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	<title><![CDATA[Signet Loupe: Articles de blog de Monde]]></title>
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	<description><![CDATA[]]></description>
	
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	<pubDate>Sat, 08 Oct 2022 11:29:05 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[qui sont les véritables « Munichois » ? par Caroline Galacteros – Le Courrier des Stratèges]]></title>
	<description><![CDATA[<p>« Le gouvernement avait le choix entre la guerre et le déshonneur ; il a choisi le déshonneur et il aura la guerre » avait lancé en 1938 Winston Churchill à Neuville Chamberlain de retour de Munich où ce dernier et Daladier avaient abandonné les Sudètes à Hitler, croyant ainsi échapper à la guerre. Il n’y a aucun rapport avec l’Ukraine. Vladimir Poutine n’est pas Hitler. Il n’est pas fou non plus. Il considère juste qu’il a trop longtemps laissé grignoter son glacis sécuritaire et que la présence de l’OTAN à sa frontière est une menace existentielle pour la Russie et son peuple.</p><p>Nous formons depuis 2015, via l’OTAN, les forces ukrainiennes pour bouter la Russie hors d’Europe et la couper de l’Allemagne. Depuis le 24 février, nous inondons Kiev d’armements et sommes devenus cobelligérants de fait. Nous sommes déjà en guerre contre la Russie et pour le compte de l’Amérique ; simplement nous ne le disons pas pour ne pas devoir demander leur avis à nos peuples, et nous faisons cette guerre par Ukrainiens interposés et à leurs dépens ultimes, comme semble commencer à le comprendre le président Zelenski qui craint que Washington ne le lâche et implore désormais l’OTAN de risquer rien moins qu’une guerre nucléaire pour sauver sa peau et pas celle de son peuple. Heureusement, J. Stoltenberg n’est pas fou non plus… Personne en Europe ou aux Etats-Unis n’entend mourir pour le Donbass. En revanche, sacrifier les Ukrainiens en les armant sans cesse pour espérer épuiser la Russie et la mettre à terre économiquement et stratégiquement…</p><p>Contrairement à ce que dit E. Macron, « le prix de la liberté » – le massacre de l’économie européenne – ne sauvera pas la « démocratie » ukrainienne. Ce sera la guerre directe si rien n’est fait pour casser l’engrenage et restabiliser la sécurité européenne, ce qui est illusoire sans la Russie. Ceux qui poussent à la roue prolongent les souffrances du peuple ukrainien et ne défendent aucunement les « valeurs » européennes. L’Europe a été pensée contre la guerre. Ils la défigurent. Cette rhétorique masque leur allégeance à un hégémonisme occidental discrédité qui croit encore pouvoir se rétablir sur le dos de la Russie. Les vrais Munichois sont ceux qui condamnent aujourd’hui l’Europe au déclassement stratégique, à l’aventurisme militaire et à la soumission, non à la Russie mais aux Etats-Unis. Les stratèges de plateaux, stipendiés ou juste vaniteux, portent une responsabilité lourde en véhiculant d’énormes mensonges sur la réalité des combats, des forces et des pertes. La désinformation fait rage dans chaque camp. La guerre va se poursuivre et l’Ukraine est mal partie. Toute la propagande et les mensonges du monde n’y changeront rien.</p><p>Le discours du président russe du 30 septembre a marqué un tournant dont nous n’avons pas à nous réjouir. Il a exprimé son rejet durable de l’Europe et de « l’Occident collectif » pour des raisons sécuritaires et existentielles, mais aussi culturelles et spirituelles. Poussé par la surenchère otanienne qui le met en danger au plan intérieur face à des courants qui n’ont pas gouté sa « retenue » durant les premiers mois du conflit et demandent un engagement de forces décisif, il vient de s’y résoudre, et ce n’est pas une bonne nouvelle. Après une probable pause opérationnelle russe, on peut craindre une phase plus violente avec destruction des infrastructures civiles et bombardements lourds. Mais les Munichois s’en moquent.</p><p>Avec le sabotage de North Stream 1 et 2, l’Amérique (qui d’autre ?) vient carrément de couper le gaz à l’Europe et de décider de la marginalisation de l’Allemagne au profit de la Pologne ! C’est un acte de guerre de la part de notre protecteur chéri. Donc, nous faisons mine de l’ignorer, comme la chute de l’euro et la mise en panne imminente de l’industrie allemande qui préfigure notre propre affaissement économique. Le chancelier Scholz n’était pas assez docile, il rechignait à livrer des chars de combat modernes à Kiev ? L’Empire ne tolère aucune indépendance de ses vassaux, même verbale. Les gazoducs sont coupés, le « Baltic pipe » qui relie la Norvège à la Pologne, ennemie héréditaire de l’Allemagne, est entré en service. Varsovie jubile et Berlin va payer par une lourde crise sa faute géostratégique majeure consistant à obéir à Washington en renonçant à l’énergie bon marché russe. Les Etats-Unis eux, voient s’éloigner leur terreur géopolitique cardinale – l’alliance germano-russe- et imposent leur mainmise énergétique durable sur l’Europe. Quand on pense que d’aucuns chantent « la souveraineté européenne » …</p><p>Les Munichois sont en fait ceux qui ne disent rien, qui n’ont jamais rien dit d’ailleurs, qui n’osent ni défendre nos intérêts nationaux ni même ceux de l’Europe que l’on vient très brutalement de remettre à leur place. Marginale. Nos « élites » ne pensent plus le réel, encore moins la dimension nationale comme pertinente. Le long processus de dévalorisation et d’affaissement des États, engagé dès les années 90, nous coupe de tout instinct de survie. C’est ça l’esprit de Munich. C’est donc le prix de la guerre que nous commençons déjà à payer. Les Ukrainiens dans le sang, les Européens dans le froid et la décroissance. Pour l’instant. Il devient inadmissible que nos dirigeants, somnambules indifférents, nous entrainent dans un tel marasme sans devoir en rendre compte à leurs mandants. Il est grand temps que les Français soient consultés sur cette guerre qui ne dit pas son nom et met leur survie en jeu.</p><p>Cet affrontement est une impasse militaire. Il faut arrêter le massacre et rétablir le dialogue. La sécurité et la prospérité de l’Europe n’en valent-elles pas la peine ? La France peut encore et doit porter une telle initiative. Elle sortirait peut-être ainsi du mépris croissant dans lequel la Russie mais aussi la Chine, comme une partie de l’Afrique et de l’Amérique latine, la tiennent désormais. Échapper au déshonneur et stopper la guerre n’est pas être munichois, c’est juste recouvrer la raison et défendre l’intérêt de notre peuple et de la France.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
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	<pubDate>Sun, 17 Apr 2022 21:40:58 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/870/klaus-schwab-et-son-grand-reset-fasciste</link>
	<title><![CDATA[Klaus Schwab et son Grand Reset Fasciste]]></title>
	<description><![CDATA[<p><a href="https://www.apar.tv/societe/klaus-schwab-nous-les-avons-tous-dans-nos-poches-gouvernements-politiciens-medias-et-surtout-experts-scientifiques-et-professeurs/">Schwab</a> semble avoir consacré sa vie à réinventer ce cauchemar et à essayer de le transformer en réalité non seulement pour l’Allemagne mais pour le monde entier.</p><p>Pire encore, comme ses propres mots le confirment à maintes reprises, sa vision technocratique fasciste est aussi une vision transhumaniste tordue, qui fusionnerait les humains et les machines dans « de curieux mélanges de vie numérique et analogique », qui infectera nos corps avec de la “Smart Dust” et dans laquelle la police serait apparemment capable de lire nos cerveaux.</p>
<p>source <a href="http://www.senat.fr/rap/r03-293/r03-29321.html" rel="nofollow">http://www.senat.fr/rap/r03-293/r03-29321.html</a></p>
<p>Et, comme nous le verrons, lui et ses complices utilisent la crise Covid-19 pour contourner la responsabilité démocratique, pour passer outre l’opposition, pour accélérer leur programme et l’imposer au reste de l’humanité contre notre volonté dans ce qu’il appelle la <a title="Klaus Schwab's vision of a post-COVID world, and how the economy can work with nature - The Great Reset podcast" href="https://www.weforum.org/agenda/2020/07/klaus-schwab-nature-jobs-great-reset-podcast" target="_blank" rel="nofollow noopener">“Grande Réinitialisation”</a> ou le “Grand Reset”.</p><p>Schwab n’est bien sûr pas un nazi au sens classique du terme, n’étant ni nationaliste ni antisémite, comme en témoigne le prix Dan David d’un million de dollars qui lui <a title="The 2004 Dan David Prize honors Dr. Schwab" href="https://www.dandavidprize.org/laureates/2004/present-leadership-changing-our-world/dr-klaus-schwab" target="_blank" rel="nofollow noopener">a été décerné par Israël</a> en 2004.</p><p>Mais le fascisme du 21e siècle a trouvé <a title="Liberalism: the two-faced tyranny of wealth" href="https://orgrad.wordpress.com/articles/liberalism-the-two-faced-tyranny-of-wealth/" target="_blank" rel="nofollow noopener">différentes formes politiques</a> à travers lesquelles il peut poursuivre son projet de base qui consiste à remodeler l’humanité en fonction du capitalisme par des moyens ouvertement autoritaires. Ce nouveau fascisme est aujourd’hui mis en avant sous le couvert de la gouvernance mondiale, de la biosécurité, de la « nouvelle normalité », du « New Deal pour la nature » et de la « quatrième révolution industrielle ».</p><p>Schwab, un octogénaire, fondateur et président exécutif du Forum économique mondial, est au centre de cette matrice comme une araignée sur une toile géante.</p><p>Le projet fasciste initial, en Italie et en Allemagne, consistait en une fusion de l’État et des entreprises.</p><p>Alors que le communisme envisage la prise de contrôle des entreprises et de l’industrie par le gouvernement, qui – en théorie ! – agit dans l’intérêt du peuple, le fascisme se serte de <a title="FASCISM, NEWNORMALISM AND THE LEFT" href="https://winteroak.org.uk/2020/07/26/fascism-newnormalism-and-the-left/" target="_blank" rel="nofollow noopener">l’État pour protéger et</a> promouvoir les intérêts de l’élite fortunée. Schwab poursuivait cette approche dans un contexte d’après-guerre dénazifié, lorsqu’il a fondé en 1971 le European Management Forum, qui tenait des réunions annuelles à Davos en Suisse.</p><p>Ici, il y promeut son idéologie du <a title="Our interactive timeline captures key events from Fifty years of Forum history:" href="https://www.weforum.org/about/history/" target="_blank" rel="nofollow noopener">capitalisme « </a><a title="Our interactive timeline captures key events from Fifty years of Forum history:" href="https://www.weforum.org/about/history/" target="_blank" rel="nofollow noopener">stakeholder</a> » (un capitalisme des parties prenantes) dans lequel les entreprises sont amenées à coopérer plus étroitement avec le gouvernement. Le capitalisme des parties prenantes <a title="Why Stakeholder Capitalism Will Fail" href="https://www.forbes.com/sites/stevedenning/2020/01/05/why-stakeholder-capitalism-will-fail/" target="_blank" rel="nofollow noopener">est décrit par le magazine</a> Forbes comme « l’idée qu’une entreprise s’attache à répondre aux besoins de toutes ses parties prenantes : clients, employés, partenaires, communauté et la société dans son ensemble ».</p><p>Même dans le contexte d’une entreprise en particulier, il s’agit invariablement d’une étiquette vide. Comme l’indique l’article de Forbes, cela signifie en fait seulement que les « entreprises peuvent continuer à verser de l’argent à leurs actionnaires et à leurs dirigeants en privé, tout en maintenant une façade public d’une sensibilité sociale remarquable et d’un altruisme exemplaire ».</p><p>Mais dans un contexte social général, le concept des parties prenantes est encore plus néfaste, car il écarte toute idée de démocratie, de gouvernement par le peuple, au profit d’un gouvernement par des intérêts corporatifs. La société n’est plus considérée comme une communauté vivante mais comme une entreprise, dont la rentabilité est le seul objectif valable de l’activité humaine.</p><p>Schwab a défini cet agenda en 1971, dans son livre Moderne Unternehmensführung im Maschinenbau (Modern Enterprise Management in Mechanical Engineering), où son utilisation du terme « parties prenantes » a effectivement redéfini les êtres humains non pas comme des citoyens, des individus libres ou des membres de communautés, mais comme des participants secondaires dans une entreprise commerciale massive.</p><p>Le but de la vie de chacun était «<a title="Klaus Schwab" href="https://www.weforum.org/about/klaus-schwab" target="_blank" rel="nofollow noopener">parvenir à une croissance et une prospérité à long terme</a> » pour cette entreprise – en d’autres termes, de protéger et d’accroître la richesse de l’élite capitaliste. Tout cela est devenu encore plus clair en 1987, lorsque Schwab a rebaptisé son European Management Forum en World Economic Forum.</p><p></p><p>Le WEF <a href="https://www.weforum.org/about/history/" target="_blank" rel="nofollow noopener">se décrit sur son propre site Web</a> comme « la plateforme mondiale pour la coopération public-privé » et ses <a href="https://www.dandavidprize.org/laureates/2004/present-leadership-changing-our-world/dr-klaus-schwab" target="_blank" rel="nofollow noopener">admirateurs</a> décrivent comment il crée « des partenariats entre les hommes d’affaires, les politiciens, les intellectuels et les autres leaders de la société pour « définir, discuter et faire avancer les questions clés sur l’agenda mondial ».</p><p>Les “partenariats” que le WEF crée visent à remplacer la démocratie par un leadership mondial composé d’individus triés sur le volet et non élus dont le devoir n’est pas de servir le peuple, mais d’imposer la règle du 1% à ce peuple avec le moins d’ingérence possible de la part du reste d’entre nous.</p><p>Dans les livres que Schwab écrit pour le grand public, il s’exprime dans les clichés à deux visages, de la propagande corporative et du greenwashing.</p><p>Les mêmes termes vides de sens sont utilisés à maintes reprises. Dans Shaping the Future of the Fourth Industrial Revolution : A Guide to Building a Better World, Schwab parle de « l’inclusion des parties prenantes et de la distribution des bénéfices » et de « partenariats durables et inclusifs » qui nous mèneront tous vers « un avenir inclusif, durable et prospère »! (1)</p><p>Derrière cette fanfaronnade, la véritable motivation de son capitalisme des parties prenantes, qu’il continuait à promouvoir sans relâche lors de la conférence du WEF de Davos en 2020, est le profit et l’exploitation.</p>
<p><a href="https://iatranshumanisme.com/2016/12/20/la-quatrieme-revolution-industrielle/?amp=1" target="_blank" rel="noopener"></a><br />The Fourth Industrial Revolution, by Klaus Schwab</p>
