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	<title><![CDATA[Signet Loupe: Mai 2025]]></title>
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	<description><![CDATA[]]></description>
	
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	<pubDate>Sat, 31 May 2025 20:46:55 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[L&#039;historien israélien Shlomo Sand remet en place Macron concernant son amalgame entre “anti-sionisme” et “antisémitisme”]]></title>
	<description><![CDATA[<p>L’historien juif israélien, Shlomo Sand, qui avait récemment déclaré « J’ai honte d’être Israélien », a donné une véritable leçon de vocabulaire à Emmanuel Macron, qui a repris à son compte, lors de la visite de Netanyahou, le chantage à l’antisémitisme, en condamnant sans aucun fondement l’anti-sionisme.</p><p>Lettre ouverte à M. le Président de la République française<br />vendredi 21 juillet 2017 par Shlomo Sand</p><p>Par Shlomo Sand, historien israélien (Traduit de l’hébreu par Michel Bilis). Publié dans le club de Médiapart, le 21 juillet 2017.</p><p>L’historien israélien Shlomo Sand interpelle Emmanuel Macron sur son discours, tenu en présence de Benjamin Netanyahou, pour la commémoration de la rafle du Vél’ d’Hiv: « L’ancien étudiant en philosophie, l’assistant de Paul Ricœur a-t-il si peu lu de livres d’histoire, au point d’ignorer que nombre de juifs, ou de descendants de filiation juive se sont toujours opposés au sionisme sans, pour autant, être antisémites ? »</p><p>En commençant à lire votre discours sur la commémoration de la rafle du Vel’d’hiv, j’ai éprouvé de la reconnaissance envers vous. En effet, au regard d’une longue tradition de dirigeants politiques, de droite, comme de gauche, qui, au passé et au présent, se sont défaussés quant à la participation et à la responsabilité de la France dans la déportation des personnes d’origine juive vers les camps de la mort, vous avez pris une position claire et dénuée d’ambiguïté : oui la France est responsable de la déportation, oui il y a bien eu un antisémitisme, en France, avant et après la seconde guerre mondiale.<br />Oui, il faut continuer à combattre toutes les formes de racisme. J’ai vu ces positions comme étant en continuité avec votre courageuse déclaration faite en Algérie, selon laquelle le colonialisme constitue un crime contre l’humanité.</p><p>Pour être tout à fait franc, j’ai été plutôt agacé par le fait que vous ayez invité Benjamin Netanyahou, qui est incontestablement à ranger dans la catégorie des oppresseurs, et ne saurait donc s’afficher en représentant des victimes d’hier. Certes, je connais depuis longtemps l’impossibilité de séparer la mémoire de la politique. Peut-être déployez-vous une stratégie sophistiquée, encore non révélée, visant à contribuer à la réalisation d’un compromis équitable, au Proche-Orient ?</p><p>J’ai cessé de vous comprendre lorsqu’au cours de votre discours, vous avez déclaré que :</p><p>« L’antisionisme… est la forme réinventée de l’antisémitisme ». Cette déclaration avait-elle pour but de complaire à votre invité, ou bien est-ce purement et simplement une marque d’inculture politique ? L’ancien étudiant en philosophie, l’assistant de Paul Ricœur a-t-il si peu lu de livres d’histoire, au point d’ignorer que nombre de juifs, ou de descendants de filiation juive se sont toujours opposés au sionisme sans, pour autant, être antisémites ? Je fais ici référence à presque tous les anciens grands rabbins, mais aussi, aux prises de position d’une partie du judaïsme orthodoxe contemporain. J’ai également en mémoire des personnalités telles Marek Edelman, l’un des dirigeants rescapé de l’insurrection du ghetto de Varsovie, ou encore les communistes d’origine juive, résistants du groupe Manouchian, qui ont péri. Je pense aussi à mon ami et professeur : Pierre Vidal-Naquet, et à d’autres grands historiens ou sociologues comme Eric Hobsbawm et Maxime Rodinson dont les écrits et le souvenir me sont chers, ou encore à Edgar Morin. Enfin, je me demande si, sincèrement, vous attendez des Palestiniens qu’ils ne soient pas antisionistes !