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	<title><![CDATA[Signet Loupe: Articles de blog de France]]></title>
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	<description><![CDATA[]]></description>
	
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	<pubDate>Sat, 16 Apr 2022 12:54:10 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[France apeurée, présidentielle sous contrainte, paysage politique instable]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Pour la première fois sous la Ve République, le rite présidentiel lors de ce premier tour ne s’est pas déroulé selon la seule prise de la dispute politique commune des Français.</p><p>D’une part, la campagne s’est déroulée dans un contexte psycho-politique contraint par des crises extérieures, pandémie de Covid-19 et guerre en Ukraine, après un quinquennat marqué par des tensions intérieures, dont la jacquerie des Gilets jaunes, générant peurs, réflexes défensifs et de conservation. D’autre part, sur le moyen terme, si l’efficacité démocratique de la présidentielle s’érode par le contournement de la souveraineté nationale, condition de la souveraineté populaire, près de trois Français sur quatre, un peu moins qu’en 2017, se sont quand même mobilisés. Comme d’habitude, les catégories populaires et les jeunes moins insérés ont été les plus abstentionnistes, mais la participation ne s’est pas effondrée, preuve que symboliquement, ce rite politique de catharsis et d’élaboration d’un contrat politique demeure car c’est ce qui nous relie.</p><p>Dans une France apeurée, le rite présidentiel aura été sous contrainte.</p><p>Il en résulte un paysage politique balkanisé et instable. Trois familles politiques recomposées, dirigées par des leaders charismatiques : néolibérales avec Emmanuel Macron, sociétales autour de Jean-Luc Mélenchon et nationales chez Marine le Pen, se dégagent.</p><p>Cela conduit à un second tour entre Emmanuel Macron et Marine le Pen plus ouvert qu’en 2017, obligeant à de nécessaires cohérences et arbitrages entre vision politique pour la France, et situation ici et maintenant des Français. Cette situation impose également de sortir des postures de pures dénonciations anti-Le Pen ou anti-Macron pour se centrer sur la résolution de notre dépression morale, de nos régressions politiques et du déclin économique afin de convaincre des électeurs majoritairement rétifs, pour des raisons différentes, au Président candidat et à la dirigeante du Rassemblement national.<br />Gagner par défaut ou sous l’effet de la peur cette élection, conduirait à un faible consentement aux politiques du futur Président, dans la mesure où la campagne n’aura pas aligné le paysage politique sur les équilibres sociologiques du pays et l’Etat sur la nation empêchant ainsi la France, à partir de son Imaginaire, de peser ultérieurement sur les procédures néolibérales bruxelloises et l’ordo-libéralisme allemand.</p>
<p>Une présidentielle sous contraintes et marquée par la peur</p>
<p>Une présidentielle est un rite qui vise à réactiver l’Imaginaire français au travers d’une dispute politique commune dont les candidats sont les acteurs. Il s’agit ainsi de dénaturaliser, par la passion politique, nos diversités d’origines, territoriales, de statuts et classes sociales par ce processus présidentiel qui vise à construire un avenir commun au travers d’un contrat nouant gouvernants et gouvernés. La souveraineté nationale est donc la condition de la souveraineté populaire. Leur contournement par les procédures de l’Union européenne et le néolibéralisme affaiblissent l’efficacité démocratique et la République. Mais le rite présidentiel liant gouvernants et gouvernés demeure.</p><p>Cette symbolique explique la pérennité de ce rite électoral au fondement de nos institutions, nonobstant les politiques menées par le sommet de l’Etat et le Président de la République, et son bilan qui conduit deux tiers des Français en début de campagne à ne pas souhaiter sa reconduction.</p><p>La singularité de notre exception politique est que le rite présidentiel recèle ses étapes et passages obligés. Le moment du déploiement de la dispute est celui du premier tour qui comporte des séquences : préparation des présidentiables à la conversation avec le pays, mise à égalité des candidats, capacité à repérer l’enjeu latent du pays au travers du lien direct avec lui, exposition des projets en cohérence avec l’incarnation des candidats puis, ultimement, dégagement d’un programme.</p><p>La campagne de second tour est celle de la construction du commun.</p><p>Ce commun devra encastrer la dispute déployée lors de la campagne. La figure du futur président, au travers de sa double dimension spirituelle et temporelle, devra préserver la fonction de sa personne pour tenir un mandat. Telle est la logique de notre monarchie républicaine ou prime l’incarnation a fortiori quand l’avenir et le monde semblent se dérober dans le moment néolibéral actuel.</p><p>Le rite de cette présidentielle est, dès le départ, contrarié. Quand débute la campagne, le pays semble épuisé par la pandémie. Pour y faire face collectivement, les Français consentent un important recul des libertés individuelles. Le reflux de la vague pandémique, et le « quoi qu’il en coûte », qui a momentanément évité le pire économiquement et socialement, auront effacé, pour partie, le spectacle désolant de l’incurie de l’Etat, de ses manquements, dissimulations voire mensonges initiaux.</p><p>Le calendrier de la campagne a été raccourci par le Président-candidat de sorte que les inquiétudes et peurs sanitaires, économiques, financières, écologiques, migratoires ou géopolitiques génèrent l’évidence d’une reconduction du Président de la République, afin de ne pas rajouter de l’instabilité politique à ce tableau déjà angoissant pour les français. Cette situation et conviction présidentielle ont guidé la stratégie de premier tour d’Emmanuel Macron de ne jamais descendre dans l’arène, et esquiver la question de la construction de l’avenir. Quand fut annoncée une émission prometteuse « Où va la France ? », ce fut plutôt à la place : « que ressent Emmanuel Macron ? »</p><p>Le candidat et Président sortant a eu comme stratégie de substituer à la question « comment construire un avenir meilleur ? » – qui l’aurait confronté à son bilan et pour laquelle Marine Le Pen est davantage créditée – « comment et qui pour réagir au mieux aux crises ? », lui permettant de capitaliser sur son avantage, incontestable, de se mettre en scène et de dire ce qu’il a retenu des épreuves communes que « nous » avons eu à traverser. Or, après le quinquennat Macron et la jacquerie des Gilets jaunes, soutenue par deux Français sur trois, sous les inquiétudes et peurs immédiates, la question latente du pays demeure ; celle de la maîtrise de son destin et de la remise de l’Etat au service de la nation.</p><p>Dans l’esquive de la question de la France, Eric Zemmour va débouler de façon fracassante et inédite dans notre histoire politique, dans la pré-campagne en imposant à sa façon la thématique du devenir de la France, de son déclin et de sa disparition dont il fera récit au travers d’une explication identitaire et civilisationnelle : celle du « grand remplacement » redouté par deux Français sur trois, la même proportion estimant que « l’on ne se sent plus en France comme chez soi ». Un temps, il sera même qualifié pour le second tour dans les intentions de vote, menaçant le lent travail de mutation idéologico-politique du RN, conduit à bas bruit par Marine Le Pen, afin de passer d’un parti d’extrême droite antirépublicain, le FN paternel, à une orientation souveraine et gaullienne. Pour Eric Zemmour, notre malheur procède de son éloignement du passé, d’une vision unifiée et mythique dont il fait récit, permettant ainsi de la dénaturaliser, défataliser. Pour Marine Le Pen, notre déclin vient d’une panne politique de souveraineté et d’avenir.</p><p>La guerre en Ukraine menée par Poutine va être le troisième temps de cette étrange campagne.</p><p>La dynamique et des ralliements de transfuges de la Droite et du RN vers Eric Zemmour vont le conforter et l’enclaver définitivement dans son approche identitaire et civilisationnelle. Cette dernière ne résistera pas aux justifications de Poutine dans la guerre contre l’Ukraine et à sa critique de l’Occident considéré comme décadent. Eric Zemmour devra alors ramer que le vrai danger civilisationnel venait du Sud, rendant son propos moins appropriable encore pour un large public. Cette position inconfortable le conduira à un déni et retard de réaction appropriée à la guerre menée par Vladimir Poutine, et même à refuser l’accueil des réfugiés ukrainiens.</p><p>Parallèlement, les inquiétudes sur le pouvoir d’achat générées par cette guerre et les sanctions économiques contre la Russie vont nettement devenir la priorité immédiate des Français – devant la protection sociale et la sécurité – alors qu’elle n’était qu’en troisième position en 2012 et 2017. Cela va permettre à Marine Le Pen de renforcer son emprise sur les classes populaires et moyennes inférieures avec la souplesse, par rapport à Zemmour, que lui permet le diagnostic de la résolution des problèmes de la France par le retour de la politique et souveraineté nationale. La guerre et la présidence française de l’Union européenne vont permettre au Président-candidat Emmanuel Macron de déployer sa stature internationale, et sa capacité à se mettre en mouvement dans les crises que semble convoquer la nouvelle période.</p><p>La campagne est jugée inintéressante par plus de trois Français sur quatre. Une majorité d’électeurs estime que Marine Le Pen, puis Jean-Luc Mélenchon et Eric Zemmour l’ont bien menée ; un Français sur cinq seulement émet ce même jugement à l’égard du Président candidat Emmanuel Macron, qui pâtira de son refus de débattre avec les autres présidentiables.</p><p> Alors que les deux tiers des électeurs d’Emmanuel Macron, de Marine Le Pen et d’Eric Zemmour avaient fait leur choix depuis plusieurs mois, Jean-Luc Mélenchon a convaincu la moitié de son électorat dans les toutes dernières semaines.</p><p>Cette faible prise du pays sur le déroulement de la présidentielle, marquée par les inquiétudes, a généré d’une part une prévalence plus forte des grands médias comme support de décision de vote, hormis Internet pour les électorats Jadot et Mélenchon, et un fort effet de vote utile pénalisant les candidats à faible dimension présidentiable. Ce vote utile qui a bénéficié à Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, a entraîné la quasi disparition, au plan national, des partis de gouvernement PS et LR et a confirmé la faiblesse de l’écologie politique, nonobstant la réalité et la perception du péril que représentent le réchauffement climatique et l’extinction de la biodiversité.</p>
<p>Trois familles politiques recomposées : néolibérale avec Emmanuel Macron, sociétale avec Jean-Luc Mélenchon et nationale avec Marine Le Pen</p>
<p>La nouvelle carte électorale que dessine ce scrutin présidentiel de 1er tour n’est qu’une esquisse. Elle est la photographie d’un stade de la décomposition-recomposition de notre système politique qui ne peut se stabiliser tant la confrontation entre l’Imaginaire français et le néolibéralisme, la République française et l’Union européenne, la nation et le sommet de l’Etat le fait turbuler, empêchant toute coïncidence stable entre situations sociales, idéologie et représentation politique. C’est en France la marque des périodes bonapartistes, en réponse aux instabilités stato-nationales et pannes d’avenir politique, que de générer différents avatars de césarismes, souvent qualifiés à tort en France de populismes à travers les figures de Macron, Mélenchon et Le Pen, dont la vocation est, par leurs incarnations, de faire synthèse entre des forces centrifuges par un lien symbolique vertical et direct avec les Français, permettant de les tenir ensemble par l’image, le verbe et l’action.</p><p>Ces périodes bonapartistes sont celles du retour de la prévalence du retour du commun sur celles de la dispute sociale qui structure l’axe Gauche/Droite. Dans ces moments, la symbolique politique préempte la question sociale. Au premier tour, Gauche et Droite de gouvernement vont momentanément disparaître, corps et biens au plan national avec les scores d’Hidalgo et Pécresse.</p><p>De ce moment bonapartiste et paysage instable ; trois familles émergent de ce premier tour avec à leurs têtes des César.</p><p>Emmanuel Macron agrège un électorat que l’on pourrait qualifier de néolibéral en ce qu’il est préservé des effets du cours des choses, pense et souhaite le demeurer. Il est relativement confiant pour lui dans le cours actuel de la mondialisation. C’est un électorat qui vit de ses rentes, retraites et confortables revenus et pour qui la question des impôts est un enjeu important. Générationnellement, il a connu la croissance et le progrès économique, social et sociétal, a adhéré à l’idée d’un dépassement des nations et se sent à l’aise dans la mondialisation. Ainsi après le « pouvoir d’achat », sa seconde motivation de vote est « la place de la France dans le monde » et en cinquième position, « la construction européenne », alors qu’elles sont en bas de tableau pour l’ensemble des Français. Mais son sujet n’est plus tant de s’adapter pour construire l’avenir que de préserver le présent. Il est d’autant plus favorable aux réformes structurelles qu’il en est exonéré pour des raisons objectives.</p><p>C’est un électorat essentiellement constitué de « boomers », dont deux tiers sont âgés de plus de 50 ans, et qui a vieilli en cinq ans ; il est constitué pour moitié de retraités et de diplômés du supérieur ; le tiers des cadres supérieurs et professions intellectuelles votent pour lui. Quatre électeurs sur dix ont un niveau de revenu individuel au sein du foyer supérieur à 1 900 euros nets par mois ; cet électorat est aux deux tiers urbain. Cette famille néolibérale se situe pour un tiers à Gauche et s’est « droitisée » en cours de mandat, représentant dorénavant deux tiers de cet électorat. Cet électorat sait gré au Président-candidat de porter la voix de la France à l’extérieur et assurer l’ordre à l’intérieur, et de savoir répondre aux crises – en témoigne chez eux l’importance de la question de la pandémie et de la guerre en Ukraine dans les motivations de vote.</p><p>Jean-Luc Mélenchon, par son talent de tribun, est celui dont l’électorat est le plus hétérogène socialement et idéologiquement. On pourrait qualifier cette famille de « sociétale » car il regroupe ceux qui veulent avoir leur place dans la Société ; du jeune diplômé qui galère pour obtenir un « vrai travail », au sans-diplôme ubérisé qui revendique sa liberté, du bobo au communautariste, voire aux musulmans et même islamistes dont certains ont appelé à voter pour lui. Si ses électeurs ont en commun de vouloir se faire une place dans la société, c’est qu’ils ils vivent la précarité sociale, des discriminations sexuelles, ethniques ou relégations territoriales. Par un verbe poétique, comme les notions d’insoumis ou de « France métissée » différente de la tradition républicaine, Mélenchon peut agréger des individus précarisés ou séparés dans un vis-à-vis avec les « élites » et la classe dirigeante. Ces agrégations dynamiques autour du César Mélenchon, en surplomb de dynamiques à la base et localement fort diverses, expliquent ses scores impressionnants dans des départements délaissés comme en Seine-Saint-Denis où clientélisme, communautarisme et séparatisme prospèrent, mais également dans des territoires « bobo » où des jeunes et moins jeunes à relatif capital culturel ne sont pas intégrés professionnellement.</p><p>La dynamique Mélenchon a permis de rallier, dans la dernière ligne droite, des électeurs de Gauche plus traditionnels devenus orphelins et des écologistes votant non pas tant pour lui que contre Marine Le Pen, espérant qu’il soit qualifié au second tour.</p><p>Il lui manquera 420 883 voix. 91 % de son électorat se situe à gauche et 8 % à droite. 41 % des sympathisants socialistes ont voté Mélenchon contre 22 % Macron. 31 % des écologistes ont voté Mélenchon contre 31% Jadot et 16% Macron. La lutte contre la précarité, la santé, le pouvoir d’achat, l’éducation, la protection de l’environnement, le logement, la lutte contre le chômage et la défense des services publics sont les priorités de cet électorat sociétal avec des niveaux sensiblement supérieurs à la moyenne, un électorat sociétal aussi plus féminin que la moyenne. Il est, avec celui de Jadot, le plus jeune, un tiers ayant moins de 35 ans. En moyenne il est assez diplômé, près de la moitié ayant le bac ou un diplôme du supérieur, mais cela est très variable en fonction des territoires.</p><p>Les électeurs Mélenchon sont dans le même temps les moins fortuné, 43 % vivant avec moins de 1 300 euros nets. 21% des professions intellectuelles supérieures et cadres ont voté Mélenchon et 26 % des catégories populaires. Si les thèmes sociaux traditionnels sont les plus mis en avant, a contrario, la lutte contre l’immigration clandestine est deux fois moins importante que pour la moyenne du corps électoral, la lutte contre le terrorisme étant de 22 points en moins, et la sécurité et la lutte contre la délinquance de 20 en moins.<br />Cet électorat sociétal est le plus communautariste religieusement, avec 69 % des musulmans qui votent Mélenchon. A titre de comparaison, seuls 29 % des catholiques votent Macron, 27 % Le Pen et 10 % Zemmour.</p><p>Le vote Marine Le Pen est national, et social pourrait-on rajouter, en ce que cet électorat est le plus homogène ; actif, salarié et populaire, veut mettre la question sociale à l’abri de la question nationale pour stabiliser les rapports sociaux dégradés par le néolibéralisme, qui profite au capital au détriment du travail. L’ouverture des frontières et l’immigration clandestine sont vécues comme un levier et facteur de remise en cause de notre modèle social et souveraineté politique. La nation et ses frontières sont pour cette famille politique ce qui protège au mieux le monde du travail et le salariat. La sécurité et la lutte contre la délinquance, le pouvoir d’achat, la lutte contre l’immigration clandestine sont le trio de tête pour 8 sur 10 de ses électeurs, suivi de la lutte contre le terrorisme pour les ¾ d’ entre eux. Cet électorat national est, après celui de Mélenchon, le plus jeune mais le moins diplômé et, après celui de Jadot, le plus féminisé.</p><p>Marine Le Pen arrive en tête chez les classes moyennes inférieures et populaires, ouvriers et employés dont un tiers vote pour elle dès le premier tour.</p><p>En termes de revenu mensuel par personne, cet électorat représente le quart des moins de 1 900 euros, mais il est dépassé par Mélenchon chez les moins de 900 euros. Cet électorat est le plus soudé. Il est celui qui met le plus en avant, pour expliquer son vote, la personnalité de Marine Le Pen et le fait qu’elle aille à l’Elysée, mais également le plus en avant son projet. En revanche, son étiquette n’a motivé qu’un tiers seulement de l’électorat comme celui de Macron, les autres électorats le mettant plus en avant. Cette famille nationale est la plus friande des débats télévisés contradictoires entre les candidats. Ils recueillent l’agrément des deux tiers de ses membres, contre la moitié de l’ensemble des votants, comme si par procuration, ils appréciaient de voir leur championne les défendre ainsi.</p><p>Ces familles néolibérale de la rente, sociétale du précariat et nationale de la condition ouvrière, vont servir de socles et terres de conquêtes avec les abstentionnistes aux candidats Macron et Le Pen, pour convaincre dans l’entre-deux-tours, selon une alternative décisive pour eux et la France pour le nouveau quinquennat.</p>
<p>Entre-deux-tours : opposition front républicain/référendum anti-Macron ou résolution de notre dépression, de notre déclin et de nos divisions ?</p>
<p>On le sait depuis un certain temps, le phénomène d’individuation et la crise du système politique font que les consignes de vote n’ont que peu de poids. Même les abstentionnistes de premier tour nous disent dans les sondages, le jour du vote, qu’ils ne boudent pas les urnes par désintérêt ou désarroi mais par insatisfaction ou mécontentement politique des choix proposés, et interrogations sur le fait de savoir si les politiques pèsent encore sur le cours des choses. Quant aux électeurs de premier tour, ils n’ont pas voté par suivisme partisan ou politique, mais selon leurs intérêts, représentations et évaluations des candidats pour ces dernières variables.</p><p>Néanmoins l’électorat Mélenchon semble être un enjeu déterminant. Les questions politiques l’inciteraient à voter Macron face à Marine Le Pen, dépeinte alors comme d’extrême droite et anti-démocratique, alors que les questions sociales l’amèneraient à voter Marine Le Pen face à un Emmanuel Macron vu comme le Président des riches et arrogant, voire brutal lors des mouvements sociaux. La tentation serait alors grande, on le voit dès maintenant chez les militants, entourages, commentateurs et journalistes, de construire un récit à partir d’une d’alternative simple : « front républicain » ou « référendum anti-Macron ».</p><p>Un entre-deux-tours ramené à un affrontement Macron/Le Pen serait oublier qu’en France, du fait de notre Imaginaire, notre rapport à la politique est absolu et non relatif comme dans les pays anglo-saxons. Les choix électoraux ne se font pas, comme sur un marché de biens et services, à partir de qui « lave plus blanc » ou représente un moindre mal. Se comparer ou attaquer l’autre, chez nous, signifie que le candidat n’existe pas par lui-même, que son projet n’est pas suffisamment solide pour faire l’économie d’attaquer l’Autre. Le citoyen a besoin d’avoir la preuve dans l’entre-deux-tours que le présidentiable est en capacité, non de dénoncer mais de résoudre, non de se positionner mais de dépasser les contradictions d’un pays dont la dépression nationale, le pessimisme, la défiance, la peur de l’avenir et de la globalisation procèdent du fait que l’Etat se retourne contre la nation.</p><p>Le premier tour est le moment de la dispute, le second tour celui du commun qui doit l’encastrer.</p><p>Emmanuel Macron et Marine Le Pen ont quelques jours pour faire la démonstration qu’il, elle, est en capacité de faire face aux crises et de déployer, mettre en œuvre, de façon cohérente, une vision de la France, un projet et enfin un contrat qu’il ou elle incarnera et garantira en France et au sein de l’Union européenne.</p><p>De la qualité de l’entre-deux-tours dépendra également, au travers de son spectacle en cohérence avec ce que nous sommes et de la centralité de la politique, le consentement pour les cinq ans à venir au nouveau Président de la République et à son action pour faire face aux immenses enjeux qui nous attendent collectivement et personnellement. Sinon la République continuera à se déliter ; ce sera l’accentuation des passions tristes, de notre déclin économique, des reculs sociaux, des communautarismes, séparatismes, forces centrifuges et affrontements, avec ses risques autoritaires et de recul des libertés.</p><p>Stéphane Rozès<a href="https://www.revuepolitique.fr/france-apeuree-presidentielle-sous-contrainte-paysage-politique-instable/#fn-21450-1" id="fnref-21450-1">1</a><br />Président de Cap, enseignant à Sciences-po, Paris</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/865/adieu-la-gauche%C2%A0-le-24-avril-defaire-macron%C2%A0</guid>
	<pubDate>Sat, 16 Apr 2022 10:50:51 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Adieu la gauche ! Le 24 avril, défaire Macron !]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Avec le résul­tat du pre­mier tour de l’élection pré­si­den­tielle, la gauche appa­rait tri­ple­ment désar­mée, électoralement, phy­si­que­ment et sur­tout poli­ti­que­ment.</p><p>  Électoralement, les scores réa­li­sés de ce que les com­men­ta­teurs nom­ment les can­di­dats de gauche n’ont jamais été à un niveau aussi catas­tro­phi­que.</p><p>• Le PS et le PCF sont réduits à un état micro­sco­pi­que, et de fait à un rôle mar­gi­nal.<br />
Le PS tient encore par quel­ques muni­ci­pa­li­tés et un réseau d’élus qui ont de plus en plus de dif­fi­cultés à se renou­ve­ler. A court terme il est sim­ple­ment menacé de dis­pa­ri­tion, d’autant que ses porte-dra­peaux que la macro­nie n’a pas encore avalés sont sur le point, au len­de­main du second tour, de faire le pas que la plu­part des caci­ques ont déjà fran­chi.</p><p>• Le PCF, en plus grande dif­fi­culté, finan­cière notam­ment, ne repose pas sur le réseau local qui existe encore au PS. Il tente pour s’en sortir de tabler sur des accords aux élections légis­la­ti­ves, mais il est là dans une situa­tion inex­tri­ca­ble. Selon les pro­jec­tions des résul­tats acquis au pre­mier tour, lui, comme le PS, ne pour­rait pré­ten­dre à rien face à LFI qui a raflé les fonds de tiroirs électoraux de la gauche.</p><p>• Le score de LFI ne peut faire illu­sion. Il s’appuie essen­tiel­le­ment sur la dis­pa­ri­tion des pré­cé­dents, mais aussi sur un électorat essen­tiel­le­ment petit- bour­geois ou encore rele­vant de cou­ches socia­les mar­gi­na­les. Il est aussi la réa­li­sa­tion de réseaux com­mu­nau­tai­res à qui LFI et Jean Luc Mélenchon font les yeux doux. La néces­sité de repren­dre pied dans la classe ouvrière et chez les sala­riés n’est pas atteinte. La ligne « Terra Nova » l’a emporté. Les ouvriers majo­ri­tai­re­ment comme les sala­riés ont choisi Marine Le Pen et non Jean Luc Mélenchon.</p><p>  Physiquement, la cam­pa­gne électorale n’a pas témoi­gné d’un engoue­ment par­ti­cu­lier. Contrairement aux pré­cé­den­tes, les mobi­li­sa­tions ont été moin­dres. L’effet Ukraine et la double manoeu­vre — média­ti­que et poli­ti­que, avec la non-cam­pa­gne de Macron — expli­quent en partie cela. Mais en partie seu­le­ment. Ce sont les dis­cours, les pro­gram­mes, les ini­tia­ti­ves qui n’ont pas mobi­lisé les foules.</p><p>  Politiquement enfin et sur­tout. Tout se résume dans l’appel au soir du pre­mier tour à cons­ti­tuer un « front répu­bli­cain » contre MLP et en faveur de Emmanuel Macron, tour­nant le dos au combat urgent contre celui qui depuis 5 ans assume une poli­ti­que auto­ri­taire, liber­ti­cide, répres­sive, vio­lente, anti sociale, des­truc­trice de la nation. Voir <a href="https://www.youtube.com/watch?v=Ql6KFmssvN8" rel="external">ici</a>.<br />
Cela relève d’une faillite poli­ti­que sur laquelle les res­pon­sa­bles toutes ten­dan­ces confon­dues se mon­trent inca­pa­bles de tirer le moin­dre bilan. A force d’avoir tourné le dos aux cou­ches popu­lai­res, aux ouvriers et sala­riés pour pré­fé­rer la petite bour­geoi­sie des villes essen­tiel­le­ment toute acquise à la mon­dia­li­sa­tion, la « gauche » en arrive à s’inven­ter un fas­cisme fan­tasmé qui lui permet de tour­ner casa­que à la vitesse grand V. « L’anti­fas­cisme » de paco­tille de la gauche n’est en réa­lité qu’alibi à l’adhé­sion à la mon­dia­li­sa­tion dont Emmanuel Macron est le chan­tre, au libé­ra­lisme économique, au capi­ta­lisme, tout sim­ple­ment.</p><p>• Le fas­cisme de Marine Le Pen relève de la dia­bo­li­sa­tion néces­saire à la réé­lec­tion de Macron. Si le FN his­to­ri­que­ment —dans les années 1970, 1990 — a compté en son sein des nazillons actifs, et d’autres, plus expé­ri­men­tés, dont l’ori­gine relève des heures les plus som­bres de l’his­toire, le temps aidant, ceux-là ont soit bon­ne­ment dis­paru, soit choisi une acti­vité plus clas­si­que. Ils n’en sont pas plus sym­pa­thi­ques, mais poli­ti­que­ment, ils ne don­nent pas au RN la cou­leur que la gauche tient à lui attri­buer pour jus­ti­fier le ral­lie­ment à Macron. Le RN s’appa­rente plus à l’aile droi­tière du RPR des années 80 qu’à un parti de mili­ciens cons­ti­tué de gros bras armés dont la tâche, comme cela est de cou­tume dans tout parti fas­ciste, est de casser le mou­ve­ment ouvrier et ses orga­ni­sa­tions.</p><p>• La gauche oublie dans ce ral­lie­ment à Macron qu’elle creuse encore plus pro­fon­dé­ment sa tombe. Comme dans la région PACA par exem­ple, cette stra­té­gie risque de l’éradiquer pour une longue période de la vie poli­ti­que natio­nale.</p><p>• La gauche et tous ses res­pon­sa­bles démon­trent leur inca­pa­cité à s’inter­ro­ger sur les rai­sons pour les­quel­les 3 ouvriers sur 4, parmi ceux qui iront voter, le feront pour Marine Le Pen, les rai­sons pour les­quel­les le PIS polo­nais trouve ses sou­tiens les plus sta­bles dans les cou­ches les plus pau­vres, les rai­sons pour les­quel­les aussi elle a dis­paru de la carte là où les PC étaient des puis­san­ces (France, Italie) et pour­quoi les autres pays ont suivi la même voie. Cette situa­tion est inter­na­tio­nale et tient indis­cu­ta­ble­ment à l’orien­ta­tion des dif­fé­rents partis com­mu­nis­tes et socia­lis­tes sur les­quels il fau­drait reve­nir. En Grande-Bretagne par exem­ple, le « red wall » tra­vailliste a voté Johnson… Les dif­fé­rents ater­moie­ments sur le fas­cisme, la néces­sité des mobi­li­sa­tions anti­fas­cis­tes, le fait de devoir faire bar­rage à l’extrême droite évacuent sim­ple­ment la réflexion sur la lutte des clas­ses, ses res­sorts et les répon­ses à appor­ter.</p><p>Dans cette situa­tion, alors que l’échéance du 24 avril s’annonce comme impor­tante pour pou­voir ren­voyer l’actuel loca­taire de l’Elysée, Emmanuel Macron, les chefs de gauche sont plus inté­res­sés par leurs manœu­vres électorales en vue des légis­la­ti­ves pour sauver leurs postes que par l’urgence pour les Français.</p><p>Macron a su ordon­ner l’usage des LBO dans les mani­fes­ta­tions contre la réforme des retrai­tes ou encore des GJ, pour créer des mil­liers de bles­sés, des dizai­nes d’éborgnés ou d’ampu­tés. Pour tout citoyen atta­ché aux valeurs répu­bli­cai­nes, il devrait être exclu de donner sa voix à celui dont le bilan auto­ri­taire, vio­lent, anti­so­cial, liber­ti­cide est sans pré­cé­dent. Il s’ins­crit dans la pour­suite d’une poli­ti­que syno­nyme de sac­cage des ser­vi­ces publics, de l’école, des hôpi­taux, des­truc­tion des sta­tuts, de l’emploi, des salai­res… Il a su béné­fi­cier des cabi­nets-conseils à Mac Kinsey, a su illus­trer la répu­bli­que exem­plaire avec plus de 30 pro­ches, minis­tres, dépu­tés ou inti­mes, pour­sui­vis par la jus­tice, mais pro­tégé, a été capa­ble de rabais­ser la nation et de fouler les prin­ci­pes répu­bli­cains, et encore et encore pour 5 ans.</p><p>Voilà ce que la gauche reven­di­que en appe­lant à voter Macron.</p><p>Voilà pour­quoi, le 24 avril, "pas une voix pour Macron" devrait être un cri de ral­lie­ment.</p><p>Jacques Cotta<br />
le 15 avril 2022</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/864/retraites-la-verite</guid>
	<pubDate>Sat, 16 Apr 2022 07:21:02 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/864/retraites-la-verite</link>
	<title><![CDATA[RETRAITES : LA VÉRITÉ]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Il n’y a pas de problème des retraites dans le système actuel. </p>

