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	<title><![CDATA[Signet Loupe: Articles de blog de Économie]]></title>
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	<description><![CDATA[]]></description>
	
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	<pubDate>Fri, 14 May 2021 22:23:35 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[La Grande Réinitialisation, c&#039;est aussi la lutte contre le racisme - voici pourquoi]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>La Grande Réinitialisation a été lancée le 3 juin par Klaus Schwab et le Prince Charles.<br />Selon la chef du FMI, cela signifiera "un monde plus vert, plus intelligent et plus juste".<br />Schwab cite Mandela sur le lien entre le racisme, l'économie et des sociétés équitables.</p>
<p>La Grande Réinitialisation - reconstruire l'économie mondiale d'une manière plus juste et plus verte alors que nous sortons de la pandémie de coronavirus - exigera également des sociétés qu'elles combattent et battent le racisme.</p><p>Dans ses derniers mots lors du lancement du projet mercredi, le fondateur et président exécutif du Forum économique mondial, Klaus Schwab, a choisi de citer Nelson Mandela, un homme emprisonné pendant des années pour avoir lutté contre le racisme institutionnel en Afrique du Sud sous l'apartheid et qui est devenu le président du pays.</p><p></p><p>Nelson Mandela et Klaus Schwab</p><p>Image : Forum Économique Mondial</p><p>"Il y a 21 ans, j'étais sur scène avec Nelson Mandela à Davos lorsqu'il a déclaré : "Nous devrions mettre un terme au fléau du racisme et des divisions. Cela nécessite des institutions démocratiques fortes et la volonté de tous, ainsi qu'une culture de la compassion. Rien de tout cela n'est possible sans une économie forte et une société cohésive".</p><p></p><p>Davos 1999</p><p>Image : Forum Économique Mondial</p><p>Si une grande partie de la Grande Réinitialisation portera sur la durabilité environnementale et une meilleure utilisation de la technologie, elle vise également à rechercher une plus grande équité et moins d'inégalités.</p><p>"La crise COVID-19 nous a montré que nos anciens systèmes ne sont plus adaptés au XXIe siècle", a déclaré M. Schwab dans son discours d'ouverture. "Elle a révélé le manque fondamental de cohésion sociale, d'équité, d'inclusion et d'égalité".<br /></p><p>Nous pourrions essayer de revenir au monde que nous avions avant la pandémie, a-t-il dit, mais cela risquerait "d'amplifier bon nombre des tendances que nous constatons aujourd'hui : la polarisation, le nationalisme, le racisme et, en fin de compte, les troubles sociaux et les conflits".</p><p>Une grande remise à zéro de la façon dont l'économie et la société fonctionnent ferait le contraire, a-t-il dit.</p><p>C'était aussi le moment de soutenir ceux qui avaient été laissés de côté. Juliana Rotich, Venture Partner chez Atlantica Ventures à Nairobi, a déclaré que nous étions à un point d'inflexion.<br /></p><p>"Il y a une opportunité de centrer la réinitialisation sur ceux qui sont les plus vulnérables, ceux qui sont à la limite où il suffit de quelque chose comme une pandémie pour glisser dans la pauvreté".</p><p>D'autres intervenants lors du lancement ont fait écho aux préoccupations de M. Schwab concernant l'inégalité et le racisme.</p><p>Le président de Microsoft, Brad Smith, a fait une référence directe au conflit racial dans son propre pays et à la façon dont la Grande Réinitialisation pourrait faire partie de la solution.</p><p>"Les données, et plus largement la technologie, sont des outils indispensables pour résoudre presque tous les problèmes auxquels nous sommes confrontés", a-t-il déclaré.</p><p>"Et donc, lorsqu'il s'agit de protéger les droits fondamentaux des gens, comme nous le voyons aujourd'hui aux États-Unis, nous nous sommes concentrés pendant plusieurs années sur l'utilisation des données pour mettre en lumière les disparités, par exemple, entre les pratiques de la police sur les Afro-Américains aux États-Unis par rapport aux autres populations - c'est une partie de ce que nous devrons aborder dans le monde entier".</p><p>Dans un discours passionné, Kristalina Georgieva, la directrice du Fonds monétaire international, a déclaré que la Grande Réinitialisation aboutirait à un "monde plus vert, plus intelligent et plus juste".</p><p>"Nous savons que cette pandémie, si elle est laissée à elle-même, va aggraver les inégalités", a-t-elle déclaré.</p><p>"Mais si nous nous concentrions sur l'investissement dans les personnes, dans le tissu social de nos sociétés, dans l'accès aux opportunités et à l'éducation pour tous, dans l'expansion des programmes sociaux - alors nous pourrions avoir un monde qui serait meilleur pour tous".</p><p>Licence et Republication</p><p class="article-footer__source">Les opinions exprimées dans cet article sont celles de leur auteur et non celles du Forum économique mondial</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Fri, 14 May 2021 22:12:48 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/559/la-grande-reinitialisation-un-sommet-unique-pour-debuter-2021-communiques-de-presse</link>
	<title><![CDATA[La &quot;Grande Réinitialisation&quot; : un sommet unique pour débuter 2021 &gt; Communiqués de presse]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>La "Grande Réinitialisation" ("Great Reset") sera le thème d'un sommet unique qui aura lieu en janvier 2021, et qui sera convoqué par le Forum Économique Mondial.<br />La "Grande Réinitialisation” est un engagement à construire conjointement et de manière urgente les bases de notre système économique et social pour un avenir plus juste, plus durable et plus résistant.<br />Elle exige un nouveau contrat social centré sur la dignité humaine et la justice sociale, et dans lequel le développement économique n’empiète pas sur le progrès de la société.<br />La crise sanitaire mondiale a mis à nu des ruptures de longue date dans nos économies et nos sociétés, et a créé une crise sociale qui nécessite de toute urgence la création d’emplois décents et significatifs.<br />Le sommet se tiendra à la fois en présentiel et virtuellement, et mettra en relation les principaux dirigeants gouvernementaux et les chefs d’entreprises à Davos avec un réseau mondial de participants présent dans 400 villes du monde entier pour un dialogue tourné vers l'avenir et animé par la jeune génération.<br />L'annonce de la "Grande Réinitialisation" sera faite par SAR le Prince de Galles et Klaus Schwab lors d'une réunion virtuelle aujourd'hui à 14h30, heure d'été d'Europe centrale, et peut être suivie <a href="http://www.wef.ch/3junebriefing">ici</a>.</p>
<p>Genève, Suisse, 3 juin 2020 – La "Grande Réinitialisation" sera le thème d'un sommet unique qui sera convoqué par le Forum économique mondial en janvier 2021. La 51e Réunion Annuelle du Forum Économique Mondial réunira des dirigeants de gouvernements, d'entreprises et de la société civile, ainsi que différents acteurs du monde entier dans une configuration sans précédent qui comprendra des dialogues en personne et virtuels.</p><p>"Nous n'avons qu'une seule planète et nous savons que le changement climatique pourrait être la prochaine catastrophe mondiale ayant des conséquences encore plus dramatiques pour l'humanité. Nous devons décarboniser l'économie dans la courte fenêtre d’action qui nous reste et mettre à nouveau notre pensée et notre comportement en harmonie avec la nature", a déclaré Klaus Schwab, fondateur et président exécutif du Forum Économique Mondial.</p><p>"Afin d'assurer notre avenir et de prospérer, nous devons faire évoluer notre modèle économique et placer les humains et la planète au cœur d’une création de valeur mondiale. S'il y a une leçon essentielle à tirer de cette crise, c'est que nous devons placer la nature au cœur de notre mode de fonctionnement. Nous ne pouvons tout simplement pas perdre plus de temps", a déclaré S.A.R. le Prince de Galles.</p><p>"La Grande Réinitialisation est la confirmation que nous devons considérer cette tragédie humaine comme un signal d'alarme. Nous devons construire des économies et des sociétés plus égales, plus inclusives et plus durables, qui soient plus résistantes face aux pandémies, au changement climatique et aux nombreux autres défis auxquels nous sommes confrontés au niveau global", a déclaré António Guterres, secrétaire général des Nations unies à New York.</p><p>"Une Grande Réinitialisation est nécessaire pour construire un nouveau contrat social qui honore la dignité de chaque être humain", a ajouté M. Schwab. "La crise sanitaire mondiale a mis à nu la non-durabilité de notre ancien système en termes de cohésion sociale, d'absence d'égalité des chances et d'inclusion. De plus, nous ne pouvons pas non plus tourner le dos aux maux causés par le racisme et la discrimination. Nous devons intégrer dans ce nouveau contrat social notre responsabilité intergénérationnelle pour nous assurer que nous sommes à la hauteur des attentes des jeunes".</p><p>"La COVID-19 a accéléré notre transition vers l'ère de la quatrième révolution industrielle. Nous devons nous assurer que les nouvelles technologies dans le monde numérique, biologique et physique restent centrées sur l'homme et servent la société dans son ensemble, en offrant à chacun un accès équitable", a-t-il déclaré.</p><p>"Cette pandémie mondiale a également démontré une fois de plus à quel point nous sommes interconnectés. Il est de notre devoir de rétablir un système fonctionnel de coopération mondiale intelligente, structuré pour relever les défis des 50 prochaines années. La Grande Réinitialisation exigera que nous intégrions tous les acteurs de la société mondiale dans une communauté d'intérêt, d'objectif et d'action communs", a déclaré le Professeur Schwab. "Nous devons changer de mentalité, passer d'une réflexion à court terme à une réflexion à long terme, passer du capitalisme actionnarial à la responsabilité des parties prenantes. La gouvernance environnementale et sociale et la bonne gouvernance doivent être des éléments mesurés de la responsabilité des entreprises et des gouvernements", a-t-il ajouté.</p><p>Ce sommet innovant sera une Réunion Annuelle très différente, reflétant l'esprit de la "Grande Réinitialisation". Il offrira une occasion unique, au début de l’année 2021, de réunir à Davos les principaux dirigeants gouvernementaux et commerciaux du monde entier, tout en s'inscrivant dans le cadre d'un sommet mondial animé par la jeune génération, afin de garantir que le dialogue sur la "Grande Réinitialisation" dépasse les limites de la pensée traditionnelle et soit véritablement tourné vers l'avenir.</p><p>Pour ce faire, le Forum Économique Mondial s'appuiera sur des milliers de jeunes dans plus de 400 villes du monde entier, la communauté des "Global Shapers", qui seront reliés à un puissant réseau virtuel pour interagir avec les dirigeants de Davos. Chacun de ces hubs appliquera une politique de portes ouvertes pour intégrer tous les citoyens intéressés dans ce dialogue, ce qui rendra la Réunion Annuelle ouverte à tous. En outre, les médias mondiaux et les réseaux de médias sociaux mobiliseront des millions de personnes en leur permettant de partager leurs contributions tout en leur donnant accès aux discussions de la Réunion Annuelle de Davos.</p><p>L'annonce de la "La Grande Réinitialisation" a été faite par S.A.R. le Prince de Galles et le professeur Schwab lors d'une réunion virtuelle, suivie de déclarations du secrétaire général des Nations unies, António Guterres, et de la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva.</p><p>Leurs déclarations ont été soutenues par les voix de tous les groupes d'acteurs de la société mondiale, notamment Victoria Alonsoperez, fondatrice et directrice générale de Chipsafer, Uruguay, et membre de la communauté des "Young Global Leader" ; Caroline Anstey, présidente et directrice générale de Pact, États-Unis ; Ajay S. Banga, directeur général de Mastercard, États-Unis ; Sharan Burrow, secrétaire générale de la Confédération syndicale internationale (CSI), Bruxelles ; Ma Jun, président du Green Finance Committee de la China Society for Finance and Banking et membre du comité de politique monétaire de la Banque populaire de Chine ; Bernard Looney, directeur général de bp, Royaume-Uni ; Juliana Rotich, associée, Atlantica Ventures, Kenya ; Bradford L. Smith, président, Microsoft, États-Unis ; et Nick Stern, président, Grantham Research Institute on Climate Change and the Environment, Royaume-Uni.</p><p>Dans la perspective de la Réunion Annuelle, le Forum accueillera une série de dialogues virtuels, "The Great Reset Dialogues". Ces dialogues sont une initiative conjointe du Forum Économique Mondial et de S.A.R. le Prince de Galles. Des contributions à la "Grande Réinitialisation", seront également sollicitées par l'intermédiaire d'UpLink, la plateforme numérique du Forum Économique Mondial, en vue de rassembler des innovations en faveur des Objectifs de développement durable</p><p>La carte ci-dessous indique l'emplacement des hubs de la communauté des "Global Shapers" : plus de 420 hubs et 11’000 actuels et anciens "Global Shapers".</p><p></p><p>Notes aux éditeurs</p><p>En savoir plus sur <a href="http://www.wef.ch/thegreatreset" target="_blank" rel="noopener">la Grande Réinitialisation</a></p><p>Explorez la <a href="https://intelligence.weforum.org/topics/a1Gb00000038qmPEAQ?tab=publications" target="_blank" rel="noopener">Strategic Intelligence Platform et les Transformation Maps</a> du Forum<br />En savoir plus sur l’<a href="https://urldefense.proofpoint.com/v2/url?u=http-3A__wef.ch_impact&amp;d=DwMFaQ&amp;c=VWART3hH1Kkv_uOe9JqhCg&amp;r=ckttTGXi_B7fxoiN2TJjnIa7ICBQ2ptGrEgP4zF8P-Q&amp;m=agDuIY96UIvpKXtnmO85pyUbCzW39AfgZ2R_Eybqhvc&amp;s=71H6I0bUQHa5kBB2i3p9bFdblS3ZHOcIsi5hb9-mH1w&amp;e=" target="_blank" rel="noopener">impact</a> du Forum</p><p>Toutes les opinions exprimées sont celles de leurs auteurs respectifs. Le blog du Forum économique mondial est une plateforme neutre et indépendante dont le but est de lancer des débats sur les sujets majeurs qui contribuent à façonner les agendas du monde, des régions et des industries</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Fri, 14 May 2021 21:35:45 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Populisme et Néolibéralisme : « Les deux faces d’une même pièce »]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Dans son dernier ouvrage : Populisme et Néolibéralisme, l’économiste David Cayla cherche à faire la connexion entre ces deux phénomènes mondiaux que tout semble opposer mais qui ne sont, en réalité, que « les deux faces d’une même pièce ». Entretien.</p>
