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	<title><![CDATA[Signet Loupe: Articles de blog de La loupe]]></title>
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	<description><![CDATA[]]></description>
	
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	<pubDate>Fri, 05 Nov 2021 23:09:33 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Apartheid de la pensée ? - Opinion Internationale]]></title>
	<description><![CDATA[<p></p><p>“Je ne lis plus les livres des hommes, je ne regarde plus leurs films, je n’écoute plus leurs musiques »</p><p>Alice Coffin, Le génie lesbien (2020)</p><p>Wokisme, Cancel culture, intersectionnalité, réunions racisées ou non-mixtes, etc… ces mouvements apparus pour la plupart au sein d’universités US de Columbia à Berkeley trouvent aujourd’hui un écho favorable chez les jeunes européens, mais également au sein de la France Insoumise (J-L Mélenchon) et du parti écolo (tendance Sandrine Rousseau).</p><p>Derrière ce jargon abscons qui s’est répandu en France et en Europe par la rapidité des réseaux sociaux et par une certaine mondialisation de la pensée oublieuse des différences sociologiques et communautaires entre les US et le vieux continent se cache une doxa qui laisse peu de place à la liberté de pensée et d’expression.</p><p>Comment des mouvements a priori antiracistes ont pu développer une pensée aussi radicale et sectaire ? Que disent-ils de l’état de notre société ? Quid de la fraternité (triptyque républicain) et de l’altérité qui permettent de se sentir semblable de celui/celle qui ne nous ressemble pas ?</p><p>Émergence des questions identitaires ou militantisme de la censure ?</p><p>Alors que seuls 6 % (1) des Français interrogés à propos de la pensée « woke » savent de quoi il s’agit (les 94 % restants se demandant bien pourquoi on les interroge sur une grande poêle à frire venant d’Asie !), le concept est présent du matin au soir dans tous les débats et sur tous les médias sans qu’on sache réellement de quoi on parle.</p><p>Pour la petite histoire, le terme woke apparait pour la première fois en 2008 dans un titre de la chanteuse afro-américaine Erykah Badu « I stay woke ». Il s’agit d’une prise de conscience où il faudrait « être éveillé » face aux injustices raciales et sociales. Le slogan woke prend réellement son essor aux US à partir de 2013 via le mouvement Black Lives Matter qui milite contre un racisme « systémique » envers les Noirs. En 2020, le mouvement sera largement répandu hors des frontières US à la suite de la mort de George Floyd tué par un policier blanc.</p><p>À cela s’ajoutent de plus en plus de réunions « racisées » ou « non-mixtes », au sein desquelles, par exemple, un homme blanc serait exclu ou prié de se taire si le sujet de la discussion portait sur l’esclavage des noirs.</p><p>Comme le disait Martin Luther King : “Ce qui compte chez un homme, ce n’est pas la couleur de sa peau ou la texture de sa chevelure, mais la texture et la qualité de son âme ». C’est limpide et écrit noir sur blanc (que le lecteur n’y voit aucune malice de ma part !)</p><p>Le mouvement des droits civiques de Martin Luther King exigeait l’égalité des droits, non des droits particuliers. Son antiracisme était un universalisme, pas un particularisme. Il réclamait qu’on juge les êtres humains indépendamment de leur couleur de peau. Au contraire, les wokes, sont obsédés par les questions de race.</p><p>Partant d’une juste cause et de combats légitimes menés pour l’égalité de groupes minoritaires, le discours woke a fait ressurgir des luttes de plus en plus identitaires et a réintroduit la notion de race. Quel saut en arrière alors que l’anthropologue Claude Lévi-Strauss nous expliquait en 1952 que la race n’existe pas et qu’il n’y a que des couleurs de peau ! Le wokisme, mouvement antiraciste, racialise les rapports sociaux ! On marche sur la tête !</p><p>Dans le même temps, la notion sociologique d’intersectionnalité se développe démontrant une certaine convergence des luttes. Ainsi, une femme noire pourrait subir des discriminations croisées à l’emploi parce que noire et parce que femme. De la même manière, une femme blanche lesbienne pourrait être considérée à la fois comme « oppresseur » parce que blanche et « victime » de discriminations parce qu’homosexuelle. Dans quelle case faudrait-il alors mettre un homme albinos transgenre ? Les exemples sont illimités…</p><p>Au nom de la justice sociale, focalisée sur les uniques critères de la race et du genre, certains militants empêchent, censurent, interdisent. De plus en plus d’intellectuels, invités par des enseignants ou des étudiants, font l’objet d’un boycott plus ou moins violent, une fois arrivés sur place. À titre d’exemple, Sylviane Agacinski, féministe historique, a été contrainte de renoncer à se rendre en 2019 à l’université Bordeaux Montaigne en raison de menaces liées à sa position sur la GPA. N’est-il plus possible d’avoir des débats contradictoires sur des questions éthiques sans entrer dans une dérive de la censure ? Est-il normal qu’aujourd‘hui certains conférenciers (Alain Finkielkraut, Caroline Fourest,…) fassent l’objet de menaces, soient sous protection policière, soient insultés, caricaturés, délégitimés ? Ne s’agit-il pas du nouvel apartheid 2.0 ?</p><p>Évidemment, il faut lutter contre toutes formes de discriminations. Mais en identifiant le blanc (de préférence mâle, hétéro et de plus de 50 ans) comme l’oppresseur, on le délégitime de facto et on nie toute possibilité d’universalité humaine.</p><p>Vous suivez toujours ? Alors, poursuivons avec la « Cancel culture » ou culture de l’effacement, de l’annulation. Le procédé est simple, voire simpliste : faire tabula rasa du passé pour reconstruire l’avenir. Par exemple, pour régler le passé esclavagiste ou colonial, on a déboulonné la statue de Thomas Jefferson (à la fois auteur de la déclaration d’indépendance des États-Unis et esclavagiste, car détenteur de 600 esclaves noirs) dans la mairie de New-York. En France, pas de déboulonnage, en revanche l’Élysée invite à honorer davantage de personnes issues de la diversité. Certes il vaut mieux expliquer que déboulonner, mais on peut s’interroger sur la pertinence de ce « en même temps », car qui imaginerait aujourd’hui en France une statue de Philippe Pétain (héros de la guerre 14-18 et traitre à la nation française) ?</p><p>Puisant sa légitimité dans la lutte contre le racisme, contre les violences faites aux femmes, etc… la « cancel culture » utilise bien souvent le procédé de la délation, de la censure. Ainsi #MeToo et #BalanceTonPorc en France s’inscrivent dans cette mouvance. Ces hashtags incarnent la libération de la parole des victimes, l’accusé voyant alors son nom jeté en pâture et se retrouvant, dans bien des cas, jugé coupable aux yeux de l’opinion publique avant même tout procès. Bien souvent, il n’y a même pas d’instruction judiciaire, soit du fait de la prescription des faits, soit parce que les plaignant(e)s ne souhaitent pas déposer plainte jugeant peut-être la diffamation suffisante !</p><p>Où est donc passée la présomption d’innocence ? À titre d’exemple, le comédien Philippe Caubère a été accusé en 2019 de viol, la plaignante l’accusant d’être un « serial violeur »… mais qui sait aujourd’hui que cette femme a été condamnée pour diffamation ?</p><p>De la même manière, qui sait que Woody Allen a été blanchi par deux enquêtes commandées par la justice américaine et n’a jamais été l’objet de la moindre plainte sur aucun de ses tournages ?</p><p>Diffamez, il en restera toujours quelque chose…</p><p>Un nouveau totalitarisme ?</p><p>Il y aurait encore beaucoup à dire tant les exemples de dérives sont nombreux.</p><p>Force est de constater que tous ces mouvements enferment, fragmentent et divisent chaque catégorie ethnique ou sociale. Des luttes légitimes se sont laissées débordées par des mouvances totalitaires où le boycott, via les réseaux sociaux, règne.</p><p>Finalement, une partie de la gauche française, porteuse à l’origine des notions d’universalité et de fraternité, est gangrénée. Ce constat est malheureusement la conséquence de l’atonie du débat intellectuel actuel et de l’absence de projet politique porteur d’espérance à gauche.</p><p>Face au mouvement woke, les Camarades feraient mieux de se réveiller !</p><p>Sandrine Pilcer</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Thu, 04 Nov 2021 20:51:16 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Voici ce qu’il se passe réellement avant et pendant une émission de “débat”]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Des « Informés » de France info aux émissions de Public Sénat, j’ai croisé essentiellement, pendant plusieurs années à participer à ces “débats”, des gens étroits d’esprit, manipulateurs et qui ne travaillaient pas leur sujet. Mais plus ennuyeux encore : j’y ai vu comment le débat public autorisé était maintenu dans un cadre idéologique très strict où il est impossible de parler de classe dominante, de propriété ou d’égalité sans passer pour un fou. Et ce, même avant l’arrivée dans les studios. Entre 2015 et nos jours, j’ai participé à ces émissions en essayant d’en changer un peu le ron ron quotidien. J’en ai déduit qu’il n’y avait pas besoin, hélas, d’un Vincent Bolloré pour rendre notre télé imperméable à toute idée un peu critique, voici pourquoi :</p><p>Comment se retrouve-t-on à la télévision, à débattre en direct de grandes questions d’actualité, donnant son avis sur les sujets qui concernent la vie des gens ? C’est assez simple et ça n’a rien à voir avec votre valeur, votre « expertise » ou votre honnêteté intellectuelle. Bien au contraire. Tout d’abord, il faut avoir publié quelque chose, être journaliste ou appartenir à une institution un tant soit peu prestigieuse. Une première précaution, peut-on penser, encore faudrait-il qu’on soit nécessairement intelligent ou compétent lorsque l’on est journaliste, universitaire, politologue ou sociologue. Rien n’est moins sûr. Ce qui est sûr en revanche, c’est que statistiquement ce filtre est d’abord social, puisque les diplômés en France sont majoritairement enfants de cadres et professions intellectuelles supérieures. Ce qui explique pourquoi près de 70% des gens que l’on voit à la télévision, selon le CSA, sont issus de cette catégorie sociale. Et qu’aucun ouvrier ne donne jamais son avis sur des sujets qui les concernent pourtant au premier chef.</p>
<p>Des sujets de débat envoyés 1h à l’avance</p>
<p>Les premiers concernés ne sont jamais présents dans les émissions de débat car le journaliste qui produit une émission de débat veut des “experts”, “neutres” car pas “directement concernés” par l’actualité dont ils vont discuter. Une fois votre premier passage dans une émission réussie (vous n’avez ni bégayé, ni insulté le présentateur, ni vomi de stress : bravo), votre numéro transite de journalistes en journalistes et un boulevard s’offre à vous. Pas grand monde n’ira vérifier qui vous êtes vraiment, ce que vous avez vraiment publié (les journalistes ne lisent généralement pas les livres). C’est ainsi qu’à 26 ans, alors que j’étais encore doctorant en sociologie et militant d’extrême-gauche sur mon temps libre, j’ai reçu mon premier coup de téléphone pour un passage média prévu le lendemain sur le plateau de LCI. Grosse pression ! Lors du premier contact, les producteurs sont toujours extrêmement vagues : “vous interviendrez à 19h10 pour parler de la désaffection des jeunes pour la politique / pour débattre de comment réenchanter la démocratie / de la hausse du déficit public / du trou de la sécu”. Combien de temps, pourquoi, avec qui ? Vous le savez rarement à l’avance.</p><p>Cela va sans dire, l’émission aura lieu à Paris. Il est frappant de constater que lorsqu’un journaliste vous appelle, ayant trouvé notre numéro dans son listing « contacts sociologue / gens de gauche », il part du principe que vous habitez dans Paris intra-muros. Depuis que je suis revenu vivre dans ma région d’origine et que je le signale, je recueille le plus souvent un silence surpris de mes interlocuteurs. Ce filtre géographique est évidemment un filtre social : qui vit et travaille dans Paris intra muros ?</p>
<p>Face à l’éditorialiste Anthony Bellanger en 2018, qui estimait que les “privilèges” des cheminots étaient une atteinte à l’égalité et que cela choquait “les Français”. Lui, évidemment, était tout à fait neutre et objectif sur le sujet.</p>
<p>Le lendemain, 1h avant l’émission (si vous avez de la chance); vous recevez les informations manquantes : les sujets abordés, les invités avec qui vous allez débattre… Si vous avez un métier à temps plein, comme c’était mon cas, vous avez une dizaine de minutes à la pause pour griffonner quelques idées avant l’émission, et googliser les autres invités pour savoir à qui vous avez affaire. Cette situation, je l’ai connue systématiquement pour l’émission « les informés » de France Info (TV et Radio), qui porte très mal son nom puisque vous êtes invité quels que soient les sujets. Qu’importe qu’il s’agisse de foot, de hausse du prix du kérosène ou du programme de Jean-Luc Mélenchon : vous êtes un « informé ».</p>
<p>Des conditions de travail dégradées qui favorisent le règne de l’expert bourgeois professionnel</p>
<p>Pourquoi de telles énormités sociales dans l’organisation d’une émission de débats ou d’idées ? D’abord parce que plus personne ou presque ne réfléchit à ce que cela signifie d’organiser des débats télévisés sur des sujets de société. On enseigne aux étudiants en école de journalisme de rechercher des gens qui ont une “hauteur de vue”, sous-entendu bac+5, sous-entendu bien nés et qui ne subiront pas ce qu’ils prônent. On ne va quand même pas faire venir un smicard pour parler du niveau des salaires ? Non mais sans blague.</p><p>Une fois votre premier passage dans une émission réussie, votre numéro transite de journaliste en journaliste et un boulevard s’offre à vous.</p><p>Ensuite, les conditions de travail des préparateurs et préparatrices d’émission nourrissent la logique générale qui favorise ces biais sociaux et politiques. Parfois soumis au rythme éreintant d’un débat à organiser par jour, les journalistes (que l’on appelle dans le jargon des “programmateurs”) sont les “petites mains” des animateurs sur plateau, et ne peuvent souvent se permettre beaucoup d’audace dans le choix des invités. Ce qui est recherché, c’est un invité que l’on peut prévenir la veille pour le lendemain voire, ça m’est déjà arrivé, 3h à l’avance (“bonjour Monsieur Framont, êtes-vous disponible pour venir débattre ce soir sur le thème “l’antiracisme est-il le nouveau racisme ?””). Il vit donc à Paris. Ensuite, il est rodé à l’exercice, souple et adaptable, il a une théorie sur tous les sujets. Bref, c’est un prêt à débattre, ou ce qu’on appelle, dans la profession, les gens “déjà dans le taxi”. </p>