<p>Retarder l’âge de départ en retraite n’est pas un choix comptable mais un choix idéologique qui vise à un double transfert d’argent vers le capital.<br /> Le premier transfert par l’augmentation des dividendes au lieu de payer des cotisations de retraite. <br />Le deuxième par l’incitation que cela produit à capitaliser pour la retraite : les milieux financiers sont les grands bénéficiaires des fonds de pension. </p>

<p>Les chiffres de la huitième édition du rapport du Conseil d’Orientation des Retraites (COR) prouvent que le régime est garanti et qu’il peut rapidement être amélioré sans le mettre en péril.</p>

<p>Sauf en 2020 avec l’effet COVID où il fut de 0,8%, le déficit annuel actuel est de 0,4% soit 9 Md par an. Mais ce déficit est très passager. En maintenant la part du PIB consacré aux retraites, Il diminuera progressivement d’ici 5 ans pour atteindre l’équilibre au plus tard en 2030.</p>

<p>Or, il y a actuellement 2 fonds de réserves des retraites.<br />Le premier, grâce à Martine Aubry, qui est la seule à avoir pris une bonne mesure pour les retraites depuis 1990, est le fonds de réserves de 35 Md € de la Caisse Nationale d’assurance Vieillesse (Retraite Sécurité Sociale).<br />Le second, celui des caisses de retraites complémentaires est de 116 Md.</p>

<p>Il y a donc en réserves plus 150 Md d’euros, plus les revenus générés par cette épargne et ses plus-values, pour faire face aux déficits qui vont diminuer jusqu’en 2030 soit plus de 20 Md de réserves par an pour un déficit de 4Md par an maximum. Il suffit d’employer moins de 20% des réserves pour combler le déficit prévu jusqu’à son extinction naturelle en 2030.</p>