<p>C’est un habitué de nos colonnes que nous retrouvons aujourd’hui pour nous parler de son dernier livre. Nous avions déjà rencontré l’auteur à deux reprises. La première fois, c’était pour <a href="https://mrmondialisation.org/david-cayla-leconomiste-iconoclaste-qui-chamboule-les-certitudes/">la publication de L’Economie du réel</a>, un ouvrage brillant dans lequel David Cayla s’attelait à détricoter les grands principes du néolibéralisme. La seconde fois, c’était en compagnie de la regrettée Coralie Delaume. L’occasion d’<a href="https://mrmondialisation.org/la-lutte-climatique-incompatible-avec-les-traites-europeens/">analyser ensemble les failles de l’Union européenne</a>.</p><p>Dans ce quatrième livre, David Cayla décide de s’attaquer à deux phénomènes qui bousculent la vie politique et économique de nos sociétés modernes : le populisme et le néolibéralisme. L’occasion pour lui de clarifier la définition de populisme – un terme un peu galvaudé à force d’être utilisé à tout vent – et d’expliquer en quoi ce phénomène est une réaction populaire aux dogmes néolibéraux.</p>
<p>Depuis quelques années, le terme populisme s’est largement imposé dans le débat public. On a l’impression cependant qu’il est utilisé pour désigner tout et son contraire. On accuse Marine Le Pen d’être populiste, quand <a href="https://mrmondialisation.org/francois-ruffin-avec-les-gilets-jaunes-les-invisibles-sont-devenus-hypervisibles-interview/">François Ruffin se revendiquait comme tel dans nos colonnes</a>. Qu’est-ce que le populisme exactement ?</p>
<p>David Cayla : Il y a, en gros, deux manières d’aborder le populisme. La première, pour caractériser un parti ou un leader politique. Dans une optique souvent péjorative, on dit d’un leader qu’il est « populiste » parce qu’il serait démagogue et qu’il manipulerait les colères populaires pour se faire apprécier des électeurs en jouant sur l’opposition peuple / élites. Il arrive aussi que l’étiquette soit revendiquée et assumée. Dans ce cas, le populisme renvoie à un projet plus structuré qui impliquerait de rassembler et d’unifier les revendications populaires pour porter un programme de transformation sociale et politique. C’est cette seconde acceptation qui a cours parfois à gauche, notamment chez François Ruffin, et qui explique qu’il puisse se revendiquer comme populiste sans forcément être un démagogue.</p>
<p><a href="https://i0.wp.com/mrmondialisation.org/wp-content/uploads/2021/01/david-cayla2-scaled.jpg"></a><br />David Cayla. Crédit : Elsa Margueritat</p>
<p>Mais il existe une façon totalement différente d’envisager le populisme. Elle consiste à s’interroger non sur l’offre politique mais sur la demande des citoyens. La question n’est donc plus de se demander qui est populiste, mais de savoir pourquoi une population peut être attirée par des idées et des mouvements antisystèmes qui renvoient au populisme. C’est cette seconde approche que j’adopte. Je crois en effet qu’il est vain de chercher à caractériser politiquement le populisme. Certes, la littérature nous enseigne qu’il existe certains critères. Les populistes sont anti-élites et antisystème. Pour le politologue allemand Jan-Werner Müller ils seraient également anti-pluralistes puisqu’ils revendiquent avoir le monopole de l’expression populaire. Mais le populisme dénote surtout une manière particulière de faire de la politique, un certain rapport au monde. On range ainsi sous ce label des organisations clairement d’extrême droite telles que les « Proud boys » qui soutiennent Donald Trump, les dirigeants conservateurs de Hongrie et de Pologne, les gouvernements autoritaires de Russie et de Turquie, des mouvements de gauche comme Podemos, mais aussi le Mouvement cinq étoiles italien, les anti-masques, les pro-Raoult, les gilets jaunes…</p><p>Tous ces mouvements n’ont pas grand-chose en commun d’un point de vue programmatique et ne partagent en général pas la même vision du monde. Mais ceux qui les soutiennent ont néanmoins des points communs. S’enthousiasmer sur le professeur Raoult ou le Mouvement cinq étoiles, c’est exprimer une profonde défiance envers les institutions et les classes dirigeantes. En somme, le populisme n’a pas nécessairement d’idéologie structurée car il est avant tout le produit d’un certain état d’esprit, celui d’une défiance populaire qui entend se soulever contre un système jugé oppressif.</p>
<p>Le populisme serait donc pour vous un phénomène social plutôt que politique ?</p>
<p>David Cayla : Exactement ! Ce qui a fait le succès de Didier Raoult, de Donald Trump et de Beppe Grillo c’est qu’ils ont su incarner un élan de révolte. La cristallisation s’est faite sur leur personne, mais elle aurait pu se faire autrement. Le populisme est une réaction chimique qui précipite soudainement dans un système social instable. Si Raoult est devenu le héros des taxis marseillais, ce n’est pas en raison de son discours sur l’hydroxychloroquine ou de la pertinence de ses remèdes, mais parce qu’une partie de la population française, traumatisée par l’annonce du confinement et la confusion du pouvoir, avait besoin de dire « non ». Rappelons que deux semaines avant que le confinement ne soit décidé, le gouvernement profitait d’un Conseil de défense consacré à la pandémie pour annoncer que la réforme des retraites passerait sans examen parlementaire, via la procédure du 49-3.</p>
<p><a href="https://fr.tipeee.com/mr-mondialisation" class="tipeee-project-small">Soutenez Mr Mondialisation sur Tipeee</a></p>
<p>La crise sanitaire arrive donc dans un contexte de défiance profonde vis-à-vis du pouvoir. Aussi, lorsque la « punition » du confinement est annoncée, au moment où le gouvernement s’avère incapable d’approvisionner les soignants en masques et en matériel médical et que les conditions de travail à l’hôpital sont déplorables, il devient nécessaire qu’une figure d’opposition émerge pour capter cette colère. Ce fut Didier Raoult. Il a été, en quelque sorte, l’instrument de cette révolte, tout comme Trump a été l’instrument du désarroi des populations ouvrières et rurales méprisées, victimes de la mondialisation et de la désindustrialisation. Ce ne sont pas seulement les personnalités qui sont populistes, c’est le mouvement qu’elles incarnent et la colère qu’elles représentent.</p><p>Par ailleurs, il faut prendre conscience que le populisme prend des formes spécifiques d’un pays à l’autre en fonction des caractéristiques et de l’histoire des peuples. En France, les mouvements populistes ont tendance à être laïcs et teintés de libertarisme, en Europe centrale ils sont davantage autoritaires et conservateurs, tandis qu’aux États-Unis ils peuvent être anti-État et très religieux, comme le fut le mouvement du Tea Party. En somme, le populisme c’est le retour d’un certain refoulé populaire. On réaffirme une identité collective, souvent fantasmée, contre des classes dirigeantes perçues comme extérieures au peuple et défendant des intérêts contraires à ceux de la population.</p>
<p>Vous mettez en lumière un paradoxe : les leadeurs populistes qui entendent faire tomber le système en sont souvent des représentants particulièrement scintillants. Comment l’expliquez-vous ?</p>
<p>David Cayla : Un bon leader populiste est rarement une personne qui est elle-même issue des classes populaires. Cela tient à la raison évoquée plus haut. L’objectif de la population qui se donne au populisme est de contester le système en ouvrant une brèche. Lorsqu’on soutient Raoult, c’est d’abord pour contester la « dictature sanitaire ». Or, quoi de mieux qu’un médecin éminent, directeur d’un institut hospitalo-universitaire, pour contredire les décisions du Conseil scientifique ? De même, si l’on veut contester l’arrogance des « yankees » de la côte est, quoi de mieux que de mettre à la Maison Blanche un milliardaire de New York ? En instrumentalisant un membre de l’élite, les classes populaires prennent une sorte de revanche symbolique sur ceux qui, à leurs yeux, les ont trahies. S’approprier un membre de la classe dominante permet de révéler la faiblesse et l’hypocrisie du système qu’elles dénoncent.</p><p>Mais tous les mouvements populistes n’ont pas nécessairement de leader. Les représentants des gilets jaunes incarnaient bel et bien le peuple français dans toute sa diversité. C’est peut-être justement ce qui a fait la faiblesse du mouvement. Aucun leader incontesté n’a pu émerger, sans doute parce qu’aucune des personnalités qui représentaient les gilets jaunes ne bénéficiait de la légitimité que lui aurait conféré le fait d’appartenir à la classe dirigeante. De ce fait, il manquait un élément important dans le mouvement des gilets jaunes : le plaisir de retourner les élites contre elles-mêmes.</p><p>« Le populisme est avant tout un contremouvement qui se veut réparateur. »</p><p>Pour comprendre ce paradoxe, il faut en revenir à l’analyse que fait l’historien et économiste Karl Polanyi de la crise des années 1930. Voulant comprendre les causes de l’émergence des mouvements fascistes en Europe, Polanyi estime qu’ils constituent une sorte de réponse, un « contremouvement », créé par la société en réaction à la destruction de l’ordre et des institutions traditionnelles.</p><p>Les causes du populisme sont pratiquement les mêmes que celles du fascisme des années 1930. Le populisme est avant tout un contremouvement qui se veut réparateur. Son objectif est moins de précipiter le « grand soir » de la révolution prolétarienne que de remettre la société « à l’endroit ». Seuls ceux qui appartiennent aux classes supérieures rêvent d’une société horizontale et sans frontières, d’un monde plat et sans règles où chacun se livrerait à ses passions individuelles. Les classes populaires, elles, ont surtout envie de retrouver un cadre, des règles, dans lesquels elles auraient toute leur place et le sentiment de compter collectivement. Elles refusent d’être immergées dans le bain de la compétition des désirs individuels. C’est pour cela qu’elles sont attachées à la Nation et à l’imaginaire culturel, historique et politique qui s’y rattache. À l’inverse, rien n’est plus angoissant que de sentir que le pays dans lequel on vit est gouverné par des gens qui n’ont aucun sens des responsabilités et qui semblent jouir du pouvoir de manière totalement immature.</p><p>Pour remettre la société à l’endroit, il faut donc trouver l’un des membres de la classe dirigeante qui semble plus honnête, plus sincère, plus attentif au peuple. C’est cette incarnation que cherchent inconsciemment les populations qui se donnent au populisme. Davantage qu’une rupture, c’est un rétablissement qu’elles attendent.</p>
<p>Pour certains, le populisme est susceptible de représenter une menace pour les démocraties libérales. D’autres intellectuels de gauche, comme Chantal Mouffe, analysent le populisme comme une nouvelle manière de faire de la politique. Qu’en est-il au juste ?</p>
<p>David Cayla : Les deux visions ne sont pas incompatibles ! Le populisme peut effectivement être une nouvelle façon de faire de la politique. Les leaders qui parviennent à agréger les mécontentements peuvent susciter un fort sentiment d’adhésion et remporter de fulgurantes victoires électorales. Après tout, c’est ainsi qu’Emmanuel Macron a gagné la présidentielle de 2017. Tout ce qui vient d’être dit sur le populisme s’applique en effet parfaitement à la campagne électorale de Macron. Il a incarné une forme de rupture avec le système tout en en étant un membre éminent. Pour lancer sa campagne, il publie un livre dont le titre, Révolution, veut sonner le glas de « l’ancien monde ». Il est très jeune, donc neuf, mais aussi ancien ministre, ancien banquier d’affaires, énarque. C’est le Didier Raoult de la politique. Celui qui ose se lever, briser le consensus et le clivage gauche-droite. La stratégie électorale qu’il a mise en œuvre fut indéniablement populiste.</p>
