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	<title><![CDATA[Signet Loupe: Articles de blog de France]]></title>
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	<description><![CDATA[]]></description>
	
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	<pubDate>Wed, 19 May 2021 21:18:43 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Institutions de la petite enfance – À Lancy, la fonction publique va doubler de volume]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Le principe de la municipalisation des crèches et garderies a été accepté par le Conseil municipal, intégrant le personnel dans l’administration.</p>
<p><img class="author-image ContentMetaInfo_authorimage__3TgXA -content-head" width="70" height="70" src="https://cdn.unitycms.io/image/ocroped/400,400,1000,665,128,0/4IAq5kLA2Co/CihOkJCpKoCByFiTM2CDa4.jpg" alt="Eric Budry"></p>
<p>Eric Budry</p>
<p>Publié: 18.05.2021, 21h00</p>

<p><img alt="Malgré les 540 places de garde offertes par Lancy pour les enfants en âge préscolaire, 600 demandes n’ont pu être satisfaites." class="ResponsiveImage_root__3glVb responsive-image" src="https://cdn.unitycms.io/image/ocroped/1200,1200,1000,1000,0,0/b53pzCZZsh8/FbmDrYfKaFvBYh0XRP6I51.jpg" srcset="https://cdn.unitycms.io/image/ocroped/400,400,1000,1000,0,0/htL9-9OBhaU/FbmDrYfKaFvBYh0XRP6I51.jpg 400w, https://cdn.unitycms.io/image/ocroped/800,800,1000,1000,0,0/2kYE8MikRAA/FbmDrYfKaFvBYh0XRP6I51.jpg 800w, https://cdn.unitycms.io/image/ocroped/1200,1200,1000,1000,0,0/b53pzCZZsh8/FbmDrYfKaFvBYh0XRP6I51.jpg 1200w, https://cdn.unitycms.io/image/ocroped/1600,1600,1000,1000,0,0/kzwAE6Grnow/FbmDrYfKaFvBYh0XRP6I51.jpg 1600w, https://cdn.unitycms.io/image/ocroped/2001,2000,1000,1000,0,0/Brz_g30Gisk/FbmDrYfKaFvBYh0XRP6I51.jpg 2001w" sizes="100vw" height="798" width="1200" draggable="false"></p>
<p>Malgré les 540 places de garde offertes par Lancy pour les enfants en âge préscolaire, 600 demandes n’ont pu être satisfaites.</p><p>PIERRE ABENSUR</p><p class="ArticleParagraph_root__3J10I ArticleContainer_content-width__pYdH3 link_focus__2-gJz link_externalicon-big__3ypDf link_externalicon__2CDAi">En acceptant le 25 mars le principe de la municipalisation des institutions lancéennes de la petite enfance, le Conseil municipal de la commune a de facto accepté l’entrée de leur personnel dans l’administration. Cela représentera à terme 274 personnes supplémentaires, contre 259 actuellement.</p><p class="ArticleParagraph_root__3J10I ArticleContainer_content-width__pYdH3 link_focus__2-gJz link_externalicon-big__3ypDf link_externalicon__2CDAi">Portée par la conseillère administrative socialiste Salima Moyard, la réforme de la petite enfance a pour objectif général de renforcer le dispositif communal et de proposer davantage des places de garde aux familles. Elle sera concrétisée en plusieurs étapes, indique la commune dans un communiqué.</p>
<p>Un coût de 1,3 million</p>
<p class="ArticleParagraph_root__3J10I ArticleContainer_content-width__pYdH3 link_focus__2-gJz link_externalicon-big__3ypDf link_externalicon__2CDAi">Actuellement, Lancy offre 540 places de garde. Malgré cela, 600 demandes n’ont pu être satisfaites. Pour y remédier, deux nouvelles crèches verront le jour d’ici à 2023, ainsi qu’une garderie. Un autre axe d’amélioration identifié par le Conseil administratif – qui s’est appuyé sur le rapport d’un consultant externe – est de changer le modèle de gouvernance de ces institutions. Et par conséquent de les municipaliser.</p><p class="ArticleParagraph_root__3J10I ArticleContainer_content-width__pYdH3 link_focus__2-gJz link_externalicon-big__3ypDf link_externalicon__2CDAi">Mais le passage du personnel sous le régime salarial et statutaire de l’administration communale aura un coût. À l’automne, le Conseil municipal devra donc se prononcer sur le financement nécessaire, soit environ 1,3 million de francs. Aujourd’hui déjà, la Ville de Lancy consacre annuellement près de 18 millions de francs pour la petite enfance, ce qui représente 15% de son budget.</p>
<p>Publié: 18.05.2021, 21h00</p>
<p class="Feedback_root__nzXeS ArticleContainer_content-width__pYdH3">Vous avez trouvé une erreur?<a href="mailto:tes_correction@tamedia.ch?subject=Avis%20d'erreur%20%7C%20Eric%20Budry%20%7C%20%C3%80%20Lancy%2C%20la%20fonction%20publique%20va%20doubler%20de%20volume&amp;body=J'ai%20trouv%C3%A9%20une%20erreur%20dans%20cet%20article%3A%20https%3A%2F%2Fwww.tdg.ch%2Fa-lancy-la-fonction-publique-va-doubler-de-volume-774343378936" class="Feedback_feedbacklink__2ys-x">Rapporter maintenant.</a></p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
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	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/573/denis-maillard-10-mai-1981-ou-la-divine-surprise-des-cathos-de-gauche</guid>
	<pubDate>Tue, 18 May 2021 07:06:48 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/573/denis-maillard-10-mai-1981-ou-la-divine-surprise-des-cathos-de-gauche</link>
	<title><![CDATA[Denis Maillard : 10 mai 1981 ou la divine surprise des cathos de gauche]]></title>
	<description><![CDATA[<p>#10 mai (7). 10 mai 1981 : François Mitterrand à l’Élysée, la Gauche espère. Qu’en reste-t-il 40 ans plus tard ? Tout le mois, Les Influences interrogent acteurs du moment et observateurs de toutes générations. Aujourd’hui : le 10 mai et ce qu’il en reste raconté par Denis Maillard, expert en relations sociales, cofondateur de la société Temps commun et essayiste. Dernier livre : <a rel="noreferrer noopener" href="https://www.lesinfluences.fr/2021/03/25/le-candidat-a-la-presidentielle-2022-xavier-bertrand-a-t-il-lu-denis-maillard/" data-type="URL" data-id="https://www.lesinfluences.fr/2021/03/25/le-candidat-a-la-presidentielle-2022-xavier-bertrand-a-t-il-lu-denis-maillard/" target="_blank">Indispensables mais invisibles ?</a> (Fondation Jean-Jaurès-L’Aube).</p>
<p>Denis Maillard, co-directeur de Temps commun et essayiste, Paris, 2019. © Olivier Roller pour Les Influences.</p>
<p class="has-drop-cap">Je venais d’avoir 13 ans et je me passionnais déjà pour la politique : ce jour là, j’avais accompagné mes parents voter et le soir j’avais suivi mon père qui se portait toujours volontaire pour dépouiller. Nous habitions une commune riche de l’ouest lyonnais, mais dans un quartier populaire : nous étions de gauche dans un océan de droite ; pourtant, dans notre bureau de vote, les militants socialistes étaient les plus nombreux et ils faisaient des calculs savants pour essayer de savoir si, à partir des résultats locaux qu’ils obtenaient, Mitterrand pouvaient l’emporter. Après des conciliabules, mon père était revenu vers moi en disant : « ça devrait être bon ». Et nous étions rentrés pour regarder les résultats à la télévision. Lorsque Mitterrand a été déclaré vainqueur, il y eut des cris de joie. Exceptionnellement, on a ouvert une bouteille de champagne que mon père avait mis au frais au cas où les choses tournent bien. Elles tournaient bien, trop bien même, je me grisais de la joie des adultes. À tel point que, au moment de me coucher, ma mère m’avait demandé le lendemain au collège d’avoir le triomphe modeste. Cette modestie de la posture cadrait assez bien avec la culture « catho de gauche » de ma famille pour que je ne m’en offusque pas. C’était en réalité une manière de me protéger : par convictions et par tradition, mon frère, mes sœurs et moi-même passions tous par l’école privée catholique dont les cadres, les enseignants et les familles vivaient ce soir-là un moment difficile. Ma mère ne voulait pas que je m’expose. J’en ai conçu, c’est selon, un art de la dissimulation ou de la diplomatie.</p><p>Au-delà de cette joie que je ne comprenais pas totalement, le 10 mai 1981, reste pour moi une de ces journées comme il y en a peu durant laquelle l’histoire nationale rencontre l’histoire familiale. En effet, comme beaucoup de familles françaises, la mienne a dû choisir son camp au début des années 1960 : l’installation de la Ve République a imposé cette division aux Français. À la fois antigaullistes et anticommunistes, mes parents – elle, femme au foyer et lui, modeste employé – ont épousé la gauche malgré tout. Pas facile à cette époque pour des catholiques de rompre avec une certaine tradition et un conformisme qui auraient dû les porter vers le centre droit plutôt qu’« à la gauche du Christ » : je me souviens des déjeuners familiaux chez mes grands-parents où des cousins apostrophaient mon père en rigolant : « alors Jacques, toujours de gauche ? » Mes parents ont dû choisir aussi « leur » gauche : celle du PSU, de la CFTC déconfessionnalisée, devenue CFDT. Puis, à partir du début des années 1970, une gauche associative qui n’a pas directement adhéré au PS avec les Assises du socialisme (1974), mais qui ne lui a jamais fait défaut : la gauche de Vatican II, de Témoignage chrétien qui titrait le 8 ou le 9 mai 81 « Chrétiens, l’espoir est à gauche ! » – cette une m’avait marqué ; celle de l’Acat (Action des chrétiens pur l’Aabolition de la torture), de la théologie de la libération en Amérique latine, des concerts de Mannick et Joe Akepsimas, du CCFD et des journées « bols de riz », de Taizé, du Larzac, de la JEC et du MRJC, des médecines douces et du début de l’écologie, des premières coopératives de quartier avec des agriculteurs bio, des permanences sociales au pied des HLM pour éviter les expulsions, des méchouis collectifs pour intégrer les immigrés de ces mêmes HLM, des centres sociaux et des associations tiers-mondistes… On était une famille nombreuse ; je n’avais le droit de lire ni le Picsou capitaliste ni le Pif-gadget communiste – restait alors Bayard presse ; on était de gauche et on allait à la messe. Autant dire que le 10 mai 1981 a été une « divine surprise »… Mais qui, comme toutes les surprises de cette nature, n’a finalement pas tenu les promesses dont elle était grosse : le 10 mai 1981, on ne le savait pas encore, sonnait la retraite des espérances collectives notamment pour les classes populaires.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/557/meme-la-nostalgie-nest-plus-ce-quelle-etait</guid>
	<pubDate>Fri, 14 May 2021 21:09:03 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/557/meme-la-nostalgie-nest-plus-ce-quelle-etait</link>