<p>Dans le régime actuel il est donc possible d’améliorer les retraites d’au moins 10 Md par an sans toucher à l’âge des retraites. Porter à 1 100 € par mois la retraite minimale pour ceux ayant une carrière complète (sur la base de 42 ans de cotisations) cela concernerait 150 000 personnes par an et représente en moyenne environ 100 € par personne soit 15 millions € par mois et 180 millions par an. (ATTENTION, il y a actuellement 5 millions de personnes avec une retraite inférieure à 1 100 € par mois mais le projet de Macron ne prévoit les 1 100 € minimum que pour les futurs retraités avec une carrière complète). DIRE QU’IL RECULE LA RETRAITE À 65 ANS POUR AUGMENTER. À 1 100 EUROS LE MINIMUM DE RETRAITE POUR UNE CARRIÈRE COMPLÈTE AVEC AU MOINS LE SMIC COMME BASE DE COTISATION EST DONC UNE ÉNORME FUMISTERIE.</p>

<p>En maintenant l’âge actuel des retraites (62 ans) et le nombre actuel d’années de cotisations exigés (42 ans), il est possible, sans épuiser les fonds de réserve et sans obérer l’avenir de garantir ce minimum de retraite à tous les retraités ! </p>

<p>Plus encore, puisque le régime actuel sera excédentaire à partir de 2033, il est possible de faire plus d‘ici là. </p>

<p>Bien noter que le minimum de retraite de 1 100 € par mois promis par Macron concerne les futurs retraités et seulement ceux ayant cotisé sur la base du SMIC pendant au moins 42 ans à temps complet.<br />Tous ceux qui croient qu’avec Macron ils auront une augmentation de leur retraite actuelle à 1 100 €/mois sont trompés, ils ne sont pas concernés par la promesse. De même tous ceux qui prendront leur retraite à partir de 2023 mais qui ont eu des périodes d’inactivité ou des périodes à temps partiel ne seront pas concernés. C’est souvent le cas des femmes. Il en est de même pour les agriculteurs, les autoentrepreneurs ou les commerçants quand ils cotisent sur une base mensuelle inférieure au SMIC.   </p>

<p>À suivre, SUR MA PAGE UNIQUEMENT, <a href="https://ememiom.fr/iom/blog/view/866/l%E2%80%99amelioration-des-retraites-est-possible-a-court-et-moyen-terme-50-ans"><br />POURQUOI LE RÉGIME SERA-T-IL MATHÉMATIQUEMENT EXCÉDENTAIRE APRÈS 2030  ? </a> permettant de ramener progressivement l’âge de départ à 60 ans avec 40 ans de cotisations ?</p>

