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	<title><![CDATA[Signet Loupe: Février 2022]]></title>
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	<description><![CDATA[]]></description>
	
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	<pubDate>Mon, 28 Feb 2022 22:07:08 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Crise en Ukraine : victoire stratégique pour la Chine, danger pour l’Europe]]></title>
	<description><![CDATA[<p>La Russie a reconnu l’indépendance des territoires séparatistes du Donbass. Ses troupes sont prêtes à pénétrer sur le territoire ukrainien où déjà les Spetsnaz opèrent.</p><p>Je ne peux que condamner cette action contrevenant au respect de l’intégrité territoriale de l’Ukraine et au droit international, même si les précédents des référendums d’autodétermination de Bosnie-Herzégovine de 1992 et la déclaration d’indépendance du Kosovo, suivis de déploiements militaires par les USA ou l’OTAN servent de prétexte à la Russie.</p><p>On peut être étonné de l’impréparation de l’Occident, car l’offensive hybride russe est préparée de longue date : déploiement de troupes qui ont attiré l’attention, certes, mais avant attaques cyber clairement identifiées, déploiement d’agents provocateurs en Ukraine, distribution de 700000 passeports russes à des Ukrainiens d’origine russe (ce qui est en soit une invasion), vote au parlement russe d’une résolution reconnaissant l’indépendance des républiques autoproclamées de l’est de l’Ukraine, ballet diplomatique avec la Chine.</p><p>L’opération militaire en cours aurait pu être évitée si, dès 2014, l’OTAN et l’UE n’avaient pas encouragé l’éviction du président ukrainien démocratiquement élu ; si la Russie n’avait pas réagi à cette ingérence par l’annexion de la Crimée et le soutien aux revendications des séparatistes russophones du Donbass.</p><p>L’Ukraine aurait dû dès son indépendance en 1991 devenir neutre et fédérale, reconnaissant les droits de ses minorités russophone et tatare et adoptant le bilinguisme. Elle n’a en effet cessé de frôler des guerres civiles que la géographie des résultats électoraux prédisait.</p><p>Surtout l’extension sans fin de l’OTAN à l’est (dont celle, en cours de facto, à l’Ukraine), le refus de la mise en place d’une grande conférence sur la paix et la sécurité en Europe, le refus d’entendre le besoin de protection des minorités russes dans les pays de l’ex-URSS (près de 20 millions de Russes de l’étranger proche) et le refus du multilatéralisme au profit d’une hégémonie étasunienne dans les relations internationales ont été les facteurs d’une guerre froide larvée entre l’Occident et la Russie. Par ailleurs, la relance de la course aux armements initiée par les USA a été perçue à Moscou comme une menace : mise en place du « bouclier antimissile » en 2012, arrêt des discussions sur les accords New START (traité de réduction des armes stratégiques), sortie des USA du FNI (traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire) en 2020, ou encore sortie des USA du traité dit « ciel ouvert » en 2019 ont été autant d’étapes d’une escalade à laquelle l’Union européenne n’a fait qu’emboîter le pas. La Russie de son côté a renforcé ses dispositifs militaires, dont le plus grave a été le déploiement de missiles nucléaires de moyenne portée Iskander dans l’enclave de Kaliningrad en 2018.</p><p>Rien n’a été fait pour remédier à la montée des tensions, bien au contraire. Ainsi, aucune pression n’a été exercée en sept ans par l’UE pour que soient ratifiés par l’Ukraine les accords de Minsk, lesquels prévoyaient une autonomie des régions séparatistes dans les frontières ukrainiennes. Depuis 8 ans, la situation de guerre dans les régions de Louhansk et de Donetsk n’a donc pas été résorbée – 14000 êtres humains y ont trouvé la mort. Notons que l’Ukraine, malgré une armée de plus de 280000 soldats n’est absolument pas préparée pour tenir tête à l’armée russe. