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	<title><![CDATA[Signet Loupe: Articles de blog de Idées]]></title>
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	<pubDate>Sat, 11 Sep 2021 11:34:43 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Esclavage : la grande explication Rokhaya Diallo-Mathieu Bock-Côté]]></title>
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<p>Attention, sujet incandescent. La journaliste antiraciste et l’essayiste conservateur ont accepté de débattre du passé esclavagiste de l’Europe et de la France, alors que sort au Seuil un ouvrage majeur sur le sujet.</p>
<p class="has-drop-cap">Les militants « racialistes » qui donnent de la voix à la faveur du mouvement Black Lives Matter en feraient presque oublier l’essentiel : depuis les années 1990, le passé occulté de l’esclavage remonte lentement à la surface en Occident, grâce au travail des historiens et à la mobilisation des associations. Le 16 septembre paraît au Seuil Les Mondes de l’esclavage, un monumental ouvrage collectif montrant l’extrême diversité d’un phénomène remontant à la préhistoire et jamais tout à fait éteint. Par son ampleur — plus de 12 millions de victimes — et par ses conséquences économiques, sociales, culturelles, la traite transatlantique occupe une place à part dans ce récit.</p><p class="has-background">Lire aussi dans L’Express<br /><a rel="noreferrer noopener" href="https://www.lexpress.fr/actualite/idees-et-debats/l-histoire-oubliee-de-l-esclavage-africain-en-chine_2149022.html" target="_blank">L’histoire oubliée de l’esclavage en Chine</a></p><p>Entre le XVIIe siècle et la deuxième moitié du XIXe siècle, elle a contribué de manière décisive à l’essor des grandes puissances européennes. « La traite et l’esclavage ne sont pas les accidents malheureux d’une modernité par ailleurs émancipatrice, mais une de ses cryptes », écrit l’historien Paulin Isnard dans la préface de cet ouvrage qu’il a dirigé. Pour le sociologue conservateur Mathieu Bock-Côté, qui vient de publier La Révolution racialiste et autres virus idéologiques (Presses de la Cité), certains feraient de cette vérité douloureuse un argument massue justifiant une relecture culpabilisante de l’histoire occidentale, dans le droit fil des luttes américaines. Raccourci facile, lui rétorque la journaliste et documentariste Rokhaya Diallo, l’une des figures de la mouvance précisément dénoncée par l’intellectuel québécois. Si la mémoire se déploie aujourd’hui avec insistance, c’est parce que des voix nouvelles — et bien françaises — se font entendre, se réjouit-elle. Réunis par L’Express, ils ont débattu. Courtoisement, mais sans concession. </p><p>Que pensez-vous de la manière dont le passé de l’esclavage est aujourd’hui mis au jour et discuté dans les sociétés occidentales ?</p><p>Mathieu Bock-Côté. — J’observe avec effarement qu’on en vient un peu partout, sous l’effet de l’américanisation des esprits, à faire de l’esclavage le principe central à partir duquel relire l’histoire occidentale, comme s’il révélait la vérité existentielle de notre civilisation. Il existerait une histoire globale supranationale « des Blancs » qui transcenderait celle des différentes nations. C’est absurde.</p><p class="has-background">Lire aussi dans L’Express<br /><a rel="noreferrer noopener" href="https://www.lexpress.fr/actualite/idees-et-debats/frederic-regent-l-esclavage-a-ete-le-fait-d-une-elite-pas-de-tout-le-peuple-francais_2150518.html" target="_blank">Frédéric Régent : « L’esclavage a été le fait d’une élite, pas de tout le peuple français »</a></p><p>En Nouvelle-France — vous me pardonnerez cet exemple « domestique » —, l’esclavage a beau avoir été un phénomène périphérique, il est présenté comme la matrice des discriminations qui existeraient dans la société québécoise actuelle. Cela n’est pas sans effets sur la vie sociale et l’intégration des immigrés et de leurs descendants, dont certains s’approprient cette filiation imaginaire. Au seul motif qu’ils sont noirs, certains jeunes issus de l’immigration s’inscrivent dans l’espace public comme des descendants d’esclaves, alors que d’un point de vue québécois, ils sont les enfants des premières générations de réfugiés qui ont bénéficié, à partir des années 1960, de l’hospitalité québécoise.  </p><p>Rokhaya Diallo. — Je ne pense pas du tout que l’actuelle mise en lumière du passé de l’esclavage soit due à une « américanisation » des consciences, comme vous dites. Elle vient du fait que, depuis les années 1990, de nouvelles voix, plus nombreuses qu’auparavant, se sont joint au débat. En 1998 notamment, lors de la commémoration dans l’Hexagone des 150 ans de l’abolition de l’esclavage, des Français d’outre-mer ont milité pour qu’il ne soit plus seulement présenté sous l’angle de l’abolition, mais aussi sous celui des victimes. Le terme même d' »américanisation » mérite qu’on s’y attarde.</p><p>« L’esclavage a-t-il été un principe structurant aux États-Unis ? Oui. En France, la réponse est non. »</p><p class="has-text-align-right">Mathieu Bock-Côté</p><p>Ceux qui l’emploient nient la spécificité française dans l’histoire de l’esclavage, comme ils nient la dimension américaine de la France : la Martinique, la Guadeloupe, la Guyane se trouvent dans les Caraïbes, donc dans la sphère géographique des Amériques. Penser notre pays comme seulement européen, c’est faire abstraction de cette partie de lui-même dont nos concitoyens sont toujours à la fois habitants et ressortissants. </p><p>La France a activement participé à la traite transatlantique depuis les Antilles à partir du XVIe siècle, et n’a aboli l’esclavage qu’en 1848. Cette réalité historique ne justifie-t-elle pas à elle seule, Mathieu Bock-Côté, de revenir sur ce passé ? </p><p>M. B.-C. — Il n’y a aucun doute que la question de la mémoire de l’esclavage se pose, en France comme dans d’autres pays. Mais la manière dont on en fait le pivot à partir duquel entreprendre une réinterprétation hypercritique du passé me paraît contestable. L’esclavage a-t-il été un principe structurant des Etats-Unis ? Oui. En France, la réponse est non. Pas plus qu’au Québec. </p><p>R. D. — Pardon, mais nous ne sommes pas au Québec. En France, la traite n’est pas une question périphérique. Des territoires entiers ont servi à concentrer des populations et ont été organisés autour de l’esclavage : la Martinique, la Guadeloupe, la Guyane… A Saint-Domingue, 90 % des habitants étaient réduits en esclavage. Ces endroits sont structurellement — c’est bien le mot — nés du massacre des natifs et de la déportation sur son sol de populations africaines. La langue créole n’existe que du fait de la traite.</p><p class="has-background">Lire aussi dans L’Express<br /><a rel="noreferrer noopener" href="https://www.lexpress.fr/actualite/societe/christiane-taubira-le-systeme-esclavagiste-est-a-l-origine-du-racisme-actuel_1696752.html" target="_blank">Christiane Taubira : « Le système esclavagiste est à l’origine du racisme actuel »</a></p><p>Les populations ultramarines auraient-elles moins d’importance que les populations hexagonales ? En outre, la manière dont la figure des Blancs et des Noirs a été conçue – cette fameuse racialisation du monde qui fait si peur aujourd’hui —, est intimement liée à la traite, et ses conséquences sont encore visibles. La figure actuelle du Noir est largement influencée par tous les préjugés forgés à l’époque.  </p><p>M. B.-C. — Autrement dit, quelle que soit la réalité historique et des temps présents, il nous faudrait voir le monde en noir et blanc ?  </p><p>R. D. — De quelle réalité parlez-vous ?  </p><p>M. B.-C. — Sous la pression et l’intimidation idéologique de la mouvance indigéniste, il existe aujourd’hui, dans certaines franges non négligeables des populations issues de l’immigration, une mémoire fantasmée, qui consiste à se réapproprier le passé de manière militante sous le vernis de l’expertise universitaire, pour faire le procès de l’identité nationale en prétendant dévoiler ses sombres pages et supposément cachées.  </p><p>R. D. — Quel est le rapport avec ce que je viens de dire ?  </p><p>M. B.-C. — Vous soutenez que la figure du Noir est « codée » racialement par cet héritage, et donc que nos sociétés seraient fondamentalement structurées racialement depuis des siècles. C’est faux. La remontée à la surface des identités raciales s’explique fondamentalement par un effacement de la culture et de la nation.  </p><p>R. D. — Le problème n’est pas de s’approprier une mémoire qui n’est pas la sienne, mais de reconnaître que les sociétés occidentales ont été fondées sur des inégalités dont on constate encore aujourd’hui l’héritage. Vous parlez de « sociétés d’accueil », mais ce n’est pas parce qu’on est Noir qu’on est forcément immigré ! De nombreuses populations noires en France n’ont pas été « accueillies », elles sont présentes dans l’Hexagone depuis des siècles. </p><p>M. B.-C. — Certes. Mais vous ne pouvez nier la réalité de l’immigration massive qui a transformé radicalement les sociétés occidentales depuis cinquante ans, et qui dépassait largement leur capacité d’intégration.  </p><p>Pourquoi évoquer les « pages sombres » de l’histoire serait-il nécessairement hypercritique, Mathieu Bock-Côté ? Les sociétés ne sont-elles pas suffisamment mûres, aujourd’hui, pour affronter la faute morale de l’esclavage ? </p><p>M. B.-C. — Ce n’est pas une question de maturité. L’esclavage est évidemment un crime, une honte, toutes les sociétés l’ont pratiqué, et il faut bien sûr en parler historiquement. Mais sa mémoire est instrumentalisée. </p><p>R. D. — A vous écouter, on a l’impression que certains inventent des choses qui n’ont pas existé pour satisfaire des revendications mémorielles. Je le répète, il s’agit d’inclure dans un récit qui était tronqué, parce que conçu d’un seul point de vue, des perspectives jusque-là invisibles. Il me paraît tout aussi important de raconter depuis une autre perspective la colonisation, en rappelant par exemple comment les soldats des colonies ont largement contribué à l’effort de guerre durant les deux conflits mondiaux.</p><p class="has-background">Lire aussi dans L’Express<br /><a rel="noreferrer noopener" href="https://www.lexpress.fr/actualite/societe/comment-macron-va-commemorer-la-journee-sur-l-esclavage-et-les-vingt-ans-de-la-loi-taubira_2150513.html" target="_blank">Comment Macron va commémorer la journée sur l’esclavage et les vingt ans de la loi Taubira</a></p><p>Ces récits permettent aux uns et aux autres de se situer historiquement dans une nation qui ne les a pas découverts ces cinquante dernières années. Vous voyez cette démarche comme conflictuelle, mais il n’y a là aucune accusation envers la France.  </p><p>Quand le Mouvement des indigènes de la République* dont les membres se présentent comme « descendants d’esclaves et de déportés africains », écrit dans son manifeste fondateur : « La France a été un Etat colonial ; la France reste un Etat colonial », vous n’y voyez qu’une simple interpellation, Rokhaya Diallo ? </p><p>R. D. — J’y vois un rappel quant à la raison de la présence d’une grande partie des populations non blanches en France. Le traitement inégalitaire des populations d’outre-mer résulte de vestiges des pratiques coloniales. Je dis simplement que certains personnages historiques n’ont été présentés que sous leur jour le plus favorable, et qu’il me paraît salutaire de les montrer sous toutes leurs facettes. </p><p>M. B.-C. — Et la commémoration du bicentenaire de la mort de Napoléon, alors ? Certains ne s’y sont-ils pas opposés au motif qu’il avait rétabli l’esclavage ? Au regard de l’histoire, Napoléon peut tout de même difficilement être réduit à cet épisode.  </p><p>R. D. — Cette commémoration a fait l’objet de controverses, en effet, mais elle a eu lieu, ce qui est bien la preuve que ce que vous annoncez comme une calamité s’abattant sur notre pays est un fantasme. De nombreux autres griefs peuvent être adressés à Napoléon : son antisémitisme, la détérioration de la situation des femmes avec le Code civil, ses techniques de guerre — par exemple, la manière dont ses généraux ont réprimé la révolte de Saint-Domingue en utilisant des techniques de futurs massacres de masse … </p><p>M. B.-C. — A quoi vous référez-vous ?  </p><p>R. D. — Au gazage des soldats noirs révoltés, dans les cales des bateaux et à leurs noyades massives… </p><p>M. B.-C. — On y est : Napoléon antisémite, sexiste, raciste et précurseur de Hitler… </p><p>R. D. — Ces gazages n’ont pas existé, peut-être ?  </p><p>M. B.-C. — Votre exemple est une belle illustration de la réécriture sélective du passé, qui oublie tout ce qui caractérise Napoléon à l’échelle de l’histoire.</p><p>Que pensez-vous du <a href="https://www.lexpress.fr/actualite/politique/plutot-que-de-deboulonner-des-statues-l-elysee-suggere-des-contre-monuments_2128338.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener">déboulonnage des statues de personnages </a>qui furent acteurs ou complices de l’esclavage ? </p><p>R. D. — Ces actions ne datent pas de Black Lives Matter. La statue de Joséphine de Beauharnais a été plusieurs fois mise à bas ces trente dernières années en Martinique, par exemple. Je me souviens aussi de celle de Colbert devant l’Assemblée nationale. Elle avait été revêtue d’un drap noir par le Cran il y a une quinzaine d’années parce que l’association jugeait parfaitement déplacée la présence de la statue de l’auteur du Code noir [NDLR : édit de 1685 donnant un cadre juridique à l’exercice de l’esclavage et définissant l’esclave comme un bien « meuble »] devant la Chambre des députés, où siègent des élus d’outre-mer. Je trouve important qu’un pays s’interroge sur les symboles qu’il veut mettre en avant dans les espaces représentant la nation.</p><p class="has-background">Lire aussi dans L’Express<br /><a rel="noreferrer noopener" href="https://www.lexpress.fr/actualite/idees-et-debats/marylin-maeso-l-histoire-n-est-pas-un-bloc-statique-elle-ne-cesse-de-s-ecrire_2128344.html" target="_blank">Marylin Maeso : « L’universalisme est la seule manière de préserver la dignité de chaque être humain »</a></p><p>M. B.-C. — La mouvance indigéniste nous invite à l’autocritique ? Eh bien, je l’invite à s’autocritiquer en se demandant pourquoi le nouvel iconoclasme visant les statues et la censure des écrits, des films, des chansons, enthousiasme si peu les sociétés occidentales. Peut-être est-ce parce qu’elles ne se reconnaissent pas <a rel="noreferrer noopener" href="https://www.lexpress.fr/actualite/idees-et-debats/nous-devons-combattre-le-racisme-mais-aussi-cesser-de-tout-voir-a-travers-les-races_2128082.html" target="_blank">dans ce portrait falsifié de leur passé</a> ? Toutes les civilisations, en se déployant au fil de l’histoire, ont commis des injustices et des crimes, c’est une évidence, mais est-ce là leur seul héritage ? </p><p>R. D. — Encore une fois, vous semblez totalement oublier que les mouvements que vous qualifiez d' »indigénistes » font, eux aussi, partie des sociétés occidentales. Ce n’est pas parce qu’ils sont minoritaires qu’ils sont « moins » français, ou anglais, ou belges…</p><p class="has-background">Lire aussi dans L’Express<br /><a rel="noreferrer noopener" href="https://www.lexpress.fr/actualite/societe/colonialisme-esclavage-faut-il-deboulonner-les-statues-symboles-d-un-passe-controverse_2127722.html" target="_blank">Colonialisme, esclavage : faut-il déboulonner les statues symboles d’un passé douloureux ?</a></p><p>J’imagine, Mathieu Bock-Côté, que vous n’envisagez pas un instant que les Etats présentent des « excuses », voire demandent « pardon », comme <a rel="noreferrer noopener" href="https://www.lemonde.fr/afrique/article/2021/05/29/l-allemagne-demande-pardon-a-la-namibie-pour-le-genocide-des-herero-et-des-nama_6082006_3212.html" target="_blank">s’apprête à le faire l’Allemagne auprès des Namibiens </a>pour le génocide de dizaines de milliers d’entre eux entre 1904 et 1908 ?  </p><p>M. B.-C. — La politique des excuses me semble théoriquement fragile et politiquement hasardeuse. Elle en vient à confisquer la mémoire de la nation, et la seule continuité dans laquelle elle est autorisée à se reconnaître est celle des pages sombres et des gestes dont elle doit se repentir.</p><p>« Ce qui est remis en cause ici n’est pas la légitimité de l’État, mais la fidélité à ses idéaux.« </p><p class="has-text-align-right">Rokahya Diallo</p><p>Quant aux pages glorieuses, et qui inspiraient jusqu’alors la fierté, elles sont relativisées, oubliées ou niées. Nous savons que l’histoire est tragique. La prétention de ceux qui sont attachés à une certaine idée de la nation n’est pas de dire que tout est rose et merveilleux, mais de rappeler que l’histoire des sociétés est un mélange de grandeurs et de misères. </p><p>R. D. — Je pense au contraire qu’on peut tout à fait célébrer des gloires tout en reconnaissant qu’on a commis des crimes dans le passé. Il me semble extrêmement important de présenter des excuses pour ce génocide, comme l’Allemagne l’a fait, du reste, pour l’Holocauste, dont le traitement de la mémoire peut servir de modèle pour l’esclavage. Ce qui est remis en cause ici n’est pas la légitimité de l’Etat, mais la fidélité à ses idéaux. Reconnaître qu’il a pu faillir le renforce bien plus qu’il ne l’affaiblit. Je crois aussi beaucoup à la force des créations culturelles. Ce qui nous manque, c’est un patrimoine — des livres, des films, etc. — nous permettant d’insérer ce passé dans un récit collectif. L’histoire de l’esclavage n’est pas seulement l’histoire des Noirs mais celle des inégalités entre les hommes, et en ce sens, elle est notre héritage à tous.  </p><p>__________<br />* Il a donné naissance au Parti des indigènes de la République. </p><p class="has-primary-background-color has-background">Source : <a href="https://www.lexpress.fr/actualite/idees-et-debats/esclavage-la-grande-explication-rokhaya-diallo-mathieu-bock-cote_2157065.h">Claire Chartier, « Esclavage : la grande explication Rokhaya Diallo-Mathieu Bock-Côté », L’Express, 30 août 2021</a>.</p>
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	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Sun, 11 Jul 2021 08:23:55 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[L&#039;affaire Haouach: 60.000 wallons pour oublier un fiasco politique - Belgique]]></title>
