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	<title><![CDATA[Signet Loupe: Articles de blog de Idées]]></title>
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	<description><![CDATA[]]></description>
	
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	<pubDate>Sat, 18 May 2024 18:27:26 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/956/30-ans-apres-trois-penseurs-quil-est-urgent-de-redecouvrir</link>
	<title><![CDATA[30 ans après, trois penseurs qu&#039;il est urgent de redécouvrir]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Décédés il y a trente ans cette année, Guy Debord, Jacques Ellul et Christopher Lasch s'avèrent d'une grande actualité. Alors que les militants et universitaires de gauche n'ont aujourd'hui d'yeux que pour Michel Foucault ou Judith Butler, il serait urgent qu'ils redécouvrent la pensée de ces trois auteurs radicaux.</p><p>Le 25 juin 1984, disparaît le philosophe postmoderne Michel Foucault, né en 1926. Du mouvement queer et des études de genre à l'idée selon laquelle le pouvoir s'exerce moins verticalement qu'entre individus (« micropouvoirs ») dans une société productrice de « normes » (le fameux « construit » social), son legs va de l'université, où il reste l'un des auteurs les plus cités en sciences sociales, jusqu'au monde militant. Hostile au socialisme, en sympathie à la fin de sa vie avec le néolibéralisme – car il permettrait l'affirmation du sujet – ou la révolution iranienne, il n'en reste pas moins un penseur clé des gauches « radicales ». À l'occasion du quarantième anniversaire de sa mort, un Congrès mondial lui est consacré sous l'égide du Centre Michel Foucault, avec pas moins de cinquante événements à travers le monde.</p><p>À LIRE AUSSI : <a href="https://www.marianne.net/politique/irrationalisme-anti-progressisme-anti-universalisme-la-gauche-t-elle-perdu-la-tete">Irrationalisme, anti-progressisme, anti-universalisme : la gauche a-t-elle perdu la tête ?</a></p><p>Les commémorations sont bien plus modestes, voire inexistantes, pour le trentième anniversaire de la disparition de Christopher Lasch, Jacques Ellul et Guy Debord, tous trois décédés en 1994, respectivement les 14 février, 19 mai et 30 novembre. Penseurs majeurs du XXe siècle, ils sont pourtant largement ignorés de la gauche… qui gagnerait d'autant plus à les lire en priorité. Leurs analyses développent en effet une critique culturelle radicale des sociétés sous le capitalisme et offrent des outils conceptuels puissants pour comprendre notre présent.</p>
<p>Plus conservateur que progressiste</p>
<p>Dans le Manifeste du Parti communiste (1848), <a href="https://www.marianne.net/agora/lectures/la-lutte-finale-on-a-lu-les-dernieres-annees-de-karl-marx-de-marcello-musto">Karl Marx</a> et <a href="https://www.marianne.net/agora/engels-vrai-pere-du-marxisme">Friedrich Engels</a> écrivaient : « La bourgeoisie ne peut exister sans révolutionner constamment […] l'ensemble des rapports sociaux […]. Ce bouleversement continuel de la production, ce constant ébranlement de tout le système social, cette agitation et cette insécurité perpétuelles distinguent l'époque bourgeoise de toutes les précédentes. Tous les rapports sociaux, figés et couverts de rouille, avec leur cortège de conceptions et d'idées antiques et vénérables, se dissolvent […]. Tout ce qui avait solidité et permanence s'en va en fumée, tout ce qui était sacré est profané […]. » À maints égards, les travaux de Debord, Lasch et Ellul approfondissent ce constat et prolongent la pensée de Marx, quoique d'une façon très hétérodoxe, loin du dogmatisme des syndicats ou du Parti communiste contemporains.</p><p>C'est, en bonne partie, à <a href="https://www.marianne.net/agora/entretiens-et-debats/jean-claude-michea-les-nouvelles-classes-moyennes-urbaines-ont-pour-role-dencadrer-le-capitalisme">Jean-Claude Michéa</a> et aux éditions Climat – à présent sous parapluie Flammarion – que l'on doit l'introduction en France des écrits de l'historien et sociologue américain Christopher Lasch, né en 1932. En 2003, dans une recension de son essai Le seul et vrai paradis. Une histoire de l’idéologie du progrès et de ses critiques, la Revue du MAUSS (Mouvement anti-utilitaire en sciences sociales) le présente comme « historien (et figure hétérodoxe) de la gauche américaine, spécialiste de l’histoire de la famille et des femmes, critique de la société thérapeutique et du narcissisme contemporains, pourfendeur des nouvelles élites du capitalisme avancé », animé par une « volonté de poursuivre une analyse de la société moderne dans la perspective d’une théorie critique de la culture contemporaine et de ses idéologies, notamment des idéologies progressistes ».</p><p>À LIRE AUSSI : <a href="https://www.marianne.net/agora/entretiens-et-debats/laurent-ottavi-le-populisme-de-lasch-articule-des-traditions-liberales-socialistes-conservatrices-et-religieuses">Laurent Ottavi : "Le populisme de Lasch articule des traditions libérales, socialistes, conservatrices et religieuses"</a></p><p>Son œuvre – une dizaine d'ouvrages, dont sept traduits en français – analyse les mutations de la société et du sujet états-uniens depuis le XIXe siècle. Contrairement aux gauches qui dominent le champ politique et intellectuel, Lasch est plutôt conservateur que progressiste sur le plan social, plutôt partisan des petits artisans et producteurs que du salariat et de l'industrie, plus favorable à l'autonomie qu'au dirigisme étatique, aux petites unités sociales et à l'enracinement – au sens de <a href="https://www.marianne.net/agora/analyses/ecologie-travail-progres-pourquoi-simone-weil-a-encore-raison-80-ans-apres-sa-mort">Simone Weil</a> – en tant que cadres de formation de l'esprit civique qu'au gigantisme métropolitain et au « bougisme » de la gauche contemporaine.</p>
<p>L'importance de la Technique</p>
<p>Dans son essai Christopher Lasch face au Progrès (L'Escargot, 2022), Laurent Ottavi estime que les « douloureuses épreuves à venir » rendront d'autant plus nécessaire de redécouvrir sa pensée qu'elles « exigeront de revenir à l'essentiel : la vie intérieure et la vie publique ; la capacité d'initiative ; les grands desseins ; les liens de fidélité ; la solidarité ; la transmission ; le courage ; la morale ; l'indépendance ; la conscience de ses obligations ; le sens du sacrifice, tiré d'une compréhension de l'âpreté et de la tragédie de la vie ». Aux antipodes du catéchisme du Progrès qui anime la gauche… C'est en elles que Lasch voit les ferments d'une vie libre et autonome.</p><p>Lui aussi sociologue et historien, l'anarchiste et théologien protestant Jacques Ellul, né en 1912, s'est interrogé, encore jeune : « Si Marx vivait aujourd'hui, quel serait pour lui l'élément fondamental de la société ? » Selon lui, c'est la Technique qui constituerait un déterminant plus important que l'économie. Concept central de son œuvre, la Technique n'inclut pas que l’ensemble des outils, procédés et procédures de l’industrie moderne, concrets (automobiles, ordinateurs…) ou abstraits (management, marketing…), mais désigne aussi le principe qui préside à leur développement exponentiel.</p><p>Les techniques modernes, loin d'être au service des humains, ont acquis leur autonomie, au point que, dans L'Empire du non-sens, il écrit que « c’est la Technique elle-même qui devient un milieu [...]. C’est-à-dire ce dans quoi on trouve les possibilités de vivre, les orientations de sa vie, ce qui nous entoure totalement, et ce que nous sommes obligés de connaître avant de connaître quoi que ce soit d’autre. La Technique nous entoure comme un cocon total et sans faille qui rend la Nature parfaitement inutile (à notre évaluation immédiate), dominée, secondaire, et insignifiante. »</p><p>À LIRE AUSSI : <a href="https://www.marianne.net/culture/jacques-ellul-precurseur-de-l-ecologie-politique-et-de-la-decroissance">Jacques Ellul, précurseur de l’écologie politique et de la décroissance</a></p><p>Du ministre ou du PDG sautant de téléconférence en avion au livreur Deliveroo téléguidé par un algorithme, de l’employé filant sur sa trottinette électrique un casque sur les oreilles lui diffusant de la musique électronique à l'ado abîmant son temps sur son « smartphone », tout notre environnement contemporain confirme les analyses d'Ellul. « Par son caractère englobant, et l'ensemble des interactions qu'il provoque, le développement technologique entretient un imaginaire de puissance et de croissance et intègre toujours plus d'éléments nouveaux, y compris les êtres vivants. Nous vivons à notre corps défendant dans un univers de plus en plus technicisé, dont il convient de saisir les enjeux », résume Édouard V. Piély dans Jacques Ellul : Face à la puissance technologique (L'Escargot, 2024).</p>
<p>Debord et le Spectacle</p>
<p>En comparaison avec les sages universitaires Lasch et Ellul, Guy Debord fait plus « rock'n'roll », en raison d'un ancrage dans les avant-gardes. Il fonde successivement l'Internationale lettriste (1952-1957), puis l'Internationale situationniste (1957-1972). Partageant avec <a href="https://www.marianne.net/culture/litterature/arthur-rimbaud-un-siecle-et-demi-plus-tard-la-force-inalterable-de-une-saison-en-enfer">Arthur Rimbaud</a> la certitude que « la vraie vie est absente », Debord et les situationnistes ont la « conviction que c'est dans la vie quotidienne que se jouent le plus immédiatement les transformations révolutionnaires », écrit Patrick Marcolini dans Le mouvement situationniste. Une histoire intellectuelle (L'échappée, 2013).</p><p>À LIRE AUSSI : <a href="https://www.marianne.net/agora/tribunes-libres/anselm-jappe-pour-debord-le-capitalisme-a-fait-reculer-la-misere-materielle-au-prix-dune-alienation-grandissante">Anselm Jappe : "Pour Debord, le capitalisme a fait reculer la misère matérielle au prix d’une aliénation grandissante"</a></p><p>La création de « situations », la psychogéographie, les « dérives » à travers les grandes villes introduisent le jeu comme un art de vivre destiné à réinventer la vie, déprise du prévisible, de l'utilitaire – c'est-à-dire de l'emprise marchande sur l'existence : « Se masquer la question politique posée par la misère de la vie quotidienne veut dire se masquer la profondeur des revendications portant sur la richesse possible de cette vie ; revendications qui ne sauraient mener à moins qu'à une réinvention de la révolution », affirme Debord en 1961. Révolution qui ne saurait passer par les « bureaucraties politiques et syndicales de gauche », qui ne sont à ses yeux qu'« un mécanisme d'intégration à la société capitaliste ».</p><p>À LIRE AUSSI : <a href="https://www.marianne.net/agora/entretiens-et-debats/patriotes-critiques-du-progres-et-defenseurs-des-limites-on-vous-presente-les-conservateurs-de-gauche">Patriotes, critiques du progrès et défenseurs des limites : on vous présente les "conservateurs de gauche"</a></p><p>Par son œuvre très diverse (tracts, revues, films, essais) et sa vie même, Guy Debord a tenté d'unir théorie critique et pratique révolutionnaire dans le sens d'une autonomie indissociablement individuelle et collective. Sa réflexion l'a conduit à théoriser le concept qui donne son titre à son essai majeur : La Société du spectacle (1967). Par « spectacle », Debord décrit un « phénomène de dépossession par lequel l'homme contemple ce dont il est exclu », <a href="https://www.marianne.net/agora/lectures/portrait-dun-penseur-radical-on-a-lu-guy-debord-abolir-le-spectacle-demmanuel-roux">explique Emmanuel Roux</a> (Guy Debord. Abolir le spectacle, Michalon, 2022). Il synthétise le règne totalisant de la marchandise, la domination des images et représentations sur la vie vécue, la dépossession pour chacun du pouvoir sur sa vie. Ses critiques de la séparation et de la spécialisation qui divisent décisionnaires et exécutants, spectacle et spectateurs, n'ont rien perdu de leur tranchant. Mieux : elles ont gagné en acuité à mesure que, comme il l'écrivait en 1978, « le spectacle n’a fait que rejoindre plus exactement son concept ».</p><p>Il est lointain le temps où Debord prônait un idéal révolutionnaire de conseils ouvriers s'autodéterminant démocratiquement. De Netflix, Amazon et Twitter à Uber et Deliveroo, la Technique, le narcissisme et le spectacle ont étendu – notamment via les smartphones – une emprise presque totale sur les modes de vie et les imaginaires. Et si la vraie « déconstruction », la vraie « décolonisation » qu'il convenait d'engager passait par les voies tracées par Lasch, Ellul et Debord ?</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
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	<pubDate>Sat, 29 Oct 2022 08:20:37 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/887/la-deraison-occidentale</link>
	<title><![CDATA[La déraison occidentale]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Nourri du christianisme, même quand il le vomit, l’Occident applique à la lettre la sentence de Paul : « il n’y a plus ni hommes ni femmes » (Galates, 3, 28). Ainsi, oubliant que la lettre tue mais l’esprit vivifie (Corinthiens, 3,6), une part croissante des élites instruites prétend abolir la différence des sexes et on peut voir des hommes (X,Y selon la génétique) revendiquer d’être considéré comme des femmes et même de participer aux compétitions sportives féminines. De nombreux États ont aboli la mention du sexe sur les papiers d’identité ou ont créé de très nombreuses catégories pour que chacun puisse se choisir. L’homosexualité est du dernier « chic » et on est sommé de permettre aux couples homosexuels d’avoir des enfants. Leur refuser ce droit serait une horrible discrimination. Pour qui n’a pas encore perdu le sens commun, ces revendications sont visiblement aberrantes. Comment peut-on refuser à ce point la réalité ? Il n’est pas besoin de suivre la Genèse (« Dieu créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa » (Gn 1, 27) ; la sexuation est une caractéristique fondamentale de l’évolution du vivant et si on trouve des hermaphrodites ou des espèces où la sexuation varie en fonction de l’âge, chez les oiseaux et les mammifères, la différence des sexes est figée. Pour faire des enfants, il faut un homme et une femme ! En psychiatrie, la rupture avec le réel se dénomme psychose. Cette psychose occidentale fait des ravages et atteint l’histoire et la culture : les prétendus « éveillés » (woke) veulent effacer les traces du passé qui leur déplaît, passer la culture à la guillotine, jusques aux Grecs qui sont rejetés dans l’enfer des « woke » pour avoir été des racistes impérialistes !</p><p>On a longtemps accusé les Occidentaux de sacrifier à la Déesse Raison. En vérité, si nous continuons de vouer un véritable culte à la rationalité instrumentale (pour parler comme Habermas), c'est-à-dire à la technique, en revanche nous tenons la Déraison pour la déesse qui doit nous guider. Mais nous savons que la Raison n’est pas une déesse : elle est le résultat de « montages » institutionnels, d’un dispositif anthropologique sur lequel n’a cessé de revenir Pierre Legendre. À démanteler ces montages, on rend littéralement fous les individus.</p><p>Prenons les choses dans l’ordre. Pour l’espèce humaine comme pour toutes les espèces, il s’agit d’abord de vivre et de se reproduire. Mais l’homme est l’animal le plus faible, le moins bien équipé naturellement pour affronter la dureté de la nature. On sait cela depuis le mythe de Prométhée : c’est par l’intelligence qu’il compense sa faiblesse congénitale, intelligence technique mais aussi et d’abord l’intelligence sociale, la parole, sans laquelle l’intelligence technique tournerait en rond depuis 1,5 millions d’années. Il lui faut aussi se débrouiller avec une autre grande faiblesse : sa sexualité. Les animaux n’ont pas de sexualité. Ils se reproduisent selon des cycles naturels et pour le reste ils vivent en paix. Mais les humains ont une sexualité « exubérante » qui doit être contenue, canalisée, détournée pour rendre la civilisation possible. Freud a dit sur ce sujet des choses décisives. Loin d’être uniquement réglée par la biologie, la question du sexe doit être étayée par tout ce processus qui permet au petit d’homme d’entrer dans le monde. Pierre Legendre le rappelle : il faut « instituer la vie » car il n’y a pas d’autre moyen pour que l’enfant se tienne debout. Il n’est pas complétement faux de dire que le « genre » est une construction sociale, mais cette construction sociale s’articule sur un substrat naturel.</p><p>Bien que Jacques Lacan me semble parfois très obscur, il lui arrive de dire des choses lumineuses. Quand il fait de l’arrimage du sujet une dynamique triade, il touche juste. Le moi est imaginaire – c’est très exactement le sens de la fameuse affaire du « stade du miroir » sur laquelle on a tant glosé – et il est un des sommets de ce triangle qui comprend la mère et le père. La mère est le réel et le père est ce qui permet d’entrer dans l’ordre symbolique. La mère est le réel parce qu’elle est ce dont il est impossible de faire abstraction. Tous les humains sont nés du ventre d’une femme. Entre la mère et son enfant, le langage est presque superflu et pour apprendre à parler, il faut se détacher de la mère, opérer cette scission, qui le propre de l’intervention du père. Le père est la figure de la Loi, c'est-à-dire de l’ordre de la parole qui est si essentiel pour le vivant parlant qu’est l’homme. Le démontage de cette construction si fragile ne peut que produire des fous, puisque cette construction est celle qui nous apprend la logique, le principe d’identité et le principe du tiers exclu : le père et la mère ne sont pas la même chose ! et encore moins le père, la mère et l’enfant. La tragédie d’Œdipe nous parle de ça : Œdipe est le frère de ses enfants, Jocaste est la grand-mère de ses enfants tout en étant leur mère. C’est un monde chaotique, insensé que produit le meurtre de Laïos et les épousailles d’Œdipe et de Jocaste.</p><p>Donc ce à quoi s’attaquent les lois sur l’indifférenciation des sexes, les théories du genre, les nouvelles modes pédagogiques qui veulent embrigader les petits enfants dans la confusion des genres, c’est exactement ce soubassement anthropologique de toute société humaine. « Il est interdit d’interdire » proclamait un groupe gauchiste des années 1968. Mais c’est précisément la question de l’Interdit qui est la condition numéro 1 de l’entrée dans l’ordre de la parole.</p><p>Si on considère maintenant ce qui se joue, on ne peut manquer d’être frappé par la concordance entre ces liquidations des fondements anthropologiques de la société des humains et le stade actuel du mode de production capitaliste. Marx, qu’on a bien peu lu en vérité, remarque que le capital renverse toutes les barrières morales et sociales à son expansion et qu’il détruit impitoyablement toutes les communautés humaines. Quand partout règne la concurrence, les individus sont isolés les uns des autres, ils ne forment plus des classes sociales, mais des masses amorphes. À chacun, il est prescrit de s’occuper de lui-même, de « maximiser son utilité » pour parler comme les économistes, et chacun ne considère tous les autres que comme des adversaires ou des partenaires potentiels d’un contrat, de la force de travail, équivalente à n’importe quelle force de travail, ou des consommateurs indistincts. Il n’y a effectivement plus ni homme ni femme, ni Espagnol ni Français… Les individus sont extraits de toute communauté effective : le mode de production capitaliste entreprend de liquider l’homme comme « animal politique » au sens d’Aristote.</p><p>L’idéologie, représentation de la réalité inversée comme dans une camera oscura, le résume d’un mot : self made man. L’homme ne dépend plus des autres ni de la nature. Il se fait lui-même et donc il est responsable, non de ses actes, mais de ce qu’il est et si les choses tournent mal pour lui, il ne peut s’en prendre qu’à lui-même. C’est pourquoi la folie « trans » est l’expression la plus pure de l’idéologie dominante. Je peux vouloir être homme ou femme ou « neutre » ou avoir une « identité fluctuante », c’est mon droit et tout ce qui m’empêche d’exercer ce droit est tenu pour une insupportable « domination ». Au-delà de cette première couche idéologique, la plus évidente, il y en a une deuxième : celle qui fait de l’homme non seulement le sujet mais aussi l’objet de la puissance de la technique. Le corps humain a perdu toute sacralité et peut donc être l’objet de manipulations en tous genres. Car le transgenre ne se satisfait du travestissement, qui fait partie depuis toujours des rituels sociaux – le carnaval est un gigantesque travestissement qui indique, négativement, ce qu’est l’ordre. Le transgenre modifie le corps lui-même, par des traitements hormonaux et des actes chirurgicaux. Le corps peut être mis en pièces et recomposé à volonté. Le transgenre est ainsi tout proche du transhumanisme et de l’idéologie « cyborg » (Dona Haraway ou Thierry Hoquet en sont des représentants). Pointe avancée de la « modernité », le transgenre pousse jusqu’à son terme l’exigence de rendre le monde disponible.</p><p>Notons au passage un apparent paradoxe : les groupements écologistes soutiennent les revendications « transgenre ». D’un côté, ils se présentent donc comme les défenseurs de la nature dans laquelle ils voient le modèle d’un ordre harmonieux, alors que d’un autre côté, ils veulent éradiquer totalement ce qui peut rester de naturel dans l’homme ! Affirmer que le sexe n’a aucune importance et que n’existe que le genre comme construction sociale, c’est ouvrir la voie à la fabrication des humains comme être entièrement artificiels, à moins que l’on aspire purement et simplement à l’extinction de l’espèce humaine.</p><p>Le promotion de l’homosexualité et de ses formes dérivées fait également partie de ces procédés de démontage des fondements anthropologiques et juridiques de la vie sociale. Il faudrait ici faire des distinctions et remarquer que l’homosexualité n’a rien à voir avec les « trans », puisque l’homosexualité est l’amour du même et le trans est fondamentalement une volonté d’être autre. Il y a entre les deux toutes sortes de bizarreries, par exemple des « trans » devenus homosexuels. Mais laissons aux psychologues et aux romanciers le soin d’examiner les sinuosités de l’âme humaine. La nouveauté réside dans le fait que ce qui était de l’ordre de l’intime et même du simple phantasme exige une reconnaissance publique et des transformations de l’ordre civil, comme si les phantasmes pouvaient exiger d’être réalisés et comme si les choix les plus intimes avaient maintenant force de loi. Tout ces batailles se mènent au nom de la libération, du refus de toute aliénation, mais c’est une trompe-l’œil. Les mouvement LGBTQI+ (on en oublie toujours de nouveaux) ne visent pas à la libération des individus mais à leur enfermement dans des petites cases toujours plus étroites. Il n’est plus question de lutter contre les discriminations ou la pénalisation de certaines pratiques sexuelles, mais d’essentialiser ce qui n’est qu’une forme de l’éros. Cette prétendue libération est en réalité une aliénation portée à son plus haut degré, une des formes paroxystiques de ce que Marcuse avait identifié comme « désublimation répressive », un des ingrédients du totalitarisme technologique moderne. Car, comme dans le cas des « trans », c’est encore à une nouvelle technicisation de la reproduction humaine que conduit invariablement l’homosexualisme : PMA pour toutes, GPA et demain « bébés   éprouvettes », c'est-à-dire enfants fabriqués par ectogenèse. Le corollaire de tout cela est que le fossé se creuse entre l’Occident et les autres civilisations qui ne peuvent tout simplement pas accepter la débâcle normative occidentale.</p><p>Il s’agit bien de cela. Pierre Legendre faisait remarquer que la conquête de la démocratie avait fini par se retourner en imposition de la démocratie par n’importe quel moyen – nous n’avons pas oublié les « bombardements humanitaires » sur Belgrade. Il en va de même ici : la conquête de libertés personnelles tout à fait légitime se transforme en l’imposition d’une nouvelle idéologie qui laisse la grande majorité de la jeunesse dans le plus profond désarroi, en proie à la banalisation de la drogue, à une perte totale de repères et parfois à la violence sans le moindre frein. Et évidemment cela produit des réactions, que l’on peut critiquer, mais qui ne sont que le prix à payer pour cette débâcle. La symbiose qui s’est créée entre l’ultra-libéralisme, qui promet un développement illimité du mode de production capitaliste, et les idées libertariennes les plus folles constitue une grave menace sur la civilisation occidentale.</p><p>Être « woke », LGBT, militant « trans », ce sont là des attitudes qui ne sont possibles réellement que dans les pays occidentaux ou occidentalisés. Chose curieuse, ces militants extrémistes, ces groupes d’assaut qui se sont voués à la destruction de la raison, sapent ainsi les bases de leur propre existence en tant que groupes. L’islam, dont ils prennent la défense comme des étourdis qu’ils sont est rigoureusement opposés à leurs extravagance. À Téhéran ou à Ryad, les homosexuels sont pendus ou fouettés, les femmes sont punies si elles ne portent pas les accoutrements de leur soumission. La perte du sens commun qui ravage une part importante des professions intellectuelles, des chercheurs, des étudiants et vedettes médiatiques est un symptôme inquiétant des progrès de la pulsion de mort. Est-il encore temps de réagir ? Peut-être, à condition que nous soyons capables de ressaisir notre héritage, celui qui nous vient d’Athènes, de Jérusalem et de Rome, qui nous ont enseigné le sens de la liberté, l’importance de la raison critique et ont jeté les fondements de ce que nous sommes.</p><p>Denis Collin.</p><p> </p><p> </p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
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	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/822/dimanche-une-musique-il-jouait-du-piano-debout</guid>
	<pubDate>Sun, 02 Jan 2022 14:30:31 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/822/dimanche-une-musique-il-jouait-du-piano-debout</link>
	<title><![CDATA[Dimanche, une musique :  Il jouait du piano debout !]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Gilles CASANOVA page Facebook. </p>