<p><a href="https://www.valeursactuelles.com/clubvaleurs/politique/paul-melun-le-reac-de-gauche-qui-entend-peser-en-2022/"></a><br />Paul Melun, 27 ans, a construit sa carrière sur la participation aux émissions de débat. “Entre deux plateaux qu’il fréquente de plus en plus, chez Eric Brunet ou Pascal Praud, l’essayiste rallie sa demeure depuis Paris dans un vieux coupé sport, sa seule folie”, <a href="https://www.valeursactuelles.com/clubvaleurs/politique/paul-melun-le-reac-de-gauche-qui-entend-peser-en-2022/">nous raconte Valeurs Actuelles,</a> fan de son look de Drago Malefoy.</p>
<p>En toute logique, celles et ceux que l’on voit le plus dans les émissions de débat dédient une partie de leur vie à ça. Certains le font en entrepreneur individuel professionnel, comme Thomas Guénolé qui déploie son numéro de “sociologue quantitativiste” et propose une nouvelle théorie politique tous les six mois. Passer à la télé fait vendre ses bouquins, vendre ses bouquins le fait passer à la télé… Il y a ensuite des gens qui sont rémunérés par des “think tank”, eux-même financés par des bourgeois qui défiscalisent tout en soutenant les idées qui leurs sont chères. C’est grâce à leur générosité que vous trouverez à longueur de semaine des Gaspard Koenig (du think tank “Génération Libre”), William Thay (think tank “le Millénaire »), ou encore Paul Melun. Ce dernier est un bon exemple de la façon dont le système médiatique de l’invité “déjà dans le taxi” permet une ascension fulgurante sur la base de rien. Habitué de RTL, tous les jeudis sur LCI, régulier de Pascal Praud, il a créé son think tank (“Souverains demain!”) pour obtenir un titre et venir déverser une pensée souverainiste (prétendument de gauche, vraiment de droite) qui s’écoule avec fluidité dans les cadres convenus du débat.</p><p>Les débatteurs professionnels savent s’adapter aux contraintes des journalistes, non par empathie syndicale mais pour être sûrs de demeurer le “bon client” à qui l’on pense immédiatement quand on n’a que quelques heures pour planifier le débat du lendemain.</p>
<p>Petite causerie entre copains</p>
<p>Si vous n’êtes pas un expert professionnel rompu au petit cérémonial de la télévision en direct, vos problèmes commencent déjà quand vous montez dans le taxi que la production vous a envoyé. Par réflexe, vous acceptez. Les transports en commun étant ce qu’ils sont et les émissions le plus souvent en direct, le retard n’est pas envisageable. De plus, vous faites ça gratuitement, alors ça vaut bien un trajet gratuit en tacos, merde ! Le voyage en taxi vous plonge dans l’univers ouaté de la bourgeoisie télévisuelle. Vous passez directement de chez vous au studio de l’émission, et votre seul contact socialement éloigné de vous sera le chauffeur. Ce qui explique d’ailleurs pourquoi nombre de journalistes et experts des plateaux télés citent l’avis de leur taxi ou VTC pour appuyer leurs propos : ils sont sans doute les seuls travailleurs à qui ils ont parlé dans la journée. </p><p>Après cet intermède luxueux et calme, l’arrivée dans les studios relève de l’épreuve de force sociologique quand vous ne faites pas partie de ce monde. Tout d’abord, il faut savoir que l’immense majorité des sièges de télévision et radio se situent dans l’ouest de la capitale, c’est-à-dire dans le XVIe arrondissement (Radio France), le XVe (France Télévision), Boulogne-Billancourt (TF1)… Tout est situé dans les quartiers les plus riches de la région parisienne. Autant dire que si vous arrivez à pieds, gueux que vous êtes, le choc sera rude. Vous comprenez d’office, au milieu des costumes, des tailleurs et de quelques baskets blanches, qu’on ne rêve pas ici de justice sociale.</p><p>Les débatteurs professionnels savent s’adapter aux contraintes des journalistes, non par empathie syndicale mais pour être sûrs de demeurer le “bon client” à qui l’on pense immédiatement quand on n’a que quelques heures pour planifier le débat du lendemain.</p><p>Pour ma part, en général, c’est une productrice enjouée qui vient me chercher dans le hall. Elle vous annonce l’arrivée imminente des autres invités et vous invite à passer au maquillage sans attendre. Car oui, tout le monde est maquillé à la télévision. En quelques minutes, vous ressemblez aux présentateurs irréels de BFM TV. C’est le moment egoboost de la soirée : on n’imagine pas comme le fond de teint de télé peut faire des miracles, faisant disparaître vos cernes, vos insomnies… mais pas votre stress, qui se précise à mesure que l’heure de l’entrée en plateau approche.</p><p>Frénétiquement, vous consultez vos notes, tel un élève de 3e avant l’interro de math. Les premières années, je me rendais à ces émissions avec un grand cahier où j’avais pris des notes, entourant de grands chiffres chocs, un stylo, quelques articles imprimés sur les sujets abordés. C’est une habitude que l’on finit par perdre : dans le petit salon attenant au studio, aucun des trois invités avec qui je vais débattre n’a de note. Chacun vient les mains dans les poches et durant le temps qui nous sépare de l’émission, pas grand monde n’évoque les sujets qui seront abordés. « C’est sur quoi déjà ? », demandait régulièrement un éditorialiste de droite invité récurrent des Informés.</p>
<p>Sur Public Sénat, la journaliste a un rôle essentiel : vous regardant en hochant la tête, elle appuie votre propos et lui donne de l’intérêt. Un froncement de sourcil, une interruption de sa part et hop, votre début de raisonnement sur l’impact du patriarcat sur l’inégalité professionnelle est aspiré dans le néant</p>
<p>Vous voilà face à vos adversaires. Si vous êtes un sociologue de gauche, voire marxiste, et que votre but est de rendre justice à la classe laborieuse en passant à la télévision pour parler de sa réalité, le combat commence maintenant. Mais le format est on ne peut plus déstabilisant. Autour d’un petit café, vos adversaires politologues de Science Po, rédacteur en chef de Challenges, journalistes au Figaro se racontent leurs vacances. Ils s’apostrophent joyeusement car ils se voient presque tous les jours, parfois deux fois dans la journée sur un plateau différent. Durant ce moment de gêne, vous avez tout le loisir de constater que vos chaussures sont élimées et sales et que les souliers à 600€ de vos adversaires brillent comme une Audi neuve. J’ai d’ailleurs fini par comprendre que les bourgeois avaient au moins 15 paires de chaussures. Avec ma seule paire estampillée « ville – émission de télé », à fortiori à 75€, j’étais hors-jeu.</p><p>Il faut venir déjà radicalisé dans ce genre d’émission. Sûr de vos positions, de vos connaissances, de vos « chiffres », de votre place dans la société et assumant votre appartenance de classe. Je n’avais pas cela, à l’époque où je jouais le jeu en me disant qu’il était nécessaire qu’une parole un peu anticapitaliste existe à la télévision et où une partie de moi-même rêvait encore d’être reconnu dans le petit monde intellectuel parisien. On m’écrivait pour me remercier de mes interventions, mes amis m’encourageaient, ma grand-mère regardait même si la politique ne l’intéresse que peu, mais une fois dans ce petit salon j’étais plus seul que jamais. Car oui, la « neutralité » et « l’équilibre » des émissions de débat requièrent un invité de gauche pour trois de droite, c’est quasi systématique. </p><p>Naturellement, la « gauche » que l’on vous demande d’incarner est à responsabilité limitée. Même avant d’entrer sur le plateau, vous faites face à cette réalité : les invités sont tellement bourgeois, pro-patronaux et de droite (même ceux qui sont étiquetés « de gauche ») que si vous arrivez à placer « classe sociale », « politique de classe » ou « partage des richesses » vous serez le boss des boss. Beaucoup d’énergie pour, au final, pas grand-chose.</p>
<p>Tous Pourris ? Non, tous bourgeois</p>
<p>Être témoin des petites discussions en off des invités avant et après l’émission est l’occasion de bien comprendre une chose : pour ces gens-là, la politique et « l’actu », c’est un jeu. Autour d’un café ou d’une bouteille de Vittel et, après l’émission, d’un verre de vin, ils discutent d’untel qui a dit tel truc, de truc qui a parlé d’untel et surtout spéculent, spéculent et re-spéculent sur ce qu’untel fera, dira, s’alliera et surtout qui gagnera la prochaine présidentielle. « Ah bon tu penses que Rousseau va rester derrière Jadot ? Moi j’aurais dit que non  » ai-je entendu dernièrement, « Entre nous, Bertrand, il est grillé, il devrait parler avec Pécresse« . Le ton est le même que pour commenter un épisode de Game of Thrones. Avec encore moins d’intensité dans la voix, parce que dans leur vision de la politique, personne ne meurt. Normal : la population n’existe pas. Les morts au travail, les malades dans les hôpitaux, les résidents des EHPAD ne font pas partie de leur existence et ils ne partagent pas de commune humanité. Pour eux ce sont des foules, des chiffres, des apparitions fugaces dans un reportage France 3 Régions. Car on parle bien de gens qui n’ont croisé aucun travailleur à part les agents de nettoyage qu’ils ont snobés et la maquilleuse avec qui ils auront échangé trois mots, s’ils n’ont pas passé l’intégralité de la séance les yeux rivés sur leur smartphone.</p><p>Politiquement, ce joyeux moment de convivialité vous permet de découvrir la supercherie : ces gens qu’on va faire “débattre” sont globalement tous d’accord entre eux. Ils se connaissent, se croisent pendant leurs vacances, ont des amis communs, et qu’ils travaillent à l’Obs (« de gauche ») ou au Parisien (“neutre de droite”) ils pensent grosso modo la même chose de la société. Tous pourris ? Non, tous bourgeois (ce qui est, d’un certain point de vue, la même chose).</p>
<p>Il y a parfois de « bons » adversaires, respectueux de vos différences et avec qui un débat de fond est possible. C’est le cas de Thierry Fabre, rédacteur en chef de Challenges. Le cadre du débat lui reste entièrement favorable. Illustration par Antoine Glorieux.</p>
<p>Ce qu’ils détestent ? Tout ce qui est à leur gauche (Mélenchon, Rousseau, Poutou…) et “les musulmans” qui sémantiquement parlant remplacent parfois “les arabes”. Cela peut sembler caricatural, mais je n’ai jamais pu prononcer le nom du candidat de la France insoumise devant ces gens sans recevoir de leur part un petit rictus méprisant, quand il ne s’agissait pas simplement d’un soupir exaspéré. « Mélenchon ? ça ne prendra pas« , me lançait dans l’ascenseur un « expert » de Science Po six mois avant la présidentielle de 2017, où le candidat avait obtenu tout de même 20% des voix.</p><p>Comment agir avec eux ? Rester poli, sourire de leurs conneries ? Participer à leur petit jeu d’anticipation politique ? Si vous avez un tempérament spontané de bon garçon poli, comme c’était mon cas, ça risque de vous arriver. Si en plus vous trouvez ces bourgeois un peu extravertis, polis (avec vous, pas avec l’agent de nettoyage noir évidemment), vous risquez de vous amollir. Rester aux toilettes tout le long de la petite causerie entre éditorialistes et « experts » est encore le mieux. Désormais, quand il le peut, mon camarade Selim Derkaoui m’accompagne et nous échangeons des regards amusés face à la morgue bourgeoise ambiante. Mais sans organisation préalable, il est fort probable que lorsque vous entrez sur le plateau, votre détermination, votre confiance et votre sérénité en prennent un coup, contrairement à vos interlocuteurs qui, les joues roses de plaisir, rient encore de leur dernier gossip.</p>
<p>Règle numéro 1 : jouer les observateurs désintéressés</p>
<p>Jingle, annonce des thèmes du débat. Parfois, sur « les informés », ce ne sont pas les mêmes que ceux annoncés 1h plus tôt par sms. Qu’importe, on est “informés”, non ? Commence alors une petite valse que vous connaissez bien si vous zappez de temps en temps sur BFM, LCI ou Public Sénat : nous jouons à donner nos avis comme des experts neutres et froids alors que tous les participants savent dans le fond qu’il s’agit d’un débat tout à fait politique. Mais plutôt que de dire qu’on ne veut pas rétablir l’ISF parce qu’on ne veut pas de partage des richesses, on dira que « telle étude a montré un effet notable sur l’investissement ». </p><p>Plus courant encore, plutôt que de dire qu’ils sont pour une politique répressive en matière d’immigration, parce que les migrants ça fait chier, les “experts” vous diront que « les Français » sont très inquiets du péril migratoire et du risque islamiste, et qu’il faut les entendre ! Si “les Français” ne jouent pas le bon rôle, par exemple en s’opposant majoritairement à une réforme des retraites, il faudra leur opposer la Raison et dire que “les Français” doivent “entendre la vérité » qui est qu’il faut travailler “plus longtemps”. Bref, vous qui n’avez rien demandé, sachez que dès qu’ils peuvent, ces gens vous mobilisent pour appuyer des idées qui sont pourtant les leurs.</p><p>C’est un débat très politique mais il faut faire comme si c’était un débat très technique. C’est le principe même de toute idéologie : plutôt que de faire comme si votre position en était une, vous faites comme si elle était un « principe de réalité », “le résultat d’une étude” ou “ce que disent les sondages”. Bref, n’assumez jamais que c’est vous, Jean-Louis Du Gonthier, éditorialiste au Parisien/l’Obs/Le Figaro qui voulez la fin de l’ISF, mais bien « les études » ou « les Français qui savent bien que ». Le réflexe de survie est de s’adapter à cette logique commune et de devenir alors un contre-expert, ce qui n’est pas difficile puisque ces gens n’ont que leurs préjugés, approximations et fausses informations (“les Français travaillent le moins en Europe”, “le trou de la sécu est abyssal”, “le Code du travail empêche d’embaucher”…) pour arguments. Sauf qu’en entrant dans leur jeu, vous devenez nécessairement moins offensif et moins percutant.</p><p>“Pourquoi tu prends l’accent bourgeois quand tu passes à la télé ?”. Cette question taquine posée il y a quelques mois par mon ami Benoît, ex-rédacteur en chef et cofondateur de Frustration, a de quoi m’ébranler. Et pourtant, je sens bien qu’à jouer le sociologue méthodique qui contredit les méchants libéraux en s’habillant comme eux (en plus mal), je perds un peu de ma personnalité au profit de la leur. Récemment, sur Mediapart, j’ai enfin dit, “je ne sais pas ce que pensent les Français mais moi c’est ça que je pense”, rompant avec la posture en vigueur. Ca fait un bien fou, et je parle ainsi comme je parle dans ma vraie vie, sans accent bourgeois. Mais en le faisant, je m’extrais aussi complètement du petit collectif de professionnels qui se trouve autour de moi. Au risque de décrocher du débat.</p><p>En somme, tout est fait pour que les personnes physiques et matérielles autour de la table, qui ont des intérêts financiers, des convictions politiques et une appartenance de classe soient gommées. C’est une règle tacite du jeu auquel vous assistez et tout contrevenant s’expose à des sanctions. </p><p>C’est ce qui m’a valu un « clash télé » mémorable avec l’acteur et réalisateur Mathieu Kassovitz sur le plateau de Frédéric Taddeï “Interdit d’interdire” sur RT France. Jugeant écoeurant le spectacle de cette personnalité du showbiz se livrant à une succession de reproches et de leçons de lutte aux Gilets jaunes, je lui ai dit que si ça se trouve, il payait l’ISF avant sa suppression et qu’il était donc mal placé pour juger la pertinence revendicative du mouvement social. <a href="https://www.dailymotion.com/video/x6yvwd8">La rage dans laquelle cette phrase l’a alors</a> mis en dit long sur cette règle simple : ne jamais évoquer les intérêts matériels de vos interlocuteurs. En France, lors d’un débat télévisé, il faut toujours faire comme si les personnes autour de la table étaient des observateurs désintéressés de la vie publique, qui n’ont pas plus de goût ou d’intérêt pour une présidence Macron que pour une présidence Mélenchon, ce qui est évidemment entièrement faux.</p>
