<?xml version='1.0'?><rss version="2.0" xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/" xmlns:georss="http://www.georss.org/georss" xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom" >
<channel>
	<title><![CDATA[Signet Loupe: Octobre 2021]]></title>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/group/270/archive/1633046400/1635724800</link>
	<atom:link href="https://ememiom.fr/iom/blog/group/270/archive/1633046400/1635724800" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<description><![CDATA[]]></description>
	
	<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/734/vers-une-californisation-des-identites</guid>
	<pubDate>Sun, 31 Oct 2021 16:17:21 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/734/vers-une-californisation-des-identites</link>
	<title><![CDATA[Vers une californisation des identités]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Tout le monde sait que les principales industries du web sont américaines et notamment californiennes. Que la plupart des innovations du web viennent de là-bas. Mais quel est le modèle que nous impose cette industrie qui révolutionne nos usages, et en quoi il est en train de révolutionner jusqu'à notre cadre juridique.</p><p><br />1. Le web tel qu'on le connaît est californien.</p><p>publicité</p><p>La libre circulation des idées et des personnes fait partie de la culture américaine. Elle est même un des piliers de la mythologie US dès la conquête de l'ouest. On la retrouve plus tard dans les autoroutes physiques lancées par Al Gore Sr dans les années 50, et jusqu'aux <a href="http://www.cite-sciences.fr/derosnay/articles/auto.htm" target="_blank">autoroutes de l'information</a> d'Al Gore Jr des années 90 pour populariser le web. Le partage de l'information -incluant les informations personnelles- est intrinsèquement américain.</p><p>Mais c'est en Californie que s'est cristalisé la vision holistique d'un web global, qui change le monde. Dès 1988, le philosophe Edgar Morin décrivait déjà une californisation des consciences (Vingt ans après, p. 155-156) : "Voici que font irruption en France des thèmes et des vecteurs venus de Californie. Là-bas, avait jailli une sorte de révolution culturelle juvénile portant en elle une revendication à la fois libertaire et communautaire, existentielle et sociale..." Une analyse qui reste d'actualité, et qui s'est amplifiée avec le développement des nouvelles technologies.</p><p><br />2. La californisation des identités en ligne</p><p>Web 2.0, réseaux et médias sociaux sont rentrés dans le vocabulaire des internautes, même les moins avertis. Le développement du web a vu le passage d'un web de l'information à un web des identités. Mais derrière cette révolution des usages se cachent des enjeux planétaires en termes juridiques et d'influence.</p><p>a/ Disparition des limites entre identité physique et numérique : aujourd'hui on communique aussi bien, sinon mieux, via le web plutôt que physiquement. La plupart des innovations et créations du web sont conçues ou pilotées depuis la Californie.</p><p>b/ Nos données personnelles deviennent californiennes : sur les grands réseaux sociaux, nos informations sont stockées sur des "data centers", mais celui qui fait référence est "hébergé" en Californie. Et c'est la loi californienne qui s'applique, et les litiges avec Facebook ou Google sont tranchés dans le comté de Santa Clara (cf. point 15 des <a href="http://www.facebook.com.fr.mk.gd/terms.php" target="_blank">TOS de Facebook</a>, ou 20.7 des <a href="https://www.google.com/accounts/TOS?loc=US&amp;hl=fr" target="_blank">TOS de Google</a>).</p><p>c/ Disparition de l'anonymat : l'Etat de Californie a voté une loi de protection de l'identité numérique. <a href="http://blog.viadeo.com/fr/usurpation-identite-numerique-delit-vie-privee/2011/01/05/" target="_blank">L'usurpation d'identité en ligne</a> est ainsi passible, depuis début 2011, d'une amende de 10.000 dollars et/ou d'une peine allant jusqu'à 1 an de prison.<br /></p><p>d/ Préparation au web mobile, m-commerce et social commerce : au-dela du profil des utilisateurs, de plus en plus qualifié, les acteurs majeurs du web ont commencé la collecte de données personnelles mobiles, visant à préparer le terrain des marchés de l'identité personnelle géolocalisable à des fins commerciales (Entre autres, Facebook demande un numéro de téléphone pour valider la création de page, et Google propose de sécuriser son mot de passe avec son numéro de téléphone).. Et la plupart des acteurs technologiques du commerce de demainsont aussi californiens !<br /></p><p>3. Une extraterritorialité "californienne" remise en cause</p><p>Le développement du web social et du Cloud computing a contribué à créer une jurisprudence à l'échelle internationale. Car malgré la réplication des données et l'existence de serveurs (data centers), c'est le lieu d'hébergement d'un serveur de référence -celui de Californie- qui détermine le lieu juridique (et non plus la localisation des utilisateurs). La bonne santé des industries informatiques joue-t-elle sur le vote des lois, dans une Californie plombée par un déficit budgétaire, ou dans une Amérique qui y voit une industrie à ménager, comme semble l'indiquer le récent déjeuner de Barack Obama avec le gratin du web et de l'informatique et ses apparitions avec Mark Zuckerberg ?<br />Il n'empêche, les lois votées à l'échelle américaine et californienne créent une extraterritorialité informatique, c'est à dire l'application de lois hors du territoire où s'exercerait normalement la loi votée.<br /></p><p>Une alternative ? Les deux perdants des deux dernières élections présidentielles, le sénateur démocrate John Kerry et le sénateur républicain John McCain, viennent de présenter un <a href="https://www.zdnet.fr/actualites/usa-democrates-et-republicains-proposent-une-loi-sur-les-donnees-privees-39759943.htm" target="_blank">projet de loi pour créer un nouveau droit en ligne</a>, pour protéger la vie privée des habitants consommateurs américains. Un exemple à suivre ?</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/729/le-new-age-%E2%80%93-un-%C2%AB%C2%A0nouveau-monde%C2%A0%C2%BB-cybersacre</guid>
	<pubDate>Sat, 30 Oct 2021 23:26:50 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/729/le-new-age-%E2%80%93-un-%C2%AB%C2%A0nouveau-monde%C2%A0%C2%BB-cybersacre</link>
	<title><![CDATA[Le New-Age – Un « nouveau monde » cybersacré]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Plan :</p>

<p>L’idéologie New-Age<br />Ses pratiques<br />L’enquête<br />Le cybersacré<br />L’Internet et le New-Age partagent la même idéologie<br />Du cybercafé au cybersacré</p>