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky le sait fort bien – il faut dire qu’il a été sûrement, et paradoxalement, le plus sage des dirigeants européens ces dernières semaines, car il comprend le rapport de force réelle et que si celui-ci s’exacerbe, les rodomontades occidentales seront suivies de peu d’effets concrets sur le terrain. L’Ukraine a été utilisée comme prétexte à l’escalade, d’abord par la Russie, mais aussi par les Etats-Unis et pourrait être le pion sacrifié dont la conséquence serait un démembrement plus grave encore. La perte des deux républiques autoproclamées de l’est est un minimum presque acceptable. Plus grave serait l’extension de l’offensive jusqu’aux rives du Dniepr et la prise de la région de Marioupol qui permettrait à la Russie d’assurer une continuité territoriale avec la Crimée et qui est, je le crois, son objectif stratégique de long terme et dont elle se saisira immédiatement si les USA enjoignaient l’Ukraine à une riposte militaire.</p><p>La réalité, c’est que l’Ukraine est laissée à elle-même.</p><p>La France, elle, paie très cher les conséquences de son abandon manifeste de souveraineté nationale par son retour depuis 2009 dans le commandement intégré de l’OTAN. Emmanuel Macron ne peut à la fois être juge et partie en proposant des solutions de paix bienvenues d’un côté et en demeurant de l’autre soumis aux intérêts de l’OTAN et de l’UE. La voix d’une France souveraine, indépendante et non alignée aurait pu apporter une solution diplomatique ; elle aurait eu à tout le moins plus de crédit. Cela exige de cesser de suivre la ligne politique du clan des néoconservateurs et des faucons états-uniens pour qui l’OTAN et son extension permanente sont l’alpha et l’oméga d’une vision des Etats-Unis comme la « Nation utile » et donc hégémonique.</p><p>Aujourd’hui, les fauteurs de guerre des deux camps, partisans du choc des civilisations, des empires contre les nations, semblent marquer un point. Pour la France, plus que jamais alignée sur un empire américain qui la méprise, la rupture définitive avec la Russie ne fera qu’accélérer le déclin – « C’est de la guerre entre Napoléon et les Russes que date notre décadence » déclarait de Gaulle.</p><p>Pour le monde, le renforcement des liens entre une Russie éloignée de l’Europe et une Chine impérialiste dessine les frontières de deux blocs et les fronts d’une nouvelle guerre froide à l’échelle du monde.</p><p>Le positionnement atlantiste de la France et les nouvelles sanctions économiques que l’OTAN et l’UE prévoient d’infliger déjà à la Russie, en plus des sanctions déjà existantes, ne resteront pas sans conséquences pour les peuples d’Europe. Ces sanctions, comme les précédentes, frapperont aussi les Français et nos entreprises. Le prix du gaz russe sera encore accru, avec des conséquences graves pour notre population, tandis que les exportations agricoles et industrielles françaises se verront privées de marchés importants dans le monde russophone. Il y a plus de 500 entreprises françaises en Russie. Qui sait que ces entreprises françaises sont le premier employeur privé sur le marché russe ? L’Europe importe un tiers de son gaz de Russie. Or, la totalité ne pourra être compensée par le gaz de schiste étasunien ou celui du Qatar.</p><p>La conséquence d’une éventuelle rupture de l’approvisionnement en gaz russe pourrait conduire à une crise économique sans précédent : de l’industrie allemande qui sera gravement touchée à la désagrégation définitive de l’Ukraine dont les finances et le système politique ne supporteront pas un choc du gaz en plus de l’occupation de son territoire.</p><p>Enfin et surtout, l’isolement de la Russie par le camp occidental précipitera inéluctablement son alliance avec la Chine, déjà largement avancée.