	<title><![CDATA[Même la nostalgie n&#039;est plus ce qu&#039;elle était]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Terrible constat : même pour la commémoration du 10 mai 81, le PS n’a pas été capable de se rassembler.</p><p>par  Thomas Thévenoud</p><p>Le Creusot, dimanche 9 mai.</p><p> On sent bien qu’eux-mêmes n’y croient plus vraiment à cette histoire des « forces de l’esprit ». Le temps a passé, même la nostalgie n’est plus ce qu’elle était.</p><p>L’ancienne sherpa du président Anne Lauvergeon croit se souvenir que la première mouture du fameux discours des voeux en 1995 était plus spiritiste encore… Le public retient son souffle, on s’attend à une révélation. Mais, quelle était la formule exacte ? Elle ne s’en souvient pas.</p><p>François Mitterrand disait : « Pour réussir en politique, il faut d’abord de la santé et ensuite de la mémoire. Après, si vous êtes intelligent, ça ne peut pas nuire. »</p><p>Les socialistes à avoir de la mémoire sont de moins en moins nombreux. En cette veille du 10 mai, ils ne sont que quelques-uns à avoir fait le déplacement au Creusot pour se raconter une histoire qu’ils connaissent par cœur.</p><p>Au-dessus d’eux, sous la voute du petit théâtre à l’italienne du Château de la Verrerie au Creusot, une peinture roccoco d’un ciel de nuages, on lit cette inscription : « A la reine » ! Drôle d’endroit pour une rencontre de vieux grognards socialistes.</p><p>« Pour réussir en politique, il faut d’abord de la santé et ensuite de la mémoire. Après, si vous êtes intelligent, ça ne peut pas nuire. » (Mitterrand)</p><p>David Marti, le maire du Creusot, a été le premier élu socialiste à avoir eu l’idée de « faire quelque chose » pour les quarante ans du 10 mai. François Mitterrand connaissait bien la ville et entretenait une longue histoire avec la Saône-et-Loire. Et puis la Nièvre est à deux pas. Alors, il a d’abord invité Gilbert Mitterrand, son fils et les fidèles ont suivi.</p><p>Enfin pas tous… Mazarine Pingeot a organisé un événement concurrent à Paris, Jacques Attali a moqué le matin même sur France Info cette « réunion d’anciens combattants politiciens » et Jack Lang a préféré commémorer le 10 mai en multipliant les interviews dans la presse. A chacun son Mitterrand et il avait plusieurs familles…</p><p>Gilbert a donc fait le choix de la Saône-et-Loire. Je le retrouve avec bonheur. Cet homme est la gentillesse même. Vieux blouson en cuir usé sur le dos, cigarette à la main, le fils de l’ancien président n’a jamais manqué aux rendez-vous de l’amitié pour moi. Avec lui, la nostalgie est douce et bienveillante. Nous parlons de la maison familiale de Cluny, de sa mère qui repose dans le cimetière en haut de la ville, des livres qui viennent de sortir sur son père, du temps qui passe et de Latche qu’il voudrait me faire visiter.</p><p>Il me raconte son 10 mai : « Le matin, j’étais à Libourne, où je votais. Après j’ai pris le train. 4 heures 30 de trajet pendant lesquels j’ai refait tous les calculs. Quand je suis arrivé à Montparnasse je ne savais toujours rien. Il n’y avait pas de portable à l’époque… Je suis donc allé à Solférino, où on m’a dit que François Mitterrand avait gagné mais qu’il ne fallait surtout pas en parler. Alors, je suis allé rue de Bièvre et là les appels n’ont pas arrêté, je me suis transformé en standardiste. Quand je suis retourné à Solférino, tout le monde était déjà parti à la Bastille et quand je suis arrivé à la Bastille, l’orage était passé, il n’y avait plus personne. Alors je suis allé manger dans une brasserie mais le patron était de droite alors il a décidé de fermer tôt. Je suis rentré rue de Bièvre. Quand mon père et ma mère sont arrivés à 2 heures du matin de la Nièvre, on s’est félicités et puis on est allés se coucher. Bref, je suis complétement passé à côté du 10 mai. »</p><p>A chacun son 10 mai. François Hollande n’a pas envie de raconter le sien. On dirait même qu’il a perdu son sens de l’humour légendaire ce matin. Fidèle à sa figure de style traditionnelle, il enchaîne les anaphores et commence toutes ses phrases par « François Mitterrand c’était… » et récite sans conviction le bréviaire de deux septennats dont « tout nous parle encore ». Après une allusion lointaine à En Marche et à ces mouvements politiques d’aujourd’hui « sans militants, sans références, sans histoire. », il s’attaque à sa tête de turc préférée : le PS d’aujourd’hui.</p><p><a href="https://revuecharles.fr/wp-content/uploads/2021/05/IMG_1280-scaled.jpg"></a></p><p>Décidément, cet homme ne quittera jamais les habits de premier secrétaire. Sa punchline du jour : « ce n’est pas l’union qui fait la force, c’est la force qui fait l’union. Comme de toutes façons, en raison des restrictions sanitaires, aucun militant n’est là pour entendre le message et Olivier Faure le patron du PS s’est fait porter pâle, un ange ne fait que passer sous le plafond en stuc.<br />Lionel Jospin, plus raide que jamais, n’est pas là pour rigoler non plus. Il ne tient pas compte des questions que le journaliste qui anime la table ronde vient de lui poser. Il a préparé une intervention écrite et sort un discours de sa poche. Personne ne lui dira ce qu’il a à faire, ni à dire. </p><p>Il a décidé de régler son compte à deux présidents en 10 minutes en parlant de la conception du pouvoir chez Mitterrand. Il évoque longuement les relations entre le parti et le groupe parlementaire de l’époque. Les frondeurs ? Pas de ça sous Mitterrand. François Hollande qui est assis au premier rang se tasse dans son fauteuil.</p><p>« Tout rapprochement entre ce que fait Emmanuel Macron et ce qu’a fait François Mitterrand ne pourrait pour moi résulter que d’un malentendu. » (Jospin)</p><p>Deuxième flèche à destination du président actuel. Pour commémorer à sa manière le 10 mai 81, Emmanuel Macron a eu l’idée d’inviter tous les anciens collaborateurs de François Mitterrand. Lionel Jospin met en garde : « Tout rapprochement entre ce que fait Emmanuel Macron et ce qu’a fait François Mitterrand ne pourrait pour moi résulter que d’un malentendu. » La statue du Commandeur a parlé, Lionel Jospin replace les feuillets de son discours dans la poche de son veston. </p><p><a href="https://revuecharles.fr/wp-content/uploads/2021/05/IMG_1281-scaled.jpg"></a></p><p>Anne Hidalgo n’a rencontré qu’une fois François Mitterrand lors du centenaire de l’inspection du travail en 1992. Ce n’est pas assez pour parler d’une relation singulière avec l’ancien président. Alors elle préfère raconter son 10 mai : elle était à Lyon dans le 9e arrondissement avec une bande d’amis, des « volleyeurs », à attendre les résultats. A 20 heures, fous de joie, ils ont sauté par la fenêtre : heureusement ils étaient au rez-de-chaussée. La chute dans le vide, ce n’est pas le genre de la maire de Paris. « J’assure toujours mes arrières », nous dit-elle en aparté.</p><p>Dans la cour du Château, elle avance à pas lents pour rejoindre la photo de famille, aussi prudente que si elle était sur la route de l’Élysée. Patrick Bloche, son adjoint à l’éducation, aime bien l’idée des petits cailloux sur le chemin et il me confirme que ce déplacement n’a qu’une utilité : « montrer qu’elle peut traverser le périphérique ».</p><p>La maire de Paris connaît ses classiques et sait ce qui peut lui être reprocher. Une candidature à la présidentielle vaut bien un aller-retour en TGV. Ce soir, elle sera à l’Hôtel de Ville pour présider une autre manifestation concurrente.</p><p><a href="https://revuecharles.fr/wp-content/uploads/2021/05/IMG_1284-scaled.jpg"></a></p><p>Pour être sur la photo de famille, chacun se pousse du coude, oubliant un instant les gestes barrières et retrouvant les vieilles habitudes de leur jeunesse politique… Un vieux militant communiste que je connais bien a sorti son smatphone : « Bon, la photo est floue mais c’est pas grave : aujourd’hui tout est flou… »</p><p>Quand j’interroge André Billardon, l’ancien maire du Creusot, macroniste de la première heure et mitterrandiste de toujours, sur les chances de trouver un futur président parmi eux, il sourit : « Aucun de ceux qui sont là ne gagnera. La seule question c’est de savoir si quelqu’un aura le courage d’y aller pour prendre date… »</p><p>C’est ce que Pierre Joxe a résumé d’une formule il y a quelques minutes : « Qui plante aujourd’hui à gauche ? Qui arrose ? Vous savez que François Mitterrand aimait beaucoup les arbres. Lui il plantait. Il aimait les feuillus dans le Morvan et les résineux dans les Landes. Mais il n’aimait pas les résineux dans le Morvan. C’était un homme de contradictions. » La gauche cherche son jardinier.</p><p>Seul Bernard Cazeneuve, excellent rosiériste à ses heures, essaie de faire sourire l’auditoire avec son numéro favori : celui du petit chauve, forcément impressionné par ses grands chevelus que sont encore Jospin ou Joxe.</p><p>L’ancien premier ministre a trop de distance avec lui-même pour être candidat à l’élection présidentielle, mais c’est indéniablement le plus solide. Pas assez dingue pour le job, mais très conscient d’en avoir les capacités, il s’interroge à voix haute sur le sens des choses, sur « ce qui change et surtout sur ce qui ne change pas » comme disait Mitterrand. Bernard Cazeneuve n’est pas né à la bonne époque, c’est peut-être son seul défaut : « Dans un monde où tout le monde est amnésique, je suis là par devoir de mémoire. »</p><p>Les autres cherchent encore la raison pour laquelle ils sont venus ce matin au Creusot.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Fri, 14 May 2021 16:45:26 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[La présidentielle 2022 marquera l&#039;avènement de l&#039;oligopole droitier]]></title>
	<description><![CDATA[<p class="article-infos article-infos--top-article">Temps de lecture: 7 min</p><p>Il y a tout juste dix ans, on pouvait émettre la sérieuse hypothèse <a href="https://www.fayard.fr/1001-nuits/voyage-au-bout-de-la-droite-9782755505979" rel="noreferrer" target="_blank">de l'instauration d'un oligopole droitier en France</a>, dans le droit fil d'une tendance lourde constatée sur le continent. Par oligopole, il faut entendre le basculement à droite de l'imaginaire collectif et sa captation par des forces politiques concurrentes.</p><p>Cet oligopole est politique et agressif. Agressif entre les trois partenaires. Agressif vers ses concurrents marginaux de gauche. Trois droites –qui ne recoupent que très partiellement celles de René Rémond– s'apprêtent à s'affronter pour la victoire en mai 2022, <a href="https://www.lejdd.fr/Politique/sondage-presidentielle-2022-macron-et-le-pen-largement-en-tete-bertrand-en-embuscade-la-gauche-lachee-4037701" rel="noreferrer" target="_blank">comme le confirme le récent sondage IFOP pour le Journal du Dimanche</a>. Si le débat et l'électorat basculent à droite, le pays est à la merci d'un <a href="https://www.lefigaro.fr/politique/dominique-reynie-les-abstentionnistes-peuvent-provoquer-un-accident-electoral-en-2022-20201025" rel="noreferrer" target="_blank">«accident électoral», pour reprendre les termes de Dominique Reynié</a>.</p><p dir="ltr" lang="fr" xml:lang="fr">SONDAGE. Présidentielle 2022 : Macron et Le Pen largement en tête, Bertrand en embuscade, la gauche lâchée <a href="https://t.co/TIsNx7Mdtn">https://t.co/TIsNx7Mdtn</a> <a href="https://t.co/y3D6hBzufv">pic.twitter.com/y3D6hBzufv</a></p>
