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	<title><![CDATA[Signet Loupe: Articles de blog de France]]></title>
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	<description><![CDATA[]]></description>
	
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	<pubDate>Sun, 14 Nov 2021 19:39:09 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Daniel Corwin répond à Barbara Lefebvre: Zemmour? À cheval donné on ne regarde pas les dents]]></title>
	<description><![CDATA[<p>En réponse à la Tribune de Barbara Lefebvre publié le 4/11 par Marianne sous le titre “Nous, enseignants, refusons la récupération de nos combats par Éric Zemmour” et signée – dans l’urgence – par de nombreux enseignants,  <a href="https://www.marianne.net/agora/tribunes-libres/nous-enseignants-refusons-la-recuperation-de-nos-combats-par-eric-zemmour">https://www.marianne.net/agora/tribunes-libres/nous-enseignants-refusons-la-recuperation-de-nos-combats-par-eric-zemmour</a></p><p>Daniel Corwin répond :</p>
<p>Ma réponse à Barbara Lefebvre et aux autres signataires, que je salue</p>
<p>À mon sens il y a deux volets.</p><p>Le premier, c’est que le sursaut qu’on n’osait plus espérer est comme un chevauchement tectonique : moins explosif rien ne se passait, et pour que le mur du son soit miraculeusement franchi, l’énergie derrière est fulgurante, pleine d’excès.</p>
<p>Il n’est plus temps de philosopher, mais d’agir</p>
<p>Je suis de ceux qui détestent les sorties d’Éric Zemmour sur Pétain, les Sandler, Dreyfus. Les visages de Myriam Monsonego, d’Arieh et Gabriel Sandler sont à jamais imprimés dans ma rétine, et en débordent régulièrement.</p><p>Et pourtant et même si son choix de poulain diverge, Richard Malka le disait il y a quelques jours aux prix de la Laïcité : il n’est plus temps de philosopher, mais d’agir.</p><p>Pour empêcher d’autres enfants de connaître le même sort. D’être condamnés à être des proies, ou des loups de moins en moins solitaires. Ou tout simplement de finir dans le fanatisme de la wokitude, “troisième glaciation intellectuelle” comme l’appelle Jacques Julliard, antichambre d’autres fanatismes bien pires.</p><p>Éric Zemmour a des sorties de route qui, si elles venaient de quiconque d’autre, me verraient l’ignorer à jamais.Ne dit-on pas que les plus grandes qualités, on ne les trouve jamais chez ceux qui n’ont aucun défaut ?</p><p>J’aurais aimé qu’il n’ait que ses prodigieuses qualités. Et aucun de ces défauts qui laissent un goût si amer.</p><p>Pourtant je ne vois personne d’autre pourfendre comme lui un demi siècle de léthargie enkystée, institutionnalisée, komsomolisée sur nos yeux et nos oreilles.</p><p>Quelqu’un qui a osé parler de l’éléphant dans la pièce avec une telle conviction, une telle force, qu’en relevant la tête de millions de gens il libère la parole jusqu’au PS.</p><p>D’autres l’ont fait, chacun a posé sa pierre à l’édifice. Les signataires de cette tribune n’ont de leçons de courage et d’engagement à recevoir de personne. Mais ils, elles, sont chaque jours plus isolés, méprisés par la hiérarchie et les collègues, voire diffamés, et déconsidérés par nombre de journaux.</p><p>Et bien souvent ce courage laïque se conjugue au féminin. Ils, elles, sont héroïques.</p>
<p>Le roi est nu</p>
<p>Mais avec celui dont la France entière connaît le visage depuis le tournant du siècle, il se passe autre chose : enfin on le dit haut et fort, le roi est nu.</p><p>Enfin la population regarde les choses en face et relève la tête. Et ceux qui dissertent à longueur d’antenne sur les habits neufs de l’empereur, ceux qui quand la température monte accusent le thermomètre, sont ce qu’en addictologie on appelle des “enablers”.</p><p>Des figurants d’un théâtre d’ombres, qui par leur inaction ou leurs encouragements poussent à reprendre une dose de ce qui vous tue lentement mais sûrement.</p><p>“Ceux qui de leurs mains, de leurs bouches ou de leurs yeux”, disait Jaurès, “applaudissent les huées fanatiques, laissent passer le mensonge triomphant. Le courage c’est de chercher la vérité et la dire”… On en avait oublié le goût. Oh, pas dans nos cercles, certainement pas.</p><p>Mais pour des millions de nos concitoyens condamnés à raser les murs dans l’ombre, c’est l’arrivée des secours. La lumière au bout du tunnel, enfin. L’espoir.</p><p>Y a-t-il quelqu’un d’autre porteur de la même énergie, mais sans les scories? A-t-on le temps ? Les jeunes qui avaient dix ans lors de l’attentat de Charlie sont déjà majoritairement anti Charlie.</p><p>Nous ne sommes qu’à T + 6 ans.</p><p>Qu’en sera-t-il en 2027 ?</p><p>Ensuite, parler de “prosélytisme islamiste” est un doux euphémisme pour ce à quoi sont confrontées les personnes les plus vulnérables qui soient dans la société : les enfants.</p><p>Ils voient très vite qui a la puissance et l’impunité, et qui est démuni et est sommé de s’excuser – ou pire, qui parmi les adultes hausse les épaules et détourne le regard ; c’est à dire, qui les trahit, eux, leur détresse, leur avenir, leur survie même.</p><p>À nouveau, nos signataires se démènent, restent à la barre malgré la tempête et l’indifférence.</p>
<p>La lame de fond est là</p>
<p>Mais, justement, la lame de fond est là. Dans un début de siècle où le monde adulte trouve toujours un prétexte pour se défausser de Mila, de Samuel Paty, de Fatiha Agag Boudjahlat, de Didier Lemaire, de Bernard Ravet ou, pour ceux qui connaissent des “anonymes”, pour se défausser des enseignants confrontés aux violences et intimidations superbement ignorées par les CPE et autres proviseurs et souvent le reste de la salle des profs.</p><p>Et dans un monde où on pourrait transposer le dicton juif : deux laïques, trois opinions.</p><p>Les enfants sont livrés à eux-mêmes et n’ont d’autre choix que d’adopter les codes de la meute plutôt que d’être dévorés par elle.</p>
<p>Egalité et Fraternité sont inopérants. 404 not found</p>
<p>Dans le monde réel la laïcité tout comme les grands mots de liberté, égalité et fraternité sont inopérants, 404 not found.</p><p>Elle est nécessaire, plus que jamais, mais pas suffisante. Et dans le monde réel elle est la victime de tous les accommodements que les insensés croient raisonnables, à commencer par un hommage à Samuel Paty qui aura été relégué au rang d’option.</p><p>Pas de vagues. Sauf la démographique, bien entendu.</p><p>Et on n’arrête pas un tsunami avec des maîtres nageurs. Aussi courageux soient-ils. Surtout quand ils sont chaque jour plus isolés pour sauver l’honneur, chaque jour accusés d’être “haineux”, “rageux”, “racistes”.</p><p>Injuriés, frappés, tiktokés par ceux-là même à qui ils ont consacré leur vie. Bien souvent – et je suis moi-même métis et fils d’une telle prof de français quelque part à l’étranger – ils sont les premiers serviteurs d’une égalité et d’une fraternité dans lesquelles, comme l’a incanté Bob Marley reprenant le célèbre mot d’Haïlé Sélassié, l’idéal est “colorblind” : aveugle aux couleurs.</p><p>Contrairement aux obsédés de la race qui eux, gagnent chaque jour du terrain, chaque jour mille gamins.</p><p>Or le rouleau compresseur islamiste/ indigéniste qui s’empare des esprits dès la cour d’école primaire, est une identité incroyablement forte. Partout où elle passe, à coups de punchlines chantées ou prêchées, à coups de coups de poings, l’herbe trépasse.</p><p>Or la nature a horreur du vide.</p><p>Si en face pour nos enfants il n’y a que des slogans désertés, issus de bribes d’éléments de langage de colloques grisonnants timidement bredouillés – sauf par quelques champions et championnes qui font immédiatement la une des journaux tant ils sont menacés – il se passe ce qui se passe partout, dans tous les milieux, exponentiellement. Et dans ce véritable entonnoir collectif qui engloutit nos destins et pèse sur nos têtes, même des enfants juifs en viennent à reprocher à leurs parents d’être juifs.</p><p>Le Point avait interrogé les camarades de classe de Mila. C’est de l’un d’eux que l’appel au lynchage était parti. “Elle a eu ce qu’elle a cherché, elle devait s’y attendre, lâche un petit blond en reniflant. Il y a 70 % de musulmans ici, ça ne pouvait pas bien se passer.”</p><p>Soit les enfants apprennent à dénoncer, à défoncer les Mila, les Samuel Paty passés présents et futurs, soit ils sont marginalisés en pleine adolescence, harcelés, en viennent à se suicider.</p><p>Il faut donc du système D en contrefeu pour contrer cet incendie. Une identité forte.</p><p>Est-ce idéal ? Non.</p><p>Des dérives sont-elles possibles ? Oui.</p>
<p>À cheval donné on ne regarde pas les dents</p>
<p>Il fallait que ça bouge avant. L’immeuble est en flammes. On a le choix entre la certitude de finir calcinés, ou risquer de se casser une jambe en sautant vers le tremplin des pompiers.Il ne fallait pas jouer avec le feu avant. Plus le choix. À cheval donné on ne regarde pas les dents.</p><p>Et si quelqu’un peut mobiliser aussi fort et mieux, qu’il ou elle s’avance.</p><p>Quant à Eric Zemmour dont je salue le courage qui va jusqu’à un courage physique hors normes, j’espère qu’il saura se départir de son “plaisir aristocratique de déplaire” au fur et à mesure que la pression woke et de défrancisation baissera, n’étant a minima plus dopée par les institutions. Peut-être saura-t-il mettre de l’eau dans son vin. Peut-être pas.</p><p>Mais si on ne sonne pas immédiatement la fin de la récré…</p><p>Des amis ont vécu l’arrivée du Front Islamique du Salut, d’autres, celle du Hezbollah. Ils sont pétrifiés de revivre tout cela. En France. Maintenant.</p><p>© Daniel Corwin</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Sun, 14 Nov 2021 15:28:03 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Eric Zemmour devant son “Destin”- Chronique 154 – Le blog de Bertrand Renouvin]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Au lendemain du discours prononcé par Eric Zemmour devant la Convention de la droite, le 28 septembre, une partie de l’intelligentsia parisienne se lança dans une polémique vibrante au cours de laquelle on réclama que le journaliste fasse l’objet d’une interdiction professionnelle.

La chaîne LCI obtempéra, tandis que CNews récupérait le persécuté tout en s’exposant aux représailles publicitaires d’un marchand de pâte à tartiner, chef de file d’une modeste escouade de vigilants. Une fois de plus, l’indignation d’une gauche toujours soucieuse de ses postures permit de transformer l’auteur d’un discours remarquablement agressif en victime des bourreaux de la bien-pensance… 

Puis les choses rentrèrent dans l’ordre : Eric Zemmour est toujours au “Figaro” et tient un créneau télévisé, “Valeurs actuelles” et “Causeur” sont en flanc-garde, et les ventes de son dernier livre atteignent des sommets. Messieurs les maîtres-censeurs, c’est vraiment bien joué !</p><p>Le retour au calme médiatique permet de s’interroger sur le cas Zemmour en examinant ses idées, son statut et le rôle politique qu’il semble vouloir jouer.</p><p>Les idées se ramènent toutes à un point fixe : la défense de l’identité française contre l’islam. Telle est la thématique centrale de “Destin français” (1), essai polémique sur l’histoire de la France des origines à nos jours. Le genre n’est pas méprisable, l’auteur a beaucoup lu et ses partis-pris seraient stimulants s’ils n’étaient pas alourdis de comparaisons anachroniques bâties sur des oublis trop massifs pour ne pas être volontaires. Ainsi, on apprend qu’”entre la chrétienté et l’Islam, c’est une histoire millénaire. Qui ne s’unit pas se divise ; qui n’attaque pas recule ; qui ne recule plus conquiert. Qui ne conquiert plus est conquis” (69). 

Saint Louis est glorifié, Philippe le Bel est fustigé parce qu’il ne voulait pas d’une nouvelle croisade et, du coup, “renonçait à toute colonisation de l’Asie musulmane”- comme si le roi de France pouvait avoir l’ambition d’un Alexandre Le Grand… alors que la nation française est en train de se constituer contre les empires et contre l’idée même d’empire.</p><p>François Ier fait l’objet d’une exécution en règle, au cours de laquelle on lit que l’alliance du roi de France avec Soliman le Magnifique fait aujourd’hui l’objet d’éloges “de bon ton” alors qu’elle fut la conséquence d’une défaite qui “rend fou” (147) et constitua une “transgression inouïe” mais inefficace. 

L’alliance de 1536 avec l’empire ottoman fut au contraire immédiatement utile pour contrer les Impériaux en Méditerranée par des opérations menées avec la flotte du capitan pacha Khayr al Din plus connu sous le nom de Barberousse. L’alliance de revers est une très classique alliance entre Etats, qui laisse de côté les considérations religieuses et les modes de gouvernement. Déjà, en 1402, après la victoire de Tamerlan contre Bajazet, les rois de France et de Castille avait envoyé une ambassade à Samarkand (2) en vue d’une alliance qui ne fut pas conclue car le terrible conquérant se mourrait. 

Entre François Ier et Soliman, l’alliance ouvrit la voie à une très longue période – deux siècles et demi – d’entente diplomatique et de coopération militaire qui prit fin avec l’expédition de Bonaparte en Egypte. Eric Zemmour devrait se souvenir qu’en 1566, Charles IX avait soutenu le projet d’alliance entre l’Empire ottoman et le protestant Guillaume Ier d’Orange (3) et que la France de Charles IX ne participa pas non plus à la bataille de Lépante en 1571. A partir de 1673, Louis XIV ne cessa d’encourager les Ottomans à attaquer les Habsbourg et, en 1683, souhaita très activement la prise de Vienne par les armées du Sultan. 

Le schéma d’une France chrétienne en guerre multiséculaire contre l’islam est remarquablement étranger à notre histoire diplomatique et militaire qui s’est affirmée dans la lutte de l’Etat royal, pré-national, contre toute volonté de domination impériale.</p><p>Dans “Destin français”, l’évocation des guerres de Religion est centrée sur la figure de Catherine de Médicis, fustigée au fil d’un récit partiel et confus, au mépris de la recherche historique.

L’incontournable Denis Crouzet (4) est expédié en une ligne, les autres historiens sont accusés de défendre Catherine de Médicis parce qu’ils seraient, selon l’esprit du temps, “en quête de femmes et de diversité” (164). Jean-Christian Petitfils dément ce diagnostic lorsqu’il décrit Catherine comme “une femme d’Etat d’une rare intelligence, d’une exceptionnelle habileté face aux intrigues et aux trahisons des chefs catholiques et protestants, dans un contexte de violence généralisée […] Catherine avait compris que les querelles entre catholiques et protestants mettaient en péril l’unité fondamentale du royaume et que les persécutions ne parviendraient pas à éradiquer une hérésie déjà largement répandue en Europe” (5).</p><p>Tel n’est pas l’avis d’Eric Zemmour qui ne voit chez Catherine que faiblesses suivies du coup d’autorité manqué de la Saint-Barthélemy. Pour le chroniqueur du “Figaro”, la faveur dont bénéficie la Florentine s’explique par la complaisance manifestée aujourd’hui à l’égard de la religion musulmane : “L’arrivée tonitruante d’une nouvelle religion, l’islam, sur le sol de France nous ramène aux questions de cette période de guerre des Religions, aux conflits, aux subversions, au fondamentalisme religieux et à l’Etat dans l’Etat, à son prosélytisme ardent et à ses places fortes banlieusardes […]”. Pour établir sa comparaison, Eric Zemmour oublie que la France du XVIème siècle est pleinement immergée dans le religieux alors que notre société n’est plus structurée par le catholicisme ; il ignore le “parti des politiques” qui est le parti de l’Etat et de l’unité du royaume, soucieux de limiter toutes les influences religieuses et de proscrire les partis religieux ; il ne veut pas voir que le parti catholique – la Sainte Ligue des Guises -, responsable de la première guerre de religion et des massacres qui suivent la Nuit de la Saint-Barthélemy, est un “Etat dans l’Etat”, qui exploite le fanatisme religieux dans l’intérêt dans la maison de Lorraine. Dès lors, il ne veut pas voir que la dialectique du conflit religieux trouve sa conclusion positive dans l’Édit de Nantes, acte de souveraineté que le chroniqueur du “Figaro” considère comme une “faute”. Fallait-il donc que la guerre civile se poursuive jusqu’à l’éradication des Huguenots ? C’est bien ce qui est suggéré. 