<p>Par exemple, <a title="La quatrième révolution industrielle" href="https://iatranshumanisme.com/2016/12/20/la-quatrieme-revolution-industrielle/?amp=1" target="_blank" rel="noopener">dans son livre de 2016</a>, La quatrième révolution industrielle, Schwab parle de l’ubérisation du travail et des avantages qui en découlent pour les entreprises, en particulier les start-ups à croissance rapide dans l’économie numérique : « Puisque les plates-formes de “cloud humain” classent les travailleurs comme indépendants, elles sont – pour l’instant – exemptes de l’obligation de payer le salaire minimum, les taxes patronales et les prestations sociales ». (2)</p><p>La même insensibilité capitaliste transparaît dans son attitude envers les personnes qui approchent de la fin de leur vie professionnelle et qui ont besoin d’un repos bien mérité : « Le vieillissement est un défi économique car, à moins que l’âge de la retraite ne soit considérablement augmenté pour que les membres plus âgés de la société puissent continuer à contribuer à la population active (un impératif économique qui présente de nombreux avantages économiques), la population en âge de travailler diminue en même temps que le pourcentage des personnes âgées dépendantes augmente ».</p><p>Tout dans ce monde est réduit à des défis économiques, à des impératifs économiques et à des avantages économiques pour la classe capitaliste dominante.</p><p>Le mythe du progrès a longtemps été utilisé par les 1% pour persuader les gens d’accepter les technologies conçues pour nous exploiter et nous contrôler et Schwab joue sur ce point lorsqu’il déclare que « la quatrième révolution industrielle représente une source importante d’espoir pour poursuivre l’ascension du développement humain qui a entraîné une augmentation spectaculaire de la qualité de vie pour des milliards de personnes depuis 1800 ».</p><p>« Bien que cela ne semble pas capitale pour ceux d’entre nous qui vivent au quotidien une série d’ajustements mineurs mais significatifs de la vie, ce n’est pas un changement mineur – la quatrième révolution industrielle est un nouveau chapitre du développement humain, au même titre que les première, deuxième et troisième révolutions industrielles, et une fois de plus motivée par la disponibilité et l’interaction croissantes d’un ensemble de technologies extraordinaires ».</p><p>Mais il est bien conscient que la technologie n’est pas idéologiquement neutre, comme certains aiment à le prétendre. Les technologies et les sociétés se façonnent mutuellement, dit-il.</p><p>« Après tout, les technologies sont liées à la façon dont nous savons les choses, comment nous prenons des décisions et comment nous pensons à nous-mêmes et les uns aux autres. Elles sont liées à nos identités, à nos visions du monde et à nos futurs potentiels. Des technologies nucléaires à la course spatiale, en passant par les smartphones, les médias sociaux, les voitures, la médecine et les infrastructures, la signification des technologies les rendent politiques. Même le concept de nation “développée” repose implicitement sur l’adoption des technologies et sur ce qu’elles signifient pour nous, économiquement et socialement ».</p><p>La technologie, pour les capitalistes qui en sont à l’origine, n’a jamais été axée sur le bien social mais uniquement sur le profit, et Schwab affirme clairement qu’il en va de même pour sa quatrième révolution industrielle.</p><p>Il déclare : « Les technologies de la quatrième révolution industrielle sont véritablement perturbatrices – elles bouleversent les méthodes existantes de détection, de calcul, d’organisation, pour agir et fournir. Elles représentent des moyens entièrement nouveaux de créer de la valeur pour les organisations et les citoyens ».</p><p>Au cas où la signification de « créer de la valeur » n’était pas claire, il donne quelques exemples : « Les drones représentent un nouveau type d’employé qui réduit les coûts, qui travaille parmi nous, et qui effectue des tâches qui impliquaient autrefois de vraies personnes » et « l’utilisation d’algorithmes toujours plus performants augmente rapidement la productivité des employés – par exemple, en utilisant des robots de discussion pour augmenter (et, de plus en plus, remplacer) le support “live chat” pour les interactions avec les clients ».</p><p>Dans La quatrième révolution industrielle, Schwab décrit en détail les merveilles de la réduction des coûts et de l’augmentation des profits de son “Meilleur des mondes”.</p><p>« Plus tôt que prévu, le travail de professions aussi différentes que les avocats, les analystes financiers, les médecins, les journalistes, les comptables, les assureurs ou les bibliothécaires peut être partiellement ou totalement automatisé… […]</p><p>« La technologie progresse si vite que Kristian Hammond, cofondateur de Narrative Science, une société spécialisée dans la génération de récits automatisés, prévoit que d’ici le milieu des années 2020, 90% des informations pourraient être générées par un algorithme, la plupart du temps sans aucune intervention humaine (hormis la conception de l’algorithme, bien sûr) ».</p><p>C’est cet impératif économique qui alimente l’enthousiasme de Schwab pour « une révolution qui change fondamentalement notre façon de vivre, de travailler et de communiquer les uns avec les autres ».</p><p>Schwab parle avec beaucoup de lyrisme de la 4RI qui, selon lui, “ne ressemble à rien de ce que l’humanité a connu auparavant”.</p><p>« Considérez les possibilités illimitées de connecter des milliards de personnes via des appareils mobiles, donnant lieu à une puissance de traitement, des capacités de stockage et un accès aux connaissances sans précédent. Ou encore, pensez à la confluence stupéfiante de percées technologiques émergentes, couvrant des domaines très variés que l’intelligence artificielle (IA), la robotique, l’Internet des objets (IoT), les véhicules autonomes, l’impression 3D, les nanotechnologies, les biotechnologies, la science des matériaux, le stockage de l’énergie et l’informatique quantique, pour n’en citer que quelques-uns. Nombre de ces innovations n’en sont qu’à leurs débuts, mais elles atteignent déjà un point d’inflexion dans leur développement, car elles se fondent et s’amplifient mutuellement dans une fusion de technologies à travers les mondes physique, numérique et biologique ».</p><p>Il se réjouit également du développement de l’éducation en ligne, impliquant « l’utilisation de la réalité virtuelle et augmentée » pour « améliorer considérablement les résultats scolaires », des capteurs « installés dans les maisons, les vêtements et les accessoires, les villes, les transports et les réseaux d’énergie » et des villes intelligentes, avec leurs importantes « plates-formes de données ».</p><p>« Tout sera intelligent et connecté à Internet», déclare Schwab, et cela s’étendra aux animaux, car « les capteurs câblés dans le bétail peuvent communiquer entre eux grâce un réseau de téléphonie mobile ». Il aime l’idée des « usines de cellules intelligentes » qui pourraient permettre « la génération accélérée de vaccins »  et les « technologies du big data ».</p><p>Celles-ci, nous assure-t-il, « offriront des moyens nouveaux et innovants de servir les citoyens et les clients » et nous devrons cesser de nous opposer aux entreprises qui profitent de l’exploitation et de la vente d’informations sur tous les aspects de nos vies personnelles.</p><p>“Il sera vital d’établir la confiance dans les données et les algorithmes utilisés pour prendre des décisions”, insiste Schwab. « Les préoccupations des citoyens concernant la protection de la vie privée et l’établissement de la responsabilité dans les structures commerciales et juridiques nécessiteront des ajustements de réflexion ».</p><p>En fin de compte, il est clair que toute cette excitation technologique tourne uniquement autour du profit, ou de la « valeur », comme Schwab préfère l’appeler dans son jargon corporatif du 21e siècle. Ainsi, la technologie <a title="Blockchain: Life on the Ledger" href="https://www.youtube.com/watch?v=JzrFAHwrhVc" target="_blank" rel="nofollow noopener">blockchain</a> sera fantastique et provoquera « une explosion des actifs négociables, car toutes sortes d’échanges de valeur peuvent être hébergés sur la <a title="blockchain" href="https://iatranshumanisme.com/tag/blockchain/?amp=1" target="_blank" rel="noopener">blockchain </a>».</p><p>L’utilisation de la technologie de registre distribué, ajoute Schwab, « pourrait être le moteur de flux massifs de valeur dans les produits et services numériques, en fournissant des identités numériques sécurisées qui peuvent rendre de nouveaux marchés accessibles à toute personne connectée à Internet ».</p><p>En général, l’intérêt de la 4RI ​​pour l’élite dirigeante du monde des affaires est qu’elle va « créer des sources de valeur entièrement nouvelles » (1) et « donner naissance à des écosystèmes de création de valeur qui sont impossibles à imaginer avec un état d’esprit figé dans la troisième révolution industrielle ».</p><p>Les technologies de la 4RI, déployées via la 5G, constituent des menaces sans précédent pour notre liberté, comme le concède Schwab : « Les outils de la quatrième révolution industrielle permettent de nouvelles formes de surveillance et d’autres moyens de contrôle qui vont à l’encontre des sociétés saines et ouvertes ».</p><p>Mais cela ne l’empêche pas de les présenter sous un jour positif, comme lorsqu’il déclare que « la criminalité publique est susceptible de diminuer grâce à la convergence des capteurs, des caméras, de l’IA et des logiciels de reconnaissance faciale ».</p><p>Il décrit avec un certain plaisir comment ces technologies « peuvent s’immiscer dans l’espace jusqu’ici privé de notre esprit, en lisant nos pensées et en influençant notre comportement”.</p><p>« Au fur et à mesure que les capacités dans ce domaine s’améliorent, la tentation pour les services de police et les tribunaux d’utiliser des techniques pour déterminer la probabilité d’une activité criminelle, évaluer la culpabilité ou même éventuellement récupérer des souvenirs directement dans le cerveau des gens augmentera. Même le franchissement d’une frontière nationale pourrait un jour impliquer un scanner cérébral détaillé pour évaluer le risque de sécurité d’un individu ».</p><p>Il y a des moments où le chef du WEF se laisse emporter par sa passion pour un futur de science-fiction dans lequel « le voyage spatial humains à longue distance et la fusion nucléaire sont monnaie courante » et dans lequel « le prochain business model » pourrait impliquer que quelqu’un « échange l’accès à ses pensées contre la possibilité de gagner du temps en écrivant un message sur les réseaux sociaux par la seule pensée ».</p><p><a href="https://iatranshumanisme.com/2019/03/09/facebook-construit-une-machine-pour-lire-vos-pensees/?amp=1">Facebook construit une machine pour lire vos pensées</a></p><p>Parler de « tourisme spatial » sous le titre « la quatrième révolution industrielle et la dernière frontière » est presque drôle, tout comme sa suggestion selon laquelle un « monde plein de drones offre un monde de plein de possibilités ». Mais plus le lecteur progresse dans le monde décrit dans les livres de Schwab, moins tout cela semble être réjouissant.</p><p>La vérité est que cette figure très influente, au centre du nouvel ordre mondial en cours de création, est un transhumaniste convaincu qui rêve de mettre fin à la vie humaine naturelle et saine et de la communauté. Schwab répète ce message à maintes reprises, comme pour s’assurer que nous avons été dûment avertis.</p><p>« Les innovations époustouflantes déclenchées par la quatrième révolution industrielle, de la biotechnologie à l’IA, redéfinissent ce que signifie être humain », écrit-il. « L’avenir va remettre en question notre compréhension de ce que signifie être humain, d’un point de vue biologique et social ». « Déjà, les progrès des neurotechnologies et des biotechnologies nous obligent à nous interroger sur ce que signifie être humain ».</p><p>Il l’explique plus en détail dans façonner l’avenir de la quatrième révolution industrielle :</p><p>« Les technologies de la quatrième révolution industrielle ne se limiteront pas à faire partie du monde physique qui nous entoure – elles feront partie de nous. En effet, certains d’entre nous sentent déjà le sentiment que leurs smartphones sont devenus une extension de nous-mêmes. Les appareils externes d’aujourd’hui, des ordinateurs portables aux casques de réalité virtuelle, deviendront probablement implantables dans notre corps et notre cerveau. Les exosquelettes et les prothèses augmenteront notre puissance physique, tandis que les progrès de la neurotechnologie amélioreront nos capacités cognitives. Nous deviendrons plus aptes à manipuler nos propres gènes et ceux de nos enfants. Ces développements soulèvent des profondes questions : où tracer la limite entre l’homme et la machine ? Que signifie être humain ? »</p><p>Une section entière de ce livre est consacré au thème « Modifier l’être humain ». Il y est question de « la capacité des nouvelles technologies à faire littéralement partie de nous » et d’un avenir de cyborg impliquant « des curieux mélanges de vie numérique et analogique qui vont redéfinir nos natures mêmes ».</p><p>« Ces technologies fonctionneront au sein de notre propre biologie et changeront notre façon d’interagir avec le monde. Elles sont capables de franchir les limites du corps et de l’esprit, d’améliorer nos capacités physiques et même d’avoir un impact durable sur la vie elle-même ».</p><p>Aucune violation ne semble aller trop loin pour Schwab, qui rêve de « micropuces actives implantables qui brisent la barrière cutanée de notre corps », de « tatouages ​​intelligents », d’ « informatique biologique » et « d’organismes conçus sur mesure ».</p><p>Il est ravi d’annoncer que « les capteurs, les commutateurs de mémoire et les circuits peuvent être encodés dans des bactéries intestinales humaines communes », (1) que le « Smart Dust, des réseaux d’ordinateurs complets avec des antennes, chacun beaucoup plus petit qu’un grain de sable, peuvent désormais organiser à l’intérieur du corps » et que « les dispositifs implantés aideront probablement aussi à communiquer des pensées normalement exprimées verbalement par un smartphone “intégré”, et des pensées ou des humeurs potentiellement non exprimées en lisant les ondes cérébrales et d’autres signaux ».</p><p>La « <a href="https://iatranshumanisme.com/tag/biologie-synthetique/?amp=1" target="_blank" rel="noopener">biologie synthétique</a> » est à l’horizon dans le monde de la 4RI de Schwab, donnant aux dirigeants capitalistes technocratique du monde « la possibilité de personnaliser les organismes en écrivant l’ADN ».</p><p>L’idée des neurotechnologies, dans lesquelles les humains auront des souvenirs entièrement artificiels implantés dans le cerveau, suffit à rendre certains d’entre nous un peu malades, tout comme « la perspective de connecter notre cerveau à la RV par le biais de modems corticaux, d’implants ou de nanorobots ».</p><p>Il n’est guère réconfortant d’apprendre que tout cela est – bien sûr! – dans l’intérêt supérieur du profit capitaliste car cela « annonce de nouvelles industries et de nouveaux systèmes de création de valeur » et « représente une opportunité de créer des systèmes de valeur entièrement nouveaux dans le cadre de la quatrième révolution industrielle ».</p><p>Et qu’en est-il de « la bio-impression des tissus organiques » ou de la suggestion selon laquelle « les animaux pourraient potentiellement être modifiés pour produire des produits pharmaceutiques et d’autres formes de traitement » ?</p><p>Des objections d’ordre éthique ?</p><p>Tout cela est évidemment bon pour Schwab, qui est heureux de l’annoncer : « Le jour où les vaches seront conçues pour produire dans leur lait un élément de coagulation du sang, dont les hémophiles sont dépourvus, n’est pas loin. Les chercheurs ont déjà commencé à étudier le génome des porcs dans le but de cultiver des organes adaptés à la transplantation humaine ».