	<description><![CDATA[<p itemprop="description">Le débat sur la neutralité de l'État et la problématique du port des signes convictionnels par des fonctionnaires publics devient une ligne de fracture qui divise profondément la société. Elle se manifeste entre partis politiques, au sein de certains d'entre eux et se reproduit dans toutes les strates de la société. Elle divise les générations, et parfois même les familles.</p><p>C'est dans ce contexte que s'inscrit l'affaire Haouach, qui s'est terminée piteusement par la <a href="https://www.levif.be/actualite/belgique/ihsane-haouach-demissionne-en-tant-que-commissaire-aupres-de-l-institut-pour-l-egalite-entre-les-femmes-et-les-hommes/article-normal-1446485.html" target="_blank">démission de l'intéressée</a>, soupçonnée d'accointances avec les Frères musulmans, le lendemain du jour où la secrétaire d'Etat, Sarah Schlitz, qui se glorifiait d'être seule responsable de sa désignation, était parvenue à sauver sa tête à la suite d'un débat devant la Chambre des représentants. L'arbre de cette démission ne doit pas cacher la forêt des manquements démocratiques qui ont caractérisé cette triste affaire. Nonobstant les propos forts du Premier ministre devant la Chambre, le 8 juillet dernier, qui a rappelé avec force quelques valeurs fondamentales, le gouvernement a multiplié les erreurs, les dérapages, les fautes.</p><p>Le premier manquement grave a été la désignation de Ishane Haouach en qualité de commissaire du gouvernement auprès de l'Institut pour l'égalité des femmes et des hommes (IEFH). Ecolo - cela s'était déjà manifesté clairement lors de la campagne électorale bruxelloise avant les élections du 27 mai 2019 - milite activement pour un modèle de société dans lequel la neutralité est inclusive et où, exception faite des agents qui ont un pouvoir de coercition, chacun peut exhiber en tout temps et en tout lieu son appartenance religieuse.</p><p>L'affaire Haouach: 60.000 wallons pour oublier un fiasco politique</p><p>Force, cependant, est de constater que cette position n'a pas été reprise dans le pacte de gouvernement, et que lorsqu'un membre de celui-ci exerce ses fonctions, il se doit de se conformer à l'accord passé entre les partenaires de la majorité, et est tenu, pour le surplus, à poursuivre l'intérêt général. Il ne peut se laisser guider par sa propre militance. En trois clics sur Internet, la secrétaire d'État pouvait savoir qu'Ishane Haouach est une croisée musulmane de la neutralité inclusive. Elle s'exprimait notamment ainsi "Le point négatif est que malheureusement notre communauté est à la traîne, nous sommes une réelle force politique mais nous ne sommes pas unis, il n'existe pas de véritable lobby. Il n'y a qu'à regarder les dernières élections politiques et le nombre de musulmans qui ont élu des représentants de partis politiques qui ont voté des lois qui ne sont pas en faveur des musulmans (abattage rituel, voile, cours de religion...) Nous ne sommes pas du tout organisés pour faire pression.".</p><p>En faisant que la voix de l'Etat au sein de cette institution soit celle d'une activiste religieuse, la secrétaire d'État a commis une lourde faute, couverte malheureusement trop longtemps par l'ensemble du gouvernement</p><p>De même, diabolisant ses contradicteurs, elle n'hésite jamais à évoquer des "intégristes laïques", des "fondamentalistes laïques", à suggérer que certains d'entre eux sont liés à l'extrême droite, à confondre le combat pour une neutralité d'apparence des fonctionnaires publics à de l'islamophobie et à du sexisme. Bref, Ishane Haouach, qu'elle soit ou non liée aux Frères musulmans, est une activiste. Par essence, l'Institut pour l'égalité des femmes et des hommes est un lieu qui a pour vocation de protéger toutes les femmes, quelles que soient leurs convictions, leur origine, leur situation sociale. Il s'agit autant de protéger les femmes issues de la diversité qui entendent porter le voile contre les discriminations dont elles sont victimes notamment au travail que les femmes issues de la diversité qui sont victimes de pressions archaïques et patriarcales. En faisant que la voix de l'Etat au sein de cette institution soit celle d'une activiste religieuse, la secrétaire d'État a commis une lourde faute, couverte malheureusement trop longtemps par l'ensemble du gouvernement. La faute aurait été identique si elle avait désigné une activiste intransigeante, issue des milieux laïques.</p><p>Toutes les femmes comme l'IEFH méritent que la voix de l'Etat au sein de cet Institut soit celle d'une personnalité dans laquelle chacune et chacun puisse se reconnaître, qui soit consensuelle sur les questions qui divisent et qui fasse naturellement preuve de tolérance. Il est grand temps de tirer les enseignements de ce triste épisode qui n'est que la pointe émergée d'un iceberg. Il arrive malheureusement que des commissaires de gouvernement soient désignés sur un coin de table, en catimini, afin de gratifier des affidés sans grande aptitude. Le principe d'égal accès des Belges aux emplois publics exige que la législation soit modifiée, à tous les niveaux de pouvoir, pour que les représentants de l'État dans des organismes publics soient désignés après un appel public aux candidats et une comparaison objective de leurs titres et mérites. Il est singulier, en effet, que dans l'affaire Haouach, c'est le parti qui a fait de la moralisation de la vie publique l'un de ses principes fondateurs qui est tombé dans les dérives qu'il a dénoncées, souvent à juste titre, chez les autres, pendant tant d'années.</p><p>Le deuxième manquement grave de la secrétaire d'Etat et du gouvernement est de ne pas avoir sur le champ réagi à <a href="https://www.levif.be/actualite/belgique/de-croo-apres-les-declarations-d-ihsane-haouach-pas-de-marge-pour-le-moindre-incident-supplementaire/article-normal-1445945.html" target="_blank">l'interview indigne pour un représentant de l'État, donnée dans la presse le 3 juillet 2021 par Ishane Haouach</a>. Risible est le pare-feu, avancé tant par l'intéressée que par la Secrétaire d'État, selon lequel elle se serait exprimée à titre personnel. Lorsqu'une représentante de l'Etat réagit à sa mise en cause, pour la manière dont elle exerce ses fonctions, elle ne s'exprime pas à titre personnel. Elle engage l'État et le gouvernement responsable de sa désignation. A ce titre, il est lourdement fautif dans son chef de plaider pour une conception de la neutralité qui n'est pas celle du gouvernement. Il est lourdement fautif de taxer de sexiste et de raciste celui qui exige qu'elle conserve une neutralité d'apparence. Il est lourdement fautif, par référence à la démographie, d'induire l'idée que la protection des libertés individuelles doit se fonder sur une logique arithmétique et de remettre ainsi en cause la séparation des Églises et de l'État. Il est lourdement fautif de remettre en cause implicitement la jurisprudence de la Cour constitutionnelle qui estime que dans l'enseignement officiel doivent coexister des établissements qui acceptent le port des signes convictionnels par les élèves et d'autres qui les interdisent. Il est lourdement fautif, a fortiori dans le chef de quelqu'un qui, à tort ou à raison, est soupçonné d'accointances avec les Frères musulmans, de qualifier ceux et celles qui ne partagent pas ses vues de "fondamentalistes laïques".</p><p>Ces propos devaient s'analyser comme une faute grave qui devait déboucher sur une sanction immédiate. Il est déplorable que cette décision n'ait pas été prise immédiatement, que la secrétaire d'Etat et le gouvernement aient pu se satisfaire de la comédie consistant pour l'intéressée à nuancer ses propos sur un réseau social, tout en continuant - c'est une constante - à jouer la victimisation. Il est préoccupant que dans pareil contexte, car telle est la réalité, elle ait pu conserver la confiance du gouvernement.</p><p>Le troisième manquement grave est, pour le gouvernement, d'avoir refusé l'audition d'Ishane Haouach par le Parlement sollicitée par l'opposition parlementaire. La qualité du modèle démocratique s'apprécie au degré de respect de l'opposition. Refuser cette audition a été une manière vaine d'instituer le "Circulez, il n'y a rien à voir", et plus grave encore de se solidariser avec l'intéressée, en la déresponsabilisant pour les propos qu'elle avait tenus.</p><p>Le flou entoure les raisons réelles de la démission d'Ishane Haouach</p><p>Le quatrième manquement grave est un dysfonctionnement structurel de l'État qui engage le gouvernement dans son ensemble. Le flou entoure les raisons réelles de la démission d'Ishane Haouach. A-t-elle démissionné parce que le Premier ministre, à juste titre cette fois, lui a rappelé les exigences de sa fonction ? A-t-elle démissionné, comme elle l'affirme, parce qu'elle n'a pas supporté des attaques personnelles dont elle aurait fait l'objet sur les réseaux sociaux, ces égouts de la démocratie, y subissant comme tant d'autres des attaques abjectes dirigées contre tout qui exprime des opinons tranchées. Ou a-t-elle démissionné parce que, dans l'ombre du non-dit public, le choix ne lui en a pas été laissé, les services de renseignement ayant mis en évidence les liens qui l'uniraient aux Frères musulmans ?</p><p>Le simple fait qu'un tel rapport des services de renseignement existe est plus que préoccupant. Après la faillite du SGRS dans l'affaire Conings, voici les services de renseignement qui se comportent à nouveau comme les carabiniers d'Offenbach. Ils laissent le gouvernement se solidariser publiquement avec une personnalité dont ils estiment qu'elle est de nature à présenter un danger pour les valeurs qui fondent l'état de droit. En tout état de cause, ceci pose à nouveau la question de la responsabilité personnelle de la secrétaire d'Etat. Il lui appartenait, en effet, avant de procéder à la désignation de Ishane Haouach, compte tenu d'éléments qu'elle ne pouvait ignorer, de vérifier et faire vérifier par les services compétents que rien ne pouvait lui être reproché et qu'elle n'avait pas de liens avec des mouvances douteuses.</p><p>Le cinquième manquement serait de ne pas faire, au Parlement, dans la transparence démocratique, la clarté sur la nature exacte des liens qui existeraient entre Ishane Haouach et les Frères musulmans. Dans son interview au Soir, elle déclarait : "J'invite qui que ce soit à prouver quoi que ce soit, je n'ai rien à cacher. Je ne connais pas cette mouvance, ni de près ni de loin. Là aussi, je réfléchis à l'opportunité d'une action en justice". Affirmer qu'elle ne connaît pas cette mouvance, ni de près, ni de loin n'est guère crédible.</p><p>Rien ne serait pire que de laisser la rumeur en suspens.</p><p>Agir en justice pour laver son honneur est un droit inconditionnel qui se justifierait avec plus d'évidence encore que cette suspicion semble émaner désormais de l'appareil d'État. Mais, au-delà de cette éventuelle initiative personnelle, l'intéressée, tout comme l'ensemble des citoyens, ont le droit de savoir à partir de quels éléments factuels ce soupçon a été émis. Rien ne serait pire que de laisser la rumeur en suspens. Si elle est inexacte, l'intéressée a droit à un démenti officiel. Si elles se fondent sur des éléments objectivés, les citoyens ont le droit de savoir avec quelle légèreté ce dossier a été traité par leur gouvernement en général, par la secrétaire d'État en particulier.</p><p>Que déduire de ce fiasco démocratique ?</p><p>Il était un temps où les membres du gouvernement n'assumaient pas leur responsabilité politique. Accrochés à leur mandat comme des crabes sur un rocher, il se refusaient à démissionner quand bien même des manquements graves avaient été commis sous leur égide. Tel fut par exemple le cas de Charles-Ferdinand Nothomb après le drame du Heysel. Puis vint l'affaire Dutroux et le retour de la dignité en politique. Louis Tobback après la mort de Samira Adamou, Johan Vande Lanotte et Stefaan De Clerck après l'évasion de Marc Dutroux ont, avec honneur, assumé la responsabilité d'actes accomplis sous leur égide et dont ils n'étaient pas personnellement responsables. Nous voilà revenus au temps passé.</p><p>Ici, la secrétaire d'Etat est personnellement responsable de ses choix. Elle est responsable de son manque de minutie au moment de désigner Ishane Haouach. Elle est responsable de s'être satisfaite de l'excuse absurde selon laquelle la commissaire se serait exprimée à titre personnel et n'engageait ainsi qu'elle-même par ses propos et elle est responsable d'avoir manifesté à son égard une indulgence et une mansuétude extrêmes en passant l'éponge après la tenue de ceux-ci. En ne tirant pas immédiatement les conséquences de cette situation, Sarah Schlitz démontre qu'est revenu le temps de Charles-Ferdinand Nothomb.</p><p>Le deuxième enseignement, non moins préoccupant, est que le gouvernement dans son ensemble, malgré la réticence de certains partenaires de la majorité, a admis qu'un représentant de l'État doté, d'une fonction d'autorité et d'un pouvoir de coercition, peut, dans son apparence, manifester son appartenance à une confession religieuse. Un commissaire de gouvernement, en effet, a le pouvoir de suspendre les décisions de l'organisme qu'il contrôle. Devant la Chambre, le Premier ministre s'est référé au code de déontologie des mandataires publics qui prévoit que "Les mandataires publics sont au service de tous les citoyens, sans discrimination d'aucune sorte. Dans leur attitude ou comportement, ils s'abstiennent de manifester des préjugés ou des stéréotypes". En admettant qu'Ishane Haouach siège voilée au conseil d'administration de l'IEFH, le gouvernement, dans son ensemble, a admis, implicitement mais certainement, qu'elle ne méconnaissait pas cette disposition. Autrement dit, malgré ce qui ressemble à une bérézina pour ceux qui ont défendu la désignation d'Ishane Haouach, celle-ci constitue sans doute pour eux, une victoire en creux, un rendez-vous avec l'avenir et avec une société où il ne sera plus exigé des fonctionnaires publics d'être neutres et d'apparaître comme tels.</p><p>Le troisième enseignement est l'émergence progressive d'une pensée unique. L'universalisme est considéré comme un microbe viral. Défendre la neutralité de l'Etat et exiger une neutralité d'apparence de tout fonctionnaire public, homme ou femme, quelle que soit sa religion, quelle que soit son origine, quelle que soit ses convictions idéologiques, est trop souvent présenté comme une manifestation de racisme, de sexisme, voire de complaisance avec les idées de l'extrême droite. Plus pernicieuse encore est cette idée sous-jacente selon laquelle le combat nécessaire et indispensable contre les discriminations racistes et sexistes et notamment contre les biens réelles discriminations à l'embauche ou dans l'éducation, ne peut se concilier avec la volonté de maintenir une neutralité d'apparence dans le chef des fonctionnaires publics. Ainsi considère-t-on, en réalité, que le prescrit religieux domine la loi civile et que si une loi religieuse impose un traitement différencié entre femmes et hommes, l'Etat doit s'y conformer. Or il n'y a guère de raison de donner à la liberté de religion une primauté sur les autres droits et libertés. C'est à juste titre que le Premier ministre, devant la Chambre, a déclaré à ce propos : "Tous les droits fondamentaux ont la même importance. Il ne s'agit pas d'un catalogue 3 Suisses. La Constitution est notre contrat de cohabitation et contient l'ensemble des droits fondamentaux que nous devons protéger et renforcer tous ensemble".</p><p>Lorsque les responsables politiques, comme c'est le cas ici, s'avèrent incapables de résoudre un problème et, par leurs atermoiements, le laissent se gangréner, il faut faire preuve d'imagination pour sortir de la crise par le haut.</p><p>Le quatrième enseignement est la faillite du monde politique dans la manière d'aborder la problématique du port des signes convictionnels dans les administrations publiques. Certains ont des positions tranchées et les défendent de manière cohérente, mais antinomiques. D'autres, tétanisés à l'idée de déplaire à leur électorat, offrent des numéros de funambulisme, préférant n'affirmer leurs valeurs que dans le secret cadenassé de leurs consciences. Les événements récents ont démontré que pour les différents partis politiques, aussi essentielle soit la question de la neutralité, elle ne peut constituer une question de gouvernement. Ils s'arrêtent avant que la crise politique ne devienne inéluctable, avant que ne se pose la question de la démission du gouvernement alors même que, dans le modèle démocratique, c'est souvent de la crise assumée que nait la solution, fut-elle de compromis. Lorsque les responsables politiques, comme c'est le cas ici, s'avèrent incapables de résoudre un problème et, par leurs atermoiements, le laissent se gangréner, il faut faire preuve d'imagination pour sortir de la crise par le haut. Ne faut-il pas alors s'adresser au peuple lui-même ?</p><p class="last-paragraph">Le référendum est interdit en Belgique, mais la Constitution consacre la possibilité d'organiser des consultations populaires dans les régions. Tant à Bruxelles qu'en Flandre, le législateur s'est abstenu de rendre l'instrument effectif. En Région wallonne, cependant, 60.000 citoyens peuvent provoquer une consultation populaire. Le moment est sans doute venu qu'ils prennent la main, que soit soumise au vote de chacune et de chacun une question cohérente et équilibrée sur les exigences de neutralité dans les administrations publiques. Ainsi, dans une démocratie revivifiée, les citoyens suppléeraient les défaillances coupables de leurs responsables politiques. Qui sait alors, si ceux-ci, aux parlements flamand, de la Communauté germanophone et de la Région de Bruxelles-Capitale ainsi qu'à la Chambre des représentants, ne pourront, dans un effet d'entraînement, tirer, dans l'intérêt général, les conséquences de ce qui serait une magistrale leçon de démocratie vivante.</p><p>C'est dans ce contexte que s'inscrit l'affaire Haouach, qui s'est terminée piteusement par la démission de l'intéressée, soupçonnée d'accointances avec les Frères musulmans, le lendemain du jour où la secrétaire d'Etat, Sarah Schlitz, qui se glorifiait d'être seule responsable de sa désignation, était parvenue à sauver sa tête à la suite d'un débat devant la Chambre des représentants. L'arbre de cette démission ne doit pas cacher la forêt des manquements démocratiques qui ont caractérisé cette triste affaire. Nonobstant les propos forts du Premier ministre devant la Chambre, le 8 juillet dernier, qui a rappelé avec force quelques valeurs fondamentales, le gouvernement a multiplié les erreurs, les dérapages, les fautes. Le premier manquement grave a été la désignation de Ishane Haouach en qualité de commissaire du gouvernement auprès de l'Institut pour l'égalité des femmes et des hommes (IEFH). Ecolo - cela s'était déjà manifesté clairement lors de la campagne électorale bruxelloise avant les élections du 27 mai 2019 - milite activement pour un modèle de société dans lequel la neutralité est inclusive et où, exception faite des agents qui ont un pouvoir de coercition, chacun peut exhiber en tout temps et en tout lieu son appartenance religieuse. Force, cependant, est de constater que cette position n'a pas été reprise dans le pacte de gouvernement, et que lorsqu'un membre de celui-ci exerce ses fonctions, il se doit de se conformer à l'accord passé entre les partenaires de la majorité, et est tenu, pour le surplus, à poursuivre l'intérêt général. Il ne peut se laisser guider par sa propre militance. En trois clics sur Internet, la secrétaire d'État pouvait savoir qu'Ishane Haouach est une croisée musulmane de la neutralité inclusive. Elle s'exprimait notamment ainsi "Le point négatif est que malheureusement notre communauté est à la traîne, nous sommes une réelle force politique mais nous ne sommes pas unis, il n'existe pas de véritable lobby. Il n'y a qu'à regarder les dernières élections politiques et le nombre de musulmans qui ont élu des représentants de partis politiques qui ont voté des lois qui ne sont pas en faveur des musulmans (abattage rituel, voile, cours de religion...) Nous ne sommes pas du tout organisés pour faire pression.". De même, diabolisant ses contradicteurs, elle n'hésite jamais à évoquer des "intégristes laïques", des "fondamentalistes laïques", à suggérer que certains d'entre eux sont liés à l'extrême droite, à confondre le combat pour une neutralité d'apparence des fonctionnaires publics à de l'islamophobie et à du sexisme. Bref, Ishane Haouach, qu'elle soit ou non liée aux Frères musulmans, est une activiste. Par essence, l'Institut pour l'égalité des femmes et des hommes est un lieu qui a pour vocation de protéger toutes les femmes, quelles que soient leurs convictions, leur origine, leur situation sociale. Il s'agit autant de protéger les femmes issues de la diversité qui entendent porter le voile contre les discriminations dont elles sont victimes notamment au travail que les femmes issues de la diversité qui sont victimes de pressions archaïques et patriarcales. En faisant que la voix de l'Etat au sein de cette institution soit celle d'une activiste religieuse, la secrétaire d'État a commis une lourde faute, couverte malheureusement trop longtemps par l'ensemble du gouvernement. La faute aurait été identique si elle avait désigné une activiste intransigeante, issue des milieux laïques. Toutes les femmes comme l'IEFH méritent que la voix de l'Etat au sein de cet Institut soit celle d'une personnalité dans laquelle chacune et chacun puisse se reconnaître, qui soit consensuelle sur les questions qui divisent et qui fasse naturellement preuve de tolérance. Il est grand temps de tirer les enseignements de ce triste épisode qui n'est que la pointe émergée d'un iceberg. Il arrive malheureusement que des commissaires de gouvernement soient désignés sur un coin de table, en catimini, afin de gratifier des affidés sans grande aptitude. Le principe d'égal accès des Belges aux emplois publics exige que la législation soit modifiée, à tous les