Heureusement, l’alliance conclue entre Henri de Navarre et Henri III en butte au coup d’Etat ligueur du 7 janvier 1589 permit de réaffirmer la légitimité dynastique transmise in articulo mortis au Navarrais par le roi après l’attentat d’un moine fanatisé. J’ajoute que Richelieu, glorifié par Eric Zemmour, ne songea jamais à éliminer les Protestants du royaume de France (6).</p><p>La Révolution française est représentée dans le livre d’Eric Zemmour par deux personnages : Mirabeau qui n’est pas “l’homme de la situation” parce qu’il vaut concilier le roi et la Révolution et Robespierre, loué parce qu’il est homme de la nation, le patriote qui écrase la Révolution cosmopolite et humaniste. La Révolution française selon Zemmour est une révolution sans la Déclaration de 1789, sans les monarchiens, sans le débat sur les institutions mais avec une Vendée qui est le douloureux exemple de l’éradication révolutionnaire – une Vendée qui préfigure le destin de la France, “nouvelle Vendée” parce qu’elle est “une cible du grand équarrissage mondial”. Le rabotage zemmourien de l’histoire, à coup de comparaisons anachroniques, s’achève dans la petite littérature du désespoir : “comme Charette il y a deux siècles, ceux qui se lèvent pour prendre la tête de la résistance savent leur combat perdu d’avance” (307).</p><p>Dans son dernier chapitre, le chroniqueur tente de faire la synthèse entre De Gaulle et Pétain, en reprenant la fable du “glaive” et du “bouclier” et la légende d’un Maréchal sauveur des Juifs français. Il serait trop long de démonter ici les procédés par lesquels Eric Zemmour tente d’établir sa thèse et je renvoie aux ouvrages des historiens spécialisés dans la période de l’Occupation (7) et au petit essai que j’ai récemment publié (8).</p><p>Pour conclure, Eric Zemmour loue De Gaulle d’avoir assuré à la France “cinquante ans de paix” en négociant l’indépendance de l’Algérie. Mais la trêve est terminée et il nous est annoncé que la France “forge […] les jalons de ce qui sera sa prochaine guerre civile », selon “l’implacable et tragique destin français” (568).</p><p>Tel est l’ouvrage, curieux assemblage de vrai, de faux et de même pas faux. Il faut le lire avant de reprendre, plume à la main, le discours prononcé par Eric Zemmour devant la Convention de la droite le 28 septembre. Devant un public qui paraît acquis, le chroniqueur du “Figaro” reprend sous une forme simplifiée et parfois durcie les principales thématiques du “Destin français” :</p><p>Le rejet du progressisme “liberticide” est total : il englobe les Lumières, la Révolution française, le radicalisme de la IIIème République et le libre-échange généralisé.</p><p>La dénonciation des médias est radicale : la télévision, la radio, le cinéma, la publicité, sans oublier les “chiens de garde d’Internet” forment un appareil de propagande “tyrannique” qui impose l’idéologie diversitaire.</p><p>Les institutions judiciaires forment un “appareil répressif de plus en plus sophistiqué” : “Les juges, conditionnés par la propagande de gauche dès l’École de la Magistrature, sont devenus les relais et souvent les complices des associations diverses à qui elles servent de bras armé pour racketter les dissidents et terroriser la majorité autrefois silencieuse et aujourd’hui tétanisée”.</p><p>Cette tétanisation des Français résulte d’une défaite historique qu’Eric Zemmour explique de la manière suivante : “Tous ceux qui se sentaient à l’étroit dans l’ancienne société régie par le catholicisme et le Code civil, tous ceux à qui on avait fait miroiter une libération et qui y avaient légitimement cru – les femmes, les jeunes, les homosexuels, les basanés, les juifs, les protestants, les athées – tous ceux qui se sentaient minorité mal vue au sein de la majorité des mâles blancs, hétérosexuels catholiques et qui ont joyeusement déboulonné la statue au rythme des déhanchements saccadés de Mick Jagger, tous ceux-là ont été les idiots utiles d’une guerre d’extermination de l’homme blanc hétérosexuel, catholique ». (…) le seul à qui ont fait porter le poids du péché mortel de la colonisation, de l’esclavage, de la pédophilie, du capitalisme, du saccage de la planète, le seul à qui l’on interdit les comportements les plus naturels de la virilité depuis la nuit des temps, au nom de la nécessaire lutte contre les préjugés de genre…”.</p><p>Après avoir critiqué l’indigénisme qui ramène à la guerre des races et des religions, Eric Zemmour expose sa philosophie de l’histoire : “Nous sommes ainsi pris entre l’enclume et le marteau de deux universalismes qui écrasent nos nations, nos peuples, nos territoires, nos traditions, nos modes de vie, nos cultures : d’un côté, l’universalisme marchand qui au nom des droits de l’homme asservit nos cerveaux pour les transformer en zombies déracinés ; de l’autre, l’universalisme islamique qui tire profit très habilement de notre religion des droits de l’homme pour protéger son opération d’occupation et de colonisation de portions du territoire français qu’il transforme peu à peu grâce au poids du nombre et de la loi religieuse en enclaves étrangères”. La suite est assez confuse car “… ce sont des civilisations qui s’affrontent sur notre sol dans un combat millénaire” mais les deux universalismes marchand et islamique se sont alliés pour nous détruire. Il y a “remplacement de son peuple par un autre peuple, une autre civilisation” et le “vitalisme africain a un drapeau tout trouvé : l’islam”.</p><p>D’où la question que pose Eric Zemmour à son public : “Les jeunes Français vont-ils accepter de vivre en minorité sur la terre de leurs ancêtres ?” S’ils s’y refusent, “ils devront se battre pour leur libération”. Or, on ne peut pas se battre pour l’ordre républicain, la laïcité, l’intégration, le droit d’asile, car ces mots n’ont plus de sens. Il faut que se dresse “le peuple français contre les universalismes” cosmopolite et islamique et qu’il s’affranchisse de la “religion des droits de l’homme et plus encore : “nous devons nous affranchir des pouvoirs de nos maîtres : médias, université, juges” afin de “restaurer la démocratie qui est le pouvoir du peuple contre la démocratie libérale qui est devenue le moyen, au nom de l’Etat de droit, d’entraver la volonté populaire”.</p><p>Sans ignorer les problèmes économiques, monétaires, sociaux, Eric Zemmour affirme enfin que “la question identitaire du peuple français” précède toutes les autres questions, “elle préexiste à toutes, même à celle de la souveraineté, c’est une question de vie ou de mort” car “le peuple français est “menacé de remplacement sur son propre sol”.</p><p>J’ai cité longuement le texte prononcé par Eric Zemmour afin que chacun puisse en mesurer la portée. On retient d’ordinaire la dénonciation de l’immigration et l’apologie de la “préférence nationale” mais le chroniqueur du “Figaro” dépasse de très loin la thématique du Front national devenu Rassemblement national.</p><p>Nous sommes en présence d’un discours parfaitement réactionnaire qui fustige l’ensemble de la modernité, sans jamais indiquer comment remplacer les héritages complexes de la Révolution française et des régimes ultérieurs. Il y a la nostalgie d’un ordre catholique assorti du Code civil mais pas la moindre indication sur les structures d’une société délivrée de la modernité et assurant à l’homme “blanc, hétérosexuel et catholique” son épanouissement. Comme toute idéologie réactionnaire, celle d’Eric Zemmour repose sur un fantasme : jamais la société française “traditionnelle” ne s’est pensée comme blanche et hétérosexuelle. Quant à sa dénonciation de l’universalisme au nom du catholicisme, elle est proprement aberrante puisque le catholicisme est par définition universel.</p><p>Le fantasme réactionnaire conduit comme toujours à une attitude pessimiste, voire franchement nihiliste puisque, selon Eric Zemmour, la République et la laïcité n’ont plus de sens, puisque l’Etat de droit est une illusion pernicieuse. Ce nihilisme est radical puisque les grandes institutions – la Justice, l’Université – sont corrompues et passées à l’ennemi. C’est un nihilisme historique d’autant plus radical que la promenade d’Eric Zemmour dans l’histoire de France et ses aperçus sur l’histoire générale – pensée comme affrontement millénaire entre l’Orient et l’Occident – aboutit à un écrasement de toutes les réalités qui n’entrent pas dans le schéma. La Croisade selon Eric Zemmour, c’est toujours contre les musulmans, mais, par exemple, les peuples baltes massacrés par les Chevaliers teutoniques sont effacés de l’histoire. Eric Zemmour célèbre l’identité blanche du temps jadis, mais oublie résolument que le droit du sol ne tient aucun compte des différences qu’on appelle aujourd’hui “ethniques” et ignore non moins résolument les Français des Antilles, de la Guyane, de La Réunion.  Il célèbre la colonisation alors que pour la France ce fut un aspect très secondaire de sa politique au regard de la confrontation avec l’Allemagne.</p><p>Le zemmourisme est un djihadisme inversé. Même nostalgie de la pure origine, même négation de l’histoire, même prétention folle à incarner le Bien, au nom du “monde chrétien” d’un côté, du “monde musulman” de l’autre – tous deux abusivement globalisés. Il n’y a plus de chiites et de sunnites ; il n’y a pas de conflits sanglants entre les pays musulmans alors que le Proche-Orient arabe se déchire sous nos yeux et les enjeux des deux Guerres mondiales disparaissent du champ… Dans le zemmourisme comme dans le djihadisme, il y a la même volonté belliqueuse et éradicatrice selon le fantasme de “conquête musulmane” ou de la “reconquête chrétienne”. Chacun se prépare à un bain de sang mais Eric Zemmour, prudent quand il est en public, n’appelle pas à la guerre civile : il désigne une logique implacable, un tragique destin que nous nous serions forgés. Cependant, le thème du “grand remplacement” est effectivement racialiste : au droit français de la nationalité,  il substitue une vision ethno-religieuse opposant les “blancs” de religion catholique et les gens à la peau diversement colorée qui seraient musulmans et djihadistes au moins d’intention.</p><p>L’histoire étant par définition un anti-destin, le zemmourisme est une négation de l’histoire en tant que telle. Il en résulte une antipolitique. Quand on ne veut pas voir que l’islam s’est toujours inscrit dans des structures politiques – impériales, royales – et dans divers systèmes de relations internationales, on s’interdit toute action politique. Par exemple, la prétendue “guerre des races et des religions” exclut que la France puisse défendre, au Sahel, des États peuplés d’individus à la peau noire et généralement musulmans. Eric Zemmour se tire de cette difficulté en affirmant que la France a simplement repris son œuvre colonisatrice, faisant ainsi un superbe cadeau aux djihadistes sahéliens qui nous décrivent comme des colonialistes. Plus généralement, le fait de réduire l’islam aux sectes wahhabites et salafistes revient à dire que les conceptions littéralistes et extrémistes du Coran l’ont emporté et qu’il n’y a plus qu’à se préparer à la “guerre civile sanglante” (9) contre des musulmans qui seraient tous englobés dans cette totalité violente. De telles “analyses” effacent la sociologie de l’islam français et toute une actualité qui montre que les sociétés musulmanes, au Maghreb par exemple, résistent à l’extrémisme religieux.</p><p>Il faut enfin s’interroger sur le statut d’Eric Zemmour. Qui parle ? Un journaliste et plus exactement un homme de médias, un homme qui doit sa notoriété à sa présence constante dans les médias. Plus précisément, un homme qui doit son lancement médiatique à “On n’est pas couché”, une émission qui mêle l’information et le divertissement (infotainement) au mépris de la rigueur journalistique. Celui qui se présente comme un “dissident” est donc le produit du système médiatique “tyrannique” qu’il combat et au sein duquel, malgré son éviction de France 2 puis de RTL, il occupe toujours de confortables niches à partir desquelles il lance ses prophéties politiques. A la différence de maints économistes hétérodoxes qui ne sont plus invités dans les médias nationaux, Eric Zemmour mène ses activités prospères avec la permission du capitalisme mondialisé qui serait selon lui lié à l’islamisme radical. Telle est l’ambiguïté majeure d’un personnage qui tend la sébile d’un main tout en agitant de l’autre un cocktail Molotov, qui publie dans le paisible “Figaro” tant en préparant les “Français de souche” à la guerre civile.</p><p>Plutôt que d’appeler à la censure d’Eric Zemmour, il faut l’inciter à être beaucoup plus présent dans l’espace public – en le priant d’assumer pleinement la radicalité de ses propos. Prendre ses responsabilité, c’est s’engager en politique et seule l’élection présidentielle serait à la mesure d’un personnage aussi considérable. Une candidature lui permettrait d’exposer clairement son projet pour la nation et de répondre aux questions des citoyens. S’il est vrai que l’Etat de droit est mort, par quoi remplace-t-on la Déclaration de 1789 et le Préambule de 1946 ? Doit-on du moins supprimer la liberté des opinions religions pour les musulmans ? Comment fabrique-t-on un Etat catholique dans un pays où moins de 5% des citoyens vont à la messe au moins une fois par mois ?  Sur quels critères précis fera-t-on le tri entre les citoyens considérés comme agents du “grand remplacement” et citoyens regardés comme victimes de celui-ci. Que fait-on des couples “mixtes” ? Car la guerre civile, c’est une activité très concrète : selon le quartier, on colle au mur les gens qui ont une cravate ou ceux qui ont une casquette, ceux qui n’ont pas le bon prénom, ou le bon accent, ou la bonne couleur de peau…</p><p>Craignons les littérateurs extrémistes, qui ne mesurent jamais la portée de leurs propos.</p><p>***</p><p>(1) Eric Zemmour, Destin français, Albin Michel, 2018. Les numéros entre parenthèses renvoient aux pages de ce livre. Les chiffres en italiques renvoient à ce livre.</p><p>(2) J’ai évoqué cette ambassade dans ma Lettre de Samarkand publiée sur ce blog : https://bertrand-renouvin.fr/lettre-de-samarkand-chronique-93/</p><p>(3) Cf. Blandine Kriegel, La République et le Prince moderne, PUF, 2011 et ma présentation du livre : https://bertrand-renouvin.fr/republique-le-moment-hollandais-selon-blandine-kriegel/</p><p>(4) Cf. Denis Crouzet, La Nuit de la Saint-Barthélémy, Fayard, 1994.</p><p>(5) Jean-Christian Petitfils, Histoire de la France, Fayard, 2018.</p><p>(6) Cf. Arnaud Teyssier, Richelieu, L’aigle et la colombe, Perrin, 2014, et ma présentation du livre : https://bertrand-renouvin.fr/richelieu-la-difficulte-de-gouverner/</p><p>(7) Cf. Laurent Joly, L’Etat contre les Juifs – Vichy, les nazis et la persécution antisémite, Grasset, 2018 https://bertrand-renouvin.fr/collaboration-vichy-contre-tous-les-juifs/ et 2) François Delpla, Hitler et Pétain, Editions Nouveau monde, 2018 : https://bertrand-renouvin.fr/vichy-la-carte-de-la-vassalite/</p><p>(8) Cf. Vichy, Londres et la France, Le Cerf, 2018.</p><p>(9) Voir les déclarations d’Eric Zemmour sur i24news le 17 avril 2019 https://www.youtube.com/watch?v=kwWjOZfLNjM</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Sun, 14 Nov 2021 14:49:44 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Stalingrad du COVID : Macron met un premier genou à terre !]]></title>
	<description><![CDATA[<p>C’est le Stalingrad du COVID qui fait déjà sentir ses effets destructeurs dans la macronie…</p><p>4 mois après la terrible décision présidentielle de transformer le passe sanitaire en outil de crédit social à la chinoise, qui a urtiqué une part substantielle de l’opinion (même si les medias subventionnés ont organisé et respecté une méticuleuse loi du silence à propos de la contestation), le pouvoir exécutif a donné l’image d’une paralysie face aux échéances cruciales de la crise. <a href="https://lecourrierdesstrateges.fr/2021/11/10/payant-comment-emmanuel-macron-aura-devaste-la-protection-sociale-et-les-retraites-durant-son-mandat/">Nous avons montré comment Macron semble n’avoir aucune vision sur le sauvetage du système français de protection sociale</a>. Et le reste du discours a montré une étrange temporisation sur les sujets de vaccination, alors que beaucoup craignaient le transformation du passe sanitaire en passe vaccinal. </p>
<p>Macron freine ses ambitions sur la vaccination</p>
<p>Concrètement, le Président s’est contenté d’invoquer une reprise des contaminations (<a href="https://lecourrierdesstrateges.fr/2021/11/09/5e-vague-vers-une-nouvelle-orchestration-de-la-peur/">dont nous avons montré la quasi-inexistence dans la vraie vie du pays</a>) pour annoncer que les personnes de plus de 65 ans ne disposeraient de leur passe sanitaire qu’en acceptant une troisième dose. Pour le reste, Emmanuel Macron a annoncé qu’il restait 6 millions de personnes non-vaccinées, à qui il s’est adressé en leur demandant de faire preuve de sens des responsabilités. </p><p>Foin, donc, des mesures expéditives, des menaces, des disqualifications sociales. Le Président semble chercher un apaisement, tout en consolidant <a href="https://lecourrierdesstrateges.fr/2021/08/20/scoop-quest-ce-que-le-great-reset-recherche-vraiment-avec-le-passe-sanitaire/">l’instauration du passe sanitaire dont nous avons déjà expliqué les tenants et aboutissants industriels</a>. C’est la stratégie de la fixation : on établit une forteresse, et on n’en bouge plus, ni pour avancer, ni pour reculer. </p><p>Les résistants à la politique sanitaire peuvent donc se féliciter de cette victoire tactique, discrète mais significative, remportée sur la stratégie va-t-en guerre du président. Celle-ci est désormais neutralisée. Reste à obtenir des victoires plus décisives : retrait du passe sanitaire, abrogation de l’obligation vaccinale pour les soignants. </p>
<p>Une peur des effets secondaires ?</p>
<p>Dans le même temps, les vices du dossier vaccinal ont fini par pointer le bout de leur nez. <a href="https://www.sciencesetavenir.fr/sante/10-questions-autour-du-pfizergate-sur-le-vaccin-contre-le-covid-19_158951">Le Pfizergate laisse craindre le recours de Pfizer à des méthodes frauduleuses</a> pour obtenir l’autorisation de mise sur le marché de ses produits. <a href="https://www.20minutes.fr/monde/3169527-20211110-coronavirus-ema-examine-demande-autorisation-vaccin-moderna-6-11-ans">L’ANSM a déconseillé l’utilisation du vaccin Moderna chez les moins de 30 ans</a>, compte tenu des complications cardiaques qu’il peut causer. </p><p>Le nombre de complications cardiaques intervenues pourrait même rendre petit à petit le sujet explosif. Emmanuel Macron a-t-il reçu d’importantes informations sur les vices des vaccins, qui assombrissent ses perspectives de popularité dans les semaines à venir ? Il avait en tout cas la voix éteinte, le teint jaune, le visage fermé d’un homme qui porte des mauvaises nouvelles. Nous étions loin de l’énergie agressive de juillet. </p>
<p>Macron sera-t-il vraiment candidat ?</p>
<p>Pour le reste, le Président a annoncé qu’il rédigeait de nouveaux chèques, notamment pour les jeunes, histoire de maintenir sa popularité. Il a expliqué que les conditions pour réformer les retraites n’étaient pas réunies, ce qui est un terrible aveu de sa fragilité. Et il a vanté son action mais sans donner le sentiment qu’il disposait d’un programme solide. </p><p>Certains ont affirmé qu’il s’agissait d’un discours de candidat non-déclaré. On reste sceptique. Nous maintenons notre pronostic d’un Stalingrad en rase campagne et d’un scandale sanitaire qui se révèlera dévastateur le jour où le petit peuple des vaccinés comprendra que l’exécutif a mis la santé de la majorité des Français en danger pour faire plaisir aux laboratoires pharmaceutiques. Et nous croyons plausible, désormais, que, informé des risques inconsidérés qu’il a fait prendre à ses électeurs en les forçant à recevoir des injections toxiques, Macron s’attend à un revers sévère de nature à compromettre sa candidature. </p><p>Une justice immanente sanctionnerait donc l’incompétence de cette caste mondialisée qui s’attribue généreusement le monopole de lumières qu’elle ne voit pourtant pas. </p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/763/alexandre-mirlicourtois-la-correction-des-inegalites-par-la-redistribution-fiscale-les-chiffres-decryptage-eco</guid>
	<pubDate>Sat, 13 Nov 2021 22:10:40 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/763/alexandre-mirlicourtois-la-correction-des-inegalites-par-la-redistribution-fiscale-les-chiffres-decryptage-eco</link>
