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	<title><![CDATA[Signet Loupe: Articles de blog de France]]></title>
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	<description><![CDATA[]]></description>
	
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	<pubDate>Sun, 14 Nov 2021 14:49:44 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Stalingrad du COVID : Macron met un premier genou à terre !]]></title>
	<description><![CDATA[<p>C’est le Stalingrad du COVID qui fait déjà sentir ses effets destructeurs dans la macronie…</p><p>4 mois après la terrible décision présidentielle de transformer le passe sanitaire en outil de crédit social à la chinoise, qui a urtiqué une part substantielle de l’opinion (même si les medias subventionnés ont organisé et respecté une méticuleuse loi du silence à propos de la contestation), le pouvoir exécutif a donné l’image d’une paralysie face aux échéances cruciales de la crise. <a href="https://lecourrierdesstrateges.fr/2021/11/10/payant-comment-emmanuel-macron-aura-devaste-la-protection-sociale-et-les-retraites-durant-son-mandat/">Nous avons montré comment Macron semble n’avoir aucune vision sur le sauvetage du système français de protection sociale</a>. Et le reste du discours a montré une étrange temporisation sur les sujets de vaccination, alors que beaucoup craignaient le transformation du passe sanitaire en passe vaccinal. </p>
<p>Macron freine ses ambitions sur la vaccination</p>
<p>Concrètement, le Président s’est contenté d’invoquer une reprise des contaminations (<a href="https://lecourrierdesstrateges.fr/2021/11/09/5e-vague-vers-une-nouvelle-orchestration-de-la-peur/">dont nous avons montré la quasi-inexistence dans la vraie vie du pays</a>) pour annoncer que les personnes de plus de 65 ans ne disposeraient de leur passe sanitaire qu’en acceptant une troisième dose. Pour le reste, Emmanuel Macron a annoncé qu’il restait 6 millions de personnes non-vaccinées, à qui il s’est adressé en leur demandant de faire preuve de sens des responsabilités. </p><p>Foin, donc, des mesures expéditives, des menaces, des disqualifications sociales. Le Président semble chercher un apaisement, tout en consolidant <a href="https://lecourrierdesstrateges.fr/2021/08/20/scoop-quest-ce-que-le-great-reset-recherche-vraiment-avec-le-passe-sanitaire/">l’instauration du passe sanitaire dont nous avons déjà expliqué les tenants et aboutissants industriels</a>. C’est la stratégie de la fixation : on établit une forteresse, et on n’en bouge plus, ni pour avancer, ni pour reculer. </p><p>Les résistants à la politique sanitaire peuvent donc se féliciter de cette victoire tactique, discrète mais significative, remportée sur la stratégie va-t-en guerre du président. Celle-ci est désormais neutralisée. Reste à obtenir des victoires plus décisives : retrait du passe sanitaire, abrogation de l’obligation vaccinale pour les soignants. </p>
<p>Une peur des effets secondaires ?</p>
<p>Dans le même temps, les vices du dossier vaccinal ont fini par pointer le bout de leur nez. <a href="https://www.sciencesetavenir.fr/sante/10-questions-autour-du-pfizergate-sur-le-vaccin-contre-le-covid-19_158951">Le Pfizergate laisse craindre le recours de Pfizer à des méthodes frauduleuses</a> pour obtenir l’autorisation de mise sur le marché de ses produits. <a href="https://www.20minutes.fr/monde/3169527-20211110-coronavirus-ema-examine-demande-autorisation-vaccin-moderna-6-11-ans">L’ANSM a déconseillé l’utilisation du vaccin Moderna chez les moins de 30 ans</a>, compte tenu des complications cardiaques qu’il peut causer. </p><p>Le nombre de complications cardiaques intervenues pourrait même rendre petit à petit le sujet explosif. Emmanuel Macron a-t-il reçu d’importantes informations sur les vices des vaccins, qui assombrissent ses perspectives de popularité dans les semaines à venir ? Il avait en tout cas la voix éteinte, le teint jaune, le visage fermé d’un homme qui porte des mauvaises nouvelles. Nous étions loin de l’énergie agressive de juillet. </p>
<p>Macron sera-t-il vraiment candidat ?</p>
<p>Pour le reste, le Président a annoncé qu’il rédigeait de nouveaux chèques, notamment pour les jeunes, histoire de maintenir sa popularité. Il a expliqué que les conditions pour réformer les retraites n’étaient pas réunies, ce qui est un terrible aveu de sa fragilité. Et il a vanté son action mais sans donner le sentiment qu’il disposait d’un programme solide. </p><p>Certains ont affirmé qu’il s’agissait d’un discours de candidat non-déclaré. On reste sceptique. Nous maintenons notre pronostic d’un Stalingrad en rase campagne et d’un scandale sanitaire qui se révèlera dévastateur le jour où le petit peuple des vaccinés comprendra que l’exécutif a mis la santé de la majorité des Français en danger pour faire plaisir aux laboratoires pharmaceutiques. Et nous croyons plausible, désormais, que, informé des risques inconsidérés qu’il a fait prendre à ses électeurs en les forçant à recevoir des injections toxiques, Macron s’attend à un revers sévère de nature à compromettre sa candidature. </p><p>Une justice immanente sanctionnerait donc l’incompétence de cette caste mondialisée qui s’attribue généreusement le monopole de lumières qu’elle ne voit pourtant pas. </p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/763/alexandre-mirlicourtois-la-correction-des-inegalites-par-la-redistribution-fiscale-les-chiffres-decryptage-eco</guid>
	<pubDate>Sat, 13 Nov 2021 22:10:40 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/763/alexandre-mirlicourtois-la-correction-des-inegalites-par-la-redistribution-fiscale-les-chiffres-decryptage-eco</link>
	<title><![CDATA[Alexandre Mirlicourtois, La correction des inégalités par la redistribution fiscale : les chiffres - Décryptage éco]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Deux tiers des Français reçoivent davantage en prestations et en services publics qu’ils ne versent en impôts, taxes et contributions sociales ! Ce chiffre étonnera certainement beaucoup, mais il est tiré d’une étude de l’Insee qui rend compte de façon exhaustive comment la redistribution s’opère en France. La méthode consiste à diviser la population française par décile et quantifier la contribution nette à l’effort national d’un ménage type par décile, c’est-à-dire de faire la balance entre les transferts qu’il perçoit et ce qu’il verse. Et dans une vision élargie, les services publics, qu’ils soient individualisables (santé, éducation, logement) ou pas (police, justice), sont monétisés et intégrés à l’analyse.</p><p><br />Une fois passée l’action publique, les inégalités sont considérablement réduites</p><p><br />Cet exercice permet de mesurer comment l’action publique modifie la distribution du revenu primaire élargi qui, outre les revenus salariaux, intègre les revenus d’activité des indépendants, les revenus du patrimoine ainsi qu’une part restante qui compte pour 25% de l’ensemble, essentiellement les loyers fictifs, c’est-à-dire la monétisation du surcroît de bien-être que procure la propriété d’un logement. Ainsi calculé, le revenu annuel moyen est de 42 800 euros, un revenu qui se répartit de façon très inégalitaire dans la population, de 10 500 euros environ pour les 10% les plus modestes à 133 100 pour les plus aisés soit un rapport de 1 à 13.</p><p><br />Une fois passée l’action publique, les inégalités sont considérablement réduites, l’écart entre les extrêmes est ramené de 1 à 3 et les positions entre les différents déciles se sont nettement resserrées, signe d’une redistribution fonctionnant à tous les étages. La différence entre les revenus avant et après transferts permet d’établir de son côté qui, et à quelle hauteur, est le bénéficiaire net du système de redistribution.</p><p><br />Un système profitable à une majorité de Français puisque c’est uniquement à partir du 7e décile que les ménages contribuent plus qu’ils ne perçoivent. 2e observation, le système de redistribution est bien une fonction décroissante des revenus : la différence entre le revenu avant et après transferts diminue avec le niveau de vie. Enfin, en moyenne, les 10% les plus aisés reversent 35% de leurs revenus avant transferts au titre de la redistribution élargie. À l’opposé, les transferts composent 63% des revenus des moins favorisés.</p><p><br />Plusieurs mécanismes de réduction des inégalités</p><p><br />L’analyse plus détaillée des données permet de déterminer ensuite par quels mécanismes les inégalités sont réduites. Premier contributeur à la réduction des inégalités, les transferts en nature à hauteur de 50%. Les ménages accèdent en effet massivement à des services publics gratuits ou facturés à des prix nettement plus faibles que celui du marché comme la santé, l’éducation ou l’action sociale et bénéficient aussi des transferts monétaires affectés à une dépense particulière comme les allocations logement. Le système de santé notamment génère une redistribution importante par rapport à une situation où chacun devrait prendre directement à sa charge sa propre santé et où les cotisations ne seraient pas proportionnelles aux revenus. Car toute chose égale par ailleurs, les problèmes de santé se concentrent davantage dans les catégories de la population les moins aisés qui bénéficient donc plus du système public de soins.</p><p><br />Les prestations sociales monétaires jouent également un très grand rôle dans la diminution des inégalités. Et pour cause : elles sont massivement dirigées vers les plus modestes. Les sommes engagées vers la réduction de la pauvreté et la famille (54 milliards d’euros) et le montant reçu par ménage décroissent fortement en fonction du niveau de vie : de 3 300 euros pour les 10% les moins favorisés, contre moins de 200 euros pour le top 10. Les services publics collectifs (administration générale, police, justice…) contribuent également à réduire la fracture des inégalités de 16%. Les autres postes jouent, mais moins. Avec une particularité : les prélèvements ont un effet négatif sur la réduction des inégalités.</p><p><br />Si la progressivité de l’impôt sur le revenu et le patrimoine diminue les inégalités, son effet est notamment contrebalancé aussi bien par la TVA, la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques ou le plafonnement des cotisations sociales, si bien que les 20% des ménages les plus modestes sont aussi ceux qui en regard de leurs revenus primaires contribuent le plus aux prélèvements.</p><p><br />Malgré tout, le système de redistribution français est une formidable machine à organiser la solidarité nationale, mais pour une bonne raison : c’est qu’en amont, au niveau des revenus primaires, la France est une machine à creuser les inégalités.<br /></p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/761/le-%E2%80%98woke%E2%80%99-et-le-capital%C2%A0-l%E2%80%99angle-mort-de-brice-couturier</guid>
	<pubDate>Sat, 13 Nov 2021 19:36:49 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/761/le-%E2%80%98woke%E2%80%99-et-le-capital%C2%A0-l%E2%80%99angle-mort-de-brice-couturier</link>
	<title><![CDATA[Le ‘woke’ et le capital : l’angle mort de Brice Couturier]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Dans OK Millenials ! Brice Couturier livre un travail détaillé sur les racines intellectuelles du mouvement woke en présentant ses promoteurs et ses contempteurs. Mais l’essayiste peine à comprendre l’expansion du phénomène et ne parvient pas à apprécier la nature profonde de la génération montante. À moins que cet ex-maoïste converti au capitalisme libéral ne s’entête à renier ses enfants spirituels. </p><p class="has-drop-cap">Fruit d’un long travail de documentation initialement réalisé dans le cadre d’une pastille quotidienne sur France Culture, OK Millenials ! (L’Observatoire, 2021) détaille les ressorts intellectuels du woke, phénomène sociologique et politique majeur de ce début de siècle en Occident. Ce mouvement de « justice sociale » défini par ses appétences (déconstruction, censure, antioccidentalisme…) et ses origines (French theory, cultural studies…) inspire déjà de nombreux essais critiques facilement accessibles au grand public. Manquait encore une synthèse complète telle que proposée par Brice Couturier. Ses lectures étant plutôt américaines, il conduit son exposé aux racines du mouvement woke.</p><p class="has-medium-font-size">De l’art de lire Bret Easton Ellis</p><p>Si le travail de Brice Couturier est minutieux, l’interprétation qu’il en tire est en revanche assez décevante. Son point de vue est résumé dans le titre : nous assistons à une guerre des générations entre boomers et milléniaux. Pour appuyer cette idée, Couturier s’appuie notamment sur Bret Easton Ellis auquel il consacre un peu plus d’un chapitre. Dans son essai White <a name="_ftnref1" href="https://voixdelhexagone.com/2021/11/09/le-woke-et-le-capital-langle-mort-de-brice-couturier/#_ftn1" id="_ftnref1">[1]</a>, Ellis procéderait, selon Couturier, à « un règlement de comptes avec la génération des millenials » critiquée comme ultra-protégée, fascinée par la glorification des victimes et persuadée d’être en « résistance » contre Donald Trump. C’est bien de cela qu’il s’agit, mais ce n’est que le point de départ de White, pas son essence.</p><p>En fait, White décrit un changement d’époque vers ce qu’Ellis nomme le « post-empire », une évolution chaotique de l’empire américain dans laquelle le quidam, plus narcissique que jamais, doit adopter des méthodes d’auto-promotion identiques à celles des comédiens en interview. Bret Easton Ellis estime que « le post-empire a fusionné avec la culture d’entreprise » qui pousse au conformisme. Il voit en Hollywood « une des enclaves capitalistes les plus hypocrites du monde », une plateforme de business où, « si vous ne suivez pas les nouveaux règlements de l’entreprise, vous serez banni, exilé, effacé de l’histoire »… L’influence d’un capitalisme dystopique sur l’attitude des nouvelles générations, à Hollywood ou ailleurs, est maintes fois explicitée dans White, mais Brice Couturier semble n’avoir rien remarqué.</p><p class="has-medium-font-size">Guerriers d’un socialisme fantasmatique</p><p>Tout à son amour du capitalisme libéral, l’auteur d’OK Millenials ! imagine les États-Unis « devenir un État socialiste avant le milieu du siècle ». Cela partirait des universités « d’autant plus politisées qu’on y apprend moins » mais où « des batailles puériles (…) ont pris le pas sur la politique effective ». Dans ce cas, les guerriers de la justice sociale sont-ils des agents crédibles du socialisme ? Parions que leur intégration à un système dominé par le marché sera bien plus facile, la puérilité et l’inculture favorisant l’éclosion de consommateurs dociles. Le processus a d’ailleurs commencé puisque le mouvement « contamine » les grandes entreprises, comme le note Brice Couturier qui ne semble pas réaliser l’importance de l’événement.</p><p>« Parions que l’intégration des Wokes à un système dominé par le marché sera bien plus facile, la puérilité et l’inculture favorisant l’éclosion de consommateurs dociles »</p><p>OK Millenials ! mentionne plusieurs fois le New York Times pour indiquer sa conversion woke, sans que Couturier ne précise qu’il s’agit d’un quotidien libéral dans tous les sens du terme. La convergence de la presse libérale avec les nouvelles idées de « justice sociale » n’est pas systématique mais elle est suffisamment fréquente – The Guardian et Le Monde sont concernés – pour illustrer une évidence : le phénomène woke n’a rien d’une rupture, ni avec l’establishment, ni avec le capital. Un point que Brice Couturier s’acharne à esquiver.</p><p class="has-medium-font-size">Gauchisés par Brice Couturier : une aubaine pour les Wokes</p><p>Décidément, l’auteur d’OK Millenials ! ne cerne pas la véritable dynamique de son sujet et se contente d’en déchiffrer la façade, certes fascinante : une guerre de générations entre des boomers qui revendiquent la raison et des milléniaux qui imposent des idées expérimentales à l’aide d’un autoritarisme perçu comme infantile. </p><p>Ainsi Brice Couturier renonce-t-il à pousser sa réflexion sur les aspects consuméristes d’un mouvement mu par un mélange de tribalisme et de narcissisme, qui perçoit le contrat social comme une contrainte à déconstruire. Il se garde également d’analyser les importants moyens qui permettent la diffusion et l’institutionnalisation de la « justice sociale » en tant qu’idéologie. Curieusement, ce lecteur de Bret Easton Ellis n’observe guère Hollywood et voit donc à peine les célébrités millionnaires appliquer au mouvement un vernis de moralisme et de sensiblerie. Il ne parcourt pas LinkedIn ni les campagnes de publicités qui lui permettraient pourtant d’apprécier l’usage de la déconstruction et de la segmentation comme outils de communication entrepreneuriaux. De manière générale, ce n’est pas dans OK Millenials ! qu’il faut chercher une analyse de l’opportunisme et du clientélisme en tant que ressorts du phénomène woke. </p><p>« Couturier ne parcourt pas LinkedIn ni les campagnes de publicités qui lui permettraient pourtant d’apprécier l’usage de la déconstruction et de la segmentation comme outils de communication entrepreneuriaux »</p><p>Concentré sur sa guerre des générations, Brice Couturier valide le positionnement gauchiste d’un courant qui ne demande qu’à se légitimer en tant que force révolutionnaire. Par conséquent, l’essayiste néglige le fait que les Wokes prospèrent sur son propre territoire, dans le grand centre commercial du libéralisme, là où se trouvent l’argent et l’influence. </p><p>Qu’un ex-soixante-huitard maoïste ne situe pas précisément ses lointains successeurs, c’est décevant mais finalement pas si surprenant. On n’attend pas que Brice Couturier mène une réflexion aussi radicale que celle de Pier-Paolo Pasolini quelques heures avant sa mort : « L’autre – ou les autres, les groupes – viennent vers toi et t’affrontent – avec leurs chantages idéologiques, avec leurs avertissements, leurs prêches, leur anathèmes, et tu ressens qu’ils constituent aussi une menace. Ils défilent avec des banderoles et des slogans, mais qu’est-ce qui les sépare du « pouvoir » ? »<a name="_ftnref2" href="https://voixdelhexagone.com/2021/11/09/le-woke-et-le-capital-langle-mort-de-brice-couturier/#_ftn2" id="_ftnref2">[2]</a></p><p>Référence : Brice Couturier, Ok Millenials !, Paris, Éditions de l’Observatoire, 2021, 336 pages. Prix éditeur : 21 EUR.</p><p>Notes :<br /><a name="_ftn1" href="https://voixdelhexagone.com/2021/11/09/le-woke-et-le-capital-langle-mort-de-brice-couturier/#_ftnref1" id="_ftn1">[1]</a> Bret Easton Ellis, White (Robert Laffont, 2019).<br /><a name="_ftn2" href="https://voixdelhexagone.com/2021/11/09/le-woke-et-le-capital-langle-mort-de-brice-couturier/#_ftnref2" id="_ftn2">[2]</a> Interview donnée à Furio Colombo le 30 octobre 1975 et publiée le 8 novembre dans le supplément Tuttolibri de La Stampa. Editée en France sous le titre L’Ultima intervista di Pasolini (Allia, 2010).</p><p>Photo d’illustration (éditée) : <a href="https://www.flickr.com/people/31383674@N00">JMacPherson</a> / WikimediaCommons</p>
