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	<title><![CDATA[Signet Loupe: Articles de blog de France]]></title>
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	<description><![CDATA[]]></description>
	
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	<pubDate>Mon, 02 Jan 2023 11:19:39 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Le populisme de gauche a-t-il encore un avenir ? – Le Temps des Ruptures]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Tel qu’il a été théorisé en 2018 par Chantal Mouffe (1), le populisme de gauche repose sur les principes suivants :</p>
<p>Le rejet de la vision marxiste fondée sur l’opposition capital / travail. Pour Mouffe, la conception traditionnelle de la gauche n’est plus audible car cette dernière a longtemps limité sa définition du « peuple » à une conception économique et les luttes politiques à la défense d’une classe ouvrière essentialisée. À l’inverse, Mouffe insiste sur le fait que des luttes nouvelles sont advenues depuis les années 1970 : mouvements antiracistes, droits des LGBT, combats écologistes… Ces nouvelles revendications doivent être mieux prises en compte et articulées entre elles au sein des stratégies de gauche.<br />S’appuyant sur la pensée de Gramsci, Mouffe considère que la société fonctionne sur la base d’une succession de phases d’hégémonies culturelles qui imposent une certaine vision du monde et s’inscrivent dans les institutions. Par exemple, avec l’arrivée de Thatcher dans les années 1980, l’hégémonie néolibérale aurait succédé à la phase de partage hégémonique caractéristique de l’époque keynésienne. Cette culture néolibérale se serait ensuite diffusée au sein de l’appareil d’État qui ne peut de ce fait être considéré comme un agent neutre politiquement.<br />La crise financière de 2008-2009 a entrainé la déstabilisation de l’hégémonie néolibérale. Cette situation ouvre ce que Chantal Mouffe appelle un « moment populiste », une situation sociale qui permettrait d’instaurer une nouvelle hégémonie politique. Cette lutte pour l’hégémonie prend la forme d’un affrontement entre deux visions. Une vision réactionnaire (populisme de droite ou d’extrême droite) et une vision que Chantal Mouffe entend promouvoir : le populisme de gauche.<br />Les leaders de la gauche doivent donc saisir cette opportunité en engageant une bataille culturelle rassemblant les mouvements de gauche et les revendications communautaires variées afin de « construire un peuple » sur le principe d’une « chaine d’équivalences » permettant d’articuler ensemble les revendications très variées des luttes s’opposant au néolibéralisme : écologistes, féministes, ouvriers, anti-autoritaires, anti-racistes…<br />Ce rassemblement du « peuple » ainsi construit par la bataille culturelle permettrait d’engendrer un « nous » collectif fondé sur l’opposition avec le « eux » de « l’oligarchie ». L’établissement de cette nouvelle frontière peuple / élite doit être l’occasion de « radicaliser » une démocratie fondée sur des antagonismes qui sorte de « l’illusion du consensus »(2) caractéristique de l’ère libérale et de la gauche sociale-libérale.</p>
<p>À la fin de son livre, Chantal Mouffe fait part des discussions nourries qu’elle a eu avec un certain nombre d’intellectuels et de responsables politiques qui ont inspiré sa pensée. Jean-Luc Mélenchon et François Ruffin sont notamment cités. Ainsi, ce petit livre peut se lire comme la théorie qui a nourri la stratégie politique de la France Insoumise mais aussi comme une synthèse de la revitalisation politique tentée par ce mouvement. Si cette stratégie a connu des évolutions, bien décrites par le journaliste Hadrien Mathoux (3), elle n’en a pas moins continué de respecter la plupart des principes énoncés dans l’ouvrage de Mouffe.</p><p>Pourtant, la mise en œuvre pratique du populisme de gauche s’est avérée beaucoup plus difficile que ce que la théorie suggérait, et le succès électoral n’a pas toujours été au rendez-vous. Il est donc nécessaire d’établir un inventaire de cette stratégie et d’en décrire les limites.</p>
<p>Engager la bataille culturelle contre l’extrême droite</p>
<p>Il ne fait plus de doute que nous sommes entrés dans une ère identitaire. Les questions culturelles, sociétales et migratoires sont, depuis quelques années, au cœur du débat public et suscitent des réactions passionnées. Ce phénomène n’est pas totalement nouveau. Les grands débats sociétaux ont toujours été des terrains de violents affrontements politiques. L’IVG, la peine de mort, l’école, les questions religieuses ou plus récemment le mariage pour tous ont provoqué, et provoquent toujours, des débats de grande intensité entre la gauche et la droite.</p><p>Le point commun de ces débats est qu’ils touchent directement la vie concrète et sont immédiatement compréhensibles, ce qui permet facilement de se forger un avis. Ils impliquent aussi des systèmes de valeurs qui dépassent la question des intérêts personnels. De ce fait, ils marquent l’identité politique de ceux qui s’y adonnent. Pour cette raison, ce sont des débats d’identité politique.</p><p>L’émergence des réseaux sociaux a exacerbé ces sujets au détriment de ceux sur lesquels il est plus difficile de se construire une opinion, soit parce qu’ils sont techniques, soit parce qu’ils apparaissent éloignés de la vie concrète. Le fonctionnement même des réseaux sociaux, fondés sur la réaction et le partage, rend mécaniquement plus visibles les sujets marqueurs d’identité politique. S’enclenche alors une boucle de rétroaction : les sujets identitaires suscitent plus de réactions, les algorithmes les mettent en avant, et donc les responsables politiques et les journalistes les exploitent pour faire du buzz et se faire connaître, ce qui renforce la place de ces thématiques dans le débat public.</p><p>Cette transformation du système médiatique par les réseaux sociaux est vraie pour tous les forces politiques, mais les stratégies populistes en exacerbent les conséquences. C’est bien entendu le cas du populisme de droite qui met les questions identitaires ou des sujets telles que le « wokisme » au cœur de son discours. Le « America is back » de Donald Trump est le versant combatif de l’angoissant « la France disparaît » d’Éric Zemmour. Mais le populisme de gauche use des mêmes ressorts. La grille gramscienne remplaçant la grille marxiste, la « bataille culturelle » est vue comme le lieu privilégié de la bataille politique. Une bataille qui se joue sur les sujets marqueurs d’identité politique, l’objectif étant de conquérir l’hégémonie culturelle en attisant ce qui forge la culture de gauche au détriment du développement d’une idéologie structurée.</p><p>De fait, la stratégie du populisme de gauche tend à remplacer la bataille idéologique par la bataille culturelle. C’est au nom de cette logique que Jean-Luc Mélenchon et la France insoumise ont massivement investi les réseaux sociaux, en privilégiant les thèmes marqueurs d’identité politique au détriment des questions européennes ou industrielles, par exemple. Les discours de Mélenchon insistent sur la créolisation, le droit au genre, l’environnement ou le bien-être animal, montrent une forte hostilité à l’énergie nucléaire. Or, ces thèmes sont les miroirs de ceux avancés par le populisme de droite : « créolisation » contre « grand remplacement », « anti-nucléaire » contre « anti-éolien », « bien-être animal » contre « pro-chasse », « théorie du genre » contre « traditionalisme », « environnement » contre « productivisme »…</p><p>De fait, la stratégie du populisme de gauche tend à remplacer la bataille idéologique par la bataille culturelle.</p><p>Prenant acte de la crise du néolibéralisme, la campagne de Mélenchon ne fait pas du néolibéralisme son adversaire principal. Il tente de gagner la bataille d’après, en privilégiant l’affrontement « populisme de gauche » contre « populisme de droite » théorisé par Mouffe. Ainsi, Mélenchon multiplie les face-à-face avec Éric Zemmour, considéré comme le principal adversaire stratégique. De plus, les critiques qu’il adresse au gouvernement sont souvent issues du même registre que celui qu’on applique à l’extrême droite : « brutal », « autoritaire », « anti-démocratique »… Cela l’amène à renforcer ses propres thématiques identitaires et à délaisser (sans l’éliminer totalement) l’armature marxiste fondée sur les rapports économiques et les conflits de classes.</p><p>Un second aspect de la bataille culturelle telle qu’elle est théorisée par Mouffe concerne les affects. Ceux-ci auraient « un rôle décisif », selon elle. « C’est le défaut de compréhension de la dimension affective des processus d’identification qui, à mes yeux, explique en grande partie pourquoi la gauche, prisonnière d’un cadre rationaliste, est incapable de cerner la dynamique du politique », explique Mouffe (4). Privilégier les affects sur l’argumentation rationnelle serait la clé pour créer le sentiment d’adhésion militant sur lequel repose la conquête du pouvoir. Dans ce processus, le rôle du leader est central : « une volonté collective ne peut pas se former sans une certaine forme de cristallisation d’affects communs et les liens affectifs qui unissent un peuple à un chef charismatique peuvent jouer un rôle important dans ce processus », écrit Mouffe.</p><p>Cette conception explique le rôle très important qu’a pris la figure de Jean-Luc Mélenchon dans la campagne de la France Insoumise. Celle-ci commence par un plébiscite sous la forme d’un parrainage citoyen et se poursuit par la mise en scène constante du candidat dans des meetings très travaillés, conçus comme de grands spectacles. La personne de Mélenchon est omniprésente sur les réseaux sociaux, amplifiée par l’action coordonnée d’une armée de militants. Cette personnalisation s’explique, il est vrai, par la nature de nos institutions qui font de l’élection et de la fonction présidentielle les clés de voûte de la politique nationale. Mais reconnaissons que la mise en scène de la campagne présidentielle de la FI favorise la figure du chef au détriment de ses conseillers et des autres députés de son groupe parlementaire à la différence, par exemple, de la campagne de Valérie Pécresse qui apparaît presque systématiquement entourée par d’autre cadres de son parti lors de ses évènements médiatiques.</p><p>Pour résumer, la bataille culturelle gramscienne engagée dans le cadre du populisme de gauche, a tendance à privilégier les affects à la raison, le culturel à l’idéologique, et développe un discours qui vise à s’adresser davantage aux identités politiques qu’aux intérêts de classe afin de rassembler son camp.</p>
<p>Un discours ambigu vis-à-vis des institutions démocratiques </p>
<p>Le populisme, tel que je l’ai identifié dans mon ouvrage(5) procède non d’un contenu programmatique particulier mais d’une situation sociale spécifique caractérisée par une montée de la défiance institutionnelle. Cette défiance est elle-même la conséquence des politiques néolibérales qui, en mettant l’État au service du marché, participent à l’affaiblissement et à la perte de crédibilité des institutions publiques. Sur ce point, mon diagnostic rejoint celui de Chantal Mouffe.</p><p>Partant du constat de cette défiance, ma proposition serait de transformer les pratiques politiques en sortant du cadre conceptuel néolibéral afin de remettre les institutions publiques à l’endroit, c’est-à-dire au service de bien-être général plutôt que de les orienter systématiquement en faveur de l’organisation d’un marché en concurrence. À mon sens, cette nouvelle politique suffirait à relégitimer le rôle des institutions et à désamorcer la contestation populiste.</p><p>La proposition de Chantal Mouffe est différente. Elle souhaite s’appuyer sur cette défiance pour transformer en profondeur le fonctionnement des démocraties libérales. Ainsi, elle entend profiter de ce « moment populiste » pour développer les antagonismes et susciter l’émergence d’une « démocratie radicale ».</p><p>Le populisme de gauche théorisé par Chantal Mouffe n’est pas celui du républicanisme hérité des lumières ou du Contrat social de Rousseau, qui implique une démocratie délibérative et s’impose face aux intérêts particuliers.</p><p>Le propos de Mouffe vis-à-vis des institutions est néanmoins ambigu. D’un côté elle défend le principe de la démocratie libérale et réaffirme l’importance de la démocratie représentative (contre la démocratie des mouvements sociaux et les processus de type tirage au sort) ; d’un autre côté elle semble ouverte à l’introduction de pratiques susceptibles de contourner et d’affaiblir les institutions démocratiques. Par exemple, Mouffe estime que le rôle de l’État n’est pas d’organiser et de gérer les services publics mais de « permettre aux citoyens de prendre en charge les services publics et de les organiser démocratiquement ». De même, elle estime qu’il faut éviter de construire un espace public fondé sur « une représentation totalisante qui nierait le pluralisme » en permettant aux « communautés particulières » d’exister et de participer aux décisions aux côtés de la « communauté politique » formée par les citoyens. La nature de ces communautés particulières n’est pas explicitée. Cette vision conduit Chantal Mouffe à promouvoir une démocratie plurielle dans laquelle des légitimités politiques pourraient se constituer en dehors du Parlement : « L’espace politique traditionnel du parlement n’est pas le seul lieu où peuvent être prises des décisions politiques ; si les institutions représentatives doivent garder ou retrouver un rôle majeur, d’autres formes de participation démocratique sont aussi nécessaires pour radicaliser la démocratie » juge-t-elle.</p><p>Le populisme de gauche théorisé par Chantal Mouffe n’est pas celui du républicanisme hérité des lumières ou du Contrat social de Rousseau, qui implique une démocratie délibérative et s’impose face aux intérêts particuliers. Les transformations institutionnelles qu’elle promeut reposent sur la multiplication de niveaux de légitimité en concurrence. Pour Mouffe, les espaces communautaires sont complémentaires de l’espace politique national et permettent sa revitalisation.</p><p>Ce discours fait écho au tournant plus favorable au communautarisme pris par la France Insoumise depuis 2017. Le laïcard intransigeant qu’était Jean-Luc Mélenchon au moment des attentat de 2015 contre Charlie Hebdo est devenu l’un des défenseurs de certaines revendications islamistes, notamment lorsqu’il participe en novembre 2019 à la « marche contre l’islamophobie » qui dénonçait comme « liberticides » les lois de 2004 et de 2011 sur les signes religieux à l’école et le port de la burqa dans l’espace public(6). Cette année fut aussi celle de la rupture avec le philosophe Henri Peña Ruiz (7), défenseur de la laïcité et du droit à la critique de l’Islam et dont les propos lors des universités d’été de la France insoumise furent l’objet d’une virulente polémique(8).</p><p>Plus largement, la vision portée par la France insoumise est marquée par une profonde défiance institutionnelle. Le principe du référendum révocatoire, qui est l’une des marques de fabrique des programmes proposés par les candidats de la FI repose sur l’idée que les représentants du peuple trahissent leur mandat une fois élus et qu’il faut donc prévoir un mécanisme de révocation. La charte que les candidats de la FI aux législatives de 2017 ont été contraints de signer relève de la même logique de défiance. Il était ainsi demandé aux candidats qu’ils renoncent à agir « selon leurs seuls choix personnels » afin de se mettre « au service de la mobilisation du peuple » et de refuser « les tares de la 5ème République »(9).</p><p>La stratégie populiste développe une approche extrêmement critique des principes qui fondent la démocratie représentative. Elle considère que la légitimité politique n’émane pas d’une instance délibérative telle que le Parlement mais des luttes portées par les minorités opprimées. Ces luttes sont censées s’agréger, se compléter et se renforcer collectivement. Cette attention particulière portée à l’agrégation des revendications hétéroclites est quelque peu paradoxale pour des mouvements qui se réclament de la gauche radicale, puisqu’elle n’est pas sans rappeler la stratégie proposée par le think tank social-démocrate Terra Nova qui proposait, en 2012, de reconstruire un électorat de gauche à partir d’un socle composé des jeunes, des urbains, des minorités des quartiers populaires, des femmes et des « non catholiques », au détriment de la classe ouvrière, dont les auteurs estimaient qu’elle était perdue pour la gauche et dans une phase de déclin démographique et électoral(10).</p><p>Ainsi, à force de vouloir revitaliser la démocratie en combinant ensemble des luttes hétérogènes au nom de la construction d’une « chaine d’équivalences », le populisme de gauche rejoint un imaginaire petit bourgeois, sensible aux injustices mais qui refuse de hiérarchiser les combats politiques en mettant sur le même plan une multitude de revendications communautaires. La limite de ce cette vision est d’être peu sensible à la notion d’intérêt général qui suppose de refuser certains combats au nom de la priorité à accorder à certaines revendications jugées plus importantes. Le ralliement de l’antispéciste Aymeric Caron à la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon est assez symptomatique de cet horizontalisme des luttes.</p>
<p>le crash politique de la crise covid</p>
<p>La préférence pour les affects plutôt que pour la rationalité, la défiance structurelle portée envers les institutions politiques et la stratégie consistant à considérer a priori comme légitimes toutes les luttes sociales portées par des communautés d’intérêts particuliers sans prendre la peine de développer une vision du monde structurée idéologiquement ont conduit certains militants de la France Insoumise à promouvoir un discours paranoïaque et à surfer sur des thèses complotistes lors de la pandémie de Covid-19.</p><p>La crise Covid peut être vue comme un extraordinaire révélateur politique. L’indifférence sociale, l’individualisme culturel et le mépris pour les services publics a logiquement conduit une partie de la droite libérale à minimiser les conséquences du covid et à promouvoir des stratégies visant à laisser prospérer le virus ou à n’imposer des contraintes qu’aux « populations à risque » sans qu’on sache toujours très bien comment les définir. Il n’est à ce titre pas étonnant que Didier Raoult, dont les accointances politiques avec la droite sont avérées depuis des années, soit devenu le chef de file des « rassuristes ». De même, les réactions libertariennes du journaliste Jean Quatremer fustigeant toutes les mesures sanitaires au nom des libertés individuelles ne sont pas si étonnantes pour ce défenseur du néolibéralisme Bruxellois. Enfin, le fait que les mouvements anti-masques et antivax soient noyautés par des groupuscules d’extrême-droite adeptes des théories complotistes est plus ou moins dans l’ordre des choses.</p><p>En revanche, les ambiguïtés de la France Insoumise vis-à-vis de la crise sanitaire témoignent d’une profonde confusion idéologique. Ma thèse est que cette confusion est la conséquence de la stratégie populiste.</p><p>La crise sanitaire et les confinements ont créé une grande angoisse. La gestion chaotique de la pandémie par le gouvernement ainsi que ses multiples revirements ont légitimement renforcé la défiance. Passé l’épisode de sidération, cette angoisse a suscité des mouvements de contestation contre les restrictions à la mobilité, contre les fermetures des lieux de socialisation, contre le port du masque et la politique vaccinale. Très vite, ces mouvements ont pris des formes populistes dans le sens où ils étaient nourris et se nourrissaient d’une défiance généralisée envers les autorités politiques, médicales, journalistiques et scientifiques et qu’ils faisaient preuve d’une grande virulence.</p><p>À gauche, l’ouvrage de Barbara Stiegler sur la gestion de la pandémie (11)a renforcé l’idée que la crise Covid a été instrumentalisée par le pouvoir pour provoquer l’enfermement des populations et le contrôle des libertés.</p><p>La philosophe, qui a rejoint le Parlement de l’Union populaire en décembre 2021, estime notamment que « ce virus ne peut avoir de conséquences graves, dans l’immense majorité des cas, que sur des organismes déjà affaiblis, soit par le grand âge, soit par des facteurs de comorbidité ». Cette affirmation, infirmée par le consensus médical, conduit Stiegler à écrire que nous ne vivrions pas une pandémie (« pan » étant un préfixe suggérant la totalité d’un ensemble), mais « en Pandémie », c’est-à-dire sur un continent qui entendrait gouverner la société sur le modèle chinois.</p><p>La gestion chaotique de la pandémie par le gouvernement ainsi que ses multiples revirements ont légitimement renforcé la défiance.</p><p>« Ce tout nouveau continent mental, avec sa langue, ses normes et son imaginaire, ce sont les dirigeants chinois qui ont été les premiers à l’explorer. C’est donc eux qui ont tout à nous apprendre, tandis que les Américains et leurs cousins britanniques n’ont rien vu venir. En Pandémie, c’est la Chine désormais qui domine. Non plus seulement économiquement. Mais aussi moralement, culturellement et politiquement.</p><p>Comme tout continent, la Pandémie a une langue qui se décline en idiomes nationaux. Mais ceux-ci traduisent des dispositifs inventés par la Chine : « confinement », « déconfinement » et « reconfinement », « traçage », « application » et « cas contacts ». C’est une esthétique nouvelle qui se dessine : « Un monde cybersécurisé où chaque individu est suspect (d’être malade), fiché, tracé, code-barrisé. Code vert : vous circulez. Code rouge : vous êtes arrêté-e. […] Comment passe-t-on du vert au rouge ? C’est automatique : si vous croisez des gens malades, une zone infestée, voire des idées douteuses ». (12)</p><p>Passons sur le fait que la gestion chinoise de la pandémie, fondée sur la stratégie « zéro covid », fut extrêmement différente de celle des États-Unis ou des pays européens. Ce qui est caractéristique de cette vision et qui témoigne de son aspect populiste est qu’elle implique une profonde défiance institutionnelle. Son discours s’appuie sur le schéma suivant :</p>
