<?xml version='1.0'?><rss version="2.0" xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/" xmlns:georss="http://www.georss.org/georss" xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom" >
<channel>
	<title><![CDATA[Signet Loupe: Articles de blog de France]]></title>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/group/72/all?offset=110</link>
	<atom:link href="https://ememiom.fr/iom/blog/group/72/all?offset=110" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<description><![CDATA[]]></description>
	
	<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/733/zemmour-en-kippa-ou-le-precheur-petainiste-de-la-synagogue-de-la-victoire</guid>
	<pubDate>Sun, 31 Oct 2021 12:27:29 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/733/zemmour-en-kippa-ou-le-precheur-petainiste-de-la-synagogue-de-la-victoire</link>
	<title><![CDATA[Zemmour en kippa, ou le prêcheur pétainiste de la synagogue de la Victoire]]></title>
	<description><![CDATA[<p class="article-infos article-infos--top-article">Temps de lecture: 10 min</p><p>À la grande synagogue de la Victoire, cœur majestueux du judaïsme français, un homme est venu dénoncer la «formidable puissance juive» dans la France d’avant-guerre, et refuser qu’on use de «sentimentalisme» à propos de Vichy ou de l’extermination des Juifs. C’était le 1er juin dernier. Gilles Bernheim, ancien grand-rabbin de France, débattait des juifs français avec le journaliste Éric Zemmour. Zemmour vraiment? L’Institution cédait à une tentation: que le théoricien à succès du néo-nationalisme français, dénonciateur du grand remplacement, chantre éploré d’un pays rongé par l’immigration, figure de proue du lepenisme culturel, fut un juif, paroissien de la synagogue voisine de la rue Saint Lazare, il fallait bien regarder? Ils ont vu.</p><p>Aujourd’hui, les administrateurs de la Victoire ont décidé de ne pas diffuser le film intégral de la conférence, tétanisés par un scandale qui monte. Recensant le débat, <a href="http://www.actuj.com/2016-06/france/3642-eric-zemmour-gilles-bernheim-que-s-est-il-reellement-dit-a-la-victoire">le site juif Actu J</a> parle de propos «donnant la nausée» et décrit une réhabilitation du pétainisme par le polémiste. C’est encore plus ennuyeux que ça.</p><p>On peut en juger. La fin de la conférence <a href="https://www.youtube.com/watch?v=JGyJDNSmDNo">est sur le web</a>. Interpellé par Bernheim, Zemmour y défend une des thèses de son livre: l’influence salvatrice du régime de Vichy –l’État Français, dirigé par le Maréchal Pétain, auquel les Allemands concédèrent une souveraineté théorique après 1940– sur le destin des juifs français. Ce serait grâce à Vichy, son existence même et sa pratique, que les «israelites» français (Zemmour affectionne ce vocabulaire daté) eurent la vie sauve, tandis que les juifs étrangers, majoritairement immigrés de l’Est, les «ashkenazes» (Zemmour use avec une obsession quasi-raciale de ce terme) étaient livrés à la déportation.</p><p>Une pratique de realpolitique nationale et cynique, que Zemmour, au fil de ses propos, ne désapprouve en rien. Il admet que les lois raciales de Vichy étaient antisémites: l’abrogation du décret Crémieux, dénationalisant les juifs d’Algérie, ne visait-elle pas sa propre famille! Mais ces lois n’étaient pas exterminationnistes, et, ajoute-t-il, elles pouvaient se comprendre, tant il existait dans le peuple français une rancœur envers les juifs à la veille de la guerre.</p><p>Un antisémitisme acceptable?</p><p>Posons ceci. Zemmour brandit des banalités. L’effet retard de la zone non-occupée –lieu du pouvoir fantoche de Pétain– sur le destin des juifs est une réalité physique que toute famille juive passant <a href="https://www.cairn.info/revue-les-cahiers-de-la-shoah-2001-1-page-13.htm">la ligne de démarcation</a>, entre 1940 et 1942, connaissait. De même, l’introduction de la xénophobie dans l’antisémitisme pétainiste. De même, la différence entre l’antisémitisme d’État vichyssois, qui prétendait libérer la société Française de ses juifs, présumés irréductibles à l’intérêt national, et la rage de Hitler et de ses émules. Être chassé de la Nation n’est pas être gazé, enfin! C’était pour autant un préambule. Hitler, avant d’en venir à l’extermination, avait commencé par priver les juifs de leurs droits de citoyen, comme Pétain après lui… Mais ensuite?</p><p>Et les juifs français étaient les premiers à se plaindre des problèmes que causaient les juifs ashkenazes</p><p>Éric Zemmour</p><p>Cette dispute est inconfortable par l’idée qu’elle induit. Si l’antisémitisme peut s’arrêter avant les chambres à gaz, devient-il une option acceptable? Si un statut discriminatoire n’est pas un assassinat, fait-il partie de l’arsenal tolérable d’un État? Il n’est pas inintéressant que ce soit Éric Zemmour, ce soir-là coiffé d’une kippa, invité à prêcher à la Victoire, prophête juif et plus seulement national, qui le suggère. Il est tragique que sa vigueur anti-immigrés lui ait valu, un instant, l’intérêt d’une synagogue, avant qu’elle ne soit horrifiée. Il faut reprendre son texte. L’usage qu’il fait des banalités qu’il assène est fascinant. L’homme est d’une <a href="http://abonnes.lemonde.fr/politique/article/2014/10/18/polemique-zemmour-vichy-une-collaboration-active-et-lamentable_4508542_823448.html">impavidité de faussaire</a> et d’une habileté de contrebandier. Son discours glisse d’une observation supposée objective de la situation de 1940 à l’instillation de ses convictions profondes. Il évoque ainsi les prémisses des lois anti-juives de Pétain.</p><p>«À l’époque, on estime que les juifs ont pris trop de pouvoir, qu’ils ont trop trop de puissance, qu’ils dominent excessivement l’économie, les medias, la culture françaie comme d’ailleurs en Allemagne et en Europe. Et d’ailleurs c’est en partie vrai (…). Il y avait des Français qui trouvaient que les juifs se comportaient avec une arrogance de colonisateur. Et arrive encore l’immigration des juifs d’Europe de l’est et de l’Allemagne. La France est le pays qui a reçu le plus de réfugiés. Et c’est la France qui a subi le plus de conséquences. Les medecins français se plaignaient que les medecins juifs leur volent leur clientèle. Il y avait des concurrences terribles. il y avait des trafics. Il y avait l’affaire Stavisky. Tout ça n’a pas été inventé par les antisémites. Et les juifs français etaient les premiers à se plaindre des problèmes que causaient les juifs ashkenazes.»</p><p>Tout est dans une phrase: «Et d’ailleurs c’est en partie vrai»… Vrai donc qu’en 1940, les juifs sont des colonisateurs? Arrogants? Voleurs de pratiques? Tenant les medias? Si c’est «en partie vrai», Zemmour est «en partie» fasciste. Il défend «en partie» ce que les feuilles antisémites assenaient, avant la guerre et et après la défaite. En partie seulement. Il est «en partie», compréhensif pour les raisons de ceux qui hurlèrent au massacre. En partie chez Brasillach? À l’Action française dont le nationalisme intégral l’a inspiré?</p><p>La falsification de l'histoire</p><p>Ce n’est pas faire injure à un homme que de dire d’où il parle. Zemmour est de l’extrême droite française –pas simplement celle d’aujourd’hui, quelle dégénérescence, mais l’authentique, celle d’avant quarante, dont il est l’interprète et l’avocat. Quand il dit, «on estime que les juifs ont pris trop de pouvoir», il est imprécis. «On» n’est pas la France. «On» est le fascisme de l’époque, et cette histoire de puissance juive n’était pas une opinion banale: c’était l’opinion des fascistes. Cela faisait un peu de monde, mais pas du joli. «On» est l’extrême droite qui contestait à Léon Blum, en 1936, le droit d’être Président du Conseil.</p><p>«Pour la première fois, ce vieux pays gallo-romain sera gouverné par un juif, avait lancé en séance le député Xavier Vallat. Pour gouverner cette nation paysanne qu’est la France, il vaut mieux avoir quelqu’un dont les origines, si modestes soient-elles, se perdent dans les entrailles de notre sol, qu’un talmudiste subtil.»</p><p>Vallat, sous Vichy, serait un commissaire général aux Questions juives tenant de <a href="http://www.akadem.org/medias/documents/--XavierVallat_8.pdf">l’antisémitisme national</a>, infiniement moins vulgaire que le teuton… Quant à Blum, normalien, conseiller d’État, admirateur de Barrès, plus que français puisqu’alsacien de souche, il n’avait rien à voir avec les débarqués d’Allemagne ou de Roumanie qui auraient créé l’antisémtisme, mais ne le subissait pas moins.</p><p>C’est la grande falsification de Zemmour. Laisser supposer que seuls les «ashkenazes» et la détestation qu’ils inspiraient faisaient naître un antisémitisme dont la véritable France aurait été immune sans cette immigration-agression. Las… L’antisémitisme pouvait aussi se passer de métèques. Entre l’affaire Dreyfus, la haine de Blum et Vichy, c’était entre nous, Français, que se jouait une méchante partie. Charles Maurras, idéologue de l’antisémitisme d’État, qui pourfendait les «États confédérés» hostiles à la Nation, ragera, condamné à la Libération: «C’est la revanche de Dreyfus»… C’est cette partie de la France qui prit le pouvoir en 1940. Ce sont les héritiers de cette France qui entendent Zemmour avec ravissement –les autres sont des dupes.</p><p>Il faudrait lire les témoignages des français libres de 1940 qui sont pour la plupart très remontés contre les juifs, très remontés contre l’influence juive qu’ils estiment néfaste et qui a préparé la défaite</p><p>Éric Zemmour</p><p>Cette falsification n’est pas sans but. Zemmour, qui entretient méthodiquement l’hostilité contre les arabos-musulmans dans la France contemporaine, puisque l’immigration nous détruirait, valide en passant par Vichy la «préférence nationale» qu’il appelle de ses vœux. Il le dit, à La Victoire. Au fond, il faut minimiser ce que Pétain faisait aux juifs -simplement des lois d’exceptions, simplement des dénaturalisations- puisqu’il faudra en venir là pour nos « États confédérés », bistres et mahométans. Zemmour n’est pas un juif timide. Il offre la diginité de son être à sa violence contemporaine. C’est presque admirable.</p>
<p>Ici Londres</p>
<p>Il y a toujours eu des enamourés de leurs persécuteurs, des bons nègres, des oncles Tom. Parfois, ce sont des personnages littéraires. Zemmour m’a toujours fait penser à Silbermann, <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Silbermann_(roman)">héros d’un roman triste et ambigu</a> du futur académicien Jacques de Lacretelle: un petit juif immigré rêvant de devenir un grand français avant d’être défait par l’antisémitisme. Au moins Silbermann n’était pas un salaud. Il ne demandait la mise à l’index de personne. De même, on a connu de braves juifs communistes qui faisaient mine de croire aux procès des <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Complot_des_blouses_blanches">blouses blanches</a> (des médecins juifs accusés d’avoir voulu tuer Staline) et niaient l’antisémitisme de l’Est, puisque la cause valait cela. Zemmour-Stal, Zemmour-Silbermann, Zemmour fasciste (seulement en partie) qui aimerait que notre fascisme n’ait pas tant fait de mal, qui s’arrange bien de Vichy, puisqu’un nationalisme est sa cause sacrée. Il en rajoute alors, diffamant au passage ce que la France a connu de meilleur.</p><p>Pour Zemmour, l’antisémitisme provoqué par «l’influence juive» était si courant, si normal, que même le gaullisme le véhiculait. Comment, alors, en vouloir à Pétain? «Il faudrait lire les témoignages des français libres de 1940 qui sont pour la plupart très remontés contre les juifs, très remontés contre l’influence juive qu’ils estiment néfaste et qui a préparé la défaite.» Textuellement, à la Victoire. Les Français libres. Évidemment, quelle saloperie! Ni les pêcheurs de l’Ile de Sein, ni Leclerc, ni Koenig, compagnon d’arme de la Légion juive de Palestine dans le désert de Lybie, ne méritent cela. Il y avait chez de Gaulle des radicaux et des socialistes, des maurrassiens qui abandonnaient les violences de leur maître en entrant en résistance, i<a href="http://www.laviedesidees.fr/Les-Juifs-un-probleme-pour-la.html">l y avait des juifs et des antisémites</a>, qui cessèrent de l’être dans le combat commun…</p><p>C’est à Londres, justement, que se purgeaient les insanités d’avant-guerre. Mais Zemmour n’aime pas Londres –et se le réinvente. Il fut un homme, qui correspond à la généralisation du polémiste. Il s’appelait Pierre Tissier, conseiller d’État et héros, entré antisémite chez De Gaulle, et s’indignait devant le général de l’arrivée à Londres de Georges Boris, juif et proche de Léon Blum. De Gaulle l’envoya bouler. Tissier, en pleine résistance, prônait pour la France libéréée un statut des juifs un peu soft. Il était le seul. Il n’était pas «la plupart des gaullistes», mais certainement le gaulliste auquel Zemmour, dans son étrangeté, doit trouver du charme.</p>
