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	<title><![CDATA[Signet Loupe: Articles de blog de La loupe]]></title>
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	<description><![CDATA[]]></description>
	
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	<pubDate>Sat, 13 Nov 2021 19:35:44 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[«Il n&#039;y a rien de “tendancieux” à aimer la France et sa langue !»]]></title>
	<description><![CDATA[<p>FIGAROVOX/TRIBUNE - Alors que Franz-Olivier Giesbert déplorait que le français ne soit plus parlé sur la Canebière, Laure Adler a jugé ce constat «tendancieux» dans l'émission C Ce Soir. Les propos de la journaliste prouvent son ignorance quant à la réalité des quartiers, estime Amine El Khatmi.</p><p>Amine El Khatmi est cofondateur et président du Printemps républicain. Il a écrit Combats pour la France (éd Fayard) en 2019 et a publié Printemps républicain (éd L'Observatoir) en 2021.</p><p>C'est un échange surréaliste auquel ont assisté les téléspectateurs de l'émission C ce soir sur France 5 ce mardi 9 novembre.</p><p>Venu présenter son Histoire intime de la Ve République, le journaliste Franz-Olivier Giesbert ne s'attendait sans doute pas à la charge idéologique mais tellement révélatrice que lui réservait Laure Adler. Son crime ? Avoir regretté de ne pas entendre parler français dans certaines rues de Marseille, ville où il a élu domicile depuis quelques années.</p><p>Des quartiers d'où je viens, et dont Madame Adler ignore tout, je me souviens de la honte de ces chibanis vivant depuis 30 ou 40 ans en France, ne maîtrisant toujours pas notre langue et devant se rendre au centre social ou au bureau de tabac pour y faire lire leurs courriers et leurs factures.</p>
<p>Amine El Khatmi</p>
<p>«J'habite Marseille, capitale française du cosmopolitisme, ville monde où je me sens chez moi. Mais souvent quand je me rends à la gare Saint Charles en passant par la Canebière, j'ai le cœur serré parce que pendant le trajet je n'ai entendu presque personne parler français. Que va-t-il arriver à notre langue ?». Ces quelques mots, rapportés par l'animateur de l'émission, Karim Rissouli, ont suffi à provoquer l'ire de la journaliste de France Inter. «Bah c'est bizarre de dire ça. Pourquoi vous écrivez ça ?» lui lance-t-elle, qualifiant son raisonnement de «tendancieux». «J'aimerais qu'ils parlent un peu plus français et ce n'est pas plus grave que ça», tente de se défendre, en vain, l'éditorialiste du Point, rappelant au passage qu'Éric Zemmour ne rate aucune occasion pour le qualifier de cosmopolite en raison de ses propos répétés en faveur de l'intégration et contre l'extrême droite. Laure Adler, peu convaincue par les arguments de son interlocuteur, va alors dégainer l'ultime argument d'autorité : «Vous êtes blanc quoi et fier de l'être. Il n'y a pas assez de blancs autour de vous» avant d'inviter un Franz-Olivier Giesbert interloqué à candidater «à l'Académie française» pour «n'entendre que du français. Et encore».</p><p>Tendancieux ? Il est donc désormais tendancieux de regretter qu'en France, dans des quartiers entiers, on ne parle plus Français. Tendancieux de regretter qu'en France, autour de la gare Saint Charles à Marseille, à la Guillotière à Lyon, ou à Barbès-Rochechouart à Paris, la concentration de populations étrangères dans les mêmes rues et les mêmes quartiers soit telle qu'elle donne à certains le sentiment de ne plus vivre en France. Tendancieux de considérer que la condition première d'une intégration réussie est l'apprentissage de la langue du pays qui vous accueille.</p><p>À lire aussi<a href="https://www.lefigaro.fr/vox/politique/amine-el-khatmi-plaidoyer-pour-une-gauche-republicaine-et-populaire-20210924">Amine El Khatmi: «Plaidoyer pour une gauche républicaine et populaire»</a></p><p>Dans mon livre, Printemps Républicain, je déplorais que la France ne consacre que 200 heures à l'apprentissage de la langue, apprentissage le plus souvent délégué à des associations, quand l'Allemagne prévoit un cycle de 600 heures de cours. Je proposais en outre que l'attribution de certaines prestations sociales soit conditionnée à l'assiduité à ces cours de Français pour inciter ceux qui veulent rejoindre la communauté nationale à mettre toutes les chances de leur côté.</p><p>Car des quartiers d'où je viens, et dont Madame Adler ignore tout, je me souviens de la honte de ces chibanis vivant depuis 30 ou 40 ans en France, ne maîtrisant toujours pas notre langue et devant se rendre au centre social ou au bureau de tabac pour y faire lire leurs courriers et leurs factures. Je me souviens d'immeubles entiers où des mères devaient attendre le retour de leurs enfants de l'école ou de leurs maris pour comprendre le recommandé remis par le facteur ou telle invitation déposée par la mairie.</p><p>Vouloir que ces femmes et ces hommes comprennent, lisent et parlent notre langue n'est pas tendancieux. C'est bien sûr leur rendre la vie plus facile, le quotidien moins compliqué, mais n'est-ce pas aussi leur ouvrir l'opportunité de découvrir l'incroyable richesse de nos livres, de nos poèmes, de nos chansons, de nos films, tous ces trésors qui font de la francophonie un bien si précieux ? Est-ce tendancieux pour la femme de lettres qu'est Laure Adler que de vouloir ouvrir à des millions de Français et de futurs Français les portes de la beauté du monde ou préfère-t-elle garder ce privilège pour elle et quelques-uns ?</p><p>ll fut un temps ou la gauche dont je viens se battait pour offrir aux gens une vie meilleure. Défendait la dignité par le travail. Militait pour l'intégration par la langue et le respect de la patrie, de ses symboles et de ses principes.</p>
<p>Amine El Khatmi</p>
<p>Déplorer que notre langue ne soit pas parlée dans des territoires entiers et vouloir y remédier n'est pas tendancieux. C'est du bon sens. C'est vouloir que ces personnes s'en sortent, s'émancipent, s'arrachent à l'assignation à résidence identitaire. C'est vouloir les respecter et les considérer autrement que comme des victimes de la France.</p><p>Sans doute est-ce d'ailleurs là le cœur du problème. Pour Laure Adler, un bon «racisé», pour reprendre l'horrible terme imposé par les «wokes» et leurs amis, est une victime. Le racisé doit rester pauvre, ne pas sortir de sa banlieue, ne pas voir ses enfants réussir, ne pas apprendre la langue. Ne pas s'intégrer. Il doit rester fidèle à son statut de pauvre victime de la France raciste et islamophobe. Comme ces maires communistes de banlieues qui se battaient pour avoir toujours plus de logements sociaux dans leurs villes, pensant assurer ainsi plus confortablement leur réélection en entassant toujours plus de familles pauvres dans des barres hideuses. Comme Jean-Luc Mélenchon qui reproche aujourd'hui à Arnaud Montebourg de proposer la création d'un contrat signé par les étrangers les engageant à l'apprentissage de notre langue, au respect de nos règles et de nos mœurs, à la formation professionnelle et à l'exercice d'un emploi. Soit les conditions élémentaires d'une bonne intégration. «Montebourg veut surveiller les mœurs des immigrés, leur langue, leur qualification et les expulser s'ils ne suivent pas la feuille de route prévue. Consternant» rétorquera sur Twitter le chef de la France Insoumise avec le sens de la mesure que chacun lui connaît.</p><p>Il fut un temps ou la gauche dont je viens se battait pour offrir aux gens une vie meilleure. Défendait la dignité par le travail. Militait pour l'intégration par la langue et le respect de la patrie, de ses symboles et de ses principes. Elle voyait les gens comme des individus appelés à s'émanciper. Et non comme une clientèle de victimes servant à nourrir un fonds de commerce. Un temps où aimer la France et sa langue n'était pas encore... tendancieux !</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/759/pour-un-mouvement-des-reacs-de-gauche</guid>
	<pubDate>Sat, 13 Nov 2021 13:04:30 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/759/pour-un-mouvement-des-reacs-de-gauche</link>
	<title><![CDATA[Pour un mouvement des réacs de gauche !]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Il faudrait créer un mouvement des réacs de gauche. On ne serait pas nombreux mais on se sentirait moins seul.</p>

<p>À la différence du réac de droite qui ne s’est pas remis de Mai 68, le réac de gauche,lui,  pince du nez devant la victoire de l’Argent et des valeurs marchandes dans tous les domaines . Comme le réac de droite , c’est un aristocrate vieux con, mais qui voudrait être parfois désintéressé.</p>

<p>Le réac de gauche est catastrophé par la baisse du niveau de nos résultats scolaires parce qu’il croit que l’éducation est l’essentiel pour former un citoyen éclairé - il est d’ailleurs outré par l’écriture inclusive , les anglicismes du globish numérique ,tous ces massacres grossiers de la langue, notre vraie identité nationale. </p>

<p>Le réac de gauche n’aime pas non plus l’indignation morale. Non qu’il soit immoral, mais il se préoccupe d’efficacité , sait que la vie collective est affaire de rapports de force, de tours et détours et se méfie par dessus tout des culs bénis et autres peine à jouir des religions anciennes et nouvelles (qui ne disent pas leur nom), dont le but est d’assoir leur pouvoir sur les autres. </p>

<p>Le réac de gauche déteste aussi le ressentiment , la victimisation, l’obsession identitaire de l’époque : les injustices le préoccupent mais il croit en la responsabilité personnelle, pas à l’individu-roi comme un enfant . Il voudrait d’ailleurs que la justice redevienne l’objet du politique plutôt que cette volonté permanente d’imposition du Bien par la contrainte. </p>

<p>Le réac de gauche aime l’autorité de l’Etat c’est à dire de le respect d’une loi votée après délibération - il déteste les voyous, petites frappes et autres mafias . Mais il aimerait une démocratie plus délibérative et se méfie du bonapartisme comme du désordre gauchiste.</p>

<p>Bref c’est un ringard tout à fait inadapté à l’époque, voué à être minoritaire et à avoir le cul entre plusieurs chaises. Mais c’est ce qui fait sa fierté : réussir à ne pas (trop) se vautrer.</p>
]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/757/les-marches-financiers-creation-de-valeur-et-destruction-de-valeur</guid>
	<pubDate>Thu, 11 Nov 2021 20:26:39 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/757/les-marches-financiers-creation-de-valeur-et-destruction-de-valeur</link>
	<title><![CDATA[Les marchés financiers - Création de valeur et destruction de valeur.]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Prononcé le 30 août 2001 - Déclaration de M. Jean-Pierre Chevènement, député du Mouvement des citoyens. </p>

