tion n’est un droit pour per­sonne. La nation décide elle-même qui seront ses hôtes. Aucun étranger ne doit être consi­déré a priori comme un ennemi, il doit jouir des garan­ties per­son­nel­les de tout homme, mais il n’a aucun droit à séjour­ner, tant que ce droit ne lui a pas été accordé par un acte juri­di­que qui découle de la sou­ve­rai­neté natio­nale. Tout cela est l’ABC du droit inter­na­tio­nal. S’il y avait un droit à séjour­ner où on en a le désir, tous les enva­his­seurs seraient légi­ti­més !</p><p>5. Il en découle que toute nation a le droit de pren­dre toutes les mesu­res qu’elle jugera bonnes pour défen­dre son iden­tité natio­nale. On a intro­duit le fran­çais comme langue de la République fran­çaise pré­ci­sé­ment dans ce but : défen­dre le carac­tère propre de notre pays. Cela n’empê­che en rien d’appré­cier la culture et le carac­tère des autres nations. Mais cela inter­dit les apo­lo­gies de « créo­li­sa­tion » qui n’est pas autre chose que le rabo­tage de toute diver­sité par le déve­lop­pe­ment de la mon­dia­li­sa­tion capi­ta­liste. On peut aimer l’Italie ou la Grande-Bretagne, mais pré­ci­sé­ment parce qu’ils sont dif­fé­rents des Français et enten­dent rester dif­fé­rents. L’indif­fé­ren­cia­tion géné­ra­li­sée est une des mani­fes­ta­tions de l’hor­reur capi­ta­liste.</p><p>6. La défense de la nation est incom­pa­ti­ble avec le mode de pro­duc­tion capi­ta­liste qui est, par nature, mon­dia­liste. Toutes les fron­tiè­res, qu’elles soient natio­na­les, mora­les, cultu­rel­les, sexuel­les, sont autant d’obs­ta­cles à l’accu­mu­la­tion illi­mi­tée du capi­tal et il cher­che à les faire sauter. Le supra­na­tio­nal est son mode d’exis­tence, qu’il s’agisse de cons­ti­tuer un empire, comme jadis les empi­res colo­niaux et aujourd’hui l’empire amé­ri­cain, ou qu’il s’agisse d’enti­tés supra­na­tio­na­les comme l’UE, qui est une sorte de fan­tôme du Saint Empire romain ger­ma­ni­que. On ne peut être maître chez soi sans avoir rejeté la domi­na­tion du capi­tal, c’est une pure escro­que­rie. Inversement, pré­ten­dre être « anti­ca­pi­ta­liste » tout en accep­tant le mon­dia­lisme capi­ta­liste, c’est se condam­ner à rester l’extrême gauche du capi­tal.</p><p>7. La nation ne s’oppose pas à l’uni­ver­sa­lisme, mais l’exprime. Elle est l’uni­ver­sa­lisme concret, tant est-il que l’uni­ver­sel ne peut exis­ter que dans la par­ti­cu­la­rité. La nation est un juste milieu entre le cos­mo­po­li­tisme des mon­dia­lis­tes et la loi du sang tri­bale, l’unité du par­ti­cu­lier et du géné­ral. Comme tout pro­duit his­to­ri­que, elle peut évoluer. Mais seule une société des nations sou­ve­rai­nes peut être le cadre de cette évolution.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/836/est-ce-que-le-monde-arabe-est-pret-a-tuer-dieu</guid>
	<pubDate>Sat, 12 Feb 2022 09:31:03 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/836/est-ce-que-le-monde-arabe-est-pret-a-tuer-dieu</link>
	<title><![CDATA[Est-ce que le monde arabe est prêt à tuer Dieu ?]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>C’est le récit d’un bout de linge qui chiffonne le monde arabe. L’histoire à peine croyable, d’un lynchage national dont est victime l’actrice égyptienne, Mona Zaki, pour avoir enlevé sa culotte dans une adaptation cinématographique de la comédie italienne, Perfetti sconosciut. Du geste, on ne perçoit rien. Pas une miette de peau. On déduit simplement l’objet de l’indignation, dans une main de femme, qui le met rapidement dans un sac.</p>