</p><p>Je suppose, toutefois, que vous n’appréciez pas particulièrement les gens de gauche, ni, peut-être, les Palestiniens ; aussi, sachant que vous avez travaillé à la banque Rothschild, je livre ici une citation de Nathan Rothschild, président de l’union des synagogues en Grande-Bretagne, et premier juif à avoir été nommé Lord au Royaume Uni, dont il devint également la gouverneur de la banque. Dans une lettre adressée, en 1903, à Théodore Herzl, le talentueux banquier écrit : « Je vous le dis en toute franchise : je tremble à l’idée de la fondation d’une colonie juive au plein sens du terme. Une telle colonie deviendrait un ghetto, avec tous les préjugés d’un ghetto. Un petit, tout petit, Etat juif, dévot et non libéral, qui rejettera le Chrétien et l’étranger. » Rothschild s’est, peut-être, trompé dans sa prophétie, mais une chose est sûre, cependant : il n’était pas antisémite !</p><p>Il y a eu, et il y a, bien sûr, des antisionistes qui sont aussi des antisémites, mais je suis également certain que l’on trouve des antisémites parmi les thuriféraires du sionisme. Je puis aussi vous assurer que nombre de sionistes sont des racistes dont la structure mentale ne diffère pas de celle de parfaits judéophobes : ils recherchent sans relâche un ADN juif (ce, jusqu’à l’université où j’enseigne).</p><p>Pour clarifier ce qu’est un point de vue antisioniste, il importe, cependant, de commencer par convenir de la définition, ou, à tout le moins, d’une série de caractéristiques du concept : « sionisme » ; ce à quoi, je vais m’employer le plus brièvement possible.</p><p>Tout d’abord, le sionisme n’est pas le judaïsme, contre lequel il constitue même une révolte radicale. Tout au long des siècles, les juifs pieux ont nourri une profonde ferveur envers leur terre sainte, plus particulièrement pour Jérusalem, mais ils s’en sont tenus au précepte talmudique qui leur intimait de ne pas y émigrer collectivement, avant la venue du Messie. En effet, la terre n’appartient pas aux juifs mais à Dieu. Dieu a donné et Dieu a repris, et lorsqu’il le voudra, il enverra le Messie pour restituer. Quand le sionisme est apparu, il a enlevé de son siège le « Tout Puissant », pour lui substituer le sujet humain actif.</p><p>Chacun de nous peut se prononcer sur le point de savoir si le projet de créer un Etat juif exclusif sur un morceau de territoire ultra-majoritairement peuplé d’Arabes, est une idée morale. En 1917, la Palestine comptait 700.000 musulmans et chrétiens arabes et environ 60.000 juifs dont la moitié étaient opposés au sionisme. Jusqu’alors, les masses du peuple yiddish, voulant fuir les pogroms de l’empire Russe, avaient préféré émigrer vers le continent américain, que deux millions atteignirent effectivement, échappant ainsi aux persécutions nazies (et à celles du régime de Vichy).</p><p>En 1948, il y avait en Palestine : 650 000 juifs et 1,3 million de musulmans et chrétiens arabes dont 700.000 devinrent des réfugiés : c’est sur ces bases démographiques qu’est né l’Etat d’Israël. Malgré cela, et dans le contexte de l’extermination des juifs d’Europe, nombre d’antisionistes sont parvenus à la conclusion que si l’on ne veut pas créer de nouvelles tragédies, il convient de considérer l’État d’Israël comme un fait accompli irréversible. Un enfant né d’un viol a bien le droit de vivre, mais que se passe-t-il si cet enfant marche sur les traces de son père ?</p><p>Et vint l’année 1967 : depuis lors Israël règne sur 5,5 millions de Palestiniens, privés de droits civiques, politiques et sociaux. Ils sont assujettis par Israël à un contrôle militaire : pour une partie d’entre eux, dans une sorte de « réserve d’Indiens » en Cisjordanie, tandis que d’autres sont enfermés dans un « réserve de barbelés » à Gaza (70% de ceux-ci sont des réfugiés ou des descendants de réfugiés). Israël, qui ne cesse de proclamer son désir de paix, considère les territoires conquis en 1967 comme faisant intégralement partie de « la terre d’Israël », et s’y comporte selon son bon vouloir : jusqu’à présent, 600 000 colons israéliens juifs y ont été installés….et cela n’est pas terminé !