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	<title><![CDATA[Signet Loupe: Articles de blog de France]]></title>
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	<description><![CDATA[]]></description>
	
	<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/630/panda-la-voix-du-djihad-lappel-episode-1</guid>
	<pubDate>Sun, 06 Jun 2021 19:21:57 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/630/panda-la-voix-du-djihad-lappel-episode-1</link>
	<title><![CDATA[Panda la voix du djihad. L&#039;appel (épisode 1)]]></title>
	<description><![CDATA[<p class="chapo">Aujourd'hui dans Affaires Sensibles, le premier épisode d’une série de six fictions inédites adaptées d’une histoire réelle : celle de terroristes islamistes impliqués dans les attentats commis en France en 2015 et 2016 et celle de leur traque par les services de renseignement.</p>
<p>Image non datée et non localisée du Français converti à l'islam Fabien Clain, identifié comme la voix de l'enregistrement audio revendiquant les attaques de Paris du 13 novembre 2015. © AFP / AFP/OFFEpisode 1 : L'appel</p>
<p>Panda, la voix du Djihad, est un récit tiré du réel, avec de nombreux personnages existants, certains connus d’autres moins. Nous racontons ce qui s’est passé, le processus qui a mené à ces vagues d’attentats et cette violence aveugle qui a marqué et continue de meurtrir la France. En montrant les deux versants de l’histoire, la traque et le quotidien de Fabien Clain, l’idée est d’exposer la complexité des situations, et de tenter d’expliquer comment nous en sommes arrivés là.  Si les Fabien Clain, Mohammed Mérah ou autres Abdelhamid Abaaoud sont réels et leurs parcours et actions reconstitués d’après les témoignages précis, les officiers de renseignements sont fictifs, pour des raisons évidentes de sécurité. Et comme le dit Karim, l’agent des renseignements qui a fait de cette traque une affaire personnelle, : "Mon vrai nom n’est pas Karim, mais tout ce que vous allez entendre est vrai." Le personnage de Karim est inspiré de plusieurs agents, dont l'agent traitant de Mohammed Mérah. Sa vie a réellement été menacée. Fabien Clain alias « Panda », est le djihadiste devenu célèbre par la vidéo de revendication du Bataclan. Clain et son frère sont liés aux attentats terroristes les plus traumatisants connus par la France depuis 20 ans.</p><p>Panda, la voix du djihad, une fiction en six épisodes écrite par Vincent Hazard. Enquête de Vincent Hazard et Claire Tesson. Réalisation : Baptiste Guitton</p><p>Les comédiens : Salim Kechiouche, Teddy Chawa, Laurent Robert, Ariane Ascaride, Kenza Laala, Oscar Copp, Jules Ritmanic, Brahim Koutari, Slimane Yefsah, Nadhir El Arabi, Kevin Yumakaso, Aymen Saïdi, Marie-Sohna Condé, Mustapha Abourachid, Jean-Luc Porraz, Juliette Allain, Odja Llorca, Manuel Le Lièvre, Quentin Baillot, Tariq Bettahar, Emilie Chertier, Maxime Pambet, Elodie Vincent, Morgane Hainaux.</p><p>Bruitage : Sophie Bissantz Création sonore : Sébastien Quencez Prise de son, montage, mixage: Bruno Mourlan, Pierre Henry Assistante à la réalisation: Justine Dibling, avec l’aide de Maxime Pambet</p><p>Recherche d’archives : Rébecca Denantes. Coordination Christophe Barreyre</p>
<p>Invité : </p>
<p>Après la diffusion de ce premier épisode, nous recevons Hakim El Karoui, normalien et agrégé de géographie, il travaille pour l’institut Montaigne. Auteur de  <a target="_blank" href="http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Le-Debat/L-islam-une-religion-francaise">L’Islam une religion française</a>, chez Gallimard  en 2018 et tout récemment <a target="_blank" href="https://www.fayard.fr/documents-temoignages/les-militants-du-djihad-9782213718286">Les Militants du djihad, portrait d'une génération</a> coécrit avec Benjamin Hodayé (Fayard)</p><p>A lire aussi :<a target="_blank" href="https://editions.flammarion.com/le-roman-du-terrorisme/9782081513006">Le roman du terrorisme. Discours de la méthode terroriste</a>, de Marc Trévidic, Chez Flammarion (2020)</p><p>Pour ne manquer aucun épisode, abonnez-vous à ce podcast sur l’application Radio France, disponible sur iOS et Android, ou via <a target="_blank" href="http://radiofrance-podcast.net/podcast09/rss_13940.xml">le fil RSS</a> et <a target="_blank" href="https://podcasts.apple.com/fr/podcast/affaires-sensibles/id912451024">Apple Podcast.</a></p>
<p><a href="https://www.franceinter.fr/emissions/affaires-sensibles/affaires-sensibles-25-mai-2021" data-xiti-trackable="true" data-xiti-libelle="vignette_1_Fiction : Panda, la voix du djihad. Dans l'obscurité (épisode 2) La vie rêvée (épisode 3)" data-xiti-type="N"></a></p>
<p>51 min</p>
<p>À écouter  -   <a class="card-text-title tag" href="https://www.franceinter.fr/histoire" data-xiti-trackable="true" data-xiti-libelle="Histoire" data-xiti-type="N" data-xiti-button="plus_d_infos">Histoire</a> <a class="card-text-sub" href="https://www.franceinter.fr/emissions/affaires-sensibles/affaires-sensibles-25-mai-2021" data-xiti-trackable="true" data-xiti-libelle="Fiction : Panda, la voix du djihad. Dans l'obscurité (épisode 2) La vie rêvée (épisode 3)" data-xiti-type="N" data-xiti-button="plus_d_infos">Fiction : Panda, la voix du djihad. Dans l'obscurité (épisode 2) La vie rêvée (épisode 3) </a></p>
<p>51 min</p>
<p>Programmation musicale : </p>
<p>NOEL GALLAGHER'S HIGH FLYING BIRDS : _We're on our way now (_2021)</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/615/pour-la-gauche-woke-un-pouce-leve-d%E2%80%99eric-zemmour-vaut-condamnation-morale</guid>
	<pubDate>Sat, 29 May 2021 06:08:20 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/615/pour-la-gauche-woke-un-pouce-leve-d%E2%80%99eric-zemmour-vaut-condamnation-morale</link>
	<title><![CDATA[Pour la gauche woke, un pouce levé d’Éric Zemmour vaut condamnation morale]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Hier a vu naître une énième polémique navrante, dont les réseaux sociaux se sont fait une spécialité. Invité dans l’émission de Paris Première, “Zemmour et Naulleau”, le journaliste de Marianne Hadrien Mathoux (<a href="https://frontpopulaire.fr/o/Content/co260236/on-peut-interroger-l-indulgence-troublante-de-melenchon-envers-l-islamisme">que nous avons déjà eu le plaisir d’interroger</a>) est devenu la cible du soir d’une partie de la France Insoumise. Qu’avait-il donc bien pu faire, bien pu dire pour mériter une telle déferlante d’attaques ? Rien du tout. S’il a été attaqué, c’est à cause d’Éric Zemmour. Car Hadrien Mathoux a eu comme seul tort de voir le polémiste adhérer à ses propos, en levant le pouce.</p><p>Voilà qui était suffisant pour cette gauche (militants LFI en tête) qui ne sait plus penser, et ne vit que par l’image et les séquences tronquées. Lors de cette courte vidéo d’environ 2 minutes, Hadrien Mathoux a déclaré que : “La gauche n’est plus le parti de la sécurité économique et sociale, mais c’est le parti de l’insécurité culturelle et identitaire”. C’est à la fin de cette déclaration que l’éditorialiste du Figaro a levé le pouce.</p><p>Un plaidoyer pour une gauche économique et sociale</p><p>Probablement que certains à gauche se sont vus un peu trop concernés par ce triste constat. C’est notamment le cas de David Guiraud, porte-parole Jeunesse de la France Insoumise qui a twitté : “Normalement quand tu es de gauche c’est censé faire tilt pendant que tu parles cette image. Mais non la le (sic) journaliste de Marianne continue tranquille sans se demander s’il n’y a pas comme un — léger — souci”. Imaginez, Hadrien Mathoux n’a pas osé s’arrêter en plein raisonnement parce que Zemmour appréciait le constat fait. Un tweet sectaire, approuvé entre autres par le YouTubeur débauché par MediapartUsul et, plus surprenant (quoique), le journaliste et présentateur d’Arrêt sur images Daniel Schneidermann.</p><p>Mais ont-ils seulement écouté la suite de la séquence ? Si tel était le cas, ils auraient entendu Hadrien Mathoux recentrer son propos sur “la première partie” qui “est importante, attention, on l’oublie trop souvent”. À savoir donc, un plaidoyer pour une gauche économique et sociale avant tout, une gauche qui retrouverait ses racines. Mais comment peut-on s’affirmer de gauche et désapprouver ce propos ? Quand bien même Éric Zemmour approuverait le constat ? À quel degré de malhonnêteté intellectuelle faut-il être pour aboutir à ce résultat ?</p><p>Un propos argumenté et concis, résumé à un pouce levé d’Éric Zemmour</p><p>C’est là l’un des drames de l’époque : on traque le dérapage, on isole la petite phrase, la petite image pour ensuite dénoncer, balancer, et alimenter l’infernale machine à buzz. Le propos, argumenté et concis, d’Hadrien Mathoux se retrouve résumé à un pouce levé d’Éric Zemmour. Cette partie de la France Insoumise est incapable de se défendre sur le fond, de défendre son virage sociétal. David Guiraud et ses supporters n’ont sans doute pas apprécié ce constat du journaliste : “Il y a un décalage de la gauche sur ce que pense une majorité de Français sur l’immigration, l’islamisme et l’insécurité.”</p><p>Quelque part, la suite était écrite. L’auteur de l’ouvrage “Mélenchon : la chute — Comment la France Insoumise s’est effondrée” est devenu un ennemi de la gauche insoumise. À la fin de la séquence, il avait d’ailleurs complété cette dernière citation ainsi : “Vous avez une partie (de la gauche) qui va accuser ceux qui en parlent de fascisme”. Bien évidemment, l’histoire lui a vite donné raison, l’adhésion de Zemmour étant devenu un synonyme de fascisme pour cette gauche devenue incapable de penser autrement que par raccourcis.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/609/jour-1-les-nazis-sont-gentils-les-antifas-sont-mechants</guid>
	<pubDate>Wed, 26 May 2021 13:27:28 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/609/jour-1-les-nazis-sont-gentils-les-antifas-sont-mechants</link>
	<title><![CDATA[Jour 1 : &quot;les nazis sont gentils, les antifas sont méchants&quot;]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Mardi 25 mai s’est tenu le premier jour du procès des responsables de la mort de notre camarade Clément : après la constitution du jury et un rapport du président du tribunal sur <a href="https://lahorde.samizdat.net/Proces-en-appel-des-neonazis-responsables-de-la-mort-de-Clement" class="spip_in">la motivation et la condamnation prononcées en première instance</a>, les débats ont principalement tourné autour de la personnalité d’Esteban Morillo, reconnu coupable des coups mortels.<br class="autobr">
Morillo a un nouvel avocat : Jérôme Triomphe, proche des milieux catholiques traditionalistes. Quinze jours après la mort de Clément, il participait à une conférence de l’Agrif au Centre Charlier avec Bernard Antony et Vivien Hoch sur le thème « les racismes anti-français et anti-chrétiens et face à la culture de mort du socialisme »…</p>
<p><a href="https://lahorde.samizdat.net/IMG/jpg/triomphe-min.jpg" title="Jérôme Triomphe en 2013." type="image/jpeg"></a><br />Jérôme Triomphe en 2013.</p>
<p>Cet avocat très politique a rapidement adopté une défense elle aussi très politique qu’on pourrait résumer ainsi : Morillo est facho mais gentil, les méchants violents ce sont les antifas, il n’a fait que se défendre. C’est donc logiquement que Morillo invoque la légitime défense, et que son avocat va chercher, probablement durant les quinze jours du procès, à le faire passer pour la victime dans ce procès (Triomphe a osé l’emploi du mot « rescapés » pour qualifier Morillo et Dufour).<br class="autobr">
Face aux avocats des parties civiles, Morillo est pourtant surtout dans le déni. « Travail, famille, patrie » qu’il a tatoué sur le bras ? Il ne sait pas ce que ça signifie, il trouvait ça « beau ». Ses bagues à croix gammée, son profil Facebook où il considère Mein Kampf comme son livre préféré (« je ne l’ai pas lu » concède-t-il) montrent pourtant une certaine connaissance de la Seconde Guerre mondiale… Mais tout comme sa panoplie de skinhead de l’époque, il n’en a « aucun souvenir », ou alors celles et ceux qui l’ont vu, policiers des renseignements généraux compris, inventeraient les faits.<br class="autobr">
Concernant son engagement à Troisième Voie, dont il a le logo tatoué sur le cœur (le fameux trident que Triomphe, qu’on aurait pensé davantage expert en héraldique, a appelé improprement un « blason »), il le nie là aussi, ou bien l’évalue à « deux ou trois mois » alors qu’il en a fait partie de 2010 jusqu’à son arrestation en 2013 (« C’est une période que j’essaye d’occulter » déclara-t-il dans un rare moment de lucidité). De toute façon il dit qu’il n’en connaissait pas l’idéologie (il qualifie pourtant le mouvement de « solidariste ») : c’était pour boire et se faire des amis qu’il se rendait au Local de Serge Ayoub. Les conférences qui s’y déroulaient plusieurs fois par mois ? « Impossible, c’était trop petit. »</p>
<p><a href="https://lahorde.samizdat.net/IMG/png/local-conferences-min.png" title="Deux exemples des conférences régulières qui se sont déroulées au Local, et que Morillo dit qu'elles n'ont pas eu lieu…" type="image/png"></a><br />Deux exemples des conférences régulières qui se sont déroulées au Local, et que Morillo dit qu’elles n’ont pas eu lieu…</p>
<p>Ayoub ? Il lui trouve « du charisme » mais dans le même temps il prétend ne lui avoir « jamais dit plus que bonjour, au revoir ». Encore plus gros, « je m’étais éloigné de Troisième Voie en 2013 » ose-t-il, alors qu’on le voit en mai 2013, moins d’un mois avant qu’il ne tue Clément, au premier rang de la manif de Troisième Voie, tendant fièrement son drapeau…</p>
<p><a href="https://lahorde.samizdat.net/IMG/png/morillo-min.png" title="Morillo au premier rang dans une manif de Troisième Voie dont il se serait &quot;éloigné&quot; à l'époque : pas flagrant… [Photo : La Horde]" type="image/png"></a><br />Morillo au premier rang dans une manif de Troisième Voie dont il se serait "éloigné" à l’époque : pas flagrant… [Photo : La Horde]</p>
<p>« On a compris qu’il était facho ! » interrompt Triomphe, au mépris du respect le plus élémentaire de la parole de la partie adverse. Et d’en rajouter une couche au moment de ses questions qui sont vite devenues une plaidoirie : « Il est facho, on est d’accord. Mais ce n’est pas le sujet. »<br class="autobr">
Car oui Morillo est un néonazi, mais un néonazi gentil. Un néonazi non violent, ami des bêtes. La preuve, il a un ami malgache et des collègues « de couleur » (sic). Sa mère « lui avait appris à tendre la main » : ce n’est pas de sa faute si son fils a préféré tendre le bras… Bref, un naziboloss sensible, qui pleure quand son chef lui fait remarquer qu’il est en retard au travail (authentique).<br class="autobr">
Mais Morillo aurait aussi été un néonazi qui vivait dans la peur des antifas : c’est pour ça qu’il avait des poings américains sur lui et chez lui (il ne les avait pas pour s’en servir mais parce qu’il trouve ça « beau » comme un slogan vichyste). Les « preuves » de la violence supposée des antifas ? Triomphe va les chercher en évoquant des affaires non jugées et postérieures à 2013… Mais peu importe la vérité des faits, car la stratégie est claire : faire passer les accusés pour les victimes, justifier l’injustifiable, inverser les rôles.<br class="autobr">
Cette stratégie alliant à la fois le déni voire le mensonge du côté du principal accusé et une attitude agressive de son avocat envers les parties civiles est certainement celle de la dernière chance. Triomphe a l’air sûr de lui, mais rien ne dit que sa stratégie sera payante, tant lui-même est insupportable d’arrogance et Morillo peu crédible.<br class="autobr">
Elle met en tout cas les nerfs des proches de Clément et de leurs soutiens sont soumis à rude épreuve, ce qui est probablement là aussi un piège tendu par la défense, qui espère certainement, par son attitude provocatrice, les faire sortir de leurs gonds ; à nous de ne pas lui donner ce plaisir.<br class="autobr">
Reste à voir demain quelle sera l’attitude de Dufour et de son avocat…</p><p>La Horde</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/586/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees%C2%A01980-1990</guid>
	<pubDate>Fri, 21 May 2021 09:36:50 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/586/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees%C2%A01980-1990</link>
