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	<title><![CDATA[Signet Loupe: Juin 2026]]></title>
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	<description><![CDATA[]]></description>
	
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	<pubDate>Sat, 20 Jun 2026 20:56:41 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Le calcul quantique, une fenêtre ouverte sur notre avenir]]></title>
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<p>Chaque année, la France verse 50 milliards d’euros à des sociétés américaines telles que Microsoft, IBM, Google, Nvidia… Il existe pourtant des solutions parfaitement fiables et sécurisées, administrées par des infrastructures françaises souveraines. Le faire savoir au plus grand nombre est le grand combat d’Alexandre Zapolsky, 49 ans, fondateur de Linagora et “champion français du logiciel libre”.</p>

<p>LINAGORA EN QUELQUES CHIFFRES</p>

<p>Date de création : mai 2000.<br />Chiffre d’affaires 2025 : 15,5 millions d’euros.<br />Nombre de salariés : 120.<br />Localisation : siège social à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine).</p>
<p>Si l’honorable Honoré avait été notre contemporain, il se serait régalé à croquer le portrait du citoyen Zapolsky. Au XXIe siècle, difficile de faire plus balzacien que ce personnage majeur de la « French Tech », petite mais vaillante armée d’ingénieurs et d’investisseurs persuadés que notre pays peut apporter beaucoup au reste du monde en matière de logiciels et services numériques. Alexandre Zapolsky : rien que son nom est un roman ! En guise d’incipit, une ébauche de récit qui sent bon la lavande. Le jeune ambitieux grandit à La Farlède, sur les hauteurs de Toulon, avec vue sur les vignes. Rien ne le prédestine à devenir celui que les médias appellent « le champion français du logiciel libre ». À 15 ans, il met toutes ses économies dans l’achat d’une « discomobile », organise des bals et fait le DJ dans des mariages sur la Côte d’Azur. « J’adorais ça, faire danser les gens ! »</p><p>Dans ses Illusions perdues, Balzac envoyait Lucien de Rubempré chercher fortune à Paris, dans le monde de l’édition et de la presse. Pour Zapolsky, c’est la découverte de l’informatique, puis un coup de foudre précoce pour ce qu’on appelle alors le World Wide Web, qui vont décider du sort d’Alexandre, lycéen fort en maths. « J’étais élève boursier et les premiers abonnements internet coûtaient trop cher. Il fallait, en plus, payer la connexion à la minute. Alors, au culot, j’ai demandé à devenir délégué académique de mon lycée en expliquant que, dans le cadre de mes fonctions, il fallait absolument qu’on m’octroie un accès au Web ! » Première audace gagnante dans une vie qui n’en manquera pas. Le voilà « connecté » dès le début des années 1990 ; une rareté, et pas seulement dans le Var. « Et là, je m’éclate comme un fou, j’envoie des mails aux chercheurs du MIT, aux États-Unis, et ces gens me répondent ! J’ai l’impression que le monde entier est à portée de clic. »</p>
<p>“Pas question de rester spectateur”</p>
<p>Son bac E (un équivalent du bac S qui suivra, avant de disparaître à son tour) en poche, Zapolsky « monte » à Paris. Ou plus précisément à Évry, dans l’Essonne, où il intègre l’ancienne école d’ingénieurs de France Télécom, l’Institut national des télécommunications (aujourd’hui Mines-Télécom). « J’ai choisi Évry parce que l’enseignement y était gratuit et que le campus avait la meilleure connexion web de tout le pays. La promesse de transformation du monde que portait Internet me semblait irrésistible, pas question de rester spectateur. » Celui que ses copains appellent Sacha a 22 ans lorsque, en 1999, il fait deux rencontres décisives : <a href="https://www.youtube.com/watch?v=npz3ovOUzlk" target="_blank" rel="noopener">Richard Stallman</a> et <a href="https://www.youtube.com/watch?v=op-21RCMOwI" target="_blank" rel="noopener">Pierre Laffitte</a>.</p><p>L’Américain (né en 1953) est un programmeur réputé autant qu’un activiste éclairé, pionnier des logiciels libres (ces programmes informatiques qui garantissent à l’utilisateur quatre libertés : utiliser, étudier, modifier et redistribuer le logiciel avec accès au code source). Le Français, plus âgé (né en 1925), est une figure scientifique et politique – il a été sénateur des Alpes-Maritimes de 1985 à 2008 – vénérée par tous les technophiles de France parce qu’il a fondé, dès 1969, le pôle technologique et scientifique de Sophia Antipolis, sorte de Silicon Valley à la française.</p>