<p>— Le JDD (@leJDD) <a href="https://twitter.com/leJDD/status/1381153292647071744?ref_src=twsrc%5Etfw">April 11, 2021</a></p>
<p>Pour l'heure, après avoir vu au fil des décennies une part croissante du débat captée par les droites, c'est bien plus des deux tiers de l'électorat entendant s'exprimer qui souhaite le faire pour un des trois candidats de droite, spectre incluant le président sortant Emmanuel Macron et La République en marche.</p>
<p>Les candidats de gauche deviennent résiduels</p>
<p>La fragmentation de la gauche n'est en rien freinée par sa prévisible éviction du premier tour. Le total des intentions de vote se portant sur ses candidats plafonne à 28%, 30% dans les meilleurs cas. Il existe des lignes de fractures entre électorats PS, EELV et LFI (Europe, économie, international, etc.) qui empêchent leur union. De surcroît, toute polémique est désormais utilisée pour créer des fractures au sein de la gauche, pour gagner du temps sur le calendrier, avec –il faut le dire– l'assentiment de responsables de gauche toujours plus prompts à embrasser des débats de plus en plus picrocholins.</p><p>La social-démocratie, incarnée chez nous par le PS, subit le déclin historique constaté dans la plupart des pays européens et n'en finit plus de payer son ralliement aux politiques d'austérité des années 2010, comme l'héritage de la présidence Hollande, répudié par nombre de ses anciens électeurs.</p><p>Si le clivage gauche-droite existe toujours, il s'est affaibli.</p><p>La gauche radicale, qui s'est affirmée comme un acteur de la vie politique, pâtit encore d'un relatif manque de crédit dans sa capacité à gouverner, et ce d'autant plus que l'expérience Tsipras a échoué quand Podemos peine à rééditer ses scores des années 2015-2016. Alors qu'elle est la famille politique qui a sans doute le plus muté, il y a quelque chose d'inabouti dans sa situation présente, un aggiornamento inachevé et une certaine façon de mener son combat qui inquiète.</p><p>Les écologistes sont portés par une aspiration perceptible à l'échelle continentale, mais pâtissent également d'une façon d'affirmer leurs choix qui sème le trouble, à l'image des innombrables déclarations de ses maires élus en juin dernier. <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89lections_f%C3%A9d%C3%A9rales_allemandes_de_2021#/media/Fichier:Opinion_polls_Germany_2021.svg" rel="noreferrer" target="_blank">L'hypothèse de la participation des Grünen à un gouvernement en Allemagne</a>, voire d'un accès à la Chancellerie après les élections de septembre, n'incitera ni EELV ni son probable candidat Yannick Jadot à s'effacer. Bien au contraire, et au détriment du discernement.</p><p>Pour l'heure, le jeu à gauche est fermé et la nasse électorale se referme sur les trois familles qui la composent. Le risque majeur pour ses candidats est d'apparaître comme résiduels et de se marginaliser de façon de plus en plus importante au fil des mois. Si le clivage gauche-droite existe toujours, il s'est affaibli. L'identification à la gauche, qui portait les réflexes politiques de «front unique» ou électoraux de «désistement républicain», a vécu. L'explosion du taux d'abstention, la forte proportion de votes blancs et nuls sont aussi des données importante du scrutin à venir, si la tendance constatée depuis le début du quinquennat se confirme.</p><p>Le problème des gauches, c'est qu'elles ne voient dans la droitisation (si tant est qu'elles la voient) que la manifestation de pensées coupables, alors qu'il s'agit de l'articulation plus ou moins habile d'éléments donnant réponse aux enjeux du temps présent. De cette méprise découle une ardente passion pour la dénonciation et les mises en accusations, provoquant un possible ras-le-bol jusque dans ses rangs et, évidemment, dans son électorat.</p>
<p>Trois candidats, un fauteuil et les dividendes de la droitisation</p>
<p>Aujourd'hui, trois candidats peuvent prétendre à la magistrature suprême. D'abord, évidemment, le président Macron, chef de l'État depuis mai 2017. Ensuite, Marine Le Pen, candidate pour la troisième fois mais vierge d'une seule chose importante ici: la participation au pouvoir. Enfin, Xavier Bertrand, ancien élu RPR et ministre UMP, élu de la nouvelle région Hauts-de-France. Édouard Philippe, éventuel recours en cas de défection du président sortant, et Valérie Pécresse, possible alternative concurrente à Xavier Bertrand, ne changeraient pas fondamentalement la donne pour l'oligopole droitier.</p><p>Leur point commun est d'emprunter le gulf stream idéologique de la droitisation par des biais différents. Si, initialement, cette dernière n'est pas de leur fait, leur tendance constante à l'entretenir et à en tirer parti s'est soit imposée, soit était évidente pour la candidate Marine Le Pen. La situation idéologique du pays puise ses racines loin dans le temps. Ceux qui pensent qu'elle est née avec CNews ou Eric Zemmour ont des œillères ou des troubles de la mémoire, sinon cognitifs, préoccupants. La droitisation a opéré par vagues successives, par un processus s'étalant sur quatre décennies, qui n'a pas été simplement imposé par en haut mais qui est le fruit d'une dialectique subtile, entre offre venue d'en haut et demande venue d'en bas. En articulant divers éléments, en en réarticulant d'autres entre eux, une réponse à été donnée aux crises successives par des droites concurrentes, dissemblables mais ayant en commun de marginaliser la gauche dans différents secteurs sociaux.</p><p>Dans cette bataille à droite, la compétence, la capacité ressentie par tel ou tel à gouverner pourrait, dans la course électorale à droite, tuer l'antique mantra lepéniste selon lequel «l'électeur préfère l'original à la copie». A contrario, la colère latente dans la société pourrait trouver une réponse dans «l'alliance d'une minute» avec la seule candidate n'ayant jamais gouverné.</p><p>À cette heure, on peut penser que le président de la République n'a pas perdu la centralité qui est la sienne. Par sa fonction en premier lieu, il est capable d'agir sur le calendrier et l'agenda du pays dans son ensemble, mais aussi sur celui de l'élection présidentielle. La rapidité de la fin de la crise du Covid déterminera la solidité de son socle électoral. Cependant, sa base électorale est à un tel point socialement distincte de celle de Marine Le Pen qu'il peut être en danger au second tour.</p><p>Marine Le Pen pâtit d'un fardeau qui n'est plus idéologique, mais relatif à sa capacité à gouverner comme elle souffre d'un préjudice patronymique. Il aurait fallu à Le Pen l'astucieux courage de ne pas se rendre au débat d'entre deux tours en 2017, dont les images diffusées en boucle pourraient parasiter sa campagne de second tour. On sait qu'en 1988, Charles Pasqua exhorta Jacques Chirac à ne pas débattre avec François Mitterrand. Le candidat Chirac suivit les conseils inverses d'Édouard Balladur, et le résultat ne se fit pas attendre.</p><p>Xavier Bertrand s'efforce d'incarner différentes figures aimées à droite: le grand élu d'une région populaires aux multiples difficultés, celle du militant qui lui colle depuis ses jeunes années au RPR, celle d'un «souverainiste» qui rappelle à l'envi qu'il a voté «non» à Maastricht en 1992. Ancien ministre de Nicolas Sarkozy, hostile (au moins en apparence) à la ligne Wauquiez, il a pour lui un avantage né de la tenaille électorale dans laquelle il semble pris: mordre potentiellement ses deux concurrents s'il n'est pas dévoré par eux. Il peut se frayer un chemin vers le second tour en attirant des voix de centre droit parties chez Emmanuel Macron, et des voix de droite populaire et bonapartiste parties chez Marine Le Pen.</p>
<p>L'inconnu(e) dans l'isoloir</p>
<p>Connaît-on réellement l'électeur qui va entrer dans l'isoloir l'an prochain? La dégradation de la situation économique, les crises des «gilets jaunes» et du Covid, le dérèglement idéologique du pays rendent cet électeur si imprévisible que les outils des sondeurs peuvent connaître quelques avaries. Cet électeur entrant dans l'isoloir aura un imaginaire de droite. Son idéal-type dépendra de l'abstention relative des différents groupes sociaux et idéologiques composant le corps électoral. Quelques réalités se précisent néanmoins.</p><p>Depuis trois ans, l'auto-positionnement des Français à gauche n'a cessé de se tasser. En juillet 2020, <a href="http://www.ifop.com/publication/le-positionnement-des-francais-sur-un-axe-gauche-droite-2/" rel="noreferrer" target="_blank">l'IFOP publiait une enquête selon laquelle seuls 13% des sondés se positionnaient «à gauche»</a>, la proportion se tassant par rapport aux deux précédentes enquêtes. 39% en revanche se positionnent à «droite», en nette augmentation. Depuis 2017, le chiffre désignant ceux qui refusent de se situer sur le clivage gauche-droite est passé de 11% à 16%.</p><p>Une France plus à droite, et une gauche plus divisée, résolvent en partie l'équation du devenir de la gauche en France, sans déterminer évidemment l'issue de la compétition à droite. À un an de l'élection, un indice sur le potentiel du vote Marine Le Pen est donné par le score qu'elle obtiendrait face à Anne Hidalgo: <a href="https://www.marianne.net/politique/macron/presidentielle-2022-le-pen-lemporterait-face-a-hidalgo-mais-serait-battue-par-macron-et-bertrand" rel="noreferrer" target="_blank">51% selon l'IFOP en mars</a>, 50% selon l'IFOP paru le 11 avril dans le JDD. Pis, Yannick Jadot n'obtiendrait que 47% et Jean-Luc Mélenchon 40% face à elle. L'information aurait dû alerter.</p><p>La crise du Covid a causé des dommages relatifs à l'exécutif en matière d'opinion. Plus insaisissables en revanche sont les conséquences des mesures de restrictions des libertés sur le pays, et notamment les séquelles sur le corps social du confinement prolongé et répétitif. Les difficultés matérielles pourraient rendre l'ensemble de plus en plus durement ressenti au fil des mois.</p><p>La politique, ce n'est pas que l'affrontement partisan ou la concurrence entre des candidatures. C'est aussi l'investissement dans des réseaux de sociabilité et on sait, par exemple, que la faiblesse du tissu associatif induit une vigueur relative du vote RN/FN. Celui-ci se discute aussi dans la vie de tous les jours: au sein de son entreprise, dans la vie associative, dans sa commune. C'est au sein de cette société civile que se forme l'opinion et l'idéologie. Tout cela est toujours suspendu et peinera à se remettre en marche d'ici un an. Entre plongée dans des difficultés matérielles, inquiétude quant à l'avenir, effondrement des lieux et cadres de sociabilité, une volatilité plus grande pourrait s'installer et provoquer une éventuelle surprise.</p><p>Le contexte idéologique est magmatique, autant que les processus électoraux nationaux deviennent potentiellement explosifs. Une seule chose est certaine: pour l'heure, la gauche est bien partie pour une marginalisation durable dans la vie politique de notre pays.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Thu, 13 May 2021 18:00:41 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/549/le-programme-commun-de-la-gauche-depuis-quarante-ans</link>
