<?xml version='1.0'?><rss version="2.0" xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/" xmlns:georss="http://www.georss.org/georss" xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom" >
<channel>
	<title><![CDATA[Signet Loupe: Mars 2026]]></title>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/group/71/archive/1772323200/1775001600</link>
	<atom:link href="https://ememiom.fr/iom/blog/group/71/archive/1772323200/1775001600" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<description><![CDATA[]]></description>
	
	<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/1256/y-a-t-il-ou-y-aura-t-il-des-negociations-entre-les-etats-unis-et-l%E2%80%99iran</guid>
	<pubDate>Tue, 31 Mar 2026 07:24:26 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/1256/y-a-t-il-ou-y-aura-t-il-des-negociations-entre-les-etats-unis-et-l%E2%80%99iran</link>
	<title><![CDATA[Y a-t-il ou y aura-t-il des négociations entre les Etats-Unis et l’Iran ?]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Par Alastair Crooke – Le 26 mars 2026 – Source <a href="https://conflictsforum.substack.com/p/are-there-or-will-there-be-us-negotiations">Conflicts Forum</a></p><p>La réponse courte est « non« . Trump fabule quand il dit qu’il est déjà en négociations avec « d’importants iraniens« .</p><p>Il y a une histoire récurrente dans le « narratif des négociations » étasunien ; lors des cycles précédents de « négociations » centrées sur le conflit ukrainien, Trump suggérait régulièrement que des négociations politiques avec la Russie étaient en cours, alors qu’en réalité, Witkoff et Kushner ne faisaient qu’engager une série de pourparlers sans fin avec les Européens sur l’établissement d’un cessez-le-feu et le rôle putatif de « maintien de la paix« , dirigé par les Européens, que les Européens réclamaient. En fait, aucun « plan de paix » n’a jamais été partagé, ni montré au ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov.</p><p>Un « cessez-le-feu » prolongé a ensuite été considéré par la Maison Blanche comme la stratégie de contournement pour tenter de résoudre les problèmes d’architecture de sécurité enracinés entre la sphère des intérêts de sécurité de l’OTAN et de la Russie. La Russie a simplement dit « non » à la tentative de Trump de « renverser l’architecture de sécurité« .</p><p>Le même schéma de dissimulation était évident dans les pourparlers sur le cessez-le-feu à Gaza : des cessez-le-feu ont été proposés sans préciser aucun détail sur ce qui pourrait suivre dans la phase deux du cessez-le-feu.</p><p>Le week-end dernier, Witkoff et Kushner ont dressé leur liste de souhaits pour un autre cessez-le-feu, avec l’Iran cette fois, avec quelques « indices » lancés au sujet de discussion ultérieure. Même histoire. Même confabulation. Un <a href="https://finance.yahoo.com/economy/policy/articles/us-awaits-response-peace-plan-080146084.html">plan de paix en quinze points</a>, élaboré par Witkoff et Kushner, a été soumis aux médiateurs, l’affaire étant décrite par Trump comme “de très bonnes conversations productives concernant une résolution complète et totale des hostilités” car l’Iran “veut désespérément un accord”.</p><p>L’Iran, au grand dam de Trump, <a href="https://english.almayadeen.net/news/politics/tehran-rejects-talks-with-us---let-them-negotiate-with-missi">a dit « non » à cette proposition</a> ; Ebrahim Zolfaghari, porte-parole de l’armée iranienne, a déclaré “Notre premier et notre dernier mot sont les mêmes depuis le premier jour, et cela restera ainsi”.</p><p>L’Iran n’a aucun intérêt à un compromis, à ce stade, car il n’a pas atteint <a href="https://conflictsforum.substack.com/p/irans-audacious-strategic-moves-declared">son ambition stratégique</a> (audacieuse) de renverser la domination militaire et financière américano-israélienne sur la région du Golfe et de la remodeler en une vaste sphère d’intérêt économique et militaire iranienne.</p><p>En tout état de cause, l’Iran détient la domination croissante dans ce conflit – grâce à des décennies de préparation et de planification. L’Iran a déjà démontré qu’il contrôlait les vingt pour cent du pétrole mondial exporté via le détroit d’Ormuz. Il dispose donc des outils (régulation du passage des navires par la voie navigable) pour gérer le volume de pétrole exporté, et, tout aussi important, sinon plus, a la capacité d’influencer les prix à l’échelle mondiale (alors qu’avant, seuls les États-Unis pouvaient le faire).</p><p>En plus d’avoir une composante majeure de l’économie mondiale sous sa coupe (le pétrole), l’Iran dispose également d’un effet de levier sur une grande partie des chaînes d’approvisionnement mondiales et de production de matières premières : hélium ; engrais ; la nourriture et l’acide sulfurique dépendent tous dans une certaine mesure d’Ormuz, et sa fermeture pendant plus de trois semaines crée des pénuries paralysantes qui ne disparaîtront probablement pas rapidement.</p><p>La manipulation du levier économique pétrolier, ainsi que l’insistance de l’Iran pour que les navires transitant par le Détroit paient à la fois des frais élevés et prouvent que leurs cargaisons ont été achetées en Yuans, frappent également au cœur de la vulnérabilité politique de Trump, c’est-à-dire l’économie américaine, à l’approche des élections de mi-mandat aux États-Unis.</p><p>Un rapport régional met en garde :</p><p>L’Iran a un plan pour établir des points de contrôle permanents dans le détroit d’Ormuz afin de compenser ses pertes. Si les menaces de Trump se matérialisent, l’Iran bloquera le détroit d’Ormuz, fermera les routes de la mer Rouge et le front yéménite agira pour sceller Bab al-Mandeb. L’Iran est également prêt à s’emparer des ports bahreïnis si la situation l’exige.</p><p>Trump a dit un jour que perdre l’hégémonie du dollar serait pire pour l’Amérique que de perdre une guerre majeure. Pourtant, c’est précisément ce qui est en jeu dans ce « jeu de poule mouillée » que Trump a entamé avec l’Iran, mais dont il ne sait plus comment sortir, sans humiliation dommageable.</p><p>« Washington est sous le choc », <a href="https://www.maariv.co.il/news/politics/article-1300860">écrit Anna Barsky</a>, correspondante politique en chef de (en hébreu) Ma’ariv en écho <a href="https://www.wsj.com/livecoverage/iran-war-us-israel-news-updates-2026/card/iran-sets-high-bar-in-cease-fire-talks-here-s-what-tehran-is-asking-for-cSJzK3OI8jdqvmKUao0L">à un article du Wall Street Journal</a> décrivant la liste des contre-demandes que les représentants iraniens ont transmises, par l’intermédiaire de médiateurs à l’équipe Trump, comme étant les conditions préalables de l’Iran pour un règlement :</p><p>Les responsables de la Maison Blanche ont décrit les demandes comme étant « une liste de souhaits sans lien avec la réalité sur le terrain ».</p><p>Avec ces cartes économiques déjà entre les mains de l’Iran, et sa capacité soutenir l’escalade des bombardements israélo-américains avec ses propres frappes de missiles de représailles sur les infrastructures des États du Golfe, il semble improbable que Trump obtienne une sortie plausible de cette guerre ; notamment parce que « Israël a son mot à dire » dans cette affaire, et Israël est maintenant passé de l’espoir d’un « changement de régime » à l’insistance pour que les États-Unis s’emparent de l’île de Kharg.</p><p>Israël <a href="https://conflictsforum.substack.com/p/jerusalem-believes-the-path-to-victory">a reconnu</a> que son objectif de changement de régime espéré en Iran avait échoué, écrivent les principaux commentateurs israéliens (<a href="https://www.ynet.co.il/news/article/yokra14719188">Ronen Bergman</a> et <a href="https://www.maariv.co.il/news/politics/article-1299691">Anna Barsky</a>). Ainsi, il recalibre ses objectifs — “Jérusalem [croit maintenant] que le chemin de la victoire [israélienne] passe par le contrôle de l’île de Kharg”, écrit Barsky :</p><p>Selon cette ligne de pensée, si la campagne [américano-israélienne] ne conduit pas au renversement du régime, un geste beaucoup plus tangible est nécessaire — un geste qui privera l’Iran à la fois de la capacité d’exporter du pétrole à une échelle normale et de sa capacité à menacer efficacement le trafic maritime.</p><p>Cette discussion mène à une autre conclusion : sans une présence physique à un point clé, il est très difficile d’empêcher l’Iran de revenir au même schéma … Pour changer la réalité, un contrôle réel doit être créé. Dans ce contexte, Kharg est présenté comme une cible dont la prise de contrôle pourrait simultanément priver l’Iran à la fois de revenus stratégiques et de marge d’action.