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	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/760/%C2%ABil-ny-a-rien-de-%E2%80%9Ctendancieux%E2%80%9D-a-aimer-la-france-et-sa-langue-%C2%BB</guid>
	<pubDate>Sat, 13 Nov 2021 19:35:44 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/760/%C2%ABil-ny-a-rien-de-%E2%80%9Ctendancieux%E2%80%9D-a-aimer-la-france-et-sa-langue-%C2%BB</link>
	<title><![CDATA[«Il n&#039;y a rien de “tendancieux” à aimer la France et sa langue !»]]></title>
	<description><![CDATA[<p>FIGAROVOX/TRIBUNE - Alors que Franz-Olivier Giesbert déplorait que le français ne soit plus parlé sur la Canebière, Laure Adler a jugé ce constat «tendancieux» dans l'émission C Ce Soir. Les propos de la journaliste prouvent son ignorance quant à la réalité des quartiers, estime Amine El Khatmi.</p><p>Amine El Khatmi est cofondateur et président du Printemps républicain. Il a écrit Combats pour la France (éd Fayard) en 2019 et a publié Printemps républicain (éd L'Observatoir) en 2021.</p><p>C'est un échange surréaliste auquel ont assisté les téléspectateurs de l'émission C ce soir sur France 5 ce mardi 9 novembre.</p><p>Venu présenter son Histoire intime de la Ve République, le journaliste Franz-Olivier Giesbert ne s'attendait sans doute pas à la charge idéologique mais tellement révélatrice que lui réservait Laure Adler. Son crime ? Avoir regretté de ne pas entendre parler français dans certaines rues de Marseille, ville où il a élu domicile depuis quelques années.</p><p>Des quartiers d'où je viens, et dont Madame Adler ignore tout, je me souviens de la honte de ces chibanis vivant depuis 30 ou 40 ans en France, ne maîtrisant toujours pas notre langue et devant se rendre au centre social ou au bureau de tabac pour y faire lire leurs courriers et leurs factures.</p>
<p>Amine El Khatmi</p>
<p>«J'habite Marseille, capitale française du cosmopolitisme, ville monde où je me sens chez moi. Mais souvent quand je me rends à la gare Saint Charles en passant par la Canebière, j'ai le cœur serré parce que pendant le trajet je n'ai entendu presque personne parler français. Que va-t-il arriver à notre langue ?». Ces quelques mots, rapportés par l'animateur de l'émission, Karim Rissouli, ont suffi à provoquer l'ire de la journaliste de France Inter. «Bah c'est bizarre de dire ça. Pourquoi vous écrivez ça ?» lui lance-t-elle, qualifiant son raisonnement de «tendancieux». «J'aimerais qu'ils parlent un peu plus français et ce n'est pas plus grave que ça», tente de se défendre, en vain, l'éditorialiste du Point, rappelant au passage qu'Éric Zemmour ne rate aucune occasion pour le qualifier de cosmopolite en raison de ses propos répétés en faveur de l'intégration et contre l'extrême droite. Laure Adler, peu convaincue par les arguments de son interlocuteur, va alors dégainer l'ultime argument d'autorité : «Vous êtes blanc quoi et fier de l'être. Il n'y a pas assez de blancs autour de vous» avant d'inviter un Franz-Olivier Giesbert interloqué à candidater «à l'Académie française» pour «n'entendre que du français. Et encore».</p><p>Tendancieux ? Il est donc désormais tendancieux de regretter qu'en France, dans des quartiers entiers, on ne parle plus Français. Tendancieux de regretter qu'en France, autour de la gare Saint Charles à Marseille, à la Guillotière à Lyon, ou à Barbès-Rochechouart à Paris, la concentration de populations étrangères dans les mêmes rues et les mêmes quartiers soit telle qu'elle donne à certains le sentiment de ne plus vivre en France. Tendancieux de considérer que la condition première d'une intégration réussie est l'apprentissage de la langue du pays qui vous accueille.</p><p>À lire aussi<a href="https://www.lefigaro.fr/vox/politique/amine-el-khatmi-plaidoyer-pour-une-gauche-republicaine-et-populaire-20210924">Amine El Khatmi: «Plaidoyer pour une gauche républicaine et populaire»</a></p><p>Dans mon livre, Printemps Républicain, je déplorais que la France ne consacre que 200 heures à l'apprentissage de la langue, apprentissage le plus souvent délégué à des associations, quand l'Allemagne prévoit un cycle de 600 heures de cours. Je proposais en outre que l'attribution de certaines prestations sociales soit conditionnée à l'assiduité à ces cours de Français pour inciter ceux qui veulent rejoindre la communauté nationale à mettre toutes les chances de leur côté.</p><p>Car des quartiers d'où je viens, et dont Madame Adler ignore tout, je me souviens de la honte de ces chibanis vivant depuis 30 ou 40 ans en France, ne maîtrisant toujours pas notre langue et devant se rendre au centre social ou au bureau de tabac pour y faire lire leurs courriers et leurs factures. Je me souviens d'immeubles entiers où des mères devaient attendre le retour de leurs enfants de l'école ou de leurs maris pour comprendre le recommandé remis par le facteur ou telle invitation déposée par la mairie.</p><p>Vouloir que ces femmes et ces hommes comprennent, lisent et parlent notre langue n'est pas tendancieux. C'est bien sûr leur rendre la vie plus facile, le quotidien moins compliqué, mais n'est-ce pas aussi leur ouvrir l'opportunité de découvrir l'incroyable richesse de nos livres, de nos poèmes, de nos chansons, de nos films, tous ces trésors qui font de la francophonie un bien si précieux ? Est-ce tendancieux pour la femme de lettres qu'est Laure Adler que de vouloir ouvrir à des millions de Français et de futurs Français les portes de la beauté du monde ou préfère-t-elle garder ce privilège pour elle et quelques-uns ?</p><p>ll fut un temps ou la gauche dont je viens se battait pour offrir aux gens une vie meilleure. Défendait la dignité par le travail. Militait pour l'intégration par la langue et le respect de la patrie, de ses symboles et de ses principes.</p>
<p>Amine El Khatmi</p>
<p>Déplorer que notre langue ne soit pas parlée dans des territoires entiers et vouloir y remédier n'est pas tendancieux. C'est du bon sens. C'est vouloir que ces personnes s'en sortent, s'émancipent, s'arrachent à l'assignation à résidence identitaire. C'est vouloir les respecter et les considérer autrement que comme des victimes de la France.</p><p>Sans doute est-ce d'ailleurs là le cœur du problème. Pour Laure Adler, un bon «racisé», pour reprendre l'horrible terme imposé par les «wokes» et leurs amis, est une victime. Le racisé doit rester pauvre, ne pas sortir de sa banlieue, ne pas voir ses enfants réussir, ne pas apprendre la langue. Ne pas s'intégrer. Il doit rester fidèle à son statut de pauvre victime de la France raciste et islamophobe. Comme ces maires communistes de banlieues qui se battaient pour avoir toujours plus de logements sociaux dans leurs villes, pensant assurer ainsi plus confortablement leur réélection en entassant toujours plus de familles pauvres dans des barres hideuses. Comme Jean-Luc Mélenchon qui reproche aujourd'hui à Arnaud Montebourg de proposer la création d'un contrat signé par les étrangers les engageant à l'apprentissage de notre langue, au respect de nos règles et de nos mœurs, à la formation professionnelle et à l'exercice d'un emploi. Soit les conditions élémentaires d'une bonne intégration. «Montebourg veut surveiller les mœurs des immigrés, leur langue, leur qualification et les expulser s'ils ne suivent pas la feuille de route prévue. Consternant» rétorquera sur Twitter le chef de la France Insoumise avec le sens de la mesure que chacun lui connaît.</p><p>Il fut un temps ou la gauche dont je viens se battait pour offrir aux gens une vie meilleure. Défendait la dignité par le travail. Militait pour l'intégration par la langue et le respect de la patrie, de ses symboles et de ses principes. Elle voyait les gens comme des individus appelés à s'émanciper. Et non comme une clientèle de victimes servant à nourrir un fonds de commerce. Un temps où aimer la France et sa langue n'était pas encore... tendancieux !</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/759/pour-un-mouvement-des-reacs-de-gauche</guid>
	<pubDate>Sat, 13 Nov 2021 13:04:30 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/759/pour-un-mouvement-des-reacs-de-gauche</link>
	<title><![CDATA[Pour un mouvement des réacs de gauche !]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Il faudrait créer un mouvement des réacs de gauche. On ne serait pas nombreux mais on se sentirait moins seul.</p>

<p>À la différence du réac de droite qui ne s’est pas remis de Mai 68, le réac de gauche,lui,  pince du nez devant la victoire de l’Argent et des valeurs marchandes dans tous les domaines . Comme le réac de droite , c’est un aristocrate vieux con, mais qui voudrait être parfois désintéressé.</p>

<p>Le réac de gauche est catastrophé par la baisse du niveau de nos résultats scolaires parce qu’il croit que l’éducation est l’essentiel pour former un citoyen éclairé - il est d’ailleurs outré par l’écriture inclusive , les anglicismes du globish numérique ,tous ces massacres grossiers de la langue, notre vraie identité nationale. </p>

<p>Le réac de gauche n’aime pas non plus l’indignation morale. Non qu’il soit immoral, mais il se préoccupe d’efficacité , sait que la vie collective est affaire de rapports de force, de tours et détours et se méfie par dessus tout des culs bénis et autres peine à jouir des religions anciennes et nouvelles (qui ne disent pas leur nom), dont le but est d’assoir leur pouvoir sur les autres. </p>

<p>Le réac de gauche déteste aussi le ressentiment , la victimisation, l’obsession identitaire de l’époque : les injustices le préoccupent mais il croit en la responsabilité personnelle, pas à l’individu-roi comme un enfant . Il voudrait d’ailleurs que la justice redevienne l’objet du politique plutôt que cette volonté permanente d’imposition du Bien par la contrainte. </p>

<p>Le réac de gauche aime l’autorité de l’Etat c’est à dire de le respect d’une loi votée après délibération - il déteste les voyous, petites frappes et autres mafias . Mais il aimerait une démocratie plus délibérative et se méfie du bonapartisme comme du désordre gauchiste.</p>

<p>Bref c’est un ringard tout à fait inadapté à l’époque, voué à être minoritaire et à avoir le cul entre plusieurs chaises. Mais c’est ce qui fait sa fierté : réussir à ne pas (trop) se vautrer.</p>
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	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Thu, 11 Nov 2021 20:26:39 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Les marchés financiers - Création de valeur et destruction de valeur.]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Prononcé le 30 août 2001 - Déclaration de M. Jean-Pierre Chevènement, député du Mouvement des citoyens. </p>

<p>Les marchés financiers jouent un rôle aujourd'hui essentiel, mais vous n'attendez sans doute pas de moi que j'en fasse le panégyrique..<br />Il n'est pas non plus dans mon intention de les diaboliser. Le développement des marchés financiers, depuis vingt ans, a correspondu à des besoins objectifs de financement de la part des Etats et en particulier du Trésor américain, en raison du poids croissant des déficits budgétaires et de la dette.<br />Il fallait aussi assurer le financement de l'économie américaine par l'épargne japonaise et européenne. Le développement des marchés d'actions (Wall Street) s'est fait grâce à l'afflux de l'épargne américaine mais aussi des capitaux venus du monde entier.<br />La globalisation financière a été -faut-il le rappeler- l'objectif recherché avec constance par la politique des Etats-Unis, relayée par le FMI, l'OCDE et l'Union européenne, (libération des capitaux, désintermédiation et dérégulation bancaires, orientation de l'épargne vers les marchés financiers).<br />Les marchés financiers ont symbolisé, pendant les années quatre-vingt-dix, la confiance en l'avenir de l'économie américaine, il est vrai dopée par les dépenses militaires de l'Administration Reagan depuis le début des années quatre-vingts, dépenses concentrée sur le secteur des hautes technologies, qui sont la vraie cause de l'avance prise par les Etats-Unis sur l'Europe.<br />Pour être complet, il faut aussi souligner le rôle des marchés financiers dans les restructurations d'entreprises (fusions-acquisitions) et dans le financement des entreprises émergentes.<br />La croissance américaine n'a pas trouvé sa source à Wall Street, mais Wall Street a suivi, en apportant les capitaux nécessaires, notamment à travers les fonds de pension et les fonds de placements, dont l'apport en vingt ans a crû respectivement de 2000 et 3000 %. Les Fonds institutionnels des pays de l'OCDE gèrent des masses de capitaux d'un montant de 26.000 milliards de dollars en 1998. Les transactions financières sur les marchés financiers mondiaux, représentent aujourd'hui cinquante-cinq fois le montant du commerce mondial contre un montant supérieur d'un tiers en 1971 et dix fois plus important, en 1991, après le flottement des monnaies.<br />L'espace financier mondial qui s'est créé a évidemment sa loi de fonctionnement : c'est celle de l'actionnaire, et plus précisément celle d'un très grand nombre d'actionnaires minoritaires qui représentent les différents fonds de placement. Leur pression s'exerce sur les Etats. Rappelons-nous, il y a cinq ans, les déclarations de Hans Tietmeyer à Davos : " Les marchés financiers joueront de plus en plus à l'avenir le rôle de gendarmes des Pouvoirs Publics Les hommes politiques doivent comprendre qu'ils sont sous le contrôle des marchés financiers et non plus seulement des débats nationaux. "<br />Une pression encore plus considérable s'exerce sur les entrepreneurs au travers d'une exigence de retour sur investissement très supérieure à la croissance de l'économie mondiale.<br />I - Au cur de la globalisation financière, le concept de création de valeur.<br />Tout se passe comme si aujourd'hui la création de la valeur pour l'actionnaire était devenue le ressort de l'économie mondialisée. On applique à la valorisation des entreprises les principes utilisés pour les actifs financiers.<br />L'objectif est donc d'estimer les flux à venir. C'est ainsi que, selon les promoteurs de cette méthode, la création de valeur permet de mieux prendre en compte le long terme. Là se trouve une explication théorique aux opérations financières (OPA, OPE) qui, en fusionnant et en adossant les entreprises les unes aux autres, sont censées accroître leur valeur. Par une stratégie industrielle appropriée, les flux à long terme seront améliorés, ce qui accroît la valeur présente de l'entreprise et justifie le paiement d'un prix élevé par l'initiateur de l'offre.<br />Vous le savez, la version aujourd'hui la plus en vogue de la création de la valeur est appelée la valeur économique ajoutée, l'EVA (Economic Value Added). L'" EVA " est maintenant une marque déposée aux Etats-Unis. Sous diverses formes, elle est répandue sur la planète par les cabinets anglo-saxons de conseil en stratégie, notamment McKinsey et le BCG (Boston Consulting Group).