<p>Les marchés financiers jouent un rôle aujourd'hui essentiel, mais vous n'attendez sans doute pas de moi que j'en fasse le panégyrique..<br />Il n'est pas non plus dans mon intention de les diaboliser. Le développement des marchés financiers, depuis vingt ans, a correspondu à des besoins objectifs de financement de la part des Etats et en particulier du Trésor américain, en raison du poids croissant des déficits budgétaires et de la dette.<br />Il fallait aussi assurer le financement de l'économie américaine par l'épargne japonaise et européenne. Le développement des marchés d'actions (Wall Street) s'est fait grâce à l'afflux de l'épargne américaine mais aussi des capitaux venus du monde entier.<br />La globalisation financière a été -faut-il le rappeler- l'objectif recherché avec constance par la politique des Etats-Unis, relayée par le FMI, l'OCDE et l'Union européenne, (libération des capitaux, désintermédiation et dérégulation bancaires, orientation de l'épargne vers les marchés financiers).<br />Les marchés financiers ont symbolisé, pendant les années quatre-vingt-dix, la confiance en l'avenir de l'économie américaine, il est vrai dopée par les dépenses militaires de l'Administration Reagan depuis le début des années quatre-vingts, dépenses concentrée sur le secteur des hautes technologies, qui sont la vraie cause de l'avance prise par les Etats-Unis sur l'Europe.<br />Pour être complet, il faut aussi souligner le rôle des marchés financiers dans les restructurations d'entreprises (fusions-acquisitions) et dans le financement des entreprises émergentes.<br />La croissance américaine n'a pas trouvé sa source à Wall Street, mais Wall Street a suivi, en apportant les capitaux nécessaires, notamment à travers les fonds de pension et les fonds de placements, dont l'apport en vingt ans a crû respectivement de 2000 et 3000 %. Les Fonds institutionnels des pays de l'OCDE gèrent des masses de capitaux d'un montant de 26.000 milliards de dollars en 1998. Les transactions financières sur les marchés financiers mondiaux, représentent aujourd'hui cinquante-cinq fois le montant du commerce mondial contre un montant supérieur d'un tiers en 1971 et dix fois plus important, en 1991, après le flottement des monnaies.<br />L'espace financier mondial qui s'est créé a évidemment sa loi de fonctionnement : c'est celle de l'actionnaire, et plus précisément celle d'un très grand nombre d'actionnaires minoritaires qui représentent les différents fonds de placement. Leur pression s'exerce sur les Etats. Rappelons-nous, il y a cinq ans, les déclarations de Hans Tietmeyer à Davos : " Les marchés financiers joueront de plus en plus à l'avenir le rôle de gendarmes des Pouvoirs Publics Les hommes politiques doivent comprendre qu'ils sont sous le contrôle des marchés financiers et non plus seulement des débats nationaux. "<br />Une pression encore plus considérable s'exerce sur les entrepreneurs au travers d'une exigence de retour sur investissement très supérieure à la croissance de l'économie mondiale.<br />I - Au cur de la globalisation financière, le concept de création de valeur.<br />Tout se passe comme si aujourd'hui la création de la valeur pour l'actionnaire était devenue le ressort de l'économie mondialisée. On applique à la valorisation des entreprises les principes utilisés pour les actifs financiers.<br />L'objectif est donc d'estimer les flux à venir. C'est ainsi que, selon les promoteurs de cette méthode, la création de valeur permet de mieux prendre en compte le long terme. Là se trouve une explication théorique aux opérations financières (OPA, OPE) qui, en fusionnant et en adossant les entreprises les unes aux autres, sont censées accroître leur valeur. Par une stratégie industrielle appropriée, les flux à long terme seront améliorés, ce qui accroît la valeur présente de l'entreprise et justifie le paiement d'un prix élevé par l'initiateur de l'offre.<br />Vous le savez, la version aujourd'hui la plus en vogue de la création de la valeur est appelée la valeur économique ajoutée, l'EVA (Economic Value Added). L'" EVA " est maintenant une marque déposée aux Etats-Unis. Sous diverses formes, elle est répandue sur la planète par les cabinets anglo-saxons de conseil en stratégie, notamment McKinsey et le BCG (Boston Consulting Group).<br />La finesse de la méthode consiste à définir comment retraiter les flux enregistrés en comptabilité pour aboutir à la valeur économique ajoutée. On obtient ainsi une succession d'EVA par année,, dont l'actualisation donne la MVA (Market Value Added) qui en est la somme. La MVA correspond dans le modèle au cours de bourse. Première observation : la création de valeur est définie par la théorie financière comme la seule création de valeur pour l'actionnaire.<br />L'EVA correspond au résultat d'exploitation moins les impôts et le coût des ressources financières (ressources propres et frais financiers). La création de valeur exclut ainsi explicitement la valeur travail.<br />L'investisseur boursier n'ira que là où la répartition est en passe d'être corrigée en faveur du capital pour obtenir ses fameux 15 % de ROE (Return On Equity).<br />II - Première observation, le concept de création de valeur pour l'entreprise accroît l'instabilité systémique des marchés.<br />1. Il y a une instabilité intrinsèque des mouvements de capitaux dans ce monde globalisé, sujet à des prophéties ou à des paniques autoréalisatrices, en proie à des comportements mimétiques, déjà décrits par Keynes, et accélérés aujourd'hui par les agences de notation. Dans ce monde, le marché valide des croyances, des " conventions ", comme le dit André Orléan. L'imitation est au cur de la rationalité " autoréférentielle " des marchés financiers.<br />Le marché financier mondial ne produit pas de rationalité collective. Il est un pouvoir d'évaluation dont la nature est avant tout médiatique. L'idée que les cours de la Bourse reflètent les fondamentaux des entreprises cotées est démentie par la réalité, comme on l'a vu avec l'effondrement récent du Nasdaq. En France la bourse a stoppé pendant seize ans, de 1962 à 1978 et si à long terme la progression est incontestable, on ne peut pas faire l'impasse sur l'Histoire (les deux guerres mondiales) ni sur un retour possible à l'Histoire. Le grand risque l'ANOMIE.<br />Il apparaît qu'il n'y a pas de finance autorégulée. L'action des Etats ou du FMI, comme prêteurs en dernier ressort, est une garantie fondamentale qui seule permet d'établir une nouvelle " convention " et par conséquent un nouvel équilibre.<br />2. Le concept de création de valeur accroît l'instabilité financière des marchés : En prétendant justifier la valeur boursière par la prise en compte du long terme, il accroît l'amplitude des réactions immédiates à la moindre modification d'informations au demeurant toujours très incertaines sur les perspectives à long terme. Cette sensibilité est techniquement mesurable au travers des PER (Price Earning Ratio) rapportant les cours de bourse aux bénéfices. Un PER de 20, bas de la fourchette des indices boursiers actuels, implique qu'une baisse de un euro des bénéfices entraînera une baisse de 20 euros du cours. Plus le PER d'une entreprise est élevé, plus la bourse reflètera la fluctuation de son cours. La capacité des marchés financiers à gérer l'incertitude propre au long terme a été invalidée par les expériences récentes, par exemple celle de la nouvelle économie (chute du Nasdaq de 65 % en un an) que j'ai déjà évoquée.<br />La minimisation des risques par les gestionnaires de fonds conduit les intervenants à diversifier leurs portefeuilles, ce qui accroît l'interdépendance des marchés financiers, mais aussi paradoxalement le risque systémique.<br />Or, le principal facteur de crise est lié au " panurgisme " obligé des intervenants. Un vaste mouvement de marché entraîne ceux qui sont à contre-courant à supporter des pertes latentes de plus en plus importantes, et finalement insupportables. Ils sont alors dans l'obligation de fermer leur position en accentuant le mouvement initial du marché. Ce phénomène de " stress " se diffuse aujourd'hui de plus en plus rapidement.<br />Le fonctionnement des marchés financiers contient donc en lui-même un facteur explosif. Le concept de création de valeur y contribue. Issu d'une critique des règles comptables, il paraît aujourd'hui susceptible de s'y substituer au travers du concept de " fair value " que les autorités comptables internationales (IASC - International Accounting Standard Committee) envisagent de généraliser pour les sociétés cotées. La fair value consiste à substituer à la valeur historique d'acquisition des actifs financiers enregistrés dans les comptes, leur valeur de marché, ce qui est supposé correspondre à la fameuse MVA. Dans ces conditions, c'est l'ensemble de l'économie qui vivrait au gré des aléas boursiers. L'Europe continentale, le capitalisme rhénan mais aussi la France, y sont hostiles et sont parvenus pour l'instant à différer cette décision.<br />L'instabilité intrinsèque des marchés, leur réactivité au court terme, les imperfections de l'information disponible, pèsent naturellement sur leur " efficience " théorique. Après avoir créé de la valeur, les marchés financiers peuvent aussi générer des destructions de ressources importantes.<br />Le Monde a publié une étude fort instructive sur douze fusions géantes. Ce sont huit cent milliards d'euros de valeur boursière qui se sont volatilisés. Le remboursement des dettes contractées, l'amortissement des coûts d'acquisition ont fait fondre le bénéfice par action. Depuis le rachat d'Orange, la capitalisation de France-Telecom a ainsi baissé de plus de 75 %.<br />Le concept de création de valeur peut favoriser l'instabilité du système. Aux Etats-Unis, jusque l'an 2000, l'inflation des actifs boursiers avait ainsi supplanté celle des produits, cependant que l'insuffisance d'épargne intérieure rendait nécessaire l'appel aux capitaux du reste du monde. La Réserve fédérale s'est trouvée démunie pour lutter contre ces effets pervers sans casser la croissance. Les difficultés actuelles de l'économie américaine illustrent l'impasse dans laquelle la prédominance des marchés financiers a engagé l'ensemble du système économique et financier.<br />III - Seconde critique plus fondamentale : le concept de création de valeur sape à terme toute idée de stratégie coopérative.<br />Censée intégrer le long terme, la théorie de la création de la valeur privilégie en fait l'incidence à court terme de choix ou d'éléments de long terme. Elle ne réduit pas mais aggrave la myopie comptable. Surtout elle élimine toute dimension collective. Elle méconnaît les solidarités les plus fondamentales et par exemple le fait que les salaires d'aujourd'hui seront les débouchés de demain.<br />Depuis vingt ans, l'Europe et les grands pays industriels tentent de gérer leurs contradictions dans le cadre de stratégies coopératives. L'idée maîtresse est qu'une action apparemment contraire à son intérêt peut néanmoins servir son initiateur si elle entraîne une réciprocité de la part de ses partenaires, qui sont autant des alliés que des concurrents. Cette problématique existe aussi au niveau des agents économiques. Le keynésianisme était une forme efficace de stratégie coopérative. Aujourd'hui, la création de valeur, en réduisant les références et les horizons au cours de bourse, sape les capacités coopératives des entreprises. Chacun se crispe sur sa gestion immédiate de création de valeur. Le long terme est pour chacun trop aléatoire pour justifier des sacrifices économiques ou sociaux immédiats. L'inhibition des stratégies coopératives qui résulte du concept de création de valeur est évidemment un élément considérable de destruction de valeurs à l'échelle collective.<br />L'exigence d'une rentabilité à 15 % n'est pas soutenable dans la longue durée. On observe d'ailleurs que celle-ci dans le passé récent a été obtenue plus par les plus values que par les dividendes (13 contre 2,8 % à Wall Street dans les années quatre-vingt-dix).<br />Le gouvernement d'entreprise (corporate governance) pénalise l'investissement à long terme, comme on l'a vu avec la récente crise de l'électricité aux Etats-Unis. Il crée un modèle de développement myope et foncièrement inégalitaire entre une minorité de gagnants et les trois quarts des salariés dont le pouvoir d'achat individuel -essentiellement constitué par les salaires- a plutôt tendance à stagner.<br />Le gouvernement d'entreprise ne répond qu'aux intérêts à court terme des Fonds de pension, essentiellement anglo-saxons qui n'ont guère de préoccupations industrielles ou sociales. Le concept financier de création de la valeur vise à leur donner une légitimité, mais la politique du monde -un monde réduit aux grands pays industrialisés, qui représentent l'essentiel de la capitalisation boursière- peut-elle se faire à la corbeille, comme aurait dit le général de Gaulle, ou plus précisément aujourd'hui sur les marchés financiers interconnectés ? Il y a là un grand danger pour l'avenir de nos sociétés.<br />La création de valeur pousse également à ce que soit réduit le poids des prélèvements publics qui obèrent l'EVA. Sans doute les services publics doivent-ils être gérés avec le souci d'améliorer leur efficacité, mais une dégradation des services publics et des équipements collectifs finirait par peser sur les performances des entreprises. Un équilibre est à trouver. Il ne peut résulter de la seule prise en compte de la création de valeur boursière.<br />S'il n'est pas dans l'intérêt à moyen ou long terme d'un pays de favoriser la bulle spéculative, ne serait-ce qu'à cause des risques liés aux effets de richesse, les écarts de capitalisation qui en résultent peuvent évidemment exposer les entreprises à des prédateurs étrangers. Le jeu des OPE, par la facilité qu'il implique -on paie contre du papier actions et non contre de l'argent- favorise inévitablement les entreprises surcapitalisées. C'est un risque majeur. Il y a une réponse de surenchère dans la course à la capitalisation. Elle participe de la bulle. Une autre voie, plus salutaire et raisonnable, consiste à décliner cette forme de compétition et à maintenir d'autres moyens d'endiguement des conséquences des déséquilibres d'inflation boursière d'un pays à l'autre. A cet égard, le récent rejet de projet de directive OPA par le Parlement européen est salutaire. Ce texte aurait exposé les entreprises européennes des pays à faible inflation boursière comme la France à n'importe quel prédateur boursier.<br />IV - Mettre les marchés financiers au service de la croissance.<br />La domination de la finance sur l'industrie et de la spéculation sur la production ne sont pas soutenables à long terme.<br />1. Le marché ne possède pas en lui des forces de rappel suffisantes pour rétablir un prix d'équilibre.<br />Pour stabiliser le système, étouffer les crises et rétablir la confiance, comme on l'a vu avec le rachat des Caisses d'Epargne américaines en 1991, avec les crises mexicaine en 1994, asiatique en 1997, russe en 1998, argentine et brésilienne aujourd'hui. Il a fallu alors des prêts massifs aux pays dits émergents, ou encore renflouer les fonds de placement en valeurs russes LTCM.<br />Ce sont les prêteurs publics en dernier ressort qui ont dû remédier à la myopie et à l'entraînement moutonnier des banques et des marchés. Il es donc normal que les Pouvoirs Publics veillent à assurer la transparence sur les marchés, empêchent les manipulations, bref assurent leur contrôle dans l'intérêt public et dans celui des opérateurs eux-mêmes.