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	<title><![CDATA[Signet Loupe: Articles de blog de Idées]]></title>
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	<description><![CDATA[]]></description>
	
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	<pubDate>Thu, 22 Apr 2021 21:33:03 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[des médias suisses sous pression]]></title>
	<description><![CDATA[<p class="article-text article-body__item">À un mois d’intervalle, deux rédactions de Suisse romande ont reçu la visite de groupes en colère. Mi-mars, un collectif d’activistes transgenres s’est invité dans les locaux du Temps, à Lausanne. Motif : la publication, quelques jours plus tôt, sur le site du quotidien helvétique francophone de référence, d’une vidéo dans laquelle la comédienne et humoriste Claude-Inga Barbey interroge, s’en moquant un peu, l’idéologie et le vocabulaire transgenres. Elle y interprète deux personnages : une femme en pleine affirmation de sa nouvelle identité face à une psy dépassée par la situation. Tollé dans les groupes LGBT, qui accusent l’humoriste et son partenaire Le Temps de faire peu de cas de la souffrance de personnes trans. D’où la visite domiciliaire subséquente.</p><p class="article-text article-body__item">[embedded content]</p><p class="article-text article-body__item">La semaine dernière, c’est au tour du quotidien régional La Liberté, édité à Fribourg, de faire les frais d’un courroux, après la parution d’une lettre peu inspirée dans le courrier des lecteurs. Un certain Paul C. y dit son émoi face aux « jeunes filles en fleur » qualifiées de « nymphettes » vêtues de tenues dont elles ne peuvent selon lui ignorer le côté « provocant ». Plusieurs personnes se sont elles aussi invitées dans les locaux du journal.</p>
<p>Le rédac chef recule devant la pression</p>
<p class="article-text article-body__item">Machine arrière du rédacteur en chef, Serge Gumy, qui admet le contenu déplacé de la lettre et dit ses « regrets » de l’avoir publiée. Des « regrets » jugés insuffisants. Les activistes féministes, qui invoquent la « culture du viol », exigent des excuses. Deux voitures de la rédaction sont par ailleurs taguées : « Collabo du viol », « violeur »… L’action est revendiquée par un groupe au parfum anarchiste se faisant appeler « La Volte rose, verte et noire ». Le rédacteur en chef présente finalement des excuses, mais rappelle dans un éditorial le risque mortel pour la presse de l’autocensure face aux intimidations. La liberté, ce beau nom porté par le quotidien fribourgeois, doit toujours l’emporter.</p><p class="article-text article-body__item">Un mois plus tôt, après l’intrusion d’un collectif transgenre dans les locaux du Temps, sa rédactrice en chef Madeleine von Holzen, avait dit elle aussi son attachement à la liberté d’expression. Sauf que là, elle avait à batailler au sein même de sa rédaction, divisée, comme Le Monde ou Libération en France, entre wokes et boomers, entre jeunes et vieux pour aller vite, les premiers faisant preuve d’un certain puritanisme adossé à la défense des « minorités », chose que leur reprochent les seconds, porteurs d’idées libertaires.</p>
<p>Fracture générationnelle au sein des rédactions</p>
<p class="article-text article-body__item">Ce jeune journaliste au Temps, qu’on peut ranger dans le camp woke (qui veut dire « vigilant face à toute forme d’injustice »), confirme l’existence d’une fracture générationnelle dans la rédaction : « Je la retrouve avec mes parents qui s’étonnent que ma génération soit celle qui, disent-ils, veuille introduire à nouveau des interdits. » L’époque change, aux anciens de s’adapter, fait comprendre le journaliste du Temps, citant en exemple ces chorégraphies de rues de féministes chiliennes qui se sont répandues partout en Occident. Avec l’arrivée de Madeleine von Holzen aux commandes du Temps à la fin de l’année dernière, le quotidien, économiquement à droite, sociétalement à gauche, a pris ses distances avec une forme de jeunisme imprimé par l’ancienne équipe dirigeante.</p><p class="article-text article-body__item">Le Temps qui, depuis le 16 avril, a les projecteurs en partie braqués sur lui. Le 31 octobre, peu avant l’entrée en fonction de Madeleine von Holzen, le quotidien publiait une enquête sur des allégations de harcèlement au sein de la télévision suisse romande (RTS) et dévoilait au passage des pans entiers, supposés problématiques, même si légaux, de la vie privée de Darius Rochebin, l’ex-présentateur vedette du JT de la RTS, retiré de l’antenne de son employeur français LCI suite aux « révélations » du quotidien suisse. Il se trouve qu’après six mois d’enquête interne, Darius Rochebin est « blanchi ». Il n’a rien à se reprocher pénalement, selon cette investigation de nature administrative. Le journaliste suisse, qui poursuit Le Temps pour diffamation, réintégrera l’antenne de LCI ce lundi 26 avril et laissera à ses avocats le soin de régler une affaire où l’intimité d’un individu aura été exposée manifestement sans raisons impérieuses.</p><p class="article-text article-body__item">A LIRE AUSSI : <a href="https://www.marianne.net/agora/les-signatures-de-marianne/quand-la-pensee-woke-se-rendormira" target="_blank">Quand la pensée "woke" se rendormira</a></p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/497/%C2%AB-la-focalisation-sur-la-race-et-le-genre-fait-aujourd%E2%80%99hui-ecran-aux-questions-sociales-%C2%BB-%E2%80%93-le-comptoir</guid>
	<pubDate>Thu, 22 Apr 2021 21:30:50 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/497/%C2%AB-la-focalisation-sur-la-race-et-le-genre-fait-aujourd%E2%80%99hui-ecran-aux-questions-sociales-%C2%BB-%E2%80%93-le-comptoir</link>
	<title><![CDATA[« La focalisation sur la race et le genre fait aujourd’hui écran aux questions sociales » – Le Comptoir]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Philosophe spécialiste des Lumières et des précurseurs du socialisme, Stéphanie Roza vient de publier « La gauche contre les Lumières ? » (Fayard, 2020) dans lequel elle revient sur l’émergence, au sein de la gauche intellectuelle, d’une critique radicale contre les principes fondateurs des Lumières, au risque de jeter le bébé avec l’eau du bain. À l’heure où le rapport à l’universalisme, à la science ou au progrès sont au cœur du débat public, nous avons souhaité nous entretenir avec elle.</p>
<p>Le Comptoir : Dans votre livre, vous analysez la manière dont s’est développée dans une partie de la gauche, à partir des années 1970, une critique radicale contre l’universalisme, le rationalisme et le progressisme des Lumières. En quoi s’agit-il d’une rupture avec les critiques qui avaient déjà pu être observées depuis le XIXe siècle ?</p>

<p><a href="https://comptoirdotorg.files.wordpress.com/2021/04/lxa1096_23.jpg"></a><br />Stéphanie Roza © Celine Nieszawer</p>
<p class="has-text-align-left">Stéphanie Roza : Dès le XIXe siècle, il y a déjà des critiques du machinisme mais qui ne sont pas forcément dirigées contre le progrès en tant que tel. En revanche, au début du XXe siècle, des syndicalistes révolutionnaires en rupture de ban par rapport au mouvement socialiste et la Deuxième Internationale, comme Georges Sorel et un certain nombre d’intellectuels regroupés autour de la Revue socialiste, développent une critique très radicale du progrès. Ce dernier est accusé d’être une valeur portée par la République bourgeoise qui compromet le mouvement ouvrier avec la bourgeoisie républicaine. S’il s’agit d’une critique radicale de l’héritage des Lumières, ce n’est pas une critique du rationalisme. Sorel prend soin de distinguer le rationalisme des Lumières, critiquable car lié au progressisme, du rationalisme de Pascal au XVIIe siècle qui constitue à ses yeux le bon rationalisme. Cette critique reste toutefois limitée à l’entourage de Sorel et ne débordera pas sur le mouvement ouvrier, la CGT et les socialistes. Une bonne partie de ce très petit groupe partira vers l’extrême droite. Comme l’a montré Zeev Sternhell, les idées soréliennes auront une influence sur Mussolini et constitueront l’une des sources du fascisme italien. Georges Valois fondera même le premier parti fasciste français et Hubert Lagardelle deviendra ministre du travail sous Pétain…</p><p>Dans les années 1970, la critique est à la fois plus radicale sur le plan philosophique puisque, chez Michel Foucault et Jacques Derrida, la raison est en soi à rejeter, mais prend également plus de poids au sein de la gauche. Progressivement, l’héritage de Foucault va devenir particulièrement présent dans la gauche intellectuelle. La critique radicale du progrès va également fonder des mouvements décroissants au sein desquels quelqu’un comme Jean-Claude Michéa a un certain écho. Ce sont des critiques beaucoup plus massives au sein de la gauche aujourd’hui.</p>