<br />La finesse de la méthode consiste à définir comment retraiter les flux enregistrés en comptabilité pour aboutir à la valeur économique ajoutée. On obtient ainsi une succession d'EVA par année,, dont l'actualisation donne la MVA (Market Value Added) qui en est la somme. La MVA correspond dans le modèle au cours de bourse. Première observation : la création de valeur est définie par la théorie financière comme la seule création de valeur pour l'actionnaire.<br />L'EVA correspond au résultat d'exploitation moins les impôts et le coût des ressources financières (ressources propres et frais financiers). La création de valeur exclut ainsi explicitement la valeur travail.<br />L'investisseur boursier n'ira que là où la répartition est en passe d'être corrigée en faveur du capital pour obtenir ses fameux 15 % de ROE (Return On Equity).<br />II - Première observation, le concept de création de valeur pour l'entreprise accroît l'instabilité systémique des marchés.<br />1. Il y a une instabilité intrinsèque des mouvements de capitaux dans ce monde globalisé, sujet à des prophéties ou à des paniques autoréalisatrices, en proie à des comportements mimétiques, déjà décrits par Keynes, et accélérés aujourd'hui par les agences de notation. Dans ce monde, le marché valide des croyances, des " conventions ", comme le dit André Orléan. L'imitation est au cur de la rationalité " autoréférentielle " des marchés financiers.<br />Le marché financier mondial ne produit pas de rationalité collective. Il est un pouvoir d'évaluation dont la nature est avant tout médiatique. L'idée que les cours de la Bourse reflètent les fondamentaux des entreprises cotées est démentie par la réalité, comme on l'a vu avec l'effondrement récent du Nasdaq. En France la bourse a stoppé pendant seize ans, de 1962 à 1978 et si à long terme la progression est incontestable, on ne peut pas faire l'impasse sur l'Histoire (les deux guerres mondiales) ni sur un retour possible à l'Histoire. Le grand risque l'ANOMIE.<br />Il apparaît qu'il n'y a pas de finance autorégulée. L'action des Etats ou du FMI, comme prêteurs en dernier ressort, est une garantie fondamentale qui seule permet d'établir une nouvelle " convention " et par conséquent un nouvel équilibre.<br />2. Le concept de création de valeur accroît l'instabilité financière des marchés : En prétendant justifier la valeur boursière par la prise en compte du long terme, il accroît l'amplitude des réactions immédiates à la moindre modification d'informations au demeurant toujours très incertaines sur les perspectives à long terme. Cette sensibilité est techniquement mesurable au travers des PER (Price Earning Ratio) rapportant les cours de bourse aux bénéfices. Un PER de 20, bas de la fourchette des indices boursiers actuels, implique qu'une baisse de un euro des bénéfices entraînera une baisse de 20 euros du cours. Plus le PER d'une entreprise est élevé, plus la bourse reflètera la fluctuation de son cours. La capacité des marchés financiers à gérer l'incertitude propre au long terme a été invalidée par les expériences récentes, par exemple celle de la nouvelle économie (chute du Nasdaq de 65 % en un an) que j'ai déjà évoquée.<br />La minimisation des risques par les gestionnaires de fonds conduit les intervenants à diversifier leurs portefeuilles, ce qui accroît l'interdépendance des marchés financiers, mais aussi paradoxalement le risque systémique.<br />Or, le principal facteur de crise est lié au " panurgisme " obligé des intervenants. Un vaste mouvement de marché entraîne ceux qui sont à contre-courant à supporter des pertes latentes de plus en plus importantes, et finalement insupportables. Ils sont alors dans l'obligation de fermer leur position en accentuant le mouvement initial du marché. Ce phénomène de " stress " se diffuse aujourd'hui de plus en plus rapidement.<br />Le fonctionnement des marchés financiers contient donc en lui-même un facteur explosif. Le concept de création de valeur y contribue. Issu d'une critique des règles comptables, il paraît aujourd'hui susceptible de s'y substituer au travers du concept de " fair value " que les autorités comptables internationales (IASC - International Accounting Standard Committee) envisagent de généraliser pour les sociétés cotées. La fair value consiste à substituer à la valeur historique d'acquisition des actifs financiers enregistrés dans les comptes, leur valeur de marché, ce qui est supposé correspondre à la fameuse MVA. Dans ces conditions, c'est l'ensemble de l'économie qui vivrait au gré des aléas boursiers. L'Europe continentale, le capitalisme rhénan mais aussi la France, y sont hostiles et sont parvenus pour l'instant à différer cette décision.<br />L'instabilité intrinsèque des marchés, leur réactivité au court terme, les imperfections de l'information disponible, pèsent naturellement sur leur " efficience " théorique. Après avoir créé de la valeur, les marchés financiers peuvent aussi générer des destructions de ressources importantes.<br />Le Monde a publié une étude fort instructive sur douze fusions géantes. Ce sont huit cent milliards d'euros de valeur boursière qui se sont volatilisés. Le remboursement des dettes contractées, l'amortissement des coûts d'acquisition ont fait fondre le bénéfice par action. Depuis le rachat d'Orange, la capitalisation de France-Telecom a ainsi baissé de plus de 75 %.<br />Le concept de création de valeur peut favoriser l'instabilité du système. Aux Etats-Unis, jusque l'an 2000, l'inflation des actifs boursiers avait ainsi supplanté celle des produits, cependant que l'insuffisance d'épargne intérieure rendait nécessaire l'appel aux capitaux du reste du monde. La Réserve fédérale s'est trouvée démunie pour lutter contre ces effets pervers sans casser la croissance. Les difficultés actuelles de l'économie américaine illustrent l'impasse dans laquelle la prédominance des marchés financiers a engagé l'ensemble du système économique et financier.<br />III - Seconde critique plus fondamentale : le concept de création de valeur sape à terme toute idée de stratégie coopérative.<br />Censée intégrer le long terme, la théorie de la création de la valeur privilégie en fait l'incidence à court terme de choix ou d'éléments de long terme. Elle ne réduit pas mais aggrave la myopie comptable. Surtout elle élimine toute dimension collective. Elle méconnaît les solidarités les plus fondamentales et par exemple le fait que les salaires d'aujourd'hui seront les débouchés de demain.<br />Depuis vingt ans, l'Europe et les grands pays industriels tentent de gérer leurs contradictions dans le cadre de stratégies coopératives. L'idée maîtresse est qu'une action apparemment contraire à son intérêt peut néanmoins servir son initiateur si elle entraîne une réciprocité de la part de ses partenaires, qui sont autant des alliés que des concurrents. Cette problématique existe aussi au niveau des agents économiques. Le keynésianisme était une forme efficace de stratégie coopérative. Aujourd'hui, la création de valeur, en réduisant les références et les horizons au cours de bourse, sape les capacités coopératives des entreprises. Chacun se crispe sur sa gestion immédiate de création de valeur. Le long terme est pour chacun trop aléatoire pour justifier des sacrifices économiques ou sociaux immédiats. L'inhibition des stratégies coopératives qui résulte du concept de création de valeur est évidemment un élément considérable de destruction de valeurs à l'échelle collective.<br />L'exigence d'une rentabilité à 15 % n'est pas soutenable dans la longue durée. On observe d'ailleurs que celle-ci dans le passé récent a été obtenue plus par les plus values que par les dividendes (13 contre 2,8 % à Wall Street dans les années quatre-vingt-dix).<br />Le gouvernement d'entreprise (corporate governance) pénalise l'investissement à long terme, comme on l'a vu avec la récente crise de l'électricité aux Etats-Unis. Il crée un modèle de développement myope et foncièrement inégalitaire entre une minorité de gagnants et les trois quarts des salariés dont le pouvoir d'achat individuel -essentiellement constitué par les salaires- a plutôt tendance à stagner.<br />Le gouvernement d'entreprise ne répond qu'aux intérêts à court terme des Fonds de pension, essentiellement anglo-saxons qui n'ont guère de préoccupations industrielles ou sociales. Le concept financier de création de la valeur vise à leur donner une légitimité, mais la politique du monde -un monde réduit aux grands pays industrialisés, qui représentent l'essentiel de la capitalisation boursière- peut-elle se faire à la corbeille, comme aurait dit le général de Gaulle, ou plus précisément aujourd'hui sur les marchés financiers interconnectés ? Il y a là un grand danger pour l'avenir de nos sociétés.<br />La création de valeur pousse également à ce que soit réduit le poids des prélèvements publics qui obèrent l'EVA. Sans doute les services publics doivent-ils être gérés avec le souci d'améliorer leur efficacité, mais une dégradation des services publics et des équipements collectifs finirait par peser sur les performances des entreprises. Un équilibre est à trouver. Il ne peut résulter de la seule prise en compte de la création de valeur boursière.<br />S'il n'est pas dans l'intérêt à moyen ou long terme d'un pays de favoriser la bulle spéculative, ne serait-ce qu'à cause des risques liés aux effets de richesse, les écarts de capitalisation qui en résultent peuvent évidemment exposer les entreprises à des prédateurs étrangers. Le jeu des OPE, par la facilité qu'il implique -on paie contre du papier actions et non contre de l'argent- favorise inévitablement les entreprises surcapitalisées. C'est un risque majeur. Il y a une réponse de surenchère dans la course à la capitalisation. Elle participe de la bulle. Une autre voie, plus salutaire et raisonnable, consiste à décliner cette forme de compétition et à maintenir d'autres moyens d'endiguement des conséquences des déséquilibres d'inflation boursière d'un pays à l'autre. A cet égard, le récent rejet de projet de directive OPA par le Parlement européen est salutaire. Ce texte aurait exposé les entreprises européennes des pays à faible inflation boursière comme la France à n'importe quel prédateur boursier.<br />IV - Mettre les marchés financiers au service de la croissance.<br />La domination de la finance sur l'industrie et de la spéculation sur la production ne sont pas soutenables à long terme.<br />1. Le marché ne possède pas en lui des forces de rappel suffisantes pour rétablir un prix d'équilibre.<br />Pour stabiliser le système, étouffer les crises et rétablir la confiance, comme on l'a vu avec le rachat des Caisses d'Epargne américaines en 1991, avec les crises mexicaine en 1994, asiatique en 1997, russe en 1998, argentine et brésilienne aujourd'hui. Il a fallu alors des prêts massifs aux pays dits émergents, ou encore renflouer les fonds de placement en valeurs russes LTCM.<br />Ce sont les prêteurs publics en dernier ressort qui ont dû remédier à la myopie et à l'entraînement moutonnier des banques et des marchés. Il es donc normal que les Pouvoirs Publics veillent à assurer la transparence sur les marchés, empêchent les manipulations, bref assurent leur contrôle dans l'intérêt public et dans celui des opérateurs eux-mêmes.<br />2. Il est clair surtout que la prise de risques majeurs à très long terme ne peut être assurée raisonnablement que par les Etats.<br />Le capitalisme patrimonial ignore naturellement tous ceux qui n'ont pas de patrimoine. Il ignore plus fondamentalement les citoyens que nous sommes tous, irréductibles à l'homo oeconomicus de la théorie économique. Toute société a besoin que s'exercent les fonctions régaliennes, que soit assurée la cohésion sociale, que fonctionnent des services publics correspondant aux grands besoins de santé et d'éducation, ou à des monopoles naturels, disposant d'une assise territoriale (réseaux de chemins de fer ou d'électricité). Les grands programmes de recherche et de développement technologiques ne peuvent être lancés et financés dans la durée que par la Puissance Publique.<br />La compétitivité ne se réduit pas en effet à la somme des performances partielles des entreprises. La cohésion sociale et la qualité du système national d'innovation contribuent essentiellement à la création de richesses. Or, ce sont des phénomènes collectifs, tout comme la culture et l'éducation, l'apprentissage et la diffusion du progrès technique, l'acceptation raisonnable des risques technologiques qu'il appartient à la Puissance Publique de susciter par un débat responsable, permettant de dominer les peurs irrationnelles, dont est porteur un concept aussi peu rigoureux que le trop fameux " principe de précaution ". Tout cela procède d'un effort de la collectivité dans son ensemble et suppose la restauration d'une capacité de réflexion collective et d'action à long terme de la Puissance Publique et de l'ensemble des partenaires sociaux.<br />3. L'entreprise elle-même a besoin de la durée.<br />Concrètement, l'entreprise mérite mieux que la financiarisation qui la transforme en actif pur, dont il s'agirait de maximiser la valeur boursière. L'entreprise a besoin d'actionnaires stables et d'un management qui puisse inscrire son action dans la durée. Or, la part des non résidents dans le capital des entreprises françaises est devenu trop importante, passant, durant les années quatre-vingt-dix de 10 % à 35 % selon la Banque de France. La part des investisseurs étrangers atteindrait 50 % pour l'ensemble des sociétés figurant au CAC 40. De même, et le mouvement s'est accéléré ces dernières années, beaucoup de PME à fort potentiel de développement sont-elles aujourd'hui contrôlées par des capitaux étrangers. L'épargne française se place plus volontiers en obligations qu'en actions.<br />La situation de la France contraste de ce point de vue avec celle des autres pays industrialisés, où le taux de détention de la capitalisation boursière par les non-résidents est notablement plus faible : 11 % pour le Japon, 10 % pour l'Allemagne, 9 % en Grande-Bretagne, 6 % aux Etats-Unis. Il est vrai que la part détenue par chaque Fonds d'investissement est souvent très faible.<br />La fin du système de participations croisées expose cependant nos grandes entreprises au risque de prédateurs boursiers. Il est certainement souhaitable de faire remonter la part de l'actionnariat stable : la moitié des sociétés cotées au CAC 40 a un noyau dur inférieur à 30 %, quinze d'entre elles inférieur à 20 %, cinq inférieur à 10%. Cela peut se faire par rachat d'actions ou par le développement de Fonds d'épargne salariale qui peuvent intervenir dans la gestion dès lors qu'ils représentent environ 10 % de la capitalisation.<br />Cette situation a un inconvénient majeur : La subordination trop étroite des dirigeants aux actionnaires peut aboutir à des résultats profondément négatifs. L'amélioration du rendement boursier se fait en fonction de considérations à court terme, au détriment des investissements et des synergies à long terme. La valeur d'un dirigeant ne se résume pas à la publication des comptes semestriels, voire trimestriels, de son entreprise, et la gouvernance externe par le marché atteint vite ses limites. Le diktat des normes de gestion anglo-saxonnes sur les entreprises françaises est profondément destructeur des cultures d'entreprise et des solidarités sociales sans lesquelles une société démocratique ne peut vivre.<br />Le pouvoir dans les entreprises doit être exercé par des actionnaires stables, assurant soit directement la gestion de l'entreprise, soit un contrôle sur un directoire gérant celle-ci dans la durée. La prédominance des marchés financiers s'exerce souvent par des effets d'opinion. Cette logique conduit au mythe d'entreprises sans usines, et bientôt sans salariés, rejetant tous les problèmes sur les sous-traitants.<br />Il faut éviter un retour à l'archéocapitalisme du XIXème siècle qui ressusciterait des tensions d'un autre temps. Il faut pour cela reconquérir le capital de nos entreprises pour leur redonner toutes leurs chances de développement à long terme.<br />Au total, la " création de la valeur pour l'actionnaire " est un concept microéconomique qui n'a de signification que contextuelle. Ne confondons pas le besoin de liquidité avec le problème de développement économique, qui résulte de l'effort fourni par tous ceux qui travaillent et entreprennent. Les apporteurs de capitaux sont rémunérés en fonction d'une logique propre : le taux d'intérêt qui correspond à l'effort d'épargne et les dividendes que justifie la prise de risque.