niveaux de pouvoir, pour que les représentants de l'État dans des organismes publics soient désignés après un appel public aux candidats et une comparaison objective de leurs titres et mérites. Il est singulier, en effet, que dans l'affaire Haouach, c'est le parti qui a fait de la moralisation de la vie publique l'un de ses principes fondateurs qui est tombé dans les dérives qu'il a dénoncées, souvent à juste titre, chez les autres, pendant tant d'années. Le deuxième manquement grave de la secrétaire d'Etat et du gouvernement est de ne pas avoir sur le champ réagi à l'interview indigne pour un représentant de l'État, donnée dans la presse le 3 juillet 2021 par Ishane Haouach. Risible est le pare-feu, avancé tant par l'intéressée que par la Secrétaire d'État, selon lequel elle se serait exprimée à titre personnel. Lorsqu'une représentante de l'Etat réagit à sa mise en cause, pour la manière dont elle exerce ses fonctions, elle ne s'exprime pas à titre personnel. Elle engage l'État et le gouvernement responsable de sa désignation. A ce titre, il est lourdement fautif dans son chef de plaider pour une conception de la neutralité qui n'est pas celle du gouvernement. Il est lourdement fautif de taxer de sexiste et de raciste celui qui exige qu'elle conserve une neutralité d'apparence. Il est lourdement fautif, par référence à la démographie, d'induire l'idée que la protection des libertés individuelles doit se fonder sur une logique arithmétique et de remettre ainsi en cause la séparation des Églises et de l'État. Il est lourdement fautif de remettre en cause implicitement la jurisprudence de la Cour constitutionnelle qui estime que dans l'enseignement officiel doivent coexister des établissements qui acceptent le port des signes convictionnels par les élèves et d'autres qui les interdisent. Il est lourdement fautif, a fortiori dans le chef de quelqu'un qui, à tort ou à raison, est soupçonné d'accointances avec les Frères musulmans, de qualifier ceux et celles qui ne partagent pas ses vues de "fondamentalistes laïques". Ces propos devaient s'analyser comme une faute grave qui devait déboucher sur une sanction immédiate. Il est déplorable que cette décision n'ait pas été prise immédiatement, que la secrétaire d'Etat et le gouvernement aient pu se satisfaire de la comédie consistant pour l'intéressée à nuancer ses propos sur un réseau social, tout en continuant - c'est une constante - à jouer la victimisation. Il est préoccupant que dans pareil contexte, car telle est la réalité, elle ait pu conserver la confiance du gouvernement. Le troisième manquement grave est, pour le gouvernement, d'avoir refusé l'audition d'Ishane Haouach par le Parlement sollicitée par l'opposition parlementaire. La qualité du modèle démocratique s'apprécie au degré de respect de l'opposition. Refuser cette audition a été une manière vaine d'instituer le "Circulez, il n'y a rien à voir", et plus grave encore de se solidariser avec l'intéressée, en la déresponsabilisant pour les propos qu'elle avait tenus.Le quatrième manquement grave est un dysfonctionnement structurel de l'État qui engage le gouvernement dans son ensemble. Le flou entoure les raisons réelles de la démission d'Ishane Haouach. A-t-elle démissionné parce que le Premier ministre, à juste titre cette fois, lui a rappelé les exigences de sa fonction ? A-t-elle démissionné, comme elle l'affirme, parce qu'elle n'a pas supporté des attaques personnelles dont elle aurait fait l'objet sur les réseaux sociaux, ces égouts de la démocratie, y subissant comme tant d'autres des attaques abjectes dirigées contre tout qui exprime des opinons tranchées. Ou a-t-elle démissionné parce que, dans l'ombre du non-dit public, le choix ne lui en a pas été laissé, les services de renseignement ayant mis en évidence les liens qui l'uniraient aux Frères musulmans ? Le simple fait qu'un tel rapport des services de renseignement existe est plus que préoccupant. Après la faillite du SGRS dans l'affaire Conings, voici les services de renseignement qui se comportent à nouveau comme les carabiniers d'Offenbach. Ils laissent le gouvernement se solidariser publiquement avec une personnalité dont ils estiment qu'elle est de nature à présenter un danger pour les valeurs qui fondent l'état de droit. En tout état de cause, ceci pose à nouveau la question de la responsabilité personnelle de la secrétaire d'Etat. Il lui appartenait, en effet, avant de procéder à la désignation de Ishane Haouach, compte tenu d'éléments qu'elle ne pouvait ignorer, de vérifier et faire vérifier par les services compétents que rien ne pouvait lui être reproché et qu'elle n'avait pas de liens avec des mouvances douteuses. Le cinquième manquement serait de ne pas faire, au Parlement, dans la transparence démocratique, la clarté sur la nature exacte des liens qui existeraient entre Ishane Haouach et les Frères musulmans. Dans son interview au Soir, elle déclarait : "J'invite qui que ce soit à prouver quoi que ce soit, je n'ai rien à cacher. Je ne connais pas cette mouvance, ni de près ni de loin. Là aussi, je réfléchis à l'opportunité d'une action en justice". Affirmer qu'elle ne connaît pas cette mouvance, ni de près, ni de loin n'est guère crédible. Agir en justice pour laver son honneur est un droit inconditionnel qui se justifierait avec plus d'évidence encore que cette suspicion semble émaner désormais de l'appareil d'État. Mais, au-delà de cette éventuelle initiative personnelle, l'intéressée, tout comme l'ensemble des citoyens, ont le droit de savoir à partir de quels éléments factuels ce soupçon a été émis. Rien ne serait pire que de laisser la rumeur en suspens. Si elle est inexacte, l'intéressée a droit à un démenti officiel. Si elles se fondent sur des éléments objectivés, les citoyens ont le droit de savoir avec quelle légèreté ce dossier a été traité par leur gouvernement en général, par la secrétaire d'État en particulier. Que déduire de ce fiasco démocratique ?Il était un temps où les membres du gouvernement n'assumaient pas leur responsabilité politique. Accrochés à leur mandat comme des crabes sur un rocher, il se refusaient à démissionner quand bien même des manquements graves avaient été commis sous leur égide. Tel fut par exemple le cas de Charles-Ferdinand Nothomb après le drame du Heysel. Puis vint l'affaire Dutroux et le retour de la dignité en politique. Louis Tobback après la mort de Samira Adamou, Johan Vande Lanotte et Stefaan De Clerck après l'évasion de Marc Dutroux ont, avec honneur, assumé la responsabilité d'actes accomplis sous leur égide et dont ils n'étaient pas personnellement responsables. Nous voilà revenus au temps passé. Ici, la secrétaire d'Etat est personnellement responsable de ses choix. Elle est responsable de son manque de minutie au moment de désigner Ishane Haouach. Elle est responsable de s'être satisfaite de l'excuse absurde selon laquelle la commissaire se serait exprimée à titre personnel et n'engageait ainsi qu'elle-même par ses propos et elle est responsable d'avoir manifesté à son égard une indulgence et une mansuétude extrêmes en passant l'éponge après la tenue de ceux-ci. En ne tirant pas immédiatement les conséquences de cette situation, Sarah Schlitz démontre qu'est revenu le temps de Charles-Ferdinand Nothomb.Le deuxième enseignement, non moins préoccupant, est que le gouvernement dans son ensemble, malgré la réticence de certains partenaires de la majorité, a admis qu'un représentant de l'État doté, d'une fonction d'autorité et d'un pouvoir de coercition, peut, dans son apparence, manifester son appartenance à une confession religieuse. Un commissaire de gouvernement, en effet, a le pouvoir de suspendre les décisions de l'organisme qu'il contrôle. Devant la Chambre, le Premier ministre s'est référé au code de déontologie des mandataires publics qui prévoit que "Les mandataires publics sont au service de tous les citoyens, sans discrimination d'aucune sorte. Dans leur attitude ou comportement, ils s'abstiennent de manifester des préjugés ou des stéréotypes". En admettant qu'Ishane Haouach siège voilée au conseil d'administration de l'IEFH, le gouvernement, dans son ensemble, a admis, implicitement mais certainement, qu'elle ne méconnaissait pas cette disposition. Autrement dit, malgré ce qui ressemble à une bérézina pour ceux qui ont défendu la désignation d'Ishane Haouach, celle-ci constitue sans doute pour eux, une victoire en creux, un rendez-vous avec l'avenir et avec une société où il ne sera plus exigé des fonctionnaires publics d'être neutres et d'apparaître comme tels. Le troisième enseignement est l'émergence progressive d'une pensée unique. L'universalisme est considéré comme un microbe viral. Défendre la neutralité de l'Etat et exiger une neutralité d'apparence de tout fonctionnaire public, homme ou femme, quelle que soit sa religion, quelle que soit son origine, quelle que soit ses convictions idéologiques, est trop souvent présenté comme une manifestation de racisme, de sexisme, voire de complaisance avec les idées de l'extrême droite. Plus pernicieuse encore est cette idée sous-jacente selon laquelle le combat nécessaire et indispensable contre les discriminations racistes et sexistes et notamment contre les biens réelles discriminations à l'embauche ou dans l'éducation, ne peut se concilier avec la volonté de maintenir une neutralité d'apparence dans le chef des fonctionnaires publics. Ainsi considère-t-on, en réalité, que le prescrit religieux domine la loi civile et que si une loi religieuse impose un traitement différencié entre femmes et hommes, l'Etat doit s'y conformer. Or il n'y a guère de raison de donner à la liberté de religion une primauté sur les autres droits et libertés. C'est à juste titre que le Premier ministre, devant la Chambre, a déclaré à ce propos : "Tous les droits fondamentaux ont la même importance. Il ne s'agit pas d'un catalogue 3 Suisses. La Constitution est notre contrat de cohabitation et contient l'ensemble des droits fondamentaux que nous devons protéger et renforcer tous ensemble". Le quatrième enseignement est la faillite du monde politique dans la manière d'aborder la problématique du port des signes convictionnels dans les administrations publiques. Certains ont des positions tranchées et les défendent de manière cohérente, mais antinomiques. D'autres, tétanisés à l'idée de déplaire à leur électorat, offrent des numéros de funambulisme, préférant n'affirmer leurs valeurs que dans le secret cadenassé de leurs consciences. Les événements récents ont démontré que pour les différents partis politiques, aussi essentielle soit la question de la neutralité, elle ne peut constituer une question de gouvernement. Ils s'arrêtent avant que la crise politique ne devienne inéluctable, avant que ne se pose la question de la démission du gouvernement alors même que, dans le modèle démocratique, c'est souvent de la crise assumée que nait la solution, fut-elle de compromis. Lorsque les responsables politiques, comme c'est le cas ici, s'avèrent incapables de résoudre un problème et, par leurs atermoiements, le laissent se gangréner, il faut faire preuve d'imagination pour sortir de la crise par le haut. Ne faut-il pas alors s'adresser au peuple lui-même ? Le référendum est interdit en Belgique, mais la Constitution consacre la possibilité d'organiser des consultations populaires dans les régions. Tant à Bruxelles qu'en Flandre, le législateur s'est abstenu de rendre l'instrument effectif. En Région wallonne, cependant, 60.000 citoyens peuvent provoquer une consultation populaire. Le moment est sans doute venu qu'ils prennent la main, que soit soumise au vote de chacune et de chacun une question cohérente et équilibrée sur les exigences de neutralité dans les administrations publiques. Ainsi, dans une démocratie revivifiée, les citoyens suppléeraient les défaillances coupables de leurs responsables politiques. Qui sait alors, si ceux-ci, aux parlements flamand, de la Communauté germanophone et de la Région de Bruxelles-Capitale ainsi qu'à la Chambre des représentants, ne pourront, dans un effet d'entraînement, tirer, dans l'intérêt général, les conséquences de ce qui serait une magistrale leçon de démocratie vivante.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/627/%C2%AB-il-n%E2%80%99y-a-pas-de-frontieres-entre-l%E2%80%99islam-et-l%E2%80%99islamisme-%C2%BB-razika-adnani-philosophe-islamologue-entretien-accorde-a-algerie-cultures</guid>
	<pubDate>Sat, 05 Jun 2021 23:03:33 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[« Il n’y a pas de frontières entre l’islam et l’islamisme » (Razika Adnani, philosophe, islamologue). Entretien accordé à Algérie Cultures]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Publié le 4 juillet 2020</p>
<p><a href="https://algeriecultures.com/actualite-culturelle/il-ny-a-pas-de-frontieres-entre-lislam-et-lislamisme-razika-adnani-philosophe-islamologue/?fbclid=IwAR3HQk71scpvwbYzmDfHuMupuLtwfnzsl7BRWAt5FsB7AGoOXiL61PeUh4g" target="_blank"></a></p>
<p><a href="https://algeriecultures.com/actualite-culturelle/il-ny-a-pas-de-frontieres-entre-lislam-et-lislamisme-razika-adnani-philosophe-islamologue/?fbclid=IwAR3HQk71scpvwbYzmDfHuMupuLtwfnzsl7BRWAt5FsB7AGoOXiL61PeUh4g">Entretien accordé à Algérie Culture</a></p><p class="has-primary-background-color has-background">Dans cette entretien très instructif, riche en informations et qui lève le voile sur toutes les questions sensibles liées à l’islam, sa pratique, sa pétrification par les uns et sa manipulation politique par les autres, Razika Adnani, islamologue et philosophe audacieusement engagée pour la réhabilitation de la raison, insiste sur la nécessaire réinvention de l’islam en l’adoptant aux nouvelles connaissances et exigences du monde moderne. Pour elle, la réforme de l’islam ne doit pas reposer seulement sur la réinterprétation du texte coranique ; elle doit surtout interroger les fondements de celui-ci, y compris en abroger les versets qui sont en contradiction avec l’esprit de « justice » et de « liberté » que l’on attribue à l’Islam. Algérie Cultures</p><p class="has-size-sm-font-size">1- La pensée est, dans l’absolu, un exercice de l’esprit.  Quand on parle de « pensée musulmane », qu’est-ce que cela veut dire exactement ?</p><p>La pensée est une faculté psychique de représentation et de réflexion, donc qui produit des idées. Le terme « pensée » est également utilisé pour indiquer l’ensemble des idées que la pensée a produites et la manière d’y procéder. C’est dans ce sens qu’on utilise le terme « pensée » quand on parle par exemple de « la pensée de Descartes ». L’expression pensée musulmane désigne tout ce que la pensée des musulmans a produit lorsqu’elle a pris l’islam comme objet d’étude, de recherche et de réflexion : c’est l’ensemble des idées, des théories, des concepts, des commentaires, du droit, de la théologie et des différentes méthodes élaborées dans le domaine juridique et exégétique ainsi que dans la science du hadith. La pensée musulmane révèle donc comment l’islam a été pensé par ses adeptes.  À elle revient donc la manière de le comprendre et de le pratiquer. Elle est donc une partie intégrante de l’islam. L’islam tel que les musulmans le conçoivent et le pratiquent. </p><p class="has-size-sm-font-size">2- Dans votre livre Islam : Quel problème ? Les défis de la réformes, vous parlez de « la défaite des mutazilites et du blocage de la raison ». Comment se manifestent cette défaite et ce blocage de la raison aujourd’hui ?</p><p>2- Les muatazilites sont les partisans d’une école théologique rationaliste qui a été très active entre les VIIIe et Xe siècles. Ils ont pris part à des discussions très animées sur la question de la pensée comme source de connaissance face à la révélation. Contrairement à leurs adversaires : les littéralistes, les salafistes, les soufis et encore les chiites imamites, les muatazilites ont pris position en faveur de la pensée. Ils ont affirmé que la connaissance était certes révélée, mais qu’elle devait également être construite par l’intelligence humaine. Cependant, pour eux, il ne suffisait pas de penser, il fallait aussi penser d’une manière juste. Ainsi, ils ont aussi pris position en faveur de la raison en tant que règles de rationalité permettant à la pensée d’éviter les erreurs de raisonnement. </p><p>La disparition totale des muatazilites vers la fin du XIIe siècle et la victoire de leurs opposants, pour qui la connaissance est révélée et transmise, signe la défaite de la pensée et de la raison ou de la pensée rationnelle dans la pensée musulmane et dans la pensée des musulmans. La pensée créatrice et rationnelle a été accusée d’être une menace à l’islam, d’y être étrangère étant donné qu’elle était une méthode pour la philosophie importée des Grecs. Une défaite qui s’est propagée très vite aux autres domaines : la philosophie, la science, l’art. </p><p>Cette défaite se manifeste dans les théories, les concepts et les principes dominant la pensée musulmane depuis la fin du XIIe siècle qui ne sont pas en faveur de la pensée et de l’intelligence tels que le littéralisme, la théorie du Coran incréé, le salafisme, le dévoilement et la théorie des saints dans le soufisme. Quant aux principes, deux se sont particulièrement distingués celui qui dit que « la religion est une question de cœur et non de raison » et l’autre qui dit que « toute innovation est un égarement ». </p><p class="has-primary-background-color has-background">La défaite de la pensée créatrice et rationnelle se manifeste aussi par le sentiment de peur de l’intelligence et la façon de s’interdire de réfléchir et de raisonner constatée chez les musulmans dès lors qu’il s’agit de l’islam. Ils briment leur esprit critique de crainte de remettre en question le savoir des anciens ou même de sortir de la religion. </p><p>Cette défaite se manifeste aussi par le sentiment de peur de l’intelligence et la façon de s’interdire de réfléchir et de raisonner constatée chez les musulmans dès lors qu’il s’agit de l’islam. Ils briment leur esprit critique de crainte de remettre en question le savoir des anciens ou même de sortir de la religion. </p><p>Elle se manifeste par les innombrables contradictions caractérisant la pensée musulmane et le discours religieux auxquelles la raison ne réagit pas. Quand vous dites par exemple que vous êtes à la maison et en même temps vous dites que vous êtes au bureau, c’est la raison, cette faculté cognitive de rationalité que nous portons en nous, qui vous signale que dans votre propos il y a une incohérence ou une erreur de raisonnement. Quand elle ne le fait pas, c’est qu’elle est bloquée. </p><p>Parmi les contradictions du discours religieux, la plus grave est celle qui concerne le premier principe fondateur de la religion musulmane, le principe de l’unicité. Ainsi, les musulmans affirment qu’il n’y a qu’un seul Dieu, l’être parfait, qui ne partage ses attributs avec aucune de ses créatures et, en même temps ils qualifient ou accusent d’être mécréante toute personne qui ose critiquer le discours religieux établi. Si l’on n’est mécréant que lorsqu’on contredit Dieu, cela revient à dire qu’ils considèrent que le discours religieux ou de certains religieux équivaut à la parole et au savoir de Dieu. Autrement dit, selon eux, il y a des êtres humains qui détiennent le savoir divin absolu, ce qui va à l’encontre du principe de l’unicité comme je viens de le dire.</p><p>Les musulmans affirment également que l’islam est une religion de justice et en même temps refusent, au nom de l’islam, de reconnaître aux femmes les mêmes droits que les hommes, ce qui est injuste.  </p><p class="has-size-sm-font-size">3-Il y a eu beaucoup de tentatives de réforme de l’Islam, notamment depuis la Nahda, mais elles se sont toutes soldées par un échec. Pourquoi ? Quels sont les éléments forts et les points faibles de ces tentatives ?