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	<title><![CDATA[Signet Loupe: Articles de blog de La loupe]]></title>
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	<description><![CDATA[]]></description>
	
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	<pubDate>Sun, 19 Dec 2021 21:47:10 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[&quot;Prétendre que la loi de 1905 est libérale, c&#039;est une fable&quot;]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Si le dernier livre de Laurent Bouvet ne devrait pas faire changer d'avis ses ennemis, il fournira en revanche de précieuses cartouches aux défenseurs d'une laïcité républicaine. Le professeur de science politique fait paraître <a href="https://editions.flammarion.com/Catalogue/hors-collection/la-nouvelle-question-laique" target="_blank">La nouvelle question laïque aux éditions Flammarion</a>. En 300 pages, le co-fondateur du Printemps républicain et membre du Conseil des sages de la laïcité balaie les problématiques ayant trait à la loi de 1905 : place de l'islam dans la société française, critiques de la laïcité venues de la gauche (décoloniaux, indigénistes) et de la droite (identitaires chrétiens)... Surtout, et c'est là son principal mérite, l'ouvrage revient en détail sur une conception de la <a href="https://www.marianne.net/tags/laicite">laïcité</a> qui, d'après Laurent Bouvet, détourne l'esprit de la loi de 1905 et travestit la vision de ses pères fondateurs, tout en s'en réclamant bruyamment : c'est cette laïcité libérale, portée par <a href="https://www.marianne.net/societe/observatoire-ou-abattoir-de-la-laicite">l'Observatoire de la laïcité</a> et profondément influencée par le multiculturalisme anglo-saxon, qui s'est peu à peu imposée jusqu'à devenir majoritaire parmi les élites médiatiques et politiques. Entretien avec un républicain acharné.<br /></p><p>Marianne : Quelle est cette "nouvelle question laïque" qui donne son titre à votre livre ?</p><p>Laurent Bouvet : Pendant très longtemps, la laïcité était comme l'air que l'on respire : après l'affrontement autour de la loi de 1905, et excepté quelques emballements autour de la "querelle scolaire" comme en 1984, la question laïque ne débordait plus dans le débat public et politique. Or depuis les années 1980, de nouvelles conditions sont venues transformer cette forme d'apaisement, la principale étant l'émergence de l'islam comme religion importante et visible dans l'espace public.</p><p>Quand l'islam a pris son essor en France, il a connu au même moment une profonde évolution au niveau mondial : ce que Mohammed Cherkaoui appelle « l’islamisation » de l'islam (Essai sur l’islamisation, Presses universitaires de la Sorbonne, 2018), c'est-à-dire une réappropriation à la fois théologique et culturelle de la religion dans les pays musulmans, et au-delà, qui a conduit à revendiquer l'appartenance à l'islam comme une identité à défendre et à promouvoir. Cela se traduit en particulier par une visibilité de différentes pratiques : le vêtement et au premier chef le voile, la consommation de nourriture halal, la piété démontrée aux autres par le biais d’une pratique rigoureuse du ramadan notamment.</p><p>L'entrée de l'islam dans l'âge identitaire a donc été concomitante de l’installation de l'islam en France. Et c'est la conjonction de ces deux phénomènes qui a transformé fondamentalement la question laïque. A ces éléments s’ajoutent des facteurs sociaux : la crise économique et sociale, « l'invention » des banlieues et la formation de ghettos urbains qui ont concerné d’abord les populations issues de l’immigration. Le dernier élément est plus politique. Les années 1980 sont aussi le moment où la gauche accède au pouvoir et où elle opère son « tournant » (abandon de la lutte des classes et de l'anticapitalisme) pour devenir le camp de la défense de minorités discriminées, constituées sur une base identitaire : nouveau féminisme, régionalismes, mouvement de libération gay, défense des immigrés venus de l'ancien empire colonial. Ces derniers sont très vite réduits à leur religion : en quelques années, on est ainsi passé du « travailleur immigré » au « Beur » puis finalement au « musulman ».</p><p>Le basculement vers une nouvelle question laïque est symbolisé par l'affaire dite des « foulards », lorsque trois élèves musulmanes refusent d’enlever leur voile dans un collège de Creil à l’automne 1989. C'est la première confrontation avec cette nouvelle aspiration à la visibilité de l'islam qui va venir sur le devant de l’actualité, le premier moment où la religion musulmane devient un objet de débat public en France. C'est ce qui fonde cette nouvelle question laïque : la laïcité telle qu'on la conçoit en France, dans le droit et politiquement, peut-elle répondre au <a href="https://www.marianne.net/societe/reforme-de-la-loi-de-1905-les-laiques-face-au-casse-tete-de-la-regulation-de-l-islam">défi posé par l'islam</a> ?</p><p>Pour les plus fondamentalistes des musulmans, la politique ne peut qu’être l’application de la parole de Dieu.</p><p>L'islam pose-t-il une question spécifique à la société française et à la laïcité ?</p><p>La spécificité de l'islam peut s’apprécier à différents niveaux. C'est tout d'abord un nouveau venu dans le paysage français des cultes, notamment en termes institutionnels : la loi de 1905 ne s'applique pas à l'islam puisque le culte musulman n’a pas été pris en compte à l’époque. Il n'existait alors pas sur le territoire métropolitain, même s’il était très présent dans l’empire colonial. Le deuxième problème, c'est l’émergence très rapide de l'islam en France, qui vient d’une immigration issue de l'ancien empire colonial, ce qui le différencie fondamentalement du catholicisme, du protestantisme et du judaïsme, cultes installés de longue date et qui ont connu une croissance « interne » – même si une immigration catholique a eu lieu au XXe siècle (italienne, polonaise, espagnole, portugaise). Troisième élément, « l'islamisation » de l'islam dont nous avons parlé plus haut : partout dans le monde, l’islam est travaillé par des courants radicaux qui poussent à une visibilité plus grande de la religion et de ses pratiques. Ce qui joue un rôle important en France aussi. De tels courants radicaux existent aussi dans les autres religions sur le sol national mais ils sont bien moins forts et surtout bien moins visibles que dans l’islam.</p><p>Enfin, se pose la question de la nature même de l'islam et du rapport du théologique au politique dans l'islam. C'est un sujet qu’abordent aujourd’hui de nombreux intellectuels, par exemple Pierre Manent ou Alain Finkielkraut. À leurs yeux, il y a une incompatibilité fondamentale entre l’islam avec la civilisation française, avec notre manière de résoudre d’une certaine façon la question théologico-politique. Dans l'islam, le théologique et le politique ne peuvent séparés, c'est une différence fondamentale avec le christianisme. D’une part parce que le Coran est un texte « incréé », il ne s’agit pas d’une interprétation de la parole de Dieu mais de la parole de Dieu elle-même. Dans cette optique, le prophète Mahomet est celui qui comprend, enfin, par rapport à tous les faux ou mauvais prophètes qui l’ont précédé, la parole de Dieu et qui la retranscrit exactement. Donc il n'y a pas d'interprétation, d'amélioration ou de changement possible du texte divin. Pour les plus fondamentalistes des musulmans, la politique ne peut dès lors, comme toute chose, qu’être l'application de la parole de Dieu.</p><p>D’autre part, si l'on aborde la question sous l’angle historico-politique et non plus théologique, l'islam est né et s'est imposé dès sa naissance les armes à la main et non par la soumission à une autorité politique extérieure. Sans se battre, Mahomet n'aurait pas pu diffuser l'islam. Pour les fondamentalistes, l'islam est une religion de combat dont l’objet même est d’apporter dans un monde de ténèbres et d’incroyance, la parole de Dieu et donc d’imposer les pratiques qu’elle prescrit. Cela pose, au fond, la question de l'incompatibilité de l'islam avec toute règle politique, sociale, culturelle... qui n’en procède pas. Ce problème se pose de manière particulièrement aiguë lorsque l'islam est minoritaire dans une société : comment vivre pleinement sa foi et surtout cette conception absolue de la foi dans une société où cela n’a pas de sens pour la majorité de la population ? Ce sont tous ces aspects mis bout à bout qui constituent la spécificité de ce que l’on pourrait appeler le « problème » musulman aujourd’hui, dans une société comme la nôtre.</p><p>Vous décrivez dans votre ouvrage la dissociation progressive entre la carte et le territoire de la laïcité. Aujourd'hui la laïcité a des ennemis à gauche comme à droite, mais cette opposition est plus ou moins assumée et prend des formes très différentes.</p><p>La carte de la laïcité ne permet plus de lire le territoire laïque. Traditionnellement, pour schématiser, à gauche on défendait la laïcité, par rejet des religions ou par souci d’émancipation de l’Homme, et à droite on essayait sinon de l’abattre du moins d’en minimiser les effets. Aujourd’hui, ce n’est plus du tout comme ça que les choses se présentent.</p><p>La gauche traditionnellement peu intéressée par la laïcité a beaucoup évolué. Elle émanait à l'origine de la gauche marxiste, qui assimile, logiquement, la laïcité à tout ce qui relève de la « superstructure » au sens de Marx : elle n’est dans ce cas qu'un élément mobilisé par la bourgeoisie pour tenir le prolétariat sous sa domination. Cette vision n'existe quasiment plus aujourd'hui. La vraie gauche anti-laïque aujourd'hui vient plutôt des différentes formes de gauchisme des années 1960 et 1970, d’après la décolonisation et du moment 68 – c’est d’ailleurs la matrice fondamentale de la deuxième gauche notamment. Du marxisme, il ne reste finalement que l'assimilation de la laïcité à la bourgeoisie mais la grille de lecture appliquée est différente, elle est identitaire : c'est l'identité propre des individus et non plus la classe sociale qui importe, et dans ce cadre les « dominés » ultimes si l’on peut dire ne sont plus les prolétaires ou la classe ouvrière mais les musulmans. Ceci s'explique par le fait qu'à partir des années 1960, la gauche s'est refait une santé morale sur l'anti-colonialisme, qui lui a servi d’instrument de renouveau idéologique.</p><p>La fin de l’idéologie communiste et l’abandon du prolétariat a conduit toute cette gauche à se concentrer sur les minorités au sens culturel et sur les critères identitaires qui les déterminent (race, genre, orientation sexuelle, origine culturelle, religion...). Dans ce cadre, la défense des immigrés venus de l'ancien empire colonial est devenue un nouvel horizon de sens puisqu’ils présentaient tous les stigmates de la domination. Aujourd’hui, pour cette gauche très largement convertie aux <a href="https://www.marianne.net/politique/indigenes-de-la-republique-thomas-guenole-demontre-le-racisme-la-misogynie-et-lhomophobie">thèses dites « indigénistes »</a>, toute l'histoire doit être relue sous ce prisme de la domination coloniale qui se poursuit après la décolonisation à travers l’immigration, et donc tout spécialement des populations de culture et de religion musulmanes. La laïcité ne pouvant apparaître dans cette perspective que comme un instrument de domination des occidentaux blancs colonialistes etc. Et à chaque fois que l’un de ces hommes blancs, « non racisés » comme on le dit désormais, défend la laïcité ou tout simplement <a href="https://www.marianne.net/debattons/tribunes/cessons-de-caricaturer-l-universalisme-republicain">l’universalisme républicain</a> face à des revendications identitaires, communautaristes, essentialistes ou différentialistes, il est mécaniquement coupable de vouloir perpétuer la domination coloniale.</p><p>À droite, le problème est très différent mais tout aussi lié à un regain de vigueur des inquiétudes identitaires et des revendications qui en découlent. C’est, schématiquement, en France, le problème du catholicisme au sens culturel du terme, bien au-delà de la religion elle-même. Deux orientations déchirent cette droite autour d'une question : comment faire pour lutter contre un islam qui n’est pas compatible avec une « identité française" définie comme occidentale, chrétienne, catholique...? Faut-il le faire au nom de la laïcité ou des « valeurs » (famille, mœurs, sens de la vie...) ? Faut-il s'allier d'abord avec les laïques pour combattre l’islam ou bien se débarrasser d’abord des laïques qui sont responsables de l’affaissement de cette civilisation, à cause de la sécularisation, du défaut de spiritualité, de l’écart par rapport aux mœurs inspirées par la religion, etc. en s'alliant provisoirement aux croyants que sont les musulmans avec lesquels on partage ces fameuses « valeurs », quitte à se retourner contre eux ensuite en assumant un « choc des civilisations » frontal inspiré des croisades ? La première option est proposée, par exemple, par <a href="https://www.marianne.net/tags/marine-le-pen">Marine Le Pen</a> : elle consiste à se réclamer explicitement de la laïcité en en détournant le sens et l’esprit, en l’instrumentalisant. C'est ce qu'elle disait dans le journal Présent dès 2010 : « Il n'y a pas cinquante moyens de lutter contre l'islamisation dans notre pays. Il y a soit la laïcité, soit la croisade. Comme je ne crois pas beaucoup à la croisade, je pense qu'il faut user de la laïcité ». La deuxième orientation convient mieux à une <a href="https://www.google.com/url?sa=t&amp;rct=j&amp;q=&amp;esrc=s&amp;source=web&amp;cd=1&amp;cad=rja&amp;uact=8&amp;ved=2ahUKEwjU6Yruh4ngAhUOgM4BHdOnCZUQFjAAegQIChAB&amp;url=https%3A%2F%2Fwww.marianne.net%2Ftags%2Fmarion-marechal-le-pen&amp;usg=AOvVaw3YbKtfb_SALiNBPlytUAfd">Marion Maréchal</a> par exemple mais on la trouve aussi, au fond, de manière certes infiniment plus subtile et argumentée, chez un philosophe comme Pierre Manent. On en retrouve aussi des traces dans le discours de <a href="https://www.google.com/url?sa=t&amp;rct=j&amp;q=&amp;esrc=s&amp;source=web&amp;cd=1&amp;cad=rja&amp;uact=8&amp;ved=2ahUKEwjdofT3h4ngAhVNrxoKHQQJDZAQFjAAegQIAxAB&amp;url=https%3A%2F%2Fwww.marianne.net%2Ftags%2Fnicolas-sarkozy&amp;usg=AOvVaw3Q-PxIyvwbdFjVAHtMnNAv">Nicolas Sarkozy</a> au Latran en 2007, lorsqu'il déclarait que « l'instituteur ne pourrait jamais remplacer le curé ou le pasteur ». Il s'agit ici de mener un combat contre une société matérialiste, présumée sans « valeurs », contre un Occident perdu qui s'est débarrassé de toute spiritualité... Dans cette optique, l'adversaire prioritaire est la laïcité et les musulmans conservateurs des alliés de circonstance, avec lesquels on manifeste par exemple contre le mariage pour tous.</p><p>L’interprétation dominante de la laïcité aujourd’hui est biaisée, tordue.</p><p>Vous consacrez une large partie de votre livre à la « normalisation libérale » : là où des parties de la gauche et de la droite s'opposent explicitement à la laïcité, une large fraction de l'échiquier politique s'en réclame... mais cherche à la détourner de son sens originel.</p><p>Nous venons d’évoquer des positions très marquées, surtout présentes sur les bords de l’échiquier politique mais plus on se rapproche de son centre, plus la laïcité est acceptée et reconnue comme une forme de consensus qui ne pose pas de problème. Il y a là toutefois un problème : la vision « centrale » aujourd’hui dans notre société, celle qui est véhiculée très majoritairement par les médias et par les élites au sens large, est une vision très particulière de celle-ci, une vision fortement imprégnée par un libéralisme d’époque, d’origine anglo-saxonne, qui n’est pas celui que contient et implique la tradition républicaine française. L’interprétation dominante de la laïcité aujourd’hui est biaisée, tordue d’une certaine manière. Et ce biais peut être repéré dans un certain nombre de propositions théoriques ou d’évolutions juridiques ces dernières décennies. On peut résumer cette vision particulière, très largement idéologique, de la laïcité ainsi : sortir celle-ci du récit républicain français pour en faire un simple élément témoignant de la progression mondiale de la pensée libérale d’origine anglo-saxonne. On cherche ainsi à normaliser la laïcité française en la faisant rentrer au chausse-pied dans le cadre d’une simple tolérance religieuse et des droits de l’Homme – il suffit ainsi d’observer l’évolution de la jurisprudence du Conseil d’Etat ou du Conseil constitutionnel ces dernières décennies sous l’influence notamment du droit européen. Par exemple, pour la Cour européenne des droits de l’Homme, la « liberté de conscience » de la loi de 1905 s<a href="https://www.marianne.net/societe/nouveau-coup-d-epee-de-la-cedh-l-encontre-de-la-libre-critique-des-religions">e réduit à la « liberté religieuse »</a> de l’article 9 de la Convention européenne des droits de l’Homme (CEDH). Le « grand penseur » français de cette laïcité-là – institué ainsi par Le Monde <a href="https://www.google.com/url?sa=t&amp;rct=j&amp;q=&amp;esrc=s&amp;source=web&amp;cd=1&amp;cad=rja&amp;uact=8&amp;ved=2ahUKEwjdtob-hongAhVigM4BHVk_DGoQFjAAegQIDBAB&amp;url=https%3A%2F%2Fwww.lemonde.fr%2Fidees%2Farticle%2F2017%2F12%2F08%2Fjean-bauberot-grand-penseur-de-la-laicite_5226435_3232.html&amp;usg=AOvVaw0qQi6MVPmCsWboR-3ErA4t" target="_blank">dans un article hagiographique</a> – c’est l’historien Jean Baubérot qui a fait de sa lecture très particulière de l’Histoire, résolument ancrée du côté des religions minoritaires, hier le protestantisme, aujourd’hui l’islam, la matrice de la compréhension de la laïcité, contre le gallicanisme, le jacobinisme, le bonapartisme et le radicalisme républicain entre lesquels il trace une ligne continue. Cette lecture anti-étatique se trouve très à l’aise avec la conception individualiste et ancrée dans la « résistance » de la société civile contre l’Etat du libéralisme d’origine anglo-saxonne. Celui qui domine précisément aujourd’hui nos représentations culturelles et influence très fortement notre droit.</p><p>Au cœur de ce récit libéral, un argument est répété en boucle : l'idée que la loi de 1905 serait un triomphe de la vision libérale d'Aristide Briand contre les "laïcards" les plus enragés comme Emile Combes...</p><p>C'est une fable que racontent à qui veut l’entendre les disciples de la pensée de Jean Baubérot ! Une fable selon laquelle Aristide Briand se serait allié en 1905 à Jean Jaurès pour apaiser les tensions et réconcilier les « deux France » (la catholique et la républicaine) face à l'intransigeance d’un Emile Combes, d’un Maurice Allard ou d’un Georges Clemenceau. Ce qui s’est passé en 1905, et d’ailleurs avant et après, est très loin d'être le long fleuve tranquille de la concorde française. L'Eglise catholique a été défaite par la République et n’a admis qu’avec difficulté cette défaite. Tout ceci a d’ailleurs été d'une violence extraordinaire, et il y avait bien deux France à ce moment-là qui ne sont réconciliées que bien plus tard, dans les tranchées de la Première Guerre mondiale.</p><p>La laïcité ne se réduit ni à la liberté religieuse ni à la neutralité de l’Etat.</p><p>Pourtant, Aristide Briand a bien déclaré que <a href="https://www.marianne.net/societe/loi-de-1905-ne-pas-jouer-avec-le-feu">la loi de 1905</a> était "dans son ensemble une loi libérale"...