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	<title><![CDATA[Signet Loupe: Articles de blog de La loupe]]></title>
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	<description><![CDATA[]]></description>
	
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	<pubDate>Mon, 01 May 2023 09:01:50 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Les États-Unis commencent à indemniser des personnes victimes des vaccins contre le COVID-19]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Par Zachary Stieber − Le 18 avril 2023 − Source <a href="https://www.theepochtimes.com/us-compensates-people-injured-by-covid-19-vaccines-for-first-time_5200854.html?src_src=partner&amp;src_cmp=ZeroHedge">The Epoch Times</a></p><p><a href="https://www.theepochtimes.com/more-covid-19-vaccine-injuries-approved-for-compensation-but-injured-still-waiting-for-payouts_5081099.html">Pour la première fois</a>, les États-Unis ont versé des de l’argent à des personnes dont la santé a été compromise par les vaccins COVID-19.</p><p>Photo présentant une dose de vaccin COVID-19 Johnson &amp; Johnson avant son administration lors d’un essai clinique à Aurora, Colorado, le 15 décembre 2020.(Michael Ciaglo/Getty Images)</p><p>Trois personnes ont reçu des versements pour le préjudice qu’elles ont subi, conformément au Countermeasures Injury Compensation Program (CICP), opéré par une agence relevant du Département de la Santé et des Services humains, ont affirmé des dirigeants <a href="https://www.hrsa.gov/cicp/cicp-data/table-4">dans une dépêche</a>.</p><p>Une personne qui a subi un grave choc allergique a reçu 2019 $, selon cette agence (la Health Resources and Services Administration). Une personne qui a subi une inflammation cardiaque (myocardite), a reçu 1 582 $. Une autre personne, également victime de myocardite, a reçu 1 032 $.</p><p>On ne connaît pas les noms des fabricants de vaccins à l’origine de ces préjudices. On ne connaît pas non plus l’identité des personnes qui ont reçu ces versements.</p><p>Ces dédommagements constituent un jalon : c’est la première fois que le gouvernement étasunien a versé de l’agent à des personnes dont la santé a souffert des vaccins COVID-19 apparus à la fin de l’année 2020, et qui peuvent provoquer de graves problèmes, voire le décès des patients exposés aux injections.</p><p>Selon le CICP, les personnes ayant survécu aux problèmes de santé induits par les injections de ces vaccins peuvent recevoir de l’argent en remboursement de leurs dépenses médicales, et en compensation de la perte de leur emploi.</p><p>Il semble que les versements qui ont été consentis jusqu’ici ne l’ont été que pour compenser des dépenses médicales, selon Wayne Rohde, auteur de l’ouvrage The Vaccine Court.</p><p>« Ces montants sont tellement faibles que l’on peut plausiblement supposer qu’ils ne tiennent lieu que de compensation à des dépenses médicales, pas plus, » affirme Rohde. « Ces montants ne sont pas raisonnables, mais le programme est ainsi conçu. »</p><p>La plupart des versements consentis auparavant ont été versés à des personnes ayant subi des préjudices provoqués par un vaccin H1N1, parmi lesquels le syndrome Guillain-Barre. Des personnes avaient alors reçu des sommes se chiffrant en centaines de milliers de dollars. Huit personnes avaient reçu au moins 106 723 $. Le versement le plus élevé que l’on connaît est établi à 2,2 millions de dollars.</p><p>La Health Resources and Services Administration, qui opère ce programme, n’a pas répondu à nos demandes de commentaires.</p><p>Le CICP est la seule instance permettant à des personnes de recevoir un versement de la part du gouvernement fédéral, en raison de la déclaration d’urgence prononcée au sujet du COVID-19 par l’administration Trump. La plupart des injections de vaccins réalisées aux États-Unis l’ont été sous couvert du National Vaccine Injury Compensation Program. Ce programme prévoit que les personnes qui reçoivent des versements en compensation sont susceptibles de recevoir davantage, en partie parce que d’autres catégories sont couvertes <a href="https://www.hrsa.gov/cicp/cicp-vicp">par ce programme</a>, parce que les dossiers mettent plus longtemps à être instruits, et parce que leurs frais d’avocats peuvent également être couverts.</p><p>Pour recevoir un versement de compensation de la part du CICP, le candidat doit prouver une « connexion fortuite » entre le vaccin administré et de graves dommages de santé ou la mort, cette connexion devant être étayée par « des preuves convaincantes, fiables, valides, médicales et scientifiques. » Le candidat doit également produire des justificatifs de dépenses médicales non remboursées, ou établissant une perte de revenus du fait de leur incapacité à travailler à cause des dommages de santé subis.</p><p>Les proches de personnes qui sont mortes peuvent demander des versements.</p><p>Le montant le plus élevé pour des versements aux proches de personnes décédées est établi à 423 000 dollars, et le montant le plus élevé pour pertes de revenus est de 50 000 dollars, mais des questions clés restent en suspens selon Rohde : les survivants recevront-ils systématiquement un versement entier si leur demande est considérée comme justifiée ? Les frais médicaux que devront débourser à l’avenir les personnes dont la santé est compromise seront-ils couverts ?</p><p>Les administrateurs du programme ont refusé de divulguer les détails au sujet des paiements consentis par le programme, ainsi qu’au sujet des candidats dont les dossiers ont été rejetés.</p><p>Les paiements versés par le National Vaccine Injury Compensation Program sont issus d’une cagnotte constituée par une taxe perçue sur chaque vaccin, alors que les versements réalisés par le CICP sont issus de budgets décidés par le Congrès.</p><p>Les premiers vaccins COVID-19 ont été autorisés au mois de décembre 2020. Au printemps 2021, le tiers des vaccins candidats avait été validé. Ils ont dès lors fait l’objet d’une intense promotion de la part des dirigeants du système de santé des États-Unis, et administrés à des centaines de millions d’Étasuniens.</p><p>Les effets secondaires ayant fait suite à ces vaccinations et déclarés au Système d’Enregistrement des Effets Secondaires des Vaccins ont été d’un nombre historiquement élevé, ce qui a aidé les autorités à déterminer que des événements comme de graves réactions allergiques (anaphylaxie), ou des myocardites, sont provoqués par les vaccins.</p><p>Tout un chacun peut déposer un signalement à ce système d’enregistrement, mais le CICP n’accepte que les dossiers établis dans le courant de l’année suivant un événement de santé. Le programme ne couvre pour l’instant qu’un petit nombre d’événements de santé, et l’on ne sait pas exactement lesquels de ces événements il couvre.</p><p>Au 1 avril, on comptait 8 133 dossiers déposés au CICP invoquant des dommages de santé et/ou des décès résultant des vaccins COVID-19. Des centaines de dossiers ont été rejetés à cause d’un manque de documentation médicale ou d’autres problèmes, selon les autorités. Des milliers d’autres dossiers sont en attente ou en cours de traitement.</p><p>La date du 23 juin a été établie comme butoir pour parvenir au niveau juste de compensations, y compris pour les trois dossiers qui ont déjà été indemnisés.</p><p>Une personne souffrait d’une myocardite à cause d’un vaccin COVID-19, mais n’avait justifié d’aucune « perte ou dépense éligible », selon les administrateurs du CICP.</p><p>Sur les 19 autres dossiers en attente de compensation financière, 18 personnes souffraient de myocardite, d’un symptôme voisin appelé péricardite, ou d’une combinaison des deux problèmes. Le dernier dossier accepté fait état d’un œdème de Quincke, un problème de peau.</p><p>NdT : On peut être surpris par le très faible montant des dommages consentis. C’est surtout le début d’une nouvelle phase de l’opinion publique, et peut-être de grands procès.</p><p>Traduit par José Martí, relu par Wayan, pour le Saker Francophone</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/911/la-reforme-des-retraites-demontre-l%E2%80%99impuissance-economique-d%E2%80%99emmanuel-macron-%E2%80%93-le-temps-des-ruptures</guid>
	<pubDate>Mon, 10 Apr 2023 17:08:10 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/911/la-reforme-des-retraites-demontre-l%E2%80%99impuissance-economique-d%E2%80%99emmanuel-macron-%E2%80%93-le-temps-des-ruptures</link>
	<title><![CDATA[La réforme des retraites démontre l’impuissance économique d’Emmanuel Macron – Le Temps des Ruptures]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Crédits photo : <a href="https://www.leparisien.fr/politique/manifestation-contre-les-retraites-la-note-des-renseignements-qui-inquiete-lexecutif-30-01-2023-JRUR2XKY5NGT3OLP4TRQDIK2FQ.php">LP/ Jean-Baptiste Quentin</a></p>
<p>Des déficits… et 86,5 milliards de cadeaux fiscaux</p>
<p>Que représente le montant des retraites versé chaque année ? <a href="https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/sites/default/files/2022-05/10-Les_masses_financi%C3%A8res_relatives_aux_pensions_de_retraite_en_2020.pdf">332 milliards d’euros en 2020 d’après la DRESS</a>. Autrement dit, les 13,5 milliards d’euros de déficit ne représentent que 4% du volume total des prestations versées. Mais ce chiffre lui-même est contestable, car on ne peut comparer le déficit de 2030 avec les recettes de 2020. Si l’on tient compte de l’inflation et de la croissance, les salaires en 2030 seront en réalité très certainement plus élevés qu’en 2020. C’est la raison pour <a href="https://www.liberation.fr/checknews/retraites-sans-reforme-le-deficit-va-t-il-vraiment-etre-multiplie-par-24-en-2050-comme-le-laisse-penser-le-gouvernement-20230111_R7RBJC5AANBJ7OJ4RNQAFBU3DE/">laquelle le COR ne calcule pas les déficits en milliards d’euros mais en pourcentage du PIB</a>. Avec ce mode de présentation, les déficits dont il est question devraient représenter environ 0,4% du PIB de 2030.</p><p>Autrement dit, la crise politique majeure que nous traversons a pour objet de résoudre un déficit potentiel en 2030 équivalent à 1/12ème du déficit actuel des comptes publics (<a href="https://www.insee.fr/fr/statistiques/7232553">4,7% en 2022</a>). Tout ça pour ça !</p><p>Le pire, c’est qu’au même moment le gouvernement, conformément à ses engagements en faveur de la diminution de la fiscalité des entreprises, décidait de <a href="https://entreprendre.service-public.fr/actualites/A16251">supprimer la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE)</a>, ce qui représente un coût net de 8 milliards d’euros annuel pour les finances publiques. Il poursuit en cela la politique engagée par François Hollande qui avait introduit un crédit d’impôt pour les entreprises – le fameux CICE – qui a coûté près de 20 milliards, avant que le gouvernement Valls n’augmente le paquet cadeau de 21 milliards avec le mal nommé « pacte de responsabilité et de solidarité ».</p><p>Ajoutons à ces sommes la transformation de l’impôt sur la fortune en impôt sur la fortune immobilière (coût net pour les finances publiques : 3,5 milliards d’euros) décidée en 2017, la suppression de la taxe d’habitation pour la résidence principale (14 milliards d’euros) et la baisse de l’impôt sur les sociétés qui est passé en quelques années de 33% à 25% (il était de 50% jusqu’au milieu des années 1980) et qui représente un manque à gagner d’environ 20 milliards d’euros en 2022. Si on fait le cumul de ces dépenses fiscales, on parvient à une perte annuelle pour les finances publiques de plus 86,5 milliards d’euros, soit environ 3,3% du PIB, dont l’immense majorité au profit des entreprises. Sans parler des subventions directes à ces mêmes entreprises <a href="http://www.ires.fr/index.php/etudes-recherches-ouvrages/etudes-des-organisations-syndicales/item/6572-un-capitalisme-sous-perfusion-mesure-theories-et-effets-macroeconomiques-des-aides-publiques-aux-entreprises-francaises">qui se sont multipliées avant même la crise pandémique</a>.</p>
<p>Financer la politique de l’offre</p>
<p>Il faut le dire et le répéter. Le déficit public actuel n’est en rien lié à la hausse des dépenses sociales, et encore moins au coût des services publics. Il résulte, au contraire, d’un choix politique mené avec constance, démarré par François Hollande et poursuivi par Emmanuel Macron : celui d’assécher systématiquement les ressources fiscales au nom de la compétitivité des entreprises.</p><p>Car c’est bien cela qui est en jeu. Pour poursuivre les cadeaux fiscaux aux entreprises tout en limitant ses déficits, l’État est contraint de trouver de nouvelles ressources ou d’alléger certaines dépenses. Trouver des ressources, ce fut la stratégie initialement employée avec la hausse de certaines taxes sur le tabac, l’alcool ou les carburants, ce qui revient à mettre à contribution les « gars qui fument des clopes et roulent au diesel » <a href="https://www.lefigaro.fr/vox/monde/2018/10/29/31002-20181029ARTFIG00214-le-mepris-siderant-de-griveaux-pour-les-gars-qui-fument-des-clopes-et-roulent-au-diesel.php">selon la formule de l’ancien porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux</a>. Mais le mouvement des Gilets jaunes, fin 2018, mis fin brutalement cette option. À partir de cette date, l’État a donc mis en œuvre une autre stratégie, fondée sur des économies à réaliser sur les dépenses sociales. C’est ainsi que la réforme des retraites est revenue dans l’actualité, avant d’être interrompue par la pandémie du Covid. Souvenez-vous, à l’issue du premier Conseil de défense consacré à la pandémie, <a href="https://www.bfmtv.com/politique/reforme-des-retraites-edouard-philippe-declenche-le-49-3_AN-202002290042.html">le gouvernement annonçait, à la surprise générale, l’utilisation du 49.3 pour faire passer en force une réforme dites « structurelle » des retraites</a>. Une réforme qui, en réalité, avait bien pour but de dégager des économies.</p><p>Cette même année, le gouvernement avait annoncé des mesures d’économie sur l’assurance chômage pénalisant les saisonniers et les contrats courts. Puis, à la fin de l’année 2022, il engagea une nouvelle loi d’économie consistant à réduire la durée d’indemnisation des demandeurs d’emploi lorsque le taux de chômage diminue. C’est ainsi que les chômeurs furent mis à contribution des politiques d’aide aux entreprises.</p>
<p>L’échec patent de l’attractivité fiscale</p>
<p>Si l’on s’en tenait à cette analyse, on pourrait résumer ainsi la logique fondamentale de la réforme des retraites de 2023 : Diminuer les dépenses sociales pour financer les politiques de compétitivité menées depuis dix ans visant à augmenter le taux de marge des entreprises. Sur ce plan, il faut bien reconnaître que la stratégie fut un succès. Jamais les bénéfices réalisés par les entreprises n’ont été aussi élevés. Ainsi, les sociétés du CAC 40 ont dégagé 152 milliards d’euros de profit l’année dernière, un montant « sans précédent », <a href="https://www.lemonde.fr/economie/article/2023/03/09/l-insolente-sante-des-entreprises-du-cac-40_6164730_3234.html">note le journal Le Monde</a>.</p><p>Le problème est que ces milliards ne « ruissellent » pas sur l’économie française. C’est là que se situe l’impuissance de Macron et de sa stratégie. Persuadé que, pour relancer l’activité et l’emploi, il suffit d’attirer les entreprises, Macron – et Hollande avant lui – ont engagé la France dans la course à l’attractivité fiscale. Pourtant, non seulement le taux de croissance de l’économie française est faiblard depuis 2012, mais en plus les entreprises industrielles continuent de fermer et de délocaliser. Le résultat, c’est que la balance commerciale française a connu en 2022 un déficit record de 164 milliards d’euros, <a href="https://www.lesechos.fr/economie-france/conjoncture/la-france-essuie-le-pire-deficit-commercial-de-son-histoire-1904222">le pire de son histoire, soulignait Les Echos</a>. En somme, la stratégie de relocalisation défendue au nom de la « souveraineté économique » est un échec. En témoigne l’état de notre industrie pharmaceutique qui n’a cessé de décliner depuis 2008. Et si on constate dernièrement quelques projets de relocalisation d’usines produisant des médicaments, <a href="https://www.lefigaro.fr/conjoncture/penurie-de-medicaments-ou-en-est-la-production-en-france-20230310">c’est essentiellement grâce à des aides sectorielles, c’est-à-dire à de nouvelles dépenses publiques</a>, et non du fait de la politique fiscale.</p>
<p>L’impuissance économique de Macron</p>
<p>Pourquoi les entreprises industrielles continuent-elles de fuir la France malgré la multiplication des cadeaux fiscaux ? Voici la question que devraient enfin se poser le gouvernement et les députés Renaissance. La réponse est pourtant simple et tient en deux éléments. Le premier est que ces aides fiscales ne sont jamais conditionnées à des contreparties ni concentrées sur des secteurs particuliers. En arrosant très large, on donne en fait très peu à chacun, ce qui coûte cher aux finances publiques tout en produisant un effet pratiquement nul pour chaque entreprise prise individuellement. C’est ainsi que le CICE a davantage profité aux grandes surfaces qui sont protégées de la concurrence internationale qu’aux entreprises industrielles qui doivent l’affronter.</p><p>La deuxième raison est que, tous les pays menant la même politique d’attractivité, les cadeaux des uns annulent bien évidemment les effets de ceux des autres. Si la France dépense 20 milliards pour attirer les emplois sur son sol et que l’Allemagne dépense 40 milliards pour faire la même chose, alors la politique d’attractivité française sera annihilée par celle de l’Allemagne et le coût pour les finances publiques jamais compensé par des gains d’emploi. <a href="https://blog.univ-angers.fr/davidcayla/competitivite-le-retour-de-lideologie-de-la-guerre-economique/">J’avais prédit à l’époque l’échec de cette guerre économique que se mènent les pays européens entre eux</a> et on ne peut pas dire que les faits, depuis, m’aient donné tort.</p><p>L’impuissance de Macron, en fin de compte, c’est celle qui consiste à tenter d’infléchir la dynamique de la mondialisation et de la concurrence intra-européenne en faisant payer aux Français d’abord les coûts directs de la désindustrialisation et de la perte des emplois, puis en leur faisant payer une seconde fois ces mêmes coûts en tentant vainement d’atténuer leurs effets par la politique fiscale et les mesures d’austérité.</p><p>Cette stratégie est d’autant plus vouée à l’échec que les seules politiques de réindustrialisation qui ont prouvé leur efficacité dans l’histoire sont celles, justement, que Macron ne peut pas employer : une politique commerciale protectionniste, à l’image de l’Inflation reduction act (IRA) mis en œuvre cet automne par Biden aux États-Unis ; une politique industrielle active qui viserait par exemple à faire baisser le coût de l’énergie et des matières premières ou à réserver une partie de la commande publique à des entreprises nationales ; une politique de change et une politique monétaire adaptées aux besoins de nos entreprises industrielles.</p><p>Hélas, dans ces trois domaines la France n’est plus souveraine. Elle ne peut plus rétablir le contrôle des prix de l’énergie et des matières premières du fait des politiques de libéralisation ; elle est impuissante à corriger les <a href="https://letempsdesruptures.fr/index.php/2023/01/11/comment-et-pourquoi-le-marche-de-lelectricite-a-deraille/">dysfonctionnements pourtant flagrants du marché européen de l’électricité</a> ; elle ne peut, au nom du respect de la concurrence, réserver une partie de sa commande publique à ses entreprises nationales ; elle ne décide plus de sa politique commerciale, déléguée de manière exclusive à la Commission européenne, laquelle multiplie les accords de libre-échange ; enfin, elle ne maîtrise plus sa monnaie et sa politique monétaire.</p><p>Ainsi, confronté à sa propre impuissance économique, il ne reste plus à Emmanuel Macron que des « solutions » qui n’en sont pas : continuer de faire payer aux Français une stratégie inepte incapable d’engendrer les effets escomptés. Et on peut malheureusement s’attendre à ce que cette politique soit poursuivie jusqu’à ce que le déclin économique et industriel de la France ne devienne irrattrapable.</p>
