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	<title><![CDATA[Signet Loupe: Février 2023]]></title>
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	<description><![CDATA[]]></description>
	
	<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/904/nft-encore-plus-stupide</guid>
	<pubDate>Sun, 26 Feb 2023 14:14:44 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/904/nft-encore-plus-stupide</link>
	<title><![CDATA[NFT : encore plus stupide]]></title>
	<description><![CDATA[<p>L’objectif d’un NFT est d’établir un titre de propriété. L’idée est de certifier une association entre une identité numérique (le propriétaire) et un objet (la propriété, le plus souvent numérique également), et d’utiliser la technologie de la blockchain pour stocker et distribuer ce certificat de propriété.</p><p>Ça commence mal : les personnes qui prétendent utiliser une blockchain pour établir des titres de propriétés mentent ou ne savent absolument pas de quoi elles parlent. Cela a été établi dans un précédent billet (dont je vous conseille la lecture avant celui-ci) où j’expliquais qu’<a href="https://p4bl0.net/post/2021/06/La-v%C3%A9rit%C3%A9-sur-la-blockchain">une blockchain ne peut pas servir de source de vérité</a> pour quoi que ce soit qui ne soit pas intrinsèquement “dans” ladite blockchain. Cette technologie n’a donc aucun avantage par rapport au papier, mais a par contre beaucoup d’inconvénients que le papier n’a pas (consommation énergétique, transactions acentrées impossibles, etc.).</p><p>Ce que prétendent apporter les NFT, c’est la décentralisation et l’absence de la nécessité de tiers de confiance. Cela suffit en soi à discréditer complètement l’idée des NFT, puisqu’il s’agit de titre de propriété sur une blockchain et que justement, l’utilisation d’une blockchain ne permet en réalité aucune décentralisation ni aucune suppression du besoin de confiance comme cela est démontré dans le billet cité précédemment. Mais comme l’indique le titre de ce billet : les NFT sont encore plus stupides.</p><p><a href="https://p4bl0.net/public/deux-billets-de-10e.jpeg"></a> NFT signifie “non-fungible token”, c’est à dire “jeton non-fongible” : il s’agit d’un morceau d’information non interchangeable, par opposition aux unités de cryptomonnaies par exemple. Quand on a 1 bitcoin, on a 1 bitcoin n’importe lequel, ils sont tous équivalents, au sens strict d’avoir la même valeur. Chaque NFT est unique et identifiable. Un billet de 10€ vaut la même chose que n’importe quel autre billet de 10€ (ou que n’importe quel ensemble de pièces et billets qui valent 10€) : les euros sont fongibles. En revanche si on décide que les billets de 10€ n’ont plus cours mais qu’on les garde et qu’on ouvre un marché des billets de 10€ où chacun est unique et identifié par son numéro de série, alors je peux espérer vendre plus cher mon billet numéroté 198357 que celui numéroté 840414 par exemple en disant que c’est un nombre premier et qu’il y a un nombre limité de tels billets (ce qui est faux puis stupide, mais je peux le dire quand même…).</p><p>Cette idée illustre ce qu’on entend par “non-fongibilité”. C’est ça qui fait que numéroter des objets en quantité limité augmente leur valeur : non seulement ils sont rares mais en plus ils sont maintenant uniques puisque chacun a un numéro différent. Mais dans le cas des NFT, c’est encore plus stupide : des NFT, absolument rien n’empêche d’en créer plusieurs (et même autant qu’on veut) pour exactement le même objet (donc il peut y avoir plusieurs certificats de propriété pour une même œuvre), et n’importe qui peut en créer pour n’importe quoi (donc aucune garantie que la personne qui crée ou vend un NFT ait des droits sur la propriété de l’objet associé). Tout se passe comme si un même billet de 10€ (au sens de l’objet physique, nécessairement unique) pouvait avoir une infinité de numéros de série, et que c’est à ces numéros de série qu’on attribuait de la valeur, et potentiellement des valeurs différentes à chacun. Oui oui, ça n’a absolument aucun sens.</p><p>En fait c’est même encore plus stupide : l’objet associé à un NFT est généralement un objet numérique, dont la rareté n’existe donc pas puisqu’il est transmissible par copie (par opposition à mon billet de 10€ que je n’aurais forcément plus en ma possession quand je l’aurais transmis à quelqu’un·e d’autre). Cela signifie que l’objet associé au NFT (et qui manifestement contribue à sa valeur sur le marché alors qu’on a déjà vu au paragraphe précédent que ça ne fait pas sens) peut lui même être répliqué infiniment. Cela peut sembler évident mais on a vu vraiment beaucoup de cas de personnes ayant acheté une image en NFT pour l’utiliser comme photo de profil sur des réseaux sociaux et traitant de voleurs les personnes qui récupéreraient cette image par un simple clic droit puis “enregistrer l’image sous…”, par exemple.</p><p>Toutes ces critiques sont déjà valides en admettant encore l’idée qu’un NFT serait effectivement un titre de propriété, mais en réalité c’est encore plus stupide. En principe, du moins du point de vue des défenseurs de cette technologie, posséder un NFT associé à l’objet (numérique ou non) X permet de dire « Je suis le propriétaire officiel de X, j’ai un certificat qui le prouve. ». Sauf que la notion propriété n’a absolument rien de naturelle, elle n’existe pas autrement que comme une construction sociale. La propriété peut résulter d’un rapport de force “brute” ou d’un accord commun, mais dans tous les cas, il s’agit d’une forme de violence. Dans le premier cas le rapport de force doit être renouvelé sans arrêt. Dans le second cas il est nécessaire qu’une forme d’autorité extérieure fasse respecter l’accord aux différentes parties (avec un pouvoir de sanction en cas de non respect, ou un pouvoir absolu de contrainte). Et dans les deux cas, la notion de propriété n’existe et n’a de sens que pour la communauté concernée. Bref, un titre de propriété n’a aucune valeur dans l’absolu si il n’y a pas une autorité tierce qui le fait appliquer, et lui donne par là même sa valeur. C’est vrai quand le titre de propriété prend la forme d’un bout de papier, mais c’est vrai aussi quand il prend la forme d’un NFT. En écrivant dans une blockchain que tel personne est propriétaire de tel objet, on a absolument rien fait de plus que si on avait écrit cette même affirmation sur du papier : ça n’a absolument aucune valeur tant qu’il n’y a pas une autorité tierce qui fait appliquer, qui rend vrai, ce qui est écrit. Exit donc une fois de plus l’idée de décentralisation ou de désintermédiation…</p><p>Mais accrochez-vous car ce n’est pas fini : l’association d’un objet à un NFT ne se fait généralement pas directement sur la blockchain pour des raisons techniques (pour les objets physiques — montres de luxe, œuvres d’art, etc. — c’est évident ; et les objets numériques sont trop volumineux pour ça). Notez bien que même dans les très rares cas où l’objet est enregistré sur la blockchain, tout ce qu’on a dit jusque là s’applique parfaitement. Ce qui est stocké sur la blockchain est en fait le plus souvent un lien vers une page web qui pointe à son tour vers l’objet associé au NFT. Ce qui signifie qu’on perd toute idée de décentralisation (qui est la raison d’être de cette technologie — même si cette croyance n’est que le fruit d’une énorme incompréhension comme on l’a déjà vu) puisqu’une plateforme centralisée est nécessaire pour faire le lien entre le NFT et l’objet associé. C’est déjà assez affligeant mais en fait c’est encore plus stupide : du fait de la centralité de ce tiers de confiance imposé, le NFT lui même est sujet au risque de pointer vers un <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Lien_mort">lien mort</a> dans le meilleur des cas (par exemple si le site de la plateforme disparaît ou change d’adresse). Mais cela peut être pire : le site pourrait se faire pirater ou simplement être remplacé plus tard par un autre qui ferait des associations fantaisistes, afficherait de la pub, tenterait d’infecter ses visiteurs avec des virus, ou se contenterait tout simplement de <a href="https://www.youtube.com/watch?v=dQw4w9WgXcQ">troller</a>.</p><p>Il est donc assez clair que la technologie des NFT est purement et entièrement du vent et n’a aucune application sérieuse possible (en dehors d’enrichir les plus hauts étages d’une pyramide de Ponzi tout en accélérant le réchauffement climatique). Regardons tout de même de plus près le cas d’usage non purement spéculatif qui semble être le plus souvent mis en avant par les défenseurs de cette technologie : son utilisation dans un metavers ou le domaine du jeu vidéo (je vais parler de “monde virtuel” de façon général) pour des marchés d’accessoires “in game”.</p><p>Ce qui fait que cette idée semble fonctionner, c’est que dans le cas d’un monde virtuel dont on contrôle tout, on peut effectivement décider que la blockchain sur laquelle on enregistre les NFT est une source de vérité. Techniquement, ça fonctionne. Le monde virtuel peut complètement empêcher les participant·es qui ne sont pas identifié·es comme propriétaires d’un NFT de bénéficier de l’objet associé à celui-ci. L’entreprise qui édite le jeu, au travers de l’implémentation du monde virtuel, c’est à dire des règles écrites dans son <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Code_source">code source</a>, a ici le rôle de l’autorité tierce et centralisée qui a le pouvoir absolu de rendre vrai ce qu’elle veut, et donc entre autre ce qui serait écrit sur une blockchain. Si l’entreprise change d’avis, la vérité dans le monde virtuel change avec… Et c’est même encore plus stupide. Contrairement à ce qu’on peut régulièrement lire sur le sujet, cela ne permettrait absolument pas de transférer des objets d’un monde virtuel à l’autre si ce n’est pas prévu dans le code des mondes virtuels en question : si un jeu n’a pas prévu de code pour afficher un chapeau rouge sur votre avatar, vous ne pourrez pas y afficher un chapeau rouge sur votre avatar, même si vous être le “propriétaire” d’un NFT associé à l’idée d’un chapeau rouge et que le jeu prend en compte la blockchain sur laquelle c’est le cas par ailleurs. Les NFT ne permettent pas non plus un marché de revente d’objets entre joueur·ses au sein d’un même monde virtuel si celui-ci ne prévoit pas la possibilité de transfert de propriété (ce qu’il pourrait décider de ne faire qu’avec une taxe par exemple…). Bref, tout ce qui relèverait d’autre chose que du marché spéculatif de (re)vente de faux titres de propriété à des acheteurs crédules dépend entièrement de la volonté de l’entité qui contrôle le monde virtuel. On est donc bien dans un système entièrement centralisé, et il n’y a aucun avantage à utiliser des NFT et donc une blockchain pour ça. Techniquement il y a même de nombreux désavantages : ce sera plus coûteux en ressources et moins efficace qu’une simple base de données pour arriver au même résultat.</p><p>Mise à jour (22/01/2022) : il a été porté à mon attention que le terme “débile” est problématique car il semble être encore beaucoup attaché aux handicaps cognitifs, j’ai donc pris la décision de le remplacer par “stupide” qui a la même signification sans être validiste.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
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	<pubDate>Sun, 12 Feb 2023 00:32:06 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/903/%C2%AB-maintenant-je-sais-%C2%BB</link>
	<title><![CDATA[« Maintenant, je sais »]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Il y a quelques jours, un jeune homme, étudiant en École de Commerce, me posa cette question : « À quoi cela vous sert-il aujourd’hui de savoir le latin et le grec ancien ? ». Il ajouta : « il y a des traductions, il n’y a plus aucun besoin de connaître ces langues mortes ». je lui répondis alors : « Et à quoi sert-il aujourd’hui de savoir compter, puisque les smartphones ont une calculatrice à l’intérieur, que les ordinateurs calculent plus vite et mieux que nous, il n’y a plus besoin non plus d’apprendre à compter… », et il me répondit : « Absolument c’est tout à fait inutile ». <br /> <br />Il s’en est suivi une longue discussion pour savoir qui de l’humain ou de la machine est le maître. Si l’humain ne sait plus rien et que seule la machine sait, alors l’humain est son esclave, la machine décide de tout, ou plus exactement la petite élite qui programme la machine décide de tout. <br /> <br />Je pense que la réflexion de ce jeune homme n’est pas du tout isolée. Elle correspond à la pente du moindre effort que l’ensemble du système propose en permanence à la jeunesse. Regardez les émissions de télévision destinées aux jeunes, écoutez les émissions de radio destinées aux jeunes, regardez tout ce qui sur l’Internet est destiné aux jeunes : on leur explique qu’il n’y a pas de raison de s’en faire, qu’il faut profiter de la vie et que l’on n’est pas là pour faire des efforts, s’ennuyer ou se fatiguer. Qu’apprendre, finalement, ne sert pas à grand-chose, qu’il faut surtout profiter de la vie et trouver les bonnes coinches pour devenir milliardaire, comme le leur conseille l’actuel locataire de l’Élysée. <br /> <br />Que la seule chose dont il faut avoir peur c’est le réchauffement climatique, et au nom de cette religion réchauffiste, accepter tout et n’importe quoi. Comme au nom de la lutte contre les pandémies, qui sont maintenant promises à un développement régulier, et systématiquement adossé à des grands groupes pharmaceutiques dont on découvrira probablement assez vite qu’ils prendront l’habitude de fabriquer le vaccin avant de fabriquer le virus…<br /> <br />On ne mesure pas encore à quel point notre société se transforme ainsi rapidement. À quel point notre civilisation se décompose. <br /> <br />En une ou deux générations la société sera numériquement dominée par des personnes qui n’auront plus aucune clé pour se révolter. Elles s’en seront remises aux machines dont elles penseront être propriétaires pour organiser leur vie – qui leur sera présentée et vendue comme une vie de plaisirs – et lorsqu’elles se rendront compte que « le pain et les jeux » qu’on leur fournit est un programme insuffisant, elles n’auront plus les ressources suffisantes pour vouloir autre chose, et encore moins pour le conquérir. <br /> <br />Il n’y a que dans quelques écoles d’élite, comme l’École alsacienne – où sont scolarisés les enfants du ministre de l’éducation par exemple – que l’on apprend non seulement la nécessité mais aussi le goût de l’effort. Que l’on apprend que tout ce que l’on ne sait pas soi-même, c’est un morceau de liberté que l’on perd. <br /> <br />On apprend cela aussi dans les pensions de Suisse où vont les enfants de milliardaires.<br /> <br />Qu’avoir des collaborateurs ou des machines qui savent à votre place, c’est avoir des collaborateurs ou des machines qui décident à votre place, et que l’on ne peut donc se permettre de renoncer à connaître des pans entiers de la connaissance humaine. Même si personne ne peut penser détenir l’intégralité de la connaissance à lui tout seul aujourd’hui, cette ambition des encyclopédistes d’être « un honnête homme » n’est plus à notre portée… c’est que l’on en sait beaucoup plus qu’à l’époque.<br /> <br />La préparation de la « société liquide », ou l’organisation du « Great Reset », c’est en œuvre sous nos yeux. C’est d’ailleurs écrit en toutes lettres dans les programmes de divers organismes et institutions, et les discours que de vieux contestataires peuvent opposer ne servent pas à grand-chose, dans la mesure où la génération qui vient, n’a ni moyens, ni raison de les entendre. <br /> <br />C’est d’une part, qu’elle est largement composée de personnes issues de l’immigration c’est-à-dire que cela ne favorise pas l’existence de traditions ou la reproduction de représentations inconsciemment issues des luttes du passé, et d’autre part qu’elle est projetée dans une inconscience dans le domaine politique et social qui est compensée par une angoisse vitale dans le domaine climatique et viral.<br /> <br />Lorsque les baby-boomers, devenu Papy-boomers – qu’on leur apprend chaque jour à haïr – auront quitté cette vallée de larmes, ils seront enfin libres.<br /> <br />Libres d’obéir sans même s’en rendre compte, car ils ne sauront plus guère faire autre chose…<br /> <br />Et ils penseront, après avoir regardé un journal de propagande : « Je suis content les médias pensent comme moi »…<br /> <br />Comme nous sommes dimanche, je diffuse – lorsque je ne suis pas interdit de parole ici – une chanson sur cette page et comme nous parlons du savoir, qui est un autre nom du pouvoir, cela m’a fait penser à une chanson de 1974 qui évoque cette question du savoir, mais sous un tout autre angle qui est celui de l’expérience de la vie que l’on peut se constituer au fil du temps, sentiment trompeur que lorsque l’on ne sait pas grand-chose, on a – tout naturellement – de savoir tout. Sur les paroles de Jean-Loup Dabadie et une musique de Philippe Green, c’est Jean Gabin qui interprète ce titre « Maintenant, je sais »</p>