<p dir="ltr" lang="fr-fr" xml:lang="fr-fr">1 – Pendant les années 1960, période de contre-culture, les Etats-Unis voient surgir une multiplicité de nouveaux mouvements religieux. Le New-Age apparaît dans un contexte historique, celui de la guerre du Viêt Nam, du racisme, de la violence, et où va prévaloir, en contrepoint, l’idée de « reconstruire » un autre monde. Le progrès scientifique devrait pouvoir, alors, être utilisé à bon escient. Dans cet objectif, la cybernétique, la systémique, auxquelles s’adjoignent les nouvelles psychothérapies, instaurent la communication comme « Valeur », une valeur de changement, d’espérance, où se mêleraient à la fois le développement personnel et la création d’un monde global, alternatif, harmonieux. Cet état d’esprit holistique, associé à la volonté de créer un monde différent, formera les bases propices au développement des pratiques et des idéologies du New-Age, dont le lieu d’origine est la Californie, en particulier le centre d’Esalen. En Europe on assiste, dans les années 1960-1970, à ce que E. Morin appelle une « californisation » : « Voici que font irruption en France des thèmes et des vecteurs venus de Californie. Là-bas, avait jailli une sorte de révolution culturelle juvénile portant en elle une revendication à la fois libertaire et communautaire, existentielle et sociale … Là-bas, un néo-naturisme prenait forme cosmique, religieuse, puis soudain se cristallisait en conscience écologique 1. »</p><p dir="ltr" lang="fr-fr" xml:lang="fr-fr">2 – La situation anomique dans laquelle se trouve une partie de la jeunesse européenne n’est pas sans rappeler celle des jeunes Californiens avec, notamment, une critique et un rejet des valeurs de la société dominante 2. L’apogée de cette contestation serait portée par les acteurs de Mai 68 :</p><p dir="ltr" lang="fr-fr" xml:lang="fr-fr"> « Ces militants ont invalidé le concept d’utopie, et démasqué une idéologie corrompue, peu importe s’il faut voir dans leur action une simple révolte ou une révolution manquée, de toute façon, elle marque un tournant. En proclamant la contestation permanente, la formation permanente, le Grand Refus, ils ont dénoncé l’empreinte de la répression sociale jusque dans les expressions les plus sublimes de la culture traditionnelle, jusque dans les plus spectaculaires réalisations du progrès technique … 3 »</p><p dir="ltr" lang="fr-fr" xml:lang="fr-fr">3 – De ce Grand Refus naît une contre-culture qui s’accompagne d’une volonté de changement, de transformation de la société, et c’est là que le mouvement New-Age retiendra l’attention. Il propose des moyens et des méthodes pour accélérer ce changement. Dans cette « ambiance de qualitatif », le New-Age favorise l’émergence d’une société dite « alternative et holistique » associée à un retour à la nature et à des valeurs de liberté, d’égalité, de démocratie dont les slogans sont : « Ici et maintenant » (devise d’Esalen), « Bien dans son corps bien dans sa tête », « Changer les consciences pour changer le monde ».</p><p dir="ltr" lang="fr-fr" xml:lang="fr-fr">4 – Le mouvement s’élargit progressivement pour plusieurs raisons. D’abord il s’agit d’un mouvement diffus, multiple, dont le discours peut être lu à différents niveaux. Aussi, dans le New-Age, on parle souvent de « nouvelles consciences », mais cela peut être interprété de façon différente : « nouvelle conscience de soi, de son corps », « nouvelle conscience religieuse, spirituelle », « nouvelle conscience planétaire, écologique », « nouvelle conscience politique, éducative, etc. » L’idéologie n’est pas unique et précise mais plurielle et diffuse. L’individu, par divers chemins, s’y associe et deviendra, éventuellement, sans avoir à adhérer ou à obéir, par la souplesse de jeu qui demeure aménagé, le relais plus efficace d’une idéologie mobile explicite et ambiguë. Le passage d’un niveau de conscience à un autre peut s’effectuer au cours de conférences, de lectures, de stages. Progressivement la croyance initiale en « l’ère du Verseau » se transforme en une idéologie qui n’est pas si éloignée du discours politique habituel.</p>
<p>Source de l’image : lauramarietv.com</p>
<p dir="ltr" lang="fr-fr" xml:lang="fr-fr">L’idéologie New-Age</p><p dir="ltr" lang="fr-fr" xml:lang="fr-fr">5 – L’objectif est simple : « Se transformer soi-même pour transformer le monde. » Le discours a une visée politique et devient idéologique, c’est-à-dire un discours de légitimation qui fait appel à un fondement tenu pour incontestable et hors de portée de vérification  4 (Dieu, loi cosmique, nécessité historique.)</p><p dir="ltr" lang="fr-fr" xml:lang="fr-fr">6La croyance idéologique doit, pour être efficace, exprimer les perceptions, les constructions du monde, les attentes et les espérances d’un groupe. Le New-Age répond aux critères qui définissent l’idéologie. Cela signifie qu’il utilise les mêmes stratégies que toutes les idéologies et que son fonctionnement ne différerait pas de l’idéologie dominante tant critiquée. Nous voyons là aussi que le New-Age joue le jeu de la modernité et qu’il n’est pas en rupture avec elle ni dans ses pratiques ni dans ses « stratégies idéologiques ». Mais qu’en est-il du contenu lui-même ? La stratégie idéologique du New-Age est de montrer que rien ne va plus et que lui seul possède la solution à cette situation. L’idée centrale est évoquée par M. Ferguson :</p><p dir="ltr" lang="fr-fr" xml:lang="fr-fr"> « Ce n’est que par un nouvel état d’esprit que l’humanité peut se régénérer, et notre capacité pour un tel changement est naturelle 5. »</p><p dir="ltr" lang="fr-fr" xml:lang="fr-fr">7 – Cette transformation doit se faire chez le plus de personnes possible afin qu’elles agissent par « contagions » et aident les autres à évoluer. Il s’agit bien de faire changer le monde à partir de soi, de partir de son énergie pour « toucher le monde extérieur ». La question qui se pose est la suivante : un changement chez quelques individus peut-il modifier l’ensemble d’un groupe ?</p><p dir="ltr" lang="fr-fr" xml:lang="fr-fr">8 Les expérimentations en psychologie sociale montrent qu’en principe (mis à part les grands chefs charismatiques), la majorité, la masse dominante influencent le comportement des individus qui tendent à s’aligner sur le groupe (même si celui-ci a tort). Il existe une pression vers l’uniformité nécessaire à la cohésion. Pourtant les idéologies minoritaires (religieuses, révolutionnaires, utopiques…) aiment croire et faire croire qu’un changement reste possible. Le « sens commun » partage ce point de vue, c’est-à-dire qu’un changement global doit provenir d’abord de l’individu. Cela s’entend à travers des expressions comme : « Tant que chacun ne sera pas… propre, poli, respectueux, honnête… » ou « Il faut que chacun y mette du sien. » On part de l’individu pour influencer le collectif. D’ailleurs, le New-Age propose des programmes dans les domaines de la politique, de l’éducation, de l’économie, de la santé. Par exemple, la politique est déterminée par une vision du monde holistique en harmonie avec la nature, la transformation intérieure des individus serait une réforme essentielle en garantissant le succès.