<p>David Cayla</p>
<p>Références</p><p>(1) https://www.cor-retraites.fr/sites/default/files/2022-12/RA_COR2022%20def.pdf</p><p>(2)Lorem</p><p>(3)Lorem</p><p>(4)Lorem</p><p>(5)Lorem</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
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	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/910/vous-avez-aime-credit-suisse-vous-allez-adorer-la-suite</guid>
	<pubDate>Fri, 07 Apr 2023 19:29:35 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/910/vous-avez-aime-credit-suisse-vous-allez-adorer-la-suite</link>
	<title><![CDATA[Vous avez aimé Credit Suisse? Vous allez adorer la suite]]></title>
	<description><![CDATA[<p>L’explication est simple: en 2008, le Congrès américain a durci la régulation des banques, mais en échange, il a laissé ces acteurs non bancaires hors de ce cadre. Cette régulation bancaire n’était qu’une piscine à trois murs, d’où se sont échappés les risques pour se développer hors des banques…</p><p>Grave erreur, car ceux qui ont hérité de ces prises de risques, ce sont de très gros fonds spéculatifs, d’énormes fonds de gestion d’actifs comme BlackRock, des fonds de capital-risque, des brokers-dealers (négociants de valeurs), des véhicules hors bilan, des fonds de marché monétaire…</p>
<p>Wall Street vaut bien Las Vegas</p>
<p>La finance non bancaire, celle qui n’est pas régulée, est devenue le vrai cœur du système financier. Elle pèse aujourd’hui la moitié du marché financier global, autant ou plus que les banques Ses acteurs ont une énorme vulnérabilité: ils se sont endettés à l’extrême, profitant de dix années de taux d’intérêt nul. S’ils s’effondrent, ils provoqueront un effet domino qu’aucune quantité de capital ne pourra couvrir. Entraînant dans leur sillage le secteur bancaire et l’économie réelle.</p><p>Ces gros spéculateurs, ou «Big Spec», comme on les appelle à Wall Street, empruntent pour spéculer. Ils n’investissent pas leur propre argent, ils font tout à crédit (à taux zéro). On admire en général les hedge funds pour leurs stratégies hautement risquées et sophistiquées. Ils investissent avec un gros effet de levier, prennent des paris baissiers vertigineux, sans toujours détenir les titres concernés, usent et abusent des contrats dérivés, virtuels et non provisionnés, prêtent des fonds qu’ils ont eux-mêmes empruntés, ou se fient à des algorithmes qui tous font la même chose. Bref, c’est ce qu’on appelle trivialement le casino boursier.</p><p>Et le casino est beaucoup moins régulé que les banques! Ces acteurs et leurs stratégies ne sont pas sujets à la même surveillance ni aux mêmes exigences de fonds propres, au prétexte qu’ils n’ont pas de déposants. Un peu comme si on levait les vitesses limites pour les voitures de sport sur l’autoroute, au motif qu’elles transportent moins de passagers. En oubliant qu’elles mettent en danger tous les autres.</p>
<p>Quand le casino fait sauter la banque</p>
<p>Ainsi, la finance non bancaire, qu’on appelle aussi shadow banking system, a été volontairement maintenue hors du champ réglementaire depuis 2008, histoire de préserver l’attractivité du marché américain et son côté «Loup de Wall Street», qui a tant contribué au mythe. Or aujourd’hui, ces acteurs ont le pouvoir de contaminer les banques de diverses façons, à travers l’exposition de ces dernières à leurs stratégies.</p><p>Credit Suisse a été flanquée à terre par la spéculation effrénée sur ses propres dérivés de crédit (les titres qui indiquent sa probabilité de faillite). Une banque peut prêter de l’argent à un fonds de capital-risque (c’était le cas de <a href="https://www.heidi.news/cyber/une-banque-tombe-et-les-cryptos-s-affolent" rel="nofollow noopener" target="_blank">Silicon Valley Bank</a>). Une banque peut co-investir avec un hedge fund (c’était le cas de Credit Suisse avec Archegos). Elle peut être contrepartie à des produits très spéculatifs utilisés par certains de ces acteurs. L’exposition des banques à la spéculation non bancaire a quasiment doublé en dix ans.</p><p>Dès lors, le gel de la confiance qui peut viser une grande banque signale une réalité: son exposition à cette finance spéculative est forte, et cela annihile l’effet censément rassurant de son ratio de fonds propres élevé. Car l’essentiel ne se passe pas sur son bilan, mais hors de son bilan.</p>
<p>Un chèque en bois de 1,5 fois le PIB mondial</p>
<p>Qui a favorisé cette spéculation à crédit des acteurs non bancaires? Les banques centrales. En maintenant ses taux à zéro sur presque toute la période entre 2009 et 2021, la Fed a nourri un véritable Everest des risques. La masse de crédit spéculatif de la finance non bancaire est passée de 67'000 milliards en 2011, ce qui était déjà énorme, à 152’000 milliards en 2021, selon le <a href="https://www.fsb.org/wp-content/uploads/P201222.pdf" rel="nofollow noopener" target="_blank">dernier rapport du G20</a>. La moitié de cette somme représente un risque systémique direct. Sur ce graphique, on constate comment cette masse de crédit spéculatif a explosé depuis dix ans:</p><p>C’est un montant phénoménal, pour des crédits spéculatifs largement non provisionnés. Un chèque sans provisions, en somme, d’une fois et demi le PIB mondial.</p><p>Problème: quand l’inflation s’est manifestée il y a deux ans, elle a forcé les banques centrales à relever les taux d’intérêt comme elles ne l’avaient jamais fait en 15 ans, mettant fin à l’argent facile qui enivrait les marchés. En 2016, dans <a href="https://www.editionsfavre.com/livres/la-finance-de-lombre-a-pris-le-controle/" rel="nofollow noopener" target="_blank">un ouvrage</a> que j’ai coécrit sur le shadow banking, nous faisions un constat radical: que les taux d’intérêt américains ne pourraient plus jamais remonter à cause de cette masse de crédit spéculatif non bancaire. Je la comparais à un ballon surgonflé, que l’aiguille des taux ne pourrait qu’éclater. Le constat, alors vertigineux, est en train de se vérifier.</p>
<p>Une grenade dégoupillée</p>
<p>Ce 4 avril 2023, <a href="https://www.imf.org/en/Blogs/Articles/2023/04/04/nonbank-financial-sector-vulnerabilities-surface-as-financial-conditions-tighten" rel="nofollow noopener" target="_blank">un rapport du FMI</a> confirme cette prédiction. Il constate que la montagne de risques du secteur non bancaire, étroitement connecté aux banques, est devenue énorme. Et que la remontée des taux d'intérêt pose dès lors un problème pour la stabilité financière globale. L’option de la facilité, celle de baisser à nouveau les taux à 0%, n’existe plus: l’inflation est bien trop élevée et cela la décuplerait encore.</p><p>Une seule solution: les régulateurs doivent forcer les acteurs de la spéculation non bancaire à couvrir leurs risques et se doter de capital suffisant. Et surtout, à se désendetter. Le pire est que la Chine l’a fait depuis 2017, menant campagne pour que les acteurs du shadow banking se désendettent, pendant que <a href="https://www.bloomberg.com/opinion/articles/2023-03-30/shadow-banking-don-t-look-at-china-the-us-also-has-a-problem" rel="nofollow noopener" target="_blank">les Etats-Unis laissaient filer la dette</a> de ces acteurs. Les responsabiliser protégera en définitive les salariés de l’économie réelle, qui n’accepteront pas indéfiniment que ces dérives croissantes et incontrôlées soient épongées.</p>
<p>Un mot sur notre chroniqueuse</p>
<p>Myret Zaki, titulaire d’un MBA de la Business School Lausanne, est journaliste financière depuis 23 ans. Ses spécialités portent sur le monde économique et bancaire, les marchés boursiers et l’investissement, les statistiques nationales, mais aussi la désinformation institutionnelle et la guerre de l’information.</p><p>Après neuf ans au Temps, elle a été rédactrice en chef de Bilan de 2014 et 2019. Elle écrit aujourd’hui pour Blick, Bilan et TheMarket (NZZ). Autrice de cinq ouvrages sur la finance, elle a obtenu le prix Schweizer Journalist 2008 pour UBS, les dessous d’un scandale (2008, éd. Favre). En 2022, elle a publié Désinformation économique (éd. Favre).</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Sun, 02 Apr 2023 08:20:16 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/909/kohler-msc-et-la-cocaine</link>
	<title><![CDATA[Kohler, MSC et la cocaïne]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Lauren Etter et Michael Riley (Agence Bloomberg). (Titres et traduction Française: Carmen Bachimont)</p>
<p>Illustration : Viktor Hachmang pour Bloomberg Businessweek</p>
<p>Alors que MSC devenait une force dominante du commerce mondial, elle est également devenue un canal privilégié de trafic de cocaïne pour les gangs des Balkans. Soupçonné de l’avoir favorisée depuis le ministère des finances, à Bercy, voire depuis le secrétariat général de l’Élysée, Alexis Kohler (qui s’était mis à son service comme directeur financier en 2016-2017), a été mis en examen en septembre dernier pour “prise illégale d’intérêt”. Nous reproduisons ci dessous (en accès libre) une remarquable enquête de l’agence américaine Bloomberg du 16 décembre dernier qui explorait l’infiltration de la compagnie maritime Italo-Suisse des cousins d’Alexis Kohler par des trafiquants de cocaïne.</p><p>“Affaire Kohler, le scandale qui menace Macron” (Y. Mhamdi/J.B. Rivoire), 1er épisode de “Emmanuel, un homme d’affaires à l’Élysée”, série de 8×52 refusée par toutes les chaînes de télévision et produite fin 2021 par Off Investigation via un financement participatif.</p><p>Au cours de l’été 2019, Claudio Bozzo, directeur de l’exploitation de MSC (Mediterranean Shipping Co), a parcouru 6 000 km (4 000 miles) de Genève à Washington, DC, pour une réunion avec les douanes américaines et la protection des frontières. Il avait été envoyé par le propriétaire de MSC, un milliardaire discret de 82 ans nommé Gianluigi Aponte, pour contenir une crise. </p><p>Quelques mois plus tôt, plus de 100 agents avaient embarqué sur l’un des navires de MSC, le Gayane, alors qu’il entrait dans le port américain de Philadelphie pour ce qui était censé être une escale rapide sur sa route vers Rotterdam. Sous le pont, cachés dans des conteneurs remplis de vin et de noix, les agents ont découvert près de 20 tonnes de cocaïne, d’une valeur d’un milliard de dollars. L’enquête qui a suivi a montré que plus d’un tiers de l’équipage – tous des employés de MSC – avait participé au transfert de vastes quantités de cocaïne depuis des vedettes rapides pendant la nuit, alors que le navire naviguait en haute mer au large de l’Amérique du Sud. Il s’agit de la plus grande saisie de drogue par voie maritime de l’histoire des États-Unis. </p>
<p>” La plus grande saisie maritime de drogue de l’histoire des Etats-Unis “</p>
<p>Le crime étant si considérable et culotté, les autorités ont pris la décision exceptionnelle de saisir non seulement la cocaïne, mais aussi le Gayane lui-même, un navire de 1 000 pieds (environ 300 mètres) de long d’une valeur de plus de 100 millions de dollars. Lors de sa rencontre avec le Service des douanes et de la protection des frontières des États-Unis (CBP) dans le bâtiment Ronald Reagan, Bozzo s’est excusé pour cette épreuve et a déclaré que les actions de l’équipage l’avaient surpris, selon une personne au courant des événements. Il a fait l’éloge de la croissance de MSC qui, après des débuts modestes, est devenue la plus grande compagnie maritime du monde et a fait comprendre aux fonctionnaires à quel point la famille Aponte prenait au sérieux la responsabilité de gérer une flotte qui représente près de 20 % de l’ensemble du commerce maritime de conteneurs. </p><p>Pour les autorités américaines, l’ignorance de la compagnie ne tenait pas la route. Une enquête de Bloomberg Businessweek a révélé que des années avant l’inspection du Gayane, les autorités chargées de l’application de la loi de plusieurs pays surveillaient les navires et les équipages de MSC. Les autorités américaines avaient non seulement suivi le Gayane bien avant qu’il ne pénètre dans les eaux étasuniennes, mais elles avaient également abordé et fouillé plusieurs autres navires de MSC dans le cadre d’une enquête plus large sur un réseau international de trafic de cocaïne qui s’était infiltré dans la société de transport maritime. Grâce aux indices recueillis lors de ces inspections, ainsi qu’aux renseignements collectés en Europe de l’Est, ils ont identifié un puissant cartel des Balkans comme étant à l’origine de ces expéditions massives.</p>
<p>MSC, ” empire de la contrebande de cocaïne “</p>
<p>Les pouvoirs américains et européens ont également conclu que le cartel, qui contrôle plus de la moitié de la cocaïne acheminée vers l’Europe, avait infiltré les équipages de MSC pendant une décennie, exploitant sa main-d’œuvre et ses navires pour contribuer à la construction d’un empire de la contrebande de cocaïne. “Nous ne considérions certainement pas MSC comme une victime dans cette affaire“, déclare William McSwain, ancien procureur du district Est de Pennsylvanie, qui a présidé l’affaire Gayane jusqu’à ce qu’il quitte ses fonctions en janvier 2021. </p><p>MSC et le gouvernement américain sont désormais engagés dans une bataille juridique qui s’est déroulée en grande partie à l’abri des regards. Les fonctionnaires des douanes ont fait pression sur la société pour qu’elle paie plus de 700 millions de dollars de pénalités, selon plusieurs sources policières qui ont parlé sous le couvert de l’anonymat des procédures administratives non publiques. Les services du bureau du procureur fédéral du district oriental de Pennsylvanie sont en train de monter un dossier civil dans lequel ils font valoir que MSC, en tant qu’exploitant du Gayane, est responsable du trafic de drogue et doit confisquer le navire ou une partie substantielle de sa valeur. Si MSC admet que des quantités record de cocaïne ont été trouvées à bord de son navire, elle conteste certains aspects essentiels de la version des faits donnée par le gouvernement et affirme qu’elle a été la victime des trafiquants, et non un co-conspirateur. </p><p>” Nous ne sommes pas mandatés, dotés de ressources ou formés pour affronter de dangereux groupes criminels organisés“. </p>
<p>Giles Broom, porte-parole de MSC</p>
<p>Un porte-parole de MSC, Giles Broom, déclare que la société a toujours pris le narcotrafic au sérieux, mais que l’incident du Gayane “a révélé un nouveau niveau de menace pour la sécurité auquel nous et, pour autant que nous le sachions, l’industrie du transport maritime par conteneurs n’étions pas encore prêts à faire face“. Aujourd’hui, dit-il, MSC est considéré comme “de loin le leader du secteur en matière de lutte contre la contrebande“. Pourtant, “il y a une limite à ce que l’on peut attendre d’une entreprise et de civils qui font leur travail : Nous ne sommes pas un organisme chargé de l’application de la loi et nous ne sommes pas mandatés, dotés de ressources ou formés pour affronter de dangereux groupes criminels organisés“. </p><p>L’enquête de Businessweek est basée sur des entretiens avec plus de 100 personnes dans une douzaine de pays, y compris d’anciens et d’actuels responsables de l’application de la loi et des personnes connaissant bien les activités de MSC, ainsi que sur l’examen d’affaires de trafic dans plusieurs pays. De nombreuses sources ont souhaité l’anonymat pour pouvoir discuter de détails confidentiels concernant des enquêtes en cours ou passées. </p>
<p>Des équipages ” infiltrés par les gangs des balkans “</p>
<p>Toutes les compagnies maritimes qui assurent des liaisons entre l’Amérique du Sud et l’Europe risquent d’être la proie des trafiquants de cocaïne. Mais MSC constitue une cible particulièrement attrayante, selon les autorités. Elle domine les circuits qui servent également d’autoroutes de la cocaïne, principalement ceux utilisés pour transporter des fruits et légumes frais de l’Amérique du Sud vers l’Europe du Nord. C’est également le plus grand employeur au monde de marins originaires du Monténégro, pays d’origine du cartel des Balkans. Des années avant la saisie du Gayane, la police européenne avait prévenu MSC que ses équipages étaient infiltrés. Pourtant, les mesures prises par la direction pour atténuer le problème n’ont pas été à la hauteur, selon des responsables des deux côtés de l’Atlantique. </p><p>Cette situation a frustré les autorités policières et douanières, alors que des quantités record de cocaïne déferlent sur les ports du monde entier, en particulier en Europe. Les procureurs américains ne prétendent pas que les dirigeants de MSC ont participé au trafic ou en ont tiré profit, mais ils tentent d’en savoir plus sur les défaillances des protocoles de recrutement et de sécurité de la compagnie, selon deux hauts fonctionnaires concernés. Les enquêteurs américains et européens affirment qu’ils en reviennent toujours à une question centrale : Pourquoi les organisations criminelles ont-elles apparemment été en mesure de contrôler les opérations clés à bord de certains navires de la compagnie pendant si longtemps ? “L’influence des narcotrafiquants au sein de cette société est sans conteste un élément qui, dès le premier jour, a suscité l’intérêt du gouvernement américain“, déclare Robert Perez, commissaire adjoint au CBP de 2018 à juillet 2021. </p><p>Il est rare qu’une compagnie maritime soit condamnée à de lourdes amendes pour des drogues trouvées à bord de ses navires. Aux États-Unis, lorsque des amendes sont imposées, les régulateurs laissent souvent le transporteur les négocier. Mais en Europe, ces amendes sont rarement imposées. Bien que les compagnies maritimes soient soumises à des exigences internationales en matière de sécurité, les douanes et les autorités chargées de l’application de la loi n’ont que peu de pouvoir pour les obliger à rendre des comptes. Tout cela a permis au secteur du transport maritime, principal moteur de la mondialisation, d’échapper à des conséquences majeures alors qu’il est de plus en plus impliqué dans le trafic de drogue. Jusqu’à ce que le Gayane arrive à Philadelphie à l’été 2019.</p>
<p>MSC : une compagnie familiale qui a su s’imposer</p>
