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	<title><![CDATA[Signet Loupe: Mai 2021]]></title>
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	<description><![CDATA[]]></description>
	
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	<pubDate>Sun, 30 May 2021 07:46:54 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[&quot;NOUS AVONS BU JUSQU’À LA LIE CE QUE LA MANIPULATION DE LA RELIGION PEUT PRODUIRE&quot;: Toute l&#039;actualité sur liberte-algerie.com]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Lauréat du prix Méditerranée 2021 pour son roman “Abraham ou la cinquième alliance”, le célèbre écrivain Boualem Sansal, même s’il est absent des médias nationaux, a bien voulu répondre aux questions de Liberté. Sans tabous, le célèbre romancier, dont les œuvres sont traduites dans des dizaines de langues à l’étranger, résume dans cet entretien ses écrits, ses penchants et le fil conducteur de sa littérature. Il traite avec sa sincérité légendaire la société qu'il ausculte dans ses romans, les espoirs qu'il sème, les tabous qu'il brise et apporte un regard différent sur la situation, celle d'un intellectuel jaloux de sa liberté d'expression et de pensée. Il évoque également la situation dans le pays, le mouvement populaire, la littérature, ses projets d'avenir... En somme, celui qui se considère être un “écrivain maudit” se livre sans retenue et à cœur ouvert. Avec un regard aussi sincère que constant, Boualem Sansal s'exprime sur des phénomènes de société, comme l'islamisme et la menace qu'il représente, avec la franchise qu'on lui connaît. </p><p>Liberté : Vous êtes lauréat du prix Méditerranée 2021, pour votre roman Abraham ou la cinquième alliance, quel est votre sentiment ? <br />Boualem Sansal : Vous savez, écrire un roman est une épreuve qui vous accapare des mois durant, qui exige des efforts quotidiens, des sacrifices, au détriment hélas de sa vie de famille et sociale. Quand enfin le roman est achevé, c’est le soulagement ; quand ensuite il est publié et bien reçu par le public, c’est le bonheur, et quand de plus il reçoit des prix c’est l’extase. Le prix Méditerranée est un grand prix, qui a été déjà décerné au regretté Tahar Djaout et à Kamel Daoud. Vous voyez, je suis en belle compagnie.</p><p>Vos œuvres portent un regard un peu particulier sur la société, ses misères, ses peurs, ses espoirs, son histoire, ses tabous… En témoin qui ne se lasse pas, mais qui contrarie souvent par son verbe vif et tranchant. Qu’est-ce que toutes les polémiques que suscitent vos œuvres vous font ? <br />La littérature est subversive par nature, elle dérange, elle provoque des polémiques. Il faut les accepter, ça contribue au débat national sur les problèmes traités par cette littérature, ça anime la vie littéraire dans le pays, ça suscite des vocations peut-être. Certains polémistes dépassent le cadre de la critique de l’œuvre et s’attaquent à la personne de l’auteur, ils font une fixation morbide sur lui et prennent un plaisir sadique à l’abreuver d’injures, à le dévaloriser en faisant étalage de leur savoir pour convaincre les foules. La plupart des écrivains à succès ont un cinglé qui les poursuit de sa haine. Il s’en raconte de belles dans le milieu. J’ai mes cinglés moi aussi, mais n’exagérons rien, ils ne m’empêchent pas de respirer. Vous savez, les fans sont parfois pires, certains relèvent de la psychiatrie, ils vous aiment à la folie et vous harcèlent jour et nuit. La littérature n’est pas un lieu de repos.</p><p>La dénonciation du fanatisme religieux, notamment islamiste et son expansion est le fil conducteur de plusieurs de vos œuvres, et ce depuis Le serment des barbares. Pourquoi spécialement ce danger comme trame de fond ? <br />J’ai écrit Le serment des barbares entre 1996 et 1998, en plein milieu de la décennie noire, l’une des plus grandes tragédies de notre temps. Nous étions pris entre deux feux, les islamistes d’un côté et de l’autre la îssaba au pouvoir. Le pays s’est brisé, des centaines de milliers de nos compatriotes ont fui à l’étranger et ne reviendront sans doute jamais, des familles ont été déchirées, nos institutions ont été instrumentalisées et retournées contre nous, la culture algérienne qui était notre fierté a été abîmée. Nous avons bu jusqu’à la lie ce que la manipulation de la religion, la falsification de l’histoire et l’illégitimité au pouvoir peuvent produire de fanatisme, de corruption et de folie. Sommes-nous vaccinés, je ne le crois pas. L’islamisme et la îssaba sont toujours là, solidement ancrés dans le pays. La îssaba est toujours minable mais l’islamisme a pris une ampleur planétaire, je l’ai personnellement rencontré partout, dans tous les pays que j’ai visités, jusque chez les Esquimaux à l’extrême nord de la Finlande où j’ai découvert un salafiste d’origine algérienne qui rêvait de construire une mosquée et de convertir tous les Esquimaux. <br />L’islamisme fait partie des sept fléaux qui menacent le monde : la pollution, le réchauffement climatique, l’ultra-libéralisme, la drogue, l’ignorance, l’émigration clandestine qui ressemble de plus en plus à la traite négrière de jadis. J’ai écrit sur l’islamisme et l’émigration clandestine. Dans un essai qui sortira en octobre, je parle des autres menaces.</p><p>L’Algérie a vécu une sombre période de terrorisme, dont les séquelles sont toujours là. Cette décennie est-elle un substrat élémentaire dans votre œuvre ?