<p>https://youtu.be/xUC42A1nRbc</p>

<p>Gilles CASANOVA</p>
]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/902/ukraine-une-guerre-transformationnelle</guid>
	<pubDate>Mon, 06 Feb 2023 21:22:18 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/902/ukraine-une-guerre-transformationnelle</link>
	<title><![CDATA[UKRAINE : UNE GUERRE TRANSFORMATIONNELLE]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Pierre Lellouche : « …Des fractures irréversibles s’ouvrent entre les différentes parties du monde qui ne se font plus confiance ! Le conflit russo-ukrainien actuel n’est pas sans rappeler le micro-événement qu'a représenté l’assassinat, le 28 juin 1914, de François-Ferdinand de Habsbourg dans une province obscure inconnue du grand public, la Bosnie. Là aussi, l'événement avait été provoqué par des haines ethniques nourries par de hasardeux partages territoriaux… Et puis, soudainement, tout s’enchaîne, la spirale de violence se déroule, et on est entraîné dans un cycle de guerres qui a duré de 1914 jusqu’à 1945, avec 70 millions de  morts, le tout suivi par la partition de l’Europe 70 ans durant. En février 2014, on a observé, d’un œil distrait, le renversement du président ukrainien, qui a dégénéré en un conflit local limité, puis en une guerre larvée, laquelle a brutalement pris de l’ampleur en février 2022. Allons-nous être capables de nous arrêter là? »</p>

