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	<title><![CDATA[Signet Loupe: Juillet 2021]]></title>
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	<description><![CDATA[]]></description>
	
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	<pubDate>Wed, 21 Jul 2021 20:25:12 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Extension du passeport sanitaire : une mesure inapplicable qui fracture la société]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Lundi 12 juillet, le président Macron a pris de nombreux Français de court en leur annonçant l’extension du passeport sanitaire à des activités du quotidien telles que la fréquentation des cafés, restaurants ou centres commerciaux, ainsi qu’aux transports de longue distance, souvent utilisés en cette période de vacances. Personne n’a été dupe : avec la fin de la gratuité des tests sans prescription médicale, promise pour l’automne, c’est une condamnation à la mort sociale de ceux qui refuseront de se faire vacciner.</p><p>Cette annonce surprend d’autant plus que la France est la seule démocratie à prendre cette décision, à l’exception du Danemark, de l’Autriche et de la Grèce. Étrangement, cette fois-ci, le Gouvernement a préféré suivre le modèle grec plutôt que le modèle allemand.</p><p>La vaccination est une invention majeure de l’histoire de l’humanité. Je suis vacciné contre le Covid et j’encourage chaque citoyen responsable à faire de même. Non seulement cela réduit considérablement les risques de développer une forme grave pour chacun, mais surtout cela restreint la circulation du virus et protège donc les autres, tout en faisant baisser le risque d’apparition de variants sur notre sol.</p><p>Naturellement, on peut comprendre la prudence de certains, échaudés par les nombreux scandales sanitaires dus à la puissance des intérêts privés dans un domaine où l’intérêt général devrait primer. La technologie de l’ARN messager est utilisée pour la première fois dans une vaccination, et les vaccins traditionnels comme celui d’AstraZeneca ont suscité des suspicions d’effets secondaires. Cependant, non seulement nous avons maintenant un recul suffisant pour juger de l’innocuité à court terme des vaccins anti-Covid, mais les risques résiduels sont infiniment inférieurs à ceux d’une circulation du virus et de ses variants.</p><p>Il est donc rationnel et légitime de faire en sorte qu’un maximum de Français se vaccinent. C’est d’ailleurs la solution choisie par tous les États du monde, même ceux, en Asie ou en Océanie, qui sont parvenus à contrôler la circulation du virus.</p><p>Toutefois, la voie brutale choisie par l’exécutif était-elle la meilleure pour atteindre cet objectif ? À République souveraine, nous pensons que c’est la pire, et nous nous demandons si d’autres considérations n’expliquent pas ce choix.</p>
<p>Des doutes favorisés par les tergiversations du pouvoir</p>
<p>Rappelons pour commencer que le pouvoir macronien a un passif à l’égard de la vaccination.</p><p>Si Agnès Buzyn avait soulevé des protestations en 2018 en étendant l’obligation vaccinale des enfants à onze maladies, contre trois auparavant, elle a aussi, discrètement, supprimé la sanction spécifique du refus de vaccination par les parents.</p><p>En 2020, alors que les gouvernements britannique et états-unien investissaient massivement dans la recherche vaccinale, la France choisissait de confier cette question à la commission de Bruxelles, pourtant incompétente en la matière. Résultat : les doses sont arrivées en retard, les investisseurs étant naturellement les premiers servis.</p><p>Fin 2020, le discours de la présidence sur la vaccination était frileux, voire méfiant.</p><p>Commentant l’arrivée imminente du vaccin de Pfizer BioNTech, Macron déclarait ainsi : « Je ne crois pas à la vaccination obligatoire pour ce vaccin parce que d’abord, il faut être toujours très honnête et transparent, on ne sait pas tout sur ce vaccin », ajoutant : « On n’est pas en train de dire aux gens : “Vaccinez-vous, vaccinez-vous”, à toute force et toute la population, on a une autre stratégie ».</p><p>Lorsque la campagne est censée commencer, début 2021, aucun vaccinodrome n’est d’ailleurs prévu : prétextant la réticence des Français au vaccin, il fallait se hâter lentement. À cause de ce retard à l’allumage, la France a ainsi perdu plusieurs semaines précieuses, et sans doute bien des vies ; les Français ont surtout retenu qu’il y avait des raisons de se méfier des vaccins – méfiance qui leur est désormais reprochée. Ces changements de cap et ces atermoiements n’ont pu que contribuer à inquiéter certains de nos citoyens – le gouvernement dès lors serait bien avisé de faire preuve de plus de modération envers nos concitoyens récalcitrants à la vaccination.