<p>Le gouvernement sert les intérêts de l’oligarchie.<br />L’oligarchie a pour projet de contrôler et d’asservir la population. Si elle n’a pas créé le virus, elle a profité de son apparition pour mette en œuvre un plan de contrôle de la société.<br />Toutes les institutions qui participent à la gestion de la crise sanitaire et à la promotion du discours gouvernemental (les autorités médicales, les journalistes, les administrations des hôpitaux, les sociétés pharmaceutiques…) participent, consciemment ou non, à cette politique d’asservissement.</p>
<p>Dans cet univers mental, la lutte contre les outils « de contrôle » tels que les passes sanitaire ou vaccinal devient logiquement une priorité politique. En déplacement en Martinique, territoire durement touché par le Covid et où le taux de vaccination est particulièrement faible, la députée FI Mathilde Panot déclarait : « Au pouvoir, je le dis ici devant vous : nous mettrons fin à cette politique autoritaire de santé. Et le 13 janvier, lors de notre niche parlementaire […] nous allons présenter un texte qui demande de mettre fin au régime d’exception de santé, qui veut enlever le plein pouvoir sanitaire à Emmanuel Macron, et qui mettra fin au pass sanitaire et au pass vaccinal »(13). Notons que les expressions utilisées telles que « politique autoritaire de santé », « régime d’exception », « plein pouvoir sanitaire », renvoient à la stratégie d’extrême-droitisation de la politique gouvernementale exprimée plus haut.</p><p>Les appels à la mobilisation citoyenne contre les mesures sanitaires lancés par la France insoumise se doublent d’un principe de défiance vis-à-vis des vaccins, notamment les vaccins à ARN messager, pourtant les plus efficaces contre les formes graves de la maladie. « Je ne suis pas rassuré par un procédé qui est tout à fait nouveau et dont on ne connaît pas les conséquences. Je préfère les formes traditionnelles de vaccination », expliquait Jean-Luc Mélenchon au micro de LCI alors que la campagne de vaccination venait de débuter. « Je veux pouvoir choisir » et ne « pas être un cobaye » ajoutait-il(14). Un an plus tard, il apportait son soutien aux soignants guadeloupéens en grève contre l’obligation vaccinale et rencontrait le leader du mouvement Elie Domota, saluant ceux « qui ne se laissent pas mater ». Dans une interview donnée à la chaine locale Canal 10, il exprimait ses doutes sur d’éventuelles conséquences inflammatoires que pourraient avoir le vaccin dans une population contaminée par le chlordécone(15). Invité quelques semaines plus tard sur France Inter, Jean-Luc Mélenchon refusait d’appeler publiquement ses concitoyens à se faire vacciner, estimant qu’une telle prise de position de sa part aggraverait « la pagaille qui existe aujourd’hui dans les DOM ». « Le fait d’être contaminé n’empêche pas d’être contaminé et ne vous empêche pas de contaminer les autres » ajoutait-il avant de conclure : « Moi je suis vacciné, faites comme vous l’entendez. Mais ne faisons pas croire que la vaccination est la réponse unique. Et c’est ce que fait le gouvernement. Il passe son temps à dire : ‘‘si vous êtes vacciné il n’y aura plus de risque’’. Ce n’est pas vrai ! »(16).</p>
<p>Populisme de droite et populisme de gauche : un rapport différent aux institutions </p>
<p>La manière dont la France Insoumise s’est emparée de la politique sanitaire illustre le double rapport que le populisme de gauche entretient avec institutions. D’une part les mouvements populistes se nourrissent de la défiance envers les institutions, d’autre part ils participent activement à alimenter cette défiance. Le discours sous-jacent de tout populisme, de droite ou de gauche, est que les institutions sont corrompues par une élite dont les intérêts sont contraires à ceux du peuple. Dès lors, le leader populiste est amené à décrire les responsables politiques, le gouvernement, mais aussi les médias, les autorités sanitaires, les revues scientifiques, les parti politiques traditionnels… comme étant à la solde d’un système oligarchique.</p><p>Ce projet traditionnel de la gauche, l’idée de développer une collaboration harmonieuse entre l’individu et les institutions, est mis en danger par la stratégie du populisme de gauche.</p><p>Le problème de cette vision est qu’elle rompt avec le rapport traditionnel que la gauche entretient vis-à-vis des institutions. La gauche est naturellement pro-État, pro-éducation publique, pro-système de santé généralisé, pro-science… Elle est donc spontanément favorable aux institutions. Plus précisément, le discours de gauche porte une vision des institutions qui n’est ni réactionnaire ni ultralibérale. À la différence de la vision réactionnaire, la vision de gauche estime que les individus n’ont pas à se soumettre aveuglément ni à se laisser dominer par des institutions sociales surplombantes (État, religion, traditions…). Dans l’approche rousseauiste, l’émancipation procède d’un contrat de reconnaissance réciproque entre la société et les individus. Ainsi, les institutions sociales tirent leur légitimité d’une conjugaison éclairée des volontés individuelles qui s’incarnent en elles. La vision de gauche se démarque également de celle des ultralibéraux pour lesquels la société se résume à l’addition d’individus ou de communautés mus par leurs intérêts propres. À l’inverse, la conception institutionnaliste de la gauche reconnait que l’individu pur est une fiction et que les communautés ne sont légitimes que si elles s’insèrent dans un ordre commun et acceptent les règles collectives.</p><p>Ce projet traditionnel de la gauche, l’idée de développer une collaboration harmonieuse entre l’individu et les institutions, est mis en danger par la stratégie du populisme de gauche. En développant une critique aveugle fondée sur la multiplication des antagonismes au nom de la conquête du pouvoir et de la lutte pour l’hégémonie, en cultivant « le bruit et la fureur » pour délégitimer les institutions sociales accusées d’être sous l’emprise hégémonique du néolibéralisme, la gauche populiste en vient à construire la même représentation du monde que celle des ultralibéraux. Elle produit un imaginaire dans lequel le monde serait essentiellement composé d’individus mus par leurs passions et leurs intérêts, un monde peuplé de personnes sans convictions partagées, sans idéologie, sans collectif, et dans lequel l’État n’émane pas d’une conception de l’intérêt général mais serait le pur instrument d’intérêts particuliers.</p><p>Tout projet démocratique suppose un minimum de confiance entre les citoyens. La gauche n’a pas d’avenir si son projet est de combattre les institutions qui sont au cœur de notre société. « Rassembler le peuple » est un slogan creux si on refuse d’admettre que le « peuple » n’est pas uniquement un rassemblement d’intérêts particuliers en lutte contre l’hégémonie néolibérale mais un ensemble cohérent d’individus qui ont développé des liens de confiances les uns envers les autres à travers des institutions sociales et qui partagent un destin commun. Si le peuple n’est qu’une collection d’intérêts, il n’est guère différent d’un tas de sable dont les grains sont désorganisés et s’amassent sans structure, sans classe et sans nation.</p><p>En fait, le populisme renforce systématiquement une vision du monde qui est spécifique à la droite. En dessinant un monde anomique dans lequel les individus seraient livrés à eux-mêmes, il légitime les conceptions réactionnaires qui entendent réunir le peuple sous des institutions transcendantes fondées sur la religion, les identités culturelles ou une vision fantasmée de l’histoire. Il participe aussi à renforcer le discours ultralibéral qui glorifie la liberté individuelle et nie la légitimité de toute organisation collective, en même temps que l’existence d’un bien commun. Ainsi, en développant une critique aveugle fondée sur les affects, le populisme de gauche tend à renforcer les visions réactionnaires ou libertariennes de la société. Loin de défendre les luttes sociales en proposant une vision cohérente, il nourrit les contestations de toute sorte, ce qui renforce la crise de confiance et affaiblit les bases de la démocratie.</p>
<p>Pour une gauche de la raison </p>
<p>Il est important de reconnaît que les populismes ne sont pas apparus sans raison. La défiance institutionnelle actuelle s’explique par le fait que beaucoup d’institutions publiques ont été perverties de leur fonction initiales et que l’État lui-même a perdu en légitimité en se montrant impuissant à répondre aux enjeux sociaux et économiques qui ont été révélés par la crise de 2008, et qu’il apparaît également impuissant à répondre de manière satisfaisante à la question climatique. Le cadre européen et la mondialisation, qui soumettent l’économie française à une concurrence sans véritable régulation politique, ont poussé les gouvernements français à mener des politiques similaires, fondées sur des mesures d’attractivité au bénéfice du capital, en espérant attirer les investissements et les emplois. Ces mesures ont été payées par un accroissement de la fiscalité des ménages (notamment via la hausse des taxes sur la consommation), par la baisse des retraites, mais aussi par un affaiblissement des services publics. Le sentiment de défiance d’une grande partie de la population et le désintérêt grandissant qu’elle éprouve envers le fonctionnement de la démocratie sont les conséquences logiques de ces politiques qui semblent se mener contre les gens et non pour eux.</p><p>Un projet de gauche doit donc faire des choix. Et ces choix doivent être fondés sur la raison plutôt que sur les affects. Pour cela, il faut en revenir aux fondamentaux et commencer par admettre que la structuration politique d’une société est d’abord fondée sur des rapports sociaux, et que ces rapports sociaux s’inscrivent dans des rapports économiques.</p><p>Pour autant, il faut aussi reconnaître que le rassemblement des colères est insuffisant pour porter un véritable projet de gauche. On ne peut pas défendre et légitimer tous les mouvements d’opposition au néolibéralisme au prétexte de construire une « chaine d’équivalence ». On ne peut pas à la fois s’affirmer féministe et tolérer le voilement des petites filles ; on ne peut pas d’un côté défendre les personnels hospitaliers épuisés par le covid et de l’autre refuser d’appeler la population à se faire vacciner ; on ne peut pas s’opposer à l’intégration européenne tout en renonçant à défendre le cadre national ; on ne peut pas proposer de sortir du marché et de la mondialisation néolibérale sans penser les frontières économiques et la souveraineté nationale. Enfin, on ne peut pas articuler l’écologie et le social tout en adoptant une vision libertaire fondée sur la détestation de toutes contraintes et en promouvant les droits individuels à la consommation.</p><p>Un projet de gauche doit donc faire des choix. Et ces choix doivent être fondés sur la raison plutôt que sur les affects. Pour cela, il faut en revenir aux fondamentaux et commencer par admettre que la structuration politique d’une société est d’abord fondée sur des rapports sociaux, et que ces rapports sociaux s’inscrivent dans des rapports économiques. De ce fait, la politique ne peut se résumer au combat culturel. Elle doit d’abord repenser les contraintes et proposer une vision cohérente du monde au lieu de légitimer par avance les revendications de groupes d’intérêt diverses qui affirment s’opposer au néolibéralisme.</p><p>Développer cette pensée et promouvoir une vision cohérente suppose de renoncer à la mise en avant de thématiques qui ne servent qu’à renforcent les identités politiques, à faire du « like » sur les réseaux sociaux et à rassembler les militants de son camp. Ces pratiques relèvent peut-être d’une stratégie électorale efficace dans l’art de faire du buzz mais ne suffisent pas à développer et à promouvoir un projet politique. Pour cela il faut nécessairement en passer par la hiérarchisation des luttes, ce qui suppose de renoncer à certains objectifs afin d’en privilégier d’autres au nom de la raison et non au nom des intérêts des uns contre les intérêts des autres.</p><p>La bataille culturelle n’est pas dissociable de la bataille idéologique. Mais, plus fondamentalement, la bataille idéologique nécessite de s’appuyer sur une conception claire du bien commun et de l’intérêt général. Chantal Mouffe n’a pas tort d’affirmer que la politique est le terrain d’affrontement des antagonismes ; elle a raison de se méfier de l’illusion commode du consensus dans laquelle la gauche gestionnaire s’est fourvoyée. Rendre du sens à la politique, c’est bien réaffirmer l’existence de clivages structurants au sein de la société. Il n’en reste pas moins qu’une vision politique ne peut se passer d’un projet de société susceptible d’intégrer les adversaires du jour dans un nouvel espace collectif à construire.</p><p>Enfin, la gauche doit réaffirmer que son but est de construire de nouvelles institutions et d’instaurer un rapport de confiance entre ces institutions et les individus. Elle doit défendre la démocratie représentative et cesser de propager une vision du monde apocalyptique dans lequel prévaudrait la guerre de tous contre tous. Un tel tableau ne peut que susciter l’effroi et renforcer le besoin d’autorité et les visions paranoïaques qui sont au cœur du populisme de droite.</p><p>Références</p><p>(1)Mouffe, C. Pour un populisme de gauche, Albin Michel, 2018.</p><p>(2)Mouffe, C. L’Illusion du consensus, Albin Michel, 2016.</p><p>(3)Mathoux, H. Mélenchon : la chute. Comment La France insoumise s’est effondrée, Editions du Rocher, 2020.</p><p>(4)Toutes les citations sont extraites de Pour un populisme de gauche (2018).</p><p>(5)Cayla, D. Populisme et néolibéralisme, il est urgent de tout reconstruire, De Boeck Supérieur, 2020.</p><p>(6)Abel Mestre « LFI, accusée de complaisance avec le communautarisme, veut clarifier sa vision de la laïcité et de la République », Le Monde du 27/10/2020.</p><p>(7)<a href="https://twitter.com/jlmelenchon/status/1192796104183730176">https://twitter.com/jlmelenchon/status/1192796104183730176</a></p><p>(8) Pezet, J. Libération, Checknews, « Qu’a dit Henri Peña-Ruiz sur le ‘‘droit d’être islamophobe’’ lors de l’université d’été de La France insoumise ? », 26/08/2019, en ligne.</p><p>(9)« Charte des candidat·e·s de la France insoumise », en ligne sur <a href="https://lafranceinsoumise.fr/campagne-legislatives-2017/charte-candidat-e-s/">https://lafranceinsoumise.fr/campagne-legislatives-2017/charte-candidat-e-s/</a></p><p>(10)Jeanbart B., Ferrand, O. Gauche : quelle majorité électorale pour 2012 ?, Terra Nova, en ligne sur <a href="https://tnova.fr">https://tnova.fr</a>.</p><p>(11)Stiegler, B. De la démocratie en pandémie : santé, recherche, éducation, Gallimard, Coll. Tract, 2021.</p><p>(12) B. Stiegler 2020, op. cit.</p><p>(13)Herreros, R. « « Mettre fin au pass vaccinal »: la promesse de Panot en pleine vague épidémique passe mal », Huffpost, 19/12/2021, en ligne.</p><p>(14)« Covid-19 : Jean-Luc Mélenchon Mélenchon ‘‘pas rassuré’’ par le vaccin Pfizer », Le Figaro / AFP, 10/01/2021, en ligne.</p><p>(15)Toussay, J. « Aux Antilles, Jean-Luc Mélenchon surfe sur la défiance liée au chlordécone », Huffpost, 19/12/2021, en ligne.</p><p>(16) « Sixième République, libertés fondamentales, Union européenne : Jean-Luc Mélenchon répond aux questions du 7/9 », France Inter, le 3/01/2022, en ligne.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Sat, 31 Dec 2022 23:49:32 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[« On n’oublie rien »]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>La longue patience du peuple français qui supporta sous Louis XIII, sous Louis XIV, puis sous Louis XV, que la richesse fruit de son travail qu’on lui extorquait avec de plus en plus d’intensité et de sévérité puisse servir non au bien commun, mais aux petits, menus et grands plaisirs de la Cour et de quelques aristocrates, prit fin sous Louis XVI, et ce fut 1789.<br /> <br />À partir de 1730 et jusqu’à 1780, pendant 50 ans se succèderont une série de mouvements peu ou mal organisés, des sortes de jacqueries, qui s’adressaient au souverain en lui demandant d’écouter son peuple, en lui demandant de faire ce dont son peuple avait besoin, et qui s’efforçaient d’exprimer les besoins, les souffrances et les aspirations de ce peuple.<br /> <br />Ce ne fut que la répression qui répondit à cela et à aucun moment le souhait, de la part des élites dirigeantes, d’écouter ces propos, de tenter de les comprendre ou de les prendre en compte.<br /> <br />Les élites avaient ce que l’on appellerait aujourd’hui leur propre « agenda » dont elle ne se départissaient pas, et qui les conduisait à enrichir quelques fermiers généraux ou quelques grands commis, et surtout la Cour, le roi et sa famille.<br /> <br />C’est cette accumulation qui conduisit, le moment venu, à ce que l’addition soit présentée à Louis Capet, seizieme du nom, au titre de ses père, grand-père et bisaïeul, car au fond le peuple n’avait rien oublié, le peuple a souffert, le peuple a enduré, mais à un moment, le peuple s’est réveillé, et il a réclamé la réparation du passé. Peut-être plus encore que la réparation, la vengeance…<br /> <br />On peut juger, et probablement à juste titre, que la tournée de Paris – acclamée en arrivant dans chaque quartier – de la tête de la princesse de Lamballe sur une pique – que l'on voit reproduite sur cette illustration – était injuste pour cette femme qui n’était finalement que la dame de compagnie de Marie Antoinette d’Autriche, reine de France.<br /> <br />Son sort devrait cependant faire réfléchir aujourd’hui ceux qui en font tellement trop qu’ils pourraient inspirer un jour au peuple des excès regrettables. <br /> <br />On peut penser, comme l’écrivent la plupart des analystes sérieux, que l’on va vers des convulsions. Des convulsions qui pourront être d’une violence inouïe. Que ce fut un ancien ministre de l’intérieur, pourtant partisan et ami de Macron, que ce soient des sociologues, des politologues, des praticiens de diverses sciences humaines, le diagnostic est là. Cela arrivera.<br /> <br />Personne ne peut dire quand, et surtout personne ne peut dire sur quoi cela débouchera. <br /> <br />Mon sentiment et que cela débouchera probablement sur la volonté d’inverser la réalité actuelle perçue, et paradoxalement, c’est sous les apparences de la licence, du wokisme, et de toutes sortes de stupidités de l’extrême-gauche du Capital qu’elle se présente de la façon la plus prétentieuse et la plus ouvertement agressive pour le peuple et ses traditions. On peut donc penser que ce sera un retour autoritaire à l’ordre moral qui s’opposera à la perspective d’un autre totalitarisme, « cool » celui-là dans lequel nous sommes engagés.<br /> <br />On coupera peut-être quelques têtes qui en auront trop fait, mais cela ne suffira pas à définir un mode d’organisation meilleur. <br /> <br />Pour cela il faudrait que le système actuel laisse place au débat public en raison, qui seul pourrait éloigner le spectre des violences.<br /> <br />Or celui-ci le verrouille totalement pour ne laisser passer que ce qui ressemble à ses représentations de petits bourgeois des catégories supérieures favorisés par la globalisation financière et qui ne voit dans toute protestation populaire que le fascisme la gauloise, le diesel, la stupidité et l’antisémitisme.<br /> <br />Le système médiatique des milliardaires sélectionne et exclut impitoyablement. <br /> <br />Il y a ceux qui ont le droit de parler pour ne rien dire, et produisent la pauvreté absolue de l’offre politique qui nous est présenté à chaque élection. Et il y a ceux qui n’acceptent pas un système où règne l’insignifiance, ils sont définitivement interdits de parole, et ne peuvent donc rencontrer le peuple.<br /> <br />C’est donc vers une violence renforcée qui aboutira sur une situation extrêmement difficile que ce système d’abrutissement de la société, propriété des milliardaires et produit de la logique de ce système, nous emmène.<br /> <br />En ce Premier de l’an, qui est aussi un dimanche, où – lorsque je ne suis pas interdit de parole – je place une chanson sur ce mur, cela me conduit à vous faire entendre une chanson au titre tellement d’actualité…<br /> <br />En 1961, sur une musique de Gérard Jouannest, Jacques Brel écrira et interprétera « On n’oublie rien » :</p>