</p><p>Quand Briand dit que la loi de 1905 et une loi « libérale », il n’a absolument pas en tête le libéralisme individualiste, atomistique et multiculturaliste anglo-saxon qui domine aujourd’hui et qu’on plaque sur ses mots. C’est un contresens historique total. Il a en tête ce que l’on appelle le républicanisme modéré, contre le radicalisme, qui commande de ne pas insulter l’avenir et d’offrir la possibilité à chacun, croyant ou non, de trouver sa place dans la République. D’ailleurs, comme comprendre sinon que Jaurès s’allie à Briand pour faire voter la loi ? L’urgence de Jaurès à ce moment-là est de résoudre enfin la querelle politico-religieuse qui empoisonne la vie politique afin de s'attaquer aux questions sociales et fiscales (les retraites ouvrières, l’impôt sur le revenu...). Bref, il faut se déprendre à la fois de toute visée idéologique et de toute illusion rétrospective lorsqu’on veut comprendre ce qui fut à l’œuvre au moment du vote de la loi de 1905. Ce qui permet de ne pas tordre la laïcité dans la direction que l’on voudrait à tout prix lui faire prendre. La laïcité ne se réduit ni à la liberté religieuse ni à la neutralité de l’Etat et de ses agents. C’est là une interprétation totalement biaisée des deux articles fondamentaux de la loi de 1905 : le premier parle de « liberté de conscience » et le second induit une « séparation de l’Etat et des cultes » – la notion de séparation est double : l'Etat ne force personne à croire ou à ne pas croire, mais aucun culte ne doit dicter à l'Etat ou à n'importe quel citoyen sa manière de penser et de croire. Le choix des mots des législateurs de l’époque est précis. Vouloir leur faire dire autre chose que ce qu’ils ont écrit est une trahison.</p><p>Selon vous, ceux qui se réclament de la citation d'Aristide Briand sur la loi de 1905 défendent un tout autre type de libéralisme : le libéralisme anglo-saxon.</p><p>Il faut s’attacher à comprendre les complexités de l'adjectif « libéral » qui a profondément changé de sens en un siècle. Si l'on se replonge dans le contexte historique de 1905, Briand signifie ainsi que la loi qu’il propose garantisse à chacun la liberté de pratiquer son culte en détachant l’Etat de toute influence religieuse. Le libéralisme de Briand, c’est celui des républicains : la liberté de croire, de pratiquer son culte... est une part mais une part seulement de la liberté de conscience, et non synonyme de liberté religieuse ou d’une simple tolérance en la matière. Cette liberté de conscience étant elle-même définie et protégée par la communauté des citoyens et l’Etat qui en est le bras armé, et non par le droit naturel des individus et les groupes auxquels il peut appartenir dans la société civile afin de se protéger contre l’Etat. Nous sommes là dans deux univers totalement différents. On est ici en face de deux modèles philosophiques et politiques : en France, où la Nation s'est constituée par et autour de l'Etat, c'est ce dernier, garant de la volonté générale et de la souveraineté populaire, qui assure au citoyen les moyens de sa liberté. Dans le cadre anglo-saxon (avec des variations aux Etats-Unis et en Angleterre), l'individu est protégé par un droit naturel, traduits dans une constitution, contre toute intervention extérieure, en particulier celle de l’Etat dont les moyens et la portée doivent être réduits ou étroitement contrôlés.</p><p>Le Conseil d’Etat est aujourd’hui bien plus influencé par la liberté libérale que par la liberté républicaine</p><p>Ce libéralisme ne relevant pas de la pensée française, comment s'est-il diffusé dans notre pays ?</p><p>Ce que l’on appelle depuis une trentaine d’années la mondialisation a surtout consisté en une diffusion de cette manière, anglo-saxonne, de comprendre le monde, l’économie, la société, le droit... La construction européenne a joué un rôle-clef en la matière. Si l’on s’en tient, au-delà des multiples représentations culturelles qui favorisent la diffusion de cette manière anglo-saxonne, américaine désormais avant tout, de comprendre le monde, au droit par exemple, cela a commencé dès la CEDH, signée en 1950, qui consacre cette conception particulière du droit et de la liberté, notamment dans son article 9 à travers la notion de « liberté religieuse », reconnue et souhaitée d’ailleurs par les différents cultes. Rappelons que dans ce même article 9, la CEDH établit explicitement que le droit au prosélytisme fait partie intégrante dans la liberté religieuse – ce que rappelle régulièrement la Cour de Strasbourg chargée de faire respecter cette convention –, ce qui est contraire à l’idée même de laïcité. L'imprégnation d’un tel libéralisme est tout aussi frappante lorsque l'on se penche sur l'évolution de la jurisprudence du Conseil d’Etat en matière de laïcité, plus précisément de séparation de l’Etat et des cultes ces dernières années. En fait, le Conseil a suivi l’évolution générale de l’idée libérale, et il est aujourd’hui bien plus influencé, notamment en raison du droit international et européen, par la liberté libérale que par la liberté républicaine. Il a notamment intégré dans sa jurisprudence le droit européen (CEDH, Charte des droits de l’Union européenne) et le droit international (le pacte de 1966 sur la protection des droits de l’Homme), autant de textes qui sont <a href="https://www.marianne.net/societe/port-de-la-burqa-aux-origines-de-l-inacceptable-lecon-des-experts-de-l-onu-la-france">le reflet direct du libéralisme d’origine anglo-saxonne</a>. Ainsi le Conseil d'Etat qui est le garant par excellence du droit public français est-il largement devenu, en matière de laïcité, depuis une trentaine d’années – on se souvient de son fameux avis dans l’affaire des foulards de Creil en 1989 –, un opérateur plus ou moins conscient de la diffusion d'un droit libéral au sens anglo-saxon.<br /></p><p>Venons-en à la laïcité républicaine, que vous défendez. Elle est régulièrement accusée d'être inadaptée aux enjeux contemporains. Comment la défendre sans passer pour un « laïcard » passéiste ?</p><p>L'idée que je défends dans ce livre, et que nous sommes nombreux à défendre dans le débat public, est d’abord que la laïcité, dans sa conception républicaine, est conforme à l'esprit comme à la lettre de la laïcité telle qu’elle a été voulue et inscrite dans le droit par ses fondateurs. Ce qui implique que le récit libéral, dans le sens que l’on a indiqué plus haut, qui en est fait, soit déconstruit, pas à pas – c’est un des objectifs principaux de mon livre. Mais il faut ajouter que ce n’est pas là qu’un enjeu d’histoire des idées ou du droit. C’est une question essentielle pour nous, hic et nunc. Et ce n’est certainement pas une lubie française, un particularisme un peu désuet dans l’océan contemporain du libéralisme qui nous vient d’Amérique. La liberté au sens républicain est une conception à la fois pleinement moderne et universelle de la liberté : elle peut s’appliquer partout. Elle induit que dans notre modernité, il y a une autre voie que celle proposée par le libéralisme d’origine anglo-saxonne. La voie républicaine n'est en effet pas qu'un régime politique, c'est une conception générale du rôle du citoyen par rapport à l'individu, de l'Etat par rapport à la société civile, de la manière de construire le droit à partir d’une communauté de citoyens, souverains et égaux, qui s'oppose à une société des individus.</p><p>On peut d’ailleurs constater qu’il existe une aspiration générale, au sein des sociétés de culture musulmane comme dans les autres, à ce type de liberté, protégée par une communauté de citoyenneté constituée, qui dépasse l’individualité de chacun. Une liberté qui nous protège contre toutes les oppressions : celles bien sûr qui viennent de tel ou tel pouvoir politique mais aussi celles qui viennent de tel ou tel groupe, religieux notamment, dans la société elle-même, et mieux encore à l’intérieur de ces groupes, une liberté qui protège le croyant de l’Etat comme de ses coreligionnaires lorsqu’ils voudraient lui imposer telle manière de croire ou de se comporter. La liberté ne peut se résumer à « c’est mon choix » tout comme la communauté ne peut se résumer à « c’est notre identité ». Il faut pouvoir opposer l’une à l’autre mais surtout permettre à la liberté d’exister au sein de la communauté elle-même. L’idée laïque protège ainsi chacun d’entre nous à l'intérieur d'un espace de citoyenneté commun parce qu’on y a adhéré volontairement et non parce qu’il nous est assigné en raison de tel ou tel aspect de notre identité. Elle permet de choisir un modèle de société en même temps qu’une manière de se gouverner, et pas seulement une manière de se comporter en raison de ses droits individuels. C’est bien un message universel dont il s’agit, mais d’un universalisme réitératif et non de surplomb, c’est-à-dire qui ne s’impose pas mais qui se répète dans chaque société, par delà les différences culturelles.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Sun, 19 Dec 2021 21:36:50 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/809/sortir-du-piege-liberal-%E2%80%93-le-blog-de-bertrand-renouvin</link>
	<title><![CDATA[Sortir du piège libéral – Le blog de Bertrand Renouvin]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Le livre que Laurent Bouvet consacre à la nouvelle question laïque (1) ne s’inscrit pas dans les polémiques violentes qui brouillent maints débats. Professeur de sciences politiques, l’auteur analyse le déplacement du conflit sur la laïcité depuis les années quatre-vingt et procède à une critique de l’interprétation libérale de la doctrine laïque et des militantismes identitaires qui en tirent parti. Alors que les fractures s’aggravent dans notre pays, Laurent Bouvet milite pour le retour à la raison politique – pour l’universalisme républicain.</p><p>L’histoire du tournant identitaire qui s’est produit dans de très nombreux pays au cours des quarante dernières années est retracée avec précision par Laurent Bouvet. Elle éclaire la nouvelle question laïque car le vieux conflit entre la droite cléricale et la gauche laïque qui avait rebondi une dernière fois en 1984 sur la question de l’école a été rapidement effacé et de nouvelles lignes de front sont apparues.</p><p>Avec le Front national, la droite nationaliste a prétendu défendre l’identité nationale face à l’immigration maghrébine dans les quinze dernières années du XXème siècle puis elle s’est posée en rempart de la laïcité quand l’islam sunnite, religion populaire discrète, a été affecté par son propre courant identitaire, fondamentaliste et revendicatif. Les débats sur le « foulard » ont marqué ce tournant et le nouveau positionnement d’une partie de la gauche. Toujours hostiles aux catholiques, de nombreux militants socialistes, communistes et d’extrême gauche affirment depuis le début de notre siècle leur sympathie pour des groupes et des personnalités islamistes considérés représentatifs des opprimés naguère colonisés, des victimes de l’histoire occidentale qui revendiquent leur droit à la différence.</p><p>Dans ce combat entre les identitaires de droite et les identitaires de l’islam alliés à la gauche « islamo-gauchiste », les symboles religieux – les crèches, le foulard – et les références culturelles deviennent des marqueurs idéologiques et les appartenances religieuses sont ethnicisées : les « blancs » sont catholiques, les musulmans sont « arabes ». La laïcité subit les effets de ces polémiques : instrumentalisée par les identitaires de droite, elle est abandonnée par une grande partie de la gauche qui dénonce dans la simple affirmation laïque une dérive islamophobe, voire une nouvelle forme de racisme. Le Nouveau Parti Anticapitaliste et les Indigènes de la République sont les moteurs de ces campagnes résolument diffamatoires. Hors de ces milieux extrémistes, un courant modéré fort intelligemment représenté par Pierre Manent plaide pour des « accommodements raisonnables » avec « l’islam » en ignorant notre laïcité : comment un contrat spécifique pourrait-il lier l’Etat à une « communauté » religieuse ?</p><p>Les attaques frontales et les récupérations politiciennes sont moins dangereuses pour la laïcité républicaine que son interprétation libérale, aujourd’hui dominante dans notre pays. Après l’effondrement de l’Union soviétique, le libéralisme est devenu, comme l’écrit Claude Lefort, « l’idéologie de la fin des idéologies ». C’est une idéologie globale, politique, économique et culturelle, produite aux Etats-Unis, qui exerce une influence déterminante sur les conceptions sociales dans notre pays. Ce modèle libéral à l’américaine se caractérise par l’imbrication de la liberté individuelle et de la religion, la liberté n’ayant pas la même signification dans le droit français et dans le droit anglo-saxon. Alors que nous définissons des libertés publiques, les Etatsuniens énoncent des civil liberties et considèrent la liberté des individus et leur pratique religieuse comme un droit naturel qui doit être protégé de l’Etat. Thomas Jefferson évoque un « mur de séparation » qui protège les religions du risque de l’ingérence étatique au nom du principe de tolérance et du droit naturel de chaque individu (2). Comme le souligne Laurent Bouvet, « le citoyen n’a donc pas à se détacher à un quelconque moment de l’individu, dont il n’est que la simple projection dans l’ordre politique, la figure de l’expression politique ».</p><p>La laïcité à la française est fondée sur d’autres principes. La liberté n’est pas un droit naturel mais un droit institué par l’Etat fondateur d’une collectivité politique souveraine. Dans la Déclaration de 1789, la liberté est bornée par la nécessité de l’ordre public qui procède de l’intérêt général – du principe même de la République. Notre Déclaration porte sur les droits de l’homme et du citoyen et non sur les human rights en ce sens que le souci politique de l’intérêt général implique une mise à distance des appartenances privées, qu’il s’agisse de la religion ou des intérêts de classe.</p><p>Selon cette conception républicaine, le principe de laïcité est une des conditions du service de l’intérêt général. Il permet de protéger l’Etat de l’influence des religions et garantit cette protection à tous les citoyens. C’est pourquoi l’article premier de la loi de 1905 proclame que « La République assure la liberté de conscience » – sans évoquer la liberté religieuse – et « garantit le libre exercice des cultes » : la liberté de conscience va au-delà de la liberté religieuse et c’est l’Etat qui protège la forme établie de la pratique religieuse alors qu’aux Etats-Unis c’est la religion qui est protégée de l’Etat.</p><p>Ces distinctions et ces oppositions sont essentielles pour comprendre en quels termes se pose la nouvelle question laïque. La doctrine française de la laïcité (3) est en effet récusée par des intellectuels et des groupes qui s’acharnent à faire prévaloir, depuis quelques décennies, la conception anglo-saxonne et le multiculturalisme en « déconstruisant » la France, l’Etat, la République, l’universalisme et la laïcité.  Traduite en français, Joan Scott dénonce une laïcité intégriste inspirée par le christianisme dans « La Religion de la laïcité », Jean Baubérot récuse « l’intégrisme républicain » et Cécile Laborde recherche une laïcité qui ne soit pas « catho-laïque ». Pour ces auteurs, qui exercent une influence majeure dans notre pays, il s’agit de rabattre la liberté de conscience sur la liberté religieuse et d’obtenir une absolue neutralité de l’Etat – au sens où l’Etat renoncerait à défendre les principes de liberté et d’égalité face à des courants religieux qui imposeraient, par exemple, une conception inégalitaire du statut de la femme. L’Etat républicain laïque est neutre mais de manière relative : il respecte toutes les croyances mais la Déclaration de 1789 lui commande de protéger la liberté de conscience des citoyens contre une liberté religieuse qui empêcherait de participer pleinement à la vie publique.</p><p>C’est sous l’influence du libéralisme américain et de ses diffuseurs français que le Conseil d’Etat et le Conseil Constitutionnel en sont venus à adopter la conception d’une liberté religieuse définie comme liberté de l’individu. Cette liberté religieuse est conçue dans le cadre d’une tolérance active qui conduit à atténuer progressivement l’interdiction du financement public des cultes. C’est ainsi que l’on passe peu à peu d’une laïcité de séparation à une laïcité de dialogue et de reconnaissance sympathique, séduisante pour les croyants mais contraire à l’intérêt général puisqu’elle favorise les religiosités identitaires, les incite à demander de plus en plus de droits et conduit la collectivité nationale à devenir un ensemble disjoint de communautés culturelles, cultuelles et ethnoculturelles.</p><p>Cette évolution vers le communautarisme est favorisée par les normes juridiques établies par la Cour européenne des droits de l’homme et par la Cour de justice de l’Union européenne. Or, comme l’écrit Laurent Bouvet, « le droit européen ignore la laïcité, ne connaissant que la liberté religieuse et, en particulier, la liberté de manifester sa religion publiquement. Il en fait même un principe fondamental. L’essentiel de la jurisprudence administrative et constitutionnelle sur les questions liées à la laïcité va donc conduire le juge français à adapter la spécificité nationale aux normes européennes, elles-mêmes inspirées par la vision libérale du droit que l’on trouve dans le cadre globalisé du libéralisme d’origine anglo-saxonne ».  C’est ainsi que la liberté de conscience notamment religieuse devient une liberté principalement religieuse – dont les activistes vont réclamer une application « positive » au mépris du principe qui assigne la religion à la sphère privée.</p><p>Face à ces dévoiements idéologiques et juridiques, Laurent Bouvet défend la voie républicaine – celle de l’intérêt général tel qu’il est défini dans la nation française, selon son histoire singulière. Trois domaines ou espaces doivent être distingués : l’espace privé – le domicile, le lieu de culte – dans lequel la personne est libre de vivre éventuellement sa foi ; l’espace public, celui des administrations et des services publics, qui obéit au principe de neutralité ; l’espace civil, autrement dit la société qui est un lieu de confrontation des convictions politiques et des croyances religieuses, qu’il s’agisse du port du voile islamique ou des processions catholiques.</p><p>C’est dans cet espace civil qu’il faut concevoir une politique de la laïcité, à mi-chemin entre les « accommodements » passés avec les groupes religieux et le « laïcisme identitaire », quasi-religieux, qui porterait atteinte à la neutralité de l’Etat, telle que la doctrine française la conçoit. Cette politique d’équilibre est difficile à tenir mais l’objectif peut être atteint à deux conditions : il faut que les serviteurs de l’Etat maintiennent fermement ou retrouvent les principes de la laïcité à la française face aux prescriptions « européennes » ; il faut que les citoyens ne perdent pas de vue, dans leurs engagements politiques et religieux, les exigences de l’intérêt général et de l’unité nationale. Il n’y a rien à concéder aux entrepreneurs identitaires, religieux ou non, de droite ou de gauche ; quel que soit leur langage, ce sont des agents de dislocation.</p><p>***</p><p>(1) Laurent Bouvet, La nouvelle question laïque, Choisir la République, Flammarion, 2019.</p><p>(2) Cf. Denis Lacorne, De la religion en Amérique, Essai d’histoire politique, Gallimard, 2007, chapitre 8 : « Le mur de séparation entre l’Eglise et l’Etat ». Ouvrage chroniqué dans le numéro 921 de « Royaliste » et repris sur mon blog.</p><p>(3)  Voir les travaux d’Emile Poulat, présentés dans « Royaliste » et sur mon blog.</p><p>Article publié dans le numéro 1168 de « Royaliste » – mai 2019</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Sun, 19 Dec 2021 21:35:06 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Des intellectuels adressent une lettre ouverte à l’Institut du Monde Arabe de Paris]]></title>
	<description><![CDATA[
<p><a href="https://www.investigaction.net/wp-content/uploads/2021/12/85621795_3e8db0c4c5_c.jpg"></a><br /><a href="denied:javascript:window.print()"></a>   </p>