<p>Cette scène (insignifiante sous d’autres cieux), de l’unique production arabe de Netflix, a suffi, à elle seule, à soulever l’ire de tout un peuple, et jeter, sur les boulevards du net, des milliers d’émeutiers numériques en convulsion. Du Koweït au Qatar, en passant par la Palestine, l’Iraq et l’Égypte, la meute hurle des clics enragés. Souvent, sans avoir vu le film, se fiant aux ouï-dire, au fameux téléphone arabe, de plus en plus rapide, et de moins en moins intelligent. La machine infernale des réseaux sociaux s’est mise en branle comme une moissonneuse-batteuse. On a fait feu de tout bois, du moindre pixel de l’épiderme féminin. Le film bouscule, en effet, quelque peu les mœurs. Il se précipite, de facto, dans un bourbier à tabous, car il met en scène des femmes non voilées, parlant d’adultère, d’homosexualité et de sexualité de jeunes filles. Bref, une abomination pour tout fondamentaliste qui se respecte. La hchouma, pour mieux le dire en « français » !</p>

<p>En parallèle, d’autres brasiers enflamment la toile, et des voix s’élèvent pour que le mari de Mona Zaki, lui-même acteur, la répudie ! Qu’on ne s’étonne surtout pas : cette pratique est largement utilisée afin de mettre à l’épreuve la « Zhommitude » des mâles musulmans, gardiens du temple et vigiles aux portes de la vertu. On a tous en tête le tube de l’été algérien de 2018 : « Si tu es un homme, voile ta femme ». Ryad Mahrez, richissime footballeur de Manchester City, et accessoirement joueur de l’équipe de Palestine, n’y échappe pas. Il est continuellement interpellé par ses « mœurs-brigadiers-followers », afin de voiler sa nouvelle épouse, le mannequin britannique Taylor Ward. On ne manque, d’ailleurs, aucune occasion, d’appeler le couple à la retenue, en leur qualité d’ambassadeurs du monde musulman ! Et notamment, lorsque la belle Ward « ose », encore, poser en bikini ou poster ses échographies de grossesse en maillot de bain. (Re) la hchouma ! Les talibans du Net, tels des gamins qui ne savent pas distinguer leurs orteils des seins de leurs mères, se (ré) offusquent… et convulsent ! Encore !</p>

<p>De telles immondicités se produisent par millions dans les plis oubliés de la galaxie d’Allah. Dans ses villes et villages. Dans ses balafres de douars. Dans ses familles, entre amis et voisins-germains. Dans la mêlée d’une fratrie dévote. Cet œil collectif liberticide et inquisiteur pèse sur tout le monde. Il s’érige en système castrateur. Il est constamment braqué sur vous, voit tout, dénonce, jalouse, censure, épie, juge, lapide ou exécute. Pour le non-conformisme d’un mot. Pour une pensée qui s’égare. Pour une parole qui blesse le récit canonique. Pour une jupe jugée trop courte, des cheveux qui volent ou l’audace d’un baiser. Pour des bouches qui boivent ou des lèvres qui frôlent des glaces sans se cacher. Pour les rumeurs d’un amour tu. La société fait le guet pour son Dieu, se substitue à lui, le remplace, lui succède. Elle tient la comptabilité des hassanates, envoie au bagne ou au paradis. C’est un califat sans Calife, où chacun est, à la fois, sujet et dieu, Azraël et Gabriel. C’est le dernier stade de l’évolution du dévot : l’Homo-Deus-Daech. Celui qui sait et accomplit les volontés d’Allah. </p>

<p>L’islamisme n’est pas une pathologie filiale. Elle peut s’attraper sans prévenir. Là où l’esprit est défait. Par medersas ou métaverses. Par le livre ou le live, les tablettes d’argiles ou numériques. Et les technologies qui servent à créer des ponts creusent aussi des fossés et des tombes.</p>

<p>Notre siècle est un multivers, où se côtoient deux mondes en déphasage temporel. L’un, ancré dans l’hégire et l’autre écrivant son millénaire. L’un désirant rejoindre son passé et l’autre préférant conquérir le futur et les étoiles. Deux visions rivales, connectées par des vortex en fibre optique, où naviguent, simultanément, le pire de l’homme et son meilleur, l’audace et l’immobilisme, les innovations et les archaïsmes, le désir de vivre et celui de mourir.</p>