<p>À lire aussi : <a href="https://revue-laudace.fr/economie/fabrication-francaise-a-maison-robin-lhabit-fait-le-moine-guerrier/" target="_blank" rel="noopener">Fabrication française : à Maison-Robin, l’habit fait le moine-guerrier</a></p>
<p>« Ils étaient l’un et l’autre invités pour une conférence sur notre campus d’Évry, et j’ai proposé mes services pour aller les chercher à l’aéroport d’Orly, avec ma petite Golf rouge immatriculée dans le Var ! » Ah, le coup de la voiture ! Ou l’art de se constituer un début de réseau professionnel en jouant les taxis de service. « Je n’allais quand même pas manquer l’occasion de discuter avec deux de mes héros de jeunesse ! Je garde un souvenir ému des encouragements de Pierre Laffitte, qui m’a dit que si j’avais une passion pour les possibilités offertes par Linux et les logiciels libres, alors il fallait que je fonce. »</p><p>Linux, donc ! Deuxième mot préféré du jeune Zapolsky (après Internet). La propagation de ce système d’exploitation open source, créé par le Finlandais Linus Torvalds en 1991, a bouleversé le paysage informatique en introduisant un modèle de développement collaboratif, libre et gratuit, brisant le monopole des « systèmes d’exploitation propriétaires » comme Unix, Windows ou MacOS. L’étudiant y voit une chance immense pour des pays – comme la France – <a href="https://www.lesechos.fr/tech-medias/hightech/defense-cette-etude-qui-montre-linquietante-dependance-de-leurope-au-cloud-americain-2227096" target="_blank" rel="noopener">déjà trop dépendants des acteurs américains</a> du secteur tels que Microsoft, IBM ou Oracle.</p>
<p>Google, la fausse alternative progressiste</p>
<p>« Avant même d’avoir mon diplôme, je pointais les risques de notre dépendance numérique et défendais une vision française d’Internet. Mais honnêtement, à cette époque, ça n’intéressait personne. Le simple fait d’utiliser le mot “souveraineté” vous rendait suspect et inaudible. Plus encore dans ce contexte de la fin des années 1990, où l’Amérique et ses ingénieurs faisaient rêver le monde entier. » Et Zapolsky de rappeler que lorsque Google a été lancé en 1998, le <a href="https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/histoires-economiques/licencies-pour-avoir-rappele-a-google-sa-devise-don-t-be-evil-5885140" target="_blank" rel="noopener">slogan de la firme était</a> « Don’t be evil » : « Ne soyez pas mauvais ». « Dans les médias, Larry Page et Sergey Brin étaient considérés comme des gens très cools, qui allaient incarner une alternative progressiste à Microsoft. Beaucoup de gens sont tombés dans le panneau. »</p><p>Plutôt que d’effectuer son stage de troisième année chez Andersen Consulting (futur Accenture) comme nombre de ses copains, Zapolsky décide de créer sa propre société, <a href="https://linagora.com/" target="_blank" rel="noopener">Linagora</a> – contraction de Linux et agora. Au culot, il signe trois fois sa propre convention de stage : comme employeur, tuteur et stagiaire. « À l’école, ils m’ont trouvé un peu gonflé, sourit-il. Mais je leur ai dit que je n’avais plus une minute à perdre. » Son idée : créer un fournisseur d’accès à Internet totalement gratuit, « mais je constate alors que le seul modèle économique, c’est la pub, et je n’ai pas envie de devenir marchand de pubs ».</p><p>« Avant même d’avoir mon diplôme, je pointais les risques de notre dépendance numérique et défendais une vision française d’Internet. »</p><p>Fasciné par le <a href="https://www.rtbf.be/article/retour-sur-la-folle-histoire-de-caramail-video-10669175" target="_blank" rel="noopener">succès de CaraMail, le service de chat français</a> qui comptera jusqu’à 20 millions d’utilisateurs en 2003, et par l’audace de sa fondatrice, Orianne Garcia, il change d’approche, s’allie à un autre ingénieur, Michel-Marie Maudet (toujours son associé le plus proche aujourd’hui), et pose les bases du modèle économique de Linagora : leur société sera à la fois un développeur de logiciels libres et un prestataire de services chargé du suivi et de la maintenance des briques technologiques qu’elle promeut.