</p><p></p><p>Cela devient encore plus inquiétant. Depuis le sinistre programme eugénique de l’Allemagne nazie dans lequel Schwab est né, cette science a été considérée inacceptable par la société humaine.</p><p>Mais aujourd’hui, il estime manifestement que l’eugénisme doit connaître un renouveau, annonçant en ce qui concerne l’édition génétique : « Le fait qu’il soit désormais beaucoup plus facile de manipuler avec précision le génome humain au sein d’embryons viables signifie que nous verrons probablement à l’avenir l’avènement de <a href="https://iatranshumanisme.com/tag/enfant-a-la-carte/?amp=1">bébés sur mesure</a> qui possèdent des traits particuliers ou qui sont résistants à une maladie spécifique ».</p><p>Dans le célèbre traité transhumaniste I, Cyborg de 2002, Kevin Warwick prédisait :</p><p>« Les humains pourront évoluer en exploitant la super-intelligence et les capacités supplémentaires offertes par les machines du futur, en se joignant à elles. Tout cela indique le développement d’une nouvelle espèce humaine, connue dans le monde de la science-fiction sous le nom de “cyborgs”. Cela ne veut pas dire que tout le monde doit devenir un cyborg. Si vous êtes satisfait de votre état d’humain, qu’il en soit ainsi, vous pouvez rester tel que vous êtes. Mais attention – tout comme nous, les humains, nous nous sommes séparés de nos cousins ​​chimpanzés il y a des années, les cyborgs se sépareront des humains. Ceux qui restent humains risquent de devenir une sous-espèce. Ils seront effectivement les <a href="https://iatranshumanisme.com/2017/10/21/manifeste-des-chimpanzes-du-futur-contre-le-transhumanisme/?amp=1">chimpanzés du futur</a> ».</p><p><a href="https://iatranshumanisme.com/2020/02/01/quand-les-humains-deviennent-des-cyborgs/?amp=1">Quand les humains deviennent des cyborgs</a></p><p>Dans ce passage particulièrement accablant de la quatrième révolution industrielle, Schwab semble faire allusion au même avenir d’une élite transhumaine artificielle renforcée, “supérieure”, se séparant de la populace née naturellement :</p><p>« Nous sommes au seuil d’un changement systémique radical qui exige des êtres humains une adaptation continue. En conséquence, nous pouvons assister à un degré croissant de polarisation dans le monde, marqué par ceux qui embrassent le changement par rapport à ceux qui y résistent.</p><p>Il en résulte une inégalité qui va au-delà de l’inégalité sociétale décrite plus haut. Cette inégalité ontologique séparera ceux qui s’adaptent de ceux qui résistent – les gagnants et les perdants matériels dans tous les sens du terme.</p><p>Les gagnants pourraient même bénéficier d’une forme d’amélioration humaine radicale générée par certains segments de la quatrième révolution industrielle (comme le génie génétique) dont les perdants seront privés. Cela risque de créer des conflits de classe et d’autres affrontements comme nous n’en avons jamais vu auparavant ».</p><p>LIRE AUSSI</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Sun, 10 Apr 2022 12:16:24 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[« L’Art de la guerre »]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Si l’on veut bien prendre un peu de recul par rapport à des évènements très angoissants, la guerre en Ukraine n’est pas une initiative russe, même si la Russie a pris l’initiative des combats en court-circuitant les forces ukrainiennes qui s’apprêtaient à attaquer la Crimée et le Donbass. Elle a été planifiée dès 2019 comme l’atteste le plan de la Rand Corporation présenté à la Chambre des représentants le 5 septembre 2019.</p>
<p>Le plan stratégique des États-Unis contre la Russie a été élaboré il y a trois ans par la Rand Corporation. La Rand Corporation dont le quartier-général siège à Washington, est « une organisation mondiale de recherche qui développe des solutions pour les défis politiques » : elle a une armée de 1 800 chercheurs et autres spécialistes recrutés dans 50 pays, qui parlent 75 langues, distribués en bureaux et autres sièges en Amérique du Nord, en Europe, en Australie et dans le Golfe Persique. Le personnel états-unien de la Rand vit et travaille dans plus de 25 pays. La Rand Corporation, qui s’auto-qualifie d’« organisation sans profit et non partisane », est officiellement financée par le Pentagone, par les armées de Terre et de l’Air US, par les Agences de sécurité nationale (CIA et autres), par des agences d’autres pays et de puissantes organisations non-gouvernementales.</p>

<p>La Rand Corp. se vante d’avoir contribué à élaborer la stratégie qui permît aux États-Unis de sortir vainqueurs de la Guerre froide, en contraignant l’Union Soviétique à consumer ses propres ressources dans l’exténuante confrontation militaire. De ce modèle s’est inspiré le nouveau plan élaboré en 2019 : <a href="#get1">« Overextending and Unbalancing Russia » (Étendre et déséquilibrer la Russie)</a> , soit : contraindre l’adversaire à s’étendre excessivement pour le déstabiliser et l’abattre. Voilà les principales lignes directrices d’attaque tracées dans le plan de la Rand, sur lesquelles les États-Unis ont effectivement avancé ces dernières années.</p>

<p>Avant tout, stipule le plan, il faut attaquer la Russie sur son flanc le plus vulnérable, celui de son économie fortement dépendante de l’exportation de gaz et de pétrole : à cet effet on va utiliser les sanctions commerciales et financières et, en même temps, faire en sorte que l’Europe diminue l’importation de gaz russe, en le remplaçant par du gaz naturel liquéfié étasunien. Dans le domaine idéologique et informatif, il faut encourager les protestations internes et en même temps miner l’image de la Russie à l’extérieur. Dans le domaine militaire il faut opérer pour que les pays européens de l’Otan augmentent leurs forces dans une fonction anti-russe. Les USA peuvent avoir de hautes probabilités de succès et de forts bénéfices, avec des risques modérés, en investissant majoritairement dans des bombardiers stratégiques et des missiles d’attaque à longue portée dirigés contre la Russie. Déployer en Europe de nouveaux missiles nucléaires à portée intermédiaire pointés sur la Russie leur assure de fortes probabilités de succès mais comporte aussi de grands risques. En calibrant chaque option pour obtenir l’effet désiré —conclut la Rand— la Russie finira par payer le prix le plus haut dans la confrontation avec les USA, mais ceux-ci et leurs alliés devront investir de grosses ressources en les soustrayant à d’autres objectifs.</p>

<p>Dans le cadre de cette stratégie —prévoyait en 2019 le plan de la Rand Corporation— « fournir des aides létales à l’Ukraine exploiterait le plus grand point de vulnérabilité extérieure de la Russie, mais toute augmentation des armes et du conseil militaire fournis par les USA à l’Ukraine devrait être attentivement calibrée afin de provoquer les coûts pour la Russie sans provoquer un conflit beaucoup plus ample dans lequel la Russie, à cause de la proximité, aurait des avantages significatifs ». C’est justement là —dans ce que la Rand Corporation définissait comme « le plus grand point de vulnérabilité extérieure de la Russie », exploitable en armant l’Ukraine de façon « calibrée pour augmenter les coûts pour la Russie sans provoquer un conflit beaucoup plus ample »— qu’est advenue la rupture. Prise dans l’étau politique, économique et militaire que les USA et l’Otan resserraient de plus en plus, en ignorant les avertissements répétés et les propositions de négociations de la part de Moscou, la Russie a réagi avec l’opération militaire qui a détruit en Ukraine plus de 2 000 structures militaires réalisées et contrôlées en réalité non pas par les gouvernants de Kiev mais par les commandements des USA et de l’Otan. L’article qui, il y a trois ans, rapportait le plan de la Rand Corporation se terminait par ces mots : « Les “options” prévues par le plan ne sont en réalité que des variantes de la même stratégie de guerre, dont le prix en termes de sacrifices et de risques est payé par nous tous ».</p>

<p>Nous sommes en train de le payer maintenant, nous les peuples européens, et nous le paierons de plus en plus cher, si nous continuons à être des pions sacrifiés dans la stratégie USA-Otan.</p>

<p>Manlio Dinucci<br />Traduction<br />Marie-Ange Patrizio</p>

<p><a name="get1" id="get1"><br />Document Rand Corporation<br /></a> : <br /><a href="https://www.rand.org/content/dam/rand/pubs/research_briefs/RB10000/RB10014/RAND_RB10014.pdf"><br />Overextending and Unbalancing Russia. Assessing the Impact of Cost-Imposing Options</a>, by James Dobbins, Raphael S. Cohen, Nathan Chandler, Bryan Frederick, Edward Geist, Paul DeLuca, Forrest E. Morgan, Howard J. Shatz, Brent Williams, Rand Corporation, May 2019.</p>
]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/861/guerre-dukraine-jour-44-ursula-von-der-leyen-en-docteur-folamour-a-bucha-et-kiev</guid>
	<pubDate>Sun, 10 Apr 2022 10:00:20 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/861/guerre-dukraine-jour-44-ursula-von-der-leyen-en-docteur-folamour-a-bucha-et-kiev</link>
	<title><![CDATA[Guerre d&#039;Ukraine - Jour 44 - Ursula von der Leyen en Docteur Folamour à Bucha et Kiev]]></title>
	<description><![CDATA[<p>+ La monnaie russe s’est renforcée à un peu moins de 72 roubles pour un dollar américain et à 77 contre l’euro lors des échanges à la Bourse de Moscou vendredi.</p><p>Le rouble a maintenant atteint son niveau le plus fort par rapport au dollar depuis novembre dernier et par rapport à l’euro depuis juin 2020. </p><p>+ Passionnant article d’<a href="https://planetes360.fr/la-revolution-financiere-mondiale-a-venir/">Ellen Brown</a>. Quelques extraits (1ère partie): </p><p>“En 1971, le président Richard Nixon a mis fin à la convertibilité du dollar en or au niveau international (connu sous le nom de « fermeture de la fenêtre de l’or »), afin d’éviter de vider les réserves d’or des États-Unis. La valeur du dollar s’est alors effondrée par rapport aux autres monnaies sur les marchés mondiaux. Pour le soutenir, Nixon et le secrétaire d’État Henry Kissinger ont conclu un accord avec l’Arabie saoudite et les pays de l’OPEP selon lequel l’OPEP ne vendrait le pétrole qu’en dollars, et que les dollars seraient déposés dans les banques de Wall Street et de la City de Londres. En contrepartie, les États-Unis défendraient militairement les pays de l’OPEP. Le chercheur en économie William Engdahl présente également des preuves d’une promesse selon laquelle <a href="http://www.engdahl.oilgeopolitics.net/1973_Oil_Shock/1973_oil_shock.html#:~:text=The%20Fake%20Oil%20Crisis%20of%201973%20From%20QuestionsQuestions.Net,that%20crisis%20was%20likely%20a%20completely%20contrived%20affair." target="_blank" rel="noopener">le prix du pétrole serait quadruplé</a>. Une crise pétrolière déclenchée par une brève guerre au Moyen-Orient a effectivement fait quadrupler le prix du pétrole, et l’accord de l’OPEP a été finalisé en 1974.</p><p>L’accord a tenu jusqu’en 2000, lorsque Saddam Hussein l’a rompu en vendant le pétrole irakien en euros. Le président libyen Mouammar Kadhafi a fait de même. Les deux présidents ont été assassinés, et leurs pays ont été décimés par la guerre avec les États-Unis. Le chercheur canadien Matthew Ehret <a href="https://canadianpatriot.org/2022/03/28/the-rhodes-scholars-guiding-bidens-presidency" target="_blank" rel="noopener">observe</a> :</p><p>« N’oublions pas que l’alliance Soudan-Libye-Égypte, sous la direction combinée de Moubarak, Kadhafi et Bashir, avait entrepris d’établir un nouveau système financier adossé à l’or, en dehors du FMI et de la Banque mondiale, afin de financer un développement à grande échelle en Afrique. Si ce programme n’avait pas été sapé par la destruction de la Libye sous l’égide de l’OTAN, le dépeçage du Soudan et le changement de régime en Égypte, le monde aurait vu l’émergence d’un bloc régional majeur d’États africains façonnant leur propre destin pour la première fois dans l’histoire en dehors du jeu truqué de la finance contrôlée par les Anglo-Américains. (…) </p><p>Dans le mois qui a suivi le début du conflit en Ukraine, les États-Unis et leurs alliés européens ont imposé de lourdes <a href="https://outsidevoices.substack.com/p/reporting-from-moscow-sanctions-may?s=r" target="_blank" rel="noopener">sanctions financières</a> à la Russie en réponse à l’invasion militaire illégale. Les mesures occidentales comprenaient le <a href="https://tass.com/economy/1421403" target="_blank" rel="noopener">gel</a> de près de la moitié des 640 milliards de dollars américains de réserves financières de la banque centrale russe, <a href="https://www.reuters.com/business/finance/eu-excludes-seven-russian-banks-swift-official-journal-2022-03-02/" target="_blank" rel="noopener">l’expulsion</a> de plusieurs des plus grandes banques russes du système de paiement mondial SWIFT, <a href="https://www.jdsupra.com/legalnews/new-restrictions-on-exports-to-russia-4618366/" target="_blank" rel="noopener">l’imposition</a> de contrôles à l’exportation visant à limiter l’accès de la Russie aux technologies de pointe, <a href="https://www.businessinsider.com/map-shows-countries-that-closed-airspace-russia-over-ukraine-war-2022-3" target="_blank" rel="noopener">la fermeture</a> de leur espace aérien et de leurs ports aux avions et aux navires russes, et <a href="https://home.treasury.gov/news/press-releases/jy0650" target="_blank" rel="noopener">l’instauration</a> de sanctions personnelles à l’encontre de hauts fonctionnaires russes et de magnats très en vue. (…)</p><p> Le président russe <a href="https://www.youtube.com/watch?v=7FyFkAyqn4Q" target="_blank" rel="noopener">Vladimir Poutine</a> a déclaré dans un discours prononcé le 16 mars que les États-Unis et l’Union européenne avaient manqué à leurs obligations et que le gel des réserves de la Russie marquait la fin de la fiabilité des actifs dits de première classe. Le 23 mars, Poutine a <a href="https://astutenews.com/2022/04/putins-rubles-for-gas-demand-ensures-unfriendly-countries-prop-up-russian-economy/" target="_blank" rel="noopener">annoncé</a> que le gaz naturel russe serait vendu aux « pays inamicaux » uniquement en roubles russes, plutôt qu’en euros ou en dollars, comme c’est le cas actuellement. Quarante-huit nations sont considérées par la Russie comme « inamicales », dont les États-Unis, la Grande-Bretagne, l’Ukraine, la Suisse, la Corée du Sud, Singapour, la Norvège, le Canada et le Japon.</p><p>Poutine a noté que plus de la moitié de la population mondiale reste « amie » de la Russie. Les pays qui n’ont pas voté en faveur des sanctions comprennent deux grandes puissances – la Chine et l’Inde – ainsi que le principal producteur de pétrole, le Venezuela, la Turquie et d’autres pays du Sud. Les pays « amis », a déclaré Poutine, peuvent désormais acheter à la Russie dans différentes devises. (…)</p><p>(…)</p><p>Les ministres de l’Énergie des pays du G7 ont rejeté la demande de Poutine, affirmant qu’elle violait les termes des contrats de gaz qui exigent une vente en euros ou en dollars. Mais le 28 mars, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a <a href="https://tass.com/politics/1428229?utm_source=tomluongo.me&amp;utm_medium=referral&amp;utm_campaign=tomluongo.me&amp;utm_referrer=tomluongo.me" target="_blank" rel="noopener">déclaré</a> que la Russie n’était « pas engagée dans la charité » et qu’elle ne fournirait pas de gaz à l’Europe gratuitement (ce qu’elle ferait si les ventes se faisaient en euros ou en dollars qu’elle ne peut actuellement pas utiliser dans le commerce). Les sanctions elles-mêmes constituent une violation de l’accord visant à honorer les devises sur les marchés mondiaux.