<p>Derrière son nom, Mediterranean Shipping Co. est basée loin des embruns, dans un quartier tranquille de Genève. Même dans un secteur notoirement insulaire, le fonctionnement interne de MSC est particulièrement difficile à déchiffrer. C’est l’une des rares grandes compagnies maritimes à ne pas être cotée en bourse. Elle exploite une ligne de croisière qui publie ses résultats annuels, mais son activité de transport de marchandises ne communique pas d’états financiers. M. Aponte est également propriétaire d’un réseau de centaines d’entités connexes qui supervisent des opérateurs de ferry, des fabricants de vedettes rapides, des terminaux d’expédition et même une île privée aux Bahamas. </p><p>Aponte est mince, les cheveux gris, des yeux glacés et une allure aristocratique. Il reste le représentant du groupe MSC. Son fils, Diego, est président. Sa fille, Alexa, est directrice financière. Il y a deux ans, après la saisie du Gayane, il a nommé Soren Toft, cadre de longue date chez son rival AP Moller-Maersk A/S, au poste de directeur général des activités de fret de MSC, une première pour un étranger. </p><p>La famille aime à dire que l’eau de mer coule dans ses veines, citant des documents maritimes du XVIIe siècle qui portent son nom. M. Aponte est né dans la petite ville de Sant’Agnello, dans la baie de Naples ; sa famille transportait des marchandises et des passagers dans les eaux de la baie. Il est également devenu marin, en suivant une formation de capitaine de navire et en travaillant sous les ordres d’Achille Lauro, ancien maire de Naples et magnat du transport maritime. Il a navigué sur les vaporetti qui transportaient les touristes fortunés vers les îles voisines telles que Capri et Ischia. C’est au cours de l’un de ces voyages qu’Aponte a rencontré sa future épouse, Rafaela Diamant, fille d’un banquier suisse. </p>
<p>Quand MSC cassait les prix</p>
<p>En 1970, M. Aponte achète un vieux cargo allemand et lance MSC. L’année suivante, il acquiert un second navire d’occasion, qu’il baptise du nom de sa femme. Il commence ensuite à acheter des porte-conteneurs. Lorsque M. Aponte se lance dans ce secteur, le transport maritime est dominé par des entreprises traditionnelles telles que Maersk et Hapag-Lloyd, dont les origines remontent aux années 1800. Il se fait vite une place en empruntant des itinéraires mal desservis. Il développe un modèle commercial astucieux, en achetant des porte-conteneurs d’occasion, certains provenant de parcs à ferraille, puis en les remettant en état et en les renvoyant en mer. MSC s’est également distinguée en privilégiant le prix à la rapidité de livraison. “MSC, dans les premières années, on plaisantait souvent dans le secteur en disant qu’il s’agissait d’un raccourci pour “peut-être que le navire arrive”“, dit Lars Jensen, fondateur de la société de conseil Vespucci Maritime et ancien cadre de Maersk. “Votre cargaison finissait par arriver, mais vous ne saviez pas exactement quand“. </p><p>Ces stratégies lui ont permis d’étendre son empire presque entièrement de manière organique, plutôt que par le biais d’acquisitions, comme l’ont fait la plupart de ses rivaux. Au fil du temps, MSC a ajouté des itinéraires couvrant l’Asie, les États-Unis et l’Amérique du Sud, et au début des années 2000, sa devise était la suivante : “La terre couvre un tiers de la planète, nous couvrons le reste“. </p><p>Mais alors qu’Aponte construisait MSC, une puissante organisation criminelle mettait en place sa propre opération maritime. </p>
<p>Saisies de cocaïnes en cascade</p>
<p>Le 30 mai 2010, peu après minuit, le navire MSC Oriane naviguait dans la Manche en direction d’Anvers, en Belgique, lorsqu’un homardier, le Galwad-Y-Mor, a entamé une série de manœuvres étranges, se déplaçant d’abord devant, puis derrière le gigantesque navire de charge. Selon les procureurs britanniques, à l’approche du Galwad, l’équipage de l’Oriane a jeté par-dessus bord 11 sacs de sport imperméables contenant au total 255 kilos de cocaïne d’une valeur d’environ 80 millions de dollars. Après avoir récupéré les sacs, les quatre hommes du Galwad, dont un Monténégrin, ont navigué jusqu’à la baie de Freshwater, toute proche, où ils ont utilisé des poids métalliques pour immerger la drogue et la relier à une bouée afin que les trafiquants puissent la récupérer plus tard. </p><p>Ils n’en ont jamais eu l’occasion. La police antidrogue britannique avait surveillé l’opération et a arrêté les hommes sur le Galwad, ainsi qu’un complice. L’année suivante, les cinq hommes ont été condamnés à de lourdes peines de prison. Plus de dix ans plus tard, les pêcheurs continuent de clamer leur innocence. </p><p>En coulisses, l’incident a déclenché une enquête européenne sur l’infiltration des compagnies maritimes par le crime organisé, selon une personne au fait du dossier. En se renseignant auprès des polices espagnole, belge et néerlandaise, les autorités britanniques ont appris que l’Oriane n’était pas un cas isolé. Chacun de ces pays avait été témoin d’opérations au cours desquelles la cocaïne était transportée à travers l’Atlantique sur des porte-conteneurs commerciaux appartenant à diverses compagnies, puis transférée sur des navires plus petits avant que la cargaison n’arrive au port. Ces manœuvres, connues sous le nom de “drop-offs”, permettaient aux trafiquants d’éviter les ports d’entrée officiels, où les chances de saisie étaient plus grandes, mais cela signifiait qu’ils devaient recruter des membres d’équipage à bord des cargos commerciaux, en les payant pour jeter la drogue par-dessus bord. </p><p>Les autorités britanniques ont porté l’affaire devant Europol, qui coordonne les enquêtes criminelles transfrontalières entre les membres de l’Union européenne. Vers 2012, des agents du Royaume-Uni, d’Espagne, de Belgique et des Pays-Bas se sont réunis et ont convenu de rassembler toutes les informations dont ils disposaient sur les livraisons et d’entrer les détails des affaires dans la base de données d’Europol sur l’échange de renseignements. Il est apparu que plusieurs grandes entreprises avaient été utilisées, mais qu’un nom revenait fréquemment : MSC. </p>
<p>Des traces d’ADN humain dans un hachoir industriel</p>
<p>Diverses organisations de trafiquants européens pratiquent le “drop offs”, mais c’est surtout une spécialité du Cartel des Balkans, qui se développe de plus en plus fortement dans le commerce international de la cocaïne. Le cartel est constitué d’un regroupement de gangs issus de cinq pays, liés par une langue commune, le serbo-croate. Nombre d’entre eux ont commencé par constituer des groupes militaires privés pendant la guerre des Balkans dans les années 1990, avant de se tourner vers le trafic d’armes, la contrebande de cigarettes, le vol de voitures et le blanchiment d’argent. On trouve dans leurs rangs d’anciens flics et d’anciens agents des services de renseignement. Leurs factions coopèrent mais se font aussi concurrence. Certaines ont acquis une réputation de violence – l’année dernière, une descente de police dans une banlieue de Belgrade a permis de découvrir un hachoir industriel contenant des traces d’ADN humain. </p><p>Bien que le cartel se livre à toutes sortes d’activités criminelles, les autorités américaines affirment que ses revenus proviennent principalement du trafic de cocaïne. Les gangs sont aussi des innovateurs. Au début des années 2000, ils ont commencé à mettre en place un réseau logistique qui s’étendait de part et d’autre de l’Atlantique. En Amérique du Sud, ils ont intégré leurs membres aux producteurs, cultivant des relations jusqu’aux laboratoires situés au fin fond de la jungle. En Europe, ils ont mis en place un réseau de distribution en gros. Et dans les premiers temps, ils ont parfois complété leur chaîne d’approvisionnement en se procurant leurs propres navires. La plupart du temps, ces navires transportaient des cargaisons licites de soja ou d’autres produits en vrac. Pour les chargements illicites, les trafiquants faisaient appel à un capitaine et à un équipage corrompu. </p><p>Puis le Cartel des Balkans a redoublé d’efforts pour exploiter ce qui, selon d’anciens et d’actuels responsables de l’application de la loi, constituait un avantage concurrentiel de premier ordre : les marins des Balkans. Nombre d’entre eux venaient du Monténégro, une minuscule nation de la mer Adriatique dont la tradition maritime remonte à plusieurs siècles et qui compte plusieurs écoles de formation et d’accréditation des marins. Même les écoles secondaires y préparent les élèves à une carrière en mer. Cette situation a créé un bassin de recrutement très attrayant pour les gangs criminels qui utilisent la haute mer pour leurs opérations de trafic. </p><p>À bien des égards, l’affaire Oriane présente les signes révélateurs d’anciennes opérations de contrebande dans les Balkans, qui utilisaient leurs propres navires et équipages. Or, pour les enquêteurs d’Europol, il semble que les trafiquants aient plutôt commencé à placer leurs équipages corrompus sur les navires des grandes compagnies maritimes. </p>
<p>Des marins Serbes, Montenegrins et Croates chez MSC</p>
<p>En 2013, d’autres pays européens en sont venu à soupçonner le cartel d’avoir trouvé un moyen de s’introduire dans les opérations de recrutement de MSC. Les conclusions de leurs enquêtes ont été considérées comme très sensibles, mais ont parfois été rendues publiques. En novembre, la direction de la police monténégrine a publié un rapport de 100 pages sur le crime organisé dans les Balkans, dont une partie était consacrée au trafic de cocaïne. Selon ce rapport, les gangs de la région “ont développé des réseaux de membres temporaires qui se composent généralement de marins du Monténégro, de Serbie et de Croatie, qui sont principalement employés sur les porte-conteneurs de la compagnie MSC”. </p><p>L’année suivante, la police espagnole a commencé à suivre une bande de trafiquants monténégrins et serbes qui organisaient le transport de cargaisons de cocaïne à travers l’Atlantique sur des navires de la compagnie MSC et leur largage par l’équipage au large des côtes européennes. Les documents judiciaires détaillent comment les contacts du groupe en Amérique du Sud contrôlaient “une immense flotte de marins embauchés sur les navires de MSC” qui pouvaient aider à transporter de grandes quantités de cocaïne vers l’Europe du Nord. Un autre rapport de la direction de la police monténégrine, datant de 2015, indique que le principal mode de contrebande de cocaïne pour les groupes criminels organisés des Balkans reste les “porte-conteneurs de la compagnie MSC, couvrant la ligne Amérique du Sud-Europe de l’Ouest“. </p><p>Vers 2016, des agents des Pays-Bas, de Belgique et du Royaume-Uni ont pris contact avec la direction de MSC, sous la houlette de la police néerlandaise. Ils ont fourni à la société certains détails recueillis au cours des enquêtes et lui ont demandé de l’aide pour enrayer le trafic. Selon Jan Janse, chef de la police du port de Rotterdam, dont l’équipe a participé à la sensibilisation, MSC a appris que le Cartel des Balkans avait utilisé une agence de recrutement dans la région pour faire monter des marins corrompus à bord de ses navires. </p><p>La compagnie a également reçu un avertissement. “Nous leur avons dit ce que nous avions vu. Et nous leur avons dit que cela devait cesser“, explique M. Janse. “Et si cela ne s’arrêtait pas, nous leur avons dit que nous risquions de faire ce que les États-Unis ont fait plus tard, c’est-à-dire saisir leurs navires”. </p><p>On ne sait pas exactement ce que MSC a fait de ces informations. M. Broom, le porte-parole, affirme que la compagnie n’a pas de trace d’une telle réunion qui aurait eu lieu à Genève en 2016. “MSC rencontre depuis de nombreuses années les autorités douanières et policières pour discuter des risques de trafic de drogue dans le cadre de nos collaborations dans de nombreux pays“, précise-t-il. </p><p>M. Janse pense que la compagnie a pris des mesures de sécurité supplémentaires et a changé l’agence de recrutement qu’elle utilisait dans les Balkans. La police antidrogue néerlandaise a commencé à voir moins de débarquements, et la technique a fini par disparaître presque entièrement. Mais les contrebandiers sont devenus de plus en plus sophistiqués. </p>
<p>De nouvelles routes favorables au trafic</p>
<p>En 2016, des quantités record de cocaïne sont arrivées en Europe du Nord, en partie à cause de l’augmentation de la production en Amérique du Sud. Des éléments indiquent que les trafiquants ont renoncé au passage habituel par l’Espagne au profit des grands ports commerciaux de conteneurs en Belgique et aux Pays-Bas. Pour la première fois, la Belgique a dépassé l’Espagne en tant que pays ayant saisi la plus grande quantité de cocaïne, selon un rapport de l’UE sur les drogues.</p><p>La même année, le Panama a achevé l’expansion du canal de Panama pour un montant de 5,4 milliards de dollars. Auparavant d’une largeur de 33 mètres (108 pieds) à son point le plus étroit, il est désormais large d’au moins 55 mètres, ce qui permet d’accueillir des navires de très grande taille et de tripler le volume de marchandises pouvant être acheminées. Les entreprises se sont réjouies de cette expansion, mais Jürgen Stock, secrétaire général d’Interpol, a averti dans un discours prononcé au Panama un mois après l’achèvement du projet qu’il pourrait accélérer le flux de cocaïne à travers l’Atlantique. </p><p>MSC a commencé à exploiter le canal élargi. Plusieurs de ses plus grands navires chargent des fruits et légumes au Chili, au Pérou et en Colombie, puis font escale aux Bahamas et à Philadelphie avant de traverser l’Atlantique vers les immenses ports d’Europe du Nord. Ils font ensuite le tour de l’Europe. Les autorités portuaires de Philadelphie ont baptisé cet itinéraire “Philadelphia Express” et ont déclaré qu’il stimulerait l’économie locale et transformerait la région en une porte d’entrée majeure pour les produits frais de la côte Est. Quelques mois plus tard, les mastodontes MSC remontaient le fleuve Delaware, chargés de myrtilles, de mangues et d’asperges. Selon BlueWater Reporting, la capacité de transport de conteneurs de la compagnie entre la côte pacifique de l’Amérique du Sud et l’Europe a presque triplé entre juin 2016 et juin 2019. En 2019, MSC représentait près de la moitié de la capacité totale de transport de conteneurs sur ces itinéraires. </p>
<p>La cocaïne livrée en Europe par voie maritime</p>
<p>Les nouveaux itinéraires de MSC ont fini par ouvrir des opportunités commerciales pour les trafiquants. Un vieil adage des agents de la drogue dit que les contrebandiers font de la logistique. Dans le cas présent, les trafiquants ont pu bénéficier des mêmes avantages que les compagnies maritimes établies, simplement en insérant leurs marchandises dans le flux massif des cargaisons conteneurisées. La majeure partie de la cocaïne qui pénètre aux États-Unis est acheminée par voie terrestre, via le Mexique. Mais la géographie veut que l’Europe l’achemine par voie aérienne ou maritime et, en 2016, la majeure partie de la cocaïne y est arrivée par cargo commercial. </p><p>Lorsque l’afflux de cocaïne sur le continent s’est transformé en crise, les responsables européens ont proposé de partager davantage d’informations sur les saisies avec leurs homologues américains. Un fait est immédiatement apparu : certains navires connus pour avoir transporté de la cocaïne vers l’Europe s’arrêtaient brièvement dans des ports américains. Et certains d’entre eux étaient des navires de la compagnie MSC qui passaient par Philadelphie. </p>
<p>Ouvertures d’enquêtes</p>
<p>Le principal organe d’enquête du ministère américain de la sécurité intérieure, appelé Homeland Security Investigations (HSI), a commencé à travailler avec des partenaires européens pour analyser les principales saisies de cocaïne, en particulier celles effectuées dans les ports d’Anvers et de Rotterdam. Les agents du HSI ont exploité les données recueillies par les autorités douanières sur les documents d’expédition et les mouvements des navires en Amérique du Sud. Ils ont appris que si la cocaïne destinée à l’Europe provenait principalement de la côte est de l’Amérique du Sud, en particulier du Brésil, la tendance avait commencé à changer au cours des dernières années. Désormais, une grande partie de la cocaïne destinée à l’Europe provenait des ports de la côte ouest et de leurs environs, tels que Callao au Pérou et Guayaquil en Équateur.</p><p>Dans un premier temps, les enquêteurs ont supposé que la drogue était passée en contrebande par des méthodes traditionnelles, telles que la dissimulation à côté de marchandises légitimes emballées dans des entrepôts ou des fermes, ou le “crochet aveugle”, dans lequel des complices pénètrent dans des conteneurs et y cachent de la cocaïne. A partir de 2017, le HSI a passé des mois à essayer de découvrir les méthodes des trafiquants, d’abord en Colombie puis au Panama, selon deux personnes proches de l’enquête, mais les agents n’ont cessé de se heurter à des impasses. </p><p>Le HSI, ainsi que les agents des douanes américaines, ont commencé à monter à bord des cargos à l’approche de Philadelphie, examinant les quartiers d’équipage, les salles des machines, et même l’arbre d’hélice d’un navire, la plupart du temps sans succès. Mais les fouilles leur ont également permis d’isoler des membres d’équipage individuellement dans le but de développer des sources à bord des navires, selon un ancien haut fonctionnaire américain. </p><p>En 2018, les enquêteurs ont conclu que les trafiquants n’utilisaient pas du tout les méthodes traditionnelles de contrebande. Ils utilisaient plutôt des membres d’équipage des Balkans à bord des cargos MSC pour charger la drogue pendant que les navires étaient en mer. Les enquêteurs ont tout mis en œuvre pour pénétrer dans ce réseau, en mettant les communications sur écoute et en cultivant des informateurs. Finalement, ils ont obtenu l’ouverture dont ils avaient besoin. </p>
<p>Comment les cartels infiltrent MSC</p>
<p>Lorsque Aleksandar Kavaja a commencé à préparer son prochain voyage à bord du MSC Gayane au printemps 2019, sa ville natale de Bar, au Monténégro, était un terrain de recrutement bien établi pour le Cartel des Balkans. Les habitants disent qu’il n’était pas difficile de deviner quels marins pouvaient être impliqués dans le trafic de cocaïne – il s’agissait probablement de ceux qui possédaient des Maserati et de nouvelles maisons avec vue sur l’Adriatique. </p><p>Bar, petite ville ancienne parsemée de plages et d’oliveraies, abrite le plus grand port maritime du Monténégro, où la compagnie MSC est omniprésente. C’est une escale pour la ligne de croisière de la société, et MSC exploite également un centre de formation des équipages juste au nord – l’un des quatre qu’elle gère dans le monde, les autres se trouvant en Inde, en Italie et en Ukraine. Sur les 6 000 marins que compte le Monténégro, environ 2 250 travaillent pour MSC, selon Mimo Draskovic, responsable du programme d’études en gestion maritime à la faculté d’études maritimes de Kotor. </p><p>Kavaja était l’un d’entre eux. Il a grandi à la périphérie de Bar, dans une ferme qui appartient à sa famille depuis des générations. Sa mère, Ranka, travaillait dans une soupe populaire locale et son père, Radoslav, gagnait de l’argent en fabriquant des bibelots à partir de coquillages et en les vendant aux touristes. Le grand-père d’Aleksandar ayant été marin, sa famille a été ravie de le voir obtenir son diplôme et décrocher un emploi chez MSC. Il allait gagner un salaire d’environ 4 500 euros par mois (4 750 dollars), soit plus de dix fois ce que gagnaient ses parents. En 2015, à l’âge de 21 ans, Aleksandar a commencé à prendre la mer.</p><p>Au cours des années suivantes, il a navigué sur au moins quatre navires de MSC – le Lorena, le Diana, le Deila, l’Erica – installant, câblant et réparant des équipements électriques lorsque les navires faisaient escale en Corée du Sud, au Panama, à Malte et dans d’autres endroits éloignés. Il n’aimait ni son travail ni les mois passés loin de sa famille. “Ce n’est pas un marin dans l’âme“, disait sa mère. Mais il s’était engagé à soutenir financièrement sa famille. </p><p>Un jour de la mi-avril 2019, Kavaja déjeune dans un café de Bar. Il doit monter à bord du Gayane dans le port d’Anvers dans quelques jours, pour ce qui serait son sixième voyage à bord d’un navire MSC. Après avoir terminé son repas, il est abordé par un homme qu’il ne connait pas. “Nous savons qui vous êtes, nous savons qui est votre famille“, lui dit l’homme, selon des documents judiciaires américains. “Nous savons que vous allez partir sur ce bateau dans cinq jours”. </p><p>L’homme a tendu un téléphone portable de “narco”, comme les procureurs l’ont appelé dans les documents judiciaires, et a dit à Kavaja qu’il avait le choix. Il pouvait soit prendre le téléphone et accepter de suivre les ordres, soit risquer sa sécurité et celle de sa famille. S’il acceptait, il recevrait 50 000 dollars, soit près d’un an de salaire. Il a pris le téléphone. </p>