</p><p dir="ltr" lang="fr-fr" xml:lang="fr-fr">9 Le terme qui revient sans cesse est celui de « consensus ». Le changement doit émaner d’un consensus et/ou être inspiré par les dirigeants, le gouvernement doit être un consensus d’individus. On retrouve une forme d’imaginaire, peut-être collective, ou du moins reflétant l’opinion publique, qui consiste à croire que l’on peut faire une bonne société à partir de bonnes valeurs. Implicitement cette croyance signifie : « Si tout le monde était honnête, gentil…. le monde serait beau. » Or, les questions qui se posent sont : peut-on faire une bonne société à partir de valeurs consensuelles ? En quoi des valeurs régulent, organisent une société ? Que se passerait-il, si, comme le veut le New-Age, la transformation de la société se faisait autour de valeurs consensuelles ?</p>
<p>Ses pratiques</p>
<p dir="ltr" lang="fr-fr" xml:lang="fr-fr">10 – On peut, de façon idéal-typique, dégager trois domaines majeurs :</p><p dir="ltr" lang="fr-fr" xml:lang="fr-fr">11 – Les nouvelles techniques de développement personnel (gestalt, jeux de rôle, systémique, training mental, rebirth, mais aussi expression corporelle, relaxation, sophrologie, etc.) dont l’objectif est une meilleure connaissance de soi pour un mieux être, un changement personnel et une meilleure efficacité (professionnelle, affective, relationnelle, familiale).</p><p dir="ltr" lang="fr-fr" xml:lang="fr-fr">12 – Un ésotérisme occidental et oriental. Le New-Age puise dans un véritable univers symbolique (sagesse antique, druide, cathare) et propose des pratiques anciennes réactualisées (astrologie, numérologie, voyance, yi king, zen, tarot, méditation, magnétisme, etc.) et de nouvelles pratiques (channeling, dialogue avec l’ange, transcommunication, régression dans les vies antérieures). L’objectif est toujours le développement de soi, le changement de conscience et un usage individuel du « sacré ».</p><p dir="ltr" lang="fr-fr" xml:lang="fr-fr">13 – Un intérêt effectif est exprimé pour tout ce qui est le retour à la nature, les produits biologiques, la diététique, la médecine douce, la gymnastique, le yoga, le massage, la musique New-Age. Il s’agit de maintenir en bonne santé notre corps tout comme d’assurer le devenir de la planète. Ces pratiques New-Age ne concerneraient pas seulement une population spécifique, mais, en tendance, tout un chacun, car les moyens de communication exploitent quotidiennement les thèmes ci-dessus et les banalisent.</p>
<p>L’enquête</p>
<p dir="ltr" lang="fr-fr" xml:lang="fr-fr">14 – L’analyse du « communautaire » vers le « sociétaire », l’analyse de l’organisation des pratiques culturelles et des échanges sociaux en dehors des institutions, l’analyse au quotidien des nouvelles formes de mythologie ou de ritualité nécessitent des outils que j’appelle « socio-anthropologiques ». Pour Pierre Bouvier : « Le socio-anthropologique s’essaie à cette position, entre le Soi et l’altérité, le sociétal, le symbolique, le particulier, le doute 6. »</p><p dir="ltr" lang="fr-fr" xml:lang="fr-fr">15 – Dans cette perspective socio-anthropologique, l’enquête repose à la fois sur :</p><p dir="ltr" lang="fr-fr" xml:lang="fr-fr">161) Des analyses de contenus d’ouvrages, de brochures, d’émissions télévisuelles, radiophoniques, des conférences, forums, salons, etc.</p><p dir="ltr" lang="fr-fr" xml:lang="fr-fr">172) Des entretiens, des discussions, des observations participantes de groupes New-Age pratiquant le channeling, le dédoublement astral, la régression dans les vies antérieures, la rencontre avec l’ange, la médecine naturelle, la sophrologie.</p><p dir="ltr" lang="fr-fr" xml:lang="fr-fr">183) Des comparaisons avec d’autres mouvements non New-Age, comme le cercle spirite Allan Kardec, les théosophes, les anthroposophes, les Rose-Croix, les Témoins de Jéhovah, le Mouvement Œcuménique chrétien (où j’ai effectué des observations participantes durant un an). Cela m’a permis de percevoir les différences et ainsi de mieux cerner et comprendre la dimension « imaginale », « globale » du New-Age par rapport à ces mouvements plus stéréotypés, secrets, ou religieux, s’intégrant de façon moins significative dans la modernité 7.</p>
<p>Le cybersacré</p>
<p dir="ltr" lang="fr-fr" xml:lang="fr-fr">19 – Le New-Age est très présent sur le web. Ce mot-clé renvoie rapidement à des annuaires de sites : Isis, carrefour de l’ésotérisme, ABC du New-Age. Ces différents sites utilisent des modes de construction classique avec des rubriques : nouveautés, forum, agenda, magazine, dossiers, livres, annonces, boutique. On y retrouve l’idéologie et de nombreuses pratiques définies ci-dessus. Le New-Age s’y présente comme un style de vie alliant les médecines naturelles, les nouvelles psychothérapies, la relaxation, la musique, la diététique, la gymnastique douce. Le sacré n’est qu’une partie de ce mode de vie, un moyen parmi d’autres de transformations individuelle et collective. Se limiter à une approche essentiellement religieuse du New-Age ne rend pas compte de la pluralité du mouvement. Cependant, dans l’esprit de cet article, nous allons donner un exemple précis de ce cybersacré.</p><p dir="ltr" lang="fr-fr" xml:lang="fr-fr">20 – La publicité, le cinéma s’angélisent : on retrouve des symboles liés au ciel, à la couleur bleue, à l’ascension Et parmi des pratiques comme le channeling, le pouvoir des cristaux, la régression dans les vies antérieures, l’astrologie, la numérologie, on peut analyser celle des « Anges Gardiens ». Pour bien comprendre et mettre en valeur cette utilisation du cybersacré, nous allons de façon idéal-typique comparer cette quête des « anges » avec ou sans l’utilisation de l’Internet.</p><p dir="ltr" lang="fr-fr" xml:lang="fr-fr">21 – Sans accès à l’Internet. X a entendu parler des anges gardiens. Il a l’intuition que son ange le protège, il veut en savoir plus sur le sujet. Habitant la campagne, il se rend dans la ville la plus proche et achète un ouvrage sur les anges gardiens 8. Il apprend que d’autres personnes y croient et que certaines entrent en contact avec leur ange gardien. Il aimerait en savoir plus. Il retourne en ville, achète différentes revues New-Age et, effectivement, trouve des lieux de stages, sur « la rencontre des anges gardiens ». Le stage demande un investissement personnel et financier : se rendre dans un lieu inconnu et lointain, travailler avec des personnes que l’on ne connait pas et on est pas sûr du résultat.