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	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Sun, 24 Apr 2022 12:02:41 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/877/anne-sinclair-%C2%ABcomment-gouverner-un-pays-sans-espoir%C2%BB</link>
	<title><![CDATA[Anne Sinclair: «Comment gouverner un pays sans espoir?»]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Alors que nous lancions ensemble le Huffington Post en France, une grande question s’était posée dans la rédaction: étions-nous prêts à offrir une tribune à Marine Le Pen? Notre directrice éditoriale, Anne Sinclair, avait effectivement bousculé le paysage médiatique français des années 1990 en refusant de recevoir Jean-Marie Le Pen à 7 sur 7, la plus grande émission politique de l’histoire de la télévision française.</p><p>Vingt ans après la première accession du Front national au second tour d’une élection présidentielle, voici Marine Le Pen aux portes du pouvoir. Comment est-on passé des 18% de Jean-Marie Le Pen aux 45% d’intentions de vote pour sa fille dans certains sondages? Maintenant que le front républicain n’existe plus et que le dégagisme anti-système est devenu le premier parti de France, comment faire encore barrage à l’extrême droite?</p><p>■ Le Temps accorde une attention particulière aux élections françaises. Cet article vous est exceptionnellement offert mais pour recevoir en primeur tous nos articles sur ce sujet, découvrez <a href="https://www.letemps.ch/abonnements-digital?utm_source=letemps&amp;utm_medium=article&amp;utm_campaign=abo-france" target="blank">notre offre d’abonnement spéciale.</a></p><p>Nous voici chez Anne Sinclair à Paris pour parler d’une nouvelle élection présidentielle. Elle écrit des livres, je suis passé au Temps, et l’enjeu de donner la parole à l’extrême droite ne se pose plus vraiment.</p><p>Le Temps: Regrettez-vous d’avoir refusé de recevoir Jean-Marie Le Pen dans les années 1990?</p><p>Anne Sinclair: Non, mais je pense que ça ne servait à rien. J’avais dit non pour deux raisons: tout d’abord, il ne se situait pas dans l’orbite de la démocratie et tenait des propos révisionnistes inacceptables dans un Etat de droit. Deuxièmement, il nous avait copieusement insultés, moi et ma famille. Je n’étais donc pas en mesure de l’interroger objectivement. Je n’ai pas changé d’analyse: il est extrêmement difficile d’interviewer quelqu’un qui ne se situe pas dans l’univers démocratique. Peut-on vraiment interroger un dictateur? Si on réalise un entretien avec Vladimir Poutine, il nous dira: «Nous ne faisons pas la guerre, ce sont les Ukrainiens qui massacrent leur peuple.» Que peut faire un journaliste face à ça? Il peut contredire, mais il y a un moment où il faut que l’échange progresse. Dans une interview, le journaliste n’est pas à égalité avec le politique. Tout ce que l’on pouvait faire en recevant Jean-Marie Le Pen, c’était banaliser sa personne en lui posant des questions sur l’assurance maladie alors qu’il n’avait rien à en dire. Toujours est-il que, lorsqu’il a accédé au second tour, je me suis dit: au fond ces stratégies de barrage ne servent à rien. Je me suis retrouvée les bras ballants, impuissante.</p><p>Lire aussi: <a href="https://www.letemps.ch/monde/disent-derniers-sondages-duel-macronle-pen">Ce que disent les derniers sondages du duel Macron-Le Pen</a></p><p>Quel souvenir gardez-vous de ce 21 avril 2002?</p><p>Celui d'un tremblement de terre. Tout le monde s’attendait à une finale traditionnelle entre la droite et la gauche, entre Chirac et Jospin. Et on se retrouvait par surprise avec une configuration complètement inédite et bouleversante. Jean-Marie Le Pen était un personnage extrêmement sulfureux, qui avait un passé très discutable en Algérie et des affinités avec les anciens collabos de Vichy. Je l’ai vécu comme une catastrophe et toute la France l’a traversé ainsi. C’est pour cela qu’un million de personnes ont défilé. Voter Chirac allait de soi, c’était l’assurance d’une démocratie qui continuait. Le Pen, c’était l’épouvante. C’était impensable, et quand on est face à l’impensable, on réagit. Je pense que c’est un choc comparable à l’effet de l’élection de Donald Trump.</p><p>On n’a pas du tout l’impression de vivre le même choc aujourd’hui. Pourquoi?</p><p>Au fil des années, l’extrême droite s’est affranchie de son passé sulfureux avec des propositions qui, si elles sont très discutables, apparaissent dans le champ démocratique. Voilà pourquoi la présence de Marine Le Pen au second tour, déjà en 2017, ne provoque aucun sursaut. La différence, cette année, c’est que son élection est crédible. En 2002, tout le monde manifestait alors qu’on savait que Jean-Marie Le Pen ne serait pas élu. On manifestait sur une idée de la France. Aujourd’hui, sa fille a ravalé la façade de l’extrême droite. Elle respecte les institutions. Eric Zemmour a même réussi à la recentrer par ses outrances. Mais maintenant qu’il n’est plus là, elle apparaît pour ce qu’elle est. Le fait qu’elle soit très près d’accéder au pouvoir fait ressortir ces aspects. Il y a eu un réveil dans cet entre-deux-tours, une prise de conscience. Comme la réalité de son élection est possible, elle est comptable de son passé, du parti dont elle a hérité, des amitiés qu’elle a nouées et surtout des propositions qu’elle a pu faire par le passé, de ce qu’elle a toujours défendu.</p><p>Lire aussi: <a href="https://www.letemps.ch/monde/debat-macronle-pen-2022-bien-loin-2017">Le débat Macron-Le Pen de 2022, bien loin de 2017</a></p><p>Quelles propositions par exemple?</p><p>Il y a des aspects totalement inacceptables dans son programme, aujourd’hui encore. Elle a ravalé la façade mais gardé les fondamentaux xénophobes, la suspicion envers les étrangers… La préférence nationale est fondamentalement contraire à ce qu’est la France, à l’esprit des institutions, à la Déclaration des droits de l’homme. Cela permet de douter de son respect de l’Etat de droit, tout comme les modifications de la Constitution qu’elle envisage. Par ailleurs, le renversement de nos alliances, qu’elle projette, est très dangereux: nous n’appartiendrions plus au camp de l’Occident mais à celui des régimes autoritaires de Poutine ou Orban. Marine Le Pen incarne bel et bien un changement total de ce que sont la démocratie française et la tradition de notre pays depuis les Lumières. Comme l’écrivait Pierre Mendès France, «la démocratie, c’est beaucoup plus que la pratique des élections et le gouvernement de la majorité: c’est un type de mœurs, de vertu, de scrupule, de sens civique, de respect de l’adversaire; c’est un code moral». Et c’est ça qu’elle remet en cause.</p><p>La mobilisation face à elle est faible. L’antifascisme n’existe-t-il plus? Le fascisme a-t-il disparu du paysage mental des jeunes Français?</p><p>Il ne correspond plus à l’époque. C’est un terme qui a perdu sa pertinence et donc qui n’est plus efficace.</p><p>Quel mot utiliser alors pour signaler cette menace d’extrême droite?</p><p>Si elle était élue, Marine Le Pen s’assiérait sur l’Etat de droit. Elle dessine une démocratie illibérale, considère que les règles de droit qui régissent les démocraties ne sont plus pertinentes, que l’on peut les contourner, que l’on peut s’en affranchir. C’est ce qu’on appelle parfois la «démocrature»: un terme qui désigne ces démocraties à tendance totalitaire, comme quand Donald Trump pousse ses supporters à prendre d’assaut le Capitole, comme en Hongrie où l’on vote mais où les opposants ont cinq minutes de temps de parole à la télévision.</p><p>Le terme d’«extrême droite» ne pose-t-il pas aussi problème? Les supporters de Marine Le Pen le remettent souvent en cause, notamment en raison de son programme social…</p><p>Son discours social est une posture. Elle ne propose pas des solutions pour réduire les inégalités, elle propose des solutions pour augmenter immédiatement le pouvoir d’achat. Elle distribue de l’argent mais elle ne remet pas en cause fondamentalement les inéquités. Personnellement, je la considère bien comme appartenant à l’extrême droite même si c’est peut-être une facilité pour la placer sur l’échiquier et un terme qui ne veut plus dire grand-chose pour les gens. On pourrait dire «national populisme», mais elle ne peut pas s’affranchir de son passé. Elle est élue du Front national depuis trente ans: on ne se débarrasse pas de ce qu’on a été, de ce qu’on croit profondément. On le voit sur l’Europe, elle dit qu’elle ne veut plus la quitter, mais son programme indique qu’elle fera tout pour que ça arrive.</p><p>Emmanuel Macron faisait une promesse: celle d’affaiblir l’extrême droite. Or non seulement elle n’est pas affaiblie, mais elle est plus forte que jamais. C’est le principal échec du président. Il savait qu’il serait plus facilement réélu face à un épouvantail. L’écrasement de toute opposition à droite et à gauche, le fait que tout est mélangé, implique qu’il n’y a plus d’opposition nette. Donc ce qui émerge, c’est le rejet brutal du système. Cette montée du rejet à son égard vient aussi de là, car ni Marine Le Pen ni Macron ne suscitent l’adhésion. En 2002, Chirac, c’était aussi un vote de rejet, mais ressenti par toute la société. Le problème, aujourd’hui, c’est qu’il est presque partagé entre les deux candidats, c’est ça qui est le plus inquiétant.</p><p>Mais François Hollande aussi faisait face à un rejet de ce type. La France d’aujourd’hui n’éprouve-t-elle pas ce sentiment de rejet très largement?</p><p>Il y a effectivement un refus d’être administré par le haut. Cette aspiration à donner un coup de pied dans le système va de pair avec une haine des élites, un énorme «tous pourris». S’il est réélu, et je pense qu’il va l’être, Emmanuel Macron aura une responsabilité gigantesque sur les épaules. Il y a une colère énorme dans ce pays. On a dit à l’issue du premier tour qu’il y avait trois pôles, mais il y a en fait deux France depuis 1992 et le Traité de Maastricht. En trente ans, on n’a cessé d’alerter sur cette scission entre la France qui vit bien dans ce système et celle qui se sent rejetée, en dehors de l’accès à la consommation, qui vit mal, qui se sent méprisée, qui s’oppose de manière violente et qui a pris en détestation tout ce qui fait l’inclusion des autres. Il y a une France des oubliés, qui s’est réveillée au moment des Gilets jaunes, avec le pire et le meilleur. Emmanuel Macron l’a senti mais n’y a pas bien répondu. Son problème, c’est qu’il explique mais n’écoute pas. Il essaye de dégonfler par la pédagogie, mais est-ce qu’il écoute bien ce qu’on essaye de lui dire? Sa responsabilité sera d’inclure de manière créative les citoyens dans le processus de décision, afin de canaliser les colères par la représentativité. Avec davantage de proportionnelle, on permet par exemple à ce sentiment de s’exprimer au niveau politique.</p><p>Là, on se dirige vers une majorité recomposée à droite entre le parti d’Emmanuel Macron et Les Républicains encore très présents dans les régions. Cela ne représentera pas du tout le pays qui a voté pour un quart à l’extrême droite et un quart à l’extrême gauche. La difficulté, c’est d’essayer de sortir de cet affrontement. Canaliser les colères sera donc le défi majeur d’Emmanuel Macron. D’autant qu’il ne risque rien, comme c’est nécessairement son dernier mandat. Il n’a plus rien à ménager, il doit comprendre que c’est le moment ou jamais pour tout oser. C’est ce qu’on a reproché à Chirac: il a été élu à 82% et il n’en a rien fait.</p><p>Et vous là-dedans? Vous avez fait partie de cette élite, vous en avez été proche en tout cas. Avez-vous des regrets?</p><p>Je crois que la classe dirigeante s’est satisfaite de gérer au mieux les affaires courantes, de préserver l’unité de l’Europe, de préserver le système économique. Au fond, l’élite a été assez conservatrice et elle n’a pas fait la place aux aspirations de la jeunesse. Emmanuel Macron semble avoir découvert l’écologie en une nuit. Tant mieux si c’est une réorientation profonde, mais ça ne correspond pas à ce qu’il a fait pendant cinq ans. L’essentiel, c’est: qu’est-ce qui peut donner de l’élan aujourd’hui? Qu’est-ce qui peut susciter de l’adhésion? Je ne vois pas beaucoup d’autres sujets que l’écologie. Mais il faut aller au-delà des déclarations de principe.</p><p>En 2017, Macron représentait un espoir, là il n’y a plus d’espoir. Comment gouverner un pays sans espoir? Emmanuel Macron avait dit que le vieux monde était mort. J’ai plutôt l’impression qu’on y est resté avec lui. Le vieux monde, c’était des oppositions d’idéologies. Aujourd’hui, les jeunes ont une revendication autrement plus fondamentale: la préservation de l’humanité.</p><p>Miser sur l’écologie peut aussi être dangereux, on l’a vu avec les Gilets jaunes…</p><p>C’est impopulaire quand les mesures vont contre notre confort. Il y a eu un «quoi qu’il en coûte» pour l’économie en temps de covid, il en faut un pour la transformation écologique et donc des sacrifices pour les plus favorisés et des aides pour les autres afin de passer ce cap. C’est déjà ce qu’il s’est passé lors de la transformation de notre société rurale en une société industrielle. Les mouvements progressistes ont forcé le système à prendre en compte cette nouvelle population ouvrière qui avait envie de justice sociale.</p><p>Si on revient sur les Le Pen, au bout du compte, la banalisation a eu lieu. Qu’auraient pu faire les journalistes?</p><p>A ce stade, ce n’était plus vraiment du ressort des journalistes, cela relevait du système politique dans son intégralité. La médiocrité des interlocuteurs a fait que l’envie s’est éteinte au bénéfice d’un désir de brutalité. Difficile de dire ce qu’on aurait pu faire quand tout s’effondre. Il n’y a plus beaucoup de place pour ceux qui veulent se battre sur des terrains qui ne concernent pas la remise en cause profonde du système. Moi, j’ai l’impression que j’appartiens à un monde qui a disparu. La porte de sortie qui reste, c’est d’en appeler à de nouvelles idées, mais je ne vois rien venir. Je suis assez pessimiste. Pas sur cette élection, pas sur la prochaine non plus, mais sur la question de savoir comment on peut gouverner un pays qui déteste ses représentants, qui élit ses présidents par défaut, dans lequel il n’y a plus d’élan. Qui suscite aujourd’hui l’adhésion? Qui emporte l’empathie? A qui a-t-on envie de donner sa confiance? L’horizon est un peu bouché.</p><p>Mais il faut dire que l’absence d’introspection du système médiatique fait qu’on est arrivé à une situation où les gens ont rejeté tout ce qui symbolisait l’autorité. A cela s’ajoutent les réseaux sociaux où la parole d’un individu, quel qu’il soit, vaut autant que celle d’un scientifique sur le vaccin. Cette mise à niveau favorise l’extrême droite puisque chaque prise de parole mécontente revêt la même valeur que celle des dirigeants à qui on a confié des responsabilités.</p><p>Je ne me considère pas comme faisant partie de l’élite, mais j’appartiens à un monde qui s’inscrit dans un système bousculé. La presse est aujourd’hui très mal considérée. Les politiques ayant perdu leur impact, ceux qui véhiculent leur discours, c’est-à-dire les journalistes, participent de ce même rejet. C’est une remise en cause profonde, y compris de notre système médiatique. Quand on regarde cette campagne par exemple, elle a été catastrophique, avec un boulevard ouvert à Eric Zemmour qui apparaissait comme celui qui allait tout bouleverser et qui au bout du compte fait 7%.</p><p>Quelle est votre plus grande peur face à tout cela?</p><p>Le totalitarisme, la fin de la démocratie. On voit partout le rétrécissement de l’Occident face aux régimes autoritaires. Les gens ne considèrent plus la démocratie comme supérieure à tous les systèmes. J’ai l’impression que ce n’est plus un sujet prioritaire aujourd’hui, et moi je participe d’une histoire, d’un monde, d’un âge, pour lequel c’était fondamental. C’est la victoire idéologique profonde d’une extrême droite qui veut tout renverser et qui a imposé ses idées. Et lorsque la victoire des idées est là, le triomphe politique suit.</p>
<p>LE QUESTIONNAIRE DE PROUST<br />Votre vertu préférée?</p>
<p>Le courage, c’est ce qui permet de s’affirmer et de lutter. Mais ça peut supposer de prendre le risque de l’impopularité.</p><p>Votre plus grand héros de fiction?</p><p>Cyrano de Bergerac, c’est l’intelligence contre la bêtise, le panache contre la fatalité.</p><p>Votre plus grand héros dans l’histoire?</p><p>Pierre Mendès France, qui était plus un penseur de la société qu’un homme politique.</p><p>Quel autre métier, quelle autre vie auriez-vous voulu avoir?</p><p>J’aurais bien aimé être prof. Expliquer le monde tel qu’il est, c’est ce que j’ai toujours aimé faire. Aujourd’hui, c’est un métier très dur et mal considéré en France, c’est beaucoup plus facile d’être journaliste.</p><p>Votre devise?</p><p>Comme disait ma grand-mère, «serrer les dents et résister». Pour elle, face à l’adversité, il ne fallait pas se plaindre, mais «serrer les dents» et continuer à se battre.</p><p>■ Le Temps accorde une attention particulière aux élections françaises. Cet article vous est exceptionnellement offert mais pour recevoir en primeur tous nos articles sur ce sujet, découvrez <a href="https://www.letemps.ch/abonnements-digital?utm_source=letemps&amp;utm_medium=article&amp;utm_campaign=abo-france" target="blank">notre offre d’abonnement spéciale.</a></p>
<p>PROFIL</p>
<p>1948 Naissance à New York.</p><p>1973 Intègre la rédaction d’Europe 1 après des études de droit et de sciences politiques.</p><p>1984 Présente son premier 7 sur 7 sur TF1.</p><p>1997 Quitte 7 sur 7, son mari, Dominique Strauss-Kahn, étant nommé ministre de l’Economie du gouvernement Jospin.</p><p>2012 Lance le Huffington Post en France.</p><p>2021 Publie ses mémoires, Passé composé.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Tue, 19 Apr 2022 08:35:30 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/876/ii-y-a-des-limites-a-mon-silence-face-a-certains-arguments-injustifiable</link>
	<title><![CDATA[iI y a des limites à mon silence face à certains arguments injustifiable !]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Au vu de la tournure que prenait cette campagne présidentielle, et du constat de l'impossibilité d'en infléchir le cours, j'ai pris il y a plusieurs mois la décision de ne pas m'y impliquer auprès de l'un ou l'autre des candidats et en faveur de l'un ou l'autre des programmes. N'ayant de toute ma vie jamais donné de consigne de vote - et à quel titre le ferais-je ? - je garde pour moi, pour ce second tour, comme pour le premier, le choix qui sera le mien dans l'isoloir. Les excès en tous genres qui caractérisent cette fin de campagne me confortent dans mon choix initial. Au milieu de cette hystérie, je ne dirai donc pas pour qui je voterai. Mais il y a des limites à mon silence face à certains arguments injustifiables, pour ne pas dire inqualifiables et, à mes yeux insupportables quel que soit le candidat pour lequel ou contre lequel on fait campagne.<br />Parmi ces arguments, deux sont, à mes yeux, les plus irrecevables et les plus dangereux pour l'avenir du débat démocratique.<br /> <br />- Le premier concerne l'utilisation du référendum pour modifier la Constitution. On peut légitimement être violemment opposé au contenu d'un projet de loi soumis à référendum. Mais proclamer que l'utilisation de l'article 11 de la Constitution par le Président de la République qui lui permet de saisir directement le peuple par référendum sans passer préalablement par le Parlement serait un coup d'État constitutionnel est proprement hallucinant. C'est le retour de la horde des politiciens, des éditorialistes, des charlatans du droit constitutionnel qui en 1962, aveuglés par leur haine de De Gaulle et de la Ve République, hurlaient à la forfaiture quand ce dernier décida d'utiliser cette procédure pour soumettre au peuple français la réforme instaurant l'élection du Président de la République au suffrage universel. La question de l'interprétation de la Constitution sur ce point, telle qu'elle est rédigée, a été définitivement tranchée par le peuple il y a soixante ans. Le véritable coup d'État constitutionnel et la forfaiture seraient de le contester. La fin ne justifie pas tous les moyens, et que des politiciens qui se sont toute leur vie réclamés du gaullisme usent de cet argument dans le débat électoral les déshonore, même si la cause qu'ils prétendent défendre dans cet entre deux tours a toute sa légitimité. Je termine par une remarque qui mériterait un plus long développement : la rédaction de l'article 11 telle qu'elle résulte de l'œuvre des constituants de 1958 et des réformes de 1995 et 2008 ne prévoie explicitement le contrôle du Conseil constitutionnel sur le texte soumis à référendum que pour le référendum d'initiative partagée et en aucun cas sur un référendum d'initiative présidentielle. Le Conseil constitutionnel, qui n'est pas chargé de réécrire la Constitution à sa guise, n'a donc rien à dire sur le fond d'un texte que le Président de la République déciderait de soumettre au peuple, même si le Conseil s'est arrogé le droit de vérifier la régularité du décret qui organise la consultation électorale. En élargissant son contrôle en contradiction avec la lettre de la Constitution, il violerait ouvertement cette dernière, ouvrant la voie au chaos institutionnel et à un gouvernement des juges qui progresse déjà de façon inquiétante. Mais c'est un autre débat.</p>