<p>Lettre ouverte à l’Institut du Monde Arabe de Paris : La culture est le sel de la terre et nous ne permettrons pas qu’elle soit utilisée pour normaliser l’oppression.</p>
<p>Nous, soussignés, intellectuels et artistes du monde arabe, demandons à l’Institut du Monde Arabe de Paris de revenir sur les prises de position de son festival « Arabofolies » et de son exposition « Juifs d’Orient » qui donnent des signes explicites de normalisation, cette tentative de présenter Israël et son régime de colonialisme de peuplement et d’apartheid comme un État normal. Pour rappel, un rapport de Human Rights Watch publié en avril dernier condamne Israël qu’il décrit comme un État d’apartheid, ainsi que l’avait fait auparavant B’Tselem, la plus importante organisation de défense des droits de l’homme israélienne.</p><p>L’Institut du Monde Arabe a montré les premiers signes de sa politique de normalisation au début de cette année, quand le président de l’Institut a déclaré saluer les dits « Accords d’Abraham ». Ces accords conclus par des régimes arabes non élus ou autoritaires d’un côté et le régime colonial israélien de l’autre ont été imposés par l’administration raciste de l’ex-président des États-Unis, Donald Trump, au mépris des droits du peuple palestinien.</p><p>Puis sont venues les dangereuses déclarations de Denis Charbit, un des membres du comité scientifique de l’exposition « Juifs d’Orient » qui se tient à l’Institut. Il a dévoilé que l’Institut du Monde Arabe coopère avec des institutions israéliennes impliquées dans l’appropriation de la culture arabo-palestinienne et de la culture juive-arabe. Il a déclaré son intention sans équivoque d’imposer Israël comme un fait accompli et comme une présence « normale » dans les programmes de l’Institut. Charbit s’est ainsi réjoui : « Cette exposition est le premier fruit des « Accords d’Abraham » et cela commence par la normalisation…Le ciel ne va pas nous tomber sur la tête…. si nous établissons une coopération avec Israël ».</p><p>L’Institut du Monde Arabe, qui a joué un rôle majeur en accueillant la culture arabe et en la présentant au public français, trahirait sa mission intellectuelle en adoptant cette approche normalisatrice – une des pires formes d’utilisation coercitive et immorale de l’art comme outil politique pour légitimer le colonialisme et l’oppression. Il s’agit aussi d’un manque d’honnêteté intellectuelle et morale, car il amalgame délibérément les Juifs arabes et les Juifs d’ »Orient » avec le régime colonial et d’apartheid israélien. Israël, avec l’aide du mouvement sioniste mondial, s’est non seulement rendu coupable du nettoyage ethnique de la majorité de la population palestinienne indigène, en colonisant sa terre et en pillant une partie de sa culture et de son patrimoine arabes. Il s’est aussi approprié la composante juive de la culture arabe, en la présentant comme sioniste, puis israélienne, avant de l’arracher à ses véritables racines pour l’employer au service de son projet colonial dans la région. Pourtant la culture des Juifs arabes fait partie intégrante de la culture arabe et la couper de ses racines est la négation d’une partie de la mémoire et de l’histoire arabes.</p><p>Persister dans cette approche de normalisation ferait perdre à l’Institut non seulement les intellectuels et les artistes dont il accueille la production culturelle créative depuis des décennies, mais aussi le public arabe en général.</p><p>Grâce à certains régimes arabes autoritaires qui ont soutenu et financé cette déplorable tendance à la normalisation dans l’Institut, le ciel n’est pas tombé sur nos têtes en effet. Mais la culture est le sel de la terre et nous ne permettrons à personne d’utiliser notre apport culturel au service d’un programme de normalisation qui sape la lutte du peuple palestinien pour la justice, la liberté et l’autodétermination, une lutte soutenue par tous les peuples de la région arabe et les gens de conscience de par le monde. Ce chemin d’émancipation, profondément ancré dans le sol, est l’horizon de la culture.<br />Cet appel peut être signé ici par d’autres artistes arabes: Lettre ouverte à l’Institut du Monde Arabe de Paris : La culture est le sel de la terre et nous ne permettrons pas qu’elle soit utilisée pour normaliser l’oppression.</p><p>Lundi 06 décembre 2021</p><p>Premiers Signataires</p><p>Elias Khoury, romancier, Liban<br />Rima Khalaf, ancienne Sous-Secrétaire générale de l’ONU, Jordanie<br />Marcel Khalife, musicien, Liban<br />Ahdaf Soueif, écrivaine, Égypte<br />Farida Benlyazid, réalisatrice, Maroc<br />Samia Halaby, peintre et écrivaine, Palestine<br />Mohammed Bennis, poète, Maroc<br />Anouar Brahem, musicien et compositeur, Tunisie<br />Rashid Khalidi, historien, Palestine/États-Unis<br />Natasha Atlas, chanteuse et compositrice, Égypte/France/Royaume-Uni<br />Elia Suleiman, réalisateur, Palestine<br />Robin Yassin-Kassab, écrivain, Syrie/Écosse<br />Anis Balafrej, écrivain, Maroc<br />Hanan Ashrawi, écrivaine, Palestine<br />Emel Mathlouthi, chanteuse et auteure-compositrice, Tunisie<br />Sulayman Al-Bassam, dramaturge, Koweït<br />Vera Tamari, artiste plasticienne, Palestine<br />Kamilya Jubran, musicienne, Palestine/France<br />Sinan Antoon, poète et romancier, Irak/États-Unis<br />Abdulrahim Al Shaikh, poète, Palestine<br />Annemarie Jacir, réalisatrice, Palestine<br />Massoud Hayoun, écrivain et journaliste, Égypte/États-Unis<br />Suleiman Mansour, artiste plasticienne, Palestine<br />…</p><p>Photo: <a href="https://www.flickr.com/photos/riggott/85621795" target="_blank" rel="noopener">Flickr</a></p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/807/what-is-patriotism-counterpunchorg</guid>
	<pubDate>Sun, 19 Dec 2021 21:33:36 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[What is Patriotism? - CounterPunch.org]]></title>
	<description><![CDATA[<p>During my six years as UN rapporteur I experienced more than the average level of animosity, mobbing, assaults on my personal integrity and ethics, distortion of my message, deliberate misquotation, below-the-belt insults, actionable defamation, even a couple of death threats.</p><p>As a retired rapporteur I have endeavoured to remain informed and active.  From time to time I give interviews, publish op-eds, most recently concerning President Biden’s “Summit for Democracy” and concerning the disgraceful ruling of the UK court in the case of Julian Assange.  This activity has brought me more insults and one particular assault on my convictions – I have been called “unpatriotic”, even a “traitor”.</p><p>Reflecting on this surge in social media hostility, I jotted down some thoughts on the meaning of patriotism, loyalty to one’s country, community and values.</p><p>Of course, patriotism means different things to different people. For me it entails citizen solidarity in promoting justice at home and resisting official lies, apologetics, euphemisms, crime and tyranny. Love of country requires a commitment to truth and readiness to counter « fake news » and skewed political « narratives ». Internationally, patriotism means averting harm from one’s country by pro-actively seeking dialogue and compromise, so as to contribute to peace and justice – pax et iustitia.</p><p>Some adolescents and young soldiers think that patriotism can be boiled down to the formula « my country right or wrong », and thus unwittingly risk becoming cannon fodder, victims of war-mongers and war-profiteers, who do not risk their own skins and let others die for their profits.  Patriotism must not be confused with chauvinism or jingoism. It is a positive value, aimed at advancing justice for all – it is not xenophobic.</p><p>Patriotism cannot and must not require knee-jerk « my country right or wrong », a formula that can only be described as an irresponsible cop-out, which only invites governments to abuse our trust, waste tax dollars in foreign interventions, breach our privacy through illegal surveillance, and commit any number of geopolitical crimes.</p><p>A true patriot says « not in my name » and demands transparency and accountability from government, so that our countries are indeed on the path to peace and justice. Horace’s noble-sounding maxim  dulce et decorum est pro patria mori  (it is sweet and appropriate to die for one’s country) must be recast in constructive terms : It is sweet to live for one’s country ! Indeed, that is what Cicero meant with caritas patriae.</p><p>Who qualifies as a patriot? For me, every citizen who takes democracy seriously and demands truth and ethical behaviour from the authorities. Among patriots in the 21st century, I count whistleblowers who uncover corruption, political scams and criminal activities by both the government and the private sector. They are the gatekeepers of the social order. Surely Edward Snowden is a patriot, as he risked life and career because of his conscience. We can learn more in his riveting book Permanent Record. We all owe him a debt of gratitude.</p><p>By contrast, who is not a patriot ? Every opportunist who advances his/her career at the expense of the common good, anyone who manipulates public opinion through sensationalism, evidence-free allegations, sabre-rattling and ends up dragging the country and its young soldiers into criminal warsand misery for all sides. The security of everybody  has been seriously compromised by these criminal war hawks, who sometimes are revered and hailed by the media as « patriots ».</p><p>Recently I have been criticized for publishing articles and op-eds with Truthout, CounterPunch, RT, CGTN, Asia Times, Telesur. I have been asked why is it that I do not publish also in the New York Times or Washington Post?  My laconic response reflects the state of censorship in our “free press”. Indeed, the mainstream media have never cared to interview me or invited me to write and article.  Dozens of proposed op-eds were rejected.  Add it to the “cancel culture” – the growing list of private-sector censorship and suppression of independent views.</p><p>It would be interesting to investigate how often other UN Rapporteurs are mobbed and insulted as I have been.  Of course, many rapporteurs avoid social ostracism by toeing the line and thus staying out of trouble.  This may also explain why so many in society have lost faith in the United Nations as a vector of change and effective promotion of human rights.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/806/pierre-mazeaud-seule-incarnation-vraie-et-passionnee-de-lesprit-de-la-ve-republique</guid>
	<pubDate>Sun, 19 Dec 2021 21:17:04 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Pierre Mazeaud, seule incarnation vraie et passionnée de l&#039;esprit de la Ve République]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Temps de lecture: 9 min</p><p>Ancien président du Conseil constitutionnel, Pierre Mazeaud est aujourd'hui le doyen des gaullistes. Il est aussi un témoin et un analyste pointilleux de l'évolution du régime politique de la Ve République, dont il fut une figure de premier plan, surtout à l'Assemblée nationale. Son recul et son indépendance donnent de la profondeur au travail du Parlement qui, effacé actuellement, révèle évidemment au pays le besoin de sa propre existence comme il peut susciter une certaine nostalgie.</p><p><a href="https://www.lepoint.fr/politique/pierre-mazeaud-emmanuel-macron-sera-reelu-d-extreme-justesse-30-10-2021-2449892_20.php" rel="noreferrer" target="_blank">Interrogé récemment</a> par <a href="https://www.radioj.fr/podcast/les-enfants-de-la-republique-63/" rel="noreferrer" target="_blank">plusieurs médias</a>, Pierre Mazeaud nous dit, avec son caractère bien trempé, son expérience et passion, un peu de nous-mêmes et beaucoup de notre époque et de la crise que vit notre pays. Il y a une décennie sortait une biographie écrite par Olivier Guillaumont, magnifiquement éditée par les Éditions Guérin et intitulée <a href="http://youtu.be/IP_xqBAiSSg" rel="noreferrer" target="_blank">Pierre Mazeaud, l'insoumis</a>. Insoumis? Sans doute plus que bien d'autres...</p>
<p>Plusieurs vies et un destin hors du commun</p>
<p>Pierre Mazeaud appartient à deux mondes grandement étrangers l'un à l'autre: le monde de la politique et celui de l'alpinisme. Issu d'une lignée d'aristocrates de l'université et de la magistrature, Mazeaud est à l'opposé de l'esprit bourgeois qui prospère aujourd'hui comme jamais. Il est un personnage politique important de la Ve République et l'un des rares –de droite de surcroît!– à avoir appartenu et s'être épanoui au sein d'un des rares derniers milieux transclassistes: celui de l'alpinisme, qui mêlait des garçons de toutes conditions, choisissant d'attaquer les voies et faces encore vierges des Alpes, au prix parfois de leur vie ou du deuil.</p><p>Comprend-on Pierre Mazeaud et son énergie conquérante sans percer les mystères du jeune alpiniste familier des Alpes et finalement <a href="https://youtu.be/nk5DhOiSF_A" rel="noreferrer" target="_blank">vainqueur, à 50 ans, avec Jean Afanassieff et Nicolas Jaeger, de l'Everest?</a> Certainement pas. Dans sa carrière politique, il ne doit rien à l'alpinisme, contrairement à Maurice Herzog qu'il assassina de quelque pique bien sentie. Dans sa vie, dans ce qu'il est, il doit probablement à cet affrontement passionné avec les sommets alpins ou himalayens une chose qui échappe au commun des mortels, un mystère, une force.</p><p></p><p>Kurt Diemberger, Pierre Mazeaud, Jean Afanassieff et Nicolas Jaeger donnent une conférence de presse après leur expédition sur l'Everest, le 26 octobre 1978 à Roissy. | Pierre Guillaud / AFP</p><p>Cet enthousiasme pour tout ce dans quoi il s'est investi, mais aussi un courage et une endurance physique hors du commun liés à sa passion pour l'alpinisme, ont progressivement donné d'autres atouts à Pierre Mazeaud.</p><p>Ténor de l'Assemblée nationale et de la vie politique française, c'est une personnalité hors norme, à la fois juriste scrupuleux, tribun orageux et homme de conviction au caractère suffisamment trempé pour ne laisser personne indifférent, ni se taire quand une question fondamentale à ses yeux émerge dans le débat. À l'évidence, Pierre Mazeaud n'est pas le genre d'homme auquel on ferait querelle dans le réfectoire d'un refuge de haute montagne, mais assurément à la parole et aux conseils de qui on ferait confiance.</p>