<p>Quel est votre regard sur le concept d’intersectionnalité et ses usages qui font aujourd’hui débat ?</p>
<p>Je ne suis pas hostile à l’idée que l’on puisse prendre en compte des discriminations qui peuvent s’empiler, d’autant que ce n’est pas une découverte. C’est même une idée assez banale prise en compte depuis longtemps à gauche dans le mouvement ouvrier, féministe ou antiraciste. Les revendications féministes dans le mouvement ouvrier émergent notamment avec l’idée déjà chez Marx que « La femme est le prolétaire de l’homme » et qu’il existe une double oppression. En revanche, le concept d’intersectionnalité dans ses usages actuels provient de militants et d’intellectuels, comme Kimberlé Crenshaw, qui militent ouvertement pour une politique de l’identité. Elle l’écrit très clairement dès son article fondateur : la race et le genre sont plus déterminants que la classe. Crenshaw considère même que la classe est une conséquence de la race et du genre. Ce n’est pas possible de faire plus anti-marxiste et plus éloigné de la manière dont les combats pour l’émancipation ont été menés jusqu’à présent. La mise à l’écart des problématiques socio-économiques est centrale et, en tant que représentante de la vieille tradition socialiste, je ne suis pas du tout d’accord avec cette approche.</p><p>Dans le débat public, les questions de race et de genre finissent aujourd’hui par faire écran aux problématiques sociales, comme on l’observe avec cette notion délirante de « privilège blanc ». Des personnalités noires, journalistes, ultra-médiatiques, ayant toutes leurs entrées dans les salons parisiens expliquent qu’il existerait un « privilège blanc », et, par conséquent, que les gens au RSA et les mères célibataires dans le fin fond des Ardennes ou de la Basse-Normandie seraient « privilégiées ». D’un point de vue de gauche, c’est renversant !</p>
<p>L’ouvrage de Stéphane Beaud et Gérard Noiriel, Races et sciences sociales, qui avait été précédé d’<a href="https://www.monde-diplomatique.fr/2021/01/BEAUD/62661" target="_blank" rel="noreferrer noopener">un article dans le Monde Diplomatique</a> et analyse de façon critique l’intersectionnalité, a fait l’objet d’une violente cabale médiatique et sur les réseaux sociaux. Comment expliquer ces réactions ?</p>

<p><a href="https://comptoirdotorg.files.wordpress.com/2021/04/gerard-noiriel1_0.jpg"></a></p>
<p>Si j’ai également été surprise par la violence des réactions, elle s’explique à mon avis par la publication en 2019 par Gérard Noiriel de son livre Le Venin dans la plume dans lequel il comparait Édouard Drumont et Éric Zemmour en expliquant que la haine du premier pour les juifs était comparable à celle du second pour les musulmans. Cette analogie historique, qui me paraît largement excessive et peu sérieuse venant d’un historien, a pu amener le milieu militant à considérer Noiriel comme étant dans le camp des intersectionnels et des indigénistes. Dès lors, ce nouveau livre peut apparaître comme une volte-face expliquant la violence des attaques.</p><p>Il faut également ajouter que l’atmosphère est devenue complètement empoisonnée. Nous sommes quand même en pleine pandémie, dans un contexte où les gens ne vont pas bien, se retrouvent seuls chez eux, derrière leur ordinateur et en arrivent à des niveaux de violence verbale qu’ils n’auraient pas face à quelqu’un dans la vraie vie. Enfin, la logique des anti-universalistes est une logique de surenchère. Ces gens sont dans une fuite en avant vers toujours plus d’agressivité contre ceux qui ne sont pas d’accord avec eux, en particulier vis-à-vis des personnes qui viennent de la gauche. On n’est jamais assez purs pour eux et il s’agit d’excommunier les hérétiques.</p>
<p>Vous soulignez que, contrairement à une idée répandue, la vision attribuée aux Lumières d’une croyance aveugle dans un progrès linéaire, mécanique, irréversible des sciences et des techniques amenées à s’imposer aux peuples est une reconstruction historique. Pouvez-vous expliquer ce malentendu ?</p>
<p>Si l’on a autant de discussions aujourd’hui sur la question des progrès, c’est d’abord parce que l’on se rend bien compte des dégâts du progrès technologique et industriel tel qu’on l’a connu, et il faudrait être aveugle pour ne pas le voir. On est forcé de s’interroger sur le concept de progrès et j’ai voulu rappeler que depuis le XVIIIe siècle, c’est une notion complexe. Les Lumières, que l’on a tendance à présenter rétrospectivement comme un mouvement univoque, sont traversées par énormément de polémiques et de débats, en particulier sur la question du progrès. La question était de savoir si les progrès des sciences et des arts amenaient mécaniquement ou pas le progrès moral ou des mœurs, comme on disait au XVIIIe siècle. Rousseau, qui est pourtant l’auteur du Contrat social, a un rapport d’autocritique vis-à-vis des Lumières. Dans le Discours sur les sciences et les arts, il dit que le progrès des sciences et des arts nous corrompt moralement et rend les sociétés plus malades qu’elles ne l’étaient. D’autres, comme Montesquieu ou Voltaire estiment que le progrès des arts et des sciences ainsi que le développement du « doux commerce », rapprochent les peuples mais ce n’est pas une opinion partagée par tous. Ceci conduira au débat de savoir s’il faut en finir avec la réglementation du prix du grain par l’État royal, en libéralisant le marché, ou si cela ne risque pas de dérégler l’économie et générer des problèmes d’approvisionnement. Là aussi, il y a débat.</p><p>« S’il existe un courant libéral au sein des Lumières et progressiste au sens commun du terme, il existe aussi des courants minoritaires proposant une vision du monde et du progrès plus égalitariste. Les Lumières sont un courant pluriel. »</p>
<p>Quelle a été l’influence des penseurs liés à la révolution conservatrice allemande (Spengler, Heidegger) sur Max Horkheimer et Theodor Adorno dans leur critique du règne de la technique, de la raison ou de la marchandisation de la science ? N’y-a-t-il pas un risque de réduire l’ École de Francfort à ces influences encombrantes ?</p>
<p>Je tiens d’abord à souligner que je n’incrimine pas l’École de Francfort en général ni l’ensemble du travail d’Adorno et Horkeimer mais que mon propos porte sur la Dialectique de la raison — texte sur lequel ils sont d’ailleurs revenus de façon critique. Dans ce texte publié dans les années 1940, ils rejettent la raison dans son fondement même. Raisonner de manière logique, c’est déjà contraindre et hiérarchiser donc dominer. L’ École de Francfort est d’ailleurs d’autant moins à incriminer dans son ensemble qu’Habermas qui est l’un de ses héritiers a lui-même critiqué la Dialectique de la raison au nom du rationalisme.</p>
<p><a href="https://comptoirdotorg.files.wordpress.com/2016/02/foucault43.jpg"></a></p>
<p>En revanche, cette critique isolée dans les années 1940 est reprise par Foucault, Derrida et la french theory dans les années 1960-1970. Or, Foucault cite abondamment Nietzsche qui est dans une critique radicale de la raison dès la fin du XIXe siècle et pas du tout d’un point de vue de gauche. Il fait le lien entre le rationalisme, le progressisme, l’universalisme des Lumières et le socialisme contre lequel il est en guerre. Il y a un grand malentendu sur l’héritage de Nietzsche, notamment en France, où des gens pensent que c’est un auteur subversif et progressiste. Lui-même se prononce ouvertement pour l’esclavage, explique que les nobles se sont avilis quand ils ont abandonné leurs privilèges lors de la nuit du 4 août 1789 et cite les théories racistes de son époque. Il faut vraiment faire une lecture sélective des textes de Nietzsche sans s’intéresser au sens global pour voir en lui un penseur de l’émancipation. Finalement, les « nietzschéens de gauche » comme Foucault s’avèrent être des gens beaucoup plus troubles d’un point de vue politique que ce que l’on a voulu faire croire…  </p>
