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	<title><![CDATA[Signet Loupe: Articles de blog de La loupe]]></title>
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	<pubDate>Mon, 04 Nov 2024 21:21:28 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Les origines du rêve californien]]></title>
	<description><![CDATA[
<p><a href="https://laviedesidees.fr/IMG/png/capture_d_e_cran_2024-10-31_a_09.32_21.png" type="image/png"></a></p>
<p>Louis S. Warren enseigne à l’Université de Californie à Davis l’histoire de l’Ouest américain et de la Californie, l’histoire environnementale et l’histoire des États-Unis. Son prochain livre s’intitule Blood Money : California’s Indian War Bonds and the Making of the Settler State. Son livre le plus récent, God’s Red Son : The Ghost Dance Religion and the Making of Modern America (Basic, 2017), a reçu le prix Bancroft 2018 d’histoire américaine. Ses autres livres comprennent The Hunter’s Game : Poachers and Conservationists in Twentieth-Century America (Yale, 1997) et Buffalo Bill’s America : William Cody and the Wild West Show (Alfred A. Knopf, 2005). Il est également éditeur d’un manuel, American Environmental History (deuxième édition : Blackwell, 2021). De 2009 à 2013, il a été co-éditeur, fondateur et premier rédacteur en chef d’un magazine trimestriel interdisciplinaire à comité de lecture intitulé Boom : A Journal of California, qui a reçu le prix du meilleur nouveau magazine du Library’s Journal en 2011. En 2023-2024, il a été Andrew W. Mellon Foundation Fellow au Center for Advanced Study in the Behavioral Sciences (CASBS) de l’université de Stanford.</p><p>La Vie des idées : Quelles sont les origines historiques du rêve californien ?</p><p>Louis Warren : Le terme de « rêve californien » est aujourd’hui largement débattu dans les médias populaires et les hommes politiques en parlent très régulièrement. L’avenir du rêve californien suscite de nombreuses inquiétudes. D’une manière générale, la plupart des gens font remonter ce rêve à la ruée vers l’or. La plupart du temps, lorsque les gens utilisent ce terme, ils supposent qu’il trouve son origine dans la ruée vers l’or, qui est la grande explosion de production de richesses qui annonce la naissance de l’Amérique et de la Californie en tant que partie intégrante des États-Unis.</p><p>Mais en fait, le terme de « rêve californien » n’est pas apparu avant les années 1960. Il est assez fascinant de constater que la Californie s’est développée depuis la ruée vers l’or jusqu’à l’époque du Spoutnik et du projet Apollo avant d’être affublée de ce terme de « rêve californien ».</p><p>Le rêve californien représente le sentiment que la Californie est un endroit à part. C’est l’idée d’une sorte d’exceptionnalisme californien, le sentiment que la vie peut être meilleure en Californie. D’une manière générale, le rêve de la plupart des gens est que la Californie offre un endroit où l’on peut s’enrichir, mais aussi s’amuser, vivre dans le confort des banlieues, tout en menant une vie qui a quelque chose d’authentique, qui a du sens, ce qui est peut-être plus difficile, voire impossible, dans d’autres endroits.</p><p>Ce sont ces éléments du rêve californien qui circulent, généralement de manière implicite, dans les conversations qui mobilisent ce terme. Et la plupart du temps, lorsque les gens invoquent ce terme, ils déplorent également que le rêve californien est en passe de disparaître ou qu’il a déjà disparu. Il est donc invoqué souvent de manière ironique, à la fois pour le rappeler à l’esprit de leur interlocuteur et de leur public, mais aussi pour en faire le deuil.</p><p>La Vie des idées : La richesse de la Californie a-t-elle commencé avec la ruée vers l’or du milieu du XIXe siècle ?</p><p>Louis Warren : Pour la plupart des gens, lorsqu’ils pensent à la Californie aujourd’hui, cela évoque dans leur esprit certaines associations : la richesse et la réussite notamment, car la Californie est le plus grand État des États-Unis, sa population est supérieure à celle du Canada, c’est l’État le plus riche et, à bien des égards, c’est le symbole de la réussite américaine au moins depuis la fin du XXe siècle. Certains vont jusqu’à dire que c’était une sorte de symbole avant cela. La plupart des gens pensent que la croissance, le développement et le succès de la Californie remontent à la ruée vers l’or, que c’est là que tout a commencé, que la Californie a commencé à croître et à s’enrichir, et qu’elle a continué à croître et à s’enrichir jusqu’à aujourd’hui.</p><p>Or c’est totalement faux. La Californie a bien connu une poussée de croissance lors de la ruée vers l’or, qui commence en 1848, mais elle prend fin en 1852. C’est une période très courte. Comme je le dis toujours à mes étudiants, la ruée vers l’or a duré aussi longtemps que votre séjour à l’université.</p><p>Par la suite, la Californie n’a pas connu une croissance aussi rapide. Les pourcentages de croissance semblent très élevés, comparés à la croissance actuelle. Certes, lorsque des centaines de milliers de personnes immigrent en Californie au début des années 1851 et 1852, il s’agit d’une croissance très rapide pour un État américain de l’Ouest. Mais par la suite, la croissance ralentit considérablement. Et bien qu’elle nous paraisse rapide aujourd’hui, dans les années 1860, 1870 et 1880 les politiciens californiens étaient très inquiets, car l’État ne se développait pas aussi vite que les autres États de l’Ouest. Elle n’avait plus une économie alimentée par l’or, facile à extraire pour les gens ordinaires, et elle manquait d’une grande économie agricole ouverte à une large classe moyenne d’agriculteurs.</p><p>La Californie connaît ainsi une sorte de croissance lente et une quasi-stagnation pendant une longue période : dans les années 1890, elle croît plus lentement que tous les autres États de l’Ouest ; le seul État de l’Ouest qui croît plus lentement que la Californie dans les années 1890 est le Nevada, qui voit décroître sa population dans les années 1890. Ce n’est donc pas une période qui inspire une sorte de vision de la réussite de la Californie comme un endroit où l’on peut s’enrichir. La littérature, les chansons et la poésie de cette époque ne parlent pas du rêve californien. Les gens parlent du « rêve d’or », qui est un produit de la ruée vers l’or.</p><p>Dans les années 1840 et 1850, les gens commencent à parler du rêve doré de la Californie, et nombreux sont ceux qui supposent qu’il s’agit d’une version antérieure du rêve californien, et que les deux expressions sont synonymes. Mais en réalité, le rêve d’or est presque toujours invoqué comme une mise en garde : il exprime ce qui s’empare des gens lorsqu’ils imaginent qu’ils vont devenir riches très rapidement, et l’espèce de frénésie dans laquelle ils se lancent quand ils commencent à chercher de l’or n’importe où et n’importe comment – en prenant une pelle et un pic et en creusant des rochers pour chercher de l’or dans le Maine, par exemple, plutôt qu’en Californie.</p><p>Le terme exprimait le sentiment de frustration et de déception des gens. C’était donc un avertissement. Parler du rêve doré de la Californie, c’était avertir les gens de ne pas adhérer à ce mythe de la ruée vers l’or, où des gens ordinaires partaient, croyaient-ils, faire fortune en grattant un peu la terre. C’est un terme qui désigne la Californie comme une grande mystification, plutôt que comme un lieu de réussite, de richesse et de satisfaction.</p><p>Une façon de réfléchir à la puissance du terme « rêve » au XXe siècle et à la façon dont il évolue depuis le sens qu’il avait au XIXe siècle vers les types de significations que recouvre le rêve californien est de penser au « rêve américain », et aux usages de ce terme. Aujourd’hui, nombreux sont ceux qui vous diront que le rêve américain commence avec la fondation de la nation en 1776, ou même avant ; ils en parleront comme faisant partie des colonies de la Nouvelle-Angleterre, ou ils l’enracineront quelque part dans un passé assez lointain. Mais les historiens qui se sont penchés sur le rêve américain, Sarah Churchwell, par exemple, dans son livre sur le rêve américain, constate que la première fois que le terme a été utilisé, c’était en 1895.</p><p>C’est au début du XXe siècle qu’il commence à prendre tout son sens pour les Américains. Et ce n’est que vers les années 1930, dans un livre très célèbre du romancier James Truslow Adams, que ce rêve est réellement articulé, évoqué et en quelque sorte défini comme le rêve d’un pays dans lequel les gens peuvent s’élever au niveau de leurs mérites, plutôt que d’un pays simplement motivé par l’avidité matérielle.</p><p>Il s’agit d’abord du rêve d’un pays anti-consumériste, enraciné dans une sorte de sens moral de la valeur personnelle et de l’accomplissement personnel et individuel, et ouvert, comme l’a dit James Truslow Adams, aux hommes et aux femmes de tous horizons : c’est ainsi que s’articule le rêve américain. Ce terme, tel que je viens de le décrire, est formulé dans un livre intitulé The Epic of America (L’épopée de l’Amérique), publié en 1931.</p><p>Cela vous donne une idée de l’évolution du terme « rêve » dans les années 1930. Les films commencent à façonner le sens du passé et de l’avenir collectifs, des films qui ressemblent beaucoup à des rêves dans cette lumière vacillante sur un écran : on commence à comparer les films aux rêves, et de fait, les gens commencent à discuter du rêve hollywoodien dans les années 1920, ce rêve de venir en Californie, de venir à Hollywood et de devenir une star de cinéma, un rêve qui remonte en fait aux années 1920.</p><p>C’est à partir de là que l’idée selon laquelle le rêve est nécessaire pour réussir dans le monde moderne commence à se faire jour. Et c’est là, je pense, qu’une grande partie de la signification du rêve californien s’enracine.</p><p>La Vie des idées : Comment la culture populaire a-t-elle façonné le rêve californien ?</p><p>Louis Warren : L’expression « California dream » commence à apparaître dans la littérature populaire, dans les journaux et les magazines, à partir de 1966 environ, et cela correspond précisément à la sortie de la chanson pop classique California Dreamin’ des Mamas and the Papas, qui est sortie à la fin de l’année 1960, le 5 décembre 1965, et qui est devenue un des dix premiers succès aux États-Unis en 1966 ; et il est impossible d’échapper à la conclusion que c’est la chanson qui a inspiré l’utilisation de l’expression. En effet, à mon sens, les chansons et les paroles des chansons sont des documents historiques.</p><p>Elles sont le produit de leur époque. Ce que dit l’auteur de la chanson permet de suivre les angoisses, les idées et les influences populaires à travers ces paroles. Comme n’importe quel autre document historique. Mais les chansons pop sont des documents d’un ordre particulier. Et, comme l’historien Josh Kun l’a écrit dans son livre Audiotopia, les chansons pop ont une façon spécifique d’entrer dans notre imagination ; c’est très différent de la lecture d’un autre type de document historique : si je lis des documents du State Tax Board en 1966, c’est un type de document particulier. Il peut y avoir beaucoup de choses qui me renseignent sur l’état des choses en 1966. Mais ces mots n’entrent pas dans la tête des gens, ni dans leur sens collectif, ni dans leur sens individuel, comme le fait une chanson pop. Les chansons pop sont des moyens de créer dans nos esprits, comme le montre Josh kun, un espace qui est une sorte de réalité alternative où nous nous réimaginons nous-mêmes et notre relation à l’ordre social, et même où nous ré-imaginons les États-Unis et le monde comme une sorte d’endroit très différent.</p><p>Il se passe beaucoup de choses lorsque les gens chantent des chansons pop dans leur voiture, sous la douche ou ailleurs, ils sont à ce moment-là, dans une sorte d’espace audiotopique qui produit une réalité alternative dans leur imaginaire, qui engendre une nouvelle façon de voir le monde. C’est ce qui se passe avec California Dreamin’, chanson qui commence par décrire une promenade dans la ville de New York par un froid glacial, le narrateur passe devant une église, entre à l’intérieur et le prêtre se réjouit qu’il fasse froid dehors, parce que cela gardera la personne dans l’église.</p><p>Alors le chanteur se met à genoux et fait mine de prier. Toute la chanson est un réquisitoire contre ce monde froid et étranger, dans lequel nous appartenons à des institutions creuses et où nos dévotions, du moins dans la chanson, sont souvent vides ; nous nous y accrochons parce que nous n’avons pas d’autre choix.</p><p>Et l’alternative, c’est la Californie, où nous pouvons être authentiques et vrais, où, comme le dit la chanson : je serais en sécurité et au chaud si j’étais à Los Angeles. C’est l’alternative à ce froid glacial de New York. Tel est le paysage sonore tellement puissant qui est évoqué dans cette chanson. Et ce ne sont pas seulement les paroles, c’est la musique elle-même et le type d’émotions qu’elle suscite qui emportent l’auditeur.</p><p>Et c’est cela qui en a fait l’une des chansons pop les plus durables. Elle a été reprise des centaines de fois par différents artistes au cours des années qui ont suivi sa sortie, et elle est vraiment au cœur de ce moment où l’on réimagine la Californie comme un lieu de confort matériel : je serais en sécurité et au chaud si j’étais à Los Angeles ! Un endroit qui est également teinté d’étranger, d’exotisme et de cette allusion à un avenir possible différent pour les États-Unis dans le monde. Il y a là de très nombreuses allusions à la beauté de la Californie et à la beauté potentielle d’un monde qui pourrait ressembler à la Californie.</p><p>La Vie des idées : Quel type d’anxiété le rêve californien suscite-t-il ?</p><p>Louis Warren : Le rêve californien est un concept populaire lorsqu’il émerge à la fin des années 1960 – et il se répand comme une traînée de poudre, des livres sont publiés à son sujet autour de 1968, et il est invoqué partout. Mais encore une fois, presque toujours dans un sens ironique. Si je mentionne le rêve californien, c’est que j’évoque pour vous cette vision de la Californie, de la beauté, de la réussite et de la croissance californiennes ; mais en même temps, on l’invoque de manière sarcastique, parce que nous savons tous qu’il est sur le point d’échouer. La Californie est au bord de l’effondrement. Et si on s’inquiète lorsqu’on redoute l’effondrement de la Californie, c’est que la Californie s’est développée très rapidement.</p><p>En 1900, l’Union comptait 45 États et la Californie se classait au 21e rang en termes de population. Elle s’en est plutôt bien tirée depuis ses origines liées à la ruée vers l’or. C’est respectable, mais ce n’est pas extraordinaire. En 1962, la Californie est devenue le plus grand État du pays. Sa population dépasse alors officiellement celle de l’État de New York. Elle devient le mastodonte de la côte Ouest et du pays tout entier.</p><p>Elle a conservé ce statut depuis lors. Mais au milieu des années 1960, alors que cet événement se produit et que la Californie devient le plus grand État, on s’inquiète beaucoup de la rapidité de la croissance de l’État. La population doublait tous les 20 ans. Et cette fois-ci, elle a atteint un point culminant. Elle était passée de 1,5 million d’habitants en 1900 à 20 millions en 1970.</p><p>Et la crainte était que l’on atteigne rapidement les 40 millions, et cela semblait insoutenable. On a alors le sentiment qu’il est impossible, si l’on y réfléchit de manière abstraite, qu’un seul endroit puisse continuer à croître de la sorte éternellement. Il y a eu une énorme construction de banlieues en Californie au cours de cette période. La construction d’autoroutes est gigantesque.</p><p>Il y a énormément de voitures, la crise de la pollution de l’air, en particulier à Los Angeles, mais aussi dans la baie de San Francisco, devient une préoccupation pressante et urgente. On a donc vraiment l’impression que la Californie va atteindre une limite quelque part. Ce sentiment crée une anxiété largement partagée. Par les écologistes, par exemple. Les personnes qui ont tendance à être très ouvertes à toutes les formes de diversité raciale et culturelle peuvent s’inscrire dans ce cadre parce qu’elles s’inquiètent de la dégradation de l’environnement qu’elles constatent autour d’elles et se sentent très concernés par ce problème.</p><p>Mais le même thème est aussi adopté par les personnes qui sont ouvertement racistes, parce que l’une des façons de formuler cette anxiété à propos de la croissance de la Californie est qu’il y a trop de gens qui viennent ici, et qu’il faut les arrêter. La croissance doit s’arrêter. Et si l’on demande aux gens qui sont en trop grand nombre, on obtient des réponses très différentes.</p><p>L’augmentation de l’immigration en provenance du Mexique, par exemple, et de l’Amérique latine suscite beaucoup d’inquiétude. Et lorsque je parle d’anxiété à propos de l’immigration en provenance du Mexique, je parle évidemment de l’anxiété de certains segments de la population blanche. Il y a toujours de l’anxiété, une anxiété populaire en Californie à propos de la proximité de l’Asie et des migrations en provenance de l’Asie en tant que facteur, de sorte que vous pourrez commencer à critiquer la croissance de la Californie et dire « c’est la fin du rêve californien », et vous aurez beaucoup de gens avec des visions du monde très différentes qui adhéreront à cette phrase et qui seront d’accord avec vous. Mais si vous commencez à analyser ce qui les inquiète réellement, vous obtiendrez de ces personnes un sentiment très différent quant à la menace réelle qui pèse sur la Californie.</p><p>La déploration de la fin du rêve californien est également à double tranchant. On peut l’utiliser pour parler, d’une part, d’un État qui a été submergé : c’est la critique conservatrice que l’on entend souvent, selon laquelle la Californie, le rêve californien, est en train de mourir en raison d’un excès d’immigration. Il y a trop d’immigrants, et trop de démocrates. La Californie est un État dominé par le parti démocrate, du moins au cours des 30 dernières années.</p><p>Autre critique : il y a trop de réglementations. L’excès de réglementation est à l’origine de tous les problèmes auxquels la Californie est confrontée. Voilà comment les auteurs conservateurs ont utilisé la mort du rêve californien comme une sorte d’outil pour formuler ces autres critiques.</p><p>D’un autre côté, à gauche, on dit souvent que le rêve californien est mort ou en train de mourir à cause des inégalités sociales flagrantes dans l’État, et que ce dont nous avons besoin, c’est d’un État où les richesses sont réparties plus équitablement, où la croissance est plus durable du point de vue de l’environnement. Il y a une sorte d’espoir dans les critiques du rêve californien qui émanent généralement de la gauche politique.</p><p>Et je dois dire que le terme « rêve californien » est associé par beaucoup à une Californie des années 1960, lorsque la Californie était un État beaucoup plus blanc qu’il ne l’est aujourd’hui. Dans les années 1960, la Californie comptait environ 75 % de Blancs, non hispaniques, alors qu’aujourd’hui, les Latinos représentent environ 40 % de la population.</p><p>C’est un État où environ 40 % de la population parle à la maison une autre langue que l’anglais. Pour certains, c’est un désastre et c’est la fin du rêve californien tandis que pour d’autres, c’est précisément cela, le rêve californien. Tout ce que nous devons faire, c’est le faire fonctionner et l’améliorer pour un plus grand nombre de personnes qui sont ici. Et nous sommes « dorés », pour reprendre une expression californienne.</p><p>La Vie des idées : Quelle est la part sombre du rêve californien ?</p><p>Louis Warren : Je pense qu’une façon de s’interroger sur la complexité de l’histoire de la Californie et sur la signification de cette histoire pour les habitants de la Californie aujourd’hui est d’examiner l’idée du rêve californien et de se demander quelle est la popularité de cette idée. Les gens y croient-ils vraiment ? Des chercheurs de l’université de Californie ont réalisé des sondages sur cette question, et j’ai trouvé cela fascinant parce que je présupposais que les Californiens blancs seraient les plus convaincus, les plus fervents zélateurs du rêve californien.</p><p>Or, il est fascinant de constater que plus de la moitié des Californiens blancs non hispaniques de l’échantillon interrogé, soit environ 59 ou 57 %, ont déclaré que le rêve californien avait encore un sens pour eux et leur famille aujourd’hui. Des chiffres plutôt bons. Mais dans les familles hispaniques, afro-américaines et d’origine asiatique, les chiffres étaient beaucoup plus élevés.</p><p>Ainsi, parmi les Latinos et les Afro-Américains, plus de 60 % des personnes interrogées ont déclaré que le rêve californien avait une signification pour elles et leur famille aujourd’hui. Parmi les Américains d’origine asiatique, plus de 70 % des personnes interrogées. Toutes ces personnes de couleur en Californie sont conscientes du passé discriminatoire de la Californie, de sa violence, qui est profonde dans la fondation de la Californie, la violence étant une constante et un élément fondamental, pas seulement un fil conducteur, mais une sorte de fondement de la dépossession, de l’expulsion et du génocide des peuples indigènes. Mais aussi l’exclusion de beaucoup d’autres, des Mexicains, des Latino-Américains, des Chinois et des Japonais. La Californie a une longue histoire de relations raciales féroces.</p><p>En même temps, l’histoire de la Californie est celle d’un endroit où de très nombreux peuples différents ont élu domicile et auquel de très nombreux peuples différents restent très attachés et pour lequel ils éprouvent une grande affection. Il existe un sens profond et largement partagé de la beauté de la Californie : même si cela signifie différentes choses pour différentes personnes, que les gens pensent à différents endroits de la Californie.</p><p>Certains endroits sont plus attrayants que d’autres, et selon les uns ou les autres. Mais le sentiment est largement partagé que la Californie est toujours un endroit que de nombreuses personnes non seulement considèrent comme leur maison, mais espèrent considérer comme leur maison dans le futur, un lieu auquel on est très attaché.</p><p>Je pense qu’il est essentiel qu’aucun lieu, aucune personne, aucun moment, aucune période ne soit tout l’un ou tout l’autre. « C’était la meilleure des époques. C’était la pire des époques ». Ce genre de complexité est essentiel pour raconter l’histoire de tout lieu.</p><p>Ils sont tellement frappants en Californie, où l’atrocité de l’histoire est si sombre et l’histoire de la bienveillance et de la beauté est si brillante. Et lorsque vous constatez que tout cela se passe au même endroit, et que beaucoup de ces choses ont des racines communes, les paradoxes sont ce qui fournit une certaine tension narrative pour conter l’histoire de cette région.</p><p>La Vie des idées : Quel est le rôle de la Californie dans l’histoire du capitalisme américain ?</p><p>Louis Warren : Si la Californie reste aujourd’hui l’État le plus riche, en revanche, si l’on tient compte du prix du logement, c’est aussi, paradoxalement, l’État le plus pauvre. La Californie compte une plus grande proportion de personnes sans logement que n’importe quel autre État.</p><p>En ce qui concerne la violence, de nombreuses personnes évoquent différentes tendances et évolutions dans l’histoire de la Californie. Le XIXe siècle californien est particulièrement violent. La menace était particulièrement grave pour les autochtones de Californie dans les années 1850, 1860 et 1870. Aujourd’hui, les gens se plaisent à citer de nouveau Mike Davis, qui souligne la taille des services de police dans des endroits comme Los Angeles et l’armement que ces services de police ne se contentent pas de porter, mais qu’ils possèdent.</p><p>Il y a beaucoup de façons d’envisager la violence et l’inégalité en Californie qui, encore une fois, nous ramènent à l’idée que la Californie est un endroit pour film noir. Je pense cependant que lorsque nous considérons les États-Unis dans leur ensemble, il est toujours important de se rappeler que la dénonciation des échecs de la Californie a été un moyen particulièrement puissant pour dénoncer les échecs des États-Unis.</p><p>Wallace Stegner a dit un jour que la Californie était l’Amérique au carré, c’est-à-dire que l’histoire des États-Unis semblait être prédite dans l’histoire de la Californie de manière encore plus extrême. Et un commentaire que nombre de nos auteurs, penseurs et commentateurs produisent sur la condition américaine consiste à critiquer la Californie : si la Californie échoue sur quelque point, qu’est-ce que cela signifie pour les États-Unis ?</p><p>Si la Californie est l’endroit où, à bien des égards, l’histoire américaine semble atteindre son point culminant, où tant de gens ont possédé à un moment tous ensemble une vie bonne, mais que la situation s’assombrit, avec une menace d’échec ou d’effondrement imminent, alors c’est une façon de mettre en garde contre les États-Unis dans leur ensemble.</p><p>C’est très puissant, mais aussi potentiellement très trompeur d’utiliser un endroit particulier pour critiquer l’ensemble des États-Unis. Il faut donc nous montrer prudents et montrer d’où vient la violence et où elle se trouve, d’où viennent les échecs et où ils se trouvent, à chaque moment, plutôt que de désigner un État, un seul endroit, comme le porteur du destin commun à tous les autres.</p><p>[embedded content]</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/981/brics-la-grande-desillusion</guid>
	<pubDate>Sun, 03 Nov 2024 13:49:19 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/981/brics-la-grande-desillusion</link>
	<title><![CDATA[BRICS, La grande désillusion]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Source : <a href="https://antipresse.net/articles/nouveau/">ANTIPRESSE</a> 466                                                                               LE GRAND JEU par <a href="https://antipresse.net/jean-marc-bovy/"><br />Jean-Marc Bovy</a></p>