<br />2. Il est clair surtout que la prise de risques majeurs à très long terme ne peut être assurée raisonnablement que par les Etats.<br />Le capitalisme patrimonial ignore naturellement tous ceux qui n'ont pas de patrimoine. Il ignore plus fondamentalement les citoyens que nous sommes tous, irréductibles à l'homo oeconomicus de la théorie économique. Toute société a besoin que s'exercent les fonctions régaliennes, que soit assurée la cohésion sociale, que fonctionnent des services publics correspondant aux grands besoins de santé et d'éducation, ou à des monopoles naturels, disposant d'une assise territoriale (réseaux de chemins de fer ou d'électricité). Les grands programmes de recherche et de développement technologiques ne peuvent être lancés et financés dans la durée que par la Puissance Publique.<br />La compétitivité ne se réduit pas en effet à la somme des performances partielles des entreprises. La cohésion sociale et la qualité du système national d'innovation contribuent essentiellement à la création de richesses. Or, ce sont des phénomènes collectifs, tout comme la culture et l'éducation, l'apprentissage et la diffusion du progrès technique, l'acceptation raisonnable des risques technologiques qu'il appartient à la Puissance Publique de susciter par un débat responsable, permettant de dominer les peurs irrationnelles, dont est porteur un concept aussi peu rigoureux que le trop fameux " principe de précaution ". Tout cela procède d'un effort de la collectivité dans son ensemble et suppose la restauration d'une capacité de réflexion collective et d'action à long terme de la Puissance Publique et de l'ensemble des partenaires sociaux.<br />3. L'entreprise elle-même a besoin de la durée.<br />Concrètement, l'entreprise mérite mieux que la financiarisation qui la transforme en actif pur, dont il s'agirait de maximiser la valeur boursière. L'entreprise a besoin d'actionnaires stables et d'un management qui puisse inscrire son action dans la durée. Or, la part des non résidents dans le capital des entreprises françaises est devenu trop importante, passant, durant les années quatre-vingt-dix de 10 % à 35 % selon la Banque de France. La part des investisseurs étrangers atteindrait 50 % pour l'ensemble des sociétés figurant au CAC 40. De même, et le mouvement s'est accéléré ces dernières années, beaucoup de PME à fort potentiel de développement sont-elles aujourd'hui contrôlées par des capitaux étrangers. L'épargne française se place plus volontiers en obligations qu'en actions.<br />La situation de la France contraste de ce point de vue avec celle des autres pays industrialisés, où le taux de détention de la capitalisation boursière par les non-résidents est notablement plus faible : 11 % pour le Japon, 10 % pour l'Allemagne, 9 % en Grande-Bretagne, 6 % aux Etats-Unis. Il est vrai que la part détenue par chaque Fonds d'investissement est souvent très faible.<br />La fin du système de participations croisées expose cependant nos grandes entreprises au risque de prédateurs boursiers. Il est certainement souhaitable de faire remonter la part de l'actionnariat stable : la moitié des sociétés cotées au CAC 40 a un noyau dur inférieur à 30 %, quinze d'entre elles inférieur à 20 %, cinq inférieur à 10%. Cela peut se faire par rachat d'actions ou par le développement de Fonds d'épargne salariale qui peuvent intervenir dans la gestion dès lors qu'ils représentent environ 10 % de la capitalisation.<br />Cette situation a un inconvénient majeur : La subordination trop étroite des dirigeants aux actionnaires peut aboutir à des résultats profondément négatifs. L'amélioration du rendement boursier se fait en fonction de considérations à court terme, au détriment des investissements et des synergies à long terme. La valeur d'un dirigeant ne se résume pas à la publication des comptes semestriels, voire trimestriels, de son entreprise, et la gouvernance externe par le marché atteint vite ses limites. Le diktat des normes de gestion anglo-saxonnes sur les entreprises françaises est profondément destructeur des cultures d'entreprise et des solidarités sociales sans lesquelles une société démocratique ne peut vivre.<br />Le pouvoir dans les entreprises doit être exercé par des actionnaires stables, assurant soit directement la gestion de l'entreprise, soit un contrôle sur un directoire gérant celle-ci dans la durée. La prédominance des marchés financiers s'exerce souvent par des effets d'opinion. Cette logique conduit au mythe d'entreprises sans usines, et bientôt sans salariés, rejetant tous les problèmes sur les sous-traitants.<br />Il faut éviter un retour à l'archéocapitalisme du XIXème siècle qui ressusciterait des tensions d'un autre temps. Il faut pour cela reconquérir le capital de nos entreprises pour leur redonner toutes leurs chances de développement à long terme.<br />Au total, la " création de la valeur pour l'actionnaire " est un concept microéconomique qui n'a de signification que contextuelle. Ne confondons pas le besoin de liquidité avec le problème de développement économique, qui résulte de l'effort fourni par tous ceux qui travaillent et entreprennent. Les apporteurs de capitaux sont rémunérés en fonction d'une logique propre : le taux d'intérêt qui correspond à l'effort d'épargne et les dividendes que justifie la prise de risque.<br />La création de valeur proprement dite se réalise dans l'entreprise grâce à l'effort de tous ceux qui y travaillent, qui innovent, améliorent les processus de production et la qualité des produits, grâce aux chefs d'entreprise que vous êtes, auxquels incombent la responsabilité d'anticiper les tendances du marché, d'orienter la recherche et le développement technologique, d'organiser la production, de créer un climat social favorable au sein de l'entreprise elle-même. La création de valeur implique aussi une action à longue portée de l'Etat. Elle ne va pas non plus sans des services publics performants, je pense en particulier au système éducatif. Plus que jamais la France doit faire le pari de l'intelligence en fixant clairement à l'Ecole ses missions. L'élévation du niveau de formation et la qualification de notre main d'uvre est notre principal atout.<br />*<br />* *<br />Evitons donc les oppositions dogmatiques. Il n'est pas nécessaire de combattre les excès d'une économie administrative par un excès inverse qui serait la dictature des marchés financiers.<br />Il n'y a rien à gagner à opposer une conception purement créancière du monde à la citoyenneté, ensemble indissociable de droits et de devoirs, dont l'Etat, en tant qu'expression de la nation, communauté de citoyens, est le garant en dernier ressort. Non seulement encore une fois parce que les marchés ont besoin d'un principe extérieur pour surmonter leurs crises, mais bien plus encore parce que le développement économique à long terme a besoin de références stables. Pour que des normes et des objectifs collectifs suscitent l'adhésion de la collectivité et des partenaires sociaux, il est nécessaire qu'ils résultent d'un débat démocratique argumenté, sanctionné par le suffrage universel. On ne peut faire l'impasse sur les nations et sur la démocratie, dont elles sont le cadre, pour assurer un développement soutenable à long terme, sauf à prendre le risque de délégitimer profondément le mécanisme économique lui-même. L'économie de marché a besoin de la démocratie. Le principal danger qui guette le monde, c'est l'anomie, l'absence de règles. Sachons donc préserver la légitimité démocratique qui les fonde dans chaque nation. C'est dans le développement à long terme, inséparable des choix collectifs, auxquels les marchés peuvent contribuer, mais que seuls ils ne peuvent pas faire, que gît le vrai potentiel de création de valeur par les entreprises.<br />V - Assurer la croissance à long terme de l'économie française.<br />Je ne voudrais pas conclure sans dessiner quelques perspectives sur les conditions à réunir pour assurer la croissance à long terme de l'économie française, car là est la véritable création de valeur.<br />Notre pays, à partir de 2006, et l'Europe plus encore, vont devoir faire face aux conséquences d'une véritable implosion démographique qui posera le problème du financement de nos régimes de retraite et de notre protection sociale. Le taux de renouvellement des générations est descendu pour l'Europe à 70 %, (soit 1,45 enfant par femme).<br />La situation sera un peu moins mauvaise pour la France mais dès 2050 le rapport des actifs aux inactifs sera descendu de 2,5 à 1,5. La démographie est le problème essentiel qui se pose à la France et à l'Europe au XXIème siècle. Cette implosion démographique pèse lourdement sur l'avenir de la protection sociale. A cette question il n'y a de réponse solide et convaincante ni dans la mise en place des fonds de pensions, ni dans le développement de placements à l'étranger, dont la France, avec les emprunts russes, a déjà fait une fois l'expérience, ni dans le recours à l'immigration qui, dès lors qu'il deviendrait massif, poserait inévitablement le problème de l'intégration des nouveaux arrivants, dans le respect de nos valeurs et de nos lois, et par conséquent de la stabilité sociale.<br />En réalité, il n'y a de réponse adéquate à cette lancinante question que dans la démographie elle-même. Il convient de revoir le système de cotisations des retraites pour prendre en compte le nombre d'enfants élevés et de multiplier les possibilités de garde individuelle et collective permettant aux couples de satisfaire leur désir d'enfants (qui correspond à un taux de 2,3 enfants par femme), tout en permettant aux femmes qui le souhaitent d'exercer l'activité professionnelle à laquelle elles aspirent légitimement.<br />Plus généralement, c'est toute la politique familiale qui doit être repensée, afin de résoudre le problème de long terme qui se pose à la France, chaque pays européen ayant la responsabilité de prendre les mesures les mieux adaptées à sa culture et à son système social.<br />A l'horizon des prochaines années, l'économie française n'est pas dépourvue d'atouts. La population active progressera encore, toutes choses égales d'ailleurs, de 0,6 Millions d'ici 2010, tandis que le nombre des personnes âgées croîtra de 1,1 Million. Surtout, le nombre d'actifs employés en-dessous de vingt-cinq ans et au-dessus de cinquante-cinq ans est sensiblement plus faible en France que chez nos voisins européens (respectivement 28 % contre 51 % et 36 % contre 41 %). Si nous rejoignions la moyenne européenne des taux d'activité, la population active pourrait s'élever de 1,4 Million d'ici 2010.<br />Enfin, il subsiste en France un chômage résiduel de plus de deux millions de personnes, legs des années de stagnation et conséquence du choix de l'accrochage du franc au mark, plus particulièrement de 1991 à 1997. C'est le chômage qu'il faut continuer à résorber en priorité, avant de faire à nouveau appel à l'immigration qui n'est absorbable qu'à doses modérées (environ 100.000 par an).<br />Enfin la progression du travail féminin est appelée à continuer. Nous devons favoriser ce mouvement en desserrant les freins qui y font obstacle, notamment dans l'organisation de la vie quotidienne.<br />Au total, la population active française pourrait s'accroître d'environ 5 Millions de personnes dans la prochaine décennie à condition que soit menée une politique volontariste de croissance et de revalorisation du travail. Parallèlement un assouplissement de la législation sur les heures supplémentaires s'avérera nécessaire pour aider les entreprises à remédier à leurs difficultés de recrutement. Il subsiste donc des possibilités de croissance pour les entreprises françaises à partir des ressources humaines dont le pays dispose encore. Mais les années qui viennent doivent être impérativement mises à profit pour redresser le taux de natalité et assurer le renouvellement des générations. Avec 778.000 naissances en 2000, soit un taux de renouvellement des générations de 1,86, la France s'est rapprochée de l'objectif minimal (2,1). Si la France ne veut pas disparaître, elle doit donner l'exemple du redressement qui sera indissociablement démographique et économique.<br />Cela suppose, bien sûr, que par ailleurs l'action publique crée les conditions de la croissance dans deux domaines stratégiques. :<br />1) D'abord, s'agissant du cadrage économique global, il est impératif que l'euro reste compétitif et que son taux ne se relève pas sensiblement au-dessus du cours actuel. C'est une erreur de se réjouir de la remontée de l'euro. Le taux actuel favorise encore en effet la localisation des investissements en particulier ceux des grandes sociétés multinationales dans la zone euro.<br />Il faudra pour cela, et pour ne pas brider la croissance, que la Banque Centrale européenne revoie à la baisse ses taux d'intérêt. Le pouvoir monétaire a été imprudemment délégué à une Banque Centrale indépendante dont la seule priorité est la lutte contre l'inflation. Alors que la Federal Reserve Board considère qu'au-dessus d'un taux de chômage de 4 %, il n'y a pas de risque d'inflation la Banque Centrale Européenne se donne un taux de 11 % dit NAIRU (Non Accelerating Inflation Rate Unemployment) au-dessous duquel il y aurait danger d'inflation. Pour combattre ce dogmatisme il me paraît nécessaire que les entreprises se mobilisent en France, en Allemagne et dans le reste de l'Union Européenne, car cette politique d'argent cher et de croissance lente qui en résulterait saperait inévitablement leur position concurrentielle à long terme. Il y a là une véritable hérésie économique sur laquelle il faudra revenir, en renégociant au besoin le traité de Maastricht. A défaut, l'Europe risquerait de s'enfermer dans un cercle vicieux de malthusianisme : la remontée de l'euro conduirait au marasme économique et celui-ci, en réduisant encore la natalité rendrait irréversible l'implosion démographique, elle-même étouffant les ressorts de la croissance.<br />2) Le deuxième domaine dans lequel les Pouvoirs Publics doivent reprendre l'initiative est celui du développement technologique. C'est ainsi que les Etats-Unis ont accru leur avance sur le reste du monde depuis vingt ans.<br />Il est capital que nous portions notre effort de recherche à 3 % du PIB dans des domaines ainsi variés que les nouvelles technologies de l'information, les biotechnologies, l'énergie, notamment les réacteurs nucléaires du futur et la pile à combustible, la santé, les transports, l'agriculture et l'environnement, tout en maintenant notre effort de recherche militaire qui, sans nous engager dans l'inutile compétition du " bouclier anti-missiles ", doit nous permettre de maîtriser les technologies clés, en particulier dans l'espace et la simulation nucléaire.<br />Toute l'expérience du dernier demi-siècle en France, comme celle des Etats-Unis depuis vingt ans, montrent que l'initiative publique en matière de développement technologique est le terreau indispensable du développement économique futur et de l'émergence de nouvelles entreprises.<br />*<br />* *<br />Conclusion.<br />La création de valeur est une chose trop sérieuse pour être laissée aux théoriciens de l'économie mathématique. On ne peut parler de création de valeur que de manière globale.<br />La création de valeur est une notion qui ne peut s'apprécier que dans le contexte économique global, ne serait-ce que parce qu'elle n'est pas dissociable de sa répartition.<br />On ne peut donc faire l'impasse sur le débat démocratique pour obtenir l'acquiescement indissociable de la collectivité et des partenaires sociaux.<br />Les marchés financiers doivent être mis au service du développement et non pas l'inverse. La régulation des marchés financiers mondiaux sera inévitablement un des grands sujets de préoccupations dans les années qui viennent, avec toute une série de sujets-clés : maîtrise des fluctuation monétaires entre le dollar, l'euro et le yen, contrôle de la spéculation et en particulier des paradis fiscaux. Mais c'est un autre sujet. Mon propos aujourd'hui visait seulement à combattre les excès d'un nouvel intégrisme financier et à prôner, au contraire, les vertus du dialogue entre chefs d'entreprises et responsables politiques, dialogue nécessaire au maintien d'une grande ambition industrielle et technologique pour la France<br />(source http://www.mdc-france.org, le 07 septembre 2001)</p>