<p>Le Daech-land se complaisait, jusque-là, à rester en marge du monde. Mais la transmutation par perfusion ADSL le rattrape et l’oblige à l’interaction et aux réponses. Il accueille l’internet, comme jadis, il recevait l’imprimerie, c’est-à-dire, dans la méfiance et le rejet. Et même s’il en tire, astucieusement, quelques profits, il y reste globalement réfractaire. Il ne voit, dans cette technologie, à quelques exceptions près, qu’un moyen d’innover en matière de prosélytisme téléchargeable, d’endoctrinement en streaming, de jihad-Tik-Tok, fatwa-tweet, insulte-insta et crachats-story. Le monde binaire, du halal-haram se sent agressé et fragilisé par cet interminable flux de questions et d’idées nouvelles en térabytes, auxquels, il n’apporte aucune réponse rationnelle. Et c’est pour cela qu’il réagit, parce qu’il panique, par la violence, fanatisme, extrémisme et repli sur soi. En réalité, ce monde craint de s’éteindre parce qu’il n’a rien de raisonnable à opposer à sa phobie de la liberté, excepté ses quelques sombres et désuètes croyances. Et tant qu’il n’en prendra pas conscience par lui-même, le monde islamique se sentira toujours obligé de mourir et de tuer pour sauver ce qui lui reste de Dieu !</p>

<p>Hebib KHALIL</p>
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	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Wed, 09 Feb 2022 21:20:50 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[La taxonomie, une maladie européenne]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Pendant que les can­di­dats et les médias essaient de nous inté­res­ser, sans y par­ve­nir vrai­ment, à la cam­pa­gne en vue de l’élection pré­si­den­tielle fran­çaise, la com­mis­sion de l’Union euro­péenne s’occupe de notre avenir.<br />
Elle s’est enga­gée dans l’élaboration d’une « taxo­no­mie » (en bruxel­lois dans le texte) des acti­vi­tés économiques, per­met­tant de les clas­ser dans la caté­go­rie « verte » ou « non verte ». Il s’agit de dis­tin­guer celles qui sont com­pa­ti­bles avec le « déve­lop­pe­ment dura­ble » de l’Union euro­péenne et nos mul­ti­ples tra­jec­toi­res de « tran­si­tion écologique et énergétique » vers la neu­tra­lité car­bone en 2050, de celles qui ne le sont pas.<br />
Cette clas­si­fi­ca­tion aura des consé­quen­ces impor­tan­tes pour les États et pour les inves­tis­seurs privés. Les États ne pour­ront plus sub­ven­tion­ner le déve­lop­pe­ment des acti­vi­tés économiques se trou­vant dans la mau­vaise colonne de la « taxo­no­mie ». Les ban­ques et les fonds d’inves­tis­se­ment pour­ront exiger que les pro­jets qui leur seront pré­sen­tés par les entre­pre­neurs soient consi­dé­rés comme « verts », ce qui sécu­ri­sera leurs inves­tis­se­ments.<br />
Le voca­bu­laire uti­lisé dans ces négo­cia­tions est loin d’être neutre. Il mêle la tech­no­cra­tie la plus abs­conse et la morale à des­ti­na­tion des jeunes enfants, un jargon incom­pré­hen­si­ble fait de seuils dont la jus­ti­fi­ca­tion scien­ti­fi­que et tech­ni­que ne peut être com­prise que de quel­ques spé­cia­lis­tes, et un code cou­leur pour le commun des mor­tels, sem­bla­ble aux petits visa­ges sou­riants ou gri­ma­çants à l’inten­tion des enfants des écoles pri­mai­res.<br />