	<title><![CDATA[le programme commun de la gauche depuis quarante ans]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Quarante ans après l’accession de <a href="https://www.revuedesdeuxmondes.fr/article-revue/francois-mitterrand-ou-la-republique-des-psychodrames/" target="_blank" rel="noopener">François Mitterrand</a> à la présidence de la République, que reste-t-il de la gauche ? <a href="https://www.francetvinfo.fr/politique/la-france-insoumise/presidentielle-2022-la-gauche-est-en-mauvaise-situation-pour-plus-de-huit-francais-sur-dix-selon-notre-sondage_4373441.html" target="_blank" rel="noopener">Totalisant à grand peine 30 % des voix dans les intentions de votes</a>, divisée en trois blocs opposés (Insoumis, PS, Verts) incapables de se mettre d’accord sur un programme et une candidature commune, elle a peu de chance de figurer au second tour de l’élection présidentielle de 2022. En 1981, les socialistes promettaient au « peuple de gauche [de] passer des ténèbres à la lumière », selon la célèbre formule de Jack Lang. Une chose est sûre, quarante ans plus tard, la gauche n’a jamais été aussi éloignée des Lumières. Le côté obscur de la force semble avoir eu raison d’elle : néo-racisme, communautarisme, relativisme culturel, américanisation, défense de la religion contre la laïcité. Le Parti socialiste n’a plus de boussole, <a href="https://www.revuedesdeuxmondes.fr/mosquee-strasbourg-gros-sous-islamophobe-gauchisme/" target="_blank" rel="noopener">les Verts financent les mosquées des Frères musulmans</a> et défilent avec l’extrême gauche <a href="https://www.revuedesdeuxmondes.fr/marche-islamophobie-gauche-deshonneur/" target="_blank" rel="noopener">contre l’« islamophobie »</a>, le nouveau <a href="https://www.revuedesdeuxmondes.fr/mila-le-delit-de-blaspheme-et-la-demission-de-la-gauche/" target="_blank" rel="noopener">crime de blasphème remis au goût du jour</a> par le camp du bien. Interdiction de critiquer la religion. Tout ça pour ça !, doivent se lamenter Voltaire, Hugo et Jaurès en se retournant dans leurs tombes.</p><p>La gauche avait un sens lorsqu’elle représentait les classes populaires, se battait pour les réformes sociales, valorisait le travail, défendait l’esprit de la laïcité, était fidèle aux valeurs universalistes. La IIIe République, dont on critique tant le bilan à cause du colonialisme, avait réussi à forger un socle unificateur. Une grammaire commune dans laquelle se reconnaissait ceux qui défendaient l’égalité des chances et des droits, qui valorisaient le mérite et chérissaient l’éducation comme pilier de l’émancipation. Le récit national, en grande partie forgé par la gauche, embrassait les grandes heures de l’histoire française, réconciliait dans un même mouvement allant de Vercingétorix à la guerre de 14 « ceux qui croyaient au ciel et ceux qui n’y croyaient pas », les défenseurs de la nation et ceux de la République. Après des décennies de combats violents avec l’église, le principe de laïcité avait été accepté. Au-delà de la loi de séparation de 1905, l’État avait pour mission de protéger la liberté de conscience mais veillait aussi à ce que le religieux n’interfère pas dans la vie publique. Nul ne le contestait plus.</p><p>« Pétrifiée par la faute originelle du colonialisme mais aussi par celle de la collaboration (la chambre du Front populaire a voté les pleins pouvoirs à Pétain), la gauche a mis en place une rhétorique implacable pour se faire « pardonner » ses crimes d’antan. »</p><p>Quarante ans plus tard, la gauche n’est plus qu’un grand corps malade. La décennie des années 1980 qui l’a portée au pouvoir fut celle de la fin des idéologies, de la chute du mur, de la mondialisation. Le monde d’avant semblait englouti. La désindustrialisation accentuait le sentiment de déclassement. On prétendait que c’était le sens de l’histoire. Les ouvriers ? Une classe révolue. Il s’agissait de conquérir de nouveaux publics : les minorités, les « communautés », les populations issues de l’immigration, nouveau « peuple de gauche ». <a href="https://www.marianne.net/politique/quand-la-gauche-dit-adieu-aux-ouvriers-et-employes" target="_blank" rel="noopener">La fameuse note du think tank Terra Nova de 2011</a>, actant cette mutation de l’électorat de gauche, ne faisait qu’entériner une réalité. Le parti socialiste a-t-il eu raison d’en faire sa bible, son petit livre rose ?</p><p>Les années SOS Racisme, pleines de bonnes intentions, ont également produit leurs dégâts. La première équivalence, « critiquer la religion, c’est être raciste », date de cette époque. Lors de l’affaire du foulard de Creil, en 1989, Lionel Jospin est ministre de l’Éducation nationale. <a href="https://www.revuedesdeuxmondes.fr/laicite-contraire-integrisme/" target="_blank" rel="noopener">Baptisée Munich de la République</a> par des intellectuels républicains inquiets de cette « tolérance » envers l’islam politique au sein de l’école, l’affaire émeut SOS Racisme qui prend la défense des fillettes voilées. Gisèle Halimi, avocate et féministe historique, claque la porte de l’association. « Jamais la gauche n’a été aussi soumise aux injonctions religieuses », <a href="https://www.revuedesdeuxmondes.fr/elisabeth-badinter-la-gauche-na-jamais-ete-aussi-soumise-aux-injonctions-religieuses/" target="_blank" rel="noopener">déplore Élisabeth Badinter</a>, vent debout depuis trente ans contre les déviations essentialistes de la gauche qui favorise ce qui nous divise au lieu de mettre en avant ce qui nous rassemble.</p><p>Pétrifiée par la faute originelle du colonialisme mais aussi par celle de la collaboration (la chambre du Front populaire a voté les pleins pouvoirs à Pétain), la gauche a mis en place une rhétorique implacable pour se faire « pardonner » ses crimes d’antan :</p><p>– considérer les immigrés, surtout ceux issus des anciennes colonies, comme les nouveaux juifs. Vouloir limiter leur arrivée, leurs droits, c’est être un nazi ;<br />– ne pas favoriser l’assimilation mais respecter la culture d’origine des nouveaux arrivants. Et se vautrer dans le relativisme culturel au mépris, par exemple, du droit des femmes : leur culture n’est pas la nôtre, qu’elles restent voilées/excisées/soumises ;<br />– abandonner à leur sort les classes populaires victimes de la délinquance et de la radicalisation dans les quartiers à forte immigration, par peur d’apparaître comme stigmatisants et racistes. Et laisser Marine Le Pen engranger les voix des territoires perdus de la République ;<br />– accréditer la théorie d’un État « raciste systémique », qui serait un héritage de la colonisation. Créer une suspicion de principe contre les forces de l’ordre par essence racistes et violentes, alors que gendarmes, policiers, militaires, pompiers sont les premiers au front dans ces quartiers où les principes républicains sont bafoués continuellement.</p><p>Cette confusion des valeurs est un succès total : (presque) plus personne à gauche ne parle de social mais tout le monde parle intersectionnalité, <a href="https://www.revuedesdeuxmondes.fr/flagellation-martyrologie-ideologie-decoloniale-nouvelle-religion-seculiere/" target="_blank" rel="noopener">décolonialisme</a>, <a href="https://www.revuedesdeuxmondes.fr/ecriture-inclusive-novlangue-inquietante/" target="_blank" rel="noopener">écriture inclusive</a>…</p><p>« Les classes populaires, les artisans, les salariés, les enseignants, les ouvriers avaient une fierté et une dignité : leur travail. Encore une valeur qui ne signifie plus rien. »</p><p>Les classes populaires, les artisans, les salariés, les enseignants, les ouvriers avaient une fierté et une dignité : leur travail. Encore une valeur qui ne signifie plus rien. La bataille pour les 35 heures (et maintenant pour les 32 au sein de l’extrême gauche), le droit au revenu universel, coupent la France en deux : ceux qui en font de moins en moins et ceux qui en font de plus en plus, dans un environnement de plus en plus hostile. Les premiers de cordée de cette catégorie ? Les enseignants, les personnels soignants, les forces de l’ordre… Bien souvent des forces vives de la gauche qu’on a laissées tomber. Ces mêmes classes populaires avaient une espérance : progresser dans la société grâce à leur mérite. Que leurs enfants bénéficient de l’ascenseur social. Cela passait d’abord par l’école.</p><p>La gauche et la droite ont agi de concert pour casser l’école depuis quarante ans. Pour la droite c’est une faute, pour la gauche c’est un crime. Donner le baccalauréat à 80 % d’une classe d’âge (loi d’orientation sur l’éducation, 1989, Michel Rocard Premier ministre), c’est dévaloriser le baccalauréat, asphyxier l’université, créer du chômage. Mais comment valoriser l’apprentissage et le travail manuel quand la gauche française, censée défendre les plus humbles, les méprise autant ? Mettre l’enfant au centre du système, dévaloriser les matières nobles pour plus « d’égalitarisme » – encore une faute morale de la gauche –, c’est abandonner toute exigence. C’est tirer les plus faibles vers le bas. Le niveau est de plus en plus catastrophique.