</p><p>« On appelle ça l’open source software assurance, une assurance logicielle : on vend de l’expertise et de l’assistance technique. Dans le monde de l’open source, le code provient des communautés. Parfois, celles-ci sont tellement informelles – un type en Corée du Sud, un autre en Espagne, un troisième en Bretagne – qu’elles n’ont aucune existence légale. Elles sont donc incapables de contractualiser avec un utilisateur personnel ou professionnel, public ou privé. Alors, on s’en occupe pour eux : nous sommes ce tiers de confiance qui garantit la durabilité des logiciels libres déployés. »</p>
<p>Première victoire face à Microsoft</p>
<p>En 2026, Linagora reste solidement posée sur ces deux piliers : le développement des logiciels d’une part, leur maintenance d’autre part. Pas besoin d’aller chercher des clients, ce sont eux qui se manifestent. Parmi ces contractants, de grands ministères – notamment celui de la Défense, le premier à avoir fait confiance à Zapolsky et Maudet dès 2001 –, des compagnies d’assurance, des banques en France et à l’étranger, des milliers de notaires, ou encore le Conseil national des barreaux, qui recommande l’utilisation de la <a href="https://www.lemondeinformatique.fr/actualites/lire-twake-workplace-une-autre-alternative-francaise-aux-suites-americaines-98542.html" target="_blank" rel="noopener">suite de logiciels souverains Twake Workplace</a> aux avocats français (pour eux, la boîte de courriels Twake Mail a été déployée en marque blanche, avec des adresses mail se terminant par avocats.fr).</p><p>« Chaque année, la France laisse partir 50 milliards vers des sociétés états-uniennes. Cinquante milliards qui ne sont même pas taxés ! »</p><p>Linagora vient aussi de décrocher son premier contrat avec un pays ayant choisi ses solutions sécurisées pour équiper tous ses fonctionnaires : l’Île Maurice. Une première victoire face à Microsoft qui, pour une fois, n’a pas gagné l’appel d’offres. « Microsoft, dont l’un des dirigeants historiques, Steve Ballmer, avait qualifié Linux de “cancer” », tient à rappeler Alexandre Zapolsky d’un ton grinçant, ajoutant que si la firme américaine a fini par adopter certains principes du travail en open source, elle n’en reste pas moins l’outil prédateur d’une domination américaine trop rarement questionnée. « Chaque année, la France laisse partir 50 milliards vers des sociétés états-uniennes. Cinquante milliards qui ne sont même pas taxés ! Microsoft, par exemple, est très présent dans les outils déployés au sein de l’Éducation nationale. Vous ne pensez pas que des sommes aussi colossales seraient mieux utilisées en France, par exemple pour préserver notre modèle social ? »</p><p>Problème : les outils et solutions made in France promus par Linagora restent largement méconnus du grand public, y compris dans l’Hexagone. Sommes-nous tous intoxiqués aux produits américains ? Comme anesthésiés par le soft power vaporeux dans lequel nous font flotter Apple, Microsoft, Google, Amazon ? « Économiquement, ce sont des monstres. <a href="https://www.lemonde.fr/economie/article/2025/07/31/microsoft-depasse-les-4-000-milliards-de-dollars-de-capitalisation-boursiere-la-deuxieme-entreprise-a-depasser-ce-seuil-symbolique_6625773_3234.html" target="_blank" rel="noopener">Microsoft pèse 4 000 milliards de dollars.</a> Nvidia [processeurs, puces, NDLR] <a href="https://www.franceinfo.fr/replay-jt/france-2/13-heures/nvidia-la-multinationale-americaine-pese-5-000-milliards-de-dollars_7587182.html" target="_blank" rel="noopener">davantage encore : 5 000 milliards !</a> Comment résister à pareille puissance de feu ? »</p>
<p>Pour une troisième voie</p>
