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	<title><![CDATA[Signet Loupe: Décembre 2025]]></title>
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	<pubDate>Mon, 15 Dec 2025 23:04:14 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Comment la dystopie du “crédit social” à la chinoise a disparu des radars]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>BRUNO GUIGUE<br />Aug 03, 2025</p>

<p>Après des années de délire interprétatif sur le thème du contrôle totalitaire, les médias occidentaux, tant bien que mal, ont fini par redécouvrir les vertus du réel.</p>

<p>Traquant obstinément les preuves d’une “dictature totalitaire”, les médias occidentaux et leurs prétendus experts se sont jetés avec gourmandise, pendant des années, sur le “crédit social” à la chinoise. A les croire, ce dispositif aurait soumis l’ensemble de la population à un système orwellien de surveillance généralisée et de contrôle total. Permettant d’évaluer au jour le jour l’ensemble des comportements individuels, il aurait été assorti d’un système de notation et de sanctions impitoyables. Observé, noté, brimé sans limites par les exécutants d’un pouvoir tentaculaire, le malheureux citoyen chinois vivrait dans la hantise de cette épée de Damoclès. Asservi aux technologies les plus liberticides, tétanisé par la peur de commettre une faute, il accomplirait ses tâches quotidiennes avec la docilité de celui qui doit son salut à une obéissance totale.</p>

<p>Évidemment, tous ceux qui connaissent la Chine savent que cette histoire est un conte à dormir debout. On a beau chercher, on trouve difficilement un citoyen chinois qui relève du système en question, et la plupart d’entre eux ignorent en quoi il consiste. L’explication est simple : en réalité, seuls 2% de la population environ ont été concernés par l’application d’un dispositif qu’on nous a longtemps présenté dans les médias occidentaux comme universel, englobant et “totalitaire”. C’est un bon exemple, parmi d’autres, de ces polémiques qui monopolisent l’attention malveillante des professionnels de la désinformation, alors qu’ils n’intéressent guère la majorité des Chinois et affectent rarement leur vie quotidienne.</p>

<p>Susciter des comportements vertueux</p>

<p>En quoi consiste précisément, en effet, le “système chinois du crédit social” ? En 2014, une directive du pouvoir central de la République populaire de Chine a invité les autorités de différents niveaux à mettre en place un dispositif ayant trois caractéristiques. Prioritairement destiné aux entreprises, il devait d’abord chercher à fluidifier les interactions financières. Ensuite, il devait reposer sur l’expérimentation locale avant d’envisager une extension nationale. Enfin, il devait susciter des comportements vertueux dans l’ensemble de la société.</p>

<p>A noter que l’objectif éthique du dispositif est clairement assumé au plus haut niveau de l’État, même si l’expression correspondante n’apparaît qu’au second rang dans le rapport de Xi Jinping au XXe Congrès du PCC : “Dans le cadre du développement du projet d’éducation morale des citoyens, nous ferons rayonner les vertus traditionnelles chinoises, renforcerons l’esprit familial, l’éducation familiale (..) et élèverons le niveau de moralité et de civisme du peuple. Nous promouvrons la culture de l’honnêteté et améliorerons les mécanismes permanents du crédit social”.</p>

<p>Le PCC entend ainsi promouvoir les valeurs civiques au moment où l’individualisme, sous l’effet de la libéralisation économique, a le vent en poupe. Dans une société de tradition holiste comme la société chinoise, cette injonction n’est pas nouvelle, et la tonalité confucéenne du propos dans la Chine d’aujourd’hui n’est guère plus surprenante.</p>

<p>Retour au réel</p>

<p>Les médias occidentaux, quant à eux, semblent avoir subitement redécouvert les vertus du réel après plusieurs années de délire interprétatif. Pourquoi un tel retournement ? Il semble que l’événement déclencheur ait été la publication d’une étude particulièrement rigoureuse par la prestigieuse MIT Review, le 22 novembre 2022 (1).</p>