<p>Une Russie que l’on dit isolée du monde et, avec elle, son président ostracisé, ont dû se réjouir en cette fin de saison d’accueillir vingt chefs d’État dans la ville de Kazan pour le sommet des BRICS (voir AP465). Les BRICS semblent aujourd’hui rallier à eux la majorité de ce qu’on désigne par le Sud global ou ce qu’il conviendrait mieux d’appeler le Non-Occident. Mais des soupçons commencent à poindre quant aux visées réelles de ce mouvement.</p>

<p>À l’origine en 2009, l’organisation réunissait le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine, auxquels est venue rapidement s’ajouter l’Afrique du Sud.<br />Début 2024, quatre nouveaux États ont été admis comme membres à part entière, soit l’Iran, les Émirats arabes unis, l’Égypte et l’Éthiopie. À l’heure actuelle, plus de 30 pays se pressent aux portes de l’organisation, dont la Turquie pourtant membre de<br />l’OTAN. Un véritable succès? C’est à voir.</p>

<p>Sur leur site internet appelé <a href="https://www.katyusha.org"><br />Katioucha</a> les patriotes de Russie n’ont pas tardé à réagir à la Déclaration de Kazan, un document de 43 pages publié à l’issue du grand raout sur la Volga. Leur communiqué est intitulé «La Déclaration de Kazan faite par les Leaders des BRICS: un agenda clairement globaliste sous couvert de multipolarité». Pour les souverainistes de Katioucha, «il est évident que les buts de l’union des pays qui se posent en alternative au bloc atlantiste sont pratiquement les mêmes que ceux du “Pacte du Futur” de l’ONU adoptés cette même année à New York (…). Ce qui nous est proposé est le modèle tristement familier de la mondialisation, appliqué non plus seulement aux pays du bloc atlantique et à leurs<br />satellites, mais à l’Eurasie et au “Sud global”. (…) Les BRICS sont une sorte de sous-projet en main des mêmes curateurs».</p>

<p>A la lecture de la Déclaration de Kazan, il saute aux yeux que son vocabulaire est emprunté à la novlangue globaliste. Ses rédacteurs semblent s’être formés à l’école de Davos, avec toute la panoplie du lexique branché qui va du développement durable à l’inclusivité, en passant par la création d’une infrastructure numérique unique à toute la société. À plusieurs reprises, la Déclaration réaffirme le<br />rôle directeur de l’ONU, de l’OMS, du FMI et de l’OMC, grâce auxquels, selon Katioucha, «les mondialistes sont à la manœuvre pour prendre le contrôle de la gouvernance sur l’humanité tout entière».</p>

<p>Les patriotes de Russie, qui rêvent encore d’une souveraineté en tous domaines, ont perçu une petite lueur d’espoir à la lecture de la Déclaration. Celle-ci prévoit un système de paiement entre pays membres des BRICS basé sur leurs monnaies nationales, ainsi que la mise en place par les banques centrales d’un dispositif unique de compensation fondé sur un panier de devises, le but étant de se passer du dollar. De tels mécanismes financiers sont complexes et il faudra du temps pour dédollariser une bonne partie de la planète habituée à faire confiance au billet vert.</p>

<p>Il est aussi question de remplacer le système Swift de paiement interbancaire pour échapper aux sanctions occidentales, comme a dû le faire la Russie. Mieux encore: les BRICS ont le projet de créer une monnaie commune, sur le modèle de l’euro.</p>