<p>Ce débat sur l'article 11 qui a l'air technique et rébarbatif est en réalité profondément politique, et la manière dont il est ouvert et manipulé par certains conduit à une dangereuse remise en cause de l'équilibre des pouvoirs dans notre République. C'est la raison pour laquelle il ne doit surtout pas être asservi à des considérations politiciennes et électoralistes.</p>

<p>- Le deuxième argument que je trouve irrecevable et lui aussi délétère dans cette campagne, est relatif à l'affirmation selon laquelle la réaffirmation de la supériorité du droit national sur le droit communautaire équivaudrait à une sortie déguisée de l'Union européenne. Il est délétère parce que c'est un mensonge qui interdit tout débat sérieux sur un sujet qui est au cœur de la grave crise démocratique que nous traversons.</p>

<p>Cette question qui elle aussi peut paraître trop technique et rébarbative ayant fait irruption au cœur du débat électoral, vous trouverez ci-joint le texte de l'entretien que j'avais accordé sur ce sujet au Figaro en octobre dernier. Sujet auquel, à l'époque, beaucoup d'entre vous n'avaient peut-être pas prêté beaucoup d'attention, mais dont l'importance se mesure à l'hystérie qu'il déclenche aujourd'hui chez ceux qui, comme pour tout le reste d'ailleurs, veulent faire l'Europe fédérale dans le dos des peuples.<br /> <br /> <br />Henri Guaino : «La primauté du droit européen est une impasse démocratique»<br /> </p>

<p>GRAND ENTRETIEN – Observateur avisé de la vie publique, l’ancien conseiller de Nicolas Sarkozy propose de revenir au principe dit de «loi écran», qui prévalait avant 1975 et qui donnait le dernier mot au législateur français.</p>

<p>Entretien tiré du Figaro du 26/10/2021<br />Par Alexandre Devecchio<br /> <br /> <br /> <br /> <br />LE FIGARO. - Le thème du droit européen s’impose dans la campagne. Le lundi 18 octobre, Emmanuel Macron a condamné les remises en cause de celui-ci, fustigeant une «vieille maladie française». Qu’est-ce que cette déclaration vous inspire?</p>

<p>Henri GUAINO. - Que c’est tragique de ne pas avoir pris conscience de l’impasse démocratique dans laquelle nous sommes enfermés, en oubliant au passage la virulence avec laquelle son gouvernement fustigeait en 2019 la décision de la Cour de justice de l’Union européenne d’interdire la fusion entre Alstom et Siemens et j’entends aujourd’hui le procès non moins virulent qu’il fait aux règles du marché européen de l’électricité.</p>

<p>Est-ce réellement «une spécificité française»? Rappelons que, dans son fameux arrêt du 30 juin 2009, la Cour constitutionnelle fédérale allemande prévenait que «la République fédérale d’Allemagne ne reconnaît pas une primauté absolue d’application du droit de l’Union»…</p>