<p>Entre anarchisme et gaullisme, la liberté avant tout</p>
<p>En politique, Pierre Mazeaud, qui donc est issu d'une grande famille de juristes, se lie de fidélité à Michel Debré et conserve un attachement viscéral à la première version de la Ve République, à celle d'un <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Parlementarisme_rationalis%C3%A9" rel="noreferrer" target="_blank">parlementarisme rationalisé</a> mais vivant. Collaborateur de Jean Foyer, il reste aujourd'hui un partisan lucide du modèle constitutionnel premier du régime.</p><p>Fidèle en amitié et en politique, il déclare en 1998: «J'aime bien Jacques», ce qui dit beaucoup de ses relations avec Chirac. C'est ainsi que chez Anne Sinclair à «7 sur 7», Pierre Mazeaud définit ses relations avec le président de la République. Il avoue s'être particulièrement emporté dans le bureau de ce dernier lors de sa décision de dissoudre l'Assemblée nationale en avril 1997. Pierre Mazeaud fut pourtant de ceux qui quittèrent le gouvernement en 1976, lorsque Chirac claqua la porte de Matignon. Quelques jours après cette déclaration dans «7 sur 7», il devient membre du Conseil constitutionnel.</p><p></p><p>Le président de la commission des lois à l'Assemblée nationale, Pierre Mazeaud, s'exprime lors de l'émission «7 sur 7» dont il était l'invité, le 2 mars 1997 à Paris. | Pierre Boussel / AFP</p><p>Également lié à Philippe Séguin, qui fut son collaborateur lors d'un de ses passages au secrétariat d'État à la Jeunesse et aux Sports et avec lequel il partage beaucoup d'options politiques, dont le refus du traité de Maastricht, il mène la vie dure à ceux qu'il considère comme des adversaires au RPR –Édouard Balladur ou Alain Juppé. De quoi, a contrario de son habitude, se forger des amitiés.</p><p>Cette liberté de ton, d'idées, d'expression, Pierre Mazeaud la doit aussi à sa jeunesse militante anarchiste, très active. Son caractère trempé et la force de ses convictions n'altèrent pas son sens –jamais pris en défaut– de l'amitié, un sens probablement forgé dans les voies ouvertes dans le massif du mont Blanc. Ces ascensions lui ont appris la valeur des rapports de confiance humaine nécessaires en montagne, et consacré une amitié de plusieurs décennies <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Walter_Bonatti" rel="noreferrer" target="_blank">avec le grand alpiniste italien Walter Bonatti</a>, personnage incontestablement majeur de l'histoire de l'alpinisme, et dont Mazeaud dit volontiers qu'il lui a dû la vie en 1961.</p><p>Mazeaud pratique le sens de l'amitié à l'Assemblée nationale. C'est à la prestigieuse commission des lois de l'Assemblée nationale qu'il se lie d'une véritable amitié avec Julien Dray, alors bête noire d'une partie de la droite française en raison de son rôle dans l'organisation des mouvements de jeunesse de gauche, qui plus est lié au mitterrandisme triomphant.</p><p>Dans les conversations relatives à Pierre Mazeaud, certains retiendront immédiatement les rencontres de Mazeaud avec De Gaulle, d'autres resteront très respectueux et admiratifs de son amitié totale avec le grand Bonatti ou de celle avec Dino Buzzati. Un seul fil rouge, une seule corde fixe donc: l'amitié.</p>
<p>Parlementaire dans l'âme, une espèce en voie de disparition</p>
<p>À l'Assemblée nationale, il forme avec malice un duo particulièrement turbulent dans l'hémicycle avec Robert-André Vivien, figure du RPR, député-maire de Saint-Mandé et très doué pour susciter chahuts de ministres et proférer remarques aussi drôles que déstabilisantes.</p><p>Au cours de la législature 1988-1993, soudainement et sur un sujet annexe, le terrible duo chahute le secrétaire d'État aux Transports, Georges Sarre, qui n'a d'ailleurs jamais renié les relations de sympathie avec les deux hommes. Surpris par cette attaque en règle, Sarre les retrouve après la séance à la buvette du palais Bourbon et leur demande le pourquoi de cette offensive. Les deux compères, nullement acrimonieux, mais confrontés à la vérité d'un chahut qui s'exonérait probablement d'une réelle analyse dudit projet, lui expliquent: «En fait Georges, on ne t'avait jamais chahuté, tu étais le dernier, c'était l'occasion, voilà.» Un moment de vie, en fait.</p><p></p><p>Le président de la commission des lois de l'Assemblée nationale, Pierre Mazeaud, réagit, sur les bancs de l'hémicycle, lors de la suite de la deuxième lecture du projet de loi sur l'immigration, le 26 février 1997 à Paris. | Pascal Guyot / AFP</p><p>Cependant, ce moment de vie camoufle mal –il révèle– que la vie politique souffrait peut-être de clivages aux défauts avérés, mais que les protagonistes des joutes politiques ne se haïssaient pas, voire s'appréciaient grandement. Les séances des questions au gouvernement étaient, somme toute, égayées par ces interventions dignes d'un monôme étudiant virant au chahut de fond d'amphi.</p>
<p>L'alpinisme, un rapport unique à la vie</p>
<p>Une amitié hors du commun, comme nous l'avons vu, explique la force du destin de Pierre Mazeaud: celle avec Walter Bonatti. Un drame historique est entré dans la mémoire de la famille de l'alpinisme: la tragique destinée de <a href="http://youtu.be/-5J_Bsgu20g" rel="noreferrer" target="_blank">l'expédition du pilier du Frêney</a>. Mazeaud, seul rescapé avec Bonatti de cette cordée composée d'alpinistes d'un niveau exceptionnel, confie qu'il doit la vie à son ami et révèle une vérité de l'amitié: dans une cordée, c'est la responsabilité que chaque membre a à l'égard de l'autre, responsabilité relative à la vie, qui détermine la vie, et par voie de conséquence l'amitié pour la vie.</p><p>Pierre Mazeaud a en effet fait de la montagne une face entière de son existence, sûrement d'ailleurs sa propre face nord, la plus difficile et la plus passionnante. C'est elle qui aura d'ailleurs forgé ses relations, dénuées de considérations de classe, éprises d'égalité mais exaltant la conscience du risque pris. Bref, Mazeaud s'est forgé une éthique et une éthique politique qui semblent appartenir à un monde englouti ou parallèle.</p><p>«Ils ont eu comme le bonheur de mourir jeunes où ils souhaitaient mourir.»</p>
<p>Pierre Mazeaud</p>
<p>Jeune, il fait partie de ce petit milieu d'alpinistes chevronnés qui, issus de tous les milieux sociaux, se lancent à l'assaut des voies les plus risquées des Alpes et se croisent à l'hôtel de Paris à Chamonix. De cette passion dévorante et toujours présente, il connaît le coût humain et la face dramatique de l'extraordinaire aventure collective de ces pionniers de l'alpinisme. Lors de l'expédition du Frêney, il perd un à un tous ses amis.</p><p>Le récit de ce drame de l'alpinisme correspond, pour tous ceux qui s'y intéressent, à l'épopée tragique des assauts de la face nord de l'Eiger. Le récit de ce drame, ses terribles heures, ont longtemps contribué à l'éducation de chaque jeune alpiniste. Les disparitions de Pierre Kohlmann puis d'Antoine Vieille et de Robert Guillaume en l'espace de quelques heures, celle d'Andrea Oggioni auprès de lui n'ont pu qu'avoir une influence majeure sur le destin de Pierre Mazeaud. Ce drame humain qui embrasse la complexité du rapport existentiel des alpinistes à leur passion est-il compréhensible par le profane? Il l'est par Mazeaud, qui n'hésite pas <a href="https://www.youtube.com/watch?v=-5J_Bsgu20g&amp;ab_channel=tvmountain" rel="noreferrer" target="_blank">à donner son ressenti</a> quant au destin de ses amis: «Ils ont eu comme le bonheur de mourir jeunes où ils souhaitaient mourir.» Il est vrai que les morts restent jeunes.</p>
<p>Vigie et autorité morale</p>
<p>La fidélité de Pierre Mazeaud pour l'esprit initial et parlementaire de la Ve République, celle des conceptions constitutionnelles de Michel Debré, aboutit après tant de révisions du texte originel, aussi logiquement que paradoxalement, en 1998, à sa nomination à la présidence du Conseil constitutionnel.</p><p>Il est, de fait, l'avant-dernier invité du légendaire «7 sur 7» d'Anne Sinclair, ce qui n'est pas aussi mémorable que la victoire sur l'Everest mais à peu de distance, avouons-le. Mazeaud, indépendant d'esprit, refuse l'occasion offerte par ce «7 sur 7» de s'opposer aux emplois jeunes de la gauche plurielle. Il se libère un peu plus de la doxa d'un peuple de droite courroucé par sa récente défaite et prêt à toutes les embardées politiques. Déjà, Mazeaud apparaît plus alors comme un gardien (du refuge gaulliste?) qu'un conquérant de l'inutile droitisation.</p><p>Devenant président du Conseil constitutionnel peu après, il sera apprécié et ne trahira pas sa vision de la vie, de l'action et de la liberté au service de la vérité à laquelle on croit.</p><p></p><p>Le président Jacques Chirac salue le président du Conseil constitutionnel Pierre Mazeaud, le 3 janvier 2005 au palais de l'Élysée à Paris, après la présentation des vœux des membres du Conseil constitutionnel au président de la République. | Patrick Kovarik / AFP</p><p>Fin 2021, il ne fait aucun doute que la voix de cet ancien président du Conseil constitutionnel, élu gaulliste pendant plusieurs décennies et opposé à l'élection présidentielle au suffrage universel va prendre de l'ampleur. Le vieux monde n'avait pas que des défauts, Mazeaud les compense de toute façon par ses qualités.</p><p>Des années durant, Pierre Mazeaud a été candidat, battu ou élu, tribun du RPR aux quatre coins du pays, député de plusieurs départements, ministre, président du Conseil constitutionnel. Figure du palais Bourbon, les échos de sa voix comme de peu d'autres s'y font encore entendre. Figure du RPR, il y a tenu une option personnelle sans aucun doute libre, sociale et très autonome à l'égard de l'appareil gaulliste. Sans grande illusion sur ses amis politiques tout en cultivant l'art de devenir ami avec ses contradicteurs, il a incarné et incarne encore une certaine conception de la politique, celle d'hier dans ce qu'elle avait de meilleur.</p><p>Ses visites récentes au palais Bourbon le désolent. Sa vision de Macron est nuancée; sa détestation de l'extrême droite, exacerbée. Ces derniers temps, Pierre Mazeaud, <a href="http://www.radioj.fr/podcast/les-enfants-de-la-republique-63/" rel="noreferrer" target="_blank">invité au micro de Frédéric Haziza</a>, n'a manifesté que mépris pour Éric Zemmour et n'a pas renoncé à exprimer son dédain historique pour Michel Barnier, dédain légendaire au RPR où les jeunes militants pasquaïens peignaient sur les routes de Savoie «Barnier niais niais».</p>
<p><a href="http://www.slate.fr/newsletters"></a></p>
<p>On croit comprendre que le personnel dit «politique» ne lui inspire rien, sinon une forme de nostalgie du temps où le Parlement était le Parlement et les conquérants des conquérants... même de l'inutile. Sens de l'État, de l'indépendance nationale, capacité à s'affronter et à s'entendre avec ses adversaires... Le monde de Pierre Mazeaud n'a-t-il pas vocation à transcender «ancien» et «nouveau» mondes?</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
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	<pubDate>Sun, 19 Dec 2021 20:55:46 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/805/avec-laurent-bouvet</link>