<p>Foucault est d’ailleurs en guerre contre le marxisme et la tradition socialiste…</p>
<p>Oui, s’il apparaît aujourd’hui comme un penseur de gauche, rappelons qu’à l’époque il fait campagne contre le marxisme et l’union de la gauche. Foucault soutient André Glucksmann quand ce dernier sort son pamphlet Les maîtres penseurs (1977), déclare que la tradition socialiste est raciste, entièrement condamnable, et serait proche de ce que l’on a appelé la « deuxième gauche ». La démarche de Foucault est une démarche de substitution par rapport à la tradition socialiste historique.</p>
<p>Vous reprenez le concept d’Anti-lumières à Zeev Sternhell, qui tend à créer une filiation entre des contre-révolutionnaires du XVIIIe siècle, comme Joseph de Maistre ou Edmund Burke, et des penseurs de la révolution conservatrice allemande des années 1920 dont certains se sont directement compromis dans le nazisme. N’y-a-t-il pas là une focalisation sur les idées qui néglige les facteurs politiques, économique, sociaux ou religieux dans la construction des idéologies ? Une critique que vous adressez par ailleurs à ceux qui font des Lumières la cause principale des totalitarismes et de tous nos maux contemporains.</p>
<p>Zeev Sternhell a été au centre de polémiques très vives entre historiens et ses travaux ne sont pas sans défauts. Il est vrai qu’il s’intéresse principalement à la bataille des idées sans toujours s’interroger sur leur diffusion. Il oublie en particulier que Sorel a occupé une place marginale dans le mouvement socialiste d’ensemble et que le fascisme avait bien d’autres sources politiques, socio-économiques que les seules idées soréliennes. Je partage en partie ces critiques.</p><p>Néanmoins, Sternhell a eu, à mes yeux, une intuition extrêmement puissante car il a été le premier à souligner l’existence d’une contre-modernité idéologique qui s’est construite dès le XVIIIe siècle en opposition aux Lumières, à l’héritage de la Révolution française et dont les schèmes de pensée sont restés à peu près les mêmes. Il y a évidemment des évolutions car les Anti-Lumières ont à réagir face à des facteurs nouveaux, comme l’émergence du socialisme international, mais la matrice conceptuelle reste assez stable. Cette intuition profonde et juste rejoint d’ailleurs celle de Georges Lukacs qui avait exhumé dans La destruction de la raison (1954) toute une tradition d’irrationalisme depuis la Révolution française. Le nazisme a bien sûr de multiples causes, comme le traité de Versailles ou la crise de 1929 mais dans le cœur idéologique du fascisme, il y a la haine explicite de 1789 et la volonté d’annuler la Révolution française. Cela n’explique pas tout et mon livre ne prétend pas tout expliquer. Le succès des Anti-lumières de gauche que je dénonce dans le livre s’explique, outre les raisons idéologiques, par des raisons socio-politiques, comme l’effondrement de l’Union soviétique, le fait que la gauche a perdu sa base de classe, les mutations structurelles dans le monde du travail, mais du point de vue de l’histoire intellectuelle, Sternhell a raison.</p>
<p>À l’heure du défi écologique, défendre les Lumières n’implique-t-il pas de reconsidérer une partie de son héritage du XVIIIe siècle ? Dans son livre Les Lumières à l’âge du vivant, la philosophe Corinne Pelluchon plaide pour un renforcement de ses idéaux émancipateurs — autonomie, idée d’une société d’égaux, rationalisme, unité du genre humain — mais de repenser le sens du progrès technologique, la séparation absolue nature/civilisation ou encore la question de l’universalisme.</p>
<p>Tout d’abord, les Lumières ne sont qu’un héritage et ne pouvaient pas prévoir la situation dans laquelle nous sommes aujourd’hui, ni Marx d’ailleurs. Il y a bien sûr un droit d’inventaire à faire mais qui n’est pas spécifique aux Lumières. Ce que je trouve intéressant dans l’héritage des Lumières concernant la question du progrès, c’est le méliorisme, l’idée qu’il est possible d’améliorer notre condition individuelle et collective par des efforts communs qui passent par le politique et la démocratie.</p><p>Les progrès techniques doivent être soumis au débat démocratique. On trouve déjà chez Rousseau et un peu chez Condorcet cette idée qu’il faut soumettre tout cela à la discussion publique afin que nous restions maîtres, en tant que collectivité humaine, de nos progrès. Choisir ceux qui nous intéressent, ceux qui ne nous intéressent pas, ou encore ceux sur lesquels on souhaite revenir. Aujourd’hui, nous devrions à mon sens nous interroger beaucoup plus sur ce que les réseaux sociaux et les nouvelles technologies font de nous et nous demander si nous n’avons pas intérêt à abandonner certaines choses.</p><p>« Je crois que le déplacement de la vie politique sur les réseaux sociaux détruit complètement le débat démocratique. Je ne suis donc pas une dévote aveugle du progrès technologique. »</p>
<p><a href="https://comptoirdotorg.files.wordpress.com/2021/04/9782348059803.jpg"></a></p>
<p>En revanche, si je suis d’accord avec la nécessité de décroître dans un certain nombre de domaines, c’est une erreur de croire que l’on pourra dépolluer uniquement en décroissant. Nous sommes allés tellement loin dans la dégradation de notre environnement qu’il va nous falloir de la science et de la technologie pour conjurer le danger écologique majeur qui pèse sur nous. De la même manière que pour faire face à l’épidémie de Covid-19 provoquée par les conséquences de la mondialisation, on a fait confiance à la science pour développer des vaccins. À propos de la séparation nature/civilisation, le livre de Serge Audier, La cité écologique, qui plaide pour une réconciliation entre le républicanisme, la tradition socialiste et l’écologie politique, apporte une contribution intéressante au débat. Ce qui n’est plus possible, c’est d’être progressiste comme dans les années 1920-1930 mais les décroissants qui fustigent la gauche de l’époque devraient se rappeler que les gens mourraient de faim. Quoi qu’on pense rétrospectivement des plans quinquennaux en Union soviétique, ils répondaient à une nécessité urgente de modernisation et d’industrialisation. La Chine s’est développée à toutes vitesses et on l’accuse de polluer mais elle nourrit et vaccine sa population. Il faut donc être nuancé et remettre les choses dans leur contexte. Si l’on doit rétro-pédaler, cela ne pourra se faire efficacement que de façon rationaliste, sans renoncer au progrès scientifique et technique car cela serait se priver d’une de nos meilleures armes.</p><p>Concernant l’universalisme, s’il est vrai qu’une partie des Lumières a défendu la colonisation au XVIIIe siècle, d’autres l’ont fortement critiquée, comme Denis Diderot qui appelait les indigènes à se révolter contre le colonisateur les armes à la main. De façon plus générale, s’imaginer que les colonisateurs français ont colonisé parce qu’ils étaient pénétrés par leur mission civilisatrice, c’est quand même avoir un raisonnement anti-matérialiste et croire que les idées mènent le monde. La Grande-Bretagne, l’Italie ou l’Allemagne ont colonisé sans avoir besoin d’invoquer les Lumières. Ce mouvement a davantage à voir avec l’économie européenne et il ne faut pas être dupe des justifications en surestimant le rôle de l’idéologie. Si l’on reste sur les idées, on peut d’ailleurs aussi bien opposer que les Lumières ont justifié la décolonisation. C’est au nom de ces idéaux que des leaders indépendantistes ont justifié leur lutte contre le colonisateur. Finalement, les Lumières représentent un mouvement pluriel qui a permis de mettre en avant l’idée de droits humains, même s’ils ne sont pas partout respectés. En ce sens, la Déclaration des droits de l’Homme est quand même un progrès par rapport à la situation qui prévalait auparavant. De ce point de vue, les Lumières restent quelque chose de positif pour l’histoire de l’Humanité.</p>
<p>Nos desserts :</p>
<p>Crédit photo de la une : © Flickr / Hossam el-Hamalawy</p>
<p>WordPress:</p>
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</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/489/terrorisme-anatomie-du%C2%A0%C2%AB%C2%A0mein%C2%A0kampf%C2%A0%C2%BB-djihadiste</guid>