</p><p>La première réforme que l’islam a connue remonte à la période de Médine lorsque les versets coraniques ont pris une dimension sociale et politique alors qu’ils avaient, à la Mecque, un caractère quasi spirituel. Le message coranique a donc changé pour s’adapter aux nouvelles circonstances des musulmans à Médine et changer c’est réformer. </p><p>La réforme de la Nahda appartient à l’époque contemporaine, mais entre les deux il y en a eu d’autres. La Nahda est un mouvement de renouveau littéraire, culturel, social et politique qui avait comme objectif de permettre aux sociétés arabes d’entrer dans l’ère de la modernité et c’est en son sein qu’est né le mouvement de réforme de l’islam de cette époque-là. Cependant, si beaucoup de ces réformistes exprimaient le désir de permettre à l’islam d’être plus compatible avec la modernité, dans la réalité cette réforme de l’islam non seulement n’a pas pu se faire, mais a également été une des causes de l’échec de la Nahda. </p><p>L’échec du réformisme musulman de l’époque de la Nahda s’explique par le fait que ceux qui l’ont portée n’ont pas pu se libérer de tous les obstacles épistémologiques et psychologiques qui empêchaient leur pensée d’accomplir sa fonction : la réflexion et la créativité. </p><p class="has-primary-background-color has-background">L’échec du réformisme musulman de l’époque de la Nahda s’explique par le fait que ceux qui l’ont portée n’ont pas pu se libérer de tous les obstacles épistémologiques et psychologiques qui empêchaient leur pensée d’accomplir sa fonction : la réflexion et la créativité. </p><p>Ainsi, ils appelaient par exemple à l’idjtihad, qui est un travail intellectuel, mais rappelaient constamment les limites que la pensée et la raison devaient respecter, donc les zones qui devaient rester à l’écart de cet idjtihad. Sous l’emprise de l’ancienne théologie, ils ont exclu les versets et les questions qui posaient problème, donc celles qui avaient besoin de réforme. Les plus réformistes se sont contentés de la réinterprétation de certains textes à la recherche d’autres lois plus adaptées à la société nouvelle. Or, la réinterprétation à elle seule ne peut engendrer la réforme dont l’islam a besoin. </p><p>Très peu, comme Amine El Khûli (1895-1966), Khalafallah (1916-1991) et Taha Hussein (1889-1973) ont été au-delà en voulant questionner le statut du texte et en faire un sujet de réflexion.  Ils avaient l’objectif de fonder un nouveau rapport au texte et une nouvelle théologie. C’est ce travail qu’on peut qualifier de réforme, mais la pensée de ces réformistes intellectuels n’a pas pu s’imposer, car ils étaient très peu nombreux et la riposte des conservateurs à leur égard a été très rude.</p><p> Je ne terminerai pas mon propos sur ce sujet sans évoquer Tahar Haddad qui a appelé à l’abrogation des versets dont les recommandations sont discriminatoires à l’égard des femmes.  Il ne s’est pas non plus contenté de la réinterprétation. </p><p class="has-size-sm-font-size">4-Qu’est-ce que la réforme de l’Islam selon vous ? Qu’est-ce qui doit fondamentalement changer dans notre vision de l’Islam pour le libérer, comme dirait Arkoun, des clôtures dogmatiques » qui empêchent son essor ?</p><p>Vous avez parfaitement raison de poser cette question, car le terme réforme est très lié au mouvement islahiste pour qui la réforme se limite à corriger ce qui a été abimé en islam afin de lui redonner son éclat l’antan. C’est pour remédier à cette difficulté terminologique que je précise qu’il s’agit d’une réforme qui est orientée vers l’avenir. </p><p>Pour qu’elle soit une « véritable réforme » elle doit être une rupture radicale avec une manière héritée du passé de comprendre, de concevoir et de pratiquer l’islam pour construire, à partir des mêmes textes, un nouvel islam adapté aux droits humains et aux exigences de l’époque actuelle pour plus de paix, d’égalité et de dignité humaine. </p><p class="has-primary-background-color has-background">Ce qui doit donc fondamentalement changer, c’est la conception de la réforme elle-même, autrement dit son sens et son objectif.</p><p>Ce qui doit donc fondamentalement changer, c’est la conception de la réforme elle-même, autrement dit son sens et son objectif. C’est une réforme qui doit créer du nouveau en islam pour permettre aux musulmans de se libérer « des clôtures dogmatiques » qui empêchent leur essor. Je dis bien « leur », car l’élément principal de cette réforme doit être l’être humain et précisément le musulman. Comment adapter sa vie, son comportement à l’époque actuelle et lui permettre d’adhérer à la modernité ? La modernité qui n’est autre que l’âge mature de l’humanité. </p><p class="has-size-sm-font-size">5-Aujourd’hui, le visage le plus visible de l’Islam est l’islamisme. Ce visage est particulièrement hideux dans la mesure où il est négation de la raison mais aussi de tout ce qui est beau ici-bas : les arts, la littérature, la beauté, la création, l’innovation, la liberté, etc.  Comment arrive-t-il toujours à mobiliser ? L’islamisme a-t-il encore de beaux jours devant lui ?</p><p>L’islamisme est un terme qui désignait au départ la religion musulmane tout comme le christianisme et le judaïsme désignaient respectivement les religions chrétienne et juive. À partir des années 70 du siècle dernier, il a été utilisé pour désigner l’islam politique. En ce sens l’islamisme remonte à 622, car c’est à ce moment-là que l’islam est devenu une religion qui ne se dissocie pas de la dimension juridique et politique. </p><p>L’histoire de l’islam montre que le profane et le sacré ont toujours été imbriqués et que la politique a toujours été pratiquée au nom de l’islam. Les « docteurs » de l’islam n’ont cessé de reprocher aux califes et aux émirs de ne pas suivre une politique conforme aux recommandations de l’islam. C’était un islam au service de la politique. La seule exception est constatée chez les premiers soufis qui revendiquaient un islam spirituel. Aujourd’hui, nous avons quelques exceptions comme la Turquie, qui est devenue laïque à partir de 1928, malgré les intentions islamistes d’Erdogan, l’Albanie à partir de 1998 et l’Indonésie qui ne déclare pas dans sa constitution de 1945 l’islam comme religion de l’État.</p><p>L’islamisme a connu un regain à partir de 1928 avec la création de la Confrérie des frères musulmans en réaction au projet de modernisation des sociétés musulmanes. Pour ses adeptes, prendre le pouvoir était le moyen le plus efficace pour instaurer un État islamique</p><p>Quant à votre question : pourquoi l’islamisme mobilise-t-il encore beaucoup de musulmans ? Cela peut s’expliquer par plusieurs raisons. La première concerne le wahhabisme qui dispose de pouvoirs financier et psychologique considérables, en plus du fait qu’il a adopté les moyens d’action des Frères musulmans comme celui d’agir sur le plan international alors qu’il était au départ cloîtré en Arabie. Aujourd’hui, les Saoudiens et les Qataris mettent beaucoup d’argent dans le domaine de la communication. </p><p>Le pouvoir du wahhabisme se traduit également sur le plan politique étant donné que tous les pays musulmans sont membres d’organismes dirigés et orientés par l’Arabie Saoudite comme <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Organisation_de_la_coop%C3%A9ration_islamique">l’Organisation de coopération islamique</a>,  <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Organisation_islamique_pour_l%27%C3%A9ducation,_les_sciences_et_la_culture">l’Organisation islamique pour l’éducation, les sciences et la culture</a>,  et <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Ligue_islamique_mondiale"> la Ligue islamique mondiale</a>.</p><p>L’islamisme a-t-il encore de beaux jours devant lui ? Il faut savoir que presque tous les États musulmans déclarent dans leur constitution que l’islam est la religion de l’État, autrement dit, ils utilisent la religion musulmane comme un moyen pour faire de la politique. En ce sens, ce sont des États islamiques, même si au Maghreb seul la Maroc le précise dans son préambule. Cependant, l’avenir dépend des populations de ces pays. En Algérie, un grand nombre d’hommes et de femmes veulent une Algérie démocratique et nouvelle. Conscients que cela n’est possible qu’avec la modernisation de la politique, ils veulent séparer la politique de la religion. Il y a donc un désir et une demande de changement dans le domaine de la religion et de la politique qui se font sentir.  </p><p class="has-size-md-font-size">6- Certains penseurs et intellectuels présentent souvent le soufisme comme une alternative à l’islamisme. Or, selon vous, l’islamisme et le soufisme sont les deux facettes d’une pensée radicalement antirationnelle. Pouvez-vous nous en dire plus ?</p><p>Il est certain que le soufisme porte en lui des éléments positifs qui font que beaucoup de personnes y compris des non musulmans sont fascinés par cette doctrine. Ils voient en elle une solution à l’islamisme qui a provoqué la crise de l’islam et entrainé le monde dans une violence barbare notamment entre 1990 et 2015.  </p><p>Parmi ces éléments, il y a le caractère spirituel du soufisme et son discours sur la tolérance et l’amour. Il s’oppose ainsi à l’islam politique qui s’intéresse davantage à l’organisation sociale et qui prône le rejet de l’autre et la violence comme moyen pour arriver au pouvoir.</p><p>Cependant, l’islam politique est fondé principalement sur la nécessité de l’application de la charia. Si c’est là que se situe le problème, il faut savoir que le soufisme ne rejette pas ce corpus législatif. Les maîtres soufis rappellent l’intérêt que leur doctrine donne aux recommandations de l’islam et cela depuis le compromis entre les soufis et les juristes qui a eu lieu aux environs du XIIe siècle. Certains comme Ruzbehan et al-Ghazali étaient des maîtres dans la jurisprudence. Le Cheikh Khaled Bentounes, le père spirituel de la confrérie soufie al Alawiya, écrit à ce sujet : « L’islam, comme toute religion, a un aspect extérieur, fait de lois, de doctrines, de préceptes, etc.  Mais, les soufis ne se suffisent pas de cela. »</p><p class="has-primary-background-color has-background">La représentation négative de la pensée créatrice et réactionnelle qui a conduit à l’inertie de la pensée et l’apathie de la raison ; ils sont les plus grands maux qui peuvent accabler une société.</p><p>La cause première, comme je l’ai dit tout à l’heure, de la crise de l’islam et de la situation de l’être en islam réside dans la représentation négative de la pensée créatrice et réactionnelle qui a conduit à l’inertie de la pensée et l’apathie de la raison ; ils sont les plus grands maux qui peuvent accabler une société. Or, la théorie épistémologique du soufisme ne valorise ni la pensée humaine ni l’esprit rationnel. La preuve en est qu’entre le XIIe siècle et le XIXe siècle, la période de l’épanouissement du soufisme, le monde musulman a sombré dans la superstition et l’esprit magique. Lorsque les musulmans se sont réveillés à la fin du XIXe siècle de leur long sommeil, ils étaient abasourdis par leur retard. Voilà pourquoi, malgré les éléments positifs du soufisme, il ne peut pas être la solution dont l’islam et les musulmans ont aujourd’hui besoin. La valeur d’une théorie ou d’une idée se mesure par ses effets sur la réalité des personnes qui croient en elle et sur leurs comportements.</p><p>7-On parle aussi de « l’islam algérien » comme d’une voie de sortie de l’islamisme. Or, celui-ci est, selon ce que vous écrivez dans vos livres, majoritairement malékite, n’est ni algérien ni rationnel. Qu’est-ce que le malékisme et quels en sont les limites ?</p><p>Le malékisme a été fondé à Médine par Malek ibn Anas, ce n’est donc pas, par principe, une théorie algérienne même si cela fait des siècles qu’il a été adopté par les populations maghrébines. Ce n’est pas la raison pour laquelle je rejette l’idée qu’il puisse être une solution pour la crise de l’islam, mais pour d‘autres raisons.  Tout d’abord, le malékisme est une théorie juridique qui ne sépare pas la religion de la politique. En ce sens, le malékisme est un islamisme. Comment un islamisme peut-il être une solution contre l’islamisme ? </p><p>Ensuite, le malékisme revendique la supériorité des musulmans arabes sur les autres musulmans étant donné qu’il a déclaré Médine comme modèle de société pour tous les musulmans et ses habitants ceux qui comprenaient le mieux le message coranique, car non seulement ils maîtrisaient la langue arabe, mais ils avaient également des liens de sang avec le prophète. Cette théorie adoptée par les Maghrebins explique en grande partie pourquoi les populations de cette région du monde ont rejeté leurs origines et ont prétendu être arabes. Ce rejet de soi a eu des conséquences dramatiques sur ces populations. </p><p>Enfin, le malékisme est né au VIIe siècle, croire qu’il puisse être une voie de sortie pour les problèmes du XXIe siècle c’est encore une fois croire que toute solution ne peut venir que du passé, ce qui est le sens même du salafisme. D’autant plus que le malékisme est le premier à avoir jeté les bases du salafisme et du conservatisme, et l’islamisme (contemporain) est un conservatisme.</p><p>Les Algériens pensent que le malékisme est la solution à leur problème avec la religion, car ils restent très imprégnés du salafisme et de la valorisation du passé. Ils cherchent toujours les solutions à leurs problèmes dans le passé comme les adeptes de la  Badissia  et la  Novembaria. Aucune solution n’est possible si elle n’émane pas d’une pensée capable de procéder à une rupture épistémologique et psychologique avec le passé pour penser pragmatiquement la réalité et l’avenir.</p><p class="has-primary-background-color has-background">Les Algériens pensent que le malékisme est la solution à leur problème avec la religion, car ils restent très imprégnés du salafisme et de la valorisation du passé. Ils cherchent toujours les solutions à leurs problèmes dans le passé comme les adeptes de la  Badissia  et la  Novembaria . Aucune solution n’est possible si elle n’émane pas d’une pensée capable de procéder à une rupture épistémologique et psychologique avec le passé pour penser pragmatiquement la réalité et l’avenir.</p><p>8-La réforme de l’islam est un projet global qui concerne tout le monde, y compris les non-musulmans ou elle peut se faire dans une partie du monde avant de se généraliser ? </p><p>Lorsque la nécessité de réformer l’islam s’est faite sentir à nouveau à la fin du XXe siècle et au début de ce XXIe siècle, après les atroces violences qui ont été commises au nom de cette religion, deux idées de réforme se sont imposées. </p><p>La première, portée par des religieux tels que Tariq Ramadan, Tareq Oubrou et Youssef al-Qaradaoui, concernait uniquement les musulmans d’Occident en tant que minorité qui ont besoin d’une jurisprudence qui leur permette de vivre et pratiquer leur religion sur une terre qui n’est pas musulmane. </p><p>Cette jurisprudence des minorités fikh-al-aqaliyattes qu’ils présentaient comme la réforme de l’islam, ne va pas, en réalité, au-delà des questions secondaires relatives aux modalités de la pratique de charia. Elle ne concerne ni la charia ni l’islam en tant que religion. Ces religieux ne croient pas à la réforme de l’islam en tant que religion. Leur réforme est liée à une circonstance bien précise qui est celle des musulmans d’Occident en tant que minorité. Autrement dit, là où ils sont majoritaires, les musulmans n’ont pas besoin de réforme. </p><p>La deuxième idée de réforme est née en France, son objectif était de créer un islam propre à la France ou « un islam de France » qui serait républicain et moderne. C’est une réforme de circonstance qui ne concerne ni l’islam en tant que religion ni tous les musulmans. </p><p>Son erreur est de croire pouvoir créer un islam spécifique à la France qui serait républicain et moderne alors que dans les autres pays il resterait traditionnel et archaïque. C’est une arrogance qui exprime une ignorance quant à l’islam et son histoire. La « véritable réforme » de l’islam est celle qui l’interroge en tant que religion et surtout qui l’interroge en profondeur. </p><p>9-Quels sont les chantiers prioritaires à mettre en place pour relever avec efficacité et efficience les défis de la réforme de l’islam ?</p><p>Pour cela il faut qu’il y ait, et cela concerne ceux qui ont besoin de religion, une prise de conscience quant à la nécessité de faire cette réforme de l’islam. Qu’ils réalisent que l’évolution fait partie de la nature de l’existence et que la religion ne peut pas échapper à cette logique. Il faut que les musulmans comprennent qu’ils ne peuvent plus continuer à concevoir et pratiquer l’islam tel qu’il a été pensé et compris par les premiers musulmans, autrement dit avec des moyens culturels, psychologiques et sociologiques qui sont révolus. </p><p class="has-primary-background-color has-background">L’évolution fait partie de la nature de l’existence et la religion ne peut pas échapper à cette logique. Il faut que les musulmans comprennent qu’ils ne peuvent plus continuer à concevoir et pratiquer l’islam tel qu’il a été pensé et compris par les premiers musulmans, autrement dit avec des moyens culturels, psychologiques et sociologiques qui sont révolus. </p><p>Il faut tout d’abord qu’elle soit une réforme qui n’interroge pas uniquement les textes, mais aussi la théologie. Qui ne se limite pas à la réinterprétation, mais concerne aussi le rapport aux textes. Qui ne limite pas le champ de l’action de la pensée, mais au contraire la libère des obstacles qui l’ont jusque-là empêchée d’accomplir sa fonction convenablement. Cette réforme doit donc commencer par réhabiliter la pensée et rendre à la raison sa noblesse. Il faut revaloriser l’intelligence et l’humain en tant qu’être penseur afin que les musulmans n’aient plus peur de réfléchir et de raisonner.</p><p>Il faut que cette réforme libère l’islam de l’emprise de la politique qui l’instrumentalise et en finisse avec l’intrusion de la religion dans la politique. Séparer l’islam de la dimension politique pour bien distinguer ce qui revient à la religion de ce qui revient à la politique. Afin que la politique soit pensée et jugée en tant que politique et afin que la religion soit une religion qui s’occupe de la relation de l’individu avec Dieu et non une organisation sociale. </p><p class="has-primary-background-color has-background">Séparer l’islam de sa dimension politique pour bien distinguer ce qui revient à la religion de ce qui revient à la politique. Afin que la politique soit pensée et jugée en tant que politique et afin que la religion soit une religion qui s’occupe de la relation de l’individu avec Dieu et non une système juridique. </p><p><a href="http://www.razika-adnani.com/frapper-dobsolescence-certains-versets-du-coran-les-musulmans-lont-deja-fait/">Il faut abroger les règles discriminatoires envers les femmes,</a> les non musulmans, et celles qui appellent à la violence. Autrement dit celles qui posent problème. Abroger des versets signifie déclarer leurs recommandations inapplicables, car dépassées par le temps, et non les retirer du Coran. Pour cela, il faut commencer par reconnaître le rôle des textes dans le sens qu’on leur donne et cesser de prétendre que les problèmes que pose l’islam sont juste une question d’interprétation, pour éviter la situation sans fin d’interprétation contre interprétation. </p><p>Rien n’empêche les musulmans de procéder à l’abrogation étant donné qu’ils l’ont déjà fait. Ils ont abrogé par exemple le verset 38 de la sourate 5, La Table servie, qui recommande explicitement le châtiment de la main coupée. Non seulement ils l’ont abrogé, mais expliquent aussi pourquoi ils l’ont fait. Au XXe siècle, ce sont les versets qui instituent l’esclavage qui ont été abrogés à leur tour. Ce ne sont pas les seuls versets que les musulmans ont abrogés. La lecture du Coran nous permet de déduire que beaucoup de versets ne sont pas pratiqués ; certains ont été consciemment ou inconsciemment abandonnés.</p><p>Dans son livre Suspicions contre l’islam, Mohamed Qotb (1919-2014) de la Confrérie des frères musulmans écrit à ce sujet : « Il faut comprendre les réalités sociales, psychologiques et politiques qui ont entouré le sujet de esclaves et qui ont fait que l’islam a posé les principes qui permettent l’abolition de l’esclavage, puis a laissé (c’est- à- dire l’islam) ces principes faire leur travail à travers le temps.» Il suffit de penser la même chose pour les autres versets. </p><p class="has-primary-background-color has-background">Il peut être sans doute un appui pour aller vers davantage d’humanisme et d’égalité entre tous les êtres humains, y compris entre les femmes et les hommes. </p><p>Il faut réinterpréter les versets qui ont une portée universelle et les mettre en avant et notamment les versets qui aborde la liberté de conscience tel que le verset 256 de la sourate 2, la Vache : « Nulle contrainte en matière de religion ». La non reconnaissance de cette liberté comme un droit pour tout individu est un problème majeur dans les sociétés musulmanes et dans notre société algérienne. Il faut libérer ces versets de l’ interprétation des anciens qui ont décidé que cette liberté de conscience ne concernait pas les musulmans, ceux qui ont embrassé la religion musulmane ou qui sont nés de parents musulmans, mais uniquement les non musulmans qui sont libres d’adhérer à l’islam ou de ne pas y adhérer. Je peux citer également le verset 105 de la sourate 5, la Table Servie : « Ô les croyants ! Vous êtes responsables de vous-mêmes! Celui qui s’égare ne vous nuira point si vous, vous avez pris la bonne voie».Je trouve ce verset intéressant, car il recommande clairement à chaque musulman de s’occuper, avant tout, de ses propres affaires. Ainsi, il peut être un appui qui donne au principe des libertés individuelles une légitimité aux yeux de ceux qui ont besoin d’être rassurés sur leur religion. Le verset 70 de la sourate 17, le Voyage Nocturne : «Certes, nous avons honoré les fils d’Adam.» est un autre exemple intéressant.  Il peut être sans doute un appui pour aller vers davantage d’humanisme et d’égalité entre tous les êtres humains, y compris entre les femmes et les hommes. </p><p class="has-primary-background-color has-background">Il faut réinterpréter les versets qui ont une portée universelle et les mettre en avant et notamment les versets qui aborde la liberté de conscience tel que le verset 256 de la sourate 2, la Vache : « Nulle contrainte en matière de religion ». La non reconnaissance de cette liberté comme un droit pour tout individu est un problème majeur dans les sociétés musulmanes et dans notre société algérienne. Il faut libérer ces versets de l’interprétation des anciens qui ont décidé que cette liberté de conscience ne concernait pas les musulmans, ceux qui ont embrassé la religion musulmane ou qui sont nés de parents musulmans, mais uniquement les non musulmans qui sont libres d’adhérer à l’islam ou de ne pas y adhérer. </p><p>http://www.razika-adnani.com/la-separation-entre-le-politique-et-le-religieux-est-lultime-solution-dans-tous-les-pays-qui-aspirent-a-une-paix-politique-et-sociale/</p><p>http://www.razika-adnani.com/la-reforme-de-lislam-est-elle-possible-entretien-avec-lislamologue-et-philosophe-razika-adnani/</p>