<p>Dans Le Dictateur, Charles Chaplin montre un dictateur grotesque, dans le but de ridiculiser les régimes totalitaires, fasciste et nazi, qui fleurissent alors en Europe et qui prétendent dominer le monde. </p>

<p>Mais sans qu’il y ait besoin du cinéma pour cela, le grotesque fait partie des attributs de la dictature et du totalitarisme. Qui n’a vu ces images de Benito Mussolini, grotesque et halluciné, prononçant des discours délirants, mais qui entraîneront son pays dans le précipice.</p>

<p>Pour cela, il faut la peur, il faut que la peur ce soit emparée de la société, et il faut le bouc-émissaire, c’est-à-dire qu’il faut qu’une réponse facile – correspondant à des circonvolution antiques de notre cerveau – puisse rassurer les plus inquiets, les plus faibles, les plus dominés et leur donner le sentiment que le maître est venu, qui va résoudre leurs problèmes et leur éviter de penser, donc leur éviter d’avoir peur. </p>

<p>La peur, c’est celle du déclassement, celle de la mort sociale, mais ce peut-être aussi celle de la mort physique.</p>

<p>On voit bien comment cette peur du déclassement, après l’inflation galopante qu’à connu l’Allemagne, dans les convulsions qui suivent le crack de 1929 en Italie, est un puissant carburant pour les courants totalitaires qui vont s’épanouir dans l’Europe, balayée par les conséquences de la crise de 1929. </p>

<p>Par son ampleur, la crise de 2008 est comparable à celle de 1929. Tirant les conséquences de la façon dont les institutions financières avaient réagi, les grandes banques centrales ont choisi cette fois-ci d’injecter d’énormes quantités de liquidités dans le système financier. Ceci a évité le déclassement de masse instantané et l’hyper-inflation qui avait été le drame des années 1930, mais cela a produit en retour une explosion des inégalités, avec une concentration – jamais vue dans l’histoire humaine – une concentration de la fortune entre quelques mains, puisque quelques centaines de milliardaires possèdent aujourd’hui la majorité de la richesse de l’humanité.</p>

<p>Et si le déclassement n’a pas été immédiat comme il y a 90 ans, il est beaucoup plus massif, beaucoup plus progressif, beaucoup plus lent, mais il apparaît chaque jour plus, à ses victimes, comme inexorable. On le voit bien si l’on observe les sociétés d’Europe occidentale où les classes moyennes disparaissent progressivement. </p>

<p>Elles sont remplacées, d’un côté par des couches supérieures qui vont s’intégrer à la globalisation financière et bénéficier d’une progression économique spectaculaire, celles qui se sont retrouvées derrière la fondation – financée par Bill Gates – « Terranova », qui a pris en main la direction et le destin du Parti socialiste, avant de le poignarder pour le compte d’Emmanuel Macron.</p>

<p>Et de l’autre côté, elles sont remplacées par une prolétarisation des activités, produite par l’automation, la numérisation, et de plus en plus l’intelligence artificielle, qui rendent inutile l’existence de ces couches intermédiaires, pour les grands opérateurs financiers qui contrôlent l’économie. </p>

<p>« La gauche » ayant choisi de s’indexer sur les couches supérieures de la petite bourgeoisie urbaine insérées dans la globalisation financière et « Terranova », a donc fait le lit du Capital le plus concentré, du bloc des milliardaires, qui a de plus en plus envie de changer le monde en sa faveur, pour mettre fin au capitalisme traditionnel, à base nationale, qui est bien trop étriqué pour ses rêves d’accumulation illimitée.</p>

<p>Cette « gauche » a disparu, et comme l’enveloppe de la chrysalide, elle n’existe plus qu’à l’état de restes, tandis que le papillon Macron s’est envolé, rassemblant derrière lui un bloc élitaire, d’une part, et un projet politique transnational élaboré entre Davos, Bilderberg, la Fondation Rockefeller et tant d’autres symposiums dans lesquels se rencontrent les milliardaires et leurs employés intellectuels, d’autre part.</p>

<p>Ce projet s’appuie sur le fait que, secteur après secteur, la numérisation du monde, la virtualisation des échanges, engendrent la création de monopoles ou de duopoles mondiaux aux mains d’un ou deux hyper-milliardaires, qui dominent sans partage leur domaine. Les GAFA ne sont qu’un arbre, qui cache une forêt en expansion. </p>

<p>Ce projet a besoin d’une « société liquide » comme le veut George Soros, ce qui suppose un « Great Reset » comme le veut le patron de Davos. Il s’agit de se débarrasser des Nations, qui en Occident sont structurées autour d’un dispositif démocratique, qui donne aux populations un rôle clé dans la nomination des dirigeants. </p>

<p>Il faut, d’une part, briser tous les attachements collectifs des individus pour en faire de simples homo economicus, consommateurs,￼ isolés face aux monopoles tout-puissants qui leur apportent les ingrédients matériels et émotionnels de leur vie. ￼</p>

<p>Et il faut « en même temps » se rapprocher du modèle de contrôle numérique total chinois, qui permet prospérité économique et domestication quasi-animale de la population civile. </p>

<p>Il faut mettre sur pied pour cela un système qui, progressivement, va construire cette société totalitaire, mais qui va prendre l’aspect d’une société de loisirs, de télétravail, d’Amazon, de PS5, de Netflix et d’Oculus, à condition que vous acceptiez de jouer le jeu, sinon vous tomberez dans la catégorie du bouc-émissaire, à qui de manière générale un destin peu enviable est promis, même si ce n’est pas toujours la Kolyma ou le zyklon B.</p>

<p>Mais pour mettre en œuvre ce projet, il fallait le levier, il fallait l’opportunité, et comme je l’avais expliqué dans une vidéo que je remets tous les ans ici parce qu’elle annonce tout ce qu’il va se passer, fin 2019, en indiquant que le moment est venu de la transformation du quantitatif en qualitatif, donc il fallait se saisir – lorsqu’il passerait – du levier…</p>

<p>Une grande peur sera orchestrée autour d’une crise sanitaire mondiale, celle du Covid19, dont la caractéristique est de tuer des populations dont l’âge moyen est sensiblement ou fortement plus élevé que l’espérance de vie du pays concerné, et qui est sans symptôme pour la majorité de la population.</p>

<p>En Europe occidentale, le levier va fonctionner en s’appuyant sur les hypocondriaques que l’on trouve dans toute société, mais surtout en faisant fonds sur une génération décisive, celle des baby-boomers. </p>

<p>Arrivant après les classes creuse des guerres mondiales et de l’entre-deux-guerres, cette génération va plier les sociétés européennes à ses intérêts. Elle va obliger une explosion scolaire pour l’accueillir, elle va révolutionner les sociétés d’Europe occidentale autour de 1968, lorsqu’elle va faire sa crise d’adolescence, et avoir besoin d’un espace social structuré différemment pour accueillir sa massivité, elle va révolutionner les retraites quand elle va approcher de ses 60 ans, et aujourd’hui, elle ne veut pas laisser la place, elle ne veut pas de ce déclassement vers une mort inéluctable, maintenant qu’elle fait entrer sa massivité dans la zone septuagénaire. </p>

<p>Elle qui a eu l’habitude de dominer les mouvements de la société, se trouve déclassée, marginalisée, cela lui est insupportable. Cependant, parce que les jeunes générations, – plus soumises au feu roulant émotionnel du système médiatique – ne participent plus guère, depuis longtemps, au phénomène électoral, c’est cette génération qui contrôle les élections.</p>

<p>C’est cette génération qui apporte aux couches privilégiées – trop peu nombreuses pour constituer une majorité, même relative, dans un jeu politique émietté – c’est elle qui apporte la masse de manœuvre nécessaire au contrôle électoral des opérations.</p>

<p>Mais c’est elle aussi qui apporte l’appui au dispositif de restrictions, de réduction des libertés, aux petits pas faits lentement mais sûrement depuis quelques années, vers une société totalitaire technologique numérisée, ne craignant pas pour elle-même les conséquences de cette politique sur un avenir de long terme, dont elle sait qu’elle sera nécessairement absente. Cette génération, sans y réfléchir collectivement ou consciemment, est prête à sacrifier les autres. </p>

<p>Lorsqu’on parle par exemple du rapport bénéfice-risque de la vaccination anti Covid19, qui ne voit qu’il y a dans la vaccination des enfants un véritable bénéfice pour les plus de 75 ans, même s’il y a un véritable risque pour les enfants eux-mêmes.</p>

<p>C’est le prix à payer pour que le bloc élitaire ait un soutien majoritaire dans la génération des baby-boomers que de mettre en danger les jeunes générations, pour le confort de celle qui leur permet de garder le contrôle. On avait cru au début que c’était un grand mouvement de solidarité intergénérationnel, on voit avec le temps – qui révèle les phénomènes – qu’il s’agit de bien autre chose.</p>

<p>Ensuite, les détails par lesquels ce processus évolue et avance, mériteront de la part des historiens l’écriture de thèses très fouillées, qui montrerons la terrible dialectique à l’œuvre…</p>

<p>En ce moment, nous sommes dans un moment grotesque, pour reprendre le début de notre propos. Un variant dont les pays qui ont été les premiers à être massivement contaminés nous indiquent qu’il produit peu de maladies graves, très peu d’hospitalisations, et encore moins de morts, est le prétexte à un déchaînement grotesque d’une campagne de bouc-émissaire contre les non-vaccinés, dans notre pays qui est quasiment le plus vacciné au monde… et à l’édiction de mesures de privation de liberté toujours plus contraignantes, toujours plus massives, et devant lesquelles les institutions chargées de protéger la société d’une telle dérive – mais représentatives de la génération du baby-boom - s’affaissent les unes après les autres. </p>