<p>Dans une des réceptions du sommet de Kazan, Poutine a créé la surprise en agitant avec un sourire en coin un modèle de coupure aux couleurs des cinq États fondateurs des BRICS.</p>

<p>L’unité de cette nouvelle monnaie n’a pas encore de nom. Vient naturellement à l’esprit celui de «brique», qui devrait s’imposer face à la «buck» des Yankees. Trêve de jeux de mots, cette révolution monétaire s’annonce compliquée et pourrait aboutir à l’opposé du but recherché, qui était celui d’une indépendance du monde des BRICS par rapport au FMI et à la Banque mondiale.</p>

<p>Ces institutions qui règnent en maîtres du monde depuis Washington ne sont pas près de lâcher le morceau. Paradoxalement, elles peuvent compter à Moscou sur la complicité d’Elvira Nabioullina, cheffe de la Banque centrale de la Fédération de Russie, et sur celle d’Anton Silouanov, ministre des Finances. Tous deux font partie du camp des globalistes, que beaucoup en Russie identifient à une cinquième colonne obéissant à des impératifs étrangers, alors qu’ils prétendent défendre les intérêts de leur pays en appliquant seulement les règles de bonne gouvernance et les canons de la haute finance internationale.<br />Nabioullina, qui a été saluée par le FMI comme «la meilleure cheffe de banque centrale», entend participer dès l’an prochain à la mise en place des CBDC, à déchiffrer comme des monnaies numérisées de banques centrales (Central Bank Digital Currencies). La Russie donnerait ainsi l’exemple à l’ensemble des BRICS en participant au projet initié par le Forum économique de Davos et relayé par la Banque mondiale. On ne fait pas plus globaliste et moins alternatif.</p>

<p>Après avoir été éloigné du centre du pouvoir, l’économiste Sergueï Glaziev, ancien candidat aux présidentielles qui fut conseiller de Poutine de 2012 à 2019, avait accusé Nabioullina et Silouanov d’être «les assassins de l’économie nationale».</p>

<p>Qui pourrait lui donner tort lorsqu’on sait que le taux actuel de la<br />banque centrale russe est de 21 %, un des plus hauts de la planète? Avec son ministre complice, la super banquière au visage poupin est aussi soupçonnée de favoriser les oligarques qui ont mis leurs avoirs en sécurité et à l’abri des sanctions occidentales sur des plateformes offshore. Last but non least, sur l’initiative de Silouanov, les copieux bénéfices réalisés sur les exportations d’énergie et de matières premières ne sont pas incorporés dans le budget de la fédération pour être réinvestis dans l’économie, mais placés en grande partie auprès de la Banque fédérale de réserve des États-Unis.</p>

<p>Pour tous ceux qui s’intéressent au sujet, nous ne pouvons que conseiller le site francophone <a href="https://russiepolitics.blogspot.com/?m=1">Russiepolitics</a> de Karine Béchet-Golovko, professeur de droit public à l’Université d’État<br />de Moscou, qui vit l’actualité russe de l’intérieur. </p>

<p>Elle partage sur bien des points l’opinion des patriotes qui s’expriment sur Katioucha.<br />Sa dernière chronique consacrée aux BRICS est intitulée <br /> <a href="https://russiepolitics.blogspot.com/2024/10/billet-dhumeur-la-russie-et-le-monde.html?m=1"><br />«Les BRICS, ce nouveau Veau d’Or»</a>. Beaucoup s’interrogent avec elle sur les raisons qui poussent Poutine à ce laisser-faire.</p>