	<pubDate>Wed, 21 Apr 2021 20:33:11 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/489/terrorisme-anatomie-du%C2%A0%C2%AB%C2%A0mein%C2%A0kampf%C2%A0%C2%BB-djihadiste</link>
	<title><![CDATA[Terrorisme : anatomie du « Mein Kampf » djihadiste]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Un certain Abu Bakr Al Naji a publié sur Internet, en 2004, un texte en langue arabe qu’il a intitulé « L’administration de la sauvagerie : l’étape la plus critique que traversera l’oumma ». En choisissant ce pseudonyme, Abu Bakr Neji envoie d’emblée plusieurs messages à son lecteur.</p><p>Tout d’abord, par le choix du prénom, il se réfère au premier calife, après la mort de Mahomet, qui s’est illustré dans ses guerres de l’apostasie contre les tribus arabes ayant quitté l’islam dès qu’elles ont appris la mort du prophète. Ensuite, par le choix du nom « Al Naji », adjectif dérivé de najat, qui signifie « le salut », il est le « sauvé » donc « le sauveur », celui qui montre la voie à l’oumma, la communauté musulmane.</p><p>En réalité, il s’agirait, selon des chercheurs de l’institut lié à la chaîne de télévision Al Arabiyya, de Mohamed Hassan Khalil al Hakim, alias Abu Jihad al Masri, un cadre d’Al-Qaeda. Né en 1961, il a été tué le 31 octobre 2008 par un drone américain au Waziristan, dans le nord du Pakistan.</p>
<p>103 pages de haine</p>
<p>Son texte compte 103 pages de discours de haine, contre le juif, contre le chrétien, contre l’apostat, contre la démocratie et ses valeurs. À tel point que certains ont qualifié ce brûlot de Mein Kampf du petit djihadiste.</p><p>L’intérêt de ce livre est qu’il nous met, dès le titre, devant le paradoxe du djihadisme, qui d’un côté prône le déchaînement de la sauvagerie, l’installation de la loi de la jungle, avec l’appel à la destruction de l’ordre ancien, et en même temps théorise la gestion de cette sauvagerie et son « administration ».</p><p>Pour l’auteur, les mouvements islamistes du monde arabe qui ont choisi de pactiser avec le pouvoir en place ou de jouer le jeu des élections ont tous échoué. Il revient notamment sur le cas de la Tunisie à plusieurs reprises, là où le mouvement islamiste a évité l’affrontement armé avec le pouvoir de Bourguiba et de Ben Ali. Le travail lent d’islamisation de la société par le bas, pratiqué depuis les années 1970, n’a pas réussi à donner le pouvoir aux mouvements islamistes. <a href="https://theconversation.com/lautre-visage-des-revoltes-en-tunisie-une-societe-civile-de-plus-en-plus-forte-et-affirmee-90865">La Tunisie en est l’exemple le plus éloquent</a>.</p><p>L’auteur préconise donc la politique de la sauvagerie et de la terreur, espérant rassembler autour des djihadistes une population fatiguée du désordre et prête à se soumettre à l’ordre promis par ces derniers. C’est donc par le djihad que la conquête du pouvoir devra se faire.</p>
<p>L’étape de la démoralisation</p>
<p>L’auteur distingue deux ensembles de pays visés par le djihad : un groupe principal – la Jordanie, le Maghreb, le Nigéria, le Pakistan, la presqu’île arabe et le Yémen – et un groupe secondaire – le reste des pays musulmans. Puis, il définit trois étapes dans la guerre de conquête : l’étape de la démoralisation et de l’épuisement, celle de l’administration de la sauvagerie, et enfin l’instauration de l’État islamique.</p><p>Le théoricien du terrorisme part du principe que l’armée et la police des régimes visés ne peuvent pas soutenir longtemps un état d’urgence. Il faut donc continuer à les harceler en attaquant les lieux de culte des chrétiens et des juifs, frapper les intérêts économiques, le tourisme et surtout le pétrole dans les pays qui dépendent de ces revenus.</p>
<p>Le 24 mars, devant le magasin de Trèbes (Aude), victime d’une attaque terroriste. Eric Cabanis/AFP</p>
<p>Il appelle à frapper par tous les moyens, afin d’entretenir un climat d’insécurité. Les objectifs sont d’épuiser les forces de l’ordre et d’attirer de jeunes candidats au djihad. Les forces de l’ordre finiront ainsi par abandonner certains territoires et certaines populations, ainsi livrées à elles-mêmes, afin de se concentrer sur la protection des zones vitales du pouvoir. Ce sera la fin de la première étape.</p>
<p>Administration de la sauvagerie et nouvel ordre</p>
<p>La seconde commencera lorsque les populations lassées de l’insécurité chercheront la protection d’un nouvel ordre : ce sera « l’administration de la sauvagerie ». Un certain nombre de pays verront s’installer des principautés dirigées par Daech, comme récemment en Irak, en Syrie, en Libye, au Yémen ou dans le Sinaï. La gestion de ces zones se fera avec une telle dureté que les armées régulières des autres espaces seront terrorisées et abandonneront le combat. C’est ce que nous avons vu en Irak où les troupes régulières ont fui devant l’arrivée des soldats de Daech, leur abandonnant <a href="https://theconversation.com/morts-et-resurrections-de-letat-islamique-en-irak-81135">Mossoul</a> sans coup férir.</p><p>La troisième et ultime étape sera celle de l’instauration de l’État islamique qui appliquera alors la charia, la <a href="https://theconversation.com/comment-la-loi-islamique-peut-sattaquer-a-Daech-50811">loi islamique</a>, et instaurera un nouvel ordre que la population ne pourra qu’accepter puisqu’il met fin au désordre et à la sauvagerie. L’application de la loi de l’islam partout est un objectif suprême, mais pour y parvenir, il faut réaliser les étapes ci-dessus. Les forces de l’administration de la sauvagerie devront donc <a href="https://theconversation.com/etat-islamique-non-pas-influencer-le-scrutin-mais-abattre-la-democratie-76625">tout saccager de l’ordre mondial actuel</a>, jugé « décadent et satanique ».</p>
<p>Les deux registres de la manipulation</p>
<p>Comment ce discours de la sauvagerie et de la barbarie arrive-t-il à séduire autant de monde ? Ces jeunes terroristes qui se présentent comme les nouveaux barbares attirent à eux parce qu’au-delà de leur discours de haine, ils promettent de réaliser la cité idéale sur terre. La manipulation s’opère selon au moins deux registres : celui de la justice, donc d’une certaine forme de rationalité, et celui de l’affectif.</p><p>Les régimes arabes oppriment leurs peuples et le système judiciaire souvent corrompu génère de l’injustice et de la frustration. Un jeune en quête de justice peut être sensible à cette promesse. La manipulation se fait aussi par l’affectivité, par la glorification du sacrifice, du don de soi, de la fraternité indéfectible et du partage d’un idéal commun.</p><p>C’est la conjonction des deux registres qui fait que ce discours touche des milliers de jeunes. C’est un discours simpliste, la simplicité étant érigée en règle de communication pour Daech. Derrière la simplicité affichée du discours se trouve l’idée de la soumission totale à Allah.</p>
<p>L’islam, une citadelle prétendument assiégée</p>
<p>Si l’auteur situe la bataille <a href="https://theconversation.com/comment-devenir-djihadiste-en-quelques-clics-81340">au niveau des médias</a>, c’est parce qu’il se montre soucieux de toucher le plus grand nombre possible de masses musulmanes. S’adresser à ces dernières, en se détournant des milieux islamistes traditionnels où les militants sont sous l’emprise de leurs chefs, permettrait de recruter de nouvelles troupes de djihadistes subjugués par ce discours radical millénariste et apocalyptique qui promet de sauver le monde en le détruisant.</p><p>Il est ainsi illusoire de croire qu’en réglant la question du chômage ou de l’exclusion, le djihadisme sera vaincu, puisque dans l’esprit du djhadiste, la guerre ne peut être que totale et éternelle, jusqu’à la fin des temps.</p><p>L’analyse de l’ouvrage d’Abu Bakr Al Naji dévoile ainsi les ressorts sur lesquels repose le discours djihadiste : une vision certes médiévale, mais toujours vivante, d’une terre coupée en deux, avec d’un côté Dar El Islam (« le territoire musulman ») et de l’autre Dar El Harb (« le territoire de la guerre »).</p><p>La citadelle de l’islam semble toujours assiégée par ses ennemis qui complotent contre elle. Ce sont, dans la vision djihadiste paranoïaque du monde, les juifs sionistes, incarnés par Israël, les chrétiens croisés, représentés par l’Occident et les apostats renégats incarnés par les régimes arabes actuels. Ce sont ces ennemis qu’il faut attaquer, harceler et combattre.</p><p>La victoire finale permettra ainsi de réaliser la cité idéale, le paradis sur terre, laquelle sera totalement soumise à la loi de l’islam, la seule qui vaille. Sans que nous sachions en quoi elle consiste concrètement.</p><p><a href="https://www.collegedesbernardins.fr/">Le Collège des Bernardins</a> est un lieu de formation et de recherche interdisciplinaire. Acteurs de la société civile et religieuse entrent en dialogue autour des grands défis contemporains, qui touchent l’homme et son avenir.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/467/face-aux-oppressions-la-liberte-de-se-definir-est-la-plus-belle-conquete-de-la-laicite</guid>