<p>Nous voyons bien le mouvement qui est à l’œuvre. </p>

<p>Seul un retour d’une vraie vie politique, un retour des partis politiques, de droite, de gauche et autres… Peut permettre d’enrayer ce phénomène, et créer les conditions d’une contre-offensive. </p>

<p>Mais pour cela il y a un verrou, ce verrou c’est un télévangéliste et quelques centaines de zombies qui ont acheté leur place au Parlement par l’Internet pour 40 000 €. Il faut absolument les chasser au printemps. Et c’est possible. </p>

<p>C’est un préalable à tout. Quel que soit le parti qui serait opposé à ce système de zombies, il vaut mieux que ce système qui est taillé pour aller « en marche » vers un nouveau totalitarisme souriant et cool.</p>

<p>Comme nous sommes dimanche, tout cela m’a fait penser à une musique, à une chanson, et c’est naturellement la grotesque interdiction de boire debout dans les cafés qui m’a mis sur la piste de cette chanson, écrite et composée par Michel Berger en 1980, à la gloire d’un rockeur américain qui n’acceptait pas de se plier à tous les codes du moment, et qui a été interprétée par France Gall en 1980. Elle fustige opportunément les « les trouillards à genoux et soldats au garde-à-vous »…</p>

<p>Le dimanche, avec plus ou moins de succès, mais pour le plaisir de quelques aficionados, je diffuse une musique sur cette page.</p>

<p>Je vous propose d’écouter, aujourd’hui, France Gall  qui chante <a href="https://youtu.be/7l7eXx_8DHY"><br />« Il jouait du piano debout »&lt;\a&gt;</a></p>
]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
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	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/810/pretendre-que-la-loi-de-1905-est-liberale-cest-une-fable</guid>
	<pubDate>Sun, 19 Dec 2021 21:47:10 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/810/pretendre-que-la-loi-de-1905-est-liberale-cest-une-fable</link>
	<title><![CDATA[&quot;Prétendre que la loi de 1905 est libérale, c&#039;est une fable&quot;]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Si le dernier livre de Laurent Bouvet ne devrait pas faire changer d'avis ses ennemis, il fournira en revanche de précieuses cartouches aux défenseurs d'une laïcité républicaine. Le professeur de science politique fait paraître <a href="https://editions.flammarion.com/Catalogue/hors-collection/la-nouvelle-question-laique" target="_blank">La nouvelle question laïque aux éditions Flammarion</a>. En 300 pages, le co-fondateur du Printemps républicain et membre du Conseil des sages de la laïcité balaie les problématiques ayant trait à la loi de 1905 : place de l'islam dans la société française, critiques de la laïcité venues de la gauche (décoloniaux, indigénistes) et de la droite (identitaires chrétiens)... Surtout, et c'est là son principal mérite, l'ouvrage revient en détail sur une conception de la <a href="https://www.marianne.net/tags/laicite">laïcité</a> qui, d'après Laurent Bouvet, détourne l'esprit de la loi de 1905 et travestit la vision de ses pères fondateurs, tout en s'en réclamant bruyamment : c'est cette laïcité libérale, portée par <a href="https://www.marianne.net/societe/observatoire-ou-abattoir-de-la-laicite">l'Observatoire de la laïcité</a> et profondément influencée par le multiculturalisme anglo-saxon, qui s'est peu à peu imposée jusqu'à devenir majoritaire parmi les élites médiatiques et politiques. Entretien avec un républicain acharné.<br /></p><p>Marianne : Quelle est cette "nouvelle question laïque" qui donne son titre à votre livre ?</p><p>Laurent Bouvet : Pendant très longtemps, la laïcité était comme l'air que l'on respire : après l'affrontement autour de la loi de 1905, et excepté quelques emballements autour de la "querelle scolaire" comme en 1984, la question laïque ne débordait plus dans le débat public et politique. Or depuis les années 1980, de nouvelles conditions sont venues transformer cette forme d'apaisement, la principale étant l'émergence de l'islam comme religion importante et visible dans l'espace public.</p><p>Quand l'islam a pris son essor en France, il a connu au même moment une profonde évolution au niveau mondial : ce que Mohammed Cherkaoui appelle « l’islamisation » de l'islam (Essai sur l’islamisation, Presses universitaires de la Sorbonne, 2018), c'est-à-dire une réappropriation à la fois théologique et culturelle de la religion dans les pays musulmans, et au-delà, qui a conduit à revendiquer l'appartenance à l'islam comme une identité à défendre et à promouvoir. Cela se traduit en particulier par une visibilité de différentes pratiques : le vêtement et au premier chef le voile, la consommation de nourriture halal, la piété démontrée aux autres par le biais d’une pratique rigoureuse du ramadan notamment.</p><p>L'entrée de l'islam dans l'âge identitaire a donc été concomitante de l’installation de l'islam en France. Et c'est la conjonction de ces deux phénomènes qui a transformé fondamentalement la question laïque. A ces éléments s’ajoutent des facteurs sociaux : la crise économique et sociale, « l'invention » des banlieues et la formation de ghettos urbains qui ont concerné d’abord les populations issues de l’immigration. Le dernier élément est plus politique. Les années 1980 sont aussi le moment où la gauche accède au pouvoir et où elle opère son « tournant » (abandon de la lutte des classes et de l'anticapitalisme) pour devenir le camp de la défense de minorités discriminées, constituées sur une base identitaire : nouveau féminisme, régionalismes, mouvement de libération gay, défense des immigrés venus de l'ancien empire colonial. Ces derniers sont très vite réduits à leur religion : en quelques années, on est ainsi passé du « travailleur immigré » au « Beur » puis finalement au « musulman ».</p><p>Le basculement vers une nouvelle question laïque est symbolisé par l'affaire dite des « foulards », lorsque trois élèves musulmanes refusent d’enlever leur voile dans un collège de Creil à l’automne 1989. C'est la première confrontation avec cette nouvelle aspiration à la visibilité de l'islam qui va venir sur le devant de l’actualité, le premier moment où la religion musulmane devient un objet de débat public en France. C'est ce qui fonde cette nouvelle question laïque : la laïcité telle qu'on la conçoit en France, dans le droit et politiquement, peut-elle répondre au <a href="https://www.marianne.net/societe/reforme-de-la-loi-de-1905-les-laiques-face-au-casse-tete-de-la-regulation-de-l-islam">défi posé par l'islam</a> ?</p><p>Pour les plus fondamentalistes des musulmans, la politique ne peut qu’être l’application de la parole de Dieu.</p><p>L'islam pose-t-il une question spécifique à la société française et à la laïcité ?</p><p>La spécificité de l'islam peut s’apprécier à différents niveaux. C'est tout d'abord un nouveau venu dans le paysage français des cultes, notamment en termes institutionnels : la loi de 1905 ne s'applique pas à l'islam puisque le culte musulman n’a pas été pris en compte à l’époque. Il n'existait alors pas sur le territoire métropolitain, même s’il était très présent dans l’empire colonial. Le deuxième problème, c'est l’émergence très rapide de l'islam en France, qui vient d’une immigration issue de l'ancien empire colonial, ce qui le différencie fondamentalement du catholicisme, du protestantisme et du judaïsme, cultes installés de longue date et qui ont connu une croissance « interne » – même si une immigration catholique a eu lieu au XXe siècle (italienne, polonaise, espagnole, portugaise). Troisième élément, « l'islamisation » de l'islam dont nous avons parlé plus haut : partout dans le monde, l’islam est travaillé par des courants radicaux qui poussent à une visibilité plus grande de la religion et de ses pratiques. Ce qui joue un rôle important en France aussi. De tels courants radicaux existent aussi dans les autres religions sur le sol national mais ils sont bien moins forts et surtout bien moins visibles que dans l’islam.</p><p>Enfin, se pose la question de la nature même de l'islam et du rapport du théologique au politique dans l'islam. C'est un sujet qu’abordent aujourd’hui de nombreux intellectuels, par exemple Pierre Manent ou Alain Finkielkraut. À leurs yeux, il y a une incompatibilité fondamentale entre l’islam avec la civilisation française, avec notre manière de résoudre d’une certaine façon la question théologico-politique. Dans l'islam, le théologique et le politique ne peuvent séparés, c'est une différence fondamentale avec le christianisme. D’une part parce que le Coran est un texte « incréé », il ne s’agit pas d’une interprétation de la parole de Dieu mais de la parole de Dieu elle-même. Dans cette optique, le prophète Mahomet est celui qui comprend, enfin, par rapport à tous les faux ou mauvais prophètes qui l’ont précédé, la parole de Dieu et qui la retranscrit exactement. Donc il n'y a pas d'interprétation, d'amélioration ou de changement possible du texte divin. Pour les plus fondamentalistes des musulmans, la politique ne peut dès lors, comme toute chose, qu’être l'application de la parole de Dieu.</p><p>D’autre part, si l'on aborde la question sous l’angle historico-politique et non plus théologique, l'islam est né et s'est imposé dès sa naissance les armes à la main et non par la soumission à une autorité politique extérieure. Sans se battre, Mahomet n'aurait pas pu diffuser l'islam. Pour les fondamentalistes, l'islam est une religion de combat dont l’objet même est d’apporter dans un monde de ténèbres et d’incroyance, la parole de Dieu et donc d’imposer les pratiques qu’elle prescrit. Cela pose, au fond, la question de l'incompatibilité de l'islam avec toute règle politique, sociale, culturelle... qui n’en procède pas. Ce problème se pose de manière particulièrement aiguë lorsque l'islam est minoritaire dans une société : comment vivre pleinement sa foi et surtout cette conception absolue de la foi dans une société où cela n’a pas de sens pour la majorité de la population ? Ce sont tous ces aspects mis bout à bout qui constituent la spécificité de ce que l’on pourrait appeler le « problème » musulman aujourd’hui, dans une société comme la nôtre.</p><p>Vous décrivez dans votre ouvrage la dissociation progressive entre la carte et le territoire de la laïcité. Aujourd'hui la laïcité a des ennemis à gauche comme à droite, mais cette opposition est plus ou moins assumée et prend des formes très différentes.</p><p>La carte de la laïcité ne permet plus de lire le territoire laïque. Traditionnellement, pour schématiser, à gauche on défendait la laïcité, par rejet des religions ou par souci d’émancipation de l’Homme, et à droite on essayait sinon de l’abattre du moins d’en minimiser les effets. Aujourd’hui, ce n’est plus du tout comme ça que les choses se présentent.</p><p>La gauche traditionnellement peu intéressée par la laïcité a beaucoup évolué. Elle émanait à l'origine de la gauche marxiste, qui assimile, logiquement, la laïcité à tout ce qui relève de la « superstructure » au sens de Marx : elle n’est dans ce cas qu'un élément mobilisé par la bourgeoisie pour tenir le prolétariat sous sa domination. Cette vision n'existe quasiment plus aujourd'hui. La vraie gauche anti-laïque aujourd'hui vient plutôt des différentes formes de gauchisme des années 1960 et 1970, d’après la décolonisation et du moment 68 – c’est d’ailleurs la matrice fondamentale de la deuxième gauche notamment. Du marxisme, il ne reste finalement que l'assimilation de la laïcité à la bourgeoisie mais la grille de lecture appliquée est différente, elle est identitaire : c'est l'identité propre des individus et non plus la classe sociale qui importe, et dans ce cadre les « dominés » ultimes si l’on peut dire ne sont plus les prolétaires ou la classe ouvrière mais les musulmans. Ceci s'explique par le fait qu'à partir des années 1960, la gauche s'est refait une santé morale sur l'anti-colonialisme, qui lui a servi d’instrument de renouveau idéologique.</p><p>La fin de l’idéologie communiste et l’abandon du prolétariat a conduit toute cette gauche à se concentrer sur les minorités au sens culturel et sur les critères identitaires qui les déterminent (race, genre, orientation sexuelle, origine culturelle, religion...). Dans ce cadre, la défense des immigrés venus de l'ancien empire colonial est devenue un nouvel horizon de sens puisqu’ils présentaient tous les stigmates de la domination. Aujourd’hui, pour cette gauche très largement convertie aux <a href="https://www.marianne.net/politique/indigenes-de-la-republique-thomas-guenole-demontre-le-racisme-la-misogynie-et-lhomophobie">thèses dites « indigénistes »</a>, toute l'histoire doit être relue sous ce prisme de la domination coloniale qui se poursuit après la décolonisation à travers l’immigration, et donc tout spécialement des populations de culture et de religion musulmanes. La laïcité ne pouvant apparaître dans cette perspective que comme un instrument de domination des occidentaux blancs colonialistes etc. Et à chaque fois que l’un de ces hommes blancs, « non racisés » comme on le dit désormais, défend la laïcité ou tout simplement <a href="https://www.marianne.net/debattons/tribunes/cessons-de-caricaturer-l-universalisme-republicain">l’universalisme républicain</a> face à des revendications identitaires, communautaristes, essentialistes ou différentialistes, il est mécaniquement coupable de vouloir perpétuer la domination coloniale.</p><p>À droite, le problème est très différent mais tout aussi lié à un regain de vigueur des inquiétudes identitaires et des revendications qui en découlent. C’est, schématiquement, en France, le problème du catholicisme au sens culturel du terme, bien au-delà de la religion elle-même. Deux orientations déchirent cette droite autour d'une question : comment faire pour lutter contre un islam qui n’est pas compatible avec une « identité française" définie comme occidentale, chrétienne, catholique...? Faut-il le faire au nom de la laïcité ou des « valeurs » (famille, mœurs, sens de la vie...) ? Faut-il s'allier d'abord avec les laïques pour combattre l’islam ou bien se débarrasser d’abord des laïques qui sont responsables de l’affaissement de cette civilisation, à cause de la sécularisation, du défaut de spiritualité, de l’écart par rapport aux mœurs inspirées par la religion, etc. en s'alliant provisoirement aux croyants que sont les musulmans avec lesquels on partage ces fameuses « valeurs », quitte à se retourner contre eux ensuite en assumant un « choc des civilisations » frontal inspiré des croisades ? La première option est proposée, par exemple, par <a href="https://www.marianne.net/tags/marine-le-pen">Marine Le Pen</a> : elle consiste à se réclamer explicitement de la laïcité en en détournant le sens et l’esprit, en l’instrumentalisant. C'est ce qu'elle disait dans le journal Présent dès 2010 : « Il n'y a pas cinquante moyens de lutter contre l'islamisation dans notre pays. Il y a soit la laïcité, soit la croisade. Comme je ne crois pas beaucoup à la croisade, je pense qu'il faut user de la laïcité ». La deuxième orientation convient mieux à une <a href="https://www.google.com/url?sa=t&amp;rct=j&amp;q=&amp;esrc=s&amp;source=web&amp;cd=1&amp;cad=rja&amp;uact=8&amp;ved=2ahUKEwjU6Yruh4ngAhUOgM4BHdOnCZUQFjAAegQIChAB&amp;url=https%3A%2F%2Fwww.marianne.net%2Ftags%2Fmarion-marechal-le-pen&amp;usg=AOvVaw3YbKtfb_SALiNBPlytUAfd">Marion Maréchal</a> par exemple mais on la trouve aussi, au fond, de manière certes infiniment plus subtile et argumentée, chez un philosophe comme Pierre Manent. On en retrouve aussi des traces dans le discours de <a href="https://www.google.com/url?sa=t&amp;rct=j&amp;q=&amp;esrc=s&amp;source=web&amp;cd=1&amp;cad=rja&amp;uact=8&amp;ved=2ahUKEwjdofT3h4ngAhVNrxoKHQQJDZAQFjAAegQIAxAB&amp;url=https%3A%2F%2Fwww.marianne.net%2Ftags%2Fnicolas-sarkozy&amp;usg=AOvVaw3Q-PxIyvwbdFjVAHtMnNAv">Nicolas Sarkozy</a> au Latran en 2007, lorsqu'il déclarait que « l'instituteur ne pourrait jamais remplacer le curé ou le pasteur ». Il s'agit ici de mener un combat contre une société matérialiste, présumée sans « valeurs », contre un Occident perdu qui s'est débarrassé de toute spiritualité... Dans cette optique, l'adversaire prioritaire est la laïcité et les musulmans conservateurs des alliés de circonstance, avec lesquels on manifeste par exemple contre le mariage pour tous.