<p>Les chroniques en anglais de Rurik Slavsquat vont dans le même sens et sont bien documentées, même si elles peuvent paraître excessives et provocatrices.</p>
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	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Sun, 20 Oct 2024 17:31:54 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Facing war in the Middle East and Ukraine, the US looks feeble. But is it just an act? | Adam Tooze]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Writing on-the-spot histories always comes with risks. But the urgency of the situation demands it. We need some explanation for why the US is not doing more to calm the situation in the Middle East and to push for negotiations between Ukraine and Russia.</p><p>There is one school of thought that says the Biden administration is muddling through. It has no grand plan. It lacks the will or the means to discipline or direct either the Ukrainians or the Israelis. As a result, it is mainly focused on avoiding a third world war.</p><p>If so, that is a sad testament to the decline of American hegemonic ambition. No wonder there are <a href="https://www.foreignaffairs.com/united-states/trouble-allies-richard-haass">calls in the US</a> for Washington to develop an “independent” foreign policy – independent, that is, of Ukraine and Israel.</p><p>But what if that interpretation is too benign? What if it underestimates the intentionality on Washington’s part? What if key figures in the administration actually see this as a history-defining moment and an opportunity to reshape the balance of world power? What if what we are witnessing is the pivoting of the US to a deliberate and comprehensive revisionism by way of a strategy of tension?</p><p>Revisionist powers are those that want to overturn the existing state of things. In an extended sense, this can also mean a desire to alter the flow of events; for instance, to redirect or halt the process of globalisation. Revisionism is often associated with resentment or nostalgia for an earlier, better age.</p><p>What makes us shrink from this interpretation of Joe Biden’s foreign policy is the sheer aggression of Russia since February 2022 and Hamas on 7 October. The US-led west is generally seen as reactive, not proactive. But focus not on the process but on the outcomes of US policy, and a different interpretation seems plausible.</p><p>Under Donald Trump, after all, the demand to make America great again was quite literally revisionist. He had no interest in the existing rules of the game. He tossed trade treaties out the window. He slapped <a href="https://www.bbc.co.uk/news/business-68201370">tariffs on China</a>. “America first” was the mantra.</p><p>By comparison with Trump, the Biden team boast of their commitment to a rules-based order. But when it came to the world economy and the rise of China, Biden has been every bit as aggressive as, perhaps more so than, his predecessor.</p><p>Under Biden, Washington has been committed to reversing years of decline apparently brought on by excessive favour shown to China. The US has tried to stop China’s development in tech. To do so, it has strong-armed allies such as the Dutch and the South Koreans. When the World Trade Organization dared to protest against US steel tariffs, the White House reaction was <a href="https://ustr.gov/about-us/policy-offices/press-office/press-releases/2022/december/statement-ustr-spokesperson-adam-hodge">contemptuous</a>. Bidenomics is Maga for thinking people.</p><p>In what is now called the Indo-Pacific, the US is not merely defending the status quo. The very definition of the strategic arena is new. In the Quad (Quadrilateral Security Dialogue), Washington is putting in place a new latticework of alliances that ties India, Japan and Australia to the US. If nothing else had happened in the past two years, the judgment would be clear. The geo-economic policy of the US towards China under Biden is a continuation of the revisionism first seen under Trump.</p><p>It was because it was focused on confronting China that the White House <a href="https://europeanleadershipnetwork.org/commentary/with-russian-american-detente-moving-forward-is-there-a-place-for-europe/">sought detente</a> with Russia in 2021. What spoiled that were two miscalculations made by Vladimir Putin. The first was to assume that his assault on Ukraine was a bagatelle. The second was to underestimate the willingness of the west to use Ukraine as a proxy against Russia. Two years into the war, the position of the west has hardened into its own revisionism. In relation to both Ukraine and Russia, the status quo ante is no longer acceptable.</p><p>In the Middle East, the situation is even more clear cut. Here, too, the Biden administration was not looking to escalate. Trump’s Abraham accords between the United Arab Emirates and Israel had opened up a promising vista. But Russia’s growing ties with Iran, and China’s involvement in the region darkened the picture. Once Hamas launched its attack on 7 October, and once the Israeli government’s determination to end the modus vivendi with Hamas and Hezbollah became clear, Washington gave the green light.</p><p>The US is paying for more than 25% of Israel’s rampage as it physically annihilates Gaza, victimises the West Bank and sets about uprooting Hezbollah. It has pulled allies such as Germany and the UK into line. It is shielding Netanyahu against the reach of international justice.</p><p>Of course, unlike in Ukraine, the US has continued diplomacy. But to what effect? First and foremost to keep Iran boxed in and the powerful Gulf states on side. Meanwhile, Israel is wiping out Iran’s network of influence and annihilating the <a href="https://news.sky.com/story/israel-hamas-war-what-is-the-two-state-solution-12985473">1990s vision</a> of a two-state solution.</p><p>In all three arenas – China, Ukraine and the Middle East – the US will say that it is responding to aggression. But rather than working consistently for a return to the status quo it is, in fact, raising the stakes. While insisting that it supports the rules-based order, what we are witnessing is something closer to a revival of the ruinous neoconservative ambition of the 1990s and 2000s.</p><p>With regard to China, the revisionist strategy was clear from the start. In Ukraine and the Middle East, Washington has responded to events. But that isn’t evidence against strategic intent. Using your enemy’s aggression, the desperation of your friends and the ruthlessness of your allies to your own advantage is simply smart policy. Washington has not been entirely reckless. Biden has resisted the most radical calls for engagement in Ukraine. He pulled out of Afghanistan and has refused to put American boots on the ground. At some point the White House may decide that ceasefires are necessary.</p><p>But there is more going on here than simply muddling through. First the Trump and now the Biden presidencies are willing contributors to the controlled demolition of the 1990s post-cold war order.</p><p>Do you have an opinion on the issues raised in this article? If you would like to submit a response of up to 300 words by email to be considered for publication in our <a href="https://www.theguardian.com/letters">letters</a> section, please <a href="mailto:mailto:guardian.letters@theguardian.com?body=Please%20include%20your%20name,%20full%20postal%20address%20and%20phone%20number%20underneath%20your%20letter.%20Letters%20are%20usually%20published%20with%20the%20author%E2%80%99s%20name%20and%20city/town/village.%20The%20rest%20of%20the%20information%20is%20for%20verification%20only%20and%20to%20contact%20you%20if%20your%20letter%20is%20used.">click here</a>.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Sat, 12 Oct 2024 21:21:05 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Russie/Ukraine, négociations ? Dimitri de Kochko livre son analyse au Diplomate]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Dimitri de Kochko est journaliste et responsable associatif. Il a travaillé trente-trois ans pour l’AFP, ce qui ne l’a pas empêché de publier ailleurs divers articles sur les relations internationales et la micro-économie. Il a également réalisé des reportages et des films pour la télévision et été régulièrement l’invité d’émissions de radio et de télévision en France et à l’étranger. Plus particulièrement orienté vers le monde russophone, après la fin de l’URSS il a créé plusieurs associations d’amitié et de coopération entre la France, l’Europe occidentale et la Russie et de manière plus large ensuite, une union de russophones. Et puis, en lien avec les exigences de l’actualité, il est à l’origine d’un comité contre la haine et pour la paix en Europe : <a href="http://stoprussophobie.info/">stoprussophobie.info</a>. Le site existe depuis 2017 et est actuellement en reconstruction.  </p><p>Propos recueillis par Hélène Richard-Favre</p><p>Le Diplomate :  Avant tout, merci de nous dire quelques mots de vous.</p><p>Dimitri de Kochko : Je suis journaliste par vocation. Je reconnais qu’aujourd’hui, à mon grand regret, je ne mets plus ça en avant, compte tenu de ce qu’est devenue l’image de la profession dans la société. Malheureusement à juste titre. La première charte de déontologie journalistique a été élaborée en France en 1918, à la fin de la 1ère guerre mondiale. D’autres versions ont vu le jour depuis, dont une version internationale dans les années 1970 à Munich. Elles définissent toutes un certain nombre de préceptes et de conduite morale (déontologique) qui sont aujourd’hui abondamment bafoués chez nous. J’invite vos lecteurs à consulter ces chartes sur internet (site du SNJ français par exemple) pour ne pas trop s’éloigner du sujet diplomatique d’aujourd’hui.</p><p>Pardonnez ce « préambule ». Je crois qu’il répond un peu à la question sur moi : je tiens dans ma profession et dans ma vie à une recherche des faits et à une relation honnête et équilibrée de ces faits, même si leur interprétation et les opinions qu’on peut en avoir sont différentes. Un débat de bonne foi doit contribuer à rendre nos sociétés vivables et intéressantes.</p><p>J’ai trop d’expérience humaine et journalistique pour être complètement idiot et employer une langue de bois « bisounours ». Bien sûr qu’il y a le possible et le souhaitable. Bien sûr que parfois la langue d’Ésope est indispensable ou le silence, incontournable. Mais la confusion entre information et communication à laquelle on assiste aujourd’hui en matière de médias est insupportable. Elle a des conséquences pour l’évolution de nos sociétés et de nos enfants.</p><p>Ce n’est pas seulement le mensonge orwellien (cf. 1984) du contenu qui est grave : le ministère de la vérité qui gère le mensonge chez Orwell et aujourd’hui, le comité « pour la paix » qui alimente la guerre dans les nouvelles structures de l’Union européenne… Il y a aussi les procédés et la forme empruntés à la publicité et à la propagande : l’appui exclusif sur l’émotion, la négation de la connaissance, le révisionnisme historique, les amalgames, les double standards et bien sûr le refus de tout débat ou réflexion en discréditant les sources gênantes et cataloguant, avec force répétition, les voix discordantes. En leur coupant tous les micros et médias. Orwell dénonçait le totalitarisme stalinien. Nous en subissons pleinement les techniques chez nous. Pourvu que cette folie ne nous entraîne pas vers l’irréparable, comme on peut le craindre aujourd’hui.</p><p>À lire aussi : <a href="https://lediplomate.media/2024/03/ce-jour-ou-ukraine-et-russie-sont-devenues-ennemies/helene-richard-favre/monde/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Ce Jour où Ukraine et Russie sont devenues ennemies</a></p><p>J’ai eu la chance de pouvoir vivre en partie ma vocation. J’ai été plus de trente ans « soutier de l’information » au sein d’une agence de presse internationale sans me priver, ce qui est plus rare, d’autres activités dans le domaine journalistique écrit, télévisé, radiophonique et numérique dès ses débuts. J’ai pu exercer en France et à l’étranger. Après l’implosion de l’URSS, j’ai trouvé le temps de me lancer dans l’activité associative, non comme un palliatif mais par conviction et espoir que je pouvais contribuer à la naissance d’une Europe de prospérité maintenue et de paix. Pour moi, grâce à la prise en compte de son ensemble territorial de l’Atlantique au Pacifique et de ses complémentarités économiques, naturelles et humaines. Là encore, c’était ignorer le pouvoir hégémonique de l’outre-Atlantique et de ses « proxy » chez nous. Pour notre malheur maintenant.</p><p>Beaucoup de déceptions donc à première vue. Pourtant, renoncer au souhaitable, c’est tomber dans l’opportunisme, l’iniquité et la servitude. Ce n’est pas ma conception du bonheur : peut-être à tort.</p><p>Pour finir de répondre, je raconte : j’étais aussi journaliste syndicaliste et lors d’une réunion du Comité d’Entreprise d’alors, je soulevais un problème sensible à l’époque. Le PDG, homme supérieurement intelligent mais quelque peu cynique, m’interrompt pour dire : « vous savez je vous sens de bonne foi mais… » ce qui signifiait dans son esprit « quel imbécile ! ». J’ai aggravé mon cas en lui répondant : « à l’école primaire, j’étais pour les Indiens ! ». « Alors là, c’est sans espoir », a conclu le PDG.      </p><p>LD : Le 24 février 2022, pour mon blog, je vous avais posé <a href="https://helenerichardfavre.ch/guerre-en-ukraine-quelques-questions-a-dimitri-de-kochko-journaliste/">quelques questions suite à l’offensive russe en Ukraine</a>. Plus de deux ans se sont écoulés depuis lors. Comment estimez-vous la situation actuelle entre la Russie et ce qu’on appelle Occident ?</p><p>DdK : En février 2022, la Russie se mêlait du conflit qui durait depuis 2014 dans le Donbass, quotidiennement bombardé, pour empêcher ce qui se passe aujourd’hui à Gaza. Comme l’ont reconnu Mme Merkel, ex-chancelière allemande, et François Hollande, sans parler de</p><p>À lire aussi : <a href="https://lediplomate.media/2024/09/ukraine-gaza-et-autres-tracas-les-bonnes-feuilles-du-livre-de-marc-fromager-extrait-8-russie/marc-fromager/france/culture/livres/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Ukraine, Gaza et autres tracas : Les bonnes feuilles du livre de Marc Fromager (Extrait 8) : Russie</a></p><p>Porochenko, l’ex de Kiev, les accords de Minsk I et II entre le gouvernement de Kiev et les rebelles n’étaient pas destinés à être appliqués mais à préparer des forces armées kiéviennes pour régler par les armes la question des « êtres inférieurs » (selon la terminologie employée par les partis qui ont pris le pouvoir à Kiev en 2014 – en fait des Russes historiques) du Donbass. Ces accords devaient mettre fin aux combats de 2014 et 2015 déclenchés par les forces de Kiev en réaction à la rébellion du Donbass contre le coup d’état de Maidan de février 2014 qui a interdit la langue russe maternelle dans la région et qui a généré le massacre des partisans fédéralistes de la maison des syndicats les 1-2 mai à Odessa.</p><p>Après 5 ans de préparation militaire, de construction de lignes de fortifications à l’ouest de la région du Donbass, d’installations de la CIA dévoilées cette année dans la presse américaine, de laboratoires de recherches biologiques, de formations de militaires ukrainiens en UE et USA, le jour J était enfin arrivé en février 2022. L’heure était venue pour lancer le nettoyage ethnique sur le modèle de ce que firent les Croates en 1995 contre les populations serbes de la Krajina qui vivaient là depuis des siècles. Il s’agissait d’environ 250.000 personnes, alors qu’il y avait 4 millions d’habitants dans le Donbass. Du reste, l’allusion à « la solution croate » était mentionnée publiquement depuis plusieurs mois par des dirigeants kiéviens. Le conseiller de la Présidence kievienne, <a href="https://www.youtube.com/watch?v=H50ho9Dlrms">M. AlexeÏ Arestovitch avait expliqué dès 2019 </a> qu’une guerre avec la Russie était indispensable pour que l’Ukraine puisse entrer dans l’OTAN et avait annoncé déjà que cette guerre serait totale et aurait lieu en 2022 ! Les barrages d’artillerie contre les habitants se sont intensifiés dès le 13 février, selon les observateurs de l’OSCE qui, sans être neutres étaient encore sur place et de ce fait témoins.</p><p>Les Russes sont intervenus précipitamment, ce qui explique en partie certaines incohérences et impréparations du début de leur opération militaire spéciale. La propagande, chez nous, parle « d’invasion de l’Ukraine ». Ce qui est évidemment ridicule, compte tenu qu’on n’envahit pas un pays comme l’Ukraine avec quelque 170’000 hommes ! </p><p>Je me permets ce retour en arrière car c’est ce qui explique partiellement la situation actuelle. Il faut garder à l’esprit que l’affrontement armé n’aurait pas eu lieu si les États-Uniens et leurs obligés de l’OTAN avaient répondu à la proposition russe en décembre 2021 d’un sommet sur la sécurité européenne ou même mondiale. On peut l’interpréter comme un Yalta actualisé mais le fait est que ça aurait évité la guerre.</p><p>L’offre a été rejetée avec mépris. L’explication, en substance, était qu’on n’a pas à discuter sécurité avec « une pompe à essence ». Tout en traduisant bien sûr la condescendance des « élites » occidentales à l’endroit des Russes, ce n’est pas un mépris en l’air : c’est le rôle attribué à la Russie dans la division internationale du travail du point de vue des globalistes de la City et de Wall Street, après la fin de l’URSS. Et ils y sont parvenus pendant une vingtaine d’années en s’appuyant sur une caste d’oligarques compradores nouveaux riches, bien utiles mais non admis de plein droit parmi les grands.</p><p>À lire aussi : <a href="https://lediplomate.media/2023/09/lesprit-guerrier-ed-balland-2023-par-jean-bernard-pinatel-extrait-exclusif-1/jean-bernard-pinatel/france/culture/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">L’Esprit guerrier (Ed. Balland, 2023) par Jean-Bernard Pinatel – Extrait exclusif 1</a></p><p>Voilà une des clés pour comprendre l’action du président Poutine (cf. le discours de Munich en 2007), qui malgré tous ses efforts, n’a pas cessé d’être éconduit lorsqu’il demandait un traitement digne pour la Russie. Pour les Yankees, la Russie est une terre de matières premières dont il faut s’emparer, comme ce fut le cas pour les terres des Indiens en Amérique. Et si les proxys de l’époque Eltsine ne suffisent pas pour le faire et que des Poutine parlent soudain « d’intérêt national », on envisage de démanteler la Russie. La Rand corporation, un think tank proche de la CIA et d’autres agences, a même dessiné une carte avec drapeaux et trouvé quelques Russes « opposants » pour leur attribuer le projet. </p><p>Les choses n’ont pas tourné comme prévu ni d’un côté ni de l’autre.</p><p>Les Russes espéraient garantir la sécurité des habitants des deux républiques insurgées du</p><p>Donbass et parvenir assez rapidement à un accord avec Kiev. Cela a failli se produire, lorsque les négociations en mars 2022 ont abouti à un accord, interdit par les Anglo-Saxons. </p><p>Ces derniers attendaient l’intervention des Russes en réaction aux opérations de nettoyage ethnique du Donbass. Or ceux-ci sont intervenus par surprise juste avant. Le plan otanien de règlement à la croate explique la « clairvoyance » des services américains qui annonçaient l’intervention imminente des Russes en Ukraine. En dernière analyse, elle dépendait de leur calendrier à eux. D’où l’application ultra-rapide de nouvelles « sanctions » anti-russes, préparées à l’avance en plus de celles mises en place depuis 2014. Il y en avait même avant, sous le prétexte Magnitsky qui marque en réalité le début de l’offensive contre la Russie.</p><p>Il a tout de même fallu organiser (mal) la farce tragique de Boutcha pour contraindre les</p><p>Européens ayant des états d’âme à se tirer un obus dans le pied en acceptant le nouveau train de « sanctions » que parfois les Américains n’appliquaient pas ou avec des nuances ! Mais c’est pourquoi un Bruno Lemaire, à l’époque ministre français des finances, a pu répéter publiquement -au risque de se ridiculiser- les briefings des maîtres américains auxquels a aussi pu croire un Boris Johnson lorsqu’il a interdit à Zelenski de signer un accord avec les Russes en mars 2022.   </p><p>D’où aussi des effectifs armés massifs otano-kiéviens en lisière du Donbass et des fortifications (trois lignes Maginot) bien préparées, pour lesquelles des combats ont lieu depuis le début de l’opération militaire russe. Maintenant, avec la prise de Pokrovsk, les Russes pourraient passer à un autre rythme sur le terrain. Visiblement, sur le plan militaire les choses tournent à l’avantage de la Russie. Pour ma part, je ne crois pas pour autant que c’est déjà la victoire. Hannibal aussi avait remporté des victoires sur les Romains… Les otaniens n’avaient pas prévu une aussi bonne résistance et, pire encore pour eux, une telle résilience économique. Ils avaient un peu trop cru à leurs propres narratifs de propagande russophobe et aux « confidences » que leur susurraient toutes sortes d’opposants, qu’ils généraient et soutenaient et qui cherchaient à leur soutirer toujours plus.</p><p>À lire aussi : <a href="https://lediplomate.media/2023/09/lesprit-guerrier-ed-balland-2023-par-jean-bernard-pinatel-extrait-exclusif-1/jean-bernard-pinatel/france/culture/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">L’Esprit guerrier (Ed. Balland, 2023) par Jean-Bernard Pinatel – Extrait exclusif 1</a></p><p>Par conséquent, ils ne pouvaient pas prévoir non plus qu’ils manqueraient d’armes à la suite de leur désindustrialisation massive. Du coup, on en est arrivé au seuil de la confrontation nucléaire pour laquelle les Russes sont en supériorité grâce à l’hypersonique. Ces derniers ont aussi été capables de réorganiser leurs troupes au sol et de rattraper leur retard en matière de drones et de protection des combattants. Une victoire otanienne sur le terrain semble hors d’atteinte pour l’instant.