<p>«Auschwitz et tout ça»</p>
<p>On notera que Zemmour prophétise et manipule l’histoire à gros traits pâteux, et que cet homme est un satané imprécis.</p>
<p>Quelques exemples, tous venus de sa péroraison à la Victoire.</p>
<p>Zemmour assimile Stavisky, bourgeois et fils de dentiste, dont les escroqueries démontrèrent la corruption de la République radicale, aux immigrés des années 1930? <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Alexandre_Staviskyhttps:/fr.wikipedia.org/wiki/Alexandre_Stavisky">Le bel Alexandre</a>, qui ignorait caftan et papillottes, l’aurait bien mal pris!</p><p>Zemmour dit, à quelques minutes de distance, qu’on ignorait tout du sort funeste des juifs déportés, mais que Pierre Laval, président du Conseil de Pétain, dès que furent connus les massacres à «Auschwitz et tout ça» (sic) refusa de participer à d’autres déportations. Las. Cet humanisme est une ritournelle hypothétique. Laval faisait de la politique avec les convois…</p><p>Zemmour est un cuistre avec un agenda, qui, hélas, exerce en des lieux estimables</p>
<p>Zemmour dit qu’avant la conférence de Wannsee (il prononce curieusement «wannsi», à l’anglaise) et «la Shoah, etc.» (re-sic), il n’y avait pas de massacre spécifique des juifs de la part de l’Allemagne nazie, il suffirait de lire <a href="http://www.gallimard.fr/Catalogue/DENOEL/Denoel-d-ailleurs/Kaputt">Malaparte</a>. Imbécile. Pardon. On peut aussi relire les témoignages sur la <a href="http://www.liberation.fr/planete/2010/01/08/les-traces-enfouies-de-la-shoah-par-balles_603218">Shoah par balles</a>, <a href="http://rue89.nouvelobs.com/blog/balagan/2010/06/24/censure-et-redecouverte-du-livre-noir-de-la-shoah-en-urss-155950">Le Livre noir</a> de Ehrenbourg et Grossmann, se souvenir de Babi Yar où furent fusillés les juifs de Kiev, et de <a href="http://www.ina.fr/video/VDD09029990">Panerai</a> où furent éradiqués de ceux de Vilno.<br />À l'ère des clowns</p>
<p>Zemmour n’est pas très intéressé par la vérité des morts. Il dit que 100% des juifs hollandais furent tués pendant la guerre, puiqu’ils n’avaient pas de Vichy pour les protéger. Non, 20% survécurent. Dont la famille de ma mère. C’est un peu plus qu’un détail. Il y a juste un moment où la promenade spécieuse dans les cadavres devient désobligeante.</p><p>Il suffit. Avant même d’être un révisionniste, Zemmour est un cuistre. Il en est d’autres? Mais Zemmour est un cuistre avec un agenda, qui, hélas, exerce en des lieux estimables. Il faudrait passer une existence à réfuter mot par mot les tricheries de Zemmour, en extraire le sens. Ce serait avilissant. Il n’en vaut pas la peine. Il n’est que le tricheur d’un méchant moment.</p><p>En d’autres temps, une synagogue de bon ton n’aurait pas invité un juif tenant le discours des antisémites. En d’autres temps, des républicains de bonne tenue auraient jugé indigne de considérer cet homme. En d’autres temps, il se serait trouvé quelqu’un pour lui demander raison, parce que l’idée de la France n’est pas une plaisanterie. Nous sommes à l’ère des clowns. Il en est un, qui a grimacé à la Victoire, où psalmodiaient jadis les anciens combattants, où résonne toujours la prière à la République.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/732/renee-fregosi-et-jacques-tarnero-%E2%80%9Cla-surenchere-de-zemmour-a-dire-son-amour-de-la-france-ne-puise-pas-aux-bonnes-sources%E2%80%9D</guid>
	<pubDate>Sun, 31 Oct 2021 08:13:38 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/732/renee-fregosi-et-jacques-tarnero-%E2%80%9Cla-surenchere-de-zemmour-a-dire-son-amour-de-la-france-ne-puise-pas-aux-bonnes-sources%E2%80%9D</link>
	<title><![CDATA[Renée Fregosi et Jacques Tarnero. “La surenchère de Zemmour à dire son amour de la France ne puise pas aux bonnes sources”]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Hans Lucas via AFP</p>
<p>Renée Fregosi, philosophe et politologue, et Jacques Tarnero, essayiste et documentariste, analysent le nationalisme de Zemmour. Pour eux, seul un discours républicain « sans illusions, sans myopie, sans aucun angélisme » peut le contrer.</p><p>Certains demandent comment, avec le nom qui est le sien, Zemmour peut-il tenir les propos qu’il tient ? Peut-on critiquer Zemmour au nom de son nom comme s’il fallait assigner à ce nom une vertu non transgressive ? Comment penser ce qui est en train de se produire chez les Français juifs ou les Juifs français, et chez les Français en général ?</p><p>Zemmour n’a jamais fait de son nom un étendard identitaire, mais pouvait-il, pour autant, ignorer ou feindre d’ignorer l’usage qui en serait fait ? Peut-il ne pas comprendre l’abri que son nom constitue pour un Jean-Marie Le Pen qui lui déclare sa sympathie ? Si Zemmour assume cette reconnaissance, cela signifie qu’il partage ses sympathies politiques, ses nostalgies, ses références, ses inspirations. Est-ce avec ce bagage-là que la France pourrait dire son dernier mot ?</p><p>Un conflit franco-judéo-juif s’est mis à enfler autour des propos d’Éric Zemmour et de sa vision de la France. Les coups pleuvent et chacun des pro et anti Zemmour est prêt à en découdre. D’un côté les représentants autoproclamés de la « communauté juive » dénonçant Zemmour, de l’autre les Juifs de banlieue, ceux qui ont dû fuir l’antisémitisme présent dans les « quartiers », partagés entre la tentation du départ vers Israël ou l’Aliyah dans le XVIIe arrondissement.</p><p>Le « creuset français » a dispersé les tribus à défaut d’unir les « masses populaires ». On connaît la version blague belge de ces fractures : à la suite d’une bagarre entre Flamands et wallons, la police sépare les parties : les Flamands à gauche et les Wallons à droite, ordonne le policier. Des voix s’élèvent: « Et nous les Belges, où se met-on ? » demandent David et Salomon. Que reste-t-il du peuple français ?</p><p>En France les focalisations sur le « signe juif » remuent toujours le passé et troublent le présent. Car « La France sans les Juifs ne serait plus la France » comme le déclarait Manuel Valls il y a quelques années, quand en 2014 la « propalestine » mettait le feu à des magasins juifs de Sarcelles, par solidarité avec Gaza.</p><p>Depuis les crimes de Mohamed Merah, l’assassinat de Sarah Halimi, celui d’Ilan Halimi, de Mireille Knoll, les Juifs ont compris qu’ils constituent, ici, une première ligne de front dans la guerre que l’islamisme a déclaré à l’Occident en général. Les  “Territoires perdus de la République” l’ont d’abord été pour les Juifs qui y vivaient. Les attentats de Nice en 2016, l’assassinat du père Hamel, du colonel Beltrame, le massacre de Charlie Hebdo, celui du Bataclan ou des terrasses du XIe arrondissement 2015 ont élargi la ligne de front et l’atroce assassinat de Samuel Paty, il y a un an, a signifié que le cancer islamiste n’avait pas régressé. </p><p>Tandis que Macron assume la mauvaise part du passé colonial et tend simultanément un miroir à la partie algérienne, celle-ci refuse ces paroles de vérité. La culture du ressentiment telle que l’Algérie l’entretient aujourd’hui n’aide sûrement pas à clarifier les choses ni à réconcilier les mémoires. Il faut rappeler que c’est bien un massacre au faciès contre les Français qui eut lieu le 5 juillet 1962 à Oran pour fêter l’indépendance. Il faut aussi rappeler les mots de Ben Bella à l’été 1982 dans Politique internationale, “Nous autres arabes, ne pouvons être que si l’autre n’est pas“. Il n’y a pas eu de Mandela en Algérie et la purification ethnique n’est pas un privilège blanc.</p><p>Depuis le 11 septembre 2001, l’islam radical a déclaré la guerre à tout ce qui n’est pas lui. Le choc des civilisations pronostiqué par Samuel Huntington s’est substitué à l’affrontement Est-Ouest.</p><p>À l’échelle de la France, comment combattre cette offensive ? À partir de quelles bases intellectuelles, de quel socle culturel, de quels principes ? La République n’est-elle pas assez armée pour affronter ce “séparatisme” ? Le pouvoir, les pouvoirs ont tardé à ouvrir les yeux, à prendre la mesure de ce que Christopher Caldwell pronostiquait dès le début des années 2000.</p><p>En France, malheur à ceux qui ont raison trop tôt. Pierre-André Taguieff depuis plus de vingt ans tirait la sonnette d’alarme en analysant les formes nouvelles de l’antisémitisme d’origine arabo islamique dont le pro-palestinisme fut le vecteur privilégié. Georges Bensoussan proposait une relecture des relations judéo arabes débarrassées de tout vernis aussi enchanté que fictif des douceurs andalouses. De son côté Boualem Sansal rappelait la part nazie du nationalisme arabe, baasiste, nassérien, algérien. Les mythologies ont la vie dure, mais celle de l’innocence arabe a fait long feu.</p><p>Lorsque Zemmour dénonce la menace islamiste comme d’autres l’ont fait bien avant lui, on ne peut alors qu’acquiescer. Dans la foulée, il dénonce la menace que l’islam ferait peser sur l’identité française, sur ses origines chrétiennes par les bouleversements démographiques intervenus depuis trente ans, autant que par les bouleversements culturels qui les accompagnent.</p><p>Tout ceci, la gauche, les gauches n’ont pas voulu le savoir tant la figure du colonisé ne pouvait être entachée des mauvaises fréquentations que les Frères musulmans ont développées dès leur création. Il faudra attendre 1989, un échange entre Pierre Vidal-Naquet et Jean-François Lyotard dans Libération, pour que ces deux compagnons de route de la décolonisation reconnaissent simultanément avoir négligé le poids de l’islam dans le mouvement national algérien. Germaine Tillon, peu suspecte de complaisance pour la colonisation, faisait le même constat et appréhendait la part ethno religieuse de la guerre du FLN contre la France.</p><p>Ce détour est indispensable pour comprendre la complexité du moment présent en France, car ce n’est pas en criant que “le fascisme ne passera pas” qu’il faut rejeter Zemmour. Opposer une incantation antifasciste conjuratoire à une incantation symétrique salvatrice consiste à nouveau à refuser de regarder le réel. Pourquoi est-ce dans Maurras que SuperDupont-Zemmour va chercher des raisons d’aimer la France ? Zemmour a-t-il oublié que c’est sous Vichy que le Décret Crémieux – faisant des juifs d’Algérie des citoyens français à part entière – fut abrogé ?</p><p>En réécrivant la responsabilité de Pétain dans la déportation des Juifs, Zemmour s’inscrit dans le droit fil du discours révisionniste.</p><p>Pour pasticher Laurent Fabius, Zemmour pose de bonnes questions, mais quelles réponses propose-t-il ? En défendant Pétain, supposé protecteur des juifs français, le féru d’histoire Zemmour oublie les mots du créateur des Annales : “Il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l’histoire de France : ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims, ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la fédération.” Cette fête fondatrice de la République propose d’abord un principe avant d’être un système politique : celui de l’universalité du genre humain que Vichy avait contribué à détruire. En se soumettant à Hitler, Pétain et ses complices se sont soumis à la vision du monde proposée par les nazis. La République aurait-elle besoin de telles références ?</p><p>Quels seraient les derniers mots que la France n’a pas encore dits ? Ceux de Maurras, ceux de Maurice Barres, ceux d’Abel Bonnard ou bien ceux de Jankélévitch, de Marc Bloch ou de Victor Basch ?</p><p>La surenchère de Zemmour à dire son amour de la France ne puise pas aux bonnes sources. À l’abri de son nom, il légitime la parole de ceux qui auraient été ravis de le rafler au Vel’ d’Hiv’. Il y a une voie étroite pour lutter contre le fascisme islamiste et ses masques décoloniaux ou indigénistes.</p><p>C’est dans l’idée républicaine qu’il faut se ressourcer, sans illusions, sans myopie, sans aucun angélisme, sans se payer de beaux mots, mais sûrement pas dans une outrance nationaliste porteuse de guerre civile.</p><p>Jacques Tarnero et Renée Fregosi</p><p><a href="https://www.marianne.net/agora/tribunes-libres/la-surenchere-de-zemmour-a-dire-son-amour-de-la-france-ne-puise-pas-aux-bonnes-sources?fbclid=IwAR1X-GkD49vhKzhFNeu47N5JKCz-tLverBqpl8Xlp56UVR-EhCdVhyKofOE">https://www.marianne.net/agora/tribunes-libres/la-surenchere-de-zemmour-a-dire-son-amour-de-la-france-ne-puise-pas-aux-bonnes-sources?fbclid=IwAR1X-GkD49vhKzhFNeu47N5JKCz-tLverBqpl8Xlp56UVR-EhCdVhyKofOE</a></p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/731/%C2%ABla-primaute-du-droit-europeen-est-une-impasse-democratique%C2%BB</guid>