</p><p>L’interprétation dominante de la laïcité aujourd’hui est biaisée, tordue.</p><p>Vous consacrez une large partie de votre livre à la « normalisation libérale » : là où des parties de la gauche et de la droite s'opposent explicitement à la laïcité, une large fraction de l'échiquier politique s'en réclame... mais cherche à la détourner de son sens originel.</p><p>Nous venons d’évoquer des positions très marquées, surtout présentes sur les bords de l’échiquier politique mais plus on se rapproche de son centre, plus la laïcité est acceptée et reconnue comme une forme de consensus qui ne pose pas de problème. Il y a là toutefois un problème : la vision « centrale » aujourd’hui dans notre société, celle qui est véhiculée très majoritairement par les médias et par les élites au sens large, est une vision très particulière de celle-ci, une vision fortement imprégnée par un libéralisme d’époque, d’origine anglo-saxonne, qui n’est pas celui que contient et implique la tradition républicaine française. L’interprétation dominante de la laïcité aujourd’hui est biaisée, tordue d’une certaine manière. Et ce biais peut être repéré dans un certain nombre de propositions théoriques ou d’évolutions juridiques ces dernières décennies. On peut résumer cette vision particulière, très largement idéologique, de la laïcité ainsi : sortir celle-ci du récit républicain français pour en faire un simple élément témoignant de la progression mondiale de la pensée libérale d’origine anglo-saxonne. On cherche ainsi à normaliser la laïcité française en la faisant rentrer au chausse-pied dans le cadre d’une simple tolérance religieuse et des droits de l’Homme – il suffit ainsi d’observer l’évolution de la jurisprudence du Conseil d’Etat ou du Conseil constitutionnel ces dernières décennies sous l’influence notamment du droit européen. Par exemple, pour la Cour européenne des droits de l’Homme, la « liberté de conscience » de la loi de 1905 s<a href="https://www.marianne.net/societe/nouveau-coup-d-epee-de-la-cedh-l-encontre-de-la-libre-critique-des-religions">e réduit à la « liberté religieuse »</a> de l’article 9 de la Convention européenne des droits de l’Homme (CEDH). Le « grand penseur » français de cette laïcité-là – institué ainsi par Le Monde <a href="https://www.google.com/url?sa=t&amp;rct=j&amp;q=&amp;esrc=s&amp;source=web&amp;cd=1&amp;cad=rja&amp;uact=8&amp;ved=2ahUKEwjdtob-hongAhVigM4BHVk_DGoQFjAAegQIDBAB&amp;url=https%3A%2F%2Fwww.lemonde.fr%2Fidees%2Farticle%2F2017%2F12%2F08%2Fjean-bauberot-grand-penseur-de-la-laicite_5226435_3232.html&amp;usg=AOvVaw0qQi6MVPmCsWboR-3ErA4t" target="_blank">dans un article hagiographique</a> – c’est l’historien Jean Baubérot qui a fait de sa lecture très particulière de l’Histoire, résolument ancrée du côté des religions minoritaires, hier le protestantisme, aujourd’hui l’islam, la matrice de la compréhension de la laïcité, contre le gallicanisme, le jacobinisme, le bonapartisme et le radicalisme républicain entre lesquels il trace une ligne continue. Cette lecture anti-étatique se trouve très à l’aise avec la conception individualiste et ancrée dans la « résistance » de la société civile contre l’Etat du libéralisme d’origine anglo-saxonne. Celui qui domine précisément aujourd’hui nos représentations culturelles et influence très fortement notre droit.</p><p>Au cœur de ce récit libéral, un argument est répété en boucle : l'idée que la loi de 1905 serait un triomphe de la vision libérale d'Aristide Briand contre les "laïcards" les plus enragés comme Emile Combes...</p><p>C'est une fable que racontent à qui veut l’entendre les disciples de la pensée de Jean Baubérot ! Une fable selon laquelle Aristide Briand se serait allié en 1905 à Jean Jaurès pour apaiser les tensions et réconcilier les « deux France » (la catholique et la républicaine) face à l'intransigeance d’un Emile Combes, d’un Maurice Allard ou d’un Georges Clemenceau. Ce qui s’est passé en 1905, et d’ailleurs avant et après, est très loin d'être le long fleuve tranquille de la concorde française. L'Eglise catholique a été défaite par la République et n’a admis qu’avec difficulté cette défaite. Tout ceci a d’ailleurs été d'une violence extraordinaire, et il y avait bien deux France à ce moment-là qui ne sont réconciliées que bien plus tard, dans les tranchées de la Première Guerre mondiale.</p><p>La laïcité ne se réduit ni à la liberté religieuse ni à la neutralité de l’Etat.</p><p>Pourtant, Aristide Briand a bien déclaré que <a href="https://www.marianne.net/societe/loi-de-1905-ne-pas-jouer-avec-le-feu">la loi de 1905</a> était "dans son ensemble une loi libérale"...</p><p>Quand Briand dit que la loi de 1905 et une loi « libérale », il n’a absolument pas en tête le libéralisme individualiste, atomistique et multiculturaliste anglo-saxon qui domine aujourd’hui et qu’on plaque sur ses mots. C’est un contresens historique total. Il a en tête ce que l’on appelle le républicanisme modéré, contre le radicalisme, qui commande de ne pas insulter l’avenir et d’offrir la possibilité à chacun, croyant ou non, de trouver sa place dans la République. D’ailleurs, comme comprendre sinon que Jaurès s’allie à Briand pour faire voter la loi ? L’urgence de Jaurès à ce moment-là est de résoudre enfin la querelle politico-religieuse qui empoisonne la vie politique afin de s'attaquer aux questions sociales et fiscales (les retraites ouvrières, l’impôt sur le revenu...). Bref, il faut se déprendre à la fois de toute visée idéologique et de toute illusion rétrospective lorsqu’on veut comprendre ce qui fut à l’œuvre au moment du vote de la loi de 1905. Ce qui permet de ne pas tordre la laïcité dans la direction que l’on voudrait à tout prix lui faire prendre. La laïcité ne se réduit ni à la liberté religieuse ni à la neutralité de l’Etat et de ses agents. C’est là une interprétation totalement biaisée des deux articles fondamentaux de la loi de 1905 : le premier parle de « liberté de conscience » et le second induit une « séparation de l’Etat et des cultes » – la notion de séparation est double : l'Etat ne force personne à croire ou à ne pas croire, mais aucun culte ne doit dicter à l'Etat ou à n'importe quel citoyen sa manière de penser et de croire. Le choix des mots des législateurs de l’époque est précis. Vouloir leur faire dire autre chose que ce qu’ils ont écrit est une trahison.</p><p>Selon vous, ceux qui se réclament de la citation d'Aristide Briand sur la loi de 1905 défendent un tout autre type de libéralisme : le libéralisme anglo-saxon.</p><p>Il faut s’attacher à comprendre les complexités de l'adjectif « libéral » qui a profondément changé de sens en un siècle. Si l'on se replonge dans le contexte historique de 1905, Briand signifie ainsi que la loi qu’il propose garantisse à chacun la liberté de pratiquer son culte en détachant l’Etat de toute influence religieuse. Le libéralisme de Briand, c’est celui des républicains : la liberté de croire, de pratiquer son culte... est une part mais une part seulement de la liberté de conscience, et non synonyme de liberté religieuse ou d’une simple tolérance en la matière. Cette liberté de conscience étant elle-même définie et protégée par la communauté des citoyens et l’Etat qui en est le bras armé, et non par le droit naturel des individus et les groupes auxquels il peut appartenir dans la société civile afin de se protéger contre l’Etat. Nous sommes là dans deux univers totalement différents. On est ici en face de deux modèles philosophiques et politiques : en France, où la Nation s'est constituée par et autour de l'Etat, c'est ce dernier, garant de la volonté générale et de la souveraineté populaire, qui assure au citoyen les moyens de sa liberté. Dans le cadre anglo-saxon (avec des variations aux Etats-Unis et en Angleterre), l'individu est protégé par un droit naturel, traduits dans une constitution, contre toute intervention extérieure, en particulier celle de l’Etat dont les moyens et la portée doivent être réduits ou étroitement contrôlés.</p><p>Le Conseil d’Etat est aujourd’hui bien plus influencé par la liberté libérale que par la liberté républicaine</p><p>Ce libéralisme ne relevant pas de la pensée française, comment s'est-il diffusé dans notre pays ?</p><p>Ce que l’on appelle depuis une trentaine d’années la mondialisation a surtout consisté en une diffusion de cette manière, anglo-saxonne, de comprendre le monde, l’économie, la société, le droit... La construction européenne a joué un rôle-clef en la matière. Si l’on s’en tient, au-delà des multiples représentations culturelles qui favorisent la diffusion de cette manière anglo-saxonne, américaine désormais avant tout, de comprendre le monde, au droit par exemple, cela a commencé dès la CEDH, signée en 1950, qui consacre cette conception particulière du droit et de la liberté, notamment dans son article 9 à travers la notion de « liberté religieuse », reconnue et souhaitée d’ailleurs par les différents cultes. Rappelons que dans ce même article 9, la CEDH établit explicitement que le droit au prosélytisme fait partie intégrante dans la liberté religieuse – ce que rappelle régulièrement la Cour de Strasbourg chargée de faire respecter cette convention –, ce qui est contraire à l’idée même de laïcité. L'imprégnation d’un tel libéralisme est tout aussi frappante lorsque l'on se penche sur l'évolution de la jurisprudence du Conseil d’Etat en matière de laïcité, plus précisément de séparation de l’Etat et des cultes ces dernières années. En fait, le Conseil a suivi l’évolution générale de l’idée libérale, et il est aujourd’hui bien plus influencé, notamment en raison du droit international et européen, par la liberté libérale que par la liberté républicaine. Il a notamment intégré dans sa jurisprudence le droit européen (CEDH, Charte des droits de l’Union européenne) et le droit international (le pacte de 1966 sur la protection des droits de l’Homme), autant de textes qui sont <a href="https://www.marianne.net/societe/port-de-la-burqa-aux-origines-de-l-inacceptable-lecon-des-experts-de-l-onu-la-france">le reflet direct du libéralisme d’origine anglo-saxonne</a>. Ainsi le Conseil d'Etat qui est le garant par excellence du droit public français est-il largement devenu, en matière de laïcité, depuis une trentaine d’années – on se souvient de son fameux avis dans l’affaire des foulards de Creil en 1989 –, un opérateur plus ou moins conscient de la diffusion d'un droit libéral au sens anglo-saxon.<br /></p><p>Venons-en à la laïcité républicaine, que vous défendez. Elle est régulièrement accusée d'être inadaptée aux enjeux contemporains. Comment la défendre sans passer pour un « laïcard » passéiste ?</p><p>L'idée que je défends dans ce livre, et que nous sommes nombreux à défendre dans le débat public, est d’abord que la laïcité, dans sa conception républicaine, est conforme à l'esprit comme à la lettre de la laïcité telle qu’elle a été voulue et inscrite dans le droit par ses fondateurs. Ce qui implique que le récit libéral, dans le sens que l’on a indiqué plus haut, qui en est fait, soit déconstruit, pas à pas – c’est un des objectifs principaux de mon livre. Mais il faut ajouter que ce n’est pas là qu’un enjeu d’histoire des idées ou du droit. C’est une question essentielle pour nous, hic et nunc. Et ce n’est certainement pas une lubie française, un particularisme un peu désuet dans l’océan contemporain du libéralisme qui nous vient d’Amérique. La liberté au sens républicain est une conception à la fois pleinement moderne et universelle de la liberté : elle peut s’appliquer partout. Elle induit que dans notre modernité, il y a une autre voie que celle proposée par le libéralisme d’origine anglo-saxonne. La voie républicaine n'est en effet pas qu'un régime politique, c'est une conception générale du rôle du citoyen par rapport à l'individu, de l'Etat par rapport à la société civile, de la manière de construire le droit à partir d’une communauté de citoyens, souverains et égaux, qui s'oppose à une société des individus.</p><p>On peut d’ailleurs constater qu’il existe une aspiration générale, au sein des sociétés de culture musulmane comme dans les autres, à ce type de liberté, protégée par une communauté de citoyenneté constituée, qui dépasse l’individualité de chacun. Une liberté qui nous protège contre toutes les oppressions : celles bien sûr qui viennent de tel ou tel pouvoir politique mais aussi celles qui viennent de tel ou tel groupe, religieux notamment, dans la société elle-même, et mieux encore à l’intérieur de ces groupes, une liberté qui protège le croyant de l’Etat comme de ses coreligionnaires lorsqu’ils voudraient lui imposer telle manière de croire ou de se comporter. La liberté ne peut se résumer à « c’est mon choix » tout comme la communauté ne peut se résumer à « c’est notre identité ». Il faut pouvoir opposer l’une à l’autre mais surtout permettre à la liberté d’exister au sein de la communauté elle-même. L’idée laïque protège ainsi chacun d’entre nous à l'intérieur d'un espace de citoyenneté commun parce qu’on y a adhéré volontairement et non parce qu’il nous est assigné en raison de tel ou tel aspect de notre identité. Elle permet de choisir un modèle de société en même temps qu’une manière de se gouverner, et pas seulement une manière de se comporter en raison de ses droits individuels. C’est bien un message universel dont il s’agit, mais d’un universalisme réitératif et non de surplomb, c’est-à-dire qui ne s’impose pas mais qui se répète dans chaque société, par delà les différences culturelles.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Sun, 19 Dec 2021 21:35:06 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Des intellectuels adressent une lettre ouverte à l’Institut du Monde Arabe de Paris]]></title>
	<description><![CDATA[
<p><a href="https://www.investigaction.net/wp-content/uploads/2021/12/85621795_3e8db0c4c5_c.jpg"></a><br /><a href="denied:javascript:window.print()"></a>   </p>