<p><a href="https://i0.wp.com/mrmondialisation.org/wp-content/uploads/2021/01/7bfc294f27bce2ff320ae5e83303fa60.jpg"></a><br />Alex Gross – <a href="http://www.alexgross.com/paintings/">Source</a></p>
<p>Cela dit, on parle ici de la seule campagne présidentielle. Pour ce qui est de faire de la politique, Macron n’a en rien innové. Il a tout de suite repris les habitudes du système politique qu’il avait dénoncées jusqu’à la caricature, ce qui explique l’effondrement de sa popularité. De même, son gouvernement n’a en rien rompu avec les politiques menées par ses prédécesseurs ; il les a plutôt radicalisées, montrant une arrogance et une incompétence dans la gestion des affaires de l’État que la pandémie de Covid-19 s’est chargée de révéler aux yeux du plus grand nombre, avec son lot d’impréparations et d’amateurisme à tous les étages.</p><p>Mais le populisme peut aussi être un danger pour les démocraties libérales. En premier lieu, parce qu’il se nourrit de la défiance et du désordre. Le moteur du populisme est le sentiment d’un dysfonctionnement général et profond de la société. Mais si l’on perd confiance dans les institutions, si on ne croit plus au suffrage universel, aux médias, à la parole scientifique… le risque existe de ne pas accepter, par exemple, les mesures sanitaires élémentaires, voire le résultat des urnes, comme cela se passe chez certains soutiens de Trump. La défiance envers les institutions participe d’un affaiblissement du cadre commun indispensable à la vie démocratique. Le risque est de faire émerger des contre-sociétés avec leurs propres institutions, leurs propres médias, leurs propres croyances… qui seront d’autant plus virulentes et violentes qu’elles estiment être des victimes systémiques et qu’elles cherchent de ce fait à s’autonomiser et à s’émanciper.</p><p>Le populisme peut enfin être un danger dans sa manière de se revendiquer du peuple. Comme Müller l’explique dans son livre, cette revendication est avant tout morale au sens où ces mouvements peuvent tout à fait être très minoritaires dans l’opinion… ce qui ne les empêche pas de prétendre être les porte-parole de la « majorité silencieuse ». Le problème est qu’en s’identifiant à un « peuple » perçu comme un ensemble homogène, ils délégitimisent a priori toute expression susceptible de contredire leurs thèses. Autrement dit, ils en viennent à considérer ceux qui s’opposent à eux comme des traîtres à la solde d’intérêts économiques particuliers. Cela m’a beaucoup frappé chez les adeptes de Didier Raoult qui rangeaient systématiquement ceux qui contestaient leurs affirmations parmi les vendus au « Big Pharma » ou au pouvoir macroniste. Tous ceux qui les contredisent sont ainsi mis « en dehors » du peuple, ce qui revient à dire qu’il ne faut pas écouter leurs arguments ni leur répondre, mais les combattre et les traiter en ennemis. Il est clair qu’une telle attitude est extrêmement dangereuse pour la démocratie et interdit tout débat serein.</p>
<p>Pourquoi l’Union européenne est-elle structurellement propice à l’émergence de leaders populistes en son sein ?</p>
<p>David Cayla : Les mouvements populistes ont toujours existé et touchent aujourd’hui tous les pays du monde. Pendant longtemps, ils ont été très présents en Amérique latine (péronisme, chavisme…) ou dans les pays arabes (nasserisme), avant de s’imposer dans les anciens pays communistes. On pensait, il y a encore quelques années, que le populisme traduisait surtout la fragilité des démocraties des pays en transition. Mais le fait que des pays développés ayant une très ancienne tradition démocratique comme le Royaume-Uni, les États-Unis ou les Pays-Bas soient touchés contredit cette thèse.</p><p>Les pays de l’Union européenne ont connu des phénomènes populistes plus récemment, mais surtout plus massivement. Comment l’expliquer ? C’est d’abord l’un des effets de la crise économique et financière de 2008 et de la crise de l’euro. La gestion des faillites bancaires de 2009, les cures d’austérité imposées à l’Europe du Sud, le conflit ouvert entre le gouvernement grec et les autorités européennes en 2015 ont participé à susciter la défiance des citoyens envers les institutions européennes et leurs classes politiques. Dans beaucoup de pays, notamment en France, l’influence des partis traditionnels s’est soudainement effondrée.</p><p>Il faut dire que les gouvernements apparaissent impuissants à combattre la crise financière et les paradis fiscaux, impuissants à engager une politique commerciale ferme vis-à-vis de la Chine et à éviter une désindustrialisation accélérée. À cette impuissance économique s’est ajoutée une impuissance politique dans la gestion de la crise des réfugiés depuis 2015. Sans oublier la crise sanitaire du coronavirus qui semble avoir particulièrement touché l’Europe et qui a participé à la perte de crédibilité des autorités politiques.</p><p>L’incapacité des dirigeants à résoudre les problèmes économiques, migratoires et sanitaires affaiblit mécaniquement la confiance des peuples. Mais cette impuissance est en réalité structurelle. En effet, les gouvernements nationaux doivent agir dans un cadre supranational qui limite leur capacité de décision et leurs choix politiques. Comment lutter contre la désindustrialisation alors que la politique commerciale est négociée exclusivement à l’échelle européenne ? Comment maîtriser les flux migratoires alors que les traités imposent la libre circulation des personnes au sein de l’UE ? Comment contrer l’évasion fiscale alors que le droit européen sanctifie le libre mouvement des capitaux ?</p><p><br />Ce n’est pas un hasard si l’Union européenne est particulièrement vulnérable au populisme. C’est parce qu’elle a créé dans les années 90, avec le marché unique et l’euro, un cadre institutionnel qui limite le pouvoir des gouvernements nationaux. Je renvoie le lecteur à l’ouvrage du politologue Yasha Mounk, Le Peuple contre la démocratie, dans lequel il explique que l’Union européenne est l’archétype d’un système de démocratie limitée. « La politique de l’euro zone offre un exemple extrême d’un système politique dans lequel les citoyens ont la sensation d’avoir de moins en moins à dire à propos de ce qui se passe dans leur vie », écrit-il avant de qualifier le régime d’Europe de l’Ouest de « libéralisme antidémocratique ». C’est du besoin de démocratie, de l’idée de reprendre le contrôle, que naissent les mouvements populistes dans l’opinion.</p>
<p>Votre livre est également l’occasion de revenir sur ce qu’est réellement le néolibéralisme. Un terme quelque peu malmené selon vous. En effet, on se représente souvent le néolibéralisme comme une théorie économique rigoureusement construite, dont les principes ont été imposés partout par les grandes institutions internationales avec une rigueur quasi-religieuse. Or, dans votre livre, vous défendez une thèse alternative. Il n’y aurait pas un néolibéralisme mais une multitude de néolibéralismes ?</p>
<p>David Cayla : Ce n’est pas ma thèse mais celle que défend le philosophe Serge Audier, dans un livre magistral publié en 2012, Néo-libéralisme(s). Audier défend l’idée que le néolibéralisme est multiple, et surtout que les thèses de Milton Friedman et de Friedrich Hayek, qui se sont imposées dans les années 1980, sont très différentes du néolibéralisme originel théorisé dans les années 1930 et synthétisé lors du colloque Walter Lippmann de 1938. Il y aurait donc, selon Audier, non pas un mais plusieurs néolibéralismes aux propositions très différentes.</p><p>Si je me suis intéressé aux thèses néolibérales, c’est parce que j’y vois la clé pour comprendre les phénomènes populistes que nous connaissons actuellement. Mais pour cela il faut en revenir à la nature des doctrines néolibérales. En effet, en dépit de leur diversité, toutes les écoles néolibérales adhèrent à quelques principes qu’elles ont en commun, ainsi qu’à une certaine vision du monde qui s’inspire des théories économiques contemporaines.</p><p>Qu’est-ce que le néolibéralisme ? C’est un système de pensée qui se propose d’établir un nouveau rapport entre le pouvoir politique et l’économie. Dès son origine (mais c’est vrai également pour Hayek et Friedman) le néolibéralisme s’oppose à la fois au laisser-faire du libéralisme manchestérien du XIXème siècle et à l’interventionnisme arbitraire du keynésianisme et du planisme. Toute la pensée néolibérale repose sur la conviction que le marché n’est pas une institution naturelle capable de s’autoréguler. C’est pour cette raison que l’intervention de l’État est indispensable. Mais cette intervention doit se faire sans dénaturer les mécanismes du marché. Au contraire, il faut accompagner le marché dans sa fonction de régulation et d’organisation de l’économie et de la société.</p><p>Les doctrines néolibérales appréhendent le marché comme une institution dont la fonction première serait non pas d’organiser les échanges mais surtout de créer un système de prix à partir desquels les agents économiques vont s’organiser économiquement et socialement. Pour que cette institution soit efficace, il faut donc que les prix soient produits par les seuls mécanismes de l’offre et de la demande, dans le cadre d’un marché concurrentiel. Or, si on laisse le marché sans surveillance, il est susceptible de dégénérer, par exemple en portant atteinte aux mécanismes concurrentiels ou en créant des situations nuisibles à l’ordre social. L’État doit donc intervenir à plusieurs niveaux. Il doit faire en sorte de préserver la concurrence, il doit garantir l’ordre social, il doit instaurer une monnaie stable dans le temps pour éviter de désorganiser les prix et, enfin, il doit favoriser le libre-échange, ce qui permet d’agrandir le marché et de le rendre plus performant.</p>
<p>Crédit : Elsa Margueritat</p>
<p>Les principes néolibéraux interdisent toute politique qui pourrait désorganiser les prix ou dénaturer les équilibres concurrentiels. Les auteurs néolibéraux sont ainsi opposés aux interventions discrétionnaires et ils prônent un système juridique très encadré qui limite strictement l’action des gouvernements en matière économique. En somme, ils théorisent l’impuissance économique de l’État en le mettant au service du marché. Ces principes n’empêchent pourtant pas des interventions quantitatives ou l’indemnisation des phénomènes accidentels. C’est en s’appuyant sur cette idée que les gouvernements en sont venus à verser des milliards d’allocations et de subventions aux agents économiques dont l’activité avait souffert lors de la pandémie. Mais, souvenez-vous, même pendant les confinements il ne fallait pas dénaturer les principes concurrentiels. C’est ainsi que les rayons livre des grandes surfaces alimentaires ont été fermés.</p><p>Le néolibéralisme n’est pas un simple laissez-faire. C’est la mise en œuvre d’une politique d’accompagnement et de soutien au marché, c’est la destruction méthodique de toute entrave à la concurrence, c’est la création ordonnée d’une société de marché mue exclusivement par les idéaux de compétitivité et de performance marchande.</p><p>« C’est le propre des idéologies dominantes que de pouvoir toujours interpréter leurs défaillances comme une preuve supplémentaire de leur pertinence »</p>
<p>Comment expliquez-vous le développement et la persistance des principes néolibéraux dans le monde et dans le temps, malgré la crise de 2008 et les nombreuses controverses qu’ils ont essuyées ?</p>