<p>Règle numéro 2 : ne pas défendre l’abstention, ne pas parler de classes sociales</p>
<p>Autre position absolument interdite : expliquer ou défendre l’abstention électorale. Le présupposé de tout débat télévisuel et de la majeure partie des journalistes français c’est que nous vivons en démocratie, que voter c’est très bien et s’abstenir c’est très mal. On accepte que vous donniez des explications sociologiques si elles sont misérabilistes et prononcées sur un ton navré. Il s’agit de répondre à la question « comment ramener les électeurs aux urnes », et surtout pas « les urnes n’ont-elles pas si peu de sens que la majorité des gens s’en détournent ? ».</p>
<p>Quand vous êtes un acteur occupé à donner des leçons de révolution à des prolétaires et qu’on vous parle de votre ISF.</p>
<p>Comment surviennent les sanctions ? D’abord, vous pouvez ne plus être réinvités. Les producteurs cherchent des « bons clients », c’est-à-dire des gens capables de parler vite et bien et éventuellement de mettre un peu d’ambiance. Clairement, on me faisait venir pour « pimenter le débat », j’étais le sextoy que ces bourgeois à la vie sexuelle routinière s’offraient de temps en temps pour se faire peur quand le mot « justice sociale » était lâché. Le plus souvent, c’est le plateau tout entier qui exprime sa réprobation sur le moment : raclement de gorge, soupir, regards méprisants, rires le plus souvent. J’ai eu droit à de systématiques « jeune homme », « mon jeune ami » de la part d’éditorialistes chevronnés. Et ce, même après avoir passé le cap fatidique de la trentaine. Être révolutionnaire, pour ces gens-là, c’est nécessairement être coincé dans une éternelle adolescence et vous le faire sentir est une façon basique mais efficace de vous discréditer. </p><p>L’animatrice ou l’animateur reste le véritable arbitre de la respectabilité du débat. Quand vous dites quelque chose qui reste dans les bonnes convenances du débat bourgeois, il vous relancera avec chaleur. Si vous vous écartez de ces règles, que vous défendez l’abstention, que vous parlez de propriété et de patronat, il ne vous relancera tout simplement pas ou vous coupera carrément pour passer la parole à un autre intervenant : game over. Votre message restera suspendu dans les limbes du flux télévisuel et disparaîtra à jamais.</p>
<p>S’organiser pour exister</p>
<p>« Il faut aller dans les médias porter une parole différente de la doxa néolibérale ». Ce mot d’ordre a du sens car je ne crois pas qu’on puisse réussir à porter dans la société des idées de justice sociale au moins, de révolution sociale au mieux, en snobant les grands médias. Et ce, tout en favorisant le développement de médias dits “alternatifs” qui, comme Frustration et quelques autres, utilisent leurs propres canaux de diffusion.</p><p>Mais ce n’est pas un rôle qu’on peut assumer en franc-tireur. Jouer ce jeu-là nécessite des conditions matérielles en préalable : vivre en région parisienne ou se rendre à Paris régulièrement (et donc être en mesure de se payer un billet de TGV, <a href="https://www.frustrationmagazine.fr/prendre-le-tgv-inoui-un-voyage-semantique-et-sensoriel-au-coeur-du-macronisme/">pardon, de “InOui”</a>). Occuper un emploi avec une liberté horaire, qui ne soit ni physique ni trop fatiguant. Il faut pouvoir vous libérer à 17h, filer chez vous vous changer. Si vous avez le trac, votre journée sera fichue et votre nuit passée à ressasser les arguments que vous n’aurez pas sortis sera mauvaise. Oubliez également votre soirée avec votre ami.e, amant.e, amoureux.se. Revenir chez soi survolté, trop maquillé et en colère de n’avoir pu caser que quelques banalités sociale-démocrates n’est pas le gage d’un moment de qualité, je vous le garantis.</p><p>Quelles sont les professions des gens qui excellent dans les émissions de débat ? Rédacteurs en chef, journalistes, politiciens, employés d’un institut de sondage, universitaires… Salarié d’un parti politique, c’est par exemple le cas de David Guiraud, porte-parole de LFI et extrêmement efficace face à l’offensive idéologique zemmourienne. Ce sont des professions concentrées en région parisienne qui ne comportent pas de travail manuel et où l’on dispose d’une liberté horaire. Le graal est sans doute de devenir intervenant régulier d’une émission, comme les deux dirigeants du magazine Regards, Pierre Jacquemain et Pablo Pillaud-Vivien, mais il faut supporter le rythme et la difficulté des angles imposés.</p>
<p>David Guiraud (LFI), toujours prêt à se farcir les pires angles d’émission, en toute décontraction.</p>
<p>Il y a quelques exceptions : Anasse Kazib, désormais candidat de Révolution Permanente à la présidentielle, cheminot, était chroniqueur aux “Grandes Gueules” (RMC). Il portait la parole des travailleuses et travailleurs et ne faisait aucune concession aux angles de l’émission – très droitière et très bourgeoise sous couvert d’être « proche des gens ». Il en a été viré en 2020, victime de son franc-parler (pour une émission qui s’appelle les « Grandes Gueules » c’est cocasse). Suite à mon passage à l’émission « A l’air libre » de Mediapart, nous avons échangé sur comment faire passer des idées anticapitalistes dans les médias mainstream. </p>
<p>Anasse Kazib, champion du retournement de la rhétorique bourgeoise des patrons “créateurs de richesse”.</p>
<p>Les réponses n’ont rien d’évidentes, mais une chose est sûre : pour infiltrer les médias bourgeois et y faire passer la parole de la classe laborieuse, la bonne volonté et le courage ne suffisent pas. C’est toute une organisation dont on aurait besoin, avec cette fonction-là : envoyer le plus possible d’ouvrières, d’employés, d’indépendants, de chômeurs, de précaires dans des émissions faites par et pour des bourgeois. Se demander comment on s’habille, mettre en commun des exemples, chiffres, argumentaires. Mais aussi se donner de la force avant et après l’émission.</p><p>Il ne faut certainement pas surestimer l’importance de ces chaînes dites de “débat”, qui utilisent ce format d’abord pour faire des économies sur leur masse salariale en virant des journalistes et en les remplaçant par la masse de personnages décrits tout au long de l’article. Gonflée artificiellement par les réseaux sociaux qui relaient et s’indignent des polémiques qui s’y créent, les chaînes dites “d’information en continu” méritent-t-elle qu’on y mette de l’énergie à lutter ? <a href="https://www.lefigaro.fr/medias/audience-tv-les-chaines-d-info-a-un-niveau-record-20211004#:~:text=BFMTV%20conserve%20la%20t%C3%AAte%20du,hausse%20de%200%2C1%20point.">2.2% de part d’audience pour CNews</a>, mais des médias alternatifs qui montent, notamment sur YouTube.</p><p>En racontant certains pièges et chausse-trappes des émissions de télé, qui existaient déjà avant que Vincent Bolloré ne rachète et réorganise de nombreux médias pour faire passer la parole fasciste aux heures de grandes écoutes, j’espère avoir contribué à l’élaboration d’une nouvelle stratégie.</p>
<p>Nicolas Framont</p>
]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
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	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/746/%C2%AB%C2%A0pfizergate%C2%A0%C2%BB-revelations-explosives-sur-des-essais-cliniques-falsifies</guid>
	<pubDate>Wed, 03 Nov 2021 21:19:23 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/746/%C2%AB%C2%A0pfizergate%C2%A0%C2%BB-revelations-explosives-sur-des-essais-cliniques-falsifies</link>
	<title><![CDATA[« PfizerGate » ? Révélations explosives sur des essais cliniques falsifiés]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Après une somme d’anomalies sidérante dans les conditions d’autorisation des vaccins géniques (notamment en tolérant un nombre d’effets indésirables et de décès suspects plusieurs milliers de fois supérieurs aux seuils de suspension habituels des vaccins et médicaments), le British Medical Journal vient de lancer un énorme pavé dans la mare : selon une lanceuse d’alerte, une somme de fraudes et de malfaçons a été sciemment mise en œuvre par un sous-traitant du géant pharmaceutique. Incluant :</p>
<p>Pas de double-aveugle : les investigateurs savaient qui avait reçu le « vaccin » ou le placebo.<br />Dissimulation d’effets indésirables graves et anormalement fréquents.<br />Pas de tests PCR chez des patients « vaccinés » qui avaient des symptômes de Covid.<br />La FDA (agence régulation américaine) a été avertie de ces transgressions des protocoles mais n’a pas enquêté.<br />La lanceuse d’alerte a été licenciée.</p>
<p>Nous reproduisons ici avec l’aimable accord de son directeur de la publication l’article paru ce jour dans France Soir sur ce qui pourrait bien constituer un scandale aux dimensions sans précédent.</p><p dir="ltr" lang="en" xml:lang="en">NEW: Our latest investigation hears from a whistleblower engaged in Pfizer’s pivotal covid-19 vaccine trial. Her evidence raises serious questions about data integrity and regulatory oversight <a href="https://t.co/Ho99hQhwRM">https://t.co/Ho99hQhwRM</a></p><p>— The BMJ (@bmj_latest) <a href="https://twitter.com/bmj_latest/status/1455531359536128014?ref_src=twsrc%5Etfw">November 2, 2021</a></p><p>L’affaire commence à l’automne 2020</p><p>Pfizer opère « à la vitesse de la science » disait <a href="https://www.pfizer.com/news/hot-topics/an_open_letter_from_pfizer_chairman_and_ceo_albert_bourla" target="_blank" rel="noopener">Albert Bourla en 2020</a>, président directeur général de l’entreprise. Peut-être la science est-elle allée un peu vite, alors. Un directeur régional qui travaillait pour l’organisme de recherche Ventavia Research Group, a déclaré au <a href="https://www.bmj.com/content/375/bmj.n2635" target="_blank" rel="noopener">British Medical Journal</a> que la société Ventavia qui assurait les essais cliniques, avait falsifié des données, enlevé l’anonymat des profils, employé des vaccinateurs insuffisamment formés, et tardé à assurer le suivi des effets indésirables signalés dans l’essai pivot de phase III.</p><p>L’affaire dénoncée par le journaliste d’investigation Paul D Thacker pour le British Medical Journal, commence à l’automne 2020 alors que Pfizer emploie plusieurs sous-traitants pour effectuer des essais cliniques, qui s’effectuent sur 44 000 personnes et sur 153 sites dans le monde. Elle concerne trois sites de l’entreprise Ventavia au Texas. Pour certains chercheurs qui testent le vaccin de Pfizer sur ces sites, la rapidité a peut-être été obtenue au détriment de l’intégrité des données et de la sécurité des participants. Le personnel chargé des contrôles de qualité était submergé par le nombre de problèmes qu’il découvrait. Après avoir les avoir signalés à plusieurs reprises à Ventavia, la directrice régionale, Brook Jackson, a envoyé une plainte par courriel à la Food and Drug Administration (FDA).</p><p>Dans cette lettre, Mme Jackson a énuméré plusieurs problèmes dont elle avait été témoin :</p><p>En premier lieu, elle pointe l’absence de sérieux dans la manipulation des vaccins, qui ne sont pas conservés à la bonne température et mal étiquetés. Puis c’est l’absence de suivi des patients qui est dénoncée. Rappelant que toute personne signalant un effet secondaire doit être contactée dans les 24 heures, elle fait mention de plusieurs personnes qui ont effectué des signalements, mais qui n’ont jamais été recontactées par téléphone afin de déterminer si une visite sur le site était nécessaire.</p><p>Cette lettre mentionne également des employés, ciblés par Ventavia pour avoir signalé des problèmes.</p><p>Quelques heures après avoir envoyé sa lettre, Mme Jackson reçoit un courriel de la FDA, la remerciant de ses préoccupations et l’informant qu’elle ne pouvait pas faire de commentaires sur une éventuelle enquête. Le même jour, elle est licenciée par Ventavia.</p><p>Mais, l’affaire ne s’arrête pas là, puisque avant de partir, Mme Jackson a eu le temps d’emporter avec elle des dizaines de documents internes de l’entreprise, des photos prises avec son téléphone portable, des enregistrements audios et des courriels qu’elle a donnés au British Medical Journal.</p><p>Un manque de rigueur déconcertant</p><p>Des photos pour révéler les principales anomalies, comme des aiguilles jetées dans un sac en plastique au lieu d’une boîte réservée aux objets tranchants, ou des matériaux d’emballage de vaccins sur lesquels sont inscrits les numéros d’identification, soulevant le problème de l’anonymat des patients.</p><p>Dans un enregistrement d’une réunion tenue fin septembre 2020, entre Mme Jackson et deux directeurs, on peut entendre un cadre de Ventavia expliquer que la société n’est pas en mesure de quantifier les types et le nombre d’erreurs qu’elle constate lors de l’examen des documents de l’essai pour le contrôle de la qualité. « Dans mon esprit, il y a quelque chose de nouveau chaque jour », dit le cadre de Ventavia. « Nous savons que c’est significatif ».</p><p>C’est également le problème de l’anonymat des participants qui n’est pas respecté, notamment parce que les imprimés de confirmation de l’attribution des médicaments étaient laissés dans les dossiers des participants par le personnel « non aveugle » chargé de l’administration du vaccin. Ainsi, les membres du personnel censé « être en aveugle » ont pu avoir accès aux dossiers. L’erreur a été corrigée deux mois plus tard, tandis que le retrait des affectations de médicaments des dossiers a été effectué alors que 1 000 participants étaient déjà inscrits.</p><p>Des problèmes qui ont été occultés pour la demande d’autorisation de mise sur le marché</p><p>Quelques semaines plus tard, Pfizer a soumis sa demande d’autorisation d’urgence à la FDA. La réunion qui s’est tenue le 10 décembre n’a fait aucune mention des problèmes rencontrés sur le site de Ventavia, et <a href="https://www.fda.gov/news-events/press-announcements/fda-takes-key-action-fight-against-covid-19-issuing-emergency-use-authorization-first-covid-19." target="_blank" rel="noopener">la FDA a délivré son feu vert</a> dès le lendemain.</p>
<p>Voir aussi</p>