	<pubDate>Sat, 17 Apr 2021 05:42:31 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/467/face-aux-oppressions-la-liberte-de-se-definir-est-la-plus-belle-conquete-de-la-laicite</link>
	<title><![CDATA[&quot;Face aux oppressions, la liberté de se définir est la plus belle conquête de la laïcité&quot;]]></title>
	<description><![CDATA[<p class="article-text article-body__item">Qu’est-ce que l’universel ? Une première définition résulte de la logique des ensembles. Trois termes permettent de quantifier le degré d’extension d’un caractère : universel, particulier, singulier. Est universel ce qui appartient à tous les individus d’un ensemble donné. Par exemple, tous les êtres humains sont des êtres de culture, munis de raison (homo sapiens). Est particulier ce qui concerne une partie des membres d’un ensemble. Par exemple, certains êtres humains sont adeptes d'une religion, d'autres de l'humanisme athée ou agnostique. Enfin, est singulier tout individu compris comme personne unique. Nelson Mandela a été un individu unique, singulier, par l'ensemble des qualités qui furent les siennes, notamment pour l'émancipation des Noirs. Les trois termes - universel, particulier et singulier - étant définis, on peut maintenant tenter de penser les questions qui importent à la réflexion pour comprendre le rapport entre laïcité et identité(s).</p><p class="article-text article-body__item">Chaque individu est donc unique, et singulier au sens littéral. La carte d'identité en témoigne : elle assure la possibilité de ne pas confondre un individu avec un autre. Un individu peut partager avec d'autres certains particularismes, tout en restant dépositaire des caractères universels de l'humanité. Singulier, particulier et universel sont donc trois aspects du même individu. Voyons l’identité de la personne. Qui suis-je ? Prenons l'exemple d'Ulysse, en grec « Odysseus ». C'est le rusé, l’homme « aux mille tours » de l’Iliade et de l’Odyssée. L'Odyssée, c'est son périple, le grand voyage de sa vie, après la victoire sur Troie. Un retour mouvementé à Ithaque, où l'attend Pénélope.</p>
<p>Mondialisation et communautarisme : une identité écartelée</p>
<p class="article-text article-body__item">Ulysse est-il encore le même après tant d'épreuves ? Selon Platon, dans le Mythe d’Er le Pamphylien, pas tout à fait. Au moment de choisir une nouvelle destinée, Ulysse prend celle d’une personne modeste, sans gloire ni pouvoir ni fortune. Ce choix de raison est inspiré par le souvenir de l’odyssée. Sagesse. Une idée forte, existentialiste : on se choisit, on se définit, plus ou moins librement certes, mais l’essence de chaque individu singulier est en suspens dans sa liberté, comme écrit Sartre. On se fait par son aventure existentielle et jusqu’au dernier souffle, on ne peut dire réellement ce que l’on est. Seule la mort transforme la vie en destin, et encore n'est-ce alors qu'une illusion rétrospective. Il n’est dès lors d’identité que narrative. En racontant l'Odyssée, on met en évidence le périple d'Odysseus comme vie singulière d'Ulysse.</p><p>« Tu trahis ta communauté » : telle est la condamnation par laquelle les islamistes refusent aux femmes la liberté de ne pas porter le voile.</p><p class="article-text article-body__item">Aujourd’hui, la question de l’identité personnelle se trouve écartelée. D’un côté, une mondialisation impérieuse, voire inhumaine, qui exalte l’individualisme tout en le canalisant par des conditionnements publicitaires et idéologiques uniformisants. De l’autre, les compensations identitaires apparentes que proposent des religions à nouveau avides de pouvoir politique et de restauration de traditions rétrogrades. À l’identité personnelle que chacun est libre de se définir, semble s’opposer l’identité collective d’un groupe humain qui attend des individus qui le composent une soumission inconditionnelle, au nom de la solidarité du groupe. La notion même d’identité collective consacre une logique de l’allégeance que l’on retrouve dans le communautarisme. Celui-ci impose littéralement le primat de la communauté particulière à la fois sur les individus et sur la communauté humaine universelle.</p>
<p>Risque de guerre entre communautés</p>
<p class="article-text article-body__item">D’un même mouvement, le souci de l’individu et celui de l’universel sont donc mis à mal. L’enfermement communautariste dans le particularisme religieux et coutumier nie l’individu, qu’il réduit à un échantillon anonyme, dans le moment même où il récuse toute référence universelle. Celle-ci consigne en effet dans les droits reconnus à tout être humain des libertés fondamentales qui transcendent la diversité des us et coutumes. Par exemple, le droit à l'intégrité physique conduit à condamner l'excision du clitoris, horrible mutilation physique, sexuelle et sensuelle.</p><p class="article-text article-body__item">Un autre exemple. « Tu trahis ta communauté » : telle est la condamnation menaçante par laquelle les islamistes refusent aux femmes la liberté de ne pas porter le voile. Tel est bien le communautarisme, qui exige l'allégeance voire l'effacement de toute singularité individuelle librement choisie. Avec, à la clef, le risque majeur d'affrontements intercommunautaires dès lors que l'appartenance prime absolument, sans distance aucune, sur la liberté de la personne. La montée des communautarismes ainsi compris porte donc en elle le danger de la guerre entre les communautés en même temps que celui de la négation de la liberté individuelle au nom de la fidélité au groupe.</p>
<p>Sacralisation du machisme</p>
<p class="article-text article-body__item">En quoi la laïcité est-elle concernée par ces rappels ? Perçue à tort comme une machine de guerre contre les religions, alors qu’elle assure leur égale liberté dans les limites du droit commun, elle est combattue par tous les moyens possibles, souvent hypocrites, au nom de cultures et d’identités collectives qui souvent sont mutuellement exclusives. Les communautarismes religieux se font entrepreneurs identitaires, au risque de ressusciter la guerre des Dieux. Il est grave en effet de convaincre les personnes que le fait de choisir librement ses références spirituelles et son mode d’accomplissement porte atteinte au groupe. C’est une version fanatique de l’identité, sans distance, que l’on donne ainsi.</p><p class="article-text article-body__item">Au nom de la culture et de la religion, le deuxième sexe subit la sacralisation de la domination machiste. Dans Tartuffe, le dévot intime l’ordre à Dorine de cacher son sein. Dans l’islamisme politique, la femme doit se voiler entièrement car sinon elle est rendue responsable du désir de l’homme, ainsi déchargé de sa responsabilité quand il ne maîtrise pas ce désir. Bref, la laïcité émancipe chacune et chacun au niveau le plus radical : celui de la libre définition de l'identité. Elle rend en effet possible le libre choix d'une façon d'être et de vivre en libérant la personne de toute aliénation à une vision du monde imposée, qu'elle soit religieuse ou idéologique. Ne demeurent plus alors que les droits fondamentaux des êtres humains, dans les limites qu'impose l'ordre public pour assurer leur coexistence. La liberté personnelle de se définir, et de choisir sa vie, voire sa mort, est la plus belle conquête de la laïcité, à rebours des oppressions traditionnelles.</p><p class="article-text article-body__item">À LIRE AUSSI : <a href="https://www.marianne.net/agora/tribunes-libres/promouvoir-le-respect-des-principes-de-la-republique-par-henri-pena-ruiz">"Promouvoir le respect des principes de la République", par Henri Pena-Ruiz</a></p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/439/a-propos-de-%C2%AB-histoire-de-la-haine-identitaire-mutations-et-diffusions-de-l%E2%80%99alterophobie-%C2%BB-de-stephane-francois-et-nicolas-lebourg</guid>
