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	<title><![CDATA[Signet Loupe: Articles de blog de Économie]]></title>
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	<pubDate>Mon, 10 May 2021 05:29:26 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Matthieu Montalban : « Le bitcoin est devenu un moyen d’enrichissement pour une nouvelle classe de jeunes capitalistes »]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Matthieu Montalban est maître de conférences HDR en science économique, chercheur au GREThA (UMR – CNRS 5113) de l’Université de Bordeaux. Spécialiste des cryptomonnaies, ancien membre des Économistes atterrés, il est notamment le co-auteur de Pouvoir et crise du capital : Marx, penseur du XXIe siècle, paru en 2012 et Rester humain – Lacan et le lien social postmoderne, sorti en mars 2020.</p><p>Propos recueillis par Ella Micheletti.</p><p>Voix de l’Hexagone : Tout d’abord, pouvez-vous définir ce qu’est le bitcoin ?</p><p>Matthieu Montalban : Le bitcoin est la première cryptomonnaie, c’est-à-dire une monnaie émise via un algorithme qu’on appelle une blockchain. Une blockchain est un registre distribué sur l’ensemble des ordinateurs d’un réseau, qui permet de répertorier et de « notariser » l’ensemble des transactions sur un réseau, tout en évitant un problème dit de « double dépense » (dépenser en même temps, pour différents usages, le même bitcoin). Ce registre est inviolable car il impliquerait de tels coûts et une telle puissance de calcul pour un pirate que l’action serait irrationnelle. En effet, la blockchain du bitcoin fait appel à ce qu’on appelle un mécanisme de consensus par preuve de travail, c’est-à-dire que l’ensemble des ordinateurs du réseau (« les mineurs »), vont utiliser leur puissance de calcul pour résoudre des calculs compliqués nécessitant de consommer de l’énergie pour s’assurer que les transactions sont valides. Quand un bloc de transaction est validé, il va être rattaché par tous les autres qui l’ont précédé et il sera possible de retracer les transactions – bien que pseudonymisées – impliquant pour un pirate la nécessité de réécrire non pas un bloc mais l’ensemble de la chaîne de bloc, ce qui serait impossible et détecté rapidement.</p><p>VdH : La création des bitcoins en 2009 a-t-elle un lien de cause à effet avec la crise de subprimes qui a commencé en juillet 2007 ?</p><p>M.M. : Le bitcoin a été codé par un ou des codeurs sous le pseudonyme de Satoshi Nakamoto. S’il est né au moment de la crise des subprimes et si, effectivement, ces moments de crise sont souvent des sources d’innovations monétaires, il semblerait que le projet germait déjà depuis un moment chez Satoshi Nakamoto. D’autres comme Nick Szabo ou Wei Dai avaient émis l’idée quelques années avant de créer une monnaie numérique qui s’émanciperait de la tutelle des États et des banques (privées et centrales). Disons que la crise a contribué à rendre le bitcoin populaire, car il semblait apparaître pour ses zélateurs comme une confirmation de leurs vues et comme une critique du système bancaire et financier (privé et public) dans son ensemble.</p><p>VdH : Comment peut-on, concrètement, se procurer des bitcoins ?</p><p>M.M. : Il y a deux manières : l’une qui était au début accessible à tous mais ne l’est plus aujourd’hui ; l’autre qui est celle massivement utilisée aujourd’hui.</p><p>La première consiste à participer à l’activité de minage du bitcoin, c’est-à-dire à laisser son ordinateur résoudre toute la journée des problèmes cryptographiques compliqués en espérant que ce dernier parviendra à résoudre le problème : si c’est le cas, le mineur est récompensé de la création d’un certain nombre de bitcoins pour avoir participé à cette activité qui consomme de l’énergie et qui est donc coûteuse.  Au début, tout le monde pouvait miner avec son PC, mais comme les rendements du minage sont décroissants, de plus en plus d’ordinateurs doivent tourner en même temps pour avoir une chance de miner. En pratique, seules des entreprises spécialisées dans le minage (« les fermes de minage ») peuvent avoir une chance d’obtenir des bitcoins de la sorte.</p><p>« La crise des subprimes a contribué à rendre le bitcoin populaire car il semblait apparaître pour ses zélateurs comme une confirmation de leurs vues et comme une critique du système bancaire et financier. »</p><p>La seconde manière, plus simple, est tout simplement d’acheter des bitcoins via une plateforme d’échanges de crypto-monnaies, comme Coinbase, Kraken et quelques autres.</p><p>VdH : Que signifie la récente entrée en bourse de Coinbase ?</p><p>M.M. : Elle signifie tout simplement que cette entreprise a acquis une taille importante et qu’elle entend sans doute développer ses investissements et son activité, tout en permettant à ses actionnaires de faire de grosses plus-values. En outre, cette entrée montre sans doute que les crypto-monnaies deviennent de plus en plus mainstream et reconnues. En revanche, cela indique que les cryptomonnaies n’ont pas (encore) supprimé les intermédiaires de confiance, contrairement à ce qui était proposé au départ.</p><p>VdH : Les plateformes d’achat et de revente de bitcoins ont-elles vocation à concurrencer les banques ?</p><p>M.M. : Au départ, si on doit comparer ces plateformes, ce serait plutôt à des acteurs comme le NASDAQ, ou le New York Stock Exchange : des entreprises qui fournissent une plateforme d’échange et de cotation pour des (crypto)actifs. Cependant, l’entreprise a diversifié ses activités dans le paiement en proposant notamment une carte de paiement pour dépenser ses bitcoins ou développer des applications pour la gestion d’actifs. Tel est le paradoxe : alors que le bitcoin visait les échanges directs de pair à pair sans banque, Coinbase, via sa carte Visa, recrée de l’intermédiation, ce qui peut être vu comme une involution par des puristes des cryptomonnaies. Il n’est pas certain que Coinbase choisisse de devenir réellement une banque et donc d’offrir du crédit bancaire, car cela impliquerait de se soumettre aux réglementations bancaires. Il paraît plus vraisemblable que l’entreprise va pendant encore un moment se concentrer sur le monde des cryptomonnaies pour le rendre plus accessible aux utilisateurs sans chercher à forcément concurrencer le système bancaire directement, mais plutôt en créant des ponts.</p><p>VdH : La branche suisse de l’assureur Axa a annoncé, le 15 avril 2021, qu’il acceptait désormais le bitcoin pour certaines opérations de paiement. C’est aussi le cas de Tesla et Paypal. D’autres acteurs économiques vont-ils suivre le même chemin, selon vous, ou sont-ce des cas isolés ?</p><p>M.M. : Il est possible que cela prenne de l’ampleur, tout simplement par effet de réseaux : plus des entreprises acceptent le bitcoin en moyen de paiement, plus celui-ci est utilisé. Toutefois, il ne suffit pas que le bitcoin soit accepté en moyen de paiement pour qu’il soit utilisé en moyen de paiement. Si on anticipe que la valeur du bitcoin va augmenter, il est plus rationnel de conserver le bitcoin comme placement et d’utiliser les monnaies fiduciaires et scripturales classiques comme moyens de paiement. Ensuite, il faut toujours observer quelles seront les réactions des banques centrales et des États, s’agissant de possibles interdictions et de la création de monnaies digitales de banques centrales.</p><p>VdH : Y’a-t-il un profil-type de l’acheteur de bitcoins ?</p><p>M.M. : Au départ, le bitcoin était concentré dans le monde des hackers, des codeurs ainsi que des libertariens et certains financiers de la Tech. Aujourd’hui, avec son développement progressif, il y a une certaine diversification des profils, mais il s’agit toujours très majoritairement d’hommes de moins de quarante ans, diplômés, plutôt issus des classes moyenne et supérieure.</p><p>VdH : Actuellement, un bitcoin vaut plus de 50 000 euros. On imagine donc qu’il faut avoir des moyens très importants pour en acheter. Les cryptomonnaies ne sont-elles qu’un moyen pour les élites de maintenir la fracture entre elles et le reste des citoyens, en vivant dans un univers financier parallèle ?</p><p>M.M. : Ce n’est pas parce qu’un bitcoin vaut plus de 50 000 euros que seuls les riches peuvent en acheter : on peut très bien acheter une fraction de bitcoin, par exemple 1/50000ème si on veut… La plus petite unité est appelée un satoshi et vaut un cent millionième de bitcoin. Et il y a bien d’autres cryptoactifs et cryptomonnaies que le bitcoin, dont les valeurs sont beaucoup plus faibles.</p><p>Le bitcoin n’a pas été pensé au départ pour l’élite. Le but était notamment de réduire les frais bancaires et de résoudre les problèmes d’exclusion bancaire (du moins, c’est ainsi que certains le présentent). De facto, il est devenu malgré tout un moyen d’enrichissement pour une nouvelle classe de jeunes capitalistes en cryptomonnaies. Grâce à leurs investissements, certains sont devenus milliardaires. Plus généralement, il s’est créé tout un écosystème de finance décentralisée autour de la blockchain Ethereum et de sa monnaie l’ether (la seconde cryptomonnaie en termes de capitalisation). En soi, tout le monde peut formellement y investir, même des sommes assez modiques.</p><p>« La finance de marché, qu’elle soit classique ou issue du monde des cryptomonnaies, favorise la concentration des richesses. »</p><p>Cependant, comme tous les investissements financiers, ceux-ci impliquent des risques ; ainsi, il vaut mieux pouvoir diversifier son portefeuille et avoir déjà du patrimoine et d’autres revenus et éviter de le faire si on peine à boucler les factures de fin de mois, si l’on a besoin de liquidités et si l’on craint une dévalorisation de tout ou partie de ses actifs.</p><p>Enfin, la finance de marché, qu’elle soit classique ou issue du monde des cryptomonnaies, favorise la concentration des richesses. Dans le cas du bitcoin, on a des estimations qui vont d’une extrême concentration des richesses – 2 % des comptes possèderaient 95 % des bitcoins<a name="_ftnref1" href="https://voixdelhexagone.com/2021/05/09/matthieu-montalban-le-bitcoin-est-devenu-un-moyen-denrichissement-pour-une-nouvelle-classe-de-jeunes-capitalistes/#_ftn1" id="_ftnref1">[1]</a> – à des chiffres moins impressionnants (on parle de « baleines » pour les gros détenteurs). Ces derniers indiquent malgré tout une concentration certaine des richesses. Glassnode note que 4,9 % des détenteurs de comptes possèderaient moins d’un bitcoin, 9 % de 1 à 10 bitcoins, 13,6 % de 10 à 100 bitcoins, et 72,5 % plus de 100 bitcoins en incluant les mineurs et les plateformes d’échange<a name="_ftnref2" href="https://voixdelhexagone.com/2021/05/09/matthieu-montalban-le-bitcoin-est-devenu-un-moyen-denrichissement-pour-une-nouvelle-classe-de-jeunes-capitalistes/#_ftn2" id="_ftnref2">[2]</a>.</p><p>VdH : Les bitcoins ont été créés en nombre limité. Que se passera-t-il le jour où ce nombre sera épuisé ?</p><p>M.M. : La question qui se posera est celle de l’incitation au minage pour les fermes de minage, ce qui revient à dire, l’incitation à entretenir le réseau et son coût. Sans doute que les grands détenteurs de Bitcoin, donc essentiellement ces fermes de minage, les exchanges et certaines « baleines’ essayeront d’entretenir le réseau ; on peut imaginer par exemple que des frais de transaction plus importants qu’aujourd’hui seront appliqués aux transactions pour que les fermes de minages entretiennent le réseau. On peut aussi imaginer des scénarii plus « pessimistes » où face à la fin de la récompense de minage, le coût de l’entretien du réseau amène beaucoup d’acteurs à s’en désintéresser. Il est de toute façon toujours très difficile voire déraisonnable de faire des prévisions à si long terme en économie, l’incertitude étant la règle, surtout s’il y a des innovations d’ici-là et aussi parce qu’en matière de confiance et de finance, les emballements mimétiques comme les crises sont toujours possibles…</p><p>Notes :<br /><a href="https://voixdelhexagone.com/2021/05/09/matthieu-montalban-le-bitcoin-est-devenu-un-moyen-denrichissement-pour-une-nouvelle-classe-de-jeunes-capitalistes/#_ftnref1" name="_ftn1" id="_ftn1">[1]</a> Olga Kharif, <a href="https://www.bloomberg.com/news/articles/2020-11-18/bitcoin-whales-ownership-concentration-is-rising-during-rally" target="_blank" rel="noopener">« Bitcoin Whales’ Ownership Concentration Is Rising During Rally »</a>, bloomberg.com, 18 novembre 2020.<br /><a href="https://voixdelhexagone.com/2021/05/09/matthieu-montalban-le-bitcoin-est-devenu-un-moyen-denrichissement-pour-une-nouvelle-classe-de-jeunes-capitalistes/#_ftnref2" name="_ftn2" id="_ftn2">[2]</a> Rémy R., <a href="https://journalducoin.com/actualites/tous-bitcoins-concentres-petite-elite-richissime/" target="_blank" rel="noopener">« Tous les bitcoins sont-ils vraiment concentrés dans les mains d’une petite élite richissime ? »</a>, journalducoin.com, 8 février 2021.</p>