</p><p>Du point de vue américain toutefois, une première victoire de taille a été remportée : l’Europe occidentale est coupée de la Russie, les États-Unis vendent leur gaz et pétrole à l’Europe après avoir fait sauter le Nord Stream, chèrement payé en plus des Russes, par les Allemands et les Français. Ces derniers avalent et se terrent dans le silence et restent sous contrôle grâce à un personnel acquis à l’Atlantique Nord.</p><p>À en croire les échos de la presse d’outre-Atlantique et les déclarations de plus en plus nettes de politiciens -et pas seulement trumpistes-  le deep state a compris que c’était raté pour cette fois. Et le pragmatisme américain les pousse à limiter les dépenses inutiles pour l’Ukraine. D’autant qu’il y a aussi l’allié israélien qui est en demande et qu’ils sont tout de même en période pré-électorale.</p><p>Le choix que les Américains ont fait, vraisemblablement depuis près d’un an (après l’explosion du Nord Stream et l’échec de la « contre » offensive otano-kievienne de l’été 2023), est d’obtenir un cessez-le-feu pour geler la situation à la coréenne. Mais en plus agressif, pour éviter que les Européens ne lèvent des sanctions contre la Russie. De plus, il leur faut éviter que les Russes ne s’emparent ou libèrent Odessa, selon les points de vue. Car alors, il n’y aurait plus moyen de réarmer sur le territoire ukrainien, utile pour la prochaine offensive dans quelques années. Et bien sûr, il leur faut défendre le monopole du dollar qui commence à fléchir mais pas à s’effondrer, comme veulent le croire -ou le faire croire- trop de commentateurs. Ce contexte explique les déclarations et les actions actuelles. D’une part, faire plier les Russes qui n’ont aucunement intérêt à un gel des opérations alors qu’ils ont l’avantage, d’autre part, permettre aux Américains et otaniens de se réarmer et, selon leurs méthodes habituelles, de préparer opinions et pays où ils ont des bases à la confrontation prochaine contre la Russie et peut-être la Chine. C’est bien sûr sans compter sur un éventuel succès des BRICS, qui représentent sans doute le meilleur espoir pour la Russie et le monde d’échapper à l’Apocalypse nucléaire et aux plans hégémoniques. Il est toutefois peu probable que l’Hégémon justement acceptera sa chute, aussi limitée et temporisée soit-elle. Ces éléments permettent aussi de comprendre les discours jusqu’au-boutiste et les remaniements totalement extrémistes russophobes au sein de la Commission européenne. Ils visent à empêcher, en cas de gel des combats, tout rapprochement avec la Russie. Ou pire encore, la remise en marche de la branche restante du Nord Stream pour alimenter en gaz bon marché et non polluant l’Allemagne et l’Europe occidentale. Et horreur, la reprise des affaires qui rapportaient tant aux Européens.</p><p>À lire aussi : <a href="https://lediplomate.media/2023/06/driss-ghali-il-faut-absolument-que-la-france-reste-la-france-quitte-a-ce-que-certains-me-traitent-dextremiste-ils-me-remercieront-plus-tard/angelique-bouchard/france/politique/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Driss Ghali : « Il faut absolument que la France reste la France, quitte à ce que certains me traitent d’extrémiste, ils me remercieront plus tard ! »</a></p><p>Renault, qui était N°1 en Russie, a quitté ses usines avec une possibilité de reprendre au bout de cinq ans… L’oncle Sam veillera au grain !</p><p>Bien sûr, si les Russes se montrent trop réticents à se faire rouler encore une fois, il faudra envisager d’utiliser les Européens comme proxys en lieu et place des Ukrainiens qui n’en peuvent plus mais… C’est la raison de l’intensification de la propagande guerrière et de la volonté d’interdire toute information sur les réseaux sociaux dans les pays occidentaux (cf. les projets et lois en France où Dourov de Telegram a été arrêté et dans l’UE avec Thierry Breton et les déclarations incongrues des officiels états-uniens contre RT !) Même de si faibles voix s’avèrent gênantes ! Les services britanniques du MI6 -spécialisés en matière d’information- avaient signalé dans un rapport, quelques mois après l’intervention de Boris Johnson pour empêcher un armistice en mars 2022, que la lutte contre « la propagande russe » s’avérait compliquée car de nombreuses assertions de cette dernière s’avéraient « factuellement vraies » ! Joliment dit !</p><p>Reste à faire céder les Russes pour les faire « négocier pour la paix », en utilisant là encore le mensonge orwellien en parlant de paix alors qu’il n’en n’est pas question à terme.</p><p>Bien sûr, la paix est un mot d’ordre porteur et un arrêt des hostilités ce sont des morts, des destructions et des dépenses en moins. Pour inciter l’opinion russe à être tentée par ce désir tout naturel, les otaniens ont choisi des voies qui ne semblent pas être des plus efficaces car elles ont tendance à provoquer une prise de conscience du danger et un réflexe d’auto-défense. Des actions terroristes, des attaques par drones du territoire russe d’avant 2014 (pour les nouveaux territoires, certains sont bombardés par les kiévo-otaniens depuis 10 ans), la promesse d’attaques par des missiles à longue portée guidés par les satellites otaniens, le chantage de l’attaque contre des centrales nucléaires de Zaporojié et/ou de Koursk ! Et puis, toujours sur le terrain, des menaces de fermeture du détroit de Finlande ou contre Kaliningrad ! Ajoutons les pressions sur les pays de l’ex URSS, en Asie centrale, en Arménie que le dirigeant actuel mène à sa perte, ou la Géorgie qui au contraire se réveille d’un mauvais rêve.  </p><p>À cela s’ajoutent les mesures économiques : le renforcement des « sanctions » et des pressions contre les pays qui ne veulent pas en entendre parler mais qu’on peut casser. Beaucoup plus fin et pervers : le jeu sur l’économie intérieure russe qui s’est montrée particulièrement brillante avec un PIB proche de 4 % et l’absence d’endettement, en partie grâce aux sanctions. Cela passe par le biais de liens du FMI et d’autres organisations internationales que visiblement la Présidence russe cherche à ménager. L’élément le plus relevant est la politique de la Banque centrale, dont le statut a été fixé constitutionnellement dans les années 1990 et échappe partiellement à l’État russe. Elle fixe un taux directeur prohibitif pour tout entrepreneur et plus encore pour toute start up, à 19 %, sous prétexte de lutte contre l’inflation et la « surchauffe » de l’économie.</p><p>Cette question mériterait un article à part. Disons simplement que dans le contexte russe actuel avec la guerre et les « sanctions », une lutte efficace contre l’inflation passerait par une augmentation des biens offerts et que même si les taux peuvent être augmentés en bonne orthodoxie financière occidentale, 20 % est incontestablement excessif. Plus grave, le ministère du développement économique a publié des prévisions justes avant la visite prévue mais annulée d’un responsable du FMI : il semblait notamment se réjouir de la diminution de la production industrielle et constatait avec un étonnement feint que l’inflation ne baissait pas sensiblement, faute de biens à acquérir… On ne peut développer ici mais la conclusion est sans doute que ce qu’on appelle la « cinquième colonne » en Russie, c’est à dire toute une caste ou des gens issus des années 1990 et dont les intérêts ou la mentalité sont très liés aux Occidentaux, cherchent à saboter la politique indépendante de leur pays. D’aucuns espèrent qu’avec une élection éventuelle de Trump aux USA, ils pourront retrouver certains de leurs biens ou acquis dans les zones offshores ou les pays occidentaux. C’est un aspect peu évoqué mais important. En fait, avec la guerre et les menées hostiles de « l’Occident collectif » contre la Russie, la sociologie de cette dernière est en train d’évoluer. Schématiquement, on peut sans doute dire que la Présidence et ses partisans cherchent à encourager cette tendance et un certain nettoyage des écuries d’Augias est en cours, y compris au sein du ministère de la Défense et chez certains gouverneurs régionaux. Les castes issues des années 1990 qui sont encore dans les arcanes du pouvoir s’opposent bien évidemment à ces évolutions.</p><p>À lire aussi : <a href="https://lediplomate.media/2024/08/le-grand-entretien-du-diplomate-avec-le-general-pinatel-sur-les-derniers-evenements-en-ukraine/jean-bernard-pinatel/monde/russie-et-ukraine/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Le grand entretien du Diplomate avec le général Pinatel sur les derniers évènements en Ukraine</a></p><p>C’est l’un des leviers que cherchent à actionner les Américano-otaniens afin de contraindre le pouvoir russe à négocier pour accepter un gel de la guerre en vue de la prochaine à préparer. Ils espèrent que les échéances électorales en Russie ouvriraient un après-Poutine favorable à la menée de leur projet stratégique de démantèlement de la Russie en dizaines d’états facilement exploitables. Des milliers de jeunes Ukrainiens continuent à être sacrifiés pour cet objectif anglo-saxon que le monde russe ne peut accepter.        </p><p>LD : Dans une interview qui m’avait été demandée il y aura bientôt dix ans déjà, je disais que <a href="https://helenerichardfavre.ch/la-russie-na-jamais-ete-lennemie-de-leurope/">la Russie n’avait jamais été l’ennemie de l’Europe</a>. Le serait-elle désormais devenue selon vous ?</p><p>DdK : La Russie est Europe. Elle l’est géographiquement, historiquement, culturellement, affectivement. Le poids et le rayonnement de l’Europe dans le monde était (on ne peut plus dire est) en partie dû à la présence et à l’héritage de la Russie.</p><p>En ce qui concerne la France, la Russie l’a sauvée à plusieurs reprises dans l’histoire : après la défaite de Napoléon, le Tsar Alexandre I a interdit toute exaction pour venger la destruction de Moscou et a empêché les Anglais et les Autrichiens de se partager la France. Au début de la guerre de 14-18, la Russie, pas prête, a lancé une offensive en Prusse qui a permis la victoire de la Marne. Pendant cette guerre, 40’000 Russes sont venus renforcer les rangs des soldats français contre les Allemands. Enfin, à l’issue de la seconde guerre mondiale, en permettant au général de Gaulle de faire entrer la France dans le camp des vainqueurs, alors que les Américains ne voyaient pas les choses ainsi. On peut encore rappeler le rôle de Russes dans la Résistance française et par exemple que le Chant des partisans a été écrit et chanté par des Russes ! Le maréchal Foch a reconnu le rôle de la Russie et le général de Gaulle rappelle que quand la France et la Russie s’entendent, tout va bien pour la France. Ce qui n’est pas le cas quand elles s’opposent.</p><p>Avec tout ce qui précède, il est clair que ces délires sur les pseudos projets russe d’envahir l’Europe ne sont que des aboiements de propagande.</p><p>La Russie n’a pas besoin de territoires : elle est le plus grand pays du monde et celui qui a le plus de matières premières. En Ukraine, l’armée russe ne cherche pas à conquérir du terrain, sinon elle aurait fait comme les Américains en Irak ou les Israéliens à Gaza. Même si elle voulait envahir l’Europe, elle ne le pourrait pas : avec l’histoire tragique de ce pays au XXème siècle, elle n’a pas assez d’habitants pour mener ce genre d’opérations. Et pour tout observateur de bonne foi, il est évident qu’elle ne le veut pas. Les Russes aiment l’Europe et se sentent européens, au point qu’ils éprouvaient depuis plus d’un siècle parfois un complexe d’infériorité assez absurde. Beaucoup sont en train d’en revenir aujourd’hui et l’aspiration à une réalité eurasiatique commence peu à peu à prendre corps, au dépend du désir d’Europe qu’exprimait le slogan de Gorbatchev et Eltsine sur « notre maison commune, l’Europe ».  </p><p>#DimitriDeKochko, #RelationsInternationales, #GéopolitiqueRusse, #ConflitUkraineRussie, #Russophobie, #RelationsRussoEuropéennes, #CoopérationFranceRussie, #GéopolitiqueMondiale, #TensionsRussieOccident, #JournalismeInternational, #StratégieRusse, #DiplomatieRusse, #RôleDeLaRussie, #ConflitDansLeDonbass, #StopRussophobie, #RelationsOTANRussie, #DébatGéopolitique, #StratégieInternationale, #UnionEuropéenneEtRussie, #ActualitéRussie, #GéopolitiqueContemporaine, #ConflitsInternationaux, #JournalismeGéopolitique, #TensionsEnEurope, #PolitiqueÉtrangèreRusse, #RelationsRussoEuropéennes, #CoopérationInternationale, #ActualitéGéopolitique, #UnionRussophone, #SoutienAuxRelationsRussoEuropéennes</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Sat, 12 Oct 2024 20:09:12 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Qu&#039;est-ce qu&#039;une société décente?]]></title>
	<description><![CDATA[
<p><a href="https://blogger.googleusercontent.com/img/b/R29vZ2xl/AVvXsEh_LUlMIrMcBmnsOaHqeO99-3sxAAZD2dI21f5jeFLrWHL8FS2qnFs2Fm16CdrjThjgqN9fzlDW_Fbv3Tm5x5oAY1rJa2w6z8Whxla9IMzD39c_HWRiD4tMk7Ze9xMNWV6XYpOv1z6IzBQWi1P5Et2ra9mEKewilPOZM7DgJEPfjiRy6BMB75bnxpO87rmR/s2048/orwell.jpeg"></a><br /><br />George Orwell a popularisé ce concept de « décence commune » (common decency). Néanmoins ce concept peut se comprendre par lui-même et on peut en cerner assez aisément les contours, sans rester prisonnier des définitions lexicales traditionnelles qui cantonnent la décence au respect des conventions communément admises et à une certaine retenue dans les comportements sociaux.</p>
<p>La décence commune renvoie d’abord à l’idée du « sens commun », autrement dit à l’idée qu’il existe une faculté de juger en matière morale qui est générale dans toute l’humanité, un bon sens qui permet de reconnaitre le bien et le mal, le juste et l’injuste dans la grande majorité des cas. La casuistique se délecte de tous ces cas de figure si difficiles à décider et qui forment la trame de l’argumentation morale en philosophie. Mais l’essentiel est l’accord entre tous les hommes de bonne volonté qui font confiance à leur bon sens — la chose au monde la mieux partagée selon Descartes. Qu’il faille tenir ses engagements, ne pas dérober le bien d’autrui, respecter les personnes humaines, donner — recevoir — rendre, voilà des règles morales que tous acceptent avec des dérogations plus ou moins larges suivant les situations. Les idéaux de liberté, égalité, fraternité, sont tous ancrés dans cette morale commune, avec cette innovation majeure qu’ils sont réputés universels et non limités aux membres du clan, de la tribu, de la caste ou de la nation.</p><p>Il va presque de soi qu’une société dans laquelle le faux témoignage, la violence envers autrui ou la trahison des serments sont monnaie courante n’est pas, à l’évidence une société décente. De même, il est impossible de dire décente une société où règne la débauche, où la démesure est devenue une marque de gloriole et où chacun prétend que son bon plaisir est la seule loi qui vaille. On convient qu’il y a beaucoup d’indécence chez ceux qui vivent dans le luxe tapageur pendant que la grande majorité souffre et manque du nécessaire. Au demeurant, quand les puissants cachent leurs richesses, ce n’est pas par décence — car l’accumulation de richesses est en elle-même un manque de mesure — mais seulement un hommage que le vice rend à la vertu.</p><p>Cette manière d’envisager la décence au point de vue moral recoupe l’essentiel des morales généralement admises, qu’il s’agisse des morales antiques (stoïciennes ou épicuriennes), des morales issues du christianisme originel ou encore de la philosophie moderne. La décence hégélienne s’appelle Sittlichkeit, ou encore « éthicité » ou « bonnes mœurs » selon les traducteurs. Inversement la pensée libérale, le plus souvent, a légitimé voire loué l’accumulation illimitée de richesses (de Locke à Ayn Rand…).</p><p>Peut-on passer de ces idées morales à une conception politique ? Le libéralisme politique exige que l’on sépare nettement les principes juridiques d’organisation de la société des doctrines morales « englobantes » (voir John Rawls, Théorie de la justice). Il y aurait beaucoup à dire à ce sujet. La séparation entre politique et morale, quel que soit son intérêt, est impossible à tenir rigoureusement et Rawls lui-même n’y parvient pas (voir notre Morale et justice sociale, Seuil, 2001). D’un point de vue républicaniste, il y a nécessairement un certain nombre de principes moraux qui sont partagés dans une république, faute de quoi la république se corrompt et va à sa perte. Ce qui fait tenir ensemble les citoyens d’une république, c’est qu’ils partagent une « certaine conception substantielle du bien », une certaine idée des « bonnes mœurs » qui doivent assurer une vie aussi heureuse que possible pour tous. Il y a donc bien, incluse dans la conception républicaine une morale, réduite à ce qui gouverne la vie commune, une conception commune de ce qui est décent.</p><p>Cette décence commune peut se décliner en quelques principes qui sont largement partagés.</p><p>(1)    Une société décente est une société dans laquelle les écarts de richesse sont limités — personne ne doit être assez riche pour acheter quelqu’un et personne ne doit être si pauvre qu’il soit contraint de se vendre, disait Jean-Jacques Rousseau. Ce n’est pas, loin de là, une société parfaitement égalitaire. Des différences de revenu et de position sociale sont inévitables et peut-être même nécessaires dans une certaine mesure. Mais on doit pouvoir trouver une mesure, un peu grossière sans doute, des écarts admissibles — il fut un temps où les syndicats soutenaient que les écarts de salaires dans l’entreprise devaient rester inférieurs à 1 à 10. De même on devrait, décemment, trouver des moyens pour éviter les trop grandes concentrations de patrimoine.</p><p>(2)    Une société décente est une société dans laquelle chacun peut vivre décemment de son travail. Du même coup d’ailleurs, si on met à part ceux qui sont trop jeunes, trop vieux ou trop malades pour travailler, tout le monde a une obligation de travailler. On réconcilie la morale chrétienne (« qui ne travaille pas ne mange pas ») et les paroles de L’Internationale, « l’oisif ira loger ailleurs ». Le « droit au travail » est le droit le plus sérieux que l’on puisse revendiquer. Il figurait en tête des revendications des ouvriers de juin 1848 et constituait l’article 1 de la république sociale.</p><p>(3)    Vivre décemment de son travail, cela implique que le travail ne soit pas un esclavage et que la place qu’il prend dans notre vie soit légitimée par les besoins sociaux et qu’il permette de se loger, de se nourrir, d’élever ses enfants, de renforcer l’estime de soi des individus. Il s’agit aussi d’être protégé contre la maladie et les autres aléas de la vie et de pouvoir, le moment venu, jouir d’une retraite honorable. Ce qui suppose qu’un fonds social alimenté par le produit du travail soit constitué pour gérer collectivement toutes les nécessités de la protection sociale.</p><p>(4)    Dans une société décente, chacun peut mener la vie qui lui convient sous réserve qu’il accomplisse ses devoirs sociaux et respecte la même liberté pour chacun. Ce qui n’est possible que si on sépare la vie privée et la vie publique, mais aussi la vie commune de la vie intime. Certaines orientations, certains comportements appartiennent non seulement à la vie privée, mais aussi à la vie intime. C’et singulièrement le cas de la sexualité qui précisément doit rester dans l’intimité ou dans la fiction et non devenir un enjeu de batailles politiques publiques. Personne ne peut être empêché d’avoir des relations homosexuelles ou des relations de groupe, mais en aucun cas on ne mélangera ces questions intimes qui ne peuvent avoir de transcription légale avec le droit civil. Dans ce domaine, n’existent que les lois qui tentent (avec plus ou moins de succès) de régler les questions de la filiation, des devoirs des parents (père et mère) envers les enfants et des devoirs des enfants envers les parents, les parents étant entendus comme le père et la mère ou leur substitut éventuel en cas de disparition des parents, d’abandon ou de maltraitance.</p><p>(5)    Dans une société décente, les personnes publiques ont le devoir de montrer l’exemple de la probité, du respect des convenances langagières et d’autres comportements attendus de qui détient un office public. Les citoyens doivent pouvoir s’assurer que ceux qui exercent ces fonctions pour lesquelles ils ont été élus n’ont pas profité de l’occasion pour s’enrichir au détriment du bien public.</p><p>Une société décente n’est pas une société parfaite. Elle admet que des rapports salariaux puissent perdurer — les salariés étant protégés par un droit du travail robuste, seul à même de limiter les effets pervers possibles de ce contrat de soumission qu’est le contrat salarial. C’est une société qui contient des éléments de socialisme, mais ce n’est pas une société socialiste. Les socialistes peuvent espérer que l’évolution ultérieure se poursuivra vers une société complètement socialiste, les républicains non socialistes y voient un point d’équilibre suffisant pour garantir l’adhésion de la majorité du peuple aux principes du républicanisme.</p><p>Il n’est pas certain que ces idées de société décente, de décence commune ou ordinaire offrent un idéal attirant au moment où les thèses les plus extravagantes occupent les esprits des faiseurs d’opinions. Trop raisonnable, trop conservatrice, faisant trop peu de cas de la multiplicité des désirs des individus, la société décente apparaîtra insupportable à ceux qui se pensent les « héritiers du futur ». Quant aux libéraux, ils la trouveront évidemment bien trop socialiste. Mais qu’importe ! La revendication d’une vie décente avec toutes ses implications est susceptible de rassembler une large part de ceux d’en bas, des ouvriers qu’on n’écoute plus, des paysans que capitalistes et végans condamnent à l’unisson, des travailleurs indépendants qui ont beaucoup de mal à « joindre les deux bouts ». Enfin ce qui a été évoqué ici de manière très générale pourrait facilement trouver une traduction en programme politique électoral.</p><p>Le 15 août 2020. Denis Collin  </p><p> </p>
<p>L’email a bien été copié</p>