	<title><![CDATA[Entre autonomie et embrigadement militant : les skinheads néo-nazis des années 1980-1990]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Première parution ; <a rel="noreferrer noopener" href="https://tempspresents.com/contributeurs/jean-yves-camus/" target="_blank">Jean-Yves Camus</a>, « Entre autonomie et embrigadement militant : les skinheads néo-nazis des années 1980-1990 », <a href="https://tempspresents.com/contributeurs/nicolas-lebourg/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Nicolas Lebourg</a> et Isabelle Sommier dir., <a href="https://tempspresents.com/2018/01/25/la-violence-des-marges-politiques/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">La Violence des marges politiques des années 1980 à nos jours</a>, Paris, Riveneuve, 2017, pp. 29-52.</p><p class="has-drop-cap">Le meurtre de Brahim Bouaraam, un ressortissant marocain mort noyé dans la Seine, après y avoir été jeté pour des motifs racistes et homophobes par des militants d’extrême droite, le 1er mai 1995 à Paris, a sans doute été, par sa résonance politique et médiatique, le point culminant d’une longue série de faits divers, souvent meurtriers, qui ont jalonnés les années 1980-90 et qui ont été attribués à la catégorie, au demeurant floue dans sa définition, des « skinheads », recouvrant un large spectre d’opinions politiques allant de l’extrême droite néo-nazie à l’antifascisme radical représenté entre autres par les « Redskins ». La culture skinhead a été décrite avec raison par Michel Wieviorka, reprenant le sociologue britannique Mike Brake, comme « une sous-culture ouvrière, profondément marquée par une éthique puritaine du travail » et par l’opposition au mouvement hippie<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn1">[1]</a>. Cette partie du mouvement skinhead qui s’est arrimée politiquement à l’extrême droite française des années 1980-1990 peut toutefois être cernée avec davantage de précision. Pour cela, il importe de dégager les étapes de l’importation en France des phénomènes skinheads anglo-saxons, et ce qu’ils recouvrent alors en termes de radicalité et de violence. Une fois effectuée cette caractérisation des skinheads, il s’agit de dégager les aspects de militance politique pris par ce qui était un phénomène socio-culturel, venu s’enchâsser dans les formations des extrêmes droites.</p>
<p>Caractérisation du phénomène skinhead</p>
<p>Avant que d’être une affiliation idéologique, le fait skinhead doit être vu comme un phénomène subculturel transnational, à l’origine urbain, où la question de la violence participe de la norme comportementale.Le skinhead se revendique d’une culture de la violence mais aussi de la transgression. Il se distingue de la norme par ses codes vestimentaires (crâne rasé ou cheveux coupés ras, port du bomber et des chaussures montantes à lacets connues sous le nom générique de Doc Martens). Ceci étant, ces codes ne sont pas déterminés par l’idéologie mais sont étroitement liés aux origines sociales de la sous-culture qu’ils représentent, née dans la Grande-Bretagne ouvrière des années 1960 et unissant, à l’origine, de jeunes prolétaires blancs appartenant au phénomène des Mods à de jeunes Afro-antillais de même milieu, passionnés de musique ska et reggae<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn2">[2]</a>. C’est à la fin des années 1970 qu’avec la crise économique qui frappe l’Angleterre industrielle d’une part, et l’émergence d’un parti politique, le National front, fugacement sorti de la marginalité, que s’entérine la séparation définitive, au sein du mouvement skinhead, sur une base ethnique et politique, mais également musicale : la scène skinhead d’extrême droite se structure autour de l’archétype du Militant blanc <a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn3">[3]</a>, mais surtout du Rebelle blanc, adolescent ou jeune homme (ou, minoritairement, femme) qui revendique sa couleur de peau et son origine ethnique contre l’émergence des minorités visibles, endosse un racisme et un antisémitisme extrêmes dont l’action violente est une composante essentielle, et abandonne définitivement les musiques « non-européennes » pour deux styles propres : la Oi, un dérivé du punk rock<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn4">[4]</a> et le RAC ( « Rock against Communism »), qui est un dérivé politisé du précédent dans lequel les paroles glorifient non pas seulement la lutte anticommuniste mais surtout le « nettoyage ethnique » des villes britanniques, et la violence physique en général<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn5">[5]</a>. Pour autant, l’extrême droite n’a jamais eu une emprise totale sur le mouvement communément appelé skinhead, ni en France, ni ailleurs : le mouvement S.H.A.R.P. (Skinheads Against Racial Prejudice) notamment, rassemble des skinheads de même extraction ouvrière mais proches de l’extrême gauche ou des milieux libertaires. Ils sont souvent actifs dans les villes mêmes où sont leurs rivaux qu’ils surnomment, pour s’en démarquer, boneheads (crânes d’os). Ils sont restés musicalement ouverts aux styles des origines puis au punk. La division idéologique du mouvement skinhead donne lieu, dès les années 1980, à l’émergence de « bandes » rivales qui se disputent la maîtrise des territoires urbains par la violence<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn6">[6]</a>.</p><p>De même que l’arrivée en France du phénomène skinhead d’extrême droite était une importation d’un phénomène britannique, et même anglais, la radicalisation idéologique de la scène française dans les années 1990 fut le résultat du transfert en Europe d’idées, de méthodes d’action et d’effets de mode venus des États-Unis. La première apparition publique importante des skinheads américains, lors d’un meeting du 7 octobre 1989 fédérant à peu près toutes les tendances de l’extrême droite autour d’une commémoration de la Confédération sudiste<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn7">[7]</a>, avait montré la convergence, au moins partielle, des skinheads « White Power », des nostalgiques de la ségrégation raciale et de la nébuleuse connue sous le nom d’Identity Churches, sortes de dénominations religieuses sectaires professant l’idée de la suprématie de la race blanche voulue par la volonté divine et les Écritures, relues à la lumière de l’anglo-israélisme (pour lequel les Anglo-saxons sont les descendants des tribus perdues d’Israël) et de l’idée d’un christianisme débarrassé de toutes ses racines juives. Loin de n’être qu’une sous-culture marginale de la jeunesse, cette nébuleuse s’était organisée sous un modèle, la « résistance sans chef », qui prônait la lutte armée contre l’État fédéral, jugé illégitime et appelé ZOG, ou Zionist Occupation Government (gouvernement d’occupation sioniste).</p><p>Dès 1983-1984, de petites cellules étaient passées à l’action terroriste contre des agents fédéraux et des adversaires politiques. Elles étaient connues sous le nom de The Order, disposaient de leur manuel de passage à l’action pour déclencher une guerre raciale (le livre de William Luther Pierce, alias Andrew Macdonald, The Turner Diaries, publié en 1978) et d’une forme de mantra, les 14 Mots, formulés par le suprémaciste David Lane pour lequel « We must secure the existence of our people and a future for white children » (« Nous devons préserver l’existence de notre peuple et un avenir pour les enfants blancs »). Cet ensemble de concepts, mis en action, font qu’au milieu de la décennie 1990, les autorités fédérales et les associations du type watchdog, luttant contre le racisme (Anti-Defamation League ; Southern Poverty Law Center) estiment que les 3 500 skinheads recensés ont commis 22 meurtres depuis 1990. C’est précisément ce qui séduit des skinheads français.</p><p>En juin 1993, parait le premier numéro du bimensuel Terreur d’élite, « voix indépendante et radicale des nationaux-socialistes francophones ». En couverture de ce fanzine d’une qualité d’impression inhabituelle, cette phrase : « Juifs : lire cette publication vous transformera en abat-jour, en savonnettes ou en engrais. » Le ton de l’antisémitisme délirant est donné. Il est habituel chez les Hammer Skins, réseau skinhead américain dont l’emblème est le marteau de Thor et dont la branche française, éditrice du bulletin, se nomme Charlemagne Hammer Skins. Très hostile au Front national (le FN serait « le dernier bastion de la juiverie française »), proche du parti nazi transnational NSDAP/AO<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn8">[8]</a>, elle est animée par Hervé Guttuso, un jeune Marseillais dont la précédente publication s’intitulait Neuvième Croisade. Ancien membre de Troisième Voie, puis de la section Prinz Eugen (du nom d’une division SS) du Parti Nationaliste Français et Européen (PNFE), Guttuso s’est formé au contact de l’American Front et des Chicago White Vikings lors d’un séjour outre-Atlantique. Il y a rencontré les animateurs de la revue Résistance, fanzine devenu un magazine en quadrichromie doublé d’une maison de disques, Resistance Records, dont l’audience est devenue mondiale (le numéro 1 du journal, en 1994, est tiré à 12 000 exemplaires). Idéologiquement, les Hammerskins américains défendent l’idée selon laquelle la résistance armée au pouvoir fédéral est légitime puisque, loin d’être l’émanation du peuple, le gouvernement serait aux mains des juifs qui assureraient leur mainmise sur le pouvoir politique, économique et médiatique, dans l’objectif d’éliminer la race blanche en promouvant le métissage généralisé. Dès lors, toute forme de résistance armée est juste et nécessaire, y compris le terrorisme<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn9">[9]</a>, par des modes d’action souvent inspirés des Turner Diaries, traduits en français tardivement (1999) par Henri de Fersan, avec des illustrations de Chard, caricaturiste à Rivarol<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn10">[10]</a>. D’où ce surnom de ZOG (Zionist Occupation Government), qu’elle donne au gouvernement des États-Unis.</p><p>Cette théorie conspirationniste, qui se réfère souvent aux Protocoles des sages de Sion, débouche sur la conviction que le seul espoir de survie pour la race blanche réside dans la création de communautés aryennes vivant en autarcie dans des régions reculées (aux États-Unis, dans les montagnes Rocheuses et les Appalaches). À partir d’elles s’organisera la riposte violente au pouvoir en place, qu’un livre décrit en détail : les Turner diaries (1978), de William Pierce, leader du groupe américain National Alliance, sorte de bible des suprémacistes blancs. L’intention terroriste apparaît clairement dans Terreur d’élite : « Les cibles principales du révolutionnaire aryen doivent être en première priorité des cibles économiques, énergétiques, puis en dernier lieu des cibles humaines. Le paroxysme de la jouissance étant bien sûr de cumuler les trois facteurs à grande échelle » (n° 5, printemps 1995). La nouveauté dans le rapport à la violence est ici qu’elle est revendiquée dans sa dimension terroriste, comme dans la couverture du magazine skinhead nazi anglais The order (n° 10) qui montre un militant en train de manipuler des détonateurs. En France, le magazine de Guttuso suit le même chemin et celui qui lui succède, 14 Mots, indique clairement « nous devons tuer »<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn11">[11]</a>.</p><p>Un nouveau bulletin confidentiel, Das Schwartze Korps (n° 2, 1995), franchit un pas supplémentaire en écrivant : « Nous, Blancs purs, ne reconnaissons aucun droit aux non-Blancs de quelque sorte qu’ils soient. Si, peut-être un seul, celui de crier dans la chambre à gaz quand on jettera le Zyklon B! ». Cette référence explicite au génocide nazi montre que les skinheads, tout en reprenant quelquefois les textes des historiens négationnistes sur la Shoah, ont plutôt tendance à en assumer et même à en valoriser l’existence. La montée en puissance de la tendance terroriste du mouvement skinhead néo-nazi sera toutefois arrêtée nette dès 1993 par la très forte volonté politique du ministre de l’Intérieur Charles Pasqua et de son conseiller pour la lutte contre le racisme, Patrick Gaubert, suivi par ses successeurs : début 1998 Guttuso est arrêté à Londres, où il séjournait depuis 1996 chez les frères Sargent, animateurs de Combat 18, mouvement considéré par la police britannique comme responsable de meurtres racistes et ayant des intentions terroristes. En définitive, un juge d’instruction toulonnais fera écrouer neuf personnes mises en examen pour « incitation à la haine raciale et menaces de mort », notamment contre Anne Sinclair, Jean-François Kahn, Simone Veil et Patrick Gaubert<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn12">[12]</a>. Les Charlemagne Hammer Skins survivront à cette répression et perdurent jusqu’à ce jour<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn13">[13]</a>, mais avec un fonctionnement plus discret, comme leur concurrent direct les Blood and Honour Hexagone<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn14">[14]</a> avec leur revue Signal 28, tous deux ayant pour activité visible essentielle l’organisation de concerts ou de tournois de MMA (mixed martial arts). La propension à la violence demeure : le 30 mars 2016, principalement en région marseillaise, onze skinheads néo-nazis ont été mis en examen après la découverte à leur domicile d’un stock d’armes.</p><p>Cette appétence pour la violence relève des actions des skinheads mais également de leur vision du monde, voire de leur caractérisation psycho-sociale.Dans son ouvrage sur les motivations de l’adhésion au Front national (FN)<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn15">[15]</a>, Birgitta Orfali reprend la distinction faite par Michael Billig, dans son ouvrage sur les militants du National front britannique<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn16">[16]</a>, entre le militant autoritaire et « l’homme de violence ». Ce dernier, mû par le ressentiment, « est ainsi dénommé car c’est la notion de lutte, de combat qui retient toute son attention. L’opposition violente à tout adversaire (individu ou groupe) le caractérise. L’antagonisme, le conflit sont les lieux par excellence qui définissent ce type ». Elle ajoute que ces hommes « vivent à l’heure de la psychologie des foules grâce au FN »<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn17">[17]</a>. Stéphane François a bien montré que ce type d’individu correspondait profondément au profil des militants des mouvements qui, aujourd’hui encore, appartiennent à la frange la plus radicale de l’extrême droite, celle qui refuse l’aggiornamento du FN et se manifeste par une activité particulièrement élevée dans la région des Hauts-de France, parfois sur le mode de ce que le même auteur appelle le « skinhead rural » <a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn18">[18]</a>.</p><p>Au-delà de la typologie sociologique et psychologique, le concept d’homme de violence s’est traduit, dans les décennies 1980 et 1990, par toute une série d’actions dont se sont saisies, non seulement les organisations antiracistes (Ligue Internationale Contre le Racisme et l’Antisémitisme ; Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples ; SOS-Racisme ; Ligue des Droits de l’Homme), mais aussi la presse locale et nationale, qui a ainsi donné une visibilité importante au phénomène skinhead néo-nazi. À bon escient d’ailleurs : en effet, la glorification continue de la violence physique, telle qu’elle figurait dans les publications skinhead de l’époque, accompagnée par l’affirmation de la supériorité ethnique blanche et un antisémitisme obsessionnel, avait de grandes chances d’aboutir à un passage à l’acte. L’accroissement des agressions imputables aux skinheads était déjà sérieux dans les années 1987-90 : en 1988, la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) leur imputait 20 actions violentes sur 64 actes racistes répertoriés ; l’année suivante 16 sur 53. Il s’ensuivit une répression policière avec 70 arrestations en 1987.</p><p>Il n’est pas possible de dresser ici une chronologie exhaustive des homicides commis par des skinheads néo-nazis sur la période. Pour ne citer que ceux au plus fort retentissement, on rappellera le meurtre, à Lille, d’un clochard par un proche du mouvement Troisième Voie (TV), en 1988<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn19">[19]</a>. En 1990 au Havre, une dizaine de militants locaux et parisiens du groupe Blood and Honour tue un jeune Mauricien, obligé par eux d’avaler de la soude caustique avant d’être jeté à l’eau. Les faits ne sont élucidés qu’en 1998 et les deux principaux mis en cause, Régis Kerhuel<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn20">[20]</a> et Joël Giraud, sont également des membres des Jeunesses Nationalistes Révolutionnaires (JNR). Puis, en 1995, David Beaune, 25 ans, est accusé du meurtre d’Imad Bouhoud, mort noyé, dans un bassin du port du Havre. Il est jugé par la cour d’assises de Rouen. Pour lui, le FN se trompe en voulant forcer les immigrés à quitter la France : il souhaitait construire pour eux des «camps de concentration et des chambres à gaz en Normandie ». « Maintenez-vous toujours cela aujourd’hui ? » lui demande le président lors de l’audience. Il maintient<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn21">[21]</a>.