</p><p dir="ltr" lang="fr-fr" xml:lang="fr-fr">22 – Avec l’accès à l’Internet. Il écrit « anges gardiens », clique et visualise une multiplicité de sites. On peut les imprimer et acquérir rapidement les informations recherchées. Par exemple, il apprend qu’à chaque signe zodiacal correspondent six anges, il peut les connaître grâce à des logiciels vendus en ligne. Les anges sont bénéfiques, ils veulent nous aider à préparer l’ère du Verseau en plus, leur rendre visite sur le web leur fait plaisir ! Surtout l’avantage c’est, ici, l’anonymat. La toile permet des premiers contacts, des échanges, une mise en confiance et peut-être après, une continuité dans des ateliers, des stage.</p><p dir="ltr" lang="fr-fr" xml:lang="fr-fr">23 – Nous allons nous contenter de décrire un seul de ces sites intitulé : « La voie des anges » 9. Sur la première page avec un fond bleu étoilé est écrit : « Bienvenue sur ce site dédié aux anges et aux guides des mondes invisibles. » Le site se divise en plusieurs rubriques, les deux premières sont :</p><p dir="ltr" lang="fr-fr" xml:lang="fr-fr">24 – « Les anges sont parmi nous »</p><p dir="ltr" lang="fr-fr" xml:lang="fr-fr">25 – « Les anges dans l’histoire ».</p><p dir="ltr" lang="fr-fr" xml:lang="fr-fr">26 – Leur contenu est semblable. Il s’agit de montrer que dans toutes les religions qu’elles soient chrétiennes, islamistes, hindouiste, croire aux anges est établi. Le discours New-Age se veut non religieux, non dogmatique, il est assez critique face aux religions instituées. Pourtant, il n’hésite pas à utiliser des écrits bibliques lorsque cela se révèle efficace. Pourquoi ces contradictions ? Ce discours historique sur la présence des anges dans les différentes religions est un moyen de légitimation puissant qui fait appel à des référents connus, chargés symboliquement. Cela produit un effet de « halo », c’est-à-dire une confusion amenant l’individu à croire plus facilement au reste des rubriques.</p><p dir="ltr" lang="fr-fr" xml:lang="fr-fr">27 – La troisième rubrique est intitulée : « Les anges aujourd’hui ».</p><p dir="ltr" lang="fr-fr" xml:lang="fr-fr">28 – Après avoir légitimé l’existence des anges dans l’histoire religieuse, ce site propose un message produit par channeling (inspiration). Ce message est très optimiste : les anges se proposent d’aider, de soutenir, de soulager, de guérir. Je cite : « Face aux événements qui arrivent, les hommes auront besoin de nos secours. » C’est signé Hahahel, Beni Elohim, hiérarchie des anges de Mercure.</p><p dir="ltr" lang="fr-fr" xml:lang="fr-fr">29 – D’emblée, il est intéressant de souligner l’utilisation de moyens « paranormaux » pour rendre compte de l’idéologie du New-Age, à savoir la  critique de la société contemporaine et la création d’un monde meilleur. L’originalité est l’attente d’une intervention extérieure pour produire ce changement. Comment interpréter sociologiquement cette aide de l’au-delà, manque de liens sociaux, désespoir, régression ou au contraire amusement ? Recherche de nouvelles sensations « channeling » ? Individualisme ? En plus du signe astrologique nous devrions consulter nos anges gardiens.</p><p dir="ltr" lang="fr-fr" xml:lang="fr-fr">30 – La quatrième rubrique : « Les anges de la Kabbale »</p><p dir="ltr" lang="fr-fr" xml:lang="fr-fr">31 – Il s’agit d’une classification ésotérique de 72 anges suivant leur ordre hiérarchique. Exemple : n°1 les Hayoth, n°2 les Ofanim, n°3 les Erelim. Cela est très complexe, et n’a de sens que pour les personnes initiées à la Kabbale, public limité, alors pourquoi mettre cette classification ardue en ligne ? Là aussi, il s’agit d’un moyen de légitimation puissant, un discours ésotérique que l’on ne peut remettre en cause, écrit à partir de connaissances que d’autres n’ont pas. Cela produit un effet de rigueur, de sérieux.</p><p dir="ltr" lang="fr-fr" xml:lang="fr-fr">32 – La dernière rubrique s’intitule : « Rencontre avec les anges ». Il s’agit d’un rituel individuel, « gratuit » que l’on peut faire tranquillement chez soi.</p><p dir="ltr" lang="fr-fr" xml:lang="fr-fr">Description : rituels et outils d’invocation et de contact</p><p dir="ltr" lang="fr-fr" xml:lang="fr-fr">33 – Allumez une bougie colorée (voir « Boutique des anges ») en choisissant la couleur correspondant à l’ange invoqué (voir fiche).</p><p dir="ltr" lang="fr-fr" xml:lang="fr-fr">34 – Placez devant vous le pentacle de l’ange invoqué (voir « Boutique des anges »).</p><p dir="ltr" lang="fr-fr" xml:lang="fr-fr">35 – Visualisez la couleur associée … prononcez trois fois le nom de l’archange…</p><p dir="ltr" lang="fr-fr" xml:lang="fr-fr">36 – Utilisez l’encens correspondant à l’ange invoqué (voir « Boutique des anges »).</p><p dir="ltr" lang="fr-fr" xml:lang="fr-fr">37 – Utilisez l’huile angélique correspondant à l’ange (voir « Boutique des anges »).</p><p dir="ltr" lang="fr-fr" xml:lang="fr-fr">38 – Mettez-vous en harmonie avec les deux planètes correspondant à l’ange en les nommant à voix haute.</p><p dir="ltr" lang="fr-fr" xml:lang="fr-fr">39 – Exprimez votre demande à voix haute.</p><p dir="ltr" lang="fr-fr" xml:lang="fr-fr">40 – J’ai simplifié le rituel, mais il est à noter qu’à chaque numéro correspond à un renvoi vers la « Boutique des anges ». On peut donc acheter tout le matériel en ligne.</p><p dir="ltr" lang="fr-fr" xml:lang="fr-fr">41 – Comment sociologiquement interpréter ce rituel de magie blanche en ligne ?</p><p dir="ltr" lang="fr-fr" xml:lang="fr-fr">42 – On peut être surpris qu’un rituel ésotérique soit divulgué sur Internet et qu’un groupe, ou une communauté, ne garde pas ces connaissances qu’elle pourrait exploiter ou réserver à des initiés. D’abord ce site, comme la plupart des sites New-Age, montre bien le passage de valeurs et de pratiques New-Age dans la société contemporaine à travers des productions individuelles. Dans l’idéologie New-Age les connaissances ésotériques, et autres pratiques, doivent être données à tous. Il doit exister une égalité des savoirs, des compétences pour que chacun puisse préparer l’âge d’or. Ainsi, les théories et les pratiques sont simplifiées et réadaptées aux logiques de la société contemporaine. Elles deviennent faciles d’accès. Elles ne demandent aucune connaissance préalable et promettent la réussite, le bien-être et la spiritualité.