</p><p>Est-cela le sionisme d’aujourd’hui ? Non ! Répondront mes amis de la gauche sioniste qui ne cesse de se rétrécir, et ils diront qu’il faut mettre fin à la dynamique de la colonisation sioniste, qu’un petit État palestinien étroit doit être constitué à côté de l’État d’Israël, que l’objectif du sionisme était de fonder un État où les juifs exerceront la souveraineté sur eux-mêmes, et non pas de conquérir dans sa totalité « l’antique patrie ». Et le plus dangereux dans tout cela, à leurs yeux : l’annexion des territoires occupé constitue une menace pour Israël en tant qu’État juif.</p><p>Voici précisément le moment de vous expliquer pourquoi je vous écris, et pourquoi, je me définis comme non-sioniste, ou antisioniste, sans pour autant devenir antijuif. Votre parti politique inscrit, dans son intitulé : « La République », c’est pourquoi je présume que vous êtes un fervent républicain. Et dussé-je vous étonner : c’est aussi mon cas. Donc, étant démocrate et républicain, je ne puis, comme le font sans exception tous les sionistes, de droite comme de gauche, soutenir un État juif. Le Ministère de l’Intérieur israélien recense 75% de ses citoyens comme juifs, 21% comme musulmans et chrétiens arabes et 4% comme « autres » (sic). Or, selon l’esprit de ses lois, Israël n’appartient pas à l’ensemble des Israéliens, mais aux juifs du monde entier qui n’ont pas l’intention de venir y vivre. Ainsi, par exemple, Israël appartient beaucoup plus à Bernard Henry-Lévy et à Alain Finkielkraut qu’à mes étudiants palestino-israéliens qui s’expriment en hébreu, parfois mieux que moi-même ! Israël espère aussi qu’un jour viendra où tous les gens du CRIF, et leurs « supporters » y émigreront ! Je connais même des français antisémites que cette perspective enchante ! En revanche, on a pu entendre deux ministres israéliens, proches de Benjamin Nétanyahou, émettre l’idée selon laquelle il faut encourager le « transfert » des Israéliens arabes, sans que personne n’ait émis la demande qu’ils démissionnent de leurs fonctions.</p><p>Voilà pourquoi, Monsieur le Président, je ne peux pas être sioniste. Je suis un citoyen désireux que l’État dans lequel il vit soit une République israélienne, et non pas un Etat communautaire juif. Descendant de juifs qui ont tant souffert de discriminations, je ne veux pas vivre dans un État, qui, par son autodéfinition, fait de moi un citoyen doté de privilèges. A votre avis, Monsieur le Président : cela fait-il de moi un antisémite ?</p><p>Shlomo Sand, historien israélien</p><p>(Traduit de l’hébreu par Michel Bilis)</p><p>Source Mediapart</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
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	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/1126/lantisionisme-la-jouissance-de-trouver-enfin-un-coupable-commode</guid>
	<pubDate>Thu, 15 May 2025 19:09:14 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/1126/lantisionisme-la-jouissance-de-trouver-enfin-un-coupable-commode</link>
	<title><![CDATA[L&#039;antisionisme,  la jouissance de trouver enfin un coupable commode.]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Je parle souvent d’Israël ici, et certains n’y voient qu’une forme d’obsession, voire un réflexe de défense inconditionnelle. Je vais donc être clair. Je ne suis pas sioniste — pas au sens galvaudé, caricatural, presque hystérique que ce mot a pris aujourd’hui dans les bouches militantes. Le sionisme historique, celui de Herzl et des rescapés des pogroms, celui qui visait à offrir un refuge aux Juifs persécutés depuis deux mille ans, a atteint son but : Israël existe. Et ce but n’était pas une opinion, mais une nécessité vitale. Une réponse politique à une persécution que personne d’autre ne voulait voir.</p>