	<pubDate>Tue, 13 Apr 2021 20:38:15 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/439/a-propos-de-%C2%AB-histoire-de-la-haine-identitaire-mutations-et-diffusions-de-l%E2%80%99alterophobie-%C2%BB-de-stephane-francois-et-nicolas-lebourg</link>
	<title><![CDATA[À propos de « Histoire de la haine identitaire. Mutations et diffusions de l’altérophobie » de Stéphane François et Nicolas Lebourg]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Nous reviendrons plus longuement, dans les notes de lecture du numéro 9 de la revue Critica Masonica, sur cet ouvrage du plus haut intérêt que nous proposent deux chercheurs spécialistes des <a href="http://criticamasonica.over-blog.com/2015/02/a-propos-des-mysteres-du-nazisme-aux-sources-d-un-fantasme-contemporain-de-stephane-francois-presses-universitaires-de-france-2015.h">courants radicaux</a>. Le livre édité par les Presses universitaires de Valenciennes (168 pages, 22 euros) part du drame que connut en 2011 la Norvège avec les assassinats perpétrés par Anders Behring Breivik. Pour nos auteurs, cette activité criminelle s’inscrit dans « une histoire internationale des marges radicales qui ne cessent d’inventer des formulations destinées à rationaliser et légitimer la pulsion altérophobe ».</p><p><a href="http://criticamasonica.over-blog.com/2016/01/numero-special-extreme-droite-et-esoterisme.html">Stéphane François</a> et Nicolas Lebourg mettent ensuite en tension quatre couples de concepts : inégalité et conflictualité ; suprématie et ségrégation ; différences et préférences ; identités et concurrences. Ils concluent sur la nécessité de prendre au sérieux la production intellectuelle de la droite radicale dont l'une des figures de proue est Alain Soral. Ils nous offrent enfin, comme à leur habitude, une remarquable bibliographie internationale qui montre qu’ils ne sont pas seuls sur ce front et que la question est bien, plus que jamais, celle de la transmission des connaissances utiles à la préservation d’un idéal d’émancipation, face à tout ce qui tend à diviser et à refuser, par une violence souvent aveugle, ce que les sociétés occidentales ont réussi à construire, fût-ce partiellement.</p><p>Ce travail d’identification d’une pensée considérée comme nauséabonde révulse énormément de chercheurs qui, du coup, refusent de s’y intéresser, comme s’ils avaient peur d’en être contaminés. Le travail de nos deux auteurs est d’autant plus précieux que viennent d’être communiqués au gouvernement et à la presse par la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) les principaux éléments du traitement statistique pour 2015 d’un sondage existant depuis 25 ans. Ce <a href="http://www.cncdh.fr/fr/publications/les-essentiels-rapport-sur-la-lutte-contre-le-racisme-2015">rapport</a> dresse un état des lieux du racisme, de l’antisémitisme et de la xénophobie en France, ainsi que des moyens de lutte qui sont mis en œuvre par les institutions de la République et la société civile. Les résultats de la dernière livraison montrent que l’intolérance recule tendanciellement. Mais comme cette altérophobie ne sera jamais éradiquée et se reconfigure sans cesse, comme l'actualité en témoigne tristement, le travail des chercheurs spécialisés n’est pas prêt de perdre son intérêt.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/419/on-ne-peut-pas-se-dire-de-gauche-et-defendre-lideologie-islamo-salafiste-belgique</guid>
	<pubDate>Sun, 11 Apr 2021 21:14:07 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/419/on-ne-peut-pas-se-dire-de-gauche-et-defendre-lideologie-islamo-salafiste-belgique</link>
	<title><![CDATA[On ne peut pas se dire de gauche et défendre l&#039;idéologie islamo-salafiste - Belgique]]></title>
	<description><![CDATA[<p itemprop="description">Accepterait-on, dans nos partis démocratiques respectant la neutralité de l'état, l'égalité de tous les citoyens et les libertés, des élus soutenant des mouvements catholiques intégristes ou chrétiens se revendiquant de l'Ancien Testament ? Non.</p><p>Pourtant, des élus et militants se présentant comme de gauche, actifs au sein de leurs partis, se prennent pour de nouveaux savants de l'islam et nous disent que le salafisme "quiétiste" - par opposition au salafisme djihadiste - ne représente aucun danger pour nos sociétés. Difficile alors de ne pas les qualifier d' "islamisto-gauchistes".</p><p>Je reprends les propos du Président Français tenus lors de l'hommage émouvant rendu au colonel Arnaud Beltrame assassiné dans l'attentat islamiste de Trèbes.</p><p>L'islam est une religion mais l'islamo-salafisme est une idéologie ennemie de nos démocraties.</p><p>Si on ne peut pas interdire une idée, comme le rappelle le premier ministre français, on peut combattre une idéologie totalitaire, sectaire, discriminatoire, neutraliser sa propagation et l'inféodation de franges de la population à celle-ci, comme on doit le faire face à l'idéologie néo-nazie.</p><p>Nous n'avons besoin ni d'un imam ni d'un islamologue pour rappeler à ces "démocrates de gauche" islamisto-compatibles que :</p><p>1- Le salafisme est une mouvance de la religion islamique qui a pour but de revenir aux sources d'un islam présenté comme originel.</p><p>2- Pour cette mouvance fondamentaliste, le texte coranique ne doit être interprété que sous le prisme de la sunna (ensemble de paroles, gestes et attitudes du prophète) et de la charia.</p><p>3- Cette forme de salafisme non djihadiste est présentée abusivement comme quiétiste et donc uniquement mystique ; elle refuserait, selon ses prosélytes et ses soutiens, de s'impliquer dans la vie politique. Il est pourtant connu que la diffusion de l'islamisme au sein des populations de culture musulmane a un impact politique puisqu'il vise à séparer celles-ci du reste de la population, des institutions publiques et des lois civiles.</p><p>4- Le salafisme "quiétiste" et le salafisme djihadiste (qui incite ses adeptes à prendre les armes sous le prétexte que ce serait pour eux une obligation religieuse pour combattre les démocraties et les régimes islamiques pas assez puristes) partagent la même matrice idéologique d'Ibn Taymiyya (1263-1367) - le premier à avoir appelé au djihad contre toutes formes d'interprétation - et d'Ibn Abdelwahb dans l'Arabie du XVIII siècle - fondateur du wahhabisme, il a élaboré la lutte contre toutes formes de croyances qui s'éloigneraient du Coran et de la sunna.</p><p>5- Les élus et militants islamisto-compatibles ignoreraient-ils la réalité de certains quartiers colonisés par les salafistes soi-disant quiétistes ? Bien loin de la méditation spirituelle, mystique chez eux ou dans des lieux de prière, on les rencontre dans les rues, les mosquées, des associations, lors de conférences et de colloques ; ils utilisent un langage violent, empreint de rejet, de haine, porteur de revendications spécifiques et de particularismes liés à leur vision religieuse et à l'application de la charia ; ils remettent en cause nos lois et nos valeurs, ils poussent parents et jeunes à refuser de suivre certains enseignements, rendant ainsi impossible l'intégration future dans la vie socio-économique ; ils considèrent les femmes comme inférieures aux hommes et méritant asservissement et une certaine violence de la part des hommes, justifient les agressions sexuelles. Ils abusent des libertés conquises chez nous contre le totalitarisme pour quémander toujours plus d'un religieux totalitaire dans la gestion de la cité.</p><p>Tous ces points et bien d'autres prouvent qu'on est loin de l'image du gentil islamiste ne dérangeant personne telle que défendue par des élus et militants au nom de la liberté de culte et de l'anti-racisme.</p><p>Ces islamistes, se présentant comme non violents, restent de fervents religieux fondamentalistes, opposants acharnés à la séparation de la religion et de l'état et à la séparation des pouvoirs, intransigeants sur la soumission de la femme, fervents adeptes de la limitation des libertés, prosélytes hyperactifs et champions des interdits.