</p><p dir="ltr" lang="fr-fr" xml:lang="fr-fr">43 – Ce passage d’une connaissance ésotérique réservée à une élite vers une uniformalisation produit, ici, une transparence « totale ». Sous prétexte que rien ne doit rester secret, on peut parfois constater une absence d’inhibition. Des individus livrent facilement leur vie privée. Alors que, dans des sociétés justement dites secrètes, comme la franc-maçonnerie, la vie privée reste, elle aussi, secrète 10. L’internaute peut par la suite envisager de faire un stage. L’animateur du séminaire, Jacques S., se présente comme un sophrologue et un relaxologue. La sophrologie qui est issue du milieu médical et dont l’objectif est l’épanouissement, la connaissance de soi » est réinvestie dans des expériences nouvelles. Dans ce stage, l’animateur propose un contact avec « l’ange tutélaire de naissance ». Il utilise des techniques sophrologiques pour des objectifs qui ne sont pas ceux de la sophrologie, telle que la définit Caycédo<a id="bodyftn10" href="https://socio-anthropologie.revues.org/158#ftn10">11</a>. Se présenter comme sophrologue est un moyen de légitimation non négligeable car, dans les représentations sociales, ce titre est parfois assimilé au médical, à la science symbolisant la rigueur, la méthode, la vérité. La juxtaposition de deux savoirs, l’un relevant du « scientifique » et l’autre du « paranormal » est classique dans le New-Age.</p><p dir="ltr" lang="fr-fr" xml:lang="fr-fr">44 – Face à ces stagiaires, l’animateur s’exprime à la fois au nom de la Science, et à partir de ses expériences personnelles, de ses « dons ». Compétences difficiles à remettre en cause dont il peut accentuer l’un ou l’autre aspect suivant l’attente, les motivations et les résultats de ses stagiaires.</p>
<p>L’Internet et le New-Age partagent la même idéologie</p>
<p dir="ltr" lang="fr-fr" xml:lang="fr-fr">45 – Ainsi l’internaute, par l’intermédiaire du cybersacré, a la possibilité de télécharger des informations (résumés d’ouvrages), des galeries d’images, des messages des anges, un rituel, de la musique, de participer à des groupes de discussions, d’acheter en ligne des logiciels, des bougies, de connaître des lieux de stages, de conférences. En quelques minutes il est saturé d’informations. La toile est un moyen technologique qui permet d’acquérir des connaissances, de communiquer, d’acheter, qu’il s’agisse de recettes de cuisine ou d’anges gardiens, de spiritualité ; le geste est le même.</p><p dir="ltr" lang="fr-fr" xml:lang="fr-fr">46 – Le domaine du sacré, qui était considéré par R. Otto 12 comme une « expérience transcendante », n’est plus séparé du monde profane mais devient une dimension que l’on croise de temps à autre en « cliquant » sans pour autant émouvoir et ne demandant pas une attitude de respect ou un rituel particulier. Cette banalisation s’accompagne sociologiquement d’un moindre investissement. L’internaute est assis, il boit son café, son seul mouvement est celui de la main tenant la souris, et, comme par magie, il est submergé d’informations visuelles (images, textes) et sonores (musique). Comment reçoit-il ces informations ? Est-ce que l’esprit critique est proportionnel à l’effort fourni ? Lors de nos premières visites sur des sites de l’Internet, n’obéissions-nous pas à des règles de savoir-vivre, de conduites de politesse acquises socialement ? Un individu produit un site, souvent techniquement bien construit, que l’on peut télécharger gratuitement (ou pour le prix d’une communication téléphonique locale). Il serait malvenu de produire un contre-don négatif.</p><p>47 – Sociologiquement, on peut poser l’hypothèse que l’absence d’investissement physique ou financier, la diversité des informations, la rapidité d’exécution et le manque de connaissances techniques pourraient amoindrir l’esprit critique et donc conduire à une banalisation du « sacré » ou au pire à un déplacement de celui-ci vers les nouvelles technologies, support de la « magie » et de « l’image » ? Peut-être l’esprit critique nécessite-t-il une nouvelle forme d’apprentissage face à l’Internet du moins pour l’internaute non averti 13 ?</p>
<p>Du cybercafé au cybersacré</p>
<p dir="ltr" lang="fr-fr" xml:lang="fr-fr">48 – Le mythe du New-Age : celui de créer une société harmonieuse est un thème récurrent mais, pour la première fois dans l’histoire, ce mythe se concrétise à travers la technologie contemporaine. La croyance dans les nouvelles technologies comme valeurs et comme moyens de salut pour l’humanité apparaît dans les années 1940-1950. Les recherches de N. Wiener<a id="bodyftn13" href="https://socio-anthropologie.revues.org/158#ftn13">14</a> sur la cybernétique visaient à mettre au point des machines intelligentes qui aideraient les hommes à mieux gouverner et à lutter contre l’entropie. L’idéologie d’une société transparente et unifiée va s’accentuer dans la période contre-culturelle conjointement au développement du New-Age. Dans les années 1980, pour M. Ferguson, porte-parole du New-Age : « Nous bénéficions du phénomène prévu en 1964 par Marshall Mc Luhan : l’implosion de l’information. La planète est vraiment devenue un village global.<a id="bodyftn14" href="https://socio-anthropologie.revues.org/158#ftn14">15</a> » En 2000, d’après J.-F. Dortier<a id="bodyftn15" href="https://socio-anthropologie.revues.org/158#ftn15">16</a>, on estime à 250 millions le nombre d’internautes, soit 10 fois plus qu’en 1995.</p><p dir="ltr" lang="fr-fr" xml:lang="fr-fr">49 – L’échange d’informations « immatérielles » par l’Internet fait partie de la vie quotidienne : monde virtuel, dématérialisé où les échanges sont « numériques » et « lointains ». Le New-Age en profite et prolonge ses connections vers l’au-delà, et réci-proquement, l’au-delà nous répond. Jacques S. nous apprend que les anges lisent sur le web et qu’ils inspirent par « channeling » des personnes leur donnant des messages écrits, des images ou de la musique des sphères, que l’on peut télécharger. (D’ailleurs, pour les problèmes de connexions, l’animateur suggère d’appeler l’archange Gabriel, saint patron des télécommunications.)</p><p dir="ltr" lang="fr-fr" xml:lang="fr-fr">50 – Que l’au-delà se serve du net correspond sociologiquement à un élargissement des frontières sur deux niveaux, déjà inscrit dans le cadre d’un élargissement horizontal à travers l’autoroute mondiale de l’information. Mais il s’agit ici d’un déplacement vers le « haut » que l’on retrouve dans les publicités de l’Internet avec des images et des symboles « d’ascension » : vues aériennes, ciel, planète, espace, vitesse. Si l’on poursuit dans cette logique d’échange « immatériel », le monde global à construire serait non plus une communauté de « corps » mais une communauté spirituelle. Déjà le virtuel permet la rencontre des vivants et des morts à travers des cimetières et de nouveaux rituels funéraires, mais ces échanges se feraient également avec d’autres entités : des « anges », des « êtres de lumières » Le prix à payer pour réussir cette communauté d’âmes serait le sacrifice du corps. Nous n’en sommes pas là.