	<title><![CDATA[Alexandre Mirlicourtois, La correction des inégalités par la redistribution fiscale : les chiffres - Décryptage éco]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Deux tiers des Français reçoivent davantage en prestations et en services publics qu’ils ne versent en impôts, taxes et contributions sociales ! Ce chiffre étonnera certainement beaucoup, mais il est tiré d’une étude de l’Insee qui rend compte de façon exhaustive comment la redistribution s’opère en France. La méthode consiste à diviser la population française par décile et quantifier la contribution nette à l’effort national d’un ménage type par décile, c’est-à-dire de faire la balance entre les transferts qu’il perçoit et ce qu’il verse. Et dans une vision élargie, les services publics, qu’ils soient individualisables (santé, éducation, logement) ou pas (police, justice), sont monétisés et intégrés à l’analyse.</p><p><br />Une fois passée l’action publique, les inégalités sont considérablement réduites</p><p><br />Cet exercice permet de mesurer comment l’action publique modifie la distribution du revenu primaire élargi qui, outre les revenus salariaux, intègre les revenus d’activité des indépendants, les revenus du patrimoine ainsi qu’une part restante qui compte pour 25% de l’ensemble, essentiellement les loyers fictifs, c’est-à-dire la monétisation du surcroît de bien-être que procure la propriété d’un logement. Ainsi calculé, le revenu annuel moyen est de 42 800 euros, un revenu qui se répartit de façon très inégalitaire dans la population, de 10 500 euros environ pour les 10% les plus modestes à 133 100 pour les plus aisés soit un rapport de 1 à 13.</p><p><br />Une fois passée l’action publique, les inégalités sont considérablement réduites, l’écart entre les extrêmes est ramené de 1 à 3 et les positions entre les différents déciles se sont nettement resserrées, signe d’une redistribution fonctionnant à tous les étages. La différence entre les revenus avant et après transferts permet d’établir de son côté qui, et à quelle hauteur, est le bénéficiaire net du système de redistribution.</p><p><br />Un système profitable à une majorité de Français puisque c’est uniquement à partir du 7e décile que les ménages contribuent plus qu’ils ne perçoivent. 2e observation, le système de redistribution est bien une fonction décroissante des revenus : la différence entre le revenu avant et après transferts diminue avec le niveau de vie. Enfin, en moyenne, les 10% les plus aisés reversent 35% de leurs revenus avant transferts au titre de la redistribution élargie. À l’opposé, les transferts composent 63% des revenus des moins favorisés.</p><p><br />Plusieurs mécanismes de réduction des inégalités</p><p><br />L’analyse plus détaillée des données permet de déterminer ensuite par quels mécanismes les inégalités sont réduites. Premier contributeur à la réduction des inégalités, les transferts en nature à hauteur de 50%. Les ménages accèdent en effet massivement à des services publics gratuits ou facturés à des prix nettement plus faibles que celui du marché comme la santé, l’éducation ou l’action sociale et bénéficient aussi des transferts monétaires affectés à une dépense particulière comme les allocations logement. Le système de santé notamment génère une redistribution importante par rapport à une situation où chacun devrait prendre directement à sa charge sa propre santé et où les cotisations ne seraient pas proportionnelles aux revenus. Car toute chose égale par ailleurs, les problèmes de santé se concentrent davantage dans les catégories de la population les moins aisés qui bénéficient donc plus du système public de soins.</p><p><br />Les prestations sociales monétaires jouent également un très grand rôle dans la diminution des inégalités. Et pour cause : elles sont massivement dirigées vers les plus modestes. Les sommes engagées vers la réduction de la pauvreté et la famille (54 milliards d’euros) et le montant reçu par ménage décroissent fortement en fonction du niveau de vie : de 3 300 euros pour les 10% les moins favorisés, contre moins de 200 euros pour le top 10. Les services publics collectifs (administration générale, police, justice…) contribuent également à réduire la fracture des inégalités de 16%. Les autres postes jouent, mais moins. Avec une particularité : les prélèvements ont un effet négatif sur la réduction des inégalités.</p><p><br />Si la progressivité de l’impôt sur le revenu et le patrimoine diminue les inégalités, son effet est notamment contrebalancé aussi bien par la TVA, la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques ou le plafonnement des cotisations sociales, si bien que les 20% des ménages les plus modestes sont aussi ceux qui en regard de leurs revenus primaires contribuent le plus aux prélèvements.</p><p><br />Malgré tout, le système de redistribution français est une formidable machine à organiser la solidarité nationale, mais pour une bonne raison : c’est qu’en amont, au niveau des revenus primaires, la France est une machine à creuser les inégalités.<br /></p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Sat, 13 Nov 2021 19:36:49 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Le ‘woke’ et le capital : l’angle mort de Brice Couturier]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Dans OK Millenials ! Brice Couturier livre un travail détaillé sur les racines intellectuelles du mouvement woke en présentant ses promoteurs et ses contempteurs. Mais l’essayiste peine à comprendre l’expansion du phénomène et ne parvient pas à apprécier la nature profonde de la génération montante. À moins que cet ex-maoïste converti au capitalisme libéral ne s’entête à renier ses enfants spirituels. </p><p class="has-drop-cap">Fruit d’un long travail de documentation initialement réalisé dans le cadre d’une pastille quotidienne sur France Culture, OK Millenials ! (L’Observatoire, 2021) détaille les ressorts intellectuels du woke, phénomène sociologique et politique majeur de ce début de siècle en Occident. Ce mouvement de « justice sociale » défini par ses appétences (déconstruction, censure, antioccidentalisme…) et ses origines (French theory, cultural studies…) inspire déjà de nombreux essais critiques facilement accessibles au grand public. Manquait encore une synthèse complète telle que proposée par Brice Couturier. Ses lectures étant plutôt américaines, il conduit son exposé aux racines du mouvement woke.</p><p class="has-medium-font-size">De l’art de lire Bret Easton Ellis</p><p>Si le travail de Brice Couturier est minutieux, l’interprétation qu’il en tire est en revanche assez décevante. Son point de vue est résumé dans le titre : nous assistons à une guerre des générations entre boomers et milléniaux. Pour appuyer cette idée, Couturier s’appuie notamment sur Bret Easton Ellis auquel il consacre un peu plus d’un chapitre. Dans son essai White <a name="_ftnref1" href="https://voixdelhexagone.com/2021/11/09/le-woke-et-le-capital-langle-mort-de-brice-couturier/#_ftn1" id="_ftnref1">[1]</a>, Ellis procéderait, selon Couturier, à « un règlement de comptes avec la génération des millenials » critiquée comme ultra-protégée, fascinée par la glorification des victimes et persuadée d’être en « résistance » contre Donald Trump. C’est bien de cela qu’il s’agit, mais ce n’est que le point de départ de White, pas son essence.</p><p>En fait, White décrit un changement d’époque vers ce qu’Ellis nomme le « post-empire », une évolution chaotique de l’empire américain dans laquelle le quidam, plus narcissique que jamais, doit adopter des méthodes d’auto-promotion identiques à celles des comédiens en interview. Bret Easton Ellis estime que « le post-empire a fusionné avec la culture d’entreprise » qui pousse au conformisme. Il voit en Hollywood « une des enclaves capitalistes les plus hypocrites du monde », une plateforme de business où, « si vous ne suivez pas les nouveaux règlements de l’entreprise, vous serez banni, exilé, effacé de l’histoire »… L’influence d’un capitalisme dystopique sur l’attitude des nouvelles générations, à Hollywood ou ailleurs, est maintes fois explicitée dans White, mais Brice Couturier semble n’avoir rien remarqué.</p><p class="has-medium-font-size">Guerriers d’un socialisme fantasmatique</p><p>Tout à son amour du capitalisme libéral, l’auteur d’OK Millenials ! imagine les États-Unis « devenir un État socialiste avant le milieu du siècle ». Cela partirait des universités « d’autant plus politisées qu’on y apprend moins » mais où « des batailles puériles (…) ont pris le pas sur la politique effective ». Dans ce cas, les guerriers de la justice sociale sont-ils des agents crédibles du socialisme ? Parions que leur intégration à un système dominé par le marché sera bien plus facile, la puérilité et l’inculture favorisant l’éclosion de consommateurs dociles. Le processus a d’ailleurs commencé puisque le mouvement « contamine » les grandes entreprises, comme le note Brice Couturier qui ne semble pas réaliser l’importance de l’événement.</p><p>« Parions que l’intégration des Wokes à un système dominé par le marché sera bien plus facile, la puérilité et l’inculture favorisant l’éclosion de consommateurs dociles »</p><p>OK Millenials ! mentionne plusieurs fois le New York Times pour indiquer sa conversion woke, sans que Couturier ne précise qu’il s’agit d’un quotidien libéral dans tous les sens du terme. La convergence de la presse libérale avec les nouvelles idées de « justice sociale » n’est pas systématique mais elle est suffisamment fréquente – The Guardian et Le Monde sont concernés – pour illustrer une évidence : le phénomène woke n’a rien d’une rupture, ni avec l’establishment, ni avec le capital. Un point que Brice Couturier s’acharne à esquiver.</p><p class="has-medium-font-size">Gauchisés par Brice Couturier : une aubaine pour les Wokes</p><p>Décidément, l’auteur d’OK Millenials ! ne cerne pas la véritable dynamique de son sujet et se contente d’en déchiffrer la façade, certes fascinante : une guerre de générations entre des boomers qui revendiquent la raison et des milléniaux qui imposent des idées expérimentales à l’aide d’un autoritarisme perçu comme infantile. </p><p>Ainsi Brice Couturier renonce-t-il à pousser sa réflexion sur les aspects consuméristes d’un mouvement mu par un mélange de tribalisme et de narcissisme, qui perçoit le contrat social comme une contrainte à déconstruire. Il se garde également d’analyser les importants moyens qui permettent la diffusion et l’institutionnalisation de la « justice sociale » en tant qu’idéologie. Curieusement, ce lecteur de Bret Easton Ellis n’observe guère Hollywood et voit donc à peine les célébrités millionnaires appliquer au mouvement un vernis de moralisme et de sensiblerie. Il ne parcourt pas LinkedIn ni les campagnes de publicités qui lui permettraient pourtant d’apprécier l’usage de la déconstruction et de la segmentation comme outils de communication entrepreneuriaux. De manière générale, ce n’est pas dans OK Millenials ! qu’il faut chercher une analyse de l’opportunisme et du clientélisme en tant que ressorts du phénomène woke. </p><p>« Couturier ne parcourt pas LinkedIn ni les campagnes de publicités qui lui permettraient pourtant d’apprécier l’usage de la déconstruction et de la segmentation comme outils de communication entrepreneuriaux »</p><p>Concentré sur sa guerre des générations, Brice Couturier valide le positionnement gauchiste d’un courant qui ne demande qu’à se légitimer en tant que force révolutionnaire. Par conséquent, l’essayiste néglige le fait que les Wokes prospèrent sur son propre territoire, dans le grand centre commercial du libéralisme, là où se trouvent l’argent et l’influence. </p><p>Qu’un ex-soixante-huitard maoïste ne situe pas précisément ses lointains successeurs, c’est décevant mais finalement pas si surprenant. On n’attend pas que Brice Couturier mène une réflexion aussi radicale que celle de Pier-Paolo Pasolini quelques heures avant sa mort : « L’autre – ou les autres, les groupes – viennent vers toi et t’affrontent – avec leurs chantages idéologiques, avec leurs avertissements, leurs prêches, leur anathèmes, et tu ressens qu’ils constituent aussi une menace. Ils défilent avec des banderoles et des slogans, mais qu’est-ce qui les sépare du « pouvoir » ? »<a name="_ftnref2" href="https://voixdelhexagone.com/2021/11/09/le-woke-et-le-capital-langle-mort-de-brice-couturier/#_ftn2" id="_ftnref2">[2]</a></p><p>Référence : Brice Couturier, Ok Millenials !, Paris, Éditions de l’Observatoire, 2021, 336 pages. Prix éditeur : 21 EUR.</p><p>Notes :<br /><a name="_ftn1" href="https://voixdelhexagone.com/2021/11/09/le-woke-et-le-capital-langle-mort-de-brice-couturier/#_ftnref1" id="_ftn1">[1]</a> Bret Easton Ellis, White (Robert Laffont, 2019).<br /><a name="_ftn2" href="https://voixdelhexagone.com/2021/11/09/le-woke-et-le-capital-langle-mort-de-brice-couturier/#_ftnref2" id="_ftn2">[2]</a> Interview donnée à Furio Colombo le 30 octobre 1975 et publiée le 8 novembre dans le supplément Tuttolibri de La Stampa. Editée en France sous le titre L’Ultima intervista di Pasolini (Allia, 2010).</p><p>Photo d’illustration (éditée) : <a href="https://www.flickr.com/people/31383674@N00">JMacPherson</a> / WikimediaCommons</p>
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]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/760/%C2%ABil-ny-a-rien-de-%E2%80%9Ctendancieux%E2%80%9D-a-aimer-la-france-et-sa-langue-%C2%BB</guid>
	<pubDate>Sat, 13 Nov 2021 19:35:44 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/760/%C2%ABil-ny-a-rien-de-%E2%80%9Ctendancieux%E2%80%9D-a-aimer-la-france-et-sa-langue-%C2%BB</link>
	<title><![CDATA[«Il n&#039;y a rien de “tendancieux” à aimer la France et sa langue !»]]></title>
	<description><![CDATA[<p>FIGAROVOX/TRIBUNE - Alors que Franz-Olivier Giesbert déplorait que le français ne soit plus parlé sur la Canebière, Laure Adler a jugé ce constat «tendancieux» dans l'émission C Ce Soir. Les propos de la journaliste prouvent son ignorance quant à la réalité des quartiers, estime Amine El Khatmi.</p><p>Amine El Khatmi est cofondateur et président du Printemps républicain. Il a écrit Combats pour la France (éd Fayard) en 2019 et a publié Printemps républicain (éd L'Observatoir) en 2021.</p><p>C'est un échange surréaliste auquel ont assisté les téléspectateurs de l'émission C ce soir sur France 5 ce mardi 9 novembre.</p><p>Venu présenter son Histoire intime de la Ve République, le journaliste Franz-Olivier Giesbert ne s'attendait sans doute pas à la charge idéologique mais tellement révélatrice que lui réservait Laure Adler. Son crime ? Avoir regretté de ne pas entendre parler français dans certaines rues de Marseille, ville où il a élu domicile depuis quelques années.</p><p>Des quartiers d'où je viens, et dont Madame Adler ignore tout, je me souviens de la honte de ces chibanis vivant depuis 30 ou 40 ans en France, ne maîtrisant toujours pas notre langue et devant se rendre au centre social ou au bureau de tabac pour y faire lire leurs courriers et leurs factures.</p>
<p>Amine El Khatmi</p>
<p>«J'habite Marseille, capitale française du cosmopolitisme, ville monde où je me sens chez moi. Mais souvent quand je me rends à la gare Saint Charles en passant par la Canebière, j'ai le cœur serré parce que pendant le trajet je n'ai entendu presque personne parler français. Que va-t-il arriver à notre langue ?». Ces quelques mots, rapportés par l'animateur de l'émission, Karim Rissouli, ont suffi à provoquer l'ire de la journaliste de France Inter. «Bah c'est bizarre de dire ça. Pourquoi vous écrivez ça ?» lui lance-t-elle, qualifiant son raisonnement de «tendancieux». «J'aimerais qu'ils parlent un peu plus français et ce n'est pas plus grave que ça», tente de se défendre, en vain, l'éditorialiste du Point, rappelant au passage qu'Éric Zemmour ne rate aucune occasion pour le qualifier de cosmopolite en raison de ses propos répétés en faveur de l'intégration et contre l'extrême droite. Laure Adler, peu convaincue par les arguments de son interlocuteur, va alors dégainer l'ultime argument d'autorité : «Vous êtes blanc quoi et fier de l'être. Il n'y a pas assez de blancs autour de vous» avant d'inviter un Franz-Olivier Giesbert interloqué à candidater «à l'Académie française» pour «n'entendre que du français. Et encore».</p><p>Tendancieux ? Il est donc désormais tendancieux de regretter qu'en France, dans des quartiers entiers, on ne parle plus Français. Tendancieux de regretter qu'en France, autour de la gare Saint Charles à Marseille, à la Guillotière à Lyon, ou à Barbès-Rochechouart à Paris, la concentration de populations étrangères dans les mêmes rues et les mêmes quartiers soit telle qu'elle donne à certains le sentiment de ne plus vivre en France. Tendancieux de considérer que la condition première d'une intégration réussie est l'apprentissage de la langue du pays qui vous accueille.</p><p>À lire aussi<a href="https://www.lefigaro.fr/vox/politique/amine-el-khatmi-plaidoyer-pour-une-gauche-republicaine-et-populaire-20210924">Amine El Khatmi: «Plaidoyer pour une gauche républicaine et populaire»</a></p><p>Dans mon livre, Printemps Républicain, je déplorais que la France ne consacre que 200 heures à l'apprentissage de la langue, apprentissage le plus souvent délégué à des associations, quand l'Allemagne prévoit un cycle de 600 heures de cours. Je proposais en outre que l'attribution de certaines prestations sociales soit conditionnée à l'assiduité à ces cours de Français pour inciter ceux qui veulent rejoindre la communauté nationale à mettre toutes les chances de leur côté.</p><p>Car des quartiers d'où je viens, et dont Madame Adler ignore tout, je me souviens de la honte de ces chibanis vivant depuis 30 ou 40 ans en France, ne maîtrisant toujours pas notre langue et devant se rendre au centre social ou au bureau de tabac pour y faire lire leurs courriers et leurs factures. Je me souviens d'immeubles entiers où des mères devaient attendre le retour de leurs enfants de l'école ou de leurs maris pour comprendre le recommandé remis par le facteur ou telle invitation déposée par la mairie.</p><p>Vouloir que ces femmes et ces hommes comprennent, lisent et parlent notre langue n'est pas tendancieux. C'est bien sûr leur rendre la vie plus facile, le quotidien moins compliqué, mais n'est-ce pas aussi leur ouvrir l'opportunité de découvrir l'incroyable richesse de nos livres, de nos poèmes, de nos chansons, de nos films, tous ces trésors qui font de la francophonie un bien si précieux ? Est-ce tendancieux pour la femme de lettres qu'est Laure Adler que de vouloir ouvrir à des millions de Français et de futurs Français les portes de la beauté du monde ou préfère-t-elle garder ce privilège pour elle et quelques-uns ?</p><p>ll fut un temps ou la gauche dont je viens se battait pour offrir aux gens une vie meilleure. Défendait la dignité par le travail. Militait pour l'intégration par la langue et le respect de la patrie, de ses symboles et de ses principes.</p>
<p>Amine El Khatmi</p>
<p>Déplorer que notre langue ne soit pas parlée dans des territoires entiers et vouloir y remédier n'est pas tendancieux. C'est du bon sens. C'est vouloir que ces personnes s'en sortent, s'émancipent, s'arrachent à l'assignation à résidence identitaire. C'est vouloir les respecter et les considérer autrement que comme des victimes de la France.</p><p>Sans doute est-ce d'ailleurs là le cœur du problème. Pour Laure Adler, un bon «racisé», pour reprendre l'horrible terme imposé par les «wokes» et leurs amis, est une victime. Le racisé doit rester pauvre, ne pas sortir de sa banlieue, ne pas voir ses enfants réussir, ne pas apprendre la langue. Ne pas s'intégrer. Il doit rester fidèle à son statut de pauvre victime de la France raciste et islamophobe. Comme ces maires communistes de banlieues qui se battaient pour avoir toujours plus de logements sociaux dans leurs villes, pensant assurer ainsi plus confortablement leur réélection en entassant toujours plus de familles pauvres dans des barres hideuses. Comme Jean-Luc Mélenchon qui reproche aujourd'hui à Arnaud Montebourg de proposer la création d'un contrat signé par les étrangers les engageant à l'apprentissage de notre langue, au respect de nos règles et de nos mœurs, à la formation professionnelle et à l'exercice d'un emploi. Soit les conditions élémentaires d'une bonne intégration. «Montebourg veut surveiller les mœurs des immigrés, leur langue, leur qualification et les expulser s'ils ne suivent pas la feuille de route prévue. Consternant» rétorquera sur Twitter le chef de la France Insoumise avec le sens de la mesure que chacun lui connaît.</p><p>Il fut un temps ou la gauche dont je viens se battait pour offrir aux gens une vie meilleure. Défendait la dignité par le travail. Militait pour l'intégration par la langue et le respect de la patrie, de ses symboles et de ses principes. Elle voyait les gens comme des individus appelés à s'émanciper. Et non comme une clientèle de victimes servant à nourrir un fonds de commerce. Un temps où aimer la France et sa langue n'était pas encore... tendancieux !</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/759/pour-un-mouvement-des-reacs-de-gauche</guid>
	<pubDate>Sat, 13 Nov 2021 13:04:30 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/759/pour-un-mouvement-des-reacs-de-gauche</link>
	<title><![CDATA[Pour un mouvement des réacs de gauche !]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Il faudrait créer un mouvement des réacs de gauche. On ne serait pas nombreux mais on se sentirait moins seul.</p>