<p><a href="https://www.covidhub.ch/la-campagne-contre-le-pass-covid-sabotee-a-geneve/" class="mask-img"></a></p>
<p>En août 2021, après l’autorisation complète du vaccin de Pfizer, la FDA a publié un résumé de ses inspections de l’essai pivot (phase III) de la société. Neuf des 153 sites de l’essai ont été inspectés. Les sites de Ventavia ne figuraient pas parmi les neuf, et aucune inspection des sites où des adultes ont été recrutés n’a eu lieu dans les huit mois qui ont suivi l’autorisation d’urgence de décembre 2020. Un agent d’inspection de la FDA a noté : « La partie relative à l’intégrité et à la vérification des données des inspections BIMO [surveillance de la recherche biologique] était limitée parce que l’étude était en cours et que les données requises pour la vérification et la comparaison n’étaient pas encore disponibles pour l’IND [investigational new drug]. »</p><p>Les témoignages se multiplient</p><p>Deux anciens employés de Ventavia ont également apporté un témoignage au « BMJ », sous couvert d’anonymat, par crainte de représailles et de pertes de perspectives d’emploi dans le domaine de la recherche. Tous deux ont confirmés les allégations de Brooke Jackson.</p><p>L’une d’elles a déclaré qu’elle avait travaillé sur plus de 40 essais cliniques au cours de sa carrière, dont de nombreux essais de grande envergure, mais qu’elle n’avait jamais connu un environnement de travail aussi « désordonné » que celui de Ventavia pour l’essai de Pfizer. Selon cette employée, après le départ de Brook Jackson, les problèmes ont persisté à Ventavia. Parmi les principaux problèmes, il y avait aussi le nombre insuffisant d’employés pour effectuer des prélèvements. Or, la confirmation en laboratoire de la présence de symptômes de covid-19 était le principal critère d’évaluation de l’essai, a souligné l’employé.</p><p>Une deuxième employée a également décrit un environnement chez Ventavia « différent de tout ce qu’elle avait connu en 20 ans de recherche ». Elle a déclaré au BMJ que, peu après le licenciement de Mme Jackson, Pfizer a été informée des problèmes rencontrés par Ventavia dans le cadre de l’essai du vaccin, mais qu’aucun audit n’a été réalisé.</p><p>Ces révélations font l’effet d’une bombe et battent en brèche le récit d’essais menés avec une vitesse spectaculaire et inédite, sans rien concéder aux exigences de rigueur, de sécurité et d’intégrité scientifique. Elles éclairent aussi d’un jour nouveau la manière dont l’efficacité et la sûreté annoncées triomphalement par Pfizer et ses relais zélés n’ont pas été au rendez-vous « en vie réelle ».</p><p>Voir aussi :<br /><a href="https://www.francesoir.fr/opinions-tribunes/pfizer-nest-pas-pasteur-la-3eme-dose-et-apres" target="_blank" rel="noopener">Pfizer n’est pas Pasteur : la troisième dose, et après ?</a><br />et<br /><a href="https://www.francesoir.fr/opinions-tribunes/suivi-essai-clinique-pfizer-six-mois" target="_blank" rel="noopener">Suivi de l’essai clinique de Pfizer à six mois : sûr et efficace ?</a></p><p>Les réactions (…ou l’absence de réaction) des autorités régulatrices, instances sanitaires, et de leurs relais médicaux et médiatiques, seront suivies avec attention et promettent d’être… éloquentes.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/745/leurope-de-la-recherche-et-le-financement-des-freres-musulmans</guid>
	<pubDate>Wed, 03 Nov 2021 12:14:58 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/745/leurope-de-la-recherche-et-le-financement-des-freres-musulmans</link>
	<title><![CDATA[L&#039;Europe de la recherche et le financement des Frères musulmans]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>TRIBUNE. L'anthropologue Florence Bergeaud-Blackler dénonce des processus de sélection de la recherche européenne qui font le lit de l'islamisme.</p>