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	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/535/now-is-the-time-for-a-great-reset-of-capitalism</guid>
	<pubDate>Thu, 06 May 2021 21:06:17 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/535/now-is-the-time-for-a-great-reset-of-capitalism</link>
	<title><![CDATA[Now is the time for a &#039;great reset&#039; of capitalism]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Visit the Great Reset microsite <a href="https://www.weforum.org/great-reset">here</a>.<br />Hear Klaus Schwab on these <a href="https://www.weforum.org/focus/podcasts">podcast</a> episodes: the <a href="https://soundcloud.com/world-economic-forum/the-great-reset?in=world-economic-forum/sets/world-vs-virus">Great Reset launch</a> and his <a href="https://soundcloud.com/world-economic-forum/the-great-reset-resetting-the?in=world-economic-forum/sets/the-great-reset">book</a>.<br />We can emerge from this crisis a better world, if we act quickly and jointly, writes Schwab.<br />The changes we have already seen in response to COVID-19 prove that a reset of our economic and social foundations is possible.<br />This is our best chance to instigate stakeholder capitalism - and here's how it can be achieved.</p>
<p>COVID-19 lockdowns may be gradually easing, but anxiety about the world’s social and economic prospects is only intensifying. There is good reason to worry: a sharp economic downturn has already begun, and we could be facing the worst depression since the 1930s. But, while this outcome is likely, it is not unavoidable.</p><p>To achieve a better outcome, the world must act jointly and swiftly to revamp all aspects of our societies and economies, from education to social contracts and working conditions. Every country, from the United States to China, must participate, and every industry, from oil and gas to tech, must be transformed. In short, we need a “Great Reset” of capitalism.</p><p>Responding to the COVID-19 pandemic requires global cooperation among governments, international organizations and the <a href="https://www.weforum.org/agenda/2020/03/how-are-companies-responding-to-the-coronavirus-crisis-d15bed6137">business community</a>, which is at the centre of the World Economic Forum’s mission as the International Organization for Public-Private Cooperation.</p><p>[embedded content]</p>
<p>[embedded content]<br />    <a href="https://www.weforum.org/videos/covid-19-action-platform">How can we collaborate to stop the spread of COVID-19?</a></p>
<p>Since its launch on 11 March, the Forum’s <a href="http://wef.ch/COVIDActionPlatform" target="_blank" rel="noopener">COVID Action Platform</a> has brought together 1,667 stakeholders from 1,106 businesses and organizations to mitigate the risk and impact of the unprecedented global health emergency that is COVID-19.</p><p>The platform is created with the support of the World Health Organization and is open to all businesses and industry groups, as well as other stakeholders, aiming to integrate and inform joint action.</p><p>As an organization, the Forum has a track record of supporting efforts to contain epidemics. In 2017, at our Annual Meeting, the <a href="https://cepi.net/" target="_blank" rel="noopener">Coalition for Epidemic Preparedness Innovations</a> (CEPI) was launched – bringing together experts from government, business, health, academia and civil society to accelerate the development of vaccines. CEPI is currently supporting the race to develop a vaccine against this strand of the coronavirus.</p><p>There are many reasons to pursue a Great Reset, but the most urgent is COVID-19. Having already led to <a href="https://gisanddata.maps.arcgis.com/apps/opsdashboard/index.html#/bda7594740fd40299423467b48e9ecf6" target="_blank" rel="noopener">hundreds of thousands</a> of deaths, the pandemic represents one of the worst public-health crises in recent history. And, with casualties <a href="https://www.ft.com/content/a762ecb7-b3b6-3423-a96f-4f05ec4c739c" target="_blank" rel="noopener">still mounting</a> in many parts of the world, it is far from over.</p><p>This will have serious long-term consequences for economic growth, public debt, employment, and human wellbeing. According to the Financial Times, global government debt has already <a href="https://www.ft.com/content/661f5c8a-dec9-11e9-9743-db5a370481bc" target="_blank" rel="noopener">reached</a> its highest level in peacetime. Moreover, unemployment is skyrocketing in many countries: in the US, for example, one in four workers have <a href="https://www.nytimes.com/2020/05/28/business/unemployment-stock-market-coronavirus.html" target="_blank" rel="noopener">filed for unemployment</a> since mid-March, with new weekly claims far above historic highs. The International Monetary Fund expects the world economy to <a href="https://blogs.imf.org/2020/04/14/the-great-lockdown-worst-economic-downturn-since-the-great-depression/" target="_blank" rel="noopener">shrink by 3%</a> this year – a downgrade of 6.3 percentage points in just four months.</p><p>All of this will exacerbate the climate and social crises that were already underway. Some countries have <a href="https://news.un.org/en/story/2020/04/1061772" target="_blank" rel="noopener">already used</a> the COVID-19 crisis as an excuse to weaken environmental protections and enforcement. And frustrations over social ills like rising inequality – US billionaires’ combined wealth has <a href="https://www.forbes.com/sites/jackkelly/2020/04/27/billionaires-are-getting-richer-during-the-covid-19-pandemic-while-most-americans-suffer/" target="_blank" rel="noopener">increased</a> during the crisis – are intensifying.</p><p>Left unaddressed, these crises, together with COVID-19, will deepen and leave the world even less sustainable, less equal, and more fragile. Incremental measures and ad hoc fixes will not suffice to prevent this scenario. We must build entirely new foundations for our economic and social systems.</p><p>The level of cooperation and ambition this implies is unprecedented. But it is not some impossible dream. In fact, one silver lining of the pandemic is that it has shown how quickly we can make radical changes to our lifestyles. Almost instantly, the crisis forced businesses and individuals to abandon practices long claimed to be essential, from frequent air travel to working in an office.</p><p>Likewise, populations have overwhelmingly shown a willingness to make sacrifices for the sake of health-care and other essential workers and vulnerable populations, such as the elderly. And many companies have <a href="https://www.weforum.org/agenda/2020/03/how-are-companies-responding-to-the-coronavirus-crisis-d15bed6137/">stepped up</a> to support their workers, customers, and local communities, in a shift toward the kind of <a href="https://www.project-syndicate.org/commentary/stakeholder-capitalism-new-metrics-by-klaus-schwab-2019-11" target="_blank" rel="noopener">stakeholder capitalism</a> to which they had previously <a href="https://www.project-syndicate.org/commentary/how-sincere-is-business-roundtable-embrace-of-stakeholder-capitalism-by-joseph-e-stiglitz-2019-08" target="_blank" rel="noopener">paid lip service</a>.</p><p>Clearly, the will to build a better society does exist. We must use it to secure the Great Reset that we so badly need. That will require stronger and more effective governments, though this does not imply an ideological push for bigger ones. And it will demand private-sector engagement every step of the way.</p><p>[embedded content]</p>
<p>[embedded content]</p>
<p>The Great Reset agenda would have three main components. The first would steer the market toward fairer outcomes. To this end, governments should improve coordination (for example, in tax, regulatory, and fiscal policy), upgrade trade arrangements, and create the conditions for a “stakeholder economy.” At a time of diminishing tax bases and soaring public debt, governments have a powerful incentive to pursue such action.</p><p>Moreover, governments should implement long-overdue reforms that promote more equitable outcomes. Depending on the country, these may include changes to wealth taxes, the withdrawal of fossil-fuel subsidies, and new rules governing intellectual property, trade, and competition.</p><p>The second component of a Great Reset agenda would ensure that investments advance shared goals, such as equality and sustainability. Here, the large-scale spending programs that many governments are implementing represent a major opportunity for progress. The European Commission, for one, has <a href="https://www.cnbc.com/2020/05/27/eu-unveils-plan-to-borrow-750-billion-euros-to-aid-coronavirus-recovery.html" target="_blank" rel="noopener">unveiled</a> plans for a €750 billion ($826 billion) recovery fund. The US, China, and Japan also have ambitious economic-stimulus plans.</p><p>Rather than using these funds, as well as investments from private entities and pension funds, to fill cracks in the old system, we should use them to create a new one that is more resilient, equitable, and sustainable in the long run. This means, for example, building “green” urban infrastructure and creating incentives for industries to improve their track record on environmental, social, and governance (ESG) metrics.</p><p>The third and final priority of a Great Reset agenda is to harness the innovations of the Fourth Industrial Revolution to support the public good, especially by addressing health and social challenges. During the COVID-19 crisis, companies, universities, and others have joined forces to develop diagnostics, therapeutics, and possible vaccines; establish testing centers; create mechanisms for tracing infections; and deliver telemedicine. Imagine what could be possible if similar concerted efforts were made in every sector.</p><p></p><p>The COVID-19 crisis is affecting every facet of people’s lives in every corner of the world. But tragedy need not be its only legacy. On the contrary, the pandemic represents a rare but narrow window of opportunity to reflect, reimagine, and reset our world to create a healthier, more equitable, and more prosperous future.</p>
<p><a href="https://intelligence.weforum.org/topics/a1G0X000006OLciUAG?tab=publications"><br /><p></p><br /></a></p>
<p>Explore The Great Reset Transformation Map</p><p>Image: World Economic Forum</p><p>License and Republishing</p><p>Written by</p><p><a data-gtm-class="author" href="https://www.weforum.org/agenda/authors/klaus-schwab">Klaus Schwab</a>, Founder and Executive Chairman, World Economic Forum</p><p class="article-footer__source">The views expressed in this article are those of the author alone and not the World Economic Forum.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
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	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/534/the-great-reset-world-economic-forum</guid>
	<pubDate>Thu, 06 May 2021 21:05:04 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/534/the-great-reset-world-economic-forum</link>
	<title><![CDATA[The Great Reset | World Economic Forum]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>The context</p>
<p>The Covid-19 crisis, and the political, economic and social disruptions it has caused, is fundamentally changing the traditional context for decision-making. The inconsistencies, inadequacies and contradictions of multiple systems –from health and financial to energy and education – are more exposed than ever amidst a global context of concern for lives, livelihoods and the planet. Leaders find themselves at a historic crossroads, managing short-term pressures against medium- and long-term uncertainties.</p>
<p>The opportunity</p>
<p>As we enter a unique window of opportunity to shape the recovery, this initiative will offer insights to help inform all those determining the future state of global relations, the direction of national economies, the priorities of societies, the nature of business models and the management of a global commons. Drawing from the vision and vast expertise of the leaders engaged across the Forum’s communities, the Great Reset initiative has a set of dimensions to build a new social contract that honours the dignity of every human being.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