<br />La création de valeur proprement dite se réalise dans l'entreprise grâce à l'effort de tous ceux qui y travaillent, qui innovent, améliorent les processus de production et la qualité des produits, grâce aux chefs d'entreprise que vous êtes, auxquels incombent la responsabilité d'anticiper les tendances du marché, d'orienter la recherche et le développement technologique, d'organiser la production, de créer un climat social favorable au sein de l'entreprise elle-même. La création de valeur implique aussi une action à longue portée de l'Etat. Elle ne va pas non plus sans des services publics performants, je pense en particulier au système éducatif. Plus que jamais la France doit faire le pari de l'intelligence en fixant clairement à l'Ecole ses missions. L'élévation du niveau de formation et la qualification de notre main d'uvre est notre principal atout.<br />*<br />* *<br />Evitons donc les oppositions dogmatiques. Il n'est pas nécessaire de combattre les excès d'une économie administrative par un excès inverse qui serait la dictature des marchés financiers.<br />Il n'y a rien à gagner à opposer une conception purement créancière du monde à la citoyenneté, ensemble indissociable de droits et de devoirs, dont l'Etat, en tant qu'expression de la nation, communauté de citoyens, est le garant en dernier ressort. Non seulement encore une fois parce que les marchés ont besoin d'un principe extérieur pour surmonter leurs crises, mais bien plus encore parce que le développement économique à long terme a besoin de références stables. Pour que des normes et des objectifs collectifs suscitent l'adhésion de la collectivité et des partenaires sociaux, il est nécessaire qu'ils résultent d'un débat démocratique argumenté, sanctionné par le suffrage universel. On ne peut faire l'impasse sur les nations et sur la démocratie, dont elles sont le cadre, pour assurer un développement soutenable à long terme, sauf à prendre le risque de délégitimer profondément le mécanisme économique lui-même. L'économie de marché a besoin de la démocratie. Le principal danger qui guette le monde, c'est l'anomie, l'absence de règles. Sachons donc préserver la légitimité démocratique qui les fonde dans chaque nation. C'est dans le développement à long terme, inséparable des choix collectifs, auxquels les marchés peuvent contribuer, mais que seuls ils ne peuvent pas faire, que gît le vrai potentiel de création de valeur par les entreprises.<br />V - Assurer la croissance à long terme de l'économie française.<br />Je ne voudrais pas conclure sans dessiner quelques perspectives sur les conditions à réunir pour assurer la croissance à long terme de l'économie française, car là est la véritable création de valeur.<br />Notre pays, à partir de 2006, et l'Europe plus encore, vont devoir faire face aux conséquences d'une véritable implosion démographique qui posera le problème du financement de nos régimes de retraite et de notre protection sociale. Le taux de renouvellement des générations est descendu pour l'Europe à 70 %, (soit 1,45 enfant par femme).<br />La situation sera un peu moins mauvaise pour la France mais dès 2050 le rapport des actifs aux inactifs sera descendu de 2,5 à 1,5. La démographie est le problème essentiel qui se pose à la France et à l'Europe au XXIème siècle. Cette implosion démographique pèse lourdement sur l'avenir de la protection sociale. A cette question il n'y a de réponse solide et convaincante ni dans la mise en place des fonds de pensions, ni dans le développement de placements à l'étranger, dont la France, avec les emprunts russes, a déjà fait une fois l'expérience, ni dans le recours à l'immigration qui, dès lors qu'il deviendrait massif, poserait inévitablement le problème de l'intégration des nouveaux arrivants, dans le respect de nos valeurs et de nos lois, et par conséquent de la stabilité sociale.<br />En réalité, il n'y a de réponse adéquate à cette lancinante question que dans la démographie elle-même. Il convient de revoir le système de cotisations des retraites pour prendre en compte le nombre d'enfants élevés et de multiplier les possibilités de garde individuelle et collective permettant aux couples de satisfaire leur désir d'enfants (qui correspond à un taux de 2,3 enfants par femme), tout en permettant aux femmes qui le souhaitent d'exercer l'activité professionnelle à laquelle elles aspirent légitimement.<br />Plus généralement, c'est toute la politique familiale qui doit être repensée, afin de résoudre le problème de long terme qui se pose à la France, chaque pays européen ayant la responsabilité de prendre les mesures les mieux adaptées à sa culture et à son système social.<br />A l'horizon des prochaines années, l'économie française n'est pas dépourvue d'atouts. La population active progressera encore, toutes choses égales d'ailleurs, de 0,6 Millions d'ici 2010, tandis que le nombre des personnes âgées croîtra de 1,1 Million. Surtout, le nombre d'actifs employés en-dessous de vingt-cinq ans et au-dessus de cinquante-cinq ans est sensiblement plus faible en France que chez nos voisins européens (respectivement 28 % contre 51 % et 36 % contre 41 %). Si nous rejoignions la moyenne européenne des taux d'activité, la population active pourrait s'élever de 1,4 Million d'ici 2010.<br />Enfin, il subsiste en France un chômage résiduel de plus de deux millions de personnes, legs des années de stagnation et conséquence du choix de l'accrochage du franc au mark, plus particulièrement de 1991 à 1997. C'est le chômage qu'il faut continuer à résorber en priorité, avant de faire à nouveau appel à l'immigration qui n'est absorbable qu'à doses modérées (environ 100.000 par an).<br />Enfin la progression du travail féminin est appelée à continuer. Nous devons favoriser ce mouvement en desserrant les freins qui y font obstacle, notamment dans l'organisation de la vie quotidienne.<br />Au total, la population active française pourrait s'accroître d'environ 5 Millions de personnes dans la prochaine décennie à condition que soit menée une politique volontariste de croissance et de revalorisation du travail. Parallèlement un assouplissement de la législation sur les heures supplémentaires s'avérera nécessaire pour aider les entreprises à remédier à leurs difficultés de recrutement. Il subsiste donc des possibilités de croissance pour les entreprises françaises à partir des ressources humaines dont le pays dispose encore. Mais les années qui viennent doivent être impérativement mises à profit pour redresser le taux de natalité et assurer le renouvellement des générations. Avec 778.000 naissances en 2000, soit un taux de renouvellement des générations de 1,86, la France s'est rapprochée de l'objectif minimal (2,1). Si la France ne veut pas disparaître, elle doit donner l'exemple du redressement qui sera indissociablement démographique et économique.<br />Cela suppose, bien sûr, que par ailleurs l'action publique crée les conditions de la croissance dans deux domaines stratégiques. :<br />1) D'abord, s'agissant du cadrage économique global, il est impératif que l'euro reste compétitif et que son taux ne se relève pas sensiblement au-dessus du cours actuel. C'est une erreur de se réjouir de la remontée de l'euro. Le taux actuel favorise encore en effet la localisation des investissements en particulier ceux des grandes sociétés multinationales dans la zone euro.<br />Il faudra pour cela, et pour ne pas brider la croissance, que la Banque Centrale européenne revoie à la baisse ses taux d'intérêt. Le pouvoir monétaire a été imprudemment délégué à une Banque Centrale indépendante dont la seule priorité est la lutte contre l'inflation. Alors que la Federal Reserve Board considère qu'au-dessus d'un taux de chômage de 4 %, il n'y a pas de risque d'inflation la Banque Centrale Européenne se donne un taux de 11 % dit NAIRU (Non Accelerating Inflation Rate Unemployment) au-dessous duquel il y aurait danger d'inflation. Pour combattre ce dogmatisme il me paraît nécessaire que les entreprises se mobilisent en France, en Allemagne et dans le reste de l'Union Européenne, car cette politique d'argent cher et de croissance lente qui en résulterait saperait inévitablement leur position concurrentielle à long terme. Il y a là une véritable hérésie économique sur laquelle il faudra revenir, en renégociant au besoin le traité de Maastricht. A défaut, l'Europe risquerait de s'enfermer dans un cercle vicieux de malthusianisme : la remontée de l'euro conduirait au marasme économique et celui-ci, en réduisant encore la natalité rendrait irréversible l'implosion démographique, elle-même étouffant les ressorts de la croissance.<br />2) Le deuxième domaine dans lequel les Pouvoirs Publics doivent reprendre l'initiative est celui du développement technologique. C'est ainsi que les Etats-Unis ont accru leur avance sur le reste du monde depuis vingt ans.<br />Il est capital que nous portions notre effort de recherche à 3 % du PIB dans des domaines ainsi variés que les nouvelles technologies de l'information, les biotechnologies, l'énergie, notamment les réacteurs nucléaires du futur et la pile à combustible, la santé, les transports, l'agriculture et l'environnement, tout en maintenant notre effort de recherche militaire qui, sans nous engager dans l'inutile compétition du " bouclier anti-missiles ", doit nous permettre de maîtriser les technologies clés, en particulier dans l'espace et la simulation nucléaire.<br />Toute l'expérience du dernier demi-siècle en France, comme celle des Etats-Unis depuis vingt ans, montrent que l'initiative publique en matière de développement technologique est le terreau indispensable du développement économique futur et de l'émergence de nouvelles entreprises.<br />*<br />* *<br />Conclusion.<br />La création de valeur est une chose trop sérieuse pour être laissée aux théoriciens de l'économie mathématique. On ne peut parler de création de valeur que de manière globale.<br />La création de valeur est une notion qui ne peut s'apprécier que dans le contexte économique global, ne serait-ce que parce qu'elle n'est pas dissociable de sa répartition.<br />On ne peut donc faire l'impasse sur le débat démocratique pour obtenir l'acquiescement indissociable de la collectivité et des partenaires sociaux.<br />Les marchés financiers doivent être mis au service du développement et non pas l'inverse. La régulation des marchés financiers mondiaux sera inévitablement un des grands sujets de préoccupations dans les années qui viennent, avec toute une série de sujets-clés : maîtrise des fluctuation monétaires entre le dollar, l'euro et le yen, contrôle de la spéculation et en particulier des paradis fiscaux. Mais c'est un autre sujet. Mon propos aujourd'hui visait seulement à combattre les excès d'un nouvel intégrisme financier et à prôner, au contraire, les vertus du dialogue entre chefs d'entreprises et responsables politiques, dialogue nécessaire au maintien d'une grande ambition industrielle et technologique pour la France<br />(source http://www.mdc-france.org, le 07 septembre 2001)</p>
<p>013002537</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Thu, 11 Nov 2021 18:38:40 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Benjamin Sire : Pour combattre Eric Zemmour, il faut montrer le désastre de ses idées]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Combattre Zemmour ? C'est possible. Mais... </p><p>Mais pourquoi donc insiste-t-on à ce point pour reproduire sans cesse les mêmes erreurs dans cette perspective de lutte ? Celles qui, année après année, n'ont jamais permis de faire reculer les idées de l'extrême-droite, ni celles du patriarche Le Pen, pas davantage que celles de sa fille, pourtant juste héritière hédoniste et dilettante.  </p><p>D'ailleurs, ces idées, on ne les combat pas, on ne les mentionne même pas. On se contente de défiler en criant "no pasaran", en campant sur des postures morales, en faisant symboliquement barrage, en appelant au front (de moins en moins) républicain, en insultant la frange croissante des électeurs qui se laisse bercer par les sirènes de la haine. Et puis ? Bah, rien. </p><p>Alors qu'Eric Zemmour se présente en épouvantail de l'élection qui s'avance et qu'avec Marine Le Pen, le courant qu'il représente dépasse les 36% d'intentions de vote au premier tour, le même cirque recommence.  </p><p>On s'indigne des provocations du polémiste, qui sont posées sur la route de son opposition comme des pièges à souris dans un couloir étroit.  </p><p>Il s'amuse à pointer des journalistes avec un fusil d'assaut ? Une ministre tweete, la gauche pousse des cris d'orfraie, les spécialistes de l'armement s'indignent des manquements aux plus élémentaires procédures liées au maniement d'une arme, les analystes imaginent qu'il s'agit d'une erreur stratégique, alors que la France s'en moque comme de l'an quarante ou se marre de la frayeur de cette presse honnie par beaucoup.  </p><p>Lui, le roi de cette culture confiture que l'on étale quand on en manque, autant pour se rassurer que pour impressionner ceux qui ont le moins d'éducation, se plante dans les grandes largeurs à Rouen, y voyant le débarquement et la source de la légende de Jeanne d'Arc ? Les doctes ergotent sur la véracité des faits, ignorants pourtant que ces erreurs émaillent chaque propos du "Z". Les incultes ironisent, pour une fois qu'ils reniflent l'arnaque... On se gausse. Et puis ? Zemmour engrange. </p><p>Dans cette symbolique ville de Drancy, il enlève sa cravate et dévoile une femme plus ou moins complice, mais tout a fait victime des conséquences de ce buzz ? Les Sherlock Holmes de comptoir fouillent le passé de la dame, les autres l'insultent... Zemmour se marre. </p><p>Parce qu'encore une fois, les idées, la stratégie, le fait que le journaliste, pas encore officiellement dans la course, mais déjà parti trop tôt, ne fasse qu'occuper un terrain laissé vacant par certains, soit pas encore candidats (Macron, LR), soit candidats trop permanents (Mélenchon), soit candidats en rodage (Jadot, Hidalgo), ne semblent pas compter dans la frayeur des observateurs.  </p>
<p>Qui écoute vraiment Zemmour ?</p>
<p>Jusqu'à présent, le seul qui se soit confronté nationalement à l'extrême-droite sur le terrain du réel électoral est Emmanuel Macron. En 2017, ill avait réthoriquement giflé la candidate du Rassemblement national en lui mettant le nez dans son incompétence, mais également dans les impasses de son programme. Est-on obligé d'attendre que ce manège se reproduise pour réagir autrement qu'avec des pancartes et des tweets suintant de niaiserie bien intentionnée ? Doit-on attendre d'Emmanuel Macron, dont la tâche sera cette fois-ci moins aisée, qu'il terrasse l'hydre, alors même que parmi les opposants les plus sincères au fantasme zemmourien, nombreux sont celles et ceux qui n'ont pas davantage d'appétence pour l'actuel locataire de l'Elysée ? </p><p>Mais qui écoute vraiment Zemmour ? Qui, plus encore, l'entend ? Qui, hormis les potentiels électeurs séduits, l'on regardé dérouler sans contradiction sa litanie délétère lors de ses très longues interviews sur les sites alternatifs Thinkerview et Livre Noir, qui, toutes deux, ont dépassé le million de spectateurs ? Qui, plutôt que de lui jeter à la figure un pathétique "Vous ne servez à rien !", comme le fit il y a quelque semaines l'avocate Caroline Mécary sur Cnews, s'est intéressé à ce qu'il entendait par redonner à la France sa grandeur, qui semble être le fil conducteur de sa vision, comme jadis Boris Johnson, cornaqué par Dominic Cummings, promettait aux Anglais le "take back control" ? </p><p>C'est pourtant en regardant le sens et le référentiel global des promesses zemmouriennes que l'on envisage le désastre et que, peut-être, il devient possible de dissuader la majorité des Français de lui accorder leur vote. Parce que, comme nous le disions en préambule, derrière les envolées passéistes, les références permanentes à une Histoire fantasmée et pervertie, le reste n'est ni bien novateur, ni émancipateur et encore moins de nature à restaurer une quelconque grandeur, à moins que de se mettre au ban des nations représente un progrès à l'heure où la majorité des valeurs s'inversent et où les mots, en mode orwellien, sont vidés de leur sens. </p>
<p>Une reprise du programme de Fillon en 2017</p>