<p>David Cayla : Le problème du néolibéralisme c’est qu’il s’agit d’un processus sans fin qu’il est impossible d’achever. Aussi toute crise, tout échec économique, sera systématiquement interprété comme la preuve de l’existence d’entraves qui empêchent les marchés de fonctionner, ou comme l’illustration d’un interventionnisme inadapté et sclérosant de l’État. C’est le propre des idéologies dominantes que de pouvoir toujours interpréter leurs défaillances comme une preuve supplémentaire de leur pertinence.</p><p>Cela fait vingt-cinq ans que la persistance du chômage en France est expliquée par un marché du travail trop rigide, un code du travail trop pointilleux et des aides sociales trop généreuses, et que les néolibéraux insistent pour accélérer les « réformes du marché du travail ». Cela fait donc vingt-cinq ans qu’on réforme le marché du travail. Mais puisqu’en dépit de ces réformes le problème du chômage n’est pas résolu… c’est qu’il faut aller plus loin dans les réformes et les accélérer.</p><p>La crise de 2008 aurait pu changer les interprétations des mécanismes de l’économie et, dans une certaine mesure, elle l’a fait. On a partiellement rerégulé la finance. Mais comme on n’a pas mis fin à la libre circulation du capital et à la concurrence internationale des systèmes financiers, les États se sont ensuite sentis obligés de jouer la carte de l’attractivité en accordant de nouvelles libertés aux investisseurs. Quant à la taxe sur les transactions financières dont on parle depuis trente ans, elle est toujours dans les limbes. On ne peut pas à la fois favoriser un système fondé sur la concurrence et demander aux États de pénaliser leurs propres entreprises en leur imposant des taxes et des contraintes. C’est contradictoire !</p><p>On retrouve exactement le même problème pour les politiques de protection de l’environnement et de lutte contre le changement climatique. Si l’on s’ouvre à la concurrence mondiale, on supprime tout intérêt à la réglementation stricte des activités économiques. Quel gouvernement va accepter de pénaliser ses propres industriels et compagnies aériennes en leur imposant une taxe carbone rédhibitoire qu’ils pourraient éviter simplement en allant s’installer à l’étranger ? En réalité, toute la politique environnementale est construite pour être compatible avec les principes néolibéraux. La politique européenne de lutte contre les émissions de gaz à effet de serre est même fondée sur l’instauration d’un marché des droits à polluer dont le but est de déléguer à la sphère privée et aux marchés le soin de déterminer le prix du carbone. C’est donc l’offre et la demande de droits d’émission qui détermine, pour une large part, notre politique environnementale. Les autres aspects de ces politiques reposent sur des normes et des pratiques de labélisation privées, ainsi que sur des subventions publiques dont le but est essentiellement de rendre profitables certaines technologies, comme la voiture électrique, qui, sans ces aides, auraient beaucoup de mal à trouver une clientèle.</p>
<p>La parfaite articulation entre les intérêts des puissants et les principes du néolibéralisme est-elle l’une des raisons pour lesquelles le néolibéralisme persiste ?</p>
<p>David Cayla : C’est évident. Mais il faut bien comprendre que tout système politique se maintient dans le temps pour défendre les intérêts des dominants. Ce n’est pas une caractéristique propre au néolibéralisme. Cela tient au fait qu’il n’existe pas de système politique strictement égalitaire. Aussi, les gagnants d’un système, quels qu’ils soient, ont toujours intérêt à le maintenir. Mais pour cela, il faut qu’ils soient capables de proposer une idéologie globale qui permette de le défendre aux yeux des nombreux perdants.</p><p>« Même les tyrannies les mieux établies finissent par s’effondrer ; les puissants tombent. C’est une permanence de l’histoire »</p><p>Du temps de l’Union soviétique, il y avait aussi des gagnants et des perdants. Une idéologie, le socialisme d’État, justifiait les équilibres politiques et préservait les rapports de domination. Mais, à un moment, le système s’est grippé, l’idéologie est apparue moins convaincante, et ceux qui avaient intérêt au maintien de l’ordre existant n’ont plus su convaincre la masse des perdants qu’ils devaient le préserver. C’est ainsi que le soviétisme s’est effondré. Le système néolibéral se maintiendra tant qu’il y aura suffisamment de gens pour croire en l’efficacité des marchés, de la concurrence et du libre-échange. Mais en fin de compte, rien n’est immuable, tous les systèmes évoluent. Même les tyrannies les mieux établies finissent par s’effondrer ; les puissants tombent. C’est une permanence de l’histoire.</p>
<p>A la fin de votre livre vous diagnostiquez la mort imminente du néolibéralisme. Au-delà du débat économique, quand on considère l’état de délabrement dans lequel se trouve le monde – sur le plan écologique bien sûr, mais également humain avec une société désabusée à force de perdre les leviers lui permettant d’influer sur sa propre existence – peut-on dire que c’est la fin d’un cycle historique amorcé au XVIIe siècle, celui de la gouvernementalité par la rationalité ? Le populisme, en mobilisant de grands idéaux pour souder une communauté, n’est-il pas le symptôme de cette transformation ?</p>
<p>David Cayla : J’espère sincèrement que nous ne sortirons pas de la gouvernementalité par la rationalité. Je suis profondément rationaliste et universaliste. En cela, je reste très attaché à l’esprit des Lumières et au libéralisme classique d’Adam Smith et de John Stuart Mill qui entendaient promouvoir l’émancipation individuelle et collective.</p><p>Autant je crois à la fin du néolibéralisme en tant que doctrine de l’action de l’État, parce qu’elle a engendré un monde qui déstabilise en profondeur nos principes démocratiques et notre capacité à vivre collectivement, autant je ne renonce pas au projet d’émancipation et à l’idée de construire une société meilleure fondée sur la raison. Il est vrai que les passions irrationnelles existent et que la crise que connaît le néolibéralisme est porteuse de dangers. Les mouvements populistes peuvent tout à fait être salutaires lorsqu’ils incarnent des revendications sociales légitimes. Il est de toute façon toujours bon que le peuple s’invite à la table des puissants pour faire valoir ses intérêts. C’est la raison pour laquelle, comme beaucoup de Français, j’ai soutenu le mouvement des gilets jaunes. Néanmoins, il faut aussi prendre garde à ce que la contestation légitime de l’ordre néolibéral ne débouche sur des idéologies alternatives délirantes qui pourraient être extrêmement dangereuses et porteuses de violence.</p>
<p><a href="https://i0.wp.com/mrmondialisation.org/wp-content/uploads/2021/01/agross-drones.jpg"></a><br />Art : Alex Gross</p>
<p>Nous avons redécouvert, depuis un an, le risque pandémique et la fragilité de notre société capitaliste. Je pense que le storytelling néolibéral est en bout de course et que la plupart des gens s’interrogent sur la pertinence de ses principes. Le cycle néolibéral, ouvert dans les années 1970, est clairement en train de s’achever. Mais, pour l’instant, nous n’avons toujours pas de doctrine de remplacement. Souder les communautés, développer de nouvelles représentations du monde, répondre à l’urgence écologique, c’est évidemment fondamental. Mais tout cela doit s’incarner dans une nouvelle conception du rôle de l’État, dans une profonde rénovation démocratique et dans l’organisation d’un nouveau système économique qui ne conduise pas tout le monde à un appauvrissement.</p><p>Si nous n’y prenons pas garde, la fin du néolibéralisme peut déboucher sur des choses bien pires que le système actuel. Il convient donc d’être vigilants et intraitables sur le respect de nos libertés fondamentales. Et il convient aussi de s’intéresser au sort des moins fortunés. Car c’est toujours à l’aune du sort qui est réservé aux plus fragiles que se juge le degré de civilisation d’une société.</p><p>– T.B.</p><p>Populisme &amp; néolibéralisme / Editions De Boeck Supérieur / ISBN : 2807328830</p>
<p><a href="https://mrmondialisation.org/donation/" title="Faire_un_don"></a></p>
]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Mon, 10 May 2021 05:29:26 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Matthieu Montalban : « Le bitcoin est devenu un moyen d’enrichissement pour une nouvelle classe de jeunes capitalistes »]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Matthieu Montalban est maître de conférences HDR en science économique, chercheur au GREThA (UMR – CNRS 5113) de l’Université de Bordeaux. Spécialiste des cryptomonnaies, ancien membre des Économistes atterrés, il est notamment le co-auteur de Pouvoir et crise du capital : Marx, penseur du XXIe siècle, paru en 2012 et Rester humain – Lacan et le lien social postmoderne, sorti en mars 2020.</p><p>Propos recueillis par Ella Micheletti.</p><p>Voix de l’Hexagone : Tout d’abord, pouvez-vous définir ce qu’est le bitcoin ?</p><p>Matthieu Montalban : Le bitcoin est la première cryptomonnaie, c’est-à-dire une monnaie émise via un algorithme qu’on appelle une blockchain. Une blockchain est un registre distribué sur l’ensemble des ordinateurs d’un réseau, qui permet de répertorier et de « notariser » l’ensemble des transactions sur un réseau, tout en évitant un problème dit de « double dépense » (dépenser en même temps, pour différents usages, le même bitcoin). Ce registre est inviolable car il impliquerait de tels coûts et une telle puissance de calcul pour un pirate que l’action serait irrationnelle. En effet, la blockchain du bitcoin fait appel à ce qu’on appelle un mécanisme de consensus par preuve de travail, c’est-à-dire que l’ensemble des ordinateurs du réseau (« les mineurs »), vont utiliser leur puissance de calcul pour résoudre des calculs compliqués nécessitant de consommer de l’énergie pour s’assurer que les transactions sont valides. Quand un bloc de transaction est validé, il va être rattaché par tous les autres qui l’ont précédé et il sera possible de retracer les transactions – bien que pseudonymisées – impliquant pour un pirate la nécessité de réécrire non pas un bloc mais l’ensemble de la chaîne de bloc, ce qui serait impossible et détecté rapidement.</p><p>VdH : La création des bitcoins en 2009 a-t-elle un lien de cause à effet avec la crise de subprimes qui a commencé en juillet 2007 ?</p><p>M.M. : Le bitcoin a été codé par un ou des codeurs sous le pseudonyme de Satoshi Nakamoto. S’il est né au moment de la crise des subprimes et si, effectivement, ces moments de crise sont souvent des sources d’innovations monétaires, il semblerait que le projet germait déjà depuis un moment chez Satoshi Nakamoto. D’autres comme Nick Szabo ou Wei Dai avaient émis l’idée quelques années avant de créer une monnaie numérique qui s’émanciperait de la tutelle des États et des banques (privées et centrales). Disons que la crise a contribué à rendre le bitcoin populaire, car il semblait apparaître pour ses zélateurs comme une confirmation de leurs vues et comme une critique du système bancaire et financier (privé et public) dans son ensemble.</p><p>VdH : Comment peut-on, concrètement, se procurer des bitcoins ?</p><p>M.M. : Il y a deux manières : l’une qui était au début accessible à tous mais ne l’est plus aujourd’hui ; l’autre qui est celle massivement utilisée aujourd’hui.</p><p>La première consiste à participer à l’activité de minage du bitcoin, c’est-à-dire à laisser son ordinateur résoudre toute la journée des problèmes cryptographiques compliqués en espérant que ce dernier parviendra à résoudre le problème : si c’est le cas, le mineur est récompensé de la création d’un certain nombre de bitcoins pour avoir participé à cette activité qui consomme de l’énergie et qui est donc coûteuse.  Au début, tout le monde pouvait miner avec son PC, mais comme les rendements du minage sont décroissants, de plus en plus d’ordinateurs doivent tourner en même temps pour avoir une chance de miner. En pratique, seules des entreprises spécialisées dans le minage (« les fermes de minage ») peuvent avoir une chance d’obtenir des bitcoins de la sorte.</p><p>« La crise des subprimes a contribué à rendre le bitcoin populaire car il semblait apparaître pour ses zélateurs comme une confirmation de leurs vues et comme une critique du système bancaire et financier. »</p><p>La seconde manière, plus simple, est tout simplement d’acheter des bitcoins via une plateforme d’échanges de crypto-monnaies, comme Coinbase, Kraken et quelques autres.</p><p>VdH : Que signifie la récente entrée en bourse de Coinbase ?</p><p>M.M. : Elle signifie tout simplement que cette entreprise a acquis une taille importante et qu’elle entend sans doute développer ses investissements et son activité, tout en permettant à ses actionnaires de faire de grosses plus-values. En outre, cette entrée montre sans doute que les crypto-monnaies deviennent de plus en plus mainstream et reconnues. En revanche, cela indique que les cryptomonnaies n’ont pas (encore) supprimé les intermédiaires de confiance, contrairement à ce qui était proposé au départ.</p><p>VdH : Les plateformes d’achat et de revente de bitcoins ont-elles vocation à concurrencer les banques ?</p><p>M.M. : Au départ, si on doit comparer ces plateformes, ce serait plutôt à des acteurs comme le NASDAQ, ou le New York Stock Exchange : des entreprises qui fournissent une plateforme d’échange et de cotation pour des (crypto)actifs. Cependant, l’entreprise a diversifié ses activités dans le paiement en proposant notamment une carte de paiement pour dépenser ses bitcoins ou développer des applications pour la gestion d’actifs. Tel est le paradoxe : alors que le bitcoin visait les échanges directs de pair à pair sans banque, Coinbase, via sa carte Visa, recrée de l’intermédiation, ce qui peut être vu comme une involution par des puristes des cryptomonnaies. Il n’est pas certain que Coinbase choisisse de devenir réellement une banque et donc d’offrir du crédit bancaire, car cela impliquerait de se soumettre aux réglementations bancaires. Il paraît plus vraisemblable que l’entreprise va pendant encore un moment se concentrer sur le monde des cryptomonnaies pour le rendre plus accessible aux utilisateurs sans chercher à forcément concurrencer le système bancaire directement, mais plutôt en créant des ponts.