Cela me rap­pelle les négo­cia­tions com­mer­cia­les inter­na­tio­na­les des années 1990, bap­ti­sées « Uruguay round », conclues par la créa­tion de l’orga­ni­sa­tion mon­diale du com­merce en 1995. Dans ces négo­cia­tions, les États-Unis ont imposé que les aides publi­ques à l’agri­culture, dans le monde entier, soient clas­sées de façon à pou­voir être pla­cées dans trois boîtes : une verte, une orange et une rouge. Seules les aides pou­vant être pla­cées dans la boîte verte seraient auto­ri­sées après la signa­ture d’un nouvel accord, les autres devant dis­pa­raî­tre. Tout à fait par hasard, la boîte verte cor­res­pon­dait au sys­tème amé­ri­cain d’aide à l’agri­culture, tandis que la poli­ti­que agri­cole com­mune, fondée à cette époque sur une pro­tec­tion du marché euro­péen et une garan­tie des prix agri­co­les, tom­bait dans la boîte rouge. L’Union euro­péenne a, bien entendu, accepté de réfor­mer sa poli­ti­que agri­cole dans le sens voulu par les États-Unis, en 1992. Elle a pro­gres­si­ve­ment déman­telé la pro­tec­tion du marché euro­péen et laissé la concur­rence mon­diale fixer le revenu des agri­culteurs euro­péens, ce qui a favo­risé une indus­tria­li­sa­tion de l’agri­culture dont tout le monde déplore les effets aujourd’hui, en raison de ses consé­quen­ces sur l’envi­ron­ne­ment et la santé, sans que per­sonne ne remette en cause les rai­sons de cette évolution.<br />
La dis­cus­sion sur la taxo­no­mie euro­péenne d’aujourd’hui pré­sente des simi­li­tu­des avec cette ancienne négo­cia­tion.<br />
Cette dis­tinc­tion entre ce qui est vert et ce qui ne l’est pas, entre le bien et le mal, laisse penser qu’il pour­rait y avoir un chemin indo­lore de « tran­si­tion » vers une crois­sance dura­ble, grâce au déve­lop­pe­ment de tech­no­lo­gies nous per­met­tant de vivre demain comme aujourd’hui tout en ayant fait ce que nous devions pour « sauver la pla­nète ».<br />
C’est une super­che­rie, car aucune tech­no­lo­gie, aucune source d’énergie n’est « verte » au sens où elle serait sans impact sur notre envi­ron­ne­ment. Toutes sont consom­ma­tri­ces d’énergie, qu’il faudra pro­duire, et de matiè­res (métaux, miné­raux, eau…) qu’il faudra extraire de l’envi­ron­ne­ment.<br />
La voi­ture électrique dont la bat­te­rie sera rechar­gée par de l’électricité pro­duite par des éoliennes, des pan­neaux solai­res, voir des réac­teurs nucléai­res, ne pro­duira pas de CO2 lorsqu’elle rou­lera sur nos routes (ce qui ne sera pas vrai si l’électricité est pro­duite avec du char­bon, du gaz ou du fioul). En revan­che, sa cons­truc­tion aura généré une pro­duc­tion de gaz à effet de serre supé­rieure à celle de la cons­truc­tion d’une voi­ture à moteur ther­mi­que. Le métal et le plas­ti­que néces­sai­res à son assem­blage, s’ils ne peu­vent pas être com­plè­te­ment recy­clés, géné­re­ront des déchets. Le recy­clage de ces véhi­cu­les électriques lui-même consom­mera des quan­ti­tés impor­tan­tes d’énergie. Celui des bat­te­ries est encore bien loin d’être garanti. Enfin, pour ali­men­ter en électricité un parc auto­mo­bile équivalent à celui du parc de véhi­cu­les ther­mi­ques d’aujourd’hui, il faudra pro­duire et poser des mil­liers de kilo­mè­tres de câbles de cuivre et d’après cer­tains experts consom­mer en 30 ans plus de réser­ves de ce métal que nous n’en avons consommé depuis l’aube de l’huma­nité. Les mines de cuivre sont de moins en moins pro­duc­ti­ves. Le pour­cen­tage de mine­rai dans la roche de plus en plus faible et il faut dépla­cer et trans­for­mer des quan­ti­tés crois­san­tes de roches pour extraire, à l’aide de pro­duits chi­mi­ques, le mine­rai qui est ensuite trans­porté vers les lieux de consom­ma­tion. Mais cela ne nous trou­blera pas, cette acti­vité minière se dérou­lant loin de chez nous, en Amérique du Sud ou bien en Afrique, alors qu’en Europe, aucun projet minier ne peut être déve­loppé en raison de l’oppo­si­tion des opi­nions publi­ques.<br />
Il n’y a rien de très écologique dans tout cela et l’amé­lio­ra­tion en termes d’émissions de CO2 sera payée par d’impor­tan­tes dégra­da­tions des milieux et une exploi­ta­tion ren­for­cée des res­sour­ces métal­li­ques de la pla­nète, portée un niveau sans pré­cé­dent.<br />