<p>Pour ce qui est de sa politique économique, domaine dans lequel ses compétences méritent d'être interrogées, Zemmour nous donne des bribes qui ressemblent terriblement à la reprise du programme de François Fillon en 2017. Peut-être est-ce là le sens de sa volonté d'exhumer le RPR, confirmée par ses propositions concernant l'automobile qui, elles, nous renvoient même presque à Pompidou, le chantre d'un tout bagnole qui avait son sens à l'époque, mais l'a définitivement perdu aujourd'hui. Au final, moins de fonctionnaires, baisse des impôts et des cotisations sociales, allègement des contraintes des PME, liquidation du droit du travail, protectionnisme relatif en externe, libéralisme appuyé en interne, réduction de la dette (comme tout le monde) et donc lutte contre "l'assistanat" par le rabotage des aides sociales mâtiné de préférence nationale. Bref, un bon vieux programme de droite avec quelques clins d'oeil à Marine Le Pen, mais surtout à Jean-Marie, dont il se rapproche par son libéralisme, tandis que sa fille essaye maladroitement de jouer la carte étatiste. Êtes-vous certains qu'à l'exception des traditionnels électeurs de droite, ce programme puisse obtenir l'assentiment des Français et notamment des classes populaires, qui, abandonnées par la gauche depuis la note Terra Nova de 2011, envisagent de soutenir un candidat d'extrême-droite en méconnaissance de cause ? </p><p>En matière d'écologie, c'est encore pire. Même si le nucléaire est à l'heure actuelle l'énergie la moins polluante, s'en contenter comme seule perspective, tout en mettant au rebut le renouvelable, consiste à rayer la question de toute analyse programmatique et de se laver les mains de la réelle crise climatique et environnementale. </p><p>Pour ce qui est du sociétal, nous avons compris que le polémiste en campagne convoque, outre le souvenir défraîchi du RPR, l'ombre tutélaire du général De Gaulle, ce qui est assez cocasse quand on se souvient combien l'homme de Colombey a fait pour l'immigration nord africaine, certes sous une forme de contrainte et face au manque flagrant de main-d'oeuvre après-guerre. Mais dans les faits, il lorgne surtout du côté de Viktor Orban, le Premier ministre hongrois, qui l'a reçu en grande pompe, accompagné de Marion Maréchal Le Pen, le 24 septembre dernier, après une première visite de courtoisie en 2019. D'ailleurs, toujours en retard d'un wagon dans cette pré-campagne, Marine Le Pen vient de lui emboîter le pas à Budapest, flairant le danger de laisser le leader magyar (qui se rit de sa nouvelle influence), ne danser qu'avec Zemmour. </p>
<p>Le camarade Orban ne plaisante pas</p>
<p>Orban, un modèle ? Non seulement plusieurs déclarations d'Eric Zemmour vont dans ce sens, le polémiste estimant que le leader hongrois est "un dirigeant qui défend l'identité de son pays, sa souveraineté et ses frontières" et qu'il lutte contre "la propagande totalitaire menée par le lobby LGBT (sic)", mais un petit sondage, sans la moindre valeur scientifique avouons-le, que nous avons réalisé sur Twitter auprès de ses potentiels électeurs avant d'écrire ses lignes, indiquait que pour 42% d'entre-eux c'était bien la politique menée à Budapest qui se rapprochait le plus de leurs souhaits. Pourquoi pas. Mais dans ce cas, il faudra justement faire définitivement une croix sur ce qui a fait la grandeur de la France, à commencer par son universalisme, déjà attaqué violemment par l'extrême gauche et les mouvances décoloniales et woke, son ouverture, sa promotion des droits de l'homme et ses promesses déjà écornées en matière de liberté, d'égalité et de fraternité. Certes ces valeurs sont déjà rejetées par une bonne partie de la véritable extrême-droite, mais si l'on considère la question des homosexuels, il faut se rappeler par exemple qu'aujourd'hui, le Rassemblement national est tout simplement le parti qui recueille leur plus grand nombre de votes. Or de ce point de vue, le camarade Orban ne plaisante pas. Dès sa seconde élection, en 2010, il a oeuvré pour réduire les droits de ses compatriotes LGBT, avant de rendre impossible toute forme de mariage entre personnes du même sexe ainsi que la reconnaissance civile de la transexualité et d'adopter, cette année, une loi prohibant toute forme de représentation ou de promotion de l'homosexualité, formule pouvant être interprétée très largement.  </p><p>En termes de laïcité, autrefois porté sur la chose, Viktor Orban a fait son aggiornamento depuis longtemps, et insiste lourdement sur les racines chrétiennes du pays, ayant même fait entrer Dieu dans la constitution magyare. Le corollaire de cette christianisation des institutions s'exprime logiquement par une multitude d'attaques contre le droit des femmes et, bien entendu, l'avortement dont le recours est déjà limité par plusieurs lois locales. Il va également de soi que le Premier ministre hongrois oeuvre pour museler la presse de son pays, ayant fait voter dès 2010 une loi, modifiée depuis, allant dans ce sens. C'est certes une bonne nouvelle pour les factieux de tous bords, mais rarement pour la démocratie, d'autant plus que de telles mesures s'accompagnent souvent d'autres tendant à réduire toutes formes de contre-pouvoirs, ce qui est le cas en Hongrie où le parti majoritaire, le Fidesz, est déjà hégémonique dans la direction de l'administration et des institutions.  </p>
<p>Dictature populiste à bas bruit</p>
<p>Il reste à parler d'immigration, la marotte commune de Zemmour et Orban, domaine dans lequel le Hongrois n'y va pas avec le dos de la cuillère. Luttant avec acharnement contre le fantasme du grand remplacement, il est partisan de la construction de murs pour interdire l'accès de son territoire aux migrants, tel qu'il l'a déjà fait à la frontière avec la Serbie, son objectif étant de "de mettre fin à l'immigration par tous les moyens". Bien qu'en la matière, la situation de la France et de la Hongrie ne peuvent être comparées, on se demande sérieusement le sort que souhaite réserver Eric Zemmour aux plus de 5 millions d'immigrés (n'ayant pas acquis la nationalité française) et aux autres millions de français d'origine étrangère présents sur le territoire et qui sont aussi dans son collimateur. Les expulser ? Les contraindre à aller à l'église et à changer de prénoms, faisant des Mohammed des Pierre et des Fatima des Marie ? Soyons sérieux cinq minutes. Est-ce vraiment de cette dictature populiste à bas bruit dont les Français voudraient ? Ne sont-ils pas, pour certains, juste aveuglés par leur désir latent de vengeance contre les élites et les corps intermédiaires, de la même manière que le polémiste est lui-même mû par ce sentiment, lui qui a raté deux fois l'ENA et n'a jamais été ni à son aise à Sciences-Po, ni dans les rédactions où il a oeuvré, où il s'est fait tant d'ennemis, imaginant que c'est son extraction (juive et populaire) qui était mise en cause alors que c'était son comportement machiste, renfermé et égoïste qui lui valait des contempteurs. </p>
<p>Pendant vaguement lettré d'Hanouna</p>
<p>En résumé, voter Zemmour serait donc réinventer le libéralisme à l'ancienne de François Fillon, ignorer la crise climatique, restreindre les droits des femmes et des LGBT, museler la presse et les institutions, envisager, tout en restant dans l'Europe, de s'asseoir sur ses principes à la manière des Polonais, si l'on en croit le peu de commentaires qu'il a livré à ce sujet. Serait-ce donc cela restaurer la grandeur de la France ? Certainement pas. Serait-ce vraiment cela que souhaitent les Français ? Même en parlant de réindustrialisation du pays, cette formule qui reste creuse quand on en explique jamais la méthode que l'on envisage pour y parvenir.  </p><p>Mais surtout, au regard des procédés qu'il emploie depuis le début de sa campagne virtuelle, Eric Zemmour, le nostalgique, le passéiste, est avant tout, malgré lui, un enfant de ce que les réseaux et l'infotainment font de pire. Il est le pendant vaguement lettré de Cyril Hanouna, multipliant les buzz grotesques, les provocations attrape followers et les manipulations discutables, comme il y a peu encore à Drancy. </p><p>Lorsque la campagne débutera vraiment, le choix de société qu'il envisage, entre gadget de com', libéralisme économique, autoritarisme sociétal, grenouilleries de bénitier, mépris de l'écologie, ignorance du social, racisme institutionnel et nous en passons, devra bien être mis en évidence pour que les citoyens fassent leur choix en toute transparence. Alors, si jamais ils allaient vraiment plébisciter la gueule qui promet de les mordre, qu'ils n'envisagent pas de se plaindre, ils auront été prévenus. </p><p>Mais nous ne croyons pas à cette fatalité, envisageant que le gag finira par être éventé, que les impasses et impossibilités que portent cette candidature seront à terme exposées au grand jour et que l'éditorialiste retournera à la case départ. Nous en faisons en tout cas le pari... </p>
<p><a href="https://www.lexpress.fr/lexpress-audio/?xtatc=INT-156" target="_blank"><br />L’application L’Express<br />Pour suivre l’analyse et le décryptage où que vous soyez<br /><br />*Benjamin Sire est compositeur et journaliste. Il est également membre du conseil d'administration du Printemps républicain.  </a></p>
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	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Sun, 07 Nov 2021 22:05:17 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Réseaux, Sarah Knafo, cathos tradis... &quot;Le Radicalisé&quot;, le livre évènement sur Eric Zemmour]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Dans les milieux politiques, Eric Zemmour fascine. Dans les milieux financiers, il intéresse. Les cercles catholiques ultras et influents l'adulent. Comment ce garçon timide d'origine modeste est-il devenu le nouveau héraut des "grands remplacés" et un probable candidat à l'élection présidentielle ? Ci-dessous, les bonnes feuilles de l'ouvrage "Le Radicalisé" (Seuil), par Etienne Girard, en exclusivité pour L'Express. </p>
<p>Le déclencheur Knafo</p>
<p>La réflexion revient souvent. Ses proches, qui l'ont connu débordant d'enthousiasme, ont la surprise de l'entendre soudain traîner un léger spleen en évoquant ses émissions. "Je l'ai trop fait..." Auprès de son éditrice Lise Boëll, il s'interroge comme jamais auparavant : "Qu'est-ce qui peut me faire vibrer ?" Pas les élections européennes, en tout cas. En 2019, il a refusé trois propositions pour s'y présenter. Pas question de perdre son statut parisien pour aller voter des amendements sur les quotas de pêche à Strasbourg. </p><p>La présidentielle, c'est autre chose. Elle demeure la seule élection qui intéresse les Français. Y figurer permet d'entrevoir la possibilité d'un destin, de figurer dans les livres d'histoire. Pour Zemmour, qui a été toute sa vie le scribe des aventures des autres, le rejeton maudit de l'élite, lui qui ne s'est jamais totalement remis de son échec à l'ENA, quelle revanche cela constituerait ! [...] Caresser l'idée semble toutefois lui suffire, car l'essayiste n'ignore pas les risques d'une telle entreprise. Dès qu'il se projette un tantinet, les obstacles paraissent trop nombreux. Patrick Buisson, qui a pourtant tenté de le convaincre de s'engager pour les européennes, fait désormais partie de ceux qui le découragent. "Relis la Bible, répète l'ex-conseiller de Nicolas Sarkozy. Un prophète ne peut pas être roi." Parfois, il suffit d'une personne pour dérégler un équilibre subtil, pour envoyer valdinguer un programme calibré. Dans la vie d'Eric Zemmour, ce grain de sable s'appelle Sarah Knafo. Ils se connaissent depuis 2007. Sarah Knafo a 13 ans, son père est un ami d'"Eric", qu'elle surnomme parfois "Z". Trente-cinq ans les séparent. Mêmes origines juives séfarades, même jeunesse en Seine-Saint-Denis, à Pavillon-sous-Bois pour la jeune femme. </p><p>L'essayiste lui inculque ses idées, lui fait réviser Sciences po avec succès, la pousse à présenter les concours administratifs. Il est le mentor et elle l'apprentie. "Eric, c'est un monstre", juge Sarah, admirative des aptitudes intellectuelles de son pygmalion. A 19 ans, elle indique sur son compte Twitter se considérer "séguiniste et bonapartiste", comme son maître, pose avec Le Père Goriot, de Balzac, le romancier fétiche du journaliste du Figaro. </p><p>A cette époque, Sarah adhère à Critique de la raison européenne, l'association souverainiste de l'IEP de Paris, à l'UNI, le principal syndicat de droite, à l'UMP, tendance musclée. Plusieurs de ses camarades, à qui elle parle de son lien privilégié avec le chroniqueur, comprennent qu'il s'agit d'un oncle, un bruit qu'elle se garde bien de réfuter clairement. Un jour que l'étudiante fait mine d'abandonner la préparation de l'ENA, "Z" la sermonne : "Tu ne vas pas faire ta crise d'adolescence maintenant !" Elle doit réussir là où il a échoué. Elle y parvient du deuxième coup, en 2016. Pendant l'examen, par souci de discrétion, elle a momentanément changé son nom sur Facebook, pour Sarah de Rubempré. Un hommage au héros balzacien qui obsède Zemmour, jusqu'à nommer ainsi sa maison d'édition à l'été 2021. </p><p>[...] Deux ans plus tard, quand elle sort de l'école pour rejoindre la Cour des comptes, un grand corps de l'Etat, son parrain en est subjugué. Sa protégée incarne la relève qu'il a toujours attendue. "Il y avait quelque chose de filial, puis notre relation s'est équilibrée", affirme souvent Sarah Knafo. Peu à peu, elle s'impose comme sa conseillère en lui préparant des notes chiffrées envoyées par e-mail avant ses émissions, ou en donnant son avis sur ses choix de carrière. </p><p>[...] Sarah rêve d'une candidature souverainiste de droite à la présidentielle. Elle aussi exècre Marine Le Pen, encore plus depuis qu'elle a découvert son compte Instagram dédié à ses chats. "Elle n'est pas habitée par la fonction présidentielle, elle n'est pas faite pour ça", en conclut l'énarque devant des amis. Le désir latent d'Eric Zemmour rencontre son énergie. A ses côtés, l'essayiste trouve peu à peu le culot de revendiquer un rôle qui n'a jamais été le sien. Surtout lorsque sa partenaire le provoque, avec toute l'insolence que son âge permet. "Tu ne penses pas que Natacha Polony serait une meilleure candidate que toi ?" lui fait-elle, un jour de juin 2019 au Bonaparte, le café qu'ils fréquentent à Saint-Germain-des-Prés. Zemmour bondit : "C'est n'importe quoi, moi je vais cliver la société sur l'islam et l'immigration, pas comme ces souverainistes de gauche !" </p><p>[...] Peu à peu, les résistances de Zemmour commencent à lâcher. [...] Lorsque, début 2021, une palanquée de trentenaires issus des réseaux de Philippe de Villiers et Christine Boutin vient le trouver pour se mettre à son service, le journaliste est mûr. Lors de la première réunion d'une douzaine de ses soutiens, le 6 avril, au domicile de Sarah Knafo, rue des Saints-Pères, à deux pas de Sciences po, il se dévoile, autour de parts de pizzas. "Je fais ma mue, et c'est grâce à vous que je vais faire ma mue", commence-t-il. Interrogé sur le sens de cette candidature, alors qu'il bénéficie d'un grand confort matériel dans sa vie d'éditorialiste, l'essayiste se lance : "J'y vais, parce que je suis fou." La phrase que tous attendaient pour y croire. [...] </p><p>Le 14 juillet, il réunit discrètement pour la première fois une cinquantaine de ses soutiens, leveurs de fonds, militants de Génération Z, un mouvement de jeunesse qui vient d'être créé, conseillers de l'ombre, à l'Espace Molitor, une salle de réception du XVIe arrondissement de Paris. Il y a un buffet, on passe de la musique, mais, avant, Eric Zemmour délivre son premier discours devant ses troupes. Il n'annonce pas formellement sa candidature, mais personne n'en doute plus. "Les élites intellectuelles ont perdu l'esprit de résistance, clame-t-il. Il faut que vous vous prépariez à devenir cette élite patriote. Nous serons sans doute les seuls à être contre le système." Théâtral, l'essayiste annonce la bataille de toutes les batailles : "Préparez-vous à la tempête." </p><p>La plupart des militants en sortent rassérénés, mais certains cadres ont noté qu'avant et après l'allocution, Zemmour est resté auprès de Sarah Knafo, ne bavardant qu'avec les personnes qu'elle lui présentait. Il n'a pas fait le tour de la salle pour discuter avec ses soutiens, dont certains le rencontrent pour la première fois. Un impair diplomatique sans conséquence quand on est journaliste, plus problématique venant d'un futur candidat à la présidentielle. En rentrant chez lui, un des participants se rend compte de la progression qu'il reste à accomplir pour faire de ce projet de bric et de broc une candidature crédible aux plus hautes fonctions : "Cette campagne, cela peut devenir quelque chose d'énorme ou cela peut devenir quelque chose de terrible." Cette source ne sait pas ce que dit alors Philippe de Villiers à plusieurs de ses interlocuteurs. L'ancien député européen d'extrême droite, ami d'Eric Zemmour, se tient en marge de l'initiative. Il a remarqué la mainmise de Sarah Knafo sur le dispositif, y voit un vice rédhibitoire : "Ils se fascinent l'un l'autre. Ça finira mal." </p><p></p><p>Le radicalisé, par Etienne Girard, aux Editions du Seuil (octobre 2021)</p><p>Seuil</p>
<p>Les réseaux</p>