<p>013002537</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Thu, 11 Nov 2021 18:38:40 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Benjamin Sire : Pour combattre Eric Zemmour, il faut montrer le désastre de ses idées]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Combattre Zemmour ? C'est possible. Mais... </p><p>Mais pourquoi donc insiste-t-on à ce point pour reproduire sans cesse les mêmes erreurs dans cette perspective de lutte ? Celles qui, année après année, n'ont jamais permis de faire reculer les idées de l'extrême-droite, ni celles du patriarche Le Pen, pas davantage que celles de sa fille, pourtant juste héritière hédoniste et dilettante.  </p><p>D'ailleurs, ces idées, on ne les combat pas, on ne les mentionne même pas. On se contente de défiler en criant "no pasaran", en campant sur des postures morales, en faisant symboliquement barrage, en appelant au front (de moins en moins) républicain, en insultant la frange croissante des électeurs qui se laisse bercer par les sirènes de la haine. Et puis ? Bah, rien. </p><p>Alors qu'Eric Zemmour se présente en épouvantail de l'élection qui s'avance et qu'avec Marine Le Pen, le courant qu'il représente dépasse les 36% d'intentions de vote au premier tour, le même cirque recommence.  </p><p>On s'indigne des provocations du polémiste, qui sont posées sur la route de son opposition comme des pièges à souris dans un couloir étroit.  </p><p>Il s'amuse à pointer des journalistes avec un fusil d'assaut ? Une ministre tweete, la gauche pousse des cris d'orfraie, les spécialistes de l'armement s'indignent des manquements aux plus élémentaires procédures liées au maniement d'une arme, les analystes imaginent qu'il s'agit d'une erreur stratégique, alors que la France s'en moque comme de l'an quarante ou se marre de la frayeur de cette presse honnie par beaucoup.  </p><p>Lui, le roi de cette culture confiture que l'on étale quand on en manque, autant pour se rassurer que pour impressionner ceux qui ont le moins d'éducation, se plante dans les grandes largeurs à Rouen, y voyant le débarquement et la source de la légende de Jeanne d'Arc ? Les doctes ergotent sur la véracité des faits, ignorants pourtant que ces erreurs émaillent chaque propos du "Z". Les incultes ironisent, pour une fois qu'ils reniflent l'arnaque... On se gausse. Et puis ? Zemmour engrange. </p><p>Dans cette symbolique ville de Drancy, il enlève sa cravate et dévoile une femme plus ou moins complice, mais tout a fait victime des conséquences de ce buzz ? Les Sherlock Holmes de comptoir fouillent le passé de la dame, les autres l'insultent... Zemmour se marre. </p><p>Parce qu'encore une fois, les idées, la stratégie, le fait que le journaliste, pas encore officiellement dans la course, mais déjà parti trop tôt, ne fasse qu'occuper un terrain laissé vacant par certains, soit pas encore candidats (Macron, LR), soit candidats trop permanents (Mélenchon), soit candidats en rodage (Jadot, Hidalgo), ne semblent pas compter dans la frayeur des observateurs.  </p>
<p>Qui écoute vraiment Zemmour ?</p>
<p>Jusqu'à présent, le seul qui se soit confronté nationalement à l'extrême-droite sur le terrain du réel électoral est Emmanuel Macron. En 2017, ill avait réthoriquement giflé la candidate du Rassemblement national en lui mettant le nez dans son incompétence, mais également dans les impasses de son programme. Est-on obligé d'attendre que ce manège se reproduise pour réagir autrement qu'avec des pancartes et des tweets suintant de niaiserie bien intentionnée ? Doit-on attendre d'Emmanuel Macron, dont la tâche sera cette fois-ci moins aisée, qu'il terrasse l'hydre, alors même que parmi les opposants les plus sincères au fantasme zemmourien, nombreux sont celles et ceux qui n'ont pas davantage d'appétence pour l'actuel locataire de l'Elysée ? </p><p>Mais qui écoute vraiment Zemmour ? Qui, plus encore, l'entend ? Qui, hormis les potentiels électeurs séduits, l'on regardé dérouler sans contradiction sa litanie délétère lors de ses très longues interviews sur les sites alternatifs Thinkerview et Livre Noir, qui, toutes deux, ont dépassé le million de spectateurs ? Qui, plutôt que de lui jeter à la figure un pathétique "Vous ne servez à rien !", comme le fit il y a quelque semaines l'avocate Caroline Mécary sur Cnews, s'est intéressé à ce qu'il entendait par redonner à la France sa grandeur, qui semble être le fil conducteur de sa vision, comme jadis Boris Johnson, cornaqué par Dominic Cummings, promettait aux Anglais le "take back control" ? </p><p>C'est pourtant en regardant le sens et le référentiel global des promesses zemmouriennes que l'on envisage le désastre et que, peut-être, il devient possible de dissuader la majorité des Français de lui accorder leur vote. Parce que, comme nous le disions en préambule, derrière les envolées passéistes, les références permanentes à une Histoire fantasmée et pervertie, le reste n'est ni bien novateur, ni émancipateur et encore moins de nature à restaurer une quelconque grandeur, à moins que de se mettre au ban des nations représente un progrès à l'heure où la majorité des valeurs s'inversent et où les mots, en mode orwellien, sont vidés de leur sens. </p>
<p>Une reprise du programme de Fillon en 2017</p>
<p>Pour ce qui est de sa politique économique, domaine dans lequel ses compétences méritent d'être interrogées, Zemmour nous donne des bribes qui ressemblent terriblement à la reprise du programme de François Fillon en 2017. Peut-être est-ce là le sens de sa volonté d'exhumer le RPR, confirmée par ses propositions concernant l'automobile qui, elles, nous renvoient même presque à Pompidou, le chantre d'un tout bagnole qui avait son sens à l'époque, mais l'a définitivement perdu aujourd'hui. Au final, moins de fonctionnaires, baisse des impôts et des cotisations sociales, allègement des contraintes des PME, liquidation du droit du travail, protectionnisme relatif en externe, libéralisme appuyé en interne, réduction de la dette (comme tout le monde) et donc lutte contre "l'assistanat" par le rabotage des aides sociales mâtiné de préférence nationale. Bref, un bon vieux programme de droite avec quelques clins d'oeil à Marine Le Pen, mais surtout à Jean-Marie, dont il se rapproche par son libéralisme, tandis que sa fille essaye maladroitement de jouer la carte étatiste. Êtes-vous certains qu'à l'exception des traditionnels électeurs de droite, ce programme puisse obtenir l'assentiment des Français et notamment des classes populaires, qui, abandonnées par la gauche depuis la note Terra Nova de 2011, envisagent de soutenir un candidat d'extrême-droite en méconnaissance de cause ? </p><p>En matière d'écologie, c'est encore pire. Même si le nucléaire est à l'heure actuelle l'énergie la moins polluante, s'en contenter comme seule perspective, tout en mettant au rebut le renouvelable, consiste à rayer la question de toute analyse programmatique et de se laver les mains de la réelle crise climatique et environnementale. </p><p>Pour ce qui est du sociétal, nous avons compris que le polémiste en campagne convoque, outre le souvenir défraîchi du RPR, l'ombre tutélaire du général De Gaulle, ce qui est assez cocasse quand on se souvient combien l'homme de Colombey a fait pour l'immigration nord africaine, certes sous une forme de contrainte et face au manque flagrant de main-d'oeuvre après-guerre. Mais dans les faits, il lorgne surtout du côté de Viktor Orban, le Premier ministre hongrois, qui l'a reçu en grande pompe, accompagné de Marion Maréchal Le Pen, le 24 septembre dernier, après une première visite de courtoisie en 2019. D'ailleurs, toujours en retard d'un wagon dans cette pré-campagne, Marine Le Pen vient de lui emboîter le pas à Budapest, flairant le danger de laisser le leader magyar (qui se rit de sa nouvelle influence), ne danser qu'avec Zemmour. </p>
<p>Le camarade Orban ne plaisante pas</p>
<p>Orban, un modèle ? Non seulement plusieurs déclarations d'Eric Zemmour vont dans ce sens, le polémiste estimant que le leader hongrois est "un dirigeant qui défend l'identité de son pays, sa souveraineté et ses frontières" et qu'il lutte contre "la propagande totalitaire menée par le lobby LGBT (sic)", mais un petit sondage, sans la moindre valeur scientifique avouons-le, que nous avons réalisé sur Twitter auprès de ses potentiels électeurs avant d'écrire ses lignes, indiquait que pour 42% d'entre-eux c'était bien la politique menée à Budapest qui se rapprochait le plus de leurs souhaits. Pourquoi pas. Mais dans ce cas, il faudra justement faire définitivement une croix sur ce qui a fait la grandeur de la France, à commencer par son universalisme, déjà attaqué violemment par l'extrême gauche et les mouvances décoloniales et woke, son ouverture, sa promotion des droits de l'homme et ses promesses déjà écornées en matière de liberté, d'égalité et de fraternité. Certes ces valeurs sont déjà rejetées par une bonne partie de la véritable extrême-droite, mais si l'on considère la question des homosexuels, il faut se rappeler par exemple qu'aujourd'hui, le Rassemblement national est tout simplement le parti qui recueille leur plus grand nombre de votes. Or de ce point de vue, le camarade Orban ne plaisante pas. Dès sa seconde élection, en 2010, il a oeuvré pour réduire les droits de ses compatriotes LGBT, avant de rendre impossible toute forme de mariage entre personnes du même sexe ainsi que la reconnaissance civile de la transexualité et d'adopter, cette année, une loi prohibant toute forme de représentation ou de promotion de l'homosexualité, formule pouvant être interprétée très largement.  </p><p>En termes de laïcité, autrefois porté sur la chose, Viktor Orban a fait son aggiornamento depuis longtemps, et insiste lourdement sur les racines chrétiennes du pays, ayant même fait entrer Dieu dans la constitution magyare. Le corollaire de cette christianisation des institutions s'exprime logiquement par une multitude d'attaques contre le droit des femmes et, bien entendu, l'avortement dont le recours est déjà limité par plusieurs lois locales. Il va également de soi que le Premier ministre hongrois oeuvre pour museler la presse de son pays, ayant fait voter dès 2010 une loi, modifiée depuis, allant dans ce sens. C'est certes une bonne nouvelle pour les factieux de tous bords, mais rarement pour la démocratie, d'autant plus que de telles mesures s'accompagnent souvent d'autres tendant à réduire toutes formes de contre-pouvoirs, ce qui est le cas en Hongrie où le parti majoritaire, le Fidesz, est déjà hégémonique dans la direction de l'administration et des institutions.  </p>
<p>Dictature populiste à bas bruit</p>
<p>Il reste à parler d'immigration, la marotte commune de Zemmour et Orban, domaine dans lequel le Hongrois n'y va pas avec le dos de la cuillère. Luttant avec acharnement contre le fantasme du grand remplacement, il est partisan de la construction de murs pour interdire l'accès de son territoire aux migrants, tel qu'il l'a déjà fait à la frontière avec la Serbie, son objectif étant de "de mettre fin à l'immigration par tous les moyens". Bien qu'en la matière, la situation de la France et de la Hongrie ne peuvent être comparées, on se demande sérieusement le sort que souhaite réserver Eric Zemmour aux plus de 5 millions d'immigrés (n'ayant pas acquis la nationalité française) et aux autres millions de français d'origine étrangère présents sur le territoire et qui sont aussi dans son collimateur. Les expulser ? Les contraindre à aller à l'église et à changer de prénoms, faisant des Mohammed des Pierre et des Fatima des Marie ? Soyons sérieux cinq minutes. Est-ce vraiment de cette dictature populiste à bas bruit dont les Français voudraient ? Ne sont-ils pas, pour certains, juste aveuglés par leur désir latent de vengeance contre les élites et les corps intermédiaires, de la même manière que le polémiste est lui-même mû par ce sentiment, lui qui a raté deux fois l'ENA et n'a jamais été ni à son aise à Sciences-Po, ni dans les rédactions où il a oeuvré, où il s'est fait tant d'ennemis, imaginant que c'est son extraction (juive et populaire) qui était mise en cause alors que c'était son comportement machiste, renfermé et égoïste qui lui valait des contempteurs. </p>
<p>Pendant vaguement lettré d'Hanouna</p>
<p>En résumé, voter Zemmour serait donc réinventer le libéralisme à l'ancienne de François Fillon, ignorer la crise climatique, restreindre les droits des femmes et des LGBT, museler la presse et les institutions, envisager, tout en restant dans l'Europe, de s'asseoir sur ses principes à la manière des Polonais, si l'on en croit le peu de commentaires qu'il a livré à ce sujet. Serait-ce donc cela restaurer la grandeur de la France ? Certainement pas. Serait-ce vraiment cela que souhaitent les Français ? Même en parlant de réindustrialisation du pays, cette formule qui reste creuse quand on en explique jamais la méthode que l'on envisage pour y parvenir.  </p><p>Mais surtout, au regard des procédés qu'il emploie depuis le début de sa campagne virtuelle, Eric Zemmour, le nostalgique, le passéiste, est avant tout, malgré lui, un enfant de ce que les réseaux et l'infotainment font de pire. Il est le pendant vaguement lettré de Cyril Hanouna, multipliant les buzz grotesques, les provocations attrape followers et les manipulations discutables, comme il y a peu encore à Drancy. </p><p>Lorsque la campagne débutera vraiment, le choix de société qu'il envisage, entre gadget de com', libéralisme économique, autoritarisme sociétal, grenouilleries de bénitier, mépris de l'écologie, ignorance du social, racisme institutionnel et nous en passons, devra bien être mis en évidence pour que les citoyens fassent leur choix en toute transparence. Alors, si jamais ils allaient vraiment plébisciter la gueule qui promet de les mordre, qu'ils n'envisagent pas de se plaindre, ils auront été prévenus. </p><p>Mais nous ne croyons pas à cette fatalité, envisageant que le gag finira par être éventé, que les impasses et impossibilités que portent cette candidature seront à terme exposées au grand jour et que l'éditorialiste retournera à la case départ. Nous en faisons en tout cas le pari... </p>
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	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/755/jouer-la-carte-de-la-france</guid>
	<pubDate>Mon, 08 Nov 2021 06:58:04 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/755/jouer-la-carte-de-la-france</link>
	<title><![CDATA[Jouer la carte de la France !]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Une communication importante de Didier Long :</p>