</p><p>L’action commune des deux pays dans le cadre de l’Organisation de la coopération de Shanghai et la multiplication des ingérences extérieures signent bien une nouvelle configuration géopolitique, dont le camp occidental sortira affaibli. Notons que cette alliance en construction a été rejointe par l’Iran – là encore, le retrait unilatéral des USA de l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien, après quinze ans de négociation, accroît les tensions et précipite l’Iran dans les bras de la Chine.</p><p>Pour se prémunir de sanctions éventuelles, la Russie a développé avec la Chine un système SWIFT autonome (CIPS) et a liquidé ses réserves en dollars. Le risque pour les USA est de plomber le dollar comme monnaie de référence mondiale, pourtant l’objectif géostratégique premier de Washington. Si tel devait être le cas, l’affaire ukrainienne serait un terrible coup du scorpion de la Chine contre les USA dont elle veut briser la domination hégémonique.</p><p>Lors du « premier conflit d’Ukraine » qui a vu l’annexion de la Crimée par la Russie, c’est déjà la Chine qui lui était venue en secours pour tenir bon face aux sanctions occidentales. Ainsi la Chine avait sauvé l’économie russe par le biais d’un prêt financier de 50 milliards de dollars et d’une entente commerciale de plus de 400 milliards de dollars, matérialisée par l’achat de gaz naturel russe sur… 30 ans, à un très bon prix sous le cours, donnant un immense avantage à la Chine. De plus, la Chine investissait également 25 milliards pour construire le gazoduc « Force de Sibérie » pour acheminer le gaz. Il est en fonction depuis 2019. Cela avait sauvé la Russie, et depuis la coopération entre les deux puissances n’a fait que s’accélérer : accords commerciaux, agricoles, spatiaux (avec le projet notable de construction d’une base commune permanente sur la Lune) et bien entendu géostratégique avec des votes communs réguliers au Conseil de Sécurité de l’ONU et surtout des transferts de technologies militaires au profit de la Chine, au point que la Chine est aidée pour le développement de son système de défense anti-missiles, domaine dans lequel la Russie a un avantage comparatif notable.</p><p>Cette fois, en préparation de la deuxième crise ukrainienne, la Russie a signé un nouvel accord de coopération avec la Chine, lors de la visite officielle de Vladimir Poutine à Xi Jinping, le 4 février dernier où a été signé un nouvel accord gazier de 30 ans !</p><p>Aujourd’hui, la Russie livre près de 17 milliards de mètres cubes de gaz à la Chine. Le nouvel accord prévoit de livrer 48 milliards de mètres cubes de gaz en 2025 !</p><p>Les premières installations pour réorienter le gaz fourni à l’Europe vers l’est sont déjà posées, il s’agit du titanesque gazoduc « Force de Sibérie 2 » qui traversera tout le continent, depuis la zone d’extraction de Yamal au nord de la Russie – dont l’entreprise française TotalEnergies pourrait être finalement exclue – jusqu’à la Chine. Celle-ci, de surcroît, s’engage à acheter 300 000 barils de pétrole par jour sur 10 ans à la Russie !</p><p>Résultat, la Chine reçoit un soutien massif en hydrocarbures à bas coût lui permettant de… ne plus dépendre du gaz liquéfié des Etats-Unis ni du charbon d’Australie. Ça tombe bien pour Pékin compte tenu de l’accord stratégique AUKUS (Australie, Royaume-Uni, USA dont la France est exclue) orienté contre la Chine dans le cadre du redéploiement stratégique des USA dans le Pacifique et dans l’Océan Indien. Fort logiquement, ayant reçu le soutien chinois dans l’affaire ukrainienne, la Russie soutient la Chine face à l’alliance AUKUS en particulier dans ses prétentions en mer de Chine et sur Taïwan.</p><p>Mais ce n’est pas tout ! Chine et Russie se promettent de faire croître leurs échanges commerciaux de 40%, et de les libeller non pas en dollars, mais en Euros ! D’ailleurs, la plus grande partie du commerce entre Moscou et Pékin se fait déjà en Euro. C’est là que la Chine porte principalement le fer contre les Etats-Unis d’Amérique.