</p><p dir="ltr" lang="fr-fr" xml:lang="fr-fr">51 – Le cybersacré profite à des individus qui à la fois diffusent l’idéologie optimiste du New-Age : « Nous pouvons changer le monde » et en vendent les techniques, les pratiques, les logiciels et les ouvrages. La finalité du cybersacré New-Age se dit. Le lien social virtuel dans un monde dématérialisé n’est pas réalisable. Le lien social nécessite la rencontre des individus car l’on n’échange pas seulement des « informations » mais des regards, des comportements, des attitudes, des émotions, des contacts physiques qu’une webcam ne peut remplacer.</p><p dir="ltr" lang="fr-fr" xml:lang="fr-fr">52 – Ainsi de nouveaux liens sociaux peuvent apparaitre : X ne dispose pas de l’Internet, mais il habite près de Grenoble. Il peut se rendre au New-AgeCybercafé ouvert depuis 1996 qui propose des connections (25 francs pour 30 minutes). Les internautes sont présents autour de lui et physiquement très proches car il y a peu d’espace. Ils partagent les mêmes valeurs, le « cyberespace », il peut s’adresser à eux et simultanément surfer. Pour Philippe Breton : « L’engouement pour Internet se déploie dans un climat qui apparaît véritablement comme celui d’une nouvelle religiosité.<a id="bodyftn16" href="https://socio-anthropologie.revues.org/158#ftn16">17</a> » Dans cette perspective, comment s’établissent les contacts dans les cybercafés ? Donnent-ils lieux à de nouveaux rituels ? Est-ce que le « néophyte » est pris en charge par des internautes confirmés ? Peut-on distinguer des modes d’adaptation, de régulation des systèmes de recon-naissance ?</p><p dir="ltr" lang="fr-fr" xml:lang="fr-fr">53 – Le New-Age et l’Internet sont liés. Ils partagent les mêmes objectifs : créer un monde inter-relié. Le premier va accentuer le passage dans le troisième millénaire dans la perspective de la réalisation d’un nouvel-âge et le second va mettre l’accent sur le développement technologique. Mais tous les deux prometteraient la création d’un monde meilleur. Sommes-nous dans le retour « des grands récits<a id="bodyftn17" href="https://socio-anthropologie.revues.org/158#ftn17">18</a> », des mythes et des utopies ?</p><p>Notes</p><p>1 E. Morin, Vingt ans après, Paris, Complexe, 1988, p. 155-156.</p><p>2 M. Bolle De Bal, La tentation communautaire, Bruxelles, éd. de l’Université de Bruxelles, 1985, p. 139.</p><p>3 H. Marcuse, Vers la libération, Paris, Minuit, 1969, p. 11.</p><p>4 P. Ansart, Les idéologies politiques, Paris, PUF, 1974.</p><p>5 M. Ferguson, Les enfants du Verseau, Paris, Calmann-Lévy, 1981, p. 35.</p><p>6 P. Bouvier, La socio-anthropologie, Paris, Armand Colin, 2000, p. 59.</p><p>7 M.-J. Ferreux,  Le New-Age, ritualités et mythologies contemporaines, Paris, L’Harmattan, 2001.8 Par exemple, le dernier ouvrage de P. Coehlo, Le Démon et mademoiselle Prym, Paris, Anne Carrière, 2000.</p><p>9 http://anges.free.fr/anges0.html.</p><p>10 A ce propos, G. Simmel écrit : «  La société secrète ne fait rien de secret, c’est l’ensemble de ses membres qui est  lui-même un secret. » in Secret et sociétés secrètes, Strasbourg, Circé, 1991, p. 92.</p><p>11 J.-P. Hubert, R. Abrezol, Traité de sophrologie, Paris, Courrier du Livre, t. 2, 1990.</p><p>12 R. Otto, Le sacré, Paris, Payot, 1995, p. 22-44.</p><p>13 Les sites liés à la spiritualité sont innombrables. Techniquement bien construits, ils ont su rapidement s’adapter et profiter de ce nouvel outil qu’est le web. Outre le New-Age, il serait intéressant d’analyser  la visibilité des nouveaux mouvements religieux et montrer comment ils savent mettre l’internaute en confiance (« Vous êtes le 700e visiteur. »), comment ils utilisent plusieurs sites et différents moteurs de recherche et attendent parfois plusieurs  échanges avant de révéler leur identité.</p><p>14 N. Wiener, Cybernétique et société, Paris, Deux Rives, 1952, p. 134.</p><p>15 M. Ferguson, op. cit., p. 28.</p><p>16 J.-F. Dortier, « Vers une intelligence collective ? », Sciences Humaines, hors-série n° 32, mars-avril-mai 2001, p. 24.</p><p>17 Ph. Breton, Le culte de l’Internet, Paris, La Découverte, 2000, p. 6.</p><p>18 J.-F. Lyotard, La condition postmoderne, Paris, Minuit, 1994.</p><p>Auteur :  Marie-Jeanne Ferreux – Université Michel de Montaigne, Bordeaux III</p><p dir="ltr" lang="fr-FR" xml:lang="fr-FR">Source de l’article : <a href="http://socio-anthropologie.revues.org/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">La revue Socio-anthropologie</a></p><p dir="ltr" lang="fr-FR" xml:lang="fr-FR">« La revue Socio-anthropologie aborde les déstructurations et les recompositions qui sont au cœur de ce tournant de millénaire.<br />La « socio-anthropologie », démarche originale à la croisée interdisciplinaire, s’inscrit dans les débats actuels. Les perspectives et les résultats qu’elle propose permettent de mieux saisir le contemporain dans ses continuités et ses mutations.<br />Chaque numéro est construit autour de trois éléments : textes classiques, réflexions méthodologiques et études sur des pratiques et des représentations contemporaines. »</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/720/boualem-sansal-%E2%80%9Cla-france-vient-de-decouvrir-que-l%E2%80%99islamisme-ronge-la-maison%E2%80%9D</guid>
	<pubDate>Sun, 03 Oct 2021 11:22:30 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/720/boualem-sansal-%E2%80%9Cla-france-vient-de-decouvrir-que-l%E2%80%99islamisme-ronge-la-maison%E2%80%9D</link>
	<title><![CDATA[Boualem Sansal. “La France vient de découvrir que l’islamisme ronge la maison”]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Auteur d’une lettre adressée “aux peuples et aux nations de la terre”, l’écrivain détaille, pour L’Express, sa vision des religions, et revient sur ses échanges avec Eric Zemmour.</p><p>Pour l’écrivain francophone algérien Boualem Sansal, “l’islamisme va encore plus loin qu’une dictature, en s’en prenant à tout ce qui fait notre humanité, comme si celle-ci dérangeait Dieu”.</p><p>C’est un manifeste athée, baroque et rageur, qui célèbre le “miracle de la vie”.</p>
<p>Lettre d’amitié, de respect et de mise en garde aux peuples et aux nations de la terre</p>