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	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Sun, 30 May 2021 07:46:54 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[&quot;NOUS AVONS BU JUSQU’À LA LIE CE QUE LA MANIPULATION DE LA RELIGION PEUT PRODUIRE&quot;: Toute l&#039;actualité sur liberte-algerie.com]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Lauréat du prix Méditerranée 2021 pour son roman “Abraham ou la cinquième alliance”, le célèbre écrivain Boualem Sansal, même s’il est absent des médias nationaux, a bien voulu répondre aux questions de Liberté. Sans tabous, le célèbre romancier, dont les œuvres sont traduites dans des dizaines de langues à l’étranger, résume dans cet entretien ses écrits, ses penchants et le fil conducteur de sa littérature. Il traite avec sa sincérité légendaire la société qu'il ausculte dans ses romans, les espoirs qu'il sème, les tabous qu'il brise et apporte un regard différent sur la situation, celle d'un intellectuel jaloux de sa liberté d'expression et de pensée. Il évoque également la situation dans le pays, le mouvement populaire, la littérature, ses projets d'avenir... En somme, celui qui se considère être un “écrivain maudit” se livre sans retenue et à cœur ouvert. Avec un regard aussi sincère que constant, Boualem Sansal s'exprime sur des phénomènes de société, comme l'islamisme et la menace qu'il représente, avec la franchise qu'on lui connaît. </p><p>Liberté : Vous êtes lauréat du prix Méditerranée 2021, pour votre roman Abraham ou la cinquième alliance, quel est votre sentiment ? <br />Boualem Sansal : Vous savez, écrire un roman est une épreuve qui vous accapare des mois durant, qui exige des efforts quotidiens, des sacrifices, au détriment hélas de sa vie de famille et sociale. Quand enfin le roman est achevé, c’est le soulagement ; quand ensuite il est publié et bien reçu par le public, c’est le bonheur, et quand de plus il reçoit des prix c’est l’extase. Le prix Méditerranée est un grand prix, qui a été déjà décerné au regretté Tahar Djaout et à Kamel Daoud. Vous voyez, je suis en belle compagnie.</p><p>Vos œuvres portent un regard un peu particulier sur la société, ses misères, ses peurs, ses espoirs, son histoire, ses tabous… En témoin qui ne se lasse pas, mais qui contrarie souvent par son verbe vif et tranchant. Qu’est-ce que toutes les polémiques que suscitent vos œuvres vous font ? <br />La littérature est subversive par nature, elle dérange, elle provoque des polémiques. Il faut les accepter, ça contribue au débat national sur les problèmes traités par cette littérature, ça anime la vie littéraire dans le pays, ça suscite des vocations peut-être. Certains polémistes dépassent le cadre de la critique de l’œuvre et s’attaquent à la personne de l’auteur, ils font une fixation morbide sur lui et prennent un plaisir sadique à l’abreuver d’injures, à le dévaloriser en faisant étalage de leur savoir pour convaincre les foules. La plupart des écrivains à succès ont un cinglé qui les poursuit de sa haine. Il s’en raconte de belles dans le milieu. J’ai mes cinglés moi aussi, mais n’exagérons rien, ils ne m’empêchent pas de respirer. Vous savez, les fans sont parfois pires, certains relèvent de la psychiatrie, ils vous aiment à la folie et vous harcèlent jour et nuit. La littérature n’est pas un lieu de repos.</p><p>La dénonciation du fanatisme religieux, notamment islamiste et son expansion est le fil conducteur de plusieurs de vos œuvres, et ce depuis Le serment des barbares. Pourquoi spécialement ce danger comme trame de fond ? <br />J’ai écrit Le serment des barbares entre 1996 et 1998, en plein milieu de la décennie noire, l’une des plus grandes tragédies de notre temps. Nous étions pris entre deux feux, les islamistes d’un côté et de l’autre la îssaba au pouvoir. Le pays s’est brisé, des centaines de milliers de nos compatriotes ont fui à l’étranger et ne reviendront sans doute jamais, des familles ont été déchirées, nos institutions ont été instrumentalisées et retournées contre nous, la culture algérienne qui était notre fierté a été abîmée. Nous avons bu jusqu’à la lie ce que la manipulation de la religion, la falsification de l’histoire et l’illégitimité au pouvoir peuvent produire de fanatisme, de corruption et de folie. Sommes-nous vaccinés, je ne le crois pas. L’islamisme et la îssaba sont toujours là, solidement ancrés dans le pays. La îssaba est toujours minable mais l’islamisme a pris une ampleur planétaire, je l’ai personnellement rencontré partout, dans tous les pays que j’ai visités, jusque chez les Esquimaux à l’extrême nord de la Finlande où j’ai découvert un salafiste d’origine algérienne qui rêvait de construire une mosquée et de convertir tous les Esquimaux. <br />L’islamisme fait partie des sept fléaux qui menacent le monde : la pollution, le réchauffement climatique, l’ultra-libéralisme, la drogue, l’ignorance, l’émigration clandestine qui ressemble de plus en plus à la traite négrière de jadis. J’ai écrit sur l’islamisme et l’émigration clandestine. Dans un essai qui sortira en octobre, je parle des autres menaces.</p><p>L’Algérie a vécu une sombre période de terrorisme, dont les séquelles sont toujours là. Cette décennie est-elle un substrat élémentaire dans votre œuvre ?<br />S’il n’y avait que le terrorisme, la situation ne serait pas si grave. L’Europe a connu plusieurs épisodes terroristes avec les Brigades rouges, Action directe, l’ETA, Carlos. <br />Ce fut douloureux mais cela n’a en rien ébranlé les fondamentaux. Au final, ces groupes ont été anéantis et tout est rentré dans l’ordre. Le terrorisme islamiste n’est pas de cette nature, il est ancré dans l’islam, la religion d’un milliard et demi de personnes dans le monde, l’islam étant lui-même instrumentalisé par des États et toutes sortes d’organisations internationales. <br />Par réaction, les autres religions se trouvent à leur tour instrumentalisées dans un sens ou un autre, pour faire barrage à l’islam ou pour s’en servir comme accélérateur de la mondialisation, qui est le véritable objectif des grandes puissances, l’Amérique, la Chine, l’Union européenne. J’ai acquis une connaissance de ces choses mais je n’en suis pas un spécialiste, j’essaie simplement d’alerter l’opinion en m’appuyant sur l’expérience algérienne et sur ce que j’ai vu dans le monde que je sillonne depuis une vingtaine d’années, et en rencontrant les meilleurs spécialistes au monde de ces questions.</p><p>La société s’est métamorphosée depuis les années 90. L’islamisme gagne de plus en plus de terrain. Quelle analyse faites-vous de cet état de fait ? <br />Quand j’ai publié Le serment des barbares en 1999, on disait de moi en Europe que j’étais pessimiste, que j’exagérais, que j’étais traumatisé par la décennie noire, certains hauts responsables m’ont même conseillé de soutenir Bouteflika, l’homme du miracle. Les gens avaient pris la fin de la guerre civile pour une vraie victoire, globale, politique, culturelle, ils parlaient de printemps arabes et de lendemains qui chantent. Le monde entier rêvait, on ne voulait pas voir que l’islamisme était installé pour longtemps et que rien ne pourra arrêter son expansion. Ils ont déchanté depuis. Et moi, je ne suis plus le pessimiste qui exagère mais l’homme lucide qu’il faut écouter. Et ainsi je suis invité partout, dans les plus grandes institutions, en Europe, en Amérique, en Argentine, au Japon, et même en Chine pour donner mon avis sur ces questions.  2084, la fin du monde, qui raconte la domination du monde par l’islamisme, a été traduit dans trente langues et a connu et connaît encore un immense succès. En Chine, qui a toujours une longueur d’avance sur les autres, il a été un énorme best-seller. La Chine n’est pas vraiment menacée par l’islamisme mais elle a vu qu’il menaçait ses clients dans le monde, clients sans lesquels elle sombrerait dans une crise économique et politique fatale. Mon essai Gouverner au nom d’Allah. Islamisation et soif de pouvoir dans le monde arabe était une commande du gouvernement allemand, qui voulait sensibiliser ses diplomates et ses hauts fonctionnaires au phénomène islamiste. Le succès fut tel qu’il a décidé de publier mon rapport sous une forme simplifiée pour sensibiliser le public allemand à la menace islamiste. Dans mon pays, en Algérie, je passe pour un rigolo. On ne m’a jamais invité pour donner mon avis sur ces questions. Quand je disais que l’Algérie était prise dans le piège de l’islamisme et de la îssaba et qu’elle n’en sortirait pas avant longtemps, on m’a traité de défaitiste, d’agent de l’étranger qui vient démoraliser le peuple. Le cancer de l’islamisme connaîtra une accélération fatale lorsque le peu d’économie qui nous reste aura fondu et que la îssaba volera les meubles et ira se la couler douce en France, en Amérique ou en Suisse. </p><p>Vos œuvres arrivent à point nommé pour décrire la barbarie du terrorisme islamiste. Toutefois, vous vous êtes souvent soulevé pour dénoncer sa gestion par les démocraties occidentales, pourquoi ?  <br />Oui, elles ont une lourde responsabilité dans le désordre mondial. <br />Durant les colonisations, elles ne voyaient nos pays que comme une réserve de main-d’œuvre et de matières premières. <br />Après les indépendances, elles ont reconduit le schéma en sous-traitant à des nervis locaux la gestion de la réserve moyennant quelques royalties. Seulement voilà, dans la réserve il y a aussi des gens, des mémoires et des religions. Avec l’islamisme elles découvrent qu’avoir pour ennemi une religion est le pire qui puisse arriver. Si on peut mater un peuple et le voler impunément, on ne peut rien contre les religions, elles sont invincibles et plus patientes qu’un mort. L’Occident est terrifié ; il sait à présent qu’il ne peut pas vaincre l’islamisme. <br />Nouvelle illusion, il croit qu’il peut composer avec lui. L’islamisme va avaler comme le boa avale ses proies, millimètre par millimètre.</p><p>Ce n’est pas la première fois que vos écrits sont récompensés par de nombreux et prestigieux prix littéraires. Plus d’une dizaine depuis votre premier roman. Toutefois, vous êtes presque inconnu en Algérie... <br />J’ai fait le choix de la discrétion, car je sais que nul n’est prophète en son pays et que pour vivre heureux il faut vivre caché. J’ai également fait le choix de rester en Algérie parce qu’en Europe un écrivain en vue doit être une bête de scène, disponible matin et soir pour tout et n’importe quoi. Mais il faut aussi assurer la promotion de ses livres et cela, dans tous les pays où ils sont traduits ; c’est épuisant, mais nécessaire. Les auteurs et les éditeurs ne vivent pas d’amour et d’eau fraîche seulement, ils doivent vendre leurs livres. J’ai trouvé un équilibre : retrait et discrétion en Algérie, des apparitions fugitives dans les médias européens et beaucoup de voyages studieux pour apprendre, me documenter, rencontrer des spécialistes, etc. </p><p>Pour quelle raison êtes-vous à ce point censuré ?<br />La censure en Algérie est notre vraie religion. Nous sommes tous des censeurs, l’État, la société, la mosquée, la famille, les amis et soi-même par le jeu de l’autocensure. C’est atavique, on aime bien égorger le mouton et lapider le contrevenant et la contrevenante. Rien de nouveau sous le soleil d’Algérie. Nietzsche disait que “le pire ennemi de la vérité n’est pas le mensonge, mais la conviction”. Que dirait-il s’il voyait notre Algérie où en matière de convictions nous ne craignons personne au monde ? Voilà la réponse, on ne peut pas discuter avec une conviction, le débat n’est possible que si le doute est roi. </p><p>C’est pour ces raisons que vous vous décrivez comme un “écrivain maudit” ?<br />Les mots que mes détracteurs utilisent contre moi relèvent en effet du chapitre de la malédiction. Normalement, quand on n’est pas d’accord avec quelqu’un, on lui oppose des arguments, on lui explique qu’il se trompe ou, tout simplement, on lui tourne le dos et on s’en va. <br />Dans les premières dynasties de l’Égypte pharaonique on écrivait des livres, appelés livres d’exécration, dans lesquels on fustigeait en termes très durs l’ennemi du moment de l’Égypte, les Assyriens, les Hittites, les Babyloniens, les Hébreux. Une fois l’an, ces exécrations étaient scandées dans des cérémonies publiques pour galvaniser les foules. <br />C’était un peu le quart d’heure de la haine hebdomadaire dans 1984 de Georges Orwell. C’est ce que font mes détracteurs patentés ; ils publient régulièrement de très longs articles d’exécration contre moi. Et comme ils ont une grande audience dans le village, tous les apprentis détracteurs reprennent leurs exécrations et y ajoutent du leur. Ça fait vite boule de neige. C’est amusant de voir comment ça fonctionne, comment un détracteur patenté fabrique des détracteurs qui, à leur tour, fabriquent des détracteurs, et les voilà tous, comme les lyncheurs masqués du Klu Klux Klan, à danser autour du bûcher de l’auteur maudit. C’est comme ça qu’on fabrique des écrivains maudits. Les Sartriens avaient fait de la sorte avec Camus. <br />Sartre l’avait incendié et les seconds couteaux ont fait le reste. Mais justice a été rendue ; aujourd’hui les sartriens ont disparu des mémoires, alors que Camus jouit d’une reconnaissance universelle. Pour parler encore de la Chine, j’ai découvert qu’il était adoré dans ce pays. Ils ont lu quelque part que j’habitais à Belcourt et que ma mère connaissait la famille Camus, notre voisine ; ils m’ont kidnappé et soumis à la question ; ils voulaient tous les détails, et pour les détails les Chinois sont forts. J’ai raconté l’histoire cent fois au cours de ma tournée.</p><p>Le pays vit au rythme d’un mouvement de protestation depuis plus de deux ans. Quel regard portez-vous sur ce mouvement ? <br />Un regard admiratif et une grande inquiétude. Avec le Hirak, les Algériens se sont libérés de la peur et se sont symboliquement approprié leur pays ; ils ont même réussi à nommer les membres de la îissaba et tous leurs kapos. Camus disait que “mal nommer les choses ajoute au malheur du monde”. On peut le paraphraser et dire que bien les nommer ouvre un chemin vers le bonheur. <br />Le Hirak est aujourd’hui admiré dans le monde entier. Mais je suis aussi très inquiet, le peuple n’a pas réalisé son but, l’indépendance loin s’en faut et le voilà désemparé au milieu du gué, ne pouvant ni avancer ni reculer, sachant qu’il sera mitraillé s’il avance et qu’il sera écrasé s’il recule. En le menant à ce point, le pouvoir a marqué un grand point, voilà pourquoi il passe aujourd’hui à la répression systématique. Il voit que le Hirak est arrivé au bout de course, il est au taquet. J’espère que nous n’allons pas vivre une nouvelle décennie noire. </p><p>Un dernier mot sur la littérature algérienne d’expression française...  <br />Elle se porte bien. Elle est lue, traduite, appréciée et étudiée dans le monde entier. L’Algérie officielle ne l’aime pas et voudrait la voir disparaître. Le peuple qui lutte pour sa liberté devrait s’y intéresser, il y trouvera des réponses à beaucoup de ses questions. <br />On craignait qu’avec l’arabisation la littérature algérienne d’expression française ne disparaisse, mais pas du tout, la relève est là, on voit ici et là émerger de vrais talents. Les éditeurs algériens s’y intéressent de plus en plus, et c’est formidable.<br /> </p><p>Entretien réalisé par : MOHAMED MOULOUDJ</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Sat, 29 May 2021 17:08:15 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/616/lorigine-de-lislam-nouveaux-regards</link>
	<title><![CDATA[L&#039;origine de l&#039;islam. Nouveaux regards]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Un homme reçoit dans le désert d’Arabie un message de Dieu ; il s’appelle Mahomet <a class="lexique" href="https://www.scienceshumaines.com/l-origine-de-l-islam-nouveaux-regards_fr_41132.html#1">(1)</a>. C’est un Bédouin, né dans le désert d’Arabie. Vers 610, l’ange Gabriel lui annonce qu’il est l’ultime prophète choisi par Dieu pour éclairer l’humanité. La révélation divine sera fixée plus tard par écrit pour éviter qu’elle ne s’efface des mémoires : ainsi naîtra le Coran.</p><p>Que contient cette révélation ? Qu’il n’y a qu’un Dieu, « Allah », et qu’il faut lui obéir. Mahomet se met à prêcher la nouvelle prophétie. D’abord à La Mecque, sa ville de naissance, mais seuls quelques proches le suivent. Persécuté par les membres de sa tribu, il se réfugie à Médine. Cet exil a lieu en l’an 622, date de « l’hégire », le début du calendrier islamique.</p><p>À Médine, Mahomet réussit à convertir plusieurs tribus. Il devient leur chef.</p><p>À la tête d’une petite armée, il se lance alors à la conquête de La Mecque, qu’il soumet, puis d’une partie de l’Arabie.</p><p>Après la mort de Mahomet en 632, les califes qui lui succèdent se lancent à la conquête du monde « dans la voie de Dieu ». En un siècle, l’islam se répand en un immense empire qui s’étend de l’Espagne à l’Afghanistan. La civilisation musulmane est née.</p><p>Voici, en peu de mots, l’histoire canonique des débuts de l’islam telle qu’elle est racontée par la tradition musulmane. On la retrouve dans tous les manuels d’introduction aux religions. C’est également ce récit qui a longtemps servi de cadre général aux historiens.</p>
<p>Une histoire révisée</p>