</p><p>VdH : La branche suisse de l’assureur Axa a annoncé, le 15 avril 2021, qu’il acceptait désormais le bitcoin pour certaines opérations de paiement. C’est aussi le cas de Tesla et Paypal. D’autres acteurs économiques vont-ils suivre le même chemin, selon vous, ou sont-ce des cas isolés ?</p><p>M.M. : Il est possible que cela prenne de l’ampleur, tout simplement par effet de réseaux : plus des entreprises acceptent le bitcoin en moyen de paiement, plus celui-ci est utilisé. Toutefois, il ne suffit pas que le bitcoin soit accepté en moyen de paiement pour qu’il soit utilisé en moyen de paiement. Si on anticipe que la valeur du bitcoin va augmenter, il est plus rationnel de conserver le bitcoin comme placement et d’utiliser les monnaies fiduciaires et scripturales classiques comme moyens de paiement. Ensuite, il faut toujours observer quelles seront les réactions des banques centrales et des États, s’agissant de possibles interdictions et de la création de monnaies digitales de banques centrales.</p><p>VdH : Y’a-t-il un profil-type de l’acheteur de bitcoins ?</p><p>M.M. : Au départ, le bitcoin était concentré dans le monde des hackers, des codeurs ainsi que des libertariens et certains financiers de la Tech. Aujourd’hui, avec son développement progressif, il y a une certaine diversification des profils, mais il s’agit toujours très majoritairement d’hommes de moins de quarante ans, diplômés, plutôt issus des classes moyenne et supérieure.</p><p>VdH : Actuellement, un bitcoin vaut plus de 50 000 euros. On imagine donc qu’il faut avoir des moyens très importants pour en acheter. Les cryptomonnaies ne sont-elles qu’un moyen pour les élites de maintenir la fracture entre elles et le reste des citoyens, en vivant dans un univers financier parallèle ?</p><p>M.M. : Ce n’est pas parce qu’un bitcoin vaut plus de 50 000 euros que seuls les riches peuvent en acheter : on peut très bien acheter une fraction de bitcoin, par exemple 1/50000ème si on veut… La plus petite unité est appelée un satoshi et vaut un cent millionième de bitcoin. Et il y a bien d’autres cryptoactifs et cryptomonnaies que le bitcoin, dont les valeurs sont beaucoup plus faibles.</p><p>Le bitcoin n’a pas été pensé au départ pour l’élite. Le but était notamment de réduire les frais bancaires et de résoudre les problèmes d’exclusion bancaire (du moins, c’est ainsi que certains le présentent). De facto, il est devenu malgré tout un moyen d’enrichissement pour une nouvelle classe de jeunes capitalistes en cryptomonnaies. Grâce à leurs investissements, certains sont devenus milliardaires. Plus généralement, il s’est créé tout un écosystème de finance décentralisée autour de la blockchain Ethereum et de sa monnaie l’ether (la seconde cryptomonnaie en termes de capitalisation). En soi, tout le monde peut formellement y investir, même des sommes assez modiques.</p><p>« La finance de marché, qu’elle soit classique ou issue du monde des cryptomonnaies, favorise la concentration des richesses. »</p><p>Cependant, comme tous les investissements financiers, ceux-ci impliquent des risques ; ainsi, il vaut mieux pouvoir diversifier son portefeuille et avoir déjà du patrimoine et d’autres revenus et éviter de le faire si on peine à boucler les factures de fin de mois, si l’on a besoin de liquidités et si l’on craint une dévalorisation de tout ou partie de ses actifs.</p><p>Enfin, la finance de marché, qu’elle soit classique ou issue du monde des cryptomonnaies, favorise la concentration des richesses. Dans le cas du bitcoin, on a des estimations qui vont d’une extrême concentration des richesses – 2 % des comptes possèderaient 95 % des bitcoins<a name="_ftnref1" href="https://voixdelhexagone.com/2021/05/09/matthieu-montalban-le-bitcoin-est-devenu-un-moyen-denrichissement-pour-une-nouvelle-classe-de-jeunes-capitalistes/#_ftn1" id="_ftnref1">[1]</a> – à des chiffres moins impressionnants (on parle de « baleines » pour les gros détenteurs). Ces derniers indiquent malgré tout une concentration certaine des richesses. Glassnode note que 4,9 % des détenteurs de comptes possèderaient moins d’un bitcoin, 9 % de 1 à 10 bitcoins, 13,6 % de 10 à 100 bitcoins, et 72,5 % plus de 100 bitcoins en incluant les mineurs et les plateformes d’échange<a name="_ftnref2" href="https://voixdelhexagone.com/2021/05/09/matthieu-montalban-le-bitcoin-est-devenu-un-moyen-denrichissement-pour-une-nouvelle-classe-de-jeunes-capitalistes/#_ftn2" id="_ftnref2">[2]</a>.</p><p>VdH : Les bitcoins ont été créés en nombre limité. Que se passera-t-il le jour où ce nombre sera épuisé ?</p><p>M.M. : La question qui se posera est celle de l’incitation au minage pour les fermes de minage, ce qui revient à dire, l’incitation à entretenir le réseau et son coût. Sans doute que les grands détenteurs de Bitcoin, donc essentiellement ces fermes de minage, les exchanges et certaines « baleines’ essayeront d’entretenir le réseau ; on peut imaginer par exemple que des frais de transaction plus importants qu’aujourd’hui seront appliqués aux transactions pour que les fermes de minages entretiennent le réseau. On peut aussi imaginer des scénarii plus « pessimistes » où face à la fin de la récompense de minage, le coût de l’entretien du réseau amène beaucoup d’acteurs à s’en désintéresser. Il est de toute façon toujours très difficile voire déraisonnable de faire des prévisions à si long terme en économie, l’incertitude étant la règle, surtout s’il y a des innovations d’ici-là et aussi parce qu’en matière de confiance et de finance, les emballements mimétiques comme les crises sont toujours possibles…</p><p>Notes :<br /><a href="https://voixdelhexagone.com/2021/05/09/matthieu-montalban-le-bitcoin-est-devenu-un-moyen-denrichissement-pour-une-nouvelle-classe-de-jeunes-capitalistes/#_ftnref1" name="_ftn1" id="_ftn1">[1]</a> Olga Kharif, <a href="https://www.bloomberg.com/news/articles/2020-11-18/bitcoin-whales-ownership-concentration-is-rising-during-rally" target="_blank" rel="noopener">« Bitcoin Whales’ Ownership Concentration Is Rising During Rally »</a>, bloomberg.com, 18 novembre 2020.<br /><a href="https://voixdelhexagone.com/2021/05/09/matthieu-montalban-le-bitcoin-est-devenu-un-moyen-denrichissement-pour-une-nouvelle-classe-de-jeunes-capitalistes/#_ftnref2" name="_ftn2" id="_ftn2">[2]</a> Rémy R., <a href="https://journalducoin.com/actualites/tous-bitcoins-concentres-petite-elite-richissime/" target="_blank" rel="noopener">« Tous les bitcoins sont-ils vraiment concentrés dans les mains d’une petite élite richissime ? »</a>, journalducoin.com, 8 février 2021.</p>
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]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/535/now-is-the-time-for-a-great-reset-of-capitalism</guid>
	<pubDate>Thu, 06 May 2021 21:06:17 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/535/now-is-the-time-for-a-great-reset-of-capitalism</link>
	<title><![CDATA[Now is the time for a &#039;great reset&#039; of capitalism]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Visit the Great Reset microsite <a href="https://www.weforum.org/great-reset">here</a>.<br />Hear Klaus Schwab on these <a href="https://www.weforum.org/focus/podcasts">podcast</a> episodes: the <a href="https://soundcloud.com/world-economic-forum/the-great-reset?in=world-economic-forum/sets/world-vs-virus">Great Reset launch</a> and his <a href="https://soundcloud.com/world-economic-forum/the-great-reset-resetting-the?in=world-economic-forum/sets/the-great-reset">book</a>.<br />We can emerge from this crisis a better world, if we act quickly and jointly, writes Schwab.<br />The changes we have already seen in response to COVID-19 prove that a reset of our economic and social foundations is possible.<br />This is our best chance to instigate stakeholder capitalism - and here's how it can be achieved.</p>
<p>COVID-19 lockdowns may be gradually easing, but anxiety about the world’s social and economic prospects is only intensifying. There is good reason to worry: a sharp economic downturn has already begun, and we could be facing the worst depression since the 1930s. But, while this outcome is likely, it is not unavoidable.</p><p>To achieve a better outcome, the world must act jointly and swiftly to revamp all aspects of our societies and economies, from education to social contracts and working conditions. Every country, from the United States to China, must participate, and every industry, from oil and gas to tech, must be transformed. In short, we need a “Great Reset” of capitalism.</p><p>Responding to the COVID-19 pandemic requires global cooperation among governments, international organizations and the <a href="https://www.weforum.org/agenda/2020/03/how-are-companies-responding-to-the-coronavirus-crisis-d15bed6137">business community</a>, which is at the centre of the World Economic Forum’s mission as the International Organization for Public-Private Cooperation.</p><p>[embedded content]</p>
<p>[embedded content]<br />    <a href="https://www.weforum.org/videos/covid-19-action-platform">How can we collaborate to stop the spread of COVID-19?</a></p>
<p>Since its launch on 11 March, the Forum’s <a href="http://wef.ch/COVIDActionPlatform" target="_blank" rel="noopener">COVID Action Platform</a> has brought together 1,667 stakeholders from 1,106 businesses and organizations to mitigate the risk and impact of the unprecedented global health emergency that is COVID-19.</p><p>The platform is created with the support of the World Health Organization and is open to all businesses and industry groups, as well as other stakeholders, aiming to integrate and inform joint action.</p><p>As an organization, the Forum has a track record of supporting efforts to contain epidemics. In 2017, at our Annual Meeting, the <a href="https://cepi.net/" target="_blank" rel="noopener">Coalition for Epidemic Preparedness Innovations</a> (CEPI) was launched – bringing together experts from government, business, health, academia and civil society to accelerate the development of vaccines. CEPI is currently supporting the race to develop a vaccine against this strand of the coronavirus.</p><p>There are many reasons to pursue a Great Reset, but the most urgent is COVID-19. Having already led to <a href="https://gisanddata.maps.arcgis.com/apps/opsdashboard/index.html#/bda7594740fd40299423467b48e9ecf6" target="_blank" rel="noopener">hundreds of thousands</a> of deaths, the pandemic represents one of the worst public-health crises in recent history. And, with casualties <a href="https://www.ft.com/content/a762ecb7-b3b6-3423-a96f-4f05ec4c739c" target="_blank" rel="noopener">still mounting</a> in many parts of the world, it is far from over.</p><p>This will have serious long-term consequences for economic growth, public debt, employment, and human wellbeing. According to the Financial Times, global government debt has already <a href="https://www.ft.com/content/661f5c8a-dec9-11e9-9743-db5a370481bc" target="_blank" rel="noopener">reached</a> its highest level in peacetime. Moreover, unemployment is skyrocketing in many countries: in the US, for example, one in four workers have <a href="https://www.nytimes.com/2020/05/28/business/unemployment-stock-market-coronavirus.html" target="_blank" rel="noopener">filed for unemployment</a> since mid-March, with new weekly claims far above historic highs. The International Monetary Fund expects the world economy to <a href="https://blogs.imf.org/2020/04/14/the-great-lockdown-worst-economic-downturn-since-the-great-depression/" target="_blank" rel="noopener">shrink by 3%</a> this year – a downgrade of 6.3 percentage points in just four months.</p><p>All of this will exacerbate the climate and social crises that were already underway. Some countries have <a href="https://news.un.org/en/story/2020/04/1061772" target="_blank" rel="noopener">already used</a> the COVID-19 crisis as an excuse to weaken environmental protections and enforcement. And frustrations over social ills like rising inequality – US billionaires’ combined wealth has <a href="https://www.forbes.com/sites/jackkelly/2020/04/27/billionaires-are-getting-richer-during-the-covid-19-pandemic-while-most-americans-suffer/" target="_blank" rel="noopener">increased</a> during the crisis – are intensifying.</p><p>Left unaddressed, these crises, together with COVID-19, will deepen and leave the world even less sustainable, less equal, and more fragile. Incremental measures and ad hoc fixes will not suffice to prevent this scenario. We must build entirely new foundations for our economic and social systems.</p><p>The level of cooperation and ambition this implies is unprecedented. But it is not some impossible dream. In fact, one silver lining of the pandemic is that it has shown how quickly we can make radical changes to our lifestyles. Almost instantly, the crisis forced businesses and individuals to abandon practices long claimed to be essential, from frequent air travel to working in an office.</p><p>Likewise, populations have overwhelmingly shown a willingness to make sacrifices for the sake of health-care and other essential workers and vulnerable populations, such as the elderly. And many companies have <a href="https://www.weforum.org/agenda/2020/03/how-are-companies-responding-to-the-coronavirus-crisis-d15bed6137/">stepped up</a> to support their workers, customers, and local communities, in a shift toward the kind of <a href="https://www.project-syndicate.org/commentary/stakeholder-capitalism-new-metrics-by-klaus-schwab-2019-11" target="_blank" rel="noopener">stakeholder capitalism</a> to which they had previously <a href="https://www.project-syndicate.org/commentary/how-sincere-is-business-roundtable-embrace-of-stakeholder-capitalism-by-joseph-e-stiglitz-2019-08" target="_blank" rel="noopener">paid lip service</a>.</p><p>Clearly, the will to build a better society does exist. We must use it to secure the Great Reset that we so badly need. That will require stronger and more effective governments, though this does not imply an ideological push for bigger ones. And it will demand private-sector engagement every step of the way.</p><p>[embedded content]</p>