</p><p>Dans l’affaire ukrainienne, la chine est largement gagnante : approvisionnements garantis en gaz bon marché, contrôle sur la Russie qu’elle loge dans son escarcelle stratégique tout en déstabilisant l’Europe durablement, et enfin, elle retarde de facto le redéploiement stratégique des USA dans la zone indopacifique – toute riposte d’envergure des USA sera autant de moins à déployer face à la Chine.  </p><p>Souhaitons-nous voir la Russie se détacher définitivement de l’Europe vers laquelle elle est naturellement tournée ? Car, il doit être clair à chacun que l’alliance de la Russie avec la Chine est un pis-aller : avec la Chine, la Russie sera toujours un second couteau, menacée démographiquement et économiquement dans son extrême est sibérien et vendant son gaz à bas coût.</p><p>Le destin de la Russie était de s’aligner sur l’Occident – c’était la volonté initiale de Boris Eltsine et même de Vladimir Poutine alors jeune président de Russie – l’entêtement à vouloir étendre l’OTAN a brisé le destin d’une Europe des Nations où la Russie avait toute sa place, ce qui était la vision du Général de Gaulle.</p><p>Qu’avons-nous à gagner, nous Européens et spécifiquement Français, à perdre la Russie et à renforcer ainsi encore et encore la Chine ?</p><p>Voulons-nous que soit tiré un nouveau rideau de fer ?</p><p>Souhaitons-nous un tel dénouement ?</p><p>Si la réponse est non, cela exige d’œuvrer à un monde multilatéral et non à un monde où les blocs se confrontent en visant une hégémonie dévastatrice pour tous.</p><p>
<a>
Georges Kuzmanovic
</a>, Président de <a href="https://www.republique-souveraine.fr/projet/texte-dorientations-programmatiques/">République souveraine</a></p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
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	<pubDate>Wed, 09 Feb 2022 21:20:50 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[La taxonomie, une maladie européenne]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Pendant que les can­di­dats et les médias essaient de nous inté­res­ser, sans y par­ve­nir vrai­ment, à la cam­pa­gne en vue de l’élection pré­si­den­tielle fran­çaise, la com­mis­sion de l’Union euro­péenne s’occupe de notre avenir.<br />
Elle s’est enga­gée dans l’élaboration d’une « taxo­no­mie » (en bruxel­lois dans le texte) des acti­vi­tés économiques, per­met­tant de les clas­ser dans la caté­go­rie « verte » ou « non verte ». Il s’agit de dis­tin­guer celles qui sont com­pa­ti­bles avec le « déve­lop­pe­ment dura­ble » de l’Union euro­péenne et nos mul­ti­ples tra­jec­toi­res de « tran­si­tion écologique et énergétique » vers la neu­tra­lité car­bone en 2050, de celles qui ne le sont pas.<br />
Cette clas­si­fi­ca­tion aura des consé­quen­ces impor­tan­tes pour les États et pour les inves­tis­seurs privés. Les États ne pour­ront plus sub­ven­tion­ner le déve­lop­pe­ment des acti­vi­tés économiques se trou­vant dans la mau­vaise colonne de la « taxo­no­mie ». Les ban­ques et les fonds d’inves­tis­se­ment pour­ront exiger que les pro­jets qui leur seront pré­sen­tés par les entre­pre­neurs soient consi­dé­rés comme « verts », ce qui sécu­ri­sera leurs inves­tis­se­ments.<br />
Le voca­bu­laire uti­lisé dans ces négo­cia­tions est loin d’être neutre. Il mêle la tech­no­cra­tie la plus abs­conse et la morale à des­ti­na­tion des jeunes enfants, un jargon incom­pré­hen­si­ble fait de seuils dont la jus­ti­fi­ca­tion scien­ti­fi­que et tech­ni­que ne peut être com­prise que de quel­ques spé­cia­lis­tes, et un code cou­leur pour le commun des mor­tels, sem­bla­ble aux petits visa­ges sou­riants ou gri­ma­çants à l’inten­tion des enfants des écoles pri­mai­res.<br />