<p>*****<br />- Vous êtes l’une des rares personnalités européennes à mettre en question la ligne officielle de Bruxelles et de la majorité des gouvernements européens, qui consiste à offrir à l’Ukraine un soutien inconditionnel, notamment militaire, « jusqu’à sa victoire ». Pourquoi cette stratégie vous semble-t-elle erronée ? </p>

<p>Pierre Lellouche — Parce que je pense d’abord en termes d’intérêts nationaux français, et de sécurité des Français. Qu’on me comprenne bien : je condamne sans réserve l’agression de Poutine, comme les violations qui en résultent de tous les accords internationaux sur les frontières en Europe. Mais l’indignation morale ne saurait à elle seule tenir lieu de politique étrangère, sinon nous passerions notre temps à guerroyer contre tous les méchants. Dans cette affaire gravissime pour l’avenir de l’Europe, notre intérêt national est-il de nous laisser entraîner inexorablement vers un conflit, désormais présenté comme civilisationnel, contre notre voisin russe ? Est-il de nous aligner docilement derrière les États-Unis, qui pilotent toute cette affaire, alors qu’ils n’ont pas, eux-mêmes, défini clairement leurs buts de guerre, et qu’ils semblent les avoir délégués au régime de Kiev ?<br />Ou bien faut-il poser nos propres conditions afin d’éviter un effondrement économique et social dans nos pays en raison de la guerre économique et énergétique qui résulte du conflit ukrainien, et surtout afin d’éviter que l’engrenage en cours ne conduise à un embrasement généralisé ?</p>

<p>Je constate que ce conflit n’est plus seulement une affaire de territoire à l’Est de l’Ukraine, voire de statut de ce pays — à l’intérieur ou à l’extérieur de l’Otan —, ce qu’il était à l’origine. Au fil des mois, cette guerre est devenue une guerre par procuration, non déclarée, entre d'une part les États-Unis et l’OTAN et, d'autre part, la Russie. Une guerre qui se joue certes sur le sol ukrainien et en partie, depuis peu, sur le territoire russe. Mais surtout une guerre qui met en présence pas moins de quatre puissances nucléaires majeures, dont la France.</p>

<p>Cette guerre est aussi, déjà, une guerre à dimension mondiale par ses répercussions économiques, énergétiques ou alimentaires.<br />Dans cette guerre, vécue en Occident comme une guerre d’abord morale, on peut certes continuer à invoquer à l’envi les grands principes, la démocratie contre la barbarie, le bien contre le mal, « le prix » que chacun est prié de payer pour la liberté des Ukrainiens qui, nous dit-on, conditionne la nôtre…</p>

<p>Mais on peut craindre aussi, comme c’est mon cas, depuis le début de cette crise, qu’à force d’additionner les erreurs de calcul, de part et d’autre, tout cela ne finisse très mal. En un véritable désastre généralisé, et, à tout le moins, en une transformation en profondeur des rapports de force internationaux, dont, au final, les Européens risquent d’être les grands perdants.</p>

<p>Car en Ukraine, les erreurs de calcul se sont empilées sans discontinuer depuis des mois, voire des années.</p>

<p>— Vous avez décrit cette guerre comme une « guerre par procuration » entre l’Occident et la Russie. L’Ukraine n’est-elle donc, selon vous, qu’un instrument dans cette confrontation des grandes puissances ? N’a-t-elle pas sa volonté propre ?</p>

<p>P. L. — Je ne dirais pas cela. Les Ukrainiens ont été attaqués sur leur territoire et ils essayent de se défendre. On a vu en Ukraine un vrai mouvement de solidarité nationale, une volonté de résister. En revanche, nous n’avons aucune visibilité quant au processus de prise de décision à Kiev, aussi bien sur le plan politique que sur le plan militaire. On dit que le système russe est très personnalisé et très secret, et c’est vrai. Mais le système ukrainien est tout aussi opaque. Nous ne savons pas quelles sont les intentions réelles de Zelensky, qui a beaucoup évolué depuis le début de la guerre. En mars, il évoquait la possibilité que l’Ukraine proclame sa neutralité en échange de garanties de sécurité. Il se disait prêt à discuter des statuts des républiques auto-proclamées et des territoires occupés par les Russes. </p>

<p>Aujourd’hui, il n’en est plus question. Pas plus qu'il n'est question de reprendre des négociations avec les Russes, alors que de telles négociations avaient eu lieu au début du conflit en Biélorussie et en Turquie. Désormais, Zelensky refuse —  il a même publié un oukase à cet effet —  de négocier avec la Russie tant que Poutine restera au pouvoir, ce qui est une façon de dire que le but de guerre de l’Ukraine n’est rien d’autre qu’un changement de régime à Moscou, après une défaite de l’armée russe et la libération de la totalité du territoire ukrainien, Crimée comprise. </p>

<p>En vérité, nous ne savons pas ce qui est déterminant dans la prise de décision par Kiev, nous ne savons pas quelles sont les forces politiques réellement à la manœuvre, derrière le président.  En Occident, on ignore presque tout des réseaux concurrents tenus par des oligarques qui s’entre-déchirent ou des forces politiques souterraines qui influencent la présidence.</p>

<p>Pourtant, de notre côté, nous, les Occidentaux, nous fournissons des armes en quantité mais, au nom de la morale et face à des opinions publiques très remontées contre la Russie, aucun gouvernement n’ose questionner les objectifs finaux du conflit. (…)</p>

<p>Le problème, cependant, est que, par la dynamique même du conflit, cette guerre est bel et bien devenue un affrontement global qui va très au-delà du sort de l’Ukraine ; c’est en vérité une guerre non déclarée entre les États-Unis et la Russie, avec derrière eux, leurs alliés, européens d’un côté, chinois et iraniens de l’autre. Qui est en train de transformer durablement le système international. En ce sens, la guerre d’Ukraine est vraiment une guerre transformationnelle.</p>

<p>D’ici là, au flou des buts de guerre s’ajoute la logique propre de l’engrenage qui se met en place, mois après mois, sous nos yeux.<br />Or, cet engrenage, j’y reviens, personne à Paris ou en Europe n’a de prise sur lui. Nous nous sommes embarqués dans une sorte de suivisme aveugle, avançant dans le noir, tels les somnambules de 1914…</p>

<p>— Pourriez-vous préciser le fond de votre pensée lorsque vous parlez de « suivisme aveugle » ?</p>

<p>P. L. — Premièrement, quand on parle de « position occidentale », on parle en réalité, globalement, de celle qui est formulée par les États-Unis. </p>

<p>Ce sont eux qui fournissent l’essentiel de l’aide militaire et financière à l’Ukraine, eux qui pilotent le conseil de guerre qui ne dit pas son nom dit de « Rammstein », présidé par Lloyd Austin. Les Européens suivent sous l’impulsion des pays les plus proches, donc les plus hostiles à la Russie : les Baltes, les Polonais, la Finlande, la République tchèque, relayés par la commission de Bruxelles. Les velléités de résistance des « grands » Européens, France et Allemagne notamment, ont été progressivement balayées. Olaf Scholz a été très critiqué de toutes parts pour ses hésitations à livrer des armes à l’Ukraine au début du conflit, et Emmanuel Macron pour avoir passé trop de temps au téléphone avec Poutine. Tous deux ont dû faire machine arrière …</p>

<p>Pour autant, les intérêts stratégiques sont-ils vraiment identiques des deux côtés de l’Atlantique ? Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que cette guerre sert d’abord, objectivement, les intérêts américains. C’est même, pour eux, une guerre parfaite, « a perfect war », sans « body bags », sans morts. Une guerre qui leur permet de retrouver pleinement leur leadership politique en Europe, avec une Otan véritablement ressuscitée. Une guerre qui va permettre à l’industrie de l’armement américaine de livrer pour des centaines de milliards d’euros d’armements modernes aux alliés, à commencer par l’Allemagne qui vient de décider de se réarmer. Et, cerise sur le gâteau, c’est une guerre qui va remplacer le gaz russe par le gaz naturel liquéfié (GNL) américain.</p>

<p>… Or, la guerre du gaz — les représailles de Poutine aux sanctions économiques occidentales — va entraîner des conséquences sociales et économiques redoutables au sein de l’UE, sans parler du risque réel d’un élargissement du conflit sur le sol européen, y compris indirectement, via, par exemple, un accident nucléaire sur la centrale de Zaporojie.</p>

<p>Mais le paradoxe de toute cette affaire est que, si le conflit ukrainien est à l’évidence, central pour l’avenir des Européens, tel n’est pas le cas pour les États-Unis, pour qui cette crise est en définitive secondaire. L’Ukraine, par exemple, n’a joué rigoureusement aucun rôle et a été à peine mentionnée dans les récentes élections de mi-mandat, entièrement tournées vers la question de l’avortement et la politique intérieure américaine.</p>