<p>La Cour de Karlsruhe rappelle souvent que c’est le peuple allemand qui détient in fine ce qu’elle appelle «la compétence de la compétence», qui est une définition de la souveraineté. On pourrait citer aussi la décision de la Cour suprême espagnole, qui, l’année dernière, a maintenu en prison l’indépendantiste catalan Oriol Junquéras en passant outre l’arrêt de la Cour européenne, qui avait confirmé son immunité de député européen.</p>

<p>On peut aussi penser le plus grand mal, si l’on veut, de la réforme judiciaire polonaise, mais, en évoquant le principe de la primauté de la Constitution sur les traités européens, la Cour constitutionnelle polonaise n’a fait que rappeler un principe général selon lequel aucune norme juridique, fut-elle européenne, n’est applicable dans un pays si elle est contraire à sa constitution. En France, ce principe a été consacré par le Conseil constitutionnel et étendu au respect des règles et des principes «inhérents à l’identité constitutionnelle de la France». Les constitutions prévalent sur les traités européens, même si la Cour de justice et la Commission européenne pensent le contraire. La loi, en revanche, est subordonnée aux traités.</p>

<p> <br />Emmanuel Macron rappelle que nous avons signé, puis ratifié souverainement les textes et les traités… La signature de la France ne doit-elle pas être respectée et défendue?</p>

<p> La souveraineté, pour une nation, c’est d’abord le droit imprescriptible pour celle-ci de défaire ou de modifier ce qu’elle a fait. Sinon, il faut commencer par supprimer les élections. Nul ne peut préempter la souveraineté pour l’avenir à travers des engagements irréversibles. Or, de traité en traité, de directive en directive, de jurisprudence en jurisprudence, l’on a construit un système où l’on peut de moins en moins changer de choses sans le consentement des autres, et plus seulement pour ce qui concerne les relations entre les États, comme c’était le cas auparavant, mais aussi désormais de plus en plus dans l’organisation même de la société. C’est démocratiquement intenable.</p>
 
<p>«Notre justice se construit désormais dans le dialogue des juges au niveau européen. Ce dialogue a accompagné la construction politique de l’UE, il l’a précédé», explique Emmanuel Macron. Cela pose la question de la place des juges dans la démocratie. Quel doit être ce rôle?</p>

<p>Ayant le pouvoir d’écarter l’application de la loi au profit des directives européennes ainsi que des conventions et des traités internationaux, le juge devient juge de la loi qu’il est censé faire respecter. Cette prérogative réservée jadis au Conseil constitutionnel s’est étendue au juge judiciaire et administratif.</p>

<p> Ce glissement s’inscrit de plus dans une tendance de fond qui porte partout les juges à donner aux grandes déclarations de principes une portée juridique, comme l’a fait à partir de 1971 le Conseil constitutionnel avec la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, ce qui l’a conduit à conférer une valeur juridique à la fraternité. Et, à chaque fois que de nouveaux grands principes de portée très générale sont introduits dans des traités ou dans la Constitution, on donne à tous les juges des opportunités supplémentaires de juger la loi. Ce qui fait que le droit se fabrique désormais davantage dans l’entre-soi des juges, que les juristes appellent pudiquement le «dialogue des juridictions», que dans les assemblées élues par les peuples et responsables devant eux.</p>

<p> En 2011, nous avons échappé de justesse à ce que le contrôle du respect des règles budgétaires et donc des politiques économiques soit confié aux juges de la Cour de justice. Un jour, si l’on n’y met pas un frein, ce contrôle sortira peut-être du chapeau du «dialogue des juridictions». Dans ce nouvel ordre juridique, les gouvernements se trouvent de plus en plus souvent sommés de venir se justifier de leur politique devant les tribunaux plutôt que devant les parlements.</p>
 
<p>Iriez-vous jusqu’à parler de gouvernement des juges?</p>

<p> Tout concourt aujourd’hui à nous y conduire. Dès lors que l’on veut faire la démocratie par le droit et non plus le droit par la démocratie, le pouvoir échappe aux institutions politiques et se trouve transféré de plus en plus aux juridictions et aux autorités indépendantes. C’est le modèle que promeut l’Union européenne, qui se construit sur la dépolitisation de la société et de l’économie.</p>
 
<p>L’Union européenne n’a-t-elle pas raison néanmoins de s’inquiéter de la remise en cause de l’indépendance de la justice en Hongrie et en Pologne?</p>

<p> Quoi que l’on pense des gouvernements polonais et hongrois, la Commission et la Cour de justice doivent veiller à ne pas aller trop loin sur ce terrain. Il faut bien mesurer les conséquences de cette immixtion si elle va trop loin. Il y a par exemple beaucoup de gens en Europe qui pensent que la laïcité à la française ou l’assimilation sont des atteintes très graves aux libertés fondamentales ou que la justice n’est pas indépendante quand le Parquet ne l’est pas.</p>
 
<p>Est-ce que nous devrions laisser la Cour de justice de l’Union ou la CEDH en décider à la place des Français, comme dans un État fédéral? L’Europe fédérale, qui avance masquée, c’est le grand vice de la construction européenne actuelle, qui voit les peuples se retourner contre elle au fur et à mesure qu’ils ont le sentiment de ne plus avoir de prise sur rien.</p>

<p> <br />Michel Barnier a défendu, à la stupéfaction de nombreux de ses anciens collègues à Bruxelles, la nécessité d’une «souveraineté juridique», mais seulement en matière d’immigration, car il y aura «d’autres Brexit» si rien ne change. Qu’en pensez-vous ?</p>

<p> Cela témoigne de la part d’une personnalité qui a consacré une bonne partie de sa vie à l’Europe d’une prise de conscience de l’impasse démocratique dans laquelle nous nous trouvons.</p>

<p> <br />Xavier Bertrand a proposé, pour sa part, d’introduire dans la Constitution «un mécanisme de sauvegarde des intérêts supérieurs de la France»? Éric Ciotti souhaite «modifier l’article 55 de la Constitution pour affirmer la primauté de la Constitution sur les décisions européennes» tandis que Valérie Pécresse conteste la primauté du droit européen sur les «identités constitutionnelles» des États membres de l’UE. Que vous inspirent ces propositions? Sont-elles le signe d’un basculement idéologique à droite, y compris de personnalités plutôt européistes jusqu’ici?</p>

<p> Cela témoigne surtout de la difficulté de plus en plus grande à se présenter devant les électeurs en leur faisant des promesses que l’on ne tiendra pas si l’on ne change pas l’ordre juridique actuel. Mais les propositions visant à faire prévaloir la Constitution sur les traités européens sont inutiles puisque c’est déjà le cas et les propositions visant à sauvegarder les intérêts supérieurs de la France sont des faux-semblants si elles aboutissent à confier au juge la définition de cet intérêt supérieur.</p>
 
<p>Faut-il réformer la constitution?</p>

<p> Oui, puisque l’on a inscrit les traités européens dans le texte de celle-ci et que son article 55 pose le principe de la supériorité du traité sur la loi.</p>
 
<p>Que préconisez-vous pour votre part?</p>

<p> Le temps est venu d’une révolution juridique, au sens premier du terme. Avant 1975 pour la Cour de cassation et 1989 pour le Conseil d’État, le principe simple et logique qui prévalait était que le juge ne jugeait pas la loi. À la lumière de ce principe fondamental, l’article 55 de la Constitution, qui reconnaît la primauté des traités sur la loi, était interprété de la façon suivante: c’était la dernière expression de la volonté du législateur qui primait.</p>

<p> Si la loi était postérieure au traité, elle primait, si la ratification de traité était postérieure à la loi, c’était le traité qui avait la primauté. C’est ce principe dit de «loi écran» qui a été balayé par les jurisprudences, puis par l’inscription de strates européennes dans la Constitution que je propose de rétablir, mais en lui donnant une valeur constitutionnelle. En posant un critère de dates, il aurait l’avantage de ne laisser aucune place à l’interprétation et il s’imposerait à toutes nos juridictions, qui le connaissent bien puisqu’elles l’ont longtemps appliqué.</p>
 
<p>Cette révolution juridique ne détricoterait-elle pas toute la construction européenne?</p>
 
<p>Le principe de la loi écran appliqué dans notre droit public jusqu’à la fin des années 1980 n’a ni empêché de construire le marché commun ni détruit l’Europe. Le but est de se donner les moyens de réorienter progressivement la construction européenne en la sortant de son impasse démocratique, pas de la détruire. D’abord, il faut sortir du tout ou rien qui dit: soit vous appliquez toutes les dispositions des traités, soit vous les dénoncez en bloc et vous sortez de l’Union. Ce tout ou rien ne laisse qu’une échappatoire: essayer de renégocier de nouveaux traités.</p>

<p>L’expérience nous a appris que, même après un accord des chefs d’État et de gouvernement sur un traité simplifié, l’écriture du texte par vingt-sept diplomaties plus les eurocrates accouchera toujours d’un monstre. Quant à la renégociation au cas par cas, si elle est préférable, elle a pour seul levier, dans le système actuel, ce que les responsables politiques nomment «’influence de la France en Europe et sa capacité à construire des majorités», qui est le cache-misère de notre impuissance, comme le montre l’exemple en forme de serpent de mer du statut des travailleurs détachés, toujours pas réglé.</p>

<p> Si l’on en reste là, inutile de parler de maîtrise des flux migratoires, de réindustrialisation, de relocalisations, d’électricité à bon marché, de politique de la commande publique. Le retour à la primauté de la dernière manifestation de la volonté du législateur aurait le mérite de remettre l’exécutif et la majorité parlementaire face à leur responsabilité politique, qu’ils ont trop souvent tendance à fuir, et de créer un levier dans la négociation puisque, tant qu’il n’y aurait pas de nouvel accord, l’application du texte incriminé pourrait être suspendue par l’effet de la loi. C’est la transposition de la méthode gaullienne de «la chaise vide» et l’esprit du compromis de Luxembourg qui avaient conclu cette crise finalement salutaire. Aux gouvernants d’utiliser ce levier avec discernement.</p>

<p> <br />Mais le risque n’est-il pas grand que les gouvernements ne fassent pas preuve de ce discernement?</p>
 
<p>Oui, c’est un risque. Mais, si l’on veut supprimer le risque que les électeurs choisissent des dirigeants qui manquent de discernement, il faut liquider la démocratie, ou au moins réduire sa part et celle de la responsabilité politique à la portion congrue. C’est ce que veulent au fond les adeptes de la démocratie par le droit et c’est le sens dans lequel évolue le droit européen depuis plusieurs décennies. Mais en vertu de quoi les juges auraient-ils plus de discernement que les gouvernements, les parlementaires et ceux qui les élisent?</p>
 
<p>Faudra-t-il en passer par un référendum?</p>
 
<p>Oui. C’est aux Français de trancher. Dans le même temps, il faudra réformer la Constitution sur un autre point pour tirer les leçons de Lisbonne: réformer l’article 89 pour que, s’agissant de réformes constitutionnelles liées à des traités, le dernier mot revienne toujours au peuple. Il faut nous réhabituer au référendum.</p>
 
<p>Emmanuel Macron a défendu la Convention européenne des droits de l’homme, qui constitue, selon lui, un outil fondamental «pour défendre les droits de l’homme». Faut-il sortir de la CEDH, comme certains le préconisent?</p>
 
<p>Non, pas plus que de l’Union européenne. Elle est quand même bien utile pour la protection des libertés, notamment en matière de liberté d’expression, ou face à des excès de nos institutions judiciaires. Mais ce n’est pas pour ça qu’il faut accepter toutes ses décisions, comme celle qui a condamné la France pour l’interdiction des syndicats dans l’armée… Constitutionnalisons le principe de la loi écran et les problèmes que ses décisions peuvent parfois nous poser seront résolus.</p>
]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/873/l%E2%80%99entre-deux-tours-ou-la-grandiloquence-des-matamores</guid>
	<pubDate>Mon, 18 Apr 2022 10:32:36 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/873/l%E2%80%99entre-deux-tours-ou-la-grandiloquence-des-matamores</link>
	<title><![CDATA[L’entre-deux-tours ou la grandiloquence des matamores]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>« Nombreux sont désormais ceux qui annoncent avec grandiloquence, la mine satisfaite et « en conscience », disent-ils, qu’ils voteront pour Emmanuel Macron. Ce sont des gens bien, du bon côté de la vie, et il s’agit d’en faire part au monde entier dans un lyrisme unanime et un entrain grégaire. Fini le secret de l’isoloir et l’enveloppe opaque, c’est ouvertement que certains affichent publiquement leur intention de vote dont on se passerait bien.</p>

<p>On a le sentiment qu’il ne s’agit pas seulement de partager une opinion personnelle (qui n’intéresse qu’eux-mêmes), mais de se grandir moralement au point de se hisser directeurs de conscience et maîtres dans l’exercice désormais habituel d’exhortation. Ces généreux prédicateurs de vertu se voient soudainement investis d’une nouvelle mission: vanter les bienfaits, non plus de la vaccination, mais d’une certaine intention de vote. Penser juste revient à penser bien. Penser bien revient à penser comme eux.</p>

<p>À entendre leurs sermons, ils perçoivent comme une bravoure individuelle le fait de révéler des secrets de polichinelle: un parti extrême serait (ô stupeur!) une menace pour la démocratie! La sortie de l’Europe une faillite pour notre pays! Le racisme et le rétrécissement identitaire dont le RN leur semble être (à tort ou à raison) le catalyseur font de ce dernier l’ennemi et non plus seulement l’adversaire contre lequel on se doit de lutter héroïquement. Car ce n’est pas sans effet de manches, mais avec emphase et affectation, que ces bienfaiteurs prennent des postures de matamores en voulant donner l’impression d’un courage inégalable contre de terribles oppresseurs à abattre. Alors nos combattants en toc ne disent plus Marine Le Pen (trop familier) mais «la candidate de l’extrême droite» (plus effrayant), postent des tweets et jouent à se faire peur derrière leur écran en s’alliant sur les ondes pour faire front. Mais ces déclamations chevaleresques, sur fond de récupération morale, me semblent vaines et inopérantes pour plusieurs raisons.</p>

<p>La première, c’est que le souffle de ce front anti-RN sent le remugle des années 1980 face à Jean-Marie Le Pen. Bien que le RN soit un parti républicain, la nazification de l’extrême droite reste un réflexe, au risque d’amoindrir dans les mémoires la spécificité de l’abomination hitlérienne. Je comprends la facilité à fouiller dans les poubelles de l’histoire, mais elle est le signe d’une pauvreté, celle de l’esprit incapable de penser le nouveau, l’événement, le présent. Plus le monde devient complexe et plus les esprits pauvres en lucidité mais riches en moralisation se cramponnent aux époques où il y avait d’un côté le mal, de l’autre le bien.</p>

<p>Deuxièmement, c’est ignorer que la morale n’a pas d’effet véritable sur les consciences. Si l’on se contentait de voir le bien pour le faire, l’histoire serait plus radieuse et l’éducation plus aisée. S’il suffisait de comprendre que fumer n’est pas bon pour la santé, il y aurait nettement moins de fumeurs et de cancers du poumon. Allez dire à un alcoolique ou un drogué d’arrêter son addiction avec les meilleures raisons du monde, vous n’y parviendrez pas. Seul un désir peut en contrer un autre, de sorte que le match raison versus passion se termine généralement mal pour la rationalité souvent perdante. La raison ne fait pas l’action, elle combine, évalue, relie, mais ne fait jamais passer à l’acte. La raison «réfute sans convaincre, ou convainc sans persuader ni entraîner, ni convertir, semblable à ces prédicateurs éloquents qui nous font changer d’opinions mais non pas de conduite», disait Jankélévitch.</p>

<p>Troisièmement, utiliser des arguments rationnels pour convaincre du «bon» vote revient à se tromper de dispositif. La raison ne permet pas de connaître le bien et le mal mais le vrai et le faux. Aussi n’est-il pas «contraire à la raison de préférer la destruction du monde entier à l’égratignure de son doigt» (Hume) .</p>

<p>Un acte libre, comme l’est un choix électoral, suppose de se laisser déterminer par sa propre volonté. C’est pourquoi, lorsqu’on est attaché à la liberté démocratique, dont liberté-autonomie-responsabilité demeure le triptyque dont se réclament pourtant ces prédicateurs souvent libéraux, on respecte la liberté de conscience et de décision. Or les sermonneurs du bien appellent désormais danger, bêtise ou ignorance un choix qui n’irait pas dans leur sens. «Approuve ce que je te dis d’approuver, car je sais mieux que toi où se situe le bien» semble être leur credo aussi prétentieux, intolérant, qu’inopérant. Non seulement la rationalisation du bien n’influe pas sur une conviction intime, mais la moralisation de la vie politique outrepasse le respect de la liberté de décision et de conscience dont le précepte serait plutôt: «Dilige, et quod vis fac» (saint Augustin: «Aime et fais ce que tu veux»). »</p>