<p>L’email a bien été copié</p>

<p>L’email a bien été copié</p>
]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
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	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/977/aux-origines-de-la-pensee-de-m-netanyahou-par-dominique-vidal-le-monde-diplomatique-novembre-1996</guid>
	<pubDate>Sun, 29 Sep 2024 18:44:42 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/977/aux-origines-de-la-pensee-de-m-netanyahou-par-dominique-vidal-le-monde-diplomatique-novembre-1996</link>
	<title><![CDATA[Aux origines de la pensée de M. Nétanyahou, par Dominique Vidal (Le Monde diplomatique, novembre 1996)]]></title>
	<description><![CDATA[<p>L’intransigeance de M. Benyamin Nétanyahou a surpris certains. De ce premier ministre mal élu, théoriquement ficelé par la signature de ses prédécesseurs au bas des accords d’Oslo et en principe soumis à la volonté de l’Europe comme des Etats-Unis de voir avancer les négociations, ils attendaient un minimum de réalisme. Il n’en a rien été. En quatre mois, les décisions du dirigeant du Likoud ont provoqué parmi les Palestiniens une explosion de colère sans précédent depuis l’Intifada. « Chassez le naturel, il revient au galop. » Le proverbe s’applique ici on ne peut mieux. Car, si son entrée en politique remonte à moins de quinze ans, le chef du gouvernement israélien est un pur produit du sérail « révisionniste », mâtiné il est vrai d’ultralibéralisme américain.</p><p>On a présenté son père, Ben-Zion, comme un professeur d’histoire juive, spécialiste de l’Inquisition en Espagne. Information exacte, mais incomplète : il fut surtout, dans les années 30, le secrétaire particulier de Vladimir (Zeev) Jabotinsky, le fondateur du courant sioniste le plus réactionnaire, dit révisionniste. Homme de conviction, Ben-Zion Nétanyahou décida même, en 1962, de fuir le « socialisme » israélien en s’exilant, avec sa famille, aux Etats-Unis où il éleva ses fils dans la fidélité aux idées de Jabotinsky. Un retour en arrière, aux sources de l’extrême droite juive, s’impose donc.</p><p>Vladimir Jabotinsky se fait connaître durant la première guerre mondiale en créant la Légion juive, qui contribuera — tardivement — à la « libération » de la Palestine par les troupes du général Allenby en 1918. Intégré en 1921 dans l’Exécutif sioniste, il en dénonce les compromissions avec la puissance mandataire britannique et le quitte pour fonder, en 1923, le Betar (<a href="https://www.monde-diplomatique.fr/1996/11/VIDAL/5873#nb1" rel="appendix" title="Acronyme de Brit (alliance) Trumpeldor, du nom d’un officier juif de l’armée (...)" id="nh1">1</a>), puis, en 1925, l’Alliance des sionistes révisionnistes. Entre-temps, par antibolchevisme, il s’est compromis avec les hommes de l’ataman Simon Petlioura, pourtant responsables, dans son Ukraine natale, d’épouvantables pogroms où périssent quelque 40 000 juifs (<a href="https://www.monde-diplomatique.fr/1996/11/VIDAL/5873#nb2" rel="appendix" title="Sur ce point, voir l’excellente Histoire de la droite israélienne, de Marius (...)" id="nh2">2</a>)…</p><p>En quoi les révisionnistes s’opposent-ils à la majorité des sionistes, au point de quitter, en août 1935, l’Organisation mondiale, au sein de laquelle ils ont rassemblé jusqu’à 21 % des suffrages ? Au socialisme dans lequel le parti Mapaï dissimule son nationalisme, Jabotinsky préfère un modèle occidental à la fois politiquement autoritaire (<a href="https://www.monde-diplomatique.fr/1996/11/VIDAL/5873#nb3" rel="appendix" title="Les révisionnistes extrémistes, dits birionim (brigands), préconisent même (...)" id="nh3">3</a>) et économiquement libéral, qui plaît à la bourgeoisie et aux classes moyennes affluant alors en Palestine. Pour le reste, les sionistes révisionnistes disent tout haut ce que les sionistes socialistes et libéraux pensent sans doute tout bas, mais estiment nécessaire de dissimuler.</p><p>Mieux vaut, considèrent David Ben Gourion comme Haïm Weizmann, s’abriter derrière la présence britannique pour conquérir la Palestine hectare après hectare, plutôt que de prétendre former, sans attendre et par la force, un Etat. Vladimir Jabotinsky, lui, ne veut pas de ce vague commonwealth national au statut et aux frontières mal définis. « Le but du sionisme, explique-t-il en 1924, est de créer un Etat juif. Son territoire : les deux rives du Jourdain. Le système : la colonisation de masse. La solution du problème financier : un emprunt national. Ces quatre principes ne peuvent être appliqués sans une approbation internationale. D’où le mot d’ordre de l’heure : une nouvelle campagne politique et la militarisation de la jeunesse juive d’Eretz Israël et de la diaspora (<a href="https://www.monde-diplomatique.fr/1996/11/VIDAL/5873#nb4" rel="appendix" title="Cité par Walter Laqueur, Histoire du sionisme. Calmann-Lévy, Paris, 1973, p.  (...)" id="nh4">4</a>). »</p>
<p>Un « mur d’acier » contre les Arabes</p>
<p>Voilà le fameux « mur d’acier ». Marqué par les premières émeutes antijuives de 1921 et 1922, Vladimir Jabotinsky livre sous ce titre, dans l’hebdomadaire sioniste russe Rasswyet, le 4 novembre 1923, le fond de sa stratégie : « Tous les peuples indigènes — qu’ils soient civilisés ou sauvages — considèrent leur pays comme leur foyer national, dans lequel ils seront toujours les seuls maîtres. Ils n’accepteront pas volontairement non seulement un nouveau maître, mais même un nouveau partenaire. Ainsi les Arabes.  (…) La colonisation sioniste, même la plus limitée, doit soit s’arrêter, soit s’accomplir au mépris de la volonté de la population indigène. C’est pourquoi cette colonisation ne peut se poursuivre et se développer que sous la protection d’une force indépendante de la population locale — un mur d’acier que la population indigène ne puisse percer.  (…) Le mur d’acier, c’est le renforcement en Palestine d’un gouvernement sur lequel les Arabes n’auraient aucune influence, autrement dit un gouvernement contre lequel les Arabes se battront (<a href="https://www.monde-diplomatique.fr/1996/11/VIDAL/5873#nb5" rel="appendix" title="Cité par Lenni Brenner, The Iron Wall. Zed Books, Londres, 1984, pp. 74 et (...)" id="nh5">5</a>). »</p><p>Entre le sionisme révisionniste et les fascismes alors en pleine ascension, il y a plus que des ressemblances : une parenté. D’autant que les militants du mouvement portent volontiers la chemise brune, célèbrent le culte du chef et se comportent en armée disciplinée. Chez eux, la violence est une seconde nature : contre les grévistes ou les meetings juifs de gauche, ils font le coup de poing ; contre les militants nationalistes arabes, ils tirent des coups de fusil. Et lorsque les Palestiniens déclenchent leur grande révolte, en 1936, les révisionnistes, avec leur milice, la Haganah-B, aident les troupes britanniques à la réprimer dans le sang. Même le racisme n’est pas absent de la pensée de Jabotinsky : il affleure notamment dans sa nouvelle, Samson, qui rejette toute « mixité » entre juifs et non-juifs. Tant et si bien que David Ben Gourion surnommera Jabotinsky « Vladimir Hitler » — et les nazis des « révisionnistes allemands ». Le futur premier ministre d’Israël commentera même publiquement un article du Führer en affirmant : « Je pensais lire Jabotinsky — les mêmes mots, le même style, le même esprit (<a href="https://www.monde-diplomatique.fr/1996/11/VIDAL/5873#nb6" rel="appendix" title="Cité par Michel Bar-Zohar, Ben Gourion. Fayard, Paris, 1986, pp. 112 à (...)" id="nh6">6</a>). »</p><p>Idéologique et politique, le rapprochement se matérialise sur le terrain. Si Jabotinsky se défend d’admirer le Duce, Mussolini, lui, ne tarit pas d’éloges à son sujet. « Pour que le sionisme réussisse, il vous faut un Etat juif, avec un drapeau juif et une langue juive. La personne qui comprend vraiment cela, c’est votre fasciste, Jabotinsky », confiera-t-il en 1935 à David Prato, futur grand rabbin de Rome (<a href="https://www.monde-diplomatique.fr/1996/11/VIDAL/5873#nb7" rel="appendix" title="Cité par Lenni Brenner, Zionism in the Age of the Dictators. Croom Helm, (...)" id="nh7">7</a>). Généreux, le maître de l’Italie accepte d’accueillir une école navale du Betar à Civitavecchia, au nord de Rome. Lors de son inauguration, les étudiants révisionnistes entonnent Giovinezza, l’hymne fasciste, et crient : « Vive l’Italie ! Vive le roi ! Vive le duce ! (<a href="https://www.monde-diplomatique.fr/1996/11/VIDAL/5873#nb8" rel="appendix" title="Idem, p. 119." id="nh8">8</a>) »…</p><p>A la mort de Jabotinsky, en 1940, ses héritiers se divisent pour un temps. La seconde guerre mondiale voit les tenants de l’Irgoun respecter la trêve dans le combat contre les Britanniques, qui sont en revanche la cible de nombreuses actions armées du groupe Stern, puis Lehi — ce dernier se déshonorera en proposant une alliance au Troisième Reich (<a href="https://www.monde-diplomatique.fr/1996/11/VIDAL/5873#nb9" rel="appendix" title="Même M. Itzhak Shamir le reconnaît, tout en rejetant la responsabilité sur (...)" id="nh9">9</a>)… Tous se retrouveront néanmoins pour recourir au terrorisme dans leur « lutte de libération » : de l’attentat de l’Hôtel King David, qui fit 200 morts et blessés le 22 juillet 1946, au massacre du village palestinien de Deir Yassine (9 avril 1945), où tombèrent 250 civils, les pages les plus noires de la naissance de l’Etat d’Israël et de l’expulsion de 800 000 Palestiniens sont signées par les hommes de Menahem Begin et de M. Itzhak Shamir, dont on sait le rôle qu’ils joueront, trente ans plus tard, à la tête du Likoud et de l’Etat juif.</p><p>M. Benyamin Nétanyahou a de qui tenir.</p><p>(<a href="https://www.monde-diplomatique.fr/1996/11/VIDAL/5873#nh1" title="Notes 1" rev="appendix">1</a>) Acronyme de Brit (alliance) Trumpeldor, du nom d’un officier juif de l’armée tsariste, héros de la guerre russo-japonaise, mort en défendant la colonie juive de Tel Hai, en Haute-Galilée, contre les Bédouins du voisinage. L’hymne du Betar commence par ces mots : « Betar,De la fosse, pourriture et poussière,Naîtra une racePar le sang et la sueur,Fière, généreuse, dure. »</p><p>(<a href="https://www.monde-diplomatique.fr/1996/11/VIDAL/5873#nh2" title="Notes 2" rev="appendix">2</a>) Sur ce point, voir l’excellente Histoire de la droite israélienne, de Marius Schattner, coll. « Questions au XXe siècle », Complexe, Bruxelles, 1991.</p><p>(<a href="https://www.monde-diplomatique.fr/1996/11/VIDAL/5873#nh3" title="Notes 3" rev="appendix">3</a>) Les révisionnistes extrémistes, dits birionim (brigands), préconisent même ouvertement la dictature. Dans ses « Chroniques d’un fasciste » (sic), publiées par le journal Doar Hayam, leur chef, Aba Ahimeir, écrit en 1928 : « Je ne suis pas un démocrate et je suis fermement convaincu que la seule forme de gouvernement possible est celle d’une minorité active sur une majorité passive » (Cité par Yaacov Shalit, Jabotinsky and the Revisionist Movement. 1925-1948, Frank Cass, Londres, 1988, p. 365). A peine les nazis arrivés au pouvoir, Ahimeir suggérera à ses amis de prendre « la pulpe antimarxiste » et de rejeter « l’écorce antisémite ». « Hitler, assure-t-il, ne nous a pas fait plus de mal que Staline. » (Cité par Marius Schattner, ibid, p. 110.)</p><p>(<a href="https://www.monde-diplomatique.fr/1996/11/VIDAL/5873#nh4" title="Notes 4" rev="appendix">4</a>) Cité par Walter Laqueur, Histoire du sionisme. Calmann-Lévy, Paris, 1973, p. 386.</p><p>(<a href="https://www.monde-diplomatique.fr/1996/11/VIDAL/5873#nh5" title="Notes 5" rev="appendix">5</a>) Cité par Lenni Brenner, The Iron Wall. Zed Books, Londres, 1984, pp. 74 et 75.</p><p>(<a href="https://www.monde-diplomatique.fr/1996/11/VIDAL/5873#nh6" title="Notes 6" rev="appendix">6</a>) Cité par Michel Bar-Zohar, Ben Gourion. Fayard, Paris, 1986, pp. 112 à 115.</p><p>(<a href="https://www.monde-diplomatique.fr/1996/11/VIDAL/5873#nh7" title="Notes 7" rev="appendix">7</a>) Cité par Lenni Brenner, Zionism in the Age of the Dictators. Croom Helm, Londres et Canberra, 1983, p. 117.</p><p>(<a href="https://www.monde-diplomatique.fr/1996/11/VIDAL/5873#nh8" title="Notes 8" rev="appendix">8</a>) Idem, p. 119.</p><p>(<a href="https://www.monde-diplomatique.fr/1996/11/VIDAL/5873#nh9" title="Notes 9" rev="appendix">9</a>) Même M. Itzhak Shamir le reconnaît, tout en rejetant la responsabilité sur Abraham Stern. Ce qui ne l’empêche pas de commenter ainsi ces démarches : « Elles n’étaient pas de mon goût et pourtant, du point de vue moral et national, j’estimais qu’elles n’étaient pas interdites. » (Voir Charles Enderlin, Shamir, Olivier Orban, Paris, 1991, pp. 80 à 82.)</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Sun, 22 Sep 2024 14:11:08 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Propriété privée des moyens de production et d’échange contre droit à l’existence]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Par Christine Cuny − 1er juillet 2024</p>
<p>A la fin  de l’année 1788, quelques mois avant que n’éclate la Révolution, Maximilien Robespierre, alors candidat aux Etats Généraux, faisait ce constat édifiant : </p>