<p>“La plus importante saisie de drogue à Newark des 25 dernières années”</p>
<p>Deux mois avant que Kavaja ne mette le pied sur le Gayane, les agents des stupéfiants ont été informés qu’il y avait de la cocaïne à bord d’un autre navire de MSC, le Carlotta, selon une personne au courant de l’enquête. Le navire était en route pour le port de Newark, dans le New Jersey, que la compagnie MSC utilise parfois comme port de secours pour Philadelphie. À l’arrivée du Carlotta, les agents ont fouillé le navire et ont trouvé 3 200 livres de cocaïne dissimulées dans un conteneur de fruits secs. Il s’agit de la plus importante saisie de drogue à Newark des 25 dernières années. </p><p>L’importance de la cargaison a immédiatement attiré l’attention et des renforts ont été affectés à l’enquête par le HSI et la Drug Enforcement Administration (DEA) des États-Unis. Les agents de la sécurité intérieure de New York ont commencé à travailler avec la division internationale de la DEA, qui suivait le cartel des Balkans depuis des années à partir de son bureau en Croatie. </p><p>Le raid de Newark a permis de recueillir de nouveaux indices. Les enquêteurs ont rassemblé des données sur certains des conteneurs frigorifiques du Carlotta, qui ont permis de suivre les changements soudains de température intérieure. Ces données ont indiqué que certains conteneurs ont été ouverts alors que le navire était en route. Cela “a montré très clairement que quelque chose se passait en mer“, a déclaré une personne au courant de l’enquête. </p><p>Au cours de la fouille d’un autre cargo de MSC au printemps, les agents ont trouvé une petite radio bi-directionnelle dans la cabine d’un membre de l’équipage, selon une personne au courant de la découverte. La radio utilisait une fréquence typique des petites embarcations, et le capitaine a déclaré aux enquêteurs qu’il n’y avait aucune raison pour que l’appareil se trouve à bord d’un cargo commercial. Le HSI a interrogé l’homme d’équipage, originaire des Balkans, mais il n’a pas été arrêté. Lors d’autres perquisitions, les enquêteurs ont trouvé des preuves que quelqu’un à bord des navires avait coupé un fil, contournant ainsi un dispositif limitant le poids que les petites grues situées à l’arrière pouvaient soulever. </p>
<p>Une demie-tonne de cocaïne à bord du MSC Desiree</p>
<p>Une deuxième saisie importante a eu lieu aux États-Unis le 19 mars, cette fois à bord du MSC Desiree à Philadelphie. Les douaniers ont trouvé plus d’une demi-tonne de cocaïne, la plus grande quantité saisie à Philadelphie depuis près de vingt ans. Les agents ont finalement identifié au moins quatre navires MSC dont ils pensent que des membres d’équipage étaient impliqués dans la contrebande de cocaïne : le Carlotta et le Desiree, ainsi que l’Avni et le Gayane. </p><p>Les agents américains n’ont pas été les seuls à trouver de la drogue. En avril, les autorités péruviennes ont découvert 2,4 tonnes de cocaïne dans 64 valises et sacs à bord du Carlotta, qui avait apparemment recommencé à transporter de la drogue. Les autorités panaméennes ont ensuite trouvé 1,3 tonne de cocaïne lors d’une fouille de l’Avni (les enquêteurs américains avaient également soupçonné la présence de cocaïne à bord du navire et prévoyaient de le fouiller à Philadelphie, selon deux personnes au fait de l’enquête, mais les Panaméens les ont devancés). </p><p>Le rôle des membres d’équipage sur les navires a donné aux trafiquants un avantage considérable. Les marins avaient accès à des données essentielles, telles que l’emplacement et la destination des conteneurs, ce qui, selon les enquêteurs, leur a permis de choisir des boîtes dans lesquelles ils pouvaient dissimuler de grandes quantités de cocaïne et qui risquaient moins de déclencher une fouille douanière une fois arrivées au port. Cela représentait un énorme défi pour les autorités américaines, car la drogue pouvait se trouver pratiquement n’importe où parmi la montagne de containers présents sur le navire. </p><p>La fouille d’un navire entièrement chargé est difficile, à tel point qu’elle est rarement effectuée. Les cales sont exiguës et les conteneurs difficiles d’accès. Les agents se sont procurés des appareils spéciaux de surveillance de l’oxygène au cas où ils devraient aller sous le pont, où le fer rouillé peut réduire le niveau d’oxygène. Ils ont constitué un groupe de chiens renifleurs de drogue et se sont procuré des caméras qui pouvaient être introduites dans un conteneur chargé pour trouver de la cocaïne. </p><p>Les officiers ont également commencé à informer discrètement les partenaires dont ils auraient besoin pour effectuer une fouille complète du navire : les garde-côtes américains, la police de l’État du Delaware, les policiers de la ville de Philadelphie et même une équipe d’intervention d’urgence formée aux techniques maritimes. Il ne leur manquait que les renseignements de dernière minute qui leur permettraient de savoir quel navire fouiller. Lorsque le Gayane est arrivé à Philadelphie en juin, tout était en place.</p>
<p>Des tonnes de drogues chargées en pleine mer</p>
<p>Alors que le Gayane naviguait en direction du sud depuis Panama, le téléphone de Kavaja a sonné. Lorsqu’il a décroché, selon son avocat, un homme lui a dit de se rendre sur le pont supérieur. Kavaja s’est exécuté et a trouvé d’autres membres de l’équipage qui l’attendaient. </p><p>Les documents judiciaires montrent que trois autres personnes avaient été recrutées au Monténégro avant d’embarquer sur le navire. Le rôle de Kavaja était de téléphoner aux trafiquants transportant de la cocaïne sur des vedettes rapides et de leur communiquer la position du Gayane afin qu’ils puissent le localiser pendant la nuit. Il a également recruté d’autres personnes pour l’aider à déplacer les lourdes charges. Au total, au moins 8 des 22 membres d’équipage à bord du Gayane – 6 originaires du Monténégro, 2 originaires de Samoa – se sont occupés de ce travail. Chacun d’entre eux était susceptible de gagner 50 000 dollars, voire beaucoup plus, en fonction de son rôle. </p><p>Alors que le Gayane se trouvait juste au large des côtes péruviennes, selon les documents judiciaires, un marin monténégrin nommé Bosko Markovic a aidé à rassembler les membres de l’équipage, qui attendaient sur le pont aux côtés de quatre hommes portant des masques de ski. M. Markovic était le premier officier du navire, un rang en dessous du capitaine et responsable de la cargaison et de l’équipage de pont. Une vedette rapide s’est arrêtée à côté du gros navire. Un autre Monténégrin, Ivan Durasevic, second capitaine et troisième commandant du navire, a actionné une petite grue et hissé des filets géants remplis de sacs de sport noirs et de ballots de cocaïne. Une fois les filets sur le pont, les autres membres de l’équipage ont poussé la drogue jusqu’à une cale du navire. Les hommes ont pénétré dans une série de conteneurs en coupant le sceau de sécurité de chacun d’entre eux. Après avoir dissimulé la cocaïne à l’intérieur, ils ont refermé les conteneurs avec un faux scellé, portant le logo MSC. Parfois, ils ont dû couper des câbles d’acier ou plier des rambardes métalliques pour introduire la cocaïne, puis utiliser des fers à souder et de la peinture pour masquer les dégâts. </p><p>Au cours des nuits suivantes, alors que le Gayane naviguait vers le sud, le navire a été abordé par au moins six vedettes rapides, selon les documents judiciaires. Il n’a jamais cessé d’avancer. Il n’a même pas semblé ralentir, selon les représentants des forces de l’ordre. Le travail a été effectué pendant que le navire avançait en pleine mer, ce qui constitue un incroyable exploit de matelotage. </p><p>En juin, le Gayane a fait son arrêt le plus au sud, dans un petit port de la baie de Concepción, près de Coronel, au Chili, et a entamé son voyage de retour. Lorsque le navire a de nouveau atteint la côte du Pérou retourné vers le nord en direction du Panama, il a été approché par au moins huit autres vedettes rapides. Les opérations nocturnes de levage et de déchargement ont repris. </p><p>Dans l’après-midi du 16 juin, le Gayane se trouvait dans les eaux territoriales américaines, à destination de Philadelphie. Alors qu’il entrait dans la baie du Delaware, les garde-côtes ont contacté le capitaine et lui ont demandé de se diriger vers une zone appelée Big Stone Anchorage. Les navires commerciaux s’y arrêtent normalement pour attendre un capitaine de bateau fluvial autorisé à naviguer dans un chenal local. Mais alors que le Gayane se rapprochait, trois patrouilleurs et un hélicoptère ont abordé le navire, faisant monter une équipe d’agents des forces de l’ordre à l’échelle de Jacob.</p>
<p>L’arrestation du Gayane : une semaine de fouilles pour 20 tonnes de cocaïne</p>
<p>Certains agents ont rassemblé l’équipage dans la cuisine, tandis que d’autres se sont dirigés vers la passerelle pour trouver les schémas du navire. La recherche de drogue a commencé par les conteneurs du pont supérieur alors que le Gayane était encore dans la baie. Le 17 juin, vers 3 heures du matin, le navire a atteint le terminal maritime de l’avenue Packer à Philadelphie, en vue du pont Walt Whitman. Plus de 100 agents attendaient. Ils pensaient qu’il y avait de la cocaïne à bord, mais ne savaient pas où. Une équipe a commencé à prélever des échantillons sur les mains de l’équipage pour y déceler des traces de drogue. Plusieurs d’entre eux se sont révélés positifs. </p><p>Vers 7 heures du matin, alors que le soleil se levait sur la baie, les agents ont obtenu leur premier résultat : une cachette de briques (de cocaïne, ndlr) rangées dans des sacs en toile de jute à l’intérieur d’un conteneur. Joseph Martella, directeur portuaire du CBP, était en congé le jour où le Gayane est arrivé à Philadelphie, mais il surveillait attentivement son téléphone et s’est rendu au port. Peu après 10 heures, un deuxième conteneur rempli de cocaïne est découvert. Martella prend alors la décision inhabituelle de décharger et d’inspecter physiquement chacun des 4 000 conteneurs du navire. </p><p>Après près d’une semaine de travail, le gouvernement a fouillé dans des cargaisons de vin, de noix séchées et de piles usagées pour identifier sept conteneurs contenant de la cocaïne. Les agents des douanes ont passé des jours à peser la drogue, à compter les briques et à enregistrer toutes les preuves. À un moment donné, alors que les agents se hâtaient de terminer leur tâche, ils ont regardé autour d’eux et ont vu de la poussière blanche partout, se souvient M. Martella. L’un des agents s’est rendu compte qu’il ne s’agissait pas de poussière ordinaire et a demandé à tout le monde de se masquer. </p><p>Au total, le butin comprenait plus de 15 000 briques de cocaïne, pesant près de 20 tonnes et d’une valeur marchande estimée à plus d’un milliard de dollars. Les autorités ont été choquées non seulement par la quantité de drogue, mais aussi par l’audace de l’opération. Le leader de la manoeuvre à bord, le premier officier, était responsable de l’emploi du temps de l’équipage, ce qui permettait aux co-conspirateurs d’être en service en même temps. De plus, le second officier et lui-même avaient accès à des informations essentielles sur les conteneurs, selon les dossiers du tribunal. (Le capitaine du Gayane a été interrogé par un grand jury mais n’a jamais été arrêté ni inculpé). </p>
<p>L’embarras de MSC</p>
<p>Le 18 juin, deux jours après l’inspection du Gayane, la compagnie MSC a publié une déclaration. “MSC Mediterranean Shipping Company a pris connaissance d’informations faisant état d’un incident survenu dans le port de Philadelphie, au cours duquel les autorités américaines ont procédé à la saisie d’une cargaison illicite. MSC prend cette affaire très au sérieux et remercie les autorités d’avoir identifié toute suspicion d’abus de ses services. Malheureusement, les entreprises de transport maritime et de logistique sont de temps en temps touchées par des problèmes de trafic“. </p><p>Au cours des dix jours suivants, les agents ont continué à interroger les membres de l’équipage, qui sont restés séquestrés sur le navire. Ils ont fait sortir les marins un par un et les ont interrogés pendant des heures pour reconstituer l’opération. Au début, l’histoire racontée par l’équipage, à savoir qu’il avait hissé la valeur de cinq éléphants de cocaïne depuis des hors-bord alors que le navire filait sur les flots, semblait tirée par les cheveux. Mais les procureurs ont obtenu un mandat pour saisir l’enregistreur de données de voyage du navire, qui contient des informations sur le navire et ses mouvements, et sur lequel ils ont trouvé des images radar indiquant les différents points où de petits bateaux se sont approchés du Gayane et sont restés à sa hauteur, selon trois responsables. </p><p>La saisie d’un navire est une mesure extrême, mais les révélations sur l’implication des membres de l’équipage dans le trafic d’une telle quantité de cocaïne ont enhardi les autorités. Le matin du 4 juillet, des agents du CBP sont montés à bord du Gayane et ont remis au capitaine un mandat de saisie. Presque au même moment, la notification de la saisie a été envoyée par courrier électronique aux dirigeants de MSC. “Lorsqu’un navire introduit une quantité aussi scandaleuse de drogues mortelles dans les eaux de Philadelphie, mon bureau et nos partenaires tireront les plus sévères conséquences possibles“, a déclaré le procureur McSwain dans un communiqué. </p><p>MSC s’est empressé de faire repartir son très coûteux cargo. En échange d’un paiement en espèces de 10 millions de dollars, d’une caution de 40 millions de dollars et de la promesse de coopérer à toute enquête en cours, le Gayane a été autorisé à poursuivre sa route jusqu’à sa destination initiale, Rotterdam. Le 13 juillet, près d’un mois après son immobilisation, le navire a été libéré sous caution. </p>
<p>700 millions de dollars d’amende pour MSC</p>
<p>Lorsque Bozzo, le dirigeant de MSC, est arrivé à Washington le 27 août, les risques de dommages à long terme pour la compagnie s’accumulaient. Les autorités douanières avaient suspendu le statut d'”opérateur de confiance” accordé à MSC dans le cadre d’un programme datant du 11 septembre, qui permettait aux transporteurs d’éviter les longs contrôles et les retards dans les ports américains en échange du respect de certains protocoles de sécurité. Entre-temps, les procureurs du district Est de Pennsylvanie ont engagé des poursuites pénales à l’encontre des huit membres d’équipage, dont M. Kavaja et les premier et second officiers. Tous ont finalement plaidé coupable et ont été condamnés à une peine de prison fédérale. En coulisses, les autorités américaines ont identifié une faction du Cartel des Balkans qui avait financé et organisé l’opération, apprenant que le gang avait fait appel à des partenaires de Colombie et d’Europe du Nord pour partager les risques. Les groupes étaient si nombreux à détenir une part de la cocaïne de Gayane qu’un responsable américain des services de répression a comparé le trafic à l’équivalent d’un camion d’Amazon. </p><p>Au cours des mois qui ont suivi, le gouvernement a entamé des discussions avec MSC, dans le but de l’amener à accepter de nouvelles mesures de sécurité, telles qu’une rotation plus fréquente des équipages et l’obligation de les soumettre à des tests polygraphiques. En échange, le gouvernement américain a fait miroiter la possibilité de réduire considérablement les amendes imposées à MSC. Si l’on tient compte des saisies effectuées précédemment à bord du Carlotta et du Desiree, celles-ci s’élèvent désormais à plus de 700 millions de dollars, sur la base d’une amende statutaire de 1 000 dollars par once de cocaïne. </p><p>L’attention des procureurs fédéraux s’est alors portée sur une enquête de confiscation civile, une mesure destinée à récupérer les produits utilisés lors de la commission d’un crime. Bien que l’utilisation du Gayane dans le cadre d’un délit soit un fait établi, MSC peut opposer une défense de “propriétaire innocent”. Pour ce faire, l’entreprise doit démontrer qu’elle ne pouvait pas prévoir l’utilisation de son navire pour le trafic de cocaïne ou qu’elle avait pris des mesures raisonnables pour empêcher un tel comportement.</p>
<p>De la cocaïne “pas chargée en mer”, selon MSC</p>
<p>À l’automne 2020, il est devenu évident que MSC n’était pas prête à conclure un accord avec le gouvernement. La compagnie a informé le CBP qu’elle prévoyait de contester les sanctions liées au Gayane, ainsi qu’au Carlotta et au Desiree. Les avocats de la compagnie ont également présenté aux douaniers les conclusions d’une enquête interne menée par la compagnie. “MSC ne conteste pas le fait que les autorités américaines ont trouvé près de 20 tonnes de cocaïne dans le port de Philadelphie“, a déclaré M. Broom, porte-parole de la compagnie. “Mais l’enquête de MSC nous a amenés à conclure que la majeure partie de cette cocaïne n’a pas été, et n’aurait pas pu être, chargée en mer“. MSC n’a pas donné plus de détails sur le lieu et la manière dont elle pense que la drogue a été chargée. </p><p>Si l’entreprise démontre qu’une partie de la cocaïne a été chargée à terre, ce qui indique que ses employés ont joué un rôle moins important dans le système, le gouvernement pourrait avoir plus de mal à justifier des sanctions sévères. Cela pourrait également servir de preuve si l’affaire de saisie devait être jugée. Toutefois, selon un fonctionnaire américain impliqué dans l’enquête, les affirmations de MSC contredisent les faits déjà établis au tribunal dans le cadre des plaidoyers de culpabilité de l’équipage et des procédures de condamnation. “Cette position est en contradiction directe avec les conclusions factuelles du tribunal“, déclare le fonctionnaire. </p><p>Le gouvernement mène également une enquête criminelle plus large contre les membres du Cartel des Balkans qui sont soupçonnés d’avoir orchestré l’opération Gayane. Le 30 octobre, Goran Gogic, un ancien boxeur poids lourd monténégrin, a été appréhendé à l’aéroport international de Miami avant d’embarquer pour la Suisse. Dans un rapport, les procureurs l’accusent d’avoir organisé la logistique de la contrebande de cocaïne à bord de porte-conteneurs commerciaux pour le compte du Cartel des Balkans, notamment sur le Carlotta, le Desiree et le Gayane. Selon une personne au fait de l’enquête, Gogic est “probablement deux ou trois niveaux en dessous de la personne qui a mis tout cela en place“. L’avocat de Gogic affirme que son client est innocent. </p>
<p>Un “point de bascule” dans l’histoire du transport maritime</p>