</p><p>Affirmer que les Salafs "quiétistes" ne basculent pas dans le djihadisme ou dans le terrorisme est soit un manque de connaissance de la réalité soit une la dangereuse conscience d'une contre-vérité. Les exemples ne manquent pas dans nos sociétés européennes et dans d'autres pays de la bascule dans la violence. En ce sens, sous le regard à la fois attentif et haineux d'autres ennemis extrémistes religieux de nos démocraties pluralistes et égalitaires, ils sont les premiers ennemis de notre société sécularisée.</p><p>J'imagine qu'il est très difficile pour un non-musulman de comprendre que les imams et prédicateurs salafistes s'affichant quiétistes puissent, sous l'image savamment cultivée de religieux respectables, propagent leurs messages intransigeants et porteurs de violence, inquiétant non seulement le monde arabo-musulman mais aussi les pays à forte densité de citoyens musulmans.</p><p>Sous prétexte da la liberté religieuse - pourtant limitée par des lois belges et européennes sur la liberté de conscience de chacun, l'égalité, la non discrimination, l'ordre public, les Droits de l'Homme,...-, nos responsables ont laissé faire n'importe quoi dans une majorité de lieux de culte en Belgique et de leurs succursales à savoir les écoles coraniques. Les autorités politiques informées par le sécuritaire savent que n'importe qui peut se déclarer Imam et ouvrir une mosquée avec quelques amis proches et entamer le travail de diffusion de cette idéologie.</p><p>Il faudrait que l'exécutif des musulmans de Belgique, les musulmans laïques, les musulmans progressistes et toutes autres personnes d'appartenance musulmane souhaitant vivre dans une société apaisée entre citoyens, se mobilisent pour combattre toutes les formes de salafisme, surtout le soi-disant quiétiste, tranquillement et d'une moindre visibilité que les aspirants terroristes, à l'oeuvre pour continuer à gangrener un très grand nombre de mosquées du royaume. Par son inlassable travail de recrutement sur le terrain, par son contrôle socio-religieux dans les rues, les quartiers, sur les commerçants, sur les entreprises, sur les associations, il prend en otage des pans entiers de citoyens de confession musulmane et aggrave la ghettoïsation de populations déjà socialement et culturellement marginalisées.</p><p>Cette idéologie importée sur notre territoire, colonisatrice, il est de notre devoir de la dénoncer et d'évincer ses propagandistes et recruteurs pour protéger autant les citoyens musulmans que le reste de la population Le salafisme dont le qualificatif de quiétiste est une véritable arnaque pour tromper les crédules, constitue une menace réelle, un fléau, pour la cohésion du pays.</p><p>Les autorités doivent prendre des mesures urgentes pour disqualifier et neutraliser par les moyens adéquats cette armada de salafistes, anciennes et nouvelles versions, qui endoctrinent des citoyens musulmans partout où ils peuvent sévir, grâce à des discours et des programmes religieux importés.</p><p>A charge pour les hommes et femmes politiques, élus et militants, de se débarrasser de toute attitude complaisante, voire complice , envers l'idéologie salafiste. Ni la paix sociale, ni l'anti-racisme ne peuvent servir de caution à des accommodements n'ayant rien de raisonnable.</p><p class="last-paragraph">Hamid Bénichou, administrateur du Centre citoyen belge musulman laïque</p><p>Pourtant, des élus et militants se présentant comme de gauche, actifs au sein de leurs partis, se prennent pour de nouveaux savants de l'islam et nous disent que le salafisme "quiétiste" - par opposition au salafisme djihadiste - ne représente aucun danger pour nos sociétés. Difficile alors de ne pas les qualifier d' "islamisto-gauchistes".Je reprends les propos du Président Français tenus lors de l'hommage émouvant rendu au colonel Arnaud Beltrame assassiné dans l'attentat islamiste de Trèbes.L'islam est une religion mais l'islamo-salafisme est une idéologie ennemie de nos démocraties.Si on ne peut pas interdire une idée, comme le rappelle le premier ministre français, on peut combattre une idéologie totalitaire, sectaire, discriminatoire, neutraliser sa propagation et l'inféodation de franges de la population à celle-ci, comme on doit le faire face à l'idéologie néo-nazie.Nous n'avons besoin ni d'un imam ni d'un islamologue pour rappeler à ces "démocrates de gauche" islamisto-compatibles que :1- Le salafisme est une mouvance de la religion islamique qui a pour but de revenir aux sources d'un islam présenté comme originel.2- Pour cette mouvance fondamentaliste, le texte coranique ne doit être interprété que sous le prisme de la sunna (ensemble de paroles, gestes et attitudes du prophète) et de la charia.3- Cette forme de salafisme non djihadiste est présentée abusivement comme quiétiste et donc uniquement mystique ; elle refuserait, selon ses prosélytes et ses soutiens, de s'impliquer dans la vie politique. Il est pourtant connu que la diffusion de l'islamisme au sein des populations de culture musulmane a un impact politique puisqu'il vise à séparer celles-ci du reste de la population, des institutions publiques et des lois civiles.4- Le salafisme "quiétiste" et le salafisme djihadiste (qui incite ses adeptes à prendre les armes sous le prétexte que ce serait pour eux une obligation religieuse pour combattre les démocraties et les régimes islamiques pas assez puristes) partagent la même matrice idéologique d'Ibn Taymiyya (1263-1367) - le premier à avoir appelé au djihad contre toutes formes d'interprétation - et d'Ibn Abdelwahb dans l'Arabie du XVIII siècle - fondateur du wahhabisme, il a élaboré la lutte contre toutes formes de croyances qui s'éloigneraient du Coran et de la sunna.5- Les élus et militants islamisto-compatibles ignoreraient-ils la réalité de certains quartiers colonisés par les salafistes soi-disant quiétistes ? Bien loin de la méditation spirituelle, mystique chez eux ou dans des lieux de prière, on les rencontre dans les rues, les mosquées, des associations, lors de conférences et de colloques ; ils utilisent un langage violent, empreint de rejet, de haine, porteur de revendications spécifiques et de particularismes liés à leur vision religieuse et à l'application de la charia ; ils remettent en cause nos lois et nos valeurs, ils poussent parents et jeunes à refuser de suivre certains enseignements, rendant ainsi impossible l'intégration future dans la vie socio-économique ; ils considèrent les femmes comme inférieures aux hommes et méritant asservissement et une certaine violence de la part des hommes, justifient les agressions sexuelles. Ils abusent des libertés conquises chez nous contre le totalitarisme pour quémander toujours plus d'un religieux totalitaire dans la gestion de la cité.Tous ces points et bien d'autres prouvent qu'on est loin de l'image du gentil islamiste ne dérangeant personne telle que défendue par des élus et militants au nom de la liberté de culte et de l'anti-racisme.Ces islamistes, se présentant comme non violents, restent de fervents religieux fondamentalistes, opposants acharnés à la séparation de la religion et de l'état et à la séparation des pouvoirs, intransigeants sur la soumission de la femme, fervents adeptes de la limitation des libertés, prosélytes hyperactifs et champions des interdits.Affirmer que les Salafs "quiétistes" ne basculent pas dans le djihadisme ou dans le terrorisme est soit un manque de connaissance de la réalité soit une la dangereuse conscience d'une contre-vérité. Les exemples ne manquent pas dans nos sociétés européennes et dans d'autres pays de la bascule dans la violence. En ce sens, sous le regard à la fois attentif et haineux d'autres ennemis extrémistes religieux de nos démocraties pluralistes et égalitaires, ils sont les premiers ennemis de notre société sécularisée.J'imagine qu'il est très difficile pour un non-musulman de comprendre que les imams et prédicateurs salafistes s'affichant quiétistes puissent, sous l'image savamment cultivée de religieux respectables, propagent leurs messages intransigeants et porteurs de violence, inquiétant non seulement le monde arabo-musulman mais aussi les pays à forte densité de citoyens musulmans. Sous prétexte da la liberté religieuse - pourtant limitée par des lois belges et européennes sur la liberté de conscience de chacun, l'égalité, la non discrimination, l'ordre public, les Droits de l'Homme,...