(…)</p><p>.L’économie de la Russie est beaucoup plus petite que celle des États-Unis et de l’Union européenne, mais la Russie est un <a href="https://outsidevoices.substack.com/p/reporting-from-moscow-sanctions-may?s=r" target="_blank" rel="noopener">fournisseur mondial majeur</a> de produits de base essentiels – non seulement le pétrole, le gaz naturel et les céréales, mais aussi le bois, les engrais, le nickel, le titane, le palladium, le charbon, l’azote et les métaux des terres rares utilisés dans la production de puces informatiques, de véhicules électriques et d’avions.</p><p>Le 2 avril, le géant gazier russe <a href="https://www.zerohedge.com/energy/gazprom-halts-gas-shipments-europe-critical-pipeline" target="_blank" rel="noopener">Gazprom a officiellement interrompu</a> toutes les livraisons à l’Europe via le gazoduc Yamal-Europe, une artère critique pour l’approvisionnement énergétique européen. (…) </p><p>Richard Werner, professeur d’économie au Royaume-Uni, <a href="https://www.youtube.com/watch?v=IwpjYyMHSJ0" target="_blank" rel="noopener">qualifie</a> la manœuvre russe d’astucieuse – une répétition de ce que les États-Unis ont fait dans les années 1970. Pour obtenir des produits russes, les pays « inamicaux » devront acheter des roubles, ce qui fera grimper la valeur du rouble sur les marchés mondiaux, tout comme le besoin de pétrodollars a soutenu le dollar américain après 1974. En effet, le 30 mars, le rouble avait déjà <a href="https://abcnews.go.com/Business/wireStory/russias-ruble-rebound-raises-questions-sanctions-impact-83768547" target="_blank" rel="noopener">atteint</a> le niveau où il se trouvait un mois plus tôt.(…)</p><p>La Russie suit les États-Unis non seulement en liant sa monnaie nationale aux ventes d’un produit de base essentiel, mais aussi en suivant un protocole antérieur – ce que les dirigeants américains du XIXe siècle appelaient le « système américain » de monnaie et de crédit souverains. Ses trois piliers étaient (a) des subventions fédérales pour les améliorations internes et pour soutenir les industries naissantes de la nation, (b) des tarifs douaniers pour protéger ces industries, et (c) un crédit facile émis par une banque nationale.</p><p>Michael Hudson, professeur d’économie et auteur de « <a href="https://michael-hudson.com/2021/10/3rd-edition-super-imperialism/" target="_blank" rel="noopener">Super-Impérialisme : La stratégie économique de l’empire américain</a> », parmi de nombreux autres ouvrages, note que les sanctions obligent la Russie à faire ce qu’elle a été réticente à faire elle-même : réduire sa dépendance à l’égard des importations et développer ses propres industries et infrastructures. L’effet, dit-il, est équivalent à celui des tarifs douaniers protecteurs. Dans un article intitulé « <a href="https://michael-hudson.com/2022/03/the-american-empire-self-destructs/" target="_blank" rel="noopener">L’empire américain s’autodétruit</a> », Hudson écrit au sujet des sanctions russes (qui remontent en fait à 2014) :</p><p>« La Russie était restée trop captivée par l’idéologie du marché libre pour prendre des mesures visant à protéger sa propre agriculture ou son industrie. Les États-Unis ont apporté l’aide nécessaire en imposant à la Russie une autonomie intérieure (via les sanctions). Lorsque les États baltes ont perdu le marché russe du fromage et d’autres produits agricoles, la Russie a rapidement créé son propre secteur fromager et laitier – tout en devenant le premier exportateur mondial de céréales. …</p><p>La Russie découvre (ou est sur le point de découvrir) qu’elle n’a pas besoin de dollars américains pour garantir le taux de change du rouble. Sa banque centrale peut créer les roubles nécessaires pour payer les salaires nationaux et financer la formation de capital. Les confiscations américaines pourraient donc finalement amener la Russie à mettre fin à la philosophie monétaire néolibérale, comme le préconise depuis longtemps Sergey Glaziev en faveur de la MMT [Modern Monetary Theory]. …</p><p>Ce que les pays étrangers n’ont pas fait d’eux-mêmes – remplacer le FMI, la Banque mondiale et les autres bras de la diplomatie américaine – les politiciens américains les obligent à le faire (…)”</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/859/%C2%ABpretendre-que-linvasion-de-lukraine-accelere-la-construction-europeenne-est-un-contresens%C2%BB</guid>
	<pubDate>Fri, 08 Apr 2022 21:25:07 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/859/%C2%ABpretendre-que-linvasion-de-lukraine-accelere-la-construction-europeenne-est-un-contresens%C2%BB</link>
	<title><![CDATA[«Prétendre que l&#039;invasion de l&#039;Ukraine accélère la construction européenne est un contresens»]]></title>
	<description><![CDATA[<p>FIGAROVOX /TRIBUNE - La guerre en Ukraine n'entraîne nullement un réveil stratégique de l'Union européenne, objecte l'éditorialiste.</p><p>Guillaume Bigot est essayiste et éditorialiste sur CNews et Sud Radio. Il dirige le groupe Ipag Business school.</p><p>«Nous sommes pareils à des voyageurs de wagons-lits qui ne se réveilleront qu'au moment de la collision» écrivait Robert Musil à propos de la première guerre mondiale dans L'Europe désemparée.</p><p>Plus d'un siècle plus tard, les Européens ne sont pas moins surpris par le retour de la <a href="https://www.lefigaro.fr/vox/monde/sommes-nous-prets-pour-une-guerre-de-haute-intensite-20220227">guerre de haute intensité</a> comme disent les spécialistes. En réaction à l'invasion de l'Ukraine, l'Union européenne (UE) serait en train de sortir de sa torpeur stratégique. On assisterait à l'émergence d'une authentique volonté d'<a href="https://www.lefigaro.fr/international/friedrich-merz-l-autonomie-strategique-de-l-ue-est-une-vision-lointaine-20220127">autonomie stratégique continentale</a>. Et ceci pour trois raisons brandies par les partisans de la construction européenne : une raison sentimentale, une raison énergétique et une raison militaire dont chacune mérite d'être examinée.</p><p>La raison sentimentale a été formulée par Ursula von der Leyen: « Les Ukrainiens font partie de nous. Ils sont des nôtres et nous souhaitons qu'ils nous rejoignent. » Nous sommes tous ukrainiens répète-t-on à Bruxelles et cette communauté de destin a été renforcée par la <a href="https://www.lefigaro.fr/flash-actu/l-union-europeenne-lance-l-examen-des-candidatures-de-l-ukraine-de-la-georgie-et-de-la-moldavie-20220307#:~:text=L'Union%20europ%C3%A9enne%20a%20lanc%C3%A9,du%20Conseil%20de%20l'UE.&amp;text=Les%20trois%20pays%20ont%20d%C3%A9pos%C3%A9%20leur%20demande%20%C3%A0%20la%20suite,invasion%20russe%20de%20l'Ukraine." target="_blank" rel="noopener">demande d'adhésion de l'Ukraine à l'Union européenne</a>. La découverte de <a href="https://www.lefigaro.fr/flash-actu/guerre-en-ukraine-une-enquete-sur-boutcha-est-la-prochaine-etape-selon-l-onu-20220407">charniers</a> laissés par les soudards impitoyables de l'armée russe dans la banlieue de Kiev ne peut que renforcer la sympathie naturelle des Européens pour les Ukrainiens.<br />La cruauté de l'agression russe serait ressentie comme celle de tous les Européens, une sorte d'affectio societatis continental sera en train d'émerger.</p><p>À lire aussi<a href="https://www.lefigaro.fr/vox/monde/didier-rebut-le-massacre-de-boutcha-entre-dans-la-definition-du-crime-de-guerre-20220405">Didier Rebut: «Le massacre de Boutcha entre dans la définition du crime de guerre»</a></p><p>Or, dans l'histoire, on ne se pose qu'on s'opposant. La France n'est devenue elle-même qu'en combattant les Anglais pendant la guerre de Cent ans. Plus décisif encore, un sentiment d'insécurité collective continentale aurait fait naître la résolution des Européens de se défendre contre la Russie poutinienne, ennemi commun de l'UE et de ses valeurs.</p><p>Un sentiment d'insécurité collective continentale aurait fait naître la résolution des Européens de se défendre contre la Russie poutinienne, ennemi commun de l'Union européenne et de ses valeurs. En examinant cet argument sentimental, on est cependant frappé par sa fragilité.</p>
<p>Guillaume Bigot</p>
<p>En examinant cet argument sentimental, on est cependant frappé par sa fragilité. D'abord, la guerre russo-ukrainienne est intra-européenne. Les Ukrainiens sont européens mais les Russes ne le sont pas moins. Les Grecs attaqués à Chypre par des Turcs non européens et membres de l'Otan, étaient aussi européens. Les<br />Serbes bombardés par l'Otan étaient également européens. Si l'UE se sent aujourd'hui ukrainienne alors qu'elle ne s'est jamais sentie serbe ou grecque, c'est que l'Ukraine est une nation européenne pro-Otan attaquée par un autre pays européen anti-Otan.</p><p>C'est d'ailleurs ce que Madame von der Leyen confirme en expliquant qu'en Ukraine : "c'est la démocratie qui se dresse contre l'autocratie et dans ce combat-là, nous sommes unis avec nos amis canadiens et américains. »</p><p>Passons au deuxième argument de ceux qui affirment que l'UE aurait pris en main ses intérêts stratégiques à l'occasion de la guerre en Ukraine, c'est l'argument énergétique. Tous les Européens seraient réunis, nous dit-on, par la recherche d'une résilience énergétique. « La guerre d'agression russe en Ukraine nous montre de manière dramatique à quel point la sécurité et l'approvisionnement énergétique sont étroitement liés. Nous ne pouvons-nous permettre d'ignorer cela », reconnaît Patrick Graïchen, le secrétaire d'État allemand au climat. La présidente von der Leyen abonde dans le même sens : « Les 27 sont bien trop dépendants aux énergies fossiles russes, et il faut nous débarrasser de cette dépendance. »</p><p>Constats difficilement contestables mais incitent-ils les Européens à développer une vision commune de leur indépendance énergétique ? Le diagnostic est partagé, les remèdes le sont moins.</p><p>Les sanctions européennes contournent les banques impliquées dans les transactions avec Gazprom.</p>
<p>Guillaume Bigot</p>
<p>Et pour commencer, les sanctions européennes contournent les banques impliquées dans les transactions avec Gazprom. Le gaz et le pétrole russes continuent d'arriver en Europe. Face à l'ignominie des crimes commis par les soudards russes, l'UE vient de renoncer au <a href="https://www.lefigaro.fr/conjoncture/guerre-en-ukraine-la-pologne-met-la-pression-sur-les-sanctions-20220407">charbon russe</a>. C'est un dérisoire volontarisme de sauts de puces. L'indépendance énergétique demeure ainsi une velléité.<br />La filière nucléaire française offre une solution, peut-être pas immédiate mais au moins compatible avec un objectif d'autonomie énergétique européenne. Pourtant, le plan de relance européen exclut le nucléaire.</p><p>En revanche, la présidente de la Commission a déclaré que nous devons nous tourner vers "nos amis américains pour voir s'il n'est pas possible de disposer de davantage de gaz naturel liquéfié".<br />L'intérêt des 27 étaient-ils de se passer de Nord Stream II pour se jeter dans les bras du Qatar ou du Texas afin de se fournir en énergie ? Joseph Biden a répondu à cette question lors de sa conférence de presse avec le chancelier allemand, le 7 février dernier, en déclarant : « si la Russie envahit l'Ukraine, Nord Stream II ne se fera pas. »</p><p>Enfin, le troisième argument de ceux qui voient dans la crise ukrainienne l'acte de naissance d'une Europe puissance, c'est que la question militaire intéresserait enfin Bruxelles.</p><p>« La guerre a enfin contribué à créer le consensus autour de la défense européenne » analyse Nathalie Loiseau, eurodéputé et présidente de la sous-commission défense au Parlement européen. « Pour la première fois de notre histoire, nous finançons l'achat et la livraison d'armes à un pays attaqué avec des fonds européens » explique Ursula von der Leyen. Pour le Haut représentant Josep Borrell, l'adoption par le Conseil européen d'un<br />texte de doctrine défensive intitulé « boussole stratégique » exprimerait un « changement tectonique. »</p><p>Autre signe que les Européens auraient renoncé à leur naïveté : l'Allemagne a décidé de consacrer 100 milliards d'euros à sa défense. Pourtant, ici encore, on est loin de tenir les preuves d'une authentique volonté d'autonomie stratégique européenne. Effectivement, l'UE va fournir une aide militaire mais ce sont les États membres qui l'ont décidé et ce sont les Etats membres qui livreront, le tout avec la bénédiction et sous la supervision de l'Otan.</p><p>Quant au réarmement de l'Allemagne, il n'exprime aucune solidarité européenne. Berlin a commencé à s'équiper en achetant des F35 américains.</p>
<p>Guillaume Bigot</p>
<p>Quant au réarmement de l'Allemagne, il n'exprime aucune solidarité européenne. Berlin a commencé à s'équiper en achetant des F35 américains, compatibles avec les standards Otan et habilités à porter des charges nucléaires américaines… Pour l'autonomie stratégique continentale, on repassera.</p><p>Dans l'affaire Aukus, Allemands et Suédois ont réalisé un intense lobbying intensif pour que Canberra n'achète pas de sous-marins français. En matière spatiale, les sociétés allemandes préfèrent Space X à Ariane 6. La maxime gaullienne se vérifie ad nauseam : les États n'ont pas d'amis… Même les États membres n'ont que des intérêts.</p><p>D'ailleurs, la « boussole stratégique » appelle à une « coopération plus étroite et mutuellement bénéfique avec les États-Unis. » Nathalie Loiseau confirme que cette fameuse boussole européenne ne change pas de cap : « Il faut arrêter de penser qu'autonomie stratégique et lien transatlantique sont contradictoires. » Au-delà de confirmer la prophétie gaulliste d'une Union européenne qui ne<br />pourrait se réaliser qu'au profit d'une tierce puissance, deux évidences devraient nous sauter aux yeux.</p><p>La première évidence, c'est que la crise ukrainienne signe le retour de la guerre. Or, le plus authentique cri de guerre des Européens, c'est Aristide Briand qui l'a poussé en 1926: « Arrière les fusils, les mitrailleuses, les canons ! Place à la conciliation, à l'arbitrage, à la paix! » Le projet européen est tout entier fondé sur l'espoir de neutraliser la guerre par l'économie. Pourtant, l'UE commerce davantage avec la Russie qu'avec l'Ukraine.</p><p>C'est parce qu'elles ne veulent plus se défendre elles-mêmes que les nations se sont abandonnées au projet européen. C'est aussi pour cette raison que l'Union européenne est consubstantiellement liée à l'Otan.</p>
<p>Guillaume Bigot</p>