</p><p>Mais, note Barsky, « On estime cependant que la vraie difficulté n’est pas du côté opérationnel mais à Washington » :</p><p>La question n’est pas de savoir si les États-Unis peuvent atteindre Kharg et prendre le contrôle de l’île. La question est de savoir si Trump est prêt à maintenir une force là-bas pendant longtemps, avec la possibilité de pertes parmi les forces américaines.</p><p>L’ancien officier de la CIA, Larry Johnson, <a href="https://sonar21.com/is-trump-serious-about-negotiations-with-iran/">écrit qu’une intervention américaine</a> à Ormuz est probablement imminente et serait désastreuse (c’est-à-dire entraînerait de nombreuses victimes américaines) :</p><p>[à] moins que Donald Trump ne reconsidère l’affaire, nous verrons probablement les États-Unis tenter de s’emparer des îles Kharg et Qeshm. Si vous lisez <a href="https://sonar21.com/looks-like-donald-trump-is-serious-about-puting-us-boots-on-the-ground-in-iran/">mon article précédent</a>, il semble que Trump utilisera à la fois la Delta Force et la Seal Team 6, ainsi que deux bataillons de Rangers et l’équipe de combat de la 1ère Brigade aéroportée de la 82e, pour s’emparer des îles.</p><p>La 31e Unité expéditionnaire militaire sera en place dans la mer d’Oman, vendredi. J’ai [maintenant] appris que Trump a annulé sa visite au CPAC ce week-end et qu’il n’assistera pas à une collecte de fonds à Mar-a-Lago vendredi soir….</p><p>« On dirait que [Trump] sera occupé à autre chose à partir de vendredi », spécule Larry Johnson :</p><p>Et puis alors ? Ces troupes seront des cibles fixes et courront un risque sérieux d’être coupées de tout ravitaillement. Si l’Iran libère un tsunami de mines, alors la seule option sera le réapprovisionnement aérien, ce qui signifie probablement que ces avions seront confrontés à des tirs dévastateurs venant des batteries côtières iraniennes et des systèmes de défense aérienne. Au lieu d’ouvrir le détroit d’Ormuz, l’action militaire américaine anticipée rendra pratiquement impossible pour tout navire d’entrer ou de sortir du golfe Persique. La fermeture complète du détroit d’Ormuz aggravera encore les dommages économiques causés à l’économie mondiale.</p><p>L’amiral iranien Ali Akbar Ahmadian a réagi à la menace de « bottes américaines sur le terrain » à Ormuz :</p><p>Depuis des années nous attendons [une invasion américaine]. Maintenant, nous n’avons qu’un message pour les soldats américains : Approchez.</p><p>Entre dans mon salon, dit l’araignée à la mouche.</p><p>Alastair Crooke</p><p>Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/1252/la-societe-iranienne-en-mouvement</guid>
	<pubDate>Sun, 29 Mar 2026 16:24:57 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/1252/la-societe-iranienne-en-mouvement</link>
	<title><![CDATA[La société iranienne en mouvement]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Merci de me convier à partager l’expérience que j’ai de l’Iran. Ce n’est pas l’expérience d’un politologue mais plutôt celle d’un chercheur en sciences sociales. J’étudie la géographie de l’Iran, j’essaie de comprendre pourquoi les lieux ont de l’importance, pourquoi Téhéran n’est pas le Baloutchistan, Yazd n’est pas Tabriz, Ispahan n’est pas Chiraz et pourquoi leurs habitants sont différents.</p>
<p>Ces derniers temps ont été marqués par l’émergence d’une société iranienne très active. Les média nous montrent régulièrement des femmes iraniennes qui, malgré la loi qui leur est imposée, réussissent à prendre leur place dans la vie sociale. Aujourd’hui, les femmes iraniennes sont plus nombreuses que les garçons à l’université (62%), elles ont moins d’enfants que les Françaises. On observe donc un changement très important dans la sociologie féminine qui, évidemment, a une traduction politique.</p><p>On peut aussi parler d’une société qui bouge avec les jeunes, non sans avoir rappelé que l’Iran est, après Israël et le Liban, le pays le plus vieux du Moyen-Orient. La baisse de la fécondité depuis 1986 a entraîné la chute du nombre d’enfants de moins de quinze ans. Les générations les plus nombreuses ont entre vingt-cinq et trente ans (même si l’Iran est plus jeune que la France et si les jeunes Iraniens restent nombreux).</p><p>En 1999, des émeutes étudiantes avaient rassemblé pendant quelques semaines des jeunes gens qui n’avaient pas réussi à convaincre leurs parents de les suivre. Aujourd’hui, dans la rue, on voit, à côté de quelques jeunes, de nombreux adultes de trente-cinq à quarante ans, c’est pourquoi ce mouvement est important. Si la société iranienne bouge, c’est justement parce que l’Iran n’est pas un pays de jeunes, mais un pays de jeunes adultes, ce qui est fondamentalement différent dans la dynamique sociale et dans la durabilité de ce mouvement. La révolution date de trente ans et les moins de quarante ans, environ 75% de la population, n’ont jamais connu le régime du Shah. Autrement dit, on est dans un phénomène nouveau où la majorité de la société n’a plus la nostalgie du « temps jadis », la référence au passé a disparu. A l’époque du Shah, il y avait en Iran 170 000 étudiants, il y en a 2 500 000 aujourd’hui. La population a doublé et le nombre d’étudiants a été multiplié par quinze. Le niveau scolaire est ce qu’il est mais, aujourd’hui, une fille de la classe moyenne passe son bac à dix-huit ans et peut dire à ses parents : « J’accepte de ne pas aller à l’université, c’est trop loin. Mais je veux préparer un BTS de chimie à l’IUT proche… ». Après son BTS de chimie, elle aura vingt ans et n’épousera pas le cousin à qui elle était promise, elle poursuivra par une licence dans un College et, sa licence terminée, passera un doctorat. A vingt-cinq ans, elle épousera qui elle voudra. Les choses ont beaucoup changé en matière d’éducation et cette population éduquée se trouve également dans les campagnes où 80% des femmes rurales sont alphabétisées. Ce changement culturel montre que l’Iran est entré dans une mondialisation qui reste par ailleurs virtuelle : c’est par la connaissance, par le livre, par la radio, la télévision, internet que les Iraniens ont connaissance de ce qui se passe dans le monde car ces Iraniens des classes moyennes et populaires ou des petites villes demeurent aujourd’hui coupés du reste du monde.</p><p>Donc, la société bouge, s’active, regarde ce qui se passe à l’extérieur. La société est mécontente. Même ceux qui ont voté Ahmadinejad récemment sont mécontents. L’économie marche mal, l’inflation est gigantesque, le chômage n’en finit plus de monter. Mais entre le mécontentement social et le changement politique, le passage est difficile à faire dans un pays qui n’a pas de structures politiques. « Ils n’ont qu’à faire la révolution ! Ils n’ont qu’à changer de gouvernement ! » entend-on. Cela ne se fait pas si facilement.</p><p>Il s’est passé quelque chose de très important au mois de juin dernier.</p><p>En Iran, les élections avaient pour fonction principale de légitimer le vainqueur qui suscite un consensus. Il était élu avec quelques 75% des voix et tout le monde rentrait chez soi sans trop de problèmes, même si le vaincu n’était pas content, même si les fraudes étaient, comme d’habitude, assez importantes.</p><p>Or, cette fois-ci, pour la première fois, les élections avaient un enjeu parce que Barack Obama avait dit quelques mois avant les élections : « Je reconnais la République islamique d’Iran, je ne suis pas d’accord avec vous mais je respecte votre opinion ». Il a ainsi commis un « attentat politique », en quelque sorte, contre la République islamique en démolissant l’un de ses piliers : l’opposition aux États-Unis. Ceci a complètement perturbé le jeu politique. Au lieu d’opposer, comme d’habitude les plus ou moins à droite, les plus ou moins à gauche et les plus ou moins islamiques, les élections avaient pour la première fois un enjeu stratégique : la possibilité de mettre fin à trente ans de guerre froide contre les États-Unis, donc de stabiliser la République islamique. En effet, si les États-Unis ne s’opposent plus à cette république, elle a vocation à pouvoir continuer et celui qui serrera la main d’Obama sera le deuxième fondateur de la République islamique.</p><p>Or l’opposition n’était pas préparée à cela. Les quelques opposants habituels, les has been : Monsieur Karoubi, un vieux mollah, les amis de Monsieur Rafsandjani, un ancien au pouvoir depuis 30 ans, Moussavi, l’ancien premier ministre du temps de la guerre et de la soviétisation de l’économie, avaient pour vocation d’être celui qui serrerait la main d’Obama, mais cette opposition était divisée et surtout ne représentait pas l’avenir, la nouvelle société. Elle a fait cependant ce qu’elle a pu, et a même fait un travail magnifique dans les trois semaines qui ont précédé les élections, la « vague verte » a mobilisé les foules, mais on ne change pas un système politique en trois semaines, ni en trois mois.