<p>— Selon vous, pour les États-Unis, il n’est plus seulement question d’aider l’Ukraine, mais d'affaiblir durablement la Russie, de faire en sorte qu'elle ne fasse plus partie des grandes puissances…</p>

<p>P. L. — En effet, aux États-Unis, et chez certains en Europe aussi, l’idée d’affaiblir, de « balkaniser » la Russie, de la sortir du rang des grandes puissances pour qu’elle ne puisse plus jamais se lancer dans des aventures militaires est exprimée plus librement, sans toutefois être affichée ouvertement par Bruxelles, contrairement à Washington. Sans surprise, les propositions les plus radicales sont venues de Pologne ou des pays baltes. Ainsi, on a entendu Lech Walesa déclarer vouloir découper la Russie en morceaux et réduire la population de ce qu'il resterait de la Russie à cinquante millions d’habitants…</p>

<p>Derrière la volonté d’infliger une défaite humiliante à la Russie, il y a évidemment l’espoir que Poutine n’y survivrait pas et qu’il y aurait nécessairement un changement de régime à Moscou… On ne présente plus cette guerre comme un conflit territorial, mais comme une « guerre de la démocratie contre le totalitarisme », et Poutine comme un « criminel de guerre » et un monstre, ce qui exclut toute possibilité de dialogue avec lui. À quoi on répond, du côté russe, par une logorrhée tout aussi définitive sur la guerre contre l’Occident, émaillée de menaces irresponsables de frappes nucléaires sur les capitales occidentales.<br />(…)<br />P. L. — Comme dans bien d’autres cas, la politique européenne, dans ce dossier, a été dictée par l’émotion et la morale, et non pas par le bon sens et les intérêts bien compris des citoyens. Nous sommes partis la fleur au fusil, promettant comme Bruno Le Maire, « une guerre économique totale à la Russie ». Et nous nous retrouvons aujourd’hui à expliquer aux Français qu’ils doivent « payer le prix de la liberté ». Plus facile à dire à Washington qu’à Paris ou à Berlin… </p>

<p>Nous avons militarisé nos relations commerciales et financières avec la Russie au fil des sanctions américaines et de huit paquets de sanctions européens successifs, et nous nous étonnons que Poutine ait choisi de militariser ses livraisons d’hydrocarbures en Europe ! À aucun moment, les grands pays européens, à commencer par la France et l’Allemagne, n’ont été capables de définir les objectifs de leur politique de sanctions. S’agissait-il de punir la Russie, et jusqu’où? Ou de se préparer éventuellement à négocier en utilisant la levée des sanctions comme une monnaie d’échange ? Faute d’accord entre les États sur leurs objectifs, nous avons laissé la Commission récupérer l’initiative et gérer la situation à sa guise. </p>

<p>C’est ainsi que la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, qui n’a aucune compétence en la matière, s’est auto-proclamée cheffe de guerre en Europe et est parvenue à imposer aux gouvernements son activisme bureaucratique. Guidée par l’indignation, l’UE pensait avoir le beurre et l’argent du beurre, en imposant des sanctions drastiques à la Russie tout en continuant, dans un premier temps, d’importer du pétrole et du gaz russes. Le pétrole a été ensuite placé sous embargo. Mais pas le gaz, dont la sortie n’était prévue qu’au bout de deux ans. C’était sans compter sur la réaction de Poutine pour qui le gaz est une arme de destruction massive des économies européennes. Progressivement, il a commencé à fermer les robinets et à littéralement étrangler les Européens. <br />…<br />L’autre point important est que cette escalade dans les sanctions a révélé la montée en puissance des pays du Nord-Est au détriment du noyau historique de l’UE, à savoir la France et l’Allemagne. Dans l’une de ses récentes tribunes, le premier ministre polonais Mateusz Morawiecki a eu des mots très durs à l’égard de l’Allemagne et de la France. Et les États baltes ne sont pas en reste ; ils ont joué un rôle de premier plan dans l’adoption d’une violente ligne antirusse.</p>

<p>On a donc assisté à un déplacement du centre de gravité de l’UE au profit des États du Nord-Est de l’Europe, qui ne se cachent pas de faire plus confiance à Washington qu’à Paris ou à Berlin. Voilà qui aboutit à faire des Etats-Unis un membre officieux mais omniprésent de l’Union, de par leur poids et leur influence. </p>

<p>—  On a vu fleurir des initiatives consistant à bannir tout ce qui est russe de l’environnement européen et punir l'ensemble des Russes comme « responsables collectivement de la guerre ». Que pensez-vous de cette approche ?</p>

<p>P. L. —  En adoptant sans distinction des mesures contre les citoyens russes, les Européens les stigmatisent tous en les traitant comme des criminels ou comme des esclaves.</p>

<p>À mon avis, associer le peuple russe tout entier à Poutine, lui faire payer les agissements de ses dirigeants, constitue une faute à la fois morale et politique. Qu’on puisse mettre en cause les responsables, c’est une chose. Mais criminaliser tout un peuple, c’en est une autre. Vouloir interdire la culture russe, bannir ses écrivains, ses artistes, ses sportifs, interdire l’accès à des citoyens russes à notre territoire, serait adopter la même attitude que Poutine emploie envers ses opposants. Ce serait de l’intolérance totale et un pas de plus vers la « guerre des civilisations », souhaitée d’ailleurs des deux côtés par les milieux les plus extrêmes ! Il n’est pas étonnant que de telles propositions arrivent à Bruxelles par le biais des Finlandais ou des Baltes, ces derniers étant, depuis des années, pointés du doigt pour la façon dont ils traitent les minorités russes sur leurs territoires. </p>

<p>La montée en Europe d’une politique guidée par le revanchisme et l’intolérance, d’où qu’elle vienne, est extrêmement dangereuse. C’est elle qui est en train de creuser davantage un fossé civilisationnel, de transformer un conflit territorial en une guerre de civilisations sans fin.  C’est elle qui, à force de diaboliser la nation toute entière et de laisser transparaître la volonté de balkaniser et démembrer la Russie, contribue à transformer cette guerre en une nouvelle « guerre patriotique », une guerre existentielle pour les Russes.</p>

<p>Nous, les Européens, nous avons déjà commis par le passé une lourde erreur, celle de ne pas avoir su aider la Russie, ni sous Gorbatchev, ni sous Eltsine. De ne pas avoir cherché à l’inclure dans l’architecture de sécurité européenne. De ne pas en avoir fait un partenaire et de l’avoir considérée comme un ennemi vaincu, désormais sans grande importance. Aider financièrement les Russes, disait Bush père à Gorbatchev, ce serait verser de l’eau dans le sable. … Je trouve que c’est un gâchis immense.<br />Cette guerre est en train de fabriquer un clivage qui risque d’être encore plus grave que celui de la guerre froide. À l’ouest, on a tendance à essentialiser la Russie comme historiquement coupable de tous les totalitarismes, à présenter le peuple russe comme « violent par nature », etc. Et la Russie nous renvoie le même discours de rejet total en présentant l’Europe et sa démocratie comme entièrement corrompue, dégénérée, désireuse d’imposer son hégémonie au monde entier, etc.</p>

<p>Ce qui était initialement un conflit sur un bout de territoire ukrainien et le statut de l’Ukraine s’est transformé en une guerre de civilisations, des deux côtés. Or cette évolution est extrêmement préoccupante, notamment en raison des conséquences géopolitiques que cela entraîne pour nous, les Européens.</p>

<p>— Précisément, quelles seront, selon vous, les conséquences géopolitiques de cette « guerre civilisationnelle » entre la Russie et l’Occident ? </p>

<p>P. L. — À mes yeux, la rupture radicale avec la Russie qui est en train de s’installer, peut-être définitivement, ou en tout cas pour de longues années, bousculera totalement le rapport de forces sur le continent eurasiatique. Et cela, au détriment des Européens. Comment ne pas voir qu’est en train d’émerger un mastodonte sino-russe qui va dominer tout le « Heartland » eurasiatique. Le « Heartland » qui s'étend de la Volga au Yangtze et de l'Himalaya à l'Arctique est le territoire le plus fertile et le plus important, stratégiquement, du monde. Celui qui contrôle le « Heartland », disait Mackinder, tient le monde.</p>

<p>En nous engageant, des deux côtés d’ailleurs, dans une rupture civilisationnelle, nous fabriquons collectivement non seulement un nouveau rideau de fer, mais, derrière lui, une alliance solide entre la Russie et la Chine sur le continent eurasiatique. Une alliance qui rendra la position des Européens plus vulnérable. Il sera très difficile de contrebalancer la puissante alliance de l’industrie chinoise et des matières premières russes. Dans un tel système géopolitique, le risque est que le continent tout entier, y compris la péninsule européenne à son extrémité ouest, soit à terme dominé par l’alliance russo-chinoise. </p>