Ces nou­vel­les tech­no­lo­gies « de tran­si­tion » devraient être pré­sen­tées pour ce qu’elles sont, c’est-à-dire des ten­ta­ti­ves de trou­ver des solu­tions à l’impasse du déve­lop­pe­ment du capi­ta­lisme fondé sur la consom­ma­tion sans limite d’énergies fos­si­les. Ces ten­ta­ti­ves com­por­tent d’impor­tan­tes consé­quen­ces néga­ti­ves sur l’envi­ron­ne­ment qui sont loin d’être connues et évaluables avant leur géné­ra­li­sa­tion.<br />
Aussi, plutôt que de pro­mou­voir de grands bas­cu­le­ments tech­no­lo­gi­ques, obéis­sant à des calen­driers très serrés, d’ailleurs inte­na­bles, il serait plus pru­dent de mul­ti­plier les ini­tia­ti­ves, de tester, d’étudier les consé­quen­ces de chacun de nos actes sur notre envi­ron­ne­ment, d’aller len­te­ment en somme.<br />
Mais la len­teur ne cor­res­pond pas aux inté­rêts du capi­ta­lisme finan­cier à la recher­che de nou­veaux mar­chés qu’il faut déve­lop­per rapi­de­ment pour géné­rer des taux de retour sur inves­tis­se­ments rapi­des et élevés. La « taxo­no­mie euro­péenne » sécu­ri­sera les inves­tis­se­ments futurs et contri­buera au déve­lop­pe­ment de ces nou­veaux mar­chés, en leur don­nant un label écologique et en assu­rant la bonne cons­cience des consom­ma­teurs.<br />
Cette pru­dence ne convient pas non plus à ce qu’est deve­nue la poli­ti­que qui, faute d’être capa­ble de pro­po­ser un projet de société, pré­sente un cata­lo­gue de solu­tions tech­ni­ques. Les partis poli­ti­ques ne nous pro­po­sent plus de choi­sir entre le socia­lisme ou le capi­ta­lisme, la coo­pé­ra­tion ou la concur­rence, la fra­ter­nité ou la défense de nos inté­rêts égoïstes, la droite ou la gauche, mais entre le nucléaire ou les énergies renou­ve­la­bles, la réno­va­tion ther­mi­que totale ou par­tielle de nos loge­ments, la 5 G pour tous main­te­nant au plus tard, etc.<br />
Le capi­ta­lisme a connu une période de crois­sance extra­or­di­naire au len­de­main de la Deuxième Guerre mon­diale jusqu’au début des années 1970. Là, il a connu un pre­mier coup d’arrêt dont il s’est sorti en s’affran­chis­sant des contrain­tes natio­na­les qui limi­taient son déve­lop­pe­ment, ce que l’on a décrit comme la mon­dia­li­sa­tion ou la glo­ba­li­sa­tion de l’économie. Ce deuxième souf­fle n’a pas été dura­ble et depuis le début des années 2000 les économistes s’inter­ro­gent pour savoir si nous sommes entrés dans une phase longue de sta­gna­tion économique.<br />
Mis en cause du point de vue de sa capa­cité à géné­rer une crois­sance économique dura­ble, le capi­ta­lisme l’est aussi en raison des résul­tats de cette crois­sance économique : des­truc­tion mas­sive de l’envi­ron­ne­ment, épuisement des res­sour­ces natu­rel­les à com­men­cer par les énergies fos­si­les, bou­le­ver­se­ments cli­ma­ti­ques, explo­sion des iné­ga­li­tés dans le monde entier. Cette évolution a été syn­thé­ti­sée par l’économiste Branko Milanovic en 2016 grâce à sa « courbe de l’éléphant » décri­vant l’évolution des reve­nus de la popu­la­tion mon­diale. Cette courbe mon­trait une aug­men­ta­tion forte en pour­cen­tage, mais déri­soire valeur abso­lue, des reve­nus des plus pau­vres, une explo­sion des reve­nus les plus riches, et entre les deux un effon­dre­ment du revenu des clas­ses dites moyen­nes, c’est-à-dire la grande majo­rité de la popu­la­tion mon­diale.<br />
Dans ces condi­tions, l’accu­mu­la­tion du capi­tal a besoin d’inven­ter un récit ver­tueux pour se retrou­ver une légi­ti­mité. Cette taxo­no­mie y contri­buera en habillant de vert la pour­suite de la crois­sance économique dans les mêmes condi­tions que celles dont nous déplo­rons les effets aujourd’hui.<br />
Mais il y a un autre visage de ce débat euro­péen sur la taxo­no­mie.<br />