<p>La  plus grande partie de nos concitoyens est réduite par l’indigence à ce suprême degré d’abaissement où l’Homme, uniquement occupé de survivre, est incapable de réfléchir aux causes de sa misère et aux droits que la nature lui a donnés.</p>

<p>Les choses auraient-elles changé ?…</p>

<p>Non, bien sûr, puisque la précarisation et l’aggravation des conditions de travail des salariés – statut qui concerne désormais la majorité des travailleurs en France -, ont un impact direct sur leur vie et sur les moyens sociaux de la sauvegarder. C’est la protection sociale de la majorité de la population qui est mise en péril dans la mesure où le financement des institutions chargées de la promouvoir est assuré par l’intermédiaire de cotisations impactées sur la masse salariale. Le chômage ou encore l’allongement de la durée de la vie ne sont cependant pas les seuls responsables d’une situation dont la gravité nécessiterait peut-être de par son ampleur, un sursaut salutaire.<br />Car, il faut dire que les salaires, non revalorisés par rapport au coût de la vie, ne suffisent plus à financer les institutions censées protéger l’ensemble des travailleurs  – mais aussi l’ensemble de la population – contre les accidents de la vie qui restent d’ailleurs étroitement liés au travail…<br />Rappelons qu’à partir de 1983 les différents gouvernements, de droite comme de gauche, ont libéré certains prix concernés par une ordonnance de 1945 – laquelle donnait au gouvernement le pouvoir d’interdire les hausses, de fixer leur montant ou encore, de contrôler celles décidées par le secteur privé. Une ordonnance qui finira par être abrogée par le Parlement en 1986…<br />Quels devaient être les bénéficiaires de ces grandes manœuvres, dont l’heureuse conséquence devait être une rémunération du travail intérieur bloquée à son minimum pour permettre à l’extérieur des ventes grassement rétribuées ? Cette mesure de libération des prix, comme bien d’autres mesures “libérales”, n’était destinée, sous couvert d’une nécessaire résistance à la concurrence internationale, qu’à servir les intérêts des propriétaires du grand capital en laissant désormais les mains libres aux entreprises exportatrices dans leurs visées de profit maximum : c’est ainsi que de 1992 à 1999 le commerce extérieur de la France aura dégagé de confortables excédents… tandis que les salaires devaient courir misérablement après le coût de la vie, et l’ensemble des travailleurs après la vie tout court… Reste à savoir combien de temps encore sera supportable cette situation indigne.<br />Faisons maintenant un petit bond en arrière, vers ce passé commun que les dominants s’évertuent à nous faire oublier. Devant l’Assemblée nationale constituante (élue en octobre 1945), Pierre Cot, le grand ami de Jean Moulin, avait été le rapporteur – après qu’il ait participé à son élaboration au sein de la commission compétente -, du projet d’une nouvelle Constitution pour la France. Dans ce projet figurait une Déclaration des Droits de l’Homme dont l’article 36 déclarait que…</p>

<p>le droit de propriété ne saurait être exercé contrairement à l’utilité sociale ou de manière à porter préjudice à la sûreté, à la liberté, à l’existence ou à la propriété d’autrui.</p>

<p>Or ce projet de Constitution de 1946 qui renfermait, pour la France, de même que pour les pays qui avaient été jusque-là sous sa domination, les promesses d’un renouveau social et politique, sera – tout comme l’avait été en son temps le projet de Constitution de juin 1793 qui mettait en exergue, sous l’impulsion de l’Incorruptible, le même droit à l’existence -, repoussé par… le peuple de France.<br />Rechercherait-il donc son propre malheur ?… La question reste, plus que jamais, ouverte.<br />Christine Cuny</p>

<p>Quel est le premier objet de la société ? C’est de maintenir les droits imprescriptibles de l’homme. Quel est le premier de ces droits ? Celui d’exister. La première loi sociale est donc celle qui garantit à tous les membres de la société les moyens d’exister ; toutes les autres sont subordonnées à celle-là ; la propriété n’a été instituée ou garantie que pour la cimenter ; c’est pour vivre d’abord que l’on a des propriétés. Il n’est pas vrai que la propriété puisse jamais être en opposition avec la subsistance des hommes. Les aliments nécessaires à l’homme sont aussi sacrés que la vie elle-même. Tout ce qui est indispensable pour la conserver est une propriété commune à la société entière.</p>

<p>Maximilien Robespierre<br />Extraits de “Discours et rapports à la Convention” Christian Bourgois Editeur 1965</p>
]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
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	<pubDate>Sun, 22 Sep 2024 14:08:56 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/975/des-chercheurs-en-ia-s%E2%80%99inquietent-de-l%E2%80%99effondrement-des-modeles</link>
	<title><![CDATA[Des chercheurs en IA s’inquiètent de l’effondrement des modèles]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Par Evan Gorelick – Le 6 août 2024 – Bloomberg</p><p></p><p>Dans certains secteurs de l’industrie technologique, on croit fermement que l’entraînement des systèmes d’intelligence artificielle sur de plus grandes quantités de données en ligne permettra à ces outils de s’améliorer au fil du temps, au point de surpasser les humains dans l’exécution de certaines tâches.</p><p>Mais <a href="https://www.nature.com/articles/s41586-024-07566-y">un nouvel article de recherche</a> jette un doute sur cette approche et tire la sonnette d’alarme sur ce qui pourrait être une faille fatale dans la manière dont les systèmes d’intelligence artificielle sont développés. Dans cet article, publié par la revue Nature en juillet, les chercheurs constatent que lorsque les modèles d’IA sont entraînés sur des données comprenant du contenu généré par l’IA – ce qui sera probablement de plus en plus fréquent – ils finissent par voir leurs performances se dégrader, un phénomène appelé “effondrement du modèle“.</p><p>Ces conclusions s’ajoutent <a href="https://www.bloomberg.com/news/articles/2024-07-24/ai-fever-cools-sending-nasdaq-100-into-1-trillion-tailspin">au scepticisme croissant</a> quant à la trajectoire à long terme de l’IA et interviennent à un moment où Wall Street se demande déjà si <a href="https://www.bloomberg.com/news/articles/2024-04-30/why-artificial-intelligence-is-so-expensive">les investissements massifs</a> des grandes entreprises technologiques dans le développement de l’IA finiront par porter leurs fruits.</p><p>Les chatbots d’IA tels que ChatGPT sont alimentés par <a href="https://www.bloomberg.com/features/2023-chatbot-ai-training-quicktake/">de grands modèles de langage</a> formés sur une quantité presque inconcevable de données (<a href="https://www.bloomberg.com/news/articles/2020-06-11/trillions-of-words-analyzed-openai-sets-loose-ai-language-colossus">des milliers de milliards de mots</a>, dans certains cas) tirées de pages web, d’articles, de sections de commentaires et plus encore. Grâce à ces vastes ensembles de données, les entreprises spécialisées dans l’IA ont pu créer des produits capables de fournir des réponses étonnamment pertinentes aux requêtes des utilisateurs.</p><p>Toutefois, certains observateurs de l’IA craignent que ces modèles finissent par perdre en précision et par s’effondrer s’ils sont entraînés sur des contenus générés par l’IA plutôt que par des êtres humains. <a href="https://arxiv.org/abs/2311.12202">Un article publié en 2023</a> sur l’effondrement des modèles a montré que les images d’humains produites par l’IA se déformaient de plus en plus après que le modèle ait été entraîné à nouveau sur “même de petites quantités de leur propre création“. Les chercheurs ont comparé ce phénomène à un système d’IA “empoisonné” par son propre travail.</p><p>Dans le nouvel article de Nature, des chercheurs d’Oxford, de Cambridge et d’autres universités ont constaté que les modèles d’IA formés à partir de contenus générés par l’IA produisent des résultats non désirés et potentiellement absurdes. <a href="https://www.nature.com/articles/d41586-024-02420-7">Comme l’expliquent les chercheurs</a>, les erreurs d’un modèle sont exacerbées par le modèle suivant, ce qui éloigne l’IA de la réalité jusqu’à ce que les résultats deviennent essentiellement du charabia.</p><p>Dans un exemple, les auteurs ont montré qu’une recherche sur l’architecture historique britannique se transformait en une discussion incompréhensible sur les lièvres lorsqu’elle était introduite dans un grand modèle de langage qui avait été entraîné plusieurs fois avec du contenu généré par l’IA.</p><p>“Nous démontrons que [l’effondrement du modèle] doit être pris au sérieux si nous voulons conserver les avantages de la formation à partir de données à grande échelle extraites du web“, écrivent les chercheurs dans l’étude.</p><p>Bien que l’effondrement des modèles reste largement une préoccupation théorique, l’article de Nature note que les futurs modèles d’IA “s’entraîneront inévitablement à partir de données produites par leurs prédécesseurs“, à mesure que les écrits et les images générés par l’IA se répandent sur le web et s’infiltrent dans les ensembles de données en ligne.</p><p>Des entreprises technologiques, dont Meta, Google et Anthropic, ont également expérimenté l’entraînement de modèles sur des données dites “synthétiques“, qu’elles créent à l’aide de l’IA générative. En théorie, l’option synthétique permet aux entreprises d’IA de répondre à leur besoin incessant de données tout en évitant les problèmes juridiques, éthiques et de protection de la vie privée liés à la collecte d’informations sur divers sites web. Mais la perspective de l’effondrement du modèle pourrait mettre à mal ces projets.</p><p>Les conclusions de l’article ne font que renforcer l’urgence pour les entreprises d’IA d’obtenir l’accès à des données de haute qualité générées par des êtres humains, mais cela peut s’avérer coûteux. OpenAI, le fabricant de ChatGPT, <a href="https://www.bloomberg.com/news/articles/2023-12-13/openai-axel-springer-ink-deal-to-use-news-content-in-chatgpt">a dépensé des millions de dollars</a> pour conclure des partenariats avec des éditeurs tels que News Corp. et Axel Springer SE afin d’obtenir la licence de leur contenu pour entraîner ses modèles. Il n’est pas certain non plus que ces données suffisent à répondre aux besoins des entreprises technologiques.</p><p>Selon les chercheurs, il est vital pour les développeurs d’IA de préserver l’accès à des données d’entraînement originales qui n’ont pas été polluées par du contenu d’IA. Mais il n’existe pas de moyen facile de suivre le contenu généré par l’IA à grande échelle. À cette fin, les chercheurs suggèrent que ceux qui élaborent des modèles d’IA travaillent à une “coordination à l’échelle de la communauté” afin de comprendre la provenance des données qu’ils explorent en ligne.</p><p>Evan Gorelick</p><p>Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/974/ce-jour-ou-ukraine-et-russie-sont-devenues-ennemies</guid>
	<pubDate>Sat, 21 Sep 2024 20:53:28 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/974/ce-jour-ou-ukraine-et-russie-sont-devenues-ennemies</link>
	<title><![CDATA[Ce Jour ou Ukraine et Russie sont devenues ennemies]]></title>
	<description><![CDATA[<p>D’année en année, en Occident, les 24 février courent le risque d’être rappelés comme jour où l’Ukraine aura été envahie par la Russie qui, pour sa part, s’en tiendra aux termes d’opération spéciale. </p><p>En réalité, le 24 février 2022 a été le jour où la tension entre Ukraine et Russie se sera radicalisée. </p><p>Il sera le jour où des familles auront commencé à se déchirer avant de se désunir. Il sera ce jour où, aux treize mille victimes tombées dans le Donbass depuis 2014, auront commencé à s’en ajouter d’autres par centaines de milliers. </p><p>Dans les chancelleries et dans les rédactions occidentales, le narratif de rigueur fixera et jusqu’à nouvel avis figera la Fédération de Russie dans son rôle de coupable et de responsable des hostilités. </p><p>Alors que l’application des accords de Minsk I et II aurait ouvert une autre voie que celle d’un conflit d’ampleur, négliger l’échec de la diplomatie a toutes les chances de s’imposer si l’essentiel est de rendre fautive, « la Russie de Poutine ».</p><p>Certes, l’Occident ne se résume pas aux porte-voix qui, urbi et orbi vouent aux gémonies un pays si souvent résumé à son seul dirigeant alors que sa population avoisine les 144 millions d’habitants. Mais la place accordée à qui voudrait nuancer ce discours dominant est réduite à peau de chagrin.</p><p>Et quand existe la possibilité de livrer un autre éclairage que celui sensé illuminer les esprits, c’est souvent pour le disqualifier et le dénoncer comme provenant du Kremlin, avec toute la déconsidération convenue.</p><p>Alors oui, dans nos contrées, la liberté de s’exprimer demeure mais au prix du discrédit jeté sur toute parole qui s’écarte de la ligne suivie par les médias dits « mainstream ». Or ce sont eux qui façonnent l’opinion publique.</p><p>Et celle-ci, forte de ce qu’elle assimile, affirme. Que l’Ukraine est une démocratie et la Russie, une dictature. Que l’Ukraine est victime de l’agression russe. Le ton est ainsi donné. Pour combien de temps, l’avenir le dira.</p><p>Mais il sera de toutes façons trop long et ne ressuscitera plus les morts ni ne guérira les plaies ouvertes il y a dix ans déjà sur un champ de bataille fratricide. </p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/973/comprendre-ce-que-nous-vivons-comprendre-ce-que-nous-voyons</guid>
	<pubDate>Thu, 01 Aug 2024 07:35:47 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/973/comprendre-ce-que-nous-vivons-comprendre-ce-que-nous-voyons</link>
	<title><![CDATA[Comprendre ce que nous vivons, comprendre ce que nous voyons.]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Comprendre ce que nous vivons, comprendre ce que nous voyons, est fondamental pour comprendre qui nous sommes, et où nous allons. </p>