</p><p>« La gauche devait changer la vie, elle a changé de logiciel. Ceux qui ne se reconnaissent pas dans cette mutation gauchiste, communautariste et anti-laïque n’osent plus moufter de peur de se faire traiter de fascistes. »</p><p>Et les pédagos de la rue de Grenelle qui ont instauré ce naufrage réfléchissent désormais à la façon d’imposer l’écriture inclusive, nouvelle doxa du camp du bien. En vérité, une vision élitiste qui favorisera les plus privilégiés et enfoncera les plus vulnérables. Jean-Michel Blanquer s’oppose mais gagnera-t-il la partie contre le mammouth ?</p><p>La gauche devait changer la vie, elle a changé de logiciel. Ceux qui ne se reconnaissent pas dans cette mutation gauchiste, communautariste et anti-laïque n’osent plus moufter de peur de se faire traiter de fascistes. Dire que ceux qui souffrent le plus d’une immigration non contrôlée, de la radicalisation des quartiers et de la criminalité sont justement les classes populaires, c’est penser raciste. Or, tant que la gauche n’osera pas aborder de front la question migratoire, elle sera condamnée à perdre des élections. Cette triste litanie des errements et des renoncements de la gauche ne saurait faire oublier le rôle de la droite dans le déclin français. Mais si Marine Le Pen fait 43 % d’intentions de vote dans les classes populaires aujourd’hui, on le doit à un long dérèglement du sens et des valeurs de la gauche. Hélas, hélas.</p><p>Illustration : François Mitterrand vote lors du premier tour de l’élection présidentielle, le 27 avril 1981. Photo : Alamy/ABACAPRESS.COM.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
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	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/545/un-avant-propos-a-une-histoire-du-ceres</guid>
	<pubDate>Mon, 10 May 2021 13:56:04 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/545/un-avant-propos-a-une-histoire-du-ceres</link>
	<title><![CDATA[Un avant-propos à une histoire du CERES]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Le présent texte est une introduction à une histoire du CERES écrite par Didier Motchane, disparu le 29 octobre 2017. Si l’ouvrage historique relatif au CERES reste à écrire, ce texte fournira néanmoins des clés de compréhension. Didier Motchane a été l’un des fondateurs du CERES, le Centre d’Etudes, de Recherche et d’Education Socialiste, avec Jean-Pierre Chevènement, Alain Gomez, Pierre Guidoni ou Jacques-Arnaud Penant et quelques autres qui les rejoignirent au fil des années. Il en a été le charismatique théoricien, auteur en 1972 de Clés pour le Socialisme. Au fil des années 1970, il anima évidemment le CERES et ses revues (Frontière, Repères…) et fut en charge des relations avec le tiers-monde au PS.</p><p>On sait le rôle déterminant du CERES dans le Congrès d’Epinay de juin 1971. On sait aussi sa place dans la construction de l’Union de la Gauche à partir de 1972. Didier Motchane fut ainsi, avec Pierre Joxe, le co-rédacteur de la motion de synthèse d’Epinay, c’est-à-dire du véritable texte fondateur du PS, celui qui consacrait l’Union de la Gauche comme objectif stratégique en vue de la transition au socialisme. La pensée de Didier Motchane et celle du CERES sont ainsi incontestablement à verser à l’actif du socialisme français, tant la puissance conceptuelle et le caractère visionnaire qui sont alors les siennes frappent l’esprit de l’observateur. Entrés à la SFIO, vieille machine bureaucratique, les animateurs du CERES réussirent à susciter l’étincelle qui révéla la social-démocratie française à elle-même. De la vieille SFIO engluée entre FGDS et « dialogue idéologique » avec le PCF on passait à un PS doté d’une stratégie nouvelle, dont l’Union de la Gauche était le vecteur. Le dessein du CERES n’était pas « d’assumer la condition humaine du socialisme » mais bien d’instaurer « la condition socialiste de l’humanité ». Au fil des années 70 dans la majorité du PS ou dans la minorité, le CERES demeura fidèle à l’esprit d’Epinay, menant la bataille sur l’Europe ou l’autogestion, suscitant une effervescence militante qui a propulsé le courant à 26% du parti. En articulant le « mouvement d’en haut » et le « mouvement d’en bas », le CERES fut aussi un efficace pont entre la bouillonnante société des années 1970 et l’appareil en construction du Parti Socialiste. Promoteur de l’autogestion (et de la très volontariste 16ème thèse), le CERES apparaissait comme « l’aile gauche » du PS tout en revendiquant de vouloir en être « l’axe ».</p><p>Avec François Mitterrand, les relations furent marquées par l’accord politique initial puis, chemin faisant, par des désaccords mineurs puis majeurs, dont la Guerre du Golfe et le traité de Maastricht furent le paroxysme qui a provoqué la rupture. François Mitterrand dit un jour à Didier Motchane que s’ils n’avaient pas fait de politique ils auraient été amis. A partir de 1983, ils cessèrent néanmoins de se voir personnellement, considérant – du point de vue de Didier Motchane – avoir épuisé tous les sujets. L’Europe avait alors remplacé le socialisme comme grand récit mobilisateur, ce qui équivalait dans l’esprit de Didier Motchane à accepter le caractère indépassable d’un capitalisme voué à la financiarisation, dont le contenu de l’action de la CEE n’était qu’une méthodique codification. A partir de 1990, les relations se dégradant avec la majorité du PS, les amis de Didier Motchane et de Jean-Pierre Chevènement – réunis au sein de Socialisme et République – s’éloignèrent progressivement jusqu’à fonder un nouveau parti – le Mouvement des Citoyens – dont l’identité était de « gauche républicaine », ligne promue depuis 1983 et le tournant de la rigueur, et qui visait à se substituer à la ligne de normalisation européenne.</p><p>L’aventure du CERES ne saurait évidemment être rééditée à l’identique. Ne serait-ce que par la situation actuelle du PS, bien plus périlleuse que celle de l’antique SFIO. Trop de facteurs ont changé. Cependant, il manque assurément aujourd’hui un « nouveau CERES », c’est-à-dire d’abord une ligne politique, une vision qui permette de forcer le destin. Cette ligne devrait s’incarner de nouveau dans un groupe d’hommes et de femmes qui, forts d’une analyse méthodique des mutations du capitalisme mondial, imprégné par le mouvement de la société, aptes à mettre en œuvre une stratégie cohérente pourrait être la force qui ravive ce corps mort qu’est la gauche française.</p><p>Le CERES fut aussi une méthode. Cette méthode n’est, quant à elle, aucunement démodée. C’est pourquoi, en 2018, le CERES a, par la plume de Didier Motchane, encore à nous dire. Ces lignes de Didier Motchane éclaireront le lecteur sur ce que fut le CERES. Sans doute inspireront-elles quelques-un(e)s. Elles donnent une idée de ce qu’est une authentique pensée politique. – Gaël Brustier.</p>
<p>Avant-propos à une histoire du CERES, par Didier Motchane</p>
<p>Ne rien écrire sur soi qu’au présent. Béaba-tificateur de son impuissance romanesque, l’autobiographe pontifiant ou pénitent ne se fait jamais que le souverain veuf d’une mémoire épuisée. Cependant des souvenirs toujours inégalement partagés, mais pour peu qu’ils le soient, appellent clairement l’honneur du récit, s’ils perpétuent le bonheur d’une commune présence, parce qu’ils sont les témoins d’un éternel espoir, fut-il éternellement cantonné aux demeures du futur antérieur.</p><p>Dans le cours ordinaire du temps, l’espoir – et le désespoir – de changer la vie, afin de – ou faute de – changer sa vie, gisent côte à côte. Ils se raniment l’un l’autre à partir de la banalité de la condition humaine. C’est la trace d’un mouvement de ce genre que l’histoire du CERES pourrait nous avoir laissé.</p><p>N’importe quel âge de la vie peut faire de sa jeunesse son horizon mental. La jeunesse elle-même y vit le rêve de son éternité. D’autres temps de l’existence s’y marient ; ils assaisonnent une rétrospection douce – amère à la saveur des revanches posthumes. Telle aurait été la jeunesse du CERES, jeunesse d’espoir d’une renaissance du socialisme.</p><p>***</p><p>L’Europe, comme d’ailleurs l’ensemble du monde des années 60, porte la marque d’une mutation des héritages de la guerre.</p><p>Sur le fond d’une conscience accélérée, toujours plus impatiente, de l’activité économique, soutenue par la diffusion planétaire d’une pensée technicienne ingénument distribuée selon la préséance des rentes, le cloisonnement des savoirs et la puissance militaire. L’acuité des conflits qui opposent les nations et les divisent elles-mêmes s’est revissée d’un quart de tour. Sous l’emprise d’un capitalisme dont l’empire tend à égaler l’ambition jusqu’à toucher son horizon planétaire, la mondialisation départage plus profondément désormais le Nord et le Sud du monde que l’Est et l’Ouest qui sont les apostats du socialisme déclaré des renégats de la Révolution.</p><p>Les Trente Glorieuses auront été l’épopée du Nouveau Scientisme Historique où les idées du Progrès, fondées sur la conviction de la permanence d’une Croissance majuscule, d’une croissance économique ininterrompue se réinventèrent. L’Europe, ou plus largement ce que l’on appelait l’Occident, semblait faire l’expérience du régime durablement stabilisé d’une marche à l’abondance sans autres à coups que ceux des – relativement – légers coups de lancette de ponction monétaire qui, comme ceux des médecins de Molière, venaient de loin en loin maintenir la circulation bien étagée de la richesse. Dans ce cours tranquille, les entrepreneurs – capitalistes de la dette – et leurs héritiers – capitalistes de la rente – se sont partagé le haut du pavé avant de le céder à ces piétons du ciel atterris sur les tapis volants de la finance : « gnomes de Zurich » et d’ailleurs, spermatozoïdes distillateurs de l’Argent Roi.</p><p>Ce fut le moment où l’avènement d’une fin de l’histoire, c’est-à-dire son accomplissement, put s’entendre proclamer aux pauvres des pays riches à l’unisson des riches de tous les pays, comme le règne spirituel d’un social-libéralisme étendant la main sur le monde de la misère et de la peur pour s’en faire le bénisseur définitif.