<p>“Pour la plupart des gens en dehors de la Chine, les mots ‘système de crédit social’ évoquent une image instantanée : un réseau de technologies à la ‘Black Mirror’ qui note automatiquement tous les citoyens chinois en fonction de ce qu’ils ont fait de bien et de mal. Mais la réalité est que ce système terrifiant n’existe pas, et le gouvernement central ne semble pas non plus avoir envie de le construire”, souligne d’emblée l’étude du MIT.</p>

<p>En fait, “le système sur lequel le gouvernement central est en train de travailler vise à réglementer le crédit financier, à permettre aux agences gouvernementales de partager des données et à promouvoir des valeurs morales sanctionnées par l’État. A ce jour, il n’y a aucune preuve que ce système ait été utilisé abusivement en vue d’un contrôle social généralisé, bien qu’il reste possible qu’il puisse être utilisé pour restreindre certains droits individuels”. Voilà qui a le mérite d’être clair, mais il faut reconnaître que la fable dystopique du “crédit social” avait déjà été ébranlée par un article de la revue Foreign Policy du 15 septembre 2021, lequel fournissait un bon résumé de la situation : “Le système de crédit social chinois est en réalité assez ennuyeux. Un système soi-disant orwellien qui est fragmenté, localisé et principalement destiné aux entreprises”.</p>

<p>En France, c’est L’Express qui dévoile le pot aux roses le 3 décembre 2022 : “Le terrifiant système chinois de ‘notation sociale’ n’a pas de réalité. Le pays, qui vit une forte montée de l’endettement privé, cherche surtout à éviter des excès. Le projet de la Chine de construire un système de ‘crédit social’ a fait l’objet d’innombrables caricatures. A cause de documentaires fallacieux ou de séries d’anticipation comme ‘Black Mirror’, le ‘crédit social’ évoque immédiatement un système de notation automatique pour la plupart des gens vivant en dehors de la Chine. Combien de fois avons-nous entendu à la télé, à la radio, dans un dîner, l’exemple de ces gens qui, après avoir traversé hors des passages piétons, voient leur visage affiché sur des écrans publics, leur note baisser et leur compte en banque prélevé d’une amende ?”</p>

<p>Solvabilité financière et solvabilité sociale</p>

<p>Revenons donc à la réalité du “crédit social” chinois pour tenter de comprendre sur quels éléments la supercherie médiatique a pu s’appuyer et prospérer aussi longtemps, brouillant les pistes d’une compréhension rationnelle de ce programme fort complexe.</p>

<p>Lorsque le gouvernement chinois a décidé de créer le système de crédit social, en effet, le terme recouvrait deux aspects différents : la solvabilité financière et la solvabilité sociale. “La solvabilité financière est un concept familier en Occident : le système documente l’historique financier des particuliers ou des entreprises et prédit leur capacité à rembourser les emprunts futurs. Parce que l’économie de marché dans la Chine moderne est beaucoup plus jeune, le pays manque d’un système fiable pour consulter les dossiers financiers des particuliers et des entreprises. Construire un tel système, destiné à aider les banques et les autres acteurs du marché à prendre des décisions commerciales, est une mission essentielle et peu controversée”, explique l’étude du MIT.</p>

<p>Bien sûr, la notion de solvabilité sociale soulève davantage de questions. “Fondamentalement, le gouvernement chinois dit qu’il doit y avoir un niveau de confiance plus élevé dans la société, et pour nourrir cette confiance, le gouvernement lutte contre la corruption, les escroqueries aux télécommunications, l’évasion fiscale, la publicité mensongère, le plagiat universitaire, la contrefaçon de produits, la pollution, etc. Dans ce système, non seulement les individus et les entreprises seront tenus responsables, mais les institutions juridiques et les agences gouvernementales le seront également”.</p>