<p>Je reviens à la campagne de Zemmour et à certaines polémiques ou tentatives de diabolisation dont il est l’objet, pas pour le défendre ni pour le soutenir, mais parce que les questions sous-jacentes sont capitales pour l’avenir de la France. </p>

<p> Les attaques contre Zemmour tiennent à ses écrits et déclarations sur Vichy ainsi qu’à ceux, plus récents, sur l’inhumation en Israël de certaines victimes de Merah. J’ai écrit ce que je pensais à ces sujets, qu’il s’agit de fautes et d’un manque de sensibilité et qu’il n’aurait pas dû écrire et dire ce qu’il a écrit et dit sur ces sujets. Mais la question, en réalité, va bien au-delà, en ce sens que l’opposition à Zemmour se sert de ces fautes -dans lesquelles il s’enferre également- mais les motivations à cette opposition et les questions sous-jacentes sont beaucoup plus profondes. </p>

<p>Je lis et j’entends des personnes estimables poser la question de savoir si Zemmour serait antisémite. Si la réponse ne peut être clairement fournie, on insiste sur le fait qu’il ne s’est jamais engagé dans la défense d’Israël ou de la communauté juive en tant que telle, soit par ses écrits, soit en manifestant après des attentats ayant ciblé explicitement et délibérément la communauté juive, ou par un engagement communautaire clair au sein d’associations diverses. On a pu lire également qu’il ne serait pas un bon Juif. Or tout ceci est, selon moi, clairement soit insultant et infondé (Zemmour antisémite) soit hors sujet pour son non-engagement communautaire. </p>

<p>Zemmour le dit lui-même, il est un membre du peuple français, il est français, et il se bat pour la France. On ne peut pas être partout à la fois, du moins avec le même niveau d’engagement. Est-ce contradictoire avec la défense de la communauté juive, menacée par la montée de l’antisémitisme d’origine islamique, tout en restant préoccupée d’une possible résurgence de l’antisémitisme du vieux fond français, qualifié souvent d’extrême droite ? </p>

<p>Zemmour, du moins je le suppose, pense clairement que non. Il considère que la France, en tant qu’entité politique, n’est pas un conglomérat de communautés. Que les communautés, juive ou autres, ont un rôle culturel, associatif, qu’elles contribuent par un apport original à la vie de la nation, mais qu’elles n’ont pas d’existence politique et ne doivent pas en avoir. Ainsi, la communauté juive sera défendue parce que la France sera forte et pas affaiblie par la division en communautés demandant chacune à l’Etat de les protéger des dangers que feraient courir sur elle tell ou telle autre fraction de la communauté nationale. Zemmour joue la carte de la France, comme le disait De Gaulle à l’époque de la France combattante : on est toujours vainqueur lorsque l’on joue la carte de la France (voir De Gaulle et Churchill, Kersaudy). </p>

<p>Autrement dit, la montée de l’antisémitisme et des violences et assassinats qui l’on accompagnée depuis 20 ans ne vient pas du fait que l’arsenal juridique destiné à défendre les communautés serait trop faible ou mal adapté, il vient de l’affaiblissement de la France face à la montée de l’islam conquérant et de la dissolution nationale concomitante, à la fois cause et conséquence de la submersion migratoire islamique. </p>

<p>J’ai écouté ces jours-ci une interview de Mario Stasi, président de la Licra par Bruce Toussaint. Cette interview est sur mon mur hier ou avant-hier. Bruce Toussaint attaque Zemmour sur deux points avant de laisser la parole à Mario Stasi. Il cite une déclaration qui dit, de mémoire « À l’époque de Dreyfus, il y avait en France deux camps opposés : l’un qui croyait en l’innocence de Dreyfus et le défendait, l’autre qui le croyait coupable et défendait l’Armée «. Voyant dans cette phrase une remise en cause de la certitude de l’innocence de Dreyfus, Mario Stasi y répond par un long réquisitoire. Je ne suis pas certain qu’il soit pertinent pour Zemmour de se lancer dans de multiples débats ou controverses l’éloignant de ce qui devrait être ses préoccupations principales en tant que futur candidat à la présidence de la République. Néanmoins, je ne perçois pas dans cette phrase -la seule que je connaisse de Zemmour sur ce sujet- la remise en cause de la certitude de l’innocence de Dreyfus. À mon sens, il a voulu suggérer que les Français qui ne croyaient pas en 1899 à l’innocence de Dreyfus ne le faisaient pas nécessairement par antisémitisme. Comment sait-on que Dreyfus est innocent ? Nous le savons depuis qu’un tribunal l’a innocenté en 1906. Sinon, seuls ceux qui avaient eu accès au dossier -peu nombreux lors du premier procès par un tribunal militaire-, les juges, les avocats le savaient ou pouvaient le savoir. Beaucoup d’autres, des millions d’autres, pouvaient le penser, bien sûr, mais ils ne pouvaient pas le savoir. Il y avait deux France comme l’illustre le célèbre dessin de Caran d’Ache, qui séparaient les familles en leur sein. Ceux qui faisaient confiance à Zola, et ceux qui faisaient confiance à l’Armée, garante de la sauvegarde de la Nation face au péril allemand imminent et menaçant. Bien sûr, le fait que Dreyfus était Juif a joué un rôle chez certains –« que Dreyfus est coupable, je le déduis de sa race » a écrit odieusement Daudet-, mais pas forcément chez tous. La fidélité à l’Armée, en une période périlleuse, a joué le plus grand rôle. Des traîtres en ont abusé pour fabriquer des faux et condamner Dreyfus. </p>

<p>L’autre question posée par Toussaint à Stasi relevait la mention par Zemmour de revenir sur tout ou partie de la loi Pleven. Je ne connais pas la position précise de Zemmour sur ce sujet, mais je connais celle de Bensoussan qui en a été victime. Un des paragraphes de cette loi mentionne comme devant être réprimée « l’incitation à la haine raciale ». Or, affirme Bensoussan, un tel délit est très mal défini, est beaucoup trop vaguement défini. C’est la porte ouverte à des procédures abusives. C’est ainsi que Georges Bensoussan fut poursuivi de manière concomitante par le CCIF, instante islamiste aujourd’hui dissoute, et la Licra, pour incitation à la haine raciale. Il remporta tous ses procès, ce qui prit 5 ans, le parquet ayant rejoint les parties plaignantes en faisant appel. Les tribunaux ont ainsi reconnu que Georges Bensoussan n’avait rien dit de répréhensible mais avait simplement contribué au débat public lors de l’émission d’Alain Finkielkraut. C’est l’idée même de débat public en France qui est la victime de certaines lois mal conçues, qui l’étouffent en faisant vivre les intellectuels ou les politiques qui voudraient s’exprimer dans la crainte, voire la terreur d’être poursuivis et de voir leur vie brisée. Depuis, la présidence de la Licra a changé et a renoncé à faire appel contre Bensoussan, mais l’institution n’a pas fait repentance pour s'être alliée avec le CCIF contre Bensoussan.  </p>

<p>Je pense que c’est le débat public que défendent Georges Bensoussan et Eric Zemmour, et pas le droit de traiter quelqu’un de « sale arabe » ou de « sale juif » comme le suggérait Mario Stasi dans sa réponse à Bruce Toussaint, ces dernières expressions étant clairement des insultes à caractères racial ou religieux, délit clairement défini et justement réprimé.  Or, c’est de la mort lente de son débat public que meurt la France aujourd’hui. Un pays qui ne débat pas de ses questions vitales, dont le débat est confisqué par une élite restreinte qui le pratique par idées convenues dans l’entre-soi, devient incapable de penser par lui-même, de penser comment il doit faire face, anticiper et prévenir les facteurs de dissolutions internes et les menaces externes. L’existence d’un pays se gagne tous les jours, or le débat a été figé et interdit depuis 50 ans. Un pays où le débat n’est plus libre se voit progressivement confisqué par des intérêts étrangers ou particuliers, mais ne peut plus vivre par et pour lui-même. Ces intérêts étrangers aujourd’hui sont multiples, du Qatar et des frères musulmans qui planifient la conquête islamique de notre pays, de la Turquie ou de l’Algérie qui entendent se servir chaque jour davantage de leur immigration en France pour décider de notre politique qui mérite chaque jour moins l’adjectif nationale, ou encore de la bureaucratie européenne qui entend étendre son pouvoir en en dépeçant la France sans être cependant en mesure de l’exercer. Bensoussan l’explique fort bien : il a été fort étonné en constatant qu’en Italie ou en Espagne on peut débattre librement de questions qui en France ne peuvent pas être librement exprimées, ou seulement par périphrase. Un pays qui ne débat plus ne produit plus d’idées dignes de ce nom et certainement pas les idées adaptées aux temps qui changent et alors que l’Histoire qu’on croyait assoupie fait son retour en force. </p>

<p>Un pays qui ne débat plus est un pays qui ne pense plus et qui devient incapable de se défendre. Or, si l’on revient à l’interview de Mario Stasi, il explique encore que Zemmour ne croit pas, ou refuse l’universalisme. Ce qui est frappant, est que Mario Stasi ne mentionne que les communautés, puis l’universalisme qui serait au-dessus de tout, mais jamais la France. Il ne voit pas que l’universalisme, dont la France est porteuse, n’est qu’une idée abstraite. L’universalisme n’a ni armée, ni police, ni justice, il n’a aucun patriote prêt à mourir pour lui. L’universalisme ne viendra pas à la rescousse  de telle ou telle communauté en France qui serait attaquée. Seule la France le fait et le fera, à condition qu’elle reste unie et forte, qu’elle veuille vivre et se perpétuer comme elle en a le droit et le devoir. Seule la France est porteuse en France de l’universalisme, en tant que mur porteur, voûte et clef de voûte, et peut en être la garante, par la volonté du peuple qui lui apporte sa légitimité politique et par ses institutions régaliennes, et d’abord par la pleine conscience de sa légitimité politique et historique. Or, les élites françaises se sont progressivement coupées du peuple, dont elles ont décidé de méconnaître les intérêts et dont elles ont décidé de se méfier pour justifier à leurs propres yeux leur transformation en oligarchie. Zemmour dit, à mon sens, à propos de l’affaire Dreyfus : le peuple n’était pas entièrement constitué d’antisémites. De même la réponse à Vichy et à l’Occupation et à la Collaboration n’est pas dans la délégitimation du peuple français comme source de toute légitimité politique, ce qui serait paradoxalement accorder la victoire aux nazis et aux ultra de la collaboration. La France ne sera jamais une juxtaposition de communautés se défiant des autres ou du plus grand nombre, mais un corps politique vivant, dont toute légitimité est donnée par le peuple et par lui seul. </p>

<p>La voie implicitement choisie par nos élites, qu’elles en soient conscientes ou non, et si rien ne change, qui s’imposera à elles progressivement mais inéluctablement, de la communautarisation verra la communauté la plus vigoureuse, la plus ambitieuse, la plus politisée, la plus armée prendre le dessus sur les autres sous les yeux de ce qui sera devenu un Etat dépassé, reliquat grotesque d’une gloire passée. Cette voie est celle de la libanisation de la France, dont tous les Juifs auront fui d'ici un siècle ou moins et où les non-musulmans seront réduits à l’état des chrétiens du Liban, communauté qui se meurt après avoir été vaincue. </p>

<p>Nous devons jouer la carte de la France comme le disait de Gaulle il y a 80 ans. </p>