	<pubDate>Sun, 31 Oct 2021 08:11:07 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/731/%C2%ABla-primaute-du-droit-europeen-est-une-impasse-democratique%C2%BB</link>
	<title><![CDATA[«La primauté du droit européen est une impasse démocratique»]]></title>
	<description><![CDATA[<p>GRAND ENTRETIEN - Observateur avisé de la vie publique, l’ancien conseiller de Nicolas Sarkozy propose de revenir au principe dit de «loi écran», qui prévalait avant 1975 et qui donnait le dernier mot au législateur français.</p><p class="fig-paragraph">LE FIGARO. - Le thème du droit européen s’impose dans la campagne. Le lundi 18 octobre, Emmanuel Macron a condamné les remises en cause de celui-ci, fustigeant une <a href="https://www.lefigaro.fr/politique/macron-condamne-les-attaques-contre-le-droit-europeen-vieille-maladie-francaise-20211018" data-fig-type="NewsFlash" data-gtm-custom-categorie="navigation" data-gtm-custom-action="crossclick" data-gtm-custom-label="Contextuel" data-gtm-event="customEventSPE" data-fig-domain="LEFIGARO">«vieille maladie française»</a>. Qu’est-ce que cette déclaration vous inspire?</p><p>À découvrir</p><p class="fig-paragraph">Henri GUAINO. - Que c’est tragique de ne pas avoir pris conscience de l’impasse démocratique dans laquelle nous sommes enfermés, en oubliant au passage la virulence avec laquelle son gouvernement fustigeait en 2019 la décision de la Cour de justice de l’Union européenne d’interdire <a href="https://www.lefigaro.fr/societes/2019/02/06/20005-20190206ARTFIG00103-bruxelles-rejette-comme-prevu-la-fusion-entre-alstom-et-siemens.php" data-fig-type="Article" data-gtm-custom-categorie="navigation" data-gtm-custom-action="crossclick" data-gtm-custom-label="Contextuel" data-gtm-event="customEventSPE" data-fig-domain="LEFIGARO">la fusion entre Alstom et Siemens</a> et j’entends aujourd’hui le procès non moins virulent qu’il fait aux règles du marché européen de l’électricité.</p><p class="fig-paragraph">Est-ce réellement «une spécificité française»? Rappelons que, dans son fameux arrêt du 30 juin 2009, la Cour constitutionnelle fédérale allemande prévenait que «la République fédérale d’Allemagne ne reconnaît pas une primauté absolue d’application du droit de l’Union»…</p><p class="fig-paragraph">La Cour de Karlsruhe rappelle souvent que c’est le peuple allemand</p><p class="fig-premium-paywall__infos">Cet article est réservé aux abonnés. Il vous reste 92% à découvrir.</p><p class="fig-premium-paywall__title">La liberté c’est aussi d’aller à la fin d’un débat.</p><p class="fig-premium-paywall__subtitle">Continuez à lire votre article pour 1€ le premier mois</p><p class="fig-premium-paywall__connect">Déjà abonné ? <a class="fig-premium-paywall__connect-link" href="https://connect.lefigaro.fr/login?client=horizon_web&amp;redirect_uri=https%3A%2F%2Fwww.lefigaro.fr%2Fvox%2Fsociete%2Fhenri-guaino-la-primaute-du-droit-europeen-est-une-impasse-democratique-20211026" data-js-gtm="{&quot;customCategorie&quot;: &quot;conversion&quot;, &quot;customAction&quot;: &quot;before_Landing_Connexion_paywall_auto&quot;, &quot;customLabel&quot;: &quot;bGVmaWdhcm8uZnJfXzAyOWMwOGUwLTM2N2MtMTFlYy1iNDMyLTU1MGQ5NWZmZTk2OF9fQXJ0aWNsZQ==_Henri Guaino: &#xAB;La primaut&#xE9; du droit europ&#xE9;en est une impasse d&#xE9;mocratique&#xBB;_64&quot;, &quot;customIDSPE&quot;: &quot;bGVmaWdhcm8uZnJfXzAyOWMwOGUwLTM2N2MtMTFlYy1iNDMyLTU1MGQ5NWZmZTk2OF9fQXJ0aWNsZQ==&quot;, &quot;event&quot;: &quot;customEventSPE&quot;}">Connectez-vous</a></p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/728/lassimilation-une%C2%A0idee-selon%C2%A0zemmour%C2%A0</guid>
	<pubDate>Sat, 30 Oct 2021 10:01:22 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/728/lassimilation-une%C2%A0idee-selon%C2%A0zemmour%C2%A0</link>
	<title><![CDATA[L&#039;assimilation, une idée selon Zemmour ?]]></title>
	<description><![CDATA[<p>28 octobre 2021#22</p><p>As-si-mi-la-tion&nbsp;! De plateaux t&eacute;l&eacute; en pr&eacute;campagne &eacute;lectorale, &Eacute;ric&nbsp;Zemmour mart&egrave;le sa&nbsp;conviction. Les&nbsp;personnes d&rsquo;origine &eacute;trang&egrave;re doivent se&nbsp;fondre compl&egrave;tement dans la&nbsp;culture fran&ccedil;aise. Mais d&rsquo;o&ugrave; vient cette&nbsp;id&eacute;e&nbsp;? A-t-elle toujours &eacute;t&eacute; de&nbsp;droite&nbsp;? C&rsquo;est quoi, au&nbsp;fond, l&rsquo;assimilation&nbsp;?</p><p>De quoi l&rsquo;assimilation est-elle le&nbsp;pr&eacute;nom&nbsp;? &nbsp;</p><p>Le premier crit&egrave;re de l&rsquo;assimilation, ce serait le&nbsp;pr&eacute;nom. &Eacute;ric Zemmour a&nbsp;reproch&eacute; &agrave;&nbsp;Rachida Dati d&rsquo;avoir appel&eacute; sa&nbsp;fille Zohra. &Agrave;&nbsp;la&nbsp;naissance du&nbsp;b&eacute;b&eacute;, Dati &eacute;tait ministre de&nbsp;la&nbsp;Justice de&nbsp;Sarkozy. Elle&nbsp;aurait d&ucirc; donner l&rsquo;exemple, c&rsquo;est-&agrave;-dire &agrave;&nbsp;la&nbsp;fois renoncer &agrave;&nbsp;sa&nbsp;double nationalit&eacute; marocaine et donner un&nbsp;pr&eacute;nom fran&ccedil;ais &agrave;&nbsp;sa&nbsp;fille, selon le pol&eacute;miste. De&nbsp;m&ecirc;me, en&nbsp;2018, dans une&nbsp;&eacute;mission de&nbsp;divertissement, <a href="https://youtu.be/xFZehICfmNk">Les&nbsp;Terriens du&nbsp;dimanche</a>, &Eacute;ric Zemmour sugg&egrave;re &agrave;&nbsp;la&nbsp;chroniqueuse Hapsatou Sy de se&nbsp;faire appeler &laquo;&nbsp;Corinne&nbsp;&raquo;. L&rsquo;ambiance sur le&nbsp;plateau semble d&eacute;tendue. Mais la&nbsp;jeune femme se&nbsp;sent offens&eacute;e par des&nbsp;propos coup&eacute;s au&nbsp;montage et porte plainte. &Agrave;&nbsp;ce&nbsp;jour, le&nbsp;diff&eacute;rend n&rsquo;a pas &eacute;t&eacute; tranch&eacute; par&nbsp;la&nbsp;justice.</p><p>Raison de plus pour nous en tenir &agrave;&nbsp;ce&nbsp;qui int&eacute;resse L&rsquo;Anti&Eacute;ditorial&nbsp;: les&nbsp;id&eacute;es, la&nbsp;profondeur de&nbsp;champ. Citons Zemmour sur le&nbsp;fond&nbsp;: &laquo;&nbsp;Depuis une&nbsp;loi de&nbsp;Bonaparte qui a&nbsp;malheureusement &eacute;t&eacute; abolie en&nbsp;1993 par les&nbsp;socialistes, on&nbsp;doit donner des&nbsp;pr&eacute;noms dans ce&nbsp;qu&rsquo;on appelle le&nbsp;calendrier, c&rsquo;est-&agrave;-dire les&nbsp;saints chr&eacute;tiens.&nbsp;&raquo; Autrement dit, ce&nbsp;n&rsquo;est peut-&ecirc;tre plus une&nbsp;obligation l&eacute;gale, mais c&rsquo;est plus que jamais un&nbsp;imp&eacute;ratif civique.</p><p>La loi du&nbsp;11&nbsp;germinal an&nbsp;XI &ndash;&nbsp;le&nbsp;1er&nbsp;avril&nbsp;1803&nbsp;&ndash; encadrait bel et bien les&nbsp;pr&eacute;noms, sans doute dans un&nbsp;souci d&rsquo;ordre plut&ocirc;t que d&rsquo;assimilation. Apr&egrave;s la&nbsp;cr&eacute;ativit&eacute; de la&nbsp;p&eacute;riode r&eacute;volutionnaire, Bonaparte siffle la&nbsp;fin de la&nbsp;r&eacute;cr&eacute;ation&nbsp;: &laquo;&nbsp;Les&nbsp;noms en&nbsp;usage dans les&nbsp;diff&eacute;rents calendriers, et ceux des&nbsp;personnages connus de&nbsp;l&rsquo;histoire ancienne, pourront seuls &ecirc;tre re&ccedil;us, comme pr&eacute;noms sur les&nbsp;registres de l&rsquo;&eacute;tat civil destin&eacute;s &agrave;&nbsp;constater la&nbsp;naissance des&nbsp;enfants&nbsp;; et il&nbsp;est interdit aux&nbsp;officiels publics d&rsquo;en admettre aucun autre dans leurs&nbsp;actes.&nbsp;&raquo; Vous&nbsp;aurez not&eacute; que Bonaparte parle de&nbsp;&laquo;&nbsp;diff&eacute;rents calendriers&nbsp;&raquo;, au&nbsp;pluriel, et de&nbsp;&laquo;&nbsp;personnages connus de&nbsp;l&rsquo;histoire ancienne&nbsp;&raquo;, pas de&nbsp;&laquo;&nbsp;saints chr&eacute;tiens&nbsp;&raquo;. Germinal, par&nbsp;exemple, est un&nbsp;pr&eacute;nom tir&eacute; du&nbsp;calendrier r&eacute;volutionnaire. Olympe, un&nbsp;pr&eacute;nom tir&eacute; de&nbsp;l&rsquo;histoire ancienne.</p><p>Le mod&egrave;le Clermont-Tonnerre</p><p>Mais au fond, peu importe. La&nbsp;question des&nbsp;pr&eacute;noms sert de&nbsp;carburant pour imposer une&nbsp;probl&eacute;matique plus&nbsp;vaste. Dans son&nbsp;d&eacute;bat avec Jean-Luc M&eacute;lenchon, &Eacute;ric Zemmour l&rsquo;explique d&rsquo;ailleurs clairement&nbsp;: &laquo;&nbsp;L&rsquo;assimilation, &ccedil;a&nbsp;veut dire faire sienne l&rsquo;histoire de&nbsp;France, la&nbsp;culture fran&ccedil;aise, les&nbsp;m&oelig;urs fran&ccedil;aises.&nbsp;&raquo; Alors que les&nbsp;identit&eacute;s individuelles et culturelles auraient pris le&nbsp;dessus sur l&rsquo;identit&eacute; nationale, il&nbsp;milite pour le&nbsp;retour d&rsquo;une&nbsp;&laquo;&nbsp;France une et indivisible&nbsp;&raquo;. La&nbsp;crise du&nbsp;mod&egrave;le assimilationniste serait au&nbsp;c&oelig;ur du&nbsp;&laquo;&nbsp;d&eacute;clin fran&ccedil;ais&nbsp;&raquo;. &laquo;&nbsp;Celui qui n&rsquo;a pas connu la&nbsp;France d&rsquo;avant le&nbsp;regroupement familial ne sait pas ce&nbsp;qu&rsquo;est le&nbsp;bonheur d&rsquo;une&nbsp;assimilation r&eacute;ussie&nbsp;&raquo;, &eacute;crit-il dans son livre La&nbsp;France n&rsquo;a pas dit son&nbsp;dernier mot. Contre cela, il&nbsp;faudrait notamment bannir le&nbsp;droit du&nbsp;sol, qui permet d&rsquo;obtenir la&nbsp;nationalit&eacute; fran&ccedil;aise par la&nbsp;naissance, quand on&nbsp;est n&eacute; en&nbsp;France de&nbsp;parents&nbsp;&eacute;trangers.</p><p>Dans son d&eacute;bat avec Jean-Luc M&eacute;lenchon, &Eacute;ric Zemmour rappelle qu&rsquo;il&nbsp;s&rsquo;agit d&rsquo;un&nbsp;&laquo;&nbsp;vieux mot r&eacute;publicain&nbsp;&raquo;. Ce n&rsquo;est pas&nbsp;faux. Il&nbsp;est d&rsquo;ailleurs marqu&eacute; par le&nbsp;progressisme et l&rsquo;id&eacute;alisme de&nbsp;son&nbsp;temps, et aussi par l&rsquo;id&eacute;e d&rsquo;une&nbsp;sup&eacute;riorit&eacute; culturelle, civilisationnelle&nbsp;m&ecirc;me.</p><p>C&rsquo;est cette&nbsp;logique qui pr&eacute;valait dans l&rsquo;administration coloniale lorsque les&nbsp;&laquo;&nbsp;sujets des&nbsp;colonies&nbsp;&raquo; (les&nbsp;habitants locaux) voulaient acc&eacute;der au&nbsp;statut de&nbsp;citoyen fran&ccedil;ais. La&nbsp;sociologue Laure Bl&eacute;vis a&nbsp;&eacute;tudi&eacute; <a href="https://www.cairn.info/revue-geneses-2003-4-page-25.htm">les&nbsp;dossiers de&nbsp;demande de&nbsp;naturalisation des&nbsp;&laquo;&nbsp;sujets fran&ccedil;ais&nbsp;&raquo; d&rsquo;Alg&eacute;rie</a>. Elle&nbsp;note que les&nbsp;candidats s&eacute;lectionn&eacute;s devaient &ecirc;tre monogames, m&eacute;ritants et loyaux politiquement. Ils&nbsp;devaient parler fran&ccedil;ais et fr&eacute;quenter les&nbsp;Fran&ccedil;ais. Il&nbsp;&eacute;tait bien vu qu&rsquo;ils&nbsp;soient convertis au&nbsp;catholicisme.&nbsp;</p><p>L&rsquo;assimilation est la&nbsp;condition de&nbsp;la&nbsp;citoyennet&eacute;, pas sa&nbsp;cons&eacute;quence. Elle&nbsp;est un&nbsp;devoir, pas un&nbsp;droit. Elle&nbsp;est accord&eacute;e aux&nbsp;individus, pas aux&nbsp;familles ou aux&nbsp;communaut&eacute;s. On&nbsp;peut citer le&nbsp;fameux mot du&nbsp;comte de&nbsp;Clermont-Tonnerre en&nbsp;1789&nbsp;: &laquo;&nbsp;Il&nbsp;faut tout refuser aux&nbsp;Juifs comme nation et accorder tout aux&nbsp;Juifs comme individus.