<p>Le problème, c’est qu’une définition extensive des objectifs poursuivis a semé involontairement la confusion. “Le gouvernement semble croire que tous ces problèmes sont vaguement liés à un manque de confiance et que l’établissement de la confiance nécessite une solution unique. Ainsi, tout comme la notation du crédit financier aide à évaluer la solvabilité d’une personne, il pense qu’une certaine forme de crédit social peut aider les gens à évaluer la fiabilité des autres à d’autres égards. En conséquence, la notation de crédit dite sociale est souvent regroupée avec la notation de crédit financière dans les discussions politiques, même s’il s’agit d’un domaine beaucoup plus récent avec peu de précédents dans d’autres sociétés”.</p>

<p>Ce qui a rendu la situation déroutante, c’est que “les gouvernements locaux ont parfois confondu ces deux éléments”. Par exemple, “la province du Liaoning envisage de récompenser le don de sang dans le système de crédit financier, alors qu’au niveau national les deux dispositifs sont séparés”. Particulièrement zélées, certaines autorités locales ont imprudemment exploité le filon en tentant d’élargir le système au contrôle de la population. Devant les réactions peu enthousiastes de la société civile comme du pouvoir central, elles ont généralement dû revoir à la baisse leurs prétentions.</p>

<p>Un dispositif destiné aux entreprises</p>

<p>Dans les faits, il s’agit donc pour l’essentiel d’un dispositif destiné aux entreprises. Le seul système qui fonctionne à l’échelle nationale est le système de “contrôle du crédit”, rendu public en 2006 et mis à jour en 2020. Selon le chercheur français Pierre Sel, l’un des rares à avoir étudié le sujet de manière approfondie, il faut comprendre ce qu’est vraiment le crédit social et “casser les mythes orwelliens”. Si l’on s’en tient à une définition rigoureuse, le “système de crédit social” sert deux fonctions principales : “faciliter le partage de l’information entre les administrations, et mettre en place un mécanisme de récompenses et de sanctions”.</p>

<p>“Afin de faciliter le partage d’informations, explique le chercheur dans une tribune publiée par Les Échos, l’État construit des bases de données à disposition des administrations. Ces données sont issues tant de l’administration fiscale, du régulateur financier, que des départements en charge de la protection de l’environnement, etc. Elles concernent majoritairement les entreprises : licence, historique juridique, déclarations fiscales – 73% des documents liés au crédit social concernent les entreprises” (2).</p>

<p>Consultable sur internet, le portail du crédit social contient surtout des données sur les entreprises, les administrations, les hôpitaux ou les particuliers qui ont manqué à leurs obligations et qui peuvent s’amender en modifiant leur comportement. “Pour ce qui est de la mise en place d’un mécanisme de récompenses et sanctions, le système de crédit social permet de pénaliser une entreprise si elle est reconnue coupable par une administration compétente d’avoir enfreint les lois en vigueur”, note Pierre Sel.</p>

<p>Cette entreprise “est alors ajoutée sur une liste noire et se voit appliquer les sanctions correspondantes. Elles incluent le plus souvent des restrictions pour l’accès aux financements ou aux marchés publics. Loin de former un système monolithique notant les individus en fonction de leur comportement quotidien, le système de crédit social punit principalement les enregistrements frauduleux d’entreprises, les chauffeurs Uber dont la licence est expirée, les ventes de médicaments non autorisés, etc.”</p>

<p>S’agissant des particuliers, qu’en est-il du système punitif si souvent présenté de manière alarmante par les médias occidentaux ? “Pour les individus, les sanctions les plus sévères sont réservées aux personnes qui refusent de rembourser leurs dettes tout en ayant la capacité de le faire. Cela reste encore à nuancer : l’inscription sur cette liste ne s’effectue qu’après trois rappels à la loi. Par exemple, les personnes qui n’ont pas payé les indemnités fixées par le tribunal se voient interdire de voyager en avion ou d’envoyer leurs enfants dans des écoles privées coûteuses, au motif qu’elles constituent une consommation de luxe. Globalement, on peut dire que le système de crédit social concerne surtout les entreprises et qu’il affecte très peu la vie de 98% des Chinois”.</p>