<p>C'est parce qu'elles ne veulent plus se défendre elles-mêmes que les nations se sont abandonnées au projet européen. C'est aussi pour cette raison que l'UE est consubstantiellement liée à l'Otan. Les Européens n'ont plus ni la capacité, ni la volonté de se défendre eux-mêmes alors comment les 27 trouveraient-ils le ressort de défendre une entité commune ? Les volontés se multiplient, les renoncements s'annulent. La crise ukrainienne, c'est aussi le retour des nations.</p><p>Il y a un peuple allemand et un peuple français. Il y a un peuple ukrainien et un peuple russe et sans doute les Ukrainiens sont-ils plus proches des Russes que nous ne le sommes des Allemands.<br />Les Ukrainiens se battent pour leur terre, pour défendre leurs frontières et pour leur drapeau. Les Ukrainiens sont un peuple mais les Européens ne le sont pas. D'ailleurs, qui irait mourir pour le drapeau européen ?</p><p>À lire aussi<a href="https://www.lefigaro.fr/vox/societe/guerre-en-ukraine-les-occidentaux-sont-ils-prets-a-mourir-pour-la-democratie-20220228">Guerre en Ukraine: «Les Occidentaux sont-ils prêts à mourir pour la démocratie ?»</a></p><p>On voit plus de drapeaux ukrainiens dans les beaux quartiers parisiens aux fenêtres que de tricolores au lendemain de Charlie, comme si les bobos français avaient besoin d'un patriotisme de substitution. Le bleu et le jaune du drapeau ukrainien ne sont pas les couleurs d'un patriotisme post-national qui aurait moralement réarmé ceux qui posaient des bougies après le Bataclan en bêlant : vous n'aurez pas ma haine !</p><p><a href="https://www.lefigaro.fr/vox/histoire/guerre-en-ukraine-la-memoire-du-goulag-concourt-a-l-esprit-de-resistance-contre-les-russes-20220407">La résistance héroïque des Ukrainiens</a> montre par ailleurs que ce n'est pas la taille d'un pays mais la détermination de son peuple à le défendre qui fonde son indépendance. La Suisse est petite mais personne n'ira l'envahir car le patriotisme helvète est ombrageux et armé !</p><p>Platon savait déjà que ce ne sont pas les murs qui font les cités mais le courage des hommes qui les défendent. Prétendre que l'invasion de l'Ukraine accélérerait la construction européenne revient ainsi à tomber dans un grave contresens.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Fri, 01 Apr 2022 21:56:35 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Chevènement raconte Vladimir Poutine]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Jean-Pierre Chevènement, haut fonctionnaire et homme politique français, né en 1939 à Belfort, à été un des artisans de la victoire de la gauche en 1981. Plusieurs fois ministre dans le gouvernement de François Mitterrand (Industrie, Intérieur, Ecole), il démissionne en 1991 comme Ministre de la Défense. En 1992, il votre contre le Traité de Maastricht. François Hollande le nomme Représentant Spéciale de la France pour les relations avec la Russie. C’est dans le cadre de cette mission qu’il rencontre Vladimir Poutine pour régler, après l’annexion de la Crimée, le conflit autour de l’Ukraine. </p><p>Weltwoche: Vous êtes entré dans l’histoire en tant que ministre de la Défense qui a démissionné pour protester contre la guerre. C’était en 1991, lorsque le président Français F. Mitterrand a envoyé son armée aux côtés des Américains dans la guerre du Golfe contre Saddam Hussein. </p><p>Chevènement: Geste historique, non, car je n’ai pas empêché l’essor ultérieur du fanatisme, mais geste original à coup sûr ! Les ministres de la Défense qui démissionnent pour protester contre une guerre qu’ils désapprouvent n’y survivent presque jamais. La guerre que j’avais essayé d’empêcher avait éclaté. J’avais annoncé au président Mitterrand que je démissionnerais en cas d’implication française, car je ne voulais pas cautionner une guerre inévitable et qui portait en elle d’immenses catastrophes. F. Mitterrand ne s’attendait pas à ce que je le fasse vraiment, alors que l’opinion publique était devenue favorable à la guerre.</p><p>Weltwoche: Pourquoi étiez-vous contre ?</p><p>Chevènement: Cette guerre n’était pas nécessaire. Une solution aurait pu être trouvée dans le cadre de la Ligue arabe. Le roi de Jordanie l’avait suggéré. J’étais conscient des conséquences d’une guerre moderne avec 500 000 soldats et des bombes contrôlées par laser : qu’elle détruirait l’Irak, l’État, l’administration, les institutions.  La guerre a immédiatement produit une montée en puissance d’Al-Qaïda avec El Zarkaoui et la bataille de Falloujah. La confrontation des chiites et des sunnites a provoqué la montée de l’État islamique et sa proclamation à Mossoul. Un politicien responsable doit comprendre ce qu’il fait.  Et être en règle avec sa conscience.</p><p>Weltwoche: Vous avez joué un grand rôle dans la victoire de F. Mitterrand en 1981 et avez été l’un des ministres emblématiques de son gouvernement. Des années plus tard (1990), vous avez appris que Bush et Thatcher étaient déterminés à la guerre d’Irak dès le premier jour, et F. Mitterrand en a informé son ministre des Affaires étrangères, Roland Dumas, alors que son ministre de la Défense travaillait encore sur une solution diplomatique. Comment a-t-il réagi à votre démission ?</p><p>Chevènement: «Les politiciens arabes crient fort», m’a-t-il dit. « Attendons, le temps passe. Demain ils nous mangeront à nouveau dans la main ». Je lui ai dit que cette vision était une incompréhension totale de la mentalité de « la rue arabe ». Que les Arabes n’oublieraient pas avant longtemps la destruction de l’Irak. La relation entre F. Mitterrand et moi était très bonne depuis 1971, mais bien sûr il y avait des tensions. Après ma démission, nous avons continué à nous voir.</p><p>Weltwoche: Dans votre récit, l’invasion de l’Irak semble être la mère de toutes les guerres depuis lors. Compte tenu de la condescendance envers les Arabes, on pense inévitablement à la façon de traiter avec les Russes après la fin de l’Union soviétique. François Hollande président de la République, vous a envoyé négocier avec Vladimir Poutine. Vous l’avez rencontré à Sotchi le 5 mai 2014. Quelle était votre mission ?</p><p>Chevènement: F. Hollande m’a nommé Représentant spécial pour les relations avec la Fédération de Russie après son élection à la présidence de la France. J’ai transmis à Poutine une lettre de F. Hollande.  F. Hollande a invité Poutine à l’Élysée et aux célébrations du soixante-dixième anniversaire du débarquement allié en Normandie le 6 juin 1944. Ils n’avaient pas participé au débarquement. Mais il était juste d’inviter les Russes. Ils avaient joué un rôle décisif dans l’issue de la Seconde Guerre mondiale. L’invitation était un signe de respect.  Poutine lisait la lettre en ma présence et me posait parfois des questions sur le sens d’une phrase.</p><p>Weltwoche: C’était au tout début de la crise ukrainienne.</p><p>Chevènement: Après les manifestations de Maïdan, un accord pour régler le conflit avait été élaboré. Les négociations se sont déroulées sous la supervision des ministres des Affaires étrangères de la Pologne, de l’Allemagne et de la France. L’accord prévoyait la réélection à la fin de 2014 d’un Président de l’Ukraine qui a était alors le Président Ianoukovitch. Lorsque le parlement ukrainien a refusé le lendemain de donner son accord, les ministres des Affaires étrangères étaient déjà partis. Ianoukovitch s’enfuit à Donetsk cette nuit-là. Poutine m’a dit à Sotchi qu’une tentative d’assassinat avait été perpétré contre Ianoukovitch, dans laquelle son garde du corps a été blessé.</p><p>Weltwoche: Qu’a dit Poutine à propos de Ianoukovitch ?</p><p>Chevènement: Ianoukovitch louvoyait entre la Russie et l’UE. À cette époque, il y avait un accord de libre-échange entre la Russie et l’Ukraine. Suivant le même principe, l’UE a proposé un accord d’association à l’Ukraine. Ianoukovitch a comparé les deux accords et a choisi la Russie. Le facteur décisif a été l’approvisionnement en gaz et le gazoduc rapportait des frais de transit considérables dans les coffres du pays.  Cette décision a déclenché les manifestations dites « pro européens » de Maïdan. Poutine m’a dit qu’il s’était rendu à Bruxelles pour rencontrer le président de la Commission, José Manuel Barroso, et d’autres dirigeants. Il a été référé aux experts. Quand il a pu parler à Barroso, celui-ci s’est comporté avec beaucoup d’arrogance. C’est la version de Poutine. Notre conversation a duré près de trois heures. Elle a donné lieu à une interprétation.</p><p>Weltwoche: Vous l’avez publiée dans votre livre Passion de la France.</p><p>Chevènement: J’ai omis les déclarations de Poutine sur les dirigeants ukrainiens. Il avait peu de respect pour eux. Surtout, il les considérait comme facilement corruptibles. À propos de Petro Porochenko, qui s’est présenté aux élections présidentielles prévues à la fin du mois de mai, il a seulement déclaré qu’il était un fabricant de chocolat, « ce qui n’est pas interdit ». On pouvait sentir son mépris pour les partis et les politiciens ukrainiens. Je n’ai pas non plus publié sa description de la conversation avec Barroso. L’accord d’association de l’Ukraine avec l’Europe, aurait dit Barroso à Poutine, n’est pas l’affaire de la Russie : « Que les Russes s’occupent de leurs propres affaires. Et allez-vous faire foutre ! ». J’ai interrompu le traducteur : Barroso a-t-il vraiment choisi ces mots ?  Poutine a confirmé ce propos. Il a exprimé un fort ressentiment envers Bruxelles et les gouvernements occidentaux. Ils avaient ouvertement soutenu la « Révolution de Maïdan », comme on l’appelle aujourd’hui. En Allemagne Guido Westerwelle, en Amérique le vice-président de l’époque Joe Biden, et là Mme Victoria Nuland, du Département d’État.</p><p>Weltwoche: Après votre visite, vous avez parlé de votre conversation à F. Hollande. Dans Un défi de civilisation, vous écrivez : « Par souci de vérité, je dois constater que Poutine n’a violé jusqu’en 2022 aucun des engagements qu’il a pris : ne pas empêcher les élections en Ukraines – du président et du parlement – et maintenir la perspective d’un accord de régionalisation qui laissait les deux oblasts de Lougansk et de Donetsk à l’intérieur des frontières ukrainiennes. »</p><p>Chevènement: Poutine était plutôt positif envers l’initiative française. Le but de mon voyage était d’initier des négociations : avec la Russie, la France, l’Allemagne et l’Ukraine. A la veille de la commémoration en Normandie, Poutine vient à l’Élysée. On espérait une solution rapide et simple avant même les vacances d’été. Mais l’été a été chaud. Il y a eu la destruction d’un avion de Malaysia Airlines avec des passagers néerlandais. Porochenko avait été élu et pensait pouvoir repousser les gens qui avaient conquis Donetsk et Lougansk sans beaucoup de résistance. Mais l’armée ukrainienne, encore mal entrainée, a subi une défaite. D’autres négociations ont eu lieu en février 2015. Elles ont conduit à l’accord de Minsk II. Elles prévoyaient un vote sur un statut de décentralisation et ensuite le rétablissement des frontières entre les deux pays. Mais il n’a jamais été mis en œuvre.  L’Ukraine voulait d’abord un retour aux frontières et seulement ensuite des élections sur un statut. </p><p>Weltwoche: Vous parlez de « rattachistes », de ceux qui sont prêts à s’y joindre, pas de séparatistes ? </p><p>Chevènement: C’est ainsi qu’on les appelle souvent. Vous pouvez les appeler séparatistes si vous prenez la position ukrainienne. </p><p>Weltwoche: Le film controversé Donbass d’Anne-Laure Bonnel, que le ministre des Affaires étrangères de Poutine Serguei Lavrov a instrumentalisé pour la propagande russe et dont il   accuse indûment la France de censure, commence par le discours de Porochenko. C’est une déclaration de guerre aux séparatistes.</p><p>Je ne commente pas un film que je n’ai pas vu.</p><p>Weltwoche: Poutine n’aimait pas la référence aux frontières de 1920.</p><p>Chevènement: Sa réaction m’a beaucoup surpris. Parce que c’est une question historique. Les frontières de l’Ukraine ont été tracées par Lénine en 1920. En 1917, l’Ukraine a été indépendante pendant un certain temps assez bref. Cette indépendance – après l’effondrement de l’armée tsariste – a duré quatre ou cinq ans. Il y eut une brève période d’indépendance en 1941 avec Stepan Bandera et ses nationalistes. La plupart des Ukrainiens ont combattu dans l’Armée rouge, mais il y avait deux divisions indépendantistes qui ont fait la guerre aux côtés des Allemands. Les deux étaient de courts épisodes. Mais depuis 1991, l’indépendance est un fait. Elle a été scellée par les présidents de la Biélorussie (Chouchkevitch), de l’Ukraine (Kravchuk) et de la Russie – Boris Eltsine.</p><p>Weltwoche: Depuis lors, l’Ukraine est une nation?</p><p>Chevènement: Oui. Une jeune nation. Et depuis trente ans, le sentiment national s’est affirmé.  Avec leur attitude brutale, les Russes ont apporté une contribution significative à sa consolidation. Les oligarques ont alimenté le conflit avec la Russie. Pour beaucoup de Russes, l’Ukraine est une province du sud, comme la Provence l’est pour la France. En Ukraine, un tiers de la population parle l’ukrainien, un tiers le russe et un tiers les deux langues. C’est un pays très hétérogène. La partie occidentale appartenait à l’Autriche-Hongrie. La ville de Lviv s’appelait Lemberg jusqu’en 1914. Entre les deux guerres mondiales, elle appartenait à la Pologne Lviv. Cette région est catholique uniate, l’Est russophone est orthodoxe. La Crimée a été attribuée à l’Ukraine en 1954 par Nikita Khrouchtchev. D’une certaine manière, comme un cadeau pour le 300e anniversaire du rattachement de l’Ukraine à la Russie. Khrouchtchev était conscient de tout ce qu’elle avait souffert sous Staline. Tout cela joue un rôle dans le traitement de l’Ukraine en tant que nation et de la Crimée en tant que région. </p><p>Weltwoche: Vous avez parlé de la brutalité de Poutine. Aviez-vous déjà pensé à la possibilité d’une intervention militaire russe ?</p><p>Chevènement: Non. Que Poutine commette une erreur aussi grave était tout à fait improbable. Je ne peux l’expliquer que par le fait qu’il a été trompé par son environnement. Il a été trompé en voyant en une réalité comme il voulait la voir. On lui a sans doute dit que les Ukrainiens n’attendaient que d’accueillir l’armée russe à bras ouverts. Il s’est trompé sur les Ukrainiens, mais aussi sur les Russes, qui ne voient pas le sens de cette guerre. Et il avait tort à propos de l’Occident, qu’il considérait comme un ensemble de pays décadents. Sa perception caricaturale de l’Occident a été sa troisième erreur.</p><p>Quand il a succédé à Eltsine, Poutine voulait transformer la Russie en un pays moderne, tout en maintenant, bien sûr, l’exercice vertical du pouvoir. Je ne l’ai jamais considéré comme un ange de l’innocence et un démocrate. Il voulait restaurer l’État russe. Il a forcé les oligarques à payer leurs impôts. Il a bénéficié de la hausse des prix du pétrole pour restructurer l’économie et les finances. Il a lancé des programmes d’industrialisation. Les villes russes d’aujourd’hui sont très modernes.</p><p>Weltwoche: Quand vous lui avez remis l’invitation à Paris, il s’est déjà renseigné sur le menu...</p><p>Chevènement: C’était une plaisanterie : « Maintenant il ne s’agit plus que de choisir le meilleur champagne. »</p><p>Weltwoche: Maintenant, il fait la guerre sans tenir compte des pertes.</p><p>Chevènement: Sa nouvelle logique remonte à l’époque où il a repris la présidence après Medvedev. À ses yeux, Medvedev avait commis une erreur en acceptant l’attaque contre la Libye. Elle était justifiée par la protection de la population civile. En fait, le but s’est révélé être un changement de gouvernement – les Anglo-Saxons appellent cela un « changement de régime ». De même, Poutine considérait la guerre au Kosovo  comme un viol du droit international. Au moment de la réunification, le monde s’était réjoui de la disparition de l’Union soviétique. Sans que le sang n’ait coulé. Mais le sang coule maintenant. Dans le changement de la logique de Poutine, l’Ukraine joue un rôle décisif. Poutine ne voulait pas d’une Ukraine antirusse. Il s’est inquiété à deux moments : la révolution orange (2004-2005) et l’accord d’association de 2014 avec l’UE.