<p>À la différence du réac de droite qui ne s’est pas remis de Mai 68, le réac de gauche,lui,  pince du nez devant la victoire de l’Argent et des valeurs marchandes dans tous les domaines . Comme le réac de droite , c’est un aristocrate vieux con, mais qui voudrait être parfois désintéressé.</p>

<p>Le réac de gauche est catastrophé par la baisse du niveau de nos résultats scolaires parce qu’il croit que l’éducation est l’essentiel pour former un citoyen éclairé - il est d’ailleurs outré par l’écriture inclusive , les anglicismes du globish numérique ,tous ces massacres grossiers de la langue, notre vraie identité nationale. </p>

<p>Le réac de gauche n’aime pas non plus l’indignation morale. Non qu’il soit immoral, mais il se préoccupe d’efficacité , sait que la vie collective est affaire de rapports de force, de tours et détours et se méfie par dessus tout des culs bénis et autres peine à jouir des religions anciennes et nouvelles (qui ne disent pas leur nom), dont le but est d’assoir leur pouvoir sur les autres. </p>

<p>Le réac de gauche déteste aussi le ressentiment , la victimisation, l’obsession identitaire de l’époque : les injustices le préoccupent mais il croit en la responsabilité personnelle, pas à l’individu-roi comme un enfant . Il voudrait d’ailleurs que la justice redevienne l’objet du politique plutôt que cette volonté permanente d’imposition du Bien par la contrainte. </p>

<p>Le réac de gauche aime l’autorité de l’Etat c’est à dire de le respect d’une loi votée après délibération - il déteste les voyous, petites frappes et autres mafias . Mais il aimerait une démocratie plus délibérative et se méfie du bonapartisme comme du désordre gauchiste.</p>

<p>Bref c’est un ringard tout à fait inadapté à l’époque, voué à être minoritaire et à avoir le cul entre plusieurs chaises. Mais c’est ce qui fait sa fierté : réussir à ne pas (trop) se vautrer.</p>
]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/757/les-marches-financiers-creation-de-valeur-et-destruction-de-valeur</guid>
	<pubDate>Thu, 11 Nov 2021 20:26:39 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/757/les-marches-financiers-creation-de-valeur-et-destruction-de-valeur</link>
	<title><![CDATA[Les marchés financiers - Création de valeur et destruction de valeur.]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Prononcé le 30 août 2001 - Déclaration de M. Jean-Pierre Chevènement, député du Mouvement des citoyens. </p>