</p><p>Ainsi n’était-il plus question de mettre en cause l’abîme d’inégalités des revenus, des patrimoines et des savoirs, mais d’en pérenniser la légitimité. L’histoire accomplie, sanctuarisée par le temps, éloigne au Royaume de l’Au-delà la république de l’égalité des chances, l’urgence et le lieu d’un repartage du passé par le présent. Telle est l’intime contradiction que porte la financiarisation de l’économie spéculaire : prise entre les murs du capital accumulé, la spéculation ne peut sans se détruire soustraire l’ordre de ses raisons au calcul, l’avenir au passé, la vie à la mort.</p><p>Sans doute l’Ange Gardien des Trente Glorieuses – la Croissance – a-t-il déplacé vers le haut les failles de l’intégration sociale par son œuvre et par son mythe ; mais celle-ci s’approfondit : telle est la pente de la société bourgeoise qu’aucun tempérament de protection sociale, aucun placebo,  ne saurait redresser à peine d’en détruire le ressort. Ce fut un train qui, en déplaçant plus vite des wagons de plus en plus nombreux et de mieux en mieux suspendus, laissait une proportion croissante des voyageurs en gare, ou sur les bas-côtés de la voie.</p><p>Les petits cailloux de la pauvreté blessent davantage au fond d’une botte d’éboueur qu’à un va-nu-pieds les graviers de sa misère. Sans ralentir le pas du peuple trottinant qui reste à l’aise à côté des petits souliers de sa bonne conscience. Cette portion bouillonnante du produit de la machine d’un capitalisme désangoissé tournant à plein régime dans la candeur –ou le cynisme refoulé du Nouveau Scientisme Historique – était moins un objet de scandale que de compassion ; en raison peut-être du fait que ce que l’on pourrait nommer l’humeur installée du siècle, son « idéologie dominante » devenait, suprême illusion, celle de la mort des idéologies. Raymond Aron venait détrôner Jean-Paul Sartre dans le magistère du Grand Maître Penseur pour prononcer, avec le geste de l’étalonneur des certitudes et du donneur de diapason, l’éloge funèbre et réjouie du marxisme ; au-delà de l’extinction célébrée de celui-ci,  c’était l’éthique de l’engagement avec l’ensemble des engagements existentiels de l’Après Libération qui s’en trouvaient plus ou moins nettement récusés.</p><p>Qui aurait pu attendre de l’esprit du Nouveau Scientisme Historique que s’en gonflassent les voiles d’une  « Grande Cause » ? Au travers de la titillation obsédante des processus d’évaporation inéluctable de ses révoltes, l’humanité chercherait l’apaisement de ses anxiétés archaïques dans sa « modernité » ; les petites voix chevrotantes de cette fin de siècle ne se lassent pas d’invoquer chacune la leur. Ce ne sont pas celles de Rimbaud.</p><p>Comme un vaste ressac des élans de la Libération dont le 10 mai (1958) fut sans doute dans le désarroi de la République, avec le retour du Général de Gaulle, un dernier et combien ambivalent soubresaut, les années 50 – 60 auront été celles de la décolonisation, dans la douleur des guerres d’Indochine et d’Algérie. Elles portent la marque d’une démoralisation croissante de l’esprit public, que les déferlements libertaires de mai 68 tentaient pathétiquement de régénérer.</p><p>La Cinquième république a couvert comme d’une burqua les déhanchements d’une société française violemment arraisonnée par un capitalisme qui n’en avait jusque là caressé que les bords : à preuve l’exode rural, diffus en France depuis le Second Empire, brutalement torrentiel après 1950. Le capitalisme de la dette subjugue le capitalisme de la rente dont il est issu sans le remplacer. Notre visage national lui doit ses grimaces d’aujourd’hui.</p><p>En bref, l’efflorescence du social-libéralisme envahit l’air du temps ; un ninisme politique, qui prenait naguère le masque de la « Troisième Force » berce le peuple dans une balançoire dont les partis politiques tirent les quatre bouts ; de la Gauche à la Droite, même mélopée ; des paroles différentes font refrain. Elles changent un peu de rythme mais jamais de ton ; de Delors en Sarkozy, de Juppé en Hollande le débat public s’englue dans une à peu près même rhétorique social-démocrate, au point de s’en faire entendre comme une langue commune.</p><p>Gauche, Droite, droite, gauche ; que ne cessiez-vous, vieilles et jacassantes ennemies complices, de vous serrer chaleureusement la « main réciproque » (selon l’expression rescapée d’une copie de baccalauréat recueillie par un ami) ; que ne cessez-vous  de tenter perpétuellement de vous définir l’une par l’autre, plutôt que d’assumer la vérité de votre regard sur le monde, le choix des points de vue pris pour le dévisager ; mais tout de même, quoiqu’il en soit, faire votre monde des miettes de l’univers que vous pourrez recueillir. Ce que vous manquerez à tous les coups ma Gauche, tant que vous vous résignerez à n’être que l’espace rétréci de l’âme renoncée du siècle, errant infiniment au désert élargi de sa passivité. Celle la même où la troupe remuante de toutes nos droites nourrit d’angoisse le troupeau de vos béatitudes.</p><p>La démystification des communismes déclarés, dont la Chute du Mur marque la débâcle, la fin de la guerre froide puis le saut américain de Bush à Obama, l’exténuation accélérée des utopies tiers-mondistes et du mythe de l’accomplissement démocratique de l’histoire, laissent désormais, et semble-t-il pour un long moment, l’Europe sans utopie, au fur et à mesure que s’en dégonfle lentement la baudruche – sauf sans doute pour quelques instants encore, aux yeux des peuples est-européens fraîchement émancipés de l’emprise soviétique, le Saint–Graal du capitalisme lui-même dont ils sont toujours en quête. Leur reste encore pour ce faire l’Europe elle-même,  inaccessible parce qu’indéfinissable idéologie de rechange offerte à des sociaux-libéraux non déclarés. L’européisme, cette idolâtrie douce, verse à ces exilés du capitalisme la plus romantique des sublimations possibles, celle de l’économisme indéfectiblement social-libéral des bourgeoisies contemporaines.</p><p>Telle était la toile de fond sur laquelle le CERES a voulu inscrire son destin. Mieux vaut maintenant laisser parler les textes qui en ont scandé les intentions et les efforts plutôt que les empaqueter d’une glose rétrospective. Ne s’agit-il pas aujourd’hui, plus que toujours, de rénover et de réunir une gauche capable, du fond de son marasme actuel, de rendre aux orphelins du socialisme le sens de mots trop souvent perdu ?</p><p>Rappelons encore que cette gauche ne doit pas chercher à se définir par rapport à ses adversaires, ou ses partenaires sur un échiquier politique, mais par la détermination de sa raison d’être : dans les conflits de classe qui traversent l’épaisseur sociale dont l’expérience, selon le mot de Fernand Pelloutier, « donne aux dominés la science de leur malheur ». Cette gauche s’éprouve dans une prise de conscience de la République dont l’effort même constitue celle-ci ;  transcendant les clivages qui opposent justement la Gauche et la Droite, elle nomme un peuple à l’existence à partir de sa population et selon l’essence métaphysique de celle-ci.</p><p>Ainsi la République le fait de la nation, dont l’indépendance, brique de base d’un internationalisme républicain, pétri au four d’une souveraineté populaire authentique, sauvegarde de la démocratie contre les emprises du capital et l’atteinte des empires.</p><p>Egalement éloignés des romantismes et des cynismes contemporains le CERES s’est voulu le radiesthésiste des sources profondes du socialisme républicain, s’efforçant en cela de faire grandir une troupe fidèle, soucieuse d’offrir aux enfants du siècle la générosité et la sobriété en partage. Tel est le sens de la République moderne dont il cherche à ranimer l’esprit à partir d’une commune ferveur ; héritage contrasté, mais poursuivi de Babeuf en Marx, de Robespierre à Jaurès, de Saint Just à Clémenceau, De Gaulle et Mendès France.</p><p>Crédits photos : ©Communautés européennes 1985</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Sat, 08 May 2021 07:17:37 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Deux regards africains posés sur les collections du musée sur l&#039;esclavage de Nantes]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Un artiste béninois et un historien ivoirien questionnent la responsabilité des Africains dans le processus colonial, n'hésitant pas à bousculer les discours convenus.</p><p class="fig-paragraph">À partir du 19 mai, une exposition au château des ducs de Bretagne proposera deux regards africains, d'un artiste béninois et d'un historien ivoirien, sur les collections du musée d'Histoire de Nantes sur l'esclavage. «L'objectif est de porter un regard neuf sur nos collections en décolonisant notre pensée», a expliqué, lors d'une visite de presse, Krystel Gualdé, directrice scientifique du musée et commissaire de l'exposition «Expression(s) décoloniale(s) #2».</p><p class="fig-body-link">À lire aussi :<a class="fig-body-link__link fig-premium-mark" href="https://www.lefigaro.fr/arts-expositions/2017/04/27/03015-20170427ARTFIG00304-jean-pigozzi-les-artistes-africains-sont-venus-a-moi.php" data-fig-type="Article" data-gtm-custom-categorie="navigation" data-gtm-custom-action="crossclick" data-gtm-custom-label="Contextuel" data-gtm-event="customEventSPE" data-fig-domain="LEFIGARO">Jean Pigozzi : «Je suis parti avec l'objectif de faire la plus grande collection d'art africain contemporain»</a></p><p class="fig-paragraph">La première édition de l'exposition s'était tenue en 2018 avec l'artiste congolais Moridja Kitenge. Organiser cet événement dans cette ville, qui fut le premier port négrier français avant l'abolition - définitive - de l'esclavage en 1848, est un symbole fort. Jusqu'au 14 novembre prochain, la cour du château et les salles du musée accueilleront vingt pièces de l'artiste béninois contemporain Romuald Hazoumé, dont les oeuvres réalisées à partir de matériaux de récupération sont exposées dans le monde entier. «J'ai le devoir, comme artiste, de dire aux miens qu'il faut prendre notre part de responsabilité dans l'histoire de l'esclavage pour faire notre résilience et régler les problèmes d'aujourd'hui, a déclaré le plasticien à l'Agence France-Presse. Il faut arrêter de dire que les Occidentaux sont les seuls responsables, car pour qu'il y ait des acheteurs d'esclaves, il fallait des vendeurs.»</p>
<p>Des voix «peu entendues et acceptées»</p>