</p><p>Ahmadinejad a été un « bon » président, il a changé les préfets, les sous-préfets et les responsables de cantons en vue de contrôler l’élection, il était donc capable de « gagner » cette élection, en les contrôlant, comme d’habitude… Être élu avec 63% des voix (contre 75% d’habitude) n’est pas exceptionnel. Mais cette fois-ci, les gens sont descendus dans la rue, ils ont dit : Non, je n’accepte pas l’élection. Où est mon vote ? Ils ont considéré que l’habituelle fraude était cette fois-ci inacceptable parce qu’il y avait un véritable enjeu. C’est ce qui a donné à la société iranienne le courage d’aller dans la rue : Les États-Unis nous soutiennent, ils ne vont pas casser la dynamique comme ce fut le cas à l’époque où l’Amérique avait refusé plusieurs fois la main tendue par Khatami, soumettant les Iraniens au despotisme d’Ahmadinejad.</p><p>Cet enjeu explique pourquoi la foule était dans la rue – un ou deux millions à Téhéran -, mais la protestation a eu lieu et continue dans toutes les villes et les villages d’Iran. Elle sera durable parce que ce ne sont pas des étudiants qui font la révolution mais des gens comme vous et moi, qui sont mariés, ont deux enfants et travaillent. Ils ne font pas la révolution pour le plaisir mais poussés par une contrainte vitale et stratégique.</p><p>La situation est donc tout à fait nouvelle en Iran, avec une société qui passe au politique et qui est frustrée par des élections qui auraient dû entraîner ce passage au politique, à une nouvelle politique.</p><p>Ce passage à un changement politique a-t-il des chances d’aboutir ?<br />J’analyse souvent la politique iranienne selon ses trois composantes importantes :<br />La composante islamiste, conservatrice, traditionnelle. Depuis trente ans les mollahs contrôlent le pays.</p><p>De l’autre côté de l’échiquier politique, la tendance mondialiste ou internationale rassemble les gens qui, par le pétrole, par l’éducation, par la science, voient l’Iran comme une puissance régionale importante, un pays moderne qui peut vivre au XXIe siècle.</p><p>Entre les deux il y a les nationalistes.<br />La révolution contre le Shah, allié des États-Unis, avait uni les islamistes et les nationalistes contre les mondialistes. Contre l’impérialisme américain, des nationalistes iraniens s’étaient associés aux islamistes. Khomeyni et les intellectuels de gauche firent tomber le Shah en 1978, et depuis lors, le gouvernement iranien est dirigé par cette alliance islamistes-nationalistes. Le fait nouveau est que les nationalistes, ont été « libérés » par Obama qui a déclaré ne plus être leur « ennemi », ils peuvent donc aujourd’hui se rapprocher de « l’international » qui, désormais, n’est plus adversaire de l’Iran. Cette translation de la masse du nationalisme iranien de l’islamisme vers l’international était à mi-chemin au moment des élections en juin. Le balancier continue aujourd’hui parce qu’il est durable, à condition que la politique américaine continue dans le même sens. Si la politique américaine s’arrête, le balancier s’arrêtera et risque de repartir vers l’islamisme associé au nationalisme. Le jeu continue. La situation, en pleine mutation, est assez délicate.</p><p>Qui décide en Iran ?<br />Les Iraniens avaient sur la table une solution au problème nucléaire. Mais en Iran, aujourd’hui comme hier, personne ne décide. En effet, le système des mollahs consiste à trouver un consensus : on discute, on réunit un conseil à huis clos jusqu’à ce que tout le monde soit d’accord. C’est-à-dire jamais. Traditionnellement, chaque mollah est en effet indépendant de ses collègues, il y a donc division a priori. Tout le monde se dispute et on sort de la salle avec un consensus minimum, toujours radical : Mort à l’Amérique ! Mort à Israël ! Cette capacité de dire non, ce conservatisme au vocabulaire « révolutionnaire » a été caractéristique de l’Iran jusqu’à aujourd’hui.</p><p>Le problème est que les États-Unis ont changé de stratégie politique et qu’il faut répondre vite en raison de l’importance du calendrier nucléaire. Ahmadinejad a choisi une solution à la chinoise : il a bunkerisé la République islamique. Les opposants sont jetés en prison, on verrouille le système, les Gardiens de la Révolution bloquent la machine et la République islamique est « sauvée » parce qu’elle est mise au congélateur, incapable de bouger et que la société est bloquée par la répression. Il peut alors serrer la main d’Obama et accepter un accord ponctuel sur le nucléaire. Il peut faire l’ouverture internationale parce que le cœur du système est bloqué.</p><p>Mais, je l’ai dit tout à l’heure, la société continue et continuera de bouger. Il sait donc qu’il ne peut pas faire n’importe quoi, mais il n’est pas capable de compromis et répond par la fuite en avant. L’Iran n’est pas la Chine populaire et cette méthode de gouvernement fondée sur la seule répression semble vouée à l’échec, mais pour l’heure, elle est efficace.</p><p>Les opposants essaient de se structurer et d’avancer mais, pour l’instant, ne prennent pas de décision parce qu’ils n’en ont pas la capacité : il n’y a pas de parti politique structuré en Iran.</p><p>Les religieux redoutent plus que tout que les États-Unis – c’est-à-dire les pays Occidentaux, rentrent en Iran. Ils savent que si les États-Unis mettent un pied dans le pays, c’est tout le système politique et culturel de la République islamique qui risque de tomber. Ils craignent par dessus tout « l’invasion culturelle occidentale » Ils sont donc opposés à toute négociation.</p><p>Au milieu, Ahmadinejad n’a pas la capacité politique d’imposer sa volonté parce qu’il n’a avec lui ni la rue, ni l’opposition libérale, ni les mollahs, ni même les Gardiens de la Révolution.</p><p>Jusqu’à maintenant, les anciens généraux des Gardiens de la Révolution, de bons musulmans, des nationalistes, qui ont aujourd’hui cinquante ou cinquante-cinq ans, qui ont fait la guerre Irak/Iran (1980-1988), sont restés silencieux. Ils ont combattu pour défendre la patrie, ils sont maintenant docteurs, ingénieurs, ils font du business. Ce ne sont pas des anges mais, en tant que vainqueurs de la guerre Irak/Iran et que défenseurs de l’islam, ils ont la capacité de dire aux Gardiens de la Révolution actuels les plus durs et aux mollahs, qu’ils ont la volonté d’ouvrir la main vers les États-Unis parce qu’ils veulent que l’Iran soit un grand pays moderne. L’un d’entre eux, Rezaï, commandant en chef des Pasdarans était candidat contre Ahmadinejad en 2009, Mohammad Bagher Qalibaf, actuel maire de Téhéran était candidat aux élections contre le même Ahmadinejad en 2005, il sera peut-être le Bonaparte iranien qui, si l’anarchie se prolonge et si les États-Unis n’obtiennent pas de réponse rapidement, prendra le pouvoir par un coup d’État avec le concours du Guide qui n’aura pas d’autre choix que de le soutenir pour sauver le régime.</p><p>Le scénario est assez pessimiste, assez dur. Des conflits sont possibles, voire un coup d’Etat militaire. D’autres solutions, démocratiques sont rêvées. Il est difficile de faire un pronostic.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/1251/l%E2%80%99iran-et-l%E2%80%99arme-nucleaire-fondation-res-publica</guid>
	<pubDate>Sun, 29 Mar 2026 16:23:52 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/1251/l%E2%80%99iran-et-l%E2%80%99arme-nucleaire-fondation-res-publica</link>
	<title><![CDATA[L’Iran et l’arme nucléaire - Fondation Res Publica]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Je serai d’autant plus libre de ma parole que je m’exprimerai en « off ».<br />Je ne suis ni avocat ni procureur. Ce qui m’intéresse dans cette affaire, au-delà des raisons, ce sont surtout les conséquences et la façon de les prévenir.</p>