<p>Etudiants a l'Institut europeen des sciences sociales (IESH) dans un cours sur le Coran.<br />Étudiants à l'Institut européen des sciences sociales (IESH) dans un cours sur le Coran.</p>

<p>Le 9 décembre sera une journée importante sur le plan de la lutte contre l'islamisme. Un projet de loi sur le séparatisme sera présenté en conseil des ministres pendant que l'UE annoncera son nouvel agenda contre-terroriste rédigé en urgence (trois semaines, contre un an habituellement). Cette coïncidence des agendas signifie-t-elle une bonne collaboration entre la France et l'UE sur ce sujet ? Rien n'est moins sûr.</p>

<p>L'Europe de la recherche continue de se montrer aveugle, voire complaisante, à l'égard de l'islam politique. Outre qu'il n'est pas bon pour un pays d'expatrier une grande part de sa stratégie et des budgets de recherche, il conviendrait de revoir certaines habitudes de fonctionnement en matière de financement européen de recherche en sciences humaines et sociales et d'être plus attentifs à la qualité et aux compétences des partenaires impliqués dans les consortiums de recherche. On ne peut pas, d'un côté, lutter sur notre territoire contre le terrorisme et, d'un autre côté, laisser l'UE nourrir et engraisser des idéologies qui lui déblaient le chemin.</p>

<p>Je montrerai ici que les modalités de sélection des projets européens favorisent la conception de consortiums artificiels et de projets hors sol pour coller à une novlangue consensuelle et politiquement correcte à laquelle nous sacrifions nos mots, nos concepts et nos conceptions du monde. L'Europe de la recherche accueille aujourd'hui des idéologies médiocres qui font le lit de l'islamisme.</p>

<p>Des fonctionnaires obsédés par le politiquement correct<br />Qu'est-ce que l'Europe de la recherche ? En dehors d'un slogan destiné à mettre en évidence la vitrine européenne à grands coups d'images d'anticipation sur fond bleu marine étoilé, c'est une capacité financière remarquable que les États n'ont plus. Si, pour les sciences dures, ces synergies entre pays sont très certainement souhaitables, il en va différemment pour les sciences humaines et sociales, très liées à l'histoire et à la langue du pays.</p>

<p>L'un des principaux problèmes de la recherche made in EU est d'ordre linguistique et conceptuel. Pour décrocher un projet, le chercheur devra communiquer dans cet anglais international abstrait, ponctué d'adjectifs nébuleux : innovative, inclusive, interconnected. Des termes incontournables sans la présence desquels un projet n'a aucune chance d'être sélectionné. Il faut répondre à des appels à projets carefully worded par des fonctionnaires obsédés par le politiquement correct, qui ne veulent stigmatiser personne. Par exemple, le djihadisme ne peut être abordé que si l'on promet d'étudier également un autre radicalisme, même s'il ne lui est pas lié. Ainsi, pour adresser la délicate et urgente question du devenir des djihadistes et de leurs enfants restés sur zone, la Commission a rédigé un appel à projets intitulé : « Call for disengagement and reintegration of extremist offenders and radicalised individuals related to violent right wing and islamist extremism, including returning foreign terrorist fighters and their families » (Appel à projets pour le désengagement et la réintégration des délinquants extrémistes et des individus radicalisés liés à l'extrême droite violente et à l'extrémisme islamiste, y compris les combattants terroristes étrangers de retour au pays et leurs familles.)</p>

<p>Un autre problème vient du fait que l'Europe de la recherche n'est pas faite pour adresser la diversité des situations nationales, mais plutôt pour favoriser leur harmonisation. En raison d'une grave pénurie des financements nationaux, la plupart des chercheurs déposent des projets EU pour faire financer leurs recherches locales, mais ils y perdent vite leur latin, avec lequel pourtant ils ont pensé leur objet de recherche. La priorité accordée aux partenariats étrangers au détriment des locaux entraîne que chacun travaille dans sa bulle, à distance, déconnecté de la réalité locale.</p>

<p>Dès le drafting du proposal, le chercheur est amené à abandonner un certain nombre de questions émergentes du terrain, car elles ne font absolument plus sens dans les pays partenaires. Si l'on ajoute à l'harmonisation par le langage l'usage systématique d'un vocabulaire abstrait, les problématiques s'harmonisent par un appauvrissement conceptuel. Quant aux résultats, ils aboutissent généralement à plus de questions que de réponses, questions qui viendront nourrir les prochains appels à propositions. Ainsi la recherche européenne a-t-elle tendance à se reproduire, en innovant par des formules plutôt que par l'accumulation des connaissances et le perfectionnement de concepts opérationnels.</p>

<p>Prime aux projets « inclusifs, innovants, interconnectés » : une aubaine pour les opportunistes et les identitaires<br />Mais le plus inquiétant est ailleurs. Le design des projets européens tend à avantager certaines théories aux dépens d'autres. Les projets qui peuvent se dire inclusifs, innovants et interconnectés passent mieux la barre que les autres. Les théories antiracistes, postcoloniales, intersectionnelles, néoféministes qui mettent au centre la question identitaire ont une forte capacité à se justifier dans les termes de la novlangue européenne. C'est pourquoi, bien qu'elles soient fondées sur des prémices racialistes, clivantes et désintégratrices, elles sont généreusement financées.</p>

<p>Ce système a entraîné l'émergence de réseaux transnationaux de stakeholders (des universitaires, experts, ONG) rompus à l'exercice. Ces spécialistes en projet européens vont régulièrement téter à la mamelle européenne pour financer leurs projets inclusifs sur l'immigration, l'intégration, le djihadisme. Ils voyagent d'un pays à l'autre, invités dans les conférences, ateliers et réseaux, publient les mêmes choses en plusieurs langues, sont promus plus rapidement que les autres restés bêtement attachés à faire – souvent avec des bouts de ficelle – une recherche empirique, et pourtant fondamentale dans tous les sens du terme. L'Europe de la recherche est une aubaine pour les opportunismes et les entrepreneurs identitaires, c'est pourquoi il n'est pas surprenant qu'on trouve parmi ceux qui vivent du filon européen des groupes et des individus qui font avancer la cause de l'islam politique.</p>

<p>Des instances infiltrées par la nébuleuse des Frères musulmans<br />La Commission semble aveugle et sourde à cette présence, car elle est incapable de penser l'islamisme.</p>