&nbsp;&raquo; &Eacute;l&eacute;ment fondamental&nbsp;: le&nbsp;d&eacute;put&eacute; monarchiste plaidait ainsi pour l&rsquo;octroi de&nbsp;la&nbsp;citoyennet&eacute; fran&ccedil;aise aux&nbsp;juifs, contre ceux qui voulaient la&nbsp;leur&nbsp;refuser.</p><p>Citons encore Clermont-Tonnerre, parlant des&nbsp;juifs&nbsp;: &laquo;&nbsp;Il&nbsp;faut qu&rsquo;ils&nbsp;ne&nbsp;fassent dans l&rsquo;&Eacute;tat ni&nbsp;un&nbsp;corps politique ni&nbsp;un&nbsp;ordre&nbsp;; il&nbsp;faut qu&rsquo;ils&nbsp;soient individuellement citoyens. Mais, me&nbsp;dira-t-on, ils&nbsp;ne&nbsp;veulent pas l&rsquo;&ecirc;tre. Eh&nbsp;bien&nbsp;! S&rsquo;ils&nbsp;veulent ne&nbsp;l&rsquo;&ecirc;tre&nbsp;pas, qu&rsquo;ils&nbsp;le&nbsp;disent, et&nbsp;alors, qu&rsquo;on&nbsp;les&nbsp;bannisse. Il&nbsp;r&eacute;pugne qu&rsquo;il&nbsp;y&nbsp;ait dans&nbsp;l&rsquo;&Eacute;tat une&nbsp;soci&eacute;t&eacute; de&nbsp;non-citoyens et une&nbsp;nation dans la&nbsp;nation.&nbsp;&raquo;</p><p>Mais plus que la&nbsp;R&eacute;volution ou le&nbsp;Consulat, c&rsquo;est la&nbsp;Troisi&egrave;me&nbsp;R&eacute;publique qui est vue comme l&rsquo;&acirc;ge d&rsquo;or de&nbsp;l&rsquo;assimilation fran&ccedil;aise. Le&nbsp;mod&egrave;le est tr&egrave;s efficace, mais il&nbsp;se&nbsp;fait par la&nbsp;force, et parce que l&rsquo;&Eacute;tat est tout-puissant. Le&nbsp;service militaire et l&rsquo;&eacute;cole publique, la&iuml;que et obligatoire deviennent des&nbsp;vecteurs d&eacute;terminants, y&nbsp;compris contre les&nbsp;petits Bretons que l&rsquo;on contraint &agrave;&nbsp;renoncer &agrave;&nbsp;leur&nbsp;langue maternelle, sans quoi ils&nbsp;ne&nbsp;sont pas vraiment&nbsp;Fran&ccedil;ais.</p><p>Pour Fernand Braudel, &laquo;&nbsp;l&rsquo;assimilation a&nbsp;&eacute;t&eacute; la&nbsp;cl&eacute; d&rsquo;une&nbsp;int&eacute;gration sans douleur de&nbsp;ces&nbsp;immigr&eacute;s qui se&nbsp;sont vite confondus dans les&nbsp;t&acirc;ches et les&nbsp;replis de&nbsp;notre&nbsp;civilisation tandis que leurs&nbsp;cultures d&rsquo;origine ont&nbsp;apport&eacute; une&nbsp;nuance de&nbsp;plus &agrave;&nbsp;notre&nbsp;culture&nbsp;complexe.&nbsp;&raquo; Les&nbsp;historiens contemporains sont parfois moins enthousiastes. <a href="https://parolesdhistoire.fr/index.php/2018/10/03/22-histoire-populaire-de-la-france-avec-gerard-noiriel-et-philippe-olivera/">G&eacute;rard Noiriel raconte toutefois une&nbsp;p&eacute;riode plus&nbsp;chaotique qu&rsquo;on&nbsp;ne la pr&eacute;sente parfois.</a> Les&nbsp;mineurs polonais sont parfois jug&eacute;s inassimilables. Citons aussi les&nbsp;&eacute;meutes anti-italiennes de&nbsp;Marseille, en&nbsp;1881, apr&egrave;s que des&nbsp;Italiens auraient siffl&eacute; des&nbsp;soldats qui chantaient la&nbsp;Marseillaise.</p><p>&nbsp;</p><p>Que dit la&nbsp;loi&nbsp;?</p><p>Mais l&rsquo;assimilation, ce n&rsquo;est pas seulement une&nbsp;id&eacute;e, une&nbsp;possibilit&eacute;, une&nbsp;option &agrave;&nbsp;discuter, un&nbsp;truc du&nbsp;pass&eacute; un&nbsp;peu fantasm&eacute;. En&nbsp;th&eacute;orie au&nbsp;moins, c&rsquo;est la&nbsp;loi. Ouvrons le&nbsp;Code civil, lisons l&rsquo;article&nbsp;21-24&nbsp;: &laquo;&nbsp;Nul ne peut &ecirc;tre naturalis&eacute; s&rsquo;il&nbsp;ne&nbsp;justifie de&nbsp;son&nbsp;assimilation &agrave;&nbsp;la&nbsp;communaut&eacute; fran&ccedil;aise, notamment par une&nbsp;connaissance suffisante, selon sa&nbsp;condition, de&nbsp;la&nbsp;langue, de&nbsp;l&rsquo;histoire, de&nbsp;la&nbsp;culture et de&nbsp;la&nbsp;soci&eacute;t&eacute; fran&ccedil;aises, dont le&nbsp;niveau et les&nbsp;modalit&eacute;s d&rsquo;&eacute;valuation sont fix&eacute;s par d&eacute;cret en&nbsp;Conseil d&rsquo;&Eacute;tat, et des&nbsp;droits et devoirs conf&eacute;r&eacute;s par la&nbsp;nationalit&eacute; fran&ccedil;aise ainsi que par l&rsquo;adh&eacute;sion aux&nbsp;principes et aux&nbsp;valeurs essentiels de la&nbsp;R&eacute;publique.&nbsp;&raquo; La&nbsp;R&eacute;publique fait donc de l&rsquo;assimilation une&nbsp;condition n&eacute;cessaire pour&nbsp;obtenir la&nbsp;nationalit&eacute; fran&ccedil;aise.</p><p>Fait significatif, cet&nbsp;article du&nbsp;Code civil a&nbsp;&eacute;t&eacute; r&eacute;guli&egrave;rement pr&eacute;cis&eacute;, renforc&eacute;. Certains diront peut-&ecirc;tre qu&rsquo;on&nbsp;l&rsquo;a&nbsp;alourdi. En&nbsp;1993, l&rsquo;unique crit&egrave;re &eacute;tait la&nbsp;ma&icirc;trise de&nbsp;&laquo;&nbsp;la&nbsp;langue fran&ccedil;aise&nbsp;&raquo;. Dix&nbsp;ans plus&nbsp;tard, en&nbsp;2003, on&nbsp;y&nbsp;ajoute la&nbsp;connaissance &laquo;&nbsp;des&nbsp;droits et devoirs conf&eacute;r&eacute;s par la&nbsp;nationalit&eacute;&nbsp;fran&ccedil;aise.&nbsp;&raquo;</p><p>La loi a &eacute;t&eacute; encore renforc&eacute;e en&nbsp;2011. On&nbsp;y&nbsp;a ajout&eacute; un&nbsp;nouvel alin&eacute;a. &laquo;&nbsp;&Agrave;&nbsp;l&rsquo;issue du&nbsp;contr&ocirc;le de son&nbsp;assimilation, l&rsquo;int&eacute;ress&eacute; signe la&nbsp;charte des&nbsp;droits et devoirs du&nbsp;citoyen fran&ccedil;ais. Cette&nbsp;charte, approuv&eacute;e par d&eacute;cret en&nbsp;Conseil d&rsquo;&Eacute;tat, rappelle les&nbsp;principes, valeurs et symboles essentiels de&nbsp;la&nbsp;R&eacute;publique fran&ccedil;aise.&nbsp;&raquo; Le&nbsp;mot-cl&eacute;, ici, c&rsquo;est &laquo;&nbsp;contr&ocirc;le&nbsp;&raquo;. C&rsquo;est bien le&nbsp;signe que l&rsquo;assimilation ne va pas de&nbsp;soi. La&nbsp;personne qui demande la&nbsp;nationalit&eacute; fran&ccedil;aise est d&eacute;sormais inspect&eacute;e, pour ne pas dire suspect&eacute;e, avant d&rsquo;&ecirc;tre&nbsp;respect&eacute;e.</p><p>L&rsquo;assimilation dans l&rsquo;Histoire</p><p>Pour Patrick Simon, sociod&eacute;mographe &agrave;&nbsp;l&rsquo;Institut national d&rsquo;&eacute;tudes d&eacute;mographiques (INED), <a href="https://www.lemonde.fr/idees/article/2016/11/11/integration-ou-assimilation-une-histoire-de-nuances_5029629_3232.html">l&rsquo;assimilation, c&rsquo;est comme la&nbsp;digestion</a>&nbsp;: &laquo;&nbsp;Le&nbsp;corps social et les&nbsp;institutions sont cens&eacute;s dig&eacute;rer les&nbsp;nouveaux venus et les&nbsp;transformer en&nbsp;Fran&ccedil;ais. Le&nbsp;but est qu&rsquo;ils&nbsp;ne soient plus rep&eacute;rables dans la&nbsp;structure sociale, que leurs&nbsp;sp&eacute;cificit&eacute;s culturelles, religieuses ou sociales disparaissent afin qu&rsquo;ils&nbsp;deviennent semblables en&nbsp;tout&nbsp;point aux&nbsp;Fran&ccedil;ais.&nbsp;&raquo;</p><p>Or aujourd&rsquo;hui, la&nbsp;digestion semble difficile. Le&nbsp;concept d&rsquo;assimilation, promu d&rsquo;abord par la&nbsp;gauche r&eacute;publicaine, a&nbsp;fait consensus jusqu&rsquo;aux&nbsp;mouvements de&nbsp;d&eacute;colonisation. Mais le&nbsp;concept d&rsquo;int&eacute;gration l&rsquo;a remplac&eacute; peu&nbsp;&agrave;&nbsp;peu. Moins radicale, l&rsquo;int&eacute;gration ne&nbsp;visait plus &agrave;&nbsp;supprimer les&nbsp;diff&eacute;rences, mais &agrave; les int&eacute;grer dans un&nbsp;projet de&nbsp;soci&eacute;t&eacute; commun. Les&nbsp;immigr&eacute;s doivent faire un&nbsp;pas vers les&nbsp;Fran&ccedil;ais, et la&nbsp;soci&eacute;t&eacute; fran&ccedil;aise, un&nbsp;pas vers&nbsp;eux. Le&nbsp;multiculturalisme est en&nbsp;vogue. Les&nbsp;diff&eacute;rences sont enrichissantes. C&rsquo;est la&nbsp;fameuse France &laquo;&nbsp;black-blanc-beur&nbsp;&raquo; de la&nbsp;Coupe du&nbsp;monde de&nbsp;football, celle&nbsp;de&nbsp;1998.</p><p>Or depuis le d&eacute;but des&nbsp;ann&eacute;es&nbsp;2000, on&nbsp;assiste &agrave;&nbsp;un&nbsp;retour du&nbsp;concept d&rsquo;assimilation, notamment via des&nbsp;controverses sur&nbsp;l&rsquo;islam et sur&nbsp;l&rsquo;immigration. Nicolas Sarkozy, pendant la&nbsp;campagne &eacute;lectorale pr&eacute;sidentielle en&nbsp;2016, disait que l&rsquo;assimilation n&rsquo;&eacute;tait &laquo;&nbsp;pas une&nbsp;possibilit&eacute; offerte &agrave;&nbsp;ceux qui choisissent la&nbsp;France, elle&nbsp;doit &ecirc;tre une&nbsp;condition &agrave;&nbsp;tout s&eacute;jour de&nbsp;longue dur&eacute;e et &agrave;&nbsp;toute&nbsp;naturalisation&nbsp;&raquo;. Et <a href="https://www.i24news.tv/fr/actu/france/1623009408-une-france-fracturee-manuel-valls-sera-le-premier-leader-de-la-gauche-a-remettre-les-choses-en-place-avec-jean-pierre-chevenement-luc-ferry-dans-elie-sans-interdit">pour Manuel Valls</a>, n&eacute; en&nbsp;Espagne et naturalis&eacute; fran&ccedil;ais, &laquo;&nbsp;on&nbsp;n&rsquo;est pas fran&ccedil;ais par&nbsp;le&nbsp;sang, mais par&nbsp;l&rsquo;assimilation&nbsp;&raquo;.&nbsp;Pour &ecirc;tre fran&ccedil;ais, il&nbsp;ne suffit pas d&rsquo;&ecirc;tre n&eacute;&nbsp;fran&ccedil;ais, il&nbsp;faut vouloir l&rsquo;&ecirc;tre.&nbsp;</p><p>Assimilation contre int&eacute;gration&nbsp;: les&nbsp;deux&nbsp;mod&egrave;les successifs sont d&eacute;sormais en&nbsp;comp&eacute;tition. La&nbsp;campagne d&rsquo;&Eacute;ric Zemmour, apr&egrave;s celles de Nicolas Sarkozy, semble indiquer que le&nbsp;mod&egrave;le assimilationniste reprend id&eacute;ologiquement le&nbsp;dessus. Ce&nbsp;d&eacute;bat d&rsquo;id&eacute;es sera au&nbsp;c&oelig;ur de&nbsp;la&nbsp;pr&eacute;sidentielle.</p><p>&nbsp;</p><p>&nbsp;</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/726/23-octobre-1941-il-y-a-80-ans</guid>
	<pubDate>Sat, 23 Oct 2021 10:12:28 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/726/23-octobre-1941-il-y-a-80-ans</link>
	<title><![CDATA[23 octobre 1941 (il y a 80 ans)]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Le Général de Gaulle tance Pétain et demande aux Résistants de cesser les actions violentes.</p>

<p>Après les attentats perpétrés  à Nantes et bordeaux, le général De Gaulle, chef de la France libre  fait un discours au micro de  la BBC au cours duquel il demande aux résistants français de cesser pour l’heure les actions violentes contre les troupes d’occupation, pour empêcher les représailles impitoyables de l’Occupant.  </p>

<p>« Nous savions bien que l’Allemand est l’Allemand. Nous ne doutions pas de sa haine ni de sa férocité. Nous étions certains que ce peuple déséquilibré ne contraindrait pas longtemps sa nature et qu’il irait tout droit au crime à la première crise de peur ou de colère.</p>

<p>Parce que deux des bourreaux de la France ont été abattus à Nantes et à Bordeaux au beau milieu de leurs canons, de leurs chars et de leurs mitrailleuses par quelques courageux garçons, l’ennemi prend au hasard, à Paris, à Lille, à Strasbourg, 100, 200, 300 Français et les massacre. Naturellement, les malheureux qui, à Vichy, s’épouvantent eux-mêmes des horreurs qu’ils ont causées par leur capitulation, se répandent en imprécations, non point du tout contre l’ennemi, mais contre ceux qui le frappent. Nous avons entendu hier la voix tremblante du vieillard que ces gens ont pris comme enseigne, qualifier de  » crime sans nom  » l’exécution de deux des envahisseurs.</p>

<p>Dans cette phase terrible de sa lutte contre l’ennemi, il faut que le peuple français reçoive un mot d’ordre. Ce mot d’ordre, je vais le lui donner. Il vient du Comité National Français qui dirige la nation dans sa résistance. Voici ! Il est absolument normal et il est absolument justifié que les Allemands soient tués par les Français. Si les Allemands ne voulaient pas recevoir la mort de nos mains, ils n’avaient qu’à rester chez eux et ne pas nous faire la guerre. Tôt ou tard, d’ailleurs, ils sont tous destinés à être abattus, soit par nous, soit par nos alliés.</p>

<p>Ceux d’entre eux qui tombent en ce moment sous le fusil, le revolver ou le couteau des patriotes ne font que précéder de peu tous les autres dans la mort. Du moment qu’après deux ans et deux mois de batailles ils n’ont pas réussi à réduire l’univers, ils sont sûrs de devenir chacun, et bientôt, un cadavre ou au moins un prisonnier. Mais il y a une tactique à la guerre. La guerre des Français doit être conduite par ceux qui en ont la charge, c’est-à-dire par moi-même et par le Comité national. Il faut que tous les combattants, ceux du dedans comme ceux du dehors, observent exactement la consigne. Or, actuellement, la consigne que je donne pour le territoire occupé, c’est de ne pas y tuer ouvertement d’Allemands. Cela, pour une seule mais très bonne raison, c’est qu’il est, en ce moment, trop facile à l’ennemi de riposter par le massacre de nos combattants momentanément désarmés. Au contraire, dès que nous serons en mesure de passer à l’attaque, vous recevrez les ordres voulus ».</p>