<p>Mais voilà qu’une nouvelle génération d’historiens (voir encadré) remet radicalement en cause ce scénario. Un autre paradigme des origines bouleverse de fond en comble le « grand récit » traditionnel. Que dit cette histoire ?</p><p>Que Mahomet ne fut pas le premier musulman, mais qu’il se serait converti à une forme de judéo-christianisme présent dans tout le Moyen-Orient à son époque.</p><p>L’islam comme religion séparée, avec sa doctrine, ses rites et sa législation serait donc une création plus tardive. Elle se serait progressivement mise en place durant les premiers siècles dans un contexte de conquête impériale, au moment de l’instauration d’un nouveau pouvoir califal. C’est dans ce contexte de création d’un État théocratique que l’islam aurait été inventé et qu’un récit de fondation aurait été forgé.</p><p>Jusqu’à présent, les sources musulmanes faisaient remonter l’origine de l’islam aux années 610, date des premières prédications de Mahomet. Auparavant, nous disait la tradition religieuse, l’Arabie vivait dans « l’âge de l’ignorance », vouant un culte à des idoles, les divinités tribales. Or les choses apparaissent sous un tout autre angle dès lors qu’on s’interroge sur ce qui se passait au Moyen-Orient et en Arabie au tournant du 7e siècle et dans toute la région. Au moment où Mahomet entre sur la scène de l’histoire, le judaïsme et le christianisme poursuivent leur expansion dans le Moyen-Orient : des royaumes chrétiens et juifs sont implantés tout autour de l’Arabie, et de nombreuses tribus arabes se sont déjà ralliées au dieu unique des juifs et chrétiens (voir carte).</p><p><a class="inline" href="https://www.scienceshumaines.com/images/CARTE_royaumes.chretiens_.png"></a><br /> </p>
<p>Domination chrétienne, conversions arabes</p>
<p>Observons plus précisément la situation. Au nord et à l’est de l’Arabie, l’empire chrétien (byzantin) étend sa domination de l’actuelle Syrie à l’Égypte. Pour défendre ses frontières des attaques, l’empire byzantin fait appel à des tribus arabes comme celle des Ghassanides <a class="lexique" href="https://www.scienceshumaines.com/l-origine-de-l-islam-nouveaux-regards_fr_41132.html#2">(2)</a>, installées dans la Jordanie actuelle. Leurs chefs se sont ralliés au christianisme <a class="lexique" href="https://www.scienceshumaines.com/l-origine-de-l-islam-nouveaux-regards_fr_41132.html#3">(3)</a>. La tribu princière des Ghassan combat une autre tribu arabe : les Lakhmides, qui sont majoritairement christianisés. Leur roi, contemporain de la jeunesse de Mahomet, a fini par se convertir. Les caravaniers de La Mecque sont en contact avec des marchands venus d’Égypte, alors dominée par les élites chrétiennes. Plus au sud, le grand royaume éthiopien d’Aksoum est aussi chrétien (d’obédience nestorienne). C’est d’ailleurs en Éthiopie que trouveront refuge les compagnons du prophète persécutés à La Mecque. Indice intéressant, l’histoire canonique rapportée par la tradition musulmane nous dit qu’ils seront très bien accueillis par le roi chrétien avec qui Mahomet entretenait de bonnes relations <a class="lexique" href="https://www.scienceshumaines.com/l-origine-de-l-islam-nouveaux-regards_fr_41132.html#4">(4)</a>. Le royaume d’Aksoum étend sa domination jusqu’au sud de l’Arabie et combat le royaume juif d’Himyar, situé dans l’actuel Yemen. Plusieurs routes caravanières relient ces royaumes chrétiens et juifs. La Mecque est l’un des carrefours où se croisent les Bédouins arabes de différentes obédiences : juifs, chrétiens, païens.</p><p>Lors de ces contacts, de nombreux Arabes se convertissent à l’idée d’un dieu unique, fascinés aussi bien par la puissance et la richesse des représentants de ces royaumes que par la rigueur et l’unité de leur dieu. Mahomet fut-il l’un de ces convertis, parmi bien d’autres ? Par qui aurait-il été converti ? Et à quel type de monothéisme ? La question n’est pas tranchée et n’est pas près de l’être. Mais beaucoup d’historiens penchent aujourd’hui en faveur d’un des groupes judéo-chrétiens présents dans la région. (voir encadré : « Les nouveaux historiens de l’islam »). En effet, le judaïsme ou le christianisme alors présents en Orient ne sont pas homogènes. Ni les communautés juives, ni les chrétiens des premiers siècles ne se soumettent à un dogme unique (et donc à l’autorité de Rome ou Byzance). Chacune des communautés chrétiennes qui s’est formée autour de la Méditerranée – Égypte, Grèce, Turquie, Syrie –, correspondant aujourd’hui à ce que l’on nomme les « chrétiens d’Orient <a class="lexique" href="https://www.scienceshumaines.com/l-origine-de-l-islam-nouveaux-regards_fr_41132.html#5">(5)</a> », a longtemps gardé son autonomie doctrinale et organisationnelle. Même au temps de Mahomet, 600 ans après la mort de Jésus, les chrétiens débattent encore du statut du Christ. En Égypte, on trouve des communautés chrétiennes byzantines et des « arianistes », pour qui Jésus est fils de Dieu mais distinct de son père <a class="lexique" href="https://www.scienceshumaines.com/l-origine-de-l-islam-nouveaux-regards_fr_41132.html#6">(6)</a> ; les nestoriens (très présents en Turquie) professent une autre doctrine selon laquelle coexistent en Jésus deux natures : l’une divine, l’autre humaine. Il existe encore une doctrine dite « monophysiste » qui postule que la nature humaine de Jésus a été entièrement « absorbée » dans la divinité : il n’aurait donc rien d’humain. D’autres variantes existent, marcionisme, sabéisme, etc. Les divergences doctrinales cachent aussi des conflits communautaires et des enjeux de pouvoir. Pour une Église locale, se rallier à une doctrine officielle imposée par l’Empire revient à se soumettre et perdre son autonomie. Parmi les différentes variantes chrétiennes, il en est certaines qui tiennent une place particulière dans l’histoire des origines de l’islam, celle des groupes « judéo-chrétiens » qui sont à la fois juifs et chrétiens.</p>
<p>Mahomet et l’hypothèse judéo-chrétienne</p>
<p>Ces religieux restent juifs (ils pratiquent la circoncision, ne mangent pas de porc, observent le shabbat, etc.), mais reconnaissent Jésus comme un nouveau prophète. Toutefois, à la différence des autres chrétiens, ils refusent de le considérer comme « fils de Dieu » et donc de nature divine. Or, cette doctrine d’un Jésus prophète (et non Dieu) est très proche de celle qui se trouve exprimée dans le Coran : Jésus s’y trouve cité à maintes reprises, mais toujours comme « fils de Marie » pour souligner son ascendance humaine, et non divine. Cette convergence entre groupes a conduit des historiens <a class="lexique" href="https://www.scienceshumaines.com/l-origine-de-l-islam-nouveaux-regards_fr_41132.html#7">(7)</a> à considérer que Mahomet a été en contact avec des judéo-chrétiens. Parmi les nombreux historiens appuyant cette thèse (voir encadré), Edouard-Marie Gallez pense que ces judéo-chrétiens sont des « Nazaréens » (qui sont cités par certains pères de l’Église comme des hérétiques). E.-M. Gallez suggère que c’est vraisemblablement Waraqa, le cousin de la première femme du prophète, qui aurait converti Mahomet au judéo-christianisme nazaréen. Waraqa est explicitement cité dans la tradition musulmane <a class="lexique" href="https://www.scienceshumaines.com/l-origine-de-l-islam-nouveaux-regards_fr_41132.html#8">(8)</a> comme un moine chrétien, mais avec qui Mahomet entretenait d’excellentes relations. Pour Dominique Bernard, autre spécialiste des premières communautés chrétiennes, ce sont les « Ébionites » (un autre groupe judéo-chrétien qui aurait été en contact avec Mahomet et ses premiers compagnons). De nombreux passages de leur credo correspondent en tout point à certains passages du Coran <a class="lexique" href="https://www.scienceshumaines.com/l-origine-de-l-islam-nouveaux-regards_fr_41132.html#9">(9)</a>.</p><p>Tous les historiens ne partagent pas cette thèse. Mais beaucoup admettent la possibilité de « l’hypothèse judéo-chrétienne », compte tenu de la présence massive du christianisme et du judaïsme en Arabie.</p><p>Mahomet ne serait donc pas le fondateur d’une religion nouvelle issue d’une révélation, mais un converti au monothéisme judéo-chrétien, peut-être un peu plus intransigeant que d’autres. Son but : imposer à ses semblables le respect d’une loi (celle du Dieu unique) que les païens ignorent et que les autres monothéistes comme lui ne pratiquent pas avec assez de zèle.</p><p>Outre la présence importante des juifs et des chrétiens dans l’entourage du Prophète et les correspondances entre les prédications musulmanes et judéo-chrétiennes, d’autres arguments sont avancés pour soutenir cette thèse. Les mots même « Coran », « sourates », « verset », ne sont pas arabes mais d’origine syriaque, araméenne et hébraïque (langues pratiquées par les chrétiens et juifs de la région). Dans le Coran, ni les juifs, ni les chrétiens ne sont désignés d’un seul bloc <a class="lexique" href="https://www.scienceshumaines.com/l-origine-de-l-islam-nouveaux-regards_fr_41132.html#10">(10)</a>. Les juifs bannis de Médine le sont pour trahison et non pour raisons doctrinales. Les chrétiens apparaissent sous le nom de « Nazaréens », ou « d’associationnistes <a class="lexique" href="https://www.scienceshumaines.com/l-origine-de-l-islam-nouveaux-regards_fr_41132.html#11">(11)</a> ». Dans le Coran apparaissent aussi les mystérieux « hanifs », mot qui désigne les « monothéistes » qui partagent les mêmes convictions que Mahomet mais ne sont pas à proprement parler musulmans : tout simplement parce que l’islam comme religion n’existe pas encore !</p>
<p>Écrire la loi de Dieu</p>
<p>Selon l’historien américain Fred Donner, Mahomet et ses compagnons ne se considèrent pas comme des musulmans mais comme des Croyants (« believers  <a class="lexique" href="https://www.scienceshumaines.com/l-origine-de-l-islam-nouveaux-regards_fr_41132.html#12">(12)</a> »). C’est aux siècles suivants que l’islam se serait imposé comme une religion distincte des autres monothéismes. Mais alors, comment ?</p><p>Pour répondre à cette question, il faut d’abord comprendre que l’islam n’est pas contenu dans le Coran. En effet, le Coran reste vague ou allusif concernant la pratique religieuse : ni la liturgie (Comment faire ses prières ? Combien de fois par jour ?), ni la législation musulmane (droit pénal, droit de la famille, droit commercial), ni la théologie, ni la morale commune ne font l’objet de descriptions précises dans le Coran. Par ailleurs, le texte peut paraître contradictoire : A-t-on le droit de boire du vin ? Un verset l’interdit, un autre indique qu’il faut s’abstenir de venir à la prière si on est ivre. L’adultère ? Il est sévèrement condamné, mais dans un verset, il est puni de mort, dans un autre verset, il est puni de coup de fouets ; le Coran ne dit pas si le fait d’avoir une concubine (le prophète en avait plusieurs) relève de l’adultère… Le port du voile ? Il est évoqué de façon allusive et ne porte que sur les femmes du prophète qui doivent se retirer derrière un voile (un rideau ?) quand leur compagnon entre chez lui. La polygamie ? Le Coran précise qu’il faut avoir au maximum quatre épouses, mais seulement si on a les moyens de les entretenir. Le prophète lui-même en a eu onze ou treize selon les sources (dont une femme juive et une autre chrétienne).</p>
<p>Batailles entre héritiers</p>
<p>Comment construire un édifice théologique, juridique, moral, liturgique, à partir de prescriptions aussi lacunaires ? En forgeant des réponses nouvelles. Cette édification va faire l’objet de violentes luttes intestines. Dès les premières décennies, on assiste à de sévères batailles entre héritiers (qui ne se disputent pas seulement un héritage spirituel, mais la gestion d’un empire en formation). Pour les descendants d’Ali (compagnon de Mahomet et quatrième calife), la seule parole légitime est celle des « imams », descendants directs de la famille du prophète, qui ont un statut de « sainteté ». D’autres pensent qu’en matière de droit ou de théologie, il faut sortir d’une lecture littérale du Coran, faire appel à sa raison et rechercher l’esprit du texte plutôt que la lettre <a class="lexique" href="https://www.scienceshumaines.com/l-origine-de-l-islam-nouveaux-regards_fr_41132.html#13">(13)</a>. Pour d’autres encore, la seule source de légitimité doit se trouver dans la « tradition » (sunna). Quand le Coran n’apporte pas de réponse, il faut prendre pour modèle ce qu’a dit et fait le prophète Mahomet, même en dehors de sa révélation. Comment s’est-il comporté par exemple face aux esclaves ? Et face aux juifs ou aux chrétiens ? Et par rapport aux femmes ? Combien de fois priait-il par jour ? C’est ainsi que les paroles (hadits) et la vie (sira) du prophète ont donné lieu à toute une science : la science du hadith. Elle vise à retrouver les paroles authentiques du prophète à travers les dizaines de milliers de hadits qui circulaient dans l’empire. Quelques décennies après sa mort, certains rapportent de « source sûre », qu’untel a entendu dire qu’untel a vu le prophète dire du haut de sa chaire « on ne jugera les actions que sur les intentions », etc. Mais comment être sûr que ces paroles ont bien été prononcées ?</p>
<p>La sacralisation d’un homme</p>
<p>De grands recueils de hadiths vont être constitués, mais plus de deux siècles après la mort du prophète.Pour garantir l’authenticité de tel ou tel hadith , des savants comme al-Bukhari consacrent leur vie à étudier la « traçabilité » des propos attribués à Mahomet. Et pour sacraliser les paroles, il faut encore considérer Mahomet non comme un homme ordinaire, mais comme un homme parfait qui a en tout point suivi la voie de Dieu. Une biographie (la sira) – une hagiographie en fait – est donc composée, comportant quelques moments miraculeux comme cette opération à cœur ouvert faite par deux anges alors qu’il était enfant, pour « purifier son cœur » ou comme l’épisode du « voyage nocturne » (isar et mijrad) ou l’ange Gabriel lui aurait permis de visiter les cieux et les enfers.</p><p>L’islam se serait ainsi construit progressivement avec sa théologie, sa liturgie, sa juridiction, sa morale commune en s’appuyant sur une tradition (sunna) construite tardivement en fonction des besoins. En fait, il faudrait dire « les islams » car cette construction progressive ne s’est pas faite dans la concorde mais au contraire dans de furieux combats (fitna) entre factions rivales.</p>
<p>Récréation et autonomisation</p>
<p>Les califes qui ont succédé à Mahomet ont dû à la fois mener des guerres de conquête, créer un État pour construire un droit, une administration (des populations soumises) et asseoir leur légitimité, le tout dans le cadre de batailles entre candidats à la direction de la communauté des croyants (Umma). Le climat est sanglant. Rappelons que sur les quatre successeurs de Mahomet, trois sont morts assassinés (et certaines sources anciennes soupçonnent qu’il a lui-même été empoisonné <a class="lexique" href="https://www.scienceshumaines.com/l-origine-de-l-islam-nouveaux-regards_fr_41132.html#14">(14)</a>). La famille d’Ali a été massacrée, les tribus arabes qui ont fait défection ont été sévèrement réprimées (ce sont « les guerres d’apostasie »), la mise en place de la première dynastie ommeyade est le fait d’un coup d’État ; quant à la dynastie abbasside qui lui succède, elle s’est mise en place à la suite d’une guerre civile lors de laquelle toute l’élite omeyyades a été décimée.</p><p>Pour Mohammad Ali Amir-Moezzi, qui a dirigé le Dictionnaire du Coran, on ne peut pas comprendre la naissance de l’islam en séparant l’étude textuelle du Coran de ce contexte historique. On imagine mal des gens qui se déchirent dans la journée et se réunissent le soir pour discuter posément de l’authenticité des paroles du prophète.</p><p>Les nouveaux historiens de l’islam sont donc en train de bouleverser la lecture traditionnelle des origines de l’islam. À la vulgate qui fait de la révélation reçue par Mahomet la seule force motrice de l’histoire, impulsant dans son sillage une religion, un empire et une civilisation, ils substituent une autre thèse : Mahomet aurait été un homme de son temps, converti comme d’autres à une religion monothéiste alors en plein essor dans la région ; il a pris la direction de tribus arabes, servi par des circonstances historiques favorables. Ce n’est que plus tard, au fil des victoires et des pouvoirs acquis que l’islam s’est détaché du monothéisme judéo-chrétien et s’est affirmé comme une religion autonome. Cette autonomisation s’est accompagnée de l’écriture de sa propre histoire. Cette lecture est certes éloignée du récit traditionnel. Mais elle correspond mieux, comme écrit l’historien américain Robert Hoyland « aux normes habituelles du comportement humain <a class="lexique" href="https://www.scienceshumaines.com/l-origine-de-l-islam-nouveaux-regards_fr_41132.html#15">(15)</a> ».</p>
<p>Les nouveaux historiens de l’islam</p>
<p>Depuis le début des années 2000, un nouveau paradigme s’est imposé dans les études des origines de l’islam. La plupart des historiens partagent deux idées clés.</p><p>D’une part, l’islam serait né dans le cadre d’une diffusion du judéo-christianisme en Arabie.</p><p>D’autre part, l’islam comme religion séparée a été instauré par les califes après la mort de Mahomet, dans le cadre de la mise en place d’un empire conquérant et d’un pouvoir califal théocratique.</p><p>La naissance de cette religion a donné lieu à des conflits internes d’héritages très violents. Cette thèse est aujourd’hui défendue par des auteurs divers : Alfred-Louis de Prémare (qui fut enseignant à l’Université d’Aix-Marseille), Les Fondations de l’islam. Entre écriture et histoire, Paris, Le Seuil, 2002 ; Françoise Micheau (professeure émérite, Paris 1), Les débuts de l’Islam. Jalons pour une nouvelle histoire, Téraèdre, 2012, Suleiman Mourad (Smith College, USA), La Mosaïque de l’islam, Fayard, 2016, Mohammad Ali Amir-Moezzi (EPHE), Le Coran silencieux et le Coran parlant, éd. CNRS 2011, Jacqueline Chabbi (Université Paris 8), Le Coran décrypté, Fayard, 2008 ; Fred Donner (Université de Chicago, USA), Muhammad and the Believers, 2010 ; Tilman Nagel (Professeur émérite, Göttingen, Allemagne), Mahomet : histoire d’un Arabe, invention d’un prophète, Ed. Labor et Fides, 2012.</p>
<p>Qu’est-ce que le Coran ?</p>
<p>Le Coran se présente comme un texte dicté par Dieu à Mahomet. Il se divise en 114 sourates (ou chapitres), elles-mêmes découpées en versets. Le Coran contient un message essentiel : Allah est le dieu unique auquel il faut se rallier ; ceux qui refusent seront châtiés, les fidèles seront récompensés au jour du jugement dernier. Le texte comprend de nombreuses histoires de prophète : Adam, Noé, Moïse jusqu’à Jésus considéré comme un prophète (mais pas fils de Dieu). Des sourates évoquent des événements ayant eu lieu au temps du prophète à La Mecque ou à Médine. Quelques principes juridiques sont énoncés (sur l’adultère, le vol, l’héritage), mais parfois avec des ambiguïtés ou des contradictions.</p>
<p>Quand a-t-il été écrit ?</p>
<p>Selon la tradition, le Coran a été dicté oralement à Mahomet, qui l’aurait transmis à ses compagnons. La mise par écrit daterait du troisième calife Utham, qui aurait fixé le canon coranique vers 650, pour éviter les dérives et rester fidèle à la révélation.</p><p>Les historiens actuels optent, pour la plupart, pour une rédaction progressive et une canonisation plus tardive. Certains suspectent qu’auraient circulé plusieurs versions, mais personne n’en a trouvé trace. Seul le manuscrit de Sana a été retrouvé en 1972, et fait actuellement l’objet d’une traduction complète.</p><p>Les historiens Fred Donner ou François Desroches considèrent que le Coran fut fixé vers la fin du 7e siècle. Le califat d’Abd al-Malik (5e calife de la dynastie omeyyade) aurait constitué un moment déterminant de cette canonisation. La doctrine du Coran « éternel et incréé » est plus tardive. Elle daterait de deux siècles environ après la mort du Prophète, dans le cadre de l’opposition au courant rationaliste mutaziliste.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
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	<pubDate>Sat, 01 May 2021 20:17:12 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/530/je-hais-le-nouvel-an-par-antonio-gramsci</link>
	<title><![CDATA[Je hais le nouvel an, par Antonio Gramsci.]]></title>
	<description><![CDATA[<p itemprop="name"> </p>