<p>Réunification au restaurant libanais. Ce vendredi 2 juillet 2021, un bataillon de 23 personnes s'engouffre dans une taverne du XVe arrondissement de Paris, spécialisée dans les mets du pays du Cèdre. Autour de la table, il y a une ancienne candidate à l'élection présidentielle, Christine Boutin, 1,19 % des voix en 2002, un ex-postulant à la primaire de la droite en 2016, Jean-Frédéric Poisson, 1,45 % des suffrages. Et Eric Zemmour. L'objectif de ce déjeuner est de sceller une alliance entre Via, le nouveau nom du Parti chrétien-démocrate, fondé en 2001 par l'égérie des catholiques conservateurs, et les réseaux du polémiste, en vue de la présidentielle. Le moment a quelque chose d'un Yalta de la droite hors les murs. On se jauge, on se dévisage discrètement, mais l'ambiance reste conviviale. Poisson, le président de Via, a fait venir 15 membres de son bureau politique, parmi lesquels Paul-Marie Coûteaux, un des meilleurs amis du journaliste du Figaro, et François Martin, le président de l'association des anciens de HEC actifs dans la géostratégie. Zemmour a convoqué son comité exécutif, sorte de conseil restreint de ses six conseillers les plus importants, dont l'incontournable Sarah Knafo. </p><p>Dans le grand partage envisagé, Eric Zemmour a vocation à devenir le candidat de l'alliance à la présidentielle, tandis que Jean-Frédéric Poisson est pressenti pour devenir le patron de la commission d'investiture aux législatives. Autant dire le grand organisateur du futur mouvement. Ainsi, le christianisme politique se retrouvera au coeur de cette nouvelle droite que Zemmour veut bâtir. [...] </p><p>La plupart des conjurés s'en cachent à peine : la candidature Zemmour, quoi qu'il advienne, doit être l'occasion de purger à la fois le problème Les Républicains, trop mous, et le péril Marine Le Pen, qui vampirise 20 % des voix au premier tour tout en paraissant incapable de s'imposer au second. Dans le scénario où le journaliste du Figaro ne l'emporterait pas en 2022, cette aventure doit au moins permettre de faire perdre la présidente du Rassemblement national, pour reconstruire ensuite un mouvement conservateur plus proche de leurs valeurs. "Soit on sauve la France, soit on sauve la droite", résume parfois Antoine Diers. [...]  </p><p>Dans le plus grand secret, le journaliste bénéficie aussi des conseils de personnalités de premier plan, séduites par son profil intello et ses idées sur l'immigration. De potentiels ministres en puissance. Depuis que Paul-Marie Coûteaux les a présentés, dans un restaurant du boulevard Saint-Germain, en mars 2019, Zemmour s'est beaucoup rapproché de Pierre Brochand, directeur de la DGSE, les services secrets français, entre 2002 et 2008. "On échange quasi quotidiennement", reconnaît l'éditorialiste de CNews quand nous l'interrogeons, en septembre 2021. Le maître espion né en 1941, ancien ambassadeur de France en Hongrie, en Israël ou au Portugal, est persuadé que l'immigration incontrôlée peut "remettre en cause la paix civile", c'est-à-dire provoquer la guerre civile, comme il l'a expliqué à une table ronde de la fondation Res Publica, en juillet 2019. Lorsque nous lui demandons par SMS s'il rédige des notes sur l'immigration, la sécurité ou la géopolitique pour Eric Zemmour, Pierre Brochand nous envoie un lien de son intervention à Res Publica, avec le commentaire suivant : "Pas vraiment nécessaire de rédiger des notes." Zemmour confirme aussi correspondre régulièrement sur sa possible candidature avec Henri Proglio, l'ancien PDG de Veolia et d'EDF. "Ils se sont rencontrés cette année et se sont tout de suite très bien entendus", ajoute leur ami commun Loïk Le Floch-Prigent. Le grand patron s'est déjà rendu rue des Saints-Pères. Il s'agit là en quelque sorte d'un retour aux sources pour l'industriel, animateur non encarté du Groupement de recherche et d'études pour la civilisation européenne (Grece), un groupe de pensée d'extrême droite, à HEC à la fin des années 1960, puis participant occasionnel aux premières réunions du Club de l'Horloge, un cercle de hauts cadres militant pour l'union des droites, à partir de 1974. </p>
<p>Groupies tradis</p>
<p>Pour se rendre au lieu de rendez-vous, Eric Zemmour a choisi de remonter la rue Athénas, une perpendiculaire à la rue Voltaire, où se trouve la librairie Dobrée, dans le centre de Nantes. Ce 10 décembre 2014, le polémiste y donne une dédicace de son dernier livre, Le Suicide français. Itinéraire délicieux, puisque le journaliste peut découvrir, de loin, la longue file d'attente qui serpente sur le trottoir. Une centaine d'admirateurs l'attendent. Sur son passage, chacun se retourne, des dames âgées saluent leur héros, plusieurs cris d'encouragement retentissent. "Bravo, Eric !" lancent deux hommes aux tempes grises près de l'entrée, en applaudissant. L'ovation se répand immédiatement dans la queue. Cette arrivée ressemble à un triomphe. </p><p>Personne, et pas même les caméras de France 2 venues couvrir l'événement, n'a prêté attention au jeune homme en costume qui escorte l'écrivain. A 29 ans, François-Xavier d'Hautefeuille dirige les éditions Diffusion de la pensée française, mieux connues sous le nom de Chiré. Créée en 1966 par son beau-père Jean Auguy, cette société est considérée par le chercheur Jean-Yves Camus comme "le plus important diffuseur par correspondance d'extrême droite en Europe". Véritable institution dans les réseaux catholiques traditionalistes, elle revendique une ligne "contre-révolutionnaire", c'est-à-dire opposée à la doctrine des Lumières et aux droits de l'homme, assume d'Hautefeuille. Dans le sillage de Charles Maurras, le fondateur de l'Action française, maître à penser absolu du groupe, Chiré relaye par exemple la thèse d'un complot franc-maçon à l'origine de la Révolution de 1789, sur lequel l'abbé Augustin Barruel a écrit un pavé de 1 200 pages. </p><p>L'éditeur se veut surtout particulièrement friand de signatures obsédées par les juifs, au point que René Monzat, auteur avec Jean-Yves Camus d'une longue enquête sur les droites nationales et radicales, a vu dans l'entreprise un "trait d'union entre la droite antisémite des années 1930 et la montée du Front national". Sur son site Internet, on retrouve la plupart des livres de Robert Faurisson, l'universitaire condamné pour négationnisme, ceux de Pierre Pascal, inspecteur général à la radio du gouvernement de Vichy, ou encore, pour 8 euros, Les Juifs maîtres du monde, un recueil de textes commenté par l'essayiste Léon de Poncins, dont la couverture montre un homme au nez crochu. [...] </p><p>Cette excursion dans une des places fortes de la France "catho tradi" n'a rien d'un hasard. Pour cet opus, son premier livre original depuis son exclusion d'On n'est pas couché, Eric Zemmour s'est adjoint les services d'une nouvelle attachée de presse, chargée de faire rencontrer un nouveau public à l'auteur. Pas n'importe lequel. Isabelle Muller dispose de puissants réseaux, tout particulièrement chez les catholiques les plus à droite. En 1998, cette fervente croyante aux pommettes saillantes, toujours apprêtée, se fait connaître en coordonnant une pétition de maires contre le Contrat d'union sociale (CUS), l'ancêtre du Pacs. En parallèle, elle exerce des fonctions de vice-présidente de l'Association pour la promotion de la famille (APPF), fondée en 1994 par deux responsables de l'Opus Dei, une organisation rattachée au Vatican, missionnée pour défendre les intérêts de l'Eglise. Isabelle Muller va devenir la communicante attitrée en France de l'association, connue pour entretenir le secret sur l'identité de certains de ses membres haut placés. [...] Dans les années 2000, elle se rapproche naturellement de Philippe de Villiers, le fondateur du Mouvement pour la France, qui en fait sa principale conseillère pour la communication. Le gérant de parc d'attractions la recommandera vivement auprès d'Eric Zemmour : "Prends-la, c'est la meilleure." [...] De nombreuses conférences, sur ce modèle hybride dont Eric Zemmour raffole, mêlant dédicace, exposé et questions-réponses, sont organisées un peu partout sur le territoire. Chaque fois, Isabelle Muller s'en occupe. "J'ai choisi les déplacements en fonction des gens que je connaissais, de mon réseau, des salles", nous confirme-t-elle. [...] A Bordeaux, le 5 mai 2015, Eric Zemmour devise devant plus de 500 personnes à l'Athénée, le centre de conférences situé à deux pas de l'hôtel de ville. [...] Comme une rock star aux petits soins avec ses fans, le journaliste est allé leur délivrer un message d'amitié sur le parvis, derrière les barrières de sécurité. Personne ne s'interroge sur le sexagénaire au physique de sosie de Claude Guéant qui lui posait des questions sur la scène. Bernard Pascaud dispose pourtant d'une petite notoriété. [...] Ce militant monarchiste est le président de Restauration nationale, un mouvement fondé en 1955 sur les cendres de... l'Action française, le parti de Charles Maurras, royaliste et xénophobe, connu pour avoir fomenté une tentative de coup d'Etat, le 6 février 1934. [...] Eric Zemmour sait faire rosir de plaisir son nouveau public. Dans ses conférences, qu'il anime devant une assemblée toujours plus fournie, il aime à répéter cette phrase qu'il attribue à Chateaubriand : "Vous détruisez le christianisme, vous aurez l'islam." Lors d'une conférence au Chesnay, dans les Yvelines, le 15 avril 2015, le voilà interrogé par l'abbé Pierre Amar, prêtre du diocèse de Versailles, très actif dans le mouvement de la Manif pour tous. "Il me manque, dans ce que vous dites, une dimension verticale, spirituelle, qu'en pensez-vous ?" demande l'ecclésiastique. Le journaliste opine : "On est passé à l'hostilité absolument délétère au christianisme. On est passé à la négation de la culture chrétienne de la France. Nous avons remplacé une authentique religion et spiritualité de haut vol par un millénarisme post-chrétien droit-de-l'hommiste qui est absolument de bas niveau. Sur ces ruines naît l'anarchie, l'anomie." La salle n'en finit plus d'applaudir. Ce soir-là, la rencontre est animée par Jean-Marie Le Mené, un militaire devenu magistrat à la Cour des comptes, par ailleurs président de la fondation Jérôme-Lejeune, opposée à l'avortement, et membre de l'Académie pontificale pour la vie, qui dépend du Vatican. Lui aussi est un proche d'Isabelle Muller, qui collabore souvent à la revue de la fondation. </p>
<p>Viré de L'interallié</p>
<p>"Je vous adresse tout mon mépris". Ce 8 mai 2019, Eric Zemmour éructe. On vient de l'humilier sévèrement, et tout cela pour une affaire de slip de bain. "J'ai dû lui expliquer que son attitude ne correspondait pas aux codes du Cercle de l'Union interalliée", nous raconte Denis de Kergorlay, le président de ce club huppé situé rue du Faubourg-Saint-Honoré, à une minute de l'Elysée. Pendant deux ans, le polémiste a tenté d'intégrer ce saint des saints de la bourgeoisie parisienne, fondé par le maréchal Foch en 1917. [...] En mai 2017, il fait acte de candidature [...]. Le jury qui l'auditionne est emballé, mais Denis de Kergorlay souhaite mettre à l'épreuve l'impétrant. Il lui propose de donner une conférence dans les locaux de l'Interalliée, une prestation qui ouvre droit à six mois d'accès aux installations du club, ses magnifiques salons du XVIIe siècle, avec bibliothèque de 15 000 livres, moulures, plafond haut et tableaux de maître, son superbe jardin à la française, mais aussi ses équipements sportifs. Eric Zemmour adorerait en bénéficier. Depuis quelques années, il a pris l'habitude de nager tous les matins. La piscine couverte du complexe, refaite en 2010 et équipée de saunas, de jacuzzis ainsi que de hammams, fait se pâmer le Tout-Paris. Surtout, elle se trouve à huit minutes à pied de son domicile. Le rêve. Le journaliste tope pour la conférence, qui doit être consacrée aux six premiers mois de la présidence Macron. </p><p>[...] L'annonce de l'adhésion imminente du polémiste, tapissée sur les murs des vestiaires de la piscine et au bar, comme le veut le règlement, suscite une première fronde. Charles-Henri Filippi, l'ex-patron de HSBC France, désormais associé-gérant chez Lazard, accompagné d'un grand diplomate en exercice, démarche Denis de Kergorlay pour faire annuler la procédure. "Il n'a pas l'esprit Interalliée", soutiennent-ils. Les deux parrains de l'éditorialiste, introducteurs statutaires sans qui aucune candidature n'est possible, se rétractent. </p><p>S'ouvre alors une période de méli-mélo typique du monde si feutré des clubs parisiens. Le président décide de temporiser. Il a pris en sympathie le salarié du Figaro, qu'il croise plusieurs fois par semaine dans les locaux du club. Ne fait-il pas partie, après tout, des intellectuels français en vue ? Il le laisse dépasser le stade des six mois sans rien dire. Kergorlay lui cherche en parallèle deux nouveaux parrains, à trouver parmi les adhérents qui apprécient l'oeuvre du journaliste. Renaud Girard, le chroniqueur géopolitique du Figaro, et Alexandre Orlov, l'ex-ambassadeur de Russie en France, acceptent la mission. Le premier par amitié pour son collègue, le second parce qu'il partage largement la vision de la France de l'essayiste. Seulement, entre-temps, Eric Zemmour s'est mal comporté. Un adhérent s'est plaint de ses exposés politiques dans les vestiaires. Pendant que tel ou tel haut fonctionnaire se relaxe, il débat à voix haute, n'hésite pas à invectiver ses interlocuteurs comme on le ferait sur un plateau de télévision. "Eric Zemmour a fait du prosélytisme dans les vestiaires, un membre du club s'est plaint", nous confirme Denis de Kergorlay. </p><p>[...] Cette fois, plus de doute possible, Zemmour n'a pas sa place, conclut le président du Cercle de l'Union interalliée. [...] Il envoie un SMS à l'intéressé pour lui faire part de la décision définitive du club, confirmée par un comité de direction. L'accès à la piscine devra naturellement lui être retiré. Zemmour répond immédiatement, furieux : "Je ne suis pas déçu mais écoeuré. Je n'ai jamais eu l'intention de transformer le Cercle Interallié en foire d'empoigne. J'ai toujours été discret et réservé dans les locaux du Cercle. Je considère que vous êtes le premier responsable de cet échec", explose-t-il. S'ensuit un développement menaçant empli d'une rage froide. "Quant à mes adversaires, ils incarnent exactement ce que disait le général de Gaulle à Peyrefitte sur la bourgeoisie qui avait choisi Vichy : "Pour pouvoir continuer d'aller dans leurs dîners en ville, ils sont prêts à tout même à sacrifier la patrie." Je vous autorise à leur transmettre mon jugement. En vous disant ce que j'ai sur le coeur, je vous rends le service insigne de croire que vous avez eu bien raison d'écarter un excité. Sachez que vos délibérations soi-disant dignes sont empreintes d'une lâcheté et d'un aveuglement qui vous feront honte dans quelques années". [...] </p><p>Avec le recul, Kergorlay, propriétaire d'un château en Normandie, pense avoir réveillé une blessure pas tout à fait guérie chez le journaliste : "Ce qui l'intéressait à titre principal, c'étaient les équipements sportifs, mais pas seulement. Il y avait quelque chose de plus symbolique derrière." </p><p>Le Radicalisé (Seuil), 224 pages, en librairies le 28 octobre. </p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/753/droitisatisation-fais-moi-peur-par-gael-brustier</guid>
	<pubDate>Sun, 07 Nov 2021 22:01:02 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Droitisatisation, fais-moi peur !, par Gaël Brustier]]></title>
	<description><![CDATA[
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<p class="article__item article__item--para article__item--para-first">Depuis plus de dix ans, la droitisation du débat public et de la société française est devenue un sujet. Ce phénomène est à resituer dans un contexte qui dépasse l'addiction de notre pays à l'immédiateté. Le terme employé est à resituer dans un contexte social et idéologique précis, celui issu notamment des attentats du 11 septembre 2001. Parmi d'autres, beaucoup des avocats du tournant néoconservateur de la famille "républicaine" ont mis en lumière la faillite d'un républicanisme aussi incantatoire qu'impuissant. Cristallisé par la suite autour de la revue Causeur, ce "national-républicanisme" s'est fait agent de la droitisation. Qu'est-ce à dire ? </p><p class="article__item article__item--para">La droitisation est un phénomène paradoxal. Des enquêtes d'opinion démontreront que les Français demandent des mesures sociales, c'est-à-dire "de gauche". Tout cela est bel et bon. Or, si tout cela est vrai, la conversation avec lesdits Français amène à se plonger dans leur univers mental et à constater que rien n'est simple. Surtout pas leur vision du monde. Avant la crise de 2008, le Tea Party et évidemment Trump, Ross Douthat et Reihan Salam avaient, en tant qu'intellectuels conservateurs américains, conclu que le peuple des Etats-Unis était majoritairement favorable au welfare state, mais... géré par des conservateurs. Le paradoxe est décidément maître de la vision du monde de nos sociétés. Les items "de gauche" ou "de droite" dans les enquêtes sont à mettre en perspective. La contradiction est inhérente à la construction de sa vision du monde par chaque individu. La clef de voûte de la droitisation est bien la peur du déclin de l'Occident, une peur qui irradie dans toute la société, sous des formes sophistiquées ou dégradées. </p><p class="article__item article__item--para">L'effondrement du "consensus social-démocrate" à la fin des années 1970 est à l'origine de la droitisation. Stuart Hall, l'éblouissant intellectuel succédant à Gramsci, a décrit à merveille le "populisme autoritaire" de Thatcher. Le thatchérisme et son frère le reaganisme n'ont pas été qu'un programme politique, ni une suite de mesures, ils ont recomposé les univers mentaux de tous les pays occidentaux. </p>