<p><a href="https://plus.lefigaro.fr/page/Julia-de-funes"><br />Julia de Funès</a><br /><a href="https://www.lefigaro.fr/vox/"><i>Figaro Vox</i></a></p>
]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/871/le-choix-impossible</guid>
	<pubDate>Sun, 17 Apr 2022 22:49:08 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/871/le-choix-impossible</link>
	<title><![CDATA[Le choix impossible]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Les électeurs français n’ont pas eu de chance. Même sans vouloir dramatiser, ce deuxième tour de la présidentielle a tout pour nous déplaire. C’est une invitation directe à l’abstention, au vote blanc ou à une partie de pêche dehors, dans les rassurantes odeurs du printemps. Le rébus est impossible à déchiffrer : comment choisir entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron ? Je me rends compte que la plupart de mes amis butent là-dessus. </p>

<p>La première, certes, a mis de l’eau dans son vin. Elle a eu le mérite de se métamorphoser. Douceur sourire, documentation plus sérieuse, rejet de ce parler qui n’étant pas articulé mais asséné. « Dédiabolisation plutôt réussie », disent les commentateurs. Ils n’ont pas tout à fait tort.</p>

<p>Hélas, l’essentiel de ce qui est dit gentiment en 2022 par Marine Le Pen ne date pas d’hier. On reconnait certaines marottes qui somnolent au détour des phrases. Certes les accents sont plus agréables à entendre, mais le contenu — Ah, le contenu ! — n’est pas toujours enthousiasmant. Disons qu’il reste collé aux marges de la République. Un peu en dehors. Les « spécialistes » nous précisent que son public est surtout constitué de jeunes et de très vieux. Or les jeunes ne votent pas à foison, et les (très) vieux sont rarement d’accord pour partir à l’aventure. Et encore moins pour tout chambouler. La dame est assurément meilleure qu’en 2017 mais pas tout à fait prête.</p>

<p>Alors ? On se tourne vers son rival. Hier encore on était prêt à le trouver séduisant. Bonne éloquence, bonne jugeotte, parlant couramment anglais, bref un premier de la classe, voire une sorte de gendre idéal. Hélas, c’était hier ! Après cinq années de mandat, sa popularité a fondue comme neige au soleil. Une dégringolade spectaculaire. Les tics de langage, les discours trop longs, l’arrogance récurrente, les petites phrases vachardes et méprisantes que les Français ont appris bon gré malgré à retenir. Elles sont désormais énumérées, surtout sur les chaines d’info continue.</p>

<p>Au total notre fringant président est parvenu à éloigner de lui presque toutes les catégories sociales. Policiers, commerçants, personnels soignants, étudiants, agriculteurs, pompiers, militaires et bien d’autres encore.</p>

<p>Nous avons assisté à un vrai gaspillage de popularité. Ses pénitences périodiques à la télévision furent peut-être sincères, mais leur répétition prouve à contrario qu’elles étaient sans effets. Le médicament par la contrition ne fonctionnait plus. Il est donc arrivé à chacun de nous (ou presque) de se poser la même question. Comment un homme jeune et intelligent, plutôt gâté par les circonstances, bénéficiaires de bonnes fortunes politique pouvait-il additionner, semaine après semaine, tant de bévues.</p>

<p>C’est cet étrange discord entre la ruse et la maladresse que personne, à mon humble avis, n’est parvenu à démêler. Quand je me sentais désorienté par cette énigme, je courais lire les confrères d’un autre pays. </p>

<p>J’attendais d’eux un son de cloche différent, un point de vue moins gouverné par l’air du temps que chez nous. J’en ai été pour mes frais. Le scepticisme et même l’impopularité ont gagné du terrain.</p>

<p>Un exemple : les démarches dont il était assez fier, comme ses dialogues avec Poutine sont désormais critiqués. On leur reproche de n’avoir servi à rien. </p>

<p>Ajoutons sa façon de se dérober devant une décision, pour convier un grand débat ou créer une énième commission. Encore une.</p>

<p>Je suis sévère et j’en suis conscient. Mais je réagis comme des millions de citoyens déçus. </p>