</p><p>Enfin, lorsque les livraisons semblèrent enfin se faire en quantité suffisante, le Gouvernement n’a pas choisi d’être proactif. Une fois les résidents des EHPAD vaccinés, on aurait pu imaginer que les autorités sanitaires contactent les personnes les plus à risque – âgées ou souffrant de comorbidités – pour leur proposer des rendez-vous, comme cela se fait en Corée du Sud, par exemple. Non, le Gouvernement a préféré le « laisser faire » à « l’aller vers » : chaque Français a ainsi dû passer des heures sur des sites privés de prise de rendez-vous, dans une sorte de course où tout le monde ne partait pas avec les mêmes chances d’arriver.</p><p>Comment s’étonner, dans ces conditions, que la campagne patine, à l’heure où les Français veulent penser plutôt à leurs congés ou à leurs retrouvailles estivales en famille ? Doit-on considérer une personne de quarante ans vivant à la campagne – donc, à cause de l’impéritie gouvernementale, dans un désert médical –, peu familière avec internet et que personne n’a jamais sollicitée, comme irresponsable parce qu’elle ne s’est pas jetée sur les vaccins ? Doit-on lui en vouloir d’avoir cru naïvement les promesses d’avril du Président de la République dans la presse régionale de ne jamais, au grand jamais, étendre le passeport sanitaire au-delà des voyages à l’étranger et des soirées en discothèque ?</p><p>Avant de passer à une politique répressive, un gouvernement digne et respectueux de ses citoyens aurait dû se demander s’il avait véritablement tout fait pour convaincre les non vaccinés de le faire. A-t-il organisé des caravanes dans les villages ? A-t-il organisé des campagnes dans des entreprises, des universités, des administrations… ? A-t-il ciblé les publics qu’on peut imaginer éloignés du numérique ? A t-il demandé aux représentants de l’Etat, fonctionnaires et forces de l’ordre de montrer l’exemple ? Non. Tout a été laissé à l’initiative individuelle. Le discours officiel a toujours présenté la vaccination comme une décision individuelle visant à se protéger personnellement – alors que c’est bien au contraire un acte collectif ayant pour but de protéger la société. Mais c’était peut-être trop en demander à des libéraux que de parler de décision collective dans l’intérêt général.</p>
<p>Un dispositif inapplicable</p>
<p>L’annonce, un 12 juillet, de mesures coercitives commençant début août ne laisse pas non plus le temps à chacun de prendre ses dispositions, puisque la période recommandée entre deux doses est d’un mois. On peut donc légitimement considérer l’extension si précoce du passeport sanitaire comme une loi rétroactive, donc anticonstitutionnelle : comment les Français pouvaient-ils savoir, plus d’un mois avant le 1er août, qu’ils devraient montrer une preuve de vaccination pour aller boire un café au comptoir ?</p><p>On le voit avec la ruée sur les rendez-vous de vaccination de deux millions de nos compatriotes : les macronistes ont beau mettre l’accent sur les « antivax », devenus dans la bouche de certains de véritables ennemis publics, semblables aux sorciers d’autrefois, la plupart des Français qui ne s’étaient pas vaccinés n’étaient pas des opposants acharnés, mais plutôt des personnes sceptiques ou considérant ne pas courir de risque personnellement, voire des personnes distraites ou n’ayant pas le temps ou la possibilité de passer des heures sur internet pour prendre rendez-vous. Une campagne incitative, avec un accès facilité au vaccin les aurait sans nul doute convaincus de passer le pas. Au pire, le Gouvernement aurait pu annoncer, trois ou quatre mois avant, une obligation laissant à chacun le temps de s’organiser.</p><p>Le dispositif annoncé par le Président le 12 juillet est de toute manière inapplicable en droit et en fait, ce que le pouvoir semble anticiper, vu les rétropédalages déjà avérés.