<p>Je me concentrerai sur le dossier nucléaire. Les relations avec l’Iran comportent bien d’autres dimensions mais c’est le dossier nucléaire qui nous occupe le plus en ce moment et c’est celui sur lequel une horloge est en train de tourner.</p><p>Je commencerai par commenter les faits rapportés par l’AIEA, récemment encore, dans son rapport de la semaine dernière.</p><p>Le premier fait est la poursuite par l’Iran de son programme d’enrichissement en violation des cinq résolutions du Conseil de sécurité et de neuf résolutions de l’AIEA et sans vocation civile identifiable. Aujourd’hui l’Iran produit de l’uranium faiblement enrichi qui n’a pas d’usage civil et n’en aura pas avant longtemps. Comme l’ambassadeur Nicoullaud l’a dit, le jour où la centrale de Bouchehr entrera en fonctions, elle utilisera de l’uranium russe pour la durée de vie du réacteur. Aujourd’hui il n’y a pas d’autre projet de réacteur iranien. Aucun ne sera réalisé avant de longues années. L’usine de Natanz est comme une raffinerie qui produirait de l’essence pour des voitures qui sortiront dans vingt ans. On ne voit pas d’usage industriel prévisible. D’autres pays qui disposent de réacteurs nucléaires, comme la Corée du Sud, ont fait le choix de ne pas développer l’enrichissement parce que ce n’est pas rentable. Ils préfèrent acquérir l’uranium sur le marché. Je ne dis pas que l’usine de Natanz a des fins militaires mais qu’elle n’a pas de fins civiles identifiables.</p><p>Jusqu’en 2002, c’était un programme clandestin : ces usines ont été développées en secret, elles ont été révélées en 2002 par un groupe iranien puis l’Agence internationale de l’énergie atomique les a inspectées. Ce programme a donc été développé pendant dix-huit ans dans la clandestinité.</p><p>Il s’est appuyé sur le réseau A. Q. Khan, du nom d’un scientifique pakistanais, dit « le père de la bombe pakistanaise », assez peu connu pour sa contribution au développement des usages pacifiques de l’énergie nucléaire. Il a coopéré avec la Libye, avec la Corée du Nord, il a coopéré avec l’Iran.</p><p>Le premier élément réside donc dans les inquiétudes liées à ce programme d’enrichissement qui se poursuit sans but visible.</p><p>Le deuxième fait est le problème des contrôles. L’ambassadeur Nicoullaud a parlé des contrôles de l’AIEA : Non, l’Iran n’applique pas pleinement les contrôles de l’AIEA. Par exemple, il n’applique pas le protocole additionnel qui donne à l’Agence des pouvoirs d’inspection renforcée lui permettant d’aller dans les sites où il n’y a pas de matière nucléaire (alors que les accords habituels limitent les inspections aux sites qui renferment des matières nucléaires).</p><p>L’Iran ne répond pas aux questions de l’Agence sur ses activités nucléaires passées et présentes. Je citerai en particulier les activités pouvant être liées à la conception et à la fabrication des armes nucléaires, qui occupent une place croissante dans les rapports de l’AIEA. Les rapports de l’AIEA décrivent par exemple une étude sur l’intégration d’une charge sphérique dans un cône de missile et des expérimentations effectuées sur ce qu’on appelle un implosoir, une technologie qui permet de créer une onde sphérique à partir d’explosifs. D’autres études ont porté sur l’explosion de « quelque chose » à 600 mètres d’altitude. Le directeur général adjoint de l’AIEA, Monsieur Heinonen, qui fait un travail remarquable, a présenté aux Etats membres de l’AIEA, il y a deux ans, une vidéo montrant cette explosion à 600 mètres d’altitude. A moins que ce ne soit pour des feux d’artifice, on n’y voit pas d’usage civil.</p><p>Bref, l’AIEA explore toutes les informations reçues de plus d’une dizaine d’Etats membres et qu’elle juge suffisamment cohérentes, crédibles et détaillées pour que l’Iran doive expliquer la finalité de son programme. Mais l’Iran ne répond pas à ces questions, ne donne pas accès aux gens, ne donne pas accès aux installations ni aux documents. Les Iraniens se contentent de dire que ce sont des faux mais ce n’est pas l’avis de l’AIEA.</p><p>Le dernier point inquiétant est l’affaire du deuxième site d’enrichissement, découvert à proximité de la ville de Qom, sous une montagne, dans un camp des Pasdarans. Construit dans la clandestinité la plus totale jusqu’à la révélation de son emplacement, fin septembre, c’est un très petit site : il ne pourrait pas contenir plus de 3000 centrifugeuses. Pour vous donner un ordre de grandeur, l’usine de Natanz peut contenir 54000 centrifugeuses, sachant qu’elle est loin d’être pleine. 54000 centrifugeuses permettraient de produire en un an du combustible pour un réacteur nucléaire. 3000 centrifugeuses, c’est une bombe par an. Le site de Qom n’est pas une réplique du site de Natanz comme le prétendent les Iraniens (si Natanz était bombardée, ils auraient, disent-ils, ce deuxième site en réserve). On voit bien que son usage ne peut être civil.</p><p>Le dernier point n’est pas nucléaire. L’Iran poursuit un programme très actif de missiles, sur deux technologies : les missiles à propulsion liquide et les missiles à propulsion solide. Il faut en retenir que la portée s’accroît entre 1500 et 2000 kilomètres. Or, à 2000 kilomètres, on dépasse le cadre régional, on commence à atteindre la Roumanie et la Bulgarie. Cela n’a peut-être pas de sens du point de vue stratégique mais la réalité technique est là : la portée de ces missiles s’accroît.</p><p>Tout cela montre le déficit de confiance que la communauté internationale a dans le programme de l’Iran et donc le travail à accomplir pour restaurer la confiance, ce qui est l’objectif.</p><p>Pourquoi tout ceci est-il très préoccupant ?</p><p>D’abord en raison de la menace très forte pour la sécurité régionale.<br />Le programme nucléaire iranien fait craindre deux risques :<br />Le risque de détournement. L’Iran utilise-t-il clandestinement des installations pour produire une arme ?<br />Le risque de rupture : Que se passera-t-il si un jour l’Iran, comme la Corée du Nord, expulse les inspecteurs de l’AIEA ? Cette possibilité théorique doit être gardée à l’esprit.<br />Les risques pour la région sont de deux ordres :<br />Les risques que susciterait la politique étrangère d’un Iran nucléaire. C’est la thèse des effets de la sanctuarisation. C’est sans doute ce qui inquiète le plus les pays de la région. Quel serait le comportement de l’Iran sanctuarisé par l’arme nucléaire ou la capacité nucléaire ?</p><p>Monsieur le ministre a évoqué le risque d’une cascade de prolifération dans la région, une éventualité qu’on n’a pas envie de voir se réaliser. Paradoxalement, ce qu’Israël n’a pas fait – pousser un certain nombre de pays de la région à se doter de l’arme nucléaire – l’Iran pourrait le faire. Je voudrais noter que, de ce point de vue, il n’y a pas tellement de différence entre un Iran « au seuil », c’est-à-dire perçu comme ayant une capacité nucléaire, et un Iran effectivement doté de l’arme nucléaire. Si la différence correspond à un délai de six mois, un Etat de la région pourrait vouloir se doter de la capacité nucléaire dans les mêmes conditions. Si on aboutit à un Moyen-Orient truffé d’installations d’enrichissement prêtes, en cas de crise grave, à être affectées à des fins militaires, on passera assez rapidement d’une prolifération virtuelle à une prolifération réelle.<br />Ce sont des risques et notre tâche est de prévenir ces risques.</p><p>La deuxième catégorie de menaces a déjà été évoquée, c’est la menace pour le régime de non-prolifération nucléaire.</p><p>Au mois de mai aura lieu la conférence d’examen du TNP. Tous les cinq ans, les Etats membres du Traité de non-prolifération nucléaire se réunissent pour faire le point sur la mise en œuvre du traité. Le TNP est l’un des traités les plus universels (quatre Etats n’en font pas partie). Seules la charte des Nations Unies et la charte des droits de l’enfant ont plus de signataires.</p><p>Mais ce traité est soumis à un certain nombre de tensions et la crise nucléaire iranienne en cristallise plusieurs. Le traité repose sur un certain nombre d’échanges : le désarmement et la non-prolifération, la non-prolifération et le développement des usages pacifiques du nucléaire. On voit que l’Iran, effectivement, met en cause les aspects de non-prolifération, notamment les contrôles de l’AIEA, l’action de vérification, et ne coopère pas pleinement avec l’agence. On a mentionné le cas passé de la Corée du sud, le cas de Taïwan, le cas de l’Egypte, mais il y a une énorme différence ! Outre une différence de taille, d’ampleur, puisque ni la Corée du sud ni Taïwan n’ont développé d’installation d’enrichissement clandestines, ces pays, quand l’AIEA les a interrogés, ont ouvert leurs portes, tout comme l’a fait la Libye. Ils ont montré où étaient les scientifiques, où étaient les documents et les matières, ce que l’Iran ne fait pas.</p><p>Donc, le premier point est la mise en cause de l’AIEA.</p><p>Le deuxième point est la question de l’enrichissement et du retraitement. Ces technologies très « duales » peuvent assez facilement passer d’un mode civil à un mode militaire, elles font donc l’objet d’une sensibilité particulière.</p><p>Si on accepte que l’Iran développe des installations d’enrichissement et de retraitement sans usage civil identifiable, que dira-t-on demain aux autres ? Si d’autres pays de la région viennent nous voir en brandissant leur droit inaliénable à l’enrichissement, que leur répondra-t-on ? Au-delà de l’Iran, il y a tout le contexte régional.