<p>Mais aujourd’hui, ce mot est devenu un chiffon rouge. Un épouvantail. Un prétexte pour délégitimer non pas une politique, mais une existence. Il ne s’agit plus de contester les choix d’un gouvernement, ce qui est sain et salutaire, mais de remettre en cause le droit même de cet État à exister. Il ne s’agit plus de critiquer des décisions, mais de construire une fiction paranoïaque et victimaire où Israël incarnerait le Mal pur, et ses ennemis, même les plus obscurantistes, seraient systématiquement disculpés.</p>

<p>Je parle d’Israël parce que je connais le terrain, je connais les gens, les colères, les blessures, les contradictions. J’y suis allé. Souvent. J’y ai vu des familles brisées des deux côtés. J’ai parlé avec des Israéliens qui dénoncent leur propre gouvernement, j’ai parlé avec des Palestiniens épuisés de survivre entre la répression, la misère, et l’instrumentalisation religieuse. J’ai organisé des dialogues entre ennemis. J’ai lu les textes sacrés, les manifestes politiques, les témoignages des extrémistes comme des pacifistes. J’ai fait ce que la plupart des militants sur internet ne feront jamais : regarder la complexité en face, sans fuir dans les slogans.</p>

<p>Et ce que je vois aujourd’hui, c’est une nouvelle forme de haine. Une haine élégante, maquillée en indignation morale. Une haine qui se croit du bon côté de l’Histoire parce qu’elle a des likes, des hashtags, et des indignations sur commande. On déteste Israël non pas malgré sa réussite, mais à cause d’elle. Parce que ce pays dérange, parce qu’il réussit, parce qu’il pense, parce qu’il débat, parce qu’il expose les échecs de ses voisins sans avoir besoin de les nommer.</p>

<p>Ce prétendu "antisionisme" est devenu le masque acceptable d’un antisémitisme recyclé. Une obsession maladive, sélective, qui ne s’intéresse qu’aux crimes juifs supposés, et ferme les yeux sur les dictatures arabes, les massacres internes, les enfants syriens gazés par leur propre État, les femmes lapidées à Kaboul, les journalistes assassinés au Caire, les opposants torturés à Téhéran.</p>

<p>Mais non, ce qui mobilise les foules, c’est Israël. L’unique démocratie du Moyen-Orient. Le pays où un Arabe peut être juge à la Cour suprême ou médecin en chef dans un hôpital. L’unique pays où l’on manifeste contre son propre gouvernement sans risquer la prison ou la mort.</p>

<p>Ce que j’entends chez certains, ce n’est pas la révolte contre l’injustice — c’est la jouissance de trouver enfin un coupable commode. Et de se donner à bon compte une posture morale. La propagande moderne, ne vous y trompez pas, ne ment pas frontalement. Elle sélectionne les faits qui servent le récit. Elle vous montre Gaza sous les bombes, mais jamais les roquettes tirées depuis des écoles. Elle vous montre la détresse palestinienne — réelle, insupportable — mais jamais la corruption de leurs dirigeants, les millions détournés, les enfants endoctrinés.</p>

<p>Et que dire de ceux qui idéalisent le Hamas ou le Hezbollah au nom de la « résistance » ? Depuis quand la liberté passe-t-elle par la soumission des femmes, la haine des Juifs, la loi de la terreur ? Depuis quand peut-on, au nom des opprimés, défendre ceux qui veulent imposer un totalitarisme religieux ?</p>

<p>Je ne défends pas Israël pour me rassurer. Je le défends parce que j’en connais les limites, les défauts, mais aussi la vitalité, le courage, les contradictions vivantes. Parce que j’ai vu la réalité – pas celle des écrans, mais celle du terrain. Et parce qu’on ne peut pas construire la paix sur une haine ritualisée et une ignorance satisfaite.</p>