</p><p>Weltwoche: Poutine a parlé de la plus grande catastrophe géopolitique.  Pour vous, les relations de l’Occident avec l’Union soviétique en déclin sont la clé de la guerre en Ukraine ? Vous écrivez que la Russie a été traitée comme la perdante de la guerre froide.</p><p>Chevènement: L’Occident s’est célébré comme le gagnant. Les Russes, cependant, se considéraient comme ceux qui avaient mis fin au communisme. Gorbatchev considérait qu’il avait mis fin au communisme. Dans des conditions qui peuvent être débattues à l’infini. Nous savons par l’histoire que la dissolution d’un empire ne se produit jamais sans guerres et sans crises. La plupart des causes qui ont conduit à la Seconde Guerre mondiale remontent à la chute de l’Empire austro-hongrois et à sa division. Le traitement de la Russie à partir de 2009, avec le « partenariat oriental » a été très maladroit. La façon dont Poutine a été reçu par Barroso à Bruxelles est surréaliste. </p><p>Weltwoche: Et Hollande ? Qu’a-t-il dit au sommet devant l’impossibilité d’appliquer les accords de Minsk ?</p><p>Chevènement: (réfléchit longtemps) Après tout, il a eu le mérite de prendre l’initiative des négociations du format Normandie. Après que Merkel avait parlé, il ne se sentait plus habilité à ajouter quelque chose. La volonté de se battre qui distingue Macron faisait défaut. Macron est un président instruit qui connaît l’histoire. Il est à la fois ferme et ouvert à la négociation. </p><p>Weltwoche: Vous soutenez maintenant Emmanuel Macron ?</p><p>Chevènement: Emmanuel Macron a commis quelques erreurs mineures. Mais grâce à lui, la France a traversé au mieux la pandémie. Sa politique de vaccination est un succès. Grâce au soutien financier, les entreprises ont pu survivre.  Depuis 2017 – et pour la première fois depuis des décennies – de nouvelles industries se sont implantées en France. Le chômage est en baisse, à 7,4%, il est à son plus bas niveau depuis 2007. Des secteurs importants de l’économie ont été sauvés. Macron a formulé un nouvel objectif : la reconquête de l’indépendance industrielle et technologique. Cela inclut la production d’électricité par l’énergie nucléaire. Elle correspond aux intérêts nationaux du pays et garantit sa sécurité.</p><p>Oui, ses propositions sont sérieuses et réalistes. Je suis séduit par l’ambition de réindustrialiser la France. Les propositions en matière de politique énergétique et notamment la construction de six à quatorze réacteurs électro-nucléaires me paraissent conformes à la fois à l’objectif d’autonomie énergétique et à la nécessaire lutte contre le réchauffement climatique.</p><p>Weltwoche: Poutine vous a également mentionné le massacre de la maison syndicale d’Odessa le 2 mai 2014. Était-ce une provocation russe, était-ce un crime horrible commis par les nationalistes ukrainiens ? </p><p>Chevènement: Selon Poutine, des sympathisants pro-russes ont été pris au piège dans la Maison syndicale incendiée. Les auteurs étaient selon Poutine des extrémistes de droite ukrainiens. Il y a eu plusieurs dizaines de morts. Ceux qui ont sauté par la fenêtre ont été abattus. Leurs portefeuilles ont été volés. Tout cela aurait été filmé. Poutine était très contrarié quand il m’a dit cela. Et s’est plaint qu’aucun chef de gouvernement occidental n’a formulé ne serait-ce qu’un mot de protestation et de condoléances. Ces éléments psychologiques et ce ressentiment ont beaucoup de poids. Les souvenirs historiques et les traumatismes qui sont spécifiquement réactivés jouent toujours un rôle important dans les relations internationales. Dans cette guerre en particulier, la mémoire de la Seconde guerre mondiale est constamment instrumentalisée.</p><p>Weltwoche: Des deux côtés ?</p><p>Chevènement: L’Occident croit qu’il a vaincu seul le communisme. Il ignore les forces qui se sont manifestées au sein des sociétés soviétiques. Les Russes quant à eux ont une mentalité obsidionale. Ils se sentent constamment comme des victimes, encerclés et menacés. Ils ont été attaqués à plusieurs reprises, pas seulement par Napoléon et Hitler. Ils vivent dans la peur que cela se répète. En Ukraine, dit Poutine, une nouvelle opération Barbarossa est en préparation. On peut parler de paranoïa. Mais si vous voulez comprendre la situation et trouver des solutions, vous devez en tenir compte. </p><p>Weltwoche: Comment empêcher une Troisième Guerre mondiale ? </p><p>Chevènement: Si l’OTAN avait accepté l’appel de Zelensky pour une zone d’exclusion aérienne, la guerre aurait éclaté sous la forme d’une guerre aérienne d’abord. La Russie possède des armes nucléaires tactiques, à peu près le même nombre que les États-Unis. La doctrine russe n’est pas très claire. La rupture du tabou nucléaire serait une première historique après Hiroshima et Nagasaki. Tant qu’il n’y a pas d’accord, la situation reste extrêmement dangereuse.</p><p>Weltwoche: Il y a maintenant des idées claires sur ce à quoi cela pourrait ressembler.</p><p>Chevènement: Dans les grandes lignes : un statut de neutralité – que le Conseil de sécurité de l’ONU devrait garantir. On pourrait inclure l’Allemagne, la Turquie, la Pologne. La situation que cela entraînerait pour l’Ukraine serait meilleure que la situation actuelle. Les frontières de 2022 doivent être rétablies et des élections libres rendues possibles. </p><p>En ce qui concerne la Russie, l’Occident n’a pas suffisamment pris au sérieux ses intérêts légitimes en matière de sécurité. Le pays aurait dû être impliqué dans la coopération avec l’Ukraine. Il aurait été possible de créer une zone tampon.</p><p>Weltwoche: L’Ukraine s’est-elle vu promettre son adhésion à l’OTAN ?</p><p>Chevènement: La France et l’Allemagne s’y sont opposées en 2008. Mais il y avait un moyen de se préparer à l’adhésion. L’ambiguïté a été cultivée. </p><p>Weltwoche: Tout cela n’explique toujours pas comment cette guerre a pu se produire.</p><p>Chevènement: L’attaque contre l’Ukraine est stupide et criminelle. Personne ne s’y attendait. La probabilité de guerre était inférieure à un pour mille. Je pensais que Poutine était assez rationnel pour ne pas commettre cette erreur gravissime.</p><p>Weltwoche: Quelles seront les conséquences pour la Russie ?</p><p>Chevènement: Très négatives. L’Ukraine aura droit à des réparations et à sa reconstruction. Les relations entre la Russie et l’Europe ont été perturbées pour de longues années.  Pour le moment, je ne vois pas d’alternative politique à Poutine. Il y avait une nouvelle classe moyenne, dont l’émergence était une promesse démocratique. Il y a le danger d’une nouvelle guerre froide dans laquelle personne ne peut avoir d’intérêt. On se souviendra longtemps de cette guerre inepte.</p><p>Weltwoche: Comment peut-on l’arrêter?</p><p>Chevènement: C’est l’affaire de diplomates. Zelensky a gagné la bataille de la communication. Une rencontre entre les deux présidents pourrait-elle faire la différence ? La position de l’Ukraine me semble relativement claire : une fin est possible sur la base d’une neutralité garantie. </p><p>L’Europe peut apporter une contribution importante à une solution durable. Elle seule dispose des ressources financières nécessaires à la reconstruction. La guerre en Ukraine peut être éclipsée par les tensions entre les États-Unis et la Chine. Mais les dirigeants chinois n’entreprendront pas la reconquête militaire de Taïwan qui, elle, déclencherait la Troisième Guerre mondiale.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Wed, 23 Mar 2022 08:07:42 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Ukraine : vers une « victoire » russe ?]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Dans mon livre, <a href="https://www.vapress.fr/shop/POUTINE-D-ARABIE_p122.html" target="_blank" rel="noopener">Poutine d’Arabie</a> (VA Éditions, 2020), je rappelais que depuis 2011, les Russes avaient fait montre d’une incontestable virtuosité dans leur partition internationale, et ce sans erreur majeure. J’ajoutais cependant que même les plus grands musiciens ne sont jamais à l’abri d’une fausse note et que la route vers une pax russica, par exemple au Moyen-Orient, pouvait être encore semée de nombreuses embûches... Et je concluais que la logique mathématique voulait qu’après cette longue période sans faute notable, un premier faux-pas fut inévitable.</p><p>Alors, est-ce que l’agression de l’Ukraine par la Russie est LA fausse note russe ? Pas sûr.</p><p>De toute évidence, Poutine a déjà perdu la guerre de l’information, du moins en Occident. Les GAFAM ont proscrit tous les médias russes de leurs plateformes, donnant ainsi un coup d’arrêt brutal à leur principal vecteur du soft-power dans le monde. Il est à présent très compliqué d’avoir des sources d’information autres que celles des médias mainstream, très orientés et clairement hostiles à la Russie.</p><p>Au-delà des sanctions économiques maximales et symboliques (visant les intellectuels, les sportifs et la culture russes), l’émotion, le sensationnalisme, l’affolement et la mobilisation générale antirusse, mais surtout la formidable propagande atlantiste qui s’est mise en branle, ont fait que la Russie est devenue à présent un État paria – elle bénéficie pourtant encore du soutien des deux grands <a href="https://fildmedia.com/article/que-vient-faire-la-chine-dans-la-crise-ukrainienne" target="_blank" rel="noopener">chinois</a> et indien et de la prudence de nombreux pays d’Afrique et <a href="https://fildmedia.com/article/ukraine-israel-un-mediateur-plus-efficace-que-la-france-et-l-europe" target="_blank" rel="noopener">du monde arabe</a>, où elle a acquis une forte influence ces dernières années. On assiste même dans les opinions publiques européennes au développement sans précédent d’une forme inquiétante de russophobie…</p><p>Ainsi, dans cette guerre psychologique et de la désinformation, qui semble tourner pour l’instant à l’avantage de l’Occident, il est très difficile d’émettre ou de lire une analyse neutre ou objective sur le conflit en Ukraine.</p><p>Une situation qui n’est pas sans nous rappeler la couverture médiatique, voire académique, de la guerre en Syrie, et l’intervention russe à partir de 2015 pour soutenir Assad. L’issue de la tragédie syrienne peut dès lors nous questionner sur le sérieux ou l’honnêteté intellectuelle de certains « sachants », comme sur les choix stratégiques et la piètre clairvoyance de beaucoup de dirigeants occidentaux…</p><p>Bref, afin d’analyser de manière la plus froide possible le conflit ukrainien, ses origines, son développement et ses conséquences, il faut parvenir à se détacher de l’hystérie grotesque de certains philosophes ou acteurs (toujours les premiers à vouloir faire la guerre, mais avec le sang des autres !) et de l’émotion collective, afin de ne pas sous-estimer les Russes. Car Poutine et ses généraux sont des gens rationnels et pragmatiques, qui savent très bien ce qu’ils font. Il ne faut pas oublier que les Russes, en vieux routiers des échecs, ont toujours tendance à prévoir les mauvais coups d'avance et ils ont également d'extraordinaires capacités d’adaptation face aux obstacles et des aptitudes à réactualiser en permanence leurs plans en fonction des circonstances ; comme ils l’ont démontré dans toutes leurs crises ou conflits – desquels, au passage, ils sont sortis à chaque fois victorieux ! – jusqu’ici (Tchétchénie, Géorgie, Ukraine de 2014 à nos jours, Syrie, Arménie/Azerbaïdjan, <a href="https://fildmedia.com/article/kazakhstan-les-dessous-geopolitiques-de-la-crise" target="_blank" rel="noopener">Kazakhstan</a>…).</p><p>Le scénario probable d'une partition de l'Ukraine</p><p>Que l’on soit bien clair : comme je l’écrivais dans un <a href="https://fildmedia.com/article/guerre-en-ukraine-poutine-est-il-tombe-dans-le-piege-americain" target="_blank" rel="noopener">précédent édito</a>, la Russie est bien l’agresseur et son intervention est éminemment condamnable, car elle viole la souveraineté de l’Ukraine et le principe d’intangibilité des frontières. Cependant, la question de savoir si les responsables des guerres ne sont pas ceux qui les déclenchent, ou plutôt ceux qui les ont rendues inévitables, est plus que jamais d’actualité. Car sans minimiser les responsabilités de Moscou dans cette crise, il ne faut pas perdre de vue que cette situation incombe aussi et grandement à la politique des Occidentaux. Et surtout de Washington et l’OTAN, avec leur jeu dangereux face à la Russie et l’instrumentalisation abjecte du peuple ukrainien dans leur inconséquente <a href="https://fildmedia.com/article/ukraine-vers-une-nouvelle-guerre-en-europe-en-2022" target="_blank" rel="noopener">stratégie anti-russe</a> !</p><p>À présent, comme le dit l’adage populaire, « c’est toujours à la fin du bal que l’on paie les musiciens » !</p><p>Certes, les sanctions économiques maximales (que Moscou avait sûrement sous-estimées) et sa mise au ban des nations occidentales vont faire très mal à la Russie. Mais elle s’y était préparée et avait déjà mis en place un certain nombre de protections de son système bancaire ; elle a peu de dette, elle détient aussi d'importantes ressources naturelles, ainsi que des réserves financières conséquentes (en or notamment). Moscou est par ailleurs en train de se tourner de plus en plus vers la Chine. Ce qui va renforcer l’axe anti-occidental, avec néanmoins le risque pour les Russes d’une certaine forme de « vassalisation » au profit de l’adversaire historique chinois.</p><p>Sur le plan strictement militaire, l’OTAN et l’Europe n’interviendront pas directement, laissant les Ukrainiens dans le chaos et à leur tragique illusion et leur amertume. Il est fort probable qu’à terme, l’armée ukrainienne, ou ce qu’il en reste - et en dépit du soutien et des armes fournis ostensiblement par les Occidentaux - finira par s’effondrer. Même si le temps joue contre eux et que leur plan ne se déroule pas comme prévu du fait du nationalisme ukrainien et de la résistance de son armée, tous deux sous-évalués, les Russes parviendront finalement à atteindre une grande partie de leurs objectifs militaires, politiques et stratégiques.</p><p>À moins que, et c’est le plus inquiétant au final, les plus bellicistes et jusqu’au-boutistes dans les coulisses occidentales du pouvoir poussent à l’escalade et que les Russes tombent dans les pièges que ces derniers ne manqueront pas de leur tendre jusqu’à la fin des hostilités sur le territoire ukrainien…</p><p>En attendant, le siège de Kiev et le soi-disant « enlisement » russe dans le nord-ouest semblent n’être que des pauses et des diversions tactiques. Dans l’est (l’Ukraine utile et plutôt russophile), l’armée russe progresse rapidement (toutes les cartes occidentales dans les médias sont fausses ou incomplètes). Une fois installés sur le pourtour de la mer Noire et de la mer d’Azov (après la prise des ports de Marioupol, voire d’Odessa) et coupant ainsi l’Ukraine de sa façade maritime, les négociations en cours avec les Ukrainiens feront que, d’ici peu (c’est l'impératif temporel pour les Russes) et sauf dérapage, le pays connaîtra sûrement une partition. À l’est du Dniepr et au sud, grosso modo à l’est d’une ligne sud-ouest/nord-ouest, d’Odessa à Kharkov, là où les populations sont majoritairement les plus russophiles et russophones, « l’Ukraine utile » sera sous influence de Moscou, quelle qu’en soit la forme. A l’ouest, il y aura donc un état-croupion, tourné vers l’Occident, mais avec des infrastructures et une armée totalement détruites, et une économie exsangue, forcé de demander sa neutralité et de renoncer (cf. les toutes dernières déclarations en ce sens de Zelensky) à son adhésion à l’UE et surtout à l’OTAN. Enfin, que cela nous plaise ou non, il faut bien se souvenir que les Russes – ils l’ont démontré dans tous leurs conflits récents (comme en Syrie…) – savent aussi, après avoir usé de la force brute et grâce à l’efficacité de leur diplomatie, « gagner la paix ».</p><p>Roland Lombardi est historien, consultant en géopolitique et spécialiste du Moyen-Orient. Il est analyste et éditorialiste pour Fild. Il est l'auteur de plusieurs articles spécialisés. Ses derniers ouvrages sont Les trente honteuses, ou la fin de l'influence française dans le monde arabe et musulman (VA Éditions, 2019), Poutine d'Arabie, comment la Russie est devenue incontournable en Méditerranée et au Moyen-Orient (VA Éditions, 2020) et Sommes-nous arrivés à la fin de l’histoire, Chroniques géopolitiques (VA Éditions, 2021).</p><p><a href="https://twitter.com/rlombardi2014">@rlombardi2014</a></p><p><a href="https://www.facebook.com/Roland-Lombardi-148723348523778/">https://www.facebook.com/Roland-Lombardi-148723348523778</a></p><p>17/03/2022 - Toute reproduction interdite</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Mon, 21 Mar 2022 19:51:33 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Scott Ritter, expert américain, sur l’opération militaire de la Russie en Ukraine]]></title>