</p><p>Le Conseil d’État, suivant son habitude de complaisance envers le locataire de l’Élysée, a validé le projet de loi moyennant quelques réserves ; le texte doit toutefois encore être adopté par le Parlement et surtout passer par les mains du Conseil constitutionnel, qui risque de lui faire perdre de sa superbe. Le pass sera surtout inappliqué en fait. La police et la gendarmerie devront-elles cesser toutes leurs activités habituelles pour vérifier que le moindre patron de bar de village a vérifié le certificat de vaccination de son client ? Il en sera de même que pour l’obligation actuelle de s’inscrire sur un registre ou de s’identifier via TousAntiCovid lorsqu’on se rend dans un espace clos – personne ne le fait et cela ne dérange personne. Même les voyageurs s’embarquant pour des vols, y compris long-courriers, dans les aéroports français ne trouvent en général personne à qui montrer leur certificat de vaccination ou leur test PCR négatif ; qui peut croire que ce sera fait dans les restaurants ?</p><p>Les autres dispositions du projet de loi risquent de s’avérer tout aussi difficiles à appliquer. Ainsi, vu la tension sur les effectifs, comment la police, qui a déjà du mal à s’acquitter de l’ensemble de ses missions, pourra-t-elle contrôler le respect de l’isolement des personnes testées positives ? Enfin, il a été adopté en commission à l’Assemblée Nationale sur le « projet de loi N°4368 relatif à la gestion de la crise sanitaire » une peine de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende pour défaut de pass sanitaire ou de fraude, soit la même sanction que pour… une agression sexuelle ou des violences sur un mineur. C’est proprement délirant, surtout si les contrôles sont effectués pas des forces de l’ordre, elles, exemptes de l’obligations vaccinales (on se demande bien pourquoi…).</p><p>Mais surtout, tout cela risque de s’avérer caduque en raison de la pénurie de vaccin, en particulier Pfizer comme l’a révélé France 3 Bourgogne Franche-Comté ce 20 juillet. En interne, à l’ARS (Agence Régionale de Santé) on parle de suspension des prises de rendez-vous pour l’injection des premières doses jusqu’à nouvel ordre. Jusqu’à fin juillet ça tiendra, au-delà, rien n’est sûr pour le mois d’août. Si cette situation perdure, comment les citoyens pourraient-ils se mettre en conformité avec la loi, quand bien même ils le voudraient ? Dès lors, certains citoyens pourraient voir leur vie sociale disparaître pour la seule raison que le gouvernement n’aura pas été en mesure, encore une fois, de rendre possible ce qu’il préconise.</p><p>Alors comment comprendre cette cacophonie ?</p>
<p>La division de la société qui profite à Macron</p>
<p>On devine dans la propagande macronienne les vraies raisons du choix d’une telle volte-face brutale et autoritaire. En reconnaissant des droits différents aux prétendus « responsables » vaccinés, qu’il refuse aux prétendus « irresponsables » qui ne le sont pas, le pouvoir macronien revient à une division de la société digne de Louis-Philippe, avec les gens de bien et les gens de rien. Ces derniers, comme les Gilets jaunes, peuvent être brutalisés. On peut leur créer inopinément une obligation de fait qu’ils ne peuvent matériellement remplir avant plusieurs mois, et leur interdire toute vie sociale en attendant… Bref, la schlague, ils ne comprennent que cela.</p><p>Les électeurs macronistes, à l’exception peut-être de quelques anthroposophes comme Mme Nyssen, sont très majoritairement vaccinés : ils habitent les métropoles, ils sont connectés à internet, ils ont confiance dans le pouvoir et plus globalement dans le système – et on les comprend, ils en profitent. Le pouvoir ne risque donc pas de perdre d’électeurs ; bien au contraire, les couches sociales qui forment le socle de la Macronie ne doivent pas trouver d’inconvénient majeur à se vivre comme des citoyens éclairés s’opposant à des irresponsables irrationnels – je n’ose dire à un « bunch of deplorable », pour reprendre les termes de Hillary Clinton. Comme l’antisémitisme fantasmatique des Gilets jaunes, l’obscurantisme imaginaire des opposants au passeport sanitaire (même si certains minoritaires le sont) permet au bloc macronien de s’identifier non comme des privilégiés défendant leurs biens, mais comme « la partie la plus saine de la société ». En revanche, les électeurs des autres courants de pensée se divisent, car ils sont moins homogènes sociologiquement. Dix mois avant une présidentielle, c’est toujours bon à prendre…</p><p>J’irai plus loin. Mon sentiment, c’est que Macron surfe sur la vague « antivax », donnant aux sceptiques du grain à moudre afin d’accentuer le clivage profond dans le pays, car ce clivage le sert et occulte tout le