<p class="fig-paragraph">L'historien ivoirien Gildas Bi Kakou a, pour sa part, été convié à commenter plusieurs pièces du musée à l'aune de ses recherches sur la traite négrière en Côte d'Ivoire, qui préexistait à l'arrivée des Européens. «Cette recherche n'est pas encouragée en Afrique car elle gêne pour des raisons politiques et d'harmonie sociale», a indiqué le chercheur, auteur d'une série de cartels intitulés Un autre regard historique.</p><p class="fig-body-link">À lire aussi :<a class="fig-body-link__link fig-premium-mark" href="https://www.lefigaro.fr/musique/gael-faye-l-afrique-n-est-plus-une-colonie-il-y-a-une-decolonisation-des-esprits-a-operer-20190819" data-fig-type="Article" data-gtm-custom-categorie="navigation" data-gtm-custom-action="crossclick" data-gtm-custom-label="Contextuel" data-gtm-event="customEventSPE" data-fig-domain="LEFIGARO">Gaël Faye: «L’Afrique n’est plus une colonie. Il y a une décolonisation des esprits à opérer»</a></p><p class="fig-paragraph">L'historien souligne que les esclaves venaient des côtes mais aussi de l'intérieur du pays, via les cours d'eau, avec l'appui de populations locales qui prélevaient un droit de passage, enchérissant le «coût» de l'esclave au fil de son trajet. «Les voix de cet artiste et de cet historien sont encore peu entendues et acceptées sur le continent africain», s'est navrée Krystel Gualdé.</p><p class="fig-paragraph">Plusieurs oeuvres monumentales sont réalisées à partir de bidons utilisés dans le trafic d'essence frelaté entre le Nigéria et le Bénin. Transportés par des hommes au péril de leur vie, ils alimentaient jusqu'à peu la majorité du pays en essence. Une autre pièce maîtresse, placée à l'entrée du musée, prend la forme d'un dé, formé par des tongs laissées par des migrants avant leur traversée mortifère en Méditerranée, et interroge sur le prix à payer pour obtenir une vie meilleure.</p><p class="fig-paragraph">À VOIR AUSSI - Figaro Hors-Série: le rétablissement de l'esclavage est-il la preuve du racisme «systémique» de Napoléon ?</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
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	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/532/a-t-on-deja-vu-une-voix-off-contaminer-des-telespectateurs</guid>
	<pubDate>Sun, 02 May 2021 08:31:34 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/532/a-t-on-deja-vu-une-voix-off-contaminer-des-telespectateurs</link>
	<title><![CDATA[a-t-on déjà vu une voix off contaminer des téléspectateurs ?]]></title>
	<description><![CDATA[<p class="article-text article-body__item">Que demande-t-on à la voix off d’un film documentaire ? D’être posée et agréable. Qu’elle se fasse neutre, et distanciée.</p><p class="article-text article-body__item">Dans un monde idéal, ce sont les critères que le directeur régional de France 3 Centre-Val-de-Loire, et seulement ceux-ci, aurait dû prendre en compte pour valider le film que la ville d’Orléans a produit à l’occasion des festivités annuelles célébrant Jeanne d’Arc, et que la chaîne publique s’était engagée à diffuser afin de pallier l’impossibilité pour les spectateurs locaux de s’y rendre, dans le contexte sanitaire que nous connaissons.</p><p>« Jeanne d’Arc entendait des voix. Monsieur le directeur régional ne veut pas entendre celle de Charlotte d’Ornellas. »</p><p class="article-text article-body__item">Mais le directeur régional de France 3 a décidé de prendre en compte d’autres critères. À qui appartient donc cette voix ? Ne travaille-t-elle pas dans un média qui ne me plaît pas ? Jeanne d’Arc entendait des voix. Monsieur le directeur régional ne veut pas entendre celle de Charlotte d’Ornellas, sous prétexte qu’elle travaille dans un journal dont la ligne éditoriale ne lui convient pas.</p><p class="article-text article-body__item">Peu importe qu’elle soit elle-même orléanaise, et qu’elle ait d’ailleurs incarné Jeanne d’Arc il y a quelques années dans lesdites fêtes johanniques. Peu importe que sa pratique régulière des médias audiovisuels la prédispose professionnellement à cet exercice. L’important, ce n’est pas le message, mais le messager.</p>
<p>Sectaire sans le savoir</p>
<p class="article-text article-body__item">« Quand j'ai appris, lundi, que la voix off de ce programme serait faite par une journaliste de Valeurs actuelles les bras m'en sont tombés. Pour un programme diffusé sur une chaîne publique, c'est quand même très compliqué », explique-t-il à La République du Centre. En quoi, Monsieur le directeur régional ? A-t-on déjà vu le timbre d’une voix off contaminer des téléspectateurs ? Vous seriez-vous posé la question si la ville d’Orléans avait proposé la mission à un journaliste de l’Humanité ou de Mediapart ? Le pire, c’est qu’il n’y voit pas malice. Il n’y a aucun cynisme de sa part. À la manière de Monsieur Jourdain, le directeur régional de France 3 est sectaire sans le savoir.</p><p class="article-text article-body__item">La plupart des téléspectateurs, d’ailleurs, comme pour tout film documentaire, ne se seraient pas préoccupés de l’identité de la propriétaire de la voix. Je prends à témoin les lecteurs de ces lignes. Combien de fois vous vous êtes souciés de cela en regardant un film documentaire ? Parfois, on reconnaît un acteur célèbre. Il m’est arrivé de reconnaître Francis Huster à l’occasion. Mais la plupart du temps, surtout quand c’est réussi, on ne cherche pas à savoir. C’est un peu comme un arbitre de football : si on ne s’aperçoit pas de sa présence, c’est qu’il a réalisé le match parfait.</p>
<p>Timbre de voix politique</p>
<p class="article-text article-body__item">Nous nous doutions qu’une voix off pouvait être genrée. Nous pouvions lui trouver un accent local ou pas. Nous pouvions parfois déceler la fréquentation régulière de nicotine. Mais jamais, ô grand jamais, nous n’aurions eu l’idée farfelue d’accoler à ce timbre une orientation politique ou idéologique. Grâce au directeur régional d’une antenne du service public de télévision, nous savons désormais que nous manquions singulièrement d’imagination.</p><p class="article-text article-body__item">Alors oui, Monsieur le directeur régional, France 3 est effectivement une chaîne publique, financée par les contribuables. Tous les contribuables. Et que son dirigeant se permette de refuser un film sur des critères non professionnels, qu’il se permette ainsi de faire le tri selon des critères politiques, « c’est quand même très compliqué ». Et les bras nous en tombent.</p><p class="article-text article-body__item">À LIRE AUSSI : <a href="https://www.marianne.net/agora/2020-annee-de-la-censure-enquete-sur-les-nouveaux-maitres-censeurs">2020, année de la censure : enquête sur les nouveaux maîtres censeurs</a></p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
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	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/531/rapprochement-de-lr-et-lrem-en-provence</guid>
	<pubDate>Sun, 02 May 2021 08:26:59 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/531/rapprochement-de-lr-et-lrem-en-provence</link>
	<title><![CDATA[Rapprochement de LR et LREM en Provence]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Le rapprochement de LR et LREM en Provence, dès le premier tour, n'est une surprise que pour ceux qui ne voulaient pas voir que tout était écrit dès lors que Christian Jacob était élu président de LR.</p>

<p>Cet accord, qui n'est pas le premier pour qui s'est intéressé aux municipales, en prépare bien d'autres. Une énorme vague entre les deux tours des régionales et départementales, voire un tsunami lors des fameux "troisièmes tours".</p>

<p>Beaucoup d'élus LR ne voient dans ce rapprochement LR-LREM qu'une resucée de la bonne vieille alliance RPR-UDF. La logique, c'est le soutien à la prochaine présidentielle d'Emmanuel Macron, dont bien souvent le nom fait briller leurs yeux quand on le prononce devant eux.</p>

<p><a rel="nofollow" href="https://www.facebook.com/David%20Desgouilles">David DESGOUILLES</a></p>
]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/528/du-respect-des-puissants-%E2%80%93-chronique-147-%E2%80%93-le-blog-de-bertrand-renouvin</guid>
	<pubDate>Sat, 01 May 2021 06:44:48 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/528/du-respect-des-puissants-%E2%80%93-chronique-147-%E2%80%93-le-blog-de-bertrand-renouvin</link>
	<title><![CDATA[Du respect des puissants – Chronique 147 – Le blog de Bertrand Renouvin]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Lors de visites officielles, quand les bains de foule ne sont pas soigneusement préparés, il arrive que les dirigeants du pays soient interpellés par des citoyens en colère. Un chroniqueur d’Arrêt sur images (1) a rassemblé et commenté quelques-unes de ces confrontations. Je choisis les plus récentes, qui mettent en scène Emmanuel Macron et Bruno Le Maire.</p><p>Le 5 septembre 2017, dans une usine, au milieu d’un groupe, un homme refuse la main tendue par le président des riches :</p><p>–          Je ne vous salue pas !</p><p>–          Vous savez, saluer, c’est de la politesse. Je suis gentil avec les gens, rétorque Emmanuel Macron.</p><p>Le 5 avril 2018, au CHU de Rouen, deux aides-soignantes interpellent Emmanuel Macron et lui expliquent leurs difficultés :</p><p>–          Je vous écoute, j’ai la courtoisie alors que vous ne m’avez même pas serré la main, répond le président avant de poursuivre son chemin.</p><p>Le 23 février 2018, à l’usine Peugeot de Mulhouse, un délégué de la CGT s’adresse au ministre des Finances en évoquant la situation des intérimaires qui gagnent moins de 1 000 euros par mois : ils sont 1 400 dans l’usine, ce qui est contraire au droit car il faut à partir d’un certain moment les embaucher.</p><p>–           Vous êtes le ministre des Finances, vous êtes ministre, est-ce que vous êtes venu ici pour faire respecter la loi ? demande le délégué CGT.</p><p>–          Vous pourriez d’abord, monsieur, dire bonjour, rétorque Bruno Le Maire qui demande au délégué de lui serrer la main.</p><p>–          Non ! je ne vous serrerai pas la main. Vous allez écouter parce que vous êtes ministre.</p><p>–          Je n’écoute pas ceux qui ne me serrent pas la main, qui ne me disent pas bonjour. Vous êtes ici dans une entreprise qui marche, qui fonctionne …</p><p>La technique de communication est simple : l’interpellateur est disqualifié par son impolitesse, alors que l’interpellé se signale à son entourage et aux caméras par sa courtoisie. L’atteinte aux bonnes manières justifie le refus d’un débat… qui pourrait mettre l’interpellé dans l’embarras.