<p>Exit, donc, le mythe orwellien cher aux reportages à sensation façon ARTE. “Existe-t-il donc un score de crédit social centralisé calculé pour chaque citoyen chinois ? Non. Contrairement à la croyance populaire, il n’y a pas de score central de crédit social pour les individus. Et franchement, le gouvernement central chinois n’a jamais parlé d’en vouloir un”, lit-on dans l’étude publiée par la MIT Review. “Alors pourquoi les gens, en particulier en Occident, pensent-ils qu’il y en a ? Eh bien, puisque le gouvernement central a donné peu d’indications sur la façon de construire un système de crédit social qui fonctionne dans les domaines non financiers, il a ouvert la porte aux municipalités pour expérimenter leurs propres solutions. En conséquence, de nombreux gouvernements locaux ont introduit des programmes pilotes qui cherchent à définir à quoi ressemble la réglementation du crédit social, et certains sont très controversés”.</p>

<p>Des initiatives trop zélées</p>

<p>Le meilleur exemple est Rongcheng, une petite ville d’un demi-million d’habitants qui a mis en place le système de pointage de crédit social le plus célèbre au monde : “En 2013, la ville a commencé à donner à chaque résident une cote de crédit personnelle de base de 1 000 qui peut être influencée par ses bonnes et ses mauvaises actions. Par exemple, la ville a décidé que diffuser des informations nuisibles sur WeChat, les forums et les blogs enlevait 50 points, tandis que “gagner une compétition sportive ou culturelle de niveau national rapportait 40 points”.</p>

<p>Or la plupart de ces expériences ont tourné court. “Ces systèmes de notation ont eu un impact très limité en Chine, car ils n’ont jamais été élevés au niveau provincial ou national. Mais lorsque la nouvelle de programmes pilotes comme celui de Rongcheng s’est propagée en Occident, elle a sonné l’alarme pour les activistes et les médias, et certains ont dit qu’elle concernait toute la population chinoise. Comment savons-nous que ces programmes pilotes ne deviendront pas des règles officielles pour tout le pays ? Personne ne peut en être sûr à 100%, mais il convient de rappeler que le gouvernement central chinois a annulé les actions illégales de certains gouvernements locaux en matière de crédit social”.</p>

<p>Les médias occidentaux, à l’époque, se sont bien gardés d’en parler : en décembre 2020, le conseil d’État chinois a publié une directive visant à réguler l’activité des gouvernements locaux utilisant le système de crédit social pour punir des actions insignifiantes comme le recyclage incorrect ou le non-port du masque. Cette directive nationale a demandé aux gouvernements locaux de “ne punir que les comportements qui sont illégaux en vertu du système législatif actuel de la Chine et de ne pas aller au-delà”. A plusieurs reprises, des dispositifs locaux ont été modifiés à la demande du pouvoir central, suite à des plaintes ou à des contrôles révélant que certaines mesures locales étaient “incompatibles avec l’État de droit”. La ville de Rongcheng, par exemple, a dû mettre à jour sa réglementation locale sur les scores de crédit social et “permettre aux résidents de se retirer du programme de notation”.</p>

<p>Corollaire du mythe orwellien de la notation généralisée, un autre mythe tenace est celui de l’utilisation massive de la haute technologie pour ficher toute la population. “Y a-t-il une technologie de pointe, comme l’intelligence artificielle, impliquée dans le système ?” interroge l’article du MIT. “Globalement, non. C’est un autre mythe courant sur le système de crédit social en Chine : les gens s’imaginent que pour suivre les comportements sociaux de plus d’un milliard de personnes, il doit y avoir un puissant algorithme central qui peut collecter et traiter les données. Mais ce n’est pas vrai. Puisqu’il n’y a pas de système central qui note tout le monde, ce type d’algorithme puissant n’est même pas nécessaire”</p>