<p>NB : Sources : rapports du COR, données INSEE, démographie et budgets divers</p>
]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/863/en-france-qui-fera-barrage-a-l%E2%80%99extreme-droite-economique</guid>
	<pubDate>Mon, 11 Apr 2022 17:43:18 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/863/en-france-qui-fera-barrage-a-l%E2%80%99extreme-droite-economique</link>
	<title><![CDATA[En France, qui fera barrage à l’extrême-droite économique?]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Myret Zaki</p><p>Il ne faut pas se leurrer: ce 24 avril, l’élection présidentielle dans l’Hexagone n’opposera pas une candidate d’extrême-droite à un candidat «républicain», mais deux candidats extrêmes, chacun à sa façon. À l’extrême-droite identitaire de Marine Le Pen, s’opposera l’extrême-droite économique, celle d’Emmanuel Macron. On connaissait depuis longtemps la première et son héritage xénophobe assumé, qui fait une nouvelle fois office de repoussoir pour une partie de la France, comme en 2017. Mais on a plus de mal à saisir l’extrémisme économique d’Emmanuel Macron, qui est rejeté par l’autre partie de la France, un électorat de taille quasi égale. Le 24 avril, Macron sera probablement reconduit pour un second mandat. C’est pourquoi cet édito abordera sa politique économique, et pourquoi les politiciens que l’on situait le plus à droite par le passé la trouveraient extrême aujourd’hui.</p><p>Avec Macron, il y a un problème d’étiquetage: d’aucuns le situent au centre de l’échiquier, le jugent modéré. Mais ce sont ses clients, ceux qui bénéficient de ses politiques. Les autres, qui sont demandeurs d’une politique sociale, ont massivement porté leur vote sur Jean-Luc Mélenchon et aussi sur Marine Le Pen. Si on examine le premier mandat de Macron du point de vue des politiques sociales, et son programme 2022 encore plus décomplexé, on le trouvera à droite de la droite. Encore une fois, ceux dont la situation ne s’est pas détériorée ou s’est améliorée sous son quinquennat le situeront sur leur centre parfait, parce qu'il défend leurs intérêts et qu’ils sont sa cible prioritaire. Ils trouveront choquant d’associer «Macron» et «extrémisme». Lier le président au bon vieux camp républicain leur convient. Mais ils ne représentent pas la majorité. Que signifie le mot républicain et pour qui, quand plus de 50% des votes des Français sont allés à des partis d’extrême-droite ou d’extrême-gauche, ce 10 avril? Plus rien, évidemment.</p>
<p>L’échelle gauche-droite s’est déplacée vers la droite</p>
<p>L’évaluation du président sortant souffre d’une faiblesse majeure. Elle échoue à mesurer Emmanuel Macron aux dirigeants de droite les plus radicaux du passé, comme Giscard, Reagan ou Thatcher, sur des points de politique fiscale et sociale. Si on le fait, on sera surpris de voir qu’il va plus loin que ces ultras qu’on a tant caricaturés.</p><p>Beaucoup ont loupé le phénomène, mais depuis une quarantaine d’années, l’échelle gauche-droite s’est déplacée vers la droite. Ce qu’on appelait socialiste à l’époque du premier mandat de Mitterrand (qui a nationalisé les banques et des fleurons industriels, et créé l’ISF, cet impôt de solidarité sur la fortune que Macron a supprimé) serait aujourd’hui jugé d’extrême-gauche, voire comparé à Chavez au Venezuela. Ce qu’on situait au centre hier serait aujourd’hui classé socialiste. Le dernier spécimen en date de président socialiste, François Hollande, n’a jamais taxé à 75% les revenus supérieurs, mais il a par contre allégé les cotisations patronales et lourdement imposé les classes moyennes en augmentant la TVA, c’est la façon moderne d’être socialiste. Ce qu’on appelait «de droite» ou même «ultra-libéral» hier serait aujourd’hui perçu comme social-libéral ou centriste modéré. Comme Giscard d’Estaing, qui avait certes instauré le CDD en 1979, mais qui avait augmenté l’imposition des entreprises et des plus hauts revenus; aujourd’hui, c’est tout juste s’il resterait admis au club de la droite.</p><p>Mieux: si Reagan et Thatcher étaient là aujourd’hui, ils seraient choqués (ou jaloux). Sous Ronald Reagan, le taux d’imposition des entreprises a baissé de 45% à 35% aux États-Unis. Sous Margaret Thatcher, il a été ramené de 52% à 34% au Royaume-Uni. On a trouvé ces politiques extrêmes, et Renaud chantait qu’aucune femme n’est plus con, fière ou malhonnête que son frère, «à part peut-être Madame Thatcher». Mais aujourd’hui, ces figures paraissent pépères. Sous Macron, les entreprises ont vu leur taux d’imposition passer de 33,3% en 2017 à 25% en 2022, un taux qui pourrait encore baisser s’il est réélu.</p><p>Publicité</p><p>Le côté radical de la politique de Macron réside encore plus dans le rabotage méthodique de tout le volet social. Les aides personnelles au logement (APL), mises en place en 1977 sous le très libéral Giscard d’Estaing, sont trop sociales pour Emmanuel Macron, qui coupe dedans pour financer les baisses d’impôts des entreprises et des grandes fortunes.</p>
<p>Le passé, témoin gênant d’une autre façon d’être à droite</p>
<p>L’assurance chômage est aussi un marqueur de la droitisation. Non seulement Emmanuel Macron n’a pas tenu sa promesse de campagne 2017 d’élargir les droits aux allocations chômage «à tous» et «avec les mêmes droits», ni l’idée d’indemniser en cas de démission, mais depuis octobre il a durci le droit aux allocations chômage, dont le montant va baisser. En outre, les contrôles vont s’intensifier et «les demandeurs d’emploi qui ne démontreront pas une recherche active verront leurs allocations suspendues», a averti Macron.</p><p>Ce type de mesures n’est pas nouveau, et la France n’est pas une exception. «Temps Présent» vient de faire un reportage éclairant sur la sévérité des sanctions de l’assurance-chômage en Suisse. C’est cette attitude kick ass (plus sévère) héritée du sarkozysme qui interpelle. Sa tonalité contraste avec un Jacques Chirac qui en 1995, demandait aux entreprises de «considérer comme un devoir national d'offrir une chance d'insertion à des milliers de Français». Le passé est le témoin gênant d’une autre façon d’être à droite. Dans le même temps qu’il traque la fraude sociale, le gouvernement Macron délaisse la fraude fiscale, qui porte sur des dizaines de milliards d’euros, et qui n’est pas un sujet de campagne.</p><p>Publicité</p><p>Dans le même registre, on assiste au durcissement des conditions du RSA (le revenu de solidarité active, versé aux plus pauvres). Pour l’obtenir, il faut désormais travailler au moins 15 à 20 heures par semaine. Un filet social qui se transforme en travail précaire à mi-temps, payé au salaire minimum. Une mesure qui peut servir à vernir la façade du taux de chômage. Et qui est une subvention de plus aux entreprises, qui auront de la main-d’œuvre payée par l’État, tandis qu’elles touchent déjà deux fois plus d’aides publiques qu’il y a quinze ans (dont une bonne part finit en dividendes plutôt qu’en salaires).</p><p>Quant à l’inflation, le sujet brûlant qui concerne tous les salariés, et qu’ont combattu en priorité les présidents de la Ve république, il est absent du programme de Macron. À ce jour, les fonctionnaires n’ont pas de garantie de voir leurs payes ajustées à la forte hausse des prix. Les promesses destinées à stimuler le pouvoir d’achat, de type «primes exceptionnelles», restent cosmétiques. Les salaires seront les grands oubliés de ce second quinquennat.</p>
<p>Le choix proposé aux Français.e.s sera entre deux extrêmes</p>
<p>Le curseur a beau se déplacer à droite, et à droite de la droite, beaucoup d’observateurs dérivent avec lui, sans attaches, perdant leurs points de repère historiques, estimant que c’est «gauchiste» de voir de l’extrémisme dans cette politique (qui sied à leurs intérêts spécifiques). Mais si l’on sait se placer dans l’analyse et que l’on a saisi le glissement progressif, on voit que le choix proposé aux Français.e.s sera entre deux positions extrêmes. L’une (celle de Marine Le Pen) est nettement plus inacceptable en raison de sa tentation du rejet et de la discrimination. Mais, tout en lui faisant barrage, il vaut mieux prendre ses repères dans le passé et regarder en face le genre de politiques, socialement aliénantes et clivantes, qu’on verra s’affirmer de manière plus crue avec le deuxième mandat d'Emmanuel Macron.</p><p>Publicité</p><p>C’est la deuxième fois que les Français votent pour ces deux propositions qui divisent le pays en deux parties irréconciliables. Cela nous met face à un parti gouvernemental qui est radical pour une moitié des Français, et à une opposition lepéniste qui est radicale pour l’autre moitié du pays. Et tandis que l’extrême est la nouvelle norme et que ces partis sont devenus mainstream, ce sont les socialistes et les républicains qui sont devenus marginaux, en voie d’extinction. Pire qu’extrêmes, eux sont insignifiants.</p><p>Chroniques de Myret Zaki:</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/858/emmanuel-macron-aladin-de-limaginaire-francais</guid>
	<pubDate>Fri, 08 Apr 2022 21:21:31 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/858/emmanuel-macron-aladin-de-limaginaire-francais</link>
	<title><![CDATA[Emmanuel Macron, Aladin de l&#039;imaginaire français ?]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Le mouvement de grève soulevé par la réforme de la SNCF est, pour le moment, moins soutenu par l'opinion publique que la grande mobilisation sociale de 1995. Quelles en sont les raisons ? Le contexte socio-économique a-t-il changé ? Ou bien est-ce la figure d'Emmanuel Macron qui fait davantage consensus que Jacques Chirac à l'époque ? Le politologue Stéphane Rozès, président de la société de conseil CAP et professeur à Sciences Po et HEC, livre à Émile son analyse.</p>
<p>Peut-on comparer la situation d’aujourd’hui à celle des grèves de 1995 ? Quelles différences et quelles similitudes ?</p>
<p>Aujourd’hui, nous sommes dans la même période idéologique anti-néolibérale qu’en 1995. Au début des années 90, après la chute du mur de Berlin, le libre déploiement des marchés a semblé remettre en cause les compromis au sein des nations entre capital et travail, mais aussi le rapport entre la démocratie et la substance démocratique, par l’idée d’un dessaisissement des gouvernants. Dès cette époque, 55% des Français redoutent de devenir des exclus, c’est à dire des SDF ou des chômeurs de longue durée.</p><p>Cette nouvelle période empêche les individus de comprendre les logiques économiques, et de s’y projeter, ce qui entraîne un réflexe de retour à des notions passées qui avaient été précédemment jugées désuètes et dépassées : la Nation, la République, la citoyenneté… À partir de ce moment-là, des classes moyennes rejoignent dans ce réflexe les catégories populaires. Le mouvement commence par le bas du pays et n’atteindra la représentation politique et les débats idéologiques qu’une décennie après.</p><p>Le mouvement social contre le plan Juppé, soutenu par deux Français sur trois, est devenu une « grève par procuration » (notion théorisée par Stéphane Rozès en 1995, ndlr) pour envoyer un message au président Chirac. Il avait été élu sur la fracture sociale en 1995 et, six mois après, il est revenu à la politique de ses prédécesseurs de désinflation compétitive, pour que la France soit au rendez-vous de la mise en place de l’euro. Ainsi, ce soutien important de l’opinion ne reposait pas réellement sur les revendications des grévistes (d’ailleurs, prises une à une, les Français étaient d’accord avec les mesures du plan Juppé). Mais cette grève par procuration était, en fait, un appel aux gouvernants, à Jacques Chirac en particulier, pour qu’il revienne à l’idée que c’était aux représentants des citoyens et de la nation de fixer le cours des choses. La pétition Bourdieu, qui marque le ralliement de la petite bourgeoisie intellectuelle aux catégories traditionnelles de la classe ouvrière, est illustrative de ce point-là. Elle avance des arguments sociaux, mais d’abord la question nationale. Or, ce qu’il y a de commun entre 1995 et aujourd’hui c’est bien que la question nationale préempte la question sociale : la question de la souveraineté des hommes politiques prévaut sur la question des équilibres et rapports sociaux.</p><p>C’est sur cet aspect que, pour l’heure, 2018 est différent de 1995, parce que la situation politique n’a rien à voir. Emmanuel Macron, inexistant il y a quatre ans, est au pouvoir avec une majorité profondément renouvelée. La raison intime de sa victoire - qui explique également que le pays consente aux réformes et ne soutienne pas majoritairement la grève -  est que l’idée d’Emmanuel Macron est de restaurer la souveraineté de la Nation, comme il l’a lui-même indiqué devant le Congrès une fois élu. Il a compris que sa victoire venait du fait que, contrairement aux autres politiques, il disait que le malheur français ne venait pas des Français, mais du système politique au sommet de l’État, et qu’il allait remettre le pays en marche, non pas contre la mondialisation ou en se soumettant à elle, mais à partir des talents des Français et de ce qu’ils sont.</p><p>Cette raison intime de la victoire d’Emmanuel Macron fait que, même si l’opinion peut être hostile à des mesures, voire les trouver injustes, le pays consent à laisser Emmanuel Macron réformer, au prix de quelques coups de canif à notre modèle social, pourvu que ce mouvement de remise en marche signe le fait que la France se réapproprie son destin et que ces réformes, à terme, profitent à l’ensemble de la nation.</p>
<p>Un front antilibéral existe-t-il toujours en France ou les Français sont-ils en train d’accepter qu’il faille être dans la course à la mondialisation ?</p>
<p>Depuis 1995, l’individualisme et le repli sur soi ont beaucoup progressé, les sentiments d’appartenance à des collectifs de travail voire des solidarités de classe ont pu s’émousser, mais au fond, le pays est toujours idéologiquement anti-néolibéral. Ça ne tient pas tant à des considérations politiques, qu’à des considérations liées à l’imaginaire des Français.</p><p>Et la promesse que porte Emmanuel Macron, dans un geste néo-bonapartiste, est de dire au pays qu’il existe un chemin sur lequel nous ne sommes pas obligés de choisir entre la survie dans le monde tel qu’il est et notre modèle. C’est son discours de Cracovie, dans lequel il dit : « Les Français refusent la réforme quand elle est imposée de l’extérieur, par contre on peut transformer le pays à partir de ce qu’il est ». Et comme les Français sont universalistes, ils ont besoin de profondeur de champ. Sauf que l’environnement européen, notamment l’attitude allemande, oblige les gouvernants à faire deux choses en même temps : rentrer dans les clous des déficits budgétaires, ce qui est le cas, et en même temps occasionner des mouvements des secteurs – marché du travail, école, services publics…</p><p>Malgré tout, le problème qui reste vital pour les Français, c’est de savoir si les réformes visent à moderniser, solidifier notre modèle, ou à en changer ? Voilà la tension de notre pays. De sorte que les arguments du gouvernement qu’on a pu entendre récemment, selon lesquels la France devrait adopter en matière ferroviaire le modèle allemand, sont des arguments évidemment dangereux, qui pourraient se retourner contre leurs initiateurs.</p>
<p>Et pensez-vous que le gouvernement est dans la sauvegarde de notre modèle social ou qu’il est en train de le transformer ?</p>
<p>Je pense que la réponse à cette question dépend de la façon dont le gouvernement va répondre aux interrogations des Français et surtout de la capacité d’Emmanuel Macron à faire bouger Bruxelles et Berlin. Si les Français jugent que son action reprend le cours de celle de ses prédécesseurs, alors la situation sera beaucoup plus grave que par le passé. Dans mon dernier papier, <a href="https://www.cairn.info/revue-le-debat-2017-4-p-52.htm" target="_blank">publié dans la revue Le débat</a> (n°196), j’utilise la formule « Emmanuel Macron, Aladin de l’imaginaire français ». C’est-à-dire que, comme Aladin, il a libéré l’énergie du pays, avec l’idée que les Français peuvent être à nouveau maîtres de leur destin. Mais, tout comme Aladin, il ne pourra faire rentrer dans le flacon l’énergie qui a été libérée. S’il échoue, si l’Allemagne et l’Union européenne ne bougent pas pour redonner des marges de manœuvre aux pays européens, alors les Français iront trouver des alternatives plutôt du côté de Mélenchon ou de Marine Le Pen, que du côté du Parti socialiste ou des Républicains.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Fri, 04 Mar 2022 07:39:21 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Quand les souverainistes voulaient pousser la France dans les bras de Vladimir Poutine]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Cela devait être "un soutien de poids". Comme <a href="https://www.lexpress.fr/actualite/politique/exclusif-comment-macron-a-convaincu-chevenement-de-le-soutenir_2168559.html" target="_blank">l'a révélé l'Express</a>, Jean-Pierre Chevènement a annoncé ce dimanche 27 février son ralliement à Emmanuel Macron dans <a href="https://www.lejdd.fr/Politique/exclusif-jean-pierre-chevenement-japporte-un-soutien-republicain-a-emmanuel-macron-4096078" target="_blank">le JDD</a>. Mais, après <a href="https://www.lexpress.fr/actualite/monde/quand-poutine-a-donne-son-feu-vert-la-nuit-ou-la-guerre-a-frappe-aux-porte-de-l-europe_2168649.html" target="_self">l'invasion de l'Ukraine</a>, le "représentant spécial de la France en Russie" pourrait bien prendre des allures de boulet pour la candidature du président sortant. </p><p>Somme parue en 2016, Un défi de civilisation résume les positions géopolitiques de cette icône du souverainisme de gauche. Nous sommes alors deux ans après le déclenchement de la guerre du Donbass et de l'annexion de la Crimée, un an après l'intervention de la Russie en Syrie afin de maintenir le régime de Bachar el-Assad. Le "Che" consacre de nombreuses pages à critiquer l'influence néfaste des Etats-Unis, de l'Otan ou de l'Allemagne. On y apprend que les Etats-Unis auraient entretenu "à feu doux la crise ukrainienne" pour "dresser l'une contre l'autre l'Europe et la Russie, et resserrer ainsi sur la première leur protectorat". Face à l'impérialisme américain ou au nouveau "Saint Empire Romain Germanique" (sic), le natif de Belfort plaide pour un "traité de sécurité européenne incluant la Russie", et fustige une "russophobie plus ou moins camouflée en poutinophobie" </p><p>Le courant souverainiste aime se targuer de réalisme, face à des adversaires internationalistes qui ne seraient, au mieux, que des rêveurs idéalistes, au pire, des suppôts des Etats-Unis. Des intentions réelles comme de la vraie nature de <a href="https://www.lexpress.fr/actualite/monde/europe/guerre-en-ukraine-quels-sont-les-avoirs-de-vladimir-poutine-en-europe_2168792.html" target="_self">Vladimir Poutine</a>, Jean-Pierre Chevènement ne semble pourtant rien avoir perçu. Les dérives antidémocratiques ? "Cette vision est, selon moi, outrancière, quand elle n'est pas caricaturale". L'expansionnisme russe ? "Poutine ne rêve pas de rétablir l'URSS, mais il entend à coup sûr bâtir une Russie forte" ou encore : "Je ne pense pas que la Russie ait d'intentions agressives vis-à-vis des pays de l'Union européenne". Quant à l'Ukraine, elle ne serait selon lui qu'"un patchwork qui essaie péniblement de se construire une identité nationale".  </p>
<p><a href="https://abonnement.lexpress.fr/offre/catalogue/digital/mensuel/?xtatc=INT-85-%5Bcatalogue_digital_2mois1e_mensuel%5D&amp;egn-publisher=autopromo-site&amp;egn-name=catalogue-digital-2mois1e-mensuel_inread-article" target="_blank" rel="noopener"><br /><br /><br />Offre limitée. 2 mois pour 1€ sans engagement<br /><br /><br />Je m'abonne<br /><br /></a></p>
<p>Dans Un défi de civilisation, Jean-Pierre Chevènement cite longuement Sergueï Karaganov. Soit le proche conseiller de Poutine, un politologue qui a théorisé de nombreuses idées ayant amené à l'invasion de l'Ukraine. Déplorant que les pays voisins de la Russie soient bien plus attirés par l'Occident sur le plan culturel comme économique, Karaganov a notamment expliqué que l'usage de la force militaire représente le seul recours afin de s'assurer de leur soumission... L'ancien ministre français de la Défense, lui, n'y a vu que du feu : "A tout focaliser sur la 'menace russe' pour ne pas contrarier les fantasmes polonais et baltes, on finit par oublier que les principaux risques de déstabilisation viennent du Sud" écrivait-il en 2016. Aux côtés d'Hubert Védrine, Jean-Pierre Chevènement a été, en coulisses, le grand promoteur auprès d'Emmanuel Macron d'un rapprochement avec Poutine, avec le succès que l'on sait. Le 2017, le président russe le décorait de ses propres mains de l'Ordre de l'Amitié.  </p>
<p>La Russie pour garantir "la sécurité" de l'Europe</p>
<p>Nouer une alliance ou un partenariat stratégique avec la Russie de Poutine sur le plan de la sécurité comme dans le domaine commercial, afin de ne pas être à la merci de l'impérialisme américain ou de "l'Allemagne mercantiliste" ? Cette position, Jean-Pierre Chevènement n'était de loin pas le seul à la revendiquer dans sa famille intellectuelle. En 2016, vingt personnalités souverainistes <a href="https://www.lefigaro.fr/flash-actu/2016/06/30/97001-20160630FILWWW00317-vingt-intellectuels-eurocritiques-lancent-un-appel-pour-un-nouveau-traite-europeen.php" target="_blank">publiaient une tribune dans Le Figaro</a> appelant à renégocier les traités européens à la suite du référendum pour le Brexit. Parmi les signataires, outre Chevènement, on retrouvait le philosophe Michel Onfray, les journalistes Natacha Polony et Eric Conan, l'économiste Jacques Sapir ou le géographe Christophe Guilluy. Afin de donner son "indépendance stratégiques" à l'Europe, ces intellectuels invitaient à "renouer un dialogue avec la Russie, pays européen indispensable pour l'établissement d'une sécurité dont toutes nos nations ont besoin et définir des politiques ambitieuses et cohérentes de co-développement vis-à-vis de l'Afrique et au Moyen-Orient". "Politiques ambitieuses et cohérentes de co-développement au Moyen-Orient"? Cette année-là, faut-il le rappeler, l'appui militaire russe apporté à Bachar el-Assad transformait Alep en champ de ruines.  </p><p>Comme l'a bien montré le professeur de science politique Olivier Schmitt dans son ouvrage "Pourquoi Poutine est notre allié ?" Anatomie d'une passion française (2016), le courant pro-Poutine a en France largement transcendé les clivages gauche-droite, de Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen. Mais ce qui rapproche toutes ces figures, c'est d'abord une vision du monde antilibérale. Nos souverainistes sont en particulier séduits par le discours du président russe sur "l'Etat fort". Autre point commun : un anti-américanisme viscéral, quitte à tout faire pour minimiser les ambitions territoriales de Poutine, présentées comme une simple réponse à l'expansionnisme américain à travers l'Otan. Les souverainistes de droite, eux, peuvent de surcroît s'enthousiasmer pour la défense de Poutine des "valeurs traditionnelles". Le maître du Kremlin aime se présenter depuis une dizaine d'années comme le gardien du conservatisme face à une supposée déchéance morale de l'Occident. </p>
<p>"L'Europe de l'Atlantique à l'Oural"</p>
<p>"L'Amérique veut que l'Europe soit la cinquante et unième étoile du drapeau américain. Pour cela, elle doit maintenir les Européens inféodés dans l'Otan. <a href="https://www.lexpress.fr/actualite/monde/europe/crise-en-ukraine-vladimir-poutine-le-suspense-jusqu-au-bout_2168441.html" target="_self">Vladimir Poutine</a> est le prétexte parfait, le diable idéal. N'oublions pas les causes de l'engrenage ukrainien. D'abord un coup d'Etat fomenté par l'Otan. Ensuite une faute du gouvernement ukrainien, l'interdiction de la langue russe. Enfin, la prétention américaine de l'entrée de l'Ukraine dans l'Otan. Comment pouvait-on imaginer que les Russes allaient accepter de voir l'Otan à leurs portes ? Vladimir Poutine ne veut pas le démembrement de l'Ukraine. Il souhaite simplement la reconnaissance de la langue maternelle dans les régions russophones, un statut pour ces régions, et enfin une neutralité de l'Ukraine par rapport à l'Otan" <a href="https://www.lefigaro.fr/vox/politique/2015/02/23/31001-20150223ARTFIG00096-philippe-de-villiers-poutine-est-le-diable-ideal-pour-les-etats-unis-et-l-otan.php" target="_blank">assurait en 2015</a> Philippe de Villiers, fervent admirateur de Poutine et chantre, face à "l'Europe artificielle de Maastricht", d'un "grand partenariat stratégique et culturel avec la Russie, l'Europe de l'Atlantique à l'Oural". Candidat à l'élection présidentielle de Debout la France, Nicolas Dupont-Aignan n'a lui non plus jamais caché son admiration pour Poutine. Il déclarait encore, <a href="https://www.dailymotion.com/video/x87bcjn" target="_blank">le 25 janvier sur Cnews</a> : "Nous avons besoin d'une grande alliance avec la Russie, nous sommes complémentaires, nous devons lutter face aux défis de l'avenir, et les vrais défis, c'est l'Afrique qui est en train de basculer dans le djihadisme, et c'est beaucoup plus important que le Donbass, pardonnez-moi !". </p><p>En 2014, dans une tribune intitulée "Souverainistes, vous n'avez aucune raison de soutenir l'impérialisme russe" <a href="//www.lexpress.fr%20https://www.lemonde.fr/idees/article/2014/06/25/souverainistes-vous-n-avez-aucune-raison-de-soutenir-l-imperalisme-russe_4444509_3232.html" target="_blank">parue dans Le Monde</a>, Paul Thibaud avait pourtant dénoncé les "complaisances" de sa famille politique vis-à-vis de Vladimir Poutine, à la suite de la révolution de Maïdan puis de l'annexion de la Crimée et la guerre du Donbass. "Ceux qui veulent une Europe des nations devraient moins que personne négliger le droit de l'Ukraine à être une nation de plein exercice" plaidait l'ancien directeur de la revue Esprit. Une fascination pour la Russie de Poutine que le souverainiste québécois Mathieu Bock-Côté tente aujourd'hui de minimiser <a href="https://www.lefigaro.fr/vox/monde/mathieu-bock-cote-ukraine-le-chasse-croise-des-patriotes-20220225" target="_blank">dans Le Figaro</a> : "De manière schématique, on le sait, 'les souverainistes' cherchaient à tenir compte de la vision russe du monde dans leur réflexion sur la civilisation européenne. Certains le faisaient par un antiaméricanisme pavlovien, et d'autres, par fascination trouble pour un pouvoir fort censé incarner l'exact contraire de la supposée décadence occidentale. Mais la plupart avaient surtout la conviction que la géographie condamne les peuples partageant un même continent à tenir compte de leurs intérêts mutuels".  </p>
<p>"Schémas simplistes et commentateurs moutonniers"</p>
<p>"L'antiaméricanisme pavlovien" semble pourtant avoir de beaux jours devant lui. Après avoir rongé ses frontières, la Russie vient, de façon spectaculaire, de violer la souveraineté d'un Etat indépendant depuis 1991, et de surcroît démocratique. En théorie, cela devrait indigner les souverainistes. Mais nombre d'entre eux préfèrent continuer à pointer leurs critiques contre les Etats-Unis ou l'Otan, qui seraient les vrais responsables de ce conflit. Le 16 février, dans <a href="https://www.marianne.net/agora/les-signatures-de-marianne/ukraine-savoir-qui-veut-la-guerre" target="_blank">un éditorial intitulé "Savoir qui veut la guerre"</a>, Natacha Polony invite à "s'extraire quelques instants des schémas simplistes des commentateurs moutonniers pour qui le monde se partage en deux catégories : les méchants populistes pro-Russes - fascinés, bien sûr, par l'autocrate du Kremlin - et les gens raisonnables qui restent soudés au "camp occidental"". Remettant en cause les informations américaines sur une invasion imminente, la directrice de la rédaction de Marianne se veut alors rassurante, tout en rappelant que la révolution de Maïdan en 2014 "était largement soutenue par la CIA et sponsorisée par la Fondation Soros". <a href="https://www.marianne.net/agora/les-signatures-de-marianne/crise-en-ukraine-la-guerre-en-europe-sans-les-europeens" target="_blank">Une semaine plus tard</a>, l'éditorialiste doit bien constater que Vladimir Poutine "vient de torpiller les derniers espoirs de paix". Mais plutôt que de développer sur le "jusqu'au-boutisme russe", Natacha Polony préfère une nouvelle fois disserter en longueur sur les responsabilités de l'Otan et des Etats-Unis, qui auraient "tout fait, depuis trente ans, pour en arriver là". </p><p>Venu de la gauche avant de militer pour une union des souverainistes de l'extrême gauche au Front national, l'économiste Jacques Sapir est aujourd'hui chroniqueur économique sur RT France. Une chaîne considérée comme un instrument de propagande du régime russe. Dans <a href="https://frontpopulaire.fr/o/Content/co782664/guerre-en-ukraine-l-analyse-de-jacques-sapir)" target="_blank">la revue Front Populaire</a>, Sapir qualifie certes d' "inadmissible" ce qu'il nomme des "opérations militaires" russes sur le "territoire ukrainien".  </p>
<p><a href="https://www.lexpress.fr/actualite/ukraine-et-macron-quelles-consequences-pour-le-president-candidat-posez-vos-questions_2168906.html" target="_blank"></a></p>
<p>Sur le même sujet</p><p>Mais s'il prend quelque peu ses distances avec le terme de "dénazification" employé par Poutine, Sapir rejoint la propagande russe dans sa description de l'Ukraine comme étant un "Etat fantoche" : "La présence de mouvements nationalistes, néo-nazis, en Ukraine est une réalité connue et documentée. Mais, ces mouvements restent minoritaires au sein de la population et du gouvernement. La réalité de l'Ukraine est plus un régime oligarchique, fortement corrompu, largement pénétré par des intérêts privés étrangers et en partie en provenance des États-Unis, qu'un régime néo-nazi". Jacques Sapir va jusqu'à exiger des preuves d'apaisement à... l'Otan et aux Etats-Unis: "Qu'ils le veuillent ou non, ce sera bien aux pays de l'Otan et aux États-Unis de faire ici le premier pas et de fournir la démonstration que leur volonté d'aboutir à une stabilité du continent européen est sincère". On finirait presque par douter de qui a envahi l'Ukraine, et menace la paix en Europe. </p>
<p>Les plus lus</p>