</p><p>A la clef de cette crise nucléaire iranienne, il y a littéralement l’avenir de nos efforts de non-prolifération.</p><p>Le troisième aspect est la menace pour la sécurité internationale. Cette question est liée à ce qui précède : si le régime de non-prolifération s’écroule, si le Moyen-Orient devient nucléaire, la sécurité internationale sera gravement atteinte. Mais, au-delà, il y a aussi l’atteinte portée aux instruments de sécurité collective : l’AIEA et le Conseil de sécurité. Ce n’est sans doute pas la première fois que l’autorité du Conseil de sécurité est battue en brèche mais, dans ce cas ce sont cinq résolutions à l’unanimité qui ne sont pas appliquées. Pour nous qui attachons une énorme importance à la sécurité collective, c’est un problème majeur.</p><p>C’est en raison de toutes ces inquiétudes qu’en 2003 la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne ont pris l’initiative d’offrir à l’Iran une voie de sortie négociée. La découverte d’une installation d’enrichissement clandestine aurait dû être suivie par les sanctions du Conseil de sécurité. La France et ses partenaires ont fait un autre choix, proposant à l’Iran une négociation qui a abouti à un premier accord, en octobre 2003. Après un certain nombre de difficultés de mise en œuvre de cet accord, un deuxième accord a été signé en novembre 2004. C’est à partir de l’élection d’Ahmadinejad que tout s’est écroulé. Les trois Européens ont été rejoints en 2006 par la Russie, les États-Unis et la Chine. Ce n’était pas un mince exploit car l’administration Bush avait été extrêmement critique vis-à-vis des Européens pour leur tentative de dialogue avec l’Iran. Conscients que, sans les États-Unis, il n’y aurait pas d’accord, nous avons fini par convaincre les Américains de la nécessité de soutenir cette tentative.</p><p>Les six ont commencé à travailler ensemble en juin 2006. Leur approche repose d’une part sur un objectif clair, partagé, qui est d’empêcher l’Iran d’acquérir une capacité nucléaire militaire, d’autre part sur une méthode qu’on appelle parfois, faute de mieux, la « double-approche », qui mêle fermeté et dialogue.</p><p>L’élément de dialogue consiste à proposer à l’Iran d’engager des négociations à la condition qu’il suspende ses activités d’enrichissement. En effet, si l’Iran continue à enrichir pendant qu’on négocie sur l’avenir du programme nucléaire, les résultats de la négociation sont biaisés car il crée du fait accompli.</p><p>L’objectif de la négociation est un accord de long terme de coopération nucléaire incluant le nucléaire civil. Le contenu des offres faites d’abord par les Européens en juin 2005, puis par les six en 2006 et de nouveau en 2008, est très vaste et même inédit : aucun pays ne s’est jamais vu offrir un tel paquet de coopération (surtout un pays pris sur le fait comme l’Iran). La lettre des six ministres envoyée à l’Iran en juin 2008 (donc signée également par la Secrétaire d’Etat américaine) exprimait clairement la volonté des six Etats de changer complètement leurs relations avec la République islamique, lui reconnaissant donc ce caractère islamique, ce qui, pour les États-Unis, n’allait pas de soi. Les Iraniens n’ont pas réagi à cette lettre.</p><p>La « double approche » consiste donc en une offre de coopération qui se muera en pression, en sanctions, si l’Iran persiste dans son refus de négocier. Cinq résolutions du Conseil de sécurité, dont trois de sanctions, ont été votées par les Russes et les Chinois, ce n’est donc pas simplement une affaire occidentale comme parfois les Iraniens le présentent.</p><p>Où en sommes-nous ?</p><p>Depuis le début de l’année 2009 trois évolutions majeures se sont produites.<br />La première, c’est l’offre historique américaine de dialogue, la « main tendue » d’Obama, une évolution que nous souhaitions, que nous soutenons et qui représentait un réel changement dans le paysage. Cette offre, jusqu’à présent, n’a pas été saisie. Les Américains ont fait passer par tous les canaux leur volonté de discuter avec l’Iran, sans pré-condition et sans réponse…</p><p>Le deuxième élément, sans doute lié au précédent, ce sont les élections, avec les fraudes qui s’y sont déroulées et la répression qui a suivi. Toute négociation suppose un interlocuteur. Sans doute le régime avait-il déjà du mal à décider, compte tenu de sa structure, mais on peut craindre que, dans ce contexte de compétition politique encore accru, il lui soit encore plus difficile de décider.</p><p>Le troisième élément est, malheureusement, la poursuite du progrès du programme nucléaire. C’est là où la notion du temps est importante. Cette affaire n’a pas commencé au mois de septembre, depuis sept ans on essaye d’arrêter les Iraniens qui, pendant ce temps, de façon très systématique, très méthodique, ont fait avancer leur programme nucléaire, additionnant les centrifugeuses, améliorant leur savoir-faire, produisant de la matière. Dans la prolifération nucléaire, le point-clef est la matière : la capacité technique de faire une bombe n’est pas un verrou, pas plus que les missiles. Le verrou c’est l’acquisition de la matière, en raison de son coût. Donc, lentement mais sûrement, l’Iran avance.</p><p>Après la révélation sur le site clandestin de Qom (le 25 septembre), les six ont rencontré l’Iran à Genève le 1er octobre, pour la première fois depuis quinze mois. Monsieur l’ambassadeur a condamné l’usage de la carotte et du bâton. Force est de constater que les Iraniens bénéficient depuis mars 2008, date de la dernière résolution de sanction, d’une phase de dialogue, sans la moindre sanction. Solana a passé de longues heures à parler aux Iraniens, il s’est rendu en Iran. Depuis l’arrivée de l’administration Obama, cet effort s’est accru.</p><p>Lors de cette réunion du 1er octobre à Genève un certain nombre d’éléments ont été agréés en principe :<br />1° Une visite sur le site de Qom, qui a eu lieu, suivie d’une deuxième.<br />2° La proposition d’approvisionner en combustible le petit réacteur de recherche (à des fins médicales) de Téhéran. Il s’agit de valoriser le combustible produit par l’usine de Natanz. La Russie et la France étaient prêtes à participer à ce schéma qui constituait une mesure de confiance (puisqu’on utilisait de l’uranium dont les fins civiles n’étaient à l’origine pas identifiables). Comme cela a été constaté, non seulement il n’y a pas eu de réponse positive mais les rumeurs qui courent depuis plusieurs semaines augurent un rejet de l’offre. Pourtant, le directeur général de l’AIEA s’est vraiment engagé dans cette affaire, la Russie y a investi un capital politique considérable. En effet, aucun des six ne souhaite, plus que la Russie, désamorcer la tension. Les États-Unis et la France l’ont soutenue pleinement, y voyant une bonne chose pour l’Iran et une amorce de retour à la confiance. Mais pour des raisons difficiles à analyser, il n’y a pas eu d’accord. Ce refus a tendance à accroître nos doutes.<br />3° Une reprise du dialogue avec les Iraniens sur le dossier nucléaire. Or, vous l’avez constaté, les Iraniens, à ce stade, n’ont pas envie de dialoguer sur le dossier nucléaire.</p><p>Que faire aujourd’hui ?</p><p>Les six ministres réunis à New-York ont prévu d’évaluer la situation et d’en tirer les conséquences avant la fin de l’année. En langage clair, cela annonce de probables nouvelles sanctions.<br />On attend de l’Iran un changement profond de comportement sur le dossier nucléaire.<br />Les Iraniens sont-ils prêts ou non à négocier sérieusement sur le programme nucléaire ?<br />Veulent-ils ou non normaliser leurs relations avec les États-Unis ?</p><p>Ceci sous-entend trois questions :<br />La première concerne leur perception de la situation. S’ils se sentent en position de force ils ne voudront peut-être pas négocier.<br />La deuxième concerne leur volonté réelle de négocier.<br />La troisième porte sur la possibilité de décider, dans les circonstances présentes, pour un système, qui, structurellement, a du mal à prendre des décisions stratégiques.<br />Ces questions sont aujourd’hui sans réponse.</p><p>Le risque, si aucun progrès n’est constaté à la fin de l’année, c’est qu’on s’achemine vers une nouvelle phase de sanctions.