	<title><![CDATA[Avec Laurent Bouvet]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Ainsi il n’est plus. Il l’avait annoncé au grand public sur les réseaux sociaux il y a quelques jours et ceux qui le connaissaient un peu savaient que c’était la fin. Laurent Bouvet souffrait d’un mal incurable qui l’a empêché d’aller au bout de ce qu’il voulait faire.</p><p>Et pourtant, c’est quelqu’un qui a tout changé.</p><p>D’abord dans les années 90 puis au début des années 2000, en pointant du doigt la déconnexion grandissante entre la gauche et le peuple. Il prêcha longtemps au sein d’une famille politique qui ne voulait pas l’écouter. Il tenta d’expliquer qu’à force de ne plus parler de la France, de ne plus parler au peuple, la gauche était condamnée à perdre non seulement les élections, mais aussi à perdre son âme.</p><p>Il n’est pas parvenu à emmener la gauche avec lui et l’a observée dériver, sourde à ses avertissements, refusant de voir ce que tout le monde voyait. En fait, Laurent était à cette époque dans le vrai, mais il lui manquait quelque chose. Il faisait partie de ces intellectuels que le milieu universitaire ne pouvait pas entièrement contenter. Il voulait être un intellectuel dans la société, il voulait élargir son audience tout en restant lui-même. Il lui manquait internet, il lui manquait les réseaux sociaux.</p><p>C’est dans les années 2010 que Laurent Bouvet allait devenir bien plus qu’un politiste parmi les plus brillants de sa génération. Et il allait le devenir en alliant des ouvrages à la fois savants et accessibles et une présence en ligne jusqu’alors inédite où il descendait dans l’arène, dans la confrontation, avec son cortège d’excès et de passions.</p><p>En se saisissant de deux problématiques très sensibles qu’étaient la question identitaire et la question laïque, Laurent Bouvet allait donner une boussole à ceux qui étaient perdus et n’arrivaient pas à mettre des mots, des concepts politiques sur ce qu’ils voyaient au quotidien. C’était précisément mon cas.</p><p>Nous savions tous qu’il se passait quelque chose, que la société française était malade, traversée par des courants malsains qui visaient à détruire notre tradition universaliste, à enfermer chacun dans son identité réelle ou supposée, nous assistions fort bien au retour en force de la question religieuse partout, nous observions, impuissants, la migration électorale du peuple vers le Front national sans trouver de discours alternatif qui puisse l’empêcher.</p><p>C’est là que, par le bouche-à-oreille, nous avons découvert que Laurent était bien plus qu’un professeur de science politique à la barbe fleurie qui gravitait autour du PS. Nous avons découvert, à travers l’insécurité culturelle, qu’il avait aperçu la solution, qu’il avait trouvé le moyen de réconcilier le peuple avec la politique ou en tous cas, qu’il avait posé un diagnostic qui, s’il était collectivement travaillé, allait pouvoir mettre la France sur la voie de la guérison.</p><p>Nous avons donc échangé sur les réseaux sociaux, puis par le biais des messageries instantanées, puis nous nous sommes rencontrés, nous avons travaillé à la construction de ce discours que nous pensions efficace. Et nous le construisions avec lui sur les réseaux sociaux, en s’encourageant les uns les autres et en essayant de rendre plus concrets les concepts que Laurent avait développés, en essayant de les traduire en politiques publiques, en discours politiques. Bien entendu, cette démarche était extrêmement exigeante et nécessitait d’être en constant équilibre afin de ne pas tomber dans l’excès, de ne pas nous perdre dans l’abime.</p><p>C’est à ce moment-là que, frais docteur en science politique, je devenais le conseiller d’un Maire de banlieue populaire. Je pense que j’ai accepté ce poste parce que Laurent, qui m’avait un peu coaché sur la fin de ma thèse, commençait à parler de laïcité, de combat républicain. Ce que nous avons construit, nous avons essayé de l’appliquer. Et ça a marché. Et parce que cela a fonctionné, cela a rendu fous ceux à qui Laurent avait essayé de faire passer ce message des années durant : les militants de gauche gagnés par l’idéologie indigéniste et décoloniale. Il faut être clair, ce sont eux qui, à peine l’annonce de son décès révélée, se sont parfois bruyamment réjouis de sa disparition, ce sont eux qui l’abreuvaient au quotidien de messages haineux, car ils leur montraient qu’ils avaient tort, il leur montrait qu’on pouvait parler de France, de République, de laïcité, de patrie sans être d’extrême droite. Et cela les rendait fous.</p><p>Laurent Bouvet a ensuite écrit ce qui restera pour moi un des plus brillants livres sur la laïcité : « la nouvelle question laïque ». Cet ouvrage n’a pas eu le retentissement qu’il aurait mérité. Sans doute Laurent Bouvet était-il occupé au développement du Printemps républicain et qu’il fut ensuite fauché par l’annonce de sa maladie. « La nouvelle question laïque » est pourtant son œuvre à la fois la plus savante et la plus utile, car elle permet à tous ceux qui se sentent mal à l’aise avec cette montée du fait religieux qui semble inexorable de trouver des outils pour se redresser en brandissant cette valeur si française, si unique et si efficace.</p><p>En fait, du « sens du peuple » à « la nouvelle question laïque », Laurent Bouvet a joué le rôle de l’intellectuel laïque que la France attendait. Il l’a fait de façon plus efficace que beaucoup d’autres, car il a su maitriser les réseaux sociaux mieux que quiconque. Il fut le premier intellectuel à le faire, presque tous les autres, amis ou adversaires, ont dû s’aligner sur sa façon de faire, moi le premier.</p><p>Aujourd’hui, chaque message politique en ligne doit quelque chose au style Bouvet.</p><p>Il était l’intellectuel moderne, il avait compris son époque et la façon de peser sur elle, de modifier le cours des choses en écrivant, en inspirant. Il n’est plus et même s’il dit avec optimisme qu’il sait que ses idées seront portées brillamment par d’autres, je pense ne pas être le seul de ses héritiers à se demander si je suis vraiment à la hauteur d’un tel modèle.</p><p>Repose en paix Laurent, nous ferons ce que nous pourrons.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/804/benjamin-sire-laurent-bouvet-les-victoires-dans-la-mort</guid>
	<pubDate>Sun, 19 Dec 2021 10:30:02 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/804/benjamin-sire-laurent-bouvet-les-victoires-dans-la-mort</link>
	<title><![CDATA[Benjamin Sire : Laurent Bouvet, les victoires dans la mort]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Il est rare que la mort représente une victoire, plus rare encore qu'elle en représente plusieurs. Il y a pourtant un peu de ça avec <a href="https://www.lexpress.fr/actualite/idees-et-debats/disparition-de-laurent-bouvet-fondateur-du-printemps-republicain-et-cassandre-de-la-gauche_2163933.html" target="_self">Laurent Bouvet, qui vient de nous quitter</a> après un combat contre la maladie allant tellement au-delà de l'exemplarité, que cette mort en devient avant tout une leçon de vie. Pourtant, pour moi, comme pour tous ses amis, qui l'avons accompagnés de longue date et de plus ou moins près depuis plus de deux ans que le mal s'était insinué en lui, écrire ces mots a quelque chose de surréaliste tant notre longue préparation à la nouvelle, fruit de sa délicatesse infinie, ne peut rien face à l'émotion qui submerge malgré tout et laisse désarmé face au clavier. Et pourtant que de précautions a-t-il pris pour que notre peine soit des plus contenues. </p><p>Raté mon ami, mais tout ce que tu étais est dans ce que j'énonce maintenant, en employant, hélas, la troisième personne du singulier, ce passé simple et cet imparfait qui me sont inimaginables à ton propos. </p><p>Depuis ce jour du printemps 2019 où, lors d'un week-end de travail dans l'Yonne, il me fit part des étranges sensations qui parcouraient ses membres et dont il se demandait si elles ne l'aideraient pas à comprendre ma propre douleur... Depuis ce texto envoyé, une fois l'été passé, où il m'annonça, ainsi qu'à une poignée d'amis, que le diagnostic n'était pas risible, révélant la terrifiante maladie de Charcot... Depuis chaque nouvel épisode de ce drame, sa seule préoccupation aura été de moquer l'idée même de la plainte et de nous rassurer sans cesse, jusqu'à son dernier rire, quant à sa sérénité, à sa joie de nous avoir réuni, à sa volonté de ne pas nous savoir triste, comme si nous étions les malades et lui le bien portant. Mais triste, je le suis quand même, infiniment, nous le sommes quand même.  </p>
<p><a href="https://abonnement.lexpress.fr/offre/catalogue/digital/mensuel/?xtatc=INT-85-%5Bcatalogue_digital_2mois1e_mensuel%5D&amp;egn-publisher=autopromo-site&amp;egn-name=catalogue-digital-2mois1e-mensuel_inread-article" target="_blank" rel="noopener"><br /><br /><br />Offre limitée. 2 mois pour 1€ sans engagement<br /><br /><br />Je m'abonne<br /><br /></a></p>
<p>J'aimais déjà cet homme de toute mon âme avant que le sort ne le désigne au supplice de l'enfermement progressif, puis total, dans un corps que l'esprit ne savait quitter. Depuis la maladie, cet amour se double d'une admiration tournant à la dévotion, alors même qu'aucune chapelle, aucune église, aucune fausse gloire ne m'a jamais fait plier le genou. Tandis que dans l'âge identitaire que nous traversons, chacun s'envisage un motif réel ou imaginaire pour s'offrir à la mode de la victimisation, que d'aucuns se plaignent à qui mieux-mieux des micros agressions subies dans la moindre confrontation avec le monde extérieur, que les fragiles voient dans chaque mot écrit en réseaux ou prononcé la preuve d'une insupportable offense, par ailleurs retournée en occasion de censure et d'instauration d'un totalitarisme à bas bruit, Laurent, inflexible d'humanité, a porté comme un totem d'élégance suprême la devise "never explain, never complain"... Ayant vécu avec panache, il a ajouté à sa mort la classe la plus absolue. C'est sa première victoire. </p>
<p>Nique à l'arbitraire</p>
<p>La seconde aura été d'avoir choisi le moment, aussi douloureuse pour ses proches ait pu être cette décision. Mais pour celui qui n'avait pas de Dieu, mais quelques maîtres, cette latitude de faire la nique à l'arbitraire de la nature, entouré des siens, est un ultime témoignage de cette ironie combative qui lui valut tant de mauvais ennemis... Puisque nous savions ce que seraient les choses, il eut même l'ultime prévenance de nous en faire part avec un peu d'avance, pour nous laisser le temps d'envisager. Respect, l'ami. Même si ce mot est d'une insigne faiblesse pour exprimer ce que je pense vraiment. Il est dommage que, par essence, les combattants de la laïcité et de la République, dont il fut le plus parfait officier, fussent-ils croyants, n'aient pas les moyens de prononcer de quelconques canonisations, parce que j'ai du mal à refuser l'analogie entre la manière dont l'homme dont je parle a affronté la bataille finale avec l'idée que l'on se ferait d'un saint. Certains se moqueront sans doute de l'aspect excessif de mes mots, mais de ce côté de l'écran d'où je parle, j'ai quelques raisons de ne pas les envisager ainsi. </p><p>Et c'est une autre victoire de Laurent. Celle ayant consisté, dans l'adversité si parcimonieuse en nobles caractères que représentent les combats d'idées et politiques, d'avoir su fédérer autour de lui, un cercle d'hommes et de femmes qui, non contents de célébrer un profond accord intellectuel (aux antipodes de la caricature que nos contempteurs en font), se sont retrouvés embarqués dans la plus intense et valable des aventures humaines, celle de l'amitié. Que l'on demande à tous ses plus proches compagnons de route, à celles et ceux qui ont participé à la création du Printemps républicain, quelle est la si étrange particularité de ce mouvement par rapport à tous les autres que nous avons fréquentés tout au long de nos parcours respectifs. Tous vous répondront la même chose. L'amitié, réelle, si désintéressée qu'elle vaut à nombreux de nos camarades d'avoir dépassé les limites acceptables du bénévolat, si sincère qu'elle vit bien souvent le combat politique être freiné par la préoccupation aux soucis personnels des uns et des autres, si empreinte de cet humour qui fut souvent reproché à Laurent, que de nos réunions, en dépit d'un travail souvent acharné pour faire émerger nos idées, restent avant tout ancrées dans ma mémoire pour les éclats de rire qui n'ont cessé de les ponctuer, tout autant qu'ils furent l'essentiel de ces dîners que nous avons organisé autour de Laurent, dans la période où la maladie et la pandémie de Covid les rendaient encore possibles. L'amitié, donc, une victoire de plus, qui sera encore plus retentissante si nous arrivons à la faire perdurer au-delà de la disparition d'un homme qui fut le ciment de nos convictions, mais aussi de la jonction de nos âmes. </p>
<p>Une oeuvre hélas prémonitoire</p>
<p>La dernière victoire de Laurent, enfin, est la plus éclatante et la plus déprimante. C'est celle de son oeuvre, prémonitoire, éclairante, mais ne voisinant pas avec un optimisme béat. Même si je laisse à d'autres bien plus compétents que moi, ici et ailleurs, la tâche de commenter ses idées et ses livres, j'ai hélas le sentiment qu'ils ont décrit par le menu ce que sont déjà les enjeux de la campagne pour l'élection présidentielle et ce que sera le scrutin lui-même. À l'écriture de ces mots, j'entends déjà l'exploitation malhonnête que pourraient en faire nos adversaires et ceux qui ont poursuivi Laurent de leur haine. "Vous dites victoire de ses idées ? Victoire de la droite et de l'extrême droite qui, quel que soit le résultat de l'élection, pèse plus de 60% de l'électorat. Victoire des fachos et de l'islamophobie que vous portez !" Alors je reformule, balayant cette arnaque de l'islamophobie, alors que nous avons toujours combattu toutes formes de racisme et de discriminations, notamment à l'égard des femmes et des LGBT, mais aussi des musulmans qui sont justement la cible des islamistes et de leurs alliés, partout dans le monde, jamais jugés assez purs pour les rétrogrades haineux qui pervertissent leur religion. Non, ce n'est effectivement pas une victoire pour tous. C'est celle des principaux constats que fit Laurent durant les dix dernières années, et la défaite de ceux, principalement à gauche, qui, ne voulant pas regarder le réel en face, se sont bouché les oreilles à son énoncé, jusqu'à voir l'extrême-droite (et cette partie de la droite qui lui coure après) le préempter pour lui associer ses solutions aussi nauséabondes qu'inefficaces, dangereuses et sans avenir - elle qui ne regarde que le passé...  </p><p>De quoi s'agit-il? La première intuition bouvetiste de la sortie de route de la gauche se confia début 2012 dans, Le sens du peuple, écrit en réaction à la fameuse note Terra Nova de 2011, entérinant l'abandon des classes populaires par la nébuleuse socialiste au profit d'un peuple de substitution. Comme l'écrivait Laurent pour présenter l'ouvrage : "Retrouver les sens du peuple est à la fois une nécessité électorale et un impératif moral pour la gauche". Cette dernière a balayé tout à la fois la nécessité et l'impératif et se retrouve marginalisée à un point qui ne provoque rien d'autre qu'une infinie tristesse. Vint ensuite L'insécurité culturelle, parue en 2015, ce constat que le facteur économique ne pouvait à lui seul expliquer les dérives populistes, mais qu'il fallait y ajouter les inquiétudes identitaires et culturelles pour apporter des solutions à nos concitoyens. Tandis que, par flemme, la gauche - qui a beaucoup commenté les livres de Laurent, mais ne les a que très rarement lus - vouait aux gémonies ce simple énoncé pour en faire un concept raciste, voire islamophobe, alors qu'il n'est même pas un concept et prend également en compte l'insécurité culturelle ressentie par nos compatriotes musulmans, une partie de la dédicace que me fit Laurent de son livre donne les clefs : "L'insécurité culturelle, mieux la combattre, c'est d'abord mieux la connaître". Et mieux la connaître, c'est accepter d'analyser le rôle de la mondialisation dans les paniques morales qui saisissent ceux de nos compatriotes qui n'en tirent pas profit, d'observer le déclassement subi par les zones rurales et le péri-urbain, de plonger dans les revendications de cette France si bien décrites par Jérôme Fourquet, Jean-Laurent Cassely, ou Denis Maillard et avant eux, par moments, par Christophe Guilluy, de mesurer le poids d'un entrisme islamiste qui pervertit l'islam et, profitant de l'offensive identitaire de la gauche américaine, provoque une balkanisation des êtres et des revendications cultuelles dont se saisissent désormais également certains chrétiens. C'est comprendre le poids de l'individualisme propre à la société numérique dans la destruction du commun et toutes ces sortes de choses. Enfin s'ajoutèrent en 2019 et 2020, La nouvelle question laïque et Le péril identitaire, qui analysaient à la fois le garde-fou, attaqué de toutes parts, que représente la loi de 1905, seule à même de défendre toutes les consciences, idées et croyances, et les conséquences de l'ère identitaire, fruit du libéralisme culturel, qui met notre société en péril et, faisant de chacun un objet politique autonome, nous voit entrer les uns et les autres en collision permanente au prétexte de nos particularismes revendiqués. </p>