<p>Je pense que ce sont ces questions qui sont au centre des polémiques actuelles au sujet de Zemmour.  Ce sont les questions capitales pour notre avenir national, même si il serait bon qu’elles ne soient pas implicitement abordées à l’occasion des polémiques que lance Zemmour.</p>
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	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Sun, 07 Nov 2021 22:05:17 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Réseaux, Sarah Knafo, cathos tradis... &quot;Le Radicalisé&quot;, le livre évènement sur Eric Zemmour]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Dans les milieux politiques, Eric Zemmour fascine. Dans les milieux financiers, il intéresse. Les cercles catholiques ultras et influents l'adulent. Comment ce garçon timide d'origine modeste est-il devenu le nouveau héraut des "grands remplacés" et un probable candidat à l'élection présidentielle ? Ci-dessous, les bonnes feuilles de l'ouvrage "Le Radicalisé" (Seuil), par Etienne Girard, en exclusivité pour L'Express. </p>
<p>Le déclencheur Knafo</p>
<p>La réflexion revient souvent. Ses proches, qui l'ont connu débordant d'enthousiasme, ont la surprise de l'entendre soudain traîner un léger spleen en évoquant ses émissions. "Je l'ai trop fait..." Auprès de son éditrice Lise Boëll, il s'interroge comme jamais auparavant : "Qu'est-ce qui peut me faire vibrer ?" Pas les élections européennes, en tout cas. En 2019, il a refusé trois propositions pour s'y présenter. Pas question de perdre son statut parisien pour aller voter des amendements sur les quotas de pêche à Strasbourg. </p><p>La présidentielle, c'est autre chose. Elle demeure la seule élection qui intéresse les Français. Y figurer permet d'entrevoir la possibilité d'un destin, de figurer dans les livres d'histoire. Pour Zemmour, qui a été toute sa vie le scribe des aventures des autres, le rejeton maudit de l'élite, lui qui ne s'est jamais totalement remis de son échec à l'ENA, quelle revanche cela constituerait ! [...] Caresser l'idée semble toutefois lui suffire, car l'essayiste n'ignore pas les risques d'une telle entreprise. Dès qu'il se projette un tantinet, les obstacles paraissent trop nombreux. Patrick Buisson, qui a pourtant tenté de le convaincre de s'engager pour les européennes, fait désormais partie de ceux qui le découragent. "Relis la Bible, répète l'ex-conseiller de Nicolas Sarkozy. Un prophète ne peut pas être roi." Parfois, il suffit d'une personne pour dérégler un équilibre subtil, pour envoyer valdinguer un programme calibré. Dans la vie d'Eric Zemmour, ce grain de sable s'appelle Sarah Knafo. Ils se connaissent depuis 2007. Sarah Knafo a 13 ans, son père est un ami d'"Eric", qu'elle surnomme parfois "Z". Trente-cinq ans les séparent. Mêmes origines juives séfarades, même jeunesse en Seine-Saint-Denis, à Pavillon-sous-Bois pour la jeune femme. </p><p>L'essayiste lui inculque ses idées, lui fait réviser Sciences po avec succès, la pousse à présenter les concours administratifs. Il est le mentor et elle l'apprentie. "Eric, c'est un monstre", juge Sarah, admirative des aptitudes intellectuelles de son pygmalion. A 19 ans, elle indique sur son compte Twitter se considérer "séguiniste et bonapartiste", comme son maître, pose avec Le Père Goriot, de Balzac, le romancier fétiche du journaliste du Figaro. </p><p>A cette époque, Sarah adhère à Critique de la raison européenne, l'association souverainiste de l'IEP de Paris, à l'UNI, le principal syndicat de droite, à l'UMP, tendance musclée. Plusieurs de ses camarades, à qui elle parle de son lien privilégié avec le chroniqueur, comprennent qu'il s'agit d'un oncle, un bruit qu'elle se garde bien de réfuter clairement. Un jour que l'étudiante fait mine d'abandonner la préparation de l'ENA, "Z" la sermonne : "Tu ne vas pas faire ta crise d'adolescence maintenant !" Elle doit réussir là où il a échoué. Elle y parvient du deuxième coup, en 2016. Pendant l'examen, par souci de discrétion, elle a momentanément changé son nom sur Facebook, pour Sarah de Rubempré. Un hommage au héros balzacien qui obsède Zemmour, jusqu'à nommer ainsi sa maison d'édition à l'été 2021. </p><p>[...] Deux ans plus tard, quand elle sort de l'école pour rejoindre la Cour des comptes, un grand corps de l'Etat, son parrain en est subjugué. Sa protégée incarne la relève qu'il a toujours attendue. "Il y avait quelque chose de filial, puis notre relation s'est équilibrée", affirme souvent Sarah Knafo. Peu à peu, elle s'impose comme sa conseillère en lui préparant des notes chiffrées envoyées par e-mail avant ses émissions, ou en donnant son avis sur ses choix de carrière. </p><p>[...] Sarah rêve d'une candidature souverainiste de droite à la présidentielle. Elle aussi exècre Marine Le Pen, encore plus depuis qu'elle a découvert son compte Instagram dédié à ses chats. "Elle n'est pas habitée par la fonction présidentielle, elle n'est pas faite pour ça", en conclut l'énarque devant des amis. Le désir latent d'Eric Zemmour rencontre son énergie. A ses côtés, l'essayiste trouve peu à peu le culot de revendiquer un rôle qui n'a jamais été le sien. Surtout lorsque sa partenaire le provoque, avec toute l'insolence que son âge permet. "Tu ne penses pas que Natacha Polony serait une meilleure candidate que toi ?" lui fait-elle, un jour de juin 2019 au Bonaparte, le café qu'ils fréquentent à Saint-Germain-des-Prés. Zemmour bondit : "C'est n'importe quoi, moi je vais cliver la société sur l'islam et l'immigration, pas comme ces souverainistes de gauche !" </p><p>[...] Peu à peu, les résistances de Zemmour commencent à lâcher. [...] Lorsque, début 2021, une palanquée de trentenaires issus des réseaux de Philippe de Villiers et Christine Boutin vient le trouver pour se mettre à son service, le journaliste est mûr. Lors de la première réunion d'une douzaine de ses soutiens, le 6 avril, au domicile de Sarah Knafo, rue des Saints-Pères, à deux pas de Sciences po, il se dévoile, autour de parts de pizzas. "Je fais ma mue, et c'est grâce à vous que je vais faire ma mue", commence-t-il. Interrogé sur le sens de cette candidature, alors qu'il bénéficie d'un grand confort matériel dans sa vie d'éditorialiste, l'essayiste se lance : "J'y vais, parce que je suis fou." La phrase que tous attendaient pour y croire. [...] </p><p>Le 14 juillet, il réunit discrètement pour la première fois une cinquantaine de ses soutiens, leveurs de fonds, militants de Génération Z, un mouvement de jeunesse qui vient d'être créé, conseillers de l'ombre, à l'Espace Molitor, une salle de réception du XVIe arrondissement de Paris. Il y a un buffet, on passe de la musique, mais, avant, Eric Zemmour délivre son premier discours devant ses troupes. Il n'annonce pas formellement sa candidature, mais personne n'en doute plus. "Les élites intellectuelles ont perdu l'esprit de résistance, clame-t-il. Il faut que vous vous prépariez à devenir cette élite patriote. Nous serons sans doute les seuls à être contre le système." Théâtral, l'essayiste annonce la bataille de toutes les batailles : "Préparez-vous à la tempête." </p><p>La plupart des militants en sortent rassérénés, mais certains cadres ont noté qu'avant et après l'allocution, Zemmour est resté auprès de Sarah Knafo, ne bavardant qu'avec les personnes qu'elle lui présentait. Il n'a pas fait le tour de la salle pour discuter avec ses soutiens, dont certains le rencontrent pour la première fois. Un impair diplomatique sans conséquence quand on est journaliste, plus problématique venant d'un futur candidat à la présidentielle. En rentrant chez lui, un des participants se rend compte de la progression qu'il reste à accomplir pour faire de ce projet de bric et de broc une candidature crédible aux plus hautes fonctions : "Cette campagne, cela peut devenir quelque chose d'énorme ou cela peut devenir quelque chose de terrible." Cette source ne sait pas ce que dit alors Philippe de Villiers à plusieurs de ses interlocuteurs. L'ancien député européen d'extrême droite, ami d'Eric Zemmour, se tient en marge de l'initiative. Il a remarqué la mainmise de Sarah Knafo sur le dispositif, y voit un vice rédhibitoire : "Ils se fascinent l'un l'autre. Ça finira mal." </p><p></p><p>Le radicalisé, par Etienne Girard, aux Editions du Seuil (octobre 2021)</p><p>Seuil</p>
<p>Les réseaux</p>
<p>Réunification au restaurant libanais. Ce vendredi 2 juillet 2021, un bataillon de 23 personnes s'engouffre dans une taverne du XVe arrondissement de Paris, spécialisée dans les mets du pays du Cèdre. Autour de la table, il y a une ancienne candidate à l'élection présidentielle, Christine Boutin, 1,19 % des voix en 2002, un ex-postulant à la primaire de la droite en 2016, Jean-Frédéric Poisson, 1,45 % des suffrages. Et Eric Zemmour. L'objectif de ce déjeuner est de sceller une alliance entre Via, le nouveau nom du Parti chrétien-démocrate, fondé en 2001 par l'égérie des catholiques conservateurs, et les réseaux du polémiste, en vue de la présidentielle. Le moment a quelque chose d'un Yalta de la droite hors les murs. On se jauge, on se dévisage discrètement, mais l'ambiance reste conviviale. Poisson, le président de Via, a fait venir 15 membres de son bureau politique, parmi lesquels Paul-Marie Coûteaux, un des meilleurs amis du journaliste du Figaro, et François Martin, le président de l'association des anciens de HEC actifs dans la géostratégie. Zemmour a convoqué son comité exécutif, sorte de conseil restreint de ses six conseillers les plus importants, dont l'incontournable Sarah Knafo. </p><p>Dans le grand partage envisagé, Eric Zemmour a vocation à devenir le candidat de l'alliance à la présidentielle, tandis que Jean-Frédéric Poisson est pressenti pour devenir le patron de la commission d'investiture aux législatives. Autant dire le grand organisateur du futur mouvement. Ainsi, le christianisme politique se retrouvera au coeur de cette nouvelle droite que Zemmour veut bâtir. [...] </p><p>La plupart des conjurés s'en cachent à peine : la candidature Zemmour, quoi qu'il advienne, doit être l'occasion de purger à la fois le problème Les Républicains, trop mous, et le péril Marine Le Pen, qui vampirise 20 % des voix au premier tour tout en paraissant incapable de s'imposer au second. Dans le scénario où le journaliste du Figaro ne l'emporterait pas en 2022, cette aventure doit au moins permettre de faire perdre la présidente du Rassemblement national, pour reconstruire ensuite un mouvement conservateur plus proche de leurs valeurs. "Soit on sauve la France, soit on sauve la droite", résume parfois Antoine Diers. [...]  </p><p>Dans le plus grand secret, le journaliste bénéficie aussi des conseils de personnalités de premier plan, séduites par son profil intello et ses idées sur l'immigration. De potentiels ministres en puissance. Depuis que Paul-Marie Coûteaux les a présentés, dans un restaurant du boulevard Saint-Germain, en mars 2019, Zemmour s'est beaucoup rapproché de Pierre Brochand, directeur de la DGSE, les services secrets français, entre 2002 et 2008. "On échange quasi quotidiennement", reconnaît l'éditorialiste de CNews quand nous l'interrogeons, en septembre 2021. Le maître espion né en 1941, ancien ambassadeur de France en Hongrie, en Israël ou au Portugal, est persuadé que l'immigration incontrôlée peut "remettre en cause la paix civile", c'est-à-dire provoquer la guerre civile, comme il l'a expliqué à une table ronde de la fondation Res Publica, en juillet 2019. Lorsque nous lui demandons par SMS s'il rédige des notes sur l'immigration, la sécurité ou la géopolitique pour Eric Zemmour, Pierre Brochand nous envoie un lien de son intervention à Res Publica, avec le commentaire suivant : "Pas vraiment nécessaire de rédiger des notes." Zemmour confirme aussi correspondre régulièrement sur sa possible candidature avec Henri Proglio, l'ancien PDG de Veolia et d'EDF. "Ils se sont rencontrés cette année et se sont tout de suite très bien entendus", ajoute leur ami commun Loïk Le Floch-Prigent. Le grand patron s'est déjà rendu rue des Saints-Pères. Il s'agit là en quelque sorte d'un retour aux sources pour l'industriel, animateur non encarté du Groupement de recherche et d'études pour la civilisation européenne (Grece), un groupe de pensée d'extrême droite, à HEC à la fin des années 1960, puis participant occasionnel aux premières réunions du Club de l'Horloge, un cercle de hauts cadres militant pour l'union des droites, à partir de 1974. </p>
<p>Groupies tradis</p>
<p>Pour se rendre au lieu de rendez-vous, Eric Zemmour a choisi de remonter la rue Athénas, une perpendiculaire à la rue Voltaire, où se trouve la librairie Dobrée, dans le centre de Nantes. Ce 10 décembre 2014, le polémiste y donne une dédicace de son dernier livre, Le Suicide français. Itinéraire délicieux, puisque le journaliste peut découvrir, de loin, la longue file d'attente qui serpente sur le trottoir. Une centaine d'admirateurs l'attendent. Sur son passage, chacun se retourne, des dames âgées saluent leur héros, plusieurs cris d'encouragement retentissent. "Bravo, Eric !" lancent deux hommes aux tempes grises près de l'entrée, en applaudissant. L'ovation se répand immédiatement dans la queue. Cette arrivée ressemble à un triomphe. </p><p>Personne, et pas même les caméras de France 2 venues couvrir l'événement, n'a prêté attention au jeune homme en costume qui escorte l'écrivain. A 29 ans, François-Xavier d'Hautefeuille dirige les éditions Diffusion de la pensée française, mieux connues sous le nom de Chiré. Créée en 1966 par son beau-père Jean Auguy, cette société est considérée par le chercheur Jean-Yves Camus comme "le plus important diffuseur par correspondance d'extrême droite en Europe". Véritable institution dans les réseaux catholiques traditionalistes, elle revendique une ligne "contre-révolutionnaire", c'est-à-dire opposée à la doctrine des Lumières et aux droits de l'homme, assume d'Hautefeuille. Dans le sillage de Charles Maurras, le fondateur de l'Action française, maître à penser absolu du groupe, Chiré relaye par exemple la thèse d'un complot franc-maçon à l'origine de la Révolution de 1789, sur lequel l'abbé Augustin Barruel a écrit un pavé de 1 200 pages. </p><p>L'éditeur se veut surtout particulièrement friand de signatures obsédées par les juifs, au point que René Monzat, auteur avec Jean-Yves Camus d'une longue enquête sur les droites nationales et radicales, a vu dans l'entreprise un "trait d'union entre la droite antisémite des années 1930 et la montée du Front national". Sur son site Internet, on retrouve la plupart des livres de Robert Faurisson, l'universitaire condamné pour négationnisme, ceux de Pierre Pascal, inspecteur général à la radio du gouvernement de Vichy, ou encore, pour 8 euros, Les Juifs maîtres du monde, un recueil de textes commenté par l'essayiste Léon de Poncins, dont la couverture montre un homme au nez crochu. [...] </p><p>Cette excursion dans une des places fortes de la