<p>De Gaulle en termine par une charge argumentée contre le régime de Vichy : « Jusque-là, patience, préparation, résolution. Cependant, pour pouvoir attaquer dans de bonnes conditions, il faut définitivement arracher toute autorité aux collaborateurs de l’ennemi. Vichy qui a livré nos armes, Vichy qui interdit à la flotte et à l’Empire de bouger, sauf pour combattre les Français et leurs alliés, Vichy qui collabore avec les assassins, Vichy qui tient les mains de la France pendant que l’ennemi l’égorge, doit rencontrer dans tous les domaines l’opposition complète et incessante du peuple français. Jusqu’à ce que la justice nationale ait pu s’abattre sur Vichy, tout ce qui est de Vichy n’a droit qu’au mépris public, à commencer, bien entendu, par le principal responsable du désastre militaire, de l’Armistice déshonorant et du malheur de la France : le Père-la-Défaite de Vichy ».</p>
]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/716/bon-ou-mauvais-mon-pays</guid>
	<pubDate>Sun, 19 Sep 2021 20:14:58 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/716/bon-ou-mauvais-mon-pays</link>
	<title><![CDATA[Bon ou mauvais, mon pays !]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Alors que la France se remet à peine du camouflet infligé par les <a href="https://lesfrancais.press/le-crime-de-monsieur-trump-et-autres-trahisons/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Etats-Unis</a> et l’Australie (bien aidés par nos voisins d’outre-Manche) et de la <a href="https://lesfrancais.press/laffaire-des-sous-marins-australiens-tourne-a-la-crise-ouverte-entre-paris-et-washington/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">perte d’un contrat signé</a> de plusieurs dizaines de milliards qui visait à fournir des sous-marins à l’Australie, il est temps de jeter un œil aux réseaux sociaux.</p><p></p>
<p>La cohorte de spécialistes frappe encore !</p>
<p>Comme il est de coutume désormais, après la génération spontanée de virologues et d’épidémiologistes née avec le Covid, on a bien entendu observé une cohorte de spécialistes en contrat d’armement et en sous-marins qui nous affirmaient que c’était bien fait pour nous, que Macron avait été mauvais, que la France n’était plus respectée etc. etc.</p><p>Tous ces gens, qui se sont gaussés de la perte de 50 milliards pour notre pays en versant dans l’antimacronisme de base ont pourtant le même passeport que moi. Ils sont Français.</p><p>Alors si l’on peut comprendre que critiquer le gouvernement soit un sport national, que dénigrer le pays soit aussi quelque chose de très français, il y a une chose que nous, Francais de l’étranger, ne devons jamais oublier.</p><p>C’est que lorsque la France est attaquée, trahie par ses alliés, peu importe la raison : nous devons être capable de solidarité. Et si l’on n’en est pas capables, le mieux est de s’abstenir de poster sur les réseaux sociaux car au vu de l’état des commentaires émis par nos compatriotes, aucune puissance étrangère n’a intérêt à payer des trolls pour dire du mal de notre pays : nous le faisons gratuitement !</p>
<p>Trahison de nos alliés</p>
<p>Je suis le premier à maudire le gouvernement parfois, mais dans un cas comme cette trahison de nos alliés, j’ai aussi tendance à penser à tous ceux qui sont des acteurs de l’influence française et qui se heurtent à armes inégales aux anglo-saxons.</p><p>Je pense aux profs des Alliances Françaises qui jour après jour mettent en avant notre langue face au mastodonte du British Council et à de multiples acteurs anglo-saxons privés.</p><p>Je pense aux proviseurs des lycées français AEFE et MLF, en première ligne pour perpétuer un système scolaire original face à la déferlante des acteurs promouvant la langue de Shakespeare.</p><p>Je pense à moi, petit directeur de la petite <a href="https://www.agu.edu.bh/en/Academics/FABS" target="_blank" rel="noreferrer noopener">French Arabian Business School</a>, qui tente d’imposer notre excellence française en matière d’enseignement supérieur, et à tous ceux qui d’Abu Dhabi à Shanghai doivent contrer au quotidien les assauts de nos concurrents américains.</p><p>Je pense évidemment à tous les représentants économiques de notre petit pays, disséminés partout dans le monde, qui se battent contre l’hégémonie pour montrer le drapeau de temps en temps…</p><p>Oui, la France ne se limite pas à l’hexagone et à l’outre-mer. La défense des intérêts français face à une forme d’impérialisme culturel anglo-saxon est l’affaire des milliers de français, partout dans le monde.</p><p>Ces Français se sont pris une claque avec l’affaire des sous-marins, et lorsqu’ils consultent les réseaux sociaux, qu’ils lisent cette vague de dénigrement venant de leurs compatriotes, pensez-vous vraiment qu’ils se sentent encouragés ? Pensez-vous que la prof de français à Riyad, qui vient de convaincre une gamine saoudienne d’apprendre le français et de s’imprégner de notre culture est heureuse quand des sachants lui expliquent, confortablement derrière leurs écran, que son action ne sert à rien ? Qu’elle ne sait pas s’y prendre ?</p><p>Les anglais ont une expression, que je n’écrirais pas dans leur langue, qui dit « bon ou mauvais : mon pays ». C’est très clair : jamais il ne faut dénigrer son pays à l’étranger, même quand celui-ci se plante manifestement.</p><p>Sans aller jusque-là, un minimum de cohésion et de sentiment patriotique devrait tous nous animer quand notre pays se trouve ainsi déshonoré. Pensez aussi à ceux qui travaillent pour la France, partout dans le monde avant de poster n’importe quoi.</p><p></p>
<p>Arnaud Lacheret<br />Arnaud Lacheret</p>
<p>Docteur en science politique, Associate Professor à l’Arabian Gulf University de Bahreïn où il dirige la French Arabian Business School, partenaire de l’Essec dans le Golfe. Il est l’auteur de « <a href="https://www.amazon.fr/femme-est-lavenir-Golfe-modernit%C3%A9/dp/2356877495" target="_blank" rel="noreferrer noopener">La femme est l’avenir du Golfe</a> » paru aux éditions Le Bord de l’Eau. Il occupa des postes de conseil auprès des élus en mairie et à l’Assemblée nationale.</p>
<p>Partager :</p>

<p>WordPress:<br />J’aime chargement…</p>

<p><a href="https://lesfrancais.press/bon-ou-mauvais-mon-pays/#respond" class="post-respond-button btn btn-primary">Laisser un commentaire</a></p>
]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/715/aux-origines-de-la-guerre-de-l%E2%80%99information-contre-naval-group-en-australie</guid>
	<pubDate>Sun, 19 Sep 2021 19:58:15 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/715/aux-origines-de-la-guerre-de-l%E2%80%99information-contre-naval-group-en-australie</link>
	<title><![CDATA[Aux origines de la guerre de l’information contre Naval Group en Australie]]></title>
	<description><![CDATA[<p>par Guillaume Anjou</p><p>Consultant en stratégie #IntelligenceEconomique</p><p>“La première et la plus vaste question stratégique est de juger correctement du genre de guerre dans laquelle on s’engage.” Carl Von Clausewitz, De la guerre, 1832.<br /></p><p>La guerre de l’information par le contenu est un genre de guerre aussi vieux que la guerre elle-même. Cependant la croissance exponentielle et la dimension mondiale de la diffusion de l’information ces dernières années ont constitué un environnement favorable au développement de la guerre informationnelle dans le monde économique, politique ou sociétal. Depuis 2016, l’industriel français Naval Group est sous le feu de cette guerre informationnelle en Australie.<br /></p><p>25 avril 2016 : le français Naval Group remporte en Australie le “contrat du siècle”<br /></p><p>L’Australie a choisi le <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Journ%C3%A9e_de_l%27ANZAC">Anzac Day</a>, <a href="https://www.irishtimes.com/news/world/europe/france-secures-34bn-submarine-deal-with-australia-1.2625552">jour qui commémore l’entrée en guerre des troupes australiennes lors de la première guerre mondiale</a>, pour informer <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Naval_Group">l’industriel français Naval Group</a> (<a href="https://www.usinenouvelle.com/article/pour-ses-400-ans-dcns-devient-naval-group.N559023">ex DCNS</a>), <a href="https://www.naval-group.com/fr/naval-group-25">spécialiste dans la défense navale depuis 400 ans</a> qu’il <a href="https://www.defense.gouv.fr/english/actualites/articles/sous-marins-l-excellence-francaise-choisie-par-l-australie">remporte</a> <a href="https://web.archive.org/web/20151002064531/http://sea1000.gov.au/current-activities/competitive-evaluation-process/">l’appel d’offres</a> pour le plus gros contrat naval de l’histoire australienne. Naval Group avait remis au Ministère de la défense du Commonwealth australien le 27 novembre 2015 sa proposition de conception, <a href="https://www.aph.gov.au/~/media/Estimates/fadt/bud1819/Tabled%20Documents/Defence/def3_senator_patrick_submarine.pdf?la=en">un document déclassifié le 10 mai 2018</a>.<br /></p><p>Ce contrat de <a href="https://web.archive.org/web/20150930220930/http://sea1000.gov.au/the-program/">50 milliards de dollars canadiens</a>, soit environ 35 milliards d’euros, prévoit la construction de 12 sous-marins <a href="https://www.youtube.com/watch?v=7cRFVZNvW2M">Shortfin Barracuda</a>, ainsi que le transfert à l’Australie de technologies (<a href="http://www.aph.gov.au/DocumentStore.ashx?id=900c85c1-09c4-4656-8fe7-734f9a85bcef">ToT Program AICP 2017 p.60</a>) et la mise en place de capacités industrielles . Décrit dans le <a href="http://www.dmrsc.com/Document/AustraliaDefenceWhitePaper2009.pdf">Defence White Paper 2009</a>, le programme <a href="https://web.archive.org/web/20170217072825/http://sea1000.gov.au/">SEA1000 Future Submarine Project</a> doit permettre à l’Australie d’acquérir une capacité sous-marine accrue et améliorée. Prévu dans le cadre d’un partenariat de 50 ans, il doit permettre à l’Australie de développer une filière navale militaire de défense souveraine. <br /></p><p>Trois industriels étaient en concurrence, le français <a href="https://www.naval-group.com/fr">Naval Group</a>, l’allemand <a href="https://www.thyssenkrupp-marinesystems.com/en">TKMS</a> (ThyssenKrupp Marine Systems) et le japonais <a href="https://www.mhi.com/index.html">Mitsubishi Heavy Industries</a> (Mitsubishi/Kawasaki). Le sudédois <a href="https://www.saab.com/products/naval#Submarines-and-Surface-Ships">Saab Kockums</a>, <a href="https://www.abc.net.au/reslib/201503/r1399675_19964745.pdf">qui avait souhaité participer à cet appel d’offres dès septembre 2014</a>, <a href="https://thediplomat.com/2015/10/could-saab-upgrade-australias-collins-class-submarine-as-a-stopgap-measure/">n’a pas été retenu</a>, bien qu’il fut le constructeur des <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Classe_Collins">six sous-marins australiens de la classe Collins</a> (1996-2003).<br /></p><p>Pour Christophe Lecourtier, <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Christophe_Lecourtier">ambassadeur de France en Australie de 2014 à 2017</a>, la France a été choisie <a href="https://www.lemoci.com/lettre-confidentielle/australie-armement-les-cles-du-succes-de-naval-group-selon-c-lecourtier-et-a-sajous/">pour la qualité technologique de ses sous-marins, ses capacités d’innovation ainsi que pour son concept de “souveraineté” garantie pour l’Australie.</a> Une des particularités du contrat est que l’américain <a href="https://gateway.icn.org.au/project/3938/lockheed-martin-australia-future-submarine">Lockheed-Martin a été choisi par l’Australie</a> pour <a href="https://www.youtube.com/watch?v=h45JwGDA9j8">armer les sous-marins français</a>. Une première pour les deux concurrents, par ailleurs <a href="https://www.ege.fr/infoguerre/2020/01/affrontement-commercial-lockheed-martin-tente-de-torpiller-naval-group-marche-mediterraneen-patrouilleurs">en pleine guerre commerciale en Grèce</a>.