<p>Dans sa Lettre d’amitié, de respect et de mise en garde aux peuples et aux nations de la terre, à paraître le 7 octobre, Boualem Sansal s’adresse à ses “frères humains” afin de les avertir sur les grandes causes de nos malheurs.</p><p>Le romancier algérien distingue quatre “Destructeurs”, source selon lui des principales calamités qui nous touchent : “l’Argent, la Religion, le Fast-food et les Jeux d’arène”.</p><p>L’islamisme représente à ses yeux une double peine, puisqu’il cumule la religion et la politique.</p><p>Face à ces maux, Boualem Sansal imagine une “Constitution universelle”, base d’une fédération mondiale des peuples enfin libres. Mais lui-même reconnaît ne guère croire en son utopie. Dans un entretien accordé à L’Express, l’écrivain livre sa vision très critique des religions, et se montre particulièrement pessimiste sur l’islamisme, une idéologie totalitaire s’en “prenant à tout ce qui fait notre humanité”.</p><p>Il revient aussi sur sa rencontre avec Eric Zemmour, qui se réclame de lui dans son livre et en interviews. Un homme selon lui “trop intelligent” pour croire au discours “enfermé dans 300 mots” qu’il porte…</p><p>L’Express : Pourquoi avoir voulu adresser une lettre “aux peuples et aux nations de la terre” ?</p><p>Boualem Sansal : J’avais déjà, il y a quelques années, écrit une lettre à mes compatriotes algériens (1) pour leur dire que notre pays était dans une situation terrible, mais que nous en étions nous-mêmes responsables. Un ami m’a alors dit que ce serait bien si j’étendais ce procédé au monde entier. C’est un peu pédant de s’adresser aux peuples et nations de la terre, mais l’idée m’a plu (rires).</p><p>Vous distinguez dans ce texte quatre “Destructeurs”, qui sont selon vous à l’origine de nos plus grands malheurs : “l’Argent, la Religion, le Fast-food et les Jeux d’arène”…</p><p>Quand les choses ne vont pas, on cherche toujours des responsables. C’est une réaction humaine, très naturelle. On a tendance à d’abord chercher autour de soi. Si on a des problèmes à la maison, on regarde du côté de ses voisins ou de la mairie. Si on ne trouve pas, on regarde du côté des représentants de l’État. Mais on se rend très vite compte que les individus ne sont pas si responsables que cela. Il y a des conditions qui les amènent à faire ce qu’ils font. Nous sommes prédéterminés, de façon inconsciente, à agir de telle ou telle façon. Si on remonte l’échelle, on arrive à des entités très mystérieuses, que nous ne savons pas toujours définir. J’ai distingué quatre “Destructeurs” responsables d’une part importante de nos malheurs. L’argent, c’est cette convention par laquelle les hommes font des échanges. La religion, c’est la logique du “je crois donc je sais, la vérité est mienne”. La malbouffe est un dérèglement général, non pas qu’alimentaire et sanitaire, mais aussi culturel et politique. Et les jeux d’arène, ce sont les guerres ou la délinquance.</p><p>“Qui a jamais vu une religion s’isoler dans un coin pour méditer sans ennuyer son monde ? À peine nait-elle et apprend-elle le nom de son créateur et de son prophète qu’elle monte sur la butte pour voir l’espace qu’elle doit conquérir” écrivez-vous…</p><p>Je crois au mystère. Tous les êtres humains se posent la question du pourquoi de l’univers et de la vie. On cherche des réponses, et il y a toujours des personnes qui veulent nous proposer des explications. C’est le sorcier de la tribu, ou des illuminés qui pensent avoir entendu des choses. A partir de là se construit un récit du commencement. C’est la phase romantique des religions. Je trouve cela très intéressant. Pendant des siècles, la légende d’Abraham a ainsi circulé au Moyen-Orient. Dans les camps nomades, on racontait des histoires. Mais petit à petit, la religion se structure, et on entre dans la prise de pouvoir. Des gens vont profiter de la situation pour exploiter la naïveté des autres. Officiellement, la religion fait l’éloge du bien, de la fraternité, du bonheur dans la bonne et douce soumission à Dieu. Mais il y a aussi les mauvais élèves, comme les terroristes…</p><p>A vous lire, l’islamisme serait d’autant plus néfaste qu’il associe une religion, l’islam, à la politique…</p><p>L’islamisme est une peine très lourde. C’est une dictature extrême, qui joue sur le corps. Elle contrôle physiquement les personnes. Mais elle rentre aussi dans la tête des gens. Cette idéologie installe un virus qui modifie la façon de voir le monde. Cependant, l’islamisme va encore plus loin qu’une dictature, en s’en prenant à tout ce qui fait notre humanité, comme si celle-ci dérangeait Dieu. C’est la vision d’une humanité pécheresse poussée à l’extrême. Aux yeux des islamistes, pour que leur Dieu puisse dormir sur ses deux oreilles, il faudrait tuer l’humanité. Alors que n’importe quel dictateur a besoin de son peuple, et finit même souvent pas l’exalter (“le génie aryen”, “le génie arabe”…), l’islamisme entend tout éradiquer.</p><p>Vous écrivez que l’islamisme est “la chose la plus dangereuse du monde pour au moins les deux siècles à venir”…</p><p>L’islamisme s’appuie sur l’islam, une doctrine qui a une puissance fabuleuse. On peut voir des individus apostats qui sont sortis de l’islam, mais on n’a jamais vu un peuple apostat. Là où s’installe l’islam, il est définitif. L’islam s’empare de l’individu dans tous ses recoins : la façon de s’habiller, de s’alimenter mais aussi de penser. Dans les pays musulmans, juifs, chrétiens et tous ceux qui ne sont pas considérés comme étant musulmans, à l’image des homosexuels, sont effacés. Cela fonctionne comme une épuration. L’islamisme a ainsi entre ses mains un instrument fabuleux. Les islamistes ne sont d’ailleurs pas les seuls à avoir compris la force de l’islam. Les dictateurs dans nos pays musulmans l’ont eux aussi réalisé et s’en sont servi, mais en se limitant au niveau d’un Etat. L’islamisme lui n’a pas de frein. Il se fiche des frontières, il réfléchit au niveau planétaire. Pour l’instant, on n’a jamais trouvé les moyens de juguler ce phénomène. Comme je vous le disais, l’islamisme s’appuie sur l’islam, que personne n’a le droit de critiquer. Mais dans vos pays, il joue aussi de la démocratie et de l’État de droits. L’islamisme instrumentalise ces valeurs pour justifier son existence. Puisque la démocratie reconnaît toutes les opinions, de l’extrême droite à l’extrême gauche, elle est aussi obligée de reconnaître l’islamisme. Tous ceux qui ne commettent pas d’attentats ou d’actes violents sont, par principe, protégés dans un État de droits. L’islamisme se retrouve ainsi immédiatement en terrain conquis. Nulle part dans le monde on ne combat vraiment les islamistes. On lutte contre les terroristes djihadistes, mais ceux-ci ne sont que des scories de l’islamisme.