reste. Le débat public est désormais si focalisé sur la vaccination et les dispositifs de contrainte afférents que les autres sujets pourtant cruciaux – les réformes des retraites et du chômage, la justice sociale et fiscale, l’Union européenne – deviennent secondaires. Cette focalisation va permettre à Macron de faire oublier tant sa politique antisociale et ses compromissions en matière de souveraineté que la nullité de sa gestion de la crise du Covid – depuis un an et demi, on n’a toujours pas de politique sanitaire cohérente aux frontières, on a fermé 1 800 lits d’hôpitaux supplémentaires, y compris des lits de réanimation, on n’a toujours pas organisé de réquisition des hôpitaux privés, etc. Si en automne reconfiner s’avère nécessaire, Macron en rejettera la responsabilité sur les « antivax », qui seront présentés comme ceux qui auront fait capoter les efforts du Gouvernement et de la partie éclairée des citoyens. Lorsqu’il s’agira de faire passer, en douce, de nouvelles réformes ultralibérales, la protestation aura du mal à prendre tant l’indignation populaire sera accaparée par la question sanitaire.</p><p>Au total, ce clivage est totalement à l’avantage de Macron, auquel il permettra d’incarner le camp du bien et de la raison, tout en escamotant les autres sujets de débat durant cette année préélectorale.</p><p>Quelles que soient les raisons profondes et les arrière-pensées éventuelles, cette décision restera une tache sur le bilan déjà catastrophique du Jupiter de l’Élysée. Non content d’avoir continué et accentué la destruction de la souveraineté et du modèle social et économique de notre pays, il restera le chef d’État qui aura le plus trahi sa mission de garant de la cohésion nationale. En pleine « guerre », pour reprendre son terme, il n’aura pas hésité à fracturer encore plus la société française, qui n’en avait pourtant pas besoin, pour des raisons qui tiennent certainement bien plus à la politique qu’à la santé publique.</p><p>Voici quarante ans que les élites politiques se sont appliquées à trahir l’intérêt général, et une grande partie des citoyens – grosso modo, tous ceux qui ne se trouvent pas du côté des « gagnants » – ne leur font plus confiance. La méfiance envers la politique sanitaire du Gouvernement est, à cet égard, aussi représentative que les chiffres de l’abstention. Or un gouvernement ne peut mener une politique contraignante, aussi rationnelle soit-elle, que s’il est légitime aux yeux de la population. Cette légitimité manquant cruellement à l’actuelle équipe dirigeante, une politique de cet ordre risque de produire des effets désastreux. Quels que soient les avantages immédiats, pour Macron, de se présenter comme le tenant de la rationalité et de la responsabilité, son parti pris est profondément irresponsable, la division du pays qu’il contribue à amplifier étant grosse de futures catastrophes.</p><p>Georges Kuzmanovic<br />Président de <a href="https://www.republique-souveraine.fr/charte/">République souveraine</a></p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Fri, 16 Jul 2021 11:10:24 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Rapport de la RAND sur l’Armée française : l’avant-dernier clou du cercueil ? (T 1299)]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Rapport de la RAND sur l’Armée française : l’avant-dernier clou du cercueil ? (T 1299)</p>
<p><a href="https://www.defnat.com/e-RDN/vue-tribune.php?ctribune=1405" target="_blank"></a></p>
<p>Le think tank RAND Corporation a présenté un rapport intéressant sur les armées françaises. Il y a ici matière à réflexion sur le rôle et la place de la France dans l’Otan. Une contribution pour alimenter un débat nécessaire et utile alors que la campagne présidentielle démarre et qu’il est important de réfléchir aux grands enjeux de notre politique de défense pour les années à venir.</p><p><a href="https://www.rand.org/pubs/research_reports/RRA231-1.html"></a>Les rapports de la RAND Corporation sur l’Armée française se suivent et ne se ressemblent pas. En 2014, elle avait publié une étude sur Serval qui avait laissé les Américains pantois, eux qui découvraient notre guerre légère, imposée certes par des moyens limités mais fidèle à nos traditions <a href="https://www.defnat.com/e-RDN/vue-tribune.php?ctribune=1405#1">(1)</a>. Intérêt à l’époque très relatif, puisque nous relevions que dans le même temps « la Quadriennal Defense Review 2014 nous ignore, ne nous citant qu’une fois en légende de photo comme complément de la composante africaine en RCA, ce qui nous ramène à 1991 où, dans l’ordre de bataille du Pentagone, la division Daguet n’était que la force d’appoint du 30e Corps d’armée égyptien ». Sept ans plus tard, nous n’intéressons de nouveau la RAND – et le Pentagone commanditaire du rapport – que comme force d’appoint dans la guerre annoncée sur le théâtre européen.</p>