<p>Opinions</p>
<p>Détours de France</p>
<p>Eric Chol</p>
<p>Chronique</p>
<p>Laureline Dupont</p>
<p>Chronique</p>
<p>Abnousse Shalmani</p>
<p>Chronique</p>
<p>Abnousse Shalmani</p>
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	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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<item>
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	<pubDate>Wed, 02 Mar 2022 21:04:02 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[CEUX QUI CONDUISENT VS. CEUX QUI NOUS CONDUISENT]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Denis MAILLARD - 16 Nov 2018</p><p>GILETS JAUNES : CEUX QUI CONDUISENT VS. CEUX QUI NOUS CONDUISENT</p><p>Telle une alerte météo mettant les départements, les uns après les autres, en vigilance orange ou rouge, la journée de mobilisation des « gilets jaunes », se prête déjà à toutes les spéculations. Les agités du blocage attisent l’espoir d’une tempête révolutionnaire quand les docteurs en mouvements sociaux officiels ironisent déjà sur cette bourrasque sans lendemain. Pourtant, à la veille de la manifestation, bien malin  qui peut prédire, sans se tromper, l’ampleur du mouvement, son impact ou sa durée. Au risque d’être démentis par les événements, regardons cette mobilisation – dont le foisonnement sur les réseaux sociaux est déjà un enseignement – avec les lunettes de l’analyse politique, la seule qui vaille à ce stade.</p><p>  L’élection d’Emmanuel Macron restera comme le moment d’une bascule ; elle est autant l’aboutissement d’une transformation de la société française que son entrée dans un autre moment de son histoire. De ce point de vue, le mouvement des « gilets jaunes » finit de révéler ce qui n’était pas encore tout à fait perceptible en mai 2017. A nos yeux, ce mécontentement condense les contradictions nées de la situation politique du printemps électoral ; il en est à la fois son prolongement et sa récusation, le rejeux et le rejet. Trois traits au moins nous semblent devoir être soulignés.</p><p>  1 – La révélation : conducteurs et dirigeants</p><p>  Ce n’était un secret pour personne. L’élection du Président de la République avait laissé à découvert un pays clivé entre deux France politiques. Situation normale dans une élection de ce type mais hors norme tant la coupure épousait les contours d’une nouvelle géographie physique (centres urbains contre périphérie), culturelle (diplômés contre décrocheurs) et économique (gagnants contre perdants de la mondialisation). Toutes choses résumées par l’idée d’une rupture entre le peuple et son élite ; celle que le Président a reconnu ne pas avoir réussi à réparer – dans un  mea culpa peu courant. Et pour cause. Le différent ne se situe pas là où il dit être : il n‘est pas juste économique, il ressort avant tout d’un imaginaire en colère. A travers la contestation des prix du carburant, le conflit se porte en réalité sur la légitimité du mode de vie de ceux qui vont donner de la voix le 17 novembre. C’est l’opposition des conducteurs et des dirigeants : « ceux qui conduisent » contre « ceux qui nous conduisent ».</p><p>  Cette fracture n’est pas réductible par de simples mesures techniques et un peu d’empathie. Car, véritable non-dit de l’élection d’Emmanuel Macron, elle éclate aujourd’hui au visage de tous : sur le dos de qui se réalisera la transition énergétique ? Qui sera, à la fin, le dindon de la farce écologique ? Sur ce point, « ceux qui nous conduisent » se conduisent bien mal. Quelle image donne-t-on de ces Français « qui roulent au diesel et fument des clopes » ? Politiquement suspects, écologiquement contestables et socialement égoïstes, leur sort est scellé. Ils se sentent alors devenir les exclus du tournant écologique de notre système productif. Comme les autres Français, ils étaient fiers de la Cop21 ; ils n’avaient pas saisi, en revanche, que la transition écologique allait se réaliser au détriment de la justice sociale et de leur manière de vivre. Car en définitive les puissants n'expriment aucune solidarité envers les plus pauvres ou les plus fragiles, alors qu'ils se préoccupent sincèrement de la qualité de l'air ou de celle de leurs aliments bio, du réchauffement climatique ou des prochaines vagues caniculaires. A chaque fois, « ceux qui conduisent » ont le sentiment que « ceux qui nous conduisent » s’exonèrent socialement et économiquement des contraintes qu’ils font peser sur leurs épaules.</p><p>  2 – La continuation : société de marché et dialectique de l’Etat</p><p>  Conduire, c’est savoir se débrouiller seul. C’est la vérité de la civilisation de la voiture ; une civilisation de l’individu dont la révolte – on le voit dans la préparation minutieuse des blocages – prend des airs survivalistes : il faut s’attendre à tout... Pour le coup, cette attitude est totalement adaptée au « nouveau monde » révélé en mai 2017. C’est pourquoi les bloqueurs du 17 novembre ne peuvent être ramenés à des fachos pollueurs électeurs de Marine Le Pen : ce sont les individus autonomes de la société de marché dont le premier président élu est Emmanuel Macron.</p><p>  La société de marché se caractérise par un effacement du conflit social organisé où la négociation était première parce que le conflit avait ses vertus, reconnu comme tel et régulé (notamment par la démocratie sociale). A la place, une société beaucoup plus fluide s’affirme à travers l’évitement du conflit, l’individualisation des relations sociales et la prééminence de l’intermédiation (c'est à dire un soutien direct à des entités individuelles qui se débrouillent seules). Cela ne signifie pas que les confits n'existent plus, mais ils revêtent des formes différentes, beaucoup plus directes, imprévisibles et radicales où il serait possible d’obtenir « tout, tout de suite ! », parce qu'il existerait des solutions simples. C’est la fameuse « tentation populiste », bien réelle mais si mal comprise. La journée du 17 novembre restera sans doute comme le premier conflit d’envergure de cette société de marché. Cela lui donne ce visage si particulier à cheval entre un mouvement de citoyens, de consommateurs, de contribuables et de travailleurs ; dans la société de marché ces termes sont synonymes.</p><p>  Mais société de marché ne veut pas dire disparition de l’Etat. Au contraire. Nous habitons plus que jamais ce paradoxe tocquevillien qui fait marcher de conserve affirmation de l’individu et renforcement de l’Etat. Sauf que les grandeurs s’inversent : l’Etat puissant faisait naître un individu dominé. Ce dernier a fini par s’émanciper au détriment d’une puissance publique  qui ne sait plus à quoi lui sert d’être puissante et d’être publique. Elle tend alors à disparaître sous forme de service pour réapparaître sous forme de nuisance : elle emmerde les citoyens quand elle devrait les aider, les culpabilise quand elle devrait les protéger, les abandonne quand elle devrait les soutenir grâce à ses « premières lignes » : ces fonctionnaires du quotidien et des guichets – dont Maggy Biskupski, la porte-voix des « policiers en colère », portait incarnation. Ils partagent aussi le mode de vie de « ceux qui conduisent ».</p><p>  3 – La confirmation : les travailleurs de l’arrière accusent le coup</p><p>  Ces « premières lignes » de la République sont intimement mêlés avec ceux que l’on appelle les « travailleurs de l’arrière », c’est-à-dire ce back office de la société qui a le sentiment d'être invisible, peu considéré et, pourtant, d'être celui qui fait « tenir » la société, qui fait qu'elle se poursuit malgré tout. Les révoltés du 17 novembre savent le besoin qu’on a d’eux mais le peu de reconnaissance qu’ils en obtiennent. Certes le back office de la société est plus large que « ceux qui conduisent » mais ceux-ci en font largement partie : ils sont ouvriers, artisans, auto-entrepreneurs, livreurs de 5h du matin dans les grandes villes, routiers au long cours, transporteurs locaux, représentants, retraités parfois, chômeurs ou restant au foyer, mais aussi ambulanciers, infirmiers, aides-soignants, enseignants, ouvriers du bâtiment ou supplétifs de la restauration etc. Des travailleurs et des consommateurs, des citoyens et des contribuables ; des Français en un mot. Dont il va bien falloir tenir compte tant ils contribuent de manière souvent invisible, fréquemment discrète, parfois secrète, à l’épanouissement de l’autre société, le front office, qu’ils viennent servir, aider et faire marcher tous les jours. Car l’un ne fonctionne pas sans l’autre ; il n’y pas d’un côté les vertueux et de l’autre ceux qui ne sont rien.</p><p>Sans doute la civilisation de la voiture connaît-elle ses derniers feux mais son inévitable transformation ne saurait se résumer à aller cracher sur sa tombe. Pas en République, pas en France.</p><p>  Pour tout dire, la mobilisation des « gilets jaunes » a déjà une  vertu. Elle agit comme une revanche du symbolique dans une société qui ne connaît plus que des symboles. Le symbolique, c’est cette capacité des individus à se rapporter à quelque chose qui les précède et les domine, c’est-à-dire à un ensemble de rites, de symboles, de récits, d’interdits et d’obligations qui forment la société. Lors de son « itinérance mémorielle » sur les traces de la Grande guerre, le Président de la République s’est évertué à remuer des symboles ;  en redessinant la carte de la France contemporaine à partir des ronds-points et des accès d’autoroutes virtuellement bloqués, les « gilets jaunes » sont venus lui rappeler qu’il existait une autre dimension de la vie en commun – le symbolique que seule la politique permet d’inscrire dans le réel. Avant même le 17 novembre, c’est une première leçon. Gageons qu’il y en aura d’autres. Espérons seulement que le Président ne réponde pas encore une fois : « j’ai entendu mais… je ne change rien ».</p><p>  Denis MAILLARD est président de Temps Commun, cabinet de conseil en relations sociales.</p><p>Il est l'auteur de Quand la religion s'invite en entreprise, Fayard, 2017</p>
<p><a href="https://www.laurorethinktank.fr/blocnote/gilets-jaunes-ceux-qui-conduisent-vs-ceux-qui-nous-conduisent/bloc-notes/">→ retrouver<br />les différentes<br />Bloc-notes</a></p>
]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/837/sept-theses-sur-la-nation</guid>
	<pubDate>Sat, 12 Feb 2022 19:19:39 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/837/sept-theses-sur-la-nation</link>
	<title><![CDATA[Sept thèses sur la nation]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Sept thèses sur la nation</p><p>Cette cam­pa­gne électorale est la plus déplo­ra­ble que j’ai pu connaî­tre. Parmi les prin­ci­paux can­di­dats, il n’y en a pas un pour rache­ter l’autre. Roussel est « moins pire » et peut-être Kuzmanovic pourra-t-il faire enten­dre sa voix. En atten­dant, je vais pré­ci­ser ma posi­tion sur une ques­tion qui occupe pas mal de place, celle de l’immi­gra­tion et, cor­ré­la­ti­ve­ment, celle de l’iden­tité de la France. Pour l’iden­tité de la France, il serait de bon conseil d’aller lire ou même relire le livre éponyme de Fernand Braudel. On devrait aussi ouvrir les livres de Claude Nicolet, comme La fabri­que d’une nation. Ça nous chan­ge­rait du zem­mou­risme ambiant ! Mais dans un monde où les igno­rants font masse der­rière des demi-ins­truits et des impos­teurs média­ti­ques, com­ment en appe­ler à la réflexion et au tra­vail ? Je pro­pose de défi­nir ici ma posi­tion en sept thèses.</p><p>1. La nation est le seul cadre per­ti­nent qui per­mette à la démo­cra­tie, c’est-à-dire à la sou­ve­rai­neté du peuple d’exis­ter. La sou­ve­rai­neté de la nation et la sou­ve­rai­neté popu­laire sont la même chose, consi­dé­rée sous deux angles dif­fé­rents. Il est impos­si­ble de défen­dre la démo­cra­tie dans le cadre d’Union euro­péenne ou d’allian­ces sous la direc­tion états-unienne, comme l’Otan. Voilà le point essen­tiel. Comme les défen­seurs appoin­tés du pré­tendu « camp natio­nal » ne posent aucune de ces ques­tions, il s’ensuit que ces gens ne défen­dent pas la nation fran­çaise, mais sont seu­le­ment des exploi­teurs de la mala­die de la nation.</p><p>2. Toutes les nations sont égales en droit et en dignité ! La paix uni­ver­selle est l’objec­tif que doit pour­sui­vre tout citoyen qui veut défen­dre sa patrie. La défense de la nation impose la condam­na­tion de toute poli­ti­que impé­riale, impé­ria­liste ou néo-impé­ria­liste. Toutes les nations ont le droit de défen­dre leur inté­grité sur tous les plans.</p><p>3. Une nation est une com­mu­nauté de vie et de destin. Elle a une iden­tité et une culture et le citoyen n’est pas seu­le­ment celui qui jouit d’un cer­tain nombre de droits. Le citoyen est celui qui jouit des biens que pro­cure la culture de la nation, de son patri­moine, de sa langue et de la dou­ceur de ses mœurs. Une nation peut accueillir des « mou­ve­ments migra­toi­res », mais elle doit se donner pour objec­tif d’assi­mi­ler ces étrangers qui veu­lent s’ins­tal­ler dura­ble­ment. Le simple droit n’est rien sans les « bonnes mœurs », cette « éthicité » dont parle Hegel. Les citoyens sont des frères (fra­ter­nité) et donc ils peu­vent s’entre-épouser et par­ta­ger les mêmes repas. Le com­mu­nau­ta­risme sépa­ra­tiste, quel­les qu’en soient les formes peut être inter­prété comme un acte de guerre contre la nation.</p><p>4. L’immi­gra­tion n’est un droit pour per­sonne. La nation décide elle-même qui seront ses hôtes. Aucun étranger ne doit être consi­déré a priori comme un ennemi, il doit jouir des garan­ties per­son­nel­les de tout homme, mais il n’a aucun droit à séjour­ner, tant que ce droit ne lui a pas été accordé par un acte juri­di­que qui découle de la sou­ve­rai­neté natio­nale. Tout cela est l’ABC du droit inter­na­tio­nal. S’il y avait un droit à séjour­ner où on en a le désir, tous les enva­his­seurs seraient légi­ti­més !</p><p>5. Il en découle que toute nation a le droit de pren­dre toutes les mesu­res qu’elle jugera bonnes pour défen­dre son iden­tité natio­nale. On a intro­duit le fran­çais comme langue de la République fran­çaise pré­ci­sé­ment dans ce but : défen­dre le carac­tère propre de notre pays. Cela n’empê­che en rien d’appré­cier la culture et le carac­tère des autres nations. Mais cela inter­dit les apo­lo­gies de « créo­li­sa­tion » qui n’est pas autre chose que le rabo­tage de toute diver­sité par le déve­lop­pe­ment de la mon­dia­li­sa­tion capi­ta­liste. On peut aimer l’Italie ou la Grande-Bretagne, mais pré­ci­sé­ment parce qu’ils sont dif­fé­rents des Français et enten­dent rester dif­fé­rents. L’indif­fé­ren­cia­tion géné­ra­li­sée est une des mani­fes­ta­tions de l’hor­reur capi­ta­liste.</p><p>6. La défense de la nation est incom­pa­ti­ble avec le mode de pro­duc­tion capi­ta­liste qui est, par nature, mon­dia­liste. Toutes les fron­tiè­res, qu’elles soient natio­na­les, mora­les, cultu­rel­les, sexuel­les, sont autant d’obs­ta­cles à l’accu­mu­la­tion illi­mi­tée du capi­tal et il cher­che à les faire sauter. Le supra­na­tio­nal est son mode d’exis­tence, qu’il s’agisse de cons­ti­tuer un empire, comme jadis les empi­res colo­niaux et aujourd’hui l’empire amé­ri­cain, ou qu’il s’agisse d’enti­tés supra­na­tio­na­les comme l’UE, qui est une sorte de fan­tôme du Saint Empire romain ger­ma­ni­que. On ne peut être maître chez soi sans avoir rejeté la domi­na­tion du capi­tal, c’est une pure escro­que­rie. Inversement, pré­ten­dre être « anti­ca­pi­ta­liste » tout en accep­tant le mon­dia­lisme capi­ta­liste, c’est se condam­ner à rester l’extrême gauche du capi­tal.</p><p>7. La nation ne s’oppose pas à l’uni­ver­sa­lisme, mais l’exprime. Elle est l’uni­ver­sa­lisme concret, tant est-il que l’uni­ver­sel ne peut exis­ter que dans la par­ti­cu­la­rité. La nation est un juste milieu entre le cos­mo­po­li­tisme des mon­dia­lis­tes et la loi du sang tri­bale, l’unité du par­ti­cu­lier et du géné­ral. Comme tout pro­duit his­to­ri­que, elle peut évoluer. Mais seule une société des nations sou­ve­rai­nes peut être le cadre de cette évolution.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Mon, 10 Jan 2022 07:53:19 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Quand Jean Daniel, l&#039;ancien directeur du Nouvel Observateur, s&#039;inquiétait du changement de visage de la France.]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>par Bérénice Levet, pour Le Figaro - décembre 2021</p>