<p>Quant aux États-Unis, ceux-ci vont redevenir, à terme, une puissance essentiellement maritime, préoccupée surtout par ses problèmes intérieurs et les profondes divisions apparues dans son fonctionnement démocratique. C’est l’Amérique de « l’America First », totalement obsédée par sa situation interne, voire isolationniste. À l’inverse, l’Europe, elle, dépendra encore plus des États-Unis pour ce qui est de sa survie et sa sécurité, au moment où précisément elle comptera moins dans la stratégie américaine. Dans un tel système, l’Amérique du Nord, « outlying island », pourra bien sûr survivre sans trop de problèmes grâce à son écosystème interne de création de richesses et d’innovation, à son marché intérieur, à ses universités qui sont les meilleures du monde, à ses avantages technologiques, à son dynamisme social… Tout cela va lui permettre de prospérer et de rester une puissance importante. En revanche, je crains que nous, les Européens, déjà affaiblis par la désindustrialisation, la perte de compétitivité dans les nouvelles technologies, le vieillissement de notre population, et par une immigration de plus en plus considérable venant du Sud, nous risquions d’être les dindons de la farce de ce basculement géopolitique. </p>

<p>— Mais pour de nombreux hommes politiques et personnalités publiques d’Europe, il est impossible, dans les circonstances actuelles, de ne pas rompre de manière décisive avec la Russie car le droit international a été violé...</p>

<p>P. L. — On peut comprendre que, devant le spectacle des atrocités commises, l’opinion publique demande que l’on punisse les responsables, qu’on les fasse passer devant les juges. La guerre, c’est rarement beau, et comme je l’ai déjà dit, des exactions ont manifestement eu lieu. L’idée de sanctionner les dirigeants qui lancent les guerres est noble, et les vainqueurs de 1945 l’ont mise en œuvre à Nuremberg… Mais, dans les années récentes, les chefs d’État qui ont été traînés devant la Cour de La Haye, ce sont des « petits » : des chefs de factions yougoslaves, quelques petits chefs d’État africains… Jamais on n’a vu un leader d’une puissance nucléaire devant la CPI !</p>

<p>D’autre part, je vous rappelle également qu’un certain nombre de pays importants, les États-Unis en tête, ne participent même pas à ce système car ils n’ont pas ratifié la Convention de Rome sur la Cour pénale internationale. </p>

<p>Tous ceux qui proposent de traîner Poutine devant la justice internationale devraient se rappeler qu’on n’a jamais sérieusement envisagé d’y amener George W. Bush ou les autres responsables de la guerre illégale en Irak et des atrocités commises dans ce pays. D’ailleurs, tous les accords de stationnement des militaires américains sur des territoires étrangers prévoient des clauses qui permettent aux soldats américains d’échapper à la justice locale et internationale. Ce n’est donc pas la première ni sans doute la dernière fois que le droit international a été violé.</p>

<p>Selon un adage connu, la guerre, ce sont des gens qui s’entretuent et qui ne se connaissent pas, dirigés par des gens qui se connaissent mais qui ne s’entretuent pas. Et ces gens qui se connaissent et qui ne s’entretuent pas ne se traînent pas non plus les uns les autres devant les tribunaux, sauf en cas de capitulation et de défaite militaire. Le jour où l’on verra les chars occidentaux à Moscou, ce sera une autre histoire mais, en dehors de ce scénario peu probable, toutes les conversations sur Poutine à La Haye relèvent de la gesticulation politico-médiatique habituelle et, souvent, de l’instrumentalisation de la justice à des fins politiques. </p>

<p>— Il sera d’autant plus difficile de réaliser ce scénario que, en dehors du camp occidental et de quelques-uns de ses alliés, la Russie n’est pas vue comme un État-paria ou un ennemi. Beaucoup d’États d’Amérique latine, d’Asie et d’Afrique continuent à coopérer avec la Russie. Pourquoi, selon vous, l’Occident n’a-t-il pas su rallier la plupart des pays à sa cause ? </p>

<p>P. L. — Effectivement, la position occidentale dans cette affaire est minoritaire à l’échelle de la planète. Un grand nombre de pays ne sont pas du tout convaincus par la logorrhée auto-satisfaite des Occidentaux sur un prétendu système international qui serait basé sur les règles du droit. Ces pays ont parfaitement compris que les Occidentaux s’assoient sur les règles de droit lorsque cela les arrange. Quand les États-Unis décident d’envahir tel ou tel pays, comme ils le font depuis quelques décennies, le monde se couche. Quand ils appliquent le droit extraterritorial qui protège leurs intérêts au détriment des intérêts des autres, c’est pareil. Quand ils s’arrogent des droits particuliers pour leurs soldats, on les laisse faire.</p>

<p>En Afrique et en Amérique latine tout particulièrement, on sait quelque chose de ces doubles standards occidentaux ; conséquemment, ce qui se passe entre la Russie et l’Ukraine n’y est pas du tout perçu de la même manière que chez nous. Et il ne s’agit pas seulement des pays jadis proches de l’URSS comme Cuba ou le Nicaragua, mais aussi de l’Argentine, du Brésil ou de nombreux autres pays africains ou arabes. (…) Le « narratif » américain sur la guerre est au mieux contesté dans toutes ces régions, voire rejeté.<br />*****<br />Extraits d’un entretien paru dans Politique Internationale, N 178, hiver 2023</p>
]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/901/dmitri-medvedev-parle</guid>
	<pubDate>Mon, 06 Feb 2023 19:02:43 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/901/dmitri-medvedev-parle</link>
	<title><![CDATA[DMITRI MEDVEDEV PARLE]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Dmitri Medvedev a commenté la rencontre entre Vladimir Zelensky et Ursula von der Leyen, qui a eu lieu la veille, au cours de laquelle la "restauration de l'économie ukrainienne" (sic) a été discutée. </p>

<p>Hier, un patient vert du service de traitement de la toxicomanie a reçu la visite d'une femme gynécologue qui s'est fait passer pour le médecin en chef de l'Europe. Ils discutaient de la reprise rapide et fabuleuse de l'économie de la Petite Russie (*) dans l'UE. Eh bien, c'est, bien sûr, un mensonge. </p>

<p>Pendant ce temps, le régime de Kiev, soutenu par ses manipulateurs occidentaux, combat la Russie "jusqu'à la victoire", et l'économie de ce malheureux territoire se transforme rapidement en détritus puants. On en parle ouvertement, même dans les pays qui promettent au régime ukrainien le rétablissement et l'amour éternel de l'Europe.</p>

<p>Voici une brève épicrise de l'économie ukrainienne en difficulté, basée sur les données médicales de Goldman Sachs. Quelques chiffres marquants caractérisant la maladie.</p>

<p>1. L'Ukraine a désormais perdu les territoires qui lui fournissaient environ 40 % de son potentiel industriel national et environ 15 % de son PIB d'avant-guerre.</p>

<p>2. Elle n'a plus accès à des réserves minérales d'une valeur de plus de 12 000 milliards de dollars. Dont 63 % des gisements de charbon et 42 % des métaux.</p>

<p>3. L'agriculture se dirige vers l'abîme à toute vapeur. Tout d'abord, une forte baisse des rendements. Blé : 19,4 millions de tonnes en 2022 contre 32,5 millions en 2021. Maïs : 18,4 millions de tonnes, soit 35,1 millions. <br />Deuxièmement, les itinéraires terrestres à travers la Pologne et la Roumanie ont multiplié les coûts de transport par un facteur de 2 à 3.  </p>

<p>4. A la fin de 2022, le PIB de l'Ukraine aura chuté de 35 à 36 %. Et ses pertes totales dues à l'affrontement avec la Russie ont atteint 830-850 milliards de dollars. Et ce malgré le fait qu'en 2021, le PIB du pays était de 200 milliards de dollars. Même leur ministère de l'économie a dû reconnaître cette chute record comme le pire résultat de l'histoire du pays.  </p>

<p>5. Ensuite, seulement l'effondrement final de l'industrie, l'hyperinflation, la pauvreté et le chômage total. La dette nationale du pays passera de 107 milliards à 180 milliards-200 milliards d'ici la fin de l'année. Les espoirs d'une récupération, même microscopique, sont minces. </p>

<p>Il est évident que la Russie continuera à travailler pour atteindre les objectifs de l'opération militaire spéciale. Cela signifie que le PIB de l'Ukraine pourrait s'effondrer de 5 à 10 % supplémentaires d'ici la fin de l'année. Par conséquent, la perspective de la faillite complète de l'État ukrainien et de sa fin inévitable devient de plus en plus claire.  </p>

<p>Qui est à blâmer est une question rhétorique. Comme l'a honnêtement admis la sage-femme maléfique Ursula von Quelque chose d'incompréhensible, le gouvernement ukrainien paie son adhésion à l'UE et à l'OTAN avec la vie de ses citoyens. </p>

<p>Peu importe une économie misérable. La camarilla de Kiev n'est pas embarrassée par la ruine du pays. Elle continue à dilapider son territoire par des dépenses militaires exorbitantes. </p>

<p>En partant du principe que l'Occident mettra toujours de l'argent sur la table. Il ne laissera pas tous les détourneurs de fonds, qui se partagent l'argent de l'Occident, mourir de faim. </p>