<p>Lettre ouverte à l’Institut du Monde Arabe de Paris : La culture est le sel de la terre et nous ne permettrons pas qu’elle soit utilisée pour normaliser l’oppression.</p>
<p>Nous, soussignés, intellectuels et artistes du monde arabe, demandons à l’Institut du Monde Arabe de Paris de revenir sur les prises de position de son festival « Arabofolies » et de son exposition « Juifs d’Orient » qui donnent des signes explicites de normalisation, cette tentative de présenter Israël et son régime de colonialisme de peuplement et d’apartheid comme un État normal. Pour rappel, un rapport de Human Rights Watch publié en avril dernier condamne Israël qu’il décrit comme un État d’apartheid, ainsi que l’avait fait auparavant B’Tselem, la plus importante organisation de défense des droits de l’homme israélienne.</p><p>L’Institut du Monde Arabe a montré les premiers signes de sa politique de normalisation au début de cette année, quand le président de l’Institut a déclaré saluer les dits « Accords d’Abraham ». Ces accords conclus par des régimes arabes non élus ou autoritaires d’un côté et le régime colonial israélien de l’autre ont été imposés par l’administration raciste de l’ex-président des États-Unis, Donald Trump, au mépris des droits du peuple palestinien.</p><p>Puis sont venues les dangereuses déclarations de Denis Charbit, un des membres du comité scientifique de l’exposition « Juifs d’Orient » qui se tient à l’Institut. Il a dévoilé que l’Institut du Monde Arabe coopère avec des institutions israéliennes impliquées dans l’appropriation de la culture arabo-palestinienne et de la culture juive-arabe. Il a déclaré son intention sans équivoque d’imposer Israël comme un fait accompli et comme une présence « normale » dans les programmes de l’Institut. Charbit s’est ainsi réjoui : « Cette exposition est le premier fruit des « Accords d’Abraham » et cela commence par la normalisation…Le ciel ne va pas nous tomber sur la tête…. si nous établissons une coopération avec Israël ».</p><p>L’Institut du Monde Arabe, qui a joué un rôle majeur en accueillant la culture arabe et en la présentant au public français, trahirait sa mission intellectuelle en adoptant cette approche normalisatrice – une des pires formes d’utilisation coercitive et immorale de l’art comme outil politique pour légitimer le colonialisme et l’oppression. Il s’agit aussi d’un manque d’honnêteté intellectuelle et morale, car il amalgame délibérément les Juifs arabes et les Juifs d’ »Orient » avec le régime colonial et d’apartheid israélien. Israël, avec l’aide du mouvement sioniste mondial, s’est non seulement rendu coupable du nettoyage ethnique de la majorité de la population palestinienne indigène, en colonisant sa terre et en pillant une partie de sa culture et de son patrimoine arabes. Il s’est aussi approprié la composante juive de la culture arabe, en la présentant comme sioniste, puis israélienne, avant de l’arracher à ses véritables racines pour l’employer au service de son projet colonial dans la région. Pourtant la culture des Juifs arabes fait partie intégrante de la culture arabe et la couper de ses racines est la négation d’une partie de la mémoire et de l’histoire arabes.</p><p>Persister dans cette approche de normalisation ferait perdre à l’Institut non seulement les intellectuels et les artistes dont il accueille la production culturelle créative depuis des décennies, mais aussi le public arabe en général.</p><p>Grâce à certains régimes arabes autoritaires qui ont soutenu et financé cette déplorable tendance à la normalisation dans l’Institut, le ciel n’est pas tombé sur nos têtes en effet. Mais la culture est le sel de la terre et nous ne permettrons à personne d’utiliser notre apport culturel au service d’un programme de normalisation qui sape la lutte du peuple palestinien pour la justice, la liberté et l’autodétermination, une lutte soutenue par tous les peuples de la région arabe et les gens de conscience de par le monde. Ce chemin d’émancipation, profondément ancré dans le sol, est l’horizon de la culture.<br />Cet appel peut être signé ici par d’autres artistes arabes: Lettre ouverte à l’Institut du Monde Arabe de Paris : La culture est le sel de la terre et nous ne permettrons pas qu’elle soit utilisée pour normaliser l’oppression.</p><p>Lundi 06 décembre 2021</p><p>Premiers Signataires</p><p>Elias Khoury, romancier, Liban<br />Rima Khalaf, ancienne Sous-Secrétaire générale de l’ONU, Jordanie<br />Marcel Khalife, musicien, Liban<br />Ahdaf Soueif, écrivaine, Égypte<br />Farida Benlyazid, réalisatrice, Maroc<br />Samia Halaby, peintre et écrivaine, Palestine<br />Mohammed Bennis, poète, Maroc<br />Anouar Brahem, musicien et compositeur, Tunisie<br />Rashid Khalidi, historien, Palestine/États-Unis<br />Natasha Atlas, chanteuse et compositrice, Égypte/France/Royaume-Uni<br />Elia Suleiman, réalisateur, Palestine<br />Robin Yassin-Kassab, écrivain, Syrie/Écosse<br />Anis Balafrej, écrivain, Maroc<br />Hanan Ashrawi, écrivaine, Palestine<br />Emel Mathlouthi, chanteuse et auteure-compositrice, Tunisie<br />Sulayman Al-Bassam, dramaturge, Koweït<br />Vera Tamari, artiste plasticienne, Palestine<br />Kamilya Jubran, musicienne, Palestine/France<br />Sinan Antoon, poète et romancier, Irak/États-Unis<br />Abdulrahim Al Shaikh, poète, Palestine<br />Annemarie Jacir, réalisatrice, Palestine<br />Massoud Hayoun, écrivain et journaliste, Égypte/États-Unis<br />Suleiman Mansour, artiste plasticienne, Palestine<br />…</p><p>Photo: <a href="https://www.flickr.com/photos/riggott/85621795" target="_blank" rel="noopener">Flickr</a></p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Sun, 19 Dec 2021 21:33:36 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[What is Patriotism? - CounterPunch.org]]></title>
	<description><![CDATA[<p>During my six years as UN rapporteur I experienced more than the average level of animosity, mobbing, assaults on my personal integrity and ethics, distortion of my message, deliberate misquotation, below-the-belt insults, actionable defamation, even a couple of death threats.</p><p>As a retired rapporteur I have endeavoured to remain informed and active.  From time to time I give interviews, publish op-eds, most recently concerning President Biden’s “Summit for Democracy” and concerning the disgraceful ruling of the UK court in the case of Julian Assange.  This activity has brought me more insults and one particular assault on my convictions – I have been called “unpatriotic”, even a “traitor”.</p><p>Reflecting on this surge in social media hostility, I jotted down some thoughts on the meaning of patriotism, loyalty to one’s country, community and values.</p><p>Of course, patriotism means different things to different people. For me it entails citizen solidarity in promoting justice at home and resisting official lies, apologetics, euphemisms, crime and tyranny. Love of country requires a commitment to truth and readiness to counter « fake news » and skewed political « narratives ». Internationally, patriotism means averting harm from one’s country by pro-actively seeking dialogue and compromise, so as to contribute to peace and justice – pax et iustitia.</p><p>Some adolescents and young soldiers think that patriotism can be boiled down to the formula « my country right or wrong », and thus unwittingly risk becoming cannon fodder, victims of war-mongers and war-profiteers, who do not risk their own skins and let others die for their profits.  Patriotism must not be confused with chauvinism or jingoism. It is a positive value, aimed at advancing justice for all – it is not xenophobic.</p><p>Patriotism cannot and must not require knee-jerk « my country right or wrong », a formula that can only be described as an irresponsible cop-out, which only invites governments to abuse our trust, waste tax dollars in foreign interventions, breach our privacy through illegal surveillance, and commit any number of geopolitical crimes.</p><p>A true patriot says « not in my name » and demands transparency and accountability from government, so that our countries are indeed on the path to peace and justice. Horace’s noble-sounding maxim  dulce et decorum est pro patria mori  (it is sweet and appropriate to die for one’s country) must be recast in constructive terms : It is sweet to live for one’s country ! Indeed, that is what Cicero meant with caritas patriae.</p><p>Who qualifies as a patriot? For me, every citizen who takes democracy seriously and demands truth and ethical behaviour from the authorities. Among patriots in the 21st century, I count whistleblowers who uncover corruption, political scams and criminal activities by both the government and the private sector. They are the gatekeepers of the social order. Surely Edward Snowden is a patriot, as he risked life and career because of his conscience. We can learn more in his riveting book Permanent Record. We all owe him a debt of gratitude.</p><p>By contrast, who is not a patriot ? Every opportunist who advances his/her career at the expense of the common good, anyone who manipulates public opinion through sensationalism, evidence-free allegations, sabre-rattling and ends up dragging the country and its young soldiers into criminal warsand misery for all sides. The security of everybody  has been seriously compromised by these criminal war hawks, who sometimes are revered and hailed by the media as « patriots ».</p><p>Recently I have been criticized for publishing articles and op-eds with Truthout, CounterPunch, RT, CGTN, Asia Times, Telesur. I have been asked why is it that I do not publish also in the New York Times or Washington Post?  My laconic response reflects the state of censorship in our “free press”. Indeed, the mainstream media have never cared to interview me or invited me to write and article.  Dozens of proposed op-eds were rejected.  Add it to the “cancel culture” – the growing list of private-sector censorship and suppression of independent views.</p><p>It would be interesting to investigate how often other UN Rapporteurs are mobbed and insulted as I have been.  Of course, many rapporteurs avoid social ostracism by toeing the line and thus staying out of trouble.  This may also explain why so many in society have lost faith in the United Nations as a vector of change and effective promotion of human rights.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
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	<pubDate>Sun, 19 Dec 2021 20:55:46 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/805/avec-laurent-bouvet</link>
	<title><![CDATA[Avec Laurent Bouvet]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Ainsi il n’est plus. Il l’avait annoncé au grand public sur les réseaux sociaux il y a quelques jours et ceux qui le connaissaient un peu savaient que c’était la fin. Laurent Bouvet souffrait d’un mal incurable qui l’a empêché d’aller au bout de ce qu’il voulait faire.</p><p>Et pourtant, c’est quelqu’un qui a tout changé.</p><p>D’abord dans les années 90 puis au début des années 2000, en pointant du doigt la déconnexion grandissante entre la gauche et le peuple. Il prêcha longtemps au sein d’une famille politique qui ne voulait pas l’écouter. Il tenta d’expliquer qu’à force de ne plus parler de la France, de ne plus parler au peuple, la gauche était condamnée à perdre non seulement les élections, mais aussi à perdre son âme.</p><p>Il n’est pas parvenu à emmener la gauche avec lui et l’a observée dériver, sourde à ses avertissements, refusant de voir ce que tout le monde voyait. En fait, Laurent était à cette époque dans le vrai, mais il lui manquait quelque chose. Il faisait partie de ces intellectuels que le milieu universitaire ne pouvait pas entièrement contenter. Il voulait être un intellectuel dans la société, il voulait élargir son audience tout en restant lui-même. Il lui manquait internet, il lui manquait les réseaux sociaux.</p><p>C’est dans les années 2010 que Laurent Bouvet allait devenir bien plus qu’un politiste parmi les plus brillants de sa génération. Et il allait le devenir en alliant des ouvrages à la fois savants et accessibles et une présence en ligne jusqu’alors inédite où il descendait dans l’arène, dans la confrontation, avec son cortège d’excès et de passions.</p><p>En se saisissant de deux problématiques très sensibles qu’étaient la question identitaire et la question laïque, Laurent Bouvet allait donner une boussole à ceux qui étaient perdus et n’arrivaient pas à mettre des mots, des concepts politiques sur ce qu’ils voyaient au quotidien. C’était précisément mon cas.</p><p>Nous savions tous qu’il se passait quelque chose, que la société française était malade, traversée par des courants malsains qui visaient à détruire notre tradition universaliste, à enfermer chacun dans son identité réelle ou supposée, nous assistions fort bien au retour en force de la question religieuse partout, nous observions, impuissants, la migration électorale du peuple vers le Front national sans trouver de discours alternatif qui puisse l’empêcher.</p><p>C’est là que, par le bouche-à-oreille, nous avons découvert que Laurent était bien plus qu’un professeur de science politique à la barbe fleurie qui gravitait autour du PS. Nous avons découvert, à travers l’insécurité culturelle, qu’il avait aperçu la solution, qu’il avait trouvé le moyen de réconcilier le peuple avec la politique ou en tous cas, qu’il avait posé un diagnostic qui, s’il était collectivement travaillé, allait pouvoir mettre la France sur la voie de la guérison.</p><p>Nous avons donc échangé sur les réseaux sociaux, puis par le biais des messageries instantanées, puis nous nous sommes rencontrés, nous avons travaillé à la construction de ce discours que nous pensions efficace. Et nous le construisions avec lui sur les réseaux sociaux, en s’encourageant les uns les autres et en essayant de rendre plus concrets les concepts que Laurent avait développés, en essayant de les traduire en politiques publiques, en discours politiques. Bien entendu, cette démarche était extrêmement exigeante et nécessitait d’être en constant équilibre afin de ne pas tomber dans l’excès, de ne pas nous perdre dans l’abime.</p><p>C’est à ce moment-là que, frais docteur en science politique, je devenais le conseiller d’un Maire de banlieue populaire. Je pense que j’ai accepté ce poste parce que Laurent, qui m’avait un peu coaché sur la fin de ma thèse, commençait à parler de laïcité, de combat républicain. Ce que nous avons construit, nous avons essayé de l’appliquer. Et ça a marché. Et parce que cela a fonctionné, cela a rendu fous ceux à qui Laurent avait essayé de faire passer ce message des années durant : les militants de gauche gagnés par l’idéologie indigéniste et décoloniale. Il faut être clair, ce sont eux qui, à peine l’annonce de son décès révélée, se sont parfois bruyamment réjouis de sa disparition, ce sont eux qui l’abreuvaient au quotidien de messages haineux, car ils leur montraient qu’ils avaient tort, il leur montrait qu’on pouvait parler de France, de République, de laïcité, de patrie sans être d’extrême droite. Et cela les rendait fous.</p><p>Laurent Bouvet a ensuite écrit ce qui restera pour moi un des plus brillants livres sur la laïcité : « la nouvelle question laïque ». Cet ouvrage n’a pas eu le retentissement qu’il aurait mérité. Sans doute Laurent Bouvet était-il occupé au développement du Printemps républicain et qu’il fut ensuite fauché par l’annonce de sa maladie. « La nouvelle question laïque » est pourtant son œuvre à la fois la plus savante et la plus utile, car elle permet à tous ceux qui se sentent mal à l’aise avec cette montée du fait religieux qui semble inexorable de trouver des outils pour se redresser en brandissant cette valeur si française, si unique et si efficace.</p><p>En fait, du « sens du peuple » à « la nouvelle question laïque », Laurent Bouvet a joué le rôle de l’intellectuel laïque que la France attendait. Il l’a fait de façon plus efficace que beaucoup d’autres, car il a su maitriser les réseaux sociaux mieux que quiconque. Il fut le premier intellectuel à le faire, presque tous les autres, amis ou adversaires, ont dû s’aligner sur sa façon de faire, moi le premier.</p><p>Aujourd’hui, chaque message politique en ligne doit quelque chose au style Bouvet.</p><p>Il était l’intellectuel moderne, il avait compris son époque et la façon de peser sur elle, de modifier le cours des choses en écrivant, en inspirant. Il n’est plus et même s’il dit avec optimisme qu’il sait que ses idées seront portées brillamment par d’autres, je pense ne pas être le seul de ses héritiers à se demander si je suis vraiment à la hauteur d’un tel modèle.</p><p>Repose en paix Laurent, nous ferons ce que nous pourrons.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/804/benjamin-sire-laurent-bouvet-les-victoires-dans-la-mort</guid>
	<pubDate>Sun, 19 Dec 2021 10:30:02 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/804/benjamin-sire-laurent-bouvet-les-victoires-dans-la-mort</link>
	<title><![CDATA[Benjamin Sire : Laurent Bouvet, les victoires dans la mort]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Il est rare que la mort représente une victoire, plus rare encore qu'elle en représente plusieurs. Il y a pourtant un peu de ça avec <a href="https://www.lexpress.fr/actualite/idees-et-debats/disparition-de-laurent-bouvet-fondateur-du-printemps-republicain-et-cassandre-de-la-gauche_2163933.html" target="_self">Laurent Bouvet, qui vient de nous quitter</a> après un combat contre la maladie allant tellement au-delà de l'exemplarité, que cette mort en devient avant tout une leçon de vie. Pourtant, pour moi, comme pour tous ses amis, qui l'avons accompagnés de longue date et de plus ou moins près depuis plus de deux ans que le mal s'était insinué en lui, écrire ces mots a quelque chose de surréaliste tant notre longue préparation à la nouvelle, fruit de sa délicatesse infinie, ne peut rien face à l'émotion qui submerge malgré tout et laisse désarmé face au clavier. Et pourtant que de précautions a-t-il pris pour que notre peine soit des plus contenues. </p><p>Raté mon ami, mais tout ce que tu étais est dans ce que j'énonce maintenant, en employant, hélas, la troisième personne du singulier, ce passé simple et cet imparfait qui me sont inimaginables à ton propos. </p><p>Depuis ce jour du printemps 2019 où, lors d'un week-end de travail dans l'Yonne, il me fit part des étranges sensations qui parcouraient ses membres et dont il se demandait si elles ne l'aideraient pas à comprendre ma propre douleur... Depuis ce texto envoyé, une fois l'été passé, où il m'annonça, ainsi qu'à une poignée d'amis, que le diagnostic n'était pas risible, révélant la terrifiante maladie de Charcot... Depuis chaque nouvel épisode de ce drame, sa seule préoccupation aura été de moquer l'idée même de la plainte et de nous rassurer sans cesse, jusqu'à son dernier rire, quant à sa sérénité, à sa joie de nous avoir réuni, à sa volonté de ne pas nous savoir triste, comme si nous étions les malades et lui le bien portant. Mais triste, je le suis quand même, infiniment, nous le sommes quand même.  </p>