</p><p>L’affaire est intéressante à un autre titre, celui de la persistance des comportements violents de l’auteur des faits, même après sa sortie du milieu skin : Beaune est de nouveau condamné en 2013 à un mois ferme pour menaces avec arme<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn22">[22]</a>, sans circonstance aggravante de racisme. Ce qui n’est pas le cas pour Marc Grubica, ancien responsable du fanzine nordiste Tempête et Tonnerre, appréhendé en 2010 pour des dégradations commises contre la façade de la mosquée Salman-Al-Farissi, à Tourcoing et qui, à 43 ans, a déjà sept condamnations à son casier – dont une pour meurtre lors de sa période skinhead<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn23">[23]</a>. Enfin, le 7 janvier 1998, à Mortefontaine-en-Thelle (Oise, autre département de prédilection de la scène skinhead), Antoine Bonnefis, 18 ans, tue son beau-frère et un de ses amis africains. Il écope de 14 ans de prison sans que le mobile raciste soit retenu et les parties civiles sont déboutées.</p><p>Ce panorama serait incomplet sans citer deux événements. Le premier est la profanation d’un cadavre dans le cimetière juif de Carpentras (Vaucluse), en mars 1990. Imputé à l’influence culturelle du FN, cet acte, qui devint un événement de mobilisation fondamental dans la stratégie de mobilisation politique et associative contre le Front national, fut élucidé seulement en 1996, alors que l’un des auteurs, Jean-Claude Gos, skinhead de Denain (Nord) et membre du PNFE, était déjà décédé. Le second est exceptionnel parce qu’il est entièrement provoqué par la commande d’un média télévisuel peu scrupuleux (et disparu) qui, comme bien d’autres à l’époque, traite le phénomène skinhead sous l’angle du sensationnalisme : le 22 avril 1990 pour les besoins d’un reportage, une équipe de journalistes incite des membres des JNR, dont Joël Giraud, à agresser un Africain, Karim Diallo, sous les caméras des journalistes. Les mis en cause seront condamnés à 8 mois de prison avec sursis en janvier 1994 pour cette agression.</p><p>Certains de ces actes violents ont notablement influencé l’image de l’ensemble de la mouvance. Ce qui est devenu « l’affaire Bouarram » a connu un retentissement exceptionnel parce que les faits se sont déroulés en marge du cortège de Jeanne d’Arc organisé chaque premier mai par le Front national, dont le service de sécurité a d’ailleurs collaboré avec la police dans l’identification des agresseurs. Ils sont également emblématiques de trois dimensions du phénomène de la violence skinhead en France autour desquelles peut s’organiser la réflexion sur cette mouvance dans une période qui constitue son apogée.</p><p>La première est la dialectique de l’autonomie et du militantisme politique au sein du FN ou de groupuscules activistes plus radicaux : violents, ouvertement racistes, antisémites et même néo-nazis, réputés incontrôlables et hostiles à toute forme d’organisation sociale autre que celui de la « bande », les skinheads veulent-ils, peuvent-ils s’agglomérer durablement à une organisation hiérarchisée, voire à un parti impliqué dans le jeu électoral ? Seconde question : quelle est l’ampleur du phénomène, à la fois en termes de nombre de personnes concernées, d’influence politique sur le reste de l’extrême droite et de niveau de violence, symbolique ou physique ? Enfin, la catégorie « skinheads » a-t-elle un contenu clair ? N’est-ce pas en partie une construction, notamment médiatique, qui inclut à la fois des individus se revendiquant tels et d’autres qui y ont été rattachés pour des raisons liées à leur « look » (tout « crâne rasé » n’est pas un skinhead) ou à leurs idées – des skinheads ont milité aux Faisceaux nationalistes européens (FNE) ou au PNFE, mais ceux-ci n’étaient pas uniquement ni même prioritairement des mouvements skinheads ?</p><p>Deux éléments de réponse peuvent être avancés. Le premier est que les skinheads ont vite été repérés par les fondateurs du PNFE et dans une moindre mesure des FNE, comme le seul canal leur permettant d’étoffer de maigres effectifs et de dépasser la fonction de mouvements nationaux-socialistes orthodoxes, voire de cultes néo-nazis. Le second est que l’époque où ils apparaissent est plus largement celle où les medias découvrent le phénomène des « bandes urbaines » (skins mais aussi « zoulous » ou punks d’extrême gauche) et lui donnent une couverture qui n’est que bénéfice pour les groupes d’extrême droite. La police elle-même prend conscience du phénomène que les Renseignements généraux globalisent sous l’appellation « Violences urbaines ». Ils créent en 1991 une section spécialisée intitulée « Villes et banlieues ». Volens, nolens le phénomène skinhead s’est en tous cas polarisé à l’extrême droite, posant par là-même la question de sa possible structuration par les mouvements organisés de cet espace politique.</p>
<p>La mouvance skinhead et les organisations françaises d’extrême droite</p>
<p>Le mouvement skinhead politisé à l’extrême droite apparaît d’abord vers 1983-1984 et se signale lors de la fête de Jeanne d’Arc 1985 par la présence d’un groupe qui s’appelle « Les Amis de Barbie ». Il s’étend vraiment à partir de 1987, lorsque l’organisation Troisième Voie (TV), alors dirigée par Jean-Gilles Malliarakis<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn24">[24]</a>, se rapproche des Jeunesses nationalistes révolutionnaires (JNR) menées par Serge Ayoub. Avec le PNFE, ces deux groupes sont ceux qui ont voulu et réussi à recruter en milieu skinhead avec le plus de constance et de succès. Cependant, ils ont des précurseurs, figures individuelles qui ont généralement connu les skinheads politisés à l’extrême droite lors de séjours à l’étranger, en particulier en Grande-Bretagne, qui en deviendront des figures et qui prouvent que la culture skinhead est un article d’importation comme beaucoup de modes qui façonnent les sous-cultures de la jeunesse européenne. Les antifascistes radicaux publiant la revue REFLEXes, puis le site internet éponyme<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn25">[25]</a>, et qui ont suivi avec une précision certaine la trajectoire des skinheads de la droite radicale, datent de 1983-84 l’apparition à Marseille de skinheads ayant séjourné en Grande-Bretagne et à la même période, celle à Tours d’un fanzine intitulé Bras tendu, édité par Olivier Devalez alias « Tod », une des figures historiques de la scène, mis au contact du British Movement lors d’un séjour à Londres. La même source affirme que Serge Ayoub (né en 1964), aurait adopté le « look » skinhead au retour d’un voyage outre-Manche. Enfin, une autre personnalité importante de la scène skinhead des premières années est un Britannique installé en France, Bruce Thompson, qui suivra Ayoub aux JNR et restera actif jusqu’en 1995 au moins<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn26">[26]</a>.</p><p>La question est de savoir comment, et pourquoi, le développement des skinheads d’extrême droite en France, à cette époque précise, croise la route d’organisations politiques du même milieu et aboutit à ce que celles-ci cherchent à attirer des individus connus pour leur propension à la violence et dont le credo consiste à rejeter tout type de hiérarchie autre que le charisme naturel du chef de bande, généralement reconnu pour ses « faits d’armes », sans parler du fait que les skinheads, dont Thompson semble être le vétéran, étant trentenaire dans les années pionnières, ne souhaitent pas se donner de leader n’appartenant pas à leur génération.</p><p>C’est là qu’intervient la dialectique de l’autonomie et de la récupération. En 1983-1984, l’arrivée de la gauche au pouvoir trouve un Front national qui attire toujours des militants très radicaux, mais l’entreprise de marginalisation de ceux-ci, commencée par Jean-Pierre Stirbois, aboutit à la création de groupuscules qui se disputent le maigre espace existant à la droite d’un FN déjà jugé embourgeoisé. En 1989, Bruce Thompson déclare ainsi au fanzine Le rebelle blanc : « Le Pen est trop vieux, trop mou, trop riche »<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn27">[27]</a>. Les quelques mouvements qui existent à l’époque en dehors du FN ont un rapport de suspicion vis-à-vis de la violence politique. L’Œuvre française, de Pierre Sidos, est un groupe dont le chef a connu l’épuration puis la répression de l’Organisation de l’Armée Secrète (OAS), il tient au respect de la légalité et dirige en outre son organisation, étroitement nationaliste française, d’une manière hyper-centralisée, tout en normant étroitement les comportements des militants (costume tenant de l’uniforme, défilés en rangs, chant du mouvement…) : les jeunes aux cheveux ras qui y militent ressemblent aux skinheads, mais n’en sont que très exceptionnellement. Le Parti Nationaliste Français (PNF), scission du FN opérée fin 1982 par les animateurs du journal Militant, militent pour un nationalisme européen racialiste qui recoupe davantage le slogan du White Power, mais outre qu’il est aussi légaliste, ses animateurs d’alors sont en majorité d’anciens du Parti Populaire Français ou du Francisme <a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn28">[28]</a> ayant servi dans les rangs de la Légion des volontaires français contre le bolchevisme ou de la Division Charlemagne et nés dans les années 1920 : le fossé générationnel est trop important. Serge Ayoub fondera en 1990 un éphémère Comité de base jeunesse, hébergé à l’adresse du local du PNF avec lequel il partageait la « défense de l’identité française face au cosmopolitisme », l’affirmation selon laquelle « la nation est avant tout une communauté de destin et de sang », inaccessible aux non-européens, l’« opposition au système », la démocratie étant décrite comme un moyen d’asseoir la domination des « grands financiers et des grands trusts », la « lutte pour la justice sociale » et la répudiation de la lutte des classes ; la « conscience européenne contre le mondialisme ». Ce rapprochement restera toutefois sans lendemain.</p><p>L’instrumentalisation la plus réussie du phénomène skinhead par des mouvements politiques d’extrême droite est le fait de deux groupes : Troisième Voie (1985-1992, réactivé en 2010-2013) auquel il faut ajouter les Jeunesses Nationalistes Révolutionnaires (JNR, 1987-2013)<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn29">[29]</a> et le PNFE<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn30">[30]</a>, fondé en 1987 par un ancien militant de l’OAS et du FN, Claude Cornilleau, qui avait en 1983 réussi à se faire élire conseiller municipal de Chelles (Seine-et-Marne) sur une liste menée par un élu du Rassemblement Pour la République (RPR).</p><p>Troisième voie a été fondée en 1985 par Jean-Gilles Malliarakis sur des bases idéologiques nationalistes-révolutionnaires ou solidaristes ; il n’était pas un mouvement skinhead. Son slogan était : « Ni trusts, ni soviets » et outre un anti-sionisme affiché, il tenait à une Europe réunifiée et indépendante des blocs américain et soviétique. Le rapprochement opéré en 1986-1987 entre TV et Serge Ayoub, volontiers interviewé par les media et présenté comme la figure emblématique du milieu skin français, est une initiative de ce dernier, originaire de la classe moyenne parisienne à fort capital culturel, et déjà une figure de la scène skinhead depuis 1982 environ. Il est à la fois chef d’une bande (le Klan), qui se targue volontiers d’avoir le recrutement prolétarien, l’attitude violente et les objectifs anticapitalistes des Sections d’Assaut (SA) ; acteur du milieu hooligan politisé qui, à partir de 1984, s’installe dans la tribune Boulogne du Parc des Princes et qui s’engage dans des affrontements violents contre des personnes de couleur, des supporters des clubs adverses ou d’autres groupes de hooligans apolitiques ou antifascistes<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn31">[31]</a> ; et entrepreneur ouvrant en 1986 une boutique de vêtements brassant une clientèle de skinheads, hooligans et amateurs de marques anglaises que se sont appropriés comme dress-code une partie des jeunes d’extrême droite.</p><p>Le noyautage des supporters parisiens a débuté en septembre 1989 avec la création du groupe Pitbull Kop par Serge Ayoub. Leur prise en main par les JNR est allée de pair avec l’établissement de liens internationaux avec d’autres supporters d’extrême droite, comme ceux du « 0 Side » d’Anderlecht (Belgique) ou les Brigadas Blanquazules de Barcelone. Vers l984-1985, divers sous-groupes se sont constitués, tous influencés par les thèmes racistes et comprenant des skinheads, mais possédant chacun leur mode d’habillement et leur forme préférée d’affrontement : les « casual  », hooligans qui n’arborent plus l’allure skinhead et sont donc moins repérables de prime abord, se sont développés sous le nom de « Commando pirates », tandis que les Fire Birds, une cinquantaine d’individus formant la fraction la plus violente au Parc des Princes, ont choisi une stratégie d’affrontement contre la police et les supporters adverses. </p><p>Les JNR, dont Ayoub reste la figure tutélaire avec une longévité exceptionnelle ne se terminent qu’avec la dissolution de 2013 et la fermeture administrative de son quartier général parisien, Le Local. C’est une sorte de garde prétorienne composée d’éléments généralement issus des classes populaires, impliquée comme on l’a vu dans des agressions racistes sordides, dans lesquelles, à l’exception de la « ratonnade » télévisée évoquée plus haut, Serge Ayoub, bien que son nom ait souvent été évoqué après les faits, n’a jamais été condamné. L’histoire des JNR comporte deux périodes : l’une court jusqu’à l’autodissolution du milieu des années 1990 et est celle de la violence débridée ; l’autre, de la reformation en 2010 jusqu’à 2013, est celle de la violence canalisée, et même de la tentative pour engager une nouvelle mouture de Troisième Voie dans davantage de visibilité publique, avec la présentation de candidats aux élections (2012), l’ouverture de locaux associatifs à Paris et à Lambersart (Nord) sous le nom à consonance régionaliste flamande de Vlaams Huis et la publication d’un journal intitulé Salut public.</p><p>Le mouvement est aussi le seul de la scène à avoir réussi à construire des ponts avec le milieu des « bikers » et l’un des rares à prendre la grande majorité de ses références idéologiques dans l’histoire de France, que ce soit chez les révolutionnaires les plus radicaux (Babeuf), les blanquistes et le syndicalisme-révolutionnaire, adoptant d’ailleurs comme emblème le faisceau des licteurs<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn32">[32]</a>le rattachant bien davantage à la Révolution française qu’au fascisme. La carrière des JNR et de Troisième Voie se terminera cependant dans la violence avec l’implication de plusieurs de leurs membres dans la mort du militant antifasciste Clément Méric, le 5 juin 2013. Une des questions essentielles qui se pose, au moment de dresser le bilan de l’activité violente des JNR, est celle de la facilité avec laquelle, des années 1980 à nos jours, les multiples groupes qu’a dirigés Serge Ayoub ou dont il a été proche, ont pu continuer à opérer en étant impliqués dans des faits très graves : en mars 2017 encore, il comparaissait devant le tribunal correctionnel d’Amiens en compagnie d’une quinzaine de membres du groupe picard White Wolves Klan (WWK), poursuivis pour des faits de violences, vols, séquestration et tentative de meurtre. Serge Ayoub a été relaxé.