<p>Donnons un exemple. En 2015, une députée belge a attiré l'attention de la Commission sur le fait que des associations proches des Frères musulmans, comme le European Muslim Network (créé par Tariq Ramadan), le Forum de l'organisation européenne des jeunes et des étudiants musulmans (Femyso), le Réseau européen contre le racisme (Enar) et l'Empowering Belgian Muslims (EmBem), avaient été financées par la Commission. Au lieu de lancer une enquête, la Commission s'est insurgée de la question. Elle s'est dite « préoccupée par les allégations, fondées sur certains rapports de presse, qui discréditent les organisations de la société civile qui ont pour mission statutaire de contribuer à l'objectif commun de la lutte contre le racisme, la xénophobie, la discrimination et l'intolérance qui y est associée ».</p>

<p>La Commission a répondu à la députée que le Femyso avait reçu près d'une centaine de milliers d'euros et que l'Enar recevait depuis 2012, chaque année, environ 1 million d'euros par an. Et pour terminer, elle a assuré qu'elle ne distribuait ses financements qu'à des organisations « compliantes avec les critères d'exclusion », renvoyant aux « règles financières applicables au budget général de l'Union ». Voilà bien une réponse en langue de bois européenne. L'UE ressemble parfois à un mammouth autiste.</p>

<p>C'est cette surdité qui l'a conduit l'année des attentats de Charlie, de l'Hyper Cacher et du Bataclan à renforcer son dispositif de lutte contre l'islamophobie. Ainsi a-t-elle appointé le 1er décembre 2015 un coordinateur contre la haine antimusulmans.</p>

<p>Très rapidement et comme on pouvait s'y attendre, les groupes de l'islam politique à l'origine de ce concept fumeux d'islamophobie destiné à détourner le regard posé sur les cadavres laissés à terre par les djihadistes, ou sur l'enfermement des quartiers sous surveillance des barbus, ont fait main basse sur le poste. Une coalition d'ONG, dont une grande partie rattachée à la nébuleuse des Frères européens (comme le CCIF) se faisant appeler « Coalition européenne contre l'islamophobie », coordonnée par l'Enar, a exigé, usant du phrasé intersectionnel habituel, que l'UE lutte « politiquement contre les formes structurelles de discrimination et de racisme affectant les musulmans ou ceux perçus comme tels ». La lutte contre l'islamophobie doit être intégrée, selon elle, aux domaines politiques clés au niveau national afin « de lutter contre ses dimensions structurelles », et mesurer « son impact sur les résultats économiques et sociaux des musulmans ». Autant dire que, selon leur vision, la communauté musulmane doit être considérée comme une minorité sociale, politique et économique en Europe. La Commission semble s'en accommoder. Pis, elle s'est séparée de David Friggieri, le premier coordinateur, car il ne plaisait pas à la coalition. Dans une lettre ouverte postée sur le site de l'Enar, elle lui reprochait de s'être engagé « avec des figures très discutables alimentant l'islamophobie », de confondre la lutte contre l'islamophobie avec les lois antiblasphème, l'islamisme et la lutte contre le terrorisme. La coalition obtint la nomination d'un autre coordinateur, le très compliant et zélé Tommaso Chiamparino, qui prit ses fonctions le 1er juillet 2018. Celui-ci ne manque pas d'alerter la coalition de tout événement islamophobe (qu'ils le soient ou non), et leur fait passer en priorité les appels à projets destinés à lutter contre le racisme et la haine antimusulmans. Ainsi les ONG de la coalition bénéficient-elles d'une rente européenne en euros et en légitimité, dans un système où elles sont juges et parties. L'UE sous-traite à des activistes proches des Frères musulmans et leurs alliés la lutte contre l'islamophobie, l'exclusion, le racisme et la xénophobie, et la définition des critères et des informations sur ce qui est islamophobe, raciste et xénophobe, etc.</p>

<p>Ces groupes de pression ont un impact grandissant sur l'expertise et la composition des projets, et placent dans les consortiums leurs associations ou des associations alliées (de femmes, de victimes, d'entrepreneurs). Ils facilitent l'entrée de partenaires universitaires à qui ils ouvrent les portes de l'UE, celle de l'argent, de la promotion, et l'accès à des populations musulmanes sélectionnées, sans lesquels ces chercheurs n'auraient jamais la possibilité d'enquêter. Ils en orientent ainsi les résultats.</p>

<p>La radicalisation expliquée par le discours sur la radicalisation<br />Les sommes colossales consacrées à la déradicalisation à travers le Radicalisation Awareness Network ces dernières années ont ainsi permis à ces groupes de se multiplier et d'influencer significativement la problématisation, les résultats et les politiques de prévention de la radicalisation. Prenons l'exemple du projet Dare – Dialogue sur la radicalisation et l'égalité –, un projet de recherche paneuropéen qui comprend 17 équipes de recherche dans 13 pays, où évolue l'Enar. Ce projet étudie « les rencontres des jeunes avec les agents de la radicalisation, la façon dont ils reçoivent ces appels et y répondent, pour élargir la compréhension de la radicalisation, en démontrant qu'elle ne se situe pas uniquement dans une religion ou une communauté donnée ». La radicalisation s'explique par un facteur exogène, la « haine antimusulmans » de l'extrême droite ou le supposé « racisme systémique » des pays européens. Dare explique que le discours sur la radicalisation est en soi un facteur de radicalisation pour les jeunes musulmans d'Europe, tandis que la perception d'un « silence » sur l'islamisme radical alimente la radicalisation parmi les personnes réceptives aux idéologies d'extrême droite. Donc, la radicalisation s'expliquerait par le discours sur la radicalisation. Ainsi vont la novlangue et ses novthéories, qui semblent surtout aptes à nous détourner des vrais problèmes et des vraies solutions.</p>

<p>Les préconisations des projets de l'UE sont sans surprise « inclusives ». L'intégration et l'assimilation ont fait long feu. Il faut désormais inclure, ce qui signifie, en langage intersectionnel, permettre la réappropriation par les catégories jeunes, racisés, femmes ou musulmans de leur narratif propre. De ce self narratif à l'espace du halal dans lequel les musulmans seraient supposés s'épanouir il n'y a qu'un pas que les Frères ont saisi.</p>