<p>Ces firmes tentaculaires arrosent le monde entier à coups de millions investis dans une communication carnassière dans le cinéma, les médias, le sport et, de manière plus subtile, dans le monde de l’entreprise et des grandes organisations, laissant partout planer l’idée que seuls les leaders mondiaux de la tech peuvent faire tourner nos systèmes informatiques et stocker nos données en toute sécurité. Une imposture !</p><p>Mais aussi une concurrence déloyale, selon Zapolsky, qui estime que, face aux risques d’ingérence, seule une volonté politique portée au sommet de l’État pourra pousser les décideurs français à opter pour des technologies souveraines. « Il existe une exception culturelle française et, au nom de cette idée salutaire, on a créé des dissymétries de marché – et heureusement, car c’est grâce à cela que nous avons encore un cinéma français varié et de qualité, ainsi qu’une édition littéraire foisonnante. Ma conviction profonde, c’est qu’Internet et l’intelligence artificielle devraient relever de la même logique : on devrait défendre l’approche et les capacités françaises comme de nouveaux volets de notre exception culturelle. »</p><p>Pas besoin d’avoir fait l’ENA pour mesurer à quel point l’actualité guerrière de ces derniers mois semble propice à un réveil des consciences sur ces questions vitales de sécurité et de souveraineté. « L’avantage avec Trump, c’est qu’il dit tout haut ce qu’il pense, dans une cacophonie désolante qui a au moins le mérite d’être transparente ! Si, face à un discours aussi agressif, les décideurs, les grands patrons et les actionnaires des groupes français ne se rendent pas compte que nous devons avoir la maîtrise de nos outils, de nos réseaux, de nos datacenters, alors quand le comprendront-ils enfin ? », souligne le dirigeant, qui plaide plus que jamais pour une « troisième voie numérique », ni inféodée aux Gafam ni chinoise.</p>
<p>À lire aussi : <a href="https://revue-laudace.fr/monde/contre-linfeodation/" target="_blank" rel="noopener">Contre l’inféodation !</a></p>
<p>En première ligne depuis un quart de siècle, l’ancien disc-jockey au destin balzacien n’a plus le temps de faire guincher ses amis, mais il mène toujours la danse quand il s’agit d’aller convaincre, débattre, argumenter. Parmi ses interlocuteurs réguliers, le nouveau <a href="https://www.caissedesdepots.fr/eclairage/actualites/olivier-sichel-nomme-directeur-general-de-la-caisse-des-depots" target="_blank" rel="noopener">patron de la Caisse des dépôts et consignations, Olivier Sichel</a>. « Un type extra, fin connaisseur des enjeux du numérique, qui va pouvoir accélérer le mouvement : il a déjà validé la mise en place d’un “indice de résilience numérique”, c’est-à-dire un outil qui permet de mesurer notre dépendance aux logiciels américains. Quand Sichel dit “Attention, danger !”, il convainc dans l’instant les patrons du CAC 40. »</p><p>Le même Sichel a annoncé, en février, la <a href="https://www.banquedesterritoires.fr/la-caisse-des-depots-va-investir-18-milliards-deuros-sur-la-souverainete-numerique" target="_blank" rel="noopener">mise en place d’un plan pour la souveraineté numérique doté d’un budget de 18 milliards d’euros d’investissements</a> d’ici à 2030. Il n’est que temps ! L’Allemagne, l’Italie, l’Estonie, les Pays-Bas ont déjà décrété l’état d’urgence. Et en <a href="https://www.tresor.economie.gouv.fr/PagesInternationales/Pages/cd654676-8b68-47cf-89d2-2fcaf32e9798/files/4e0c2f67-2a16-4e96-a5db-d650b1866777" target="_blank" rel="noopener">Inde, pays pionnier de la « troisième voie numérique »</a>, on parle désormais de DPI (Digital Public Infrastructures), de « biens publics numériques ». « Cela consiste à décréter que des pans entiers de notre monde connecté sont des biens communs de l’humanité et que personne n’a le droit de se les approprier », applaudit Zapolsky. Applications concrètes : plus d’un milliard de citoyens indiens utilisent des systèmes de paiement en ligne et de « wallet » numérique souverains, garants de leur « intimité numérique ». Si l’Inde le fait à si grande échelle, la France le peut sans doute elle aussi…</p>
<p>EXEMPLES D’OUTILS LINAGORA</p>

<p>La suite Twake : une solution alternative à Microsoft Teams ou Google Workspace (avec boîtes mail, visioconférence, échanges de fichiers sécurisés…).<br />Le logiciel de messagerie et de travail collaboratif OBM : il équipe des ministères (Finances, Intérieur, Défense…), des établissements publics, des collectivités locales.<br />Dans le domaine de l’intelligence artificielle : LinTo, une IA « de transcription » de la parole en texte.</p>
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	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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