<p>Les Jeux olympiques n’étaient pas venus depuis 100 ans à Paris, en France, et la cérémonie d’ouverture de ces Jeux olympiques est le moyen et le moment par lequel un pays se donne à voir au monde, montre qui il est, ce qu’il veut montrer de lui et ce qu’il est capable de faire et d’apporter au monde. </p>

<p>Donc cette cérémonie est tout autant destinée à montrer au monde entier ce que nous sommes, qu’à nous dire à nous-mêmes qui nous sommes et qui nous voulons être demain. Les concepteurs de cette cérémonie l’ont d’ailleurs présentée comme telle : un message politique pour la France de demain et un message délivré au monde. </p>

<p>Ils y sont parfaitement parvenus. </p>

<p>Mais il faut décrypter ce message et déterminer si nous le partageons.  S’il est un message fonctionnel ou souhaitable pour la Nation pour le collectif qu’elle constitue à la fois à travers le temps et à la fois dans l’espace qui est celui de la France.</p>

<p>Critiquant une série de tableaux qui me semblaient parfaitement déplacés dans cette cérémonie d’ouverture, je me suis fait rétorquer par des personnes qui se considèrent comme intellectuelles et qui se vivent comme de gauche, qui se veulent « évoluées », et « avancées », que chacun des tableaux même les plus critiqués renvoyaient à une tradition française existante, que seule mon inculture, ou mon aveuglement d’extrême droite, ne me permettait pas de reconnaître et de distinguer.</p>

<p>Ils ont raison sur un point, chacun des éléments que nous avons vus renvoie à une tradition. Une société est faite de ses traditions. Comme une société est faite aussi de leur subversion. Quoi de plus vrai. Le problème est d’arriver à bien placer les yeux en face des trous.</p>

<p>Le carnaval c’est le moment où les hommes se déguisent en femmes, où les femmes se déguisent en hommes, allez à Dunkerque qui a maintenu sa grande tradition du carnaval et vous verrez cela, et c’est terriblement français ! Mais les hommes se déguisent en femmes grotesques et les femmes se déguisent en hommes grotesques, c’est un moment de subversion, de transgression, c’est un rite qui permet le fonctionnement harmonieux de la société le reste de l’année. </p>

<p>Le Magistrat qui se déguise le jour du carnaval en une sorte de créature que l’on appelle aujourd’hui de ce mot anglo-saxon « drag queen », cela fait partie de la tradition française et de la vie de la société. Et il n’y a aucun mal à cela.</p>

<p>La difficulté c’est le jour où il viendrait au tribunal requérir devant la Cour d’assises la perpétuité contre un accusé, habillé en drag queen. Non, pour requérir la perpétuité contre l’accusé, il va bien s’habiller en robe, c’est exact, mais ce n’est pas la même robe, c’est la robe du magistrat. C’est toujours une robe, mais  elle n’a pas le même sens ! Ce n’est pas le même rite. </p>

<p>Le rite dans une société c’est fondamental. Et ce qui est fondamental c’est de comprendre que le rite c’est de faire les choses au moment et au lieu où il convient de les faire. Pas n’importe quand, pas n’importe comment. </p>

<p>Tout le message contenu dans cette cérémonie d’ouverture c’est de briser les rites, briser les codes. Montrer cette image de Marie-Antoinette qui tient sa tête dans ses mains, on nous dira c’est une image classique du Grand guignol, là encore une tradition à la française. C’est indiscutable, la question est de savoir si elle avait sa place ce jour là dans cette cérémonie d’ouverture.</p>

<p>C’est exactement comme le fait de savoir que nous mangeons chaque jour, plusieurs fois par jour et la plupart du temps en compagnie de nos collègues de travail de notre famille, de nos amis, ou des gens qui se trouvent placés à côté de nous par le hasard. Il faut savoir que nous déféquons aussi chaque jour, cela fait partie de la condition humaine, et nos appartements, nos écoles, nos entreprises, sont faits pour que nous puissions le faire au cours de la journée, au moment voulu, dans une certaine discrétion, mais sans pour autant cacher le fait que nous allons aux toilettes. Il n’y a aucune honte à le faire, c’est tout à fait naturel et il n’y a pas à en rougir. </p>

<p>Le problème, c’est si nous décidons, comme dans le film de Luis Bunuel (Le charme discret de la bourgeoisie) de déféquer autour de la table du repas tandis que nous mangeons dans l’intimité des toilettes. Ou bien comme nous le suggèrent certains tableaux de la cérémonie d’ouverture, carrément au milieu de la table du repas, parmi les convives et les victuailles. </p>

<p>La question est celle du discernement et de l’opportunité, la question est celle des rites et des codes.</p>

<p>Dans la vie familiale, l’accouplement est un moment de la vie familiale. Mais il ne se fait pas n’importe quand et n’importe comment. On considère légitime que le père de famille et la mère de famille s’accouplent régulièrement. Personne n’y voit matière à scandale ni à difficulté. Mais on considère que s’ils sont fondés à le faire, ils ne sont pas fondés à le faire publiquement au milieu de la famille des enfants et des grands-parents pourquoi pas. De la même façon on considère comme parfaitement déplacé, et pour tout dire condamnable moralement et même illégal, que l’accouplement, même s’il est fait discrètement, ait lieu entre le père de famille et un autre membre de la famille. Certes on m’objectera que nous avons vu ces derniers temps qu’il y avait des familles à la mode où ça se faisait. C’est justement un problème. Nous avons noté que si une partie du monde bobo a trouvé cela adapté en son temps, ce n’est pas considéré par la majorité de la population comme la bonne manière de faire.</p>

<p>La manière de vivre ensemble d’une société n’est pas une vérité absolue, comme un calcul mathématique peut tendre à l’être. Mais elle est la vérité de cette société, elle est la façon dont cette société arrive à vivre, et souhaite vivre. Elle nous dit ses représentations, ses espoirs, ses craintes, ce qui fait la vie humaine, ce qui fait une société, ce qui fait que collectivement nous échappons à la mort, qui individuellement nous frappera tous inévitablement. </p>

<p>Pour montrer cette société, pour montrer cette France qui traverse les siècles, et ambitionne de les traverser encore, il convient de montrer ses rites, ses espoirs, son art, ses réussites, ce qu’elle croit, et non de montrer un carnaval de leur subversion.</p>

<p>C’est exactement comme inviter à déjeuner des personnes à qui l’on souhaite faire une bonne impression, car on souhaite entretenir avec eux de bonnes relations, et se mettre à déféquer à table. Oui nous déféquons. Oui c’est absolument indispensable. Oui, il n’y a pas de honte à le faire. Mais pas à table. Pas devant les invités. Pas le jour où l’on fait un effort pour bien accueillir les invités !</p>

<p>Tout le problème de cette cérémonie d’ouverture c’est qu’elle n’est pas construite comme une cérémonie d’ouverture mais comme un carnaval de mise à bas de tous les rites de toutes les traditions de tout ce qui peut représenter la société française aux yeux de la très grande majorité des Français, qui ne partagent pas les engouement ou les fantasmes d’une petite bourgeoisie urbaine qui considère le stade national comme dépassé, comme toxique, comme agressif, et qu’il ne mérite que d’être traîné dans la boue. </p>

<p>Au fond ce sont les millions de Français des catégories populaires qui croient à ces rites et ses traditions qui peuvent se sentir traînés dans la boue par cette cérémonie d’ouverture. </p>

<p>Ils ne seront pas troublés outre mesure puisqu’ils savent que quand ils votent pour un parti politique, l’establishment fait bloc pour lui fermer la porte du pouvoir, et pour lui fermer même l’accession prévue par les textes de loi, aux postes de responsabilité à l’Assemblée nationale… </p>

<p>Oui c’est la même idée ! Et c’est tout naturellement que critiquer cette cérémonie d’ouverture c’est être renvoyé à n’être qu’un ces 13 millions de « fachos » qui déshonorent la France. </p>

<p>Oui tout est dans tout.</p>

<p>Mais il y a toujours de la Raison dans l’Histoire. Pourquoi cet engouement permanent pour la transgression, pour la fête, pour le carnaval chaque jour partout de la part des élites au pouvoir ?</p>

<p>Parce que l’on consomme plus les jours de carnaval. Le commerce marche mieux quand on fait la fête. La société festive est une société plus rentable, si c’est une société qui est basée sur la consommation. Donc on comprend tout naturellement que cette cérémonie financée par Coca-Cola et Louis Vuitton aille dans le sens de cet homo festivus. </p>

<p>La perspective c’est la société liquide. Celle qui est développée par Georges Soros, celle qui est voulue et dont la perspective est orchestrée par des symposiums comme celui de Davos qui se tient chaque année entre milliardaires et dirigeants politiques. </p>

<p>Cette société où toutes les traditions, tous les rites, sont déclarés dépassés, cette société néolibérale où comme le disait Margaret Thatcher « there is no society there are individuals », il n’y a plus de société, il n’y a plus que des individus, par centaines de millions évoluant dans une forme de liberté individuelle apparente totale s’étant libérés de la Nation, s’étant libérés de leur sexe, de leur genre, de leurs obligations morales, mais soumis à quelques monopoles ou oligopoles détenus par quelques dizaines de milliardaires qui organiseront et contrôleront leur vie dans un totalitarisme « soft » qui se présente comme une fête permanente et désirable. </p>

<p>C’est donc le message de cette cérémonie d’ouverture. </p>

<p>Je ne suis pas « choqué » des images que j’ai vues, comme le serait une sorte de vieille douairière, qui regretterait Otto Abetz et ses bonnes manières (Otto Abetz fut ambassadeur du Reich à Paris du 3 août 1940 à la Libération). </p>

<p>Non je suis simplement un observateur conscient, qui regarde et entend ce que l’on nous dit. Puisqu’il y a un message il convient de le décrypter et non de le répéter à la manière de perroquets en disant que c’est la seule façon de vivre. Que c’est la vraie gauche, donc la seule vie, et qu’il convient de censurer tout le reste, qui n’est que fascisme et mort. </p>

<p>On peut être en accord avec ce message néolibéral woke des milliardaires, au moins faut-il le comprendre et faut-il en partager le sens et pas seulement croire que l’on est de gauche, parce qu’on a de l’argent et qu’on ne partage pas pour autant les valeurs de la petite bourgeoisie commerçante du siècle passé.</p>

<p>Mon propos n’est pas de demander l’avènement d’un nouveau fascisme, eh non, mon propos est d’inciter à réfléchir ceux qui veulent bien lire, entendre et comprendre ce qu’ils voient. </p>

<p>La voie qui nous est proposée, et un peu imposée, c’est celle de la destruction d’une société, de la destruction d’une civilisation, même si c’est la voie du plus grand profit pour quelques milliardaires et les princes qu’ils ont installés au sommet de l’establishment politique pour nous diriger.</p>

<p>Il y a aussi une tradition française, c’est celle de renverser les puissants, de renverser la table, et de choisir son destin.</p>

<p>L’avenir nous dira si c’est le carnaval totalitaire de la consommation ou si c’est la tradition politique consciente et raisonnée qui l’emportera.</p>
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	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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