<br />Les sanctions ne sont pas une fin en soi, elles ont deux objectifs :</p><p>Le premier c’est essayer de convaincre l’Iran, sous la pression, qu’il a intérêt à négocier. Or ce régime réagit à la pression : en 2007, les menaces de sanctions avaient amené l’Iran à conclure rapidement avec l’AIEA un plan pour éclaircir les questions en suspens. C’est donc un régime qui réagit à la pression et le temps est peut-être venu effectivement d’accroître la pression. Encore faut-il qu’elle soit conséquente. Jusqu’à présent la logique des sanctions a été très progressive, très incrémentale, notamment à cause des Russes et des Chinois. Peut-être cette fois-ci, ces sanctions devront-elles être d’une ampleur et d’une nature différente si on veut attirer l’attention des dirigeants iraniens.</p><p>Le deuxième aspect qu’il ne faut jamais négliger est le contexte régional. Il est très important de montrer aux pays de la région que nous sommes déterminés à obtenir un règlement négocié de cette affaire. En effet, l’inquiétude monte, non seulement en Israël mais aussi dans nombre de pays de la région. La pression fait partie de cette démarche pour éviter d’autres options que personne n’a envie de voir.</p><p>Pour conclure je dirai que nous avons encore un peu de temps. Nous sommes dans le temps de la prévention, ce scénario peut encore être évité. Il importe que les six soient aussi unis que possible, sans oublier tous les autres pays du monde qui sont conscients, non seulement du problème de l’Iran mais aussi des conséquences plus larges sur le régime de non-prolifération nucléaire.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/1250/conclusion-de-jean-pierre-chevenement-fondation-res-publica</guid>
	<pubDate>Sun, 29 Mar 2026 16:22:42 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/1250/conclusion-de-jean-pierre-chevenement-fondation-res-publica</link>
	<title><![CDATA[Conclusion de Jean-Pierre Chevènement - Fondation Res Publica]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Merci, Monsieur Briens, pour cet exposé très bien documenté et éclairant.</p>
<p>Avant de passer la parole à la salle, je voudrais dire à mon tour que nous avons un peu de temps. Il ne faut pas céder à une dramatisation excessive. L’Iran dispose de ressources d’uranium limitées. Au total ses gisements représentent 2000 tonnes d’uranium et il en produit à peu près 75 par an. Il a importé 500 tonnes d’uranium de Namibie dans les années 1970. Tout cela ne permet de réaliser qu’un nombre d’armes relativement réduit, à supposer que l’Iran en ait les moyens. Or aujourd’hui on sait qu’il dispose de centrifugeuses de première génération dont beaucoup ne fonctionnent pas. La quantité d’uranium faiblement enrichi dont dispose l’Iran, 1300 kilos, n’est un secret pour personne. Cela permet peut-être de réaliser un engin après enrichissement à 90%. D’après les services secrets israéliens, l’Iran ne pourrait pas se doter d’un engin nucléaire – unique – avant 2014. L’expérimentation éventuelle détruirait la totalité de cet arsenal ! En considérant que la production d’UFE (uranium faiblement enrichi) est de 70 kilos par mois, nous pouvons conclure que nous avons un peu de temps.</p><p>La difficulté vient, me semble-t-il, – il n’y a ici ni défenseur, ni procureur – de ce que l’Iran est un pays très susceptible, peut-être légitimement susceptible, comme nous l’ont expliqué plusieurs intervenants. Le nationalisme iranien est très largement partagé y compris par l’opposition. L’intransigeance iranienne risque de faire manquer l’opportunité que constitue la présence de Monsieur El Baradei à la tête de l’AIEA. En effet ses fonctions arrivent à expiration à la fin de ce mois. C’est un Japonais qui prendra la suite, ce qui ne rendra pas forcément les choses plus faciles du point de vue de l’Iran.</p><p>Ce qui m’intrigue, c’est qu’un éventuel refus viendrait, semble-t-il, de gens comme Moussavi et le président – réputé conservateur – de la Commission de la défense du Parlement iranien. Curieusement, Ahmadinejad semblait plus ouvert (son directeur de cabinet faisait des déclarations qui allaient même au-delà de ce qu’on lui demandait !). Je m’interroge sur la manière dont cette affaire est traitée sur le plan intérieur. Comme l’a dit tout à l’heure Monsieur Hourcade, la société iranienne a besoin d’être débloquée. On voit très bien ceux qui voudraient la débloquer et ceux qui ne le souhaitent pas. L’affaire du nucléaire est bel et bien instrumentée à des fins de politique intérieure.</p><p>Sur le plan de la politique extérieure, les États-Unis ont besoin de l’Iran pour se dégager de l’Irak. Loïc Hennekinne nous avait rappelé en d’autres temps, que l’Iran dispose de moyens de pression importants puisque plus de la moitié de la population irakienne est chiite et que de nombreux partis chiites sont très influencés par Téhéran. Le retrait en bon ordre des forces américaines d’Irak dépend donc de la bonne volonté iranienne.</p><p>On pourrait en dire autant de l’Afghanistan. Si l’Iran n’a jamais entretenu de bonnes relations avec les Talibans, il a de très bons rapports avec le Hezb-i-islami, le mouvement de Gulbuddin Hekmatyar, lui- même très proche des Talibans. Si l’on ajoute à cela l’influence des minorités tadjikes et hazaras, on constate que l’Iran a des moyens de pression en Afghanistan ainsi qu’ailleurs qu’au Moyen-Orient (au Liban à travers le Hezbollah, à Gaza à travers le Hamas).</p><p>On ne peut négliger la menace d’une frappe israélienne qui serait désastreuse à tous égards, pernicieuse du point de vue de l’ordre mondial et suicidaire pour Israël.</p><p>Au point où nous en sommes, je pense que les Iraniens ont à prendre une position raisonnable. Nous ne pouvons que souhaiter la normalisation de nos rapports avec l’Iran. Depuis la destruction de l’Irak, ce pays a une position dominante dans sa région.</p><p>J’exprimerai quelques nuances sur les rapports complexes entre l’Irak et l’Iran. Au départ c’était l’eau et le feu. Les Occidentaux – particulièrement les Américains – ont certainement encouragé l’Irak mais il faut rappeler que l’ayatollah Khomeiny avait refusé la résolution des Nations Unies de 1982, faisant traîner la guerre jusqu’en 1988, date à laquelle il but la « coupe de poison ». Six ans de guerre sur huit sont imputables à l’entêtement iranien.</p><p>Dans la situation actuelle, nous avons intérêt à une normalisation, nous avons intérêt à la stabilité de la région et le risque de la prolifération doit être conjuré.</p><p>Comme l’avait dit le Président Chirac (1), je pense que l’Iran ne pourrait pas faire grand-chose d’une arme nucléaire : la dissuasion fonctionne, la Cinquième flotte est présente et l’Iran est cerné par des pays dotés de l’arme nucléaire ! Mais ce serait un encouragement à la prolifération pour des pays comme l’Arabie saoudite, qui en a les moyens financiers. Il faut aussi les techniciens, que d’ailleurs l’Iran n’a pas en nombre suffisant. C’est l’une des faiblesses iraniennes, avec l’hostilité de la communauté scientifique iranienne au régime.</p><p>Nous devons essayer de conjurer le risque de prolifération.</p><p>Le TNP a considérablement ralenti la prolifération. Kennedy déclarait au début des années 70 qu’il y aurait à la fin du siècle plus de vingt-cinq pays détenteurs de l’arme nucléaire. Il n’y en a que neuf. De ce point de vue, le TNP a joué un rôle de « ralentisseur » (comme on dit en technologie nucléaire) tout à fait efficace. L’intérêt de l’humanité n’est pas de voir partout des Etats nucléaires. Un Moyen-Orient dénucléarisé serait certainement préférable mais cela impliquerait évidemment beaucoup de changements par rapport à la situation actuelle.</p><p>Je crains (cet avis n’engage que moi) que si l’Iran ne modifie pas sa position rapidement, des sanctions nouvelles – dont je ne sais jusqu’où elles iront (on a évoqué un embargo sur les produits pétroliers raffinés) -soient inévitables.</p><p>Quoi qu’il en soit, il faut laisser la porte ouverte à la négociation parce qu’il y a derrière cette affaire nucléaire beaucoup d’éléments – notamment de politique intérieure – qui nous échappent. Je ne pense pas que l’intérêt de l’Iran soit de s’entêter dans cette perspective. L’Iran n’a pas à craindre d’agression par les États-Unis, vaccinés par le fiasco irakien contre toute tentative d’invasion terrestre. L’intérêt d’Israël n’est pas dans une frappe qui ralentirait le programme iranien sans l’anéantir, créerait un désordre inimaginable dans la région et coaliserait un très grand nombre de pays contre Israël.</p><p>Je pense donc qu’il faut « laisser un peu de temps au temps » et laisser à l’Iran le soin de changer de position.