<p>Les marchés financiers jouent un rôle aujourd'hui essentiel, mais vous n'attendez sans doute pas de moi que j'en fasse le panégyrique..<br />Il n'est pas non plus dans mon intention de les diaboliser. Le développement des marchés financiers, depuis vingt ans, a correspondu à des besoins objectifs de financement de la part des Etats et en particulier du Trésor américain, en raison du poids croissant des déficits budgétaires et de la dette.<br />Il fallait aussi assurer le financement de l'économie américaine par l'épargne japonaise et européenne. Le développement des marchés d'actions (Wall Street) s'est fait grâce à l'afflux de l'épargne américaine mais aussi des capitaux venus du monde entier.<br />La globalisation financière a été -faut-il le rappeler- l'objectif recherché avec constance par la politique des Etats-Unis, relayée par le FMI, l'OCDE et l'Union européenne, (libération des capitaux, désintermédiation et dérégulation bancaires, orientation de l'épargne vers les marchés financiers).<br />Les marchés financiers ont symbolisé, pendant les années quatre-vingt-dix, la confiance en l'avenir de l'économie américaine, il est vrai dopée par les dépenses militaires de l'Administration Reagan depuis le début des années quatre-vingts, dépenses concentrée sur le secteur des hautes technologies, qui sont la vraie cause de l'avance prise par les Etats-Unis sur l'Europe.<br />Pour être complet, il faut aussi souligner le rôle des marchés financiers dans les restructurations d'entreprises (fusions-acquisitions) et dans le financement des entreprises émergentes.<br />La croissance américaine n'a pas trouvé sa source à Wall Street, mais Wall Street a suivi, en apportant les capitaux nécessaires, notamment à travers les fonds de pension et les fonds de placements, dont l'apport en vingt ans a crû respectivement de 2000 et 3000 %. Les Fonds institutionnels des pays de l'OCDE gèrent des masses de capitaux d'un montant de 26.000 milliards de dollars en 1998. Les transactions financières sur les marchés financiers mondiaux, représentent aujourd'hui cinquante-cinq fois le montant du commerce mondial contre un montant supérieur d'un tiers en 1971 et dix fois plus important, en 1991, après le flottement des monnaies.<br />L'espace financier mondial qui s'est créé a évidemment sa loi de fonctionnement : c'est celle de l'actionnaire, et plus précisément celle d'un très grand nombre d'actionnaires minoritaires qui représentent les différents fonds de placement. Leur pression s'exerce sur les Etats. Rappelons-nous, il y a cinq ans, les déclarations de Hans Tietmeyer à Davos : " Les marchés financiers joueront de plus en plus à l'avenir le rôle de gendarmes des Pouvoirs Publics Les hommes politiques doivent comprendre qu'ils sont sous le contrôle des marchés financiers et non plus seulement des débats nationaux. "<br />Une pression encore plus considérable s'exerce sur les entrepreneurs au travers d'une exigence de retour sur investissement très supérieure à la croissance de l'économie mondiale.<br />I - Au cur de la globalisation financière, le concept de création de valeur.<br />Tout se passe comme si aujourd'hui la création de la valeur pour l'actionnaire était devenue le ressort de l'économie mondialisée. On applique à la valorisation des entreprises les principes utilisés pour les actifs financiers.<br />L'objectif est donc d'estimer les flux à venir. C'est ainsi que, selon les promoteurs de cette méthode, la création de valeur permet de mieux prendre en compte le long terme. Là se trouve une explication théorique aux opérations financières (OPA, OPE) qui, en fusionnant et en adossant les entreprises les unes aux autres, sont censées accroître leur valeur. Par une stratégie industrielle appropriée, les flux à long terme seront améliorés, ce qui accroît la valeur présente de l'entreprise et justifie le paiement d'un prix élevé par l'initiateur de l'offre.<br />Vous le savez, la version aujourd'hui la plus en vogue de la création de la valeur est appelée la valeur économique ajoutée, l'EVA (Economic Value Added). L'" EVA " est maintenant une marque déposée aux Etats-Unis. Sous diverses formes, elle est répandue sur la planète par les cabinets anglo-saxons de conseil en stratégie, notamment McKinsey et le BCG (Boston Consulting Group).<br />La finesse de la méthode consiste à définir comment retraiter les flux enregistrés en comptabilité pour aboutir à la valeur économique ajoutée. On obtient ainsi une succession d'EVA par année,, dont l'actualisation donne la MVA (Market Value Added) qui en est la somme. La MVA correspond dans le modèle au cours de bourse. Première observation : la création de valeur est définie par la théorie financière comme la seule création de valeur pour l'actionnaire.<br />L'EVA correspond au résultat d'exploitation moins les impôts et le coût des ressources financières (ressources propres et frais financiers). La création de valeur exclut ainsi explicitement la valeur travail.<br />L'investisseur boursier n'ira que là où la répartition est en passe d'être corrigée en faveur du capital pour obtenir ses fameux 15 % de ROE (Return On Equity).<br />II - Première observation, le concept de création de valeur pour l'entreprise accroît l'instabilité systémique des marchés.<br />1. Il y a une instabilité intrinsèque des mouvements de capitaux dans ce monde globalisé, sujet à des prophéties ou à des paniques autoréalisatrices, en proie à des comportements mimétiques, déjà décrits par Keynes, et accélérés aujourd'hui par les agences de notation. Dans ce monde, le marché valide des croyances, des " conventions ", comme le dit André Orléan. L'imitation est au cur de la rationalité " autoréférentielle " des marchés financiers.<br />Le marché financier mondial ne produit pas de rationalité collective. Il est un pouvoir d'évaluation dont la nature est avant tout médiatique. L'idée que les cours de la Bourse reflètent les fondamentaux des entreprises cotées est démentie par la réalité, comme on l'a vu avec l'effondrement récent du Nasdaq. En France la bourse a stoppé pendant seize ans, de 1962 à 1978 et si à long terme la progression est incontestable, on ne peut pas faire l'impasse sur l'Histoire (les deux guerres mondiales) ni sur un retour possible à l'Histoire. Le grand risque l'ANOMIE.<br />Il apparaît qu'il n'y a pas de finance autorégulée. L'action des Etats ou du FMI, comme prêteurs en dernier ressort, est une garantie fondamentale qui seule permet d'établir une nouvelle " convention " et par conséquent un nouvel équilibre.<br />2. Le concept de création de valeur accroît l'instabilité financière des marchés : En prétendant justifier la valeur boursière par la prise en compte du long terme, il accroît l'amplitude des réactions immédiates à la moindre modification d'informations au demeurant toujours très incertaines sur les perspectives à long terme. Cette sensibilité est techniquement mesurable au travers des PER (Price Earning Ratio) rapportant les cours de bourse aux bénéfices. Un PER de 20, bas de la fourchette des indices boursiers actuels, implique qu'une baisse de un euro des bénéfices entraînera une baisse de 20 euros du cours. Plus le PER d'une entreprise est élevé, plus la bourse reflètera la fluctuation de son cours. La capacité des marchés financiers à gérer l'incertitude propre au long terme a été invalidée par les expériences récentes, par exemple celle de la nouvelle économie (chute du Nasdaq de 65 % en un an) que j'ai déjà évoquée.<br />La minimisation des risques par les gestionnaires de fonds conduit les intervenants à diversifier leurs portefeuilles, ce qui accroît l'interdépendance des marchés financiers, mais aussi paradoxalement le risque systémique.<br />Or, le principal facteur de crise est lié au " panurgisme " obligé des intervenants. Un vaste mouvement de marché entraîne ceux qui sont à contre-courant à supporter des pertes latentes de plus en plus importantes, et finalement insupportables. Ils sont alors dans l'obligation de fermer leur position en accentuant le mouvement initial du marché. Ce phénomène de " stress " se diffuse aujourd'hui de plus en plus rapidement.<br />Le fonctionnement des marchés financiers contient donc en lui-même un facteur explosif. Le concept de création de valeur y contribue. Issu d'une critique des règles comptables, il paraît aujourd'hui susceptible de s'y substituer au travers du concept de " fair value " que les autorités comptables internationales (IASC - International Accounting Standard Committee) envisagent de généraliser pour les sociétés cotées. La fair value consiste à substituer à la valeur historique d'acquisition des actifs financiers enregistrés dans les comptes, leur valeur de marché, ce qui est supposé correspondre à la fameuse MVA. Dans ces conditions, c'est l'ensemble de l'économie qui vivrait au gré des aléas boursiers. L'Europe continentale, le capitalisme rhénan mais aussi la France, y sont hostiles et sont parvenus pour l'instant à différer cette décision.<br />L'instabilité intrinsèque des marchés, leur réactivité au court terme, les imperfections de l'information disponible, pèsent naturellement sur leur " efficience " théorique. Après avoir créé de la valeur, les marchés financiers peuvent aussi générer des destructions de ressources importantes.<br />Le Monde a publié une étude fort instructive sur douze fusions géantes. Ce sont huit cent milliards d'euros de valeur boursière qui se sont volatilisés. Le remboursement des dettes contractées, l'amortissement des coûts d'acquisition ont fait fondre le bénéfice par action. Depuis le rachat d'Orange, la capitalisation de France-Telecom a ainsi baissé de plus de 75 %.<br />Le concept de création de valeur peut favoriser l'instabilité du système. Aux Etats-Unis, jusque l'an 2000, l'inflation des actifs boursiers avait ainsi supplanté celle des produits, cependant que l'insuffisance d'épargne intérieure rendait nécessaire l'appel aux capitaux du reste du monde. La Réserve fédérale s'est trouvée démunie pour lutter contre ces effets pervers sans casser la croissance. Les difficultés actuelles de l'économie américaine illustrent l'impasse dans laquelle la prédominance des marchés financiers a engagé l'ensemble du système économique et financier.<br />III - Seconde critique plus fondamentale : le concept de création de valeur sape à terme toute idée de stratégie coopérative.<br />Censée intégrer le long terme, la théorie de la création de la valeur privilégie en fait l'incidence à court terme de choix ou d'éléments de long terme. Elle ne réduit pas mais aggrave la myopie comptable. Surtout elle élimine toute dimension collective. Elle méconnaît les solidarités les plus fondamentales et par exemple le fait que les salaires d'aujourd'hui seront les débouchés de demain.<br />Depuis vingt ans, l'Europe et les grands pays industriels tentent de gérer leurs contradictions dans le cadre de stratégies coopératives. L'idée maîtresse est qu'une action apparemment contraire à son intérêt peut néanmoins servir son initiateur si elle entraîne une réciprocité de la part de ses partenaires, qui sont autant des alliés que des concurrents. Cette problématique existe aussi au niveau des agents économiques. Le keynésianisme était une forme efficace de stratégie coopérative. Aujourd'hui, la création de valeur, en réduisant les références et les horizons au cours de bourse, sape les capacités coopératives des entreprises. Chacun se crispe sur sa gestion immédiate de création de valeur. Le long terme est pour chacun trop aléatoire pour justifier des sacrifices économiques ou sociaux immédiats. L'inhibition des stratégies coopératives qui résulte du concept de création de valeur est évidemment un élément considérable de destruction de valeurs à l'échelle collective.<br />L'exigence d'une rentabilité à 15 % n'est pas soutenable dans la longue durée. On observe d'ailleurs que celle-ci dans le passé récent a été obtenue plus par les plus values que par les dividendes (13 contre 2,8 % à Wall Street dans les années quatre-vingt-dix).<br />Le gouvernement d'entreprise (corporate governance) pénalise l'investissement à long terme, comme on l'a vu avec la récente crise de l'électricité aux Etats-Unis. Il crée un modèle de développement myope et foncièrement inégalitaire entre une minorité de gagnants et les trois quarts des salariés dont le pouvoir d'achat individuel -essentiellement constitué par les salaires- a plutôt tendance à stagner.<br />Le gouvernement d'entreprise ne répond qu'aux intérêts à court terme des Fonds de pension, essentiellement anglo-saxons qui n'ont guère de préoccupations industrielles ou sociales. Le concept financier de création de la valeur vise à leur donner une légitimité, mais la politique du monde -un monde réduit aux grands pays industrialisés, qui représentent l'essentiel de la capitalisation boursière- peut-elle se faire à la corbeille, comme aurait dit le général de Gaulle, ou plus précisément aujourd'hui sur les marchés financiers interconnectés ? Il y a là un grand danger pour l'avenir de nos sociétés.<br />La création de valeur pousse également à ce que soit réduit le poids des prélèvements publics qui obèrent l'EVA. Sans doute les services publics doivent-ils être gérés avec le souci d'améliorer leur efficacité, mais une dégradation des services publics et des équipements collectifs finirait par peser sur les performances des entreprises. Un équilibre est à trouver. Il ne peut résulter de la seule prise en compte de la création de valeur boursière.<br />S'il n'est pas dans l'intérêt à moyen ou long terme d'un pays de favoriser la bulle spéculative, ne serait-ce qu'à cause des risques liés aux effets de richesse, les écarts de capitalisation qui en résultent peuvent évidemment exposer les entreprises à des prédateurs étrangers. Le jeu des OPE, par la facilité qu'il implique -on paie contre du papier actions et non contre de l'argent- favorise inévitablement les entreprises surcapitalisées. C'est un risque majeur. Il y a une réponse de surenchère dans la course à la capitalisation. Elle participe de la bulle. Une autre voie, plus salutaire et raisonnable, consiste à décliner cette forme de compétition et à maintenir d'autres moyens d'endiguement des conséquences des déséquilibres d'inflation boursière d'un pays à l'autre. A cet égard, le récent rejet de projet de directive OPA par le Parlement européen est salutaire. Ce texte aurait exposé les entreprises européennes des pays à faible inflation boursière comme la France à n'importe quel prédateur boursier.<br />IV - Mettre les marchés financiers au service de la croissance.<br />La domination de la finance sur l'industrie et de la spéculation sur la production ne sont pas soutenables à long terme.<br />1. Le marché ne possède pas en lui des forces de rappel suffisantes pour rétablir un prix d'équilibre.<br />Pour stabiliser le système, étouffer les crises et rétablir la confiance, comme on l'a vu avec le rachat des Caisses d'Epargne américaines en 1991, avec les crises mexicaine en 1994, asiatique en 1997, russe en 1998, argentine et brésilienne aujourd'hui. Il a fallu alors des prêts massifs aux pays dits émergents, ou encore renflouer les fonds de placement en valeurs russes LTCM.<br />Ce sont les prêteurs publics en dernier ressort qui ont dû remédier à la myopie et à l'entraînement moutonnier des banques et des marchés. Il es donc normal que les Pouvoirs Publics veillent à assurer la transparence sur les marchés, empêchent les manipulations, bref assurent leur contrôle dans l'intérêt public et dans celui des opérateurs eux-mêmes.<br />2. Il est clair surtout que la prise de risques majeurs à très long terme ne peut être assurée raisonnablement que par les Etats.<br />Le capitalisme patrimonial ignore naturellement tous ceux qui n'ont pas de patrimoine. Il ignore plus fondamentalement les citoyens que nous sommes tous, irréductibles à l'homo oeconomicus de la théorie économique. Toute société a besoin que s'exercent les fonctions régaliennes, que soit assurée la cohésion sociale, que fonctionnent des services publics correspondant aux grands besoins de santé et d'éducation, ou à des monopoles naturels, disposant d'une assise territoriale (réseaux de chemins de fer ou d'électricité). Les grands programmes de recherche et de développement technologiques ne peuvent être lancés et financés dans la durée que par la Puissance Publique.<br />La compétitivité ne se réduit pas en effet à la somme des performances partielles des entreprises. La cohésion sociale et la qualité du système national d'innovation contribuent essentiellement à la création de richesses. Or, ce sont des phénomènes collectifs, tout comme la culture et l'éducation, l'apprentissage et la diffusion du progrès technique, l'acceptation raisonnable des risques technologiques qu'il appartient à la Puissance Publique de susciter par un débat responsable, permettant de dominer les peurs irrationnelles, dont est porteur un concept aussi peu rigoureux que le trop fameux " principe de précaution ". Tout cela procède d'un effort de la collectivité dans son ensemble et suppose la restauration d'une capacité de réflexion collective et d'action à long terme de la Puissance Publique et de l'ensemble des partenaires sociaux.<br />3. L'entreprise elle-même a besoin de la durée.