<p>Chaque matin, à me réveiller encore sous la voûte céleste, je sens que c’est pour moi la nouvelle année. C’est pourquoi je hais ces nouvel an à échéance fixe qui font de la vie et de l’esprit humain une entreprise commerciale avec ses entrées et sorties en bonne et due forme, son bilan et son budget pour l’exercice à venir. Ils font perdre le sens de la continuité de la vie et de l’esprit. On finit par croire sérieusement que d’une année à l’autre existe une solution de continuité et que commence une nouvelle histoire, on fait des résolutions et l’on regrette ses erreurs etc. etc. C’est un travers des dates en général. On dit que la chronologie est l’ossature de l’Histoire; on peut l’admettre. Mais il faut admettre aussi qu’il y a quatre ou cinq dates fondamentales que toute personne bien élevée conserve fichée dans un coin de son cerveau et qui ont joué de vilains tours à l’Histoire. Elles aussi sont des nouvel an. Le nouvel an de l’Histoire romaine, ou du Moyen Âge, ou de l’Époque moderne. Et elles sont devenues tellement envahissantes et fossilisantes que nous nous surprenons nous-mêmes à penser quelquefois que la vie en Italie a commencé en 752, et que 1490 ou 1492 sont comme des montagnes que l’humanité a franchies d’un seul coup en se retrouvant dans un nouveau monde, en entrant dans une nouvelle vie. Ainsi la  date devient un obstacle, un parapet qui empêche de voir que l’histoire continue de se dérouler avec la même ligne fondamentale et inchangée, sans arrêts brusques, comme lorsque au cinéma la pellicule se déchire et laisse place à un intervalle de lumière éblouissante. Voilà pourquoi je déteste le nouvel an. Je veux que chaque matin soit pour moi une année nouvelle. Chaque jour je veux faire les comptes avec moi-même, et me renouveler chaque jour. Aucun jour prévu pour le repos. Les pauses je les choisis moi-même, quand je me sens ivre de vie intense et que je veux faire un plongeon dans l’animalité pour en retirer une vigueur nouvelle. Pas de ronds-de-cuir spirituels. Chaque heure de ma vie je la voudrais neuve, fût-ce en la rattachant à celles déjà parcourues. Pas de jour de jubilation aux rimes obligées collectives, à partager avec des étrangers qui ne m’intéressent pas. Parce qu’ont jubilé les grands-parents de nos grands parents etc., nous devrions nous aussi ressentir le besoin de la jubilation. Tout cela est écœurant.</p>
<p>(Antonio Gramsci, 1er janvier 1916 sur l’Avanti!, édition de Turin, rubrique « Sotto la Mole ») Traduit par Olivier Favier.</p><p></p>
<p>Odio il capodanno<br />Ogni mattino, quando mi risveglio ancora sotto la cappa del cielo, sento che per me è capodanno.Perciò odio questi capodanni a scadenza fissa che fanno della vita e dello spirito umano un’azienda commerciale col suo bravo consuntivo, e il suo bilancio e il preventivo per la nuova gestione. Essi fanno perdere il senso della continuità della vita e dello spirito. Si finisce per credere sul serio che tra anno e anno ci sia una soluzione di continuità e che incominci una novella istoria, e si fanno propositi e ci si pente degli spropositi, ecc. ecc. È un torto in genere delle date.Dicono che la cronologia è l’ossatura della storia; e si può ammettere. Ma bisogna anche ammettere che ci sono quattro o cinque date fondamentali, che ogni persona per bene conserva conficcate nel cervello, che hanno giocato dei brutti tiri alla storia. Sono anch’essi capodanni. Il capodanno della storia romana, o del Medioevo, o dell’età moderna. E sono diventati cosí invadenti e cosí fossilizzanti che ci sorprendiamo noi stessi a pensare talvolta che la vita in Italia sia incominciata nel 752, e che il 1490 0 il 1492 siano come montagne che l’umanità ha valicato di colpo ritrovandosi in un nuovo mondo, entrando in una nuova vita. Così la data diventa un ingombro, un parapetto che impedisce di vedere che la storia continua a svolgersi con la stessa linea fondamentale immutata, senza bruschi arresti, come quando al cinematografo si strappa la film e si ha un intervallo di luce abbarbagliante.Perciò odio il capodanno. Voglio che ogni mattino sia per me un capodanno. Ogni giorno voglio fare i conti con me stesso, e rinnovarmi ogni giorno. Nessun giorno preventivato per il riposo. Le soste me le scelgo da me, quando mi sento ubriaco di vita intensa e voglio fare un tuffo nell’animalità per ritrarne nuovo vigore. Nessun travettismo<a href="http://dormirajamais.org/gramsci-2/#footnote_0_11337" id="identifier_0_11337" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="La voce « travettismo » è derivata dal piemontesismo « travet » che designa un « impiegato di basso livello e mal retribuito che svolge scrupolosamente un lavoro monotono e, anche, poco gratificante (e, con valore ironico, ne indica la mancanza di personalità, di iniziativa e di motivazioni) » (Grande Dizionario della Lingua Italiana). Si tratta del nome del protagonista della commedia piemontese di Vittorio Bersezio Le miserie di Monsù Travet (1862) divenuto il paradigma dell’impiegato dalla vita grigia e con prospettive limitate.">1</a>. Ogni ora della mia vita vorrei fosse nuova, pur riallacciandosi a quelle trascorse. Nessun giorno di tripudio a rime obbligate collettive, da spartire con tutti gli estranei che non mi interessano. Perché hanno tripudiato i nonni dei nostri nonni ecc., dovremmo anche noi sentire il bisogno del tripudio. Tutto ciò stomaca.</p>
<p>(Antonio Gramsci, 1° Gennaio 1916 su l’Avanti!, edizione torinese, rubrica « Sotto la Mole »)</p><p class="dpsp-share-text">Partager sur</p>
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<p>La voce « travettismo » è derivata dal piemontesismo « travet » che designa un « impiegato di basso livello e mal retribuito che svolge scrupolosamente un lavoro monotono e, anche, poco gratificante (e, con valore ironico, ne indica la mancanza di personalità, di iniziativa e di motivazioni) » (Grande Dizionario della Lingua Italiana). Si tratta del nome del protagonista della commedia piemontese di Vittorio Bersezio Le miserie di Monsù Travet (1862) divenuto il paradigma dell’impiegato dalla vita grigia e con prospettive limitate. [<a href="http://dormirajamais.org/gramsci-2/#identifier_0_11337" class="footnote-link footnote-back-link">↩</a>]</p>
]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/520/la-reponse-de-gilles-clavreul-a-alain-finkielkraut</guid>
	<pubDate>Fri, 30 Apr 2021 19:18:36 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/520/la-reponse-de-gilles-clavreul-a-alain-finkielkraut</link>
	<title><![CDATA[la réponse de Gilles Clavreul à Alain Finkielkraut]]></title>
	<description><![CDATA[<p>FIGAROVOX/TRIBUNE - Dans un entretien paru le 26 avril dans Le Figaro, Alain Finkielkraut critiquait sévèrement le terme de «tenaille identitaire». Gilles Clavreul, qui a fait l’expression sienne, défend son usage et revient sur le débat qui sous-tend leur désaccord selon lui: la nation est-elle un fait de culture ou une construction politique?</p><p class="fig-paragraph">Gilles Clavreul est co-fondateur du Printemps républicain et délégué général du club de réflexion L’Aurore. Il a été délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme de 2015 à 2017.</p><p>À découvrir</p><p class="fig-paragraph">Lorsque j’ai commencé à employer l’expression «tenaille identitaire», courant 2016, mon idée n’était pas d’habiller de neuf le poncif usé jusqu’à la corde, ni vrai ni faux comme tous les poncifs, qui voudrait que «les extrêmes se rejoignent». Pas davantage n’ai-je voulu dire qu’ils se ressemblent, qu’ils disent la même chose ou qu’ils représentent le même type de menace.</p><p class="fig-paragraph">En revanche, m’est apparu quelque chose comme un mécanisme qui rend solidaires entre elles des formes de protestation politique, sociale, religieuse, thématique très diverses, caractéristiques de l’ «âge identitaire» dans lequel, comme le signale Laurent Bouvet*, nous sommes désormais entrés. Généralisation des affirmations individuelles et collectives au détriment du commun, effacement des repères normatifs traditionnels (politiques, syndicaux, de classe, etc.), valorisation publicitaire du «narcissisme des petites différences»…Autant de signes auxquels nous ne pouvons plus échapper.</p><p class="fig-paragraph">Ce n’est pas seulement un fait politique, ni de culture, mais un fait de civilisation, sensible aussi bien dans la consommation de masse - le «venez comme vous êtes» de Mc Donald’s - que dans le militantisme radical. C’est que, pour être furieuse et stridente, la petite musique identitaire s’écrit sur une portée néo-libérale et marchande, la «dégradation de l’être en avoir et de l’avoir en paraître» dénoncée par Guy Debord. L’abaissement du politique a créé un vide, la solitude de l’individu perdu dans la foule prophétisée par Tocqueville a précipité le manque et engendré de nouveaux besoins: les propositions identitaires remplissent ce vide.</p>
<p>Pour être furieuse et stridente, la petite musique identitaire s’écrit sur une portée néo-libérale et marchande</p>
<p class="fig-paragraph">Pourquoi «tenaille»? Parce que ces propositions que tout oppose politiquement, par exemple celle des suprémacistes américains et celles des «wokes», s’articulent néanmoins autour d’un même axe, en l’occurrence celui de la race. Elles prétendent rapporter ce que l’on dit et ce que l’on pense à ce que l’on est. Ce faisant, le tout-identitaire étouffe petit à petit la conversation démocratique: rabattant le citoyen sur l’individu et l’individu sur ses attaches, sa naissance, son genre ou encore la religion dans laquelle il a été élevé, il assigne à chacun des positions fixes et tue l’idée même d’une délibération collective. Second attribut de la tenaille: la pression de la pince gauche accentue celle de la pince droite, et réciproquement. Elles s’entre-alimentent dans une surenchère d’anathèmes et de procès en sorcellerie où chacun est sommé de prendre parti ou enrôlé de force dans l’un ou l’autre camp.</p><p class="fig-paragraph"><a href="https://www.lefigaro.fr/vox/societe/alain-finkielkraut-sarah-halimi-insecurite-ecologie-qu-est-la-gauche-devenue-20210425" data-fig-type="Article" data-gtm-custom-categorie="navigation" data-gtm-custom-action="crossclick" data-gtm-custom-label="Contextuel" data-gtm-event="customEventSPE" data-fig-domain="LEFIGARO">Dans une interview parue lundi dernier dans Le Figaro</a> , Alain Finkielkraut réfute l’idée de tenaille, y voyant une «idée fausse». Tel que je comprends son raisonnement, il estime qu’on ne peut pas opposer ni mettre sur le même plan ceux qui participent de l’avènement de cet âge identitaire et ceux qui s’en inquiètent, s’en affligent et tentent d’y résister. Ceux-ci ont pour seul tort d’être parfois excessifs, poussés par l’angoisse de voir leur culture disparaître ; les premiers, en revanche, sont les agents d’une passion destructrice qui vise à ce qu’un multiculturalisme obligatoire supplante la culture française. En d’autres termes, il n’y aurait pas deux grands récits identitaires face-à-face, mais une identité menacée d’un côté et des destructeurs d’identité de l’autre, ou plus simplement une proie, le «nous» français et européen, et des prédateurs.</p>
<p>Quelle identité défend-on ? Qui s’accorde sur quoi ? Prend-on tout en bloc, ou bien s’autorise-t-on à faire le tri ?</p>
<p class="fig-paragraph">Je vois surgir immédiatement deux difficultés. D’abord je ne suis pas sûr que tous ceux qui défendent une identité menacée s’en font exactement la même idée qu’Alain Finkielkraut: Péguy, Kundera, la galanterie française dont «Finkie» faisait un magnifique éloge dans L’identité malheureuse, sont des figures assez imperceptibles, pour dire le moins, dans le programme du Rassemblement national. Nous voilà face à un premier écueil: quelle identité défend-on? Qui s’accorde sur quoi? Prend-on tout en bloc, ou bien s’autorise-t-on à faire le tri? Etc. Deuxième problème: les contempteurs de notre identité menacée veulent-ils le nivellement généralisé des valeurs et l’écrasement des origines dans un grand tout relativiste - ce qui a plutôt été la thèse d’Alain Finkielkraut depuis La défaite de la pensée - ou bien avancent-ils masqués, derrière un multiculturalisme apparent, pour imposer une identité de remplacement, comme le disent Eric Zemmour ou Renaud Camus? Dans cette dernière hypothèse, il y a certes bien confrontation des modèles, pour ne pas dire choc des civilisations ; reste que la France selon Zemmour et Camus n’est pas plus la France que l’islam selon Tariq Ramadan et Youssef Al-Qaradawi n’est l’islam - du moins, rien n’oblige à adhérer à la vision qu’ils en donnent.</p><p class="fig-paragraph">Je pourrais m’en tenir là pour dire pourquoi je garde quand même la tenaille dans ma caisse à outils: elle me sert à repousser des propositions dont l’identité est le principe, et dont je ne veux pas. Mais l’argumentation d’Alain Finkielkraut se situe sur un plan plus élevé. D’abord, il invite - et là-dessus nous tomberons entièrement d’accord - à juger les champions identitaires sur le plan à la fois intellectuel et moral: entre la pensée pauvrette et répétitive des wokes, le délire décolonial et la brutalité islamiste, d’un côté, et la culture démocratique, française et européenne, de l’autre, est-il seulement besoin de manifester sa préférence, tant elle est évidente, spontanée, immédiate?</p>
<p>Identité politique et identité culturelle</p>
<p class="fig-paragraph">Ensuite, il pose, et se pose, la question culturelle: pour Alain Finkielkraut, l’identité, c’est la culture. Eh bien, si curieux que cela paraisse, c’est sur cette idée qui sonne comme une évidence, que mon chemin s’éloigne pourtant du sien: de l’identité culturelle, qu’on recueille en héritage et qu’on perpétue, je sépare l’identité politique, celle qu’on choisit en fonction d’un projet d’organisation collective et de principes de vie auxquels on adhère. Or mon identité politique, c’est celle d’un citoyen de la République française indivisible, laïque, démocratique et sociale. Bien sûr, cette identité n’est pas sans lien avec ma culture ; mais elle ne s’y résume pas. Je peux même dire qu’en sens inverse, Méditerranéen que je suis, une partie de ma culture échappe à mon être politique. Ainsi, culture et politique se recoupent, mais ne se superposent pas.</p><p class="fig-paragraph">Alain Finkielkraut a le grand mérite de poser clairement les termes du débat: soit on fait de la nation un fait de culture, comme il l’avance. Soit, comme je le crois, la nation est d’abord une construction politique. Là est le fond de notre désaccord. On pourrait, de façon un peu scolaire, renvoyer à l’opposition entre Fichte et Renan: bien qu’Alain cite ce dernier, c’est plutôt vers le premier qu’il penche quand il fait de la nation la transcription dans l’ordre du politique d’une communauté d’idée et de sensation dont la langue est le creuset.</p>
<p>Soit on fait de la nation un fait de culture, comme il l’avance. Soit, comme je le crois, la nation est d’abord une construction politique.</p>
<p class="fig-paragraph">Or, me semble-t-il, l’histoire de la construction nationale en France témoigne d’une expérience toute autre: c’est l’Etat qui a fait la nation, d’abord sur le plan juridique, militaire et administratif, et ensuite seulement, bien plus tard, par l’unification culturelle. Ainsi, de quand faut-il dater la naissance d’une «politique de la langue», pour paraphraser Michel de Certeau? Certainement pas de la Renaissance, écrivait Colette Beaune**: vers 1500, «la langue n’est pas l’un des soucis majeurs du sentiment national français». L’erreur d’interprétation est pourtant fréquente à propos de l’édit de Villers-Cotterêts (1539): il fixe la langue administrative, mais ne lui assigne aucune fonction unificatrice. C’est la langue des papiers officiels, ce n’est pas encore celle du peuple. Plus tard, la création de l’Académie française, qui participe de l’idéal de perfection formelle du Grand Siècle, n’a rien d’un instrument de conquête des masses. Après les projets inaboutis de l’abbé Grégoire sous la Convention, il faut attendre la IIIème République pour que la mosaïque linguistique et la faible pénétration du français au sud d’une ligne Saint-Malo-Genève soient perçues comme un enjeu, la persistance des parlers locaux étant vue comme un frein à l’établissement ferme et durable du régime républicain. Mais auparavant, on compte plusieurs siècles de cohabitation paisible entre plurilinguisme et sentiment national: les divisions dont le pouvoir s’inquiète sont politiques, sociales, religieuses surtout, mais pas linguistiques.</p><p class="fig-paragraph">La culture ne devient un enjeu qu’avec l’effacement progressif et inexorable de la référence religieuse, à laquelle les plus hardis des révolutionnaires, nota Quinet, n’ont pas osé toucher un siècle plutôt. Mais dans la France en plein bouleversement technique, économique, démographique de la fin du XIXème siècle, il devient urgent de donner à une République encore fragile et contestée une base sociale solide: si on sourit aujourd’hui de la forme naïve et franchement catéchuménale de la «morale de nos pères» prônée par Jules Ferry, il faut se rappeler que des intellectuels conséquents, comme le néo-kantien Charles Renouvier, ont auparavant jeté les bases d’une «morale laïque» et proposé à la République d’assumer le «pouvoir spirituel» en lieu et place de l’Eglise. Discours si puissant qu’il est difficilement entendu de nos jours: pourtant, il nous a faits.</p>
<p>Identité de la France et identité nationale</p>
<p class="fig-paragraph">Alors, en effet, s’est épanouie une culture proprement française - française, comme le dit Braudel, et non nationale, car rien ne ressemble moins à une nation, quant à ses caractères propres, qu’une autre nation. Ce fut l’erreur de Nicolas Sarkozy, que de mal choisir ses mots, lorsqu’il se mit en quête «d’identité nationale», initiative mi-politicienne, mi-bureaucratique, à partir d’une intuition pourtant légitime: eût-il parlé d’identité de la France, sans la tremper dans le bain finalement peu révélateur de la question migratoire, l’initiative aurait pu porter ses fruits. Chérir la France, c’est être patriote ; mais exalter la nation, de façon générique, comment le faire sans être complaisant envers le nationalisme? Voilà une belle question de frontières…</p><p class="fig-paragraph">Revenons à l’aurore de la IIIème République. L’identité française y devint un projet politique à part entière, adossée à un récit unificateur, parfois oublieux des vicissitudes de l’Histoire, peu disert sur les zones d’ombre, mais plus respectueux de la diversité qu’on ne le dit souvent. Une culture-palimpseste qui se surimpose aux identités locales sans les effacer complètement. «Les France cousues ensemble» de Braudel se manifestent encore partout, les «petites patries»*** ne défient pas la culture française, au contraire elles la fortifient. Tel ces disques multicolores qui paraissent tout blancs quand on les fait tourner, c’est la richesse de ses tons, la variété de sa palette, qui fait l’unité de la France, à condition de rester toujours en mouvement. A cela, une seule limite, mais elle est nette: de la diversité, on peut tout accepter comme culture, mais on doit tout lui refuser comme politique. Ainsi, comme l’avait fermement rappelé le Conseil constitutionnel, il y a une langue corse, une histoire corse, des paysages et une âme corses ; mais il n’y a pas de peuple corse. Et pas davantage - au moment où le Gouvernement s’engage sur une pente glissante, celle de la reconnaissance d’un prétendu «droit à la différenciation» - de peuples basque, breton, afro-descendant, alsacien, etc.</p><p class="fig-paragraph">Ainsi l’identité n’est, pour la vie de la cité, ni bonne, ni mauvaise en soi. Elle est une donnée que le politique doit intégrer, mais elle n’indique rien par elle-même quant à ce qui permet à l’homme d’habiter l’espace collectif. En revanche, l’instrumentalisation idéologique de l’identité, c’est-à-dire la politique identitaire, raréfie incontestablement l’oxygène démocratique en restreignant nos choix à nos appartenances. Il y a peut-être des identités plus désirables ou plus confortables que d’autres, mais aucune politique assise sur l’identité n’est construite, selon moi, sur des fondations solides.</p>