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	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/529/the-collapse-of-neoliberalism-the-new-republic</guid>
	<pubDate>Sat, 01 May 2021 20:11:27 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/529/the-collapse-of-neoliberalism-the-new-republic</link>
	<title><![CDATA[The Collapse of Neoliberalism | The New Republic]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Indeed, the central anchoring assumptions of the American foreign policy establishment have been proven wrong. Foreign policymakers largely assumed that all good things would go together—democracy, markets, and human rights—and so they thought opening China to trade would inexorably lead to it becoming a liberal democracy. They were wrong. They thought Russia would become liberal through swift democratization and privatization. They were wrong. They thought globalization was inevitable and that ever-expanding trade liberalization was desirable even if the political system never corrected for trade’s winners and losers. They were wrong. These aren’t minor mistakes. And to be clear, Donald Trump had nothing to do with them. All of these failures were evident prior to the 2016 election.</p><p>In spite of these failures, most policymakers did not have a new ideology or different worldview through which to comprehend the problems of this time. So, by and large, the collective response was not to abandon neoliberalism. After the Great Crash of 2008, neoliberals chafed at attempts to push forward aggressive Keynesian spending programs to spark demand. President Barack Obama’s advisers shrank the size of the post-crash stimulus package for fear it would seem too large to the neoliberal consensus of the era—and on top of that, they compromised on its content. About one-third of the stimulus ended up being tax cuts, which have a less stimulative effect than direct spending. After Republicans took back the Congress in 2010, the U.S. was forced into sequestration, a multiyear austerity program that slashed budgets across government, even as the country was only beginning to emerge from the Great Recession. The British Labour Party’s chancellor of the Exchequer said, after the 2008 crash, that Labour’s planned cuts to public spending would be “deeper and tougher” than Margaret Thatcher’s.</p><p>When it came to affirmative, forward-looking policy, the neoliberal framework also remained dominant. Take the Obamacare health care legislation. Democrats had wanted to pass a national health care program since at least Harry Truman’s presidency. But with Clinton’s failed attempt in the early 1990s, when Democrats took charge of the House, Senate, and presidency in 2009, they took a different approach. Obamacare was built on a market-based model that the conservative Heritage Foundation helped develop and that Mitt Romney, the Republican governor of Massachusetts, had adopted. It is worth emphasizing that Obamacare’s central feature is a private marketplace in which people can buy their own health care, with subsidies for individuals who are near the poverty line. There was no single-payer system, and centrists like Senator Joe Lieberman blocked the creation of a public option that might coexist and compete with private options on the marketplaces. Fearful of losing their seats, centrists extracted these concessions from progressives. Little good it did them. The president’s party almost always loses seats in midterm elections, and this time was no different. For their caution, centrists both lost their seats and gave Americans fewer and worse health care choices. Perhaps the bigger shock was that courageous progressive politicians who also lost in their red-leaning districts, like Virginia’s Tom Perriello, actually did better than their cautious colleagues.</p><p>On the right, the response to the crash went beyond ostrichlike blindness in the face of the shattering of the assumptions undergirding their public policy views. Indeed, most conservatives seized the moment to double down on the failed approaches of the past. The Republican Party platform in 2012, for example, called for weaker Wall Street, environmental, and worker safety regulations; lower taxes for corporations and wealthy individuals; and further liberalization of trade. It called for abolishing federal student loans, in addition to privatizing rail, western lands, airport security, and the post office. Republicans also continued their support for cutting health care and retirement security. After 40 years moving in this direction—and with it failing at every turn—you might think they would change their views. But Republicans didn’t, and many still haven’t.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Fri, 30 Apr 2021 22:19:10 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Michel-Edouard Leclerc: «En 2025, Amazon plie les gaules» – Economie]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Crash du bitcoin, fin des Gafa, innovation écologique… A quoi ressemblera 2025 ? Les valeureux Gaulois résistent au e-commerce et ont réussi à chasser Amazon avec les armes qui sont habituellement les leurs, s’amuse Michel-Edouard Leclerc qui, avec 50 autres personnalités, a imaginé à quoi ressemblerait l’actualité du n° 3000 de l’Opinion, le 30 avril 2025.</p><p>Vingt-cinq ans après avoir réalisé ses premières ventes dans l’Hexagone, <a href="https://www.lopinion.fr/mots-cles/amazon" target="_blank">Amazon</a> se retire de France. L’annonce a été faite ce 30 avril 2025 par le tout nouveau <a href="https://www.lopinion.fr/edition/economie/couche-tard-pdg-carrefour-en-desaccord-gouvernement-237168" target="_blank">CEO, Alexandre Bompard</a>, qui avait été appelé en renfort à Seattle, après la conversion digitale réussie de Carrefour-Tard.</p><p>Les analystes boursiers étaient pourtant confiants, persuadés que la Covid-19 avait sonné le glas de l’hypermarché. Mais c’était sans compter sur la réactivité des enseignes françaises comme Auchan, Casidiscount et autres gaulois d’Intermarché, E.Leclerc et Système U. Dopés par un plan de relance sans précédent, les commerces spécialisés et traditionnels ont su faire feu de multiples plateformes et solutions digitales.</p><p>« Fier ». Dans l’entourage du Premier ministre, <a href="https://www.lopinion.fr/mots-cles/bruno-maire" target="_blank">Bruno Le Maire</a>, on insiste pour rappeler que cela n’a été possible que parce que sa « Loi pour un fier commerce durable » a su créer, dès 2022, les conditions de la riposte, grâce à la mesure phare de création de super-centrales d’achat européennes, désormais défendues par le nouveau ministre du commerce, Grégory Besson-Moreau.</p><p>Mais c’est bien sur le terrain de la logistique que les distributeurs français sont venus affronter Amazon. En investissant massivement en deux ans sur la livraison à cheval, les enseignes tricolores ont pu déployer un système original, dans des centres-villes désormais interdits à la circulation de camionnettes, même électriques. Le coup de grâce est venu l’an dernier d’une directive européenne, interdisant le survol des villes par <a href="https://www.lopinion.fr/drones/index" target="_blank">les drones</a> commerciaux. Amazon se voyait alors privé d’un atout majeur pour contrebalancer l’implantation locale des distributeurs.</p><p>Dans un communiqué, le nouveau patron de la FNSEA, Serge Papin, a salué « une grande victoire pour l’agriculture française et ses partenaires de la distribution ». Tel le village d’Astérix, la France aura su résister à la Légion Amazon. « Nous quittons la France aujourd’hui, pour mieux y revenir demain » promet déjà Jeff Bezos, depuis son Ehpad de Mar-a-Lago.</p><p><a href="https://www.lopinion.fr/journal/liseuse/2243" target="_blank">&gt;&gt;&gt;&gt;&gt; 50 personnalités imaginent l’actualité du 30 avril 2025 - le numéro 2000 COLLECTOR de l’Opinion</a></p><p><a href="https://www.lopinion.fr/dossier/edito/special-numero-2000-l-opinion-243158" target="_blank">&gt;&gt;&gt;&gt;&gt; LIRE AUSSI : 50 personnalités imaginent l’actualité du 30 avril 2025 - toutes les contributions</a></p><p><a href="https://www.lopinion.fr/dossier/edito/special-numero-1000-l-opinion-125791/page/0/1" target="_blank">&gt;&gt;&gt;&gt;&gt; LIRE AUSSI : Spécial numéro 1000 de l’Opinion</a></p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Fri, 30 Apr 2021 22:15:00 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Philippe Brassac: «Avril 2025. Le bitcoin sous un dollar, histoire d’un aveuglement» – Economie]]></title>
	<description><![CDATA[<p>A quoi ressemblera 2025 ? Le bitcoin est passé sous la barre d’un dollar, raconte Philippe Brassac, directeur général du Crédit Agricole, qui, avec 50 autres personnalités, a imaginé à quoi ressemblerait l’actualité du n° 3000 de l’Opinion, le 30 avril 2025.</p><p>Deux ans jour pour jour après le passage du <a href="https://www.lopinion.fr/mots-cles/bitcoin" target="_blank">bitcoin</a> sous la barre d’un dollar, de nombreux articles s’étonnent encore de la cécité collective dont nous avons pu faire preuve. Les impacts désastreux de ce que l’on a ironiquement appelé « la crise des crypto-passifs » sont encore bien présents. Nous nous sommes heureusement bien remis de l’effet perte de « richesse » qui n’avait en réalité jamais existé dans l’économie réelle. Il reste néanmoins de façon très pesante, et c’est sans doute la spécificité la plus singulière de cet évènement, une crise de nature politique et morale ressentie sur toute la planète.</p><p>Comment exiger des comptes à des responsables, puisque nous savions dès le départ qu’il n’y en avait pas ? Quelles mesures corriger, là où il n’y a pas de régulation ? Comment injecter de la liquidité de secours dans un système non monétaire et hors de tout contrôle ? Comment avoir imaginé une valeur durable en absence d’utilité objective autre que le caractère spéculatif ? Comment tant de personnes informées, sensées et éduquées ont pu se convaincre que <a href="https://www.lopinion.fr/edition/economie/nouveau-record-bitcoin-a-veille-d-entree-en-bourse-inedite-241650" target="_blank">la valeur du bitcoin</a> ne pouvait que monter dès lors que le moindre doute provoquerait inéluctablement une prophétie autoréalisatrice inverse ? Comment ne pas avoir vu plus simplement que le masque de la nouveauté technologique dissimulait le visage millénaire de l’appât du gain ?</p><p>Toutes ces questions feront couler encore beaucoup d’encre. Economistes, historiens, philosophes et politiciens identifieront sans aucun doute rétrospectivement les signes avant-coureurs dans le but de nous éviter de tomber à nouveau dans un tel travers. Serons-nous pour autant immunisés contre la spéculation ? Je ne le parierais pas, même pour 1 bitcoin.</p><p><a href="https://www.lopinion.fr/journal/liseuse/2243" target="_blank">&gt;&gt;&gt;&gt;&gt; 50 personnalités imaginent l’actualité du 30 avril 2025 - le numéro 2000 COLLECTOR de l’Opinion</a></p><p><a href="https://www.lopinion.fr/dossier/edito/special-numero-2000-l-opinion-243158" target="_blank">&gt;&gt;&gt;&gt;&gt; LIRE AUSSI : 50 personnalités imaginent l’actualité du 30 avril 2025 - toutes les contributions</a></p><p><a href="https://www.lopinion.fr/dossier/edito/special-numero-1000-l-opinion-125791/page/0/1" target="_blank">&gt;&gt;&gt;&gt;&gt; LIRE AUSSI : Spécial numéro 1000 de l’Opinion</a></p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Fri, 30 Apr 2021 19:16:03 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[HENRI PROGLIO : « LES JOYAUX DE L’INDUSTRIE NE SONT PAS ÉTERNELS… »]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>En France, le capitaine d’industrie fait partie des espèces disparues sous les présidences Sarkozy et Hollande. Pour comprendre les raisons de cette mise à mort, notre reporter politique a retrouvé Henri Proglio, le charismatique « self-made » boss de Veolia et d’EDF (années 1990-2014). Le sujet du jour ? La perte des « joyaux de la couronne » (le titre de son livre). Attention, entretien thermonucléaire ! </p>