<br />S’il n’y avait que le terrorisme, la situation ne serait pas si grave. L’Europe a connu plusieurs épisodes terroristes avec les Brigades rouges, Action directe, l’ETA, Carlos. <br />Ce fut douloureux mais cela n’a en rien ébranlé les fondamentaux. Au final, ces groupes ont été anéantis et tout est rentré dans l’ordre. Le terrorisme islamiste n’est pas de cette nature, il est ancré dans l’islam, la religion d’un milliard et demi de personnes dans le monde, l’islam étant lui-même instrumentalisé par des États et toutes sortes d’organisations internationales. <br />Par réaction, les autres religions se trouvent à leur tour instrumentalisées dans un sens ou un autre, pour faire barrage à l’islam ou pour s’en servir comme accélérateur de la mondialisation, qui est le véritable objectif des grandes puissances, l’Amérique, la Chine, l’Union européenne. J’ai acquis une connaissance de ces choses mais je n’en suis pas un spécialiste, j’essaie simplement d’alerter l’opinion en m’appuyant sur l’expérience algérienne et sur ce que j’ai vu dans le monde que je sillonne depuis une vingtaine d’années, et en rencontrant les meilleurs spécialistes au monde de ces questions.</p><p>La société s’est métamorphosée depuis les années 90. L’islamisme gagne de plus en plus de terrain. Quelle analyse faites-vous de cet état de fait ? <br />Quand j’ai publié Le serment des barbares en 1999, on disait de moi en Europe que j’étais pessimiste, que j’exagérais, que j’étais traumatisé par la décennie noire, certains hauts responsables m’ont même conseillé de soutenir Bouteflika, l’homme du miracle. Les gens avaient pris la fin de la guerre civile pour une vraie victoire, globale, politique, culturelle, ils parlaient de printemps arabes et de lendemains qui chantent. Le monde entier rêvait, on ne voulait pas voir que l’islamisme était installé pour longtemps et que rien ne pourra arrêter son expansion. Ils ont déchanté depuis. Et moi, je ne suis plus le pessimiste qui exagère mais l’homme lucide qu’il faut écouter. Et ainsi je suis invité partout, dans les plus grandes institutions, en Europe, en Amérique, en Argentine, au Japon, et même en Chine pour donner mon avis sur ces questions.  2084, la fin du monde, qui raconte la domination du monde par l’islamisme, a été traduit dans trente langues et a connu et connaît encore un immense succès. En Chine, qui a toujours une longueur d’avance sur les autres, il a été un énorme best-seller. La Chine n’est pas vraiment menacée par l’islamisme mais elle a vu qu’il menaçait ses clients dans le monde, clients sans lesquels elle sombrerait dans une crise économique et politique fatale. Mon essai Gouverner au nom d’Allah. Islamisation et soif de pouvoir dans le monde arabe était une commande du gouvernement allemand, qui voulait sensibiliser ses diplomates et ses hauts fonctionnaires au phénomène islamiste. Le succès fut tel qu’il a décidé de publier mon rapport sous une forme simplifiée pour sensibiliser le public allemand à la menace islamiste. Dans mon pays, en Algérie, je passe pour un rigolo. On ne m’a jamais invité pour donner mon avis sur ces questions. Quand je disais que l’Algérie était prise dans le piège de l’islamisme et de la îssaba et qu’elle n’en sortirait pas avant longtemps, on m’a traité de défaitiste, d’agent de l’étranger qui vient démoraliser le peuple. Le cancer de l’islamisme connaîtra une accélération fatale lorsque le peu d’économie qui nous reste aura fondu et que la îssaba volera les meubles et ira se la couler douce en France, en Amérique ou en Suisse. </p><p>Vos œuvres arrivent à point nommé pour décrire la barbarie du terrorisme islamiste. Toutefois, vous vous êtes souvent soulevé pour dénoncer sa gestion par les démocraties occidentales, pourquoi ?  <br />Oui, elles ont une lourde responsabilité dans le désordre mondial. <br />Durant les colonisations, elles ne voyaient nos pays que comme une réserve de main-d’œuvre et de matières premières. <br />Après les indépendances, elles ont reconduit le schéma en sous-traitant à des nervis locaux la gestion de la réserve moyennant quelques royalties. Seulement voilà, dans la réserve il y a aussi des gens, des mémoires et des religions. Avec l’islamisme elles découvrent qu’avoir pour ennemi une religion est le pire qui puisse arriver. Si on peut mater un peuple et le voler impunément, on ne peut rien contre les religions, elles sont invincibles et plus patientes qu’un mort. L’Occident est terrifié ; il sait à présent qu’il ne peut pas vaincre l’islamisme. <br />Nouvelle illusion, il croit qu’il peut composer avec lui. L’islamisme va avaler comme le boa avale ses proies, millimètre par millimètre.</p><p>Ce n’est pas la première fois que vos écrits sont récompensés par de nombreux et prestigieux prix littéraires. Plus d’une dizaine depuis votre premier roman. Toutefois, vous êtes presque inconnu en Algérie... <br />J’ai fait le choix de la discrétion, car je sais que nul n’est prophète en son pays et que pour vivre heureux il faut vivre caché. J’ai également fait le choix de rester en Algérie parce qu’en Europe un écrivain en vue doit être une bête de scène, disponible matin et soir pour tout et n’importe quoi. Mais il faut aussi assurer la promotion de ses livres et cela, dans tous les pays où ils sont traduits ; c’est épuisant, mais nécessaire. Les auteurs et les éditeurs ne vivent pas d’amour et d’eau fraîche seulement, ils doivent vendre leurs livres. J’ai trouvé un équilibre : retrait et discrétion en Algérie, des apparitions fugitives dans les médias européens et beaucoup de voyages studieux pour apprendre, me documenter, rencontrer des spécialistes, etc. </p><p>Pour quelle raison êtes-vous à ce point censuré ?