<p>La laïcité, enfin</p>
<p class="fig-paragraph">Un dernier mot sur la laïcité. Là encore, quand bien même son histoire témoigne d’une modalité singulière de règlement de la question théologico-politique, elle est un principe philosophique et politique et non un trait culturel. Nous ne la défendons pas parce qu’elle est française, mais parce qu’elle rend possible un équilibre précieux entre les libertés individuelles et les règles de vie collective. En faire une spécialité française, c’est se résigner à ce qu’elle ne soit pas universalisable: ce n’est pas ce qu’attendent de nous les intellectuels et militants algériens, tunisiens, turcs ou iraniens qui envient notre laïcité. Ayons de l’ambition pour nos principes: ils sont plus grands que nous. Et le principe de laïcité nous intime - non pas de déchirer le palimpseste du récit français où le Texte catholique se laisse découvrir à chaque ligne ; mais de regarder avec un intérêt bienveillant et détaché toutes les écritures, pour écrire notre propre partition, librement.</p><p class="fig-paragraph">* Laurent Bouvet, Le péril identitaire, Éditions de l’Observatoire, 2020</p><p class="fig-paragraph">** Colette Beaune, Naissance de la nation France, Gallimard, 1985</p><p class="fig-paragraph">*** Olivier Grenouilleau, Nos petites patries, Gallimard, 2019</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Wed, 28 Apr 2021 05:20:07 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Terrorisme, le tunisien Jamel Gorchene n&#039;est pas un loup solitaire]]></title>
	<description><![CDATA[
<p><a href="https://mondafrique.com/wp-content/uploads/2021/04/Gorche%CC%80ne.jpg" data-caption=""></a></p>
<p>Originaire de M’saken en Tunisie où il a été endoctriné par un imam salafiste, Bechir Ben Hassen, le terroriste de Rambouillet, Jamel Gorchene n’a pas surgi de nulle part ! </p><p class="article__paragraph">Quel processus, s’interroge le très docte quotidien « le Monde, a conduit Jamel Gorchene, un Tunisien de 36 ans arrivé clandestinement en France en 2009, à assassiner une adjointe administrative du commissariat de Rambouillet (Yvelines), le 23 avril ? Quels ressorts ont fait basculer  « ce chauffeur-livreur sans histoire » dans la dérive meurtrière? « Troubles de personnalité », failles psychologiques », « profil énigmatique ». À en croire les déclarations publiques des experts des services anti terroristes, Jamel Gorchene serait un loup solitaire, du genre déprimé, mais sans réseaux ni visibilité. Nous ne sommes pourtant pas obligés de croire sur parole à cette présentation angélique d’un terroriste à l’allure d’un « chauffeur livreur sans histoire ».</p><p class="article__paragraph">La radicalisation progressive du terroriste de Rambouillet n’a rien à voir avec le story telling qu’on nous impose.même si son parcours a échappé, semble-t-il, à tous les radars anti terroristes. Plus grave encore, aucune coopération n’a véritablement fonctionné entre les services français et tunisiens qui aurait pu permettre de repérer les dérives de Jamel Gorchene.</p>
<p><a href="https://mondafrique.com/wp-content/uploads/2021/04/3QPFNJWWNFUVCLBN42C2X2PZG4.jpg"></a><br />Mohamed Salmin Bouhlel,: 86 morts, plus de deux cent blessésDeux amis d’enfance<br />Lors de son arrivée sur le territoire français en 2009, le jeune tunisien rejoint Mohamed Lahouaiej Bouhlel, installé à Nice depuis cinq ans et qui sera l’auteur du terrible attentat de 2016 (86 morts). Ce sont des amis d’enfance du même age, originaires l’un et l’autre de la ville de M’Saken en Tunisie. La région niçoise est en effet une terre d’émigration privilégiée pour les Tunisiens de cette grande banlieue de Sousse. </p>
<p>En 2020, un autre Tunisien âgé lui d’une vingtaine d’années et originaire de Sfax, assassine trois personnes en perpétrant un attentat à la basilique Notre-Dame-de-l’Assomption à Nice toujours. Dix jours plus tôt, une vidéo était diffusée sur Facebook, prêchant en arabe la décapitation de tous ceux qui offensent le prophète Mahomet. L’auteur? Un certain Bechir Ben Hassen, l’Imam de M’sakem, qui a vécu en France entre 2016 et 2020.</p><p><a href="https://mondafrique.com/wp-content/uploads/2021/04/24-02-2014-09-52-24bechir_ben_hassen.jpg"></a></p>
<p> Béchir Ben Hassen, la matrice<br />Imam populiste, proche de l’Arabie Saoudite , Béchir Ben Hassen aura formé à un Islam salafiste les deux apprentis terroristes.  Né à Msaken comme eux, ce religieux n’a rien d’un tueur, mais il est bien un notable au discours rigoriste qui prêche sur la chaine qatarie El Djazira. Lors de l’arrivée au pouvoir des islamistes après 2011, ce fondamentaliste soutient le mouvement Ennhadha et encadre, par des prêches enflammés, une jeunesse en voie de radicalisation qu’il faut contenir. « Cet Imam piétiste, explique un universitaire,  tentait comme d’autres d’amortir le choc provoqué par l’islamisation du pouvoir et de la société ». .<br />Ce notable pieux n’a cessé de multiplier les allers et retours entre la Tunisie, le Maroc et la France. Béchir Ben Hassen a étudié à l’Institut d’Oum Al Qura à la Mecque, ainsi qu’à l’Université Américaine internationale de théologie islamique avant de suivre des cycles de formations au Centre Islamique et culturel de Bruxelles. Installé quelque temps au Maroc où il fait de la prison, le Cheikh Béchir Ben Hassen rentre finalement dans son pays en 2014 après avoir passé neuf mois en détention en France en raison dune plainte déposée par son épouse française pour avoir kidnappé ses enfants.<br />Al-karama à la manoeuvre<br />Lorsqu’en 2015, le vent est moins favorable aux islamistes tunisiens après l’élection de Beji Caïd Essebsi, l’Imam est  renvoyé de la mosquée de M’sakem. Après quatre ans passés à nouveau en France, il revient en Tunisie retrouve les clés du lieu de prière. C’est le moment où ses amis d’Ennahdha et leurs alliés d’ « Al Karama » forment le gouvernement. Le fait qu’il ait pris pour avocat Maitre Seifeddine Maklhouf, le chef du groupe Al-Karama, lui  permet d’asseoir encore d’avantage son influence. <br />En pleine épidémie de Covid, l’Imam conseille aux fidèles de s’immuniser en s’arrosant avec un peu d’eau et l’aide d’Allah. Or c’est ce notable porteur d’un Islam rétrograde que Jamel Gorchene consulte en février dernier lorsque, muni enfin de papiers français, il séjourne quelque temps en Tunisie dans sa banlieue de Sousse.<br />Déclarations embarrassées </p>
<p>Une certitude, Jamel Gorchene, citoyen tunisien, en pinçait pour  « Al-Karama » et ses prédicateurs réactionnaires, tout comme une masse de jeunes islamistes énervés qui trouvent bien trop mous les Frères Musulmans d’Ennahdha au pouvoir depuis dix ans.</p><p>Après l’assassinat de l’enseignant Samuel Paty en octobre 2020, un des députés d’Al-Karama, bienveillant avec Daech et connu pour ses positions hostiles à la France, Rached Khiari, avait en effet justifié, à travers un post, l’opération terroriste. L’élu qui est aussi enseignant avait montré à ses élèves les caricatures dégradantes du prophète Mohamed, en assurant que « l’atteinte au prophète est le plus grand des crimes et que celui qui ose le faire doit en assumer les conséquences qu’il soit un Etat, un groupe ou une personne » ! Le Parquet de Tunis avait ouvert une enquête.</p><p>Interrogé par Mondafrique sur les liens du terroriste avec sa mouvance, l’ancien bloggeur et aujourd’hui député d’Al-Karama, Maher Zid, répond de façon assez embarrassée: « Nous ne sommes pas un véritable parti, personne n’est vraiment partie prenante de notre organisation ». Les déclarations de Rached Khiari ne provoquent chez lui  » aucun souvenir ». Et de botter en touche en suspectant les autorités françaises d’avoir pu organiser une telle mise en scène macabre. « Il arrive que des services de renseignement organisent de tels attentats pour détourner l’attention de l’opinion publique lorsqu’ils sont déstabilisés ». Et le même Maher Zid d’ajouter: « Al Karama n’a donné aucun ordre d’assassiner cette fonctionnaire de police ». Cela va encore mieux en le disant !</p><p>De là à penser que la mouvance d’Al-Karama ait armé les assassins en France, il y aurait un pas à ne pas franchir. Pour autant, une coopération entre services de sécurité tunisien et français aurait évité utilement quelques drames ! De cet échec, personne ne veut parler.</p>
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]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
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	<pubDate>Mon, 26 Apr 2021 19:44:34 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[verra-t-on un jour Brad Pitt dans le rôle de Martin Luther King ?&quot;]]></title>
	<description><![CDATA[<p class="article-text article-body__item">En matière de lutte contre les discriminations, on croyait avoir trouvé l’arme absolue : pulvériser tous les stéréotypes, en libérant le casting des fictions grand public de toute référence à une réalité honnie. En quelques années, le monde entier, abonné à Netflix et Cie, serait converti à l’interchangeabilité générale des personnes.</p><p class="article-text article-body__item">Patatras, encore raté ! Car certains « bénéficiaires » présumés de ces mascarades (à savoir les discriminés) ont compris tout autrement le message : vous n’existez pas ! D’où une colère légitime et sans doute salutaire.</p>
<p>Visuellement correct</p>
<p class="article-text article-body__item">Une erreur de casting n’a rien à voir, en général, avec une dissemblance physique. Ainsi, la troisième saison de l’excellente série britannique <a href="https://www.marianne.net/culture/cultures-pop/series-tv-peut-on-esperer-un-the-crown-a-la-francaise">The Crown</a> est gâchée par l’actrice (Gillian Anderson), pourtant assez « ressemblante », qui incarne Thatcher, mais dont le registre expressif très réduit bousille littéralement le personnage de Maggie.</p><p class="article-text article-body__item">Mais il y a tout de même des limites… Napoléon incarné par Omar Sy passe encore. Mais les spectateurs les plus coincés (ils sont encore nombreux) risquent de « tiquer » en découvrant Bovary (Madame) sous les traits de Richard Berry, d’autant que cet acteur fait l’objet de graves accusations d'agressions sexuelles. Et que dire d’un Jésus de Nazareth interprété par Marion Cotillard ?</p>
<p>Catéchisme visuel</p>
<p class="article-text article-body__item">Dans les productions les plus avancées (comme l’impayable Chronique des Bridgerton, une espèce d’utopie rétroactive fantasmée digne des Monty Python), le message est tellement lourdingue qu’il efface tout le reste, on ne voit, on n'entend plus que lui. L’intrigue, l’époque, les décors, les personnages, les dialogues, et même le jeu des acteurs n’ont plus aucune importance, seul s’impose le « catéchisme visuel » qui a remplacé ce que l’on appelait autrefois, en politique, la « propagande ».</p><p class="article-text article-body__item">Le spectacle se voulait édifiant, il tourne au comique (involontaire), parfois au grotesque, et enfin à l’odieux. Les producteurs ont fini par s’en apercevoir, et ils se défendent désormais en parlant d’humour ou d’anachronisme délibéré, forcément « créatif »… Ils seraient mieux avisés d’inscrire leurs productions dans la plus prestigieuse catégorie de la littérature surréaliste : « beau comme la rencontre fortuite sur une table de dissection de la reine Victoria et de Gérard Depardieu ».</p><p class="article-text article-body__item">Ces hardiesses semblent encore bien souvent fonctionner à sens unique : ainsi, une Jeanne d’Arc jouée par une jeune (ou une moins jeune) femme africaine : bravo ! Noomi Rapace en improbable hackeuse : génial ! Mais Brad Pitt en Martin Luther King ou Leonardo DiCaprio dans le rôle de Marie Curie ? On frôle le sacrilège… Pourquoi diable ces différences d’appréciations entre un casting progressiste et un autre insupportable ?</p>
<p>« Vous êtes interchangeables : vous n’existez pas »</p>
<p class="article-text article-body__item">Il y a pire. À savoir que certains de celles et ceux qui auraient dû être les principaux bénéficiaires de ces initiatives (les femmes, les non-Blancs et autres discriminés), et dont les producteurs attendaient sans doute des témoignages de gratitude (et puis quoi encore ?), n’apprécient pas du tout. Et on les comprend.</p><p class="article-text article-body__item">Si un Noir peut jouer le rôle d’un Blanc (ou vice-versa), une femme interpréter un homme (ou vice-versa) ou encore, de manière intersectionnelle, un homme blanc jouer le rôle d’une femme noire, cela peut tout au plus enchanter la mouvance bie, trans ou métisse – encore que celle-ci préférerait sans doute que des acteurs bis, trans ou métis interprètent de grands rôles de bis, trans ou métis, le chevalier d’Éon, Dumas ou Pouchkine, par exemple.</p><p>On ne sous-estimera pas le risque inverse : celui d’un monde où Brad Pitt ne serait plus autorisé qu’à jouer le rôle de… Brad Pitt, au stade ultime d’une crise de la représentation.</p><p class="article-text article-body__item">Mais ce genre de bouffonnerie peut aussi gravement indisposer les intéressé(e)s : car que signifie au bout du compte l’interchangeabilité générale, sinon que vous n’existez pas !</p><p class="article-text article-body__item">Et comme par hasard, cette équivalence se trouve être aussi une loi du marché, où tout se vaut, réduit à l’équivalent général appelé « argent », lequel, comme chacun sait, n’a pas d’odeur ni de genre, ni de couleur – sinon le vert du dollar américain. La showrunneuse Lauren S. Hissrich a mangé le morceau : « dans les jeux vidéo, Geralt et les Witcher ont un accent américain. Ce n’est pas le cas dans les livres [!] mais les développeurs ont pensé que ça plairait à un plus large public ». Bingo !</p><p class="article-text article-body__item">On ne sous-estimera pas pour autant le risque inverse : celui d’un monde où Brad Pitt ne serait plus autorisé qu’à jouer le rôle de… Brad Pitt, au stade ultime d’une crise de la représentation. Ce qui n’est pas non plus très raisonnable…</p>
<p>Les showrunneurs, ça ose tout</p>
<p class="article-text article-body__item">Quand les problèmes de société les plus difficiles et les plus explosifs sont pris en charge par des showrunneurs dont la compréhension des sujets est forcément limitée, le théorème d’Audiard s’applique implacablement : « les c… ça ose tout, et c’est même à ça qu’on les reconnaît ». Expier les péchés de nos ancêtres, rendre le monde meilleur, chacun y va de sa petite solution inspirée par sa profession, aussi futile soit-elle…</p><p class="article-text article-body__item">Les politiques sont à vrai dire les seuls « professionnels » compétents pour traiter, à défaut de les résoudre, les « problèmes de société », et sans chercher, surtout pas, à rendre le monde meilleur. Leur carence laisse la voie ouverte aux initiatives les plus ubuesques, en général contre-productives, surtout venant de ceux qui incarnent aujourd’hui les pires aspects de la domination de l’Occident sur le reste du monde.</p>
<p>La « pulvarisation » d’un tabou</p>
<p class="article-text article-body__item">Une fois de plus, désolé amis médiologues, il va nous falloir nuancer la réprobation courroucée que suscitent (ici-même) le woke et la cancel culture : ne sommes-nous pas nous-mêmes victimes de l’occidentalisation du monde – cette « carnavalisation », selon le mot de Jean Baudrillard – que certains combattent d’une manière (qui nous paraît) extravagante ou choquante ?</p><p class="article-text article-body__item"><a href="https://www.marianne.net/politique/gauche/en-invitant-les-blancs-a-se-taire-audrey-pulvar-rouvre-les-fractures-a-gauche">Audrey Pulvar nous montre le chemin.</a> Courageusement. On lui a beaucoup reproché sa complaisance bafouillée envers la « non-mixité »… La pulvarisation de ce tabou ouvre pourtant d’intéressantes perspectives : grâce à vous, Madame, nous allons (peut-être) pouvoir de nouveau, comme dans la vieille Angleterre, fonder des clubs réservés aux hommes (aux mâles). Ou bien exclusivement féminins, bien entendu… Et laisser les gentils organisateurs se débrouiller avec les demandes d’adhésion de candidat e s trans.</p><p class="article-text article-body__item">Quel soulagement ! Mais précisons pour les plus méfiants et autres paranos que les clubs mixtes, et plus si affinités, resteront autorisés.</p><p class="article-text article-body__item">P.-S. : plus sérieusement, on trouvera une brève analyse médiologique de l’affaire sur <a href="https://www.mediologie.org/le-medium-c-est-le-casting">le site de la médiologie</a>.</p><p class="article-text article-body__item">À LIRE AUSSI : <a href="https://www.marianne.net/agora/humeurs/de-dix-petits-negres-valeurs-actuelles-quand-la-mauvaise-foi-l-emporte-sur-les">De "Dix petits nègres" à "Valeurs actuelles" : quand la mauvaise foi l'emporte sur les arguments rationnels</a></p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/503/a-mes-amis-musulmans</guid>
	<pubDate>Fri, 23 Apr 2021 15:13:19 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/503/a-mes-amis-musulmans</link>
	<title><![CDATA[A mes amis musulmans]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Qui me reprochent d’être obsédé par « l’islam » et de proposer sur mon mur de nombreux textes ou articles qui discréditent une fois de plus  les musulmans déjà selon eux victimes d’islamophobie dans les sociétés occidentales.</p>

<p>Je voudrais être clair : chacun, selon moi, est libre de croire ce qu’il veut : y compris ce qu’un esprit rationaliste se refuse à croire : que Moïse a reçu les tables de la loi sur le mont Sinaï, que l’ange Gabriel a dicté le Coran à Mohammed  et que celui-ci est monté au ciel sur sa jument, que Jésus a été conçu par le Saint-Esprit… Je le répète : chacun est livre de croire ce qu’il vaut, y compris bien sûr  d’être athée ou agnostique. Chacun est libre d’avoir une foi qui le relie au divin et de prier dans le silence de sa maison ou en groupe avec ses frères de religion.</p>

<p>Ici, il s’agit d’autre chose : il s’agit d’une idéologie politique totalitaire qui n’accepte pas la diversité des croyances et des incroyances, tout comme dans le passé le nazisme, le stalinisme, le maoïsme,  le polpotisme, l’inquisition, la Terreur… Cette idéologie politique issue du Coran et des Hadith et qui pratique à la lettre une partie des  enseignements du Coran et de la biographie du Prophète lui-même, est conquérante et s’oppose absolument à une conception de la vie et des relations entre les humains que je défends, avec d’autres, dans ma pensée et ma pratique.</p>

<p>Les Musulmans, dans leur majorité, me disent mes amis, ne défendent pas les actions monstrueuses de l’Etat islamique ou  de Boko Haram. Ils ont raison. Mais trop souvent beaucoup de musulmans les justifient en les mettant en parallèle avec les exactions américaines, européennes et surtout israéliennes ou même en affirmant  que ces mouvements ne sont que les marionnettes des précédents et n’ont rien à voir avec l’islam véritable. Sans le vouloir, ils constituent ainsi  une masse qui se prépare à accepter  l’intolérable. Les russes et les allemands, dans leur totalité,  n’étaient pas, à l’avènement du stalinisme et du nazisme, favorables à la création d’un état totalitaire, mais ils étaient réceptifs à une propagande qui leur proposait une certaine vision manichéenne du monde.</p>

<p>Je ne suis pas « obsédé » par l’islam. C’est cet islam-là qui se rend obsédant et propagandiste dans le monde d’aujourd’hui, en conquérant peu à peu les esprits, encore rétifs à ses visions et ses actions. </p>

<p>Cela ne signifie pas qu’il faille absoudre de leurs fautes  les empires, les égoïsmes, les semeurs de haine, partout où ils existent. Le combat que je mène, depuis longtemps, contre la haine et le mensonge, je n’y renoncerai pas mais je n’accepterai pas qu’on m’empêche de dire ce que je pense et ce que je vois, sous le prétexte d’une lutte pour la justice et l’égalité, qui, une fois de plus, sert de bouclier au totalitarisme.  </p>

<p>Charles Rojzman</p>
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	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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