<p class="p1">« Je suis seul dans ma chanson, prisonnier à l’extérieur, qui est au bout du refrain ? » (paroles Pascal Mounet). Antibes, Alpes-Maritimes. Raymond Peynet et ses amoureux, Nicolas de Staël et son désespoir, Jean Michard-Pellissier et son fils le regretté Hubert, alias Pelmiche, avocats gaullistes qui arrangèrent les affaires narcotiques des Stones confinés à Villefranche-sur-Mer, le Festival de Jazz, la datcha de Britney Spears, Henri Proglio. Enfant de vendeurs de fruits et légumes du marché Masséna, HEC entré à la Compagnie Générale des Eaux comme attaché, il a sauvé la vieille maison des sottises de Jean-Marie Messier et l’a transformée en géant, Veolia, avant de diriger EDF.<br />Proglio fait fantasmer. Moins pour son physique à la Roy Scheider que pour la puissance qu’on lui prête. Homme secret, au point de publier ses mémoires en plein confinement quand les librairies étaient fermées, il parle toujours à voix basse, je n’aimerais pas être son chargé de clientèle au Groupement interministériel de contrôle. L’attachée de presse de l’éditeur semble presque inquiète de la publicité qui pourrait être faite à l’ouvrage. Son récit, passionnant et accablant, vaut autant pour ce qu’il dévoile que ce qu’il laisse entrevoir (si vous avez prévu de voter Balladur l’an prochain, réfléchissez). Proglio raconte l’intégration modèle des Italiens de la Riviera. Il décrit aussi les hauts-fonctionnaires défroqués, la noblesse de cour et l’effondrement industriel du pays, d’Alstom en Technip jusqu’à la tentative de privatisation d’ADP et bientôt l’équarrissage d’EDF.<br />Un de mes meilleurs amis, économiste, a une règle : ne jamais investir dans une boite dirigée par un énarque ou un polytechnicien. Ça lui réussit très bien. Découvrir la bouille de Messier le mois dernier en couverture des Echos Week-end, revenu inchangé, tel les émigrés de 1815, distribuer ses bons points à l’économie nationale, c’est aussi violent que de militer à l’UNEF et voir son harceleur récompensé aux Trophées de la mixité. Début 2000, quand tout le monde le trouvait trop puissant, invité de la semaine des Inrockuptibles j’écrivais : « Il est cuit, comme avant lui Haberer et Pétriat, concessionnaires de marchés publics se rêvant condottieres d’industrie ». Le paragraphe avait sauté à la maquette, l’hebdomadaire étant à l’époque particulièrement rockuptible. Celui qui, été 2002, avait dû quitter Vivendi la crotte au derrière, s’apprête à khashoggiser Veolia et Suez, avec des airs de vieux sage. « Henri !!! Henri !!! Au secours !!! » </p><p class="p1">Bertrand Burgalat</p><p>Pourquoi ce livre ?<br />Henri Proglio : Je ne voulais surtout pas faire un bouquin de souvenirs, parce que ça ne sert à rien. Il y a trente ans, quand les Américains venaient dans notre pays, ils me disaient à quel point ils étaient émerveillés par la créativité de la France et par l’existence ici de leaders mondiaux dans à peu près tous les domaines industriels. On a vu s’effondrer nombre d’empires dont il ne reste plus de trace. Si vous allez en Crète, on vous fait visiter le Palais du Roi Minos. Là, il n’y a rien, même pas un souvenir. Ces pans entiers de l’industrie française, qui ont été balayés par l’Histoire, n’ont pas disparu : j’ai été sollicité par un groupe indien pour faire partie de leur comité stratégique, ils ont racheté récemment ce qui restait de la sidérurgie française, ils se portent très, très bien ! Ce livre, c’est donc pour jeter une bouteille à la mer.</p><p class="p1">Qu’est-ce qui a provoqué cet effondrement ?<br />C’est l’invasion des systèmes économiques par une élite issue de la haute administration.</p><p class="p1">Cela n’existait pas déjà, ce lien entre le pouvoir et les grandes entreprises, du temps de Pierre Guillaumat et de Sylvain Floirat ?<br />Il y avait de vrais industriels, qu’on appelait capitaines d’industrie quand ils réussissaient, qui menaient des aventures industrielles. Sylvain Floirat, c’était un aventurier qui avait créé un empire, Matra, et qui l’a confié ensuite à un homme qui n’était pas non plus un technocrate, Jean-Luc Lagardère. Un empire qui aura bientôt totalement disparu, mais ça, ce n’est pas la faute de la technocratie, c’est celle de l’héritage. On a une dictature de la haute technocratie d’État qui a envahi le système. Il y a une tendance naturelle à confier le destin de ce pays à ces gens qui sortent de l’Inspection des finances, du Conseil d’État ou du Corps des mines, et ont été formés dans les cabinets ministériels. On en voit le résultat. Vous ajoutez un américanisme galopant, les États-Unis envahissant le monde de manière pacifique avec la gouvernance, la compliance et toutes les règles qui encadrent les entreprises cotées, et vous arrivez à un constat d’échec effrayant.</p>
<p>« LES BANQUIERS D’AFFAIRES N’ONT DE BANQUIER QUE LE NOM …»</p>
<p class="p1">Ce constat d’échec n’empêche pas certains personnages qui ont tout foiré, comme Messier, de continuer à sévir…<br />Ah surtout pas ! Polytechnicien, énarque, inspecteur des finances, il incarne ce système. Essayez de retirer de ses propos une conviction, vous n’y arriverez pas. Ces gens-là ne sont pas forcément mal intentionnés, ils ne croient en rien, ils n’ont pas de vision.</p><p class="p1">Il reste persuadé d’avoir eu raison avant tout le monde avec ses lieux communs sur le numérique… <br />Il partage avec certains de nos dirigeants actuels l’absence d’affect, qui fait leur force. Ils n’ont ni convictions ni regrets, ça rend tout possible.</p><p class="p1">Comment y remédier ?<br />Je crois aux vraies convictions partagées. Cette caste qui méprise le reste du peuple finira par être balayée. Quand, comment, je ne sais pas.</p><p class="p1">Et l’inversion des rapports entre l’entreprise et la banque d’affaires ?<br />Normalement, la finance est au service de l’économie, aujourd’hui l’économie est au service de la finance. Les cours de bourse n’ont plus aucun sens, aucun phénomène concret n’atteint les sphères financières, on va de spéculations en spéculations, de bulle en bulle. La finance est respectable, comme toutes les disciplines techniques. Quand ça devient une fin en soi c’est plus préoccupant. Les banquiers d’affaires n’ont de banquier que le nom, ce sont des conseillers financiers. Un banquier, c’est quelqu’un qui prête de l’argent, les banquiers d’affaires, eux, ne prêtent rien.</p><p class="p1">Dire que Messier a une banque, c’est un abus de langage. Ce qui est aussi contradictoire avec la justification du capitalisme, c’est l’irresponsabilité et la légèreté de ces dirigeants médiocres. Vous écrivez que certaines valeurs individuelles sont incompatibles avec la conduite d’une grande société. On n’est pas loin du Bushido ou de l’officier en première ligne. Slim Pezin, qui a été le directeur musical de Claude François, explique souvent que si l’idole pouvait se montrer odieux avec son entourage, c’est parce qu’il était odieux avec lui-même, qu’il s’infligeait une discipline de fer…<br />Pour moi l’autorité nait du respect des autres, pas de la contrainte, ni de la crainte. Chez Veolia j’ai beaucoup fait en matière d’apprentissage, on essayait de donner un sens à l’expression ascenseur social dans notre centre de formation, qui allait du CAP au Bac +5. Quand je remettais les prix, on me demandait souvent des conseils pour réussir et je répondais : « Avant de vous demander si vous méritez la reconnaissance de vos chefs, ce qui est la règle dans le monde actuel, posez-vous la question de savoir si vous méritez le respect de vos collaborateurs. Les gens qui vous tirent vers le haut c’est très bien, mais ceux qui vous portent, c’est beaucoup plus important, car ils sont plus nombreux, plus stables et plus fidèles. » Savoir si je pouvais être digne du respect des gens que je dirigeais, c’est ça qui m’a porté toute ma vie.</p><p class="p1">On ne voit pas où les caciques actuels pourraient avoir appris ces choses-là…<br />Je ne vais pas comparer un chef d’entreprise à Napoléon, mais qu’est-ce qui fait que, malgré ses déconvenues et les défaites, ses soldats l’adoraient ? C’est parce qu’il vivait à leurs côtés, qu’il était avec eux. Franchet d’Espérey disait : « Quand on est officier de la Légion, on n’a pas besoin de se retourner pour savoir si les hommes vous suivent ». Si les équipes ont le sentiment que vous êtes simplement guidé par la Bourse, par les aléas et les opportunités, que vous n’avez pas une vision à laquelle vous les associez…</p><p></p>
<p>LE PDG ET SON DOUBLE_<br />Nostalgique d’un temps où la France pouvait encore être fière de son parc industriel, l’ex-boss de Veolia souhaite aujourd’hui enrayer son lent démantèlement.</p>
<p class="p1"><br />Mais aujourd’hui, dans les affaires, le modèle de commandement c’est plus Gamelin que Chateau-Jobert… <br />Dans le CAC 40, si vous cherchez les capitaines d’industrie il n’y en a pas beaucoup. Un type comme Carlos Tavares, qui n’est pas spécialement jovial, en est un. Ghosn, qui était peut-être un dictateur, aussi.</p><p class="p2">Que pensez-vous de l’offensive de Veolia sur Suez ?<br />Du mal. J’ai consacré 39 ans de ma vie à Veolia, j’ai embauché et formé Frérot, alors après il paraît qu’il faut tuer le père, rien de surprenant à ça. Cette opération est un non-sens qui va fortement impacter le métier de la délégation de service public, créé au XIXe siècle, qui implique à la fois des compétences et une compétition. Si vous n’avez pas de compétition je ne vois pas pourquoi vous délègueriez à une entreprise privée un monopole public. Sous prétexte de renforcer Veolia, on va pousser à la régie la plupart des collectivités locales qui ne veulent pas, et on le comprend, d’un monopole privé. Et cela ne se limitera pas à la France, puisqu’on n’aura pas de vrai concurrent mondial. Cette opération est en train d’abîmer les deux groupes dans leur essence même. En 2005, quand il avait été question d’associer nos activités à l’étranger, elles étaient alors complémentaires. Ils ont finalement préféré fusionner Gaz de France avec Suez pour éviter que Suez se fasse acheter par les Italiens. Ils ont évidemment ruiné Gaz de France, comme ils ont ruiné tout le reste.</p><p class="p2">Et aujourd’hui c’est le démantèlement d’EDF…<br />Ça fait trente ans que l’Allemagne cherche à le faire. Grand pays industriel, ils connaissent l’importance de l’énergie dans cette compétition. La France possède un atout considérable, EDF, grâce au nucléaire et à l’hydraulique. Il y a eu un triple pari en 1946 : donner à la France une indépendance énergétique, une compétitivité dans ce domaine, et à tous les Français un service de l’électricité de même qualité et de même prix. Cinquante ans après, non seulement le pari a été gagné mais on est deux fois et demi moins cher que l’Allemagne. Ce constat fait l’admiration du monde entier et l’agacement de Berlin. Ça ne s’arrange pas quand, pour des raisons purement politiciennes, Merkel se met en tête de lancer l’energiewende, catastrophe absolue qui met au tapis les deux gros électriciens du pays, fait exploser le coût et les émissions de CO2. Comme il leur est impossible de revenir en arrière, la seule issue est de tuer la concurrence et EDF. </p><p class="p2">On a accepté ?<br />Bon an mal an, la France a résisté. Arrive le candidat Hollande. En 2012 le PS négocie un accord avec les Verts. Le chef de la délégation du PS est Michel Sapin. Un membre de la délégation EELV pousse le bouchon et, au milieu de la nuit, Sapin lui dit « Je vous lâche 24 réacteurs nucléaires ». La moitié du parc nucléaire ! L’émissaire manque de tomber à la renverse, il avait pour mission d’en obtenir deux. Il reste deux heures en interruption de séance tellement il se marre. Président d’EDF, je n’ai pas le droit d’intervenir dans la campagne, mais j’ai quand même 180 000 personnes qui peuvent légitimement se demander pourquoi le chef ne dit rien. À une question de lecteurs du Parisien sur le sujet je réponds : « Si on arrête le nucléaire c’est un million d’emplois détruits ». Hurlements des socialistes. Hollande fait cette déclaration historique : il y a deux mecs que je vais virer immédiatement si je suis élu, c’est Squarcini et Proglio. J’ai tenu jusqu’à la fin de mon mandat. Hollande, réalisant plus tard que Sapin avait signé n’importe quoi, rectifie le tir en disant « deux réacteurs ». Lesquels ? Il cherche la centrale la plus ancienne, c’est Fessenheim. On venait de la rénover complètement à grand frais. Hollande a tout promis, jusqu’à l’inversion de la courbe du chômage, alors va pour la fermeture de Fessenheim. Mais c’est l’actuel Président qui a tenu cette promesse insensée de son prédécesseur.</p><p class="p2">J’ai l’impression qu’on démolit le nucléaire au moment où il peut venir à bout de ses défauts.<br />Il faut maintenant qu’on arrive à transformer les déchets radioactifs en matière première, d’où l’importance des réacteurs à neutrons rapides, qui vont transformer les déchets en combustible. Sauf qu’en France on a arrêté toutes les recherches et toutes les expérimentations. On n’existe déjà plus dans le nucléaire. L’EPR est en difficulté, et on mise encore tout dessus. Le modèle nucléaire français risque d’être remplacé par le russe et le chinois, et les Américains qui vont s’y remettre.</p><p class="p2">Est-ce que l’écologie politique n’est pas ce qui a fait le plus de mal à la planète depuis 45 ans ? La phobie du nucléaire a fait progresser les énergies fossiles, la voiture électrique fait croire à une alternative au rail, les attaques contre la construction de lignes ferroviaires, le folklorisme architectural et la décentralisation ont permis en creux le mitage et la destruction des centre-villes, les lois réglementant les grandes surfaces ont amplifié la corruption des élus locaux, etc. À propos de Davos et Greta Thurnberg vous parlez de dictature de l’insignifiance…<br />Les écolos sont sympathiques, on leur a expliqué que le vent, le soleil et les vagues peuvent subvenir aux besoins énergétiques de la planète, c’est assez rassurant mais ce n’est pas vrai. La technique les laisse totalement indifférents. Si vous me demandez si les énergies dites renouvelables sont une solution, je vous réponds que c’est une mauvaise réponse à une bonne question. Elles ne sont pas là quand on en a besoin, on n’a pas résolu la question du stockage, les batteries et la production photovoltaïque sont un désastre environnemental, et je n’aimerais pas m’occuper du démantèlement du parc éolien, avec des pales de 32 mètres en matériaux composites indestructibles…</p>