<br />Concrètement, l'entreprise mérite mieux que la financiarisation qui la transforme en actif pur, dont il s'agirait de maximiser la valeur boursière. L'entreprise a besoin d'actionnaires stables et d'un management qui puisse inscrire son action dans la durée. Or, la part des non résidents dans le capital des entreprises françaises est devenu trop importante, passant, durant les années quatre-vingt-dix de 10 % à 35 % selon la Banque de France. La part des investisseurs étrangers atteindrait 50 % pour l'ensemble des sociétés figurant au CAC 40. De même, et le mouvement s'est accéléré ces dernières années, beaucoup de PME à fort potentiel de développement sont-elles aujourd'hui contrôlées par des capitaux étrangers. L'épargne française se place plus volontiers en obligations qu'en actions.<br />La situation de la France contraste de ce point de vue avec celle des autres pays industrialisés, où le taux de détention de la capitalisation boursière par les non-résidents est notablement plus faible : 11 % pour le Japon, 10 % pour l'Allemagne, 9 % en Grande-Bretagne, 6 % aux Etats-Unis. Il est vrai que la part détenue par chaque Fonds d'investissement est souvent très faible.<br />La fin du système de participations croisées expose cependant nos grandes entreprises au risque de prédateurs boursiers. Il est certainement souhaitable de faire remonter la part de l'actionnariat stable : la moitié des sociétés cotées au CAC 40 a un noyau dur inférieur à 30 %, quinze d'entre elles inférieur à 20 %, cinq inférieur à 10%. Cela peut se faire par rachat d'actions ou par le développement de Fonds d'épargne salariale qui peuvent intervenir dans la gestion dès lors qu'ils représentent environ 10 % de la capitalisation.<br />Cette situation a un inconvénient majeur : La subordination trop étroite des dirigeants aux actionnaires peut aboutir à des résultats profondément négatifs. L'amélioration du rendement boursier se fait en fonction de considérations à court terme, au détriment des investissements et des synergies à long terme. La valeur d'un dirigeant ne se résume pas à la publication des comptes semestriels, voire trimestriels, de son entreprise, et la gouvernance externe par le marché atteint vite ses limites. Le diktat des normes de gestion anglo-saxonnes sur les entreprises françaises est profondément destructeur des cultures d'entreprise et des solidarités sociales sans lesquelles une société démocratique ne peut vivre.<br />Le pouvoir dans les entreprises doit être exercé par des actionnaires stables, assurant soit directement la gestion de l'entreprise, soit un contrôle sur un directoire gérant celle-ci dans la durée. La prédominance des marchés financiers s'exerce souvent par des effets d'opinion. Cette logique conduit au mythe d'entreprises sans usines, et bientôt sans salariés, rejetant tous les problèmes sur les sous-traitants.<br />Il faut éviter un retour à l'archéocapitalisme du XIXème siècle qui ressusciterait des tensions d'un autre temps. Il faut pour cela reconquérir le capital de nos entreprises pour leur redonner toutes leurs chances de développement à long terme.<br />Au total, la " création de la valeur pour l'actionnaire " est un concept microéconomique qui n'a de signification que contextuelle. Ne confondons pas le besoin de liquidité avec le problème de développement économique, qui résulte de l'effort fourni par tous ceux qui travaillent et entreprennent. Les apporteurs de capitaux sont rémunérés en fonction d'une logique propre : le taux d'intérêt qui correspond à l'effort d'épargne et les dividendes que justifie la prise de risque.<br />La création de valeur proprement dite se réalise dans l'entreprise grâce à l'effort de tous ceux qui y travaillent, qui innovent, améliorent les processus de production et la qualité des produits, grâce aux chefs d'entreprise que vous êtes, auxquels incombent la responsabilité d'anticiper les tendances du marché, d'orienter la recherche et le développement technologique, d'organiser la production, de créer un climat social favorable au sein de l'entreprise elle-même. La création de valeur implique aussi une action à longue portée de l'Etat. Elle ne va pas non plus sans des services publics performants, je pense en particulier au système éducatif. Plus que jamais la France doit faire le pari de l'intelligence en fixant clairement à l'Ecole ses missions. L'élévation du niveau de formation et la qualification de notre main d'uvre est notre principal atout.<br />*<br />* *<br />Evitons donc les oppositions dogmatiques. Il n'est pas nécessaire de combattre les excès d'une économie administrative par un excès inverse qui serait la dictature des marchés financiers.<br />Il n'y a rien à gagner à opposer une conception purement créancière du monde à la citoyenneté, ensemble indissociable de droits et de devoirs, dont l'Etat, en tant qu'expression de la nation, communauté de citoyens, est le garant en dernier ressort. Non seulement encore une fois parce que les marchés ont besoin d'un principe extérieur pour surmonter leurs crises, mais bien plus encore parce que le développement économique à long terme a besoin de références stables. Pour que des normes et des objectifs collectifs suscitent l'adhésion de la collectivité et des partenaires sociaux, il est nécessaire qu'ils résultent d'un débat démocratique argumenté, sanctionné par le suffrage universel. On ne peut faire l'impasse sur les nations et sur la démocratie, dont elles sont le cadre, pour assurer un développement soutenable à long terme, sauf à prendre le risque de délégitimer profondément le mécanisme économique lui-même. L'économie de marché a besoin de la démocratie. Le principal danger qui guette le monde, c'est l'anomie, l'absence de règles. Sachons donc préserver la légitimité démocratique qui les fonde dans chaque nation. C'est dans le développement à long terme, inséparable des choix collectifs, auxquels les marchés peuvent contribuer, mais que seuls ils ne peuvent pas faire, que gît le vrai potentiel de création de valeur par les entreprises.<br />V - Assurer la croissance à long terme de l'économie française.<br />Je ne voudrais pas conclure sans dessiner quelques perspectives sur les conditions à réunir pour assurer la croissance à long terme de l'économie française, car là est la véritable création de valeur.<br />Notre pays, à partir de 2006, et l'Europe plus encore, vont devoir faire face aux conséquences d'une véritable implosion démographique qui posera le problème du financement de nos régimes de retraite et de notre protection sociale. Le taux de renouvellement des générations est descendu pour l'Europe à 70 %, (soit 1,45 enfant par femme).<br />La situation sera un peu moins mauvaise pour la France mais dès 2050 le rapport des actifs aux inactifs sera descendu de 2,5 à 1,5. La démographie est le problème essentiel qui se pose à la France et à l'Europe au XXIème siècle. Cette implosion démographique pèse lourdement sur l'avenir de la protection sociale. A cette question il n'y a de réponse solide et convaincante ni dans la mise en place des fonds de pensions, ni dans le développement de placements à l'étranger, dont la France, avec les emprunts russes, a déjà fait une fois l'expérience, ni dans le recours à l'immigration qui, dès lors qu'il deviendrait massif, poserait inévitablement le problème de l'intégration des nouveaux arrivants, dans le respect de nos valeurs et de nos lois, et par conséquent de la stabilité sociale.<br />En réalité, il n'y a de réponse adéquate à cette lancinante question que dans la démographie elle-même. Il convient de revoir le système de cotisations des retraites pour prendre en compte le nombre d'enfants élevés et de multiplier les possibilités de garde individuelle et collective permettant aux couples de satisfaire leur désir d'enfants (qui correspond à un taux de 2,3 enfants par femme), tout en permettant aux femmes qui le souhaitent d'exercer l'activité professionnelle à laquelle elles aspirent légitimement.<br />Plus généralement, c'est toute la politique familiale qui doit être repensée, afin de résoudre le problème de long terme qui se pose à la France, chaque pays européen ayant la responsabilité de prendre les mesures les mieux adaptées à sa culture et à son système social.<br />A l'horizon des prochaines années, l'économie française n'est pas dépourvue d'atouts. La population active progressera encore, toutes choses égales d'ailleurs, de 0,6 Millions d'ici 2010, tandis que le nombre des personnes âgées croîtra de 1,1 Million. Surtout, le nombre d'actifs employés en-dessous de vingt-cinq ans et au-dessus de cinquante-cinq ans est sensiblement plus faible en France que chez nos voisins européens (respectivement 28 % contre 51 % et 36 % contre 41 %). Si nous rejoignions la moyenne européenne des taux d'activité, la population active pourrait s'élever de 1,4 Million d'ici 2010.<br />Enfin, il subsiste en France un chômage résiduel de plus de deux millions de personnes, legs des années de stagnation et conséquence du choix de l'accrochage du franc au mark, plus particulièrement de 1991 à 1997. C'est le chômage qu'il faut continuer à résorber en priorité, avant de faire à nouveau appel à l'immigration qui n'est absorbable qu'à doses modérées (environ 100.000 par an).<br />Enfin la progression du travail féminin est appelée à continuer. Nous devons favoriser ce mouvement en desserrant les freins qui y font obstacle, notamment dans l'organisation de la vie quotidienne.<br />Au total, la population active française pourrait s'accroître d'environ 5 Millions de personnes dans la prochaine décennie à condition que soit menée une politique volontariste de croissance et de revalorisation du travail. Parallèlement un assouplissement de la législation sur les heures supplémentaires s'avérera nécessaire pour aider les entreprises à remédier à leurs difficultés de recrutement. Il subsiste donc des possibilités de croissance pour les entreprises françaises à partir des ressources humaines dont le pays dispose encore. Mais les années qui viennent doivent être impérativement mises à profit pour redresser le taux de natalité et assurer le renouvellement des générations. Avec 778.000 naissances en 2000, soit un taux de renouvellement des générations de 1,86, la France s'est rapprochée de l'objectif minimal (2,1). Si la France ne veut pas disparaître, elle doit donner l'exemple du redressement qui sera indissociablement démographique et économique.<br />Cela suppose, bien sûr, que par ailleurs l'action publique crée les conditions de la croissance dans deux domaines stratégiques. :<br />1) D'abord, s'agissant du cadrage économique global, il est impératif que l'euro reste compétitif et que son taux ne se relève pas sensiblement au-dessus du cours actuel. C'est une erreur de se réjouir de la remontée de l'euro. Le taux actuel favorise encore en effet la localisation des investissements en particulier ceux des grandes sociétés multinationales dans la zone euro.<br />Il faudra pour cela, et pour ne pas brider la croissance, que la Banque Centrale européenne revoie à la baisse ses taux d'intérêt. Le pouvoir monétaire a été imprudemment délégué à une Banque Centrale indépendante dont la seule priorité est la lutte contre l'inflation. Alors que la Federal Reserve Board considère qu'au-dessus d'un taux de chômage de 4 %, il n'y a pas de risque d'inflation la Banque Centrale Européenne se donne un taux de 11 % dit NAIRU (Non Accelerating Inflation Rate Unemployment) au-dessous duquel il y aurait danger d'inflation. Pour combattre ce dogmatisme il me paraît nécessaire que les entreprises se mobilisent en France, en Allemagne et dans le reste de l'Union Européenne, car cette politique d'argent cher et de croissance lente qui en résulterait saperait inévitablement leur position concurrentielle à long terme. Il y a là une véritable hérésie économique sur laquelle il faudra revenir, en renégociant au besoin le traité de Maastricht. A défaut, l'Europe risquerait de s'enfermer dans un cercle vicieux de malthusianisme : la remontée de l'euro conduirait au marasme économique et celui-ci, en réduisant encore la natalité rendrait irréversible l'implosion démographique, elle-même étouffant les ressorts de la croissance.<br />2) Le deuxième domaine dans lequel les Pouvoirs Publics doivent reprendre l'initiative est celui du développement technologique. C'est ainsi que les Etats-Unis ont accru leur avance sur le reste du monde depuis vingt ans.<br />Il est capital que nous portions notre effort de recherche à 3 % du PIB dans des domaines ainsi variés que les nouvelles technologies de l'information, les biotechnologies, l'énergie, notamment les réacteurs nucléaires du futur et la pile à combustible, la santé, les transports, l'agriculture et l'environnement, tout en maintenant notre effort de recherche militaire qui, sans nous engager dans l'inutile compétition du " bouclier anti-missiles ", doit nous permettre de maîtriser les technologies clés, en particulier dans l'espace et la simulation nucléaire.<br />Toute l'expérience du dernier demi-siècle en France, comme celle des Etats-Unis depuis vingt ans, montrent que l'initiative publique en matière de développement technologique est le terreau indispensable du développement économique futur et de l'émergence de nouvelles entreprises.<br />*<br />* *<br />Conclusion.<br />La création de valeur est une chose trop sérieuse pour être laissée aux théoriciens de l'économie mathématique. On ne peut parler de création de valeur que de manière globale.<br />La création de valeur est une notion qui ne peut s'apprécier que dans le contexte économique global, ne serait-ce que parce qu'elle n'est pas dissociable de sa répartition.<br />On ne peut donc faire l'impasse sur le débat démocratique pour obtenir l'acquiescement indissociable de la collectivité et des partenaires sociaux.<br />Les marchés financiers doivent être mis au service du développement et non pas l'inverse. La régulation des marchés financiers mondiaux sera inévitablement un des grands sujets de préoccupations dans les années qui viennent, avec toute une série de sujets-clés : maîtrise des fluctuation monétaires entre le dollar, l'euro et le yen, contrôle de la spéculation et en particulier des paradis fiscaux. Mais c'est un autre sujet. Mon propos aujourd'hui visait seulement à combattre les excès d'un nouvel intégrisme financier et à prôner, au contraire, les vertus du dialogue entre chefs d'entreprises et responsables politiques, dialogue nécessaire au maintien d'une grande ambition industrielle et technologique pour la France<br />(source http://www.mdc-france.org, le 07 septembre 2001)</p>
<p>013002537</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Thu, 11 Nov 2021 18:38:40 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Benjamin Sire : Pour combattre Eric Zemmour, il faut montrer le désastre de ses idées]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Combattre Zemmour ? C'est possible. Mais... </p><p>Mais pourquoi donc insiste-t-on à ce point pour reproduire sans cesse les mêmes erreurs dans cette perspective de lutte ? Celles qui, année après année, n'ont jamais permis de faire reculer les idées de l'extrême-droite, ni celles du patriarche Le Pen, pas davantage que celles de sa fille, pourtant juste héritière hédoniste et dilettante.  </p><p>D'ailleurs, ces idées, on ne les combat pas, on ne les mentionne même pas. On se contente de défiler en criant "no pasaran", en campant sur des postures morales, en faisant symboliquement barrage, en appelant au front (de moins en moins) républicain, en insultant la frange croissante des électeurs qui se laisse bercer par les sirènes de la haine. Et puis ? Bah, rien. </p><p>Alors qu'Eric Zemmour se présente en épouvantail de l'élection qui s'avance et qu'avec Marine Le Pen, le courant qu'il représente dépasse les 36% d'intentions de vote au premier tour, le même cirque recommence.  </p><p>On s'indigne des provocations du polémiste, qui sont posées sur la route de son opposition comme des pièges à souris dans un couloir étroit.  </p><p>Il s'amuse à pointer des journalistes avec un fusil d'assaut ? Une ministre tweete, la gauche pousse des cris d'orfraie, les spécialistes de l'armement s'indignent des manquements aux plus élémentaires procédures liées au maniement d'une arme, les analystes imaginent qu'il s'agit d'une erreur stratégique, alors que la France s'en moque comme de l'an quarante ou se marre de la frayeur de cette presse honnie par beaucoup.  </p><p>Lui, le roi de cette culture confiture que l'on étale quand on en manque, autant pour se rassurer que pour impressionner ceux qui ont le moins d'éducation, se plante dans les grandes largeurs à Rouen, y voyant le débarquement et la source de la légende de Jeanne d'Arc ? Les doctes ergotent sur la véracité des faits, ignorants pourtant que ces erreurs émaillent chaque propos du "Z". Les incultes ironisent, pour une fois qu'ils reniflent l'arnaque... On se gausse. Et puis ? Zemmour engrange. </p><p>Dans cette symbolique ville de Drancy, il enlève sa cravate et dévoile une femme plus ou moins complice, mais tout a fait victime des conséquences de ce buzz ? Les Sherlock Holmes de comptoir fouillent le passé de la dame, les autres l'insultent... Zemmour se marre. </p><p>Parce qu'encore une fois, les idées, la stratégie, le fait que le journaliste, pas encore officiellement dans la course, mais déjà parti trop tôt, ne fasse qu'occuper un terrain laissé vacant par certains, soit pas encore candidats (Macron, LR), soit candidats trop permanents (Mélenchon), soit candidats en rodage (Jadot, Hidalgo), ne semblent pas compter dans la frayeur des observateurs.  </p>