<p>Au contraire, les experts du crédit social affirment que l’ensemble de l’infrastructure recourt assez peu à des technologies innovantes. “Alors que les responsables chinois nomment parfois des technologies telles que la blockchain et l’intelligence artificielle lorsqu’ils parlent du système, ils ne parlent jamais en détail de la manière dont ces technologies pourraient être utilisées. Si vous consultez le site Web de Credit China, ce n’est rien de plus qu’une bibliothèque numérisée de bases de données distinctes. Il n’existe aucun cas connu dans lequel la collecte automatisée de données conduit à l’application automatisée de sanctions sans l’intervention de régulateurs humains”, conclut le MIT.</p>

<p>La fable orwellienne du contrôle généralisé</p>

<p>En définitive, il va falloir faire son deuil de la fable orwellienne du crédit social à la chinoise et du contrôle totalitaire qu’il imposerait à la population. “Le crédit social, c’est un assemblage d’indicateurs hétérogènes et de mécanismes d’application qui diffèrent selon le lieu de résidence et l’activité, et dont la capacité à combiner dans un seul indicateur toutes les dimensions des interactions d’un seul individu avec les lois et les réglementations reste un fantasme”, résume la chercheuse Séverine Arsène, principale spécialiste de ce dispositif dans les milieux universitaires français (3).</p>

<p>“Ce système reste associé à l’idée d’un score universel attribué à l’ensemble des citoyens chinois qui permet d’évaluer leur comportement”, conclut également Pierre Sel. “La réalité est tout autre, et surtout plus ennuyeuse : le système de crédit social est un outil bureaucratique, reposant avant tout sur des tableurs Excel, qui concerne plus les entreprises que les individus – ceux-ci ne représentent que 0,2% des entités sanctionnées”.</p>

<p>Les Chinois espionnés, notés et brimés par une machine totalitaire qui brasse les big data pour exercer une surveillance tentaculaire et contrôler les moindres faits et gestes du simple citoyen ? Une légende, tout simplement. “Il n’y a pas de score donné aux citoyens, et personne ne se voit interdire l’accès aux hôpitaux pour avoir traversé au feu rouge. Personne ne nie les dangers posés par les technologies numériques. Mais faire croire que chaque citoyen chinois perd des points s’il achète du soda est tout bonnement faux”.</p>

<p>Dans Le Monde du 16 janvier 2020, Brice Pedroletti donnait son explication personnelle du crédit social chinois : “C’est le grand paradoxe du régime autoritaire chinois : les règles et les lois, pléthoriques et souvent très strictes, continuent d’être peu respectées, tant par les institutions que par les citoyens. Pour compenser, l’État-parti gouvernement sévit par des campagnes d’une sévérité inouïe. Il s’agirait donc de trouver un entre-deux : apporter une solution systémique à l’empire de la fraude et de l’arbitraire qu’est la Chine en instaurant une ‘contrôlocratie’ (sic) grâce à toutes sortes de paramètres et à l’intelligence artificielle. Le crédit social chinois accrédite l’idée d’un ‘capital de points’ accordé par l’État au citoyen, qui peut être bonifié – ou bien s’éroder : la citoyenneté n’obéit pas en Chine à une logique universalisante comme en Occident”.</p>

<p>Issue du journal de référence de la doxa, cette diatribe méritait d’être citée, tant elle brode avec imagination sur une notation généralisée des citoyens dont nous avons vu qu’elle n’existait pas et que le gouvernement de Beijing n’a jamais eu l’intention d’instaurer. Aussi les Chinois, très peu concernés par le système incriminé, ne sont-ils guère effrayés par ces “campagnes d’une sévérité inouïe” et ne considèrent-ils pas majoritairement leur pays, non plus, comme “l’empire de la fraude et de l’arbitraire”. A vrai dire, ils ignorent tout de cette “contrôlocratie” (catégorie journalistique parfaitement ridicule, soit dit en passant) dans laquelle un “capital de points” est accordé par l’État au citoyen, même s’ils n’ont pas la chance de vivre en Occident pour y bénéficier de la “logique universalisante” d’une citoyenneté qui, dans certains pays qui se vantent d’être démocratiques, fut longtemps réservée à la race supérieure.</p>