<p>[embedded content]</p>
<p>The Great Reset agenda would have three main components. The first would steer the market toward fairer outcomes. To this end, governments should improve coordination (for example, in tax, regulatory, and fiscal policy), upgrade trade arrangements, and create the conditions for a “stakeholder economy.” At a time of diminishing tax bases and soaring public debt, governments have a powerful incentive to pursue such action.</p><p>Moreover, governments should implement long-overdue reforms that promote more equitable outcomes. Depending on the country, these may include changes to wealth taxes, the withdrawal of fossil-fuel subsidies, and new rules governing intellectual property, trade, and competition.</p><p>The second component of a Great Reset agenda would ensure that investments advance shared goals, such as equality and sustainability. Here, the large-scale spending programs that many governments are implementing represent a major opportunity for progress. The European Commission, for one, has <a href="https://www.cnbc.com/2020/05/27/eu-unveils-plan-to-borrow-750-billion-euros-to-aid-coronavirus-recovery.html" target="_blank" rel="noopener">unveiled</a> plans for a €750 billion ($826 billion) recovery fund. The US, China, and Japan also have ambitious economic-stimulus plans.</p><p>Rather than using these funds, as well as investments from private entities and pension funds, to fill cracks in the old system, we should use them to create a new one that is more resilient, equitable, and sustainable in the long run. This means, for example, building “green” urban infrastructure and creating incentives for industries to improve their track record on environmental, social, and governance (ESG) metrics.</p><p>The third and final priority of a Great Reset agenda is to harness the innovations of the Fourth Industrial Revolution to support the public good, especially by addressing health and social challenges. During the COVID-19 crisis, companies, universities, and others have joined forces to develop diagnostics, therapeutics, and possible vaccines; establish testing centers; create mechanisms for tracing infections; and deliver telemedicine. Imagine what could be possible if similar concerted efforts were made in every sector.</p><p></p><p>The COVID-19 crisis is affecting every facet of people’s lives in every corner of the world. But tragedy need not be its only legacy. On the contrary, the pandemic represents a rare but narrow window of opportunity to reflect, reimagine, and reset our world to create a healthier, more equitable, and more prosperous future.</p>
<p><a href="https://intelligence.weforum.org/topics/a1G0X000006OLciUAG?tab=publications"><br /><p></p><br /></a></p>
<p>Explore The Great Reset Transformation Map</p><p>Image: World Economic Forum</p><p>License and Republishing</p><p>Written by</p><p><a data-gtm-class="author" href="https://www.weforum.org/agenda/authors/klaus-schwab">Klaus Schwab</a>, Founder and Executive Chairman, World Economic Forum</p><p class="article-footer__source">The views expressed in this article are those of the author alone and not the World Economic Forum.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
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	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/534/the-great-reset-world-economic-forum</guid>
	<pubDate>Thu, 06 May 2021 21:05:04 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/534/the-great-reset-world-economic-forum</link>
	<title><![CDATA[The Great Reset | World Economic Forum]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>The context</p>
<p>The Covid-19 crisis, and the political, economic and social disruptions it has caused, is fundamentally changing the traditional context for decision-making. The inconsistencies, inadequacies and contradictions of multiple systems –from health and financial to energy and education – are more exposed than ever amidst a global context of concern for lives, livelihoods and the planet. Leaders find themselves at a historic crossroads, managing short-term pressures against medium- and long-term uncertainties.</p>
<p>The opportunity</p>
<p>As we enter a unique window of opportunity to shape the recovery, this initiative will offer insights to help inform all those determining the future state of global relations, the direction of national economies, the priorities of societies, the nature of business models and the management of a global commons. Drawing from the vision and vast expertise of the leaders engaged across the Forum’s communities, the Great Reset initiative has a set of dimensions to build a new social contract that honours the dignity of every human being.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/529/the-collapse-of-neoliberalism-the-new-republic</guid>
	<pubDate>Sat, 01 May 2021 20:11:27 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/529/the-collapse-of-neoliberalism-the-new-republic</link>
	<title><![CDATA[The Collapse of Neoliberalism | The New Republic]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Indeed, the central anchoring assumptions of the American foreign policy establishment have been proven wrong. Foreign policymakers largely assumed that all good things would go together—democracy, markets, and human rights—and so they thought opening China to trade would inexorably lead to it becoming a liberal democracy. They were wrong. They thought Russia would become liberal through swift democratization and privatization. They were wrong. They thought globalization was inevitable and that ever-expanding trade liberalization was desirable even if the political system never corrected for trade’s winners and losers. They were wrong. These aren’t minor mistakes. And to be clear, Donald Trump had nothing to do with them. All of these failures were evident prior to the 2016 election.</p><p>In spite of these failures, most policymakers did not have a new ideology or different worldview through which to comprehend the problems of this time. So, by and large, the collective response was not to abandon neoliberalism. After the Great Crash of 2008, neoliberals chafed at attempts to push forward aggressive Keynesian spending programs to spark demand. President Barack Obama’s advisers shrank the size of the post-crash stimulus package for fear it would seem too large to the neoliberal consensus of the era—and on top of that, they compromised on its content. About one-third of the stimulus ended up being tax cuts, which have a less stimulative effect than direct spending. After Republicans took back the Congress in 2010, the U.S. was forced into sequestration, a multiyear austerity program that slashed budgets across government, even as the country was only beginning to emerge from the Great Recession. The British Labour Party’s chancellor of the Exchequer said, after the 2008 crash, that Labour’s planned cuts to public spending would be “deeper and tougher” than Margaret Thatcher’s.</p><p>When it came to affirmative, forward-looking policy, the neoliberal framework also remained dominant. Take the Obamacare health care legislation. Democrats had wanted to pass a national health care program since at least Harry Truman’s presidency. But with Clinton’s failed attempt in the early 1990s, when Democrats took charge of the House, Senate, and presidency in 2009, they took a different approach. Obamacare was built on a market-based model that the conservative Heritage Foundation helped develop and that Mitt Romney, the Republican governor of Massachusetts, had adopted. It is worth emphasizing that Obamacare’s central feature is a private marketplace in which people can buy their own health care, with subsidies for individuals who are near the poverty line. There was no single-payer system, and centrists like Senator Joe Lieberman blocked the creation of a public option that might coexist and compete with private options on the marketplaces. Fearful of losing their seats, centrists extracted these concessions from progressives. Little good it did them. The president’s party almost always loses seats in midterm elections, and this time was no different. For their caution, centrists both lost their seats and gave Americans fewer and worse health care choices. Perhaps the bigger shock was that courageous progressive politicians who also lost in their red-leaning districts, like Virginia’s Tom Perriello, actually did better than their cautious colleagues.</p><p>On the right, the response to the crash went beyond ostrichlike blindness in the face of the shattering of the assumptions undergirding their public policy views. Indeed, most conservatives seized the moment to double down on the failed approaches of the past. The Republican Party platform in 2012, for example, called for weaker Wall Street, environmental, and worker safety regulations; lower taxes for corporations and wealthy individuals; and further liberalization of trade. It called for abolishing federal student loans, in addition to privatizing rail, western lands, airport security, and the post office. Republicans also continued their support for cutting health care and retirement security. After 40 years moving in this direction—and with it failing at every turn—you might think they would change their views. But Republicans didn’t, and many still haven’t.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/527/michel-edouard-leclerc-%C2%ABen-2025-amazon-plie-les-gaules%C2%BB-%E2%80%93-economie</guid>
	<pubDate>Fri, 30 Apr 2021 22:19:10 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/527/michel-edouard-leclerc-%C2%ABen-2025-amazon-plie-les-gaules%C2%BB-%E2%80%93-economie</link>
	<title><![CDATA[Michel-Edouard Leclerc: «En 2025, Amazon plie les gaules» – Economie]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Crash du bitcoin, fin des Gafa, innovation écologique… A quoi ressemblera 2025 ? Les valeureux Gaulois résistent au e-commerce et ont réussi à chasser Amazon avec les armes qui sont habituellement les leurs, s’amuse Michel-Edouard Leclerc qui, avec 50 autres personnalités, a imaginé à quoi ressemblerait l’actualité du n° 3000 de l’Opinion, le 30 avril 2025.</p><p>Vingt-cinq ans après avoir réalisé ses premières ventes dans l’Hexagone, <a href="https://www.lopinion.fr/mots-cles/amazon" target="_blank">Amazon</a> se retire de France. L’annonce a été faite ce 30 avril 2025 par le tout nouveau <a href="https://www.lopinion.fr/edition/economie/couche-tard-pdg-carrefour-en-desaccord-gouvernement-237168" target="_blank">CEO, Alexandre Bompard</a>, qui avait été appelé en renfort à Seattle, après la conversion digitale réussie de Carrefour-Tard.</p><p>Les analystes boursiers étaient pourtant confiants, persuadés que la Covid-19 avait sonné le glas de l’hypermarché. Mais c’était sans compter sur la réactivité des enseignes françaises comme Auchan, Casidiscount et autres gaulois d’Intermarché, E.Leclerc et Système U. Dopés par un plan de relance sans précédent, les commerces spécialisés et traditionnels ont su faire feu de multiples plateformes et solutions digitales.</p><p>« Fier ». Dans l’entourage du Premier ministre, <a href="https://www.lopinion.fr/mots-cles/bruno-maire" target="_blank">Bruno Le Maire</a>, on insiste pour rappeler que cela n’a été possible que parce que sa « Loi pour un fier commerce durable » a su créer, dès 2022, les conditions de la riposte, grâce à la mesure phare de création de super-centrales d’achat européennes, désormais défendues par le nouveau ministre du commerce, Grégory Besson-Moreau.</p><p>Mais c’est bien sur le terrain de la logistique que les distributeurs français sont venus affronter Amazon. En investissant massivement en deux ans sur la livraison à cheval, les enseignes tricolores ont pu déployer un système original, dans des centres-villes désormais interdits à la circulation de camionnettes, même électriques. Le coup de grâce est venu l’an dernier d’une directive européenne, interdisant le survol des villes par <a href="https://www.lopinion.fr/drones/index" target="_blank">les drones</a> commerciaux. Amazon se voyait alors privé d’un atout majeur pour contrebalancer l’implantation locale des distributeurs.</p><p>Dans un communiqué, le nouveau patron de la FNSEA, Serge Papin, a salué « une grande victoire pour l’agriculture française et ses partenaires de la distribution ». Tel le village d’Astérix, la France aura su résister à la Légion Amazon. « Nous quittons la France aujourd’hui, pour mieux y revenir demain » promet déjà Jeff Bezos, depuis son Ehpad de Mar-a-Lago.</p><p><a href="https://www.lopinion.fr/journal/liseuse/2243" target="_blank">&gt;&gt;&gt;&gt;&gt; 50 personnalités imaginent l’actualité du 30 avril 2025 - le numéro 2000 COLLECTOR de l’Opinion</a></p><p><a href="https://www.lopinion.fr/dossier/edito/special-numero-2000-l-opinion-243158" target="_blank">&gt;&gt;&gt;&gt;&gt; LIRE AUSSI : 50 personnalités imaginent l’actualité du 30 avril 2025 - toutes les contributions</a></p><p><a href="https://www.lopinion.fr/dossier/edito/special-numero-1000-l-opinion-125791/page/0/1" target="_blank">&gt;&gt;&gt;&gt;&gt; LIRE AUSSI : Spécial numéro 1000 de l’Opinion</a></p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