<p>L'écrivain et philosophe Bérénice Levet a lu le livre posthume de Jean Daniel. Aux antipodes de certaines positions prises par son hebdomadaire, le fondateur du Nouvel Observateur, que l'on découvre sous un jour nouveau, y regrette notamment l'abandon de notre modèle d'assimilation.</p>

<p>La gauche n'a pas seulement perdu le peuple au sens sociologique du terme, elle ne l'a pas non plus perdu seulement en tant que réalité politique, communauté historiquement constituée cimentée par des souvenirs, une langue, des mœurs, elle a perdu l'homme, les hommes, conspuant depuis plusieurs décennies, le besoin d'histoire et d'histoires même, de passé, de racines, de continuité historique.</p>

<p>Tel est le sentiment, poignant, qui nous gagne et nous étreint en refermant le livre de Jean Daniel qui paraît aujourd'hui aux Éditions de l'Observatoire, «Réconcilier la France. Une histoire vécue de la nation».</p>

<p>Ce livre est une somme, couvrant quelque quatre décennies de réflexions, fruit du magnifique et patient travail accompli par Benoît Kanabus qui a sélectionné les textes, les a articulés et ordonnés aux questions qui travaillent plus impérieusement que jamais notre société, rendant sa continuité et sa cohérence à cette méditation. Livre posthume, certes, dans la forme, non dans le fond. À l’exception de quelques inédits, l'essentiel fut publié du vivant de l'auteur, il convient d'y insister car bon nombre de lecteurs ne laisseront pas d'être surpris tant le contraste semble grand entre le souvenir que l'on peut avoir du directeur du Nouvel observateur, du rôle qu'il joua dans la vie intellectuelle, des positions prises par son journal, et le Jean Daniel tel qu'il se dessine au fil des pages de cet ouvrage. Énigme que cette mise en sourdine d'une pensée légitimement inquiète. Seul Alain Finkielkraut saura faire valoir cet autre visage de Jean Daniel.</p>

<p>Ce livre est important à plusieurs titres. D'abord parce qu'il est l'œuvre d'un observateur engagé, ou plutôt embarqué, au sens de Camus : un observateur qui ne déserte pas la caverne des hommes mais n'entend pas sacrifier à la cause de la vérité à quelque combat du jour ou à quelque idéologie.</p>

<p>«Je ne pardonnerai jamais à la gauche, ma famille, [de ne s'être] pas inquiété de ce que devenait le visage même de la France.» Jean Daniel <br />Jean Daniel se fait le témoin, capital, l'enquêteur, l'explorateur et le penseur des mutations qui affectent la France dès les années 1980 et les peint par le menu. Il voit ce qu'il voit, et le dit, l'écrit, sans trembler. Il voit une France qui se communautarise, s'islamise, se décompose -– «Il y a en ce moment, en Occident,  prévient-il, une islamisation de la vie quotidienne dont l'expansion est inquiétante». Une France gagnée, grignotée par un modèle non seulement étranger mais contraire au génie français – génie au sens d'esprit : le modèle communautaire importé des pays anglo-saxons. Il entend se lever, de manière toujours plus sonore et véhémente, l'exigence de représentativité, de «visibilité» comme on dit aujourd'hui, dans les séries télévisées, dans les grandes écoles, dans l'espace public.</p>

<p>Il voit une gauche flagornant la jeunesse issue de l'immigration, l'incarcérant dans ses dites origines, et se spécialisant dans la fabrique de victimes, dessinant, avec complaisance et délectation, une France xénophobe, raciste, esclavagiste, coloniale, farouchement inamicale, hostile même, aux différences. Une gauche se plaisant à «remuer chez la jeune génération issue de l'immigration, et contre la France, des souvenirs reconstruits de l'esclavagisme et du colonialisme». Et Jean Daniel de remettre les pendules à l'heure : «Le drame de la jeunesse issue de l'immigration n'est pas le passé esclavagiste et colonial que la France se refuserait à regarder en face», selon une antienne qui l'impatiente, comprenant que la France n'en sera quitte, aux yeux de ces procureurs acharnés de la France, que lorsqu'elle ne regardera plus que ses fautes, ses pages sombres, et n'aura plus d'yeux pour ses nobles accomplissements. Le drame de cette jeunesse maghrébine ou africaine est dans «l'échec de la lutte émancipatrice de leur pays d'origine», et, point absolument capital, dans la valorisation et l'exaltation des différences qui, sous couvert de générosité, n'est rien d'autre qu'un «abandon», selon le mot si profond de Jean Daniel. Et tout cela sur fond de renoncement à une politique d'intégration digne de ce nom.</p>

<p>«Le Pen apporte les plus mauvaises solutions à de bonnes questions». Nous sommes en 1984. La phrase est prononcée par le premier ministre d'alors, Laurent Fabius. Jean Daniel qui rappelle ce moment, en espère beaucoup. Tempête de réprobations. Et, en un éclair, le rideau déchiré se voit de nouveau tiré. Laurent Fabius se ravise, il «n'avait pas dit ce qu'on lui avait fait dire». Occasion manquée et depuis lors, jamais retrouvée.<br />«Je ne pardonnerai jamais à la gauche, ma famille, [de ne s'être] pas inquiété de ce que devenait le visage même de la France», écrit Jean Daniel, ce visage étant celui du communautarisme et de l'islamisation. Il ne le pardonne pas à la gauche parce qu'elle est sa famille de cœur mais force lui est de constater que les élites dans leur ensemble, politique, médiatique intellectuelle, droite, gauches mêlées, sont compromises dans cette funeste reddition avec notre modèle de civilisation, avec notre forme de société, qui renferme une certaine entente de la vie et une certaine idée de l'homme auxquelles Jean Daniel est attaché et trouve infiniment de charmes – nous y reviendrons.</p>

<p>Il voit en effet les aveuglements volontaires et les complicités de la gauche, mais celle-ci est loin d'avoir l'exclusivité du déni et de la complaisance. Lorsqu'il s'ouvre de ces inquiétudes aux hommes qui successivement présideront aux destinées de la France, il se heurte à chaque fois à une même fin de non-recevoir - Valéry Giscard d'Estaing ou Jacques Chirac ne se montreront pas moins sourds que François Mitterrand aux avertissements de Jean Daniel. Lorsqu'il fait observer au chef de l'État socialiste: «Président, le pays est en train de changer. Le clocher de votre affiche électorale, dans peu de temps, vous le verrez entouré de deux minarets», il reçoit pour toute réponse : «Vous parlez comme Le Pen» et devine un Mitterrand «redoutant ensuite qu'à chacune de nos rencontres je ne me le sujet sur le tapis».<br />«Entre le confort intellectuel et moral et le réel, de toute évidence, Jean Daniel choisit le réel.» Bérénice Levet <br />De cette lucidité qui le distingue au sein de la gauche, la clef se trouve peut-être dans une remarque faite en passant : «J'ai rarement été en complet accord avec les miens sur tous ces sujets, car je pense que les hommes sont naturellement racistes, et qu'ils ont du mal à supporter le différent. À leur nature mauvaise, il faut opposer avec une infinie patience une culture de la coexistence». Question d'anthropologie, autrement dit. Jean Daniel se sépare de la gauche rousseauiste, de cet angélisme d'un homme qui serait naturellement bon et que seules les institutions corrompraient. Son homme, comme celui du péché originel, comme celui de Soljenitsyne ou de Kolakowski, est traversé par le bien et le mal. Son anthropologie, est celle que l'on attache traditionnellement à la droite. En lisant ces lignes, l'on songe aussi à Merleau-Ponty distinguant entre deux formes d'humanisme : le premier, et le seul authentique, «affronte comme un problème le rapport de l'homme avec l'homme et la constitution entre eux d'une situation et d'une histoire qui leur soient communes», le second, faux humanisme, humanisme frelaté, «ne trouve aucune difficulté de principe dans les rapports de l'homme avec les autres hommes». L'humaniste digne de ce nom sait que l'altérité est une épreuve et que cimenter un peuple n'a rien qui va de soi. L'humanisme de Jean Daniel relève incontestablement du premier, lui qui n'eut de cesse de dénoncer un «angélisme» qui, singulièrement dans les questions d'immigration et de confrontation de l'Occident avec l'islam, «mêle la mauvaise foi à l'irresponsabilité», ou s'agaçant de ces vaines réunions politiques «où [en] revenait toujours à la même logomachie humanitariste».<br />Une des grandes saveurs de cet ouvrage vient du vent de liberté qui y souffle. Entre le confort intellectuel et moral et le réel, de toute évidence, Jean Daniel choisit le réel. On retrouve, dans ce livre, la passion de penser, d'interroger, d'inquiéter les évidences qui n'a cessé d'animer le journaliste, sa disposition à l'admiration aussi. Qui commence de penser en a fini avec le repos, la tranquillité, le mol oreiller. Pacte signé et agréé! Jean Daniel savait qu'on ne pense pas seul avec soi-même. Il se nourrissait des grands esprits du passé et du présent, on le vérifie dans cet ouvrage. C'est cette vie de l'esprit qu'il avait su faire vivre au sein du Nouvel Observateur, conviant Mona Ozouf, François Furet, d'autres intellectuels à rejoindre la rédaction. Qu'on me permette de rappeler deux anecdotes, significatives de ces dispositions d'esprit. La première, l'échange, savoureux, de Jean Daniel avec Claire Brétécher alors qu'il invitait la dessinatrice à se joindre au Nouvel Observateur. Intriguée, et quelque peu sur la défensive, l'auteur à venir de la série des Frustrés objecte : «Je ne vois pas ce que je peux faire ici», et Jean Daniel de répliquer: «- Vous moquer de nous», nous, les intellectuels de gauche, «nos tics, nos réflexes, nos secrets accommodements avec le ciel des idéologies». Pari conclu et promesse tenue, et Jean Daniel bientôt de s'en féliciter : «Grâce à Claire, il est désormais impossible de se prendre au sérieux au Nouvel Obs». «Elle est notre contre-pouvoir». À l'heure de la Woke culture et en un temps où la rédaction d'un grand journal du Soir bâillonne un dessinateur, belle leçon !<br />«J’ai commencé à me poser ces questions un jour où je regardais des jeunes gens jouer au football qui se parlaient en arabe et ignoraient les Français qui les côtoyaient.» Jean Daniel </p>

<p>La seconde, rapportée par la sociologue Évelyne Sullerot, dans son autobiographie, L'Insoumise : en avril 1971, invité à prendre la parole lors d'une conférence organisée par France Observateur  dans le sillage de la publication du «Manifeste des 343» - passé à la postérité sous le titre, donné à l'époque par Charlie Hebdo, «Manifeste des 343 salopes» -, sur le thème «Faut-il, oui ou non, dépénaliser l'avortement ?», la cofondatrice du Planning familial s'oppose vigoureusement au slogan brandi par certaines des militantes : «Mon ventre est à moi et ce qui est dedans aussi», rappelant hardiment que, dans l'avortement, «trois personnes sont concernées : la femme, le bébé et le père». «Quand j'ai dit le père, se souvient-elle, j'ai entendu des hurlements […]. J'ai vu des filles arriver sur moi comme pour me jeter dans la fosse en m'assenant des coups». «Le lendemain,  poursuit-elle dans ses mémoires, Jean Daniel, le directeur de France Observateur, m'a envoyé un immense bouquet de fleurs d'un mètre cinquante de haut : “Au nom des hommes disparus dans la circulation.” Il saluait mon courage d'avoir osé parler».</p>

<p>Pas de totems donc, pour Jean Daniel, pas de tabous, pas d'auto-censure. Quelques exemples entre mille, et c'est le livre tout entier qu'il faudrait citer. La question fait irruption dans sa vie à la faveur d'une expérience : «J'ai commencé à me poser ces questions, relate-t-il, un jour où je regardais des jeunes gens jouer au football qui se parlaient en arabe et ignoraient les Français qui les côtoyaient» - et l'on a, en lisant ces lignes, une pensée émue pour Franz-Olivier Giesbert évoquant semblable expérience, semblable épreuve, pourrait-on dire, et se voyant cloué au pilori, accusé de verser dans le suprématisme blanc par une Laure Adler ânonnant le catéchisme woke, risible au sens de Bergson, tant sa réaction relevait de cette mécanique plaquée sur du vivant qui définit le rire, selon le philosophe. Autre indice de la liberté de Jean Daniel : «La France, tu l'aimes ou tu la quittes», la célèbre sentence de Nicolas Sarkozy : croit-on que Jean Daniel allait se joindre au concert d'indignation qu'elle suscita. Nullement : «ça ne m'aurait pas choqué si Nicolas Sarkozy avait montré qu'il s'adressait à tous, aux Français de souche comme aux autres».</p>

<p>«Je ne vois pas pourquoi il serait indécent pour l'Europe de rappeler ce qu'elle a apporté au monde.» Jean Daniel <br />De cette police de la pensée qui frappe d'interdit certaines questions, Jean Daniel n'a cure. Ainsi de la question du droit du sol, brûlante d'actualité pour nous dans le contexte de l'élection présidentielle et alors que trois candidats à la fonction suprême (Éric Ciotti, Marine Le Pen, Éric Zemmour) ont eu la témérité de la remettre à l'ordre du jour. «Si les enfants d'étrangers que le hasard fait naître sur notre sol deviennent français sans que l'école fasse d'eux des citoyens – et quand Jean Daniel écrit citoyen, il entend bien des Français, c'est-à-dire des êtres investis d'une responsabilité pour la communauté historiquement constituée dont ils sont appelés à devenir membre -, alors la nation ne deviendra plus qu'une juxtaposition de communautés, c'est-à-dire qu'elle sera condamnée à disparaître». Le droit du sol sans l'intégration, martèlera-t-il, «c'est la porte ouverte au communautarisme et à la ghettoïsation ».</p>

<p>Jean Daniel s'emploie aussi à déconstruire quelques poncifs amis du masochisme occidental, et propagandes à destination de «la diversité». Entre la dette que l'Occident aurait contractée envers les autres civilisations Jean Daniel là encore s'impatiente de cette hémiplégie, de ce deux poids deux mesures : «Puisqu'on nous rappelle à juste titre ce que nous devons tous à l'âge d'or de la grande civilisation arabe, je ne vois pas pourquoi il serait indécent pour l'Europe de rappeler ce qu'elle a apporté au monde».</p>

<p>Et, en riposte à l'antienne de «ces étrangers qui ont fait la France», si assourdissante qu'on en viendrait à croire que la France est leur seul œuvre, Jean Daniel rappelle de la manière la plus énergique que là n'est pas l'esprit dans lequel il a été élevé, que dans sa famille, prévalait le sens de la dette, de la gratitude pour le don qui leur était fait : «pour les miens, [il s'agissait] de mettre l'accent non sur leur apport mais sur l'identité reçue», «mes parents ne se demandaient pas ce que le pays leur devait mais ce qu'ils devaient au pays» et ce qu'ils devaient à la France, c'étaient «des souvenirs, des projets, des valeurs, des mœurs, des rites, des usages».</p>

<p>La question de l'intégration, de l'assimilation est au cœur de cet ouvrage. Assimilation ? Reconnaissons que le terme n'apparaît que très rarement sous la plume de Jean Daniel, et l'on aurait aimé interroger sur ce point dont l'enjeu n'est pas que sémantique, mais je ne crois pas le trahir en disant qu'il ne l'aurait pas refusé. Car si le mot n'y est pas, la chose s'y trouve, et sans fard. La description qu'il propose du mécanisme de l'intégration ne laisse aucun doute sur ce point : il s'agit bel et bien de se fondre dans le creuset français, de faire pleinement sien les usages, les mœurs du pays dont on est appelé à devenir membre. La citoyenneté n'est en aucune façon une simple question de respect des lois. Le patriotisme de Jean Daniel n'est pas un patriotisme constitutionnel à la Habermas mais charnel.</p>