<p>En revanche, la société chinoise se veut une société civilisée dans laquelle les règles de droit s’appliquent à tout le monde, les hommes d’affaires ou les cadres du parti ne sont pas exemptés de la loi pénale, les rues sont sûres et les violences urbaines extrêmement rares, les policiers n’ont pas d’arme létale et ne dégainent pas le calibre pour un refus d’obtempérer. Peut-être parce qu’une certaine éthique confucéenne qui fait passer l’intérêt général avant les intérêts particuliers y exerce encore son influence malgré la montée en puissance, comme ailleurs, de l’individualisme et du consumérisme. Sans doute aussi parce que le “régime chinois” auquel la doxa occidentale attribue tous les défauts du monde prend tout de même au sérieux la sécurité de ses citoyens et se donne, tant bien que mal, les moyens de la garantir.</p>

<p>1. Zeyi Yang, « China has just announced a credit social law. Here’s what it means » , MIT Technology Review, 22 novenbre 2022.</p>

<p>2. Pierre Sel, « Crédit social en Chine : cassons les mythes orwelliens », Les Échos, 17 février 2022.</p>

<p>3. Séverine Arsène, « Le système de crédit social ou la gestion technocratique de l’ordre public », in Penser en Chine, Gallimard, 2021, p. 332.</p>
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	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Mon, 15 Dec 2025 12:11:41 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Qu’a Trump en tête pour que les États-Unis s’adaptent à la multipolarité ?]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Par M.K. Bhadrakumar – Le 12 décembre 2025 – Source <a href="https://www.indianpunchline.com/whats-on-trumps-mind-as-us-adjusts-to-multipolarity/">Indian Punchline</a></p><p>La transformation de l’ordre mondial en multipolarité est un travail en cours avec des variables à l’œuvre, mais son issue sera largement déterminée par l’alignement des trois grandes puissances – les États-Unis, la Russie et la Chine. Historiquement, ce « triangle » est apparu lorsque le couvercle s’est détaché du schisme sino-soviétique dans les années 1960 et qu’une féroce acrimonie publique a éclaté entre Moscou et Pékin, ce qui a incité l’administration Nixon à contrecarrer la mission secrète d’Henry Kissinger à Pékin pour rencontrer face à face le Président Mao Zedong et le Premier ministre Zhou En-lai et, espérait-il, trouver un modus vivendi pour contrer conjointement la Russie.</p><p>En réanalysant le schisme sino-soviétique, il est maintenant bien compris que le triangle Américano-sino-Soviétique n’a jamais vraiment suivi le cours envisagé par Kissinger. L’échec de Kissinger à consolider l’ouverture des relations avec la Chine était en partie dû à sa perte de pouvoir en janvier 1977 et, du point de vue systémique, c’était inévitable étant donné la complexité du chaudron bouillonnant du schisme sino-soviétique où l’idéologie se mêlait à la politique, à la géopolitique et à la realpolitik.</p><p>Alors que la mythologie occidentale dit que les États-Unis ont jeté les bases de l’essor de la Chine, l’historiographie pointe dans une autre direction, à savoir que Pékin avait toujours à l’esprit la dialectique à l’œuvre, et même un certain degré de compatibilité existait entre les intérêts chinois et américains pour contrôler l’expansion du pouvoir soviétique, Pékin étant déterminé à éviter un conflit militaire avec l’Union soviétique et concentrait son attention sur l’amélioration de sa position tactique au sein du triangle Américano-sino-soviétique.</p><p>De son côté, l’Union soviétique a également constamment encouragé l’intensification des échanges avec la Chine, malgré l’acrimonie amère et même les affrontements militaires, en vue de saper les avantages perçus que les États-Unis tiraient de la scission sino-soviétique – allant même jusqu’à chercher à persuader la Chine d’accepter le statu quo militaire et territorial en Asie.