<p>L’affaire du Gayane pourrait être un point de bascule dans l’histoire du transport maritime. M. Janse, le responsable de la police néerlandaise, compare la situation à celle à laquelle les banques ont été confrontées il y a vingt ans, lorsque les réglementations en vigueur dans plusieurs pays les ont obligées à mieux suivre les activités criminelles de leurs clients et à adhérer à des normes de conformité strictes. Il s’agissait d’un changement profond dans leur façon de travailler, qui leur a coûté des milliards de dollars. “J’ai participé à la lutte contre le blanchiment d’argent il y a 30 ans, et toutes les banques disaient qu’elles ne pouvaient pas regarder l’argent de leurs clients et dire qu’il provenait d’activités criminelles“, explique M. Janse. “Aucune d’entre elles ne dit cela aujourd’hui. C’est ce que nous devons faire avec toutes les compagnies maritimes“. </p><p>S’il y a un moment où les compagnies maritimes doivent dépenser plus d’argent pour lutter contre le trafic à bord de leurs navires, c’est bien maintenant. Lorsque la demande de biens de consommation a rebondi après l’effondrement initial de la pandémie, les prix du fret ont grimpé et les compagnies ont profité d’une opportunité unique en son genre. Elles ont réalisé un bénéfice record de 217 milliards de dollars en 2021 et sont en passe de réaliser 275 milliards de dollars cette année, selon Drewry Shipping Consultants Ltd. La fortune personnelle de M. Aponte a plus que doublé pendant la pandémie, atteignant 19 milliards de dollars, selon l’indice Bloomberg Billionaires. MSC a acheté 128 porte-conteneurs d’occasion entre 2020 et 2021, portant sa flotte à 645 navires et dépassant Maersk en tant que première compagnie maritime, selon le fournisseur de données sectorielles Alphaliner. </p><p>Bien que la compagnie MSC affirme prendre la sécurité au sérieux depuis longtemps, elle admet que le Gayane a été une “sonnette d’alarme”. Après l’incident, la compagnie a déclaré qu’elle dépenserait 100 millions de dollars sur cinq ans pour améliorer la sécurité en matière de lutte contre la contrebande. Elle indique qu’elle utilise désormais des patrouilles de gardes sur les navires naviguant le long de la côte ouest de l’Amérique du Sud, des chiens renifleurs de drogue dans les ports à haut risque et des caméras surveillées à distance sur ses navires. Au début de l’année, M. Bozzo, directeur de l’exploitation, a participé à l’organisation d’une conférence parrainée par l’industrie avec les Nations unies et l’Organisation mondiale des douanes pour discuter des moyens de mieux lutter contre le trafic de stupéfiants. MSC a également procédé à un autre changement important, selon une personne au courant de ses décisions internes : les marins monténégrins ne sont plus employés sur ses navires traversant le canal de Panama. <br />Pendant ce temps, le Gayane continue de naviguer sur les océans du monde entier. Il s’est récemment arrêté en Thaïlande, en Arabie Saoudite, en Égypte et au Portugal, loin des voies maritimes de l’Amérique du Sud.</p><p>-Avec Misha Savic et Sergio Di Pasquale </p><p>Lauren Etter et Michael Riley (Droits réservés Bloomberg)</p><p>16 décembre 2022.</p><p>“L’affaire Kohler, le scandale qui menace Macron” (Yanis Mhamdi/JB Rivoire/Etienne Millies-Lacroix – Off Investigation, novembre 2021)</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Sat, 01 Apr 2023 18:08:35 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Why Ukraine may embrace China’s peace plan – Asia Times]]></title>
	<description><![CDATA[<p>A gloomy assessment of Ukraine’s prospects for victory against Russia emerged from a recent private gathering of former top US soldiers, intelligence officials and scholars with resumes reaching from the Reagan to the Trump administrations.</p><p>Short of trained personnel and ammunition, one speaker argued, Ukraine’s President Volodymyr Zelensky might consider a Chinese peace plan, especially after Beijing’s successful mediation of the Iran-Saudi dispute.</p><p>The several dozen attendees, many of whom had held cabinet or sub-cabinet positions, met under Chatham House rules, which forbid identification of individual participants but allow the content itself to be presented.</p><p>Overwhelmingly, the sentiment of participants leaned towards escalation in the form of providing additional weapons to Ukraine. One prominent analyst proposed the formation of a “foreign legion” of fighters from other countries to supplement Ukraine’s shrinking pool of trained manpower.</p><p>The great majority of participants favored risking everything for absolute victory over Russia. None of the attendees mentioned the qualms that former president Donald Trump voiced on May 17 about the risk of nuclear escalation in Ukraine.</p><p>The question of how the Russia-Ukraine war might escalate into a broader conflict received no attention. Their frustration, rather, was that Ukraine seems less likely to defeat Russia, even if the West makes the maximum effort and risks escalation.</p><p>We should not be surprised, one of the lead presenters said at the end of the conclave, if Ukraine’s President Zelensky takes up China’s peace plan. No one in the West anticipated that China would mediate between Saudi Arabia and Iran.</p><p>Although Washington has dismissed China’s peace plan for Ukraine, Zelensky has not. Russia would keep the Sea of Azov and most of the Donbas, a settlement that might be forced on Ukraine as it runs out of manpower and ammunition. America’s view of China is “primitive,” the expert added, and tends to underestimate Chinese sophistication.</p><p>A spokesman for the National Security Council dismissed the Chinese initiative, which calls for an immediate ceasefire, noting that a ceasefire would allow Russia to remain in place on territory it seized from Ukraine.</p><p>Ukraine has sustained two-thirds as many casualties as Russia, but with a third to a quarter of Russia’s population, is far less able to sustain them, according to one expert who spent many months on the ground in Ukraine.</p><p>The entire army that NATO trained between 2014 and 2022 in preparation for a Russian attack is dead, and recruits are being thrown into battle lines with three weeks of training.</p>
<p>Ukraine’s best soldiers have already been killed in the war. Photo: US Department of Defense</p>
<p>It isn’t that Ukraine will literally run out of live bodies, but that the quality of its armed forces, enlisted men as well as officers, has deteriorated. Critical parts of the civilian economy will collapse as manpower is shifted to the military.</p><p>This expert put Ukraine’s “unrecoverable” casualties (killed or seriously wounded) at two-thirds of Russia’s: 120,000 Ukrainian dead or seriously wounded versus 150,000 to 200,000 Russians.</p><p>Other estimates from expert US analysts are slightly higher for Ukraine, but the strategic conclusion is the same: With a much larger military, Russia will win a war of attrition. One Ukrainian battalion lost 600 men in January, received 700 replacements, and then lost 800 men in February—a 60% casualty rate over two months.</p><p>The prospects for a breakthrough to end the stalemate along the Line of Contact are poor, the rapporteur continued. The expected Ukrainian Spring offensive is one of the most anticipated maneuvers in military history, and Russia has had plenty of time to prepare defensive positions. Ukraine would need 650 modern main battle tanks and 1,000 armed personnel carriers to make a difference, in the view of one expert.</p><p>Another former senior US commander argued that the United States should send 1,000 Abrams M1 tanks to Ukraine, although he didn’t explain from where they might be obtained. Ukraine should receive weapons that can destroy targets deep inside Russia, he added, and the US “should get rid of the artificial boundary that says Ukraine can’t strike into Russia. Russia is part of the battlefield.”</p><p>America has political constraints on aid to Ukraine, a former senior Pentagon official objected: If we cannot provide large amounts of aid two years from now, we are better off cutting our losses now.</p><p>A foreign policy analyst who has advised the US Defense Department noted that Putin can call up 1.7 million reserves if he has to. “It may be fun to sink Russian ships in the Black Sea or to destroy targets inside Russia,” he said, “But it doesn’t relieve pressure on Ukraine. It’s like the American Civil War. The South fought more effectively, but the North had an overwhelming advantage in manpower and munitions. By 1865, the South didn’t have enough soldiers to defend Richmond.” He proposed an international army of volunteers to fight for Ukraine.</p><p>A former senior foreign policy official proposed that the United States threaten China with sanctions to limit its support for Russia. Although sanctions on Russia haven’t worked, China is a different case, he argued, because it is more integrated than Russia into the world economic system.</p>
<p>Russian President Vladimir Putin and Chinese President Xi Jinping in a file photo. Photo: AFP / Getty</p>
<p>There is a lot of anti-Russian sentiment in China, he added, and the Chinese people won’t like the idea of accepting hardship to help Russia. Ukraine and China, he added, “have a robust partnership going back decades.”</p><p>I am at liberty to report what I told the group. The Ukraine war has set in motion a global realignment, including the China-Iran-Saudi agreement. Looking at America’s blunders in Ukraine, the Saudis have concluded that America won’t put boots on the ground in the Middle East and are looking for other friends.</p><p>Turkey has flourished as a trade intermediary between China and Russia, and has patched up relations with the Gulf States as well as Israel. India, supposedly an ally against China, has become Russia’s biggest customer for oil and has vastly expanded its trade with China, which now provides 30% of its non-oil imports.</p><p>The United States is losing influence catastrophically by underestimating Russia. It doesn’t have the industrial capacity to provide artillery ammunition to Ukraine. The best policy is an immediate ceasefire, I argued.</p><p>That would be a humiliation for the United States, but a salutary one. In the 1970s, Vietnam did the US a favor by humiliating it before Russia did. The Vietnam debacle made possible a complete rethinking of US defense strategy, and America’s ultimate victory in the Cold War. Putin may thus be doing the US a favor by humiliating it now.</p>
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	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Mon, 27 Mar 2023 16:54:37 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/907/chronique-de-myret-zaki-la-suisse-n%E2%80%99est-plus-la-suisse-vraiment</link>
	<title><![CDATA[Chronique de Myret Zaki: La Suisse n’est plus la Suisse. Vraiment?]]></title>
	<description><![CDATA[
<p><a rel="follow" target="_self" href="https://www.blick.ch/fr/incoming/myret-zaki-journaliste-economique-id18044784.html"><br />Myret Zaki<br />Journaliste spécialisée économie<br /></a></p>
<p>Nous vivons une intensification des rapports de force entre les pays. Cette nouvelle donne s’avère fatale à la Suisse. Quand le secret bancaire est mort en 2009, j’avais écrit que seules les puissances nucléaires allaient, désormais, se réserver le privilège d’entretenir impunément l’opacité financière sur leurs places. <a rel="nofollow noopener" target="_blank" href="https://www.editionsfavre.com/livres/secret-bancaire-est-mort-vive-levasion-fiscale-le/">Un ouvrage a été consacré à cette thèse</a>. Elle s’est largement confirmée depuis, les Etats-Unis devenant le paradis fiscal numéro un, sans être inquiétés.</p><p>Aujourd’hui, après la débâcle de Credit Suisse, j’ajoute que seules les grandes puissances peuvent entretenir de grandes banques systémiques. Mais ce n’est pas tout. Face à l’affaiblissement de la neutralité suisse, le constat est le même: d’autres puissances, plus autonomes et plus souveraines que la Suisse, peuvent aujourd’hui se permettre d’être neutres, de parler avec toutes les parties en conflit, et de faire affaire avec tout le monde. Car elles sont moins vulnérables aux pressions d’un camp ou d’un autre.</p><p>Ne pas comprendre cet état de fait, basé sur le rapport de force, c’est entièrement méconnaître les réalités géopolitiques actuelles.</p><h1>La loi du plus fort</h1><p>Aujourd’hui, la Suisse a perdu une de ses deux grandes banques, après avoir vu sa neutralité mise à mal et son secret bancaire balayé par les grandes puissances. Pour avoir ces atouts, il faut désormais être un pays plus puissant que la Suisse, c’est-à-dire qui a une armée ou banque centrale assez puissantes pour les protéger.</p><p>La vérité est que la Suisse a longtemps bénéficié d’atouts de grandes puissances, sans en être une. Mais cette ère s’est achevée. De toute façon, la Suisse avait toujours été tributaire de l’approbation des grandes puissances qui l’entouraient. Et, à présent, ces dernières ne veulent plus qu’elle jouisse de ces atouts.</p><h1>Des risques démesurés</h1><p>Si Credit Suisse est tombé, c’est parce qu’un petit pays ne peut entretenir deux grandes banques sans être soutenu par la planche à billets de colosses comme la BCE ou la Fed. La BNS ne suffit pas à assurer une banque de cette taille. Elle ne peut surveiller ni les expositions qu’elle prend sur les marchés internationaux, ni le comportement d’un top management qui n’avait plus rien de suisse. Le constat est exactement le même que dans l’affaire UBS en 2009. Le problème, c’est que nous importons des risques et des complexités venus d’ailleurs, sans être aucunement armés, en Suisse, pour les maîtriser.</p><p>Avoir deux grandes banques systémiques, c’est avoir deux expositions majeures au système financier international, ce qui peut fortement secouer un petit pays comme la Suisse. Ni les autorités locales, ni le régulateur helvétique ne peuvent affronter seuls une déstabilisation de ces grandes banques. Ils ne peuvent pas non plus les mettre à l’abri. C’est pourquoi le sauvetage de Credit Suisse n’avait pas grand-chose de suisse. La Confédération et la BNS ont agi avec les autorités des places financières américaine et européenne, largement impliquées avant et pendant les discussions.</p><h1>On ne s’appartient plus</h1><p>Avoir des banques aussi internationalisées, tout en ayant leur siège en Suisse, est une équation intenable. Cela a forcé la Suisse à exposer tout le pays à des risques beaucoup plus grands que le pays ne peut supporter, ou réguler. Ces risques viennent de pays comme les Etats-Unis, qui ont les moyens de les maîtriser chez eux. Cette exposition que nous ont amenée UBS et Credit Suisse a aussi forcé la Suisse à rendre des comptes à d’autres grandes places financières.</p><p>Lors des crises de 2009 et surtout de 2023, ses banques ne lui appartenaient plus, et elle ne s’appartenait plus. Les modalités de sauvetage respectaient les intérêts de tout le système financier mondial et pas uniquement ceux de la Suisse. L’approche était étatiste, sur le modèle américain, et tranchait là aussi avec cette Suisse décentralisée, responsable, libérale, où l’Etat intervient très peu dans le monde des entreprises.</p><h1>Taille de planche à billets</h1><p>La débâcle de Credit Suisse a révélé combien une grande banque systémique et cotée en bourse doit, si elle veut exister, être soutenue par une banque centrale gigantesque, comme la Fed ou la BCE. Un colosse capable, en cas de raids baissiers sur la banque, de se positionner acheteur contre tout le marché et de stopper la nuée des spéculateurs à la baisse. C’est ce qu’avait fait la BCE, le 26 juillet 2012, pour stopper la crise de la zone euro: son président Mario Draghi avait alors prononcé la fameuse phrase: «Nous ferons tout ce qu’il faut, et je vous assure que cela suffira.»</p><p>Les fonds spéculatifs avaient compris le message: ils devaient arrêter de parier contre la zone euro, car ils ne pourraient aller contre une planche à billets achetant à l’infini dans le sens inverse. En Suisse, la BNS ne pourrait se prêter à ce jeu, elle qui est déjà fragilisée par ses pertes de 132 milliards de l’an dernier, et dont les fonds propres ont fondu de 20% à 7% du bilan en fin d’année dernière.</p><p>En somme, une banque comme Credit Suisse, sur laquelle les spéculateurs peuvent émettre des rumeurs et prendre des paris baissiers massifs à travers des dérivés de crédit (CDS), doit avoir son siège dans un pays, ou un bloc, capable de contre-attaquer. Une banque qui peut se retrouver paralysée par un gel des contreparties et qui n’a pas, derrière elle, un institut aussi puissant que la Fed ou la BCE, devient le maillon faible du système financier.</p><h1>La loi du plus grand</h1><p>Bref, avoir des champions nationaux devient une affaire de grands pays. Ce principe est aussi à l’œuvre dans les autres domaines qui ont un jour fait la force de la Suisse. Le secret bancaire avait prospéré en Suisse tant que les capitales occidentales s’en accommodaient. Il a disparu à l’instant où les Etats-Unis et l’Union européenne ont décidé de le balayer. Il est alors devenu clair que seules des puissances ayant la capacité de dissuasion pouvaient se permettre, comme le font les Etats-Unis, de devenir un paradis fiscal au su et au vu de tous, sans que personne n’ose les attaquer.</p><p>Et enfin, la neutralité suisse, elle aussi, a prospéré tant que les puissances occidentales s’en arrangeaient. Pour s’effriter à l’instant où elle desservait les intérêts de l’OTAN. Or, dans le conflit russo-ukrainien, on voit très bien que de plus grands pays comme la Turquie (membre de l’OTAN) se permettent plus librement de jouer les intermédiaires dans le conflit. Sans que les grandes puissances osent leur en tenir rigueur, car Ankara a de puissantes cartes en mains.</p><p>A ce stade, on aura compris à quel point la Suisse est tributaire du jeu des puissances et prise dans les filets de la globalisation, tant géopolitique que financière. N’ayant pas une force de dissuasion propre, n’étant pas officiellement adossée à un bloc puissant, la Suisse ne peut se protéger des risques géopolitiques et financiers importés des autres pays, et ne décide pas seule de son destin.</p><h1>C’est le monde qui a changé</h1><p>Tout cela pour dire que ce n’est pas la Suisse, toute seule, qui a changé, qui a cessé d’être première de classe, fiable, prudente, ordonnée, ou précise, comme l’étaient ses banquiers et ses horlogers. Elle n’a pas perdu le goût de la qualité, de la diligence et du travail bien fait. Et ce, même si l’affaire Credit Suisse a semblé montrer tout l’inverse, avec la prise de risques la plus laxiste et la gestion la plus désastreuse qui soient.</p><p>Non, la culture suisse n’a pas changé: les cadres de la banque basés en Suisse sont irréprochables. C’est le monde, autour de la Suisse, qui a changé. Ce qui, au fond, est une excellente nouvelle. Qu’est-ce que cela laisse à la Suisse de demain? Précisément les atouts uniques qu’on vient de citer, qui la distingueront encore longtemps des grandes puissances, des méfaits de la course au gigantisme, de l’irresponsabilité des gros acteurs, de leur préférence pour la force plutôt que pour la compétence, de leur renoncement à la qualité, et de leur invariable penchant, au final, à s’autodétruire. Longue vie à la Suisse.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/905/6-milliards-dargent-public-a-ubs-pour-quelle-rachete-credit-suisse</guid>
	<pubDate>Sun, 19 Mar 2023 12:47:31 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/905/6-milliards-dargent-public-a-ubs-pour-quelle-rachete-credit-suisse</link>
	<title><![CDATA[6 milliards d&#039;argent public à UBS pour qu&#039;elle rachète Credit Suisse]]></title>
	<description><![CDATA[
<p><a href="https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Myret_Zaki">Myret ZAKI</a>, sur sa page Facebook écrit :</p>