<p>Qui écoute vraiment Zemmour ?</p>
<p>Jusqu'à présent, le seul qui se soit confronté nationalement à l'extrême-droite sur le terrain du réel électoral est Emmanuel Macron. En 2017, ill avait réthoriquement giflé la candidate du Rassemblement national en lui mettant le nez dans son incompétence, mais également dans les impasses de son programme. Est-on obligé d'attendre que ce manège se reproduise pour réagir autrement qu'avec des pancartes et des tweets suintant de niaiserie bien intentionnée ? Doit-on attendre d'Emmanuel Macron, dont la tâche sera cette fois-ci moins aisée, qu'il terrasse l'hydre, alors même que parmi les opposants les plus sincères au fantasme zemmourien, nombreux sont celles et ceux qui n'ont pas davantage d'appétence pour l'actuel locataire de l'Elysée ? </p><p>Mais qui écoute vraiment Zemmour ? Qui, plus encore, l'entend ? Qui, hormis les potentiels électeurs séduits, l'on regardé dérouler sans contradiction sa litanie délétère lors de ses très longues interviews sur les sites alternatifs Thinkerview et Livre Noir, qui, toutes deux, ont dépassé le million de spectateurs ? Qui, plutôt que de lui jeter à la figure un pathétique "Vous ne servez à rien !", comme le fit il y a quelque semaines l'avocate Caroline Mécary sur Cnews, s'est intéressé à ce qu'il entendait par redonner à la France sa grandeur, qui semble être le fil conducteur de sa vision, comme jadis Boris Johnson, cornaqué par Dominic Cummings, promettait aux Anglais le "take back control" ? </p><p>C'est pourtant en regardant le sens et le référentiel global des promesses zemmouriennes que l'on envisage le désastre et que, peut-être, il devient possible de dissuader la majorité des Français de lui accorder leur vote. Parce que, comme nous le disions en préambule, derrière les envolées passéistes, les références permanentes à une Histoire fantasmée et pervertie, le reste n'est ni bien novateur, ni émancipateur et encore moins de nature à restaurer une quelconque grandeur, à moins que de se mettre au ban des nations représente un progrès à l'heure où la majorité des valeurs s'inversent et où les mots, en mode orwellien, sont vidés de leur sens. </p>
<p>Une reprise du programme de Fillon en 2017</p>
<p>Pour ce qui est de sa politique économique, domaine dans lequel ses compétences méritent d'être interrogées, Zemmour nous donne des bribes qui ressemblent terriblement à la reprise du programme de François Fillon en 2017. Peut-être est-ce là le sens de sa volonté d'exhumer le RPR, confirmée par ses propositions concernant l'automobile qui, elles, nous renvoient même presque à Pompidou, le chantre d'un tout bagnole qui avait son sens à l'époque, mais l'a définitivement perdu aujourd'hui. Au final, moins de fonctionnaires, baisse des impôts et des cotisations sociales, allègement des contraintes des PME, liquidation du droit du travail, protectionnisme relatif en externe, libéralisme appuyé en interne, réduction de la dette (comme tout le monde) et donc lutte contre "l'assistanat" par le rabotage des aides sociales mâtiné de préférence nationale. Bref, un bon vieux programme de droite avec quelques clins d'oeil à Marine Le Pen, mais surtout à Jean-Marie, dont il se rapproche par son libéralisme, tandis que sa fille essaye maladroitement de jouer la carte étatiste. Êtes-vous certains qu'à l'exception des traditionnels électeurs de droite, ce programme puisse obtenir l'assentiment des Français et notamment des classes populaires, qui, abandonnées par la gauche depuis la note Terra Nova de 2011, envisagent de soutenir un candidat d'extrême-droite en méconnaissance de cause ? </p><p>En matière d'écologie, c'est encore pire. Même si le nucléaire est à l'heure actuelle l'énergie la moins polluante, s'en contenter comme seule perspective, tout en mettant au rebut le renouvelable, consiste à rayer la question de toute analyse programmatique et de se laver les mains de la réelle crise climatique et environnementale. </p><p>Pour ce qui est du sociétal, nous avons compris que le polémiste en campagne convoque, outre le souvenir défraîchi du RPR, l'ombre tutélaire du général De Gaulle, ce qui est assez cocasse quand on se souvient combien l'homme de Colombey a fait pour l'immigration nord africaine, certes sous une forme de contrainte et face au manque flagrant de main-d'oeuvre après-guerre. Mais dans les faits, il lorgne surtout du côté de Viktor Orban, le Premier ministre hongrois, qui l'a reçu en grande pompe, accompagné de Marion Maréchal Le Pen, le 24 septembre dernier, après une première visite de courtoisie en 2019. D'ailleurs, toujours en retard d'un wagon dans cette pré-campagne, Marine Le Pen vient de lui emboîter le pas à Budapest, flairant le danger de laisser le leader magyar (qui se rit de sa nouvelle influence), ne danser qu'avec Zemmour. </p>
<p>Le camarade Orban ne plaisante pas</p>
<p>Orban, un modèle ? Non seulement plusieurs déclarations d'Eric Zemmour vont dans ce sens, le polémiste estimant que le leader hongrois est "un dirigeant qui défend l'identité de son pays, sa souveraineté et ses frontières" et qu'il lutte contre "la propagande totalitaire menée par le lobby LGBT (sic)", mais un petit sondage, sans la moindre valeur scientifique avouons-le, que nous avons réalisé sur Twitter auprès de ses potentiels électeurs avant d'écrire ses lignes, indiquait que pour 42% d'entre-eux c'était bien la politique menée à Budapest qui se rapprochait le plus de leurs souhaits. Pourquoi pas. Mais dans ce cas, il faudra justement faire définitivement une croix sur ce qui a fait la grandeur de la France, à commencer par son universalisme, déjà attaqué violemment par l'extrême gauche et les mouvances décoloniales et woke, son ouverture, sa promotion des droits de l'homme et ses promesses déjà écornées en matière de liberté, d'égalité et de fraternité. Certes ces valeurs sont déjà rejetées par une bonne partie de la véritable extrême-droite, mais si l'on considère la question des homosexuels, il faut se rappeler par exemple qu'aujourd'hui, le Rassemblement national est tout simplement le parti qui recueille leur plus grand nombre de votes. Or de ce point de vue, le camarade Orban ne plaisante pas. Dès sa seconde élection, en 2010, il a oeuvré pour réduire les droits de ses compatriotes LGBT, avant de rendre impossible toute forme de mariage entre personnes du même sexe ainsi que la reconnaissance civile de la transexualité et d'adopter, cette année, une loi prohibant toute forme de représentation ou de promotion de l'homosexualité, formule pouvant être interprétée très largement.  </p><p>En termes de laïcité, autrefois porté sur la chose, Viktor Orban a fait son aggiornamento depuis longtemps, et insiste lourdement sur les racines chrétiennes du pays, ayant même fait entrer Dieu dans la constitution magyare. Le corollaire de cette christianisation des institutions s'exprime logiquement par une multitude d'attaques contre le droit des femmes et, bien entendu, l'avortement dont le recours est déjà limité par plusieurs lois locales. Il va également de soi que le Premier ministre hongrois oeuvre pour museler la presse de son pays, ayant fait voter dès 2010 une loi, modifiée depuis, allant dans ce sens. C'est certes une bonne nouvelle pour les factieux de tous bords, mais rarement pour la démocratie, d'autant plus que de telles mesures s'accompagnent souvent d'autres tendant à réduire toutes formes de contre-pouvoirs, ce qui est le cas en Hongrie où le parti majoritaire, le Fidesz, est déjà hégémonique dans la direction de l'administration et des institutions.  </p>
<p>Dictature populiste à bas bruit</p>
<p>Il reste à parler d'immigration, la marotte commune de Zemmour et Orban, domaine dans lequel le Hongrois n'y va pas avec le dos de la cuillère. Luttant avec acharnement contre le fantasme du grand remplacement, il est partisan de la construction de murs pour interdire l'accès de son territoire aux migrants, tel qu'il l'a déjà fait à la frontière avec la Serbie, son objectif étant de "de mettre fin à l'immigration par tous les moyens". Bien qu'en la matière, la situation de la France et de la Hongrie ne peuvent être comparées, on se demande sérieusement le sort que souhaite réserver Eric Zemmour aux plus de 5 millions d'immigrés (n'ayant pas acquis la nationalité française) et aux autres millions de français d'origine étrangère présents sur le territoire et qui sont aussi dans son collimateur. Les expulser ? Les contraindre à aller à l'église et à changer de prénoms, faisant des Mohammed des Pierre et des Fatima des Marie ? Soyons sérieux cinq minutes. Est-ce vraiment de cette dictature populiste à bas bruit dont les Français voudraient ? Ne sont-ils pas, pour certains, juste aveuglés par leur désir latent de vengeance contre les élites et les corps intermédiaires, de la même manière que le polémiste est lui-même mû par ce sentiment, lui qui a raté deux fois l'ENA et n'a jamais été ni à son aise à Sciences-Po, ni dans les rédactions où il a oeuvré, où il s'est fait tant d'ennemis, imaginant que c'est son extraction (juive et populaire) qui était mise en cause alors que c'était son comportement machiste, renfermé et égoïste qui lui valait des contempteurs. </p>
<p>Pendant vaguement lettré d'Hanouna</p>
<p>En résumé, voter Zemmour serait donc réinventer le libéralisme à l'ancienne de François Fillon, ignorer la crise climatique, restreindre les droits des femmes et des LGBT, museler la presse et les institutions, envisager, tout en restant dans l'Europe, de s'asseoir sur ses principes à la manière des Polonais, si l'on en croit le peu de commentaires qu'il a livré à ce sujet. Serait-ce donc cela restaurer la grandeur de la France ? Certainement pas. Serait-ce vraiment cela que souhaitent les Français ? Même en parlant de réindustrialisation du pays, cette formule qui reste creuse quand on en explique jamais la méthode que l'on envisage pour y parvenir.  </p><p>Mais surtout, au regard des procédés qu'il emploie depuis le début de sa campagne virtuelle, Eric Zemmour, le nostalgique, le passéiste, est avant tout, malgré lui, un enfant de ce que les réseaux et l'infotainment font de pire. Il est le pendant vaguement lettré de Cyril Hanouna, multipliant les buzz grotesques, les provocations attrape followers et les manipulations discutables, comme il y a peu encore à Drancy. </p><p>Lorsque la campagne débutera vraiment, le choix de société qu'il envisage, entre gadget de com', libéralisme économique, autoritarisme sociétal, grenouilleries de bénitier, mépris de l'écologie, ignorance du social, racisme institutionnel et nous en passons, devra bien être mis en évidence pour que les citoyens fassent leur choix en toute transparence. Alors, si jamais ils allaient vraiment plébisciter la gueule qui promet de les mordre, qu'ils n'envisagent pas de se plaindre, ils auront été prévenus. </p><p>Mais nous ne croyons pas à cette fatalité, envisageant que le gag finira par être éventé, que les impasses et impossibilités que portent cette candidature seront à terme exposées au grand jour et que l'éditorialiste retournera à la case départ. Nous en faisons en tout cas le pari... </p>
<p><a href="https://www.lexpress.fr/lexpress-audio/?xtatc=INT-156" target="_blank"><br />L’application L’Express<br />Pour suivre l’analyse et le décryptage où que vous soyez<br /><br />*Benjamin Sire est compositeur et journaliste. Il est également membre du conseil d'administration du Printemps républicain.  </a></p>
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	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Sun, 07 Nov 2021 22:05:17 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Réseaux, Sarah Knafo, cathos tradis... &quot;Le Radicalisé&quot;, le livre évènement sur Eric Zemmour]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Dans les milieux politiques, Eric Zemmour fascine. Dans les milieux financiers, il intéresse. Les cercles catholiques ultras et influents l'adulent. Comment ce garçon timide d'origine modeste est-il devenu le nouveau héraut des "grands remplacés" et un probable candidat à l'élection présidentielle ? Ci-dessous, les bonnes feuilles de l'ouvrage "Le Radicalisé" (Seuil), par Etienne Girard, en exclusivité pour L'Express. </p>
<p>Le déclencheur Knafo</p>
<p>La réflexion revient souvent. Ses proches, qui l'ont connu débordant d'enthousiasme, ont la surprise de l'entendre soudain traîner un léger spleen en évoquant ses émissions. "Je l'ai trop fait..." Auprès de son éditrice Lise Boëll, il s'interroge comme jamais auparavant : "Qu'est-ce qui peut me faire vibrer ?" Pas les élections européennes, en tout cas. En 2019, il a refusé trois propositions pour s'y présenter. Pas question de perdre son statut parisien pour aller voter des amendements sur les quotas de pêche à Strasbourg. </p><p>La présidentielle, c'est autre chose. Elle demeure la seule élection qui intéresse les Français. Y figurer permet d'entrevoir la possibilité d'un destin, de figurer dans les livres d'histoire. Pour Zemmour, qui a été toute sa vie le scribe des aventures des autres, le rejeton maudit de l'élite, lui qui ne s'est jamais totalement remis de son échec à l'ENA, quelle revanche cela constituerait ! [...] Caresser l'idée semble toutefois lui suffire, car l'essayiste n'ignore pas les risques d'une telle entreprise. Dès qu'il se projette un tantinet, les obstacles paraissent trop nombreux. Patrick Buisson, qui a pourtant tenté de le convaincre de s'engager pour les européennes, fait désormais partie de ceux qui le découragent. "Relis la Bible, répète l'ex-conseiller de Nicolas Sarkozy. Un prophète ne peut pas être roi." Parfois, il suffit d'une personne pour dérégler un équilibre subtil, pour envoyer valdinguer un programme calibré. Dans la vie d'Eric Zemmour, ce grain de sable s'appelle Sarah Knafo. Ils se connaissent depuis 2007. Sarah Knafo a 13 ans, son père est un ami d'"Eric", qu'elle surnomme parfois "Z". Trente-cinq ans les séparent. Mêmes origines juives séfarades, même jeunesse en Seine-Saint-Denis, à Pavillon-sous-Bois pour la jeune femme. </p><p>L'essayiste lui inculque ses idées, lui fait réviser Sciences po avec succès, la pousse à présenter les concours administratifs. Il est le mentor et elle l'apprentie. "Eric, c'est un monstre", juge Sarah, admirative des aptitudes intellectuelles de son pygmalion. A 19 ans, elle indique sur son compte Twitter se considérer "séguiniste et bonapartiste", comme son maître, pose avec Le Père Goriot, de Balzac, le romancier fétiche du journaliste du Figaro. </p><p>A cette époque, Sarah adhère à Critique de la raison européenne, l'association souverainiste de l'IEP de Paris, à l'UNI, le principal syndicat de droite, à l'UMP, tendance musclée. Plusieurs de ses camarades, à qui elle parle de son lien privilégié avec le chroniqueur, comprennent qu'il s'agit d'un oncle, un bruit qu'elle se garde bien de réfuter clairement. Un jour que l'étudiante fait mine d'abandonner la préparation de l'ENA, "Z" la sermonne : "Tu ne vas pas faire ta crise d'adolescence maintenant !" Elle doit réussir là où il a échoué. Elle y parvient du deuxième coup, en 2016. Pendant l'examen, par souci de discrétion, elle a momentanément changé son nom sur Facebook, pour Sarah de Rubempré. Un hommage au héros balzacien qui obsède Zemmour, jusqu'à nommer ainsi sa maison d'édition à l'été 2021. </p><p>[...] Deux ans plus tard, quand elle sort de l'école pour rejoindre la Cour des comptes, un grand corps de l'Etat, son parrain en est subjugué. Sa protégée incarne la relève qu'il a toujours attendue. "Il y avait quelque chose de filial, puis notre relation s'est équilibrée", affirme souvent Sarah Knafo. Peu à peu, elle s'impose comme sa conseillère en lui préparant des notes chiffrées envoyées par e-mail avant ses émissions, ou en donnant son avis sur ses choix de carrière. </p><p>[...] Sarah rêve d'une candidature souverainiste de droite à la présidentielle. Elle aussi exècre Marine Le Pen, encore plus depuis qu'elle a découvert son compte Instagram dédié à ses chats. "Elle n'est pas habitée par la fonction présidentielle, elle n'est pas faite pour ça", en conclut l'énarque devant des amis. Le désir latent d'Eric Zemmour rencontre son énergie. A ses côtés, l'essayiste trouve peu à peu le culot de revendiquer un rôle qui n'a jamais été le sien. Surtout lorsque sa partenaire le provoque, avec toute l'insolence que son âge permet. "Tu ne penses pas que Natacha Polony serait une meilleure candidate que toi ?" lui fait-elle, un jour de juin 2019 au Bonaparte, le café qu'ils fréquentent à Saint-Germain-des-Prés. Zemmour bondit : "C'est n'importe quoi, moi je vais cliver la société sur l'islam et l'immigration, pas comme ces souverainistes de gauche !" </p><p>[...] Peu à peu, les résistances de Zemmour commencent à lâcher. [...] Lorsque, début 2021, une palanquée de trentenaires issus des réseaux de Philippe de Villiers et Christine Boutin vient le trouver pour se mettre à son service, le journaliste est mûr. Lors de la première réunion d'une douzaine de ses soutiens, le 6 avril, au domicile de Sarah Knafo, rue des Saints-Pères, à deux pas de Sciences po, il se dévoile, autour de parts de pizzas. "Je fais ma mue, et c'est grâce à vous que je vais faire ma mue", commence-t-il. Interrogé sur le sens de cette candidature, alors qu'il bénéficie d'un grand confort matériel dans sa vie d'éditorialiste, l'essayiste se lance : "J'y vais, parce que je suis fou." La phrase que tous attendaient pour y croire. [...] </p><p>Le 14 juillet, il réunit discrètement pour la première fois une cinquantaine de ses soutiens, leveurs de fonds, militants de Génération Z, un mouvement de jeunesse qui vient d'être créé, conseillers de l'ombre, à l'Espace Molitor, une salle de réception du XVIe arrondissement de Paris. Il y a un buffet, on passe de la musique, mais, avant, Eric Zemmour délivre son premier discours devant ses troupes. Il n'annonce pas formellement sa candidature, mais personne n'en doute plus. "Les élites intellectuelles ont perdu l'esprit de résistance, clame-t-il. Il faut que vous vous prépariez à devenir cette élite patriote. Nous serons sans doute les seuls à être contre le système." Théâtral, l'essayiste annonce la bataille de toutes les batailles : "Préparez-vous à la tempête." </p><p>La plupart des militants en sortent rassérénés, mais certains cadres ont noté qu'avant et après l'allocution, Zemmour est resté auprès de Sarah Knafo, ne bavardant qu'avec les personnes qu'elle lui présentait. Il n'a pas fait le tour de la salle pour discuter avec ses soutiens, dont certains le rencontrent pour la première fois. Un impair diplomatique sans conséquence quand on est journaliste, plus problématique venant d'un futur candidat à la présidentielle. En rentrant chez lui, un des participants se rend compte de la progression qu'il reste à accomplir pour faire de ce projet de bric et de broc une candidature crédible aux plus hautes fonctions : "Cette campagne, cela peut devenir quelque chose d'énorme ou cela peut devenir quelque chose de terrible." Cette source ne sait pas ce que dit alors Philippe de Villiers à plusieurs de ses interlocuteurs. L'ancien député européen d'extrême droite, ami d'Eric Zemmour, se tient en marge de l'initiative. Il a remarqué la mainmise de Sarah Knafo sur le dispositif, y voit un vice rédhibitoire : "Ils se fascinent l'un l'autre. Ça finira mal." </p><p></p><p>Le radicalisé, par Etienne Girard, aux Editions du Seuil (octobre 2021)</p><p>Seuil</p>