</p><p>Vous plaidez pour la “sortie de l’âge des religions et des dieux”, et que nous rentrions dans “l’âge de l’homme et des étoiles”…</p><p>Il n’y a pas de solution. Dans le livre, j’ai imaginé une constitution mondiale pour célébrer et défendre ce miracle qu’est la vie. Mais je sais bien que c’est un fantasme. Je pense qu’il faut apprendre à se satisfaire de petites choses, de manière locale. Les Etats ne sont plus ceux d’antan. Du temps de Ramsès, les souverains possédaient des empires et étaient comme Dieu dans leur territoire. Ils ont su construire des pyramides. Peu à peu, nos dirigeants ont rapetissé. A l’époque des Lumières, des souverains pouvaient encore s’entourer de grands esprits comme Voltaire. En Suède, le médecin Johann Friedrich Struensee, devenu l’amant de la reine, a su faire des réformes éclairées, avant d’être décapité. Napoléon aussi s’était s’entouré d’esprits brillants. Mais avec la démocratie ou l’égalité des chances, les moyens d’action sont de plus en plus limités. Regardez l’Europe ! A son époque, un Charles V avait une puissance colossale. Aujourd’hui, c’est quoi l’Union européenne ? Ce n’est même pas l’Algérie, c’est tout petit, rien du tout.</p><p>“Eric Zemmour a une tête beaucoup plus riche que le petit discours qu’il tient”. Eric Zemmour vous a cité lors de son débat face à Jean-Luc Mélenchon. Il évoque aussi votre rencontre dans son livre : “Nous utilisons les mêmes mots pour décrire une France menacée de mort par l’islam” peut-on y lire…</p><p>Nous nous sommes rencontrés, c’est vrai. Nous avons passé un moment ensemble dans un café du côté des Invalides, à Paris. Je lui ai parlé de mon expérience de l’islam. Tout comme le catholicisme, cette religion ne fait de mal à personne tant qu’on n’y touche pas. Mais dès que des régimes illégitimes s’en sont emparés, cela s’est compliqué. En Algérie, on a d’abord utilisé le socialisme pour endormir le peuple. Mais cela ne fait pas tourner un État. Le régime s’est ainsi tourné vers une doctrine indiscutable qu’il avait sous la main : l’islam. Cela a permis de transformer les citoyens en croyants, avec l’idée qu’ils obéissent tous de manière uniforme. Quand l’islam a commencé à faiblir, on est passé à l’islamisme. J’ai expliqué à Monsieur Zemmour qu’il faut combattre l’islamisme au tout début. Car c’est comme l’humidité dans une maison. Initialement, la menace est invisible, elle pénètre les murs qui, petit à petit, se désagrègent. Quand vous vous rendez compte, c’est trop tard, il faut tout détruire pour assainir. Cela devient une mission impossible. J’ai donc déclaré à Eric Zemmour que vu de l’extérieur, la France en était au stade où elle venait de découvrir que l’islamisme rongeait la maison. Mais pour combattre ce phénomène, il n’y a pas de solution. L’islamisme, c’est comme une pieuvre, vous pouvez détacher un tentacule, et les autres s’agrippent. En Syrie, quand Hafez el-Assad a réalisé à quel point l’islamisme avait gagné du terrain, il a dissous les Frères musulmans et fait massacrer la ville d’Hama, où les Frères ont tenté de soulever la population contre les “infidèles”. En démocratie, ce genre de répression est bien sûr impossible. En Algérie, nous sommes berbères et francophones. Mais on a décidé d’arabiser la population, sous la pression de la Ligue arabe, parce que l’arabe, c’est le Coran. Le problème, c’est qu’il a fallu recruter des enseignants dans le monde arabe. Tous les régimes en ont profité pour se débarrasser de leurs opposants. C’est comme ça que nous avons confié nos enfants dans les écoles primaires à des personnes venues d’Égypte ou du Yémen. Une fois qu’on a réalisé cela, c’était déjà trop tard. Nous avons tenté de retarder l’arabisation à l’université, mais c’était devenu mission impossible. La question fondamentale est de savoir à quel moment on passe au combat face aux islamistes. Dans nos sociétés, on n’a plus envie de se battre, on cherche des conciliations. Au début, on réagit, puis on se laisse gagner par la fatigue, on se dit qu’on va essayer de comprendre le phénomène, de le canaliser, de former les imams, de négocier avec les pays émetteurs comme l’Arabie saoudite. On rentre dans les arrangements. Mais en face, les islamistes agissent, et ne font que cela, 24h sur 24, alors que nous avons d’autres choses à faire, comme par exemple élever des enfants. Eux sont constamment en train de lire l’histoire de l’islam, de trouver des stratégies dans les batailles menées par le prophète ou par les califes. Ils baignent dans cette culture conquérante. J’ai expliqué tout cela à Eric Zemmour…</p><p>Lui défend une “re christianisation” de la France… Qu’en pensez-vous ?</p><p>Je me demande s’il le pense réellement. Eric Zemmour utilise toujours les mêmes mots, qui reviennent en boucle. Son cerveau fonctionne avec 300 termes. A force de se répéter, il n’y a plus de contradiction chez lui. C’est un homme intelligent et cultivé, qui n’a pas lu que Maurras. Il connaît Victor Hugo ou Chateaubriand. C’est un grand lecteur. Il a une tête beaucoup plus riche que le petit discours qu’il tient. Je pense ainsi qu’il est trop intelligent pour y croire. Mais il en est devenu prisonnier, parce que le théâtre national l’a aussi mis dans cette position. Aujourd’hui, il ne peut plus tenir un autre discours. S’il adopte un ton plus modéré, ses partisans vont dire qu’il fait comme Marine Le Pen, et qu’il se renie. La campagne va l’obliger à aller au bout de cela. Aucun mea culpa n’est plus possible chez lui. Mais Jean-Luc Mélenchon et tous les autres sont eux aussi prisonniers de leur rôle. Quand ces politiques essayent d’échapper à la détermination du discours, au rôle qu’ils se sont attribués, c’est très difficile. Emmanuel Macron, avec son “en même temps”, a essayé de s’échapper de la logique droite et de gauche, mais il n’a pas réussi. Aujourd’hui, dans une même phrase, il dit tout et son contraire. Mais l’idée de départ était intéressante. Il voulait se positionner comme l’intellectuel qui doute, celui qui essaie de comprendre. Mais lui-même s’est assigné un rôle, et il ne peut plus sortir du “en même temps”. Quitte à tomber régulièrement au milieu, dans les trous. S’il se retrouve lors de la prochaine élection face à Marine Le Pen ou Eric Zemmour, face à un discours raciste qui divise la société, il va devoir sortir de ça, et tenir un discours clair. On ne peut pas être chat et chien en même temps, ça n’existe pas. Ou alors on est ridicule quand on tente de le faire.</p><p>Propos recueillis par Thomas Mahler et Anne Rosencher pour L’Express</p><p>“Lettre d’amitié, de respect et de mise en garde aux peuples et aux nations de la terre“, de Boualem Sansal (Gallimard, 101 p.). Parution le 7 octobre. Gallimard</p><p><a href="https://www.lexpress.fr/actualite/idees-et-debats/boualem-sansal-la-france-vient-de-decouvrir-que-l-islamisme-ronge-la-maison_2159345.amp.html">https://www.lexpress.fr/actualite/idees-et-debats/boualem-sansal-la-france-vient-de-decouvrir-que-l-islamisme-ronge-la-maison_2159345.amp.html</a></p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>

</channel>
</rss>