</p><p>Le PNFE n’a jamais disposé d’un porte-parole ayant les capacités communicationnelles de Serge Ayoub. Il a toutefois joué un rôle essentiel dans la socialisation politique des skinheads. Adepte d’un néo-nazisme orthodoxe qui s’exprime dans les colonnes de son journal, Tribune nationaliste, le PNFE décide, semble-t-il en 1988, de se lancer dans l’action violente et ce, de manière préméditée et concertée. Le 31 juillet 1988, le journal Globe est plastiqué. En novembre 1988 quatre policiers membres du parti participent au Château de Corvier (Loir-et-Cher) au congrès du PNFE. Ils y assistent à une démonstration sur la fabrication et l’utilisation d’engins explosifs et y apprennent que de tels engins ont déjà été utilisés lors de deux attentats encore inexpliqués, ceux du foyer d’immigrants du Cannet (9 mai 1988) et contre Globe (31 juillet 1988)<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn33">[33]</a>. Certains adhérents non-skinheads se rendent coupables, le 19 décembre 1989, d’un attentat contre le foyer Sonacotra de Cagnes-sur-Mer (Alpes-Maritimes) qui fait un mort et onze blessés. Cette affaire déclenche une vague de répression policière qui se traduit, début 1989 par une vague d’arrestations de 24 cadres (dont le président) et militants dont quatre policiers appartenant à la Fédération Professionnelle Indépendante de la Police (FPIP), un fait qui donne au PNFE la réputation d’être au moins aussi infiltré par des indicateurs qu’il dit avoir réussi à infiltrer la police. Le 5 juin 1990, son journal est interdit. Cependant le PNFE connaît une seconde vie à partir de son cinquième congrès, tenu le 3 avril 1993 en présence de John Tyndall, le président du British National Party (BNP) comme de néo-nazis allemands, et qui consacre sa fusion avec les FNE. Ce sursaut est dû, en bonne partie, au choix stratégique de Cornilleau ainsi résumé par Alain Léauthier dans le quotidien Libération du 2 août 1996 : « Adepte du marketing et de la communication, il [Cornilleau] a su donner à ses troupes le style et le ton qui manquaient aux concurrents : tenues de parade copiées sur celle des SA (sections d’assaut nazies), chants hitlériens, congrès événement, comme en 1989 au château de Corvier. Surtout, quand le phénomène s’est développé, Cornilleau a fait la cour aux skins rétifs aux longues séances d’endoctrinement mais amateurs de musique oï (rock des skinheads, ndlr), de bière et de bastons avec les “bronzés”, c’est-à-dire avec toute personne d’apparence non-européenne. Résultat : à son apogée, vers 1990, le PNFE compte plusieurs centaines de sympathisants dans toute la France. Il adopte une structure extrêmement décentralisée. Les sections locales sont très autonomes, ont leur fanzine<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn34">[34]</a>. Le PNFE s’implante dans le Nord, l’Ouest et le Sud-Est ».</p><p>Le mouvement attire à lui, précisément en raison de cette décentralisation, les groupes musicaux de skinheads d’extrême droite les plus en vue, généralement formés sur une base strictement locale. Le plus connu est Légion 88, dans l’Essonne, qui fera du nom du mouvement le titre d’une de ses chansons<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn35">[35]</a>.</p><p>L’organisation satellise aussi de nombreux fanzines et leurs animateurs ainsi que plusieurs structures à but commercial dont la plus importante est, de 1987 à 1994, le label Rebelles européens, basé à Brest. Les CDs sont aussi vendue et des concerts, organisés, par une structure militante non-lucrative et amie, l’AME ou Association Musicale Européenne, basée dans les Bouches du Rhône). Vis-à-vis des militants ou des recrues potentielles, la musique est utilisée comme moyen d’endoctrinement : la plupart des fanzines publient des interviews de groupes de musique « oi ! », qui laissent peu de doutes quant à la motivation politique des chansons. Le groupe Bifrost, dénommé d’après un terme de la mythologie nordique désignant le pont qui relie le monde des hommes à celui des dieux, déclare par exemple que ses textes « véhiculent le sentiment de révolte face au capitalisme sauvage, hybride et apatride ». Ses références doctrinales sont Georges Sorel et Proudhon, Drieu La Rochelle et Doriot, ou l’écrivain néo-nazi français René Binet. Le groupe Baygon blanc se réfère à Rudolf Hess et Hitler<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn36">[36]</a>. Action dissidente, basé dans les Yvelines, a pour slogan : « Mort à ZOG [Zionist occupation government] et à tous les parasites de notre pays. » Dans les années 1984-1985 le groupe-culte Evilskins chantait : « le Führer est de retour, on va rallumer les fours, dérouler les barbelés et préparer le Zyklon B », ce texte sans ambiguïté constituant jusqu’à aujourd’hui un « tube » de la scène skinhead. Une partie de cette violence antisémite a pu se transformer en actes sous la forme de profanations de cimetières juifs, particulièrement en Alsace et Lorraine, tandis que celles de carrés musulmans des cimetières ont été nombreuses dans le Nord-Pas-de-Calais.</p><p>Une nouvelle catégorie de profanateurs a même vu le jour en 1997, lorsqu’a été violé un caveau du cimetière de Six-Fours (Var). Les auteurs, jugés en 2004, diffusaient la revue W.O.T.A.N. (Will of the aryan nation – volonté de la nation aryenne), « bulletin mensuel de rééducation » des CHS (Charlemagne Hammer Skin – nom choisi en référence à la division SS française), édité à Londres. Un des mis en cause avait été condamné, en 1997, pour avoir exhumé un corps dans le cimetière central de Toulon lors d’une sorte de rituel gothico-satanique. Courant de longue date aux Etats-Unis, le lien entre satanisme et néo-nazisme se retrouve en 2001 dans le procès de David Oberdorf, meurtrier en 1996 d’un prêtre haut-rhinois et dont l’un des mis en cause du Var avait été l’inspirateur<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn37">[37]</a>. À Rouen, la police arrêtera en mars 1995 les animateurs d’un fanzine nazi-sataniste, Deo Occidi, précurseurs du sous-genre musical connu sous le nom de National-Socialist Black Metal (NSBM), qui avaient formé une association nommée AMSG (Ad Majorem Satanae Gloriam), valorisant l’action terroriste. Sa charte stipulait en effet : « Tout terrorisme se pratique de manière individuelle sans engager la totalité du mouvement Black Metal (…). Chacun doit s’armer de manière individuelle en vue de combattre tout opposant. Tous les moyens devront être utilisés pour se procurer un armement légal et illégal »<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn38">[38]</a>.</p><p>La réussite du PNFE dans la manière d’agglomérer les skinheads a évidemment eu un coût en termes d’image et hypothéqué finalement la pérennité du mouvement. Son journal est interdit en 1990, ses réunions militantes sont interrompues par la police<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn39">[39]</a>. Une réorganisation de l’appareil, en 1990-1991, voit le PNFE diversifier ses activités vers le soutien aux prisonniers politiques néo-nazis en France et à l’étranger via le COBRA (Comité Objectif Boycott de la Répression antinationaliste) créé par Olivier Devalez dans les années 1980 et animé par Rolf Guillou, un skinhead du Havre. À cette époque, le nombre de « prisonniers de guerre » que Devalez demande aux lecteurs de soutenir dans son fanzine L’Empire invisible<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn40">[40]</a> est de 37, en majorité américains. Les Français ne sont que 4, deux militants du PNFE inculpés dans l’affaire des attentats azuréens du Cannet et de Cannes, l’ancien militant frontiste Edouard Serrière, et Michel Lajoye, figure emblématique de l’activisme racialiste qui a rejoint le parti pendant son incarcération<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn41">[41]</a>. Le PNFE se lance également dans le soutien au négationnisme du génocide des juifs par l’intermédiaire de l’ANEC (Association normande pour l’Éveil du Citoyen) basée à Caen et fondée par Vincent Reynouard, qui adhère au parti et devient, jusqu’à ce jour, une icône de la seconde génération des auteurs négationnistes. Néanmoins dès 1995, l’activité militante semble fléchir dans les départements où le journal Le Flambeau « compte pourtant un nombre d’abonnés non négligeables, tels que les Alpes-Maritimes, la Seine-Maritime, certains départements bretons ou d’Ile- de- France »<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn42">[42]</a>.</p><p>Le PNFE se désintègre lentement, malgré une tentative de revitalisation qui passe par l’importation en France d’un certain nombre de thématiques américaines comme la guerre ethnique : dans son avant-dernier numéro, son journal dresse un tableau apocalyptique des violences commises dans les « quartiers sensibles » par des personnes non-blanches et conclut : « seule une répression im-pi-to-ya-ble viendra à bout de la violence. Mais d’ici-là, vu l’état d’abrutissement dans lequel le régime a plongé la masse des veaux, beaucoup de sang aura coulé. Et la reconquête sera longue et douloureuse »<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn43">[43]</a>. Toutefois dans la surenchère idéologique et la promotion du passage à l’acte dans ce qu’il faut bien appeler la guerre raciale, le PNFE est déjà débordé.</p><p>Les organisations radicales ayant quelque difficulté à gérer les bandes skinheads, il va de soi que les relations de celles-ci avec le FN ne sauraient être monolithiques.Si les cortèges annuels de la fête de Jeanne d’Arc et d’autres manifestations frontistes rendaient visible la présence en queue de cortège (ou en marge de celui-ci) d’individus au « look skinhead », il faut garder à l’esprit que le concept de « partei-skin » (skin de parti), élaboré par l’historien et politiste Patrick Moreau pour désigner le skinhead inféodé à un parti organisé dans lequel il milite<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn44">[44]</a>, n’a jamais été pertinent en France. D’une part, l’individualisme, le caractère provocateur et incontrôlable des skins les rendent inaptes à s’insérer durablement dans une structure politique hiérarchisée comme celle du FN. D’autre part, contrairement à une idée reçue, si la stratégie dite de dédiabolisation ne s’est imposée vraiment qu’à partir de 2011, lorsque Marine Le Pen a supplanté son père, elle n’était pas totalement inexistante auparavant : ainsi, outre que la double appartenance était interdite dans les statuts, le parti cherchait à exercer un contrôle étroit sur l’emploi de la force et de la violence, tâche dévolue au Département Protection Sécurité (DPS), placé sous le seul contrôle du président Le Pen. Les projecteurs s’étant braqués sur celui-ci, tout au long de la décennie 1990, au point qu’en 1999 il faisait l’objet d’une enquête parlementaire préludant à une éventuelle dissolution<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn45">[45]</a>, le FN se devait de contenir les skinheads, de sorte que les relations entre le parti et eux étaient depuis longtemps très conflictuelles. Ainsi, lors du défilé FN du premier mai 1993, 32 skins furent interpellés sur dénonciation d’un responsable du DPS et c’est dans la « zone grise » alors constituée autour du Front national de la jeunesse (FNJ) et des nationalistes-révolutionnaires radicaux (notamment ceux d’Unité radicale<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn46">[46]</a>) que la jonction pouvait s’opérer, davantage d’ailleurs sur le mode du jeune « rebelle blanc » proclamant son appartenance ethnique face à la société multiculturelle que du skinhead proprement dit, en prélude en somme au futur phénomène identitaire des années 2000 à nos jours que Stéphane François analyse dans le chapitre 7 du présent volume.</p><p>Idéologiquement, la mouvance skinhead trouvait le discours de Le Pen beaucoup trop modéré. Elle ne comprenait pas la tactique de normalisation par le jeu électoral exposée par Hubert Massol, élu municipal du FN (depuis 1989) et président de l’Association pour défendre la mémoire du Maréchal Pétain (ADMP), dans un fanzine skinhead finement intitulé Gestapo<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn47">[47]</a>: « Pour que les nationaux reviennent au pouvoir, ils doivent être de plus en plus présents dans le jeu démocratique qui leur permet d’exister, afin de le faire basculer en leur faveur et ensuite faire pression pour instaurer la Révolution nationale. » Subtilité que l’éditeur (Fabien Ménard, des Sables d’Olonne en Vendée, ancien militant du FNJ) de ladite publication récuse ainsi : « Comme notre présence les dérange, exprès nous serons toujours là et encore plus provocants. Notre but n’est pas de nuire au FN, mais rien ne doit nous empêcher de nous exprimer ». Cette affirmation donne la clé de l’attitude des skinheads lors des manifestations du FN : une sorte de complicité idéologique mâtinée d’une réelle aversion à fusionner de manière organisationnelle, ainsi qu’un refus de la « mise au pas » par le DPS, dans la rue. C’est Gestapo encore, orné en couverture d’un portrait d’Hitler, qui l’avoue au final : « Beaucoup critiquent le FN, mais il serait bon de s’apercevoir qu’en fait ce parti est le déclic pour notre peuple. Par la modération de son programme, il permet d’être écouté et de convaincre, apportant ainsi parmi notre grande famille des nationalistes d’innombrables sympathisants. » D’autres ont eu un avis plus tranché : dans son n°10, le fanzine Le Rebelle blanc affirme qu’il s’agit non seulement « d’un parti de corrompus » mais aussi qu’il est « infiltré par les sionistes »<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn48">[48]</a>.</p>
<p>Conclusion</p>
<p>Les skinheads français ont constitué dans les décennies 1980 et 1990 un mouvement que des observateurs étrangers, ceux de l’Anti-Defamation League (ADL), estimaient entre 1000 et 1500 personnes en 1985-1986<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn49">[49]</a> et que le rapport annuel de la Commission nationale consultative des droits de l’Homme pour 1995 évaluait encore à un millier. Ils ont formé une sous-culture de la jeunesse séduite par un mode de vie au slogan apolitique (« bière, baise et baston », ou, dans la version du fanzine One Voice : « Oï, Sex and Beer »<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn50">[50]</a>) mais que certains groupes d’extrême droite ont tenté de radicaliser politiquement, à une époque où le Front national dépassait pour le première fois la barre des 10% des voix (1984) mais où les skins séduits par les idées nationalistes, voire racistes, le considéraient déjà comme une formation « bourgeoise ». Ne voulant pas s’intégrer durablement dans un parti politique d’extrême droite, les skins nationaux-socialistes, que d’ailleurs le Front national ne souhaitait utiliser que pour des tâches électorales (collages) ou de service d’ordre, ont constitué un vivier facile pour des groupuscules glorifiant la violence raciste voire le terrorisme (PNFE) qui s’est exprimé par un niveau exceptionnellement élevé d’actes violents visant les personnes de couleur et les personnes d’origine maghrébine. La réaction des autorités politiques, l’existence d’une législation antiraciste votée dès 1972 et renforcée en 1990, ainsi que la différence entre les lois française et américaine sur la détention des armes, ont sans doute permis que le passage au terrorisme soit évité.</p><p>L’internationalisation des liens entre skinheads, en particulier en direction de l’Europe de l’Est, notamment la Pologne, la Hongrie, la République tchèque et la Slovaquie après 1990, a donné une dimension transnationale à la violence de ces milieux. Les groupes musicaux voyagent, se produisent sur tout le continent. Les deux principaux réseaux, Hammerskins et Blood and Honour, sont par essence transnationaux et les concerts qu’ils organisent, y compris en France, drainent un public souvent venu des pays voisins (par exemple en Alsace-Lorraine, d’Allemagne et de Belgique ; en Franche-Comté, d’Allemagne et de Suisse). Cette dimension transnationale de la violence, tout comme le caractère d’importation des idées, des méthodes et même de la musique et de la mode, font du phénomène skinhead un mouvement en porte-à-faux avec le nationalisme français. Il s’agit en définitive d’un phénomène d’affirmation raciale dans l’optique d’une imminente confrontation du type « guerre urbaine »<a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftn51">[51]</a>, entre Européens blancs et « allogènes », soit cette part de l’idéologie d’extrême droite qu’un FN intégré dans le système parlementaire ne peut plus assumer et qui continue, en 2017, à être l’horizon partagé d’une partie importante de l’extrême droite, avec toutefois un nombre de violences graves et d’homicides moins élevé que dans les années 1980.</p>
<p>Notes</p>