<p><a href="https://abonnement.lexpress.fr/offre/catalogue/digital/mensuel/?xtatc=INT-85-%5Bcatalogue_digital_2mois1e_mensuel%5D&amp;egn-publisher=autopromo-site&amp;egn-name=catalogue-digital-2mois1e-mensuel_inread-article" class="article__item article__item--inread abo-inread abo-inread--rentree" target="_blank" rel="noopener" readability="26"><br /><br /><br /><p>Offre limitée. 2 mois pour 1€ sans engagement</p><br /><br /><br /><p>Je m'abonne</p><br /><br /></a></p>
<p class="article__item article__item--para">A la source de cette révolution conservatrice qui n'en est pas vraiment une, il y a donc l'idée d'une véritable unité d'un Occident confronté à son immédiat déclin et à des menaces imminentes, analysées, comprises ou fantasmées. On peut ainsi comprendre les succès de Geert Wilders, du FPÖ en Autriche, de l'AfD en Allemagne, du FN/RN en France, de la Lega ou de Fratelli d'Italia dans la péninsule Italienne comme les symptômes d'une anxiété continentale face au "déclin de l'Occident". Surtout, l'idée de déclin a envahi le débat public. Tout n'est devenu que causerie autour du déclin.  </p><p class="article__item article__item--para">Entre nostalgie amnésique et obsession mémorielle, notre pays semble régresser et ne voir son histoire qu'à travers le prisme du bien et du mal. La vérité historique, si nécessaire, est liquidée. Il n'est pas étonnant que les enfants politiques de Salan prospèrent sur ce chaos mémoriel qui cannibalise le travail des historiens. Le prisme décolonial procède de la même logique : l'instrumentalisation de la mémoire à des fins politiques contestables. Zemmour exploite le malaise mémoriel jusqu'à plus soif. Il s'agit d'une rente morbide. De même, certains polémistes qui, vingt ans plus tôt, dénonçaient les libéraux-libertaires au motif qu'ils faisaient le jeu du libéralisme, sont les adeptes désormais du libéral-conservatisme.  </p><p class="article__item article__item--para">Le déclin de l'Occident est une idée qui envahit le débat public en s'adaptant chaque fois à la sociologie et à l'histoire politique du pays concerné. L'affaiblissement des social-démocraties, les insuffisances des gauches radicales, la plasticité des droites de gouvernement et l'absence de définition d'une vision du monde rassemblant des groupes sociaux divers mais tous inquiets nourrissent la "droitisation".  </p><p class="article__item article__item--para">Ce qui se déroule aujourd'hui sous nos yeux n'est pas le fruit d'un esprit machiavélique, c'est aussi le résultat de vingt ans de brutalisation des codes du débat comme de l'action publique. Dix ans avant Trump, Stephen Mennell, un des plus brillants disciples de Norbert Elias, avait prévu dans The American Civilizing Process, l'un de ses livres les plus brillants, que la décivilisation initiée par les néoconservateurs aurait des conséquences terribles. </p>
<p><a class="js-inread-url sgt-inread__wrapper" data-url-mobile="https://app.adjust.com/2etjhj1_35lrfb3" href="https://www.lexpress.fr/lexpress-audio/?xtatc=INT-156" target="_blank" readability="2"><br /><p>L’application L’Express</p><br /><p>Pour suivre l’analyse et le décryptage où que vous soyez</p><br /><br /><p>Télécharger l’app</p><br /><br /></a></p>
<p>Sur le même sujet</p><p class="article__item article__item--para">L'idéologie de la crise, c'est la peur du déclin de l'Occident, et à celle-ci s'ajoute, par en haut, une brutalisation des codes de nos sociétés. Dans cette perspective, la droitisation apparaît en quelque sorte comme l'adjuvant de la décivilisation. </p>
<p>Les plus lus</p>

<p>Opinions</p>
<p>Chronique</p>
<p>par Aurélien Saussay, chercheur à la London School of Economics, économiste de l'environnement spécialiste des questions de transition énergétique.</p>
<p>Chronique</p>
<p>Frédéric Filloux</p>
<p>Economie</p>
<p>Emmanuel Lechypre</p>
<p>Chronique</p>
<p>Nicolas Bouzou</p>
]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/747/voici-ce-qu%E2%80%99il-se-passe-reellement-avant-et-pendant-une-emission-de-%E2%80%9Cdebat%E2%80%9D</guid>
	<pubDate>Thu, 04 Nov 2021 20:51:16 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Voici ce qu’il se passe réellement avant et pendant une émission de “débat”]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Des « Informés » de France info aux émissions de Public Sénat, j’ai croisé essentiellement, pendant plusieurs années à participer à ces “débats”, des gens étroits d’esprit, manipulateurs et qui ne travaillaient pas leur sujet. Mais plus ennuyeux encore : j’y ai vu comment le débat public autorisé était maintenu dans un cadre idéologique très strict où il est impossible de parler de classe dominante, de propriété ou d’égalité sans passer pour un fou. Et ce, même avant l’arrivée dans les studios. Entre 2015 et nos jours, j’ai participé à ces émissions en essayant d’en changer un peu le ron ron quotidien. J’en ai déduit qu’il n’y avait pas besoin, hélas, d’un Vincent Bolloré pour rendre notre télé imperméable à toute idée un peu critique, voici pourquoi :</p><p>Comment se retrouve-t-on à la télévision, à débattre en direct de grandes questions d’actualité, donnant son avis sur les sujets qui concernent la vie des gens ? C’est assez simple et ça n’a rien à voir avec votre valeur, votre « expertise » ou votre honnêteté intellectuelle. Bien au contraire. Tout d’abord, il faut avoir publié quelque chose, être journaliste ou appartenir à une institution un tant soit peu prestigieuse. Une première précaution, peut-on penser, encore faudrait-il qu’on soit nécessairement intelligent ou compétent lorsque l’on est journaliste, universitaire, politologue ou sociologue. Rien n’est moins sûr. Ce qui est sûr en revanche, c’est que statistiquement ce filtre est d’abord social, puisque les diplômés en France sont majoritairement enfants de cadres et professions intellectuelles supérieures. Ce qui explique pourquoi près de 70% des gens que l’on voit à la télévision, selon le CSA, sont issus de cette catégorie sociale. Et qu’aucun ouvrier ne donne jamais son avis sur des sujets qui les concernent pourtant au premier chef.</p>
<p>Des sujets de débat envoyés 1h à l’avance</p>
<p>Les premiers concernés ne sont jamais présents dans les émissions de débat car le journaliste qui produit une émission de débat veut des “experts”, “neutres” car pas “directement concernés” par l’actualité dont ils vont discuter. Une fois votre premier passage dans une émission réussie (vous n’avez ni bégayé, ni insulté le présentateur, ni vomi de stress : bravo), votre numéro transite de journalistes en journalistes et un boulevard s’offre à vous. Pas grand monde n’ira vérifier qui vous êtes vraiment, ce que vous avez vraiment publié (les journalistes ne lisent généralement pas les livres). C’est ainsi qu’à 26 ans, alors que j’étais encore doctorant en sociologie et militant d’extrême-gauche sur mon temps libre, j’ai reçu mon premier coup de téléphone pour un passage média prévu le lendemain sur le plateau de LCI. Grosse pression ! Lors du premier contact, les producteurs sont toujours extrêmement vagues : “vous interviendrez à 19h10 pour parler de la désaffection des jeunes pour la politique / pour débattre de comment réenchanter la démocratie / de la hausse du déficit public / du trou de la sécu”. Combien de temps, pourquoi, avec qui ? Vous le savez rarement à l’avance.</p><p>Cela va sans dire, l’émission aura lieu à Paris. Il est frappant de constater que lorsqu’un journaliste vous appelle, ayant trouvé notre numéro dans son listing « contacts sociologue / gens de gauche », il part du principe que vous habitez dans Paris intra-muros. Depuis que je suis revenu vivre dans ma région d’origine et que je le signale, je recueille le plus souvent un silence surpris de mes interlocuteurs. Ce filtre géographique est évidemment un filtre social : qui vit et travaille dans Paris intra muros ?</p>
<p>Face à l’éditorialiste Anthony Bellanger en 2018, qui estimait que les “privilèges” des cheminots étaient une atteinte à l’égalité et que cela choquait “les Français”. Lui, évidemment, était tout à fait neutre et objectif sur le sujet.</p>
<p>Le lendemain, 1h avant l’émission (si vous avez de la chance); vous recevez les informations manquantes : les sujets abordés, les invités avec qui vous allez débattre… Si vous avez un métier à temps plein, comme c’était mon cas, vous avez une dizaine de minutes à la pause pour griffonner quelques idées avant l’émission, et googliser les autres invités pour savoir à qui vous avez affaire. Cette situation, je l’ai connue systématiquement pour l’émission « les informés » de France Info (TV et Radio), qui porte très mal son nom puisque vous êtes invité quels que soient les sujets. Qu’importe qu’il s’agisse de foot, de hausse du prix du kérosène ou du programme de Jean-Luc Mélenchon : vous êtes un « informé ».</p>
<p>Des conditions de travail dégradées qui favorisent le règne de l’expert bourgeois professionnel</p>
<p>Pourquoi de telles énormités sociales dans l’organisation d’une émission de débats ou d’idées ? D’abord parce que plus personne ou presque ne réfléchit à ce que cela signifie d’organiser des débats télévisés sur des sujets de société. On enseigne aux étudiants en école de journalisme de rechercher des gens qui ont une “hauteur de vue”, sous-entendu bac+5, sous-entendu bien nés et qui ne subiront pas ce qu’ils prônent. On ne va quand même pas faire venir un smicard pour parler du niveau des salaires ? Non mais sans blague.</p><p>Une fois votre premier passage dans une émission réussie, votre numéro transite de journaliste en journaliste et un boulevard s’offre à vous.</p><p>Ensuite, les conditions de travail des préparateurs et préparatrices d’émission nourrissent la logique générale qui favorise ces biais sociaux et politiques. Parfois soumis au rythme éreintant d’un débat à organiser par jour, les journalistes (que l’on appelle dans le jargon des “programmateurs”) sont les “petites mains” des animateurs sur plateau, et ne peuvent souvent se permettre beaucoup d’audace dans le choix des invités. Ce qui est recherché, c’est un invité que l’on peut prévenir la veille pour le lendemain voire, ça m’est déjà arrivé, 3h à l’avance (“bonjour Monsieur Framont, êtes-vous disponible pour venir débattre ce soir sur le thème “l’antiracisme est-il le nouveau racisme ?””). Il vit donc à Paris. Ensuite, il est rodé à l’exercice, souple et adaptable, il a une théorie sur tous les sujets. Bref, c’est un prêt à débattre, ou ce qu’on appelle, dans la profession, les gens “déjà dans le taxi”. </p>
<p><a href="https://www.valeursactuelles.com/clubvaleurs/politique/paul-melun-le-reac-de-gauche-qui-entend-peser-en-2022/"></a><br />Paul Melun, 27 ans, a construit sa carrière sur la participation aux émissions de débat. “Entre deux plateaux qu’il fréquente de plus en plus, chez Eric Brunet ou Pascal Praud, l’essayiste rallie sa demeure depuis Paris dans un vieux coupé sport, sa seule folie”, <a href="https://www.valeursactuelles.com/clubvaleurs/politique/paul-melun-le-reac-de-gauche-qui-entend-peser-en-2022/">nous raconte Valeurs Actuelles,</a> fan de son look de Drago Malefoy.</p>
<p>En toute logique, celles et ceux que l’on voit le plus dans les émissions de débat dédient une partie de leur vie à ça. Certains le font en entrepreneur individuel professionnel, comme Thomas Guénolé qui déploie son numéro de “sociologue quantitativiste” et propose une nouvelle théorie politique tous les six mois. Passer à la télé fait vendre ses bouquins, vendre ses bouquins le fait passer à la télé… Il y a ensuite des gens qui sont rémunérés par des “think tank”, eux-même financés par des bourgeois qui défiscalisent tout en soutenant les idées qui leurs sont chères. C’est grâce à leur générosité que vous trouverez à longueur de semaine des Gaspard Koenig (du think tank “Génération Libre”), William Thay (think tank “le Millénaire »), ou encore Paul Melun. Ce dernier est un bon exemple de la façon dont le système médiatique de l’invité “déjà dans le taxi” permet une ascension fulgurante sur la base de rien. Habitué de RTL, tous les jeudis sur LCI, régulier de Pascal Praud, il a créé son think tank (“Souverains demain!”) pour obtenir un titre et venir déverser une pensée souverainiste (prétendument de gauche, vraiment de droite) qui s’écoule avec fluidité dans les cadres convenus du débat.</p><p>Les débatteurs professionnels savent s’adapter aux contraintes des journalistes, non par empathie syndicale mais pour être sûrs de demeurer le “bon client” à qui l’on pense immédiatement quand on n’a que quelques heures pour planifier le débat du lendemain.</p>
<p>Petite causerie entre copains</p>
<p>Si vous n’êtes pas un expert professionnel rompu au petit cérémonial de la télévision en direct, vos problèmes commencent déjà quand vous montez dans le taxi que la production vous a envoyé. Par réflexe, vous acceptez. Les transports en commun étant ce qu’ils sont et les émissions le plus souvent en direct, le retard n’est pas envisageable. De plus, vous faites ça gratuitement, alors ça vaut bien un trajet gratuit en tacos, merde ! Le voyage en taxi vous plonge dans l’univers ouaté de la bourgeoisie télévisuelle. Vous passez directement de chez vous au studio de l’émission, et votre seul contact socialement éloigné de vous sera le chauffeur. Ce qui explique d’ailleurs pourquoi nombre de journalistes et experts des plateaux télés citent l’avis de leur taxi ou VTC pour appuyer leurs propos : ils sont sans doute les seuls travailleurs à qui ils ont parlé dans la journée. </p><p>Après cet intermède luxueux et calme, l’arrivée dans les studios relève de l’épreuve de force sociologique quand vous ne faites pas partie de ce monde. Tout d’abord, il faut savoir que l’immense majorité des sièges de télévision et radio se situent dans l’ouest de la capitale, c’est-à-dire dans le XVIe arrondissement (Radio France), le XVe (France Télévision), Boulogne-Billancourt (TF1)… Tout est situé dans les quartiers les plus riches de la région parisienne. Autant dire que si vous arrivez à pieds, gueux que vous êtes, le choc sera rude. Vous comprenez d’office, au milieu des costumes, des tailleurs et de quelques baskets blanches, qu’on ne rêve pas ici de justice sociale.</p><p>Les débatteurs professionnels savent s’adapter aux contraintes des journalistes, non par empathie syndicale mais pour être sûrs de demeurer le “bon client” à qui l’on pense immédiatement quand on n’a que quelques heures pour planifier le débat du lendemain.</p><p>Pour ma part, en général, c’est une productrice enjouée qui vient me chercher dans le hall. Elle vous annonce l’arrivée imminente des autres invités et vous invite à passer au maquillage sans attendre. Car oui, tout le monde est maquillé à la télévision. En quelques minutes, vous ressemblez aux présentateurs irréels de BFM TV. C’est le moment egoboost de la soirée : on n’imagine pas comme le fond de teint de télé peut faire des miracles, faisant disparaître vos cernes, vos insomnies… mais pas votre stress, qui se précise à mesure que l’heure de l’entrée en plateau approche.</p><p>Frénétiquement, vous consultez vos notes, tel un élève de 3e avant l’interro de math. Les premières années, je me rendais à ces émissions avec un grand cahier où j’avais pris des notes, entourant de grands chiffres chocs, un stylo, quelques articles imprimés sur les sujets abordés. C’est une habitude que l’on finit par perdre : dans le petit salon attenant au studio, aucun des trois invités avec qui je vais débattre n’a de note. Chacun vient les mains dans les poches et durant le temps qui nous sépare de l’émission, pas grand monde n’évoque les sujets qui seront abordés. « C’est sur quoi déjà ? », demandait régulièrement un éditorialiste de droite invité récurrent des Informés.</p>
<p>Sur Public Sénat, la journaliste a un rôle essentiel : vous regardant en hochant la tête, elle appuie votre propos et lui donne de l’intérêt. Un froncement de sourcil, une interruption de sa part et hop, votre début de raisonnement sur l’impact du patriarcat sur l’inégalité professionnelle est aspiré dans le néant</p>