Il s’est concen­tré sur l’énergie, en par­ti­cu­lier sur le fait de savoir s’il fal­lait clas­ser le nucléaire et le gaz dans la caté­go­rie des « pro­duits verts » ou non. Le gou­ver­ne­ment fran­çais a défendu ce point de vue en expli­quant que la pro­duc­tion d’électricité d’ori­gine nucléaire était peu émettrice de CO2, à la dif­fé­rence de la pro­duc­tion d’électricité uti­li­sant des énergies fos­si­les. L’Allemagne et la Pologne ont défendu l’intro­duc­tion du gaz dans la caté­go­rie verte en expli­quant que celui-ci émettait beau­coup moins de gaz à effet de serre pour pro­duire de l’électricité que le char­bon ou le lignite et per­met­tait une baisse impor­tante et rapide des émissions de gaz à effet de serre du sec­teur de l’énergie dans les pays ne sou­hai­tant pas uti­li­ser l’énergie nucléaire. La France, l’Allemagne et la Pologne se sont enten­dues pour défen­dre leurs inté­rêts, deve­nus com­muns, et ont obtenu gain de cause auprès de la Commission de l’Union euro­péenne qui a inté­gré le nucléaire et le gaz dans les énergies de tran­si­tion pour une durée limi­tée.<br />
Les Verts alle­mands à peine arri­vés au pou­voir avec leurs par­te­nai­res du SPD en ont été un peu fâchés, sans aller jusqu’à se reti­rer de la coa­li­tion. Pascal Canfin, ex-minis­tre EELV du gou­ver­ne­ment de Jean-Marc Ayrault et ex-direc­teur géné­ral du WWF, main­te­nant député euro­péen macro­nisme s’est féli­cité de ce com­pro­mis.<br />
Sans tran­cher sur le fait de savoir si le nucléaire et le gaz sont des énergies écologiques ou non, il faut cons­ta­ter que grâce à cet acte délé­gué, la Commission euro­péenne étend sen­si­ble­ment son champ de com­pé­tence sans que per­sonne n’y trouve à redire.<br />
Le traité de Lisbonne entrée en vigueur le 1er décem­bre 2009 a fait de la poli­ti­que énergétique une com­pé­tence par­ta­gée : les États mem­bres sont com­pé­tents pour tout ce que l’union n’a pas décidé de régler elle-même. L’arti­cle 194 du TFUE (traité sur le fonc­tion­ne­ment de l’Union euro­péenne) pré­cise que les États mem­bres conser­vent le droit de déter­mi­ner leur mix de pro­duc­tion énergétique. En d’autres termes, les États mem­bres ont le droit de choi­sir s’ils pré­fè­rent recou­rir au nucléaire, au gaz ou à tout autre source d’énergie pour répon­dre à leurs besoins. Cependant l’arti­cle 191 du même traité pré­voit que l’Union euro­péenne peut adop­ter, pour pro­té­ger l’envi­ron­ne­ment, des mesu­res affec­tant sen­si­ble­ment le choix d’un État membre entre les dif­fé­ren­tes sour­ces d’énergie et la struc­ture géné­rale de son appro­vi­sion­ne­ment énergétique.<br />
C’est un bon exem­ple de l’équilibre du droit de l’Union euro­péenne : entre la liberté lais­sée aux états mem­bres et le pou­voir de la Commission euro­péenne, c’est ce der­nier qui finit tou­jours par l’empor­ter. Dans l’exem­ple qui nous occupe, la liberté lais­sée aux États de choi­sir leur mix énergétique n’est plus qu’un leurre, puisqu’un acte délé­gué de la com­mis­sion de l’Union euro­péenne peut en réa­lité le défi­nir. Il est amu­sant de voir les can­di­dats à l’élection pré­si­den­tielle en France défen­dre ou récu­ser le recours à l’énergie nucléaire pour pro­duire de l’électricité alors qu’en réa­lité, la réponse à cette ques­tion ne dépend déjà plus d’eux, mais de l’avenir du texte que la Commission euro­péenne a mis en consul­ta­tion au début du mois de février. Il faut pré­ci­ser que le texte en ques­tion ne peut plus être amendé, il ne peut plus être qu’adopté ou rejeté par le Parlement euro­péen et le conseil euro­péen.<br />