<p><a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftnref2">[2]</a> Cf. George Marshall  Spirit of ’69: A Skinhead Bible, Dunoon, S.T. Publishing, 1991.</p><p><a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftnref1">[1]</a> Michel Wieviorka, La France raciste, Paris, Seuil, 1992, ch. 10.</p><p><a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftnref3">[3]</a> Titre d’un fanzine publié au milieu des années 1990 dans les Bouches- du-Rhône par Mickael P., alors proche du Parti Nationaliste Français et Européen.</p><p><a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftnref4">[4]</a> Le terme « oi !» est une déformation, utilisée en argot anglais, de « hey you ».</p><p><a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftnref5">[5]</a> Cf. Timothy Scott Brown, «Subcultures, Pop Music and Politics: Skinheads and “Nazi Rock” in England and Germany », Journal of Social History, 2004, Volume 38, Number 1, p.157-173.</p><p><a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftnref6">[6]</a> Sur ce sujet, voir le documentaire de Marc-Aurèle Vecchione : Antifa, chasseur de skins (Résistance films, 2008) et pour une version diamétralement opposée celui produit par les proches de Serge Ayoub : Sur les pavés, (Autonomiste media, 2009).</p><p><a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftnref7">[7]</a> Voir Leonard Zeskind : Blood and Politics, the history of the White Nationalist Movement, Farrar, Strauss and Giroux, 2009, ch. 22.</p><p><a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftnref8">[8]</a> Fondé en 1972 par l’Américain Garry Rex Lauck, le « NSDAP Aufbau- und Auslandsorganisation » continue à vendre sur le net des ouvrages en français : <a href="https://third-reich-books.com/product-tag/francais/" rel="nofollow">https://third-reich-books.com/product-tag/francais/</a></p><p><a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftnref9">[9]</a> Des suprémacistes américains sont les auteurs de l’attentat contre un bâtiment fédéral d’Oklahoma City qui fit, le 19 avril 1995, 168 morts et 680 blessés.</p><p><a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftnref10">[10]</a> La diffusion de l’ouvrage a été interdite en France par arrêté du 21 octobre 1999 :  <a href="https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000197597" rel="nofollow">https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000197597</a></p><p><a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftnref11">[11]</a> 14 Mots n°1, n.d mais postérieur à juillet 1995, n.p.</p><p><a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftnref12">[12]</a> Cf. Libération, 18 février 1998.</p><p><a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftnref13">[13]</a> Voir leur site : <a href="http://www.hammerskins.net/fhs/" rel="nofollow">http://www.hammerskins.net/fhs/</a></p><p><a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftnref14">[14]</a> Voir : <a href="https://28hexagone.wordpress.com/" rel="nofollow">https://28hexagone.wordpress.com/</a></p><p><a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftnref15">[15]</a> L’adhésion au Front national. De la minorité active au mouvement social, Paris, Editions Kimé, 1990.</p><p><a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftnref16">[16]</a> Michael Billig, Fascists: A social psychological view of the National Front, London: Academic Press, 1978.</p><p><a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftnref17">[17]</a> Op. cit, p. 202.</p><p><a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftnref18">[18]</a> Voir : <a href="http://www.slate.fr/story/85579/extreme-droite-radicale" rel="nofollow">http://www.slate.fr/story/85579/extreme-droite-radicale</a></p><p><a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftnref19">[19]</a> Le mouvement Troisième Voie, fondé en novembre 1985, se réclamait du nationalisme-révolutionnaire : voir la contribution de Nicolas Lebourg dans ce volume. Sa direction était composée d’anciens cadres du Parti des forces nouvelles (PFN) et du Mouvement Nationaliste-Révolutionnaire (MNR) menés par Jean-Gilles Malliarakis. Il attira toutefois, notamment à Lille, des éléments de la mouvance skinhead. C’est l’existence de ce vivier spécifique qui conduisit Serge Ayoub à créer en 1987 les JNR comme une structure destinée à regrouper les sympathisants skinheads de TV, qui disparaitra en 1991. Après cette date, les JNR sont définitivement une organisation autonome se réclamant tantôt du « solidarisme », tantôt du nationalisme-révolutionnaire », mais dont les militants sont bien issus du milieu skinhead et l’assument. Cf. Petrova Youra, « Les skinheads : solidarité de classe ou combat national », Agora débats/jeunesses, vol. 9, n°1, 1997, pp. 76-93.</p><p><a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftnref20">[20]</a> Kerhuel était le bassiste d’un groupe nommé Evil Skins, jusqu’en 1987. Il a affirmé lors de son procès avoir adhéré aux JNR. À l’audience Giraud a déclaré : «Aux JNR, on pouvait se permettre d’avoir une connotation raciste.» Cf. Libération, 18 octobre 2000.</p><p><a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftnref21">[21]</a> Libération, 12 décembre 1997.</p><p><a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftnref22">[22]</a> Ouest-France édition locale de Carhaix, 29 septembre 2013.</p><p><a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftnref23">[23]</a> La Voix du Nord, 26 mars 2010.</p><p><a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftnref24">[24]</a> TV a édité un bulletin mensuel, Troisième voie information [dir. publ. Philippe Cabassud], n°1, décembre 1986.</p><p><a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftnref25">[25]</a> Voir : <a href="http://reflexes.samizdat.net/" rel="nofollow">http://reflexes.samizdat.net/</a>. Si l’information factuelle contenue dans tous les numéros (désormais numérisés) à partir de juin 1986 est donnée dans un contexte militant avoué, du point de vue de la mouvance libertaire, et qu’elle doit être prise par  les chercheurs avec les précautions d’usage, puisqu’elle n’est pas toujours confirmable par des archives accessibles, elle n’en donne pas moins une trame historique fiable du mouvement.</p><p><a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftnref26">[26]</a> Cf. Libération, 4 mai 1995.</p><p><a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftnref27">[27]</a> Le Rebelle blanc, 1989, n.p.</p><p><a href="https://tempspresents.com/2021/05/20/entre-autonomie-et-embrigadement-militant-les-skinheads-neo-nazis-des-annees-1980-1990/#_ftnref28">[28]</a> Le Francisme, fondé en 1933 par le héros de la guerre de 1914-1918, Marcel Bucard (1895-1946), a été le parti d’extrême droite le plus proche du Fascism</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Wed, 19 May 2021 21:18:43 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Institutions de la petite enfance – À Lancy, la fonction publique va doubler de volume]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Le principe de la municipalisation des crèches et garderies a été accepté par le Conseil municipal, intégrant le personnel dans l’administration.</p>
<p><img class="author-image ContentMetaInfo_authorimage__3TgXA -content-head" width="70" height="70" src="https://cdn.unitycms.io/image/ocroped/400,400,1000,665,128,0/4IAq5kLA2Co/CihOkJCpKoCByFiTM2CDa4.jpg" alt="Eric Budry"></p>
<p>Eric Budry</p>
<p>Publié: 18.05.2021, 21h00</p>

<p><img alt="Malgré les 540 places de garde offertes par Lancy pour les enfants en âge préscolaire, 600 demandes n’ont pu être satisfaites." class="ResponsiveImage_root__3glVb responsive-image" src="https://cdn.unitycms.io/image/ocroped/1200,1200,1000,1000,0,0/b53pzCZZsh8/FbmDrYfKaFvBYh0XRP6I51.jpg" srcset="https://cdn.unitycms.io/image/ocroped/400,400,1000,1000,0,0/htL9-9OBhaU/FbmDrYfKaFvBYh0XRP6I51.jpg 400w, https://cdn.unitycms.io/image/ocroped/800,800,1000,1000,0,0/2kYE8MikRAA/FbmDrYfKaFvBYh0XRP6I51.jpg 800w, https://cdn.unitycms.io/image/ocroped/1200,1200,1000,1000,0,0/b53pzCZZsh8/FbmDrYfKaFvBYh0XRP6I51.jpg 1200w, https://cdn.unitycms.io/image/ocroped/1600,1600,1000,1000,0,0/kzwAE6Grnow/FbmDrYfKaFvBYh0XRP6I51.jpg 1600w, https://cdn.unitycms.io/image/ocroped/2001,2000,1000,1000,0,0/Brz_g30Gisk/FbmDrYfKaFvBYh0XRP6I51.jpg 2001w" sizes="100vw" height="798" width="1200" draggable="false"></p>
<p>Malgré les 540 places de garde offertes par Lancy pour les enfants en âge préscolaire, 600 demandes n’ont pu être satisfaites.</p><p>PIERRE ABENSUR</p><p class="ArticleParagraph_root__3J10I ArticleContainer_content-width__pYdH3 link_focus__2-gJz link_externalicon-big__3ypDf link_externalicon__2CDAi">En acceptant le 25 mars le principe de la municipalisation des institutions lancéennes de la petite enfance, le Conseil municipal de la commune a de facto accepté l’entrée de leur personnel dans l’administration. Cela représentera à terme 274 personnes supplémentaires, contre 259 actuellement.</p><p class="ArticleParagraph_root__3J10I ArticleContainer_content-width__pYdH3 link_focus__2-gJz link_externalicon-big__3ypDf link_externalicon__2CDAi">Portée par la conseillère administrative socialiste Salima Moyard, la réforme de la petite enfance a pour objectif général de renforcer le dispositif communal et de proposer davantage des places de garde aux familles. Elle sera concrétisée en plusieurs étapes, indique la commune dans un communiqué.</p>
<p>Un coût de 1,3 million</p>
<p class="ArticleParagraph_root__3J10I ArticleContainer_content-width__pYdH3 link_focus__2-gJz link_externalicon-big__3ypDf link_externalicon__2CDAi">Actuellement, Lancy offre 540 places de garde. Malgré cela, 600 demandes n’ont pu être satisfaites. Pour y remédier, deux nouvelles crèches verront le jour d’ici à 2023, ainsi qu’une garderie. Un autre axe d’amélioration identifié par le Conseil administratif – qui s’est appuyé sur le rapport d’un consultant externe – est de changer le modèle de gouvernance de ces institutions. Et par conséquent de les municipaliser.</p><p class="ArticleParagraph_root__3J10I ArticleContainer_content-width__pYdH3 link_focus__2-gJz link_externalicon-big__3ypDf link_externalicon__2CDAi">Mais le passage du personnel sous le régime salarial et statutaire de l’administration communale aura un coût. À l’automne, le Conseil municipal devra donc se prononcer sur le financement nécessaire, soit environ 1,3 million de francs. Aujourd’hui déjà, la Ville de Lancy consacre annuellement près de 18 millions de francs pour la petite enfance, ce qui représente 15% de son budget.</p>
<p>Publié: 18.05.2021, 21h00</p>
<p class="Feedback_root__nzXeS ArticleContainer_content-width__pYdH3">Vous avez trouvé une erreur?<a href="mailto:tes_correction@tamedia.ch?subject=Avis%20d'erreur%20%7C%20Eric%20Budry%20%7C%20%C3%80%20Lancy%2C%20la%20fonction%20publique%20va%20doubler%20de%20volume&amp;body=J'ai%20trouv%C3%A9%20une%20erreur%20dans%20cet%20article%3A%20https%3A%2F%2Fwww.tdg.ch%2Fa-lancy-la-fonction-publique-va-doubler-de-volume-774343378936" class="Feedback_feedbacklink__2ys-x">Rapporter maintenant.</a></p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
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	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/573/denis-maillard-10-mai-1981-ou-la-divine-surprise-des-cathos-de-gauche</guid>
	<pubDate>Tue, 18 May 2021 07:06:48 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/573/denis-maillard-10-mai-1981-ou-la-divine-surprise-des-cathos-de-gauche</link>
	<title><![CDATA[Denis Maillard : 10 mai 1981 ou la divine surprise des cathos de gauche]]></title>
	<description><![CDATA[<p>#10 mai (7). 10 mai 1981 : François Mitterrand à l’Élysée, la Gauche espère. Qu’en reste-t-il 40 ans plus tard ? Tout le mois, Les Influences interrogent acteurs du moment et observateurs de toutes générations. Aujourd’hui : le 10 mai et ce qu’il en reste raconté par Denis Maillard, expert en relations sociales, cofondateur de la société Temps commun et essayiste. Dernier livre : <a rel="noreferrer noopener" href="https://www.lesinfluences.fr/2021/03/25/le-candidat-a-la-presidentielle-2022-xavier-bertrand-a-t-il-lu-denis-maillard/" data-type="URL" data-id="https://www.lesinfluences.fr/2021/03/25/le-candidat-a-la-presidentielle-2022-xavier-bertrand-a-t-il-lu-denis-maillard/" target="_blank">Indispensables mais invisibles ?</a> (Fondation Jean-Jaurès-L’Aube).</p>
<p>Denis Maillard, co-directeur de Temps commun et essayiste, Paris, 2019. © Olivier Roller pour Les Influences.</p>
<p class="has-drop-cap">Je venais d’avoir 13 ans et je me passionnais déjà pour la politique : ce jour là, j’avais accompagné mes parents voter et le soir j’avais suivi mon père qui se portait toujours volontaire pour dépouiller. Nous habitions une commune riche de l’ouest lyonnais, mais dans un quartier populaire : nous étions de gauche dans un océan de droite ; pourtant, dans notre bureau de vote, les militants socialistes étaient les plus nombreux et ils faisaient des calculs savants pour essayer de savoir si, à partir des résultats locaux qu’ils obtenaient, Mitterrand pouvaient l’emporter. Après des conciliabules, mon père était revenu vers moi en disant : « ça devrait être bon ». Et nous étions rentrés pour regarder les résultats à la télévision. Lorsque Mitterrand a été déclaré vainqueur, il y eut des cris de joie. Exceptionnellement, on a ouvert une bouteille de champagne que mon père avait mis au frais au cas où les choses tournent bien. Elles tournaient bien, trop bien même, je me grisais de la joie des adultes. À tel point que, au moment de me coucher, ma mère m’avait demandé le lendemain au collège d’avoir le triomphe modeste. Cette modestie de la posture cadrait assez bien avec la culture « catho de gauche » de ma famille pour que je ne m’en offusque pas. C’était en réalité une manière de me protéger : par convictions et par tradition, mon frère, mes sœurs et moi-même passions tous par l’école privée catholique dont les cadres, les enseignants et les familles vivaient ce soir-là un moment difficile. Ma mère ne voulait pas que je m’expose. J’en ai conçu, c’est selon, un art de la dissimulation ou de la diplomatie.</p><p>Au-delà de cette joie que je ne comprenais pas totalement, le 10 mai 1981, reste pour moi une de ces journées comme il y en a peu durant laquelle l’histoire nationale rencontre l’histoire familiale. En effet, comme beaucoup de familles françaises, la mienne a dû choisir son camp au début des années 1960 : l’installation de la Ve République a imposé cette division aux Français. À la fois antigaullistes et anticommunistes, mes parents – elle, femme au foyer et lui, modeste employé – ont épousé la gauche malgré tout. Pas facile à cette époque pour des catholiques de rompre avec une certaine tradition et un conformisme qui auraient dû les porter vers le centre droit plutôt qu’« à la gauche du Christ » : je me souviens des déjeuners familiaux chez mes grands-parents où des cousins apostrophaient mon père en rigolant : « alors Jacques, toujours de gauche ? » Mes parents ont dû choisir aussi « leur » gauche : celle du PSU, de la CFTC déconfessionnalisée, devenue CFDT. Puis, à partir du début des années 1970, une gauche associative qui n’a pas directement adhéré au PS avec les Assises du socialisme (1974), mais qui ne lui a jamais fait défaut : la gauche de Vatican II, de Témoignage chrétien qui titrait le 8 ou le 9 mai 81 « Chrétiens, l’espoir est à gauche ! » – cette une m’avait marqué ; celle de l’Acat (Action des chrétiens pur l’Aabolition de la torture), de la théologie de la libération en Amérique latine, des concerts de Mannick et Joe Akepsimas, du CCFD et des journées « bols de riz », de Taizé, du Larzac, de la JEC et du MRJC, des médecines douces et du début de l’écologie, des premières coopératives de quartier avec des agriculteurs bio, des permanences sociales au pied des HLM pour éviter les expulsions, des méchouis collectifs pour intégrer les immigrés de ces mêmes HLM, des centres sociaux et des associations tiers-mondistes… On était une famille nombreuse ; je n’avais le droit de lire ni le Picsou capitaliste ni le Pif-gadget communiste – restait alors Bayard presse ; on était de gauche et on allait à la messe. Autant dire que le 10 mai 1981 a été une « divine surprise »… Mais qui, comme toutes les surprises de cette nature, n’a finalement pas tenu les promesses dont elle était grosse : le 10 mai 1981, on ne le savait pas encore, sonnait la retraite des espérances collectives notamment pour les classes populaires.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
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	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/557/meme-la-nostalgie-nest-plus-ce-quelle-etait</guid>