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	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/526/philippe-brassac-%C2%ABavril-2025-le-bitcoin-sous-un-dollar-histoire-d%E2%80%99un-aveuglement%C2%BB-%E2%80%93-economie</guid>
	<pubDate>Fri, 30 Apr 2021 22:15:00 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/526/philippe-brassac-%C2%ABavril-2025-le-bitcoin-sous-un-dollar-histoire-d%E2%80%99un-aveuglement%C2%BB-%E2%80%93-economie</link>
	<title><![CDATA[Philippe Brassac: «Avril 2025. Le bitcoin sous un dollar, histoire d’un aveuglement» – Economie]]></title>
	<description><![CDATA[<p>A quoi ressemblera 2025 ? Le bitcoin est passé sous la barre d’un dollar, raconte Philippe Brassac, directeur général du Crédit Agricole, qui, avec 50 autres personnalités, a imaginé à quoi ressemblerait l’actualité du n° 3000 de l’Opinion, le 30 avril 2025.</p><p>Deux ans jour pour jour après le passage du <a href="https://www.lopinion.fr/mots-cles/bitcoin" target="_blank">bitcoin</a> sous la barre d’un dollar, de nombreux articles s’étonnent encore de la cécité collective dont nous avons pu faire preuve. Les impacts désastreux de ce que l’on a ironiquement appelé « la crise des crypto-passifs » sont encore bien présents. Nous nous sommes heureusement bien remis de l’effet perte de « richesse » qui n’avait en réalité jamais existé dans l’économie réelle. Il reste néanmoins de façon très pesante, et c’est sans doute la spécificité la plus singulière de cet évènement, une crise de nature politique et morale ressentie sur toute la planète.</p><p>Comment exiger des comptes à des responsables, puisque nous savions dès le départ qu’il n’y en avait pas ? Quelles mesures corriger, là où il n’y a pas de régulation ? Comment injecter de la liquidité de secours dans un système non monétaire et hors de tout contrôle ? Comment avoir imaginé une valeur durable en absence d’utilité objective autre que le caractère spéculatif ? Comment tant de personnes informées, sensées et éduquées ont pu se convaincre que <a href="https://www.lopinion.fr/edition/economie/nouveau-record-bitcoin-a-veille-d-entree-en-bourse-inedite-241650" target="_blank">la valeur du bitcoin</a> ne pouvait que monter dès lors que le moindre doute provoquerait inéluctablement une prophétie autoréalisatrice inverse ? Comment ne pas avoir vu plus simplement que le masque de la nouveauté technologique dissimulait le visage millénaire de l’appât du gain ?</p><p>Toutes ces questions feront couler encore beaucoup d’encre. Economistes, historiens, philosophes et politiciens identifieront sans aucun doute rétrospectivement les signes avant-coureurs dans le but de nous éviter de tomber à nouveau dans un tel travers. Serons-nous pour autant immunisés contre la spéculation ? Je ne le parierais pas, même pour 1 bitcoin.</p><p><a href="https://www.lopinion.fr/journal/liseuse/2243" target="_blank">&gt;&gt;&gt;&gt;&gt; 50 personnalités imaginent l’actualité du 30 avril 2025 - le numéro 2000 COLLECTOR de l’Opinion</a></p><p><a href="https://www.lopinion.fr/dossier/edito/special-numero-2000-l-opinion-243158" target="_blank">&gt;&gt;&gt;&gt;&gt; LIRE AUSSI : 50 personnalités imaginent l’actualité du 30 avril 2025 - toutes les contributions</a></p><p><a href="https://www.lopinion.fr/dossier/edito/special-numero-1000-l-opinion-125791/page/0/1" target="_blank">&gt;&gt;&gt;&gt;&gt; LIRE AUSSI : Spécial numéro 1000 de l’Opinion</a></p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/519/henri-proglio%C2%A0-%C2%AB%C2%A0les-joyaux-de-l%E2%80%99industrie-ne-sont-pas-eternels%E2%80%A6%C2%A0%C2%BB</guid>
	<pubDate>Fri, 30 Apr 2021 19:16:03 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[HENRI PROGLIO : « LES JOYAUX DE L’INDUSTRIE NE SONT PAS ÉTERNELS… »]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>En France, le capitaine d’industrie fait partie des espèces disparues sous les présidences Sarkozy et Hollande. Pour comprendre les raisons de cette mise à mort, notre reporter politique a retrouvé Henri Proglio, le charismatique « self-made » boss de Veolia et d’EDF (années 1990-2014). Le sujet du jour ? La perte des « joyaux de la couronne » (le titre de son livre). Attention, entretien thermonucléaire ! </p>
<p class="p1">« Je suis seul dans ma chanson, prisonnier à l’extérieur, qui est au bout du refrain ? » (paroles Pascal Mounet). Antibes, Alpes-Maritimes. Raymond Peynet et ses amoureux, Nicolas de Staël et son désespoir, Jean Michard-Pellissier et son fils le regretté Hubert, alias Pelmiche, avocats gaullistes qui arrangèrent les affaires narcotiques des Stones confinés à Villefranche-sur-Mer, le Festival de Jazz, la datcha de Britney Spears, Henri Proglio. Enfant de vendeurs de fruits et légumes du marché Masséna, HEC entré à la Compagnie Générale des Eaux comme attaché, il a sauvé la vieille maison des sottises de Jean-Marie Messier et l’a transformée en géant, Veolia, avant de diriger EDF.<br />Proglio fait fantasmer. Moins pour son physique à la Roy Scheider que pour la puissance qu’on lui prête. Homme secret, au point de publier ses mémoires en plein confinement quand les librairies étaient fermées, il parle toujours à voix basse, je n’aimerais pas être son chargé de clientèle au Groupement interministériel de contrôle. L’attachée de presse de l’éditeur semble presque inquiète de la publicité qui pourrait être faite à l’ouvrage. Son récit, passionnant et accablant, vaut autant pour ce qu’il dévoile que ce qu’il laisse entrevoir (si vous avez prévu de voter Balladur l’an prochain, réfléchissez). Proglio raconte l’intégration modèle des Italiens de la Riviera. Il décrit aussi les hauts-fonctionnaires défroqués, la noblesse de cour et l’effondrement industriel du pays, d’Alstom en Technip jusqu’à la tentative de privatisation d’ADP et bientôt l’équarrissage d’EDF.<br />Un de mes meilleurs amis, économiste, a une règle : ne jamais investir dans une boite dirigée par un énarque ou un polytechnicien. Ça lui réussit très bien. Découvrir la bouille de Messier le mois dernier en couverture des Echos Week-end, revenu inchangé, tel les émigrés de 1815, distribuer ses bons points à l’économie nationale, c’est aussi violent que de militer à l’UNEF et voir son harceleur récompensé aux Trophées de la mixité. Début 2000, quand tout le monde le trouvait trop puissant, invité de la semaine des Inrockuptibles j’écrivais : « Il est cuit, comme avant lui Haberer et Pétriat, concessionnaires de marchés publics se rêvant condottieres d’industrie ». Le paragraphe avait sauté à la maquette, l’hebdomadaire étant à l’époque particulièrement rockuptible. Celui qui, été 2002, avait dû quitter Vivendi la crotte au derrière, s’apprête à khashoggiser Veolia et Suez, avec des airs de vieux sage. « Henri !!! Henri !!! Au secours !!! » </p><p class="p1">Bertrand Burgalat</p><p>Pourquoi ce livre ?<br />Henri Proglio : Je ne voulais surtout pas faire un bouquin de souvenirs, parce que ça ne sert à rien. Il y a trente ans, quand les Américains venaient dans notre pays, ils me disaient à quel point ils étaient émerveillés par la créativité de la France et par l’existence ici de leaders mondiaux dans à peu près tous les domaines industriels. On a vu s’effondrer nombre d’empires dont il ne reste plus de trace. Si vous allez en Crète, on vous fait visiter le Palais du Roi Minos. Là, il n’y a rien, même pas un souvenir. Ces pans entiers de l’industrie française, qui ont été balayés par l’Histoire, n’ont pas disparu : j’ai été sollicité par un groupe indien pour faire partie de leur comité stratégique, ils ont racheté récemment ce qui restait de la sidérurgie française, ils se portent très, très bien ! Ce livre, c’est donc pour jeter une bouteille à la mer.</p><p class="p1">Qu’est-ce qui a provoqué cet effondrement ?<br />C’est l’invasion des systèmes économiques par une élite issue de la haute administration.</p><p class="p1">Cela n’existait pas déjà, ce lien entre le pouvoir et les grandes entreprises, du temps de Pierre Guillaumat et de Sylvain Floirat ?<br />Il y avait de vrais industriels, qu’on appelait capitaines d’industrie quand ils réussissaient, qui menaient des aventures industrielles. Sylvain Floirat, c’était un aventurier qui avait créé un empire, Matra, et qui l’a confié ensuite à un homme qui n’était pas non plus un technocrate, Jean-Luc Lagardère. Un empire qui aura bientôt totalement disparu, mais ça, ce n’est pas la faute de la technocratie, c’est celle de l’héritage. On a une dictature de la haute technocratie d’État qui a envahi le système. Il y a une tendance naturelle à confier le destin de ce pays à ces gens qui sortent de l’Inspection des finances, du Conseil d’État ou du Corps des mines, et ont été formés dans les cabinets ministériels. On en voit le résultat. Vous ajoutez un américanisme galopant, les États-Unis envahissant le monde de manière pacifique avec la gouvernance, la compliance et toutes les règles qui encadrent les entreprises cotées, et vous arrivez à un constat d’échec effrayant.</p>
<p>« LES BANQUIERS D’AFFAIRES N’ONT DE BANQUIER QUE LE NOM …»</p>
<p class="p1">Ce constat d’échec n’empêche pas certains personnages qui ont tout foiré, comme Messier, de continuer à sévir…<br />Ah surtout pas ! Polytechnicien, énarque, inspecteur des finances, il incarne ce système. Essayez de retirer de ses propos une conviction, vous n’y arriverez pas. Ces gens-là ne sont pas forcément mal intentionnés, ils ne croient en rien, ils n’ont pas de vision.</p><p class="p1">Il reste persuadé d’avoir eu raison avant tout le monde avec ses lieux communs sur le numérique… <br />Il partage avec certains de nos dirigeants actuels l’absence d’affect, qui fait leur force. Ils n’ont ni convictions ni regrets, ça rend tout possible.</p><p class="p1">Comment y remédier ?<br />Je crois aux vraies convictions partagées. Cette caste qui méprise le reste du peuple finira par être balayée. Quand, comment, je ne sais pas.</p><p class="p1">Et l’inversion des rapports entre l’entreprise et la banque d’affaires ?<br />Normalement, la finance est au service de l’économie, aujourd’hui l’économie est au service de la finance. Les cours de bourse n’ont plus aucun sens, aucun phénomène concret n’atteint les sphères financières, on va de spéculations en spéculations, de bulle en bulle. La finance est respectable, comme toutes les disciplines techniques. Quand ça devient une fin en soi c’est plus préoccupant. Les banquiers d’affaires n’ont de banquier que le nom, ce sont des conseillers financiers. Un banquier, c’est quelqu’un qui prête de l’argent, les banquiers d’affaires, eux, ne prêtent rien.</p><p class="p1">Dire que Messier a une banque, c’est un abus de langage. Ce qui est aussi contradictoire avec la justification du capitalisme, c’est l’irresponsabilité et la légèreté de ces dirigeants médiocres. Vous écrivez que certaines valeurs individuelles sont incompatibles avec la conduite d’une grande société. On n’est pas loin du Bushido ou de l’officier en première ligne. Slim Pezin, qui a été le directeur musical de Claude François, explique souvent que si l’idole pouvait se montrer odieux avec son entourage, c’est parce qu’il était odieux avec lui-même, qu’il s’infligeait une discipline de fer…<br />Pour moi l’autorité nait du respect des autres, pas de la contrainte, ni de la crainte. Chez Veolia j’ai beaucoup fait en matière d’apprentissage, on essayait de donner un sens à l’expression ascenseur social dans notre centre de formation, qui allait du CAP au Bac +5. Quand je remettais les prix, on me demandait souvent des conseils pour réussir et je répondais : « Avant de vous demander si vous méritez la reconnaissance de vos chefs, ce qui est la règle dans le monde actuel, posez-vous la question de savoir si vous méritez le respect de vos collaborateurs. Les gens qui vous tirent vers le haut c’est très bien, mais ceux qui vous portent, c’est beaucoup plus important, car ils sont plus nombreux, plus stables et plus fidèles. » Savoir si je pouvais être digne du respect des gens que je dirigeais, c’est ça qui m’a porté toute ma vie.</p><p class="p1">On ne voit pas où les caciques actuels pourraient avoir appris ces choses-là…<br />Je ne vais pas comparer un chef d’entreprise à Napoléon, mais qu’est-ce qui fait que, malgré ses déconvenues et les défaites, ses soldats l’adoraient ? C’est parce qu’il vivait à leurs côtés, qu’il était avec eux. Franchet d’Espérey disait : « Quand on est officier de la Légion, on n’a pas besoin de se retourner pour savoir si les hommes vous suivent ». Si les équipes ont le sentiment que vous êtes simplement guidé par la Bourse, par les aléas et les opportunités, que vous n’avez pas une vision à laquelle vous les associez…</p><p></p>