	<description><![CDATA[<p></p><p>Scott Ritter est un ancien officier du renseignement du Corps des Marines des États-Unis. Dans sa carrière militaire de plus de 20 ans, il a servi en Union Soviétique pour mettre en œuvre des accords de contrôle des armements, dans l’état-major du général américain Norman Schwarzkopf pendant la guerre du Golfe et plus tard comme inspecteur en chef des armes à l’ONU en Irak de 1991 à 1998. Il est considéré aujourd’hui comme un expert en stratégie militaire et collabore avec plusieurs revues et sites d’information.</p><p>Scott Ritter: J’analyse en tant que militaire. J’ai passé de nombreuses années au début de ma carrière à apprendre des tactiques pour enfermer et détruire les forces soviétiques grâce à des manœuvres de tir. Je connais ces gars. Je les ai étudiés pendant 35 ans, leur doctrine et leur équipement, leurs tactiques d’opération.</p><p>Ce que nous voyons [en Ukraine] est une stratégie multi-vecteur classique. Son objectif est de lier les forces ennemies, de les maintenir en place, de détruire les postes de commandement, de les encercler et de capturer des objets stratégiquement importants. Contourner les zones fortifiées où la bataille serait trop intense. Il n’est pas facile de ne pas laisser prendre l’initiative.</p><p>La vitesse d’avance des troupes russes est supérieure à la vitesse des troupes allemandes lors de l’ opération Blitzkrieg pendant la Seconde Guerre mondiale. C’est l’avance de troupes la plus rapide de l’histoire.</p><p>Surtout, considérant que l’armée ukrainienne était composée de 260 000 hommes, entraînés et équipés selon les normes de l’OTAN, avec un système de commandement étroitement lié, efficacement géré par des officiers. Il convient également d’envisager le soutien de 200 à 300 000 réservistes, unités auxiliaires et services. Et donc les Russes ont commencé avec 190-200 000 soldats pour faire face à une force de 600 000 soldats.</p><p>Habituellement, au début d’une campagne, vous aurez un avantage de trois contre un côté offensif. Les Russes ont lancé l’opération avec un avantage d’un contre trois, ou un contre quatre du côté ukrainien. Mais néanmoins, les pertes de la dernière semaine s’affichent 1 à 6 en faveur des Russes. Habituellement, dans les affrontements modernes de la Seconde Guerre mondiale, les batailles d’annihilation à grande échelle, par exemple, les Allemands dans les batailles avec les Américains, étant donné que les Américains ont gagné, pour chaque Américain tué, il y avait 3 à 4 Allemands. Ce ratio a permis aux Américains de gagner des batailles et d’avancer. Le rapport entre les Russes et les Ukrainiens de 1 à 6 est une défaite écrasante pour la partie ukrainienne.</p><p>L’une des raisons qui entravent l’avancée des Russes est que la partie russe a annoncé son intention d’éviter des pertes parmi l’armée ukrainienne.</p><p>Pour moi, comme pour tout le monde, ce fut une surprise absolue qu’ils aient commencé l’ opération avec une main attachée dans le dos. La progression est très calme et très précise. Les Russes ont tenté de négocier avec tous ceux qui occupaient des positions fortifiées dans le but de minimiser les pertes civiles et la destruction des installations urbaines. Les Russes ont manifesté leur refus de tuer des soldats ukrainiens dans leurs casernes. Au lieu de cela, ils ont souvent annoncé « nous préférons que vous restiez dans votre caserne et renonciez à résister parce que nos revendications ne sont pas contre vous, nous chassons de plus gros poissons ».</p><p>Malheureusement pour les Russes, les Ukrainiens ont décidé de se battre, et ils se battent très honorablement. Je ne peux pas sous-estimer le courage et la résilience de l’armée ukrainienne. Ils sont confrontés à une armée russe bien entraînée et bien équipée, qui dispose d’avantages tactiques et opérationnels. Et les Ukrainiens démontent des affrontements tout à fait dignes. Mais ils perdent, perdent sans espoir. Et je pense que plus tôt, même plus tôt que tard, nous verrons une reddition totale. Lorsqu’ils sont à court de munitions, ils manquent de nourriture, ils manquent d’eau potable et de carburant, et ils seront confrontés à un choix : une résistance inutile ou la mort.</p><p>Lee Camp : Il y a beaucoup de discussions dans la propagande américaine, je peux citer votre citation sur Twitter comme exemple – « pratiquement tout ce qui est dit sur les chaînes occidentales sur les actions des Russes en Syrie n’est pas vrai ». À votre avis, que pensez-vous des troupes russes des pertes civiles ?</p><p>Scott Ritter: Les troupes russes se sont délibérément privées d’un énorme avantage de la doctrine militaire moderne – un avantage décisif en matière de puissance de feu. Je dirais même supériorité absolue. La stratégie russe habituelle consiste à localiser la cible et à brûler l’emplacement avec des tirs nourris d’artillerie à lance-roquettes multiples, de mortiers, puis à faire avancer les forces au sol jusqu’à ce qu’une nouvelle cible soit localisée et que la procédure soit répétée. La tactique est extrêmement efficace et extrêmement brutale. Appliquée à une formation ennemie située dans une zone urbaine ou dans une banlieue densément peuplée, elle entraînerait la mort de dizaines de milliers de civils.</p><p>Les Russes ont abandonné cette tactique. Ils ne l’ont pas utilisé nulle part [en Ukraine]. Mais la guerre est une science inexacte, je vous le dis en tant que personne qui connaît cela de première main. Ils sont guidés par des informations des opérations de reconnaissance sur les capacités de l’ennemi et ses emplacements. Donc ils ont une cible, ils choisissent les armes les plus adaptées pour l’éliminer. Et tout à coup, il s’avère que les renseignements étaient erronés. Et dans tous les cas, lorsque des combats ont lieu dans des zones habitées, ce sont les gens qui paient le prix le plus élevé. Et cela se passe en ce moment.</p><p>Mais prétendre que les Russes ciblent délibérément la population civile est une déformation absolue de la réalité. Les Russes sont très, très prudents dans l’utilisation des armes. Lorsqu’ils utilisent des armes lourdes, par exemple à Kharkov, ils ont utilisé plusieurs systèmes de lance-roquettes lors de batailles dans des bâtiments privés. Mais ce que les médias ne vous diront pas, c’est que les Russes ont envoyé un groupe de reconnaissance dans cette zone avant cela. Elle a été prise en embuscade et détruite par l’armée ukrainienne, qui s’était retranchée dans la région. Un tel résultat d’une opération de reconnaissance transforme automatiquement la zone en une cible de combat légitime. Je suis désolé, mais ce sont les règles de la guerre. Si vous avez pris la décision de vous défendre dans des zones résidentielles, vous ne pouvez pas, ce n’est plus un crime de guerre si les Russes frappent ces zones.</p><p>Je pense que les Russes échouent sur un aspect, et c’est en termes de propagande. Je ne dis pas que j’aimerais que les Russes mentent. Mais je voudrais qu’ils défendent mieux leur point de vue dans cette confrontation. En face ils n’ont pas seulement la propagande du gouvernement ukrainien. Il faut tenir compte du fait que la CIA coopère uniquement avec le ministère ukrainien de l’Information. Et la CIA est responsable de ce qu’on appelle une « opération d’information ». C’est une opération secrète d’action politique, utilisée avec la permission du président des États-Unis. Et la raison pour laquelle la CIA doit obtenir l’approbation présidentielle est que la CIA n’a généralement pas le droit de manipuler des informations qui auraient un impact sur le public américain. Ils peuvent mentir, ils le font avec beaucoup de succès. Mais il leur est interdit de mentir si cela affecte le point de vue des Américains.</p><p>Or c’est exactement ce qu’ils font maintenant. Ils diffusent de la désinformation. Ou, disons-le de cette façon, ils ont effectué une opération d’information bien calculée afin d’obtenir des résultats politiques intérieurs en Russie. Le but en fait est le renversement du régime, ils veulent que Poutine soit renversé. Par conséquent, ils créent un mécontentement interne en Russie, et ils dirigent ce mécontentement avec des sanctions et des mécanismes politiques. Tout doit fonctionner ensemble. Les sanctions ne fonctionnent pas toutes seules. Les sanctions, visent une certaine classe de citoyens à Moscou, et en fermant à cette classe l’accès aux bénéfices de la coopération avec l’Occident, vous violez leur mode de vie. Les États-Unis veulent que cette classe devienne incontrôlable et renverse leur Saddam. Il s’agit d’une opération de changement de régime.</p><p>Et la propagande en Ukraine ne se limite pas à exagérer les victoires ukrainiennes, comme le font normalement les militaires, ou à minimiser les succès russes. C’est la manipulation de l’information en Russie et en Europe. Souvenons-nous de l’OTAN – c’est une organisation incapable qui a sauté d’Afghanistan en disgrâce. Comment allez-vous les confronter à ce qui se passe actuellement ? Comment les arriver à aller à l’encontre de ce dont les Russes sont capables ? Nous devons lancer une opération d’information destinée à remodeler l’opinion publique en Europe. Le public américain tombe également sous l’influence de la propagande. Vous ne pouvez pas faire en sorte que la CIA pousse un mensonge ici et à la maison sur CNN en disant : « oui, tout est un mensonge ». Vous n’êtes pas obligé de faire ces déclarations, vous ne devez pas reporter que la vérité. Ils ont laissé les mensonges prendre vie. Cela nécessite l’approbation du gouvernement. Ainsi, le président des États-Unis est impliqué dans une opération qui escroque le public américain et les gens devraient en prendre note.</p><p>@RealScottRitter</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Tue, 15 Mar 2022 06:12:42 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Henry Kissinger: To settle the Ukraine crisis, start at the end]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Henry A. Kissinger was secretary of state from 1973 to 1977.</p><p id="U7601279025610rND">Public discussion on Ukraine is all about confrontation. But do we know where we are going? In my life, I have seen four wars begun with great enthusiasm and public support, all of which we did not know how to end and from three of which we withdrew unilaterally. The test of policy is how it ends, not how it begins.</p><p id="U7601279025610nmC">Far too often the Ukrainian issue is posed as a showdown: whether Ukraine joins the East or the West. But if Ukraine is to survive and thrive, it must not be either side’s outpost against the other — it should function as a bridge between them.</p><p id="U7601279025610jsH">Russia must accept that to try to force Ukraine into a satellite status, and thereby move Russia’s borders again, would doom Moscow to repeat its history of self-fulfilling cycles of reciprocal pressures with Europe and the United States.</p><p id="U7601279025610arD">The West must understand that, to Russia, Ukraine can never be just a foreign country. Russian history began in what was called Kievan-Rus. The Russian religion spread from there. Ukraine has been part of Russia for centuries, and their histories were intertwined before then. Some of the most important battles for Russian freedom, starting with the <a href="http://www.britannica.com/EBchecked/topic/468225/Battle-of-Poltava" title="www.britannica.com">Battle of Poltava in 1709</a> , were fought on Ukrainian soil. The Black Sea Fleet — Russia’s means of projecting power in the Mediterranean — is based by long-term lease in Sevastopol, in Crimea. Even such famed dissidents as Aleksandr Solzhenitsyn and Joseph Brodsky insisted that Ukraine was an integral part of Russian history and, indeed, of Russia.</p>
<p>]]&gt;</p>