<p>Car cette année, pour les seuls besoins urgents, le budget ukrainien doit dépenser 55 milliards de dollars avec un déficit de 38 milliards de dollars. Il est clair que plus le soutien est important, plus le clown fou et les autres parasites, malades d'une forme ouverte de kleptomanie, voleront.</p>

<p>Seulement, plus longtemps les dirigeants nazis ukrainiens mendient et volent l'aide de leurs donateurs, plus proche sera l'effondrement final de l'économie. Après tout, ils devront payer l'intégralité de leur traitement. Et le but des esthéticiens occidentaux n'est pas de soigner l'économie du pays malheureux.</p>

<p>L'Occident a beaucoup d'expérience dans l'élimination des pays tests. L'Occident n'est pas le bon docteur Eibolite, mais le docteur Mengele. C'est un sinistre tueur de médecins. Par conséquent, l'Ukraine connaîtra le triste sort de ces colonies qui ont été violées sous la forme la plus perverse, puis jetées pour mourir dans la poubelle pourrie de l'histoire. </p>

<p>Le traitement sadique de l'économie ukrainienne sera progressif. D'abord, l'amputation de l'industrie et du secteur agraire. Puis la paralysie de toute l'économie. Et après ça, la mort organique du reste du pays.</p>

<p>La fin de la vie, ou la mort de l'ancien Etat, sera accompagnée de rires insensés, de rictus intolérables et de grimaces clownesques dégoûtantes d'une bande de nazis, rendus finalement fous par l'abondance de sang et de drogues. Et le silence assourdissant des guérisseurs occidentaux, regardant avec un froid mépris l'agonie de leurs propres patients torturés.....</p>
]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/899/the-ukraine-war-in-the-light-of-the-un-charter</guid>
	<pubDate>Mon, 06 Feb 2023 14:30:28 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/899/the-ukraine-war-in-the-light-of-the-un-charter</link>
	<title><![CDATA[The Ukraine War in the light of the UN Charter]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Alfred de Zayas, Professor of international law and world history at the Geneva School of Diplomacy (J.D., Harvard, Ph.D. Göttingen) former UN Independent Expert on International Order (2012-18), former Secretary of the UN Human Rights Committee, author of 12 books including “Building a Just World Order” <a href="https://www.claritypress.com/product/building-a-just-world-order/">https://www.claritypress.com/product/building-a-just-world-order/</a></p><p>The war in Ukraine did not start on 24 February 2022, but already in February 2014.  The civilian population of the Donbas has endured continued shelling from Ukrainian forces since 2014, notwithstanding the Minsk Agreements.  These attacks on Lugansk and Donetsk significantly increased in January-February 2022, as reported by the OSCE Special Monitoring Mission to Ukraine<a href="https://dezayasalfred.wordpress.com/2023/02/06/the-ukraine-war-in-the-light-of-the-un-charter/#_ftn1">[1]</a>.</p><p>Like all wars, this war is a tragedy for all concerned, — not only for Ukrainians and Russians, but also for the continued validity of international law and the primacy of the UN Charter.  Already NATO’s military campaigns in Yugoslavia, Afghanistan and Iraq in the 1990’s and early 2000’s sorely tried the authority and credibility of the United Nations as an Organization.  These military campaigns conducted outside Chapter VII of the UN Charter rendered the United Nations nearly irrelevant, because the Organization was unable to prevent the illegal use of force or mediate peace.  The unilateral actions of a number of states were never subject to accountability, not even the grave war crimes committed in Iraq and Afghanistan, as documented by Julian Assange in the Wikileaks publications. NATO countries grossly violated articles 2(3) and 2(4) of the Charter, absent any Charter justification, since article 51, which stipulates the right of self-defence does not cover pre-emptive military actions.  </p><p>The so-called “coalition of the willing” perpetrated naked aggression against the people of Iraq in 2003 in a series of criminal acts that constituted a revolt against the UN Charter and international law.  Such military campaigns carried out against the letter and spirit of the UN Charter and hitherto not subject to prosecution by the International Criminal Court have significantly weakened the force of international law and resulted in the emergence of “precedents of permissibility” <a href="https://dezayasalfred.wordpress.com/2023/02/06/the-ukraine-war-in-the-light-of-the-un-charter/#_ftn2">[2]</a>, as I described in a Counterpunch article published on 4 March 2022, in which I clearly condemned the Russian invasion of Ukraine as an egregious violation of Art. 2(4) of the UN Charter.</p><p>On the other hand, it is clear that a violation of international law does not change jus cogens or create new international law (ex injuria non oritur jus – no right emerges from a wrong). Impunity only manifests the weakness of the system due to a lack of adequate enforcement mechanisms<a href="https://dezayasalfred.wordpress.com/2023/02/06/the-ukraine-war-in-the-light-of-the-un-charter/#_ftn3">[3]</a>.</p><p>On 31 January 2023 Counterpunch published an essay by history Professor Lawrence Wittner entitled “The Ukraine War and International Law”<a href="https://dezayasalfred.wordpress.com/2023/02/06/the-ukraine-war-in-the-light-of-the-un-charter/#_ftn4">[4]</a>.  He correctly condemns the violation of article 2(4) of the UN Charter by Russia and the war crimes that have ensued, for which there must be accountability.   Prof. Wittner refers to “rules of behavior among nations” in connection with war, diplomacy, economy, etc.  Among those rules of behavior are, of course, the “general principles of law” referred to in article 38 of the Statute of the International Court of Justice, notably the principles of good faith and the uniform application of norms. </p><p>In his book The Great Delusion<a href="https://dezayasalfred.wordpress.com/2023/02/06/the-ukraine-war-in-the-light-of-the-un-charter/#_ftn5">[5]</a>, Professor John Mearsheimer of the University of Chicago elucidated principles of international order and the necessity to respect agreements (pacta sunt servanda), including oral agreements.  In his article in the Economist on 19 March 2022<a href="https://dezayasalfred.wordpress.com/2023/02/06/the-ukraine-war-in-the-light-of-the-un-charter/#_ftn6">[6]</a>, Mearsheimer explains why the West bears responsibility for the Ukrainian crisis.  Already in 2015 Mearsheimer had signalled the importance of keeping oral agreements, as those given by the United States to Mikhail Gorbachev in 1989-91, to the effect that NATO would not expand eastward<a href="https://dezayasalfred.wordpress.com/2023/02/06/the-ukraine-war-in-the-light-of-the-un-charter/#_ftn7">[7]</a>.  In subsequent lectures Mearsheimer has explained that, whether of not the West considers NATO’s expansion a provocation, what is crucial is how NATO expansion is perceived by those who feel threatened by it.  In this context we must remember that article 2(4) of the UN Charter prohibits not only the use of force but also the threat of the use of force.  Promising to expand NATO to the very borders of Russia and the massive weaponization of Ukraine certainly constitute such a threat, especially bearing in mind the aggressive campaigns by NATO members in Yugoslavia, Afghanistan, Iraq, Syria and Lybia.</p><p>For decades Russian Presidents Vladimir Putin and Dmitry Medvedev have been warning the West – notably at the 2007 Munich Security Conference<a href="https://dezayasalfred.wordpress.com/2023/02/06/the-ukraine-war-in-the-light-of-the-un-charter/#_ftn8">[8]</a> — that NATO eastward expansion constitutes an existential menace to Russia.  Both Presidents advocate a European security architecture that will take into account the national security concerns of all countries, including Russia. Whether Russian fears are objectively justified or not (I think they are) is not the pertinent question, since their apprehension is a factum.  What is crucial is the obligation of all UN member states to settle their differences by peaceful means, i.e. to negotiate in good faith.  That is precisely what the Minsk agreements were all about.  Yet, Ukraine violated the Minsk agreements systematically.  Russia did make a credible effort to negotiate since 2014 in the context of the OSCE and the Normandy Format.  German Chancellor Angela Merkel<a href="https://dezayasalfred.wordpress.com/2023/02/06/the-ukraine-war-in-the-light-of-the-un-charter/#_ftn9">[9]</a> and French President François Hollande<a href="https://dezayasalfred.wordpress.com/2023/02/06/the-ukraine-war-in-the-light-of-the-un-charter/#_ftn10">[10]</a> recently confirmed that the Minsk agreements were intended to give Ukraine time to prepare for war.  