<p>La souffrance palestinienne est réelle. Elle me touche. Je l’ai vue. Mais je l’ai vue aussi ailleurs : dans des pays arabes où l’on meurt dans l’indifférence générale, écrasé par ses propres dirigeants, ou par des clans adverses, sans qu’aucun militant occidental ne s’en émeuve. Il y a dans cette indignation sélective une obscénité, un aveuglement volontaire, une paresse intellectuelle.</p>

<p>La vérité, c’est que beaucoup ne veulent pas voir le réel. Ils veulent des figures, des symboles, des coupables. Israël leur fournit tout cela. Et peu importe la vérité. Peu importe la complexité. Peu importe la douleur des deux peuples.</p>

<p>Moi, je continuerai de parler. De dire ce que je vois. Même si cela dérange. Surtout si cela dérange.</p>

<p>Charles Rojzman</p>
]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
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	<pubDate>Thu, 08 May 2025 12:32:17 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Évaluation des avertissements émis par le Foreign Affairs sur les risques d’une Allemagne raffermie et remilitarisée]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Par Andrew Korybko − Le 25 avril 2025 − Source <a>korybko.substack.com</a></p><p></p><p>Quelle est la probabilité qu’une Allemagne potentiellement ultra-nationaliste « se remette à négocier ses frontières ou outrepasse les délibérations qu’affectionne l’UE pour passer au chantage militaire ? »</p><p></p><p><a href="https://archive.is/uS7fa">Foreign Affairs</a> a émis début avril un avertissement : une Allemagne <a href="https://korybko.substack.com/p/itll-be-a-lot-easier-said-than-done">reprenant courage</a> et <a href="https://korybko.substack.com/p/the-rearm-europe-plan-will-probably">remilitarisée</a> pourrait poser un nouveau défi envers la stabilité de l’Europe. Foreign Affairs est convaincu que le « <a href="https://korybko.substack.com/p/olaf-scholzs-manifesto-for-foreign">Zeitenwende</a> » [changement d’ère historique] d’Olaf Scholz, l’ancien chancelier, « est cette fois-ci concret » au sens où son successeur Friedrich Merz dispose désormais du soutien parlementaire et populaire pour <a href="https://korybko.substack.com/p/germany-is-rebuilding-fortress-europe">transformer son pays en Grande Puissance</a>. Une telle transformation pourrait supposément bénéficier à l’Europe et à l’Ukraine, mais ne serait pas sans poser trois risques importants.</p><p>Selon les deux auteurs de l’article, ces risques impliqueraient : davantage de guerre hybride menée par la Russie contre l’Allemagne ; une montée du nationalisme dans les pays voisins de l’Allemagne, induite par cette montée de l’Allemagne ; et une possible explosion de l’ultra-nationalisme en Allemagne. Le catalyseur de tout cela est <a href="https://korybko.substack.com/p/the-eus-military-industrial-plans">le désengagement progressif</a> des États-Unis hors de l’OTAN, induit par la re-priorisation par l’administration Trump de la zone Asie-Pacifique. Au fur et à mesure de la diminution de l’influence étasunienne, des vides politiques et sécuritaires vont se faire sentir, et d’autres acteurs vont entrer en compétition pour les remplir.</p><p>Précisons que l’article traite davantage des avantages d’une mise en œuvre retardée du « Zeitenwende » de Scholz, que les auteurs présentent comme voué à se produire depuis longtemps, et comme une réponse naturelle au catalyseur susmentionné, vu que l’Allemagne constitue de facto d’ores et déjà le pays dirigeant l’UE. Dans le même temps, évoquer les risques raffermit aux yeux de certains lecteurs leur crédibilité, leur permet d’en faire subtilement porter l’ombrage à Trump, et fait apparaître les auteurs comme prescients dans l’occurrence où ces risques devaient se concrétiser.