Cela me rap­pelle les négo­cia­tions com­mer­cia­les inter­na­tio­na­les des années 1990, bap­ti­sées « Uruguay round », conclues par la créa­tion de l’orga­ni­sa­tion mon­diale du com­merce en 1995. Dans ces négo­cia­tions, les États-Unis ont imposé que les aides publi­ques à l’agri­culture, dans le monde entier, soient clas­sées de façon à pou­voir être pla­cées dans trois boîtes : une verte, une orange et une rouge. Seules les aides pou­vant être pla­cées dans la boîte verte seraient auto­ri­sées après la signa­ture d’un nouvel accord, les autres devant dis­pa­raî­tre. Tout à fait par hasard, la boîte verte cor­res­pon­dait au sys­tème amé­ri­cain d’aide à l’agri­culture, tandis que la poli­ti­que agri­cole com­mune, fondée à cette époque sur une pro­tec­tion du marché euro­péen et une garan­tie des prix agri­co­les, tom­bait dans la boîte rouge. L’Union euro­péenne a, bien entendu, accepté de réfor­mer sa poli­ti­que agri­cole dans le sens voulu par les États-Unis, en 1992. Elle a pro­gres­si­ve­ment déman­telé la pro­tec­tion du marché euro­péen et laissé la concur­rence mon­diale fixer le revenu des agri­culteurs euro­péens, ce qui a favo­risé une indus­tria­li­sa­tion de l’agri­culture dont tout le monde déplore les effets aujourd’hui, en raison de ses consé­quen­ces sur l’envi­ron­ne­ment et la santé, sans que per­sonne ne remette en cause les rai­sons de cette évolution.<br />
La dis­cus­sion sur la taxo­no­mie euro­péenne d’aujourd’hui pré­sente des simi­li­tu­des avec cette ancienne négo­cia­tion.<br />
Cette dis­tinc­tion entre ce qui est vert et ce qui ne l’est pas, entre le bien et le mal, laisse penser qu’il pour­rait y avoir un chemin indo­lore de « tran­si­tion » vers une crois­sance dura­ble, grâce au déve­lop­pe­ment de tech­no­lo­gies nous per­met­tant de vivre demain comme aujourd’hui tout en ayant fait ce que nous devions pour « sauver la pla­nète ».<br />
C’est une super­che­rie, car aucune tech­no­lo­gie, aucune source d’énergie n’est « verte » au sens où elle serait sans impact sur notre envi­ron­ne­ment. Toutes sont consom­ma­tri­ces d’énergie, qu’il faudra pro­duire, et de matiè­res (métaux, miné­raux, eau…) qu’il faudra extraire de l’envi­ron­ne­ment.<br />
La voi­ture électrique dont la bat­te­rie sera rechar­gée par de l’électricité pro­duite par des éoliennes, des pan­neaux solai­res, voir des réac­teurs nucléai­res, ne pro­duira pas de CO2 lorsqu’elle rou­lera sur nos routes (ce qui ne sera pas vrai si l’électricité est pro­duite avec du char­bon, du gaz ou du fioul). En revan­che, sa cons­truc­tion aura généré une pro­duc­tion de gaz à effet de serre supé­rieure à celle de la cons­truc­tion d’une voi­ture à moteur ther­mi­que. Le métal et le plas­ti­que néces­sai­res à son assem­blage, s’ils ne peu­vent pas être com­plè­te­ment recy­clés, géné­re­ront des déchets. Le recy­clage de ces véhi­cu­les électriques lui-même consom­mera des quan­ti­tés impor­tan­tes d’énergie. Celui des bat­te­ries est encore bien loin d’être garanti. Enfin, pour ali­men­ter en électricité un parc auto­mo­bile équivalent à celui du parc de véhi­cu­les ther­mi­ques d’aujourd’hui, il faudra pro­duire et poser des mil­liers de kilo­mè­tres de câbles de cuivre et d’après cer­tains experts consom­mer en 30 ans plus de réser­ves de ce métal que nous n’en avons consommé depuis l’aube de l’huma­nité. Les mines de cuivre sont de moins en moins pro­duc­ti­ves. Le pour­cen­tage de mine­rai dans la roche de plus en plus faible et il faut dépla­cer et trans­for­mer des quan­ti­tés crois­san­tes de roches pour extraire, à l’aide de pro­duits chi­mi­ques, le mine­rai qui est ensuite trans­porté vers les lieux de consom­ma­tion. Mais cela ne nous trou­blera pas, cette acti­vité minière se dérou­lant loin de chez nous, en Amérique du Sud ou bien en Afrique, alors qu’en Europe, aucun projet minier ne peut être déve­loppé en raison de l’oppo­si­tion des opi­nions publi­ques.<br />