France "catho tradi" n'a rien d'un hasard. Pour cet opus, son premier livre original depuis son exclusion d'On n'est pas couché, Eric Zemmour s'est adjoint les services d'une nouvelle attachée de presse, chargée de faire rencontrer un nouveau public à l'auteur. Pas n'importe lequel. Isabelle Muller dispose de puissants réseaux, tout particulièrement chez les catholiques les plus à droite. En 1998, cette fervente croyante aux pommettes saillantes, toujours apprêtée, se fait connaître en coordonnant une pétition de maires contre le Contrat d'union sociale (CUS), l'ancêtre du Pacs. En parallèle, elle exerce des fonctions de vice-présidente de l'Association pour la promotion de la famille (APPF), fondée en 1994 par deux responsables de l'Opus Dei, une organisation rattachée au Vatican, missionnée pour défendre les intérêts de l'Eglise. Isabelle Muller va devenir la communicante attitrée en France de l'association, connue pour entretenir le secret sur l'identité de certains de ses membres haut placés. [...] Dans les années 2000, elle se rapproche naturellement de Philippe de Villiers, le fondateur du Mouvement pour la France, qui en fait sa principale conseillère pour la communication. Le gérant de parc d'attractions la recommandera vivement auprès d'Eric Zemmour : "Prends-la, c'est la meilleure." [...] De nombreuses conférences, sur ce modèle hybride dont Eric Zemmour raffole, mêlant dédicace, exposé et questions-réponses, sont organisées un peu partout sur le territoire. Chaque fois, Isabelle Muller s'en occupe. "J'ai choisi les déplacements en fonction des gens que je connaissais, de mon réseau, des salles", nous confirme-t-elle. [...] A Bordeaux, le 5 mai 2015, Eric Zemmour devise devant plus de 500 personnes à l'Athénée, le centre de conférences situé à deux pas de l'hôtel de ville. [...] Comme une rock star aux petits soins avec ses fans, le journaliste est allé leur délivrer un message d'amitié sur le parvis, derrière les barrières de sécurité. Personne ne s'interroge sur le sexagénaire au physique de sosie de Claude Guéant qui lui posait des questions sur la scène. Bernard Pascaud dispose pourtant d'une petite notoriété. [...] Ce militant monarchiste est le président de Restauration nationale, un mouvement fondé en 1955 sur les cendres de... l'Action française, le parti de Charles Maurras, royaliste et xénophobe, connu pour avoir fomenté une tentative de coup d'Etat, le 6 février 1934. [...] Eric Zemmour sait faire rosir de plaisir son nouveau public. Dans ses conférences, qu'il anime devant une assemblée toujours plus fournie, il aime à répéter cette phrase qu'il attribue à Chateaubriand : "Vous détruisez le christianisme, vous aurez l'islam." Lors d'une conférence au Chesnay, dans les Yvelines, le 15 avril 2015, le voilà interrogé par l'abbé Pierre Amar, prêtre du diocèse de Versailles, très actif dans le mouvement de la Manif pour tous. "Il me manque, dans ce que vous dites, une dimension verticale, spirituelle, qu'en pensez-vous ?" demande l'ecclésiastique. Le journaliste opine : "On est passé à l'hostilité absolument délétère au christianisme. On est passé à la négation de la culture chrétienne de la France. Nous avons remplacé une authentique religion et spiritualité de haut vol par un millénarisme post-chrétien droit-de-l'hommiste qui est absolument de bas niveau. Sur ces ruines naît l'anarchie, l'anomie." La salle n'en finit plus d'applaudir. Ce soir-là, la rencontre est animée par Jean-Marie Le Mené, un militaire devenu magistrat à la Cour des comptes, par ailleurs président de la fondation Jérôme-Lejeune, opposée à l'avortement, et membre de l'Académie pontificale pour la vie, qui dépend du Vatican. Lui aussi est un proche d'Isabelle Muller, qui collabore souvent à la revue de la fondation. </p>
<p>Viré de L'interallié</p>
<p>"Je vous adresse tout mon mépris". Ce 8 mai 2019, Eric Zemmour éructe. On vient de l'humilier sévèrement, et tout cela pour une affaire de slip de bain. "J'ai dû lui expliquer que son attitude ne correspondait pas aux codes du Cercle de l'Union interalliée", nous raconte Denis de Kergorlay, le président de ce club huppé situé rue du Faubourg-Saint-Honoré, à une minute de l'Elysée. Pendant deux ans, le polémiste a tenté d'intégrer ce saint des saints de la bourgeoisie parisienne, fondé par le maréchal Foch en 1917. [...] En mai 2017, il fait acte de candidature [...]. Le jury qui l'auditionne est emballé, mais Denis de Kergorlay souhaite mettre à l'épreuve l'impétrant. Il lui propose de donner une conférence dans les locaux de l'Interalliée, une prestation qui ouvre droit à six mois d'accès aux installations du club, ses magnifiques salons du XVIIe siècle, avec bibliothèque de 15 000 livres, moulures, plafond haut et tableaux de maître, son superbe jardin à la française, mais aussi ses équipements sportifs. Eric Zemmour adorerait en bénéficier. Depuis quelques années, il a pris l'habitude de nager tous les matins. La piscine couverte du complexe, refaite en 2010 et équipée de saunas, de jacuzzis ainsi que de hammams, fait se pâmer le Tout-Paris. Surtout, elle se trouve à huit minutes à pied de son domicile. Le rêve. Le journaliste tope pour la conférence, qui doit être consacrée aux six premiers mois de la présidence Macron. </p><p>[...] L'annonce de l'adhésion imminente du polémiste, tapissée sur les murs des vestiaires de la piscine et au bar, comme le veut le règlement, suscite une première fronde. Charles-Henri Filippi, l'ex-patron de HSBC France, désormais associé-gérant chez Lazard, accompagné d'un grand diplomate en exercice, démarche Denis de Kergorlay pour faire annuler la procédure. "Il n'a pas l'esprit Interalliée", soutiennent-ils. Les deux parrains de l'éditorialiste, introducteurs statutaires sans qui aucune candidature n'est possible, se rétractent. </p><p>S'ouvre alors une période de méli-mélo typique du monde si feutré des clubs parisiens. Le président décide de temporiser. Il a pris en sympathie le salarié du Figaro, qu'il croise plusieurs fois par semaine dans les locaux du club. Ne fait-il pas partie, après tout, des intellectuels français en vue ? Il le laisse dépasser le stade des six mois sans rien dire. Kergorlay lui cherche en parallèle deux nouveaux parrains, à trouver parmi les adhérents qui apprécient l'oeuvre du journaliste. Renaud Girard, le chroniqueur géopolitique du Figaro, et Alexandre Orlov, l'ex-ambassadeur de Russie en France, acceptent la mission. Le premier par amitié pour son collègue, le second parce qu'il partage largement la vision de la France de l'essayiste. Seulement, entre-temps, Eric Zemmour s'est mal comporté. Un adhérent s'est plaint de ses exposés politiques dans les vestiaires. Pendant que tel ou tel haut fonctionnaire se relaxe, il débat à voix haute, n'hésite pas à invectiver ses interlocuteurs comme on le ferait sur un plateau de télévision. "Eric Zemmour a fait du prosélytisme dans les vestiaires, un membre du club s'est plaint", nous confirme Denis de Kergorlay. </p><p>[...] Cette fois, plus de doute possible, Zemmour n'a pas sa place, conclut le président du Cercle de l'Union interalliée. [...] Il envoie un SMS à l'intéressé pour lui faire part de la décision définitive du club, confirmée par un comité de direction. L'accès à la piscine devra naturellement lui être retiré. Zemmour répond immédiatement, furieux : "Je ne suis pas déçu mais écoeuré. Je n'ai jamais eu l'intention de transformer le Cercle Interallié en foire d'empoigne. J'ai toujours été discret et réservé dans les locaux du Cercle. Je considère que vous êtes le premier responsable de cet échec", explose-t-il. S'ensuit un développement menaçant empli d'une rage froide. "Quant à mes adversaires, ils incarnent exactement ce que disait le général de Gaulle à Peyrefitte sur la bourgeoisie qui avait choisi Vichy : "Pour pouvoir continuer d'aller dans leurs dîners en ville, ils sont prêts à tout même à sacrifier la patrie." Je vous autorise à leur transmettre mon jugement. En vous disant ce que j'ai sur le coeur, je vous rends le service insigne de croire que vous avez eu bien raison d'écarter un excité. Sachez que vos délibérations soi-disant dignes sont empreintes d'une lâcheté et d'un aveuglement qui vous feront honte dans quelques années". [...] </p><p>Avec le recul, Kergorlay, propriétaire d'un château en Normandie, pense avoir réveillé une blessure pas tout à fait guérie chez le journaliste : "Ce qui l'intéressait à titre principal, c'étaient les équipements sportifs, mais pas seulement. Il y avait quelque chose de plus symbolique derrière." </p><p>Le Radicalisé (Seuil), 224 pages, en librairies le 28 octobre. </p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
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	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/753/droitisatisation-fais-moi-peur-par-gael-brustier</guid>
	<pubDate>Sun, 07 Nov 2021 22:01:02 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Droitisatisation, fais-moi peur !, par Gaël Brustier]]></title>
	<description><![CDATA[
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<p class="article__item article__item--para article__item--para-first">Depuis plus de dix ans, la droitisation du débat public et de la société française est devenue un sujet. Ce phénomène est à resituer dans un contexte qui dépasse l'addiction de notre pays à l'immédiateté. Le terme employé est à resituer dans un contexte social et idéologique précis, celui issu notamment des attentats du 11 septembre 2001. Parmi d'autres, beaucoup des avocats du tournant néoconservateur de la famille "républicaine" ont mis en lumière la faillite d'un républicanisme aussi incantatoire qu'impuissant. Cristallisé par la suite autour de la revue Causeur, ce "national-républicanisme" s'est fait agent de la droitisation. Qu'est-ce à dire ? </p><p class="article__item article__item--para">La droitisation est un phénomène paradoxal. Des enquêtes d'opinion démontreront que les Français demandent des mesures sociales, c'est-à-dire "de gauche". Tout cela est bel et bon. Or, si tout cela est vrai, la conversation avec lesdits Français amène à se plonger dans leur univers mental et à constater que rien n'est simple. Surtout pas leur vision du monde. Avant la crise de 2008, le Tea Party et évidemment Trump, Ross Douthat et Reihan Salam avaient, en tant qu'intellectuels conservateurs américains, conclu que le peuple des Etats-Unis était majoritairement favorable au welfare state, mais... géré par des conservateurs. Le paradoxe est décidément maître de la vision du monde de nos sociétés. Les items "de gauche" ou "de droite" dans les enquêtes sont à mettre en perspective. La contradiction est inhérente à la construction de sa vision du monde par chaque individu. La clef de voûte de la droitisation est bien la peur du déclin de l'Occident, une peur qui irradie dans toute la société, sous des formes sophistiquées ou dégradées. </p><p class="article__item article__item--para">L'effondrement du "consensus social-démocrate" à la fin des années 1970 est à l'origine de la droitisation. Stuart Hall, l'éblouissant intellectuel succédant à Gramsci, a décrit à merveille le "populisme autoritaire" de Thatcher. Le thatchérisme et son frère le reaganisme n'ont pas été qu'un programme politique, ni une suite de mesures, ils ont recomposé les univers mentaux de tous les pays occidentaux. </p>
<p><a href="https://abonnement.lexpress.fr/offre/catalogue/digital/mensuel/?xtatc=INT-85-%5Bcatalogue_digital_2mois1e_mensuel%5D&amp;egn-publisher=autopromo-site&amp;egn-name=catalogue-digital-2mois1e-mensuel_inread-article" class="article__item article__item--inread abo-inread abo-inread--rentree" target="_blank" rel="noopener" readability="26"><br /><br /><br /><p>Offre limitée. 2 mois pour 1€ sans engagement</p><br /><br /><br /><p>Je m'abonne</p><br /><br /></a></p>
<p class="article__item article__item--para">A la source de cette révolution conservatrice qui n'en est pas vraiment une, il y a donc l'idée d'une véritable unité d'un Occident confronté à son immédiat déclin et à des menaces imminentes, analysées, comprises ou fantasmées. On peut ainsi comprendre les succès de Geert Wilders, du FPÖ en Autriche, de l'AfD en Allemagne, du FN/RN en France, de la Lega ou de Fratelli d'Italia dans la péninsule Italienne comme les symptômes d'une anxiété continentale face au "déclin de l'Occident". Surtout, l'idée de déclin a envahi le débat public. Tout n'est devenu que causerie autour du déclin.  </p><p class="article__item article__item--para">Entre nostalgie amnésique et obsession mémorielle, notre pays semble régresser et ne voir son histoire qu'à travers le prisme du bien et du mal. La vérité historique, si nécessaire, est liquidée. Il n'est pas étonnant que les enfants politiques de Salan prospèrent sur ce chaos mémoriel qui cannibalise le travail des historiens. Le prisme décolonial procède de la même logique : l'instrumentalisation de la mémoire à des fins politiques contestables. Zemmour exploite le malaise mémoriel jusqu'à plus soif. Il s'agit d'une rente morbide. De même, certains polémistes qui, vingt ans plus tôt, dénonçaient les libéraux-libertaires au motif qu'ils faisaient le jeu du libéralisme, sont les adeptes désormais du libéral-conservatisme.  </p><p class="article__item article__item--para">Le déclin de l'Occident est une idée qui envahit le débat public en s'adaptant chaque fois à la sociologie et à l'histoire politique du pays concerné. L'affaiblissement des social-démocraties, les insuffisances des gauches radicales, la plasticité des droites de gouvernement et l'absence de définition d'une vision du monde rassemblant des groupes sociaux divers mais tous inquiets nourrissent la "droitisation".  </p><p class="article__item article__item--para">Ce qui se déroule aujourd'hui sous nos yeux n'est pas le fruit d'un esprit machiavélique, c'est aussi le résultat de vingt ans de brutalisation des codes du débat comme de l'action publique. Dix ans avant Trump, Stephen Mennell, un des plus brillants disciples de Norbert Elias, avait prévu dans The American Civilizing Process, l'un de ses livres les plus brillants, que la décivilisation initiée par les néoconservateurs aurait des conséquences terribles. </p>
<p><a class="js-inread-url sgt-inread__wrapper" data-url-mobile="https://app.adjust.com/2etjhj1_35lrfb3" href="https://www.lexpress.fr/lexpress-audio/?xtatc=INT-156" target="_blank" readability="2"><br /><p>L’application L’Express</p><br /><p>Pour suivre l’analyse et le décryptage où que vous soyez</p><br /><br /><p>Télécharger l’app</p><br /><br /></a></p>
<p>Sur le même sujet</p><p class="article__item article__item--para">L'idéologie de la crise, c'est la peur du déclin de l'Occident, et à celle-ci s'ajoute, par en haut, une brutalisation des codes de nos sociétés. Dans cette perspective, la droitisation apparaît en quelque sorte comme l'adjuvant de la décivilisation. </p>
<p>Les plus lus</p>