<p><br />Nach Moskau!</p>
<p>La France est, dès le titre, embarquée dans la nouvelle croisade du monde libre face au péril slave. « France could support a U.S.-led war effort in Eastern Europe now or in the next ten years. The French are practiced in joint operations, which surely would be a requirement in a conflict against Russia. » Nous voici revenus à cette vieille couverture du magazine Collier’s du début des années 1950, montrant un GI aux couleurs américaine et onusienne devant une carte indiquant Moscou comme quartier général des forces d’occupation occidentales. La chose semble acquise : les tankistes de Poutine ont acheté les cartes Michelin qui les mèneront jusqu’aux bords de Seine sur les traces des cosaques d’Alexandre Ier. Aurions-nous manqué un épisode ?</p><p>La RAND s’interroge tout de même : « Is Russia a French Strategic Priority? ». Sans doute pas, vu que « a large-scale conventional war with Russia in that region is generally considered unlikely ». Les Français, en cette année de Bicentenaire napoléonien, se souviennent surtout de ce que Bernard Montgomery répondit à un journaliste qui mettait en doute ses compétences stratégiques : « Je sais au moins une chose, qu’il ne faut jamais prendre la route de Moscou ». Il semble que cette première et peut-être unique leçon de l’art de la guerre soit oubliée du Pentagone. Mais si les Français ont planté leur drapeau sur les tours du Kremlin en 1812, pourquoi pas la bannière étoilée ? Nous allons donc faire la guerre aux Russes, une guerre de haute intensité comme on dit dans les colloques, que ça plaise ou non aux Français. La RAND ne s’interroge même pas, commettant l’erreur habituelle sur les pouvoirs ou plutôt l’absence de pouvoirs de guerre du président de la République <a href="https://www.defnat.com/e-RDN/vue-tribune.php?ctribune=1405#2">(2)</a>, et l’adhésion supposée des Français qui n’est que de l’indifférence à des guerres pour lesquelles ils ne sont plus consultés.</p><p>Qu’importe : The French sont relégués au rôle de supplétifs fidèles à l’Alliance mais à l’usage limité, et notre Céma réduit au rôle de commandant de harka. Merci pour La Fayette et de Grasse ! Il faut dire que le spectacle que nous donnons de meilleur élève de la classe atlantique a de quoi combler les Américains : la Royale a terminé son intégration dans l’US Navy et s’en félicite, l’Armée de l’air fait des manœuvres communes depuis le printemps avec l’US Air Force, et on annonce nos Leclerc pour les prochains exercices dans les faubourgs varsoviens. Quant à la fameuse interopérabilité, que pourrait-elle être d’autre que l’adoption par nos forces des normes Made in USA – s’il est une guerre que l’Amérique a gagnée, c’est bien celle des normes ?</p>
<p>Le clairon de Gunga Din <a href="https://www.defnat.com/e-RDN/vue-tribune.php?ctribune=1405#3">(3)</a></p>
<p>Sur le fond, la RAND ne nous apprend rien qu’on ne sache déjà au travers des multiples travaux parlementaires qui se succèdent depuis des années, dont son rapport n’est qu’un copié-collé (qu’elle a dû facturer très cher). Il n’est par exemple un secret pour personne que nous n’avons plus d’hélicoptères lourds (le rapport de 2014 citait un officier français qui regrettait déjà l’absence de CH-47 Chinook) et que Barkhane a dû en emprunter aux Danois et aux Britanniques : que le taux d’attrition de nos matériels est ridiculement bas ; que nos stocks ne nous permettent de tenir un feu que quelques jours ; que nos avions de transport tactiques se compteront sur les doigts des deux mains l’année prochaine avec le retrait anticipé des Transall C-160, etc. S’y ajoute une certaine mauvaise foi, comme dans l’évocation de l’A330 MRTT, avion certes polyvalent mais qui n’emporte que la moitié de la charge utile du C-17 Globemaster III américain – les Américains restent dans la compétition de celui qui aura le plus gros engin –, tout en oubliant de signaler que l’US Air Force ne se remet pas de ne pas avoir choisi l’avion d’Airbus plutôt que le Boeing KC-46 Pegasus.