Il n’y a rien de très écologique dans tout cela et l’amé­lio­ra­tion en termes d’émissions de CO2 sera payée par d’impor­tan­tes dégra­da­tions des milieux et une exploi­ta­tion ren­for­cée des res­sour­ces métal­li­ques de la pla­nète, portée un niveau sans pré­cé­dent.<br />
Ces nou­vel­les tech­no­lo­gies « de tran­si­tion » devraient être pré­sen­tées pour ce qu’elles sont, c’est-à-dire des ten­ta­ti­ves de trou­ver des solu­tions à l’impasse du déve­lop­pe­ment du capi­ta­lisme fondé sur la consom­ma­tion sans limite d’énergies fos­si­les. Ces ten­ta­ti­ves com­por­tent d’impor­tan­tes consé­quen­ces néga­ti­ves sur l’envi­ron­ne­ment qui sont loin d’être connues et évaluables avant leur géné­ra­li­sa­tion.<br />
Aussi, plutôt que de pro­mou­voir de grands bas­cu­le­ments tech­no­lo­gi­ques, obéis­sant à des calen­driers très serrés, d’ailleurs inte­na­bles, il serait plus pru­dent de mul­ti­plier les ini­tia­ti­ves, de tester, d’étudier les consé­quen­ces de chacun de nos actes sur notre envi­ron­ne­ment, d’aller len­te­ment en somme.<br />
Mais la len­teur ne cor­res­pond pas aux inté­rêts du capi­ta­lisme finan­cier à la recher­che de nou­veaux mar­chés qu’il faut déve­lop­per rapi­de­ment pour géné­rer des taux de retour sur inves­tis­se­ments rapi­des et élevés. La « taxo­no­mie euro­péenne » sécu­ri­sera les inves­tis­se­ments futurs et contri­buera au déve­lop­pe­ment de ces nou­veaux mar­chés, en leur don­nant un label écologique et en assu­rant la bonne cons­cience des consom­ma­teurs.<br />
Cette pru­dence ne convient pas non plus à ce qu’est deve­nue la poli­ti­que qui, faute d’être capa­ble de pro­po­ser un projet de société, pré­sente un cata­lo­gue de solu­tions tech­ni­ques. Les partis poli­ti­ques ne nous pro­po­sent plus de choi­sir entre le socia­lisme ou le capi­ta­lisme, la coo­pé­ra­tion ou la concur­rence, la fra­ter­nité ou la défense de nos inté­rêts égoïstes, la droite ou la gauche, mais entre le nucléaire ou les énergies renou­ve­la­bles, la réno­va­tion ther­mi­que totale ou par­tielle de nos loge­ments, la 5 G pour tous main­te­nant au plus tard, etc.<br />
Le capi­ta­lisme a connu une période de crois­sance extra­or­di­naire au len­de­main de la Deuxième Guerre mon­diale jusqu’au début des années 1970. Là, il a connu un pre­mier coup d’arrêt dont il s’est sorti en s’affran­chis­sant des contrain­tes natio­na­les qui limi­taient son déve­lop­pe­ment, ce que l’on a décrit comme la mon­dia­li­sa­tion ou la glo­ba­li­sa­tion de l’économie. Ce deuxième souf­fle n’a pas été dura­ble et depuis le début des années 2000 les économistes s’inter­ro­gent pour savoir si nous sommes entrés dans une phase longue de sta­gna­tion économique.<br />
Mis en cause du point de vue de sa capa­cité à géné­rer une crois­sance économique dura­ble, le capi­ta­lisme l’est aussi en raison des résul­tats de cette crois­sance économique : des­truc­tion mas­sive de l’envi­ron­ne­ment, épuisement des res­sour­ces natu­rel­les à com­men­cer par les énergies fos­si­les, bou­le­ver­se­ments cli­ma­ti­ques, explo­sion des iné­ga­li­tés dans le monde entier. Cette évolution a été syn­thé­ti­sée par l’économiste Branko Milanovic en 2016 grâce à sa « courbe de l’éléphant » décri­vant l’évolution des reve­nus de la popu­la­tion mon­diale. Cette courbe mon­trait une aug­men­ta­tion forte en pour­cen­tage, mais déri­soire valeur abso­lue, des reve­nus des plus pau­vres, une explo­sion des reve­nus les plus riches, et entre les deux un effon­dre­ment du revenu des clas­ses dites moyen­nes, c’est-à-dire la grande majo­rité de la popu­la­tion mon­diale.<br />
Dans ces condi­tions, l’accu­mu­la­tion du capi­tal a besoin d’inven­ter un récit ver­tueux pour se retrou­ver une légi­ti­mité. Cette taxo­no­mie y contri­buera en habillant de vert la pour­suite de la crois­sance économique dans les mêmes condi­tions que celles dont nous déplo­rons les effets aujourd’hui.<br />