	<pubDate>Fri, 14 May 2021 21:09:03 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/557/meme-la-nostalgie-nest-plus-ce-quelle-etait</link>
	<title><![CDATA[Même la nostalgie n&#039;est plus ce qu&#039;elle était]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Terrible constat : même pour la commémoration du 10 mai 81, le PS n’a pas été capable de se rassembler.</p><p>par  Thomas Thévenoud</p><p>Le Creusot, dimanche 9 mai.</p><p> On sent bien qu’eux-mêmes n’y croient plus vraiment à cette histoire des « forces de l’esprit ». Le temps a passé, même la nostalgie n’est plus ce qu’elle était.</p><p>L’ancienne sherpa du président Anne Lauvergeon croit se souvenir que la première mouture du fameux discours des voeux en 1995 était plus spiritiste encore… Le public retient son souffle, on s’attend à une révélation. Mais, quelle était la formule exacte ? Elle ne s’en souvient pas.</p><p>François Mitterrand disait : « Pour réussir en politique, il faut d’abord de la santé et ensuite de la mémoire. Après, si vous êtes intelligent, ça ne peut pas nuire. »</p><p>Les socialistes à avoir de la mémoire sont de moins en moins nombreux. En cette veille du 10 mai, ils ne sont que quelques-uns à avoir fait le déplacement au Creusot pour se raconter une histoire qu’ils connaissent par cœur.</p><p>Au-dessus d’eux, sous la voute du petit théâtre à l’italienne du Château de la Verrerie au Creusot, une peinture roccoco d’un ciel de nuages, on lit cette inscription : « A la reine » ! Drôle d’endroit pour une rencontre de vieux grognards socialistes.</p><p>« Pour réussir en politique, il faut d’abord de la santé et ensuite de la mémoire. Après, si vous êtes intelligent, ça ne peut pas nuire. » (Mitterrand)</p><p>David Marti, le maire du Creusot, a été le premier élu socialiste à avoir eu l’idée de « faire quelque chose » pour les quarante ans du 10 mai. François Mitterrand connaissait bien la ville et entretenait une longue histoire avec la Saône-et-Loire. Et puis la Nièvre est à deux pas. Alors, il a d’abord invité Gilbert Mitterrand, son fils et les fidèles ont suivi.</p><p>Enfin pas tous… Mazarine Pingeot a organisé un événement concurrent à Paris, Jacques Attali a moqué le matin même sur France Info cette « réunion d’anciens combattants politiciens » et Jack Lang a préféré commémorer le 10 mai en multipliant les interviews dans la presse. A chacun son Mitterrand et il avait plusieurs familles…</p><p>Gilbert a donc fait le choix de la Saône-et-Loire. Je le retrouve avec bonheur. Cet homme est la gentillesse même. Vieux blouson en cuir usé sur le dos, cigarette à la main, le fils de l’ancien président n’a jamais manqué aux rendez-vous de l’amitié pour moi. Avec lui, la nostalgie est douce et bienveillante. Nous parlons de la maison familiale de Cluny, de sa mère qui repose dans le cimetière en haut de la ville, des livres qui viennent de sortir sur son père, du temps qui passe et de Latche qu’il voudrait me faire visiter.</p><p>Il me raconte son 10 mai : « Le matin, j’étais à Libourne, où je votais. Après j’ai pris le train. 4 heures 30 de trajet pendant lesquels j’ai refait tous les calculs. Quand je suis arrivé à Montparnasse je ne savais toujours rien. Il n’y avait pas de portable à l’époque… Je suis donc allé à Solférino, où on m’a dit que François Mitterrand avait gagné mais qu’il ne fallait surtout pas en parler. Alors, je suis allé rue de Bièvre et là les appels n’ont pas arrêté, je me suis transformé en standardiste. Quand je suis retourné à Solférino, tout le monde était déjà parti à la Bastille et quand je suis arrivé à la Bastille, l’orage était passé, il n’y avait plus personne. Alors je suis allé manger dans une brasserie mais le patron était de droite alors il a décidé de fermer tôt. Je suis rentré rue de Bièvre. Quand mon père et ma mère sont arrivés à 2 heures du matin de la Nièvre, on s’est félicités et puis on est allés se coucher. Bref, je suis complétement passé à côté du 10 mai. »</p><p>A chacun son 10 mai. François Hollande n’a pas envie de raconter le sien. On dirait même qu’il a perdu son sens de l’humour légendaire ce matin. Fidèle à sa figure de style traditionnelle, il enchaîne les anaphores et commence toutes ses phrases par « François Mitterrand c’était… » et récite sans conviction le bréviaire de deux septennats dont « tout nous parle encore ». Après une allusion lointaine à En Marche et à ces mouvements politiques d’aujourd’hui « sans militants, sans références, sans histoire. », il s’attaque à sa tête de turc préférée : le PS d’aujourd’hui.</p><p><a href="https://revuecharles.fr/wp-content/uploads/2021/05/IMG_1280-scaled.jpg"></a></p><p>Décidément, cet homme ne quittera jamais les habits de premier secrétaire. Sa punchline du jour : « ce n’est pas l’union qui fait la force, c’est la force qui fait l’union. Comme de toutes façons, en raison des restrictions sanitaires, aucun militant n’est là pour entendre le message et Olivier Faure le patron du PS s’est fait porter pâle, un ange ne fait que passer sous le plafond en stuc.<br />Lionel Jospin, plus raide que jamais, n’est pas là pour rigoler non plus. Il ne tient pas compte des questions que le journaliste qui anime la table ronde vient de lui poser. Il a préparé une intervention écrite et sort un discours de sa poche. Personne ne lui dira ce qu’il a à faire, ni à dire. </p><p>Il a décidé de régler son compte à deux présidents en 10 minutes en parlant de la conception du pouvoir chez Mitterrand. Il évoque longuement les relations entre le parti et le groupe parlementaire de l’époque. Les frondeurs ? Pas de ça sous Mitterrand. François Hollande qui est assis au premier rang se tasse dans son fauteuil.</p><p>« Tout rapprochement entre ce que fait Emmanuel Macron et ce qu’a fait François Mitterrand ne pourrait pour moi résulter que d’un malentendu. » (Jospin)</p><p>Deuxième flèche à destination du président actuel. Pour commémorer à sa manière le 10 mai 81, Emmanuel Macron a eu l’idée d’inviter tous les anciens collaborateurs de François Mitterrand. Lionel Jospin met en garde : « Tout rapprochement entre ce que fait Emmanuel Macron et ce qu’a fait François Mitterrand ne pourrait pour moi résulter que d’un malentendu. » La statue du Commandeur a parlé, Lionel Jospin replace les feuillets de son discours dans la poche de son veston. </p><p><a href="https://revuecharles.fr/wp-content/uploads/2021/05/IMG_1281-scaled.jpg"></a></p><p>Anne Hidalgo n’a rencontré qu’une fois François Mitterrand lors du centenaire de l’inspection du travail en 1992. Ce n’est pas assez pour parler d’une relation singulière avec l’ancien président. Alors elle préfère raconter son 10 mai : elle était à Lyon dans le 9e arrondissement avec une bande d’amis, des « volleyeurs », à attendre les résultats. A 20 heures, fous de joie, ils ont sauté par la fenêtre : heureusement ils étaient au rez-de-chaussée. La chute dans le vide, ce n’est pas le genre de la maire de Paris. « J’assure toujours mes arrières », nous dit-elle en aparté.</p><p>Dans la cour du Château, elle avance à pas lents pour rejoindre la photo de famille, aussi prudente que si elle était sur la route de l’Élysée. Patrick Bloche, son adjoint à l’éducation, aime bien l’idée des petits cailloux sur le chemin et il me confirme que ce déplacement n’a qu’une utilité : « montrer qu’elle peut traverser le périphérique ».</p><p>La maire de Paris connaît ses classiques et sait ce qui peut lui être reprocher. Une candidature à la présidentielle vaut bien un aller-retour en TGV. Ce soir, elle sera à l’Hôtel de Ville pour présider une autre manifestation concurrente.</p><p><a href="https://revuecharles.fr/wp-content/uploads/2021/05/IMG_1284-scaled.jpg"></a></p><p>Pour être sur la photo de famille, chacun se pousse du coude, oubliant un instant les gestes barrières et retrouvant les vieilles habitudes de leur jeunesse politique… Un vieux militant communiste que je connais bien a sorti son smatphone : « Bon, la photo est floue mais c’est pas grave : aujourd’hui tout est flou… »</p><p>Quand j’interroge André Billardon, l’ancien maire du Creusot, macroniste de la première heure et mitterrandiste de toujours, sur les chances de trouver un futur président parmi eux, il sourit : « Aucun de ceux qui sont là ne gagnera. La seule question c’est de savoir si quelqu’un aura le courage d’y aller pour prendre date… »</p><p>C’est ce que Pierre Joxe a résumé d’une formule il y a quelques minutes : « Qui plante aujourd’hui à gauche ? Qui arrose ? Vous savez que François Mitterrand aimait beaucoup les arbres. Lui il plantait. Il aimait les feuillus dans le Morvan et les résineux dans les Landes. Mais il n’aimait pas les résineux dans le Morvan. C’était un homme de contradictions. » La gauche cherche son jardinier.</p><p>Seul Bernard Cazeneuve, excellent rosiériste à ses heures, essaie de faire sourire l’auditoire avec son numéro favori : celui du petit chauve, forcément impressionné par ses grands chevelus que sont encore Jospin ou Joxe.</p><p>L’ancien premier ministre a trop de distance avec lui-même pour être candidat à l’élection présidentielle, mais c’est indéniablement le plus solide. Pas assez dingue pour le job, mais très conscient d’en avoir les capacités, il s’interroge à voix haute sur le sens des choses, sur « ce qui change et surtout sur ce qui ne change pas » comme disait Mitterrand. Bernard Cazeneuve n’est pas né à la bonne époque, c’est peut-être son seul défaut : « Dans un monde où tout le monde est amnésique, je suis là par devoir de mémoire. »</p><p>Les autres cherchent encore la raison pour laquelle ils sont venus ce matin au Creusot.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Fri, 14 May 2021 16:45:26 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/555/la-presidentielle-2022-marquera-lavenement-de-loligopole%C2%A0droitier</link>
	<title><![CDATA[La présidentielle 2022 marquera l&#039;avènement de l&#039;oligopole droitier]]></title>
	<description><![CDATA[<p class="article-infos article-infos--top-article">Temps de lecture: 7 min</p><p>Il y a tout juste dix ans, on pouvait émettre la sérieuse hypothèse <a href="https://www.fayard.fr/1001-nuits/voyage-au-bout-de-la-droite-9782755505979" rel="noreferrer" target="_blank">de l'instauration d'un oligopole droitier en France</a>, dans le droit fil d'une tendance lourde constatée sur le continent. Par oligopole, il faut entendre le basculement à droite de l'imaginaire collectif et sa captation par des forces politiques concurrentes.</p><p>Cet oligopole est politique et agressif. Agressif entre les trois partenaires. Agressif vers ses concurrents marginaux de gauche. Trois droites –qui ne recoupent que très partiellement celles de René Rémond– s'apprêtent à s'affronter pour la victoire en mai 2022, <a href="https://www.lejdd.fr/Politique/sondage-presidentielle-2022-macron-et-le-pen-largement-en-tete-bertrand-en-embuscade-la-gauche-lachee-4037701" rel="noreferrer" target="_blank">comme le confirme le récent sondage IFOP pour le Journal du Dimanche</a>. Si le débat et l'électorat basculent à droite, le pays est à la merci d'un <a href="https://www.lefigaro.fr/politique/dominique-reynie-les-abstentionnistes-peuvent-provoquer-un-accident-electoral-en-2022-20201025" rel="noreferrer" target="_blank">«accident électoral», pour reprendre les termes de Dominique Reynié</a>.</p><p dir="ltr" lang="fr" xml:lang="fr">SONDAGE. Présidentielle 2022 : Macron et Le Pen largement en tête, Bertrand en embuscade, la gauche lâchée <a href="https://t.co/TIsNx7Mdtn">https://t.co/TIsNx7Mdtn</a> <a href="https://t.co/y3D6hBzufv">pic.twitter.com/y3D6hBzufv</a></p>
<p>— Le JDD (@leJDD) <a href="https://twitter.com/leJDD/status/1381153292647071744?ref_src=twsrc%5Etfw">April 11, 2021</a></p>
<p>Pour l'heure, après avoir vu au fil des décennies une part croissante du débat captée par les droites, c'est bien plus des deux tiers de l'électorat entendant s'exprimer qui souhaite le faire pour un des trois candidats de droite, spectre incluant le président sortant Emmanuel Macron et La République en marche.</p>
<p>Les candidats de gauche deviennent résiduels</p>
<p>La fragmentation de la gauche n'est en rien freinée par sa prévisible éviction du premier tour. Le total des intentions de vote se portant sur ses candidats plafonne à 28%, 30% dans les meilleurs cas. Il existe des lignes de fractures entre électorats PS, EELV et LFI (Europe, économie, international, etc.) qui empêchent leur union. De surcroît, toute polémique est désormais utilisée pour créer des fractures au sein de la gauche, pour gagner du temps sur le calendrier, avec –il faut le dire– l'assentiment de responsables de gauche toujours plus prompts à embrasser des débats de plus en plus picrocholins.</p><p>La social-démocratie, incarnée chez nous par le PS, subit le déclin historique constaté dans la plupart des pays européens et n'en finit plus de payer son ralliement aux politiques d'austérité des années 2010, comme l'héritage de la présidence Hollande, répudié par nombre de ses anciens électeurs.</p><p>Si le clivage gauche-droite existe toujours, il s'est affaibli.</p><p>La gauche radicale, qui s'est affirmée comme un acteur de la vie politique, pâtit encore d'un relatif manque de crédit dans sa capacité à gouverner, et ce d'autant plus que l'expérience Tsipras a échoué quand Podemos peine à rééditer ses scores des années 2015-2016. Alors qu'elle est la famille politique qui a sans doute le plus muté, il y a quelque chose d'inabouti dans sa situation présente, un aggiornamento inachevé et une certaine façon de mener son combat qui inquiète.</p><p>Les écologistes sont portés par une aspiration perceptible à l'échelle continentale, mais pâtissent également d'une façon d'affirmer leurs choix qui sème le trouble, à l'image des innombrables déclarations de ses maires élus en juin dernier. <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89lections_f%C3%A9d%C3%A9rales_allemandes_de_2021#/media/Fichier:Opinion_polls_Germany_2021.svg" rel="noreferrer" target="_blank">L'hypothèse de la participation des Grünen à un gouvernement en Allemagne</a>, voire d'un accès à la Chancellerie après les élections de septembre, n'incitera ni EELV ni son probable candidat Yannick Jadot à s'effacer. Bien au contraire, et au détriment du discernement.</p><p>Pour l'heure, le jeu à gauche est fermé et la nasse électorale se referme sur les trois familles qui la composent. Le risque majeur pour ses candidats est d'apparaître comme résiduels et de se marginaliser de façon de plus en plus importante au fil des mois. Si le clivage gauche-droite existe toujours, il s'est affaibli. L'identification à la gauche, qui portait les réflexes politiques de «front unique» ou électoraux de «désistement républicain», a vécu. L'explosion du taux d'abstention, la forte proportion de votes blancs et nuls sont aussi des données importante du scrutin à venir, si la tendance constatée depuis le début du quinquennat se confirme.</p><p>Le problème des gauches, c'est qu'elles ne voient dans la droitisation (si tant est qu'elles la voient) que la manifestation de pensées coupables, alors qu'il s'agit de l'articulation plus ou moins habile d'éléments donnant réponse aux enjeux du temps présent. De cette méprise découle une ardente passion pour la dénonciation et les mises en accusations, provoquant un possible ras-le-bol jusque dans ses rangs et, évidemment, dans son électorat.</p>
<p>Trois candidats, un fauteuil et les dividendes de la droitisation</p>