<br /></p><p>Au lendemain du choix du français Naval Group par le gouvernement de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Malcolm_Turnbull">Malcolm Turnbull</a>, plusieurs acteurs économiques et politiques ne l’entendent pas de cette oreille. Ils vont s’engager dans une guerre de l’information pour faire échouer ce partenariat <a href="https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/aeronautique-defense/sous-marins-l-australie-accorde-sa-confiance-a-naval-group-sur-une-periode-de-50-ans-806895.html">qui doit se concrétiser par la signature de trois contrats d’ici à 2023</a>. <br /></p><p>François Hollande, alors Président de la République, <a href="https://www.defense.gouv.fr/english/actualites/articles/sous-marins-l-excellence-francaise-choisie-par-l-australie">avait déclaré</a> suite au choix de la France par l’Australie : “Il y a un siècle, ce sont des Australiens qui sont venus pour nous défendre, pour donner parfois leur vie afin que nous puissions être libres. Aujourd’hui, c’est encore l’Australie qui nous fait confiance et nous donne finalement cette coopération, ce partenariat pour cinquante ans.”<br /></p><p>Nous verrons comment la guerre de l’information menée contre Naval Group va tenter de détruire cette confiance, afin de détruire le contrat dont elle est le socle.<br /></p><p>The Scorpene Leak : Les Français savent-ils garder un secret ?<br /></p><p><a href="https://2ser.com/sunk-submarines-naval-group-ceo-meets-with-federal-government/">Interviewé récemment, le 25 février 2021</a>, le sénateur australien <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Rex_Patrick">Rex Patrick</a> déclarait : “Le gouvernement doit avoir un plan B, nous devons avoir un retour de la concurrence dans ce programme.” Un appel on ne peut plus clair pour que l’Australie sorte du contrat avec Naval Group. <br /></p><p>Dix ans plus tôt, entre 2011 et 2013, Rex Patrick, alors officier de la marine australienne, <a href="https://www.usinenouvelle.com/article/le-drole-de-parcours-qui-a-conduit-a-la-fuite-de-donnees-sur-le-scorpene-de-dcns.N481784">reçoit une clé USB contenant 22 400 documents détaillant une partie des capacités militaires des sous-marins Scorpène</a>, fabriqués par Naval Group pour l’Inde. Rex Patrick en fait part au ministère de la défense australien en 2013, sans suites particulières. Trois ans plus tard, quelques semaines seulement après le choix de la France par l’Australie, Rex Patrick <a href="https://www.theaustralian.com.au/subscribe/news/1/?sourceCode=TAWEB_WRE170_a&amp;dest=https%3A%2F%2Fwww.theaustralian.com.au%2Fnational-affairs%2Fdefence%2Four-french-submarine-builder-in-massive-leak-scandal%2Fnews-story%2F3fe0d25b7733873c44aaa0a4d42db39e&amp;memtype=anonymous&amp;mode=premium">décide d’en informer la presse australienne</a>.<br /></p><p>Le 24 août 2016, Cameron Stewart, journaliste à The Australian, <a href="https://www.theaustralian.com.au/commentary/opinion/itll-be-50bn-down-the-gurgler-ifthe-french-cant-keep-a-secret/news-story/535be2819009eb7180b468ef5751f7fb">publie un article sous le titre</a> : “Fuite de documents sur les sous-marins : 50 milliards de perdus si les français ne peuvent pas garder un secret.” Une attaque terriblement efficace pour dégrader la confiance envers Naval Group, et remettre immédiatement en question le bien fondé de ce choix. <a href="https://www.challenges.fr/challenges-soir/fuites-sur-le-sous-marin-scorpene-a-qui-profite-le-crime_415017">Une manœuvre qui pourrait aussi déstabiliser l’américain Lockheed-Martin</a>, chargé de l’armement.<br /></p><p>Devant l’ampleur de la crise, le premier ministre australien Malcom Turnbull doit intervenir personnellement <a href="https://www.challenges.fr/challenges-soir/fuites-sur-le-sous-marin-scorpene-a-qui-profite-le-crime_415017">pour sauver le contrat avec Naval Group</a> en déclarant : “Le sous-marin que nous allons construire avec les Français est totalement différent du Scorpène conçu pour la marine indienne.”<br /></p><p><a href="https://www.challenges.fr/challenges-soir/fuites-sur-le-sous-marin-scorpene-a-qui-profite-le-crime_415017">Plusieurs hypothèses ont été émises</a> concernant l’origine géographique de la fuite entre la France et l’Inde, mais également sur la nature des auteurs : concurrents, services secrets d’un Etat, fuite d’un agent interne, … ? Le saura-t-on un jour ? Ce que nous savons en revanche, parce que nous pouvons l’observer, c’est que ce type d’information sensible peut-être conserver plusieurs années pour être utilisé le moment opportun comme une véritable arme dans la guerre économique. Ici à quelques semaines de la signature du premier contrat entre Naval Group et l’Australie. <br /></p><p>Submarine Fiasco ? : la publicité au service de la guerre informationnelle<br /></p><p>The Australian, 13 septembre 2016, pp. 6 et 7. <br /></p><p>Le 13 septembre 2016, un groupe d’hommes d’affaires australiens conduit par <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Jaycar">Gary Johnston</a> (<a href="https://www.jaycar.com.au/">Jaycar Electronics</a>) finance <a href="https://www.pressreader.com/australia/the-australian/20160913/page/9">la publication d’une page de publicité</a> dans <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/The_Australian">le magazine The Australian</a>. Publication qui ne manqua pas de susciter des débats le jour même <a href="https://www.2gb.com/podcast/aussie-businessmen-want-sub-plans-sunk/">dans les médias australiens</a>. The Australian est un journal très influent, lu par l’élite politique et le monde des affaires. Cette publicité, intitulée “Submarine Fiasco ?”, n’est pas qu’un réquisitoire ou l’expression d’un point de vue argumenté contre le choix de Naval Group par le gouvernement australien. <br /></p><p>C’est en réalité une manœuvre de déstabilisation par l’information, une opération d’influence qui a pour objectif de créer un a priori négatif dans l’opinion publique. Sur le plan politique d’une part, en déstabilisant le gouvernement australien et sur le plan économique d’autre part, en déstabilisant l’industriel Naval Group.<br /></p><p>Notons que le contenu de cette publicité avait déjà été publié le 11 août 2016 sur un tout nouveau site web nommé <a href="https://submarinesforaustralia.com.au/">Submarines for Australia</a>. C’est en août également que Rex Patrick informa la presse concernant le “Scorpene Leak”. Bien que le texte ait depuis été supprimé du site web, une version <a href="https://web.archive.org/web/20161210044124/https://submarinesforaustralia.com.au/">consultable ici</a> subsiste sur le site web archive.org. La page d’archive n’étant pas très lisible (un peu mieux en passant par le code source), nous avons reproduit l’intégralité du texte en annexe de cet article. <br /></p><p>Derrière l’apparence d’une présentation factuelle et argumentée donnée par une liste à puces sous le titre “Pourquoi ?”, ce sont en réalité des informations beaucoup plus suggestives et subversives qui sont véhiculées. Cette part d’informations suggestives est dispersée au milieu d’informations factuelles pour les faire passer pour des “faits” alors qu’il s’agit “d’opinions”. Cela n’a d’autre but que d’influencer le lecteur à son insu, le cerveau pensant qu’il lit une liste de faits… Le véritable message que veulent faire passer les auteurs est éparpillé dans le texte, afin qu’il se reconstruise a posteriori dans l’esprit des lecteurs.     <br /></p><p>Lorsque les auteurs évoquent “un geste patriotique” pour justifier leur opération publicitaire, ils se positionnent comme sauveurs de la nation. Tout en établissant l’idée qu’un péril pèse sur la nation. <br /></p><p>Lorsqu’ils ajoutent à cette présentation “Les noms des personnes qui ont commencé cela apparaissent ci-dessous. Nous n’avons rien à cacher.” Ils invitent les lecteurs à choisir leur camp en rejoignant ceux qui n’ont rien à cacher et qui agissent dans la lumière contre ceux – le gouvernement et Naval Group – qui ont des choses à cacher et agissent dans l’ombre. <br /></p><p>Lorsqu’ils annoncent que le but de la publication est « d’embarrasser le Ministère de la Défense et le gouvernement pour qu’ils se montrent clair”, ils disent en réalité que le gouvernement cache la vérité aux citoyens, et on a rarement de bonnes raisons de cacher les choses.<br /></p><p>Lorsqu’ils affirment que l’Australie a besoin d’une flotte de sous-marins mais qu’il serait “sensé de l’acheter à un fournisseur fiable, qui garantira à la fois la livraison et sera sans aucun doute au moins 30% moins cher”, cela est purement subjectif et subversif et ne sert qu’à faire passer l’idée que Naval Group n’est pas fiable, trop cher et qu’il ne tiendra pas ses engagements.  </p><p>Le clou du spectacle est sans aucun doute cette séquence : “Ask yourself: Why would the Government do this? We think that we know the answer” ; “Posez-vous la question : Pourquoi le gouvernement ferait cela ? Nous pensons que nous connaissons la réponse.” Bien entendu, sans donner cette mystérieuse réponse pour laisser le lecteur imaginer tout et n’importe quoi, et surtout le pire. </p><p>Les informations, plus ou moins justes, qui constituent le reste du document ne sont là que pour servir de prétexte au véritable message des auteurs : Naval Group est un fournisseur trop cher et non fiable qui met en péril l’Australie. Le gouvernement l’a choisi pour de mauvaises raisons tenues secrètes mais que nous auteurs connaissons. Il est du devoir de tout citoyen de nous rejoindre dans cet engagement patriotique, afin qu’ensemble nous fassions échouer cet accord pour le salut de l’Australie.    <br /></p><p>Submarines for Australia publiera 8 rapports contre Naval group entre septembre 2017 et octobre 2020 pour influencer les sphères politiques et économiques ainsi que l’opinion publique. Dans la version actuelle de leur site web, Submarines for Australia se présente comme un mouvement citoyen et mentionne seulement le nom de Gary Johnston. Les noms des hommes d’affaires mentionnés dans le “Submarine Fiasco ?” n’y figurent plus.   <br /></p><p>Cette opération d’influence contre Naval Group n’a jamais été référencée ni documentée en ligne, nous avons remonté la piste jusqu’à cette publication depuis <a href="https://web.archive.org/web/*/https://submarinesforaustralia.com.au/">les archives internet</a> du site <a href="https://submarinesforaustralia.com.au/">Submarines for Australia</a>. Taper <a href="https://www.google.com/search?newwindow=1&amp;sxsrf=ALeKk02EyKI7OtHyziLiqGSXwCVAIKuYqA%3A1615116475859&amp;ei=u7hEYI-DNOGKlwTw3L-wBQ&amp;q=%22submarine+fiasco+%3F%22&amp;oq=%22submarine+fiasco+%3F%22&amp;gs_lcp=Cgdnd3Mtd2l6EAMyBAgjECcyBggAEBYQHjIGCAAQFhAeOgcIABBHELADOgYIABAHEB46BAgAEB5Q-vcBWM_-AWDTgwJoAXACeACAAViIAZICkgEBNJgBAKABAaoBB2d3cy13aXrIAQjAAQE&amp;sclient=gws-wiz&amp;ved=0ahUKEwjPzMHeiZ7vAhVhxYUKHXDuD1YQ4dUDCA0&amp;uact=5">“Submarine Fiasco ?” dans google</a> ne vous donnera aucun résultat, pas plus que <a href="https://www.google.com/search?newwindow=1&amp;sxsrf=ALeKk00BSCrX6hbV8spYDv9V2XRiQ_NPoQ%3A1615116510113&amp;ei=3rhEYNawBtHSa4LKvPAL&amp;q=%22submarine+fiasco+%3F%22+AND+%22Naval+Group%22&amp;oq=%22submarine+fiasco+%3F%22+AND+%22Naval+Group%22&amp;gs_lcp=Cgdnd3Mtd2l6EAM6BwgjELADECc6CQgAELADEAcQHjoHCAAQsAMQHjoECCMQJzoGCAAQFhAeOgUIIRCgAToICCEQFhAdEB46BwghEAoQoAFQkhBYxElgx0toAXAAeACAAXWIAeANkgEEMTkuMpgBAKABAaoBB2d3cy13aXrIAQPAAQE&amp;sclient=gws-wiz&amp;ved=0ahUKEwjWl-zuiZ7vAhVR6RoKHQIlD74Q4dUDCA0&amp;uact=5">“Submarine Fiasco ?” AND “Naval Group”</a>. Cette opération d’influence est pourtant majeure en ce qu’elle a établi les grands axes de la guerre de l’information menée contre Naval Group depuis les cinq dernières années.  <br /></p><p>30 septembre 2016 : Naval Group signe son premier contrat avec l’Australie</p><p>ince) this original announcement is astonishing.