<p>Donc la Confédération payerait 6 milliards d'argent public à UBS pour qu'elle rachète Credit Suisse. UBS aurait non seulement Credit Suisse à prix zéro, mais se ferait payer des milliards pour la racheter. "L'UBS aurait demandé 6 milliards de dollars à Berne pour couvrir ses frais en cas de rachat de Credit Suisse, selon certains." Ce n'est pas encore officiel, mais si ça se confirme, alors on est clairement dans la configuration des sauvetages américains du système financier en 2008, avec des mégafusions qui se sont toutes faites aux frais de l'Etat et donc des contribuables.</p>
]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/904/nft-encore-plus-stupide</guid>
	<pubDate>Sun, 26 Feb 2023 14:14:44 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/904/nft-encore-plus-stupide</link>
	<title><![CDATA[NFT : encore plus stupide]]></title>
	<description><![CDATA[<p>L’objectif d’un NFT est d’établir un titre de propriété. L’idée est de certifier une association entre une identité numérique (le propriétaire) et un objet (la propriété, le plus souvent numérique également), et d’utiliser la technologie de la blockchain pour stocker et distribuer ce certificat de propriété.</p><p>Ça commence mal : les personnes qui prétendent utiliser une blockchain pour établir des titres de propriétés mentent ou ne savent absolument pas de quoi elles parlent. Cela a été établi dans un précédent billet (dont je vous conseille la lecture avant celui-ci) où j’expliquais qu’<a href="https://p4bl0.net/post/2021/06/La-v%C3%A9rit%C3%A9-sur-la-blockchain">une blockchain ne peut pas servir de source de vérité</a> pour quoi que ce soit qui ne soit pas intrinsèquement “dans” ladite blockchain. Cette technologie n’a donc aucun avantage par rapport au papier, mais a par contre beaucoup d’inconvénients que le papier n’a pas (consommation énergétique, transactions acentrées impossibles, etc.).</p><p>Ce que prétendent apporter les NFT, c’est la décentralisation et l’absence de la nécessité de tiers de confiance. Cela suffit en soi à discréditer complètement l’idée des NFT, puisqu’il s’agit de titre de propriété sur une blockchain et que justement, l’utilisation d’une blockchain ne permet en réalité aucune décentralisation ni aucune suppression du besoin de confiance comme cela est démontré dans le billet cité précédemment. Mais comme l’indique le titre de ce billet : les NFT sont encore plus stupides.</p><p><a href="https://p4bl0.net/public/deux-billets-de-10e.jpeg"></a> NFT signifie “non-fungible token”, c’est à dire “jeton non-fongible” : il s’agit d’un morceau d’information non interchangeable, par opposition aux unités de cryptomonnaies par exemple. Quand on a 1 bitcoin, on a 1 bitcoin n’importe lequel, ils sont tous équivalents, au sens strict d’avoir la même valeur. Chaque NFT est unique et identifiable. Un billet de 10€ vaut la même chose que n’importe quel autre billet de 10€ (ou que n’importe quel ensemble de pièces et billets qui valent 10€) : les euros sont fongibles. En revanche si on décide que les billets de 10€ n’ont plus cours mais qu’on les garde et qu’on ouvre un marché des billets de 10€ où chacun est unique et identifié par son numéro de série, alors je peux espérer vendre plus cher mon billet numéroté 198357 que celui numéroté 840414 par exemple en disant que c’est un nombre premier et qu’il y a un nombre limité de tels billets (ce qui est faux puis stupide, mais je peux le dire quand même…).</p><p>Cette idée illustre ce qu’on entend par “non-fongibilité”. C’est ça qui fait que numéroter des objets en quantité limité augmente leur valeur : non seulement ils sont rares mais en plus ils sont maintenant uniques puisque chacun a un numéro différent. Mais dans le cas des NFT, c’est encore plus stupide : des NFT, absolument rien n’empêche d’en créer plusieurs (et même autant qu’on veut) pour exactement le même objet (donc il peut y avoir plusieurs certificats de propriété pour une même œuvre), et n’importe qui peut en créer pour n’importe quoi (donc aucune garantie que la personne qui crée ou vend un NFT ait des droits sur la propriété de l’objet associé). Tout se passe comme si un même billet de 10€ (au sens de l’objet physique, nécessairement unique) pouvait avoir une infinité de numéros de série, et que c’est à ces numéros de série qu’on attribuait de la valeur, et potentiellement des valeurs différentes à chacun. Oui oui, ça n’a absolument aucun sens.</p><p>En fait c’est même encore plus stupide : l’objet associé à un NFT est généralement un objet numérique, dont la rareté n’existe donc pas puisqu’il est transmissible par copie (par opposition à mon billet de 10€ que je n’aurais forcément plus en ma possession quand je l’aurais transmis à quelqu’un·e d’autre). Cela signifie que l’objet associé au NFT (et qui manifestement contribue à sa valeur sur le marché alors qu’on a déjà vu au paragraphe précédent que ça ne fait pas sens) peut lui même être répliqué infiniment. Cela peut sembler évident mais on a vu vraiment beaucoup de cas de personnes ayant acheté une image en NFT pour l’utiliser comme photo de profil sur des réseaux sociaux et traitant de voleurs les personnes qui récupéreraient cette image par un simple clic droit puis “enregistrer l’image sous…”, par exemple.</p><p>Toutes ces critiques sont déjà valides en admettant encore l’idée qu’un NFT serait effectivement un titre de propriété, mais en réalité c’est encore plus stupide. En principe, du moins du point de vue des défenseurs de cette technologie, posséder un NFT associé à l’objet (numérique ou non) X permet de dire « Je suis le propriétaire officiel de X, j’ai un certificat qui le prouve. ». Sauf que la notion propriété n’a absolument rien de naturelle, elle n’existe pas autrement que comme une construction sociale. La propriété peut résulter d’un rapport de force “brute” ou d’un accord commun, mais dans tous les cas, il s’agit d’une forme de violence. Dans le premier cas le rapport de force doit être renouvelé sans arrêt. Dans le second cas il est nécessaire qu’une forme d’autorité extérieure fasse respecter l’accord aux différentes parties (avec un pouvoir de sanction en cas de non respect, ou un pouvoir absolu de contrainte). Et dans les deux cas, la notion de propriété n’existe et n’a de sens que pour la communauté concernée. Bref, un titre de propriété n’a aucune valeur dans l’absolu si il n’y a pas une autorité tierce qui le fait appliquer, et lui donne par là même sa valeur. C’est vrai quand le titre de propriété prend la forme d’un bout de papier, mais c’est vrai aussi quand il prend la forme d’un NFT. En écrivant dans une blockchain que tel personne est propriétaire de tel objet, on a absolument rien fait de plus que si on avait écrit cette même affirmation sur du papier : ça n’a absolument aucune valeur tant qu’il n’y a pas une autorité tierce qui fait appliquer, qui rend vrai, ce qui est écrit. Exit donc une fois de plus l’idée de décentralisation ou de désintermédiation…</p><p>Mais accrochez-vous car ce n’est pas fini : l’association d’un objet à un NFT ne se fait généralement pas directement sur la blockchain pour des raisons techniques (pour les objets physiques — montres de luxe, œuvres d’art, etc. — c’est évident ; et les objets numériques sont trop volumineux pour ça). Notez bien que même dans les très rares cas où l’objet est enregistré sur la blockchain, tout ce qu’on a dit jusque là s’applique parfaitement. Ce qui est stocké sur la blockchain est en fait le plus souvent un lien vers une page web qui pointe à son tour vers l’objet associé au NFT. Ce qui signifie qu’on perd toute idée de décentralisation (qui est la raison d’être de cette technologie — même si cette croyance n’est que le fruit d’une énorme incompréhension comme on l’a déjà vu) puisqu’une plateforme centralisée est nécessaire pour faire le lien entre le NFT et l’objet associé. C’est déjà assez affligeant mais en fait c’est encore plus stupide : du fait de la centralité de ce tiers de confiance imposé, le NFT lui même est sujet au risque de pointer vers un <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Lien_mort">lien mort</a> dans le meilleur des cas (par exemple si le site de la plateforme disparaît ou change d’adresse). Mais cela peut être pire : le site pourrait se faire pirater ou simplement être remplacé plus tard par un autre qui ferait des associations fantaisistes, afficherait de la pub, tenterait d’infecter ses visiteurs avec des virus, ou se contenterait tout simplement de <a href="https://www.youtube.com/watch?v=dQw4w9WgXcQ">troller</a>.</p><p>Il est donc assez clair que la technologie des NFT est purement et entièrement du vent et n’a aucune application sérieuse possible (en dehors d’enrichir les plus hauts étages d’une pyramide de Ponzi tout en accélérant le réchauffement climatique). Regardons tout de même de plus près le cas d’usage non purement spéculatif qui semble être le plus souvent mis en avant par les défenseurs de cette technologie : son utilisation dans un metavers ou le domaine du jeu vidéo (je vais parler de “monde virtuel” de façon général) pour des marchés d’accessoires “in game”.</p><p>Ce qui fait que cette idée semble fonctionner, c’est que dans le cas d’un monde virtuel dont on contrôle tout, on peut effectivement décider que la blockchain sur laquelle on enregistre les NFT est une source de vérité. Techniquement, ça fonctionne. Le monde virtuel peut complètement empêcher les participant·es qui ne sont pas identifié·es comme propriétaires d’un NFT de bénéficier de l’objet associé à celui-ci. L’entreprise qui édite le jeu, au travers de l’implémentation du monde virtuel, c’est à dire des règles écrites dans son <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Code_source">code source</a>, a ici le rôle de l’autorité tierce et centralisée qui a le pouvoir absolu de rendre vrai ce qu’elle veut, et donc entre autre ce qui serait écrit sur une blockchain. Si l’entreprise change d’avis, la vérité dans le monde virtuel change avec… Et c’est même encore plus stupide. Contrairement à ce qu’on peut régulièrement lire sur le sujet, cela ne permettrait absolument pas de transférer des objets d’un monde virtuel à l’autre si ce n’est pas prévu dans le code des mondes virtuels en question : si un jeu n’a pas prévu de code pour afficher un chapeau rouge sur votre avatar, vous ne pourrez pas y afficher un chapeau rouge sur votre avatar, même si vous être le “propriétaire” d’un NFT associé à l’idée d’un chapeau rouge et que le jeu prend en compte la blockchain sur laquelle c’est le cas par ailleurs. Les NFT ne permettent pas non plus un marché de revente d’objets entre joueur·ses au sein d’un même monde virtuel si celui-ci ne prévoit pas la possibilité de transfert de propriété (ce qu’il pourrait décider de ne faire qu’avec une taxe par exemple…). Bref, tout ce qui relèverait d’autre chose que du marché spéculatif de (re)vente de faux titres de propriété à des acheteurs crédules dépend entièrement de la volonté de l’entité qui contrôle le monde virtuel. On est donc bien dans un système entièrement centralisé, et il n’y a aucun avantage à utiliser des NFT et donc une blockchain pour ça. Techniquement il y a même de nombreux désavantages : ce sera plus coûteux en ressources et moins efficace qu’une simple base de données pour arriver au même résultat.</p><p>Mise à jour (22/01/2022) : il a été porté à mon attention que le terme “débile” est problématique car il semble être encore beaucoup attaché aux handicaps cognitifs, j’ai donc pris la décision de le remplacer par “stupide” qui a la même signification sans être validiste.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/903/%C2%AB-maintenant-je-sais-%C2%BB</guid>
	<pubDate>Sun, 12 Feb 2023 00:32:06 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/903/%C2%AB-maintenant-je-sais-%C2%BB</link>
	<title><![CDATA[« Maintenant, je sais »]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Il y a quelques jours, un jeune homme, étudiant en École de Commerce, me posa cette question : « À quoi cela vous sert-il aujourd’hui de savoir le latin et le grec ancien ? ». Il ajouta : « il y a des traductions, il n’y a plus aucun besoin de connaître ces langues mortes ». je lui répondis alors : « Et à quoi sert-il aujourd’hui de savoir compter, puisque les smartphones ont une calculatrice à l’intérieur, que les ordinateurs calculent plus vite et mieux que nous, il n’y a plus besoin non plus d’apprendre à compter… », et il me répondit : « Absolument c’est tout à fait inutile ». <br /> <br />Il s’en est suivi une longue discussion pour savoir qui de l’humain ou de la machine est le maître. Si l’humain ne sait plus rien et que seule la machine sait, alors l’humain est son esclave, la machine décide de tout, ou plus exactement la petite élite qui programme la machine décide de tout. <br /> <br />Je pense que la réflexion de ce jeune homme n’est pas du tout isolée. Elle correspond à la pente du moindre effort que l’ensemble du système propose en permanence à la jeunesse. Regardez les émissions de télévision destinées aux jeunes, écoutez les émissions de radio destinées aux jeunes, regardez tout ce qui sur l’Internet est destiné aux jeunes : on leur explique qu’il n’y a pas de raison de s’en faire, qu’il faut profiter de la vie et que l’on n’est pas là pour faire des efforts, s’ennuyer ou se fatiguer. Qu’apprendre, finalement, ne sert pas à grand-chose, qu’il faut surtout profiter de la vie et trouver les bonnes coinches pour devenir milliardaire, comme le leur conseille l’actuel locataire de l’Élysée. <br /> <br />Que la seule chose dont il faut avoir peur c’est le réchauffement climatique, et au nom de cette religion réchauffiste, accepter tout et n’importe quoi. Comme au nom de la lutte contre les pandémies, qui sont maintenant promises à un développement régulier, et systématiquement adossé à des grands groupes pharmaceutiques dont on découvrira probablement assez vite qu’ils prendront l’habitude de fabriquer le vaccin avant de fabriquer le virus…<br /> <br />On ne mesure pas encore à quel point notre société se transforme ainsi rapidement. À quel point notre civilisation se décompose. <br /> <br />En une ou deux générations la société sera numériquement dominée par des personnes qui n’auront plus aucune clé pour se révolter. Elles s’en seront remises aux machines dont elles penseront être propriétaires pour organiser leur vie – qui leur sera présentée et vendue comme une vie de plaisirs – et lorsqu’elles se rendront compte que « le pain et les jeux » qu’on leur fournit est un programme insuffisant, elles n’auront plus les ressources suffisantes pour vouloir autre chose, et encore moins pour le conquérir. <br /> <br />Il n’y a que dans quelques écoles d’élite, comme l’École alsacienne – où sont scolarisés les enfants du ministre de l’éducation par exemple – que l’on apprend non seulement la nécessité mais aussi le goût de l’effort. Que l’on apprend que tout ce que l’on ne sait pas soi-même, c’est un morceau de liberté que l’on perd. <br /> <br />On apprend cela aussi dans les pensions de Suisse où vont les enfants de milliardaires.<br /> <br />Qu’avoir des collaborateurs ou des machines qui savent à votre place, c’est avoir des collaborateurs ou des machines qui décident à votre place, et que l’on ne peut donc se permettre de renoncer à connaître des pans entiers de la connaissance humaine. Même si personne ne peut penser détenir l’intégralité de la connaissance à lui tout seul aujourd’hui, cette ambition des encyclopédistes d’être « un honnête homme » n’est plus à notre portée… c’est que l’on en sait beaucoup plus qu’à l’époque.<br /> <br />La préparation de la « société liquide », ou l’organisation du « Great Reset », c’est en œuvre sous nos yeux. C’est d’ailleurs écrit en toutes lettres dans les programmes de divers organismes et institutions, et les discours que de vieux contestataires peuvent opposer ne servent pas à grand-chose, dans la mesure où la génération qui vient, n’a ni moyens, ni raison de les entendre. <br /> <br />C’est d’une part, qu’elle est largement composée de personnes issues de l’immigration c’est-à-dire que cela ne favorise pas l’existence de traditions ou la reproduction de représentations inconsciemment issues des luttes du passé, et d’autre part qu’elle est projetée dans une inconscience dans le domaine politique et social qui est compensée par une angoisse vitale dans le domaine climatique et viral.<br /> <br />Lorsque les baby-boomers, devenu Papy-boomers – qu’on leur apprend chaque jour à haïr – auront quitté cette vallée de larmes, ils seront enfin libres.<br /> <br />Libres d’obéir sans même s’en rendre compte, car ils ne sauront plus guère faire autre chose…<br /> <br />Et ils penseront, après avoir regardé un journal de propagande : « Je suis content les médias pensent comme moi »…<br /> <br />Comme nous sommes dimanche, je diffuse – lorsque je ne suis pas interdit de parole ici – une chanson sur cette page et comme nous parlons du savoir, qui est un autre nom du pouvoir, cela m’a fait penser à une chanson de 1974 qui évoque cette question du savoir, mais sous un tout autre angle qui est celui de l’expérience de la vie que l’on peut se constituer au fil du temps, sentiment trompeur que lorsque l’on ne sait pas grand-chose, on a – tout naturellement – de savoir tout. Sur les paroles de Jean-Loup Dabadie et une musique de Philippe Green, c’est Jean Gabin qui interprète ce titre « Maintenant, je sais »</p>