<p>« POUTINE ? JE L’AI TROUVÉ À CHAQUE FOIS TRÈS TIMIDE. »</p>
<p class="p2">Et l’hydrogène, ça va marcher ?<br />Je n’y crois pas du tout, c’est un piège à subventions. Il faut beaucoup d’électricité pour fabriquer de l’hydrogène, il n’y en a pas à l’état pur. La France, qui n’est pas le pays qui a dépensé le plus en la matière, a accordé aux énergies dites nouvelles 50 milliards de subventions en dix ans, autant que coûterait le grand carénage du parc nucléaire. Pour produire 2,5 % de l’électricité française depuis 10 ans… </p><p class="p2">La commission européenne ne nous aide pas à y voir plus clair ?<br />Les pays européens ont tendance à faire désigner des seconds couteaux à Bruxelles, à l’exception des Anglais, qui faisaient nommer des gens pervers, totalement acquis aux Britanniques, qui voulaient récupérer le système européen à leur profit. </p><p class="p2">Quand j’ai entendu Nathalie Loiseau fanfaronner à la radio, quelques heures avant que le Royaume-Uni signe l’accord sur le Brexit, en disant que Boris Johnson était en train de pleurer sa race tellement on l’avait dérouillé, j’ai compris que les Anglais avaient gagné.<br />Avec eux, dès qu’un contrat est signé il est rediscuté, c’est pourquoi il doit comporter des poison pills, afin qu’il ne soit pas contesté sur ses clauses principales. Les Anglais quittant Bruxelles laissent la place aux Allemands. Qu’est-ce qui les gêne ? Leur politique énergétique, qu’ils ont complètement ratée. Et EDF. J’avais amené EDF dans un partenariat de gazoduc paneuropéen avec les Russes, South Stream. Les Allemands ont réussi à faire échouer ce projet. Mais depuis qu’ils ont abandonné le nucléaire en 2012, ils ont rouvert leurs mines de lignite et de charbon, ils ont doublé leurs émissions de CO2 et le prix de l’électricité. Ils ont donc absolument besoin de gaz. D’où leur besoin d’un nouveau réseau, Nord Stream 2, passant par la Mer Baltique. Ils sont en guerre avec les Russes sur les droits de l’homme et à peu près tout, sauf sur le gaz. Nous on est plus malins que ça : les Américains nous disent qu’il faut faire la guerre aux Russes, au lieu de laisser les Allemands tranquilles on interdit Nord Stream 2, on vexe les Allemands et ils assassinent EDF. Il y a une volonté farouche de Bruxelles, sous les ordres de Berlin, d’assassiner EDF tant qu’on n’aura pas lâché sur Nord Stream.</p><p class="p2">Est-ce qu’on n’a pas surestimé Merkel ? Parce que les réformes structurelles, c’est son prédécesseur Schrœder qui les a faites, ce qui l’a amené à être battu…<br />Vous savez où il est Schrœder ? Il est président de Nord Stream. C’est là que l’Allemagne est raisonnable, parce qu’ils savent qu’ils en ont besoin.</p><p class="p2">Comment parvenez-vous, en tant qu’ancien président d’une entreprise nationale, à travailler avec le pouvoir actuel en Russie, c’est à dire avec l’ancien appareil du KGB ?<br />Il est partout le KGB, moi ça ne me gêne pas. Quand j’étais PDG d’EDF j’avais comme interlocuteur Rosatom. Les Russes ont un système nucléaire qui a été entièrement repensé après Tchernobyl, et qui aujourd’hui est remarquable.</p><p class="p2">Vous racontez dans votre livre le clan Eltsine, voyant Gorbatchev entrer dans la pièce, la quitter aussitôt en le traitant de traître. Qu’est-ce qu’ils lui reprochaient ?<br />Ils lui reprochaient d’avoir cassé l’Union Soviétique comme continuation de l’ancien Empire russe, et laissé le pillage s’installer par les oligarques.</p><p></p>
<p>AVEC LES MAINS_<br />Lors de cette masterclass accordée aux lectrices et lecteurs de Technikart, M. Proglio prodigue quelques conseils au Président du Syndicat national de l’édition phonographique.</p>
<p class="p2"><br />Et Poutine ?<br />J’ai eu l’occasion de le voir plusieurs fois, et à chaque fois je l’ai trouvé très timide.</p><p class="p2">On ne peut pas en dire autant de Raffarin avec la Chine et les transferts de technologie. Mata-Hari a été fusillée pour moins que ça…<br />Vous donnez beaucoup de crédit à Raffarin…</p><p class="p2">Je n’ai pas dit qu’il s’y connaissait en technologie ou qu’il parlait chinois, mais la France se vante souvent de construire douze kilomètres de ligne à grande vitesse, et ensuite…<br />La Chine c’est le quart des habitants de la planète, refuser de vendre à l’Asie c’est compliqué. Ce qui importe c’est d’être constamment en avance de phase, d’exporter des matériels, donc des technologies, mais en ayant un temps d’avance dans vos centres de recherche et dans vos projets. Au moins vous leur vendez des équipements, sinon ils se les procurent quand même. Ils achètent tous les modèles d’avions, tous les modèles de centrales nucléaires du monde. Ils voient tout ce qui se fait, puis ils font leur réacteur à eux, qui est un concentré des meilleures techniques existantes dans le monde.</p><p class="p2">La question subsidiaire : comment trouvez-vous la décision rendue hier pour les écoutes de Sarkozy avec son avocat ?<br />Je suis assez scandalisé par le principe. Les filets dérivants, le fait de piéger qui que ce soit en le mettant sur écoute pendant dix-huit mois, ça me dérange, et là, en plus, c’est un délit d’intention. Dans quel pays au monde ce serait acceptable ? C’est une honte. </p><p class="p2">Le très vertueux Benoît Hamon, dont la compagne fait bénéficier un grand groupe de luxe de ses talents d’influence, avait eu cette phrase élégante qui nous rappelle de bons souvenirs : « Si on n’a rien à cacher, il n’y a pas de problème à être écouté ».<br />Notre photographe : Même le juge Van Ruymbeke a déclaré qu’il n’aurait jamais épluché les fadettes d’un avocat…<br />Henri Proglio : Les professionnels de la magistrature savent que c’est inique. Un juge est là pour faire respecter le droit, s’ils se mettent à faire le droit et la loi…</p><p class="p2">Quand j’avais vingt ans ça m’arrivait d’être écouté, par la fine équipe de l’Élysée ou le juge Bruguière. S’il y a un truc qui n’apparaît jamais dans les fiches d’interception, c’est l’humour, et Thierry Herzog en a beaucoup. Aujourd’hui j’aimerais bien être plus souvent écouté, en tout cas pour mes disques.</p><p class="p1">Les joyaux de la couronne, avec Pierre Abou, (Robert Laffont, 312p, 20€.)</p><p class="p3"><br />Entretien Bertrand Burgalat<br />Photos Florian Thévenard </p><p class="p3"> </p><p class="p2"> </p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
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	<pubDate>Thu, 22 Apr 2021 11:14:26 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[The Camp : crash en vue pour le phare de la startup nation | Blast]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Une visite comme un rendez-vous manqué… Ce jeudi 26 mars, aux portes de The Camp, il y a un malentendu. Envoyé par Provence promotion, l’agence de développement de la métropole Aix-Marseille Provence, le carton d’invitation promettait de toucher du doigt un « nouveau modèle français » « au cœur d'un espace qui a entamé sa mue pour devenir la Capitale d'affaires française du futur ». Et notamment, au programme de cette visite de presse, une « rencontre à The Camp avec des dirigeants qui ont fait le choix de s'implanter en Provence » pour des « retours d'expérience d'entrepreneurs et de talents qui ont quitté Londres, San Francisco et Paris pour lancer des activités nouvelles à l'échelon international ». Alléchant, forcément. Sauf que... c’était la veille. Loupé.</p><p>[embedded content]</p>
<p>26 mars 2021, Aix-en-Provence, en route pour le futur...</p>
<p>Ce jour-là, à l’accueil, les agents de sécurité tiquent - plan Vigipirate oblige. Ils finissent par nous laisser entrer respirer l’air du futur. Nous resterons trois heures pour quelques prises de vues, seuls ou presque au milieu d’une sorte de vestige design à la gloire du capital et du numérique. Avec l’impression d’être des touristes perdus devant un de ces monuments de l’ère soviétique figés dans le temps, dans leurs rêves de gloire et leur monumentale mélancolie. Lost in translation...</p>
<p><a href="https://static.blast-info.fr/attachments/stories/2021/-sRduOExR1K99TSF0VOc_Q/attachment-1.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"></a><br />26 mars 2021, Aix-en-Provence, à l’entrée du campus<br />(Crédits Antoine Dreyfus / Blast)</p>
<p>Écrire qu’il n’y a personne dans les couloirs est injuste : il n’y a pas de couloirs à The Camp. Tout est en rondeur, en verre, toile et béton. Le genre de lieu qui en met plein la vue. Il y a même une piscine bioclimatique, c’est dire, un terrain de beach volley, une salle de sport, de l’ombre et des plantes.</p><p><a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.vezzoni-associes.com/architecture/thecamp/">L’agence Vezzoni</a> , du nom de l’architecte marseillaise qui a signé le bâtiment, a bien fait les choses. C’est très beau mais vide. Sur une matinée entière, on aura croisé une demi-douzaine de personnes maximum, dont deux consultants (externes), le fils d’un dirigeant et trois employés. Sans oublier - c’est impossible - le portrait dans le hall du fondateur, Frédéric Chevalier, disparu juste avant l’inauguration dans un accident de la route. L’impression est étrange, forcément. Et flippante, pour dire les choses. Surtout quand on a en mémoire les discours prononcés au berceau du projet, annonçant une véritable fourmilière. The Camp était « vendu » comme la Silicon valley française. Un lieu pour inventer, sous le soleil exactement et au son des cigales, la société de demain. Le génie français était de retour, le monde entier allait débarquer. On allait voir ce qu’on allait voir.</p><p>[embedded content]</p>
<p>26 mars 2021, Aix-en-Provence, The Camp : très beau, très vide...</p>
<p>Pour cet embarquement pour le futur, mis sur orbite en 2017, on se presse autour du berceau. C’est même l’embouteillage. Ils sont tous là, sur la photo et au bas des <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://static.blast-info.fr/attachments/stories/2021/-sRduOExR1K99TSF0VOc_Q/attachment-9.png">éléments de communication</a> : entrepreneurs précédés d'une réputation flatteuse, grands groupes, opérateurs nationaux, collectivités, French tech (l’avant-garde de la start-up nation, « cet écosystème qui bouillonne »...), services de l'Etat.</p><p>L’investissement est à la hauteur, également : 85 millions d’euros au total dont 40 pour financer 12 000 m2 de bâtis, avec des partenaires financiers dont plusieurs du CAC 40 (Accor, Air France-KLM, Sodexo, CMA-CGM, Vinci immobilier, Vinci construction, SNCF Gare &amp; connexions, etc.), des banques (Crédit Agricole, Caisse d’Épargne, Caisse des dépôts), des collectivités territoriales, la Chambre de commerce et d’industrie Marseille-Provence et un apport de Frédéric Chevalier – l’homme/icône du hall d’entrée, qui avait fondé (puis vendu) au début de la décennie 90 <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.highco.com/">le groupe de communication HighCo</a> .</p><p class="blockquote-text">« Le camp de base de ceux qui vont explorer l'avenir »</p><p>Ça devait être la révolution en marche, donc. « The Camp est le camp de base de ceux qui vont explorer l'avenir » entend-on, alors. Jean-Claude Bailly en fut le président éphémère. Des trémolos dans la voix, l’ex-patron de La Poste lançait même : « The Camp est un projet humaniste ! »</p><p>Aujourd’hui, c’est une coquille vide. Un « courant d’air », selon le mot d’un chef d’entreprise marseillais. The Camp, c’est The Crash…</p>