<p>Opinions</p>
<p>Chronique</p>
<p>par Aurélien Saussay, chercheur à la London School of Economics, économiste de l'environnement spécialiste des questions de transition énergétique.</p>
<p>Chronique</p>
<p>Frédéric Filloux</p>
<p>Economie</p>
<p>Emmanuel Lechypre</p>
<p>Chronique</p>
<p>Nicolas Bouzou</p>
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	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/752/l%E2%80%99eurasie-terrain-du-%C2%AB%C2%A0grand-jeu%C2%A0%C2%BB</guid>
	<pubDate>Sat, 06 Nov 2021 23:06:49 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[L’Eurasie, terrain du « Grand Jeu »]]></title>
	<description><![CDATA[<p></p><p>L’Eurasie, centre géostratégique de la planète, objet depuis longtemps de stratégies de domination nommées « le Grand jeu ». Voici d’abord une série de textes écrits par Christian Greiling, un spécialiste français du sujet, pour vous expliquer le contexte historique et vous permettre de mieux comprendre l’importance de ce continent et de ce qui s’y passe actuellement.</p><p>Voyons maintenant plus en détail l’histoire contemporaine autour de ce « grand jeu ».</p><p>D’abord un point de vue occidental,</p><p>puis le « point de vue alternatif ».</p><p>L’Eurasie, centre de gravité d’un monde multipolaire en formation, abandonnant le monde unipolaire étasunien dans les poubelles de l’histoire.</p><p>Les deux fondations principales de cette « Eurasie multipolaire » sont la Russie et la Chine.</p><p>C’est bien sûr la Chine, puisqu’elle en a la capacité financière, qui aide au financement d’une grande partie de l’infrastructure nécessaire à l’intégration eurasiatique avec son colossal projet d’infrastructure nommé « Nouvelles Routes de la Soie », que nous verrons plus en détail dans le chapitre sur la Chine.</p><p>C’est la Russie qui garantit l’aspect sécuritaire du bloc eurasien grâce à sa puissance militaire et la finesse diplomatique du gouvernement de Vladimir Poutine.</p><p>Voyons maintenant l’intégration eurasienne en marche.</p><p>L’inde, le troisième grand pôle du continent hésite, à cause de sa peur de la Chine et des pressions occidentales.</p><p>Un des moyens de résister aux pressions déstructurantes des États-Unis pour empêcher l’intégration eurasiatique est de créer un réseau financier intégré et d’arrêter d’utiliser le dollar pour leurs échanges commerciaux.</p><p>Une fois le cadre eurasiatique défini, nous allons nous pencher plus avant sur les deux principaux piliers eurasiens, pays sans lesquels aucune intégration n’aurait lieu et qui du coup sont dans la ligne de mire de l’Empire, <a href="https://lesakerfrancophone.fr/ceg6-la-russie">la Russie</a> et <a href="https://lesakerfrancophone.fr/ceg8-la-chine">la Chine</a>. Mais commençons par étudier <a href="https://lesakerfrancophone.fr/ceg5-le-combat-usa-vs-russie">la guerre hybride entre la Russie et l’OTAN</a> sur le terrain eurasien.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/751/comprendre-les-enjeux-geopolitiques-l%E2%80%99eurasie-terrain-du-grand-jeu</guid>
	<pubDate>Sat, 06 Nov 2021 23:06:15 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Comprendre les enjeux géopolitiques : L’Eurasie, terrain du Grand jeu]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Par Wayan − Le 6 Novembre 2021 − Source <a href="https://lesakerfrancophone.fr/ceg4-leurasie-terrain-du-grand-jeu">Le Saker Francophone</a></p><p></p><p>L’Eurasie, centre géostratégique de la planète, objet depuis longtemps de stratégies de domination nommées « le Grand jeu ». Voici d’abord une série de textes écrits par Christian Greiling, un spécialiste français du sujet, pour vous expliquer le contexte historique et vous permettre de mieux comprendre l’importance de ce continent et de ce qui s’y passe actuellement.</p><p>Retrouver la suite de cette analyse sur la page : <a href="https://lesakerfrancophone.fr/ceg4-leurasie-terrain-du-grand-jeu">L’Eurasie, terrain du Grand jeu</a></p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
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	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/749/l%E2%80%99iran-a-decide-de-jouer-la-carte-des-taliban</guid>
	<pubDate>Sat, 06 Nov 2021 12:13:39 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[L’Iran a décidé de jouer la carte des Taliban]]></title>
	<description><![CDATA[
<p><a href="https://mondafrique.com/wp-content/uploads/2015/10/mollah-iran.png" data-caption=""></a></p>
<p>Le développement d’une relation forte entre la théocratie chiite iranienne et le gouvernement des extrémistes sunnites afghans, ennemis jurés dans le passé, est l’une des répercussions les plus paradoxales de la prise de pouvoir à Kaboul, le 15 août dernier, par les « Etudiants en religion ».</p>
<p><a href="https://mondafrique.com/wp-content/uploads/2021/10/Ali-Khameini.jpg"></a><br />Le « Guide suprême », Ali Khamenei était autrefois très virulent l’égard des talibans, qu’il qualifiait de « ramassis de mercenaires cruels et fanatiques ».</p>
<p>Lors du premier passage au pouvoir des talibans ( 1996-2001), l’Iran et le régime de l’Afghanistan « talibanisée » avaient presque failli se faire la guerre : en 1998, un conflit armé avait été évité de justesse après que des soldats taliban eurent investi le consulat iranien de Mazar-e-Sharif ( nord de l’Afghanistan). Onze diplomates iraniens avaient été tués. L’année précédente, les talibans avaient massacré trois mille hazara, minorité afghane chiite qui, pour d’évidentes raisons religieuses, linguistiques et culturelles, sont les « protégés » et alliés de Téhéran.</p><p>L’Iran soutenait aussi le célèbre commandant Ahmad Shah Massoud, Tadjik persanophone, héros du « djihad » contre les soviétique, ex maître de Kaboul devenu chef de la résistance anti talibane après sa débâcle de 1996, quand ses ennemis s’emparèrent une première fois de la capitale afghane.</p>
<p>Changement de ton de Téhéran</p>
<p>Peu après la victoire des taliban, les autorités iraniennes ont « conseillé » à leurs médias de modérer leurs critiques envers les « séminaristes » au pouvoir à Kaboul. Il a été expressément demandé aux journalistes iraniens d’éviter les termes de « brutalité », « crimes », « atrocités », termes naguère en vigueur quant il s’agissait de qualifier les talibans, symbole du « suprémacisme » sunnite incarné par les extrémistes afghans.</p><p>En fait, le réchauffement entre les deux voisins-adversaires ne date pas tout à fait d’hier : en 2005, l’ex président Mahmoud Ahmadinejad, grand pourfendeur d’Israël, avait engagé l’ébauche d’un dialogue avec les talibans. Qui, à l’époque, bataillaient avec le gouvernement afghan installé à Kaboul par les Américains. Tout ce qui pouvait contribuer à l’affaiblissement des troupes des Etats-Unis et de leurs alliés était bien entendu bon à prendre…</p><p>Le « Guide suprême », Ali Khamenei a, ces dernières années, modéré son discours, « incluant les talibans dans l’’axe de résistance’ avec la Syrie, l’Irak et le Yémen, leur fournissant armes et entraînement », ainsi que l’affirmait récemment l’ancien diplomate Bernard Chappedelaine dans le Numéro 26 de la « Revue de presse internationale ».</p><p>A la fin du mois de juin, soit un mois et demi avant la chute de Kaboul et la désastreuse opération de retrait menée par les Américains, le quotidien ultra conservateur iranien « Kayhan », dont le directeur est choisi par le « Guide », avait publié un article laissant entendre que les talibans n’étaient plus ceux que « nous connaissions avant, quand ils coupaient des têtes ». Et d’ajouter que, lors des offensives des insurgés contre le gouvernement de Kaboul « aucun crime affreux n’a eu lieu, contrairement à l’Etat islamique qui en a commis en Irak ». Le journal insistait aussi, détail qui n’en est pas un, sur le fait que les talibans avaient promis de ne pas s’en prendre aux minorités chiites afghanes.</p>
<p><a href="https://mondafrique.com/wp-content/uploads/2021/10/Iran-1.jpg"></a><br />Le drapeau des Taliban à la frontière de l’Iran et de l’AfghanistanLes Gardiens de la Révolution en embuscade</p>
<p>La menace de l’Organisation « Etat islamique » (EI) est en réalité l’une des raisons les plus évidentes qui pousse l’Iran à faire ami ami avec des talibans longtemps honnis. Comme le dit dans l’Orient- le-Jour la chercheuse du Carnegie Middle East Center Fatemeh Aman, « les Iraniens sont nerveux : un gouvernement entièrement dominé par les talibans n’est pas leur premier choix, mais ils n’ont plus d’autre options pour contenir l’Etat islamique et les possibles retombées d’une nouvelle guerre ».</p><p>Si le retrait des Américains fait l’affaire de l’Iran, le régime des ayatollahs s’inquiète en effet de l’instabilité que font régner en ce moment chez son voisin les combattants de l’EI dans le cadre d’une sanglante campagne d’attentats : 100 morts à l’aéroport de Kaboul, le 26 août ; 60 morts dans l’explosion qui s’est produite le 8 octobre dans une mosquée chiite de Kunduz ( Nord-afghan) ; 41 morts dans l’attentat suicide, le 15 octobre, dans une mosquée chiite de Kandahar, « capitale » historique des talibans, au cœur du pays pachtoune, l’ethnie ultra majoritaire des « Etudiants ». Tous ces attentats ont été revendiqués par l’Etat islamique au Khorassan ( EI-K).</p><p>Le changement d’orientation prise par la diplomatie iranienne est l’œuvre des « Pasdarans » , les tous puissants « Gardiens de la révolution » qui phagocytent le pouvoir à Téhéran, une emprise politique et économique que ces derniers ont encore accru en instrumentalisant à leur profit le régime des sanctions imposées à l’Iran par les Etats-Unis, l’ONU et l’Union européenne à cause du non respect par le régime de Téhéran des accords de 2015 sur le nucléaire. Les « Gardiens » profitent notamment de l’embargo imposé en tirant profit du marché noir provoqué par les sanctions économiques.</p><p>« Cette nouvelle approche à l’égard des talibans a vraisemblablement été promue par le commandant du Corps des gardiens de la révolution ( IRC), Ismail Qaani, considéré comme un vétéran des affaires afghanes qui serait notamment le pourvoyeur de combattants hazara chiites afghans en Syrie », observe le site de l’« Atlantic Council ».</p>
<p>L’Etat islamique, l’ennemi commun</p>
<p>Cet infléchissement remarquable de la politique iranienne à propos de talibans – même si elle ne s’accompagne pas d’une volonté de reconnaître le nouveau régime- est rendue plus aisée en raison des signes de bonne volonté émis par les « Etudiants en religion » avant même leur prise de pouvoir. L’année dernière, les talibans avaient nommé un mollah chiite d’ethnie hazara au poste de gouverneur de district dans une zone qu’ils contrôlaient, au nord de l’Afghanistan. Ces derniers n’ont également pas manqué de condamner les attaques à répétitions contre des mosquées chiites, attribués – ou revendiqués- par l’EI.</p><p>Tout cela n’empêche pas qu’un certain nombre de voix restent sceptiques en Iran quant à la pertinence de ce rapprochement avec un régime autrefois ennemi : les talibans n’ont fait presque aucun compromis dans la formation d’un gouvernement que leurs voisins et l’occident voulaient « inclusif ». Seul deux membres de la minorité tadjike persanophone, courtisée et soutenue par l’Iran, ont été appointés à des postes ministériels dans le gouvernement talib.</p><p>« Il y a un débat en cours en ce moment en Iran, certaines voix s’élevant contre l’hypothèse que les talibans ont changé », analyse le chercheur Adnan Tabatabai, responsable du Center for applied research in partnership with the orient », un think tank installé à l’université de Bonn, en Allemagne.</p><p>Mais dans un contexte général qui voit les puissances régionales prêtes à redevenir les acteurs d’un « grand jeu » où l’Afghanistan est à nouveau le centre, l’Iran ne peut que faire preuve de pragmatisme à l’égard d’un pays avec lequel il partage 900 kilomètres de frontière commune. Alors que l’Arabie Saoudite, grand rival de Téhéran, maintient un curieux silence pour une monarchie qui avait naguère était l’un des grands soutiens des talibans. Et qui fut l’un des trois pays, avec les Emirats Arabes Unis ( EUA) et le Pakistan, à reconnaître le régime des talibans, « Saison 1 »…</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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