Mais il y a un autre visage de ce débat euro­péen sur la taxo­no­mie.<br />
Il s’est concen­tré sur l’énergie, en par­ti­cu­lier sur le fait de savoir s’il fal­lait clas­ser le nucléaire et le gaz dans la caté­go­rie des « pro­duits verts » ou non. Le gou­ver­ne­ment fran­çais a défendu ce point de vue en expli­quant que la pro­duc­tion d’électricité d’ori­gine nucléaire était peu émettrice de CO2, à la dif­fé­rence de la pro­duc­tion d’électricité uti­li­sant des énergies fos­si­les. L’Allemagne et la Pologne ont défendu l’intro­duc­tion du gaz dans la caté­go­rie verte en expli­quant que celui-ci émettait beau­coup moins de gaz à effet de serre pour pro­duire de l’électricité que le char­bon ou le lignite et per­met­tait une baisse impor­tante et rapide des émissions de gaz à effet de serre du sec­teur de l’énergie dans les pays ne sou­hai­tant pas uti­li­ser l’énergie nucléaire. La France, l’Allemagne et la Pologne se sont enten­dues pour défen­dre leurs inté­rêts, deve­nus com­muns, et ont obtenu gain de cause auprès de la Commission de l’Union euro­péenne qui a inté­gré le nucléaire et le gaz dans les énergies de tran­si­tion pour une durée limi­tée.<br />
Les Verts alle­mands à peine arri­vés au pou­voir avec leurs par­te­nai­res du SPD en ont été un peu fâchés, sans aller jusqu’à se reti­rer de la coa­li­tion. Pascal Canfin, ex-minis­tre EELV du gou­ver­ne­ment de Jean-Marc Ayrault et ex-direc­teur géné­ral du WWF, main­te­nant député euro­péen macro­nisme s’est féli­cité de ce com­pro­mis.<br />
Sans tran­cher sur le fait de savoir si le nucléaire et le gaz sont des énergies écologiques ou non, il faut cons­ta­ter que grâce à cet acte délé­gué, la Commission euro­péenne étend sen­si­ble­ment son champ de com­pé­tence sans que per­sonne n’y trouve à redire.<br />
Le traité de Lisbonne entrée en vigueur le 1er décem­bre 2009 a fait de la poli­ti­que énergétique une com­pé­tence par­ta­gée : les États mem­bres sont com­pé­tents pour tout ce que l’union n’a pas décidé de régler elle-même. L’arti­cle 194 du TFUE (traité sur le fonc­tion­ne­ment de l’Union euro­péenne) pré­cise que les États mem­bres conser­vent le droit de déter­mi­ner leur mix de pro­duc­tion énergétique. En d’autres termes, les États mem­bres ont le droit de choi­sir s’ils pré­fè­rent recou­rir au nucléaire, au gaz ou à tout autre source d’énergie pour répon­dre à leurs besoins. Cependant l’arti­cle 191 du même traité pré­voit que l’Union euro­péenne peut adop­ter, pour pro­té­ger l’envi­ron­ne­ment, des mesu­res affec­tant sen­si­ble­ment le choix d’un État membre entre les dif­fé­ren­tes sour­ces d’énergie et la struc­ture géné­rale de son appro­vi­sion­ne­ment énergétique.<br />
C’est un bon exem­ple de l’équilibre du droit de l’Union euro­péenne : entre la liberté lais­sée aux états mem­bres et le pou­voir de la Commission euro­péenne, c’est ce der­nier qui finit tou­jours par l’empor­ter. Dans l’exem­ple qui nous occupe, la liberté lais­sée aux États de choi­sir leur mix énergétique n’est plus qu’un leurre, puisqu’un acte délé­gué de la com­mis­sion de l’Union euro­péenne peut en réa­lité le défi­nir. Il est amu­sant de voir les can­di­dats à l’élection pré­si­den­tielle en France défen­dre ou récu­ser le recours à l’énergie nucléaire pour pro­duire de l’électricité alors qu’en réa­lité, la réponse à cette ques­tion ne dépend déjà plus d’eux, mais de l’avenir du texte que la Commission euro­péenne a mis en consul­ta­tion au début du mois de février. Il faut pré­ci­ser que le texte en ques­tion ne peut plus être amendé, il ne peut plus être qu’adopté ou rejeté par le Parlement euro­péen et le conseil euro­péen.<br />