<p>Une politique de prévention et de lutte contre l'islamisme doit s'interroger a minima sur le rôle de l'Europe de la recherche dans la diffusion d'idéologies islamisto-compatibles. La récente publication du manifeste des 100 intitulé « Sur l'islamisme, ce qui nous menace, c'est la persistance du déni » et qui a donné lieu à pas moins de sept réponses sous forme de tribunes en France et à travers le monde a mis en évidence un clivage profond au cœur du monde académique. Une part de la solution réside dans une attention plus vigilante à l'égard des politiques de recherche européennes afin qu'elles ne viennent pas ruiner les mesures prises par les États membres pour lutter contre l'islamisme.</p>
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	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Wed, 03 Nov 2021 12:07:42 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[L’insaisissable monsieur Gauchet – Libération]]></title>
	<description><![CDATA[<p class="article_link">Il signait des livres remarqués. Il apporte désormais son paraphe aux pétitions. Marcel Gauchet, 70 ans, est l'un des soutiens du «Manifeste pour un Printemps républicain», publié par les journaux Marianne et Causeur, et lancé le week-end dernier. Son nom trône aux côtés de ceux de la philosophe Elisabeth Badinter, du sociologue Laurent Bouvet (inventeur du concept controversé «d'insécurité culturelle» et ancien élève de Marcel Gauchet) ou du cinéaste Abderrahmane Sissako. «Il faut remettre à l'ordre du jour les mots de "République" ou de "laïcité" qui sont en danger de confusion, justifie-t-il à Libération. Notre laïcité s'est historiquement construite contre le catholicisme. Ce cadre n'est plus adapté pour l'islam. L'Eglise posait un problème politique : elle était contre la République. Ce n'est absolument pas le cas de l'islam, qui pose, lui, des problèmes d'ordre sociétaux : la condition des femmes, la visibilité dans l'espace public…»</p><p class="article_link">Marcel Gauchet publie aussi un livre, Comprendre le malheur français (Stock) où il tente de percer les raisons de notre «désespoir». Celui-ci, dit-il, «a de solides motifs qui n'ont rien de déraisonnable». Dans une prose teintée de pessimisme, sinon de déclinisme - deux mots qu'il récuse pourtant fermement - le philosophe et historien y égrène les conséquences néfastes de l'individualisme, de la mondialisation et du divorce entre «les peuples» et «les élites». «L'heure est en effet venue de s'engager, explique Gauchet à Libération. Je suis affolé par la perspective du FN au pouvoir. L'exemple actuel de la réforme du code du travail est frappant : "Mais puisque des prix Nobel vous disent que cette loi est bien,vous devriez être contents !" disent les élites. Ils ne voient même pas quelle image ils renvoient du salariat qui ne serait qu'une variable d'ajustement.»</p><p class="article_link">Chaque livre de Gauchet est accueilli avec respect dans le milieu politique et médiatique français. Grâce à sa culture, l'homme a la capacité de donner sens à des enjeux immenses (la religion, le droit, l'individu…). Grâce à des modèles limpides - au risque d'être «binaires et linéaires», selon le philosophe Jean-Yves Pranchère, coauteur du Procès des droits de l'homme, qui vient de paraître au Seuil, il séduit au-delà des clivages politiques.</p><p class="article_link">Car le succès de Marcel Gauchet tient aussi à son don d'adapter son discours à ses interlocuteurs : échos souverainistes quand il parle aux lecteurs de Causeur, élan spirituel pour Télérama ou progressiste quand il échange avec le philosophe maoïste Alain Badiou (dans Que faire ? Philosophie éditions, 2014). Preuve, sa récente volte-face sur le mariage homosexuel : le philosophe y a d'abord vu «une manipulation de repères extrêmement profonde de la condition humaine» avant de s'y dire favorable.</p><p class="article_link">La déférence dont jouit Gauchet vient enfin de sa position centrale dans le paysage institutionnel et éditorial du champ intellectuel français. S'il fut brièvement anarchiste dans sa jeunesse, il a vite rallié le camp de la gauche libérale et antitotalitaire. Ses mentors s'appellent alors François Furet et Pierre Nora. Ce dernier lui donne son premier poste à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) et la rédaction en chef de la revue le Débat. Dans les années 90, Gauchet incarne la pensée dominante à gauche, aux côtés de Nora ou Rosanvallon. «Mais, contrairement à ces deux "poids lourds", il ne "décolle" pas vraiment dans les années 2000, Peu de ses livres sont traduits à l'étranger»,analyse l'historien des idées Sudhir Hazareesingh, auteur de Ce pays qui aime les idées : histoire d'une passion française (Flammarion).</p><p class="article_link">Ces dernières années, Gauchet essuie même deux violentes polémiques. En 2002, il est épinglé comme «néoréactionnaire» dans le livre de l'historien des idées Daniel Lindenberg - qui vient d'être réédité au Seuil (1). Ce pamphlet est publié dans la collection «la Vie des idées» de son ancien ami Rosanvallon… avec lequel la rupture politique a été violente quelques années plus tôt. En 2014, dans Libé, les jeunes écrivain et sociologue Edouard Louis et Geoffroy de La Gasnerie annoncent qu'ils boycottent les «Rendez-vous de l'histoire» de Blois : Marcel Gauchet doit y prononcer la leçon inaugurale sur le thème des «rebelles», une provocation pour ces frondeurs qui réfutent les thèses «familialistes, sexistes et homophobes» de l'intellectuel. Alors, démocrate modéré ou néoréac, Gauchet ? «Un intellectuel à la pensée ondoyante», avance le philosophe Jean-Yves Pranchère. Portrait du philosophe historien par ses thèses.</p><p class="article_link">Le théoricien de la sortie de la religion</p><p class="article_link">C'est devenu un lieu commun du débat français, et c'est Gauchet qui en a popularisé l'idée. Le Désenchantement du monde est le titre d'un de ses premiers livres, paru en 1985 chez Gallimard. L'expression, reprise, en réalité, du sociologue Max Weber, va faire florès. Depuis trente ans, l'opus de Gauchet est très souvent cité, sa thèse maintes fois reprise. Même par ceux qui ne l'ont pas lue. Nos sociétés occidentales seraient sorties de la religion. L'idée peut sembler paradoxale à l'heure où le débat public est saturé de croyances. «Mais Gauchet pose une idée tout à fait originale en France : la modernité ne viendrait pas d'une rupture d'avec la religion, elle serait née au cœur même de la religion», précise Philippe Portier, politologue spécialiste de la laïcité.</p><p class="article_link">Dans la généalogie de la modernité d'après Gauchet, le christianisme joue un rôle essentiel. Selon sa formule (à succès, là encore), le christianisme serait «la religion de la sortie de la religion». «Le terreau chrétien, qui permet une progressive autonomie de l'individu, engendre la modernité qui à son tour remet en cause le christianisme jusqu'à s'en séparer», traduit Portier. <a href="http://www.revueducrieur.fr/archives/sommaire01.html">Et tant pis si Gauchet l'hégélien «ne s'embarrasse guère d'analyses historiques précises», condamnent les historiens Ludivine Bantigny et Julien Théry-Astruc, qui ont signé une enquête fouillée sur l'homme dans la Revue du crieur (2).</a>Peu importe, en effet, que «l'Eglise catholique ait lutté de toutes ses forces contre la démocratie», pointent les historiens, qui soulignent les liens du philosophe, athée, avec les milieux catholiques. En 2000, Gauchet lançait dans l'hebdomadaire catholique la Vie : «La communauté catholique est la seule minorité persécutée, culturellement parlant, dans la France contemporaine.» Le philosophe est bien perçu chez les chrétiens. «Tout simplement parce que j'ai étudié avec sérieux la religion, répond-il, contrairement aux élites occidentales pour qui elle n'est que folklore, et qui sont du coup incapables de comprendre le monde actuel.»</p><p class="article_link">Car pour le philosophe, «l'islam tel que nous le recevons […] arrive dans un état de décalage civilisationnel et culturel considérable par rapport au traitement qu'ont subi les religions à l'intérieur de la culture occidentale», comme il l'écrit dans Comprendre le malheur français. Marcel Gauchet ne valide pas pour autant la thèse catastrophiste d'un choc des civilisations inéluctable. «C'est un raisonnement anti-historique aux antipodes du mien, dit-il à Libé. Il faut aider l'islam à rentrer dans un monde qu'il n'a pas défini, en cherchant des alliances avec certains courants.» Dans deux ou trois générations pense-t-il «le monde musulman sera démocratisé».0</p><p class="article_link">Le critique des droits de l’homme</p><p class="article_link">C'est un leitmotiv de Gauchet : l'extension illimitée des droits mettrait en danger la démocratie. «L'essence du néolibéralisme devient pour la première fois la règle ultime du fonctionnement collectif, écrit-il dans son Malheur français. Il n'y a que des individus - des individus définis par leurs droits, sur le plan abstrait, juridique, et par leurs intérêts, sur le plan concret, économique.» La doxa individualiste et juridique, encouragée par l'Europe néolibérale, pousserait les minorités, les victimes et les marges (homosexuels, associations antiracistes, etc.) à revendiquer sans cesse de nouveaux droits. Au risque de sacrifier la cohésion sociale. Quant à l'émancipation des femmes, elle a fait voler en éclats la hiérarchie traditionnelle entre mari et femme, «indispensable pour fabriquer une unité qui s'impose aux acteurs et leur impose des devoirs, leurs manières de se conduire, leurs rôles», estime Gauchet. On sent poindre le regret derrière le constat. «Le conservatisme et la nostalgie me sont totalement étrangers, jure-t-il pourtant à Libération. La question n'est pas de savoir si c'est bien ou mal, c'est un fait. La famille traditionnelle était intenable, mais l'extension des droits et des libertés font aussi naître de nouveaux problèmes.»</p><p class="article_link">Rien que du constat factuel, et jamais de point de vue normatif, chez Gauchet ? «Son constat de prolifération des droits est discutable, note le philosophe Pranchère. Les droits de l'homme n'ont jamais été si populaires, c'est vrai, mais le néolibéralisme se caractérise plutôt par une précarité des droits sociaux. Marcel Gauchet s'appuie là sur un diagnostic moral sans aucun empirisme.»</p><p class="article_link">Le détracteur de l’individualisme</p><p class="article_link">C'est une «révolution silencieuse» qui aurait commencé sous la présidence de François Mitterrand. Sa devise : «Tolérance», «ouverture», «identité». Marcel Gauchet a depuis longtemps dressé le diagnostic de notre «pathologie de la désappartenance». «D'un côté, il y a le monde, de l'autre, les individus, et rien entre les deux, plus de nations, plus de peuples, plus d'institutions», écrit-il dans son dernier opus. La privatisation des individus entraînerait une dépolitisation radicale. Narcissisme et isolement contemporains seraient à la source du «malheur français».</p><p class="article_link">Le pourfendeur de l’Europe</p><p class="article_link">C'est une évidence à lire son dernier livre : l'Europe, «laboratoire mondial de la réalisation de l'utopie néolibérale», est la dernière hantise de Gauchet. «Un piège», assène-t-il, en admirateur de De Gaulle qu'il est. Puisque l'Europe n'est plus capable «d'imaginer l'alternative que sur le mode de la régression», «face à elle, on est condamné à la révolte abstraite ou à la résignation concrète».</p><p class="article_link">«Cet antieuropéanisme est une incongruité chez un intellectuel libéral comme Gauchet», note Hazareesingh. Car si Gauchet fustige depuis longtemps le «néolibéralisme» comme système politique - celui de la «bonne gouvernance» prônée par les instances supranationales - sa critique du libéralisme économique, elle, est encore confuse. Le philosophe est d'une gauche (il s'en réclame toujours) réformiste qui ne rejette ni le marché ni la concurrence. En 1995, il critique le sociologue Bourdieu, qui soutient le mouvement social. En 2002, il est un temps attiré par Nicolas Sarkozy. «Il participe d'un mouvement très puissant dans le champ intellectuel français : le courant "national républicain", aux côtés d'un Pierre Manent ou d'un Régis Debray», tente de cerner Jean-Yves Pranchère. Sa philosophie est avant tout politique. C'est par cet unique prisme qu'il juge l'intégration européenne. «Pour lui, l'Europe signe la disparition du politique, dit le philosophe Frédéric Worms, alors que nous assistons précisément en ce moment à sa politisation, comme en a témoigné l'affrontement Merkel-Tsípras.»</p><p class="article_link">Marcel Gauchet, un «néoréac» ?</p><p class="article_link">Marcel Gauchet ne peut ignorer que son Malheur français rime avec le best-seller zemmourien le Suicide français. Hantise du divorce entre les élites et le peuple, mépris de Mai 68, revendication d'un «parler vrai» sur l'immigration («il faut oser dire qu'elle pose aujourd'hui un problème», assène-t-il à Libération)… autant de topics qui le rapprochent du clan des Finkielkraut et consorts. «Gauchet est un tocquevillien, il incarne un néoconservatisme à la française.» analyse la sociologue Christine Fauré, auteure, justement, des Néoconservateurs à la française (Mimésis, 2015). Lassé de ce procès, Gauchet attaque : «Nous sommes dans une merde incroyable et il faudrait dire "tout va bien" pour ne pas se faire traiter de "néoréac" ! J'essaie d'éclairer l'impasse dans laquelle nous nous trouvons pour la surmonter.» Le classer dans les réactionnaires serait «profondément injuste», estime Pranchère : «C'est un républicain sincère, un social-démocrate. Mais ses théories si peu empiriques se prêtent à des réinterprétations conservatrices contre lesquelles il n'a pas les moyens de se défendre.» Nostalgique, mais pas «néoréac», appuie le philosophe Worms : «Il défend une France porteuse d'une certaine idée du politique, certainement pas une "France éternelle" qui reposerait sur des critères ethniques. Il est nostalgique du pur citoyen, une idée très française et jacobine.» La nostalgie d'une abstraction.</p><p class="article_link">(1) Le Rappel à l'ordre, Seuil, 2016. (2) «Marcel Gauchet ou le consensus conservateur», Revue du crieur, numéro 1, juin 2015, La Découverte-Mediapart</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Wed, 03 Nov 2021 04:45:57 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Yanis Varoufakis : « Angela Merkel a nui à l’Europe et au monde »]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Les élections allemandes d’aujourd’hui marquent la fin effective du règne de 16 ans d’Angela Merkel. Yanis Varoufakis décrit pour Jacobin comment elle est devenue la dirigeante la plus puissante d’Europe en temps de paix – aux dépens de l’Europe elle-même.</p><p>Source : <a href="https://jacobinmag.com/2021/09/yanis-varoufakis-angela-merkel-divided-europe-north-south-greece-debt-banks-bailout" target="_blank" rel="noopener">Jacobin Mag, Yanis Varoufakis</a><br />Traduit par les lecteurs du site Les-Crises</p>