<p>https://youtu.be/xUC42A1nRbc</p>

<p>Gilles CASANOVA</p>
]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/902/ukraine-une-guerre-transformationnelle</guid>
	<pubDate>Mon, 06 Feb 2023 21:22:18 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/902/ukraine-une-guerre-transformationnelle</link>
	<title><![CDATA[UKRAINE : UNE GUERRE TRANSFORMATIONNELLE]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Pierre Lellouche : « …Des fractures irréversibles s’ouvrent entre les différentes parties du monde qui ne se font plus confiance ! Le conflit russo-ukrainien actuel n’est pas sans rappeler le micro-événement qu'a représenté l’assassinat, le 28 juin 1914, de François-Ferdinand de Habsbourg dans une province obscure inconnue du grand public, la Bosnie. Là aussi, l'événement avait été provoqué par des haines ethniques nourries par de hasardeux partages territoriaux… Et puis, soudainement, tout s’enchaîne, la spirale de violence se déroule, et on est entraîné dans un cycle de guerres qui a duré de 1914 jusqu’à 1945, avec 70 millions de  morts, le tout suivi par la partition de l’Europe 70 ans durant. En février 2014, on a observé, d’un œil distrait, le renversement du président ukrainien, qui a dégénéré en un conflit local limité, puis en une guerre larvée, laquelle a brutalement pris de l’ampleur en février 2022. Allons-nous être capables de nous arrêter là? »</p>

<p>*****<br />- Vous êtes l’une des rares personnalités européennes à mettre en question la ligne officielle de Bruxelles et de la majorité des gouvernements européens, qui consiste à offrir à l’Ukraine un soutien inconditionnel, notamment militaire, « jusqu’à sa victoire ». Pourquoi cette stratégie vous semble-t-elle erronée ? </p>

<p>Pierre Lellouche — Parce que je pense d’abord en termes d’intérêts nationaux français, et de sécurité des Français. Qu’on me comprenne bien : je condamne sans réserve l’agression de Poutine, comme les violations qui en résultent de tous les accords internationaux sur les frontières en Europe. Mais l’indignation morale ne saurait à elle seule tenir lieu de politique étrangère, sinon nous passerions notre temps à guerroyer contre tous les méchants. Dans cette affaire gravissime pour l’avenir de l’Europe, notre intérêt national est-il de nous laisser entraîner inexorablement vers un conflit, désormais présenté comme civilisationnel, contre notre voisin russe ? Est-il de nous aligner docilement derrière les États-Unis, qui pilotent toute cette affaire, alors qu’ils n’ont pas, eux-mêmes, défini clairement leurs buts de guerre, et qu’ils semblent les avoir délégués au régime de Kiev ?<br />Ou bien faut-il poser nos propres conditions afin d’éviter un effondrement économique et social dans nos pays en raison de la guerre économique et énergétique qui résulte du conflit ukrainien, et surtout afin d’éviter que l’engrenage en cours ne conduise à un embrasement généralisé ?</p>

<p>Je constate que ce conflit n’est plus seulement une affaire de territoire à l’Est de l’Ukraine, voire de statut de ce pays — à l’intérieur ou à l’extérieur de l’Otan —, ce qu’il était à l’origine. Au fil des mois, cette guerre est devenue une guerre par procuration, non déclarée, entre d'une part les États-Unis et l’OTAN et, d'autre part, la Russie. Une guerre qui se joue certes sur le sol ukrainien et en partie, depuis peu, sur le territoire russe. Mais surtout une guerre qui met en présence pas moins de quatre puissances nucléaires majeures, dont la France.</p>

<p>Cette guerre est aussi, déjà, une guerre à dimension mondiale par ses répercussions économiques, énergétiques ou alimentaires.<br />Dans cette guerre, vécue en Occident comme une guerre d’abord morale, on peut certes continuer à invoquer à l’envi les grands principes, la démocratie contre la barbarie, le bien contre le mal, « le prix » que chacun est prié de payer pour la liberté des Ukrainiens qui, nous dit-on, conditionne la nôtre…</p>

<p>Mais on peut craindre aussi, comme c’est mon cas, depuis le début de cette crise, qu’à force d’additionner les erreurs de calcul, de part et d’autre, tout cela ne finisse très mal. En un véritable désastre généralisé, et, à tout le moins, en une transformation en profondeur des rapports de force internationaux, dont, au final, les Européens risquent d’être les grands perdants.</p>

<p>Car en Ukraine, les erreurs de calcul se sont empilées sans discontinuer depuis des mois, voire des années.</p>

<p>— Vous avez décrit cette guerre comme une « guerre par procuration » entre l’Occident et la Russie. L’Ukraine n’est-elle donc, selon vous, qu’un instrument dans cette confrontation des grandes puissances ? N’a-t-elle pas sa volonté propre ?</p>

<p>P. L. — Je ne dirais pas cela. Les Ukrainiens ont été attaqués sur leur territoire et ils essayent de se défendre. On a vu en Ukraine un vrai mouvement de solidarité nationale, une volonté de résister. En revanche, nous n’avons aucune visibilité quant au processus de prise de décision à Kiev, aussi bien sur le plan politique que sur le plan militaire. On dit que le système russe est très personnalisé et très secret, et c’est vrai. Mais le système ukrainien est tout aussi opaque. Nous ne savons pas quelles sont les intentions réelles de Zelensky, qui a beaucoup évolué depuis le début de la guerre. En mars, il évoquait la possibilité que l’Ukraine proclame sa neutralité en échange de garanties de sécurité. Il se disait prêt à discuter des statuts des républiques auto-proclamées et des territoires occupés par les Russes. </p>

<p>Aujourd’hui, il n’en est plus question. Pas plus qu'il n'est question de reprendre des négociations avec les Russes, alors que de telles négociations avaient eu lieu au début du conflit en Biélorussie et en Turquie. Désormais, Zelensky refuse —  il a même publié un oukase à cet effet —  de négocier avec la Russie tant que Poutine restera au pouvoir, ce qui est une façon de dire que le but de guerre de l’Ukraine n’est rien d’autre qu’un changement de régime à Moscou, après une défaite de l’armée russe et la libération de la totalité du territoire ukrainien, Crimée comprise. </p>

<p>En vérité, nous ne savons pas ce qui est déterminant dans la prise de décision par Kiev, nous ne savons pas quelles sont les forces politiques réellement à la manœuvre, derrière le président.  En Occident, on ignore presque tout des réseaux concurrents tenus par des oligarques qui s’entre-déchirent ou des forces politiques souterraines qui influencent la présidence.</p>

<p>Pourtant, de notre côté, nous, les Occidentaux, nous fournissons des armes en quantité mais, au nom de la morale et face à des opinions publiques très remontées contre la Russie, aucun gouvernement n’ose questionner les objectifs finaux du conflit. (…)</p>