</p><p>Ces attaques informationnelles ne parviennent cependant pas à empêcher la signature du <a href="https://parlinfo.aph.gov.au/parlInfo/download/media/pressrel/4847635/upload_binary/4847635.pdf;fileType=application%2Fpdf#search=%22media/pressrel/4847635%22">premier contrat de Naval Group avec l’Australie le 30 septembre 2016</a>. Ce “Design and Mobilisation Contract” lance la première phase de la mission de Naval Group autour du design des futurs sous-marins. Deux mois plus tard, le 20 décembre 2016, <a href="https://www.australiandefence.com.au/news/major-steps-for-future-submarine-program">un nouvel accord est signé</a> pour encadrer le transfert des compétences, des connaissances et des technologies de pointe françaises au gouvernement australien et à l’industrie australienne.<br /></p><p>Rex Patrick, sur l’échiquier politique, et Gary Johnston, sur l’échiquier économique, ont posé les bases de la guerre informationnelle contre Naval group en Australie. Une guerre qui ne cessera de s’intensifier (quantité de contenus), de se complexifier (nouveaux acteurs) et de se diversifier (type de contenus) autour des trois axes majeurs contenus dans le “Submarine Fiasco ?” : le prix, les délais et la part de sous-traitance australienne.<br /></p><p>Près de cinq ans après le début de cette guerre de l’information, le journaliste <a href="https://twitter.com/alanaustin001">Alain Austin</a> annonçait le 01 mars 2021 dans un <a href="https://independentaustralia.net/politics/politics-display/government-submarine-contract-sunk-and-unlikely-to-resurface,14846">article publié dans l’Independent Australia</a> que le contrat avec Naval Group “avait sombré et ne devrait pas refaire surface.” Une fausse information relayée par plusieurs médias : <a href="https://www.defenseworld.net/news/29084/Australia_s__50_Billion_Contract_with_Naval_Group_to_build_Submarines_Has_Collapsed__Report">Defense World</a>, <a href="https://lecourrier-du-soir.com/mauvaise-nouvelle-pour-macron-laustralie-sapprete-a-annuler-un-contrat-de-80-milliards-avec-la-france/">Le courrier du soir</a> ou encore <a href="https://www.navyrecognition.com/index.php/news/defence-news/2021/march/9767-australia-might-renounce-to-buy-submarines-from-naval-group.html">Navy recognition</a>. <br /></p><p>Quelques jours plus tard, le 04 mars, un <a href="https://www.globaldefensecorp.com/2021/03/04/negotiations-breakthrough-after-naval-group-submits-revised-proposal-for-australian-submarine-programme/">article annonçait quant à lui que le contrat allait subsister</a>, mais en reprenant les éléments de base de cette guerre informationnelle, pourtant largement infondés et <a href="https://actu.fr/normandie/cherbourg-en-cotentin_50129/nouvelles-critiques-autour-du-contrat-du-siecle-de-naval-group-en-australie_38891221.html">démentis par Naval Group</a> : ”Le gouvernement Morrison est au bord d’une percée avec son programme de sous-marins de 90 milliards de dollars, en difficulté après des mois de négociations tendues avec la société française Naval Group sur les explosions de coûts, les retards et les exigences de sous-traitance locale.”</p><p>Annexe : Texte intégral de la publicité “Submarine Fiasco ?”<br /></p><p>Submarine fiasco ?<br /></p><p>On April 26 this year, the Turnbull Government announced that the French shipbuilding consortium, DCNS were awarded the rights to design and build our next diesel (piston) submarine in Adelaide. It appears that they have not actually drawn up a design or signed a contract yet, just made an announcement. <br /></p><p>Even though the April 26 announcement was fairly vague (and it appears there have been no further press releases or updates since) this original announcement is astonishing.</p>
<p>Why?<br />Right now, there is not one operational French Barracuda submarine in service. The first version is still in a shipyard, yet to be launched. Sea trials and operational work up will take years.<br />That submarine is nuclear powered, not diesel<br />The boat that the Australian Government has chosen is a version of above retrofitted and re-designed with a diesel piston engine. As far as we can tell no–one ever in the history of submarine construction has tried to convert a nuclear submarine to a diesel one.<br />As you can imagine, the lead time to make this version is open-ended. There has been no estimate in the April 26 press release to give a timeline. It is therefore quite likely that under this scenario, Australia will not have an operational submarine fleet in this hiatus.<br />They could have chosen a workable state-of-the art existing diesel submarine from either the Germans or the Japanese but chose a very complicated option.<br />This is horrifyingly reminiscent of the “Seasprite” helicopter fiasco when we tried to make an ASW (Antisubmarine Warfare) helicopter from airframes that had been in the Arizona desert since the ‘60’s. The exercise was aborted after we spent $1400 million ($1.4 billion). They never entered service in Australia. This time we are looking at a $50 billion dollar experiment with frightening parallels to the Seasprite fiasco.<br />By the time all of this pans out, everyone else will undoubtedly have a nuclear attack submarine fleet. Putting a diesel piston submarine against a nuclear one is like putting a piston/propeller fighter up against a modern jet. We will be condemning our sailors to their graves.<br />Ask yourself: Why would the Government do this?<br />We think that we know the answer.</p>
<p>What we need to do:</p><p>It is clear that if the Government goes ahead with the Diesel Barracuda idea the design phase will take so long that deciding to make the submarine in Adelaide is meaningless. The workforce will have dissipated by then.</p><p>If it turns out that we wake up to ourselves and decide to buy nuclear powered submarines for our future fleet, then building them in Adelaide will be impossible.</p><p>The Governments own estimates are that building the submarines in Adelaide will create 2800 jobs. This is a very small figure compared to what it would cost, i.e. $50 billion.</p><p>It would be far cheaper to subsidise the car industry and keep 10’s of thousands of jobs and skills in Australia – and not just Adelaide.</p><p>We definitely need a submarine fleet, but it makes real sense to buy them from a reliable supplier, who will both guarantee delivery and undoubtedly be at least 30% cheaper.</p><p>Right now, in a time of relative peace, we may naively think that military hardware is no longer a sound investment, but over the next 50 years, (and this is the time span we are talking about) the likelihood of conflict is great. We are only one catastrophe away from armed conflict. Just look at the Spratly Islands right now.</p><p>Debate over Defence matters generally does not excite the public or the media. This must change. It is far, far too serious an issue to not have full public coverage and disclosure of this.</p><p>Australia has had a policy of forward defence for well over 100 years. This policy has served us well and the forward defence that a submarine affords us is a sound continuation of that.</p><p>Who are we?</p><p>This ad has been placed by a number of concerned businessmen some of whom have paid for it as a patriotic gesture. We hope to run the ad a number of times to embarrass both the Defence Dept and the Government into “coming clean” over this matter. We are not affiliated with any political party nor do we represent any military contractor.</p><p>The names of the individuals who have started this appear below. We have nothing to hide.</p><p>– Gary Johnston (Spokesman, Sydney)</p><p>– Dick Smith (Sydney)</p><p>– John Singleton (Sydney)</p><p>– Boyd Munro (Dunblane)</p><p>– John Tait (Bendigo)</p><p>We encourage your feedback (however the website is still in an embryonic stage).</p><p>Please visit submarinesforaustralia.com.au and let us know what you think.<br /></p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/713/un-long-tissu-de-coups-de-poignard</guid>
	<pubDate>Mon, 13 Sep 2021 11:24:24 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/713/un-long-tissu-de-coups-de-poignard</link>
	<title><![CDATA[Un long tissu de coups de poignard]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Si la vie, hélas, -on le sait depuis la célèbre plaidoirie de Maître Bafouillet en défense du sapeur Camember-, « n’est qu’un tissu de coups de poignard qu’il faut savoir boire goutte à goutte », cela aura été particulièrement caractéristique de ce que les Français vécurent au cours du quinquennat Macron qui, de jupitérien, devint lunaire puis abyssal. Jamais depuis fort longtemps le pays n’avait semblé aussi proche du précipice et tout à la fois semblable à quelque cocotte-minute sur le point d’exploser, sorte de marmite à tensions constamment renouvelées, réinventées, démultipliées. Tout y fut chaotique, brutal, incompréhensible, pesant, clivant, pervers, violent, mais également souvent indigne et grotesque, ce qui ne fit que désorienter chacun un peu plus encore.</p><p>Le pays était à feu et à sang, les cathédrales brûlaient en veux-tu en voilà, les opposants qui n’en finissaient pas de s’opposer étaient réprimés de manière archaïque par des préfets portant gigantesques casquettes comme pour se parodier eux-mêmes et qui appartenaient à des « camps », les trafiquants faisaient la loi au nez et à la barbe des autorités (qui « condamnaient fermement et se déplaçaient sur le champ »), tantôt réglaient leurs contentieux interethniques à la mosquée du coin, tantôt tenaient des checkpoints comme dans un pays en guerre –ce qu’il était du reste à bruit plus ou moins bas, quelques efforts que fissent les irresponsables aux responsabilités pour le nier-, les couteaux volaient à rythme soutenu, pour un oui pour un non, les prêtres se faisaient égorger selon une cadence à peu près stable, l’émoi consécutif durait quelques jours, le pays, que l’on vendait à la découpe aux bons amis et dont la capitale s’était d’ailleurs emblématiquement transformée en porcherie mâtinée de Cour des Miracles, était méconnaissable. La crise sanitaire et sa gestion à la fois autoritaire et erratique avaient pour ne rien arranger plongé la société toute entière dans un état d’hystérie qui était venu redoubler l’état de délabrement et de défiance préalables, le raidissement vers une société de surveillance ne faisant pour finir qu’ajouter du malaise à la crise.</p><p>C’est dans ce contexte particulièrement dynamique et joyeux que le pays entra en campagne électorale pour l’élection présidentielle, étant entendu que celle-ci obsédait l’occupant de l’Élysée depuis le jour même de son arrivée : absolument tout n’était que pose, communication, arguments marketing et éléments de langage, dès le premier instant. Rien d’autre n’occupait le Pouvoir que le Pouvoir lui-même, aussi ne fallait-il pas s’étonner que l’inaction régnât partout où les Français attendaient quelque chose de véritable (sécurité, pouvoir d’achat, emploi, maîtrise de l’immigration, souveraineté –économique, industrielle, stratégique, juridique, civilisationnelle-, protection de l’environnement, préservation du patrimoine culturel et naturel du pays, enfin tout…). Et il faut bien dire que, conséquemment, chacun en face nourrissait la même obsession en sens contraire.</p><p>Cette séquence rituelle de la vie politique hexagonale que tout le monde attendait avait donc débuté ainsi, à la fois insensiblement, au terme d’un été qui n’en fut pas un, en pente non pas douce, mais molle, dans cette espèce de non-rythme, de temporalité suspendue qui marquait nos existences depuis le surgissement de la peste pangoline (il ne fallait pas dire « virus chinois », car c’était mal), sorte d’espace-temps flottant, un peu flasque et sans contours, comme affaissé sur lui-même, caractéristique d’une forme de dépression collective (mais tous en étaient frappés), et tout à la fois dans une intense, mais sourde cristallisation des colères, des haines même (ce jeune godelureau-président générait de façon quasi naturelle, comme s’il en avait le don particulier, un sentiment de détestation peu commune auprès d’à peu près tout le monde à l’exception du petit « bloc élitaire » qui lui servait de socle lorsque d’aventure il lui prenait l’envie de lancer crânement à tous les autres « Qu’ils viennent me chercher ! »). Dans le fond c’est un peu comme si chacun attendait de cette campagne qu’elle apporte certes un résultat de nature à changer certaines choses devenues cruciales, mais aussi et surtout, dans un temps plus immédiat, à sortir, par les affrontements qu’elle allait de facto générer, de l’état de dépression collective engendrée par ces cinq ans de règne dystopique.