Thus, essentially, the West entered the agreements in bad faith by deliberately deceiving the Donbas Russians.  In a very real sense, Putin was taken for a ride at Minsk and during the eight years of Normandy Format discussions.  Such behavior reflects a “culture of cheating”<a href="https://dezayasalfred.wordpress.com/2023/02/06/the-ukraine-war-in-the-light-of-the-un-charter/#_ftn11">[11]</a> and violates well-established principles of international relations amounting to perfidy, in contravention of the UN Charter and general principles of law.  Notwithstanding, In December 2021 the Russians put forward two peaceful proposals in the hope of averting military confrontation.  Although the treaty proposals were moderate and pragmatic, the US and NATO refused to negotiate pursuant to article 2(3) of the Charter and arrogantly rejected them.  If this was not a provocation in contravention of article 2(4) of the UN Charter, I do not know what is.</p><p>Professor Wittner is right in reminding us of the Budapest Memorandum of 1994 and the 1997 Treaty of Friendship, Cooperation and Partnership, but these instruments have to be placed in legal and historical context, in particular in the context of Western pronouncements since 2008 to bring Ukraine into NATO, an issue that in no way was foreseen in the two instruments above.</p><p>Wittner is wrong in his evaluation of the Crimean issue.  I was the UN representative for the elections in Ukraine in March and June 1994 and criss-crossed the country, including Crimea.  Without a doubt, the vast majority of the population there and in the Donbass are Russian and feel Russian.  This brings up the issue of the jus cogens right of self-determination of peoples, anchored in articles 1 and 55 of the UN Charter (and in Chapters XI and XII of the Charter) and in Art. 1 common to the International Covenant on Civil and Political Rights and International Covenant on Economic, Social and Cultural Rights.  Wittner seems to forget that the US and EU supported the illegal coup d’état<a href="https://dezayasalfred.wordpress.com/2023/02/06/the-ukraine-war-in-the-light-of-the-un-charter/#_ftn12">[12]</a> against the democratically elected President of Ukraine, Victor Yanukovich, and immediately started working together with the Putsch-regime in Kiev, instead of insisting in re-establishing law and order as provided for in the Agreement of 20 February 2014<a href="https://dezayasalfred.wordpress.com/2023/02/06/the-ukraine-war-in-the-light-of-the-un-charter/#_ftn13">[13]</a>.  As Professor Stephen Cohen wrote in 2018, Maidan was a “seminal event”<a href="https://dezayasalfred.wordpress.com/2023/02/06/the-ukraine-war-in-the-light-of-the-un-charter/#_ftn14">[14]</a>. </p><p>Without the Maidan Putsch and the anti-Russian measures immediately taken by the Putsch-regime, the Crimean and Donbass peoples would not have felt menaced and would not have insisted on their right of self-determination.  Wittner errs when he uses the term “annexation” to refer to the reincorporation of Crimea into Russia.  “Annexation” in international law presupposes an invasion, military occupation contrary to the will of the people.  That is not what happened in Crimea in March 2014.  First there was a referendum to which the UN and OSCE were invited – and never came. Then there was an unilateral declaration of independence by the legitimate Crimean Parliament, only then was there an official request to be re-incorporated into Russia, a request that went through the due process mill, being first approved by the Duma, then by the Constitutional Court of Russia, and only then signed by Putin.  Had a referendum been held in 1994, when I was in Crimea, the results would surely have been similar.  A referendum today would confirm the will of the Crimeans to be part of Russia, not Ukraine, to which they had been artificially attached by decision of Nikita Khruschev, a Ukrainian himself.  There are no historical or ethnic reasons justifying Crimea’s attachment to the Ukraine. Many international lawyers agree that Crimea exercised its right of self-determination and was not “annexed” by Russia<a href="https://dezayasalfred.wordpress.com/2023/02/06/the-ukraine-war-in-the-light-of-the-un-charter/#_ftn15">[15]</a>.</p><p>Wittner is correct in recalling the fact that the General Assembly adopted a Resolution of 27 March 2014 rejecting the “annexation” of Crimea.  But what exactly does that Resolution tell us?  As a former senior lawyer with the Office of the UN High Commissioner for Human Rights and former UN Independent Expert, I must admit that for many decades the United Nations Organization applies double standards and does not live up to the Charter.  Many resolutions and pronouncements by successive Secretary Generals apply international law selectively, à la carte.  What the 2014 GA Resolution demonstrates is that the Organization is largely in the service of Washington and Brussels, partly because of the enormous financial dependency of the UN on the West.  Similarly, the GA Resolution of 2 March 2022 is yet another example of double-standards, bearing in mind that the GA had not adopted any similar resolutions when NATO committed aggression on Yugoslavia in 1999 or when the “coalition of the willing” devastated Iraq in 2003 without any threat or provocation by Saddam Hussein. </p><p>Wittner also cites Secretary General Guterres with regard to the “annexation” of Crimea and the Donbass.  As a former senior UN staffer and former rapporteur, it pains me to see how the Organization has been hijacked to support certain untenable positions of Western countries, and how it allows itself to be used in the geopolitical game, instead of remaining true to the Principles and Purposes of the Organization as laid out in the Charter. Where is the “outrage” of the Organization when it comes to the multiple aggressions of the United States against Cuba, Grenada, Nicaragua, Panama, Venezuela, the many coups-d’état directed by the US against governments it does not like, when the Organization keeps silent about the crimes committed by the CIA in Guantanamo, Abu Ghraib and secret detention centres, when the “annexation” of the Syrian Golan Heights by Israel is tacitly accepted.</p><p>Wittner poses an important question “what…are we to think about the value of international law”? As a professor of international law and a believer in the UN Charter, I ask the same question.  My 25 Principles of International Order<a href="https://dezayasalfred.wordpress.com/2023/02/06/the-ukraine-war-in-the-light-of-the-un-charter/#_ftn16">[16]</a> give some answers.   In my 14 reports to the UN Human Rights Council and General Assembly (2012-18) I formulated pragmatic recommendations how to reform the United Nations in order to deliver on the 1945 promise to “to save succeeding generations from the scourge of war”.  I agree with Wittner that it is necessary “to strengthen global governance, thereby providing a firmer foundation for the enforcement of international law”.  But there is a caveat – the Organization must be truly committed to peace, and not only sometimes.  It must not continue to apply international law à la carte, or it will lose all its authority and credibility.</p><p>Today what is absolutely necessary is an immediate cease-fire. The United Nations is failing the Charter if it does not make peace its priority and puts the entire system in the service of peace. The mediation proposals of Brazilian President Luiz Inácio Lula<a href="https://dezayasalfred.wordpress.com/2023/02/06/the-ukraine-war-in-the-light-of-the-un-charter/#_ftn17">[17]</a> must be taken seriously as well as the warnings and proposals by Professors John Mearsheimer<a href="https://dezayasalfred.wordpress.com/2023/02/06/the-ukraine-war-in-the-light-of-the-un-charter/#_ftn18">[18]</a>, Jeffrey Sachs<a href="https://dezayasalfred.wordpress.com/2023/02/06/the-ukraine-war-in-the-light-of-the-un-charter/#_ftn19">[19]</a> and Richard Falk<a href="https://dezayasalfred.wordpress.com/2023/02/06/the-ukraine-war-in-the-light-of-the-un-charter/#_ftn20">[20]</a>.