<p>«L’intégration était la plus merveilleuse machine au monde à fabriquer des Français.» Jean Daniel <br />Jean Daniel oppose les plus fermes répliques à chacun des faux procès intentés à l'assimilation, restituant ainsi son sens véritable, et grand, et généreux à cet idéal français. Non l'assimilation ne signifie pas le sacrifice de soi : «Devenir français, rappelle-t-il magnifiquement, ce n'était pas cesser d'être soi-même contrairement à ce que l'on entend aujourd'hui. C'était faire en sorte que la meilleure partie de soi adhère à une volonté commune».<br />La question de l'assimilation travaille tout l'ouvrage, parce que longtemps elle fut la réponse proprement, spécifiquement française à l'arrivée de populations étrangères sur notre sol et que nous y avons funestement renoncé. «L'intégration était la plus merveilleuse machine au monde à fabriquer des Français», admire Jean Daniel. Sans elle, et face au défi de l'immigration, la France se condamne à disparaître, en tout cas, à changer définitivement de visage.</p>

<p>La France se communautarise, s'islamise, se sépare. Fatalité ? Était-elle, est-elle réellement sans ressource face à ce processus ? Nullement, elle possède dans sa besace cette formidable machine, comme l'appelle Jean Daniel, qu'était l'intégration imitative, qui n'est pas qu'une machine, pas qu'une mécanique, mais une philosophie. Au poncif selon lequel l'intégration ou l'assimilation aurait échoué, Jean Daniel s'oppose vigoureusement et très justement : «On dit que le modèle français a échoué. C'est faux. Aussi longtemps qu'il a été appliqué, il a parfaitement réussi. Et quand il a cessé d'être appliqué, il n'a pas été remplacé».</p>

<p>Et ce modèle, on ne l'a plus appliqué parce que la philosophie qui l'inspirait nous a quittés, parce que les principes qui le portaient nous ont abandonnés, parce que les ressorts qui le soutenaient se sont grippés. Et Jean Daniel en fait un bel inventaire, avant, pendant, après liquidation : l'intégration, l'assimilation a été forte aussi longtemps que «la confiance que les Français avaient dans la vocation et l'avenir de leur pays» l'étaient ; aussi longtemps que «l'identité française était plus forte que celle des communautés que la France accueillait». Or c'est cette force, cette confiance, cette foi en soi, cette consistance identitaire qui se sont étiolées, et ce, alors et à raison exactement inverse, pendant que l'identité islamiste, elle, se fortifiait. De la déliquescence de l'identité française, de la substituions de la France par une myriade de communautés, Jean Daniel en reçoit le choc alors qu'il est en Algérie : «Des gens faisaient des projets de voyage, raconte-t-il. L'un d'eux me dit : ‟Il faut qu'on aille dans la société miloudine”. Je lui demande ce que c'est. C'était près de Lyon. ‟Pourquoi ne dites-vous pas Lyon ? – Parce qu'il y a toute une société berbère installée là. Il y a d'ailleurs trois voyages par semaine organisés entre Sétif et Lyon». Et Jean Daniel de commenter : «Ils en parlaient comme s'ils n'allaient plus en France, mais comme s'ils se rendaient dans une partie algérienne de la France qui se trouvait par hasard au-delà de la Méditerranée». Or, ainsi qu'il le rappelle avec force, «il est tout simplement contraire à la République qu'il y ait des ‟musulmans vivant en France”, disposant de la nationalité française mais se référant, culturellement à d'autres pays».</p>

<p>Cette situation est le fruit d'un renoncement, d'une capitulation de la France : l'abandon d'une politique d'assimilation ; elle est inséparable de la valorisation et de l'exaltation des différences qui pénètre la France dans les années 1980, selon un modèle importé des pays anglo-saxons et notamment des États-Unis, totalement étranger à la France. Le succès de l'intégration tenait aussi et d'abord à ce que la France n'accueillait pas des communautés mais des individus, elle se refusait à regarder le nouveau venu comme le représentant d'une communauté quelle qu'elle soit. La décomposition de la France procède également, et d'abord, d'une absence de politique migratoire digne de ce nom, car quelle que soit la volonté assimilationniste, le problème est insoluble aussi longtemps que l'immigration demeure massive. Selon l'analyse de Hegel, il est un moment où les changements quantitatifs se font changements qualitatifs.</p>

<p>La thèse selon laquelle l'idéal français d'assimilation, la passion du monde commun, le refus d'un pays où les individus et les communautés se trouveraient comme l'huile et l'eau, selon l'image de Renan, posés côté à côté - prélude au face-à-face selon l'avertissement d'un ancien ministre -, aurait fait son temps, ne l'a jamais impressionné. Que l'heure soit aux identités, à la diversité, à la visibilité des minorités… Jean Daniel refuse de se laisser intimider. La hantise d'être retard sur son temps ne l'a jamais atteint. Ses amis peuvent prêcher l'adaptation, il reste ferme. Et ce pour une raison simple et forte – de celle qui vous rende inflexible : le modèle français lui paraît infiniment plus savoureux, plus délectable que le modèle communautariste des Anglo-Saxons. Autre temps ? Sans doute, mais pourquoi autres mœurs, pourquoi autre modèle ? La manière française, l'entente française de la vie en commun doit être préservée, continuée, sauvée.</p>
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«Jean Daniel ne craint pas de mettre les pieds dans le plat : la rencontre de la civilisation occidentale et de la civilisation musulmane constitue bel et bien un choc.» Bérénice Levet 
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<p>Venons-en à présent au totem, au tabou, par excellence, la question de l'islam, centrale dans Réconcilier la France. Jean Daniel ne craint pas de mettre les pieds dans le plat : la rencontre de la civilisation occidentale et de la civilisation musulmane constitue bel et bien un choc – l'ouvrage de Samuel Huntington avait fait forte impression sur Jean Daniel et ce livre en porte un puissant témoignage. Redoutable erreur, note Jean Daniel, et cause des aveuglements dont nous payons le funeste prix, que d'avoir esquivé la question de la civilisation des nouveaux immigrés. L'islam est un problème et un défi pour chacun des pays européens, mais plus brûlants en France, tant le communautarisme est étranger et contraire à l'esprit français. Menace accrue pour nous, mais chance inédite aussi pour les musulmans. Occasion unique pour l'islam de se réformer, de rendre à l'individu une certaine liberté, un certain jeu. C'est sur ce défi singulier que la lecture du livre de Jean Daniel jette de très vives lumières.</p>

<p>«L'islam pose-t-il un problème à la France ?», «L'islam pose-t-il un problème à la laïcité ?, demande Jean Daniel. Lorsque la réponse n'est pas un réquisitoire, la réponse est oui». La république française est une république des individus - et le mot de Clermont-Tonnerre est, pour Jean Daniel, l'unique et dernier mot en ce domaine : ne rien accorder aux Juifs comme nation, tout leur accorder comme individu, et des individus dont nous ne voulons rien savoir des appartenances particulières (religion, certes, mais sexe, mais sexualité, que sais-je encore). Or, là est la gageure : «Il est difficile de concevoir un islam qui ne soit pas communautaire», explique Jean Daniel, «pour l'islam, la religion, c'est d'abord le groupe, la tribu, la ummah». Ce n'est donc pas seulement comme communautarisme que l'islam représente un défi, voire une «menace», pour la France, «mais en tant qu'universalisme islamiste». La laïcité libère l'individu du groupe, lui permet de faire un pas de côté par rapport à la religion de sa communauté, de sa famille, de sa tribu or, l'islam n'admet pas cette liberté du pas de côté.</p>

<p>Et c'est là, parce que la France s'adresse à l'individu et non au représentant d'une communauté, que La France peut être regardée avec Mohamed Arkoun par exemple, que cite Jean Daniel, comme une chance pour les musulmans. Et Jean Daniel de renchérir sur son ami islamologue : «Il n'est pas possible que les Arabes ignorent que la France est l'une des grandes chances de leur histoire». La France et sa farouche indifférence aux différences, aux communautés, cette république des individus leur est l'occasion de desserrer l'étau du groupe.</p>

<p>La laïcité, qui exige de l'individu de cantonner à l'espace privé l'exercice de la religion, fait le pari de la liberté : elle postule en chacun, au milieu de toutes les formes de déterminismes, ce que le poète René Char appelait «une enclave de liberté».</p>
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«La France, comme d'ailleurs presque toutes les sociétés occidentales, [..] affiche une solitude de citoyen d'où les Français ne sortent que par l'angoisse et les immigrés par le repli sur le ghetto.» Jean Daniel 
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<p>Mais de toute évidence, la France ne représente plus un modèle désirable, elle a perdu de son charme. La raison en est, en partie, et sans exonérer de leur responsabilité les musulmans, qu'elle ne s'offre plus comme nourriture spirituelle. Le spectacle que nous offrons ne présente rien de très heureux. Ces atomes, ces monades que nous sommes devenus, ces êtres vides et creux, sans histoire(s), sans passé, sans Verbe, sortis du laboratoire progressiste, et singulièrement de la pédagogie progressiste, des années 1960-1970, dont Michel Houellebecq s'est fait le romancier le plus sagace, peinent à séduire. Péché originel des années 1960-1970, que d'avoir prêté des vertus émancipatrices à toutes les formes de déliaison. Et Jean Daniel de résumer le malheur existentiel de l'homme contemporain : «La France, comme d'ailleurs presque toutes les sociétés occidentales, [..] affiche une solitude de citoyen d'où les Français ne sortent que par l'angoisse et les immigrés par le repli sur le ghetto» – parfaite trahison à l'endroit des fondateurs de la Troisième République qui exigeaient de chacun qu'il laisse ses appartenances particulières dans l'espace privé pour mieux se rattacher à cette grande et noble histoire qu'est celle de la France. Et c'est là que le rôle de l'école était majeur. Il n'est pas de tenaille identitaire : les identités particulières enferment chacun dans le cercle étroit de son identité, de sexe, de sexualité, de race, de religion ; l'identité nationale rattache chacun à une réalité plus vaste et plus haute que la sienne. Celle-ci cimente, quand les autres séparent.</p>

<p>De cette impasse, de cette crise existentielle, du malheur français, la propagande islamiste se saisit avec jubilation. L'islam politique exploite l'indigence de ce modèle, se plaît à peindre l'Occident et singulièrement la France laïque, parce que laïque, enfoncés dans le consumérisme.</p>