<br />La censure en Algérie est notre vraie religion. Nous sommes tous des censeurs, l’État, la société, la mosquée, la famille, les amis et soi-même par le jeu de l’autocensure. C’est atavique, on aime bien égorger le mouton et lapider le contrevenant et la contrevenante. Rien de nouveau sous le soleil d’Algérie. Nietzsche disait que “le pire ennemi de la vérité n’est pas le mensonge, mais la conviction”. Que dirait-il s’il voyait notre Algérie où en matière de convictions nous ne craignons personne au monde ? Voilà la réponse, on ne peut pas discuter avec une conviction, le débat n’est possible que si le doute est roi. </p><p>C’est pour ces raisons que vous vous décrivez comme un “écrivain maudit” ?<br />Les mots que mes détracteurs utilisent contre moi relèvent en effet du chapitre de la malédiction. Normalement, quand on n’est pas d’accord avec quelqu’un, on lui oppose des arguments, on lui explique qu’il se trompe ou, tout simplement, on lui tourne le dos et on s’en va. <br />Dans les premières dynasties de l’Égypte pharaonique on écrivait des livres, appelés livres d’exécration, dans lesquels on fustigeait en termes très durs l’ennemi du moment de l’Égypte, les Assyriens, les Hittites, les Babyloniens, les Hébreux. Une fois l’an, ces exécrations étaient scandées dans des cérémonies publiques pour galvaniser les foules. <br />C’était un peu le quart d’heure de la haine hebdomadaire dans 1984 de Georges Orwell. C’est ce que font mes détracteurs patentés ; ils publient régulièrement de très longs articles d’exécration contre moi. Et comme ils ont une grande audience dans le village, tous les apprentis détracteurs reprennent leurs exécrations et y ajoutent du leur. Ça fait vite boule de neige. C’est amusant de voir comment ça fonctionne, comment un détracteur patenté fabrique des détracteurs qui, à leur tour, fabriquent des détracteurs, et les voilà tous, comme les lyncheurs masqués du Klu Klux Klan, à danser autour du bûcher de l’auteur maudit. C’est comme ça qu’on fabrique des écrivains maudits. Les Sartriens avaient fait de la sorte avec Camus. <br />Sartre l’avait incendié et les seconds couteaux ont fait le reste. Mais justice a été rendue ; aujourd’hui les sartriens ont disparu des mémoires, alors que Camus jouit d’une reconnaissance universelle. Pour parler encore de la Chine, j’ai découvert qu’il était adoré dans ce pays. Ils ont lu quelque part que j’habitais à Belcourt et que ma mère connaissait la famille Camus, notre voisine ; ils m’ont kidnappé et soumis à la question ; ils voulaient tous les détails, et pour les détails les Chinois sont forts. J’ai raconté l’histoire cent fois au cours de ma tournée.</p><p>Le pays vit au rythme d’un mouvement de protestation depuis plus de deux ans. Quel regard portez-vous sur ce mouvement ? <br />Un regard admiratif et une grande inquiétude. Avec le Hirak, les Algériens se sont libérés de la peur et se sont symboliquement approprié leur pays ; ils ont même réussi à nommer les membres de la îissaba et tous leurs kapos. Camus disait que “mal nommer les choses ajoute au malheur du monde”. On peut le paraphraser et dire que bien les nommer ouvre un chemin vers le bonheur. <br />Le Hirak est aujourd’hui admiré dans le monde entier. Mais je suis aussi très inquiet, le peuple n’a pas réalisé son but, l’indépendance loin s’en faut et le voilà désemparé au milieu du gué, ne pouvant ni avancer ni reculer, sachant qu’il sera mitraillé s’il avance et qu’il sera écrasé s’il recule. En le menant à ce point, le pouvoir a marqué un grand point, voilà pourquoi il passe aujourd’hui à la répression systématique. Il voit que le Hirak est arrivé au bout de course, il est au taquet. J’espère que nous n’allons pas vivre une nouvelle décennie noire. </p><p>Un dernier mot sur la littérature algérienne d’expression française...  <br />Elle se porte bien. Elle est lue, traduite, appréciée et étudiée dans le monde entier. L’Algérie officielle ne l’aime pas et voudrait la voir disparaître. Le peuple qui lutte pour sa liberté devrait s’y intéresser, il y trouvera des réponses à beaucoup de ses questions. <br />On craignait qu’avec l’arabisation la littérature algérienne d’expression française ne disparaisse, mais pas du tout, la relève est là, on voit ici et là émerger de vrais talents. Les éditeurs algériens s’y intéressent de plus en plus, et c’est formidable.<br /> </p><p>Entretien réalisé par : MOHAMED MOULOUDJ</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Sat, 29 May 2021 17:08:15 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/616/lorigine-de-lislam-nouveaux-regards</link>
	<title><![CDATA[L&#039;origine de l&#039;islam. Nouveaux regards]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Un homme reçoit dans le désert d’Arabie un message de Dieu ; il s’appelle Mahomet <a class="lexique" href="https://www.scienceshumaines.com/l-origine-de-l-islam-nouveaux-regards_fr_41132.html#1">(1)</a>. C’est un Bédouin, né dans le désert d’Arabie. Vers 610, l’ange Gabriel lui annonce qu’il est l’ultime prophète choisi par Dieu pour éclairer l’humanité. La révélation divine sera fixée plus tard par écrit pour éviter qu’elle ne s’efface des mémoires : ainsi naîtra le Coran.</p><p>Que contient cette révélation ? Qu’il n’y a qu’un Dieu, « Allah », et qu’il faut lui obéir. Mahomet se met à prêcher la nouvelle prophétie. D’abord à La Mecque, sa ville de naissance, mais seuls quelques proches le suivent. Persécuté par les membres de sa tribu, il se réfugie à Médine. Cet exil a lieu en l’an 622, date de « l’hégire », le début du calendrier islamique.