</p><p>En fait, pour retarder la coopération sino-américaine contre eux au début des années 1970, les Soviétiques ont proposé de modifier leurs revendications territoriales le long de leur frontière, de signer des pactes de non-agression et/ou des accords interdisant l’usage de la force, de fonder les relations sino-soviétiques sur les cinq principes de coexistence pacifique et de rétablir des contacts de haut niveau, y compris des liens entre partis, dans l’intérêt de leur opposition commune aux États-Unis.</p><p>Si la Chine a largement ignoré ces ouvertures, c’était presque entièrement en raison des grandes turbulences de sa politique intérieure. On se rappelle qu’à peine Mao, l’ennemi juré de l’Union soviétique, décédé en septembre 1976 (et le rideau tombé sur la Révolution culturelle), Moscou a rapidement enchaîné plusieurs gestes, y compris Brejnev envoyant un message de condoléances (le premier message du PCUS à la Chine en une décennie), suivi d’un autre message du Parti en octobre félicitant le Président nouvellement élu du PCC, Hua Guofeng, et peu de temps après, en novembre, renvoyant en Chine leur négociateur en chef pour les pourparlers frontaliers, le vice-ministre des Affaires étrangères Ilichev, afin de tenter de reprendre les pourparlers frontaliers. Mais, encore une fois, si rien n’en est sorti, ce fut à cause de l’invasion du Vietnam par la Chine et de l’intervention soviétique en Afghanistan peu de temps après, en 1980.</p><p>En effet, avec le recul, le principal héritage des années 1970, vu à travers le prisme du « triangle » États-Unis-Chine-Russie, fut la réorientation de la politique de défense de la Chine et son réalignement géopolitique avec l’Occident. La Chine n’a pas contribué de manière significative à affaiblir l’Union soviétique ou à aggraver la stagnation et la crise qui couvait dans l’économie politique soviétique.</p><p>Pendant ce temps, les divergences sino-américaines sur Taïwan et d’autres questions avaient refait surface en 1980-1982, obligeant la Chine à réévaluer sa stratégie de politique étrangère, ce qui s’est manifesté par l’annonce par Pékin, en 1982, de sa politique étrangère “indépendante” – en clair, une tentative de compter moins explicitement sur les États-Unis comme contrepoids stratégique à l’Union soviétique – et l’ouverture de « pourparlers consultatifs » avec Moscou, et une réceptivité croissante aux nombreuses ouvertures soviétiques en attente d’échanges bilatéraux (dans les domaines sportif, culturel et économique, etc.), l’orientation générale étant de réduire les tensions avec les Soviétiques et d’augmenter la marge de manœuvre de Pékin au sein du triangle Chine-États-Unis-URSS.</p><p>En effet, une détente plus large entre la Chine et l’Union soviétique a dû attendre le retrait soviétique d’Afghanistan à la suite des Accords de Genève signés en avril 1988. Néanmoins, un changement fondamental dans les relations sino-soviétiques est apparu au cours des années 1980, qui comprenait des réunions au sommet régulièrement programmées ; la reprise des liens de coopération entre le PCC et le PCUS ; l’acceptation par Pékin des propositions soviétiques en suspens de non-agression/non-recours à la force ; et la reprise des questions frontalières sino-soviétiques au niveau du vice-ministre des Affaires étrangères.</p><p>Washington a bien senti le changement d’orientation de la politique chinoise vis-à-vis de l’Union soviétique. Notamment, en examinant le changement marqué dans la stratégie chinoise, <a href="https://www.cia.gov/readingroom/docs/CIA-RDP11S00229R000201310001-2.pdf">une évaluation de la CIA notait</a> :</p><p>Plus récemment, Moscou a suivi l’appel de Brejnev en 1982 pour une amélioration des relations avec la Chine avec un arrêt de la plupart des déclarations soviétiques critiquant la Chine. Lorsque les discussions sino-soviétiques ont repris en octobre 1982, les médias soviétiques ont fortement réduit les critiques à l’égard de la Chine. Et ils sont restés discrets sur ce sujet, bien que des échanges polémiques occasionnels aient marqué la couverture sino-soviétique au moment de la visite du Premier ministre Zhao Ziyang aux États-Unis en janvier 1984. Moscou a continué à critiquer la Chine par le biais de la radio clandestine soviétique Ba Yi China. La Chine, pour sa part, a continué à critiquer la politique étrangère soviétique, bien que l’attention accordée par le passé aux politiques internes “révisionnistes” soviétiques ait pratiquement disparu depuis que les propres politiques économiques de la Chine ont été considérablement modifiées après la mort de Mao.