<p>Pendant ce temps...</p>
<p>Et c'est bien face à tout cela, froidement analysé par Laurent, que nous nous retrouvons à l'heure d'envisager d'introduire notre bulletin de vote dans les urnes au printemps prochain. Il avait tout vu, tout envisagé, mais certains préférèrent le poursuivre de leur vindicte pour quelques tweets ironiques, pour quelques posts Facebook posant de légitimes questions, pour quelques incitations à interroger le pays et non le seul microcosme d'une gauche d'estrade sans cesse agonisante sous le poids de sa suffisance. La gauche avait à disposition l'un de ses plus brillants émetteurs d'idées, l'un de ses plus prolifiques esprits. Elle a préféré sombrer dans de lilliputiens combats à base de bois mort et de défense du voile, d'offenses en passant devant des statues ou quelques caricatures innocentes (sauf pour leurs auteurs qui en périrent), d'écritures inclusives excluant tellement de nos compatriotes, et de tous ces sujets qui laissent une immense majorité des Français pantois, tant tout cela est aux antipodes de leur quotidien et des souhaits qu'ils peuvent exprimer. Hélas, rien n'ayant été fait, ils choisiront entre le pire et la caricature faussement moderne et disruptive figurée par l'actuel chef de l'État, qui ne représente qu'une passerelle enjambant le vide mais, hélas, trop courte... </p><p>Pendant ce temps, dans un monde parallèle, Cyril Hanouna, entend jouer l'arbitre des (inél)élégances de l'élection présidentielle à coups de clashs dégoulinants de vulgarité, comme il le fit pour la première de sa nouvelle émission, Face à Baba (rien que le titre...), avec le reflet de son miroir du PAF bolloréen, Éric Zemmour, et une poignée de contradicteurs en mousse, dont ceux de cette France Insoumise, dont le leader, Jean-Luc Mélenchon, a passé les dernières semaines à se vautrer en injures contre le Printemps républicain d'un Laurent agonisant... </p><p>Pendant ce temps, dans un monde parallèle, Christiane Taubira, cette fausse valeur richissime d'une gauche dont elle ne porte aucune des idées essentielles, Christiane Taubira, qui, en son temps, vota la confiance à Édouard Balladur, et refusa il y a peu d'appeler les Guyanais à se faire vacciner, Christiane Taubira donc, se présente en éventuel recours progressiste, pour peu que tous les tristes candidats déjà déclarés se couchent sur son passage, qui partout, tout le temps, ne déclencha que des catastrophes si l'on excepte le mariage pour tous, loi essentielle, mais mal amenée.... </p><p>Pendant ce temps, dans un monde parallèle, sur Twitter ou ailleurs, hier encore, il en est qui, gonflés de leur ignorance et de leur mépris pour le réel et le courage, deux notions souvent inséparables, imaginaient la manière dont Laurent serait en train de manoeuvrer, depuis l'au-delà (?), pour obtenir tel poste ministériel, tel avantage, telle influence, lui qui, de toute sa vie n'a jamais rien réclamé de tel et encore moins depuis les deux dernières années où il se savait condamné. Il en est encore qui, tout à leurs rêves de courtisans, font, croyant atteindre un être admirable en tout point, le récit de leurs bassesses personnelles, ne divulguant qu'eux-mêmes et dessinant à leur corps défendant le portrait de la grandeur de mon ami aujourd'hui disparu... De mon ami qui, dans son dernier message, à quelques heures du trépas, nous donnait, aux quelques indéfectibles, le qualificatif de frères. Et, haut et fort, je le dis, cette fraternité est vraie autant qu'elle fut un bonheur et le reflet d'une tristesse insondable à l'idée qu'elle ne se poursuivra pas. Mais, même si pour certains, dont je suis, c'est la fin d'une époque, l'héritage de Laurent lui survivra, dans les coeurs et par ses idées. Et ce sera son ultime victoire par-delà la douleur immense qui saisit sa femme, Astrid, ce monument de courage, qui ne peut être autrement puisqu'ils s'aimèrent à la hauteur des hautes qualités de chacun, et de ses filles qui, malgré les larmes ont pris l'exemple d'un homme vraiment exceptionnel. Je pense à elles à chaque instant, mon ami, mon frère.  </p>
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<p>*Benjamin Sire est compositeur et journaliste. Il est également membre du conseil d'administration du Printemps républicain.  </p>
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]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/803/face-a-baba-hanouna-la-mue-politique-de-zemmour-continue-l%E2%80%99edito-de-michel-taube</guid>
	<pubDate>Sat, 18 Dec 2021 10:15:30 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/803/face-a-baba-hanouna-la-mue-politique-de-zemmour-continue-l%E2%80%99edito-de-michel-taube</link>
	<title><![CDATA[Face à Baba Hanouna, la mue politique de Zemmour continue. L’édito de Michel Taube]]></title>
	<description><![CDATA[<p></p><p>Depuis sa déclaration de candidature, Éric Zemmour poursuit sa mue présidentielle. Sans renoncer à sa priorité identitaire, celle de sauver la France et la civilisation européenne, il démontre et même surprend par la crédibilité de son discours, notamment en matière économique, au point qu’il rase peut-être moins gratis que ses concurrents pourtant réputés plus sérieux en cette matière. </p><p>Sur le plateau de l’émission de Cyril Hanouna, « Face à Baba », dont il fut le premier invité politique dans le cadre de la campagne de la présidentielle, Éric Zemmour a également fait preuve d’un calme étonnant face à des attaques d’une rare virulence. Certes, certains de ses propos demeurent fort contestables. Par exemple, au lieu de reprocher l’intrusion du racialisme à l’école, il dénonce l’enseignement de l’antiracisme. </p><p>Intraitable sur le fond, Eric Zemmour continue à arrondir les angles pour mieux revêtir les habits de présidentiable. Le candidat à l’Elysée a une fois de plus, après son discours de Villepinte, tendu la main aux musulmans de France, sur le mode : « choisissez l’assimilation à la société française plutôt que la soumission à l’Islam. »</p><p>Sa proposition d’interdire le voile islamique dans toute la société a évidemment fait débat. La crainte d’une France libanisée d’ici vingt ans justifie cette mesure radicale qui a l’avantage de déplacer le champ de la la laïcité de la neutralité de l’Etat à l’ensemble de la société. Mais l’on se demande si l’interdiction de tout signe religieux dans la rue ne serait pas de nature à créer immédiatement de très fortes tensions. Rappelons que la loi interdisant la dissimulation du visage, donc le voile intégral, n’a jamais pu être appliquée, car le policier qui dresserait une contravention devrait être accompagné d’un escadron de gendarmes mobiles ou de CRS, si ce n’est pas par l’armée, pour survivre à la violence que provoquerait l’application de la loi, en particulier dans les « Quartiers de Reconquête Républicaine », un terme qui en dit long sur leur situation.</p><p>Un paradoxe étonnant s’est joué en direct sur le plateau de « Face à Baba” durant plus de trois heures : toujours aussi ferme sur le fond, Eric Zemmour s’est montré moins extrémiste et violent  qu’un Aymeric Caron et surtout Alexis Corbière qui a multiplié les attaques agressives. Comme des perroquets, ils ont accusé obstinément leur ennemi (à ce stade, on ne peut plus parler d’adversaire ou de contradicteur), d’être fasciste et raciste, des propos battus en brèche par Éric Naulleau, ami de longue date d’Éric Zemmour, qui s’oppose pourtant à lui sur de nombreux points. Naulleau se revendique de gauche, mais d’une gauche traditionnelle française qui n’existe plus. Celle du vivre ensemble, de la méritocratie et de la laïcité, alors que celle qui s’est imposée est néo marxiste, multiculturaliste, égalitariste dans le sens du nivellement par le bas, wokiste et trop souvent islamogauchiste. La gauche socialiste d’aujourd’hui a trahi tous ses idéaux, toutes ses valeurs originelles. Elle avait quelques specimen face à Zemmour qui ne s’en est pas laissé démonter.</p><p>« C’est parce que je suis de gauche que je ne suis plus de gauche » dit souvent Alain Finkielkraut. C’est parce que Corbière et Caron, pour en rester au contexte de l’émission « Face à Baba », ne sont plus que des fascistes de gauche, des idiots utiles de l’islam politique, du wokisme et de l’indigénisme, que la gauche est éliminée de la course au pouvoir, qu’elle a perdu son électorat, principalement parti chez Le Pen et Zemmour.</p><p>Si Zemmour et Le Pen ne sont pas fascistes ou racistes, leur conception de la nation n’en demeure pas moins porteuse de graves dérives. Pour eux, la nation prime les valeurs. Le féru d’histoire qu’est Éric Zemmour ne devrait pas oublier à quoi peut conduire le nationalisme. </p><p>Et vint l’avocate d’une société transsexuelle</p><p>Clou de la soirée, Élisabeth Moreno, ministre déléguée chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, offrit une opportunité trop facile à Éric Zemmour de défendre la normalité de la différence des sexes sur le plateau de « face à Baba » contre l’apologie de la transsexualité, présentée par la ministre comme une normalité, un choix de vie donné aux adolescents. </p><p>Sait-elle que la Suède, premier pays à avoir reconnu le droit des transgenres, allant jusqu’à permettre aux parents de faire administrer des hormones à des mineurs qui croient ne pas se sentir bien dans leur sexe, pardon leur genre, commence à prendre acte son erreur, de sa faute. Le plus prestigieux hôpital de Stockholm s’oppose désormais à cette folle dérive idéologique, car il a constaté que la dysphorie de genre était devenue une pathologie de masse à l’adolescence, alors qu’elle était rarissime jusqu’alors. </p><p>Comme le dit à juste titre Éric Zemmour, mettre dans la tête d’enfants et d’adolescents qu’ils peuvent choisir d’être un garçon ou une fille comme s’ils hésitaient entre un Iphone et un Samsung, relève du crime, certes un crime sociétal ou anthropologique, mais un crime tout de même. En France, il faut éradiquer le wokisme, ce qui n’interdit pas de lutter contre les vraies discriminations.</p><p>Tant d’excès et surtout de violences servent les intérêts d’Éric Zemmour. Il est régulièrement insulté, agressé, pris à parti par des prétendus adversaires du fascisme, ces stalinistes ennemis de la démocratie et de la république. Des images filmées dans les coulisses de l’émission « face à Baba » montrèrent Alexis Corbières et sa compagne Rachel Garrido, également islamogauchiste de la France insoumise, s’en prendre avec une telle virulence au jeune Stanislas Rigault, soutien d’Éric Zemmour, qu’il dut être protégé par le service de sécurité de l’émission. Voilà ce qu’est aujourd’hui l’extrême gauche : un fascisme, ou un stalinisme du XXIe siècle, et, au final, le meilleur allié d’Éric Zemmour dans cette course à l’Élysée.</p><p>Au final, ce show médiatique remporta un gros succès d’audience, contrairement à Emmanuel Macron la veille sur TF1. Et quelle ironie de l’histoire, quelle belle leçon de choses à tous ceux qui tous les jours se complaisent dans une posture victimaire ou dénoncent le sort qui serait fait aux minorités, de voir hier que les deux ténors de la vie politico-médiatique française furent deux Méditerannéens, deux juifs arabes, Baba et Zemmour. La France de la diversité a encore de beaux jours devant elle.</p><p>Michel Taube<br />
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Ses engagements politiques et citoyens sont nombreux: club UNESCO des droits de l’homme, responsabilité nationale à la LICRA (Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme) dans les années 1980, Concours européen des Droits de l'Homme René Cassin, mobilisation contre le Front national en France dans les années 1990[2].