<p>Vaisseau amiral de la macronie</p>
<p>Retour en arrière. En juillet 2016, Emmanuel Macron, alors ministre de l’Économie, débarque à Aix-en-Provence pour veiller sur la gestation du projet, alors en chantier. Équipé d’un casque de réalité virtuelle, <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://gomet.net/quand-thecamp-se-devoile-macron-adore/">l’ancien banquier d’affaires s’offre un survol</a> du site (virtuel, donc), dont la livraison est attendue pour 2017. Il est déjà venu sur place l’année précédente (en 2015) <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://gomet.net/aix-en-provence-lancement-the-camp-leconomie-numerique-etait-cle-du-consensus-construire-metropole-demain/">lancer les grands travaux.</a> Sous le casque, Emmanuel Macron a une vision. Pour lui et pour la France.</p>
<p><a href="https://static.blast-info.fr/attachments/stories/2021/-sRduOExR1K99TSF0VOc_Q/attachment-2.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"></a><br />Le 5 juillet 2016, pas encore président de la République mais ministre, Emmanuel Macron vit « l’expérience ». Sous le casque, la startup nation est là ! Tout s’éclaire...<br />(Crédits The Camp Fred Bruneau)</p>
<p>Le patron de Bercy n’est pas encore Jupiter mais les bases de la start-up nation sont déjà là. « Face à un monde de plus en plus destructif, théorise le futur chef de l’État, il faut accélérer, avoir des structures légères pour aller plus loin (…) La France a besoin de femmes et d’hommes qui prennent des risques ». A ses côtés, Frédéric Chevalier boit du petit lait devant ce tableau qui semble dessiner en creux son portrait.</p><p>« Le monde bouge et cela oblige à de profonds changements », lance l’homme d’affaires, au sujet « d’un lieu de formation, d’acculturation, un lieu transdisciplinaire, transculturel et transgénérationnel ». « Les progrès réalisés lors des 20 prochaines années seront plus importants que ceux réalisés pendant des siècles », annonce-t-il, prophétique.</p><p>Également présent, Pierre-René Lemas, patron de la Caisse des dépôts et consignations, bras armé de l’État en matière économique, a compris le message. Tous les deux énarques, le préfet Lemas et Emmanuel Macron se connaissent bien : le second était l’adjoint du premier de 2012 à 2014 au secrétariat général de la présidence de la République, sous Hollande. « Nous investissons car nous sommes sûrs que ce projet sera rentable, assène le directeur général de la Caisse des dépôts, non seulement économiquement mais aussi sur le plan humain, environnemental ». « The Camp marque un véritable succès de la « saison deux » de la French tech », s’emballe le ministre Macron.</p><p>[embedded content]</p>
<p>Macron 1er (de cordée) et les autres, «  dans le design d’une expérience globale »… (vidéos de promotion de The Camp)</p>
<p>Sur le moment, on ne comprend pas tout : quoi s’agit-il, au juste ? D’imaginer la ville du futur ? D’incuber des start-up ? Développer des produits high tech ? Ou peut-être tout ça à la fois, ou encore autre chose ?... Peu importe. Le milieu économique aixo-marseillais et les élus présents ce jour-là rayonnent. Chacun est en persuadé : il se passe quelque chose. Ceux qui sont là partagent un même sentiment. Un truc grisant, qui vous laisse euphorique : celui d’en être. On se sourit, on parle disruption ou friction, on s’auto-congratule, on trinque à l’avenir – radieux, forcément.</p><p>Opposant historique à Maryse Joissains, maire LR d’Aix-en-Provence depuis deux décennies, Lucien-Alexandre Castronovo se souvient de l’ambiance de l’époque. Cet enthousiasme débordant, il l’a touché du doigt par ricochet lors des séances du conseil territorial : « The Camp ? Tous les élus étaient pour, rappelle ce vieux routier de la politique locale. Frédéric Chevalier était une personnalité reconnue, il s’agissait de développer la métropole en faisant du développement durable. En plus, il y avait la technopole autour, installée depuis 20 ans. Tout cela paraissait cohérent. »</p><p>Habile à sentir les choses, Maryse Joissains ne rate jamais une occasion de répéter combien The Camp va apporter à la Provence. Elle prêche en terrain conquis. Chevalier superstar !</p>
<p>Un destin fracassé dans un virage</p>
<p>Le vendredi 21 juillet 2017, dans l’après-midi, Frédéric Chevalier se tue à moto dans l’arrière-pays à 52 ans, sur la route de Cabriès. Le choc. <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://gomet.net/les-reactions-mort-frederic-chevalier-tweets/">Les hommages tombent de partout</a> pour saluer « l’entrepreneur de génie » et le « visionnaire ». Renaud Muselier, président LR de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (qui a hérité d’un dossier lancé par son prédécesseur, le socialiste Michel Vauzelle), exprime sa « tristesse » comme le porte-parole du gouvernement Christophe Castaner, celle du patron des patrons Pierre Gataz est « très grande », son futur successeur Geoffroy Roux de Bézieux salue un « entrepreneur génial », Jean-Claude Gaudin, le maire LR de Marseille, confie son « immense émotion ». Même Marsactu, poil à gratter de la presse locale, se fend d’un mot pour celui qui, un temps, fut son financeur.</p><p>Cinq jours plus tard, la cathédrale d’Aix est recueillie, pour un dernier adieu. Le souci c’est que le patron « charismatique » que tout le monde pleure a pris, trop vite, un virage connu des motards pour provoquer des sensations fortes. Et qu’il a aussi tué une adolescente, Alexia, presque 15 ans. Carmela et Karim Belaid, ses parents, sont anéantis. Ils vont se battre trois ans dans un sentiment d’abandon pour, enfin, faire reconnaître la non-responsabilité de leur fille dans l’accident. Les assurances ont payé. Le dossier n’a jamais été judiciarisé. Et pas un mot des édiles pour la gamine…</p>
<p><a href="https://static.blast-info.fr/attachments/stories/2021/-sRduOExR1K99TSF0VOc_Q/attachment-3.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"></a><br />Frédéric Chevalier, l’inventeur de The Camp, avec Emmanuel Macron, en juillet 2016.<br />(Crédits The Camp Rea)</p>
<p>La vie continue, et les affaires avec. The show must go on. Claironné partout, l’enjeu est trop important. Homme providentiel ou pas, Aix, la Provence et la France auront leur phare. The Camp doit exister. Mais après ce coup de massue, comment rebondir ? Il faut parer au plus urgent. Un président par intérim, Jean-Claude Bailly, l’ex-boss de La Poste, est nommé. Le business reprend doucement. Le 28 septembre 2017, The Camp ouvre enfin. La fête est belle, la fusée est lancée.</p>
<p>Saison 2, Mounir brosse et dort à The Camp</p>
<p>A l’Élysée, où Emmanuel Macron s’est installé, on couve toujours le projet de près. En juillet 2018, Mounir Mahjoubi délocalise son cabinet trois jours durant sur place. De quoi montrer qu’il est toujours en pointe, donc là où ça se joue. Jamais en mal d’inspiration, le secrétaire d’État en charge du numérique débarque donc avec sa valise et sa brosse à dents. Derrière, il s’agit de vendre la French tech, l’outil/label piloté par l’État pour faire émerger la start-up nation. La chasse aux (futures) licornes est ouverte. Ça tombe bien, Mahjoubi entend passer la seconde. Reprenant l’injonction jupitérienne, il l’explique à La Provence, qui a dépêché son reporter pour saluer l’évènement : « Pendant 5 ans, la French tech a eu pour but de faire émerger des start-up, on en a plus de 10 000 en France. Maintenant cette nouvelle phase, cette saison 2, c’est passer de l’éclosion à l’envol. »</p><p>Devant la presse locale, le ministre mouille la chemise et donne de lui : Mounir précise qu’il va dormir sur place ; Mounir dans un data center ; Mounir, très pro mais très cool, répond à des étudiants au cours d’une interview « pop-corn » (sic) surréaliste : « On est une équipe de X-Men. Le professeur Xavier pourrait être le président. Il prend les décisions pour gérer le pays et nous menons son projet. »<br />Une équipe de... quoi ? De... X-Men ? Sérieusement ?</p><p class="blockquote-text">« On n’a pas besoin de mots, on veut de l'impact ! »</p><p>Si Mahjoubi reste indépassable, un modèle du genre, ses collègues de l’équipe X-Men embrayent. Les ministres défilent : un jour Muriel Pénicaud, en charge du Travail, pour décrire à l’été 2019 « le côté ruche » et les « fertilisations croisées », nourries de « toutes ces rencontres probables et improbables » qu’elle a immédiatement perçues. Jean-Yves Le Drian, lui, a sa vision. Enfin une variante, exprimée un an et demi plus tôt : lui parlait d’une « fertilisation très stimulante ». On apprécie la nuance. Une autre fois, voilà Jean-Baptiste Lemoyne, son secrétaire d’État aux affaires étrangères, qui vient carrément « montrer la voie aux leaders du G7 à Biarritz », parce qu’il a vu ici « des projets concrets qui ont de l'impact ». Et puis, le même le souligne : « on n’a pas besoin de mots, on veut de l'impact ! »</p><p>[embedded content]</p>
<p>Les ministres défilent (extraits de vidéos institutionnelles The Camp)</p>
<p>A un tel niveau, on est effectivement à des sommets, on n’a pas besoin non plus d’être à Biarritz. Difficile de faire plus creux. Or plus ça flotte, plus c’est creux, et réciproquement - la règle ne ment jamais. Et puis quand l’homme de la saison 2 Mounir Mahjoubi n’est plus là pour délivrer de fortes pensées, son successeur au numérique vient à son tour éclairer le présent. En juillet 2019, Cédric O explique combien The Camp est une réussite : « On voit que ça marche ! », lance-t-il, engagé dans son « French tech tremplin ». Paroles d’expert, là encore.</p>
<p>Virtuel vs réel , The match</p>
<p>Problème, il y a la réalité. Elle est cruelle car les résultats, qui ne se paient de mots, sont catastrophiques. A l’opposé des propos grandiloquents déposés en-veux-tu-en-voilà.</p><p>Retour au réel, donc... Depuis la mort de son fondateur, The Camp ne décolle pas. Agissant comme un révélateur, la crise du Covid l’achève. Le site se vide pendant que d’autres lieux numériques moins ambitieux, à Marseille, fonctionnent.</p><p>En février dernier, à la suite d’une alerte des commissaires aux comptes, les banques et les héritiers Chevalier se retrouvent devant <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://static.blast-info.fr/attachments/stories/2021/-sRduOExR1K99TSF0VOc_Q/attachment-6.pdf">le tribunal de commerce.</a> On est au bord de la rupture. Serge Magdeleine, le DG du Crédit agricole Alpes Provence, prend le dossier en mains. Il pèse au sein de la banque. Il est aussi directeur de la transformation digitale et IT du groupe, et membre du comité exécutif. Le digital, c’est son truc. Il accepte de remettre au pot 2,5 millions d’euros. En tout, avec le PGE (le prêt garanti par l’État mis en place lors de la crise sanitaire), 4 millions d’euros sont réinjectés. Un accord de conciliation est trouvé.</p>
<p><a href="https://static.blast-info.fr/attachments/stories/2021/-sRduOExR1K99TSF0VOc_Q/attachment-4.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"></a><br />26 mars 2021, Aix-en-Provence : print the legend !<br />(Crédits Antoine Dreyfus / Blast)</p>
<p>Pendant ce temps, la presse spécialisée fait état des grincements de dents des entreprises partenaires, dont certaines voudraient se désengager. La lettre A <a href="https://www.blast-info.fr/articles/2021/the-camp-crash-en-vue-pour-le-phare-de-la-startup-nation--sRduOExR1K99TSF0VOc_Q#footnotes">[1]</a>, par exemple : « Agnès Moutet-Lamy, directrice territoriale Grand Sud-Est de cette filiale de la SNCF chargée de la gestion des gares voyageurs (Gares &amp; Connexions, ndlr) souhaite réduire les investissements, d'autant que la baisse des redevances a été considérable. »</p>
<p>Des collectivités légères, légères, légères...</p>