<p>Pour donner à aimer ce modèle encore faut-il prouver que l'émancipation ne confine pas au vide identitaire et spirituel, d'où l'injonction de Jean Daniel : la France doit faire rayonner la patrie littéraire, artistique, intellectuelle, politique qu'elle fut, elle doit faire valoir qu'elle n'est pas un «no spirit's land».<br />On l'aura compris, ce livre s'offre comme une formidable profession de foi dans le modèle français d'intégration. Non par fétichisme du passé mais parce que Jean Daniel le juge infiniment plus savoureux que le modèle communautaire, plus savoureux et parfaitement accordé à ce que Simone Weil appelait les besoins fondamentaux de l'âme humaine. Et si ce livre est essentiel c'est que Jean Daniel sait l'art de peindre et de rendre sensibles les vertus de ce modèle. «On pousse dehors avec d'autant plus de légèreté les grandes choses qu'on ne les comprend plus», disait Balzac. Or, si nous avions montre d'autant de désinvolture à l'endroit de l'assimilation, c'est assurément que nous n'en mesurions plus la grandeur, la noblesse. Jean Daniel nous rafraîchit la mémoire. Et c'est pourquoi il doit être lu toute affaire cessante.<br />La lassitude cependant, et toujours plus au fil du temps, le gagne. «Alors ce fameux modèle français, peut-on le réexhumer, le ranimer ? Je ne le crois plus, hélas». Jean Daniel ne le dissimule pas : «Je suis fatigué et j'ai presque envie de rendre les armes et de ne plus poursuivre ce combat d'arrière-garde» – en réalité, il reprendra le flambeau, et ce jusqu'à son dernier souffle. Sans illusion toutefois, doutant toujours plus qu'on puisse arrêter le processus, seulement pourra-t-on escompter le ralentir, semble-t-il conclure par moments.<br />Là encore, il voit ce qu'il voit et il voit une France, des élites en tout cas, toujours plus disposées à laisser la France devenir américaine, comme dirait Régis Debray, se convertissant à la politique des quotas, satisfaisant à l'exigence de représentativité, de «visibilité», parlant la langue de la «diversité», des «minorités». Or, y concéder, avertit Jean Daniel, c'est s'accoutumer à «penser en termes de communautés», et rompre par là même avec la singularité française et sa délectable indifférence aux différences. Redoutable boîte de Pandore ! Une fois le couvercle soulevé…«A quand la représentation des communautés au Parlement ?», demande Jean Daniel. Le Président Macron a préfacé le livre de Jean Daniel, on ne peut que l'inviter désormais à le lire et à le méditer, lui qui s'indigne de ce que le mot «assimilation» figure dans la Constitution - qui «ne correspond plus à ce que nous voulons faire» - ou institue une commission, confiée à un soutien affiché des indigénistes, Pascal Blanchard, et chargée de dresser des listes de personnalités issues de la diversité afin de leur édifier des statues et de leur attribuer des noms de rues ou de monuments, ou dont, encore, la politique mémorielle consiste en une distribution de caractère communautaire, selon la description pénétrante qu'en a donnée récemment Pierre Nora : «Il s'agissait autrefois de rassembler la collectivité nationale autour d'une figure symbolique. [Avec Emmanuel Macron], il s'agit maintenant de faire un geste politique ou de satisfaire un groupe, une famille, une frange de la nation. Charles Aznavour pour les Arméniens, Simone Veil pour les femmes et les juifs, bientôt Joséphine Baker pour la diversité. C'est le signe d'une nation ethnicisée, parcellisée, émiettée». Martingale électorale en 2017, le «en même temps» ne trompe désormais plus personne en ce domaine : à la fin, quelles que soit les hautes et vaillantes proclamations d'Emmanuel Macron, ce sont toujours les communautaristes et les indigénismes qui gagnent.<br />«Il est une chose dont Jean Daniel ne se départira jamais : son attachement au modèle français.» Bérénice Levet <br />Cependant, aussi sévère que puisse se montrer Jean Daniel à l'endroit des dirigeants français, il n'inverse pas l'ordre des responsabilités. Il voit ce qu'il voit et il voit un islamisme de plus en plus vindicatif et des nouveaux venus et des Français d'origines maghrébine et africaine toujours plus farouchement «rebelles à la fusion». Et c'est là, rappelle Jean Daniel, «une des grandes différences avec l'immigration de la fin du XIXe siècle et du début du XXe : les Polonais, les Italiens, avaient un seul but (un seul rêve) : se fondre dans la société où ils avaient choisi de s'expatrier, de travailler». Il s'agissait bel et bien de «prendre racine» quand, à l'inverse, un Tariq Ramadan proclame que «les nouveaux immigrés, musulmans ou pas, ont le droit de modifier l'identité française», c'est alors, prévient Jean Daniel que «la difficulté survient et que la République [et la France, peut-on ajouter sans forcer son propos car la France qu'il souhaite voir se continuer ne commence pas en 1789] peut s'estimer en danger».<br />Doutes donc quant à la pérennité de la France, mais il est une chose dont Jean Daniel ne se départira jamais : son attachement au modèle français. La clef de cette opiniâtreté se trouve sans doute dans le sous-titre Une histoire vécue de la nation. Vécue et non théorique, c'est important. Cela explique, me semble-t-il, la constance dont il fait montre dans ses positions, l'assurance avec laquelle Jean Daniel avance, se risque, persiste et signe, quelle que soit l'incompréhension à laquelle il se heurte, les réprobations, les suspicions qu'il lui faudra essuyer dans son propre camp. Ce livre raconte aussi le cheminement, l'itinéraire d'un enfant du XXe siècle, du jeune homme universaliste qu'il était à sa prise de conscience de ce que l'universel ne nourrit pas son homme, que l'être humain besoin de racines, d'histoire(s), d'ancêtres. Pour se tenir debout, pour se faire bâtisseur, il a besoin de cette sève. «L'avenir ne donne rien, disait Simone Weil, il n'y a rien de plus vital que le passé». Seul le passé est nourricier, susceptible de nous orienter, de nous indiquer une direction. Puissance d'inspiration non de répétition.<br />Cette défense et illustration de la nation, de l'identité française, de l'enracinement s'ancrent en effet dans l'expérience. «Que la nation ne soit pas une assemblée d'individus libres et égaux auxquels la Déclaration des droits de l'homme aurait procuré un jour la souveraineté», «il m'a fallu beaucoup de temps, confesse Jean Daniel, pour arriver à une telle conclusion». «J'ai longtemps vécu dans le culte de l'individu et l'idolâtrie de l'universel», écrit-il encore ; il a longtemps sacrifié au «culte dévot de l'autonomie du sujet», il a voulu croire «que l'individu pouvait devenir ce voyageur sans bagages», «cet homme libre, dépourvu de passé, déraciné, disponible pour une liberté pure, une volonté désincarnée».<br />Et puis, les hommes, la réalité humaine l'ont instruit. «Cet homme n'existe pas et ne peut pas exister» et mieux encore, plus fondamentalement, «il n'est pas souhaitable qu'il existe». La saveur, la gourmandise, la délectation d'une vie d'homme est dans l'incarnation. L'abstraction, les «valeurs», selon cette clochette pavlovienne qu'on se plaît à faire tintinnabuler, ne sont guère nourricières.<br />Instruit par sa propre expérience d'abord, par le manque, peut-on dire : il sait la douleur de n'avoir pas de maison de famille, pas de paysage familier, au milieu duquel on a grandi – «J'en suis privé depuis l'Algérie» ; les Cévennes, les Causses, la Lozère, de son épouse, Michèle Bancilhon - grande photographe soit dit en passant, de Michel Foucault notamment - lui seront une terre, une civilisation de substitution.<br />L'homme, décrit Jean Daniel se faisant l'interprète profond et attentif de l'humaine condition, a besoin de «s'adosser à une Histoire comme à un refuge et à une source». Que ce refuge, que cette source vienne à manquer et notre homme s'atrophie, se dessèche, s'étiole. La nation est pourvoyeuse de vie, disait la philosophe Simone Weil. Ou alors il trouve «refuge» dans «sa» communauté, prévient Jean Daniel. Et l'on songe au mot de Voltaire, «ils se sont faits dévots de peur de n'être rien».<br />«C’est la façon de faire vivre certains morts, de faire revivre quelques disparus et de vivre à nouveau à travers eux qui rend plus armés pour affronter l'avenir…on peut fabriquer du passé.» Jean Daniel <br />«J'ai surtout découvert, poursuit Jean Daniel, que toutes les formes d'affirmation de l'identité nationale relèvent d'un besoin éperdu de continuité», besoin de continuité historique, dont José Ortega y Gasset, Simone Weil, Hannah Arendt se sont fait les penseurs. Cette créature éphémère qu'est l'homme a besoin d'opposer à sa précarité, la «pérennité» d'une civilisation, comprend-il encore. Je ne résiste pas à la tentation de citer sur ce point, la belle réflexion d'Hannah Arendt que Jean Daniel aurait sans doute infiniment goûtée : «Le monde devient inhumain, impropre aux besoins humains – qui sont besoins de mortels – lorsqu'il est emporté dans un mouvement où ne subsiste aucune espèce de permanence».<br />Fidélité à l'héritage, mémoire des morts, gratitude pour les ancêtres, cela ne signifie pas que la nation soit «un ossuaire», insiste Jean Daniel : «C'est la façon de faire vivre certains morts, de faire revivre quelques disparus et de vivre à nouveau à travers eux qui rend plus armés pour affronter l'avenir…on peut fabriquer du passé», ajoute-t-il superbement.<br />Pourquoi la gauche, les progressistes, les élites se refusent-elles à faire droit à cette belle philosophie ? Pourquoi s'obstinent-ils à criminaliser cette noble idée de l'humaine condition ? Voilà ce que l'on ne peut en effet en aucune façon pardonner à la gauche et à l'ensemble de ceux qui se réclament du progrès de l'humanité !◾️<br />Illustration : Jean Daniel &amp; son livre «Réconcilier la France. Une histoire vécue de la nation», avec la participation  de Benoît Kanabus, éditions de L'Observatoire, 577 pages, 24,00 €.</p>
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	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Fri, 07 Jan 2022 12:53:44 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[« La présidentielle 2022 s&#039;annonce comme une comédie tragique »]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Nous vivons un triste moment sur le plan civique, mais notre situation n’est pas sans intérêt. Nous pouvons faire en direct de « l’histoire-problème », nous poser des questions historiques et essayer de les résoudre.</p><p>Comment un historien pourrait-il décrire notre campagne présidentielle ? Des évènements importants se sont produits ces dernières années : la crise des gilets jaunes a mis en évidence la baisse de niveau de vie d’une partie importante de la population ; l’épidémie de coronavirus a révélé nos déficits de production industrielle, l’incapacité de la France à produire ce dont elle a besoin – en l’occurrence des masques, des respirateurs, des médicaments.</p><p>Notre déficit commercial s’aggrave. La réindustrialisation est l’urgence, par l’action d’un État qui encouragerait l’entreprise privée. Pourtant, au-delà de quelques mots sur le sujet, mais sans programme effectif et massif, hommes et femmes politiques nous parlent d’immigration, de sécurité et d’identité.</p><p>La gauche s’évanouit dans les intentions de vote. Aujourd’hui, tout le monde est de droite. D’après les sondages, 75 % du corps électoral. C’est un minimum puisqu‘il paraît difficile de considérer comme de gauche, en un sens économique, Anne Hidalgo, maire anti-banlieusard de Paris, ou Jean-Luc Mélenchon, identitaire d’un nouveau genre avec son concept de créolisation. Quant à Christiane Taubira, qu’est-elle exactement ? Aucune idée. La France semble hésiter entre l’extrême-droite (Le Pen, Zemmour) et une droite très à droite (Valérie Pécresse ciottisée et Emmanuel Macron législateur du séparatisme musulman). Au pays de 1789, ce qui nous arrive est historiquement stupéfiant.</p><p>Cette orientation identitaire générale, dans un contexte de désastre économique menaçant, définit un nouvel unanimisme et signe la disparition, non seulement du système des partis, mais surtout des grandes idéologies qui avaient constitué notre histoire nationale.</p><p>J’ai décrit, depuis 1981 (date de publication de L’Invention de la France, co-écrit avec Hervé Le Bras) étape après étape, cette décomposition. C’est donc une véritable satisfaction intellectuelle pour un retraité tel que moi de voir s’achever un processus que j'avais commencé à suivre quarante ans auparavant. Disparition de la structuration religieuse de la France, et à sa suite, de la droite catholique, du communisme, de la social-démocratie, de la droite nationale gaulliste : tout a fini par mourir.</p>
<p><a href="https://elucid.media/wp-content/uploads/2022/01/9QF87U-highres-scaled-e1641288039196.jpg"></a></p>
<p id="caption-attachment-8419">Emmanuel Macron rencontre Valérie Pécresse à la maison Émile Zola (Medan), pour l'inauguration du musée sur l'Affaire Dreyfus, 26 octobre 2021 - @AFP</p><p>Le corps des citoyens est atomisé, privé de sentiments collectifs globaux ou sectoriels. Il est vieux. Il est donc de droite et fantasme sur l’Islam ou les Arabes. Avec cette précision que le vieillissement mental touche toutes les tranches d’âge. On pourrait évoquer une hégémonie gramscienne des retraités, dont nous avons vu s’épanouir la toute-puissance pendant l’épidémie de Covid.</p><p>On a enfermé les jeunes pour protéger les vieux, vieux eux-mêmes non soumis à l’obligation vaccinale. On s’apprête à vacciner des enfants de 5 à 11 ans sans rendre la vaccination obligatoire pour les plus de 50 ans. Si nous ne nous ressaisissons pas, nous allons atteindre un sommet du ridicule politique avec une élection présidentielle tenue pendant une cinquième vague épidémique, mais qui ne parlera, au fond, que des musulmans...</p><p>Religion et idéologies meurent partout en Occident, mais l’unanimisme de droite extrême français est unique. L’Angleterre a toujours un système bipartisan ; les États-Unis connaissent un affrontement violent entre Républicains et Démocrates. L’Allemagne reste un pays normal. Ses dernières élections ont vu une certaine reconquête des territoires de l’Est par la social-démocratie, c’est-à-dire un retour à des traditions nées avant 1914. On y a aussi assisté à une marginalisation-radicalisation de l’AfD. Contraction de l’extrême-droite en Allemagne au moment même où elle s’épanouit en France : l’histoire reste une discipline fascinante.</p><p>Il y a certainement une crise des démocraties occidentales, mais la situation française est spéciale. D’ailleurs, l’affrontement idéologique structurant des années 1992-2017, entre élitisme et populisme, toujours vivant aux États-Unis ou en Angleterre, a disparu chez nous. C’est une mutation capitale.</p><p>Arabophobie populaire et islamophobie des éduqués supérieurs ont fusionné dans un magma conceptuel qui mêle réfugiés, immigrés, enfants d’immigrés, petits-enfants d’immigrés, musulmans pratiquants ou non pratiquants. Je n’arrive pas à voir si l’immigration « noire », subsaharienne, désormais importante, intéresse vraiment les Français, mais ils ne me semblent en tout cas pas sur le point de sombrer dans un racisme de couleur de style américain. Restons nuancés dans la description de notre désastre moral.</p><p>Au-delà du vieillissement, notre fuite dans cette purée idéologico-politique a une cause : l’impuissance économique.</p><p>La France était une démocratie d’alternance, et pouvait l’être quand elle était une nation indépendante. Mais elle a perdu, avec le traité de Maastricht et ses suites, toute capacité d’action économique autonome et son système politique se trouve donc engagé dans une fuite hors de la réalité.</p><p>Le Président de la République française est, d’un point de vue constitutionnel, plus puissant dans son pays que le président des États-Unis ne l’est dans le sien. Il dispose du droit de dissolution de l’Assemblée. Il n’est pas équilibré par une Cour suprême largement nommée par ses prédécesseurs. Mais désormais, le potentiel de décision économique d’un président de la Ve république est nul. L’exécutif a abandonné le pouvoir de création monétaire et de régulation commerciale. Cet abandon rend toute action de réindustrialisation sérieuse, au-delà du mot, impossible.</p><p>Pour être efficace, l’État devrait investir conjointement avec le secteur privé, et protéger par des barrières tarifaires ou autres les industries renaissantes. L’Europe l’interdit. Ce que l’exécutif peut faire « d’économique » en France, c’est gérer, répartir la baisse du niveau de vie. Cela s’appelle dans la novlangue européenne : la réforme - des retraites, du marché du travail, etc.</p><p>Destruction des hôpitaux. Sous-équipement de la justice. Ce monde en contraction se cherche un bouc émissaire. L’Islam est là, cible irrésistible. Mais en vérité, malgré le freinage récent de l’assimilation qui résulte du blocage économique et de la chute de la mobilité sociale générale, l’intégration des Français d’origine musulmane est déjà tellement avancée et massive en France que toute islamophobie autre que symbolique, toute « reconquête » de style Zemmour, n’aboutirait qu’à une plongée immédiate du niveau de vie de tous les Français. Trop de musulmans, pratiquants ou non, bossent dans l’appareil productif français. L’identitaire est un fantasme.</p>
<p><a href="https://elucid.media/wp-content/uploads/2022/01/shutterstock_2088176203-scaled-e1641288565103.jpg"></a></p>
<p id="caption-attachment-8423">Meeting d'Éric Zemmour au parc des expositions de Villepinte, 5 décembre 2021 - @Shutterstock</p><p>Les questions identitaires permettent donc l’oubli du véritable problème : la perte de capacité d’action économique de la France et, sa conséquence, la désindustrialisation. L’élection présidentielle, dans ce contexte, est une comédie. Il faut jouer une pièce de théâtre à l’issue de laquelle un énarque quelconque sera aux commandes d’une bureaucratie impuissante et de plus en plus répressive.</p><p>La baisse du niveau de vie, quelle que soit sa répartition, finit par produire des troubles de l’ordre public, tel le mouvement des gilets jaunes. La suppression de l’Ena accompagne logiquement la montée en puissance du Ministère de l’Intérieur et de la Police. La diminution des droits juridiques des citoyens progresse à grands pas, théoriquement dirigée contre le terrorisme islamique, elle permettra en pratique un enfermement plus rapide des révoltés économiques dans le futur. L’histoire avance, assez peu masquée au fond…</p><p>Chaque élection, je le répète, est une pièce de théâtre qui doit donner le sentiment aux citoyens qu’ils vont voter pour quelque chose d’important. Les journalistes politiques sont des critiques de théâtre, qui vont commenter la qualité du spectacle. Nous avons eu, avec Sarkozy, « Le Karcher », avec Hollande, « Mister normal », enfin avec Macron, « Jeune et vieux en même temps ».</p><p>Ensuite, après l’élection… aucune différence de politique économique parce qu’il ne peut pas y avoir de politique économique. La contrainte européenne est là pour l’empêcher. Considérons, si l’on veut être optimiste, que les Français élisent un président « vice-chancelier de l’Allemagne ». En vérité, l’élection importante pour la France a déjà eu lieu en septembre et amené le SPD au pouvoir. Olaf Scholz sera notre vrai président.</p><p>La comédie en cours est jouée toutefois dans un nouveau contexte mental, parce que les électeurs ont été psychologiquement ébranlés par l’épidémie de Covid, par les confinements, par l’enfermement, le télétravail, la fermeture des universités. Une fébrilité difficile à définir rôde, menaçante. Tout peut bouger encore, tout va bouger ; une incertitude d’un genre nouveau s’installe.</p><p>Ce que nous pressentons, pour le moment, est un spectacle en deux parties, plutôt Olympia que Comédie française. En première partie : Éric Zemmour, avec « Je suis raciste et juif ». Trop fort ! Son succès au moment où j’écris (15 % dans les sondages) doit beaucoup à l’égarement du Covid et doit sans doute être classé par les historiens du futur parmi les effets psychologiques secondaires de l’épidémie. Pour la sociologie historique, le sujet n’est d’ailleurs pas la personne de Zemmour, demi-intellectuel qui a mené le discours politique français au niveau du pipi-popo-caca des écoles maternelles (au pays de Montaigne, Montesquieu, Voltaire et Diderot !). Mais ses lecteurs et ses électeurs potentiels, ce sont ces 15 % d’égarés qui méritent analyse…</p><p>Entracte… Entre en scène Valérie Pécresse, avec la possibilité d’une nouvelle pièce : « La Présidente ». Tentant. Surtout à l’échelle européenne. Si Pécresse était élue, nous assisterions à un renversement très moderne d’allure : après avoir eu une chancelière en Allemagne (Merkel) et un vice-chancelier en France (Macron), nous aurions un chancelier en Allemagne (Scholz) et une vice-chancelière en France (Pécresse). Bien sûr, Valérie Pécresse est une énarque comme Macron, comme lui bien classée à la sortie, garantie de conformisme, sélectionnée pour son incompétence économique euro-pseudo-libérale, supérieurement armée intellectuellement pour gérer la baisse du niveau de vie.</p>
<p><a href="https://elucid.media/wp-content/uploads/2022/01/9VD967-highres-scaled-e1641288903276.jpg"></a></p>
<p id="caption-attachment-8427">Vœux du nouveau chancelier allemand Olaf Scholz, Berlin, 30 décembre 2021 - @AFP</p><p>Je vais terminer par une remarque d’ordre moral, et qui s’adresse aux citoyens français en tant que responsables de leur destin. Critiquer les politiques est devenu un exercice trop facile. L’anéantissement de leur pouvoir économique par la construction européenne en fait des clowns naturels. Des boucs émissaires au second degré, des « Arabes de luxe » pour les humoristes. Ils font plus facilement ricaner que rêver.</p><p>C’est vrai, voter, dans le contexte économico-institutionnel actuel, n’a plus de sens. Mais quand même, le droit de vote existe, la liberté d’expression existe, le droit d’association existe. L’impuissance systémique de la France résulte autant de la passivité du corps des citoyens que de la nullité des professionnels de la politique.</p><p>Or, les Français ne militent pas pour l’industrie, ils ne fondent pas des partis pour prendre le pouvoir, instruments possibles de leur salut économique. Ils ne veulent pas prendre le risque de sortir de l’euro, ensemble, pour devenir ainsi les bâtisseurs d’une France nouvelle, inclusive et solidaire, qui regarderait vers l’avenir plutôt que vers un passé fantasmé. Dont acte.</p><p>Mais les électeurs français – vieux, jeunes, actifs, chômeurs, retraités, lorrains, bretons, charentais, savoyards ou rapatriés d’Algérie, riches, médiocres ou pauvres, diplômés ou non diplômés - doivent savoir que s’ils votent pour ceux qui bavassent sur la sécurité, l’immigration et l’islam, ils seront punis, personnellement et en masse, par une chute aggravée, accélérée, de leur niveau de vie dans les vingt ans qui viennent. Le racisme, s’ils s’y abandonnent, et contrairement à ce qu’ils pensent, va avoir pour eux un coût. Très élevé.</p><p>Si l’élection présidentielle qui vient est dans sa forme une comédie, elle est dans sa substance une tragédie.</p><p>Photo d'ouverture : Emmanuel Todd, Paris, 7 mai 2015 - @AFP</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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