</p><p>Peut-être y a-t-il une manière de procéder et j’introduirai une nuance avec la politique actuelle. Je crois que l’expression que nous donnons souvent n’est pas heureuse et je rejoins ce que disait l’ambassadeur Nicoullaud. Si on veut aboutir dans une négociation, il ne faut pas employer constamment des langages de vexation et d’humiliation. On a quelquefois l’impression que nous allons plus loin que l’administration Obama elle-même. C’est une question de tonalité qui me paraît importante et devrait être rectifiée. Cela dit, tous les éléments évoqués par Monsieur Briens me paraissent correspondre à une réalité qui ne peut pas ne pas nous interpeller.</p><p>Il n’y a nulle volonté de ma part d’aggraver une situation déjà préoccupante et je ne vois pas d’autre solution que de maintenir ouverte la porte de la négociation et de chercher un résultat en employant le langage le plus adéquat. Si, comme l’a dit Monsieur Briens, l’Iran est sensible à la pression, Monsieur Nicoullaud rappelait que c’est une question de diplomatie.</p><p>Il y a de nombreux diplomates dans cette salle. Je vais leur donner la parole. Ils en savent plus que moi sur ce sujet.</p><p>——-<br />1) Interrogé début 2007, le chef de l’Etat notait que « si l’Iran possédait une bombe nucléaire et si elle était lancée, elle serait immédiatement détruite avant de quitter le ciel iranien. Il y aurait inévitablement des mesures de rétorsion et de coercition. C’est tout le système de la dissuasion nucléaire ».<br />Ce « qui est très dangereux, martela Jacques Chirac, c’est la prolifération ».</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/1247/eu-losing-credibility-by-not-standing-up-to-trump-former-top-diplomat-blasts-%E2%80%93-politico</guid>
	<pubDate>Sat, 21 Mar 2026 08:49:14 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/1247/eu-losing-credibility-by-not-standing-up-to-trump-former-top-diplomat-blasts-%E2%80%93-politico</link>
	<title><![CDATA[EU losing credibility by not standing up to Trump, former top diplomat blasts – POLITICO]]></title>
	<description><![CDATA[<p>“She is systematically biased in favor of the U.S. and Israel,” he went on, despite Europe “suffering from the consequences in terms of energy prices, while [U.S. President Donald] Trump gloats that this is good for the U.S. because they are oil exporters.”</p><p>Trump has given several different rationales for the start of the war with Iran, including removing the country’s repressive regime and preventing it from gaining offensive nuclear capabilities.</p><p>Borrell, a Spanish socialist who since leaving office has served as the president of the Barcelona Center for International Affairs, praised the approach of Spain’s prime minister, Pedro Sánchez, who has been <a href="https://www.politico.eu/article/spain-pedro-sanchez-emerges-eu-chief-critic-donald-trump-war-in-iran/">Europe’s fiercest critic of Trump’s strikes on Iran</a>.</p><p>Borrell argued that his successor as the EU’s chief diplomat, former Estonian Prime Minister Kaja Kallas, should “be clearer on condemning breaches of international law, whether done by Russia, Israel or the U.S.” because “we lose credibility [when] we use selectively international norms.”</p><p>Representatives for Kallas did not immediately respond to a request for comment.</p><p>The former top diplomat, who has <a href="https://www.politico.eu/article/josep-borrell-accuses-eu-institutions-inaction-gaza-crimes/">long been critical of Israel’s actions in Gaza</a> and has increasingly turned fire on the Commission since finishing his mandate, said the EU should not move ahead with the ratification of the trade agreement von der Leyen and Trump struck in Scotland last summer. “The deal was unfair from the beginning,” Borrell said. “They imposed 15 percent tariffs on us and we reduce our tariffs on them.”</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/1246/la-menace-de-netanyahou-n%E2%80%99est-pas-nucleaire-mais-pourrait-etre-bien-pire</guid>
	<pubDate>Thu, 19 Mar 2026 11:28:08 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/1246/la-menace-de-netanyahou-n%E2%80%99est-pas-nucleaire-mais-pourrait-etre-bien-pire</link>
	<title><![CDATA[La menace de Netanyahou n’est pas nucléaire mais pourrait être bien pire]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Par Avigail Abarbannel – Le 11 mars 2026 – Source <a href="https://avigail.substack.com/p/what-netanyahu-is-threatening-is">Blog de l’auteur</a></p><p class="wp-caption-text">Itamar Ben-Gvir se tient devant la mosquée al-Aqsa. Itamar Ben. Compte Gvir X</p><p>Le 10 mars 2026, le colonel à la retraite de l’Armée américaine, Lawrence Wilkerson un ancien chef d’État-major du secrétaire d’État Colin Powell, <a href="https://www.democracynow.org/2026/3/10/lawrence_wilkerson">a accordé une interview</a> à Amy Goodman sur Democracy Now! Wilkerson a passé des décennies à l’intérieur du système militaire américain et a été publiquement responsable de ses crimes depuis au moins 2003. C’est quelqu’un qui mérite d’être écouté, d’autant plus qu’il est aussi un homme compatissant qui a eu de nombreuses années pour réfléchir à sa propre contribution aux crimes de guerre commis par les États-Unis pendant son temps dans l’armée.</p><p>Vers la fin de l’entretien, il a dit quelque chose d’alarmant. Il a dit qu’il croyait que Benjamin Netanyahu était prêt à utiliser une arme nucléaire si la guerre en Iran tournait mal. Il a cité les remarques de Netanyahu à son entourage, prononcées en hébreu, dans lesquelles Netanyahu aurait indiqué qu’il était prêt à « montrer aux Iraniens quelque chose qu’ils n’avaient jamais vu auparavant ». Wilkerson a établi un parallèle avec 1973, lorsque Golda Meir a déclaré à un journaliste de la BBC qu’elle utiliserait une arme nucléaire si Israël était menacé de destruction.</p><p>Je prends Wilkerson au sérieux. Il a observé la prise de décision militaire américaine et israélienne de l’intérieur pendant des décennies et a toujours dit la vérité sur ce qu’il a vu, à un coût personnel considérable. Mais je ne suis pas sûr que sa prédiction soit juste sur la question de l’utilisation d’armes nucléaires par Israël. Ce n’est pas parce que la menace n’est pas réelle, mais parce qu’il la lit à travers une logique stratégique occidentale que Netanyahu ne partage pas nécessairement.</p><p>Israël posséderait entre 200 et 300 ogives nucléaires, ce qu’Israël n’a bien sûr jamais officiellement confirmé. Donc, la capacité est bien là. Même une petite arme tactique, de l’ordre de 1 à 10 kilotonnes, déployée contre l’Iran générerait une catastrophe régionale. Le vent et l’air ne peuvent pas être contrôlés et les retombées nucléaires ne resteraient pas confinées à l’intérieur des frontières de l’Iran. Le golfe Persique, une mer peu profonde et semi-fermée <a href="https://theconversation.com/persian-gulf-desalination-plants-could-become-military-targets-in-regional-war-277597">d’où la majeure partie de la péninsule arabique tire son eau dessalée</a>, serait contaminée. Le littoral israélien, libanais, jordanien et irakien seraient tous dans la zone de retombées. L’Iran, pour sa part, n’a pas encore tiré ses missiles les plus sophistiqués, ce que Wilkerson lui-même reconnaît. Une frappe nucléaire ne neutraliserait pas cette capacité avant que l’Iran ne riposte. Cela garantirait des représailles. Les États du Golfe, déjà sous la pression des frappes iraniennes, pourraient faire face à une menace existentielle non pas de la part de l’Iran mais de leur prétendu allié, Israël.</p><p>Et puis il y a Netanyahu lui-même. C’est un narcissique de premier ordre, un homme dont toute l’architecture psychologique est organisée autour de sa propre survie, de son statut et de son héritage historique. Il veut qu’on se souvienne de lui comme le sauveur du peuple juif, et non comme de l’homme qui a mis fin à son propre « royaume« . Son narcissisme et sa propre peur de perdre tout ce qu’il a gagné au fil des décennies servent paradoxalement de contrainte. Netanyahu a des rêves grandioses pour un grand Israël et il veut peut-être en être le grand prêtre ou le roi. Il est peu probable qu’il appuie sur un bouton qui mettrait fin à son propre rêve.</p><p>Alors, de quoi menace Netanyahu ? Je pense que la réponse est quelque chose de beaucoup plus cohérent avec l’idéologie du gouvernement religieux d’extrême droite israélien qu’il dirige, et le passage accéléré <a href="https://braveneweurope.com/ilan-pappe-chris-hedges-is-israel-on-the-brink">d’Israël à un régime religieux</a>. C’est quelque chose que les analystes occidentaux, même bien informés comme Wilkerson, pourraient manquer parce qu’ils ne comprennent pas <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Millenarianism">la mentalité millénariste</a> d’Israël et de ses dirigeants. Ils pourraient encore penser à tort qu’Israël est la démocratie occidentale qu’il prétend être depuis plus de soixante-dix ans.