<p>LE PDG ET SON DOUBLE_<br />Nostalgique d’un temps où la France pouvait encore être fière de son parc industriel, l’ex-boss de Veolia souhaite aujourd’hui enrayer son lent démantèlement.</p>
<p class="p1"><br />Mais aujourd’hui, dans les affaires, le modèle de commandement c’est plus Gamelin que Chateau-Jobert… <br />Dans le CAC 40, si vous cherchez les capitaines d’industrie il n’y en a pas beaucoup. Un type comme Carlos Tavares, qui n’est pas spécialement jovial, en est un. Ghosn, qui était peut-être un dictateur, aussi.</p><p class="p2">Que pensez-vous de l’offensive de Veolia sur Suez ?<br />Du mal. J’ai consacré 39 ans de ma vie à Veolia, j’ai embauché et formé Frérot, alors après il paraît qu’il faut tuer le père, rien de surprenant à ça. Cette opération est un non-sens qui va fortement impacter le métier de la délégation de service public, créé au XIXe siècle, qui implique à la fois des compétences et une compétition. Si vous n’avez pas de compétition je ne vois pas pourquoi vous délègueriez à une entreprise privée un monopole public. Sous prétexte de renforcer Veolia, on va pousser à la régie la plupart des collectivités locales qui ne veulent pas, et on le comprend, d’un monopole privé. Et cela ne se limitera pas à la France, puisqu’on n’aura pas de vrai concurrent mondial. Cette opération est en train d’abîmer les deux groupes dans leur essence même. En 2005, quand il avait été question d’associer nos activités à l’étranger, elles étaient alors complémentaires. Ils ont finalement préféré fusionner Gaz de France avec Suez pour éviter que Suez se fasse acheter par les Italiens. Ils ont évidemment ruiné Gaz de France, comme ils ont ruiné tout le reste.</p><p class="p2">Et aujourd’hui c’est le démantèlement d’EDF…<br />Ça fait trente ans que l’Allemagne cherche à le faire. Grand pays industriel, ils connaissent l’importance de l’énergie dans cette compétition. La France possède un atout considérable, EDF, grâce au nucléaire et à l’hydraulique. Il y a eu un triple pari en 1946 : donner à la France une indépendance énergétique, une compétitivité dans ce domaine, et à tous les Français un service de l’électricité de même qualité et de même prix. Cinquante ans après, non seulement le pari a été gagné mais on est deux fois et demi moins cher que l’Allemagne. Ce constat fait l’admiration du monde entier et l’agacement de Berlin. Ça ne s’arrange pas quand, pour des raisons purement politiciennes, Merkel se met en tête de lancer l’energiewende, catastrophe absolue qui met au tapis les deux gros électriciens du pays, fait exploser le coût et les émissions de CO2. Comme il leur est impossible de revenir en arrière, la seule issue est de tuer la concurrence et EDF. </p><p class="p2">On a accepté ?<br />Bon an mal an, la France a résisté. Arrive le candidat Hollande. En 2012 le PS négocie un accord avec les Verts. Le chef de la délégation du PS est Michel Sapin. Un membre de la délégation EELV pousse le bouchon et, au milieu de la nuit, Sapin lui dit « Je vous lâche 24 réacteurs nucléaires ». La moitié du parc nucléaire ! L’émissaire manque de tomber à la renverse, il avait pour mission d’en obtenir deux. Il reste deux heures en interruption de séance tellement il se marre. Président d’EDF, je n’ai pas le droit d’intervenir dans la campagne, mais j’ai quand même 180 000 personnes qui peuvent légitimement se demander pourquoi le chef ne dit rien. À une question de lecteurs du Parisien sur le sujet je réponds : « Si on arrête le nucléaire c’est un million d’emplois détruits ». Hurlements des socialistes. Hollande fait cette déclaration historique : il y a deux mecs que je vais virer immédiatement si je suis élu, c’est Squarcini et Proglio. J’ai tenu jusqu’à la fin de mon mandat. Hollande, réalisant plus tard que Sapin avait signé n’importe quoi, rectifie le tir en disant « deux réacteurs ». Lesquels ? Il cherche la centrale la plus ancienne, c’est Fessenheim. On venait de la rénover complètement à grand frais. Hollande a tout promis, jusqu’à l’inversion de la courbe du chômage, alors va pour la fermeture de Fessenheim. Mais c’est l’actuel Président qui a tenu cette promesse insensée de son prédécesseur.</p><p class="p2">J’ai l’impression qu’on démolit le nucléaire au moment où il peut venir à bout de ses défauts.<br />Il faut maintenant qu’on arrive à transformer les déchets radioactifs en matière première, d’où l’importance des réacteurs à neutrons rapides, qui vont transformer les déchets en combustible. Sauf qu’en France on a arrêté toutes les recherches et toutes les expérimentations. On n’existe déjà plus dans le nucléaire. L’EPR est en difficulté, et on mise encore tout dessus. Le modèle nucléaire français risque d’être remplacé par le russe et le chinois, et les Américains qui vont s’y remettre.</p><p class="p2">Est-ce que l’écologie politique n’est pas ce qui a fait le plus de mal à la planète depuis 45 ans ? La phobie du nucléaire a fait progresser les énergies fossiles, la voiture électrique fait croire à une alternative au rail, les attaques contre la construction de lignes ferroviaires, le folklorisme architectural et la décentralisation ont permis en creux le mitage et la destruction des centre-villes, les lois réglementant les grandes surfaces ont amplifié la corruption des élus locaux, etc. À propos de Davos et Greta Thurnberg vous parlez de dictature de l’insignifiance…<br />Les écolos sont sympathiques, on leur a expliqué que le vent, le soleil et les vagues peuvent subvenir aux besoins énergétiques de la planète, c’est assez rassurant mais ce n’est pas vrai. La technique les laisse totalement indifférents. Si vous me demandez si les énergies dites renouvelables sont une solution, je vous réponds que c’est une mauvaise réponse à une bonne question. Elles ne sont pas là quand on en a besoin, on n’a pas résolu la question du stockage, les batteries et la production photovoltaïque sont un désastre environnemental, et je n’aimerais pas m’occuper du démantèlement du parc éolien, avec des pales de 32 mètres en matériaux composites indestructibles…</p>
<p>« POUTINE ? JE L’AI TROUVÉ À CHAQUE FOIS TRÈS TIMIDE. »</p>
<p class="p2">Et l’hydrogène, ça va marcher ?<br />Je n’y crois pas du tout, c’est un piège à subventions. Il faut beaucoup d’électricité pour fabriquer de l’hydrogène, il n’y en a pas à l’état pur. La France, qui n’est pas le pays qui a dépensé le plus en la matière, a accordé aux énergies dites nouvelles 50 milliards de subventions en dix ans, autant que coûterait le grand carénage du parc nucléaire. Pour produire 2,5 % de l’électricité française depuis 10 ans… </p><p class="p2">La commission européenne ne nous aide pas à y voir plus clair ?<br />Les pays européens ont tendance à faire désigner des seconds couteaux à Bruxelles, à l’exception des Anglais, qui faisaient nommer des gens pervers, totalement acquis aux Britanniques, qui voulaient récupérer le système européen à leur profit. </p><p class="p2">Quand j’ai entendu Nathalie Loiseau fanfaronner à la radio, quelques heures avant que le Royaume-Uni signe l’accord sur le Brexit, en disant que Boris Johnson était en train de pleurer sa race tellement on l’avait dérouillé, j’ai compris que les Anglais avaient gagné.<br />Avec eux, dès qu’un contrat est signé il est rediscuté, c’est pourquoi il doit comporter des poison pills, afin qu’il ne soit pas contesté sur ses clauses principales. Les Anglais quittant Bruxelles laissent la place aux Allemands. Qu’est-ce qui les gêne ? Leur politique énergétique, qu’ils ont complètement ratée. Et EDF. J’avais amené EDF dans un partenariat de gazoduc paneuropéen avec les Russes, South Stream. Les Allemands ont réussi à faire échouer ce projet. Mais depuis qu’ils ont abandonné le nucléaire en 2012, ils ont rouvert leurs mines de lignite et de charbon, ils ont doublé leurs émissions de CO2 et le prix de l’électricité. Ils ont donc absolument besoin de gaz. D’où leur besoin d’un nouveau réseau, Nord Stream 2, passant par la Mer Baltique. Ils sont en guerre avec les Russes sur les droits de l’homme et à peu près tout, sauf sur le gaz. Nous on est plus malins que ça : les Américains nous disent qu’il faut faire la guerre aux Russes, au lieu de laisser les Allemands tranquilles on interdit Nord Stream 2, on vexe les Allemands et ils assassinent EDF. Il y a une volonté farouche de Bruxelles, sous les ordres de Berlin, d’assassiner EDF tant qu’on n’aura pas lâché sur Nord Stream.</p><p class="p2">Est-ce qu’on n’a pas surestimé Merkel ? Parce que les réformes structurelles, c’est son prédécesseur Schrœder qui les a faites, ce qui l’a amené à être battu…<br />Vous savez où il est Schrœder ? Il est président de Nord Stream. C’est là que l’Allemagne est raisonnable, parce qu’ils savent qu’ils en ont besoin.</p><p class="p2">Comment parvenez-vous, en tant qu’ancien président d’une entreprise nationale, à travailler avec le pouvoir actuel en Russie, c’est à dire avec l’ancien appareil du KGB ?<br />Il est partout le KGB, moi ça ne me gêne pas. Quand j’étais PDG d’EDF j’avais comme interlocuteur Rosatom. Les Russes ont un système nucléaire qui a été entièrement repensé après Tchernobyl, et qui aujourd’hui est remarquable.</p><p class="p2">Vous racontez dans votre livre le clan Eltsine, voyant Gorbatchev entrer dans la pièce, la quitter aussitôt en le traitant de traître. Qu’est-ce qu’ils lui reprochaient ?<br />Ils lui reprochaient d’avoir cassé l’Union Soviétique comme continuation de l’ancien Empire russe, et laissé le pillage s’installer par les oligarques.</p><p></p>
<p>AVEC LES MAINS_<br />Lors de cette masterclass accordée aux lectrices et lecteurs de Technikart, M. Proglio prodigue quelques conseils au Président du Syndicat national de l’édition phonographique.</p>
<p class="p2"><br />Et Poutine ?<br />J’ai eu l’occasion de le voir plusieurs fois, et à chaque fois je l’ai trouvé très timide.</p><p class="p2">On ne peut pas en dire autant de Raffarin avec la Chine et les transferts de technologie. Mata-Hari a été fusillée pour moins que ça…<br />Vous donnez beaucoup de crédit à Raffarin…</p><p class="p2">Je n’ai pas dit qu’il s’y connaissait en technologie ou qu’il parlait chinois, mais la France se vante souvent de construire douze kilomètres de ligne à grande vitesse, et ensuite…<br />La Chine c’est le quart des habitants de la planète, refuser de vendre à l’Asie c’est compliqué. Ce qui importe c’est d’être constamment en avance de phase, d’exporter des matériels, donc des technologies, mais en ayant un temps d’avance dans vos centres de recherche et dans vos projets. Au moins vous leur vendez des équipements, sinon ils se les procurent quand même. Ils achètent tous les modèles d’avions, tous les modèles de centrales nucléaires du monde. Ils voient tout ce qui se fait, puis ils font leur réacteur à eux, qui est un concentré des meilleures techniques existantes dans le monde.</p><p class="p2">La question subsidiaire : comment trouvez-vous la décision rendue hier pour les écoutes de Sarkozy avec son avocat ?<br />Je suis assez scandalisé par le principe. Les filets dérivants, le fait de piéger qui que ce soit en le mettant sur écoute pendant dix-huit mois, ça me dérange, et là, en plus, c’est un délit d’intention. Dans quel pays au monde ce serait acceptable ? C’est une honte. </p><p class="p2">Le très vertueux Benoît Hamon, dont la compagne fait bénéficier un grand groupe de luxe de ses talents d’influence, avait eu cette phrase élégante qui nous rappelle de bons souvenirs : « Si on n’a rien à cacher, il n’y a pas de problème à être écouté ».<br />Notre photographe : Même le juge Van Ruymbeke a déclaré qu’il n’aurait jamais épluché les fadettes d’un avocat…<br />Henri Proglio : Les professionnels de la magistrature savent que c’est inique. Un juge est là pour faire respecter le droit, s’ils se mettent à faire le droit et la loi…</p><p class="p2">Quand j’avais vingt ans ça m’arrivait d’être écouté, par la fine équipe de l’Élysée ou le juge Bruguière. S’il y a un truc qui n’apparaît jamais dans les fiches d’interception, c’est l’humour, et Thierry Herzog en a beaucoup. Aujourd’hui j’aimerais bien être plus souvent écouté, en tout cas pour mes disques.</p><p class="p1">Les joyaux de la couronne, avec Pierre Abou, (Robert Laffont, 312p, 20€.)</p><p class="p3"><br />Entretien Bertrand Burgalat<br />Photos Florian Thévenard </p><p class="p3"> </p><p class="p2"> </p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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