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<p>J'aimais déjà cet homme de toute mon âme avant que le sort ne le désigne au supplice de l'enfermement progressif, puis total, dans un corps que l'esprit ne savait quitter. Depuis la maladie, cet amour se double d'une admiration tournant à la dévotion, alors même qu'aucune chapelle, aucune église, aucune fausse gloire ne m'a jamais fait plier le genou. Tandis que dans l'âge identitaire que nous traversons, chacun s'envisage un motif réel ou imaginaire pour s'offrir à la mode de la victimisation, que d'aucuns se plaignent à qui mieux-mieux des micros agressions subies dans la moindre confrontation avec le monde extérieur, que les fragiles voient dans chaque mot écrit en réseaux ou prononcé la preuve d'une insupportable offense, par ailleurs retournée en occasion de censure et d'instauration d'un totalitarisme à bas bruit, Laurent, inflexible d'humanité, a porté comme un totem d'élégance suprême la devise "never explain, never complain"... Ayant vécu avec panache, il a ajouté à sa mort la classe la plus absolue. C'est sa première victoire. </p>
<p>Nique à l'arbitraire</p>
<p>La seconde aura été d'avoir choisi le moment, aussi douloureuse pour ses proches ait pu être cette décision. Mais pour celui qui n'avait pas de Dieu, mais quelques maîtres, cette latitude de faire la nique à l'arbitraire de la nature, entouré des siens, est un ultime témoignage de cette ironie combative qui lui valut tant de mauvais ennemis... Puisque nous savions ce que seraient les choses, il eut même l'ultime prévenance de nous en faire part avec un peu d'avance, pour nous laisser le temps d'envisager. Respect, l'ami. Même si ce mot est d'une insigne faiblesse pour exprimer ce que je pense vraiment. Il est dommage que, par essence, les combattants de la laïcité et de la République, dont il fut le plus parfait officier, fussent-ils croyants, n'aient pas les moyens de prononcer de quelconques canonisations, parce que j'ai du mal à refuser l'analogie entre la manière dont l'homme dont je parle a affronté la bataille finale avec l'idée que l'on se ferait d'un saint. Certains se moqueront sans doute de l'aspect excessif de mes mots, mais de ce côté de l'écran d'où je parle, j'ai quelques raisons de ne pas les envisager ainsi. </p><p>Et c'est une autre victoire de Laurent. Celle ayant consisté, dans l'adversité si parcimonieuse en nobles caractères que représentent les combats d'idées et politiques, d'avoir su fédérer autour de lui, un cercle d'hommes et de femmes qui, non contents de célébrer un profond accord intellectuel (aux antipodes de la caricature que nos contempteurs en font), se sont retrouvés embarqués dans la plus intense et valable des aventures humaines, celle de l'amitié. Que l'on demande à tous ses plus proches compagnons de route, à celles et ceux qui ont participé à la création du Printemps républicain, quelle est la si étrange particularité de ce mouvement par rapport à tous les autres que nous avons fréquentés tout au long de nos parcours respectifs. Tous vous répondront la même chose. L'amitié, réelle, si désintéressée qu'elle vaut à nombreux de nos camarades d'avoir dépassé les limites acceptables du bénévolat, si sincère qu'elle vit bien souvent le combat politique être freiné par la préoccupation aux soucis personnels des uns et des autres, si empreinte de cet humour qui fut souvent reproché à Laurent, que de nos réunions, en dépit d'un travail souvent acharné pour faire émerger nos idées, restent avant tout ancrées dans ma mémoire pour les éclats de rire qui n'ont cessé de les ponctuer, tout autant qu'ils furent l'essentiel de ces dîners que nous avons organisé autour de Laurent, dans la période où la maladie et la pandémie de Covid les rendaient encore possibles. L'amitié, donc, une victoire de plus, qui sera encore plus retentissante si nous arrivons à la faire perdurer au-delà de la disparition d'un homme qui fut le ciment de nos convictions, mais aussi de la jonction de nos âmes. </p>
<p>Une oeuvre hélas prémonitoire</p>
<p>La dernière victoire de Laurent, enfin, est la plus éclatante et la plus déprimante. C'est celle de son oeuvre, prémonitoire, éclairante, mais ne voisinant pas avec un optimisme béat. Même si je laisse à d'autres bien plus compétents que moi, ici et ailleurs, la tâche de commenter ses idées et ses livres, j'ai hélas le sentiment qu'ils ont décrit par le menu ce que sont déjà les enjeux de la campagne pour l'élection présidentielle et ce que sera le scrutin lui-même. À l'écriture de ces mots, j'entends déjà l'exploitation malhonnête que pourraient en faire nos adversaires et ceux qui ont poursuivi Laurent de leur haine. "Vous dites victoire de ses idées ? Victoire de la droite et de l'extrême droite qui, quel que soit le résultat de l'élection, pèse plus de 60% de l'électorat. Victoire des fachos et de l'islamophobie que vous portez !" Alors je reformule, balayant cette arnaque de l'islamophobie, alors que nous avons toujours combattu toutes formes de racisme et de discriminations, notamment à l'égard des femmes et des LGBT, mais aussi des musulmans qui sont justement la cible des islamistes et de leurs alliés, partout dans le monde, jamais jugés assez purs pour les rétrogrades haineux qui pervertissent leur religion. Non, ce n'est effectivement pas une victoire pour tous. C'est celle des principaux constats que fit Laurent durant les dix dernières années, et la défaite de ceux, principalement à gauche, qui, ne voulant pas regarder le réel en face, se sont bouché les oreilles à son énoncé, jusqu'à voir l'extrême-droite (et cette partie de la droite qui lui coure après) le préempter pour lui associer ses solutions aussi nauséabondes qu'inefficaces, dangereuses et sans avenir - elle qui ne regarde que le passé...  </p><p>De quoi s'agit-il? La première intuition bouvetiste de la sortie de route de la gauche se confia début 2012 dans, Le sens du peuple, écrit en réaction à la fameuse note Terra Nova de 2011, entérinant l'abandon des classes populaires par la nébuleuse socialiste au profit d'un peuple de substitution. Comme l'écrivait Laurent pour présenter l'ouvrage : "Retrouver les sens du peuple est à la fois une nécessité électorale et un impératif moral pour la gauche". Cette dernière a balayé tout à la fois la nécessité et l'impératif et se retrouve marginalisée à un point qui ne provoque rien d'autre qu'une infinie tristesse. Vint ensuite L'insécurité culturelle, parue en 2015, ce constat que le facteur économique ne pouvait à lui seul expliquer les dérives populistes, mais qu'il fallait y ajouter les inquiétudes identitaires et culturelles pour apporter des solutions à nos concitoyens. Tandis que, par flemme, la gauche - qui a beaucoup commenté les livres de Laurent, mais ne les a que très rarement lus - vouait aux gémonies ce simple énoncé pour en faire un concept raciste, voire islamophobe, alors qu'il n'est même pas un concept et prend également en compte l'insécurité culturelle ressentie par nos compatriotes musulmans, une partie de la dédicace que me fit Laurent de son livre donne les clefs : "L'insécurité culturelle, mieux la combattre, c'est d'abord mieux la connaître". Et mieux la connaître, c'est accepter d'analyser le rôle de la mondialisation dans les paniques morales qui saisissent ceux de nos compatriotes qui n'en tirent pas profit, d'observer le déclassement subi par les zones rurales et le péri-urbain, de plonger dans les revendications de cette France si bien décrites par Jérôme Fourquet, Jean-Laurent Cassely, ou Denis Maillard et avant eux, par moments, par Christophe Guilluy, de mesurer le poids d'un entrisme islamiste qui pervertit l'islam et, profitant de l'offensive identitaire de la gauche américaine, provoque une balkanisation des êtres et des revendications cultuelles dont se saisissent désormais également certains chrétiens. C'est comprendre le poids de l'individualisme propre à la société numérique dans la destruction du commun et toutes ces sortes de choses. Enfin s'ajoutèrent en 2019 et 2020, La nouvelle question laïque et Le péril identitaire, qui analysaient à la fois le garde-fou, attaqué de toutes parts, que représente la loi de 1905, seule à même de défendre toutes les consciences, idées et croyances, et les conséquences de l'ère identitaire, fruit du libéralisme culturel, qui met notre société en péril et, faisant de chacun un objet politique autonome, nous voit entrer les uns et les autres en collision permanente au prétexte de nos particularismes revendiqués. </p>
<p>Pendant ce temps...</p>
<p>Et c'est bien face à tout cela, froidement analysé par Laurent, que nous nous retrouvons à l'heure d'envisager d'introduire notre bulletin de vote dans les urnes au printemps prochain. Il avait tout vu, tout envisagé, mais certains préférèrent le poursuivre de leur vindicte pour quelques tweets ironiques, pour quelques posts Facebook posant de légitimes questions, pour quelques incitations à interroger le pays et non le seul microcosme d'une gauche d'estrade sans cesse agonisante sous le poids de sa suffisance. La gauche avait à disposition l'un de ses plus brillants émetteurs d'idées, l'un de ses plus prolifiques esprits. Elle a préféré sombrer dans de lilliputiens combats à base de bois mort et de défense du voile, d'offenses en passant devant des statues ou quelques caricatures innocentes (sauf pour leurs auteurs qui en périrent), d'écritures inclusives excluant tellement de nos compatriotes, et de tous ces sujets qui laissent une immense majorité des Français pantois, tant tout cela est aux antipodes de leur quotidien et des souhaits qu'ils peuvent exprimer. Hélas, rien n'ayant été fait, ils choisiront entre le pire et la caricature faussement moderne et disruptive figurée par l'actuel chef de l'État, qui ne représente qu'une passerelle enjambant le vide mais, hélas, trop courte... </p><p>Pendant ce temps, dans un monde parallèle, Cyril Hanouna, entend jouer l'arbitre des (inél)élégances de l'élection présidentielle à coups de clashs dégoulinants de vulgarité, comme il le fit pour la première de sa nouvelle émission, Face à Baba (rien que le titre...), avec le reflet de son miroir du PAF bolloréen, Éric Zemmour, et une poignée de contradicteurs en mousse, dont ceux de cette France Insoumise, dont le leader, Jean-Luc Mélenchon, a passé les dernières semaines à se vautrer en injures contre le Printemps républicain d'un Laurent agonisant... </p><p>Pendant ce temps, dans un monde parallèle, Christiane Taubira, cette fausse valeur richissime d'une gauche dont elle ne porte aucune des idées essentielles, Christiane Taubira, qui, en son temps, vota la confiance à Édouard Balladur, et refusa il y a peu d'appeler les Guyanais à se faire vacciner, Christiane Taubira donc, se présente en éventuel recours progressiste, pour peu que tous les tristes candidats déjà déclarés se couchent sur son passage, qui partout, tout le temps, ne déclencha que des catastrophes si l'on excepte le mariage pour tous, loi essentielle, mais mal amenée.... </p><p>Pendant ce temps, dans un monde parallèle, sur Twitter ou ailleurs, hier encore, il en est qui, gonflés de leur ignorance et de leur mépris pour le réel et le courage, deux notions souvent inséparables, imaginaient la manière dont Laurent serait en train de manoeuvrer, depuis l'au-delà (?), pour obtenir tel poste ministériel, tel avantage, telle influence, lui qui, de toute sa vie n'a jamais rien réclamé de tel et encore moins depuis les deux dernières années où il se savait condamné. Il en est encore qui, tout à leurs rêves de courtisans, font, croyant atteindre un être admirable en tout point, le récit de leurs bassesses personnelles, ne divulguant qu'eux-mêmes et dessinant à leur corps défendant le portrait de la grandeur de mon ami aujourd'hui disparu... De mon ami qui, dans son dernier message, à quelques heures du trépas, nous donnait, aux quelques indéfectibles, le qualificatif de frères. Et, haut et fort, je le dis, cette fraternité est vraie autant qu'elle fut un bonheur et le reflet d'une tristesse insondable à l'idée qu'elle ne se poursuivra pas. Mais, même si pour certains, dont je suis, c'est la fin d'une époque, l'héritage de Laurent lui survivra, dans les coeurs et par ses idées. Et ce sera son ultime victoire par-delà la douleur immense qui saisit sa femme, Astrid, ce monument de courage, qui ne peut être autrement puisqu'ils s'aimèrent à la hauteur des hautes qualités de chacun, et de ses filles qui, malgré les larmes ont pris l'exemple d'un homme vraiment exceptionnel. Je pense à elles à chaque instant, mon ami, mon frère.  </p>
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<p>*Benjamin Sire est compositeur et journaliste. Il est également membre du conseil d'administration du Printemps républicain.  </p>
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]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/793/le-systeme-pierre-rabhi-par-jean-baptiste-malet-le-monde-diplomatique-aout-2018</guid>
	<pubDate>Sun, 05 Dec 2021 12:38:08 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Le système Pierre Rabhi, par Jean-Baptiste Malet (Le Monde diplomatique, août 2018)]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Dans le grand auditorium du palais des congrès de Montpellier, un homme se tient tapi en bordure de la scène tandis qu’un millier de spectateurs fixent l’écran. Portées par une bande-son inquiétante, les images se succèdent : embouteillages, épandages phytosanitaires, plage souillée, usine fumante, supermarché grouillant, ours blanc à l’agonie. « Allons-nous enfin ouvrir nos consciences ? », interroge un carton. Le film terminé, la modératrice annonce l’intervenant que tout le monde attend : « Vous le connaissez tous... C’est un vrai paysan. »</p><p>Les projecteurs révèlent les attributs du personnage : une barbichette, une chemise à carreaux, un pantalon de velours côtelé, des bretelles. « Je ne suis pas venu pour faire une conférence au sens classique du terme, explique Pierre Rabhi, vedette de la journée « Une espérance pour la santé de l’homme et de la Terre », organisée ce 17 juin 2018. Mais pour partager avec vous, à travers une vie qui est singulière et qui est la mienne, une expérience. »</p><p>Des librairies aux salons bio, il est difficile d’échapper au doux regard de ce messager de la nature, auteur d’une trentaine d’ouvrages dont les ventes cumulées s’élèvent à 1,16 million d’exemplaires (<a href="https://www.monde-diplomatique.fr/2018/08/MALET/58981#nb1" rel="appendix" title="Résultats GfK, juin 2018." id="nh1">1</a>). Chaussé de sandales en toute saison, Rabhi offre l’image de l’ascète inspiré. « La source du problème est en nous. Si nous ne changeons pas notre être, la société ne peut pas changer », affirme le conférencier.</p><p>Passé la soixantième minute, il narre le fabliau du colibri qui a fait son succès : lors d’un incendie de forêt, alors que les animaux terrifiés contemplent le désastre, impuissants, le petit colibri s’active, allant chercher quelques gouttes d’eau avec son bec pour conjurer les flammes. « Colibri, tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu éteindras le feu ! », lui dit le tatou. « Je le sais, mais je fais ma part », répond le volatile. Rabhi invite chacun à imiter le colibri et à « faire sa part ».</p><p>La salle se lève et salue le propos par une longue ovation. « Cela doit faire dix fois que je viens écouter Pierre Rabhi ; il dit toujours la même chose, mais je ne m’en lasse pas », confie une spectatrice. « Heureusement qu’il est là !, ajoute sa voisine sans détacher les yeux de la scène. Avec Pierre, on n’est jamais déçu. » L’enthousiasme se répercute dans le hall adjacent, où, derrière leurs étals, des camelots vendent des machines « de redynamisation et restructuration de l’eau par vortex », des gélules « de protection et de réparation de l’ADN » (cures de trois à six mois) ou le dernier modèle d’une « machine médicale à ondes scalaires » commercialisée 8 000 euros.</p><p>À Paris aussi, Rabhi ne laisse pas indifférent. Le premier ministre Édouard Philippe le cite lorsqu’il présente son « plan antigaspillage » (23 avril 2018). « Cet homme est arrivé comme une véritable lumière dans ma vie », affirme son ancienne éditrice, désormais ministre de la culture, Mme Françoise Nyssen (<a href="https://www.monde-diplomatique.fr/2018/08/MALET/58981#nb2" rel="appendix" title="Entretien avec Mme Nyssen, « Pierre Rabhi, la terre au cœur », Kaizen, (...)" id="nh2">2</a>). « Pierre a permis à ma conscience de s’épanouir et de se préciser. Il l’a instruite et il l’a nourrie. Quelque part, il a été son révélateur », ajoute M. Nicolas Hulot, ministre de la transition écologique et solidaire (<a href="https://www.monde-diplomatique.fr/2018/08/MALET/58981#nb3" rel="appendix" title="Entretien avec M. Hulot, « Pierre Rabhi, la terre au cœur », op. (...)" id="nh3">3</a>).</p><p>En se répétant presque mot pour mot d’une apparition à une autre, Rabhi cisèle depuis plus d’un demi-siècle le récit autobiographique qui tient lieu à la fois de produit de consommation de masse et de manifeste articulé autour d’un choix personnel effectué en 1960, celui d’un « retour à la terre » dans le respect des valeurs de simplicité, d’humilité, de sincérité et de vertu. Ses ouvrages centrés sur sa personne, ses centaines de discours et d’entretiens qui, tous, racontent sa vie ont abouti à ce résultat singulier : cet homme qui parle continuellement de lui-même incarne aux yeux de ses admirateurs et des journalistes la modestie et le sens des limites. Rues, parcs, centres sociaux, hameaux portent le nom de ce saint laïque, promu en 2017 chevalier de la Légion d’honneur. Dans les médias, l’auteur de Vers la sobriété heureuse (Actes Sud, 2010) jouit d’une popularité telle que France Inter peut transformer sa matinale en édition spéciale en direct de son domicile (13 mars 2014) et France 2 consacrer trente-cinq minutes, à l’heure du déjeuner, le 7 octobre 2017, à louanger ce « paysan, penseur, écrivain, philosophe et poète » qui « propose une révolution ».</p>
<p>Tradition, authenticité et spiritualité</p>