Il y a par ailleurs quel­que chose d’irréel à voir la Commission euro­péenne déci­der du bon mix énergétique pour l’Union euro­péenne d’ici à 2050, au moment où les résul­tats désas­treux de la poli­ti­que de libé­ra­li­sa­tion du marché de l’énergie qu’elle a impo­sée en Europe affec­tent dure­ment la popu­la­tion. Les prix de l’électricité et du gaz sont au plus haut. La com­mis­sion a d’ailleurs dû oublier pour quel­que temps les règles qu’elle a impo­sées ces der­niè­res années, pour per­met­tre aux gou­ver­ne­ments euro­péens de cor­ri­ger mas­si­ve­ment les « dys­fonc­tion­ne­ments » du marché de l’énergie, en sub­ven­tion­nant les entre­pri­ses, en fixant des prix régu­lés de vente de l’énergie très loin des cours astro­no­mi­ques atteints sur « les mar­chés », en accor­dant des chè­ques au consom­ma­teur pour qu’ils puis­sent se chauf­fer et se dépla­cer, en pra­ti­quant la fis­ca­lité qu’ils sou­hai­taient sur l’énergie.<br />
En quel­ques semai­nes, l’Europe a remis en vigueur tous les outils de l’économie admi­nis­trée qui avait permis à l’Europe de sortir de la pré­ca­rité énergétique.<br />
Étonnamment, cela ne sus­cite aucun vrai débat en France et ailleurs, sur la libé­ra­li­sa­tion du marché de l’énergie, la per­ti­nence de la poli­ti­que de l’Union euro­péenne et des moda­li­tés d’inter­ven­tion de la Commission euro­péenne. Des amé­na­ge­ments tem­po­rai­res sont pro­po­sés, mais per­sonne ne se risque à deman­der que nous sor­tions de ce cadre absurde, imposé par pure idéo­lo­gie par la Commission euro­péenne appuyée par un cer­tain nombre d’États mem­bres de l’Union, convain­cus que la concur­rence était la réponse à toutes les ques­tions.<br />
Bien au contraire, les can­di­dats à gauche comme à droite, se disent par­ti­sans d’une Europe forte. Mais qu’est-ce que cela veut dire ? Elle dis­pose déjà d’une force consi­dé­ra­ble. Les États-Unis d’Amérique sont, per­sonne ne le contes­tera, un vieil État fédé­ral. Mais dans celui-ci, le niveau fédé­ral n’a jamais pré­tendu impo­ser à chacun des États son mix électrique, une fis­ca­lité indi­recte unique, ni beau­coup d’autres choses impo­sées au sein de l’Union euro­péenne. Impuissante à l’exté­rieur, l’Union euro­péenne dis­pose d’une puis­sance déme­su­rée à l’inté­rieur. La com­mis­sion la ren­force chaque jour sous les applau­dis­se­ments. Thierry Breton vient de pré­sen­ter un plan de déve­lop­pe­ment de l’indus­trie euro­péenne des semi-conduc­teurs. Au lieu de lais­ser les États mem­bres déve­lop­per leur poli­ti­que indus­trielle, les allian­ces qu’il sou­haite avec d’autres états mem­bres de l’union, la com­mis­sion veut impo­ser un cadre à tous les États mem­bres, conforme au droit de la concur­rence de l’Union euro­péenne, la com­mis­saire en charge de ce dos­sier l’a réaf­firmé. Généreusement, Thierry Breton pré­voit un finan­ce­ment de son plan, en partie par le plan de relance euro­péen, lequel est financé par les contri­bu­tions des États mem­bres et la France paie beau­coup plus qu’elle ne reçoit à ce titre. C’est ainsi que si la France veut faire quel­que chose dans le domaine des semi-conduc­teurs, elle va fina­le­ment payer plus cher en le fai­sant dans le cadre euro­péen que si elle le fai­sait toute seule, en étant de sur­croît sou­mise aux inter­mi­na­bles pro­cé­du­res de l’Union qui font que nous arri­vons tou­jours après la bataille.<br />
Évidemment cela n’est pas un sujet de débat pour une élection pré­si­den­tielle en France, puis­que chacun sait que nous élisons un Président de la République dis­po­sant de pou­voirs tel­le­ment étendus qu’il pourra trans­for­mer le pays en cinq ans sans être soumis à toutes ces choses secondai­res…<br />
La cam­pa­gne pré­si­den­tielle est déci­dé­ment déconnec­tée de la réa­lité et il est dif­fi­cile de repro­cher aux citoyens de s’en désin­té­res­ser.<br />
Jean-François Collin<br />
9 février 2022</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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