<p>Vous voilà face à vos adversaires. Si vous êtes un sociologue de gauche, voire marxiste, et que votre but est de rendre justice à la classe laborieuse en passant à la télévision pour parler de sa réalité, le combat commence maintenant. Mais le format est on ne peut plus déstabilisant. Autour d’un petit café, vos adversaires politologues de Science Po, rédacteur en chef de Challenges, journalistes au Figaro se racontent leurs vacances. Ils s’apostrophent joyeusement car ils se voient presque tous les jours, parfois deux fois dans la journée sur un plateau différent. Durant ce moment de gêne, vous avez tout le loisir de constater que vos chaussures sont élimées et sales et que les souliers à 600€ de vos adversaires brillent comme une Audi neuve. J’ai d’ailleurs fini par comprendre que les bourgeois avaient au moins 15 paires de chaussures. Avec ma seule paire estampillée « ville – émission de télé », à fortiori à 75€, j’étais hors-jeu.</p><p>Il faut venir déjà radicalisé dans ce genre d’émission. Sûr de vos positions, de vos connaissances, de vos « chiffres », de votre place dans la société et assumant votre appartenance de classe. Je n’avais pas cela, à l’époque où je jouais le jeu en me disant qu’il était nécessaire qu’une parole un peu anticapitaliste existe à la télévision et où une partie de moi-même rêvait encore d’être reconnu dans le petit monde intellectuel parisien. On m’écrivait pour me remercier de mes interventions, mes amis m’encourageaient, ma grand-mère regardait même si la politique ne l’intéresse que peu, mais une fois dans ce petit salon j’étais plus seul que jamais. Car oui, la « neutralité » et « l’équilibre » des émissions de débat requièrent un invité de gauche pour trois de droite, c’est quasi systématique. </p><p>Naturellement, la « gauche » que l’on vous demande d’incarner est à responsabilité limitée. Même avant d’entrer sur le plateau, vous faites face à cette réalité : les invités sont tellement bourgeois, pro-patronaux et de droite (même ceux qui sont étiquetés « de gauche ») que si vous arrivez à placer « classe sociale », « politique de classe » ou « partage des richesses » vous serez le boss des boss. Beaucoup d’énergie pour, au final, pas grand-chose.</p>
<p>Tous Pourris ? Non, tous bourgeois</p>
<p>Être témoin des petites discussions en off des invités avant et après l’émission est l’occasion de bien comprendre une chose : pour ces gens-là, la politique et « l’actu », c’est un jeu. Autour d’un café ou d’une bouteille de Vittel et, après l’émission, d’un verre de vin, ils discutent d’untel qui a dit tel truc, de truc qui a parlé d’untel et surtout spéculent, spéculent et re-spéculent sur ce qu’untel fera, dira, s’alliera et surtout qui gagnera la prochaine présidentielle. « Ah bon tu penses que Rousseau va rester derrière Jadot ? Moi j’aurais dit que non  » ai-je entendu dernièrement, « Entre nous, Bertrand, il est grillé, il devrait parler avec Pécresse« . Le ton est le même que pour commenter un épisode de Game of Thrones. Avec encore moins d’intensité dans la voix, parce que dans leur vision de la politique, personne ne meurt. Normal : la population n’existe pas. Les morts au travail, les malades dans les hôpitaux, les résidents des EHPAD ne font pas partie de leur existence et ils ne partagent pas de commune humanité. Pour eux ce sont des foules, des chiffres, des apparitions fugaces dans un reportage France 3 Régions. Car on parle bien de gens qui n’ont croisé aucun travailleur à part les agents de nettoyage qu’ils ont snobés et la maquilleuse avec qui ils auront échangé trois mots, s’ils n’ont pas passé l’intégralité de la séance les yeux rivés sur leur smartphone.</p><p>Politiquement, ce joyeux moment de convivialité vous permet de découvrir la supercherie : ces gens qu’on va faire “débattre” sont globalement tous d’accord entre eux. Ils se connaissent, se croisent pendant leurs vacances, ont des amis communs, et qu’ils travaillent à l’Obs (« de gauche ») ou au Parisien (“neutre de droite”) ils pensent grosso modo la même chose de la société. Tous pourris ? Non, tous bourgeois (ce qui est, d’un certain point de vue, la même chose).</p>
<p>Il y a parfois de « bons » adversaires, respectueux de vos différences et avec qui un débat de fond est possible. C’est le cas de Thierry Fabre, rédacteur en chef de Challenges. Le cadre du débat lui reste entièrement favorable. Illustration par Antoine Glorieux.</p>
<p>Ce qu’ils détestent ? Tout ce qui est à leur gauche (Mélenchon, Rousseau, Poutou…) et “les musulmans” qui sémantiquement parlant remplacent parfois “les arabes”. Cela peut sembler caricatural, mais je n’ai jamais pu prononcer le nom du candidat de la France insoumise devant ces gens sans recevoir de leur part un petit rictus méprisant, quand il ne s’agissait pas simplement d’un soupir exaspéré. « Mélenchon ? ça ne prendra pas« , me lançait dans l’ascenseur un « expert » de Science Po six mois avant la présidentielle de 2017, où le candidat avait obtenu tout de même 20% des voix.</p><p>Comment agir avec eux ? Rester poli, sourire de leurs conneries ? Participer à leur petit jeu d’anticipation politique ? Si vous avez un tempérament spontané de bon garçon poli, comme c’était mon cas, ça risque de vous arriver. Si en plus vous trouvez ces bourgeois un peu extravertis, polis (avec vous, pas avec l’agent de nettoyage noir évidemment), vous risquez de vous amollir. Rester aux toilettes tout le long de la petite causerie entre éditorialistes et « experts » est encore le mieux. Désormais, quand il le peut, mon camarade Selim Derkaoui m’accompagne et nous échangeons des regards amusés face à la morgue bourgeoise ambiante. Mais sans organisation préalable, il est fort probable que lorsque vous entrez sur le plateau, votre détermination, votre confiance et votre sérénité en prennent un coup, contrairement à vos interlocuteurs qui, les joues roses de plaisir, rient encore de leur dernier gossip.</p>
<p>Règle numéro 1 : jouer les observateurs désintéressés</p>
<p>Jingle, annonce des thèmes du débat. Parfois, sur « les informés », ce ne sont pas les mêmes que ceux annoncés 1h plus tôt par sms. Qu’importe, on est “informés”, non ? Commence alors une petite valse que vous connaissez bien si vous zappez de temps en temps sur BFM, LCI ou Public Sénat : nous jouons à donner nos avis comme des experts neutres et froids alors que tous les participants savent dans le fond qu’il s’agit d’un débat tout à fait politique. Mais plutôt que de dire qu’on ne veut pas rétablir l’ISF parce qu’on ne veut pas de partage des richesses, on dira que « telle étude a montré un effet notable sur l’investissement ». </p><p>Plus courant encore, plutôt que de dire qu’ils sont pour une politique répressive en matière d’immigration, parce que les migrants ça fait chier, les “experts” vous diront que « les Français » sont très inquiets du péril migratoire et du risque islamiste, et qu’il faut les entendre ! Si “les Français” ne jouent pas le bon rôle, par exemple en s’opposant majoritairement à une réforme des retraites, il faudra leur opposer la Raison et dire que “les Français” doivent “entendre la vérité » qui est qu’il faut travailler “plus longtemps”. Bref, vous qui n’avez rien demandé, sachez que dès qu’ils peuvent, ces gens vous mobilisent pour appuyer des idées qui sont pourtant les leurs.</p><p>C’est un débat très politique mais il faut faire comme si c’était un débat très technique. C’est le principe même de toute idéologie : plutôt que de faire comme si votre position en était une, vous faites comme si elle était un « principe de réalité », “le résultat d’une étude” ou “ce que disent les sondages”. Bref, n’assumez jamais que c’est vous, Jean-Louis Du Gonthier, éditorialiste au Parisien/l’Obs/Le Figaro qui voulez la fin de l’ISF, mais bien « les études » ou « les Français qui savent bien que ». Le réflexe de survie est de s’adapter à cette logique commune et de devenir alors un contre-expert, ce qui n’est pas difficile puisque ces gens n’ont que leurs préjugés, approximations et fausses informations (“les Français travaillent le moins en Europe”, “le trou de la sécu est abyssal”, “le Code du travail empêche d’embaucher”…) pour arguments. Sauf qu’en entrant dans leur jeu, vous devenez nécessairement moins offensif et moins percutant.</p><p>“Pourquoi tu prends l’accent bourgeois quand tu passes à la télé ?”. Cette question taquine posée il y a quelques mois par mon ami Benoît, ex-rédacteur en chef et cofondateur de Frustration, a de quoi m’ébranler. Et pourtant, je sens bien qu’à jouer le sociologue méthodique qui contredit les méchants libéraux en s’habillant comme eux (en plus mal), je perds un peu de ma personnalité au profit de la leur. Récemment, sur Mediapart, j’ai enfin dit, “je ne sais pas ce que pensent les Français mais moi c’est ça que je pense”, rompant avec la posture en vigueur. Ca fait un bien fou, et je parle ainsi comme je parle dans ma vraie vie, sans accent bourgeois. Mais en le faisant, je m’extrais aussi complètement du petit collectif de professionnels qui se trouve autour de moi. Au risque de décrocher du débat.</p><p>En somme, tout est fait pour que les personnes physiques et matérielles autour de la table, qui ont des intérêts financiers, des convictions politiques et une appartenance de classe soient gommées. C’est une règle tacite du jeu auquel vous assistez et tout contrevenant s’expose à des sanctions. </p><p>C’est ce qui m’a valu un « clash télé » mémorable avec l’acteur et réalisateur Mathieu Kassovitz sur le plateau de Frédéric Taddeï “Interdit d’interdire” sur RT France. Jugeant écoeurant le spectacle de cette personnalité du showbiz se livrant à une succession de reproches et de leçons de lutte aux Gilets jaunes, je lui ai dit que si ça se trouve, il payait l’ISF avant sa suppression et qu’il était donc mal placé pour juger la pertinence revendicative du mouvement social. <a href="https://www.dailymotion.com/video/x6yvwd8">La rage dans laquelle cette phrase l’a alors</a> mis en dit long sur cette règle simple : ne jamais évoquer les intérêts matériels de vos interlocuteurs. En France, lors d’un débat télévisé, il faut toujours faire comme si les personnes autour de la table étaient des observateurs désintéressés de la vie publique, qui n’ont pas plus de goût ou d’intérêt pour une présidence Macron que pour une présidence Mélenchon, ce qui est évidemment entièrement faux.</p>
<p>Règle numéro 2 : ne pas défendre l’abstention, ne pas parler de classes sociales</p>
<p>Autre position absolument interdite : expliquer ou défendre l’abstention électorale. Le présupposé de tout débat télévisuel et de la majeure partie des journalistes français c’est que nous vivons en démocratie, que voter c’est très bien et s’abstenir c’est très mal. On accepte que vous donniez des explications sociologiques si elles sont misérabilistes et prononcées sur un ton navré. Il s’agit de répondre à la question « comment ramener les électeurs aux urnes », et surtout pas « les urnes n’ont-elles pas si peu de sens que la majorité des gens s’en détournent ? ».</p>
<p>Quand vous êtes un acteur occupé à donner des leçons de révolution à des prolétaires et qu’on vous parle de votre ISF.</p>
<p>Comment surviennent les sanctions ? D’abord, vous pouvez ne plus être réinvités. Les producteurs cherchent des « bons clients », c’est-à-dire des gens capables de parler vite et bien et éventuellement de mettre un peu d’ambiance. Clairement, on me faisait venir pour « pimenter le débat », j’étais le sextoy que ces bourgeois à la vie sexuelle routinière s’offraient de temps en temps pour se faire peur quand le mot « justice sociale » était lâché. Le plus souvent, c’est le plateau tout entier qui exprime sa réprobation sur le moment : raclement de gorge, soupir, regards méprisants, rires le plus souvent. J’ai eu droit à de systématiques « jeune homme », « mon jeune ami » de la part d’éditorialistes chevronnés. Et ce, même après avoir passé le cap fatidique de la trentaine. Être révolutionnaire, pour ces gens-là, c’est nécessairement être coincé dans une éternelle adolescence et vous le faire sentir est une façon basique mais efficace de vous discréditer. </p><p>L’animatrice ou l’animateur reste le véritable arbitre de la respectabilité du débat. Quand vous dites quelque chose qui reste dans les bonnes convenances du débat bourgeois, il vous relancera avec chaleur. Si vous vous écartez de ces règles, que vous défendez l’abstention, que vous parlez de propriété et de patronat, il ne vous relancera tout simplement pas ou vous coupera carrément pour passer la parole à un autre intervenant : game over. Votre message restera suspendu dans les limbes du flux télévisuel et disparaîtra à jamais.</p>
<p>S’organiser pour exister</p>
<p>« Il faut aller dans les médias porter une parole différente de la doxa néolibérale ». Ce mot d’ordre a du sens car je ne crois pas qu’on puisse réussir à porter dans la société des idées de justice sociale au moins, de révolution sociale au mieux, en snobant les grands médias. Et ce, tout en favorisant le développement de médias dits “alternatifs” qui, comme Frustration et quelques autres, utilisent leurs propres canaux de diffusion.</p><p>Mais ce n’est pas un rôle qu’on peut assumer en franc-tireur. Jouer ce jeu-là nécessite des conditions matérielles en préalable : vivre en région parisienne ou se rendre à Paris régulièrement (et donc être en mesure de se payer un billet de TGV, <a href="https://www.frustrationmagazine.fr/prendre-le-tgv-inoui-un-voyage-semantique-et-sensoriel-au-coeur-du-macronisme/">pardon, de “InOui”</a>). Occuper un emploi avec une liberté horaire, qui ne soit ni physique ni trop fatiguant. Il faut pouvoir vous libérer à 17h, filer chez vous vous changer. Si vous avez le trac, votre journée sera fichue et votre nuit passée à ressasser les arguments que vous n’aurez pas sortis sera mauvaise. Oubliez également votre soirée avec votre ami.e, amant.e, amoureux.se. Revenir chez soi survolté, trop maquillé et en colère de n’avoir pu caser que quelques banalités sociale-démocrates n’est pas le gage d’un moment de qualité, je vous le garantis.</p><p>Quelles sont les professions des gens qui excellent dans les émissions de débat ? Rédacteurs en chef, journalistes, politiciens, employés d’un institut de sondage, universitaires… Salarié d’un parti politique, c’est par exemple le cas de David Guiraud, porte-parole de LFI et extrêmement efficace face à l’offensive idéologique zemmourienne. Ce sont des professions concentrées en région parisienne qui ne comportent pas de travail manuel et où l’on dispose d’une liberté horaire. Le graal est sans doute de devenir intervenant régulier d’une émission, comme les deux dirigeants du magazine Regards, Pierre Jacquemain et Pablo Pillaud-Vivien, mais il faut supporter le rythme et la difficulté des angles imposés.</p>
<p>David Guiraud (LFI), toujours prêt à se farcir les pires angles d’émission, en toute décontraction.</p>
<p>Il y a quelques exceptions : Anasse Kazib, désormais candidat de Révolution Permanente à la présidentielle, cheminot, était chroniqueur aux “Grandes Gueules” (RMC). Il portait la parole des travailleuses et travailleurs et ne faisait aucune concession aux angles de l’émission – très droitière et très bourgeoise sous couvert d’être « proche des gens ». Il en a été viré en 2020, victime de son franc-parler (pour une émission qui s’appelle les « Grandes Gueules » c’est cocasse). Suite à mon passage à l’émission « A l’air libre » de Mediapart, nous avons échangé sur comment faire passer des idées anticapitalistes dans les médias mainstream. </p>
<p>Anasse Kazib, champion du retournement de la rhétorique bourgeoise des patrons “créateurs de richesse”.</p>
<p>Les réponses n’ont rien d’évidentes, mais une chose est sûre : pour infiltrer les médias bourgeois et y faire passer la parole de la classe laborieuse, la bonne volonté et le courage ne suffisent pas. C’est toute une organisation dont on aurait besoin, avec cette fonction-là : envoyer le plus possible d’ouvrières, d’employés, d’indépendants, de chômeurs, de précaires dans des émissions faites par et pour des bourgeois. Se demander comment on s’habille, mettre en commun des exemples, chiffres, argumentaires. Mais aussi se donner de la force avant et après l’émission.</p><p>Il ne faut certainement pas surestimer l’importance de ces chaînes dites de “débat”, qui utilisent ce format d’abord pour faire des économies sur leur masse salariale en virant des journalistes et en les remplaçant par la masse de personnages décrits tout au long de l’article. Gonflée artificiellement par les réseaux sociaux qui relaient et s’indignent des polémiques qui s’y créent, les chaînes dites “d’information en continu” méritent-t-elle qu’on y mette de l’énergie à lutter ? <a href="https://www.lefigaro.fr/medias/audience-tv-les-chaines-d-info-a-un-niveau-record-20211004#:~:text=BFMTV%20conserve%20la%20t%C3%AAte%20du,hausse%20de%200%2C1%20point.">2.2% de part d’audience pour CNews</a>, mais des médias alternatifs qui montent, notamment sur YouTube.</p><p>En racontant certains pièges et chausse-trappes des émissions de télé, qui existaient déjà avant que Vincent Bolloré ne rachète et réorganise de nombreux médias pour faire passer la parole fasciste aux heures de grandes écoutes, j’espère avoir contribué à l’élaboration d’une nouvelle stratégie.</p>
<p>Nicolas Framont</p>
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	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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