</p><p>À Médine, Mahomet réussit à convertir plusieurs tribus. Il devient leur chef.</p><p>À la tête d’une petite armée, il se lance alors à la conquête de La Mecque, qu’il soumet, puis d’une partie de l’Arabie.</p><p>Après la mort de Mahomet en 632, les califes qui lui succèdent se lancent à la conquête du monde « dans la voie de Dieu ». En un siècle, l’islam se répand en un immense empire qui s’étend de l’Espagne à l’Afghanistan. La civilisation musulmane est née.</p><p>Voici, en peu de mots, l’histoire canonique des débuts de l’islam telle qu’elle est racontée par la tradition musulmane. On la retrouve dans tous les manuels d’introduction aux religions. C’est également ce récit qui a longtemps servi de cadre général aux historiens.</p>
<p>Une histoire révisée</p>
<p>Mais voilà qu’une nouvelle génération d’historiens (voir encadré) remet radicalement en cause ce scénario. Un autre paradigme des origines bouleverse de fond en comble le « grand récit » traditionnel. Que dit cette histoire ?</p><p>Que Mahomet ne fut pas le premier musulman, mais qu’il se serait converti à une forme de judéo-christianisme présent dans tout le Moyen-Orient à son époque.</p><p>L’islam comme religion séparée, avec sa doctrine, ses rites et sa législation serait donc une création plus tardive. Elle se serait progressivement mise en place durant les premiers siècles dans un contexte de conquête impériale, au moment de l’instauration d’un nouveau pouvoir califal. C’est dans ce contexte de création d’un État théocratique que l’islam aurait été inventé et qu’un récit de fondation aurait été forgé.</p><p>Jusqu’à présent, les sources musulmanes faisaient remonter l’origine de l’islam aux années 610, date des premières prédications de Mahomet. Auparavant, nous disait la tradition religieuse, l’Arabie vivait dans « l’âge de l’ignorance », vouant un culte à des idoles, les divinités tribales. Or les choses apparaissent sous un tout autre angle dès lors qu’on s’interroge sur ce qui se passait au Moyen-Orient et en Arabie au tournant du 7e siècle et dans toute la région. Au moment où Mahomet entre sur la scène de l’histoire, le judaïsme et le christianisme poursuivent leur expansion dans le Moyen-Orient : des royaumes chrétiens et juifs sont implantés tout autour de l’Arabie, et de nombreuses tribus arabes se sont déjà ralliées au dieu unique des juifs et chrétiens (voir carte).</p><p><a class="inline" href="https://www.scienceshumaines.com/images/CARTE_royaumes.chretiens_.png"></a><br /> </p>
<p>Domination chrétienne, conversions arabes</p>
<p>Observons plus précisément la situation. Au nord et à l’est de l’Arabie, l’empire chrétien (byzantin) étend sa domination de l’actuelle Syrie à l’Égypte. Pour défendre ses frontières des attaques, l’empire byzantin fait appel à des tribus arabes comme celle des Ghassanides <a class="lexique" href="https://www.scienceshumaines.com/l-origine-de-l-islam-nouveaux-regards_fr_41132.html#2">(2)</a>, installées dans la Jordanie actuelle. Leurs chefs se sont ralliés au christianisme <a class="lexique" href="https://www.scienceshumaines.com/l-origine-de-l-islam-nouveaux-regards_fr_41132.html#3">(3)</a>. La tribu princière des Ghassan combat une autre tribu arabe : les Lakhmides, qui sont majoritairement christianisés. Leur roi, contemporain de la jeunesse de Mahomet, a fini par se convertir. Les caravaniers de La Mecque sont en contact avec des marchands venus d’Égypte, alors dominée par les élites chrétiennes. Plus au sud, le grand royaume éthiopien d’Aksoum est aussi chrétien (d’obédience nestorienne). C’est d’ailleurs en Éthiopie que trouveront refuge les compagnons du prophète persécutés à La Mecque. Indice intéressant, l’histoire canonique rapportée par la tradition musulmane nous dit qu’ils seront très bien accueillis par le roi chrétien avec qui Mahomet entretenait de bonnes relations <a class="lexique" href="https://www.scienceshumaines.com/l-origine-de-l-islam-nouveaux-regards_fr_41132.html#4">(4)</a>. Le royaume d’Aksoum étend sa domination jusqu’au sud de l’Arabie et combat le royaume juif d’Himyar, situé dans l’actuel Yemen. Plusieurs routes caravanières relient ces royaumes chrétiens et juifs. La Mecque est l’un des carrefours où se croisent les Bédouins arabes de différentes obédiences : juifs, chrétiens, païens.</p><p>Lors de ces contacts, de nombreux Arabes se convertissent à l’idée d’un dieu unique, fascinés aussi bien par la puissance et la richesse des représentants de ces royaumes que par la rigueur et l’unité de leur dieu. Mahomet fut-il l’un de ces convertis, parmi bien d’autres ? Par qui aurait-il été converti ? Et à quel type de monothéisme ? La question n’est pas tranchée et n’est pas près de l’être. Mais beaucoup d’historiens penchent aujourd’hui en faveur d’un des groupes judéo-chrétiens présents dans la région. (voir encadré : « Les nouveaux historiens de l’islam »). En effet, le judaïsme ou le christianisme alors présents en Orient ne sont pas homogènes. Ni les communautés juives, ni les chrétiens des premiers siècles ne se soumettent à un dogme unique (et donc à l’autorité de Rome ou Byzance). Chacune des communautés chrétiennes qui s’est formée autour de la Méditerranée – Égypte, Grèce, Turquie, Syrie –, correspondant aujourd’hui à ce que l’on nomme les « chrétiens d’Orient <a class="lexique" href="https://www.scienceshumaines.com/l-origine-de-l-islam-nouveaux-regards_fr_41132.html#5">(5)</a> », a