<p>Seul le temps fera le tri…</p>

<p>Jean-Claude GUILLEBAUD <br />Sud-Ouest-Dimanche, 17 avril 2022</p>
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	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/867/france-apeuree-presidentielle-sous-contrainte-paysage-politique-instable</guid>
	<pubDate>Sat, 16 Apr 2022 12:54:10 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/867/france-apeuree-presidentielle-sous-contrainte-paysage-politique-instable</link>
	<title><![CDATA[France apeurée, présidentielle sous contrainte, paysage politique instable]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Pour la première fois sous la Ve République, le rite présidentiel lors de ce premier tour ne s’est pas déroulé selon la seule prise de la dispute politique commune des Français.</p><p>D’une part, la campagne s’est déroulée dans un contexte psycho-politique contraint par des crises extérieures, pandémie de Covid-19 et guerre en Ukraine, après un quinquennat marqué par des tensions intérieures, dont la jacquerie des Gilets jaunes, générant peurs, réflexes défensifs et de conservation. D’autre part, sur le moyen terme, si l’efficacité démocratique de la présidentielle s’érode par le contournement de la souveraineté nationale, condition de la souveraineté populaire, près de trois Français sur quatre, un peu moins qu’en 2017, se sont quand même mobilisés. Comme d’habitude, les catégories populaires et les jeunes moins insérés ont été les plus abstentionnistes, mais la participation ne s’est pas effondrée, preuve que symboliquement, ce rite politique de catharsis et d’élaboration d’un contrat politique demeure car c’est ce qui nous relie.</p><p>Dans une France apeurée, le rite présidentiel aura été sous contrainte.</p><p>Il en résulte un paysage politique balkanisé et instable. Trois familles politiques recomposées, dirigées par des leaders charismatiques : néolibérales avec Emmanuel Macron, sociétales autour de Jean-Luc Mélenchon et nationales chez Marine le Pen, se dégagent.</p><p>Cela conduit à un second tour entre Emmanuel Macron et Marine le Pen plus ouvert qu’en 2017, obligeant à de nécessaires cohérences et arbitrages entre vision politique pour la France, et situation ici et maintenant des Français. Cette situation impose également de sortir des postures de pures dénonciations anti-Le Pen ou anti-Macron pour se centrer sur la résolution de notre dépression morale, de nos régressions politiques et du déclin économique afin de convaincre des électeurs majoritairement rétifs, pour des raisons différentes, au Président candidat et à la dirigeante du Rassemblement national.<br />Gagner par défaut ou sous l’effet de la peur cette élection, conduirait à un faible consentement aux politiques du futur Président, dans la mesure où la campagne n’aura pas aligné le paysage politique sur les équilibres sociologiques du pays et l’Etat sur la nation empêchant ainsi la France, à partir de son Imaginaire, de peser ultérieurement sur les procédures néolibérales bruxelloises et l’ordo-libéralisme allemand.</p>
<p>Une présidentielle sous contraintes et marquée par la peur</p>
<p>Une présidentielle est un rite qui vise à réactiver l’Imaginaire français au travers d’une dispute politique commune dont les candidats sont les acteurs. Il s’agit ainsi de dénaturaliser, par la passion politique, nos diversités d’origines, territoriales, de statuts et classes sociales par ce processus présidentiel qui vise à construire un avenir commun au travers d’un contrat nouant gouvernants et gouvernés. La souveraineté nationale est donc la condition de la souveraineté populaire. Leur contournement par les procédures de l’Union européenne et le néolibéralisme affaiblissent l’efficacité démocratique et la République. Mais le rite présidentiel liant gouvernants et gouvernés demeure.</p><p>Cette symbolique explique la pérennité de ce rite électoral au fondement de nos institutions, nonobstant les politiques menées par le sommet de l’Etat et le Président de la République, et son bilan qui conduit deux tiers des Français en début de campagne à ne pas souhaiter sa reconduction.</p><p>La singularité de notre exception politique est que le rite présidentiel recèle ses étapes et passages obligés. Le moment du déploiement de la dispute est celui du premier tour qui comporte des séquences : préparation des présidentiables à la conversation avec le pays, mise à égalité des candidats, capacité à repérer l’enjeu latent du pays au travers du lien direct avec lui, exposition des projets en cohérence avec l’incarnation des candidats puis, ultimement, dégagement d’un programme.</p><p>La campagne de second tour est celle de la construction du commun.</p><p>Ce commun devra encastrer la dispute déployée lors de la campagne. La figure du futur président, au travers de sa double dimension spirituelle et temporelle, devra préserver la fonction de sa personne pour tenir un mandat. Telle est la logique de notre monarchie républicaine ou prime l’incarnation a fortiori quand l’avenir et le monde semblent se dérober dans le moment néolibéral actuel.</p><p>Le rite de cette présidentielle est, dès le départ, contrarié. Quand débute la campagne, le pays semble épuisé par la pandémie. Pour y faire face collectivement, les Français consentent un important recul des libertés individuelles. Le reflux de la vague pandémique, et le « quoi qu’il en coûte », qui a momentanément évité le pire économiquement et socialement, auront effacé, pour partie, le spectacle désolant de l’incurie de l’Etat, de ses manquements, dissimulations voire mensonges initiaux.</p><p>Le calendrier de la campagne a été raccourci par le Président-candidat de sorte que les inquiétudes et peurs sanitaires, économiques, financières, écologiques, migratoires ou géopolitiques génèrent l’évidence d’une reconduction du Président de la République, afin de ne pas rajouter de l’instabilité politique à ce tableau déjà angoissant pour les français. Cette situation et conviction présidentielle ont guidé la stratégie de premier tour d’Emmanuel Macron de ne jamais descendre dans l’arène, et esquiver la question de la construction de l’avenir. Quand fut annoncée une émission prometteuse « Où va la France ? », ce fut plutôt à la place : « que ressent Emmanuel Macron ? »</p><p>Le candidat et Président sortant a eu comme stratégie de substituer à la question « comment construire un avenir meilleur ? » – qui l’aurait confronté à son bilan et pour laquelle Marine Le Pen est davantage créditée – « comment et qui pour réagir au mieux aux crises ? », lui permettant de capitaliser sur son avantage, incontestable, de se mettre en scène et de dire ce qu’il a retenu des épreuves communes que « nous » avons eu à traverser. Or, après le quinquennat Macron et la jacquerie des Gilets jaunes, soutenue par deux Français sur trois, sous les inquiétudes et peurs immédiates, la question latente du pays demeure ; celle de la maîtrise de son destin et de la remise de l’Etat au service de la nation.</p><p>Dans l’esquive de la question de la France, Eric Zemmour va débouler de façon fracassante et inédite dans notre histoire politique, dans la pré-campagne en imposant à sa façon la thématique du devenir de la France, de son déclin et de sa disparition dont il fera récit au travers d’une explication identitaire et civilisationnelle : celle du « grand remplacement » redouté par deux Français sur trois, la même proportion estimant que « l’on ne se sent plus en France comme chez soi ». Un temps, il sera même qualifié pour le second tour dans les intentions de vote, menaçant le lent travail de mutation idéologico-politique du RN, conduit à bas bruit par Marine Le Pen, afin de passer d’un parti d’extrême droite antirépublicain, le FN paternel, à une orientation souveraine et gaullienne. Pour Eric Zemmour, notre malheur procède de son éloignement du passé, d’une vision unifiée et mythique dont il fait récit, permettant ainsi de la dénaturaliser, défataliser. Pour Marine Le Pen, notre déclin vient d’une panne politique de souveraineté et d’avenir.</p><p>La guerre en Ukraine menée par Poutine va être le troisième temps de cette étrange campagne.</p><p>La dynamique et des ralliements de transfuges de la Droite et du RN vers Eric Zemmour vont le conforter et l’enclaver définitivement dans son approche identitaire et civilisationnelle. Cette dernière ne résistera pas aux justifications de Poutine dans la guerre contre l’Ukraine et à sa critique de l’Occident considéré comme décadent. Eric Zemmour devra alors ramer que le vrai danger civilisationnel venait du Sud, rendant son propos moins appropriable encore pour un large public. Cette position inconfortable le conduira à un déni et retard de réaction appropriée à la guerre menée par Vladimir Poutine, et même à refuser l’accueil des réfugiés ukrainiens.</p><p>Parallèlement, les inquiétudes sur le pouvoir d’achat générées par cette guerre et les sanctions économiques contre la Russie vont nettement devenir la priorité immédiate des Français – devant la protection sociale et la sécurité – alors qu’elle n’était qu’en troisième position en 2012 et 2017. Cela va permettre à Marine Le Pen de renforcer son emprise sur les classes populaires et moyennes inférieures avec la souplesse, par rapport à Zemmour, que lui permet le diagnostic de la résolution des problèmes de la France par le retour de la politique et souveraineté nationale. La guerre et la présidence française de l’Union européenne vont permettre au Président-candidat Emmanuel Macron de déployer sa stature internationale, et sa capacité à se mettre en mouvement dans les crises que semble convoquer la nouvelle période.</p><p>La campagne est jugée inintéressante par plus de trois Français sur quatre. Une majorité d’électeurs estime que Marine Le Pen, puis Jean-Luc Mélenchon et Eric Zemmour l’ont bien menée ; un Français sur cinq seulement émet ce même jugement à l’égard du Président candidat Emmanuel Macron, qui pâtira de son refus de débattre avec les autres présidentiables.</p><p> Alors que les deux tiers des électeurs d’Emmanuel Macron, de Marine Le Pen et d’Eric Zemmour avaient fait leur choix depuis plusieurs mois, Jean-Luc Mélenchon a convaincu la moitié de son électorat dans les toutes dernières semaines.</p><p>Cette faible prise du pays sur le déroulement de la présidentielle, marquée par les inquiétudes, a généré d’une part une prévalence plus forte des grands médias comme support de décision de vote, hormis Internet pour les électorats Jadot et Mélenchon, et un fort effet de vote utile pénalisant les candidats à faible dimension présidentiable. Ce vote utile qui a bénéficié à Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, a entraîné la quasi disparition, au plan national, des partis de gouvernement PS et LR et a confirmé la faiblesse de l’écologie politique, nonobstant la réalité et la perception du péril que représentent le réchauffement climatique et l’extinction de la biodiversité.</p>
<p>Trois familles politiques recomposées : néolibérale avec Emmanuel Macron, sociétale avec Jean-Luc Mélenchon et nationale avec Marine Le Pen</p>
<p>La nouvelle carte électorale que dessine ce scrutin présidentiel de 1er tour n’est qu’une esquisse. Elle est la photographie d’un stade de la décomposition-recomposition de notre système politique qui ne peut se stabiliser tant la confrontation entre l’Imaginaire français et le néolibéralisme, la République française et l’Union européenne, la nation et le sommet de l’Etat le fait turbuler, empêchant toute coïncidence stable entre situations sociales, idéologie et représentation politique. C’est en France la marque des périodes bonapartistes, en réponse aux instabilités stato-nationales et pannes d’avenir politique, que de générer différents avatars de césarismes, souvent qualifiés à tort en France de populismes à travers les figures de Macron, Mélenchon et Le Pen, dont la vocation est, par leurs incarnations, de faire synthèse entre des forces centrifuges par un lien symbolique vertical et direct avec les Français, permettant de les tenir ensemble par l’image, le verbe et l’action.</p><p>Ces périodes bonapartistes sont celles du retour de la prévalence du retour du commun sur celles de la dispute sociale qui structure l’axe Gauche/Droite. Dans ces moments, la symbolique politique préempte la question sociale. Au premier tour, Gauche et Droite de gouvernement vont momentanément disparaître, corps et biens au plan national avec les scores d’Hidalgo et Pécresse.</p><p>De ce moment bonapartiste et paysage instable ; trois familles émergent de ce premier tour avec à leurs têtes des César.</p><p>Emmanuel Macron agrège un électorat que l’on pourrait qualifier de néolibéral en ce qu’il est préservé des effets du cours des choses, pense et souhaite le demeurer. Il est relativement confiant pour lui dans le cours actuel de la mondialisation. C’est un électorat qui vit de ses rentes, retraites et confortables revenus et pour qui la question des impôts est un enjeu important. Générationnellement, il a connu la croissance et le progrès économique, social et sociétal, a adhéré à l’idée d’un dépassement des nations et se sent à l’aise dans la mondialisation. Ainsi après le « pouvoir d’achat », sa seconde motivation de vote est « la place de la France dans le monde » et en cinquième position, « la construction européenne », alors qu’elles sont en bas de tableau pour l’ensemble des Français. Mais son sujet n’est plus tant de s’adapter pour construire l’avenir que de préserver le présent. Il est d’autant plus favorable aux réformes structurelles qu’il en est exonéré pour des raisons objectives.</p><p>C’est un électorat essentiellement constitué de « boomers », dont deux tiers sont âgés de plus de 50 ans, et qui a vieilli en cinq ans ; il est constitué pour moitié de retraités et de diplômés du supérieur ; le tiers des cadres supérieurs et professions intellectuelles votent pour lui. Quatre électeurs sur dix ont un niveau de revenu individuel au sein du foyer supérieur à 1 900 euros nets par mois ; cet électorat est aux deux tiers urbain. Cette famille néolibérale se situe pour un tiers à Gauche et s’est « droitisée » en cours de mandat, représentant dorénavant deux tiers de cet électorat. Cet électorat sait gré au Président-candidat de porter la voix de la France à l’extérieur et assurer l’ordre à l’intérieur, et de savoir répondre aux crises – en témoigne chez eux l’importance de la question de la pandémie et de la guerre en Ukraine dans les motivations de vote.</p><p>Jean-Luc Mélenchon, par son talent de tribun, est celui dont l’électorat est le plus hétérogène socialement et idéologiquement. On pourrait qualifier cette famille de « sociétale » car il regroupe ceux qui veulent avoir leur place dans la Société ; du jeune diplômé qui galère pour obtenir un « vrai travail », au sans-diplôme ubérisé qui revendique sa liberté, du bobo au communautariste, voire aux musulmans et même islamistes dont certains ont appelé à voter pour lui. Si ses électeurs ont en commun de vouloir se faire une place dans la société, c’est qu’ils ils vivent la précarité sociale, des discriminations sexuelles, ethniques ou relégations territoriales. Par un verbe poétique, comme les notions d’insoumis ou de « France métissée » différente de la tradition républicaine, Mélenchon peut agréger des individus précarisés ou séparés dans un vis-à-vis avec les « élites » et la classe dirigeante. Ces agrégations dynamiques autour du César Mélenchon, en surplomb de dynamiques à la base et localement fort diverses, expliquent ses scores impressionnants dans des départements délaissés comme en Seine-Saint-Denis où clientélisme, communautarisme et séparatisme prospèrent, mais également dans des territoires « bobo » où des jeunes et moins jeunes à relatif capital culturel ne sont pas intégrés professionnellement.</p><p>La dynamique Mélenchon a permis de rallier, dans la dernière ligne droite, des électeurs de Gauche plus traditionnels devenus orphelins et des écologistes votant non pas tant pour lui que contre Marine Le Pen, espérant qu’il soit qualifié au second tour.</p><p>Il lui manquera 420 883 voix. 91 % de son électorat se situe à gauche et 8 % à droite. 41 % des sympathisants socialistes ont voté Mélenchon contre 22 % Macron. 31 % des écologistes ont voté Mélenchon contre 31% Jadot et 16% Macron. La lutte contre la précarité, la santé, le pouvoir d’achat, l’éducation, la protection de l’environnement, le logement, la lutte contre le chômage et la défense des services publics sont les priorités de cet électorat sociétal avec des niveaux sensiblement supérieurs à la moyenne, un électorat sociétal aussi plus féminin que la moyenne. Il est, avec celui de Jadot, le plus jeune, un tiers ayant moins de 35 ans. En moyenne il est assez diplômé, près de la moitié ayant le bac ou un diplôme du supérieur, mais cela est très variable en fonction des territoires.</p><p>Les électeurs Mélenchon sont dans le même temps les moins fortuné, 43 % vivant avec moins de 1 300 euros nets. 21% des professions intellectuelles supérieures et cadres ont voté Mélenchon et 26 % des catégories populaires. Si les thèmes sociaux traditionnels sont les plus mis en avant, a contrario, la lutte contre l’immigration clandestine est deux fois moins importante que pour la moyenne du corps électoral, la lutte contre le terrorisme étant de 22 points en moins, et la sécurité et la lutte contre la délinquance de 20 en moins.<br />Cet électorat sociétal est le plus communautariste religieusement, avec 69 % des musulmans qui votent Mélenchon. A titre de comparaison, seuls 29 % des catholiques votent Macron, 27 % Le Pen et 10 % Zemmour.</p><p>Le vote Marine Le Pen est national, et social pourrait-on rajouter, en ce que cet électorat est le plus homogène ; actif, salarié et populaire, veut mettre la question sociale à l’abri de la question nationale pour stabiliser les rapports sociaux dégradés par le néolibéralisme, qui profite au capital au détriment du travail. L’ouverture des frontières et l’immigration clandestine sont vécues comme un levier et facteur de remise en cause de notre modèle social et souveraineté politique. La nation et ses frontières sont pour cette famille politique ce qui protège au mieux le monde du travail et le salariat. La sécurité et la lutte contre la délinquance, le pouvoir d’achat, la lutte contre l’immigration clandestine sont le trio de tête pour 8 sur 10 de ses électeurs, suivi de la lutte contre le terrorisme pour les ¾ d’ entre eux. Cet électorat national est, après celui de Mélenchon, le plus jeune mais le moins diplômé et, après celui de Jadot, le plus féminisé.</p><p>Marine Le Pen arrive en tête chez les classes moyennes inférieures et populaires, ouvriers et employés dont un tiers vote pour elle dès le premier tour.</p><p>En termes de revenu mensuel par personne, cet électorat représente le quart des moins de 1 900 euros, mais il est dépassé par Mélenchon chez les moins de 900 euros. Cet électorat est le plus soudé. Il est celui qui met le plus en avant, pour expliquer son vote, la personnalité de Marine Le Pen et le fait qu’elle aille à l’Elysée, mais également le plus en avant son projet. En revanche, son étiquette n’a motivé qu’un tiers seulement de l’électorat comme celui de Macron, les autres électorats le mettant plus en avant. Cette famille nationale est la plus friande des débats télévisés contradictoires entre les candidats. Ils recueillent l’agrément des deux tiers de ses membres, contre la moitié de l’ensemble des votants, comme si par procuration, ils appréciaient de voir leur championne les défendre ainsi.</p><p>Ces familles néolibérale de la rente, sociétale du précariat et nationale de la condition ouvrière, vont servir de socles et terres de conquêtes avec les abstentionnistes aux candidats Macron et Le Pen, pour convaincre dans l’entre-deux-tours, selon une alternative décisive pour eux et la France pour le nouveau quinquennat.</p>
<p>Entre-deux-tours : opposition front républicain/référendum anti-Macron ou résolution de notre dépression, de notre déclin et de nos divisions ?</p>
<p>On le sait depuis un certain temps, le phénomène d’individuation et la crise du système politique font que les consignes de vote n’ont que peu de poids. Même les abstentionnistes de premier tour nous disent dans les sondages, le jour du vote, qu’ils ne boudent pas les urnes par désintérêt ou désarroi mais par insatisfaction ou mécontentement politique des choix proposés, et interrogations sur le fait de savoir si les politiques pèsent encore sur le cours des choses. Quant aux électeurs de premier tour, ils n’ont pas voté par suivisme partisan ou politique, mais selon leurs intérêts, représentations et évaluations des candidats pour ces dernières variables.</p><p>Néanmoins l’électorat Mélenchon semble être un enjeu déterminant. Les questions politiques l’inciteraient à voter Macron face à Marine Le Pen, dépeinte alors comme d’extrême droite et anti-démocratique, alors que les questions sociales l’amèneraient à voter Marine Le Pen face à un Emmanuel Macron vu comme le Président des riches et arrogant, voire brutal lors des mouvements sociaux. La tentation serait alors grande, on le voit dès maintenant chez les militants, entourages, commentateurs et journalistes, de construire un récit à partir d’une d’alternative simple : « front républicain » ou « référendum anti-Macron ».</p><p>Un entre-deux-tours ramené à un affrontement Macron/Le Pen serait oublier qu’en France, du fait de notre Imaginaire, notre rapport à la politique est absolu et non relatif comme dans les pays anglo-saxons. Les choix électoraux ne se font pas, comme sur un marché de biens et services, à partir de qui « lave plus blanc » ou représente un moindre mal. Se comparer ou attaquer l’autre, chez nous, signifie que le candidat n’existe pas par lui-même, que son projet n’est pas suffisamment solide pour faire l’économie d’attaquer l’Autre. Le citoyen a besoin d’avoir la preuve dans l’entre-deux-tours que le présidentiable est en capacité, non de dénoncer mais de résoudre, non de se positionner mais de dépasser les contradictions d’un pays dont la dépression nationale, le pessimisme, la défiance, la peur de l’avenir et de la globalisation procèdent du fait que l’Etat se retourne contre la nation.</p><p>Le premier tour est le moment de la dispute, le second tour celui du commun qui doit l’encastrer.</p><p>Emmanuel Macron et Marine Le Pen ont quelques jours pour faire la démonstration qu’il, elle, est en capacité de faire face aux crises et de déployer, mettre en œuvre, de façon cohérente, une vision de la France, un projet et enfin un contrat qu’il ou elle incarnera et garantira en France et au sein de l’Union européenne.</p><p>De la qualité de l’entre-deux-tours dépendra également, au travers de son spectacle en cohérence avec ce que nous sommes et de la centralité de la politique, le consentement pour les cinq ans à venir au nouveau Président de la République et à son action pour faire face aux immenses enjeux qui nous attendent collectivement et personnellement. Sinon la République continuera à se déliter ; ce sera l’accentuation des passions tristes, de notre déclin économique, des reculs sociaux, des communautarismes, séparatismes, forces centrifuges et affrontements, avec ses risques autoritaires et de recul des libertés.</p><p>Stéphane Rozès<a href="https://www.revuepolitique.fr/france-apeuree-presidentielle-sous-contrainte-paysage-politique-instable/#fn-21450-1" id="fnref-21450-1">1</a><br />Président de Cap, enseignant à Sciences-po, Paris</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
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	<pubDate>Sat, 16 Apr 2022 10:50:51 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Adieu la gauche ! Le 24 avril, défaire Macron !]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Avec le résul­tat du pre­mier tour de l’élection pré­si­den­tielle, la gauche appa­rait tri­ple­ment désar­mée, électoralement, phy­si­que­ment et sur­tout poli­ti­que­ment.</p><p>  Électoralement, les scores réa­li­sés de ce que les com­men­ta­teurs nom­ment les can­di­dats de gauche n’ont jamais été à un niveau aussi catas­tro­phi­que.</p><p>• Le PS et le PCF sont réduits à un état micro­sco­pi­que, et de fait à un rôle mar­gi­nal.<br />
Le PS tient encore par quel­ques muni­ci­pa­li­tés et un réseau d’élus qui ont de plus en plus de dif­fi­cultés à se renou­ve­ler. A court terme il est sim­ple­ment menacé de dis­pa­ri­tion, d’autant que ses porte-dra­peaux que la macro­nie n’a pas encore avalés sont sur le point, au len­de­main du second tour, de faire le pas que la plu­part des caci­ques ont déjà fran­chi.</p><p>• Le PCF, en plus grande dif­fi­culté, finan­cière notam­ment, ne repose pas sur le réseau local qui existe encore au PS. Il tente pour s’en sortir de tabler sur des accords aux élections légis­la­ti­ves, mais il est là dans une situa­tion inex­tri­ca­ble. Selon les pro­jec­tions des résul­tats acquis au pre­mier tour, lui, comme le PS, ne pour­rait pré­ten­dre à rien face à LFI qui a raflé les fonds de tiroirs électoraux de la gauche.</p><p>• Le score de LFI ne peut faire illu­sion. Il s’appuie essen­tiel­le­ment sur la dis­pa­ri­tion des pré­cé­dents, mais aussi sur un électorat essen­tiel­le­ment petit- bour­geois ou encore rele­vant de cou­ches socia­les mar­gi­na­les. Il est aussi la réa­li­sa­tion de réseaux com­mu­nau­tai­res à qui LFI et Jean Luc Mélenchon font les yeux doux. La néces­sité de repren­dre pied dans la classe ouvrière et chez les sala­riés n’est pas atteinte. La ligne « Terra Nova » l’a emporté. Les ouvriers majo­ri­tai­re­ment comme les sala­riés ont choisi Marine Le Pen et non Jean Luc Mélenchon.</p><p>  Physiquement, la cam­pa­gne électorale n’a pas témoi­gné d’un engoue­ment par­ti­cu­lier. Contrairement aux pré­cé­den­tes, les mobi­li­sa­tions ont été moin­dres. L’effet Ukraine et la double manoeu­vre — média­ti­que et poli­ti­que, avec la non-cam­pa­gne de Macron — expli­quent en partie cela. Mais en partie seu­le­ment. Ce sont les dis­cours, les pro­gram­mes, les ini­tia­ti­ves qui n’ont pas mobi­lisé les foules.</p><p>  Politiquement enfin et sur­tout. Tout se résume dans l’appel au soir du pre­mier tour à cons­ti­tuer un « front répu­bli­cain » contre MLP et en faveur de Emmanuel Macron, tour­nant le dos au combat urgent contre celui qui depuis 5 ans assume une poli­ti­que auto­ri­taire, liber­ti­cide, répres­sive, vio­lente, anti sociale, des­truc­trice de la nation. Voir <a href="https://www.youtube.com/watch?v=Ql6KFmssvN8" rel="external">ici</a>.<br />
Cela relève d’une faillite poli­ti­que sur laquelle les res­pon­sa­bles toutes ten­dan­ces confon­dues se mon­trent inca­pa­bles de tirer le moin­dre bilan. A force d’avoir tourné le dos aux cou­ches popu­lai­res, aux ouvriers et sala­riés pour pré­fé­rer la petite bour­geoi­sie des villes essen­tiel­le­ment toute acquise à la mon­dia­li­sa­tion, la « gauche » en arrive à s’inven­ter un fas­cisme fan­tasmé qui lui permet de tour­ner casa­que à la vitesse grand V. « L’anti­fas­cisme » de paco­tille de la gauche n’est en réa­lité qu’alibi à l’adhé­sion à la mon­dia­li­sa­tion dont Emmanuel Macron est le chan­tre, au libé­ra­lisme économique, au capi­ta­lisme, tout sim­ple­ment.</p><p>• Le fas­cisme de Marine Le Pen relève de la dia­bo­li­sa­tion néces­saire à la réé­lec­tion de Macron. Si le FN his­to­ri­que­ment —dans les années 1970, 1990 — a compté en son sein des nazillons actifs, et d’autres, plus expé­ri­men­tés, dont l’ori­gine relève des heures les plus som­bres de l’his­toire, le temps aidant, ceux-là ont soit bon­ne­ment dis­paru, soit choisi une acti­vité plus clas­si­que. Ils n’en sont pas plus sym­pa­thi­ques, mais poli­ti­que­ment, ils ne don­nent pas au RN la cou­leur que la gauche tient à lui attri­buer pour jus­ti­fier le ral­lie­ment à Macron. Le RN s’appa­rente plus à l’aile droi­tière du RPR des années 80 qu’à un parti de mili­ciens cons­ti­tué de gros bras armés dont la tâche, comme cela est de cou­tume dans tout parti fas­ciste, est de casser le mou­ve­ment ouvrier et ses orga­ni­sa­tions.</p><p>• La gauche oublie dans ce ral­lie­ment à Macron qu’elle creuse encore plus pro­fon­dé­ment sa tombe. Comme dans la région PACA par exem­ple, cette stra­té­gie risque de l’éradiquer pour une longue période de la vie poli­ti­que natio­nale.</p><p>• La gauche et tous ses res­pon­sa­bles démon­trent leur inca­pa­cité à s’inter­ro­ger sur les rai­sons pour les­quel­les 3 ouvriers sur 4, parmi ceux qui iront voter, le feront pour Marine Le Pen, les rai­sons pour les­quel­les le PIS polo­nais trouve ses sou­tiens les plus sta­bles dans les cou­ches les plus pau­vres, les rai­sons pour les­quel­les aussi elle a dis­paru de la carte là où les PC étaient des puis­san­ces (France, Italie) et pour­quoi les autres pays ont suivi la même voie. Cette situa­tion est inter­na­tio­nale et tient indis­cu­ta­ble­ment à l’orien­ta­tion des dif­fé­rents partis com­mu­nis­tes et socia­lis­tes sur les­quels il fau­drait reve­nir. En Grande-Bretagne par exem­ple, le « red wall » tra­vailliste a voté Johnson… Les dif­fé­rents ater­moie­ments sur le fas­cisme, la néces­sité des mobi­li­sa­tions anti­fas­cis­tes, le fait de devoir faire bar­rage à l’extrême droite évacuent sim­ple­ment la réflexion sur la lutte des clas­ses, ses res­sorts et les répon­ses à appor­ter.</p><p>Dans cette situa­tion, alors que l’échéance du 24 avril s’annonce comme impor­tante pour pou­voir ren­voyer l’actuel loca­taire de l’Elysée, Emmanuel Macron, les chefs de gauche sont plus inté­res­sés par leurs manœu­vres électorales en vue des légis­la­ti­ves pour sauver leurs postes que par l’urgence pour les Français.</p><p>Macron a su ordon­ner l’usage des LBO dans les mani­fes­ta­tions contre la réforme des retrai­tes ou encore des GJ, pour créer des mil­liers de bles­sés, des dizai­nes d’éborgnés ou d’ampu­tés. Pour tout citoyen atta­ché aux valeurs répu­bli­cai­nes, il devrait être exclu de donner sa voix à celui dont le bilan auto­ri­taire, vio­lent, anti­so­cial, liber­ti­cide est sans pré­cé­dent. Il s’ins­crit dans la pour­suite d’une poli­ti­que syno­nyme de sac­cage des ser­vi­ces publics, de l’école, des hôpi­taux, des­truc­tion des sta­tuts, de l’emploi, des salai­res… Il a su béné­fi­cier des cabi­nets-conseils à Mac Kinsey, a su illus­trer la répu­bli­que exem­plaire avec plus de 30 pro­ches, minis­tres, dépu­tés ou inti­mes, pour­sui­vis par la jus­tice, mais pro­tégé, a été capa­ble de rabais­ser la nation et de fouler les prin­ci­pes répu­bli­cains, et encore et encore pour 5 ans.</p><p>Voilà ce que la gauche reven­di­que en appe­lant à voter Macron.</p><p>Voilà pour­quoi, le 24 avril, "pas une voix pour Macron" devrait être un cri de ral­lie­ment.</p><p>Jacques Cotta<br />
le 15 avril 2022</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/864/retraites-la-verite</guid>
	<pubDate>Sat, 16 Apr 2022 07:21:02 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/864/retraites-la-verite</link>
	<title><![CDATA[RETRAITES : LA VÉRITÉ]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Il n’y a pas de problème des retraites dans le système actuel. </p>