De fin 2007 à octobre 2010, il a été le directeur des publications de Toogezer, mensuel gratuit sur le développement durable et les droits de l'homme[3]. Depuis mai 2011, il est le fondateur du site www.opinion-internationale.com. 

</small></p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Sat, 18 Dec 2021 09:09:14 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Faune sauvage – Un loup a passé une journée à Genève]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>C’était à prévoir. Mais pas forcément à craindre, nuance… Un loup a été aperçu le 14 décembre dans la région de Jussy, et sans doute aussi vers Corsier. Après une absence de cent cinquante ans à Genève, c’est la deuxième fois en moins d’un an que l’on signale la présence d’un tel canidé dans le canton. La première, c’était en janvier dernier, dans la nuit du 7 au 8. L’animal avait été filmé par un piège photographique, dans les bois de Jussy. Mais ce mardi, ce sont des promeneurs qui l’ont observé en plein jour.</p>

<p>«Des particuliers nous ont en effet envoyé quelques photos et vidéos, confirme Luc Rebetez, garde de l’environnement. Ce loup a probablement passé la journée à Genève, avant de repartir. Il a sans doute traversé le village de Jussy, au vu des images que nous avons reçues. Des gens l’auraient aussi aperçu tôt dans la matinée au bord du lac, du côté de Corsier.» Cette présence-là n’est pas encore avérée, «mais selon les descriptions qu’ils nous ont données, il est probable qu’il s’agisse d’un loup.»</p>