longtemps gardé son autonomie doctrinale et organisationnelle. Même au temps de Mahomet, 600 ans après la mort de Jésus, les chrétiens débattent encore du statut du Christ. En Égypte, on trouve des communautés chrétiennes byzantines et des « arianistes », pour qui Jésus est fils de Dieu mais distinct de son père <a class="lexique" href="https://www.scienceshumaines.com/l-origine-de-l-islam-nouveaux-regards_fr_41132.html#6">(6)</a> ; les nestoriens (très présents en Turquie) professent une autre doctrine selon laquelle coexistent en Jésus deux natures : l’une divine, l’autre humaine. Il existe encore une doctrine dite « monophysiste » qui postule que la nature humaine de Jésus a été entièrement « absorbée » dans la divinité : il n’aurait donc rien d’humain. D’autres variantes existent, marcionisme, sabéisme, etc. Les divergences doctrinales cachent aussi des conflits communautaires et des enjeux de pouvoir. Pour une Église locale, se rallier à une doctrine officielle imposée par l’Empire revient à se soumettre et perdre son autonomie. Parmi les différentes variantes chrétiennes, il en est certaines qui tiennent une place particulière dans l’histoire des origines de l’islam, celle des groupes « judéo-chrétiens » qui sont à la fois juifs et chrétiens.</p>
<p>Mahomet et l’hypothèse judéo-chrétienne</p>
<p>Ces religieux restent juifs (ils pratiquent la circoncision, ne mangent pas de porc, observent le shabbat, etc.), mais reconnaissent Jésus comme un nouveau prophète. Toutefois, à la différence des autres chrétiens, ils refusent de le considérer comme « fils de Dieu » et donc de nature divine. Or, cette doctrine d’un Jésus prophète (et non Dieu) est très proche de celle qui se trouve exprimée dans le Coran : Jésus s’y trouve cité à maintes reprises, mais toujours comme « fils de Marie » pour souligner son ascendance humaine, et non divine. Cette convergence entre groupes a conduit des historiens <a class="lexique" href="https://www.scienceshumaines.com/l-origine-de-l-islam-nouveaux-regards_fr_41132.html#7">(7)</a> à considérer que Mahomet a été en contact avec des judéo-chrétiens. Parmi les nombreux historiens appuyant cette thèse (voir encadré), Edouard-Marie Gallez pense que ces judéo-chrétiens sont des « Nazaréens » (qui sont cités par certains pères de l’Église comme des hérétiques). E.-M. Gallez suggère que c’est vraisemblablement Waraqa, le cousin de la première femme du prophète, qui aurait converti Mahomet au judéo-christianisme nazaréen. Waraqa est explicitement cité dans la tradition musulmane <a class="lexique" href="https://www.scienceshumaines.com/l-origine-de-l-islam-nouveaux-regards_fr_41132.html#8">(8)</a> comme un moine chrétien, mais avec qui Mahomet entretenait d’excellentes relations. Pour Dominique Bernard, autre spécialiste des premières communautés chrétiennes, ce sont les « Ébionites » (un autre groupe judéo-chrétien qui aurait été en contact avec Mahomet et ses premiers compagnons). De nombreux passages de leur credo correspondent en tout point à certains passages du Coran <a class="lexique" href="https://www.scienceshumaines.com/l-origine-de-l-islam-nouveaux-regards_fr_41132.html#9">(9)</a>.</p><p>Tous les historiens ne partagent pas cette thèse. Mais beaucoup admettent la possibilité de « l’hypothèse judéo-chrétienne », compte tenu de la présence massive du christianisme et du judaïsme en Arabie.</p><p>Mahomet ne serait donc pas le fondateur d’une religion nouvelle issue d’une révélation, mais un converti au monothéisme judéo-chrétien, peut-être un peu plus intransigeant que d’autres. Son but : imposer à ses semblables le respect d’une loi (celle du Dieu unique) que les païens ignorent et que les autres monothéistes comme lui ne pratiquent pas avec assez de zèle.</p><p>Outre la présence importante des juifs et des chrétiens dans l’entourage du Prophète et les correspondances entre les prédications musulmanes et judéo-chrétiennes, d’autres arguments sont avancés pour soutenir cette thèse. Les mots même « Coran », « sourates », « verset », ne sont pas arabes mais d’origine syriaque, araméenne et hébraïque (langues pratiquées par les chrétiens et juifs de la région). Dans le Coran, ni les juifs, ni les chrétiens ne sont désignés d’un seul bloc <a class="lexique" href="https://www.scienceshumaines.com/l-origine-de-l-islam-nouveaux-regards_fr_41132.html#10">(10)</a>. Les juifs bannis de Médine le sont pour trahison et non pour raisons doctrinales. Les chrétiens apparaissent sous le nom de « Nazaréens », ou « d’associationnistes <a class="lexique" href="https://www.scienceshumaines.com/l-origine-de-l-islam-nouveaux-regards_fr_41132.html#11">(11)</a> ». Dans le Coran apparaissent aussi les mystérieux « hanifs », mot qui désigne les « monothéistes » qui partagent les mêmes convictions que Mahomet mais ne sont pas à proprement parler musulmans : tout simplement parce que l’islam comme religion n’existe pas encore !</p>
<p>Écrire la loi de Dieu</p>