</p><p>Je ne crois pas que Netanyahu menace d’utiliser des armes nucléaires. Je pense qu’il menace de détruire la mosquée Al-Aqsa.</p><p>La destruction de la mosquée Al-Aqsa et la reconstruction du « Troisième Temple » sur le site sont une vision explicite et un objectif déclaré de l’extrême droite religieuse juive depuis des décennies. Ils ont toujours trouvé que l’existence de la mosquée sur ce site était une insulte à leur sensibilité religieuse et un obstacle à la reconstruction de leur Temple convoité. Ce ne sont pas des gens logiques ou réfléchis. Ce sont des fanatiques messianiques avec un type de psychologie inquiétant qui est parallèle à la psychologie des groupes chrétiens évangéliques et charismatiques.</p><p>En Israël, le désir de construire un Temple sur le site d’Al Aqsa n’est pas une position marginale. Itamar Ben-Gvir, le ministre israélien de la Sécurité nationale, a <a href="https://www.bbc.co.uk/news/articles/c4gjxg65p56o">mené des incursions provocatrices répétées</a> dans le complexe d’Al-Aqsa. Chacune de ces incursions est une déclaration de dédain pour son existence, et une inquiétante expression de son intention. Bezalel Smotrich, le ministre israélien des Finances, est issu d’un mouvement qui considère l’ensemble de l’enceinte de la mosquée comme légitimement juive et son statut actuel comme une injustice temporaire en attente d’être corrigée.</p><p>Ces hommes ne sont pas les partenaires réticents de la coalition de Netanyahu. Ils sont son gouvernement. Netanyahu utilise et renforce l’extrême droite religieuse pour sa propre survie politique et son agrandissement. Il ne se fait aucune illusion sur la capacité destructrice qu’il a placée au cœur de son gouvernement, ni sur ce que Ben-Gvir et Smotrich en feraient s’ils en avaient l’occasion.</p><p>Dans son essai, « <a href="https://dzyk.substack.com/p/decolonizing-my-zionist-mind">Décoloniser mon esprit sioniste</a>« , Daniel Klein, qui est né et a grandi dans une colonie orthodoxe en Cisjordanie avant de la quitter, témoigne :</p><p>“On m’a appris toute ma vie que la mosquée Al-Aqsa située à Jérusalem devait être enlevée pour que le Temple juif soit reconstruit. Que le sol sur lequel il se dresse nous appartient de droit divin, par des revendications anciennes antérieures à la présence de la mosquée. Que ce lieu saint fonctionnel, où d’innombrables personnes ont prié pendant des générations, était un obstacle à notre rédemption.</p><p>La réalité est que de nombreux Juifs pratiquants fantasment ouvertement sur la démolition d’une structure sainte appartenant à une autre foi, un lieu servant activement la connexion de tout un peuple au divin depuis plus de mille ans, appelant sa destruction divine.</p><p>En grandissant dans ma communauté, nous avons chanté sur la reconstruction du Temple à Jérusalem, à l’école, dans les groupes de jeunes, dans les yeshivas, pendant les vacances, lors des mariages, dans l’armée. Nous avons chanté le jour où la rédemption viendrait et où le Troisième Temple serait enfin debout. J’ai visité l’Institut du Temple où ils nous ont montré les vases qu’ils avaient préparés, les vêtements sacerdotaux recréés, les plans architecturaux pour le moment venu. C’est une croyance commune que la plus grande erreur de la guerre des Six Jours était que nous “nous ne sommes pas allé jusqu’au bout” dans la libération de Jérusalem.</p><p>Le Troisième Temple, en substance, était apparent dans tout, nos prières, nos chants, notre identité en tant que peuple attendant de revenir. Il est dans le verre qu’on casse à chaque mariage juif. Il est dans nos chants à la Pâque, lors des rassemblements. C’est le fil qui devient le tissu des histoires qui composent notre identité”.</p><p>Les gens parmi lesquels Daniel a été élevé et leur système de croyances sont maintenant en charge du gouvernement d’Israël et de son armée. Ce qui était autrefois un fantasme, ces personnes ont maintenant les moyens de le réaliser. Et ce n’est pas un accident. Le secteur religieux en Israël <a href="https://avigail.substack.com/p/settler-colonial-israel-was-never">a travaillé régulièrement et sans relâche</a> pendant des décennies pour arriver exactement à cette position.</p><p>Les conséquences de la destruction d’Al-Aqsa seraient sans précédent dans l’histoire moderne. La mosquée se trouve sur Haram al-Sharif (en arabe, « Le Noble Sanctuaire« ), le troisième site le plus saint de l’Islam. Il est sacré pour environ 1,8 milliard de musulmans dans le monde. Sa destruction ne serait pas vécue comme un acte militaire. Ce serait vécu comme une déclaration de guerre à l’Islam tout entier.</p><p>S’ils ne réagissaient pas, tous les gouvernements à majorité musulmane du monde, y compris ceux qui ont fait la paix avec Israël ou normalisé leurs relations avec Israël, seraient confrontés à une situation politique intérieure à laquelle ils ne pourraient pas survivre. L’Arabie saoudite, qui s’est alignée sur Israël, se retrouverait avec un choix impossible entre ses obligations religieuses et ses relations géopolitiques.</p><p>Mais Netanyahu ne le présenterait pas de cette façon. Il le présenterait à ses partisans sionistes chrétiens aux États-Unis comme un acte de rédemption. La reconstruction du Troisième Temple n’est pas seulement une aspiration religieuse juive. C’est un pilier central de la théologie de la Fin des Temps qui motive des dizaines de millions d’électeurs évangéliques américains. Dans leur théologie, la reconstruction du Temple est une condition préalable à la Seconde Venue du Christ.</p><p>Netanyahu se produit devant ce public depuis des décennies. Il comprend que la destruction d’Al-Aqsa, présentée comme la libération du Mont du Temple de l’Islam, électriserait la base sioniste chrétienne aux États-Unis d’une manière qu’aucune autre ne pourrait. Il serait présenté comme Israël sauvant le monde, sauvant le christianisme, debout seul contre les forces de l’Islam. Et Trump, qui doit précisément sa coalition politique à cette circonscription, aurait tout intérêt à l’encourager.</p><p>C’est la logique d’un homme acculé, qui a passé toute sa carrière à survivre grâce à l’escalade et à la manipulation, et qui a maintenant tout misé sur une guerre que, comme le note correctement Wilkerson, les États-Unis et Israël sont stratégiquement en train de perdre. Une arme nucléaire détruirait l’héritage de Netanyahu et son royaume. Mais la destruction d’Al-Aqsa, enveloppée dans le langage de la prophétie biblique et du conflit civilisationnel, pourrait, dans son esprit, remodeler l’ensemble du jeu. Ce serait un acte de provocation spectaculaire et irréversible conçu pour rendre la retraite impossible et pour lier ses alliés américains à lui par des croyances religieuses et une ferveur apocalyptique plutôt que par de simples intérêts géopolitiques, économiques ou stratégiques qui peuvent changer.</p><p>Si Netanyahu et sa bande de fous réalisent leur fantasme de détruire Al-Aqsa, ne vous attendez pas à ce que ce soit une opération secrète. Ils en feraient un spectacle mondial. Tout sera filmé, diffusé et célébré en Israël et ailleurs. Netanyahu et Ben-Gvir voudraient que le monde le voie. Ce ne sera pas « juste un autre » acte de destruction comme faire sauter un hôpital à Gaza ou une école en Iran. Ce sera une performance de domination et d’accomplissement prophétique, mise en scène pour deux publics simultanément : la droite sioniste chrétienne aux États-Unis et le propre peuple d’Israël. Je n’ai aucun doute que Netanyahu sera en mesure de vendre cela avec succès même à la société laïque israélienne comme le symbole ultime de rendre la Palestine exclusivement juive.</p><p>Je peux me tromper, et j’espère que ce sera le cas. Mais je sais comment le gouvernement israélien et son peuple pensent, et je sais ce qu’ils considèrent comme leur récompense ultime. Je connais aussi la psychologie des narcissiques. La question n’est pas de savoir si Netanyahu en est capable. La question est de savoir si le monde prête suffisamment d’attention pour l’arrêter avant qu’il ne soit trop tard. Non seulement un acte aussi abominable de vandalisme barbare représentera une destruction imprudente d’une belle partie de notre patrimoine humain commun, mais il sera profondément irrespectueux et douloureux pour près de deux milliards de personnes.</p><p>Et nous ne savons pas ce que cela pourrait déclencher. Mais je suis à peu près sûr que ce ne sera pas la Première, ou la Seconde venue, ou la prophétie de la Fin des Temps sur laquelle les fanatiques des deux religions fantasment.</p><p>Avigail Abarbannel</p><p>Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>

</channel>
</rss>