<p>L’icône Rabhi tire sa popularité d’une figure mythique : celle du grand-père paysan, vieux sage enraciné dans sa communauté villageoise brisée par le capitalisme, mais dont le savoir ancestral s’avère irremplaçable quand se lève la tempête. Dans un contexte de catastrophes environnementales et d’incitations permanentes à la consommation, ses appels en faveur d’une économie frugale et ses critiques de l’agriculture productiviste font écho au sentiment collectif d’une modernité hors de contrôle. En réaction, l’inspirateur des « colibris » prône une « insurrection des consciences », une régénération spirituelle, l’harmonie avec la nature et le cosmos, un contre-modèle local d’agriculture biologique non mécanisée. Ces idées ruissellent dans les médias, charmés par ce « bon client », mais aussi à travers les activités du mouvement Colibris, fondé en 2006 par Rabhi et dirigé jusqu’en 2013 par le romancier et réalisateur Cyril Dion. Directeur de collection chez Actes Sud, fondateur en 2012 du magazine Kaizen, partenaire des Colibris, Dion a réalisé en 2015 avec l’actrice Mélanie Laurent le film Demain, qui met en scène le credo du mouvement et qui a attiré plus d’un million de spectateurs en salles.</p><p>Le succès du personnage et de son discours reflète et révèle une tendance de fond des sociétés occidentales : désabusée par un capitalisme destructeur et sans âme, mais tout autant rétive à la modernité politique et au rationalisme qui structura le mouvement ouvrier au siècle passé, une partie de la population place ses espoirs dans une troisième voie faite de tradition, d’authenticité, de quête spirituelle et de rapport vrai à la nature.</p><p>« Ma propre insurrection, qui date d’une quarantaine d’années, est politique, mais n’a jamais emprunté les chemins de la politique au sens conventionnel du terme, explique Rabhi sur un tract de sa campagne présidentielle de 2002. Mon premier objectif a été de mettre en conformité ma propre existence (impliquant ma famille) avec les valeurs écologistes et humanistes » — il n’obtint que 184 parrainages d’élu sur les 500 requis. Le visage caressé d’une lumière or, le candidat présenté comme un « expert international pour la sécurité alimentaire et la lutte contre la désertification » se tient parmi les blés. De l’Afrique du Nord aux Cévennes, en passant par le Burkina Faso, la trajectoire de Rabhi illustre les succès autant que les vicissitudes d’une écologie apolitique.</p><p>Né le 29 mai 1938 à Kenadsa (région de Saoura), en Algérie, Rabah Rabhi perd sa mère vers l’âge de 4 ans et se retrouve dans une famille d’adoption, un couple de colons formé d’une institutrice et d’un ingénieur qui lui donne une éducation occidentale, bourgeoise, catholique. L’adolescent d’Oran adore « écouter La Flûte enchantée, Othello ou bien un soliste de renom » à l’opéra (<a href="https://www.monde-diplomatique.fr/2018/08/MALET/58981#nb4" rel="appendix" title="Pierre Rabhi, Du Sahara aux Cévennes ou la Reconquête du songe, Albin Michel, (...)" id="nh4">4</a>) ; il aime la littérature française et les costumes impeccablement coupés qui lui donnent l’allure d’une « gravure de mode ». Fervent catholique, il adopte à 17 ans son nom de baptême, Pierre. « Je me sentais coupable non pas de renier la foi de mes ancêtres [l’islam], mais de ne point aller propager parmi eux celle du fils de Dieu. » Pendant la guerre d’Algérie, raconte-t-il, « me voici brandissant mon petit drapeau par la fenêtre de la voiture qui processionne dans la ville en donnant de l’avertisseur : “Al-gé-rie-fran-çai-se” ».</p><p>Il gagne Paris à la fin des années 1950 et travaille chez un constructeur de machines agricoles à Puteaux (Hauts-de-Seine) en tant que magasinier, précise-t-il lors de l’entretien qu’il nous accorde, et non en tant qu’ouvrier à la chaîne, comme on peut le lire dans Pierre Rabhi, l’enfant du désert (Plume de carotte, 2017), un ouvrage de littérature jeunesse vendu à plus de 21 000 exemplaires. C’est dans cette entreprise que le jeune homme rencontre en 1960 sa future épouse. La même année, il expédie une lettre qui changera sa vie. « Monsieur, écrit-il au docteur Pierre Richard, nous avons eu votre adresse par le père Dalmais, qui nous a appris que vous vous préoccupiez de la protection de la nature, que vous avez activement participé à la création du parc de la Vanoise, et que vous essayez d’obtenir la création de celui des Cévennes. Nous sommes sensibles à toutes ces questions et voudrions prendre une part active en retournant à cette nature que vous défendez. »</p><p>Étudiant en médecine avant-guerre, Richard devient, en 1940, instructeur d’un chantier de la jeunesse près des mines de Villemagne (Gard), sur le mont Aigoual (<a href="https://www.monde-diplomatique.fr/2018/08/MALET/58981#nb5" rel="appendix" title="Karine-Larissa Basset, « Richard Pierre (1918-1968) », Histoire de la (...)" id="nh5">5</a>). Cette expérience hygiéniste, nationaliste et paramilitaire l’influence durablement. En décembre 1945, il soutient une thèse de médecine qui assume un « parti pris évident »  : « La santé de l’homme est atteinte, et celle du paysan en particulier, et, par-delà, celle du pays, de la nation, écrit Richard — santé intégrale du corps, de l’esprit, des biens matériels, de l’âme (<a href="https://www.monde-diplomatique.fr/2018/08/MALET/58981#nb6" rel="appendix" title="Pierre-Claude-Roger Richard, « Considérations sur le rôle social du médecin de (...)" id="nh6">6</a>).  » Quatorze ans plus tard, en 1959, le docteur Richard joue son propre rôle de médecin de campagne dans un film de propagande ruraliste intitulé Nuit blanche, où il fustige l’urbanisation, l’État centralisateur, les boîtes de conserve et la politique de recrutement des entreprises publiques qui arrache les paysans à leurs « racines ».</p><p>Sur une photographie du mariage célébré en avril 1961, le docteur Richard offre son bras à la mariée, Michèle Rabhi, tandis que Pierre Rabhi donne le sien à l’épouse du médecin de campagne. « Pierre et Anne-Marie Richard sont les parents que le magicien nous a destinés », écrit Rabhi dans son autobiographie (<a href="https://www.monde-diplomatique.fr/2018/08/MALET/58981#nb7" rel="appendix" title="Pierre Rabhi, Du Sahara aux Cévennes…, op. cit." id="nh7">7</a>). « À mon arrivée en Ardèche, c’est lui qui m’a pris sous son aile. C’était mon initiateur », complète-t-il.</p>
<p>« L’homme providentiel »</p>
<p>Peu après, l’apprenti paysan rencontre l’écrivain ardéchois Gustave Thibon. Acclamé par Charles Maurras dans L’Action française en juin 1942 comme « le plus brillant, le plus neuf, le plus inattendu, le plus désiré et le plus cordialement salué de nos jeunes soleils », Thibon fut l’une des sources intellectuelles de l’idéologie ruraliste de Vichy. « Ce n’est pas mon père qui était pétainiste, c’est Pétain qui était thibonien », affirmera sa fille (<a href="https://www.monde-diplomatique.fr/2018/08/MALET/58981#nb8" rel="appendix" title="Correspondance de l’auteur avec Philippe Barthelet, coordinateur de Gustave (...)" id="nh8">8</a>). Bien que ses thuriféraires n’omettent jamais de rappeler que Thibon hébergea la philosophe Simone Weil en 1941, ce monarchiste, catholique intransigeant, antigaulliste viscéral et, plus tard, défenseur de l’Algérie française fit régulièrement cause commune avec l’extrême droite.</p><p>Entre le jeune néorural et le penseur conservateur se noue une relation qui durera jusqu’aux années 1990. « On voyait chez lui une grande polarisation terrestre et cosmique, relate le premier. (...) J’étais alors très heureux de rencontrer un tel philosophe chrétien et j’ai adhéré à ce qu’il disait (<a href="https://www.monde-diplomatique.fr/2018/08/MALET/58981#nb9" rel="appendix" title="Entretien avec Pierre Rabhi, Ultreïa !, n° 1, Éditions Hozhoni, La (...)" id="nh9">9</a>).  » Dans le paysage éditorial français, Thibon a précédé Rabhi en tant que figure tutélaire du paysan-écrivain « enraciné » poursuivant une quête spirituelle au contact de la nature (<a href="https://www.monde-diplomatique.fr/2018/08/MALET/58981#nb10" rel="appendix" title="Lire Evelyne Pieiller, « Le terroir ne ment pas », Le Monde diplomatique, juin  (...)" id="nh10">10</a>). Dans le hameau de Saint-Marcel-d’Ardèche où vécut Thibon, Mme Françoise Chauvin, qui fut sa secrétaire, se souvient : « Pierre Rabhi doit beaucoup à Gustave Thibon. Quand il venait ici, son attitude était celle d’un disciple visitant son maître. »</p><p>« J’ai fait 68 en 1958 ! », s’amuse, soixante ans plus tard, l’élève devenu maître, lorsqu’il évoque son « retour à la terre ». Le paysage intellectuel des années 1960 et 1970 ne l’enchantait guère. Quand on lui cite l’œuvre du philosophe André Gorz, auteur des textes fondateurs Écologie et politique (1975) et Écologie et liberté (1977), il s’agace : « J’ai toujours détesté les philosophes existentialistes, nous dit-il. Dans les années 1960, il y en avait énormément, des gens qui ne pensaient qu’à partir des mécanismes sociaux, en évacuant le “pourquoi nous sommes sur Terre”. Mais moi, je sentais que la réalité n’était pas faite que de matière tangible et qu’il y avait autre chose. » L’homme ne s’en cache pas : « J’ai un contentieux très fort avec la modernité. »</p><p>Sa vision du monde tranche avec la néoruralité libertaire de l’après-Mai. « Je considère comme dangereuse pour l’avenir de l’humanité la validation de la famille “homosexuelle”, alors que par définition cette relation est inféconde », explique-t-il dans le livre d’entretiens Pierre Rabhi, semeur d’espoirs (Actes Sud, 2013). Sur les rapports entre les hommes et les femmes, son opinion est celle-ci : « Il ne faudrait pas exalter l’égalité. Je plaide plutôt pour une complémentarité : que la femme soit la femme, que l’homme soit l’homme et que l’amour les réunisse (<a href="https://www.monde-diplomatique.fr/2018/08/MALET/58981#nb11" rel="appendix" title="« Pierre Rabhi : “Le féminin est au cœur du changement” », Kaizen, 28 mai  (...)" id="nh11">11</a>).  »</p><p>En plus de ses fréquentations vichysso-ardéchoises, Rabhi compte parmi ses influences intellectuelles Rudolf Steiner (1861-1925), fondateur de la Société anthroposophique universelle (<a href="https://www.monde-diplomatique.fr/2018/08/MALET/58981#nb12" rel="appendix" title="Lire « L’anthroposophie, discrète multinationale de l’ésotérisme », Le Monde (...)" id="nh12">12</a>). « Un jour, le docteur Richard est venu chez moi, triomphant, et il m’a mis entre les mains le livre Fécondité de la terre, de l’Allemand Ehrenfried Pfeiffer, un disciple de Steiner, raconte-t-il. J’ai adhéré aux idées de Steiner, ainsi qu’aux principes de l’anthroposophie, et notamment à la biodynamie. Lorsqu’il a fallu faire de l’agriculture, Rudolf Steiner proposait des choses très intéressantes. J’ai donc commandé des préparats biodynamiques en Suisse et commencé mes expérimentations agricoles. »</p><p>À son arrivée en Ardèche, après une année de formation dans une maison familiale rurale, Rabhi fait des travaux de maçonnerie, travaille comme ouvrier agricole, écrit de la poésie, ébauche des romans, s’adonne à la sculpture. Sa découverte de l’agriculture biodynamique le stimule au point qu’il anime, à partir des années 1970, causeries et formations à ce sujet. Il se forge alors une conviction qui ne le quittera plus : la spiritualité et la prise en compte du divin sont indissociables d’un modèle agricole viable, lequel se place dès lors au centre de ses préoccupations. Une nouvelle fois, un courrier et la rencontre avec un personnage haut en couleur vont infléchir le cours de son histoire.</p><p>Fondateur de la compagnie de vols charters Point Mulhouse, bien connue des baroudeurs des années 1970 et 1980, l’entrepreneur Maurice Freund inaugure en décembre 1983 un campement touristique à Gorom-Gorom, dans l’extrême nord du Burkina Faso. Grâce à cette « réplique du village traditionnel avec ses murs d’enceinte qui entourent les cours (<a href="https://www.monde-diplomatique.fr/2018/08/MALET/58981#nb13" rel="appendix" title="Maurice Freund, Charters interdits. Quinze ans d’aventures pour la liberté (...)" id="nh13">13</a>)  », Freund compte faire de cette localité un lieu de « tourisme solidaire ». Las ! Quelques semaines plus tard, il découvre que le restaurant « traditionnel » sert du foie gras et du champagne car « des coopérants, mais aussi des ambassadeurs, viennent se détendre dans ce havre de paix ».</p><p>Au même moment arrive une lettre de Rabhi l’invitant à visiter sa demeure en Ardèche. Devant l’insistance de celui qu’il prend d’abord pour un quémandeur, Freund se rend à la ferme. « Avant même d’échanger une parole, en plongeant mon regard dans le sien, je comprends que Pierre Rabhi est l’homme providentiel », écrit Freund. « S’inspirant des travaux de l’anthroposophe Rudolf Steiner, Pierre Rabhi a mis au point une méthode d’engrais organiques (...) qu’il a adaptée aux conditions du Sahel. Il ramasse les branches, plumes d’oiseaux, excréments de chameau, tiges de mil... Il récupère ces détritus, en fait du compost, le met en terre », s’émerveille-t-il. Il place aussitôt Rabhi à la tête de Gorom-Gorom II, une annexe du campement hôtelier où l’autodidacte initie des paysans du Sahel au calendrier lunaire de la biodynamie.</p><p>Le 6 mai 1986, la chaîne publique Antenne 2 diffuse le premier reportage télévisé consacré à Rabhi (<a href="https://www.monde-diplomatique.fr/2018/08/MALET/58981#nb14" rel="appendix" title="« Aujourd’hui la vie », émission spéciale Afrique, Antenne 2, 6 mai  (...)" id="nh14">14</a>). « Il y a un vice fondamental, explique le Français à Gorom-Gorom, sur fond de musique psychédélique. On s’est toujours préoccupé d’une planification matérielle, mais on ne s’est jamais préoccupé fondamentalement de la promotion humaine. C’est la conscience, c’est la conscience qui réalise. » Images de paysans au travail, gros plans sur les costumes traditionnels, paysages sublimes : le reportage fait dans le lyrisme. « Je crois que le Nord et le Sud n’ont pas fini de se disputer ma personne », conclut Rabhi. Aucune précision technique sur les méthodes agronomiques n’est en revanche donnée.</p><p>Quelques mois plus tard, fin 1986, l’association Point Mulhouse, fondée par Freund, demande à l’agronome René Dumont, bon connaisseur des questions agricoles de la région du Sahel (<a href="https://www.monde-diplomatique.fr/2018/08/MALET/58981#nb15" rel="appendix" title="Lire René Dumont, « L’agriculture voltaïque dans le piège de la dépendance », Le (...)" id="nh15">15</a>), d’expertiser le centre dirigé par Rabhi. Le candidat écologiste à l’élection présidentielle de 1974 est épouvanté par ce qu’il découvre. S’il approuve la pratique du compost, il dénonce un manque de connaissances scientifiques et condamne l’approche d’ensemble : « Pierre Rabhi a présenté le compost comme une sorte de “potion magique” et jeté l’anathème sur les engrais chimiques, et même sur les fumiers et purins. Il enseignait encore que les vibrations des astres et les phases de la Lune jouaient un rôle essentiel en agriculture et propageait les thèses antiscientifiques de Steiner, tout en condamnant [Louis] Pasteur. »</p><p>Pour Dumont, ces postulats ésotériques comportent une forme de mépris pour les paysans. « Comme, de surcroît, il avait adopté une attitude discutable à l’égard des Africains, nous avons été amenés à dire ce que nous en pensions, tant à la direction du Point Mulhouse qu’aux autorités du Burkina Faso » (<a href="https://www.monde-diplomatique.fr/2018/08/MALET/58981#nb16" rel="appendix" title="René Dumont, Un monde intolérable. Le libéralisme en question, Seuil, coll. «  (...)" id="nh16">16</a>). Deux conceptions s’opposent ici, car Dumont ne dissocie pas combat internationaliste, écologie politique et application de la science agronomique. Rabhi s’en amuse aujourd’hui : « René Dumont est allé dire au président Thomas Sankara que j’étais un sorcier. » Dumont conseillera même d’interrompre au plus vite ces formations. En pure perte, car Rabhi bénéficie de l’appui de Freund, lui-même proche du président burkinabé. Mais l’assassinat de Sankara, le 15 octobre 1987, prive Freund de ses appuis politiques. Rabhi et lui quittent précipitamment le Burkina Faso.</p><p>Cet épisode éclaire une facette importante d’un personnage parfois présenté comme un « expert international » des questions agricoles, préfacier du Manuel des jardins agroécologiques (Actes Sud, 2012), mais qui n’a jamais publié d’ouvrage d’agronomie ni d’article scientifique. Et pour cause. « Avec l’affirmation de la raison, nous sommes parvenus au règne de la rationalité des prétendues Lumières, qui ont instauré un nouvel obscurantisme, un obscurantisme moderne, accuse-t-il, assis dans la véranda de sa demeure de Lablachère, en Ardèche. Les Lumières, c’est l’évacuation de tout le passé, considéré comme obscurantiste. L’insurrection des consciences à laquelle j’invite, c’est contre ce paradigme global. »</p><p>Rabhi ne se contente pas d’exalter la beauté de la nature comme le ferait un artiste dans son œuvre. Il mobilise la nature, le travail de la terre et l’évocation de la paysannerie comme les instruments d’une revanche contre la modernité. Cette bataille illustre bien le malentendu sur lequel prospèrent certains courants idéologiques qui dénoncent les « excès de la finance », la « marchandisation du vivant », l’opulence des puissants ou les ravages des technosciences, mais qui ne prônent comme solution qu’un retrait du monde, une ascèse intime, et se gardent de mettre en cause les structures de pouvoir.</p><p>« Que nous soyons riche ou pauvre, affirme Rabhi, nous sommes totalement dépendants de la nature. La référence à la nature régule la vie. Elle est gardienne des cadences justes (<a href="https://www.monde-diplomatique.fr/2018/08/MALET/58981#nb17" rel="appendix" title="Pierre Rabhi et Juliette Duquesne, Les Excès de la finance ou l’Art de la (...)" id="nh17">17</a>).  » Dans Le Recours à la terre (Terre du ciel, 1995), il fait d’ailleurs l’éloge de la pauvreté, « le contraire de la misère » ; il la présente dans les années 1990, lors de ses formations, comme une « valeur de bien-être ». Quelques années plus tard, ce parti pris se muera sémantiquement en une exaltation de la « sobriété heureuse (<a href="https://www.monde-diplomatique.fr/2018/08/MALET/58981#nb18" rel="appendix" title="Pierre Rabhi, Vers la sobriété heureuse, Actes Sud, Arles, 2010, dont plus de (...)" id="nh18">18</a>)  », expression bien faite pour cacher un projet où même la protection sociale semble un luxe répréhensible : « Beaucoup de gens bénéficient du secourisme social, nous explique Rabhi. Mais, pour pouvoir secourir de plus en plus de gens, il faut produire des richesses. Va-t-on pouvoir l’assumer longtemps ? » Pareille conception des rapports sociaux explique peut-être le fonctionnement des organisations inspirées ou fondées par le sobre barbichu, ainsi que son indulgence envers les entreprises multinationales et leurs patrons.</p><p>Fondée en 1994 sous l’appellation Les Amis de Pierre Rabhi, l’association Terre et humanisme, dont un tiers du budget provient de dons tirés des produits financiers Agir du Crédit coopératif (plus de 450 000 euros par an), poursuit l’œuvre entamée par Rabhi au Burkina Faso en animant des formations au Mali, au Sénégal, au Togo, ainsi qu’en France, sur une parcelle d’un hectare cultivée en biodynamie, le Mas de Beaulieu, à Lablachère. Entre 2004 et 2016 s’y sont succédé 2 350 bénévoles, les « volonterres », qui travaillent plusieurs semaines en échange de repas et d’un hébergement sous la tente.