<p>Aujourd'hui, trois candidats peuvent prétendre à la magistrature suprême. D'abord, évidemment, le président Macron, chef de l'État depuis mai 2017. Ensuite, Marine Le Pen, candidate pour la troisième fois mais vierge d'une seule chose importante ici: la participation au pouvoir. Enfin, Xavier Bertrand, ancien élu RPR et ministre UMP, élu de la nouvelle région Hauts-de-France. Édouard Philippe, éventuel recours en cas de défection du président sortant, et Valérie Pécresse, possible alternative concurrente à Xavier Bertrand, ne changeraient pas fondamentalement la donne pour l'oligopole droitier.</p><p>Leur point commun est d'emprunter le gulf stream idéologique de la droitisation par des biais différents. Si, initialement, cette dernière n'est pas de leur fait, leur tendance constante à l'entretenir et à en tirer parti s'est soit imposée, soit était évidente pour la candidate Marine Le Pen. La situation idéologique du pays puise ses racines loin dans le temps. Ceux qui pensent qu'elle est née avec CNews ou Eric Zemmour ont des œillères ou des troubles de la mémoire, sinon cognitifs, préoccupants. La droitisation a opéré par vagues successives, par un processus s'étalant sur quatre décennies, qui n'a pas été simplement imposé par en haut mais qui est le fruit d'une dialectique subtile, entre offre venue d'en haut et demande venue d'en bas. En articulant divers éléments, en en réarticulant d'autres entre eux, une réponse à été donnée aux crises successives par des droites concurrentes, dissemblables mais ayant en commun de marginaliser la gauche dans différents secteurs sociaux.</p><p>Dans cette bataille à droite, la compétence, la capacité ressentie par tel ou tel à gouverner pourrait, dans la course électorale à droite, tuer l'antique mantra lepéniste selon lequel «l'électeur préfère l'original à la copie». A contrario, la colère latente dans la société pourrait trouver une réponse dans «l'alliance d'une minute» avec la seule candidate n'ayant jamais gouverné.</p><p>À cette heure, on peut penser que le président de la République n'a pas perdu la centralité qui est la sienne. Par sa fonction en premier lieu, il est capable d'agir sur le calendrier et l'agenda du pays dans son ensemble, mais aussi sur celui de l'élection présidentielle. La rapidité de la fin de la crise du Covid déterminera la solidité de son socle électoral. Cependant, sa base électorale est à un tel point socialement distincte de celle de Marine Le Pen qu'il peut être en danger au second tour.</p><p>Marine Le Pen pâtit d'un fardeau qui n'est plus idéologique, mais relatif à sa capacité à gouverner comme elle souffre d'un préjudice patronymique. Il aurait fallu à Le Pen l'astucieux courage de ne pas se rendre au débat d'entre deux tours en 2017, dont les images diffusées en boucle pourraient parasiter sa campagne de second tour. On sait qu'en 1988, Charles Pasqua exhorta Jacques Chirac à ne pas débattre avec François Mitterrand. Le candidat Chirac suivit les conseils inverses d'Édouard Balladur, et le résultat ne se fit pas attendre.</p><p>Xavier Bertrand s'efforce d'incarner différentes figures aimées à droite: le grand élu d'une région populaires aux multiples difficultés, celle du militant qui lui colle depuis ses jeunes années au RPR, celle d'un «souverainiste» qui rappelle à l'envi qu'il a voté «non» à Maastricht en 1992. Ancien ministre de Nicolas Sarkozy, hostile (au moins en apparence) à la ligne Wauquiez, il a pour lui un avantage né de la tenaille électorale dans laquelle il semble pris: mordre potentiellement ses deux concurrents s'il n'est pas dévoré par eux. Il peut se frayer un chemin vers le second tour en attirant des voix de centre droit parties chez Emmanuel Macron, et des voix de droite populaire et bonapartiste parties chez Marine Le Pen.</p>
<p>L'inconnu(e) dans l'isoloir</p>
<p>Connaît-on réellement l'électeur qui va entrer dans l'isoloir l'an prochain? La dégradation de la situation économique, les crises des «gilets jaunes» et du Covid, le dérèglement idéologique du pays rendent cet électeur si imprévisible que les outils des sondeurs peuvent connaître quelques avaries. Cet électeur entrant dans l'isoloir aura un imaginaire de droite. Son idéal-type dépendra de l'abstention relative des différents groupes sociaux et idéologiques composant le corps électoral. Quelques réalités se précisent néanmoins.</p><p>Depuis trois ans, l'auto-positionnement des Français à gauche n'a cessé de se tasser. En juillet 2020, <a href="http://www.ifop.com/publication/le-positionnement-des-francais-sur-un-axe-gauche-droite-2/" rel="noreferrer" target="_blank">l'IFOP publiait une enquête selon laquelle seuls 13% des sondés se positionnaient «à gauche»</a>, la proportion se tassant par rapport aux deux précédentes enquêtes. 39% en revanche se positionnent à «droite», en nette augmentation. Depuis 2017, le chiffre désignant ceux qui refusent de se situer sur le clivage gauche-droite est passé de 11% à 16%.</p><p>Une France plus à droite, et une gauche plus divisée, résolvent en partie l'équation du devenir de la gauche en France, sans déterminer évidemment l'issue de la compétition à droite. À un an de l'élection, un indice sur le potentiel du vote Marine Le Pen est donné par le score qu'elle obtiendrait face à Anne Hidalgo: <a href="https://www.marianne.net/politique/macron/presidentielle-2022-le-pen-lemporterait-face-a-hidalgo-mais-serait-battue-par-macron-et-bertrand" rel="noreferrer" target="_blank">51% selon l'IFOP en mars</a>, 50% selon l'IFOP paru le 11 avril dans le JDD. Pis, Yannick Jadot n'obtiendrait que 47% et Jean-Luc Mélenchon 40% face à elle. L'information aurait dû alerter.</p><p>La crise du Covid a causé des dommages relatifs à l'exécutif en matière d'opinion. Plus insaisissables en revanche sont les conséquences des mesures de restrictions des libertés sur le pays, et notamment les séquelles sur le corps social du confinement prolongé et répétitif. Les difficultés matérielles pourraient rendre l'ensemble de plus en plus durement ressenti au fil des mois.</p><p>La politique, ce n'est pas que l'affrontement partisan ou la concurrence entre des candidatures. C'est aussi l'investissement dans des réseaux de sociabilité et on sait, par exemple, que la faiblesse du tissu associatif induit une vigueur relative du vote RN/FN. Celui-ci se discute aussi dans la vie de tous les jours: au sein de son entreprise, dans la vie associative, dans sa commune. C'est au sein de cette société civile que se forme l'opinion et l'idéologie. Tout cela est toujours suspendu et peinera à se remettre en marche d'ici un an. Entre plongée dans des difficultés matérielles, inquiétude quant à l'avenir, effondrement des lieux et cadres de sociabilité, une volatilité plus grande pourrait s'installer et provoquer une éventuelle surprise.</p><p>Le contexte idéologique est magmatique, autant que les processus électoraux nationaux deviennent potentiellement explosifs. Une seule chose est certaine: pour l'heure, la gauche est bien partie pour une marginalisation durable dans la vie politique de notre pays.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Thu, 13 May 2021 18:00:41 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/549/le-programme-commun-de-la-gauche-depuis-quarante-ans</link>
	<title><![CDATA[le programme commun de la gauche depuis quarante ans]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Quarante ans après l’accession de <a href="https://www.revuedesdeuxmondes.fr/article-revue/francois-mitterrand-ou-la-republique-des-psychodrames/" target="_blank" rel="noopener">François Mitterrand</a> à la présidence de la République, que reste-t-il de la gauche ? <a href="https://www.francetvinfo.fr/politique/la-france-insoumise/presidentielle-2022-la-gauche-est-en-mauvaise-situation-pour-plus-de-huit-francais-sur-dix-selon-notre-sondage_4373441.html" target="_blank" rel="noopener">Totalisant à grand peine 30 % des voix dans les intentions de votes</a>, divisée en trois blocs opposés (Insoumis, PS, Verts) incapables de se mettre d’accord sur un programme et une candidature commune, elle a peu de chance de figurer au second tour de l’élection présidentielle de 2022. En 1981, les socialistes promettaient au « peuple de gauche [de] passer des ténèbres à la lumière », selon la célèbre formule de Jack Lang. Une chose est sûre, quarante ans plus tard, la gauche n’a jamais été aussi éloignée des Lumières. Le côté obscur de la force semble avoir eu raison d’elle : néo-racisme, communautarisme, relativisme culturel, américanisation, défense de la religion contre la laïcité. Le Parti socialiste n’a plus de boussole, <a href="https://www.revuedesdeuxmondes.fr/mosquee-strasbourg-gros-sous-islamophobe-gauchisme/" target="_blank" rel="noopener">les Verts financent les mosquées des Frères musulmans</a> et défilent avec l’extrême gauche <a href="https://www.revuedesdeuxmondes.fr/marche-islamophobie-gauche-deshonneur/" target="_blank" rel="noopener">contre l’« islamophobie »</a>, le nouveau <a href="https://www.revuedesdeuxmondes.fr/mila-le-delit-de-blaspheme-et-la-demission-de-la-gauche/" target="_blank" rel="noopener">crime de blasphème remis au goût du jour</a> par le camp du bien. Interdiction de critiquer la religion. Tout ça pour ça !, doivent se lamenter Voltaire, Hugo et Jaurès en se retournant dans leurs tombes.</p><p>La gauche avait un sens lorsqu’elle représentait les classes populaires, se battait pour les réformes sociales, valorisait le travail, défendait l’esprit de la laïcité, était fidèle aux valeurs universalistes. La IIIe République, dont on critique tant le bilan à cause du colonialisme, avait réussi à forger un socle unificateur. Une grammaire commune dans laquelle se reconnaissait ceux qui défendaient l’égalité des chances et des droits, qui valorisaient le mérite et chérissaient l’éducation comme pilier de l’émancipation. Le récit national, en grande partie forgé par la gauche, embrassait les grandes heures de l’histoire française, réconciliait dans un même mouvement allant de Vercingétorix à la guerre de 14 « ceux qui croyaient au ciel et ceux qui n’y croyaient pas », les défenseurs de la nation et ceux de la République. Après des décennies de combats violents avec l’église, le principe de laïcité avait été accepté. Au-delà de la loi de séparation de 1905, l’État avait pour mission de protéger la liberté de conscience mais veillait aussi à ce que le religieux n’interfère pas dans la vie publique. Nul ne le contestait plus.</p><p>« Pétrifiée par la faute originelle du colonialisme mais aussi par celle de la collaboration (la chambre du Front populaire a voté les pleins pouvoirs à Pétain), la gauche a mis en place une rhétorique implacable pour se faire « pardonner » ses crimes d’antan. »</p><p>Quarante ans plus tard, la gauche n’est plus qu’un grand corps malade. La décennie des années 1980 qui l’a portée au pouvoir fut celle de la fin des idéologies, de la chute du mur, de la mondialisation. Le monde d’avant semblait englouti. La désindustrialisation accentuait le sentiment de déclassement. On prétendait que c’était le sens de l’histoire. Les ouvriers ? Une classe révolue. Il s’agissait de conquérir de nouveaux publics : les minorités, les « communautés », les populations issues de l’immigration, nouveau « peuple de gauche ». <a href="https://www.marianne.net/politique/quand-la-gauche-dit-adieu-aux-ouvriers-et-employes" target="_blank" rel="noopener">La fameuse note du think tank Terra Nova de 2011</a>, actant cette mutation de l’électorat de gauche, ne faisait qu’entériner une réalité. Le parti socialiste a-t-il eu raison d’en faire sa bible, son petit livre rose ?</p><p>Les années SOS Racisme, pleines de bonnes intentions, ont également produit leurs dégâts. La première équivalence, « critiquer la religion, c’est être raciste », date de cette époque. Lors de l’affaire du foulard de Creil, en 1989, Lionel Jospin est ministre de l’Éducation nationale. <a href="https://www.revuedesdeuxmondes.fr/laicite-contraire-integrisme/" target="_blank" rel="noopener">Baptisée Munich de la République</a> par des intellectuels républicains inquiets de cette « tolérance » envers l’islam politique au sein de l’école, l’affaire émeut SOS Racisme qui prend la défense des fillettes voilées. Gisèle Halimi, avocate et féministe historique, claque la porte de l’association. « Jamais la gauche n’a été aussi soumise aux injonctions religieuses », <a href="https://www.revuedesdeuxmondes.fr/elisabeth-badinter-la-gauche-na-jamais-ete-aussi-soumise-aux-injonctions-religieuses/" target="_blank" rel="noopener">déplore Élisabeth Badinter</a>, vent debout depuis trente ans contre les déviations essentialistes de la gauche qui favorise ce qui nous divise au lieu de mettre en avant ce qui nous rassemble.</p><p>Pétrifiée par la faute originelle du colonialisme mais aussi par celle de la collaboration (la chambre du Front populaire a voté les pleins pouvoirs à Pétain), la gauche a mis en place une rhétorique implacable pour se faire « pardonner » ses crimes d’antan :</p><p>– considérer les immigrés, surtout ceux issus des anciennes colonies, comme les nouveaux juifs. Vouloir limiter leur arrivée, leurs droits, c’est être un nazi ;<br />– ne pas favoriser l’assimilation mais respecter la culture d’origine des nouveaux arrivants. Et se vautrer dans le relativisme culturel au mépris, par exemple, du droit des femmes : leur culture n’est pas la nôtre, qu’elles restent voilées/excisées/soumises ;<br />– abandonner à leur sort les classes populaires victimes de la délinquance et de la radicalisation dans les quartiers à forte immigration, par peur d’apparaître comme stigmatisants et racistes. Et laisser Marine Le Pen engranger les voix des territoires perdus de la République ;<br />– accréditer la théorie d’un État « raciste systémique », qui serait un héritage de la colonisation. Créer une suspicion de principe contre les forces de l’ordre par essence racistes et violentes, alors que gendarmes, policiers, militaires, pompiers sont les premiers au front dans ces quartiers où les principes républicains sont bafoués continuellement.</p><p>Cette confusion des valeurs est un succès total : (presque) plus personne à gauche ne parle de social mais tout le monde parle intersectionnalité, <a href="https://www.revuedesdeuxmondes.fr/flagellation-martyrologie-ideologie-decoloniale-nouvelle-religion-seculiere/" target="_blank" rel="noopener">décolonialisme</a>, <a href="https://www.revuedesdeuxmondes.fr/ecriture-inclusive-novlangue-inquietante/" target="_blank" rel="noopener">écriture inclusive</a>…</p><p>« Les classes populaires, les artisans, les salariés, les enseignants, les ouvriers avaient une fierté et une dignité : leur travail. Encore une valeur qui ne signifie plus rien. »</p><p>Les classes populaires, les artisans, les salariés, les enseignants, les ouvriers avaient une fierté et une dignité : leur travail. Encore une valeur qui ne signifie plus rien. La bataille pour les 35 heures (et maintenant pour les 32 au sein de l’extrême gauche), le droit au revenu universel, coupent la France en deux : ceux qui en font de moins en moins et ceux qui en font de plus en plus, dans un environnement de plus en plus hostile. Les premiers de cordée de cette catégorie ? Les enseignants, les personnels soignants, les forces de l’ordre… Bien souvent des forces vives de la gauche qu’on a laissées tomber. Ces mêmes classes populaires avaient une espérance : progresser dans la société grâce à leur mérite. Que leurs enfants bénéficient de l’ascenseur social. Cela passait d’abord par l’école.</p><p>La gauche et la droite ont agi de concert pour casser l’école depuis quarante ans. Pour la droite c’est une faute, pour la gauche c’est un crime. Donner le baccalauréat à 80 % d’une classe d’âge (loi d’orientation sur l’éducation, 1989, Michel Rocard Premier ministre), c’est dévaloriser le baccalauréat, asphyxier l’université, créer du chômage. Mais comment valoriser l’apprentissage et le travail manuel quand la gauche française, censée défendre les plus humbles, les méprise autant ? Mettre l’enfant au centre du système, dévaloriser les matières nobles pour plus « d’égalitarisme » – encore une faute morale de la gauche –, c’est abandonner toute exigence. C’est tirer les plus faibles vers le bas. Le niveau est de plus en plus catastrophique.</p><p>« La gauche devait changer la vie, elle a changé de logiciel. Ceux qui ne se reconnaissent pas dans cette mutation gauchiste, communautariste et anti-laïque n’osent plus moufter de peur de se faire traiter de fascistes. »</p><p>Et les pédagos de la rue de Grenelle qui ont instauré ce naufrage réfléchissent désormais à la façon d’imposer l’écriture inclusive, nouvelle doxa du camp du bien. En vérité, une vision élitiste qui favorisera les plus privilégiés et enfoncera les plus vulnérables. Jean-Michel Blanquer s’oppose mais gagnera-t-il la partie contre le mammouth ?</p><p>La gauche devait changer la vie, elle a changé de logiciel. Ceux qui ne se reconnaissent pas dans cette mutation gauchiste, communautariste et anti-laïque n’osent plus moufter de peur de se faire traiter de fascistes. Dire que ceux qui souffrent le plus d’une immigration non contrôlée, de la radicalisation des quartiers et de la criminalité sont justement les classes populaires, c’est penser raciste. Or, tant que la gauche n’osera pas aborder de front la question migratoire, elle sera condamnée à perdre des élections. Cette triste litanie des errements et des renoncements de la gauche ne saurait faire oublier le rôle de la droite dans le déclin français. Mais si Marine Le Pen fait 43 % d’intentions de vote dans les classes populaires aujourd’hui, on le doit à un long dérèglement du sens et des valeurs de la gauche. Hélas, hélas.</p><p>Illustration : François Mitterrand vote lors du premier tour de l’élection présidentielle, le 27 avril 1981. Photo : Alamy/ABACAPRESS.COM.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/545/un-avant-propos-a-une-histoire-du-ceres</guid>