<p>Les collectivités locales et territoriales continuent, elles, à soutenir le projet même si la gêne est palpable dans leurs rangs – le refus systématique opposé aux demandes de réaction est symptomatique de la tension existante autour de ce dossier. Dans la corbeille, la métropole Aix-Marseille-Provence, présidée jusqu’en 2018 par Jean-Claude Gaudin et depuis par la LR Martine Vassal, a mis 10 millions d’euros. Le conseil départemental des Bouches-du-Rhône dirigé par la même Martine Vassal détient une créance de 5 millions. Même somme pour la région Paca. Contrairement à ce que <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.challenges.fr/economie/the-camp-le-lieu-totem-daix-marseille-en-passe-detre-sauve_757692">le magazine Challenges</a> assure, la dette n’a pas été annulée. Les 20 millions des collectivités sont toujours à rembourser. Ils devaient commencer à l’être en 2020. Dans les faits, il est question de rogner 10% du total, soit 2 millions d’euros passés par pertes et profits.</p><p>[embedded content]</p>
<p>26 mars 2021, Aix-en-Provence : la ruche est vide, désespérément vide...</p>
<p>De son côté, la chambre de commerce - qui n’est pas dans le tour de table des collectivités - y est de sa poche pour un million d’euros. « Il y a eu un décalage du remboursement, précise à Blast Philippe Blanquefort, directeur général de la CCI métropolitaine Aix-Marseille-Provence. Compte tenu du contexte, nous avons décidé de le décaler en 2023 ». Il sera progressif : « 20 000 euros en 2023, 80 000 euros en 2024, et ainsi de suite », détaille le même Philippe Blanquefort. A condition que l’avenir ne ressemble pas au présent, et que The Camp décolle enfin.</p><p>A la chambre de commerce toujours - où Frédéric Chevalier s’était un temps investi, pilotant un club de patrons baptisé le Top 20 -, on veut encore et toujours croire à la réussite. Philippe Blanquefort, à nouveau : « Le tribunal de commerce a validé le plan de redressement, nous n’avons pas à nous prononcer sur ce protocole, ce n’est pas notre rôle. Mais dès le départ nous avons cru à ce projet. Oui, The Camp a des difficultés financières et de gouvernance mais nous sommes très bienveillants à son égard car c’est un projet essentiel pour le développement de nos territoires. »</p>
<p>Faire semblant de croire...</p>
<p>Dans le plan publiquement vendu, la société d’exploitation envisageait bien de commencer à rendre l’avance consentie à partir de la 3ème année d’exercice, censée être celle de l’équilibre. C’est ce qui était promis par les promoteurs de The Camp, encore en 2019, alors que le déficit est déjà profond. Dans les faits, ceux qui ont annoncé ce timing, comme ceux qui ont voulu y croire, ont fait preuve d’un bel élan d’optimisme. On a fait semblant de croire possible quelque chose – un mirage - qui ne l’était pas. Quand on sait que les collectivités n’ont pas le droit de consentir des avances remboursables sur plus de 5 ans, on peut s’interroger : a-t-on en toute connaissance de cause survendu des délais... qu’on savait impossible à tenir ?</p><p>[embedded content]</p>
<p>En mai 2019, Olivier Mathiot, le président de The Camp, affiche son optimisme au micro de MProvence TV. La réussite à portée de doigt...</p>
<p>Un bon connaisseur du dossier le confie à Blast, sous couvert d’anonymat : « C’est un montage inacceptable : atteindre l’équilibre en 3 ans était impossible, par conséquent ils auraient dû garantir les avances et l’activité sur le foncier. Le vrai problème c’est celui-là : avoir mis les collectivités uniquement sur la société d’exploitation et pas sur l’immobilier ». Dans le montage du projet, les deux sont en effet séparés : d’un côté l’exploitation (la SAS The Camp), de l’autre l’immobilier et le foncier (The Camp i).</p><p>Alors que la première, aujourd’hui placée sous assistance respiratoire, prend l’eau, la deuxième se porte nettement mieux : la SAS The Camp affichait 22 millions d’euros de déficit cumulé à la fin de l’exercice 2019 (le dernier déposé) ; quand à The Camp i, si la société a plus de 20 millions d’emprunts à rembourser au Crédit Agricole et à la Caisse d’Epargne, <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://static.blast-info.fr/attachments/stories/2021/-sRduOExR1K99TSF0VOc_Q/attachment-7.png">la valeur vénale du site</a> est estimée, après expertise, entre 25,1 et 30,4 millions d’euros… L’argent public est donc arrivé sur la première. Il a permis en particulier de payer les loyers : 2,25 millions d’euros par an versés à la SCI The Camp i - dans les dernières et récentes négociations, ce montant aurait été revu à la baisse.</p><p>Si on résume, le contribuable a été mis à contribution pour soutenir une activité bancale sur laquelle de nombreuses questions pouvaient se poser dès le départ, pendant que les collectivités étaient tenues à l’écart de la seconde entité, sur laquelle la véritable valeur était agrégée…</p>
<p><a href="https://static.blast-info.fr/attachments/stories/2021/-sRduOExR1K99TSF0VOc_Q/attachment-5.jpg" target="_blank" rel="noopener noreferrer"></a><br />Un site... endormi (photo promotionnelle The Camp)<br />(Crédits The camp / Géraldine Aresteanu)</p>
<p>Cette dichotomie exploitation/immobilier a d’ailleurs été au cœur du bras de fer livré en coulisses ces dernières semaines, entre les banques, qui espéraient solder définitivement l’activité pour se payer sur la bête, et les collectivités pieds et poings liés, qui ont tout fait pour empêcher ce plan de se réaliser. Finalement, tout le monde a conclu qu’il était urgent d’attendre. Inenvisageable en effet, alors que les discours triomphants résonnent encore dans la pinède, d’annoncer que le projet annonciateur du monde de demain s’était déjà crashé, que l’incarnation de la startup nation était un cuisant échec et que des millions d’euros d’argent public avaient été brûlés sans garantie en aussi peu de temps - pour une ode à l’initiative privée...</p><p class="blockquote-text">« The Camp est quasiment mort avec Chevalier »</p><p>Frédéric Chevalier disparu en 2017, The Camp avait perdu son père fondateur, avec ses qualités, ses défauts, son énergie, sa vision. Le projet était fou mais au moins il était incarné. Le voilà orphelin. « The Camp est quasiment mort avec Chevalier, estime un chef d’entreprise en vue, peu amène avec ceux qui ont suivi. Il faut que quelqu’un le reprenne et l’incarne à son tour. » D’après nos informations, une offre de reprise a été faite récemment, mais elle a été refusée.</p><p>Depuis 2017, les successeurs ont géré l’après Chevalier. Il y a d’abord eu, nous l’avons vu, Jean-Paul Bailly. Président par intérim, l’ancien patron de la RATP (1994-2002) puis de La Poste (2002-2013), centriste, polytechnicien et habitué aux grands groupes, a réussi à attirer d’autres mastodontes du CAC 40, la SNCF et il a sauvé les meubles. Venu du digital, Olivier Mathiot l’a remplacé en mai 2018, en tant que président non exécutif.</p><p>« D’entrée, ça part mal, note un patron du cru. Non exécutif, ça veut dire quoi ? Il ne... prend pas de décisions ? » Cousin de Pierre Kosciusko-Morizet, ce diplômé d’HEC a été le directeur marketing de Priceminister. « Président de Rakuten France, il est un entrepreneur reconnu et engagé dans le développement de l’économie collaborative et l’essor global du secteur du numérique qui participe positivement à la création du monde de demain ! », précise une notice biographique de The Camp.</p><p>[embedded content]</p>
<p>26 mars 2021, Aix-en-Provence, lost in translation...</p>
<p>« La création du monde de demain » ? Visiblement, ce n’est pas une évidence pour tout le monde. Plusieurs sources nous l’ont affirmé : les relations entre le directeur général Patrice Ceccaldi et Olivier Mathiot ne sont pas bonnes. Arrivé en 2019, le premier a coupé dans les salaires, jugés trop nombreux et élevés. Le nombre de salariés est ainsi passé de 67 en 2018 à 53 en 2021.</p><p>Pour autant, les documents comptables que nous nous sommes procurés témoignent d’un certain embonpoint. La masse salariale pèse 3,748 millions d’euros (cotisations sociales comprises) en 2017. En 2019, elle grimpe à 4,770 millions d’euros. En 2016, le salaire du président de The Camp - il s’appelle alors Frédéric Chevalier - s’élève à 420 000 euros net (35 000 euros net mensuels). Il n’est plus « que » de 287 281 euros net (23 940 euros nets mensuels) en 2017. Et il baisse encore de 63 % en 2018 pour se fixer à 105 000 euros net (8 750 euros net, tout de même), avec l’arrivée d’Olivier Mathiot. Ce qui reste confortable pour un « non exécutif » dans une boîte aux résultats catastrophiques et sous perfusion d’argent public. D’autant que certains reprochent mezza voce à l’ex-président de France Digitale de ne pas avoir su attirer les investisseurs qu’il devait faire venir.</p>
<p>Décrochage</p>
<p>Curieusement, les mentions relatives à la rémunération de la présidence n’apparaissent plus dans les comptes déposés pour l’exercice 2019. Olivier Mathiot l’exerce au titre de Math invest, sa société... spécialisée dans la production de films pour le cinéma, à qui elle a été confiée. Interrogé par Blast, il explique qu’elle n’est plus que de « 60 000 euros annuels » « depuis 2019 ». Parce « [qu’]il s’agit d’accompagner les efforts de chacun », complète-t-il. Il nous a aussi assuré ne toucher aucune autre rémunération en lien avec The Camp – par exemple au titre d’une activité de consultant.</p><p>Si aucun document officiel ne permet de le vérifier (The Camp n’ayant pas publié ses comptes en 2020), la façon dont la rémunération du président s’est effondrée depuis 2016 témoigne a minima d’un décrochage inquiétant.</p>
<p><a href="https://static.blast-info.fr/attachments/stories/2021/-sRduOExR1K99TSF0VOc_Q/attachment-8.png" target="_blank" rel="noopener noreferrer"></a><br />Extrait des comptes 2017 et 2018 de la SAS The Camp:à la ligne 622000, le montant de la rémunération du président. En 2019, cette ligne dédiée a disparu...</p>
<p>La vie de The Camp prolongée après le jugement de conciliation du 16 février (tribunal de commerce d’Aix) – qui acte pour mémoire la poursuite de l’activité de la société d’exploitation -, une nouvelle page peut-elle s’écrire ? Le projet va-t-il enfin décoller pour flotter au même niveau que les discours qui ont présidé à sa naissance ?</p>
<p>Futur incertain</p>
<p>En off, beaucoup de proches du dossier confient leur pessimisme, laissant entendre qu’on n’a fait que repousser l’échéance. Malgré tout, si ces belles promesses ont une chance un jour de se réaliser, ce pourrait être sans Olivier Mathiot. L’auteur de <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.radio-en-ligne.fr/podcasts/40-nuances-de-next">« 40 Nuances de Next »</a> (une série de podcast sur les champions de la tech française) est donné partant en mai. Franchement pas mécontent de lui, l’actuel président du truc du futur dément à Blast un éventuel départ : « Je ne sais pas d’où viennent ces rumeurs. Je n’ai pas besoin de partir pour l’instant car c’est justement une présidence non exécutive, qui ne demande pas la même implication qu’une direction générale opérationnelle, qui elle est assurée par Patrice Ceccaldi. »</p><p>L’intéressé vient pourtant d’être <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.maddyness.com/2021/03/24/olivier-mathiot-directeur-general-fonds-investissement-2050-marie-ekeland/">recruté comme directeur général</a> de 2050, un nouveau fond d’investissement aux ambitions affichées. Une nouvelle étape sur un parcours en marche vers le futur, à la vitesse de la lumière. A cette vive allure pas sûr qu’Olivier Mathiot ait le temps d’apercevoir, de tout là-haut, le crash annoncé. Quelque part, sur terre, en Provence.</p><p>Au milieu de la garrigue. Là où dort aujourd’hui un mirage.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
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	<pubDate>Mon, 19 Apr 2021 20:11:06 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Bitcoin : l’intenable promesse d’une monnaie pour tous]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Le 13 mars dernier, le cours de bitcoin a battu un nouveau record en dépassant les <a href="https://www.latribune.fr/depeches/reuters/KBN2B50E1/le-cours-du-bitcoin-a-depasse-60-000-dollars.html">60 000 dollars</a>, alors qu’il valait moins de 10 000 dollars il y a un an. La première cryptomonnaie au monde apparaît ainsi plus que jamais comme un instrument spéculatif qui répond essentiellement à une recherche d’enrichissement privé.</p>
<p><a href="https://images.theconversation.com/files/393619/original/file-20210406-23-1okc8s4.jpeg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=1000&amp;fit=clip"></a><br />Évolution du prix moyen du bitcoin depuis 2017 en dollars. <a class="source" href="https://cdn.statcdn.com/Infographic/images/normal/23669.jpeg">Statista</a>, <a class="license" href="http://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/4.0/">CC BY-NC-SA</a></p>