</p><p>En résumé, avec le Secrétaire général du PCUS, Gorbatchev, consolidant le pouvoir, vers la fin 1988, par son élection à la présidence du présidium du Soviet suprême et sur, une voie parallèle, Deng avait déjoué ses rivaux politiques et était devenu le chef suprême de la Chine en 1978 – et avait lancé le programme Boluan Fanzheng pour rétablir la stabilité politique, réhabiliter les persécutés pendant la Révolution culturelle et réduire l’extrémisme idéologique – la porte s’était ouverte pour que les deux anciens adversaires entrent dans la roseraie de la réconciliation.</p><p>De manière significative, le moment de la visite de Gorbatchev à Pékin pour rencontrer Deng en 1989 était loin d’être idéal en raison des incidents de la place Tiannenmen, mais aucune des deux parties n’a proposé de reporter ou de reprogrammer la réunion. Telle était l’intensité de leur désir mutuel de réconciliation.</p><p>Aujourd’hui, le résumé ci-dessus est devenu nécessaire lorsque nous évaluons les orientations futures des politiques chinoises de l’administration Trump. La perception commune est que Trump tente de créer un fossé entre la Russie de Poutine et la Chine de Xi Jinping en vue d’isoler cette dernière et de l’empêcher de dépasser les États-Unis. Mais il n’y a aucune preuve disponible montrant un découplage entre la Russie et la Chine.</p><p>Au contraire, tous les signes montrent l’intégration progressive des deux pays. La semaine dernière, <a href="https://english.news.cn/20251202/a69a88dacc304c989ef8b088528f91e4/c.html">le Kremlin a annoncé</a> un régime sans visa pour les citoyens chinois souhaitant se rendre en Russie. Fait intéressant, c’était un mouvement réciproque. Le Financial Times a récemment rapporté qu’un homme d’affaires chinois avait acquis une participation dans le plus grand fabricant russe de drones qui approvisionne l’armée – dans le cadre de la première collaboration connue dans le domaine de l’industrie de la défense.</p><p>Avec la future puissance de Sibérie 2, la dépendance de la Chine vis-à-vis de la Russie pour sa sécurité énergétique augmentera encore. Le commerce extérieur de la Russie connaît une profonde mutation, la Chine remplaçant l’UE en tant que principal partenaire commercial de la Russie. Dans l’ensemble, les relations sino-russes sont plus étroites aujourd’hui <a href="https://merics.org/en/china-russia-dashboard-facts-and-figures-special-relationship">qu’elles ne l’ont été depuis des décennies</a>.</p><p>D’un autre côté, il n’y a aucune suggestion crédible que l’administration Trump se prépare à une guerre contre la Chine. Le Japon, sous sa nouvelle direction, marche contre le vent.</p><p>Alors, qu’a Trump en tête ? Dans son programme révolutionnaire pour la refonte du nouvel ordre mondial, Trump vise une concorde stratégique entre les États-Unis d’un côté et la Russie et la Chine de l’autre. La récente <a href="https://www.stimson.org/2025/experts-react-trump-administrations-national-security-strategy/">Stratégie de sécurité nationale</a> des États-Unis va également dans ce sens. Les implications de cette pensée révolutionnaire pour la multipolarité vont être profondes ; pour des partenaires tels que l’Inde ou des alliés comme le Japon ou l’Allemagne.</p><p>M.K. Bhadrakumar</p><p>Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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