-, nos responsables ont laissé faire n'importe quoi dans une majorité de lieux de culte en Belgique et de leurs succursales à savoir les écoles coraniques. Les autorités politiques informées par le sécuritaire savent que n'importe qui peut se déclarer Imam et ouvrir une mosquée avec quelques amis proches et entamer le travail de diffusion de cette idéologie. Il faudrait que l'exécutif des musulmans de Belgique, les musulmans laïques, les musulmans progressistes et toutes autres personnes d'appartenance musulmane souhaitant vivre dans une société apaisée entre citoyens, se mobilisent pour combattre toutes les formes de salafisme, surtout le soi-disant quiétiste, tranquillement et d'une moindre visibilité que les aspirants terroristes, à l'oeuvre pour continuer à gangrener un très grand nombre de mosquées du royaume. Par son inlassable travail de recrutement sur le terrain, par son contrôle socio-religieux dans les rues, les quartiers, sur les commerçants, sur les entreprises, sur les associations, il prend en otage des pans entiers de citoyens de confession musulmane et aggrave la ghettoïsation de populations déjà socialement et culturellement marginalisées.Cette idéologie importée sur notre territoire, colonisatrice, il est de notre devoir de la dénoncer et d'évincer ses propagandistes et recruteurs pour protéger autant les citoyens musulmans que le reste de la population Le salafisme dont le qualificatif de quiétiste est une véritable arnaque pour tromper les crédules, constitue une menace réelle, un fléau, pour la cohésion du pays.Les autorités doivent prendre des mesures urgentes pour disqualifier et neutraliser par les moyens adéquats cette armada de salafistes, anciennes et nouvelles versions, qui endoctrinent des citoyens musulmans partout où ils peuvent sévir, grâce à des discours et des programmes religieux importés.A charge pour les hommes et femmes politiques, élus et militants, de se débarrasser de toute attitude complaisante, voire complice , envers l'idéologie salafiste. Ni la paix sociale, ni l'anti-racisme ne peuvent servir de caution à des accommodements n'ayant rien de raisonnable.Hamid Bénichou, administrateur du Centre citoyen belge musulman laïque</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Thu, 08 Apr 2021 23:31:01 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Quand la burqa dévoile les divisions de la gauche]]></title>
	<description><![CDATA[<p>S’adressant dans une lettre ouverte aux porteuses de burqa, une femme de lettres et militante féministe s’exprimait ainsi dans une chronique parue dans le Nouvel observateur en 2009 : « sommes-nous à ce point méprisables et impurs à vos yeux pour que vous nous refusiez tout contact, toute relation, et jusqu’à la connivence d’un sourire ? ». Prononcés il y a près de douze ans, ces mots n’ont pas pris une ride. Signés d’Elisabeth Badinter, dont l’action pour l’égalité des sexes n’a jamais été démentie, ils s’inscrivent dans la tradition laïque de la gauche française. Aux avant-postes d’un combat perpétuel, voire d’un plébiscite de tous les jours, celle-ci est largement restée fidèle à sa volonté émancipatrice. Désormais confrontée aux dérives communautaristes de quelques-uns de ses frères et sœurs de combat, elle se sent menacée par un discours auquel elle ne peut accorder aucun crédit politique. Relayé en France par les amis de Jean-Luc Mélenchon, il reste largement minoritaire dans l’hexagone, contrairement au monde anglo-saxon et aussi en Europe, et plus particulièrement en Suisse, où il n’a pas cessé de faire des émules depuis plus d’une décennie.</p><p>Beaucoup plus que ce n’est le cas à droite, les questions religieuses, identitaires et de genre divisent profondément la gauche d’aujourd’hui. Objets de discorde, elles ravivent des plaies malignes, mais non incurables au sein d’une famille politique qui, sans succomber à la gravité des maux qu’elle subit, n’est toutefois pas en mesure d’apporter le moindre remède pour pallier la crise idéologique qu’elle traverse. Première victime de cette forme nouvelle de délitement intellectuel, son école universaliste perd de plus en plus pied et, acculée comme jamais, abandonne les positions qu’elle avait naguère acquises de haute lutte.</p><p>Scindée entre son ancrage laïc à la française et son multiculturalisme à l’américaine, la gauche européenne semble désormais privilégier la seconde. À l’image de la votation sur l’interdiction de la burqa, la Suisse ne fait pas exception à la règle : le PS et les Verts ont choisi leur camp et voteront non. Ralliés aux positions d’une politique qui feint d’ignorer le fossé qui existe entre ces deux approches, ces partis épousent ipso facto l’avis de ceux qui, jusque dans certains milieux universitaires, interprètent le port du voile intégral comme une liberté accordée aux femmes musulmanes.</p><p>À faire sursauter d’émoi et de rage des milliers de féministes, citoyennes et citoyens hostiles à toute forme d’enfermement, ne serait-ce que celle symbolisée par un vêtement, l’attitude de la gauche suisse est très largement influencée par l’école germanique de l’islam. Entre stéréotypes bienveillants, tolérance excessive à tolérer les intolérants et une naïveté apparente, bien que non dénuée d’intérêts inavoués, celle-ci n’a pour autre objet que de relativiser la violence physique, terroriste et morale exercée à l’encontre des chrétiens, juifs, non-croyants et autres mécréants. À ne voir dans les attentats islamistes que le résultat d’une radicalisation de petits délinquants ou à déclarer, à l’exemple du professeur Perry Schmidt-Leukel de l’Université de Münster, que l’assassinat du père Hamel en 2016 à Saint-Étienne- du-Rouvray, ne serait guidé par aucune motivation religieuse, car « dans une guerre de religions, il ne peut y avoir que des attaques guerrières provenant des deux côtes » (sic !), c’est là non seulement faire injure aux victimes de Daesh, mais aussi atteindre une limite éthique, historique et humainement irresponsable qu’aucune gauche, digne de son nom, n’est pas en droit de franchir.</p><p>Aujourd’hui, cette même gauche est prise à son propre piège, faute de ne pas avoir su redonner au mot libération le sens qu’elle lui avait naguère attribué. Alors que dans de nombreux de pays de confession musulmane, beaucoup de femmes dénoncent les traditions et les contraintes sexuelles qui les oppriment, les partis occidentaux, appelés à défendre leurs droits, sombrent dans une nouvelle forme de déni qui les déshonore. Pire encore, ils laissent le champ libre à l’extrême droite qui, pour des motifs exclusivement xénophobes, a réussi à faire de la lutte anti-islamiste son fonds de commerce. Tel est le cas en Suisse, où le « le comité d’Egerkingen » a toutes les chances d’inscrire une nouvelle victoire à son palmarès grâce à son initiative antiburqa et à servir, au-delà des frontières de la Confédération, d’aiguillon et de modèle pour d’autres organisations partageant ces mêmes convictions.</p><p>Presque nulle part en Europe, la gauche n’a su prendre la dimension de ce danger politique. Face à des classes sociales désabusées et à des sympathisants en perte de repères idéologiques et philosophiques, elle offre un espace à la droite, et plus encore à la droite extrême.  Ce constat a été établi depuis plusieurs années par des élus de terrain ou autres dirigeants politiques qui, en France, comme André Gérin, en sa qualité de député-maire communiste de Vénissieux, ville de la banlieue lyonnaise, avait présidé de 2009 à 2010 « la mission d’information parlementaire sur la pratique du port du voile intégral sur le territoire national ». Ainsi, des partis, comme le Rassemblement national, la Ligue, l’AFD ou l’UDC se sont engouffrés dans une brèche et profitent aujourd’hui du silence de leurs adversaires pour récolter les fruits de leur propagande haineuse. Il ne suffit pas de le déplorer, mais également d’en rechercher les causes et de s’interroger sur la faillite d’une gauche européenne, en l’occurrence suisse, qui, à l’exemple de la votation du 7 mars prochain sur la burqa, dévoile ainsi ses profondes divisions au grand jour.</p>]]></description>
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