<p>Selon l’historien américain Fred Donner, Mahomet et ses compagnons ne se considèrent pas comme des musulmans mais comme des Croyants (« believers  <a class="lexique" href="https://www.scienceshumaines.com/l-origine-de-l-islam-nouveaux-regards_fr_41132.html#12">(12)</a> »). C’est aux siècles suivants que l’islam se serait imposé comme une religion distincte des autres monothéismes. Mais alors, comment ?</p><p>Pour répondre à cette question, il faut d’abord comprendre que l’islam n’est pas contenu dans le Coran. En effet, le Coran reste vague ou allusif concernant la pratique religieuse : ni la liturgie (Comment faire ses prières ? Combien de fois par jour ?), ni la législation musulmane (droit pénal, droit de la famille, droit commercial), ni la théologie, ni la morale commune ne font l’objet de descriptions précises dans le Coran. Par ailleurs, le texte peut paraître contradictoire : A-t-on le droit de boire du vin ? Un verset l’interdit, un autre indique qu’il faut s’abstenir de venir à la prière si on est ivre. L’adultère ? Il est sévèrement condamné, mais dans un verset, il est puni de mort, dans un autre verset, il est puni de coup de fouets ; le Coran ne dit pas si le fait d’avoir une concubine (le prophète en avait plusieurs) relève de l’adultère… Le port du voile ? Il est évoqué de façon allusive et ne porte que sur les femmes du prophète qui doivent se retirer derrière un voile (un rideau ?) quand leur compagnon entre chez lui. La polygamie ? Le Coran précise qu’il faut avoir au maximum quatre épouses, mais seulement si on a les moyens de les entretenir. Le prophète lui-même en a eu onze ou treize selon les sources (dont une femme juive et une autre chrétienne).</p>
<p>Batailles entre héritiers</p>
<p>Comment construire un édifice théologique, juridique, moral, liturgique, à partir de prescriptions aussi lacunaires ? En forgeant des réponses nouvelles. Cette édification va faire l’objet de violentes luttes intestines. Dès les premières décennies, on assiste à de sévères batailles entre héritiers (qui ne se disputent pas seulement un héritage spirituel, mais la gestion d’un empire en formation). Pour les descendants d’Ali (compagnon de Mahomet et quatrième calife), la seule parole légitime est celle des « imams », descendants directs de la famille du prophète, qui ont un statut de « sainteté ». D’autres pensent qu’en matière de droit ou de théologie, il faut sortir d’une lecture littérale du Coran, faire appel à sa raison et rechercher l’esprit du texte plutôt que la lettre <a class="lexique" href="https://www.scienceshumaines.com/l-origine-de-l-islam-nouveaux-regards_fr_41132.html#13">(13)</a>. Pour d’autres encore, la seule source de légitimité doit se trouver dans la « tradition » (sunna). Quand le Coran n’apporte pas de réponse, il faut prendre pour modèle ce qu’a dit et fait le prophète Mahomet, même en dehors de sa révélation. Comment s’est-il comporté par exemple face aux esclaves ? Et face aux juifs ou aux chrétiens ? Et par rapport aux femmes ? Combien de fois priait-il par jour ? C’est ainsi que les paroles (hadits) et la vie (sira) du prophète ont donné lieu à toute une science : la science du hadith. Elle vise à retrouver les paroles authentiques du prophète à travers les dizaines de milliers de hadits qui circulaient dans l’empire. Quelques décennies après sa mort, certains rapportent de « source sûre », qu’untel a entendu dire qu’untel a vu le prophète dire du haut de sa chaire « on ne jugera les actions que sur les intentions », etc. Mais comment être sûr que ces paroles ont bien été prononcées ?</p>
<p>La sacralisation d’un homme</p>
<p>De grands recueils de hadiths vont être constitués, mais plus de deux siècles après la mort du prophète.Pour garantir l’authenticité de tel ou tel hadith , des savants comme al-Bukhari consacrent leur vie à étudier la « traçabilité » des propos attribués à Mahomet. Et pour sacraliser les paroles, il faut encore considérer Mahomet non comme un homme ordinaire, mais comme un homme parfait qui a en tout point suivi la voie de Dieu. Une biographie (la sira) – une hagiographie en fait – est donc composée, comportant quelques moments miraculeux comme cette opération à cœur ouvert faite par deux anges alors qu’il était enfant, pour « purifier son cœur » ou comme l’épisode du « voyage nocturne » (isar et mijrad) ou l’ange Gabriel lui aurait permis de visiter les cieux et les enfers.</p><p>L’islam se serait ainsi construit progressivement avec sa théologie, sa liturgie, sa juridiction, sa morale commune en s’appuyant sur une tradition (sunna) construite tardivement en fonction des besoins. En fait, il faudrait dire « les islams » car cette construction progressive ne s’est pas faite dans la concorde mais au contraire dans de furieux combats (fitna) entre factions rivales.</p>
<p>Récréation et autonomisation</p>
<p>Les califes qui ont succédé à Mahomet ont dû à la fois mener des guerres de conquête, créer un État pour construire un droit, une administration (des populations soumises) et asseoir leur légitimité, le tout dans le cadre de batailles entre candidats à la direction de la communauté des croyants (Umma). Le climat est sanglant. Rappelons que sur les quatre successeurs de Mahomet, trois sont morts assassinés (et certaines sources anciennes soupçonnent qu’il a lui-même été empoisonné <a class="lexique" href="https://www.scienceshumaines.com/l-origine-de-l-islam-nouveaux-regards_fr_41132.html#14">(14)</a>). La famille d’Ali a été massacrée, les tribus arabes qui ont fait défection ont été sévèrement réprimées (ce sont « les guerres d’apostasie »), la mise en place de la première dynastie ommeyade est le fait d’un coup d’État ; quant à la dynastie abbasside qui lui succède, elle s’est mise en place à la suite d’une guerre civile lors de laquelle toute l’élite omeyyades a été décimée.</p><p>Pour Mohammad Ali Amir-Moezzi, qui a dirigé le Dictionnaire du Coran, on ne peut pas comprendre la naissance de l’islam en séparant l’étude textuelle du Coran de ce contexte historique. On imagine mal des gens qui se déchirent dans la journée et se réunissent le soir pour discuter posément de l’authenticité des paroles du prophète.