</p><p>Relevons que dans un tableau, la RAND indique l’inflation de poids de nos engins blindés, sans les mettre toutefois en regard des capacités d’emport désormais inadéquates de nos C-130J et A400M. Cela renvoie au rapport de 2014 où elle émettait des doutes pour l’avenir, et s’interrogeait sur la pertinence du nouveau matériel au standard Otan, trop lourd pour des expéditions, trop chichement compté pour une guerre en Europe : « Intriguingly, although the French are moving forward with fleet modernization in tune with SCORPION, there is an undercurrent of resistance because of the perceived value of lower-technology vehicles, which reportedly are easier to sustain in the field than their newer replacements. It would be interesting to learn what the logistical burden of operating VBCIs in Mali was compared with the ancient VABs. »</p><p>On attend toujours ce bilan comparatif. On attend surtout que s’élabore une stratégie française d’emploi des forces, puisque les incantations d’ingénieurs comme « numérisation » ou « protection » ne sauraient en tenir lieu, de même que le fantasme de « furtivité » qui vient d’être abandonné par l’US Air Force.</p>
<p>Aporie nucléaire</p>
<p>La RAND finit par aborder la question de la nucléarisation du conflit, et est bien ennuyée car cet impensé de la Force de frappe française, ce brouillard sur lequel repose notre concept de dissuasion, ce refus de la riposte graduée qui avait motivé le retrait de l’Otan, le Pentagone non seulement ne le maîtrise toujours pas, mais il n’entre pas dans ses plans de bataille qui reposent toujours sur le découplage entre bataille de terrain et escalade nucléaire. Sauf que l’Amérique est hors de portée des divisions russes, pas la France. Ce n’est pas nouveau, on le sait depuis 1966.</p><p>Comment articuler la projection dans une bataille de rencontre avec la sanctuarisation de l’Hexagone ? Si nos troupes sont au contact à Kaliningrad ou si nous autorisons les Américains à utiliser nos ports, nos aéroports et nos routes pour acheminer du matériel et des hommes, les Russes effectueront des frappes en profondeur sur notre territoire. La riposte nucléaire sera donc mise en œuvre. La sécurité de la France passe-t-elle alors par l’injonction faite à Moscou de ne pas neutraliser les marches de son empire hérité des Tsars ? L’hypothèse de loin la plus probable est que nous nous retirerons sur le Mont Pagnotte <a href="https://www.defnat.com/e-RDN/vue-tribune.php?ctribune=1405#4">(4)</a> et resterons à l’écart, comme à la bataille de Lépante (1571).</p><p>Le rapport de la RAND, bancal dès son prolégomène arbitraire, a au moins le mérite de reposer la question restée encore sans réponse en 2021 : que fait la France dans l’Otan <a href="https://www.defnat.com/e-RDN/vue-tribune.php?ctribune=1405#5">(5)</a> ? Les Américains y répondent, nous délivrant du trouble de penser comme écrivit d’eux Tocqueville. Avec en ligne de mire la neutralisation de la bombinette du Général. On peut leur reprocher beaucoup de choses, sauf de ne pas avoir de suite dans les idées. Surtout quand il s’agit de la France. ♦</p><p><br /><a id="1" name="1">(1)</a> Voir : « La Guerre des Français », RDN n° 777, février 2015.<br /><a id="2" name="2">(2)</a> Voir : « Je veux savoir pourquoi je me fâche » (Tribune n° 919), RDN, 25 juillet 2017 ; et « La guerre, le Président et la Constitution » (Tribune n° 995), RDN, 24 avril 2018.<br /><a id="3" name="3">(3)</a> Gunga Din est un poème de Rudyard Kipling de 1892, adapté à Hollywood en 1939 par George Stevens avec Sam Jaffe, du nom d'un Intouchable qui n'a d'autre ambition que de devenir le clairon d'un régiment britannique de l’Armée des Indes. Une parodie de son sacrifice final sert de séquence d'ouverture à The Party de Blake Edwards avec Peter Sellers (1968).<br /><a id="4" name="4">(4)</a> Domaine royal dans l'Oise, où se trouve un petit belvédère de chasse pour regarder de loin la meute, auquel Louis XV fit allusion en conseil des ministres au début de la Guerre de Succession d’Autriche, pour indiquer que la France ne retirerait rien à y participer (ce qui se confirmera à la fin du conflit).<br /><a id="5" name="5">(5)</a> Voir : « Le degré zéro de la pensée stratégique », RDN n° 711, août-septembre 2008, repris in « L’Alliance atlantique transformée », RDN n° 752, Été 2012.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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