	<pubDate>Mon, 10 May 2021 13:56:04 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/545/un-avant-propos-a-une-histoire-du-ceres</link>
	<title><![CDATA[Un avant-propos à une histoire du CERES]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Le présent texte est une introduction à une histoire du CERES écrite par Didier Motchane, disparu le 29 octobre 2017. Si l’ouvrage historique relatif au CERES reste à écrire, ce texte fournira néanmoins des clés de compréhension. Didier Motchane a été l’un des fondateurs du CERES, le Centre d’Etudes, de Recherche et d’Education Socialiste, avec Jean-Pierre Chevènement, Alain Gomez, Pierre Guidoni ou Jacques-Arnaud Penant et quelques autres qui les rejoignirent au fil des années. Il en a été le charismatique théoricien, auteur en 1972 de Clés pour le Socialisme. Au fil des années 1970, il anima évidemment le CERES et ses revues (Frontière, Repères…) et fut en charge des relations avec le tiers-monde au PS.</p><p>On sait le rôle déterminant du CERES dans le Congrès d’Epinay de juin 1971. On sait aussi sa place dans la construction de l’Union de la Gauche à partir de 1972. Didier Motchane fut ainsi, avec Pierre Joxe, le co-rédacteur de la motion de synthèse d’Epinay, c’est-à-dire du véritable texte fondateur du PS, celui qui consacrait l’Union de la Gauche comme objectif stratégique en vue de la transition au socialisme. La pensée de Didier Motchane et celle du CERES sont ainsi incontestablement à verser à l’actif du socialisme français, tant la puissance conceptuelle et le caractère visionnaire qui sont alors les siennes frappent l’esprit de l’observateur. Entrés à la SFIO, vieille machine bureaucratique, les animateurs du CERES réussirent à susciter l’étincelle qui révéla la social-démocratie française à elle-même. De la vieille SFIO engluée entre FGDS et « dialogue idéologique » avec le PCF on passait à un PS doté d’une stratégie nouvelle, dont l’Union de la Gauche était le vecteur. Le dessein du CERES n’était pas « d’assumer la condition humaine du socialisme » mais bien d’instaurer « la condition socialiste de l’humanité ». Au fil des années 70 dans la majorité du PS ou dans la minorité, le CERES demeura fidèle à l’esprit d’Epinay, menant la bataille sur l’Europe ou l’autogestion, suscitant une effervescence militante qui a propulsé le courant à 26% du parti. En articulant le « mouvement d’en haut » et le « mouvement d’en bas », le CERES fut aussi un efficace pont entre la bouillonnante société des années 1970 et l’appareil en construction du Parti Socialiste. Promoteur de l’autogestion (et de la très volontariste 16ème thèse), le CERES apparaissait comme « l’aile gauche » du PS tout en revendiquant de vouloir en être « l’axe ».</p><p>Avec François Mitterrand, les relations furent marquées par l’accord politique initial puis, chemin faisant, par des désaccords mineurs puis majeurs, dont la Guerre du Golfe et le traité de Maastricht furent le paroxysme qui a provoqué la rupture. François Mitterrand dit un jour à Didier Motchane que s’ils n’avaient pas fait de politique ils auraient été amis. A partir de 1983, ils cessèrent néanmoins de se voir personnellement, considérant – du point de vue de Didier Motchane – avoir épuisé tous les sujets. L’Europe avait alors remplacé le socialisme comme grand récit mobilisateur, ce qui équivalait dans l’esprit de Didier Motchane à accepter le caractère indépassable d’un capitalisme voué à la financiarisation, dont le contenu de l’action de la CEE n’était qu’une méthodique codification. A partir de 1990, les relations se dégradant avec la majorité du PS, les amis de Didier Motchane et de Jean-Pierre Chevènement – réunis au sein de Socialisme et République – s’éloignèrent progressivement jusqu’à fonder un nouveau parti – le Mouvement des Citoyens – dont l’identité était de « gauche républicaine », ligne promue depuis 1983 et le tournant de la rigueur, et qui visait à se substituer à la ligne de normalisation européenne.</p><p>L’aventure du CERES ne saurait évidemment être rééditée à l’identique. Ne serait-ce que par la situation actuelle du PS, bien plus périlleuse que celle de l’antique SFIO. Trop de facteurs ont changé. Cependant, il manque assurément aujourd’hui un « nouveau CERES », c’est-à-dire d’abord une ligne politique, une vision qui permette de forcer le destin. Cette ligne devrait s’incarner de nouveau dans un groupe d’hommes et de femmes qui, forts d’une analyse méthodique des mutations du capitalisme mondial, imprégné par le mouvement de la société, aptes à mettre en œuvre une stratégie cohérente pourrait être la force qui ravive ce corps mort qu’est la gauche française.</p><p>Le CERES fut aussi une méthode. Cette méthode n’est, quant à elle, aucunement démodée. C’est pourquoi, en 2018, le CERES a, par la plume de Didier Motchane, encore à nous dire. Ces lignes de Didier Motchane éclaireront le lecteur sur ce que fut le CERES. Sans doute inspireront-elles quelques-un(e)s. Elles donnent une idée de ce qu’est une authentique pensée politique. – Gaël Brustier.</p>
<p>Avant-propos à une histoire du CERES, par Didier Motchane</p>
<p>Ne rien écrire sur soi qu’au présent. Béaba-tificateur de son impuissance romanesque, l’autobiographe pontifiant ou pénitent ne se fait jamais que le souverain veuf d’une mémoire épuisée. Cependant des souvenirs toujours inégalement partagés, mais pour peu qu’ils le soient, appellent clairement l’honneur du récit, s’ils perpétuent le bonheur d’une commune présence, parce qu’ils sont les témoins d’un éternel espoir, fut-il éternellement cantonné aux demeures du futur antérieur.</p><p>Dans le cours ordinaire du temps, l’espoir – et le désespoir – de changer la vie, afin de – ou faute de – changer sa vie, gisent côte à côte. Ils se raniment l’un l’autre à partir de la banalité de la condition humaine. C’est la trace d’un mouvement de ce genre que l’histoire du CERES pourrait nous avoir laissé.</p><p>N’importe quel âge de la vie peut faire de sa jeunesse son horizon mental. La jeunesse elle-même y vit le rêve de son éternité. D’autres temps de l’existence s’y marient ; ils assaisonnent une rétrospection douce – amère à la saveur des revanches posthumes. Telle aurait été la jeunesse du CERES, jeunesse d’espoir d’une renaissance du socialisme.</p><p>***</p><p>L’Europe, comme d’ailleurs l’ensemble du monde des années 60, porte la marque d’une mutation des héritages de la guerre.</p><p>Sur le fond d’une conscience accélérée, toujours plus impatiente, de l’activité économique, soutenue par la diffusion planétaire d’une pensée technicienne ingénument distribuée selon la préséance des rentes, le cloisonnement des savoirs et la puissance militaire. L’acuité des conflits qui opposent les nations et les divisent elles-mêmes s’est revissée d’un quart de tour. Sous l’emprise d’un capitalisme dont l’empire tend à égaler l’ambition jusqu’à toucher son horizon planétaire, la mondialisation départage plus profondément désormais le Nord et le Sud du monde que l’Est et l’Ouest qui sont les apostats du socialisme déclaré des renégats de la Révolution.</p><p>Les Trente Glorieuses auront été l’épopée du Nouveau Scientisme Historique où les idées du Progrès, fondées sur la conviction de la permanence d’une Croissance majuscule, d’une croissance économique ininterrompue se réinventèrent. L’Europe, ou plus largement ce que l’on appelait l’Occident, semblait faire l’expérience du régime durablement stabilisé d’une marche à l’abondance sans autres à coups que ceux des – relativement – légers coups de lancette de ponction monétaire qui, comme ceux des médecins de Molière, venaient de loin en loin maintenir la circulation bien étagée de la richesse. Dans ce cours tranquille, les entrepreneurs – capitalistes de la dette – et leurs héritiers – capitalistes de la rente – se sont partagé le haut du pavé avant de le céder à ces piétons du ciel atterris sur les tapis volants de la finance : « gnomes de Zurich » et d’ailleurs, spermatozoïdes distillateurs de l’Argent Roi.</p><p>Ce fut le moment où l’avènement d’une fin de l’histoire, c’est-à-dire son accomplissement, put s’entendre proclamer aux pauvres des pays riches à l’unisson des riches de tous les pays, comme le règne spirituel d’un social-libéralisme étendant la main sur le monde de la misère et de la peur pour s’en faire le bénisseur définitif.</p><p>Ainsi n’était-il plus question de mettre en cause l’abîme d’inégalités des revenus, des patrimoines et des savoirs, mais d’en pérenniser la légitimité. L’histoire accomplie, sanctuarisée par le temps, éloigne au Royaume de l’Au-delà la république de l’égalité des chances, l’urgence et le lieu d’un repartage du passé par le présent. Telle est l’intime contradiction que porte la financiarisation de l’économie spéculaire : prise entre les murs du capital accumulé, la spéculation ne peut sans se détruire soustraire l’ordre de ses raisons au calcul, l’avenir au passé, la vie à la mort.</p><p>Sans doute l’Ange Gardien des Trente Glorieuses – la Croissance – a-t-il déplacé vers le haut les failles de l’intégration sociale par son œuvre et par son mythe ; mais celle-ci s’approfondit : telle est la pente de la société bourgeoise qu’aucun tempérament de protection sociale, aucun placebo,  ne saurait redresser à peine d’en détruire le ressort. Ce fut un train qui, en déplaçant plus vite des wagons de plus en plus nombreux et de mieux en mieux suspendus, laissait une proportion croissante des voyageurs en gare, ou sur les bas-côtés de la voie.</p><p>Les petits cailloux de la pauvreté blessent davantage au fond d’une botte d’éboueur qu’à un va-nu-pieds les graviers de sa misère. Sans ralentir le pas du peuple trottinant qui reste à l’aise à côté des petits souliers de sa bonne conscience. Cette portion bouillonnante du produit de la machine d’un capitalisme désangoissé tournant à plein régime dans la candeur –ou le cynisme refoulé du Nouveau Scientisme Historique – était moins un objet de scandale que de compassion ; en raison peut-être du fait que ce que l’on pourrait nommer l’humeur installée du siècle, son « idéologie dominante » devenait, suprême illusion, celle de la mort des idéologies. Raymond Aron venait détrôner Jean-Paul Sartre dans le magistère du Grand Maître Penseur pour prononcer, avec le geste de l’étalonneur des certitudes et du donneur de diapason, l’éloge funèbre et réjouie du marxisme ; au-delà de l’extinction célébrée de celui-ci,  c’était l’éthique de l’engagement avec l’ensemble des engagements existentiels de l’Après Libération qui s’en trouvaient plus ou moins nettement récusés.</p><p>Qui aurait pu attendre de l’esprit du Nouveau Scientisme Historique que s’en gonflassent les voiles d’une  « Grande Cause » ? Au travers de la titillation obsédante des processus d’évaporation inéluctable de ses révoltes, l’humanité chercherait l’apaisement de ses anxiétés archaïques dans sa « modernité » ; les petites voix chevrotantes de cette fin de siècle ne se lassent pas d’invoquer chacune la leur. Ce ne sont pas celles de Rimbaud.</p><p>Comme un vaste ressac des élans de la Libération dont le 10 mai (1958) fut sans doute dans le désarroi de la République, avec le retour du Général de Gaulle, un dernier et combien ambivalent soubresaut, les années 50 – 60 auront été celles de la décolonisation, dans la douleur des guerres d’Indochine et d’Algérie. Elles portent la marque d’une démoralisation croissante de l’esprit public, que les déferlements libertaires de mai 68 tentaient pathétiquement de régénérer.</p><p>La Cinquième république a couvert comme d’une burqua les déhanchements d’une société française violemment arraisonnée par un capitalisme qui n’en avait jusque là caressé que les bords : à preuve l’exode rural, diffus en France depuis le Second Empire, brutalement torrentiel après 1950. Le capitalisme de la dette subjugue le capitalisme de la rente dont il est issu sans le remplacer. Notre visage national lui doit ses grimaces d’aujourd’hui.</p><p>En bref, l’efflorescence du social-libéralisme envahit l’air du temps ; un ninisme politique, qui prenait naguère le masque de la « Troisième Force » berce le peuple dans une balançoire dont les partis politiques tirent les quatre bouts ; de la Gauche à la Droite, même mélopée ; des paroles différentes font refrain. Elles changent un peu de rythme mais jamais de ton ; de Delors en Sarkozy, de Juppé en Hollande le débat public s’englue dans une à peu près même rhétorique social-démocrate, au point de s’en faire entendre comme une langue commune.</p><p>Gauche, Droite, droite, gauche ; que ne cessiez-vous, vieilles et jacassantes ennemies complices, de vous serrer chaleureusement la « main réciproque » (selon l’expression rescapée d’une copie de baccalauréat recueillie par un ami) ; que ne cessez-vous  de tenter perpétuellement de vous définir l’une par l’autre, plutôt que d’assumer la vérité de votre regard sur le monde, le choix des points de vue pris pour le dévisager ; mais tout de même, quoiqu’il en soit, faire votre monde des miettes de l’univers que vous pourrez recueillir. Ce que vous manquerez à tous les coups ma Gauche, tant que vous vous résignerez à n’être que l’espace rétréci de l’âme renoncée du siècle, errant infiniment au désert élargi de sa passivité. Celle la même où la troupe remuante de toutes nos droites nourrit d’angoisse le troupeau de vos béatitudes.</p><p>La démystification des communismes déclarés, dont la Chute du Mur marque la débâcle, la fin de la guerre froide puis le saut américain de Bush à Obama, l’exténuation accélérée des utopies tiers-mondistes et du mythe de l’accomplissement démocratique de l’histoire, laissent désormais, et semble-t-il pour un long moment, l’Europe sans utopie, au fur et à mesure que s’en dégonfle lentement la baudruche – sauf sans doute pour quelques instants encore, aux yeux des peuples est-européens fraîchement émancipés de l’emprise soviétique, le Saint–Graal du capitalisme lui-même dont ils sont toujours en quête. Leur reste encore pour ce faire l’Europe elle-même,  inaccessible parce qu’indéfinissable idéologie de rechange offerte à des sociaux-libéraux non déclarés. L’européisme, cette idolâtrie douce, verse à ces exilés du capitalisme la plus romantique des sublimations possibles, celle de l’économisme indéfectiblement social-libéral des bourgeoisies contemporaines.</p><p>Telle était la toile de fond sur laquelle le CERES a voulu inscrire son destin. Mieux vaut maintenant laisser parler les textes qui en ont scandé les intentions et les efforts plutôt que les empaqueter d’une glose rétrospective. Ne s’agit-il pas aujourd’hui, plus que toujours, de rénover et de réunir une gauche capable, du fond de son marasme actuel, de rendre aux orphelins du socialisme le sens de mots trop souvent perdu ?</p><p>Rappelons encore que cette gauche ne doit pas chercher à se définir par rapport à ses adversaires, ou ses partenaires sur un échiquier politique, mais par la détermination de sa raison d’être : dans les conflits de classe qui traversent l’épaisseur sociale dont l’expérience, selon le mot de Fernand Pelloutier, « donne aux dominés la science de leur malheur ». Cette gauche s’éprouve dans une prise de conscience de la République dont l’effort même constitue celle-ci ;  transcendant les clivages qui opposent justement la Gauche et la Droite, elle nomme un peuple à l’existence à partir de sa population et selon l’essence métaphysique de celle-ci.</p><p>Ainsi la République le fait de la nation, dont l’indépendance, brique de base d’un internationalisme républicain, pétri au four d’une souveraineté populaire authentique, sauvegarde de la démocratie contre les emprises du capital et l’atteinte des empires.</p><p>Egalement éloignés des romantismes et des cynismes contemporains le CERES s’est voulu le radiesthésiste des sources profondes du socialisme républicain, s’efforçant en cela de faire grandir une troupe fidèle, soucieuse d’offrir aux enfants du siècle la générosité et la sobriété en partage. Tel est le sens de la République moderne dont il cherche à ranimer l’esprit à partir d’une commune ferveur ; héritage contrasté, mais poursuivi de Babeuf en Marx, de Robespierre à Jaurès, de Saint Just à Clémenceau, De Gaulle et Mendès France.</p><p>Crédits photos : ©Communautés européennes 1985</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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