</p><p>Les nouveaux historiens de l’islam sont donc en train de bouleverser la lecture traditionnelle des origines de l’islam. À la vulgate qui fait de la révélation reçue par Mahomet la seule force motrice de l’histoire, impulsant dans son sillage une religion, un empire et une civilisation, ils substituent une autre thèse : Mahomet aurait été un homme de son temps, converti comme d’autres à une religion monothéiste alors en plein essor dans la région ; il a pris la direction de tribus arabes, servi par des circonstances historiques favorables. Ce n’est que plus tard, au fil des victoires et des pouvoirs acquis que l’islam s’est détaché du monothéisme judéo-chrétien et s’est affirmé comme une religion autonome. Cette autonomisation s’est accompagnée de l’écriture de sa propre histoire. Cette lecture est certes éloignée du récit traditionnel. Mais elle correspond mieux, comme écrit l’historien américain Robert Hoyland « aux normes habituelles du comportement humain <a class="lexique" href="https://www.scienceshumaines.com/l-origine-de-l-islam-nouveaux-regards_fr_41132.html#15">(15)</a> ».</p>
<p>Les nouveaux historiens de l’islam</p>
<p>Depuis le début des années 2000, un nouveau paradigme s’est imposé dans les études des origines de l’islam. La plupart des historiens partagent deux idées clés.</p><p>D’une part, l’islam serait né dans le cadre d’une diffusion du judéo-christianisme en Arabie.</p><p>D’autre part, l’islam comme religion séparée a été instauré par les califes après la mort de Mahomet, dans le cadre de la mise en place d’un empire conquérant et d’un pouvoir califal théocratique.</p><p>La naissance de cette religion a donné lieu à des conflits internes d’héritages très violents. Cette thèse est aujourd’hui défendue par des auteurs divers : Alfred-Louis de Prémare (qui fut enseignant à l’Université d’Aix-Marseille), Les Fondations de l’islam. Entre écriture et histoire, Paris, Le Seuil, 2002 ; Françoise Micheau (professeure émérite, Paris 1), Les débuts de l’Islam. Jalons pour une nouvelle histoire, Téraèdre, 2012, Suleiman Mourad (Smith College, USA), La Mosaïque de l’islam, Fayard, 2016, Mohammad Ali Amir-Moezzi (EPHE), Le Coran silencieux et le Coran parlant, éd. CNRS 2011, Jacqueline Chabbi (Université Paris 8), Le Coran décrypté, Fayard, 2008 ; Fred Donner (Université de Chicago, USA), Muhammad and the Believers, 2010 ; Tilman Nagel (Professeur émérite, Göttingen, Allemagne), Mahomet : histoire d’un Arabe, invention d’un prophète, Ed. Labor et Fides, 2012.</p>
<p>Qu’est-ce que le Coran ?</p>
<p>Le Coran se présente comme un texte dicté par Dieu à Mahomet. Il se divise en 114 sourates (ou chapitres), elles-mêmes découpées en versets. Le Coran contient un message essentiel : Allah est le dieu unique auquel il faut se rallier ; ceux qui refusent seront châtiés, les fidèles seront récompensés au jour du jugement dernier. Le texte comprend de nombreuses histoires de prophète : Adam, Noé, Moïse jusqu’à Jésus considéré comme un prophète (mais pas fils de Dieu). Des sourates évoquent des événements ayant eu lieu au temps du prophète à La Mecque ou à Médine. Quelques principes juridiques sont énoncés (sur l’adultère, le vol, l’héritage), mais parfois avec des ambiguïtés ou des contradictions.</p>
<p>Quand a-t-il été écrit ?</p>
<p>Selon la tradition, le Coran a été dicté oralement à Mahomet, qui l’aurait transmis à ses compagnons. La mise par écrit daterait du troisième calife Utham, qui aurait fixé le canon coranique vers 650, pour éviter les dérives et rester fidèle à la révélation.</p><p>Les historiens actuels optent, pour la plupart, pour une rédaction progressive et une canonisation plus tardive. Certains suspectent qu’auraient circulé plusieurs versions, mais personne n’en a trouvé trace. Seul le manuscrit de Sana a été retrouvé en 1972, et fait actuellement l’objet d’une traduction complète.</p><p>Les historiens Fred Donner ou François Desroches considèrent que le Coran fut fixé vers la fin du 7e siècle. Le califat d’Abd al-Malik (5e calife de la dynastie omeyyade) aurait constitué un moment déterminant de cette canonisation. La doctrine du Coran « éternel et incréé » est plus tardive. Elle daterait de deux siècles environ après la mort du Prophète, dans le cadre de l’opposition au courant rationaliste mutaziliste.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Sat, 01 May 2021 20:17:12 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/530/je-hais-le-nouvel-an-par-antonio-gramsci</link>
	<title><![CDATA[Je hais le nouvel an, par Antonio Gramsci.]]></title>
	<description><![CDATA[<p itemprop="name"> </p>