Il y a par ailleurs quel­que chose d’irréel à voir la Commission euro­péenne déci­der du bon mix énergétique pour l’Union euro­péenne d’ici à 2050, au moment où les résul­tats désas­treux de la poli­ti­que de libé­ra­li­sa­tion du marché de l’énergie qu’elle a impo­sée en Europe affec­tent dure­ment la popu­la­tion. Les prix de l’électricité et du gaz sont au plus haut. La com­mis­sion a d’ailleurs dû oublier pour quel­que temps les règles qu’elle a impo­sées ces der­niè­res années, pour per­met­tre aux gou­ver­ne­ments euro­péens de cor­ri­ger mas­si­ve­ment les « dys­fonc­tion­ne­ments » du marché de l’énergie, en sub­ven­tion­nant les entre­pri­ses, en fixant des prix régu­lés de vente de l’énergie très loin des cours astro­no­mi­ques atteints sur « les mar­chés », en accor­dant des chè­ques au consom­ma­teur pour qu’ils puis­sent se chauf­fer et se dépla­cer, en pra­ti­quant la fis­ca­lité qu’ils sou­hai­taient sur l’énergie.<br />
En quel­ques semai­nes, l’Europe a remis en vigueur tous les outils de l’économie admi­nis­trée qui avait permis à l’Europe de sortir de la pré­ca­rité énergétique.<br />
Étonnamment, cela ne sus­cite aucun vrai débat en France et ailleurs, sur la libé­ra­li­sa­tion du marché de l’énergie, la per­ti­nence de la poli­ti­que de l’Union euro­péenne et des moda­li­tés d’inter­ven­tion de la Commission euro­péenne. Des amé­na­ge­ments tem­po­rai­res sont pro­po­sés, mais per­sonne ne se risque à deman­der que nous sor­tions de ce cadre absurde, imposé par pure idéo­lo­gie par la Commission euro­péenne appuyée par un cer­tain nombre d’États mem­bres de l’Union, convain­cus que la concur­rence était la réponse à toutes les ques­tions.<br />
Bien au contraire, les can­di­dats à gauche comme à droite, se disent par­ti­sans d’une Europe forte. Mais qu’est-ce que cela veut dire ? Elle dis­pose déjà d’une force consi­dé­ra­ble. Les États-Unis d’Amérique sont, per­sonne ne le contes­tera, un vieil État fédé­ral. Mais dans celui-ci, le niveau fédé­ral n’a jamais pré­tendu impo­ser à chacun des États son mix électrique, une fis­ca­lité indi­recte unique, ni beau­coup d’autres choses impo­sées au sein de l’Union euro­péenne. Impuissante à l’exté­rieur, l’Union euro­péenne dis­pose d’une puis­sance déme­su­rée à l’inté­rieur. La com­mis­sion la ren­force chaque jour sous les applau­dis­se­ments. Thierry Breton vient de pré­sen­ter un plan de déve­lop­pe­ment de l’indus­trie euro­péenne des semi-conduc­teurs. Au lieu de lais­ser les États mem­bres déve­lop­per leur poli­ti­que indus­trielle, les allian­ces qu’il sou­haite avec d’autres états mem­bres de l’union, la com­mis­sion veut impo­ser un cadre à tous les États mem­bres, conforme au droit de la concur­rence de l’Union euro­péenne, la com­mis­saire en charge de ce dos­sier l’a réaf­firmé. Généreusement, Thierry Breton pré­voit un finan­ce­ment de son plan, en partie par le plan de relance euro­péen, lequel est financé par les contri­bu­tions des États mem­bres et la France paie beau­coup plus qu’elle ne reçoit à ce titre. C’est ainsi que si la France veut faire quel­que chose dans le domaine des semi-conduc­teurs, elle va fina­le­ment payer plus cher en le fai­sant dans le cadre euro­péen que si elle le fai­sait toute seule, en étant de sur­croît sou­mise aux inter­mi­na­bles pro­cé­du­res de l’Union qui font que nous arri­vons tou­jours après la bataille.<br />
Évidemment cela n’est pas un sujet de débat pour une élection pré­si­den­tielle en France, puis­que chacun sait que nous élisons un Président de la République dis­po­sant de pou­voirs tel­le­ment étendus qu’il pourra trans­for­mer le pays en cinq ans sans être soumis à toutes ces choses secondai­res…<br />
La cam­pa­gne pré­si­den­tielle est déci­dé­ment déconnec­tée de la réa­lité et il est dif­fi­cile de repro­cher aux citoyens de s’en désin­té­res­ser.<br />
Jean-François Collin<br />
9 février 2022</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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