</p><p><a href="https://dezayasalfred.wordpress.com/2023/02/06/the-ukraine-war-in-the-light-of-the-un-charter/#_ftnref1">[1]</a> <a href="https://www.osce.org/special-monitoring-mission-to-ukraine/512683">https://www.osce.org/special-monitoring-mission-to-ukraine/512683</a></p><p><a href="https://www.osce.org/special-monitoring-mission-to-ukraine-closed" rel="nofollow">https://www.osce.org/special-monitoring-mission-to-ukraine-closed</a></p><p><a href="https://dezayasalfred.wordpress.com/2023/02/06/the-ukraine-war-in-the-light-of-the-un-charter/#_ftnref2">[2]</a> <a href="https://www.counterpunch.org/2022/03/04/precedents-of-permissibility/" rel="nofollow">https://www.counterpunch.org/2022/03/04/precedents-of-permissibility/</a></p><p><a href="https://dezayasalfred.wordpress.com/2023/02/06/the-ukraine-war-in-the-light-of-the-un-charter/#_ftnref3">[3]</a> <a href="https://www.counterpunch.org/2022/04/07/no-right-arises-from-a-wrong/" rel="nofollow">https://www.counterpunch.org/2022/04/07/no-right-arises-from-a-wrong/</a></p><p><a href="https://dezayasalfred.wordpress.com/2023/02/06/the-ukraine-war-in-the-light-of-the-un-charter/#_ftnref4">[4]</a> <a href="https://www.counterpunch.org/2023/02/01/the-ukraine-war-and-international-law/" rel="nofollow">https://www.counterpunch.org/2023/02/01/the-ukraine-war-and-international-law/</a></p><p><a href="https://dezayasalfred.wordpress.com/2023/02/06/the-ukraine-war-in-the-light-of-the-un-charter/#_ftnref5">[5]</a> Yale University Press, 2018.</p><p><a href="https://dezayasalfred.wordpress.com/2023/02/06/the-ukraine-war-in-the-light-of-the-un-charter/#_ftnref6">[6]</a> <a href="https://www.economist.com/by-invitation/2022/03/11/john-mearsheimer-on-why-the-west-is-principally-responsible-for-the-ukrainian-crisis" rel="nofollow">https://www.economist.com/by-invitation/2022/03/11/john-mearsheimer-on-why-the-west-is-principally-responsible-for-the-ukrainian-crisis</a></p><p><a href="https://dezayasalfred.wordpress.com/2023/02/06/the-ukraine-war-in-the-light-of-the-un-charter/#_ftnref7">[7]</a> <a href="http://www.mearsheimer.com/wp-content/uploads/2019/06/Why-the-Ukraine-Crisis-Is.pdf">http://www.mearsheimer.com/wp-content/uploads/2019/06/Why-the-Ukraine-Crisis-Is.pdf</a></p><p><a href="https://www.realclearpolitics.com/video/2023/01/10/john_mearsheimer_on_ukraine_conflict_there_are_no_realistic_options_the_west_is_screwed.html#" rel="nofollow">https://www.realclearpolitics.com/video/2023/01/10/john_mearsheimer_on_ukraine_conflict_there_are_no_realistic_options_the_west_is_screwed.html#</a>!</p><p><a href="https://duckduckgo.com/?q=john+mearsheimer+youtube+ukraine&amp;atb=v314-1&amp;iax=videos&amp;ia=videos&amp;iai=https%3A%2F%2Fwww.youtube.com%2Fwatch%3Fv%3DJrMiSQAGOS4" rel="nofollow">https://duckduckgo.com/?q=john+mearsheimer+youtube+ukraine&amp;atb=v314-1&amp;iax=videos&amp;ia=videos&amp;iai=https%3A%2F%2Fwww.youtube.com%2Fwatch%3Fv%3DJrMiSQAGOS4</a></p><p><a href="https://dezayasalfred.wordpress.com/2023/02/06/the-ukraine-war-in-the-light-of-the-un-charter/#_ftnref8">[8]</a> <a href="http://en.kremlin.ru/events/president/transcripts/24034" rel="nofollow">http://en.kremlin.ru/events/president/transcripts/24034</a></p><p><a href="https://dezayasalfred.wordpress.com/2023/02/06/the-ukraine-war-in-the-light-of-the-un-charter/#_ftnref9">[9]</a> <a href="https://english.almayadeen.net/news/politics/merkel:-minsk-agreement-attempted-to-give-ukraine-time" rel="nofollow">https://english.almayadeen.net/news/politics/merkel:-minsk-agreement-attempted-to-give-ukraine-time</a></p><p><a href="https://dezayasalfred.wordpress.com/2023/02/06/the-ukraine-war-in-the-light-of-the-un-charter/#_ftnref10">[10]</a> <a href="https://global.espreso.tv/minsk-agreements-gave-ukraine-time-to-strengthen-army-and-destroyed-putins-plans-in-2022-francois-hollande" rel="nofollow">https://global.espreso.tv/minsk-agreements-gave-ukraine-time-to-strengthen-army-and-destroyed-putins-plans-in-2022-francois-hollande</a></p><p><a href="https://dezayasalfred.wordpress.com/2023/02/06/the-ukraine-war-in-the-light-of-the-un-charter/#_ftnref11">[11]</a> <a href="https://www.counterpunch.org/2022/01/28/a-culture-of-cheating-on-the-origins-of-the-crisis-in-ukraine/" rel="nofollow">https://www.counterpunch.org/2022/01/28/a-culture-of-cheating-on-the-origins-of-the-crisis-in-ukraine/</a></p><p><a href="https://dezayasalfred.wordpress.com/2023/02/06/the-ukraine-war-in-the-light-of-the-un-charter/#_ftnref12">[12]</a> <a href="https://www.nouvelobs.com/rue89/rue89-le-yeti-voyageur-a-domicile/20140311.RUE9766/le-coup-d-etat-ukrainien-a-bien-ete-pilote-par-les-etats-unis-la-preuve.html">https://www.nouvelobs.com/rue89/rue89-le-yeti-voyageur-a-domicile/20140311.RUE9766/le-coup-d-etat-ukrainien-a-bien-ete-pilote-par-les-etats-unis-la-preuve.html</a></p><p><a href="https://www.bbc.com/news/world-europe-26079957" rel="nofollow">https://www.bbc.com/news/world-europe-26079957</a></p><p><a href="https://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=2658245" rel="nofollow">https://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=2658245</a></p><p><a href="https://dezayasalfred.wordpress.com/2023/02/06/the-ukraine-war-in-the-light-of-the-un-charter/#_ftnref13">[13]</a> <a href="https://www.scoop.co.nz/stories/HL2011/S00116/how-the-western-press-lied-about-the-2014-coup-in-ukraine-pretending-that-it-was-instead-a-real-democratic-revolution.htm" rel="nofollow">https://www.scoop.co.nz/stories/HL2011/S00116/how-the-western-press-lied-about-the-2014-coup-in-ukraine-pretending-that-it-was-instead-a-real-democratic-revolution.htm</a></p><p><a href="https://dezayasalfred.wordpress.com/2023/02/06/the-ukraine-war-in-the-light-of-the-un-charter/#_ftnref14">[14]</a> <a href="https://www.thenation.com/article/archive/four-years-of-ukraine-and-the-myths-of-maidan/" rel="nofollow">https://www.thenation.com/article/archive/four-years-of-ukraine-and-the-myths-of-maidan/</a></p><p><a href="https://dezayasalfred.wordpress.com/2023/02/06/the-ukraine-war-in-the-light-of-the-un-charter/#_ftnref15">[15]</a><a href="https://www.faz.net/aktuell/feuilleton/debatten/die-krim-und-das-voelkerrecht-kuehle-ironie-der-geschichte-12884464.html" rel="nofollow">https://www.faz.net/aktuell/feuilleton/debatten/die-krim-und-das-voelkerrecht-kuehle-ironie-der-geschichte-12884464.html</a> <a href="https://www.rubikon.news/artikel/die-krim-und-das-volkerrecht">https://www.rubikon.news/artikel/die-krim-und-das-volkerrecht</a></p><p><a href="https://www.faz.net/aktuell/feuilleton/debatten/die-krim-und-das-voelkerrecht-kuehle-ironie-der-geschichte-12884464.html" rel="nofollow">https://www.faz.net/aktuell/feuilleton/debatten/die-krim-und-das-voelkerrecht-kuehle-ironie-der-geschichte-12884464.html</a></p><p><a href="https://www.faz.net/aktuell/feuilleton/debatten/die-krim-und-das-voelkerrecht-kuehle-ironie-der-geschichte-12884464.html" rel="nofollow">https://www.faz.net/aktuell/feuilleton/debatten/die-krim-und-das-voelkerrecht-kuehle-ironie-der-geschichte-12884464.html</a></p>
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<p><a href="https://www.foreignaffairs.com/articles/ukraine/2020-04-03/russia-love" rel="nofollow">https://www.foreignaffairs.com/articles/ukraine/2020-04-03/russia-love</a></p><p><a href="https://dezayasalfred.wordpress.com/2023/02/06/the-ukraine-war-in-the-light-of-the-un-charter/#_ftnref16">[16]</a> <a href="https://www.counterpunch.org/2022/11/28/principles-of-international-order/">https://www.counterpunch.org/2022/11/28/principles-of-international-order/</a></p><p>See Chapter 2 of my book “Building a Just World Order”, Clarity Press, 2021.</p><p><a href="https://dezayasalfred.wordpress.com/2023/02/06/the-ukraine-war-in-the-light-of-the-un-charter/#_ftnref17">[17]</a> <a href="https://www.politico.eu/article/ukraine-war-luiz-inacio-lula-da-silva-mercosur-olaf-scholz/amp/" rel="nofollow">https://www.politico.eu/article/ukraine-war-luiz-inacio-lula-da-silva-mercosur-olaf-scholz/amp/</a></p><p><a href="https://dezayasalfred.wordpress.com/2023/02/06/the-ukraine-war-in-the-light-of-the-un-charter/#_ftnref18">[18]</a> <a href="https://www.youtube.com/watch?v=CmqojuijtFg" target="_blank" rel="noreferrer noopener">https://www.youtube.com/watch?v=CmqojuijtFg</a></p><p><a href="https://dezayasalfred.wordpress.com/2023/02/06/the-ukraine-war-in-the-light-of-the-un-charter/#_ftnref19">[19]</a> <a href="https://mail.google.com/mail/u/0/?tab=wm#search/mearsheimer/WhctKKXpTdsZMnWHKprjzQLSCBwNkVfcWmKkHxltlbQMdkZgfksnmLmnKDjdVDrHpNTHxLV" rel="nofollow">https://mail.google.com/mail/u/0/?tab=wm#search/mearsheimer/WhctKKXpTdsZMnWHKprjzQLSCBwNkVfcWmKkHxltlbQMdkZgfksnmLmnKDjdVDrHpNTHxLV</a></p><p><a href="https://dezayasalfred.wordpress.com/2023/02/06/the-ukraine-war-in-the-light-of-the-un-charter/#_ftnref20">[20]</a> <a href="https://richardfalk.org/2022/09/14/ukraine-war-statecraft-and-geopolitical-conflict-the-nuclear-danger/" rel="nofollow">https://richardfalk.org/2022/09/14/ukraine-war-statecraft-and-geopolitical-conflict-the-nuclear-danger/</a></p>
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