<p>Chaque matin, à me réveiller encore sous la voûte céleste, je sens que c’est pour moi la nouvelle année. C’est pourquoi je hais ces nouvel an à échéance fixe qui font de la vie et de l’esprit humain une entreprise commerciale avec ses entrées et sorties en bonne et due forme, son bilan et son budget pour l’exercice à venir. Ils font perdre le sens de la continuité de la vie et de l’esprit. On finit par croire sérieusement que d’une année à l’autre existe une solution de continuité et que commence une nouvelle histoire, on fait des résolutions et l’on regrette ses erreurs etc. etc. C’est un travers des dates en général. On dit que la chronologie est l’ossature de l’Histoire; on peut l’admettre. Mais il faut admettre aussi qu’il y a quatre ou cinq dates fondamentales que toute personne bien élevée conserve fichée dans un coin de son cerveau et qui ont joué de vilains tours à l’Histoire. Elles aussi sont des nouvel an. Le nouvel an de l’Histoire romaine, ou du Moyen Âge, ou de l’Époque moderne. Et elles sont devenues tellement envahissantes et fossilisantes que nous nous surprenons nous-mêmes à penser quelquefois que la vie en Italie a commencé en 752, et que 1490 ou 1492 sont comme des montagnes que l’humanité a franchies d’un seul coup en se retrouvant dans un nouveau monde, en entrant dans une nouvelle vie. Ainsi la  date devient un obstacle, un parapet qui empêche de voir que l’histoire continue de se dérouler avec la même ligne fondamentale et inchangée, sans arrêts brusques, comme lorsque au cinéma la pellicule se déchire et laisse place à un intervalle de lumière éblouissante. Voilà pourquoi je déteste le nouvel an. Je veux que chaque matin soit pour moi une année nouvelle. Chaque jour je veux faire les comptes avec moi-même, et me renouveler chaque jour. Aucun jour prévu pour le repos. Les pauses je les choisis moi-même, quand je me sens ivre de vie intense et que je veux faire un plongeon dans l’animalité pour en retirer une vigueur nouvelle. Pas de ronds-de-cuir spirituels. Chaque heure de ma vie je la voudrais neuve, fût-ce en la rattachant à celles déjà parcourues. Pas de jour de jubilation aux rimes obligées collectives, à partager avec des étrangers qui ne m’intéressent pas. Parce qu’ont jubilé les grands-parents de nos grands parents etc., nous devrions nous aussi ressentir le besoin de la jubilation. Tout cela est écœurant.</p>
<p>(Antonio Gramsci, 1er janvier 1916 sur l’Avanti!, édition de Turin, rubrique « Sotto la Mole ») Traduit par Olivier Favier.</p><p></p>
<p>Odio il capodanno<br />Ogni mattino, quando mi risveglio ancora sotto la cappa del cielo, sento che per me è capodanno.Perciò odio questi capodanni a scadenza fissa che fanno della vita e dello spirito umano un’azienda commerciale col suo bravo consuntivo, e il suo bilancio e il preventivo per la nuova gestione. Essi fanno perdere il senso della continuità della vita e dello spirito. Si finisce per credere sul serio che tra anno e anno ci sia una soluzione di continuità e che incominci una novella istoria, e si fanno propositi e ci si pente degli spropositi, ecc. ecc. È un torto in genere delle date.Dicono che la cronologia è l’ossatura della storia; e si può ammettere. Ma bisogna anche ammettere che ci sono quattro o cinque date fondamentali, che ogni persona per bene conserva conficcate nel cervello, che hanno giocato dei brutti tiri alla storia. Sono anch’essi capodanni. Il capodanno della storia romana, o del Medioevo, o dell’età moderna. E sono diventati cosí invadenti e cosí fossilizzanti che ci sorprendiamo noi stessi a pensare talvolta che la vita in Italia sia incominciata nel 752, e che il 1490 0 il 1492 siano come montagne che l’umanità ha valicato di colpo ritrovandosi in un nuovo mondo, entrando in una nuova vita. Così la data diventa un ingombro, un parapetto che impedisce di vedere che la storia continua a svolgersi con la stessa linea fondamentale immutata, senza bruschi arresti, come quando al cinematografo si strappa la film e si ha un intervallo di luce abbarbagliante.Perciò odio il capodanno. Voglio che ogni mattino sia per me un capodanno. Ogni giorno voglio fare i conti con me stesso, e rinnovarmi ogni giorno. Nessun giorno preventivato per il riposo. Le soste me le scelgo da me, quando mi sento ubriaco di vita intensa e voglio fare un tuffo nell’animalità per ritrarne nuovo vigore. Nessun travettismo<a href="http://dormirajamais.org/gramsci-2/#footnote_0_11337" id="identifier_0_11337" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="La voce « travettismo » è derivata dal piemontesismo « travet » che designa un « impiegato di basso livello e mal retribuito che svolge scrupolosamente un lavoro monotono e, anche, poco gratificante (e, con valore ironico, ne indica la mancanza di personalità, di iniziativa e di motivazioni) » (Grande Dizionario della Lingua Italiana). Si tratta del nome del protagonista della commedia piemontese di Vittorio Bersezio Le miserie di Monsù Travet (1862) divenuto il paradigma dell’impiegato dalla vita grigia e con prospettive limitate.">1</a>. Ogni ora della mia vita vorrei fosse nuova, pur riallacciandosi a quelle trascorse. Nessun giorno di tripudio a rime obbligate collettive, da spartire con tutti gli estranei che non mi interessano. Perché hanno tripudiato i nonni dei nostri nonni ecc., dovremmo anche noi sentire il bisogno del tripudio. Tutto ciò stomaca.</p>
<p>(Antonio Gramsci, 1° Gennaio 1916 su l’Avanti!, edizione torinese, rubrica « Sotto la Mole »)</p><p class="dpsp-share-text">Partager sur</p>
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<p>La voce « travettismo » è derivata dal piemontesismo « travet » che designa un « impiegato di basso livello e mal retribuito che svolge scrupolosamente un lavoro monotono e, anche, poco gratificante (e, con valore ironico, ne indica la mancanza di personalità, di iniziativa e di motivazioni) » (Grande Dizionario della Lingua Italiana). Si tratta del nome del protagonista della commedia piemontese di Vittorio Bersezio Le miserie di Monsù Travet (1862) divenuto il paradigma dell’impiegato dalla vita grigia e con prospettive limitate. [<a href="http://dormirajamais.org/gramsci-2/#identifier_0_11337" class="footnote-link footnote-back-link">↩</a>]</p>
]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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