</p><p>Aux Amanins (La Roche-sur-Grane, Drôme), l’infrastructure d’agrotourisme née en 2003 de la rencontre entre Rabhi et l’entrepreneur Michel Valentin (disparu en 2012), lequel a consacré au projet 4,5 millions d’euros de sa fortune, s’étend sur cinquante-cinq hectares. Elle accueille des séminaires d’entreprise, des vacanciers, mais aussi des personnes désireuses de se former au maraîchage. La production de légumes repose sur deux salariés à temps partiel (vingt-huit heures hebdomadaires chacun) qu’épaule un escadron de volontaires du service civique ou de travailleurs bénévoles, les wwoofers (mot composé à partir de l’acronyme de World-Wide Opportunities on Organic Farms, « accueil dans des fermes biologiques du monde entier ») : « En échange du gîte et du couvert, les wwoofers travaillent ici cinq heures par jour, explique la direction des Amanins. Nous ne payons pas de cotisations sociales, et c’est légal. »</p><p>Son exercice de méditation terminé, l’un des quatre travailleurs bénévoles présents lors de notre visite gratifie son repas bio d’une parole de louange et confie : « En fait, on travaille plus que cinq heures par jour, mais le logement est très confortable. Être ici, ça ramène à l’essentiel. » Malgré la taille du site et la main-d’œuvre abondante, les Amanins déclarent ne pas atteindre l’autosuffisance alimentaire et achètent 20 % de leurs légumes. « J’ai vu des gens partir en claquant la porte, en se plaignant d’être exploités, témoigne Mme Ariane Lespect, qui a travaillé bénévolement au Mas de Beaulieu, géré par Terre et humanisme, ainsi qu’aux Amanins. Mais je crois qu’ils n’ont pas compris le message de Pierre Rabhi. Sortir du système, retrouver un échange humain, c’est accepter de travailler pour autre chose qu’un salaire, et de donner. »</p><p>Le prophète-paysan ne tire aucun profit monétaire de ces engagements bénévoles. Mais ces apprentis jardiniers sans grande expérience ni connaissances agronomiques qui bêchent le sol des « fermes Potemkine » donnent du « contre-modèle » Rabhi une image télégénique d’exploitation biologique économiquement viable — alors que ces fermes réalisent une part importante de leur chiffre d’affaires en facturant des formations.</p><p>Le mouvement Colibris ne supervise aucune exploitation agricole. Toutefois, son actuel directeur, M. Mathieu Labonne, coordonne GreenFriends, le réseau européen des projets environnementaux de l’organisation Embracing the World (ETW), fondée par la gourou Mata Amritanandamayi, plus connue sous le nom d’Amma (<a href="https://www.monde-diplomatique.fr/2018/08/MALET/58981#nb19" rel="appendix" title="Lire Jean-Baptiste Malet, « Amma, l’empire du câlin », Le Monde diplomatique, (...)" id="nh19">19</a>). Sa tâche consiste à développer des « écosites modèles » dans les ashrams français d’Amma : la Ferme du Plessis (Pontgouin, Eure-et-Loir) et Lou Paradou (Tourves, Var). Dans ses comptes annuels de 2017, l’association ETW France, sise à la Ferme du Plessis (six hectares), déclare avoir bénéficié de l’équivalent de 843 710 euros de travail bénévole (<a href="https://www.monde-diplomatique.fr/2018/08/MALET/58981#nb20" rel="appendix" title="« Rapport du commissaire aux comptes sur les comptes annuels. Exercice clos (...)" id="nh20">20</a>), toutes activités confondues. Et l’association MAM, qui gère Lou Paradou (trois hectares), de 16 346 heures (<a href="https://www.monde-diplomatique.fr/2018/08/MALET/58981#nb21" rel="appendix" title="« Rapport du commissaire aux comptes sur les comptes annuels. Exercice clos (...)" id="nh21">21</a>) de seva, « l’une des pratiques spirituelles qu’Amma nous conseille particulièrement, le travail désintéressé en conscience, appelé aussi méditation en action, explique le site Internet de l’ashram. Cuisine, travail au jardin, ménage, travaux, couture... les tâches sont variées ». Les réseaux Amma et Colibris se croisent régulièrement, que ce soit lors des venues annuelles de la gourou en France, dans les fermes d’ETW, ou dans la presse des Colibris — Amma a fait la « une » du magazine Kaizen en mars 2015.</p>
<p>L’enthousiasme des patrons colibris</p>
<p>À partir de 2009, année marquée par la participation de Rabhi à l’université d’été du Mouvement des entreprises de France (Medef), le fondateur des Colibris rencontre des dirigeants de grandes entreprises, comme Veolia, HSBC, General Electric, Clarins, Yves Rocher ou Weleda, afin de les « sensibiliser ». Les rapports d’activité de l’association Colibris évoquent à cette époque la création d’un « laboratoire des entrepreneurs Colibris » chargé « de mobiliser et de relier les entrepreneurs en recherche de sens et de cohérence ». « On peut réunir un PDG, un associatif, une mère de famille, un agriculteur, un élu, un artiste, et ils s’organisent pour trouver des solutions qu’ils n’auraient jamais imaginées seuls », lit-on.</p><p>Désireux de stimuler cette imagination, Rabhi a également reçu chez lui, ces dernières années, le milliardaire Jacques-Antoine Granjon, le directeur général du groupe Danone Emmanuel Faber, ainsi que M. Jean-Pierre Petit, plus haut dirigeant français de McDonald’s et membre de l’équipe de direction de la multinationale. « J’admire Pierre Rabhi (...), je vais à toutes ses conférences », clame M. Christopher Guérin, directeur général du fabricant de câbles Nexans Europe (26 000 salariés), qui se flatte dans le même souffle d’avoir « multiplié par trois la rentabilité opérationnelle des usines européennes en deux ans » (Le Figaro, 4 juin 2018). Rabhi a également déjeuné avec M. Emmanuel Macron durant sa campagne pour l’élection présidentielle. « Macron, le pauvre, il fait ce qu’il peut, mais ce n’est pas simple, nous déclare-t-il. Il est de bonne volonté, mais la complexité du système fait qu’il n’a pas les mains libres. »</p><p>À force de persévérance, les consciences s’éveillent. Le 8 mai 2018, à Milan, dans le cadre du salon de l’agroalimentaire Seeds &amp; Chips, M. Stéphane Coum, directeur des opérations de Carrefour Italie, disserte devant un parterre de journalistes et d’industriels. Trois mois à peine après que M. Alexandre Bompard, président-directeur général de Carrefour, a annoncé 2 milliards d’euros d’économie, la fermeture de 273 magasins et la suppression de 2 400 emplois, le dirigeant de la succursale italienne fait défiler une présentation. Soudain, une citation appelant à l’avènement d’un « humanisme planétaire » apparaît à l’écran, accompagnée d’un visage au sourire rassurant. « Il y a six ans, j’ai commencé à lire Pierre Rabhi, déclare ce patron colibri. Pour que nous parvenions au changement, il faut que chacun “fasse sa part”. Nombreux sont aujourd’hui ceux qui veulent changer le monde, et c’est aussi la volonté de Carrefour. » Réconcilier grande distribution et sollicitude environnementale, grandes fortunes et spiritualité ascétique : la sobriété heureuse est décidément une notion élastique.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
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	<pubDate>Sat, 04 Dec 2021 14:11:08 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Le wokisme, nouveau visage du militantisme]]></title>
	<description><![CDATA[<p>2 décembre 2021#27</p><p></p>
<p>[embedded content]</p>
<p></p><p></p><p>Êtes-vous woke ? C’est un mot, un petit mot anglais. Ce mot, woke, certains n’en ont jamais entendu parler. Et pourtant, d’autres sont en train de s’écharper à ce sujet. L’AntiÉditorial s’est plongé dans ce concept, certains disent cette nouvelle idéologie.</p>
<p>De quoi s’agit-il ?  </p>
<p>Woke… rien à voir évidemment avec le wok asiatique utilisé en cuisine ou au Scrabble. Pour les uns, c’est la seule façon de voir le monde, le grand combat pour la justice, voire la cause des causes. Pour les autres, c’est la nouvelle lubie venue des États-Unis, la nouvelle idéologie, voire la nouvelle folie. Mais en vrai, c’est quoi le woke ?</p><p>C’est d’abord le passé simple du verbe to wake up, « se réveiller ». Être woke, c’est ouvrir les yeux sur les injustices raciales et sexuelles et penser le monde à partir de cette grille de lecture. C’est considérer que ces oppressions réelles ou ces violences symboliques, que personne ne semblait voir, sont en fait aveuglantes. Et elles ne sont pas le fait des individus, mais le produit d’une culture. Il ne faut donc pas seulement lutter contre les discriminations. Il faut combattre le système pour abattre une structure sociale.</p><p>En 1939, <a href="https://www.youtube.com/watch?v=VrXfkPViFIE&amp;t=73s">un chanteur de blues, Lead Belly</a> emploie le mot pour la première fois dans un sens militant, engagé contre le racisme. En juin 1965, Martin Luther King l’utilise dans un discours à l’université Oberlin, dans l’Ohio. En 2008, il y a eu la <a href="https://www.youtube.com/watch?v=lJZq9rMzO2c">chanson d’Erykah Badu,</a> <a href="https://www.youtube.com/watch?v=lJZq9rMzO2c">Master Teacher</a>. Son refrain lancinant, I stay woke, est devenu viral. Puis le concept a fini par échapper à l’artiste.</p><p>En quelques années, on a changé de dimension. Du mot, on est passé au phénomène de société. C’est à partir du moment où le terme a été repris par le mouvement américain Black Lives Matter qu’il s’est vraiment imposé dans les médias et sur les réseaux sociaux. En 2016, <a href="https://www.youtube.com/watch?v=eIoYtKOqxeU">un documentaire sur le mouvement</a> Black Lives Matter s’intitule, justement, Stay woke.</p>
<p>Le triangle woke</p>
<p>Et pourtant, le racisme n’est déjà plus que l’un des sujets du mouvement woke. L’historien Pap Ndiaye parle d’un « triangle militant qui mobilise une partie de la jeunesse mondiale ». À l’angle de l’antiracisme s’ajoute la lutte contre le réchauffement climatique. Selon Pap Ndiaye, « Greta Thunberg est une figure typiquement woke ». Et le troisième angle, c’est l’égalité femmes-hommes, la lutte contre les violences sexuelles et contre le sexisme, la défense des minorités sexuelles ou même de minorités dans ces minorités.</p><p>Comme vous êtes doués pour la géométrie, vous l’avez remarqué : ce triangle n’est pas un carré. Autrement dit, les questions sociales, jadis fondamentales pour les progressistes, sont reléguées au second plan. Être woke, c’est avoir une conscience politique, mais une conscience sociétale et non plus sociale, comme au siècle dernier. En revanche, ce triangle a une base. Et cette base, c’est le concept de « luttes intersectionnelles ». Kimberlé Crenshaw, une juriste de l’université de Californie engagée dans le mouvement du Black feminism a théorisé l’intersectionnalité. Selon elle, les femmes noires sont marginalisées en tant que noires, certes, mais aussi au sein du mouvement féministe. En 1989, Crenshaw énonce cet axiome devenu un des dogmes du woke : dans la lutte antiraciste, on s’intéresse surtout aux personnes privilégiées en termes de sexe ou de classe. Inversement, quand la discrimination est liée au sexe, on défend les femmes des classes supérieures et celles qui ont la peau blanche et on néglige les autres, qui n’ont pas la parole. Théorie féministe et discours antiraciste doivent donc se rencontrer. C’est l’intersectionnalité. Vieux de plus de trente ans, l’article de Kimberlé Crenshaw a été récemment traduit en français dans un ouvrage collectif, Qu’est-ce que l’intersectionnalité ?, publié dans la petite bibliothèque Payot.</p><p></p>
<p>Quel impact ?</p>
<p>Minoritaire numériquement, le phénomène woke n’a pas produit de mouvement politique structuré. Mais il n’en a pas moins un impact considérable, peut-être comparable à celui de la pensée 68 en son temps.</p><p>D’abord, il a imposé des clivages, les termes du débat, un vocabulaire politique. À commencer par le lieu commun de l’« intersectionnalité des luttes ». Sur les discriminations raciales, avec les concepts ultra-polémiques de « personnes racisées », de « racisme systémique », de « privilège blanc », de « fragilité blanche » ou de « pensée décoloniale ». Ou sur le sexe, avec des thématiques qui vont de la « culture du viol », et de la « masculinité toxique » à celle de l’« écriture inclusive ». Ensuite, il a conduit à des phénomènes de boycott, de remise en cause des grandes figures de l’histoire. C’est ce que l’on appelle la cancel culture, l’idée qu’il faut interdire à certaines personnes de s’exprimer dans les universités ; qu’il faut supprimer, effacer les figures ou les livres qui seraient marqués par le racisme ou le sexisme ; qu’il faut déboulonner les statues, réviser les manuels de littérature et déprogrammer certains films comme Autant en emporte le vent ou rebaptiser la traduction française des Dix petits nègres d’Agatha Christie.</p><p>Enfin, il a un impact important sur le débat public, car son agenda devient celui des grands médias, des universités, des réseaux sociaux et des GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft). Faites l’expérience. Si vous tapez « black men », dans Google images, vous ne verrez que des hommes noirs. Mais que si vous tapez « white men », vous verrez des blancs et des noirs. L’algorithme a été passé à la moulinette woke. <a href="https://www.la-croix.com/Malgre-polemique-Le-Robert-defend-ajout-mot-iel-edition-ligne-2021-11-17-1301185601">La polémique sur l’entrée dans le Robert du pronom neutre « iel »</a> en est une des dernières illustrations. Signe des temps, les auteurs du dictionnaire ont jugé bon de préciser que « le Robert n’a pas été subitement atteint de wokisme aigu ».</p><p>Le phénomène est sociologiquement situé, comme l’analyse, chiffres et sondages à l’appui, <a href="https://www.fondapol.org/etude/lideologie-woke-2-face-au-wokisme/">dans deux intéressantes notes de la Fondapol</a>, la Fondation pour l’innovation politique, un think tank libéral anti-woke. Vous avez plus de chance d’être woke si vous faites partie de la génération Z que des baby-boomers, et des étudiants que des chômeurs ou des ouvriers. Sociologique, le woke est aussi géographique : c’est le monde des grandes villes. À Paris, on pense comme à New York, pas comme à Quimper, à Épinal ou à Pézenas.</p>
<p>La guerre des facs</p>
<p>Ces marqueurs sociologiques expliquent que les tensions se focalisent sur l’université et le monde de la culture. Pour ses détracteurs, le woke est de plus en plus <a href="https://www.journaldemontreal.com/2021/11/13/la-bureaucratisation-de-lideologie-woke">inscrit dans la bureaucratisation des recrutements universitaires</a>, avec des procédures, un jargon de plus en plus prégnant et des enjeux de pouvoir assez évidents.</p><p>C’est <a href="https://quillette.com/2021/11/07/anti-racism-as-office-politics-power-play-a-canadian-academic-case-study/">le cas, en particulier, au Canada</a>. Un bon exemple est fourni par la charte de Scarborough, adoptée par l’université de Toronto et <a href="https://www.utsc.utoronto.ca/principal/la-charte-de-scarborough">disponible en français</a>. Elle invite à prendre en compte « la vie des Noirs, dans sa pleine complexité et son intersectionnalité, à la respecter et à agir avec sensibilité face à ses réalités. Les universités et les collèges ne doivent pas se limiter à la simple représentation des Noirs, mais soutenir une inclusion complète et transformatrice au sein de leurs structures, de leurs politiques et de leurs protocoles. » Intersectionnalité, sensibilité, inclusion, mais aussi structures et protocoles : ces quelques lignes cochent toutes les cases woke.</p><p>Le document est extrêmement détaillé. Aucun pan de la vie universitaire ne doit y échapper. Et tant pis si, parfois, ça ne veut carrément rien dire, comme dans ce paragraphe qui exige « des évaluations d’impact préalables auprès des communautés noires dans le cadre des processus d’approvisionnement, afin que les initiatives d’équité s’éloignent de l’atténuation des risques pour privilégier des occasions proactives et durables et l’intégration des évaluations d’impact des communautés noires aux initiatives de restructuration. » L’école est le grand lieu d’affrontement. En France, justement, c’est Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Éducation nationale, qui vient de créer le « Laboratoire de la République ». Son think tank est expressément présenté comme un instrument de combat anti-woke. Il se dit « opposé à cette doctrine qui fragmente et divise, et a conquis certains milieux politiques, médiatiques et académiques en proposant un logiciel victimaire au détriment des fondements démocratiques de notre société ». Pour le ministre, « la République est aux antipodes du wokisme. Aux États-Unis, cette idéologie a pu amener, par réaction, Donald Trump au pouvoir, et la France et sa jeunesse doivent échapper à ça. »</p>
<p>Une religion nouvelle ?</p>
<p>Pour certains critiques, le mouvement woke est imputable à la culture puritaine. Le protestantisme américain a éclaté en deux courants opposés et il a muté. D’un côté, il y a les courants évangéliques qui ont soutenu Trump. De l’autre, ceux qui sont passés du protestantisme à l’athéisme. Sans le savoir, ils ont troqué le piétisme pour le militantisme. On a gardé l’idée d’un péché originel, mais ce péché est devenu impardonnable.</p><p>C’est <a href="https://www.lefigaro.fr/vox/monde/la-passion-religieuse-a-echappe-au-protestantisme-et-met-le-feu-a-la-politique-20200924">la thèse, originale mais assez troublante, de Joseph Bottum</a>. Ce professeur à l’université du Dakota du Sud, a publié en 2014 An Anxious Age, the Post-Protestant Ethic and the Spirit of America : l’éthique post-protestante et l’esprit de l’Amérique. Pour lui, les péchés individuels sont devenus des péchés collectifs, qu’il faut rejeter pour accéder à une forme de rédemption. Les woke, « ce sont les post-protestants. Ils se sont juste débarrassés de Dieu ! Mais ils ont exactement la même approche moralisatrice. (…) En fait, l’état de l’Amérique a été toujours lié à l’état de la religion protestante. (…) Si vous enlevez le Christ du tableau, vous obtenez… la culpabilité blanche et le racisme systémique. »</p><p>En somme, comme aurait dit l’écrivain anglais Chesterton, le wokisme serait une idée chrétienne devenue folle. La thèse est crédible, d’autant qu’historiquement, le protestantisme a connu des vagues de « réveil », et que les woke, ce sont les éveillés.  </p><p></p><p></p><p></p><p>Boussahba, M. &amp; Delanoë, E. &amp; Bakshi, S. (2021). Qu’est-ce que l’intersectionnalité ? Éditions Payot.</p><p></p><p>Article publié dans le journal Le Figaro. (2020).</p><p></p><p>Article publié dans le journal La Croix. (2021).</p><p></p>
<p>Crédits photos : © Stéphane Grangier, © Stéphanie Lecocq / MaxPPP</p>
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	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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