<p id="U7601279025610YLD">The European Union must recognize that its bureaucratic dilatoriness and subordination of the strategic element to domestic politics in negotiating Ukraine’s relationship to Europe contributed to turning a negotiation into a crisis. Foreign policy is the art of establishing priorities.</p><p id="U7601279025610n7G">The Ukrainians are the decisive element. They live in a country with a complex history and a polyglot composition. The Western part was incorporated into the Soviet Union in 1939 , when Stalin and Hitler divided up the spoils. Crimea, <a href="http://www.euronews.com/2014/03/01/russian-upper-house-approves-use-of-troops-on-ukrainian-soil-/" id="U7601279025610vtC" title="www.euronews.com">60 percent of whose population is Russian</a> , became part of Ukraine <a href="http://www.washingtonpost.com/blogs/worldviews/wp/2014/02/27/to-understand-crimea-take-a-look-back-at-its-complicated-history/" id="U7601279025610NHD" title="www.washingtonpost.com">only in 1954</a> , when Nikita Khrushchev, a Ukrainian by birth, awarded it as part of the 300th-year celebration of a Russian agreement with the Cossacks. The west is largely Catholic; the east largely Russian Orthodox. The west speaks Ukrainian; the east speaks mostly Russian. Any attempt by one wing of Ukraine to dominate the other — as has been the pattern — would lead eventually to civil war or break up. To treat Ukraine as part of an East-West confrontation would scuttle for decades any prospect to bring Russia and the West — especially Russia and Europe — into a cooperative international system. </p><p id="U7601279025610dh">Ukraine has been independent for only 23 years; it had previously been under some kind of foreign rule <a href="http://www.britannica.com/EBchecked/topic/612921/Ukraine/30063/Lithuanian-and-Polish-rule" title="www.britannica.com">since the 14th century</a>. Not surprisingly, its leaders have not learned the art of compromise, even less of historical perspective. The politics of post-independence Ukraine clearly demonstrates that the root of the problem lies in efforts by Ukrainian politicians to impose their will on recalcitrant parts of the country, first by one faction, then by the other. That is the essence of the conflict between Viktor Yanu­kovych and his principal political rival, Yulia Tymo­shenko. They represent the two wings of Ukraine and have not been willing to share power. A wise U.S. policy toward Ukraine would seek a way for the two parts of the country to cooperate with each other. We should seek reconciliation, not the domination of a faction.</p><p id="U7601279025610uNC">Russia and the West, and least of all the various factions in Ukraine, have not acted on this principle. Each has made the situation worse. Russia would not be able to impose a military solution without isolating itself at a time when many of its borders are already precarious. For the West, the demonization of Vladimir Putin is not a policy; it is an alibi for the absence of one.</p><p id="U7601279025610iEC">Putin should come to realize that, whatever his grievances, a policy of military impositions would produce another Cold War. For its part, the United States needs to avoid treating Russia as an aberrant to be patiently taught rules of conduct established by Washington. Putin is a serious strategist — on the premises of Russian history. Understanding U.S. values and psychology are not his strong suits. Nor has understanding Russian history and psychology been a strong point of U.S. policymakers.</p><p id="U7601279025610BcH">Leaders of all sides should return to examining outcomes, not compete in posturing. Here is my notion of an outcome compatible with the values and security interests of all sides:</p><p id="U7601279025610jZB">1. Ukraine should have the right to choose freely its economic and political associations, including with Europe.</p>
<p>]]&gt;</p>
<p id="U7601279025610iTF">2. Ukraine should not join NATO, a position I took seven years ago, when it last came up.</p><p id="U7601279025610ai">3. Ukraine should be free to create any government compatible with the expressed will of its people. Wise Ukrainian leaders would then opt for a policy of reconciliation between the various parts of their country. Internationally, they should pursue a posture comparable to that of Finland. That nation leaves no doubt about its fierce independence and cooperates with the West in most fields but carefully avoids institutional hostility toward Russia.</p><p id="U7601279025610EHG">4. It is incompatible with the rules of the existing world order for Russia to annex Crimea. But it should be possible to put Crimea’s relationship to Ukraine on a less fraught basis. To that end, Russia would recognize Ukraine’s sovereignty over Crimea. Ukraine should reinforce Crimea’s autonomy in elections held in the presence of international observers. The process would include removing any ambiguities about the status of the Black Sea Fleet at Sevastopol.</p><p id="U7601279025610vHI">These are principles, not prescriptions. People familiar with the region will know that not all of them will be palatable to all parties. The test is not absolute satisfaction but balanced dissatisfaction. If some solution based on these or comparable elements is not achieved, the drift toward confrontation will accelerate. The time for that will come soon enough.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
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	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/851/le-spectacle-de-la-fin-du-monde-ancien</guid>
	<pubDate>Sat, 05 Mar 2022 19:37:41 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/851/le-spectacle-de-la-fin-du-monde-ancien</link>
	<title><![CDATA[Le spectacle de la fin du monde ancien]]></title>
	<description><![CDATA[<p></p><p>Le fait que nous soyons à ce point surpris, y compris l’auteur de ces lignes, par l’invasion russe de l’Ukraine, témoigne de la perte d’une capacité d’analyse obscurcie par l’arrogance inconsciente de ce que l’on appelle « l’occidentalisme ». Et également par un rapport au temps, envahi par ce que l’on appelle le « présentisme », c’est-à-dire limitation de notre mémoire à ce qui s’est passé la semaine dernière. Et nous avons pris l’habitude de plaquer sur le réel une morale unilatérale et utilitaire qui nous fait oublier le caractère tragique de l’Histoire.</p>
<p>Petit retour 500 ans en arrière</p>
<p>À la fin du XVe siècle, l’Europe s’est lancée à la conquête du monde dans le cadre de ce que l’on a appelé la « deuxième mondialisation » après celle de l’antiquité romaine. Pendant que la civilisation chinoise qui disposait pourtant de bases matérielles plus importantes, et dont les flottes parcouraient les mers, décidait de se refermer et de se contenter d’être l’Empire du Milieu. Juste un petit détail qui en dit long, lorsqu’au milieu du XVe siècle, la dynastie Ming mis fin aux expéditions maritimes, en fermant ses ports et ses frontières aux bateaux et aux voyageurs étrangers, construire une jonque était puni de mort. Pendant trois siècles, les Européens sillonnèrent les mers du globe et s’implantèrent massivement dans le Nouveau Monde débarrassé de ses habitants par la conquête, le génocide et les germes. Au XIXe siècle ce fut l’avènement du fameux triptyque décrit par Éric Hobsbwam. Avec la révolution industrielle (l’ère du Capital) et son accouchement faisant subir aux populations de l’Europe et du Nouveau Monde une énorme violence sociale. Puis la colonisation occidentale sur l’ensemble de la planète avec son cortège de violences et ses contradictions (l’ère des empires). Et enfin la mise en place des structures politiques en Occident dont nous continuons aujourd’hui à faire usage (l’ère des révolutions). Ce fut la troisième mondialisation qui vit des migrations considérables, l’Europe déversant sur le monde ses populations excédentaires.</p><p>Le « court XXe siècle », commencé le 1er août 1914 pour se terminer le 8 novembre 1989 fut le théâtre de deux guerres mondiales mettant la planète à feu et à sang et d’une guerre froide qui nous fit frôler plusieurs fois la catastrophe nucléaire. Depuis la fin du XIXe, une fois réglé son problème interne avec la guerre de Sécession, les États-Unis d’Amérique ont mis en œuvre une stratégie claire, celle de la conquête de l’hégémonie sur l’ensemble occidental, devant déboucher sur la conduite des affaires du monde. Ce n’est pas exonérer Joseph Staline de ses crimes et de la mise en coupe réglée des pays conquis lors de la guerre contre l’Allemagne nazie, que de rappeler que la guerre froide fut d’abord voulue et déclenchée par les États-Unis. Le choix de Truman comme vice-président d’un Roosevelt malade dont on savait qu’il ne finirait pas son quatrième mandat en fut le premier acte. Par une manipulation de la convention démocrate 1944, Henry Wallace considéré comme soviétophile et partisan de la pérennité de la « Grande alliance » fut écarté au profit d’Harry Truman. Plus tard, l’effondrement et le démantèlement de l’URSS furent considérés par les États-Unis comme la victoire qui leur était due et signifiait la fin de l’Histoire avec la consécration définitive de la domination occidentale sur le monde, sous conduite américaine. Cette conviction explique les actes de piraterie internationale que les USA ont multipliés depuis 30 ans sans qu’aucune de ces violations du droit ne subisse ou n’encoure la moindre sanction. Tout comme la façon dont la Russie fut piétinée dans les années 90, et pourquoi l’arrivée à sa tête d’un colonel du KGB décidé à restaurer un État, fut perçue comme illégitime et une atteinte aux intérêts fondamentaux de l’Amérique.</p>
<p>Le piège de Thucydide</p>
<p>Le piège de Thucydide est un concept de relations internationales tiré de son livre La Guerre du Péloponnèse qui décrit l’affrontement entre Sparte puissance dominante, et Athènes puissance émergente, la première étant poussée à la guerre par la peur suscitée par l’ascension de son rival. C’est ce qui arrive aujourd’hui aux États-Unis avec l’émergence de la Chine.</p><p>On attribue à Lénine la citation selon laquelle : « Les capitalistes nous vendront la corde avec laquelle nous les pendrons ». Si elle ne s’est pas appliquée à l’Union soviétique, le moins que l’on puisse dire est qu’elle colle parfaitement à la façon dont l’Occident a facilité le décollage de la Chine et le retour de l’Empire du Milieu dans l’Histoire. Par souci du profit immédiat, à coups de délocalisations et d’investissements, il a transformé ce pays en atelier du monde. Favorisant son décollage et lui permettant en un temps très court de rattraper ses retards. Occident incapable, probablement aussi par racisme inconscient, de comprendre que la Chine avait une revanche à prendre sur ce que nous lui avions fait au XIXe siècle pendant « le siècle de la honte » (la puissance occidentale s’exprimant notamment à l’époque dans les Guerres de l’Opium, imposant à la Chine les règles libre-échangistes de son commerce par la force), et que le souci de cette civilisation bimillénaire était de reprendre la place qu’elle considère lui être due.</p><p>Le réveil des adeptes occidentaux du court-termisme a été brutal et douloureux. Et c’est ainsi que la question russe est devenue primordiale. Tous les étudiants de ce pays qui envisagent des études historiques, politiques ou diplomatiques sont tenus de lire intégralement le livre de Zbigniew Brzeziński Le grand échiquier où le conseiller écouté des présidents américains expose avec franchise, voir cynisme, la théorie selon laquelle l’amélioration du monde et sa stabilité dépendent du maintien de l’hégémonie des États-Unis. Tout pays devenant concurrent est dès lors considéré comme une menace pour la stabilité mondiale. Et pour lui, la Russie doit être neutralisée, voire démantelée. Pour la bonne raison qu’il faut la détacher d’une Europe qui ainsi ne peut pas redevenir une puissance, restant ainsi soumise à l’hégémonie américaine. Les États-Unis pouvant ainsi se tourner vers le Pacifique et la Chine où ils savent qu’aura lieu l’affrontement prévu par Thucydide.</p><p>Pour les Russes, tout ce qu’ils considèrent avoir subi depuis la chute de l’Union soviétique se rattache à ce choix stratégique, et nourrit un sentiment d’insécurité traditionnellement très fort. Sentiment aggravé, il ne faut jamais l’oublier, par l’épouvantable catastrophe que fut pour eux la Deuxième Guerre mondiale. Le coup d’État organisé en 2014 par les États-Unis en Ukraine, l’installation dans ce pays d’un gouvernement anti-russe corrompu et à leur botte, la volonté de le faire rejoindre l’OTAN pour y installer des armes offensives dirigées contre eux, tout ceci a convaincu les Russes que l’affrontement devenait inévitable. La façon dont ils s’y sont préparés sur les plans militaires économiques et financiers aurait dû attirer notre attention à tous. Le refus des pays occidentaux qui en étaient pourtant les garants d’appliquer les accords de Minsk ont probablement fini de les convaincre que la solution militaire était inéluctable.</p><p>L’espoir que le pire ne soit pas toujours sûr nous a aveuglés sur ce qui nous attendait. La force du sentiment de supériorité occidentale si présent dans nos têtes nous a empêchés de comprendre le sens de l’offensive diplomatique de l’automne dernier. Les demandes écrites de la Russie exigeant des réponses également écrites dont manifestement leurs dirigeants savaient qu’elles étaient vouées à l’échec, tout cela constituait une maskirova, c’est-à-dire une opération d’intoxication destinée à masquer les préparatifs militaires. Une opération du type de celle qui vient de se déclencher nécessitait plusieurs mois de préparation et la décision de principe avait probablement été prise depuis longtemps.</p>
<p>La fin de l’ère occidentale ?</p>
<p>Il est difficile de savoir à ce stade quelle est la stratégie militaire mise en œuvre par la Russie en Ukraine, mais l’objectif apparaît désormais clairement. Mettre fin à l’existence d’une Ukraine antirusse, laquelle ne perdrait pas nécessairement son statut d’État, mais serait transformée, réorganisée, neutralisée et redeviendrait partie intégrante du monde russe. Les Russes sont gens d’action, et il vaut mieux les écouter quand ils parlent. Il aurait fallu le faire lors du discours de Vladimir Poutine à Munich en 2007. Et dès ce moment-là, comprendre que parier sur la poursuite de l’effondrement de la Russie était une erreur. Nous avons dit dans ces colonnes que nous étions rentrés dans une nouvelle guerre froide. Il est possible que cela soit beaucoup plus que ça. Et qu’une phase de plus de 500 ans, celle de la domination de l’Occident sur la planète, soit en voie d’achèvement et ce qui vient de se passer en Ukraine est une singulière expression du processus en cours.</p><p>Comme le démontre le vote de la condamnation de l’invasion russe par l’assemblée générale de l’ONU. Il faut regarder en détail qui a condamné, qui sanctionne, qui a refusé de condamner, mais surtout qui s’est abstenu. Reflet d’un monde multipolaire où l’on constate que seul l’Occident s’oppose réellement à la Russie. Parce que pour les autres, ce n’est pas autre chose qu’un conflit entre celle-ci et l’Occident. La Chine, l’Inde, l’Amérique latine, l’Afrique, le monde islamique et l’Asie du Sud-Est, plus personne ne reconnaît réellement le pouvoir que s’auto-attribue l’Occident à régenter l’ordre mondial. Et n’acceptera plus qu’il en fixe longtemps encore les règles du jeu.</p><p>Une fois de plus, il faut rappeler qu’il ne s’agit plus de morale, de celle dont es occidententaux savent faire peu de cas quand ça les arrange. Et surtout quand les cours de morale sont donnés par ceux-là mêmes qui jugent,<br />généralement avec cynisme en être dispensés. Il s’agit d’intérêts nationaux.</p><p>La Russie a donc défié l’Occident, et que dire du spectacle de la réaction de celui-ci à base de délires guerriers impuissants, de sanctions improductives, voire mortifères, pour ceux qui les prennent, et d’affichage d’une médiocrité tragique lorsque l’on voit qui sont les dirigeants de ces puissances ? Un vieillard sénile flanqué d’une nullité politique pour diriger celle qui se veut le gendarme du monde. Des élites américaines et européennes incompétentes basculant au coup de sifflet dans une hystérie inepte, à base de propagande grossière, de glapissements et d’incantations. Des États européens multipliant à grands sons de trompe des sanctions qui sont autant d’obus de mortier qu’ils se tirent dans les pieds, et qui n’auront aucun effet sur la détermination russe. Tout cela constitue autant de symptômes permettant de penser que l’ère de la domination occidentale mondiale est en train de s’achever. Fruit du piège de Thucydide, ce processus ne se passera pas simplement, sera dangereux et chaotique, et il constitue pour notre pays, puisque nous sommes un pion dans le système occidental, un défi particulier.</p><p>L’invasion de l’Ukraine est une claire violation du droit international, mais c’est d’abord un événement qui acte le déclin de la civilisation occidentale sous hégémonie américaine. Nous allons probablement vers des temps difficiles.</p>
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