<p>Le problème, cependant, est que, par la dynamique même du conflit, cette guerre est bel et bien devenue un affrontement global qui va très au-delà du sort de l’Ukraine ; c’est en vérité une guerre non déclarée entre les États-Unis et la Russie, avec derrière eux, leurs alliés, européens d’un côté, chinois et iraniens de l’autre. Qui est en train de transformer durablement le système international. En ce sens, la guerre d’Ukraine est vraiment une guerre transformationnelle.</p>

<p>D’ici là, au flou des buts de guerre s’ajoute la logique propre de l’engrenage qui se met en place, mois après mois, sous nos yeux.<br />Or, cet engrenage, j’y reviens, personne à Paris ou en Europe n’a de prise sur lui. Nous nous sommes embarqués dans une sorte de suivisme aveugle, avançant dans le noir, tels les somnambules de 1914…</p>

<p>— Pourriez-vous préciser le fond de votre pensée lorsque vous parlez de « suivisme aveugle » ?</p>

<p>P. L. — Premièrement, quand on parle de « position occidentale », on parle en réalité, globalement, de celle qui est formulée par les États-Unis. </p>

<p>Ce sont eux qui fournissent l’essentiel de l’aide militaire et financière à l’Ukraine, eux qui pilotent le conseil de guerre qui ne dit pas son nom dit de « Rammstein », présidé par Lloyd Austin. Les Européens suivent sous l’impulsion des pays les plus proches, donc les plus hostiles à la Russie : les Baltes, les Polonais, la Finlande, la République tchèque, relayés par la commission de Bruxelles. Les velléités de résistance des « grands » Européens, France et Allemagne notamment, ont été progressivement balayées. Olaf Scholz a été très critiqué de toutes parts pour ses hésitations à livrer des armes à l’Ukraine au début du conflit, et Emmanuel Macron pour avoir passé trop de temps au téléphone avec Poutine. Tous deux ont dû faire machine arrière …</p>

<p>Pour autant, les intérêts stratégiques sont-ils vraiment identiques des deux côtés de l’Atlantique ? Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que cette guerre sert d’abord, objectivement, les intérêts américains. C’est même, pour eux, une guerre parfaite, « a perfect war », sans « body bags », sans morts. Une guerre qui leur permet de retrouver pleinement leur leadership politique en Europe, avec une Otan véritablement ressuscitée. Une guerre qui va permettre à l’industrie de l’armement américaine de livrer pour des centaines de milliards d’euros d’armements modernes aux alliés, à commencer par l’Allemagne qui vient de décider de se réarmer. Et, cerise sur le gâteau, c’est une guerre qui va remplacer le gaz russe par le gaz naturel liquéfié (GNL) américain.</p>

<p>… Or, la guerre du gaz — les représailles de Poutine aux sanctions économiques occidentales — va entraîner des conséquences sociales et économiques redoutables au sein de l’UE, sans parler du risque réel d’un élargissement du conflit sur le sol européen, y compris indirectement, via, par exemple, un accident nucléaire sur la centrale de Zaporojie.</p>

<p>Mais le paradoxe de toute cette affaire est que, si le conflit ukrainien est à l’évidence, central pour l’avenir des Européens, tel n’est pas le cas pour les États-Unis, pour qui cette crise est en définitive secondaire. L’Ukraine, par exemple, n’a joué rigoureusement aucun rôle et a été à peine mentionnée dans les récentes élections de mi-mandat, entièrement tournées vers la question de l’avortement et la politique intérieure américaine.</p>

<p>— Selon vous, pour les États-Unis, il n’est plus seulement question d’aider l’Ukraine, mais d'affaiblir durablement la Russie, de faire en sorte qu'elle ne fasse plus partie des grandes puissances…</p>

<p>P. L. — En effet, aux États-Unis, et chez certains en Europe aussi, l’idée d’affaiblir, de « balkaniser » la Russie, de la sortir du rang des grandes puissances pour qu’elle ne puisse plus jamais se lancer dans des aventures militaires est exprimée plus librement, sans toutefois être affichée ouvertement par Bruxelles, contrairement à Washington. Sans surprise, les propositions les plus radicales sont venues de Pologne ou des pays baltes. Ainsi, on a entendu Lech Walesa déclarer vouloir découper la Russie en morceaux et réduire la population de ce qu'il resterait de la Russie à cinquante millions d’habitants…</p>

<p>Derrière la volonté d’infliger une défaite humiliante à la Russie, il y a évidemment l’espoir que Poutine n’y survivrait pas et qu’il y aurait nécessairement un changement de régime à Moscou… On ne présente plus cette guerre comme un conflit territorial, mais comme une « guerre de la démocratie contre le totalitarisme », et Poutine comme un « criminel de guerre » et un monstre, ce qui exclut toute possibilité de dialogue avec lui. À quoi on répond, du côté russe, par une logorrhée tout aussi définitive sur la guerre contre l’Occident, émaillée de menaces irresponsables de frappes nucléaires sur les capitales occidentales.<br />(…)<br />P. L. — Comme dans bien d’autres cas, la politique européenne, dans ce dossier, a été dictée par l’émotion et la morale, et non pas par le bon sens et les intérêts bien compris des citoyens. Nous sommes partis la fleur au fusil, promettant comme Bruno Le Maire, « une guerre économique totale à la Russie ». Et nous nous retrouvons aujourd’hui à expliquer aux Français qu’ils doivent « payer le prix de la liberté ». Plus facile à dire à Washington qu’à Paris ou à Berlin… </p>

<p>Nous avons militarisé nos relations commerciales et financières avec la Russie au fil des sanctions américaines et de huit paquets de sanctions européens successifs, et nous nous étonnons que Poutine ait choisi de militariser ses livraisons d’hydrocarbures en Europe ! À aucun moment, les grands pays européens, à commencer par la France et l’Allemagne, n’ont été capables de définir les objectifs de leur politique de sanctions. S’agissait-il de punir la Russie, et jusqu’où? Ou de se préparer éventuellement à négocier en utilisant la levée des sanctions comme une monnaie d’échange ? Faute d’accord entre les États sur leurs objectifs, nous avons laissé la Commission récupérer l’initiative et gérer la situation à sa guise. </p>

<p>C’est ainsi que la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, qui n’a aucune compétence en la matière, s’est auto-proclamée cheffe de guerre en Europe et est parvenue à imposer aux gouvernements son activisme bureaucratique. Guidée par l’indignation, l’UE pensait avoir le beurre et l’argent du beurre, en imposant des sanctions drastiques à la Russie tout en continuant, dans un premier temps, d’importer du pétrole et du gaz russes. Le pétrole a été ensuite placé sous embargo. Mais pas le gaz, dont la sortie n’était prévue qu’au bout de deux ans. C’était sans compter sur la réaction de Poutine pour qui le gaz est une arme de destruction massive des économies européennes. Progressivement, il a commencé à fermer les robinets et à littéralement étrangler les Européens. <br />…<br />L’autre point important est que cette escalade dans les sanctions a révélé la montée en puissance des pays du Nord-Est au détriment du noyau historique de l’UE, à savoir la France et l’Allemagne. Dans l’une de ses récentes tribunes, le premier ministre polonais Mateusz Morawiecki a eu des mots très durs à l’égard de l’Allemagne et de la France. Et les États baltes ne sont pas en reste ; ils ont joué un rôle de premier plan dans l’adoption d’une violente ligne antirusse.</p>

<p>On a donc assisté à un déplacement du centre de gravité de l’UE au profit des États du Nord-Est de l’Europe, qui ne se cachent pas de faire plus confiance à Washington qu’à Paris ou à Berlin. Voilà qui aboutit à faire des Etats-Unis un membre officieux mais omniprésent de l’Union, de par leur poids et leur influence. </p>

<p>—  On a vu fleurir des initiatives consistant à bannir tout ce qui est russe de l’environnement européen et punir l'ensemble des Russes comme « responsables collectivement de la guerre ». Que pensez-vous de cette approche ?</p>

<p>P. L. —  En adoptant sans distinction des mesures contre les citoyens russes, les Européens les stigmatisent tous en les traitant comme des criminels ou comme des esclaves.</p>

<p>À mon avis, associer le peuple russe tout entier à Poutine, lui faire payer les agissements de ses dirigeants, constitue une faute à la fois morale et politique. Qu’on puisse mettre en cause les responsables, c’est une chose. Mais criminaliser tout un peuple, c’en est une autre. Vouloir interdire la culture russe, bannir ses écrivains, ses artistes, ses sportifs, interdire l’accès à des citoyens russes à notre territoire, serait adopter la même attitude que Poutine emploie envers ses opposants. Ce serait de l’intolérance totale et un pas de plus vers la « guerre des civilisations », souhaitée d’ailleurs des deux côtés par les milieux les plus extrêmes ! Il n’est pas étonnant que de telles propositions arrivent à Bruxelles par le biais des Finlandais ou des Baltes, ces derniers étant, depuis des années, pointés du doigt pour la façon dont ils traitent les minorités russes sur leurs territoires. </p>

<p>La montée en Europe d’une politique guidée par le revanchisme et l’intolérance, d’où qu’elle vienne, est extrêmement dangereuse. C’est elle qui est en train de creuser davantage un fossé civilisationnel, de transformer un conflit territorial en une guerre de civilisations sans fin.  C’est elle qui, à force de diaboliser la nation toute entière et de laisser transparaître la volonté de balkaniser et démembrer la Russie, contribue à transformer cette guerre en une nouvelle « guerre patriotique », une guerre existentielle pour les Russes.</p>

<p>Nous, les Européens, nous avons déjà commis par le passé une lourde erreur, celle de ne pas avoir su aider la Russie, ni sous Gorbatchev, ni sous Eltsine. De ne pas avoir cherché à l’inclure dans l’architecture de sécurité européenne. De ne pas en avoir fait un partenaire et de l’avoir considérée comme un ennemi vaincu, désormais sans grande importance. Aider financièrement les Russes, disait Bush père à Gorbatchev, ce serait verser de l’eau dans le sable. … Je trouve que c’est un gâchis immense.<br />Cette guerre est en train de fabriquer un clivage qui risque d’être encore plus grave que celui de la guerre froide. À l’ouest, on a tendance à essentialiser la Russie comme historiquement coupable de tous les totalitarismes, à présenter le peuple russe comme « violent par nature », etc. Et la Russie nous renvoie le même discours de rejet total en présentant l’Europe et sa démocratie comme entièrement corrompue, dégénérée, désireuse d’imposer son hégémonie au monde entier, etc.</p>

<p>Ce qui était initialement un conflit sur un bout de territoire ukrainien et le statut de l’Ukraine s’est transformé en une guerre de civilisations, des deux côtés. Or cette évolution est extrêmement préoccupante, notamment en raison des conséquences géopolitiques que cela entraîne pour nous, les Européens.</p>

<p>— Précisément, quelles seront, selon vous, les conséquences géopolitiques de cette « guerre civilisationnelle » entre la Russie et l’Occident ? </p>

<p>P. L. — À mes yeux, la rupture radicale avec la Russie qui est en train de s’installer, peut-être définitivement, ou en tout cas pour de longues années, bousculera totalement le rapport de forces sur le continent eurasiatique. Et cela, au détriment des Européens. Comment ne pas voir qu’est en train d’émerger un mastodonte sino-russe qui va dominer tout le « Heartland » eurasiatique. Le « Heartland » qui s'étend de la Volga au Yangtze et de l'Himalaya à l'Arctique est le territoire le plus fertile et le plus important, stratégiquement, du monde. Celui qui contrôle le « Heartland », disait Mackinder, tient le monde.</p>

<p>En nous engageant, des deux côtés d’ailleurs, dans une rupture civilisationnelle, nous fabriquons collectivement non seulement un nouveau rideau de fer, mais, derrière lui, une alliance solide entre la Russie et la Chine sur le continent eurasiatique. Une alliance qui rendra la position des Européens plus vulnérable. Il sera très difficile de contrebalancer la puissante alliance de l’industrie chinoise et des matières premières russes. Dans un tel système géopolitique, le risque est que le continent tout entier, y compris la péninsule européenne à son extrémité ouest, soit à terme dominé par l’alliance russo-chinoise. </p>

<p>Quant aux États-Unis, ceux-ci vont redevenir, à terme, une puissance essentiellement maritime, préoccupée surtout par ses problèmes intérieurs et les profondes divisions apparues dans son fonctionnement démocratique. C’est l’Amérique de « l’America First », totalement obsédée par sa situation interne, voire isolationniste. À l’inverse, l’Europe, elle, dépendra encore plus des États-Unis pour ce qui est de sa survie et sa sécurité, au moment où précisément elle comptera moins dans la stratégie américaine. Dans un tel système, l’Amérique du Nord, « outlying island », pourra bien sûr survivre sans trop de problèmes grâce à son écosystème interne de création de richesses et d’innovation, à son marché intérieur, à ses universités qui sont les meilleures du monde, à ses avantages technologiques, à son dynamisme social… Tout cela va lui permettre de prospérer et de rester une puissance importante. En revanche, je crains que nous, les Européens, déjà affaiblis par la désindustrialisation, la perte de compétitivité dans les nouvelles technologies, le vieillissement de notre population, et par une immigration de plus en plus considérable venant du Sud, nous risquions d’être les dindons de la farce de ce basculement géopolitique. </p>

<p>— Mais pour de nombreux hommes politiques et personnalités publiques d’Europe, il est impossible, dans les circonstances actuelles, de ne pas rompre de manière décisive avec la Russie car le droit international a été violé...</p>

<p>P. L. — On peut comprendre que, devant le spectacle des atrocités commises, l’opinion publique demande que l’on punisse les responsables, qu’on les fasse passer devant les juges. La guerre, c’est rarement beau, et comme je l’ai déjà dit, des exactions ont manifestement eu lieu. L’idée de sanctionner les dirigeants qui lancent les guerres est noble, et les vainqueurs de 1945 l’ont mise en œuvre à Nuremberg… Mais, dans les années récentes, les chefs d’État qui ont été traînés devant la Cour de La Haye, ce sont des « petits » : des chefs de factions yougoslaves, quelques petits chefs d’État africains… Jamais on n’a vu un leader d’une puissance nucléaire devant la CPI !</p>

<p>D’autre part, je vous rappelle également qu’un certain nombre de pays importants, les États-Unis en tête, ne participent même pas à ce système car ils n’ont pas ratifié la Convention de Rome sur la Cour pénale internationale. </p>

<p>Tous ceux qui proposent de traîner Poutine devant la justice internationale devraient se rappeler qu’on n’a jamais sérieusement envisagé d’y amener George W. Bush ou les autres responsables de la guerre illégale en Irak et des atrocités commises dans ce pays. D’ailleurs, tous les accords de stationnement des militaires américains sur des territoires étrangers prévoient des clauses qui permettent aux soldats américains d’échapper à la justice locale et internationale. Ce n’est donc pas la première ni sans doute la dernière fois que le droit international a été violé.</p>

<p>Selon un adage connu, la guerre, ce sont des gens qui s’entretuent et qui ne se connaissent pas, dirigés par des gens qui se connaissent mais qui ne s’entretuent pas. Et ces gens qui se connaissent et qui ne s’entretuent pas ne se traînent pas non plus les uns les autres devant les tribunaux, sauf en cas de capitulation et de défaite militaire. Le jour où l’on verra les chars occidentaux à Moscou, ce sera une autre histoire mais, en dehors de ce scénario peu probable, toutes les conversations sur Poutine à La Haye relèvent de la gesticulation politico-médiatique habituelle et, souvent, de l’instrumentalisation de la justice à des fins politiques. </p>

<p>— Il sera d’autant plus difficile de réaliser ce scénario que, en dehors du camp occidental et de quelques-uns de ses alliés, la Russie n’est pas vue comme un État-paria ou un ennemi. Beaucoup d’États d’Amérique latine, d’Asie et d’Afrique continuent à coopérer avec la Russie. Pourquoi, selon vous, l’Occident n’a-t-il pas su rallier la plupart des pays à sa cause ? </p>

<p>P. L. — Effectivement, la position occidentale dans cette affaire est minoritaire à l’échelle de la planète. Un grand nombre de pays ne sont pas du tout convaincus par la logorrhée auto-satisfaite des Occidentaux sur un prétendu système international qui serait basé sur les règles du droit. Ces pays ont parfaitement compris que les Occidentaux s’assoient sur les règles de droit lorsque cela les arrange. Quand les États-Unis décident d’envahir tel ou tel pays, comme ils le font depuis quelques décennies, le monde se couche. Quand ils appliquent le droit extraterritorial qui protège leurs intérêts au détriment des intérêts des autres, c’est pareil. Quand ils s’arrogent des droits particuliers pour leurs soldats, on les laisse faire.</p>

<p>En Afrique et en Amérique latine tout particulièrement, on sait quelque chose de ces doubles standards occidentaux ; conséquemment, ce qui se passe entre la Russie et l’Ukraine n’y est pas du tout perçu de la même manière que chez nous. Et il ne s’agit pas seulement des pays jadis proches de l’URSS comme Cuba ou le Nicaragua, mais aussi de l’Argentine, du Brésil ou de nombreux autres pays africains ou arabes. (…) Le « narratif » américain sur la guerre est au mieux contesté dans toutes ces régions, voire rejeté.<br />*****<br />Extraits d’un entretien paru dans Politique Internationale, N 178, hiver 2023</p>
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	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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