<p>En tant que tel, le bitcoin s’oppose radicalement à un vaste ensemble d’instruments monétaires et financiers alternatifs basés sur une reconnaissance de l’utilité de l’interdépendance des activités économiques et de leurs acteurs dans une société, tels les systèmes d’échange locaux, les monnaies locales complémentaires ayant parité avec les monnaies nationales ou fédérales, les systèmes de crédit interentreprises ou les monnaies fiscales.</p><p>Lancée en 2009, au lendemain de la crise financière, la cryptomonnaie semble également s’être éloignée de sa promesse d’origine : celle de <a href="http://www.slate.fr/story/204473/bitcoin-cours-records-engouement-speculation-cryptomonnaie-inutile-nuisible-environnement">rendre le pouvoir aux utilisateurs</a> en confiant sa gestion à une technologie plutôt qu’à une autorité centrale (Banque centrale, État, entreprise, etc.).</p><p><a href="https://journals.openedition.org/oeconomia/7702?lang=en">L’usage d’un logiciel libre</a> pour produire le bitcoin n’en a pas fait un bien « commun ». Un commun se distingue d’un bien public par le fait que sa propriété est collective (ce qui le distingue d’un bien privé) et que son usage et les modalités de sa gestion impliquent la reconnaissance et la participation de parties prenantes.</p><p>Autrement dit, il s’agit de la gestion collective d’une ressource partagée. Au-delà de la flambée spéculative de ses cours ces derniers mois, plusieurs arguments montrent que le bitcoin n’a rien d’un commun.</p>
<p>Une logique déflationniste</p>
<p>D’abord, la <a href="https://www.allnews.ch/content/points-de-vue/plan-b?utm">rareté du bitcoin</a> est incluse dans son processus même d’émission, et ce dès sa création. Elle est déterminée par la difficulté de son minage par ordinateur et est croissante. Le coût de chaque unité émise augmente et le nombre de bitcoins émis chaque année décroît.</p><p>En revanche, si la demande de bitcoins augmente, du fait de cette rareté instituée à travers son mode même de création et si ceux et celles qui le détiennent le stockent sans le faire entrer dans des opérations d’échanges de biens et services, le cours de chaque unité existante ne peut que structurellement croître.</p><p>Le bitcoin s’inscrit ainsi dans une logique déflationniste. Le prix du bitcoin augmentant, celui d’une marchandise décroît si on l’exprime en bitcoin pour savoir combien il faut payer pour l’acquérir. Quand on raisonne en bitcoin, on peut avoir l’impression d’une baisse des prix alors qu’exprimés en dollar ou en euro les prix absolus et relatifs peuvent demeurés inchangés.</p><p>Pour répondre à cette baisse nominale et exprimer des prix de plus en plus petits, la dénomination du bitcoin a été de plus en plus subdivisée. Cette baisse ne joue bien évidemment en rien sur le niveau général des prix.</p><p>Mais, l’effet déflationniste peut ne pas se révéler seulement nominal dès lors que les placements en bitcoin deviennent/deviendraient/deviendront plus conséquents. Car son émission ne se fait pas en proportion d’une demande pour un usage autre que lui-même.</p>
<p>Le bitcoin est souvent comparé par sa rareté à l’or, ces deux valeurs sont pourtant très différentes. <a class="source" href="https://www.shutterstock.com/image-photo/close-lump-gold-mine-on-wooden-689056129">Shutterstock</a></p>
<p>Il est souvent comparé par sa rareté à l’or mais celui-ci a des usages industriels et artisanaux spécifiques. Le bitcoin n’en a pas et il pourrait donc ne pas y avoir de limites à l’effondrement de son cours à la différence des métaux précieux ou de titres basés sur des biens réels.</p>
<p>Une monnaie de placement</p>
<p>Un crédit destiné à accroître la consommation et la production n’a jamais un effet déflationniste. C’est une différence forte entre la création de bitcoins et le crédit bancaire ou le financement des déficits publics : quand la monnaie créée par le crédit sert à des dépenses sous forme d’investissement et de consommation, ces dernières induisent une distribution de revenus qui peut avoir un effet inflationniste si l’offre globale de biens et services est inférieure à la demande. Mais ces dépenses ont aussi pour effet d’augmenter les capacités de production et le niveau d’activité et des échanges.</p><p>Dans le cas du bitcoin, hormis le revenu du fournisseur d’électricité et des plates-formes sur lesquelles se font les transactions avec cette monnaie virtuelle – pour autant qu’il soit converti et dépensé, et ne soit pas conservé sous forme de cryptomonnaie – celui-ci n’enclenche aucune dynamique de circuit économique comparable à celle du crédit bancaire ou de la dette publique. Il serait donc impossible qu’il joue un rôle pour relancer l’économie ou au contraire la tempérer en cas de surchauffe.</p><p>Avec le bitcoin, on se situe essentiellement dans une <a href="http://www.slate.fr/story/204473/bitcoin-cours-records-engouement-speculation-cryptomonnaie-inutile-nuisible-environnement">logique de monnaie de placement</a> et de survaleur par montée des cours sans effet réel immédiat sur l’économie ; si ce n’est un effet de richesse. Toutefois, la captation de ressources englouties dans des mécanismes spéculatifs au détriment de l’économie productive a bien des effets déflationnistes sur l’ensemble du système économique.</p><p>Le bitcoin se nourrit de la surliquidité des systèmes financiers entretenue par les programmes des banques centrales et la création de monnaie par les banques commerciales. Plus le poids du bitcoin dans les logiques de placement serait/sera important plus il absorberait/absorbera de liquidités créées par ailleurs, et plus son effet déflationniste pèserait/pèsera.</p>
<p>Une cryptomonnaie très polluante</p>
<p>Rappelons que les bitcoins sont émis en faisant tourner des ordinateurs pour résoudre des équations qui sont de plus en plus complexes afin de raréfier son émission. Ce « minage » implique donc une consommation électrique croissante.</p><p>Aujourd’hui, selon le <a href="https://cbeci.org/">Cambridge Bitcoin Electricity Consumption Index</a> (CBECI), la consommation annuelle du bitcoin est en train d’atteindre 128 TWh (terawatt-heure), soit 0,6 % de la consommation mondiale d’électricité (l’équivalent de la consommation d’un pays <a href="https://www.bbc.com/news/technology-56012952">comme la Norvège ou l’Argentine</a>). À titre de comparaison, la consommation électrique de Google atteint 12,2 TWh en 2019 et celle par l’ensemble des centres de données dans le monde, à l’exception de ceux qui minent du bitcoin, environ 200 TWh.</p><p>Le problème n’est pas seulement la consommation d’électricité pour produire du bitcoin, mais le fait que celle-ci pourrait être consommée pour produire des biens et services présentant une utilité réelle, en particulier si on se rappelle qu’aujourd’hui plus de <a href="https://www.afd.fr/fr/page-thematique-axe/energie">800 millions de personnes dans le monde</a> n’ont pas accès à l’électricité.</p><p>En Iran par exemple, où la production de bitcoin s’est développée illégalement, les fermes de minage seraient à l’origine de <a href="https://observers.france24.com/fr/moyen-orient/20210201-enqu%C3%AAte-iran-bitcoins-fermes-pannes-courant">pannes gigantesques de courant</a>. Une activité également entreprise depuis peu par <a href="https://www.01net.com/actualites/le-venezuela-mine-des-bitcoins-dans-un-bunker-militaire-pour-tenter-de-sauver-son-economie-2020371.html">l’armée au Venezuela</a>. En Chine, lorsque l’énergie générée par les barrages s’amenuise pendant les saisons sèches, on recourt à l’électricité produite dans le nord du pays à base de lignite ; un des charbons les plus polluants que l’on connaisse et qui fait subir aux Chinois des pics élevés de pollution.</p>
<p>La consommation annuelle du bitcoin est en train d’atteindre 128 TWh, soit l’équivalent de la consommation d’un pays comme la Norvège. <a class="source" href="https://www.shutterstock.com/image-photo/bitcoin-cryptocurrency-mining-farm-761471725">Shutterstock</a></p>
<p>Aussi, à l’opposé même d’un partage des savoirs, qui est au cœur de la gestion des communs, le bitcoin s’appuie sur une double compétence appropriée par quelques-uns : celle relative au monde financier et celle des technologies informatiques, en particulier celle du cryptage des informations.</p>
<p>Des bitcoins concentrés entre quelques mains</p>
<p>On doit aussi noter qu’à l’image même de l’hyperfinance contemporaine, la propriété des bitcoins est <a href="https://www.bloomberg.com/news/articles/2020-11-18/bitcoin-whales-ownership-concentration-is-rising-during-rally">extrêmement concentrée</a>. On peut parler d’oligopole. Au printemps 2021, sur un total d’environ 100 millions de possesseurs de bitcoin, trois portefeuilles détiendraient 7,18 % de tous les bitcoins existants. Entre un et deux millions de bitcoins appartiendraient à son seul créateur Satoshi Nakamoto (ou au groupe initiateur qui se cache derrière ce nom).</p><p>Un peu plus de 100 comptes individuels détiendraient 13 % du total des comptes bitcoin (totalisant une valeur d’environ 80 milliards de dollars). Et mille individus ou entités, que l’on désigne comme étant les whales, détiendraient 40 % de la masse de bitcoins (correspondant à environ 240 milliards de dollars). Certaines sources indiquent que ces whales correspondraient à 2 500 comptes.</p><p>Cette concentration de la propriété des bitcoins, même si elle <a href="https://insights.glassnode.com/bitcoin-supply-distribution">peut être nuancée</a> tant sa mesure peut apparaître difficile, est à l’opposé de toute idée de gestion d’un commun en usage partagé.</p><p>On peut aussi remarquer que le petit nombre de détenteurs d’une portion significative de bitcoins leur donne la capacité de spéculer à la hausse, comme à la baisse, sur le cours du bitcoin et pour ceux et celles qui spéculent par des opérations à terme de s’enrichir ; alors que d’autres sont des propriétaires attendant de réaliser plus tard leurs gains, à moins que les autorités monétaires et financières, à l’instigation des autorités politiques, prennent des décisions de régulation de ce marché.</p><p>La récente forte augmentation du cours du bitcoin pourrait être attribuée aux <a href="https://www.bloomberg.com/news/articles/2021-01-05/stimulus-check-some-buy-stocks-on-robinhood-bitcoin-btc-ps5-with-600">aides distribuées par le gouvernement américain</a> aux ménages. Pour certains, ces aides auraient permis de répondre à des besoins réels : rembourser leurs dettes pour prêts immobiliers, frais médicaux et pour l’éducation. Ces aides sont donc allées au système financier qui aurait subi des pertes importantes sinon.</p><p>Et pour d’autres, ayant vécu une diminution de leurs opportunités de dépenses du fait de leur confinement, les masses épargnées ont été placées et sont, pour partie, allés grossir les portefeuilles de bitcoins ; elles ont donc contribué à faire monter son cours. De ce point de vue et par bien d’autres, le bitcoin n’a rien d’une finance alternative car il est bel et bien partie prenante de l’empire de la liquidité et de ses soubresauts périodiques.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
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	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/482/avec-joe-biden-enfin-un-impot-minimum-mondial%E2%80%A6-made-in-usa</guid>
	<pubDate>Sun, 18 Apr 2021 21:02:44 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/482/avec-joe-biden-enfin-un-impot-minimum-mondial%E2%80%A6-made-in-usa</link>
	<title><![CDATA[avec Joe Biden, enfin un impôt minimum mondial… &quot;made in USA&quot; ?]]></title>
	<description><![CDATA[<p class="article-text article-body__item">« S’il était mis en œuvre, un tel accord international conduirait à rendre caduque le modèle de développement des paradis fiscaux. » Gabriel Zucman*, économiste français, prof à la prestigieuse université de Berkeley et conseiller de Bernie Sanders, <a href="https://www.marianne.net/economie/impot-minimum-sur-les-societes-le-modele-des-paradis-fiscaux-deviendrait-caduc">n’y va pas par quatre chemins.</a> En clair, le plan de Joe Biden casserait la baraque ou plutôt les édifices fiscaux bâtis depuis des décennies dans plusieurs pays allergiques au percepteur. Par quel miracle ? Le nouveau président entend fixer une règle mondiale assez simple mais aux effets colossaux : taxer les bénéfices d’une multinationale selon la répartition territoriale de son chiffre d’affaires.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>

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