</p><p>Les deux oligarques vont certainement faire école et les citoyens en colère seront systématiquement renvoyés à leur prétendue grossièreté. Pourtant Emmanuel Macron, titulaire d’un Diplôme d’études approfondies de philosophie, et Bruno Le Maire, agrégé de lettres modernes, devraient savoir que leur habileté face aux « gens » est cousue de gros fil blanc.</p><p>Quand un dirigeant politique contesté en appelle à la politesse, il se place sur un terrain mouvant. La politesse n’est pas une vertu mais une qualité ambiguë. Il existe mille manières blessantes d’être poli ou de cacher sous ses bonnes manières des intentions malveillantes. Les règles de la politesse doivent cependant être respectées car elles inclinent au respect des autres, de tout autre personne.</p><p>Dans la vie quotidienne, on se salue sans effort et de différentes manières selon la nature des relations qu’on entretient avec autrui. Il est d’ailleurs impoli de faire remarquer à l’autre son impolitesse, surtout devant témoins, car ce type de remarque crée un malaise alors que la politesse a pour fonction de mettre chacun à l’aise. Si l’on se place du point de vue des relations interpersonnelles, Emmanuel Macron se comporte en personnage mal élevé : dans les dialogues précités, il se sert de la politesse pour humilier – attitude courante dans les hautes classes. De plus, il s’adresse aux personnes qui le contestent dans le cadre d’un rapport de forces : il est entouré des policiers chargés de sa protection – ou d’hommes de main.</p><p>Emmanuel Macron se présente, très normalement, comme une autorité qui dispose de la force et il se sert de cette force pour imposer, non la politesse, mais le respect. Mettre en valeur son autorité, sous prétexte de politesse, c’est une manière de dire que tout citoyen, même mécontent, doit respecter l’autorité politique – président de la République ou ministre.</p><p>Respecter l’autorité, c’est l’évidence même ! Mais à condition que l’on s’entende sur ce qui signifie l’autorité et sur ce qu’implique le respect. Au cours de leurs belles et longues études, Emmanuel Macron et Bruno Le Maire ont étudié Blaise Pascal et ses Trois discours sur la condition des grands ne leur ont certainement pas échappé. Tous deux se souviennent que Pascal s’adresse au jeune Charles-Honoré d’Albert. Nous sommes en 1660, au début du règne de Louis XIV, et le jeune Charles-Honoré n’est pas n’importe qui : fils de Louis-Charles d’Albert de Luynes, il deviendra duc de Chevreuse. Pascal prépare Charles-Honoré à devenir « grand », selon son grand lignage, à une époque où l’on ne plaisante pas avec l’autorité. Or l’enseignement pascalien a pu déconcerter son élève et paraît aujourd’hui encore fort étrange à ceux qui ont en tête les clichés sur le Grand Siècle « absolutiste » et sur une société d’Ancien régime hiérarchisée en ordres – noblesse, clergé, tiers-état.</p><p>Pascal enseigne en effet que l’homme qui a un rang élevé dans la société peut agir avec les hommes selon son rang dans l’espace public, mais il doit se souvenir qu’il est, par état naturel, dans une « égalité parfaite » avec les autres hommes. Il faut en effet distinguer dans le monde deux sortes de grandeurs. Les grandeurs naturelles sont des « qualités réelles et effectives de l’âme ou du corps » comme la santé, la force, la vertu, l’intelligence. Les grandeurs d’établissement sont créées par la volonté humaine, par la « fantaisie des hommes » pour honorer certains « états » ou statuts sociaux : la noblesse est le fruit de ce type de convention, dont Pascal ne discute pas plus la nécessité que la règle qui fait qu’un fils succède à son père dans la royauté.</p><p>Faudrait-il donc respecter toutes les formes d’autorité, sans se poser de questions ? Dans les régimes tyranniques, où l’on confond les grandeurs naturelles et les grandeurs d’établissement – Staline, proclamé coryphée des sciences -, le respect de tout ce qui est déclaré respectable est imposé par la violence. Dans la France monarchique et royale, il doit en aller autrement. Il y a certes des grands qui pèchent par insolence, en se croyant supérieurs en tous points aux hommes qui ne sont pas de leur rang. Ces nobles se trompent et nous trompent, dit Pascal : « nous devons quelque chose à l’une et à l’autre de ces grandeurs ; mais comme elles sont d’une nature différente, nous leur devons aussi différents respects ».</p><p>Aux grandeurs d’établissement, nous devons des respects d’établissement, « c’est-à-dire certaines cérémonies extérieures […] » qui varient selon l’importance du personnage : « il faut parler aux rois à genoux ; il faut se tenir debout dans la chambre des princes ». Le respect tient aux signes extérieurs de respect, selon les indications du protocole et des simples usages. Quant aux grandeurs naturelles, elles méritent notre estime. D’où la célèbre maxime pascalienne : « Il n’est pas nécessaire, parce que vous êtes duc, que je vous estime ; mais il est nécessaire que je vous salue ». Pascal ajoute qu’un duc peut être estimé s’il fait preuve de ses qualités naturelles, mais précise qu’un duc malhonnête mériterait encore le salut extérieur assorti d’un profond mépris intérieur.</p><p>Les « Trois discours » mériteraient une présentation moins succincte mais il faut en revenir à l’attitude des ouvriers et des employées face à Emmanuel Macron et Bruno Le Maire. Si par le plus grand des hasards les lignes qui précèdent leur tombent sous les yeux, ils se diront que Pascal leur donne raison : le président de la République et le ministre de l’Economie et des Finances ont un statut qui relève des grandeurs d’établissement : il est par conséquent nécessaire qu’on les salue !</p><p>Pourtant, cette nécessité peut être mise en question.</p><p>Plus haut, j’ai coupé une citation de Pascal : nous devons des respects d’établissement, écrit-il, « c’est-à-dire certaines cérémonies extérieures qui doivent être néanmoins accompagnées, selon la raison, d’une reconnaissance intérieure de la justice de cet ordre … ».</p><p>La « justice de cet ordre » ? Ces mots évoquent la théorie pascalienne des ordres – l’ordre de la chair, l’ordre de l’esprit, l’ordre de la charité. Ces ordres hiérarchisés sont en relation grâce à un principe de justice qui règle également les actes qui se déroulent à l’intérieur de chaque ordre (2). L’action politique s’inscrit dans l’ordre de la chair. Emmanuel Macron et Bruno Le Maire sont des « grands de chair ». Mais la force sans la justice est tyrannique et c’est bien la question de la justice que posent les ouvriers et les employées aux autorités politiques.</p><p>Face aux « gens », Emmanuel Macron fait son malin mais il a créé, depuis son élection, une confusion telle que l’ordre constitutionnel s’en trouve à nouveau récusé. Au siècle de Louis XIV et de Pascal, les statuts sociaux et politiques étaient clairement assignés : on était roi de France, ou on était duc. Depuis le début de notre siècle, on voit des hommes politiques se faire élire à la présidence de la République puis agir comme s’ils étaient chef du gouvernement. Au CHU de Rouen, les aides-soignantes parlent de leurs problèmes comme si elles avaient en face d’elles un ministre de la Santé publique et Emmanuel Macron leur répond effectivement par des considérations pratiques avant de rompre le débat au prétexte d’un manquement aux règles élémentaires de la politesse.</p><p>Mais cette politesse, qui la demande ? Et pour qui ? Emmanuel Macron pourrait rappeler que le respect est dû au président de la République. Il ne le fait pas : « je suis gentil avec les gens » s’exclame-t-il. Il invoque donc une grandeur naturelle – une vertu – et demande qu’on la reconnaisse par quelque signe qui établirait une connivence – au moins dans la gentillesse commune aux hommes de bonne volonté. Pascal jugerait que cette posture est tyrannique : la tyrannie, selon lui, c’est de sortir de son ordre pour imposer sa puissance là où elle ne doit pas s’appliquer. On n’impose pas les préceptes de la religion aux hommes de sciences ; on ne se sert pas de la reconnaissance due à une grandeur d’établissement pour faire reconnaître une grandeur naturelle. Faut-il vraiment s’incliner devant la gentillesse d’un personnage accompagné du préfet en uniforme et de gardes du corps ?</p><p>Les employées et ouvriers tancés par Emmanuel Macron ont raison de ne pas céder à ce qui n’est qu’une tentative d’intimidation. A Rouen, les employées du CHU réclament à l’Etat les moyens de soigner les malades. Elles demandent que les malades soient respectés, que leur métier soit respecté, et elles reçoivent une leçon de bonnes manières.</p><p>Devant l’usine Peugeot de Mulhouse, c’est la même requête que le délégué de la CGT adresse à l’autorité politique représentée par Bruno Le Maire. Le syndicaliste ne s’adresse pas à un simple visiteur mais au ministre des Finances qui doit effectivement vérifier, comme ministre, que la loi est respectée. Comme Emmanuel Macron, Bruno Le Maire invoque les règles de la politesse pour justifier son refus du dialogue. Mais c’est le syndicaliste qui a raison : il n’a pas à prodiguer des marques extérieures de respect à un ministre qui ne respecte pas le principe de justice dans l’ordre qui est le sien. Pour reprendre les termes de mon maître Claude Bruaire (3), le délégué CGT demande, selon la raison politique, que toute la force de l’Etat soit appliquée à la justice.</p><p>Le principe de justice est supérieur à toute la machinerie entrepreneuriale et s’impose lors de l’élaboration du budget de l’Etat. Ce sont « les gens » qui donnent des leçons de philosophie politique aux « grands » de notre époque, si fiers de leurs titres universitaires, et tellement assurés de leur puissance. Leur politesse affectée n’est que le masque de leur violence.</p><p>***</p><p>(1)    Arrêt sur images, Chronique de André Gunthert :  <a href="https://www.arretsurimages.net/chroniques/le-regard-oblique/serrez-moi-la-main-ou-larme-de-la-politesse">https://www.arretsurimages.net/chroniques/le-regard-oblique/serrez-moi-la-main-ou-larme-de-la-politesse</a>. En accès libre.</p><p>(2)    Cf. Christian Lazzeri, Force et justice dans la politique de Pascal, PUF, 1993.</p><p>(3)    Claude Bruaire, La raison politique, Fayard, 1974.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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