<p>Retarder l’âge de départ en retraite n’est pas un choix comptable mais un choix idéologique qui vise à un double transfert d’argent vers le capital.<br /> Le premier transfert par l’augmentation des dividendes au lieu de payer des cotisations de retraite. <br />Le deuxième par l’incitation que cela produit à capitaliser pour la retraite : les milieux financiers sont les grands bénéficiaires des fonds de pension. </p>

<p>Les chiffres de la huitième édition du rapport du Conseil d’Orientation des Retraites (COR) prouvent que le régime est garanti et qu’il peut rapidement être amélioré sans le mettre en péril.</p>

<p>Sauf en 2020 avec l’effet COVID où il fut de 0,8%, le déficit annuel actuel est de 0,4% soit 9 Md par an. Mais ce déficit est très passager. En maintenant la part du PIB consacré aux retraites, Il diminuera progressivement d’ici 5 ans pour atteindre l’équilibre au plus tard en 2030.</p>

<p>Or, il y a actuellement 2 fonds de réserves des retraites.<br />Le premier, grâce à Martine Aubry, qui est la seule à avoir pris une bonne mesure pour les retraites depuis 1990, est le fonds de réserves de 35 Md € de la Caisse Nationale d’assurance Vieillesse (Retraite Sécurité Sociale).<br />Le second, celui des caisses de retraites complémentaires est de 116 Md.</p>

<p>Il y a donc en réserves plus 150 Md d’euros, plus les revenus générés par cette épargne et ses plus-values, pour faire face aux déficits qui vont diminuer jusqu’en 2030 soit plus de 20 Md de réserves par an pour un déficit de 4Md par an maximum. Il suffit d’employer moins de 20% des réserves pour combler le déficit prévu jusqu’à son extinction naturelle en 2030.</p>

<p>Dans le régime actuel il est donc possible d’améliorer les retraites d’au moins 10 Md par an sans toucher à l’âge des retraites. Porter à 1 100 € par mois la retraite minimale pour ceux ayant une carrière complète (sur la base de 42 ans de cotisations) cela concernerait 150 000 personnes par an et représente en moyenne environ 100 € par personne soit 15 millions € par mois et 180 millions par an. (ATTENTION, il y a actuellement 5 millions de personnes avec une retraite inférieure à 1 100 € par mois mais le projet de Macron ne prévoit les 1 100 € minimum que pour les futurs retraités avec une carrière complète). DIRE QU’IL RECULE LA RETRAITE À 65 ANS POUR AUGMENTER. À 1 100 EUROS LE MINIMUM DE RETRAITE POUR UNE CARRIÈRE COMPLÈTE AVEC AU MOINS LE SMIC COMME BASE DE COTISATION EST DONC UNE ÉNORME FUMISTERIE.</p>

<p>En maintenant l’âge actuel des retraites (62 ans) et le nombre actuel d’années de cotisations exigés (42 ans), il est possible, sans épuiser les fonds de réserve et sans obérer l’avenir de garantir ce minimum de retraite à tous les retraités ! </p>

<p>Plus encore, puisque le régime actuel sera excédentaire à partir de 2033, il est possible de faire plus d‘ici là. </p>

<p>Bien noter que le minimum de retraite de 1 100 € par mois promis par Macron concerne les futurs retraités et seulement ceux ayant cotisé sur la base du SMIC pendant au moins 42 ans à temps complet.<br />Tous ceux qui croient qu’avec Macron ils auront une augmentation de leur retraite actuelle à 1 100 €/mois sont trompés, ils ne sont pas concernés par la promesse. De même tous ceux qui prendront leur retraite à partir de 2023 mais qui ont eu des périodes d’inactivité ou des périodes à temps partiel ne seront pas concernés. C’est souvent le cas des femmes. Il en est de même pour les agriculteurs, les autoentrepreneurs ou les commerçants quand ils cotisent sur une base mensuelle inférieure au SMIC.   </p>

<p>À suivre, SUR MA PAGE UNIQUEMENT, <a href="https://ememiom.fr/iom/blog/view/866/l%E2%80%99amelioration-des-retraites-est-possible-a-court-et-moyen-terme-50-ans"><br />POURQUOI LE RÉGIME SERA-T-IL MATHÉMATIQUEMENT EXCÉDENTAIRE APRÈS 2030  ? </a> permettant de ramener progressivement l’âge de départ à 60 ans avec 40 ans de cotisations ?</p>

<p>NB : Sources : rapports du COR, données INSEE, démographie et budgets divers</p>
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	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/863/en-france-qui-fera-barrage-a-l%E2%80%99extreme-droite-economique</guid>
	<pubDate>Mon, 11 Apr 2022 17:43:18 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[En France, qui fera barrage à l’extrême-droite économique?]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Myret Zaki</p><p>Il ne faut pas se leurrer: ce 24 avril, l’élection présidentielle dans l’Hexagone n’opposera pas une candidate d’extrême-droite à un candidat «républicain», mais deux candidats extrêmes, chacun à sa façon. À l’extrême-droite identitaire de Marine Le Pen, s’opposera l’extrême-droite économique, celle d’Emmanuel Macron. On connaissait depuis longtemps la première et son héritage xénophobe assumé, qui fait une nouvelle fois office de repoussoir pour une partie de la France, comme en 2017. Mais on a plus de mal à saisir l’extrémisme économique d’Emmanuel Macron, qui est rejeté par l’autre partie de la France, un électorat de taille quasi égale. Le 24 avril, Macron sera probablement reconduit pour un second mandat. C’est pourquoi cet édito abordera sa politique économique, et pourquoi les politiciens que l’on situait le plus à droite par le passé la trouveraient extrême aujourd’hui.</p><p>Avec Macron, il y a un problème d’étiquetage: d’aucuns le situent au centre de l’échiquier, le jugent modéré. Mais ce sont ses clients, ceux qui bénéficient de ses politiques. Les autres, qui sont demandeurs d’une politique sociale, ont massivement porté leur vote sur Jean-Luc Mélenchon et aussi sur Marine Le Pen. Si on examine le premier mandat de Macron du point de vue des politiques sociales, et son programme 2022 encore plus décomplexé, on le trouvera à droite de la droite. Encore une fois, ceux dont la situation ne s’est pas détériorée ou s’est améliorée sous son quinquennat le situeront sur leur centre parfait, parce qu'il défend leurs intérêts et qu’ils sont sa cible prioritaire. Ils trouveront choquant d’associer «Macron» et «extrémisme». Lier le président au bon vieux camp républicain leur convient. Mais ils ne représentent pas la majorité. Que signifie le mot républicain et pour qui, quand plus de 50% des votes des Français sont allés à des partis d’extrême-droite ou d’extrême-gauche, ce 10 avril? Plus rien, évidemment.</p>
<p>L’échelle gauche-droite s’est déplacée vers la droite</p>
<p>L’évaluation du président sortant souffre d’une faiblesse majeure. Elle échoue à mesurer Emmanuel Macron aux dirigeants de droite les plus radicaux du passé, comme Giscard, Reagan ou Thatcher, sur des points de politique fiscale et sociale. Si on le fait, on sera surpris de voir qu’il va plus loin que ces ultras qu’on a tant caricaturés.</p><p>Beaucoup ont loupé le phénomène, mais depuis une quarantaine d’années, l’échelle gauche-droite s’est déplacée vers la droite. Ce qu’on appelait socialiste à l’époque du premier mandat de Mitterrand (qui a nationalisé les banques et des fleurons industriels, et créé l’ISF, cet impôt de solidarité sur la fortune que Macron a supprimé) serait aujourd’hui jugé d’extrême-gauche, voire comparé à Chavez au Venezuela. Ce qu’on situait au centre hier serait aujourd’hui classé socialiste. Le dernier spécimen en date de président socialiste, François Hollande, n’a jamais taxé à 75% les revenus supérieurs, mais il a par contre allégé les cotisations patronales et lourdement imposé les classes moyennes en augmentant la TVA, c’est la façon moderne d’être socialiste. Ce qu’on appelait «de droite» ou même «ultra-libéral» hier serait aujourd’hui perçu comme social-libéral ou centriste modéré. Comme Giscard d’Estaing, qui avait certes instauré le CDD en 1979, mais qui avait augmenté l’imposition des entreprises et des plus hauts revenus; aujourd’hui, c’est tout juste s’il resterait admis au club de la droite.</p><p>Mieux: si Reagan et Thatcher étaient là aujourd’hui, ils seraient choqués (ou jaloux). Sous Ronald Reagan, le taux d’imposition des entreprises a baissé de 45% à 35% aux États-Unis. Sous Margaret Thatcher, il a été ramené de 52% à 34% au Royaume-Uni. On a trouvé ces politiques extrêmes, et Renaud chantait qu’aucune femme n’est plus con, fière ou malhonnête que son frère, «à part peut-être Madame Thatcher». Mais aujourd’hui, ces figures paraissent pépères. Sous Macron, les entreprises ont vu leur taux d’imposition passer de 33,3% en 2017 à 25% en 2022, un taux qui pourrait encore baisser s’il est réélu.</p><p>Publicité</p><p>Le côté radical de la politique de Macron réside encore plus dans le rabotage méthodique de tout le volet social. Les aides personnelles au logement (APL), mises en place en 1977 sous le très libéral Giscard d’Estaing, sont trop sociales pour Emmanuel Macron, qui coupe dedans pour financer les baisses d’impôts des entreprises et des grandes fortunes.</p>
<p>Le passé, témoin gênant d’une autre façon d’être à droite</p>
<p>L’assurance chômage est aussi un marqueur de la droitisation. Non seulement Emmanuel Macron n’a pas tenu sa promesse de campagne 2017 d’élargir les droits aux allocations chômage «à tous» et «avec les mêmes droits», ni l’idée d’indemniser en cas de démission, mais depuis octobre il a durci le droit aux allocations chômage, dont le montant va baisser. En outre, les contrôles vont s’intensifier et «les demandeurs d’emploi qui ne démontreront pas une recherche active verront leurs allocations suspendues», a averti Macron.</p><p>Ce type de mesures n’est pas nouveau, et la France n’est pas une exception. «Temps Présent» vient de faire un reportage éclairant sur la sévérité des sanctions de l’assurance-chômage en Suisse. C’est cette attitude kick ass (plus sévère) héritée du sarkozysme qui interpelle. Sa tonalité contraste avec un Jacques Chirac qui en 1995, demandait aux entreprises de «considérer comme un devoir national d'offrir une chance d'insertion à des milliers de Français». Le passé est le témoin gênant d’une autre façon d’être à droite. Dans le même temps qu’il traque la fraude sociale, le gouvernement Macron délaisse la fraude fiscale, qui porte sur des dizaines de milliards d’euros, et qui n’est pas un sujet de campagne.</p><p>Publicité</p><p>Dans le même registre, on assiste au durcissement des conditions du RSA (le revenu de solidarité active, versé aux plus pauvres). Pour l’obtenir, il faut désormais travailler au moins 15 à 20 heures par semaine. Un filet social qui se transforme en travail précaire à mi-temps, payé au salaire minimum. Une mesure qui peut servir à vernir la façade du taux de chômage. Et qui est une subvention de plus aux entreprises, qui auront de la main-d’œuvre payée par l’État, tandis qu’elles touchent déjà deux fois plus d’aides publiques qu’il y a quinze ans (dont une bonne part finit en dividendes plutôt qu’en salaires).</p><p>Quant à l’inflation, le sujet brûlant qui concerne tous les salariés, et qu’ont combattu en priorité les présidents de la Ve république, il est absent du programme de Macron. À ce jour, les fonctionnaires n’ont pas de garantie de voir leurs payes ajustées à la forte hausse des prix. Les promesses destinées à stimuler le pouvoir d’achat, de type «primes exceptionnelles», restent cosmétiques. Les salaires seront les grands oubliés de ce second quinquennat.</p>
<p>Le choix proposé aux Français.e.s sera entre deux extrêmes</p>
<p>Le curseur a beau se déplacer à droite, et à droite de la droite, beaucoup d’observateurs dérivent avec lui, sans attaches, perdant leurs points de repère historiques, estimant que c’est «gauchiste» de voir de l’extrémisme dans cette politique (qui sied à leurs intérêts spécifiques). Mais si l’on sait se placer dans l’analyse et que l’on a saisi le glissement progressif, on voit que le choix proposé aux Français.e.s sera entre deux positions extrêmes. L’une (celle de Marine Le Pen) est nettement plus inacceptable en raison de sa tentation du rejet et de la discrimination. Mais, tout en lui faisant barrage, il vaut mieux prendre ses repères dans le passé et regarder en face le genre de politiques, socialement aliénantes et clivantes, qu’on verra s’affirmer de manière plus crue avec le deuxième mandat d'Emmanuel Macron.</p><p>Publicité</p><p>C’est la deuxième fois que les Français votent pour ces deux propositions qui divisent le pays en deux parties irréconciliables. Cela nous met face à un parti gouvernemental qui est radical pour une moitié des Français, et à une opposition lepéniste qui est radicale pour l’autre moitié du pays. Et tandis que l’extrême est la nouvelle norme et que ces partis sont devenus mainstream, ce sont les socialistes et les républicains qui sont devenus marginaux, en voie d’extinction. Pire qu’extrêmes, eux sont insignifiants.</p><p>Chroniques de Myret Zaki:</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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