<p>Les réseaux</p>
<p>Réunification au restaurant libanais. Ce vendredi 2 juillet 2021, un bataillon de 23 personnes s'engouffre dans une taverne du XVe arrondissement de Paris, spécialisée dans les mets du pays du Cèdre. Autour de la table, il y a une ancienne candidate à l'élection présidentielle, Christine Boutin, 1,19 % des voix en 2002, un ex-postulant à la primaire de la droite en 2016, Jean-Frédéric Poisson, 1,45 % des suffrages. Et Eric Zemmour. L'objectif de ce déjeuner est de sceller une alliance entre Via, le nouveau nom du Parti chrétien-démocrate, fondé en 2001 par l'égérie des catholiques conservateurs, et les réseaux du polémiste, en vue de la présidentielle. Le moment a quelque chose d'un Yalta de la droite hors les murs. On se jauge, on se dévisage discrètement, mais l'ambiance reste conviviale. Poisson, le président de Via, a fait venir 15 membres de son bureau politique, parmi lesquels Paul-Marie Coûteaux, un des meilleurs amis du journaliste du Figaro, et François Martin, le président de l'association des anciens de HEC actifs dans la géostratégie. Zemmour a convoqué son comité exécutif, sorte de conseil restreint de ses six conseillers les plus importants, dont l'incontournable Sarah Knafo. </p><p>Dans le grand partage envisagé, Eric Zemmour a vocation à devenir le candidat de l'alliance à la présidentielle, tandis que Jean-Frédéric Poisson est pressenti pour devenir le patron de la commission d'investiture aux législatives. Autant dire le grand organisateur du futur mouvement. Ainsi, le christianisme politique se retrouvera au coeur de cette nouvelle droite que Zemmour veut bâtir. [...] </p><p>La plupart des conjurés s'en cachent à peine : la candidature Zemmour, quoi qu'il advienne, doit être l'occasion de purger à la fois le problème Les Républicains, trop mous, et le péril Marine Le Pen, qui vampirise 20 % des voix au premier tour tout en paraissant incapable de s'imposer au second. Dans le scénario où le journaliste du Figaro ne l'emporterait pas en 2022, cette aventure doit au moins permettre de faire perdre la présidente du Rassemblement national, pour reconstruire ensuite un mouvement conservateur plus proche de leurs valeurs. "Soit on sauve la France, soit on sauve la droite", résume parfois Antoine Diers. [...]  </p><p>Dans le plus grand secret, le journaliste bénéficie aussi des conseils de personnalités de premier plan, séduites par son profil intello et ses idées sur l'immigration. De potentiels ministres en puissance. Depuis que Paul-Marie Coûteaux les a présentés, dans un restaurant du boulevard Saint-Germain, en mars 2019, Zemmour s'est beaucoup rapproché de Pierre Brochand, directeur de la DGSE, les services secrets français, entre 2002 et 2008. "On échange quasi quotidiennement", reconnaît l'éditorialiste de CNews quand nous l'interrogeons, en septembre 2021. Le maître espion né en 1941, ancien ambassadeur de France en Hongrie, en Israël ou au Portugal, est persuadé que l'immigration incontrôlée peut "remettre en cause la paix civile", c'est-à-dire provoquer la guerre civile, comme il l'a expliqué à une table ronde de la fondation Res Publica, en juillet 2019. Lorsque nous lui demandons par SMS s'il rédige des notes sur l'immigration, la sécurité ou la géopolitique pour Eric Zemmour, Pierre Brochand nous envoie un lien de son intervention à Res Publica, avec le commentaire suivant : "Pas vraiment nécessaire de rédiger des notes." Zemmour confirme aussi correspondre régulièrement sur sa possible candidature avec Henri Proglio, l'ancien PDG de Veolia et d'EDF. "Ils se sont rencontrés cette année et se sont tout de suite très bien entendus", ajoute leur ami commun Loïk Le Floch-Prigent. Le grand patron s'est déjà rendu rue des Saints-Pères. Il s'agit là en quelque sorte d'un retour aux sources pour l'industriel, animateur non encarté du Groupement de recherche et d'études pour la civilisation européenne (Grece), un groupe de pensée d'extrême droite, à HEC à la fin des années 1960, puis participant occasionnel aux premières réunions du Club de l'Horloge, un cercle de hauts cadres militant pour l'union des droites, à partir de 1974. </p>
<p>Groupies tradis</p>
<p>Pour se rendre au lieu de rendez-vous, Eric Zemmour a choisi de remonter la rue Athénas, une perpendiculaire à la rue Voltaire, où se trouve la librairie Dobrée, dans le centre de Nantes. Ce 10 décembre 2014, le polémiste y donne une dédicace de son dernier livre, Le Suicide français. Itinéraire délicieux, puisque le journaliste peut découvrir, de loin, la longue file d'attente qui serpente sur le trottoir. Une centaine d'admirateurs l'attendent. Sur son passage, chacun se retourne, des dames âgées saluent leur héros, plusieurs cris d'encouragement retentissent. "Bravo, Eric !" lancent deux hommes aux tempes grises près de l'entrée, en applaudissant. L'ovation se répand immédiatement dans la queue. Cette arrivée ressemble à un triomphe. </p><p>Personne, et pas même les caméras de France 2 venues couvrir l'événement, n'a prêté attention au jeune homme en costume qui escorte l'écrivain. A 29 ans, François-Xavier d'Hautefeuille dirige les éditions Diffusion de la pensée française, mieux connues sous le nom de Chiré. Créée en 1966 par son beau-père Jean Auguy, cette société est considérée par le chercheur Jean-Yves Camus comme "le plus important diffuseur par correspondance d'extrême droite en Europe". Véritable institution dans les réseaux catholiques traditionalistes, elle revendique une ligne "contre-révolutionnaire", c'est-à-dire opposée à la doctrine des Lumières et aux droits de l'homme, assume d'Hautefeuille. Dans le sillage de Charles Maurras, le fondateur de l'Action française, maître à penser absolu du groupe, Chiré relaye par exemple la thèse d'un complot franc-maçon à l'origine de la Révolution de 1789, sur lequel l'abbé Augustin Barruel a écrit un pavé de 1 200 pages. </p><p>L'éditeur se veut surtout particulièrement friand de signatures obsédées par les juifs, au point que René Monzat, auteur avec Jean-Yves Camus d'une longue enquête sur les droites nationales et radicales, a vu dans l'entreprise un "trait d'union entre la droite antisémite des années 1930 et la montée du Front national". Sur son site Internet, on retrouve la plupart des livres de Robert Faurisson, l'universitaire condamné pour négationnisme, ceux de Pierre Pascal, inspecteur général à la radio du gouvernement de Vichy, ou encore, pour 8 euros, Les Juifs maîtres du monde, un recueil de textes commenté par l'essayiste Léon de Poncins, dont la couverture montre un homme au nez crochu. [...] </p><p>Cette excursion dans une des places fortes de la France "catho tradi" n'a rien d'un hasard. Pour cet opus, son premier livre original depuis son exclusion d'On n'est pas couché, Eric Zemmour s'est adjoint les services d'une nouvelle attachée de presse, chargée de faire rencontrer un nouveau public à l'auteur. Pas n'importe lequel. Isabelle Muller dispose de puissants réseaux, tout particulièrement chez les catholiques les plus à droite. En 1998, cette fervente croyante aux pommettes saillantes, toujours apprêtée, se fait connaître en coordonnant une pétition de maires contre le Contrat d'union sociale (CUS), l'ancêtre du Pacs. En parallèle, elle exerce des fonctions de vice-présidente de l'Association pour la promotion de la famille (APPF), fondée en 1994 par deux responsables de l'Opus Dei, une organisation rattachée au Vatican, missionnée pour défendre les intérêts de l'Eglise. Isabelle Muller va devenir la communicante attitrée en France de l'association, connue pour entretenir le secret sur l'identité de certains de ses membres haut placés. [...] Dans les années 2000, elle se rapproche naturellement de Philippe de Villiers, le fondateur du Mouvement pour la France, qui en fait sa principale conseillère pour la communication. Le gérant de parc d'attractions la recommandera vivement auprès d'Eric Zemmour : "Prends-la, c'est la meilleure." [...] De nombreuses conférences, sur ce modèle hybride dont Eric Zemmour raffole, mêlant dédicace, exposé et questions-réponses, sont organisées un peu partout sur le territoire. Chaque fois, Isabelle Muller s'en occupe. "J'ai choisi les déplacements en fonction des gens que je connaissais, de mon réseau, des salles", nous confirme-t-elle. [...] A Bordeaux, le 5 mai 2015, Eric Zemmour devise devant plus de 500 personnes à l'Athénée, le centre de conférences situé à deux pas de l'hôtel de ville. [...] Comme une rock star aux petits soins avec ses fans, le journaliste est allé leur délivrer un message d'amitié sur le parvis, derrière les barrières de sécurité. Personne ne s'interroge sur le sexagénaire au physique de sosie de Claude Guéant qui lui posait des questions sur la scène. Bernard Pascaud dispose pourtant d'une petite notoriété. [...] Ce militant monarchiste est le président de Restauration nationale, un mouvement fondé en 1955 sur les cendres de... l'Action française, le parti de Charles Maurras, royaliste et xénophobe, connu pour avoir fomenté une tentative de coup d'Etat, le 6 février 1934. [...] Eric Zemmour sait faire rosir de plaisir son nouveau public. Dans ses conférences, qu'il anime devant une assemblée toujours plus fournie, il aime à répéter cette phrase qu'il attribue à Chateaubriand : "Vous détruisez le christianisme, vous aurez l'islam." Lors d'une conférence au Chesnay, dans les Yvelines, le 15 avril 2015, le voilà interrogé par l'abbé Pierre Amar, prêtre du diocèse de Versailles, très actif dans le mouvement de la Manif pour tous. "Il me manque, dans ce que vous dites, une dimension verticale, spirituelle, qu'en pensez-vous ?" demande l'ecclésiastique. Le journaliste opine : "On est passé à l'hostilité absolument délétère au christianisme. On est passé à la négation de la culture chrétienne de la France. Nous avons remplacé une authentique religion et spiritualité de haut vol par un millénarisme post-chrétien droit-de-l'hommiste qui est absolument de bas niveau. Sur ces ruines naît l'anarchie, l'anomie." La salle n'en finit plus d'applaudir. Ce soir-là, la rencontre est animée par Jean-Marie Le Mené, un militaire devenu magistrat à la Cour des comptes, par ailleurs président de la fondation Jérôme-Lejeune, opposée à l'avortement, et membre de l'Académie pontificale pour la vie, qui dépend du Vatican. Lui aussi est un proche d'Isabelle Muller, qui collabore souvent à la revue de la fondation. </p>
<p>Viré de L'interallié</p>
<p>"Je vous adresse tout mon mépris". Ce 8 mai 2019, Eric Zemmour éructe. On vient de l'humilier sévèrement, et tout cela pour une affaire de slip de bain. "J'ai dû lui expliquer que son attitude ne correspondait pas aux codes du Cercle de l'Union interalliée", nous raconte Denis de Kergorlay, le président de ce club huppé situé rue du Faubourg-Saint-Honoré, à une minute de l'Elysée. Pendant deux ans, le polémiste a tenté d'intégrer ce saint des saints de la bourgeoisie parisienne, fondé par le maréchal Foch en 1917. [...] En mai 2017, il fait acte de candidature [...]. Le jury qui l'auditionne est emballé, mais Denis de Kergorlay souhaite mettre à l'épreuve l'impétrant. Il lui propose de donner une conférence dans les locaux de l'Interalliée, une prestation qui ouvre droit à six mois d'accès aux installations du club, ses magnifiques salons du XVIIe siècle, avec bibliothèque de 15 000 livres, moulures, plafond haut et tableaux de maître, son superbe jardin à la française, mais aussi ses équipements sportifs. Eric Zemmour adorerait en bénéficier. Depuis quelques années, il a pris l'habitude de nager tous les matins. La piscine couverte du complexe, refaite en 2010 et équipée de saunas, de jacuzzis ainsi que de hammams, fait se pâmer le Tout-Paris. Surtout, elle se trouve à huit minutes à pied de son domicile. Le rêve. Le journaliste tope pour la conférence, qui doit être consacrée aux six premiers mois de la présidence Macron. </p><p>[...] L'annonce de l'adhésion imminente du polémiste, tapissée sur les murs des vestiaires de la piscine et au bar, comme le veut le règlement, suscite une première fronde. Charles-Henri Filippi, l'ex-patron de HSBC France, désormais associé-gérant chez Lazard, accompagné d'un grand diplomate en exercice, démarche Denis de Kergorlay pour faire annuler la procédure. "Il n'a pas l'esprit Interalliée", soutiennent-ils. Les deux parrains de l'éditorialiste, introducteurs statutaires sans qui aucune candidature n'est possible, se rétractent. </p><p>S'ouvre alors une période de méli-mélo typique du monde si feutré des clubs parisiens. Le président décide de temporiser. Il a pris en sympathie le salarié du Figaro, qu'il croise plusieurs fois par semaine dans les locaux du club. Ne fait-il pas partie, après tout, des intellectuels français en vue ? Il le laisse dépasser le stade des six mois sans rien dire. Kergorlay lui cherche en parallèle deux nouveaux parrains, à trouver parmi les adhérents qui apprécient l'oeuvre du journaliste. Renaud Girard, le chroniqueur géopolitique du Figaro, et Alexandre Orlov, l'ex-ambassadeur de Russie en France, acceptent la mission. Le premier par amitié pour son collègue, le second parce qu'il partage largement la vision de la France de l'essayiste. Seulement, entre-temps, Eric Zemmour s'est mal comporté. Un adhérent s'est plaint de ses exposés politiques dans les vestiaires. Pendant que tel ou tel haut fonctionnaire se relaxe, il débat à voix haute, n'hésite pas à invectiver ses interlocuteurs comme on le ferait sur un plateau de télévision. "Eric Zemmour a fait du prosélytisme dans les vestiaires, un membre du club s'est plaint", nous confirme Denis de Kergorlay. </p><p>[...] Cette fois, plus de doute possible, Zemmour n'a pas sa place, conclut le président du Cercle de l'Union interalliée. [...] Il envoie un SMS à l'intéressé pour lui faire part de la décision définitive du club, confirmée par un comité de direction. L'accès à la piscine devra naturellement lui être retiré. Zemmour répond immédiatement, furieux : "Je ne suis pas déçu mais écoeuré. Je n'ai jamais eu l'intention de transformer le Cercle Interallié en foire d'empoigne. J'ai toujours été discret et réservé dans les locaux du Cercle. Je considère que vous êtes le premier responsable de cet échec", explose-t-il. S'ensuit un développement menaçant empli d'une rage froide. "Quant à mes adversaires, ils incarnent exactement ce que disait le général de Gaulle à Peyrefitte sur la bourgeoisie qui avait choisi Vichy : "Pour pouvoir continuer d'aller dans leurs dîners en ville, ils sont prêts à tout même à sacrifier la patrie." Je vous autorise à leur transmettre mon jugement. En vous disant ce que j'ai sur le coeur, je vous rends le service insigne de croire que vous avez eu bien raison d'écarter un excité. Sachez que vos délibérations soi-disant dignes sont empreintes d'une lâcheté et d'un aveuglement qui vous feront honte dans quelques années". [...] </p><p>Avec le recul, Kergorlay, propriétaire d'un château en Normandie, pense avoir réveillé une blessure pas tout à fait guérie chez le journaliste : "Ce qui l'intéressait à titre principal, c'étaient les équipements sportifs, mais pas seulement. Il y avait quelque chose de plus symbolique derrière." </p><p>Le Radicalisé (Seuil), 224 pages, en librairies le 28 octobre. </p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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