<p>Sauvage mais craintif<br />«Si on la laisse faire, la nature fait montre d’une incroyable résilience, et c’est plutôt positif», relève Willy Geiger. Aujourd’hui retraité, l’ancien vice-directeur de l’Office fédéral de l’environnement s’est beaucoup investi en faveur du loup, notamment lors de dernières votations. Il le dit volontiers, «cet animal souffre du syndrome du Petit Chaperon rouge. Mais s’il est là, à Genève, particulièrement en hiver, c’est surtout parce que ses proies – essentiellement des ongulés sauvages surtout s’il est en meute – descendent en plaine, poussées par la neige, et il les suit. Dès lors, il n’y a rien de diabolique dans son comportement, même si sa présence doit être suivie et documentée.»</p>

<p>Quel est-il, ce comportement? Le biologiste l’évoque: «Le loup est un carnivore. Animal intelligent, il se déplace pour trouver sa subsistance, et elle ne manque pas, même aux alentours d’un territoire urbain. C’est aussi un opportuniste. Un peu comme nous, d’ailleurs. Si le frigo est plein, on ne va pas au magasin! C’est pour cela qu’il peut s’attaquer à des moutons. Doté d’une grande résistance, il peut parcourir de très longues distances et rester plusieurs jours sans se nourrir.»</p>

<p>Selon Willy Geiger, les individus aperçus à Genève cette année sont probablement «en phase initiale de dispersion. Il doit s’agir de jeunes qui quittent leur meute à la recherche d’un nouveau territoire, car leur idée est de se reproduire.» L’animal est aussi curieux, mais peureux et discret. «Il peut traverser un village sans que l’on s’en aperçoive.» Sa présence n’est malgré tout pas anodine, «car il peut faire des dégâts. Il y a donc un équilibre délicat à trouver entre protection et éventuellement tirs de régulation, en fonction de critères précis.»</p>

<p>Bons comportements à adopter<br />Le comportement du loup est une chose, celui des humains face à ce prédateur en est une autre. La RTS rapportait jeudi que dans les Grisons, il y a quelques jours, une meute a traversé le chemin qui mène à l’école de Masein, dans la région du Piz Beverin. Canton, Commune et école ont publié une feuille d’information comprenant les règles à adopter.</p>

<p>Aucune meute n’a été observée à Genève, canton très urbain au contraire des Grisons. Cela n’empêche pas d’observer de bons comportements face à des loups isolés. «Dans la majorité des cas, l’animal s’éclipse à la vue d’un humain, indique Luc Rebetez. S’il semble trop curieux, il faut nous le signaler. Face à un loup, on doit faire du bruit, par exemple taper dans les mains, ne pas aller vers lui et lui laisser un espace de fuite. S’il se sent acculé, l’animal peut devenir agressif. Et il ne faut surtout pas le nourrir – la règle vaut d’ailleurs pour n’importe quel animal sauvage – car sinon, il peut s’habituer à l’homme et développer des comportements déviants.»</p>

<p>Entre chien et loup<br />Enfin, Luc Rebetez souligne que «le plus grand enjeu concerne les promeneurs de chiens, car le loup peut prendre ces derniers pour des concurrents. Dès lors, il faut immédiatement rappeler son chien, le mettre en laisse et rester près de lui.» Chien et loup sont en effet de lointains cousins, et il est même parfois compliqué, selon les races, de différencier l’un de l’autre, même si «le loup n’a évidemment pas de collier, sa démarche est plutôt basculante et il a un comportement craintif face à l’homme», rappelle le garde de l’environnement.</p>
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	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Wed, 15 Dec 2021 05:01:19 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/800/pourquoi-zemmour-tape-t-il-juste</link>
	<title><![CDATA[Pourquoi Zemmour tape-t-il juste?]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Pourquoi Zemmour tape-t-il juste? autrement dit pourquoi est-il crédité d'un pourcentage de voix à faire pâlir de jalousie tous les candidats de gauche? Tout simplement parce qu'il parle du fond du problème: notre civilisation va-t-elle disparaître? Notre nation est-elle vouée à n'être plus rien?</p>

<p>Les bourgeois cosmopolites de la classe capitaliste transnationale nous ont préparé des obsèques en catimini. Macron l'avait dit: il n'y a pas de culture française. Les allumés du woke pourchassent qui Ronsard, qui Colbert, qui le latin et le grec et avec eux Platon et Cicéron, mâles blancs hétéros responsables de l'impérialisme, et chaque jour nous en apprend une nouvelle. Et Zemmour parle de ça. Il dit aux jeunes: "la vie qu'ont eue vos parents et vos grands-parents, ce à quoi ils croyaient,  n'était pas aussi détestable qu'on vous le répète, retrouvez vos ascendants et soyez fiers d'eux, fiers d'être Français." Et si la gauche Gucci-Louboutin-Netflix pousse des hauts cris, elle est très minoritaire dans le pays. Les travailleurs savent bien que seul espace de redistribution et de protection sociale s'appelle nation. </p>

<p>Les têtes creuses de ce qui reste de la gauche se refusent à le comprendre et déroulent ainsi le tapis rouge devant Zemmour.</p>

<p>J'entends bien: Zemmour est un leurre. Il dénonce certains effets de la mondialisation capitaliste mais il en défend le principe. Il n'a rien à opposer au "libéralisme" destructeur de la société, de la culture et de l'histoire nationale. Le capital "fiche en l'air toutes les limites naturelles et morales", dit Marx. Mais ça Zemmour ne veut pas en entendre parler, car sa fonction objective, indépendamment de ses propres convictions subjectives, c'est de récupérer toute résistance au rouleau compresseur de la mondialisation pour la remettre aux mains des capitalistes.</p>

<p>Autrement dit, les cris d'orfraie contre le danger de l'extrême-droite, voire le "danger fasciste" sont parfaitement vains dans le meilleur des cas et nuisibles en réalité, puisqu'ils font de Zemmour l'opposant au système attitré.  La seule chose est de se placer résolument au côté des "gens ordinaires", de défendre leur condition de vie et de faire de l'amour du pays une arme contre le capital, bref de revenir au socialisme de Jaurès.<br />Denis COLLIN</p>
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