</p><p>Prenons pour commencer le premier des trois risques. Il est prédit que l’Allemagne et la Russie vont mener l’une contre l’autre davantage d’opérations de renseignements si la première assume le rôle de dirigeante du continent en contenant la seconde, chose que celle-ci considérerait bien sûr comme une menace latente pour des raisons historiques évidentes. L’article ne fait aucune mention de la manière suivant laquelle un tel nouveau rôle allemand poserait problème aux intérêts russes, et dépeint fallacieusement toute réponse potentiellement apportée par Moscou comme une agression non provoquée.</p><p>L’article se montre plus juste au sujet du deuxième risque de montée du nationalisme dans les pays voisins en réaction à une Allemagne reprenant du poil de la bête et remilitarisée, mais n’apporte guère de détails à cet égard. La Pologne constitue sans doute le candidat le plus probable pour cela, car de tels sentiments sont déjà en cours de développement dans sa société. Il s’agit d’une réaction à la coalition libéro-globaliste au pouvoir, à sa <a href="https://korybko.substack.com/p/poland-is-poised-to-play-an-important">soumission perçue</a> à l’Allemagne, et à des préoccupations de ce qu’une Allemagne potentiellement dirigée par l’AfD <a href="https://x.com/BeataSzydlo/status/1667147293680599043?lang=en">puisse essayer de revendiquer</a> ce que la Pologne considère comme ses « Territoires Récupérés ».</p><p>Le dernier risque s’établit sur ce que les auteurs décrivent comme le scénario du pire d’« un appareil militaire allemand d’abord renforcé par des gouvernements politiquement centristes et pro-européens [tombant] entre les mains de dirigeants désireux de revenir sur les frontières de l’Allemagne, ou d’abandonner les délibérations menées dans le style de l’UE pour recourir à un chantage militaire. » C’est cette potentielle conséquence qu’il est le plus important d’évaluer, car celle-ci reste incertaine, alors qu’on peut s’attendre à ce que les deux premières soient des traits durables de cette nouvelle ère géopolitique en Europe.</p><p>Il faut s’attendre à ce que le résultat des élections présidentielles polonaises, le mois prochain, détermine fortement la dynamique à venir des relations polono-allemandes. Si le conservateur sortant se voit remplacé par le candidat libéral, la Pologne va sans doute soit se subordonner encore davantage à l’Allemagne, soit compter sur la France pour jouer l’équilibre entre elle-même et les États-Unis, soit <a href="https://korybko.substack.com/p/frances-next-quarterly-nuclear-drills">se tourner vers la France</a>. Une victoire des candidats conservateur ou populiste, au contraire, diminuerait la dépendance envers l’Allemagne soit en équilibrant celle-ci avec la France, soit <a href="https://korybko.substack.com/p/poland-is-once-again-poised-to-become">en remontant la priorité des États-Unis</a>.</p><p>Il est prévu que la France apparaisse de manière plus marquée dans la politique étrangère de la Pologne dans tous les cas, au vu du partenariat historique liant ces pays depuis l’ère napoléonienne, ainsi que de leurs préoccupations actuelles partagées au sujet de la menace aux deux pays que pourrait provoquer une Allemagne raffermie et remilitarisée. Les Français sont dans l’ensemble moins soucieux que certains Polonais de voir l’Allemagne revendiquer des territoires, et se montrent nettement plus anxieux à l’idée de perdre leurs chances de diriger l’Europe ou bien dans son ensemble ou bien en partie après que le <a href="https://thealtworld.com/andrew_korybko/heres-what-i-learned-from-analyzing-the-new-cold-war-every-day-for-three-years-straight">conflit ukrainien</a> aura trouvé sa fin.</p><p>La France, l’Allemagne et la Pologne sont en compétition <a href="https://korybko.substack.com/p/france-germany-and-poland-are-competing">les unes contre les autres</a> à cet égard, les débouchés les plus probables de cette compétition étant soit une hégémonie allemande suivant la vision « Zeitenwende », soit une prise de contrôle conjointe par la France et la Pologne de l’Europe Centrale et Orientale, soit le retour d’un « Triangle de Weimar » pour diriger l’Europe de manière tripartite. Tant que resteront en vigueur les libres échanges de personnes et de capitaux au sein de l’UE, chose qui n’est évidemment pas garantie, mais reste probable, les chances de voir une Allemagne menée par l’AfD s’employer à revisiter ses frontières avec la Pologne sont faibles.