</p><p>Et il faut bien avouer que, pour ce qui était de sortir de la torpeur, cela démarrait très fort.</p><p>La moitié de la France semblait vouloir se déclarer candidate, chacun étant persuadé que l’équipée aventureuse de Macron en 2017, personnage sorti de quasiment nulle part, pouvait se répéter. Partant, chacun pensait avoir sa bonne étoile le guidant vers la magistrature suprême, solidement convaincu que les bonnes fées de la Providence (celle dont on forge les fameux « hommes » providentiels que l’on n’avait pas croisés depuis belle lurette) s’étaient penchées sur son berceau dès la naissance.</p><p>En marge de ce contexte général propice aux initiatives les plus irréfléchies et psychologiquement instables, le dynamitage des partis traditionnels produit par le macronisme, mais aussi par une évolution socio-politique plus générale, comptait pour beaucoup dans le désordre ambiant. Un Parti socialiste définitivement atomisé, l’ancien socialiste Arnaud Montebourg qui, revenu de ses champs en lesquels il s’était théâtralement retiré tel Cincinnatus (sic), se lançait avec bravade dans une improbable danse souverainiste sur un slogan en forme de lambada, « la Remontada » (qui avait sans doute germé dans le cerveau d’un communicant ayant un peu abusé de la tequila estivale), tandis que, sur ces entrefaites, une autre socialiste dirigeant Paris -que les plus précieux grimoires nommaient la Dame aux Rats-, se déclara également, ambitionnant probablement avec ferveur de poubelliser tout le reste du pays comme elle avait fait en sa Bonne Ville, une France Insoumise au discours à la fois inaudible et racoleur, comme désorienté (ayant littéralement perdu l’Orient ou, plutôt, le draguant à tout prix), en direction d’un communautarisme qui tranchait avec l’attitude républicaine affichée en 2017, des Républicains de gauche souverainiste qui, droits dans leurs bottes et cohérents, peinaient toutefois à se faire entendre et étaient du reste généreusement ignorés par la plupart des médias, des brimborions d’extrême-gauche poussant de-ci delà comme autant de champignons magiques à la remorque de la moindre dinguerie woke (à l’exception notable du Parti communiste qui, bien que microscopique, semblait retrouver une colonne vertébrale idéologique cohérente), des écologistes qui, se sentant pousser des ailes après l’accident sanitaire des municipales de 2020, s’imaginaient déjà dans quelque cockpit éolien à la tête d’un pays confié aux savoirs ancestraux des sorcières et des elfes, et bien servis dans leur dessein par les déclarations pittoresques de Sandrine ou Martine ou Nadine Rousseau (on ne savait plus trop, mais ça n’avait pas d’importance) dont l’intelligence semblait démontrer qu’elle était passée directement (sorcellerie ?) de sa classe de petite section de maternelle à la vice-présidence d’une Université (ce qui n’était pas sans inquiéter le tout-venant sur l’état du monde universitaire, mais c’était là un autre sujet).</p><p>Du côté de la droite dite classique, l’on assistait à une sorte de fête à Neu-Neu sans limites, constante féérie de l’absurde, peuplée d’une impressionnante quantité de poules sans tête persuadées elles aussi, toutes, d’avoir un destin suprême et qui, réjouies par cette idée, couraient en tous sens en s’entrecognant de temps à autre, avec à peu près autant de candidats que d’adhérents, et tous ayant pour point commun l’incapacité à produire un discours clair et crédible, pétrifiés sur leur flanc droit par des impératifs sécuritaires et identitaires désormais incontournables, et hypnotisés sur leur flanc gauche par le centre mou européiste qui s’était de toute façon lui-même laissé absorber par l’antimatière macronienne, laquelle trônait au milieu de tout ce marigot sinistré telle une grande flaque sombre vaguement informe. </p><p>Plus à droite encore de ce paysage pittoresque et prometteur de belles aventures, Éric Zemmour en polémiste talentueux semblait s’être transmuté en grenade dégoupillée, à la façon d’un petit Joe Dalton monté sur ressorts, dézinguant tout sur son passage, au risque de froisser et perturber ceux qui luttaient depuis longtemps et concrètement dans le camp dit « patriote », mais qui, aussi, ce faisant, animé d’une incontestable énergie, perforait les lignes d’un discours convenu et corseté, n’ayant cure quant à lui de se dédiaboliser puisqu’il n’avait pas à porter le fardeau d’un patrimoine diabolique. Pour raccommoder tout le monde, on proposa des débats biterrois, puis non finalement un déjeuner (au kebab de Benoît Hamon ?) et puis non finalement rien du tout, chacun s’en allant pour le moment continuer son petit bonhomme de chemin dans cette folle aventure qui s’ouvrait et s’annonçait certes burlesque, mais également cruciale et passionnante.</p><p>Et encore le paysage ici campé en préambule de nos Carnets de Campagne, qui rythmeront chaque semaine l’année électorale, n’est-il pas exhaustif. La fête pouvait commencer : il allait advenir quelque chose…</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/709/necessaire-souverainete-preface-natacha-polony-coralie-delaume</guid>
	<pubDate>Fri, 10 Sep 2021 22:23:25 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/709/necessaire-souverainete-preface-natacha-polony-coralie-delaume</link>
	<title><![CDATA[NÉCESSAIRE SOUVERAINETÉ - Préface Natacha Polony, Coralie Delaume]]></title>
	<description><![CDATA[
<p><a href="https://www.michalon.fr/catalogue/couv/9782841869626r.jpg"></a><br /><a href="https://www.michalon.fr/catalogue/couv/9782841869626r.jpg">recto</a><br />Préface Natacha Polony<br /> <a href="https://www.michalon.fr/index.asp?navig=auteurs&amp;obj=artiste&amp;no=40358" title="Lire la fiche de l'auteur">Coralie Delaume</a><br /><a href="https://www.michalon.fr/catalogue/structure_pop.asp?no=722" title="Voir la fiche MICHALON ÉDITEUR">Michalon éditeur</a></p>
<p>« Coralie Delaume connaissait mieux que quiconque cette forfaiture intellectuelle qui consiste à assimiler le “souverainisme” (le suffixe en lui-même n'est là que pour faire de ce mot un stigmate) à un identitarisme. Alors que la souveraineté n'est que l'autre nom de la démocratie, faire de sa défense une forme de nationalisme et de “fermeture à l'autre” (selon le vocabulaire en vigueur) permet de maquiller en noble ouverture le contournement systématique de toutes les institutions démocratiques par des instances “indépendantes”, c'est-à-dire non élues. Pendant des années, à travers ses articles, ses interviews, Coralie a dévoilé cette trahison opérée notamment au nom de l'idéal européen. (…)</p><p>Toute chose qu'elle faisait avec une précision chirurgicale. (…) Reste aujourd'hui ce texte, qui embrasse sa pensée, qui pose des jalons et trace un chemin pour quiconque, parmi les gouvernants, aurait l'ambition de perpétuer la France et la République. Ce texte, et tous les autres, comme une obligation, pour ceux qui restent, de ne pas laisser se défaire encore un peu la démocratie. Pour que nous poursuivions, à notre tour obstinés, le combat contre l'hypocrisie, les forfaitures et les mensonges, ces fantômes devant lesquels Coralie Delaume a jusqu'au bout refusé de s'incliner. » (Natacha Polony)</p><p>Disparue en 2020, Coralie Delaume laisse ce court texte inachevé. Elle a signé quatre ouvrages : "Europe, les États désunis" (2014) ; "La Fin de l'Union européenne" (2017) ; "Le couple franco-allemand n'existe pas" (2018) et "10+1 questions sur l'Union européenne" (2019), en collaboration avec David Cayla. Unanimement saluée, sa pensée figure parmi les plus originales et pertinentes de sa génération.</p>
<p><br />Broché - format : 11,5 x 18,5 cm<br />ISBN : 978-2-84186-962-6 •  À paraître le 16 septembre 2021 • 96 pages<br />EAN13 : 9782841869626</p>
]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/707/la-france-des-villes-moyennes-une-strategie-d%E2%80%99avenir-pour-les-territoires</guid>
	<pubDate>Sun, 05 Sep 2021 08:55:58 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/707/la-france-des-villes-moyennes-une-strategie-d%E2%80%99avenir-pour-les-territoires</link>
	<title><![CDATA[La France des villes moyennes, une stratégie d’avenir pour les territoires]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Partager cet article:</p>

<p><a href="https://claude-rochet.fr/la-france-des-villes-moyennes-une-strategie-davenir-pour-les-territoires/#" rel="nofollow" onclick="window.print();if(typeof(_gaq) != 'undefined') { _gaq.push(['_trackEvent','PRINTFRIENDLY', 'print', 'NULL']); }else if(typeof(ga) != 'undefined') { ga('send', 'event','PRINTFRIENDLY', 'print', 'NULL'); } return false;" title="Printer Friendly, PDF &amp; Email"><br /><p></p><br /></a></p>
<p id="pvc_stats_17165" class="pvc_stats all pvc_load_by_ajax_update" data-element-id="17165"> </p><p></p><p>Suite à mon livre sur les villes intelligentes (“<a href="https://claude-rochet.fr/publications/villes-intelligentes-vraiment/">Villes intelligentes, réalité ou fiction?</a>“) l’ISSEP m’a proposé de réaliser une étude sur les villes moyennes face à la politique des métropoles, sujet qui devrait être au coeur du débat politique si nous avions une presse et des médias qui faisaient un travail d’information.</p><p>Les mouvements sociaux de ces dernières années ont mis l’accent sur la paupérisation de la France périphérique, périphérie qui commence dès la banlieue des métropoles qu’elles sont supposées inonder leur richesse. Cet antagonisme entre métropoles et territoires n’est pas propre à la France et n’est pas le résultat d’un accident de l’histoire : c’est celui de politiques délibérées qui ont fait des métropoles l’axe incontournable du développement économique et de la compétition dans la mondialisation.</p><p><a href="https://www.va-editions.fr/la-france-des-villes-moyennes-c2x35402706?fbclid=IwAR3j1g4t3fajhDS5Zf6HBHuOTbsK7w4WJ5lE8mlv1Q1f_Ge8h9ZAcN0dL48">
<p></p>
</a>Cette étude montre, d’une part, que les hypothèses économiques sur lesquelles se fonde cette fascination pour le big is beautiful ne sont pas vérifiées et que l’on est largement dans le domaine de l’idéologie. Elle montre d’autre part, au travers de nombreuses études de cas et d’analyses des dynamiques urbaines, tant historiques que dans le contexte de la révolution numérique, que les villes moyennes fournissent un cadre plus favorable à l’innovation et au développement face aux enjeux écologiques et énergétiques, fondé sur la cohésion entre villes et territoire.</p><p>Je mets en ligne un preprint (une pré-publication non officielle) d’extraits de cette étude. L’étude est disponible sur les librairies en ligne et <a href="https://www.va-editions.fr/la-france-des-villes-moyennes-c2x35402706?fbclid=IwAR3j1g4t3fajhDS5Zf6HBHuOTbsK7w4WJ5lE8mlv1Q1f_Ge8h9ZAcN0dL48">sur le site de l’éditeur</a>.</p><p>NB: Vous pouvez télécharger ce PDF en cliquant sur le pictogramme en haut de la barre de navigation ci-dessous</p>
<p><a href="https://claude-rochet.fr/wp-content/uploads/2021/06/Les-villes-moyennesEXTRAIT.pdf" class="pdfemb-viewer" data-width="max" data-height="max" data-mobile-width="500" data-scrollbar="none" data-download="on" data-tracking="on" data-newwindow="on" data-pagetextbox="off" data-scrolltotop="on" data-startzoom="100" data-startfpzoom="100" data-toolbar="both" data-toolbar-fixed="on">Les villes moyennesEXTRAIT<br /></a></p>

<p>WordPress:<br />J'aime chargement…</p>

<p>Articles similaires</p>

<p>Partager cet article:</p>
]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>

</channel>
</rss>