</p><p>En effet, les Allemands suivant ce raisonnement pourraient simplement acheter des terres en Pologne et s’y installer selon leur bon vouloir, certes en s’assujettissant aux lois polonaises, qui ne sont guère différentes des lois allemandes pour ce qui concerne la vie quotidienne. En outre, si l’Allemagne projette certes de mener une escalade militaire sans précédent, la Pologne a déjà bien entamé la sienne, et ce de manière particulièrement réussie, puisque le pays est devenu <a href="https://notesfrompoland.com/2024/07/16/poland-has-natos-third-largest-military-new-figures-show/">la troisième armée de l’OTAN</a> en nombre l’été dernier.</p><p>Il est également <a href="https://korybko.substack.com/p/what-comes-next-after-the-us-withdrawal">peu probable</a> que les États-Unis se retirent totalement de Pologne, et encore moins de l’ensemble de l’Europe centrale et orientale, et des soldats étasuniens vont sans doute rester toujours sur place, tenant lieu de dissuasion mutuelle face à la Russie et l’Allemagne. Aucun de ces pays ne compte envahir la Pologne, si bien que cette présence serait en grande partie symbolique, dans l’objet de rassurer psychologiquement la population polonaise, historiquement traumatisée, qu’elle vit en sûreté. En tous cas, on peut en retenir que le scénario du pire évoqué par les auteurs ne va très probablement pas se produire.</p><p>En résumé, les causes en sont que : la Pologne va soit se subordonner à l’Allemagne après les prochaines élections, ou compter davantage sur la France pour équilibrer l’Allemagne (si elle ne remonte pas la priorité des États-Unis au-dessus de celles de ces deux pays) ; la libre circulation des personnes et des capitaux induite par l’UE va sans doute continuer d’exister au moins un certain temps ; et les États-Unis ne vont pas abandonner l’Europe centrale ni orientale. Ces facteurs vont donc : apaiser ou équilibrer une Allemagne ultra-nationaliste (par exemple, dirigée par l’AfD) ; et dissuader un potentiel révisionnisme allemand (que celui-ci soit légal ou militaire).</p><p>Pour conclure, on peut donc affirmer que le nouvel ordre qui est en cours de façonnement en Europe ne va probablement pas conduire à un rétablissement des risques de l’entre-deux-guerres évoqués par le scénario du pire établi par Foreign Affairs, mais plutôt à la création de sphères d’influence sans tensions militaires. Que la Pologne s’affirme fermement seule, qu’elle s’allie à la France, ou qu’elle se subordonne à l’Allemagne, il ne faut s’attendre à aucun changement de frontière que ce soit à l’Ouest ou <a href="https://korybko.substack.com/p/ukraines-western-borders-are-unlikely">à l’Est</a>, et toutes les formes de compétition germano-polonaise restent envisageables pour l’avenir.</p><p>Note du traducteur : quand les Français vont redécouvrir la notion de géopolitique et l’existence des rapports de force, ils vont véritablement tomber des nues en ouvrant les yeux sur ce type de problématique. D’ici là, continuons d’être uniformément européistes, de refuser de voir le monde tel qu’il est, et agitons nous sur notre chaise en criant : « l’Europe, l’Europe, l’Europe ». Tant que l’orchestre continue de jouer, on peut continuer de s’auto-effondrer en bons somnambules.</p><p>Andrew Korybko est un analyste politique étasunien, établi à Moscou, spécialisé dans les relations entre la stratégie étasunienne en Afrique et en Eurasie, les nouvelles Routes de la soie chinoises, et la <a href="https://lesakerfrancophone.fr/thesaurus#guerre-hybride">Guerre hybride</a>.</p><p>Traduit par José Martí, relu par Wayan, pour le Saker Francophone</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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