<p><a href="https://www.les-crises.fr/wp-content/uploads/2021/10/1-12.jpeg"></a></p>
<p id="caption-attachment-268598" class="wp-caption-text">Le long mandat d’Angela Merkel en tant que chancelière allemande prend fin alors que des élections fédérales ont lieu aujourd’hui en Allemagne. (JOHN MACDOUGALL/AFP via Getty Images)</p><p>Le mandat d’Angela Merkel restera dans les mémoires comme le paradoxe le plus cruel de l’Allemagne et de l’Europe. D’une part, elle a dominé la politique du continent comme aucun autre dirigeant en temps de paix – et elle laisse la chancellerie allemande considérablement plus puissante qu’elle ne l’avait trouvée. Mais la manière dont elle a construit ce pouvoir a condamné l’Allemagne à un déclin de longue durée et l’Union européenne à la stagnation.</p>
<p>Un déclin alimenté par la richesse</p>
<p>Il ne fait aucun doute que l’Allemagne est aujourd’hui plus forte politiquement et économiquement qu’elle ne l’était quand Merkel est devenue chancelière en 2005. Cependant, les raisons mêmes pour lesquelles l’Allemagne est plus forte sont aussi celles pour lesquelles son déclin est assuré dans une Europe en stagnation.</p><p>La puissance de l’Allemagne est le résultat de trois excédents massifs : son excédent commercial, l’excédent structurel de son gouvernement fédéral et l’afflux de l’argent des autres dans les banques de Francfort, en raison de la crise sans fin de l’euro qui se consume lentement.</p><p>Alors que l’Allemagne baigne dans l’argent, grâce à ces trois excédents, cet argent est principalement gaspillé. Au lieu d’être injecté dans les infrastructures du futur, publiques ou privées, il est soit exporté (par exemple, investi à l’étranger), soit utilisé pour acheter des biens improductifs en Allemagne (par exemple, des appartements à Berlin ou des actions Siemens).</p><p>Pourquoi les entreprises allemandes, ou le gouvernement fédéral, ne peuvent-ils pas investir ces fleuves d’argent de manière productive en Allemagne ? Parce que – et c’est là que réside une partie du cruel paradoxe – la raison pour laquelle ces excédents existent est qu’ils ne sont pas investis ! En d’autres termes, sous le règne de Mme Merkel, l’Allemagne a conclu un marché faustien : en limitant les investissements, elle a acquis auprès du reste de l’Europe et du monde des excédents qu’elle n’a pas pu ensuite investir, cela lui aurait fait perdre sa capacité future à dégager davantage d’excédents.</p><p>Si l’on s’attarde sur leur origine, les excédents massifs qui ont donné du pouvoir à l’Allemagne sous Mme Merkel sont le résultat de l’obligation faite aux contribuables allemands et, plus tard, européens de renflouer les banquiers cinglés de Francfort à condition d’organiser une crise humanitaire dans la zone périphérique de l’Europe (en particulier en Grèce) – moyen par lequel le gouvernement de Merkel a imposé une austérité sans précédent à l’égard des travailleurs tant allemands que non allemands (de manière disproportionnée, bien sûr).</p><p>En bref, le faible investissement intérieur, l’austérité généralisée et le fait de monter les fiers peuples européens les uns contre les autres ont été les moyens par lesquels les gouvernements successifs de Merkel ont transféré à l’oligarchie allemande richesse et pouvoir. Hélas, ces moyens ont également conduit à une Allemagne divisée qui passe complètement à côté de la prochaine révolution industrielle au sein d’une Union européenne qui se fragmente.</p><p>Trois épisodes permettent de comprendre comment Merkel a exercé son pouvoir à travers l’Europe pour construire, étape par étape, le cruel paradoxe qui sera son héritage.</p>
<p>Episode 1 : Le socialisme paneuropéen pour les banquiers allemands</p>
<p>En 2008, alors que les banques de Wall Street et de la City de Londres s’effondraient, Angela Merkel continuait à entretenir son image de chancelière à la main de fer, radine et prudente sur le plan financier. Pointant un doigt moralisateur vers les banquiers prodigues de l’Anglosphère, elle a fait les gros titres lors d’un discours à Stuttgart où elle a suggéré que les banquiers américains auraient dû consulter une ménagère souabe, qui leur aurait appris une chose ou deux sur la façon de gérer leurs finances.</p><p>Imaginez son horreur lorsque, peu après, elle a reçu une avalanche d’appels téléphoniques inquiets en provenance de son ministère des Finances, de sa banque centrale et de ses propres conseillers économiques, tous porteurs d’un message invraisemblable : Madame la Chancelière, nos banques aussi sont en faillite ! Pour faire fonctionner les guichets automatiques, il nous faut une injection de 406 milliards d’euros de l’argent de ces ménagères souabes – d’ici hier !</p><p>C’était la définition même du poison politique. Alors que le capitalisme mondial était en proie à des spasmes, Merkel et Peer Steinbrück, son ministre social-démocrate des Finances, introduisaient l’austérité pour la classe ouvrière allemande, prônant le mantra standard et autodestructeur du serrage de ceinture en pleine récession. Comment peut-elle maintenant se présenter devant ses propres membres du parlement – à qui elle a fait la leçon pendant des années concernant les vertus de la sobriété en matière d’hôpitaux, d’écoles, d’infrastructures, de sécurité sociale et d’environnement – pour les implorer de faire un chèque aussi colossal à des banquiers qui, quelques secondes auparavant, nageaient dans des rivières de liquidités ?</p><p>La nécessité étant la mère de l’humilité forcée, la chancelière Merkel a pris une profonde inspiration, est entrée dans le splendide Bundestag fédéral conçu par Norman Foster, a annoncé la mauvaise nouvelle à ses parlementaires abasourdis et est repartie avec le chèque demandé.</p><p>Au moins, c’est fait, a-t-elle dû penser. Sauf que ce n’était pas le cas. Quelques mois plus tard, une autre avalanche d’appels téléphoniques a exigé un nombre similaire de milliards pour les mêmes banques. Pourquoi ? Le gouvernement grec était sur le point de faire faillite. Si cela arrivait, les 102 milliards d’euros qu’il devait aux banques allemandes disparaîtraient et, peu après, les gouvernements italien, grec et irlandais feraient probablement défaut pour une créance d’un montant d’environ 500 milliards d’euros de prêts dus aux banques allemandes. À eux deux, les dirigeants français et allemands avaient intérêt à empêcher le gouvernement grec de dire la vérité, c’est-à-dire d’avouer sa faillite, pour un montant d’environ 1 000 milliards d’euros.</p><p>Angela Merkel a négligemment provoqué une crise humanitaire dans mon pays pour camoufler le sauvetage de banquiers allemands quasi-criminels.</p><p>C’est à ce moment-là que l’équipe d’Angela Merkel s’est montrée à la hauteur, en trouvant un moyen de renflouer les banquiers allemands une deuxième fois sans en informer le Bundestag : ils ont présenté le deuxième renflouement de leurs banques comme un acte de solidarité avec les cigales de l’Europe, le peuple grec. Et faire payer par les autres Européens, même les Slovaques et les Portugais beaucoup plus pauvres, un prêt qui irait momentanément dans les caisses du gouvernement grec avant de finir dans celles des banquiers allemands et français.</p><p>Ne sachant pas qu’ils payaient en réalité pour les erreurs des banquiers français et allemands, les Slovaques et les Finlandais, tout comme les Allemands et les Français, ont cru avoir la responsabilité d’assumer les dettes d’un autre pays. Ainsi, au nom de la solidarité avec ces insupportables Grecs, Mme Merkel a semé des graines du rejet entre de fiers peuples.</p>
<p>Épisode 2 : L’austérité paneuropéenne</p>
<p>Lorsque Lehman Brothers a fait faillite en septembre 2008, son dernier PDG a supplié le gouvernement américain de lui accorder une gigantesque ligne de crédit pour maintenir sa banque à flot. Supposons que le président américain lui ait répondu : « Pas de renflouement et, de plus, je ne vous autorise pas à déposer le bilan ! ». Ce serait d’une absurdité complète. Et pourtant, c’est précisément ce qu’Angela Merkel a dit au Premier ministre grec en janvier 2010 lorsque celui-ci a désespérément imploré de l’aide pour éviter de déclarer l’État grec en faillite. C’était comme dire à une personne qui est en train de tomber : je ne vais pas vous rattraper, mais vous n’avez pas non plus le droit de toucher le sol.</p><p>Quel était l’intérêt d’un double Nein aussi absurde ? Étant donné que Merkel avait toujours l’intention d’insister pour que la Grèce obtienne le prêt le plus important de l’histoire – dans le cadre du deuxième plan de sauvetage caché des banques allemandes (voir ci-dessus) – l’explication la plus plausible est aussi la plus triste : son double Nein, qui a duré quelques mois, a réussi à instiller un tel désespoir chez le Premier ministre grec qu’il a fini par accepter le programme d’austérité le plus écrasant de l’histoire. Faisant d’une pierre deux coups en un seul renflouement, Merkel a subrepticement renfloué les banques allemandes pour la deuxième fois. Et l’austérité généralisée a commencé à se répandre sur le continent, comme un feu de brousse qui aurait commencé en Grèce avant de se propager partout, y compris en France et en Allemagne.</p>
<p>Episode 3 : Jusqu’à la fin amère</p>
<p>La pandémie a offert à Angela Merkel une dernière chance de rassembler l’Allemagne et l’Europe.</p><p>Une nouvelle dette publique importante était inévitable, même en Allemagne, alors que les gouvernements tentaient de remplacer les revenus perdus pendant le confinement. Si un moment de rupture avec le passé s’imposait, c’était bien ce jour-là. Le moment était particulièrement propice pour investir les excédents allemands dans une Europe qui, simultanément, démocratisait ses processus décisionnels. Mais le dernier geste d’Angela Merkel a été de faire en sorte que ce moment soit également raté.</p><p>En mars 2020, dans un élan de panique harmonisé à la suite des confinements à l’échelle de l’UE, treize chefs de gouvernement de l’UE, dont le président français Emmanuel Macron, ont exigé de l’UE l’émission d’une dette commune (une « euro-obligation » ou eurobond) qui contribuerait à transférer les dettes nationales en hausse qui pesaient sur les faibles épaules des États membres vers l’UE comme un tout, afin d’éviter une austérité massive à la grecque dans les années post-pandémie. La chancelière Merkel, sans surprise, a dit Nein et, comme prix de consolation, a offert un fonds de relance qui ne fait strictement rien pour aider à faire face aux dettes publiques nationales croissantes – ou pour contribuer à faire pression pour que les excédents allemands accumulés soient utilisés dans l’intérêt à long terme de la société allemande.</p><p>Dans le style typique de Merkel, l’objectif du fonds de relance était de donner l’impression de faire le minimum nécessaire de ce qui est dans l’intérêt d’une majorité d’Européens (y compris une majorité d’Allemands) – sans le faire réellement ! L’acte de sabotage final de Mme Merkel avait deux dimensions.</p><p>Tout d’abord, le montant du fonds de relance est, à dessein, insignifiant sur le plan macroéconomique, c’est-à-dire qu’il est trop insuffisant pour défendre les personnes et les communautés les plus faibles de l’UE contre l’austérité qui finira par s’imposer une fois que Berlin aura donné son feu vert à la « consolidation fiscale » afin de freiner l’explosion des dettes nationales.</p><p>Deuxièmement, le fonds de relance va, en réalité, transférer des richesses des Nordistes les plus pauvres (par exemple, les Allemands et les Néerlandais) vers les oligarques du Sud de l’Europe (par exemple, les entrepreneurs grecs et italiens) ou vers les entreprises allemandes qui gèrent les services publics du Sud (par exemple, Fraport, qui gère maintenant les aéroports de la Grèce). Rien ne pourrait garantir plus efficacement la poursuite de la détérioration de la guerre des classes et de la fracture Nord-Sud en Europe que le fonds de relance de Mme Merkel – l’acte final de sabotage de l’unité économique et politique européenne.</p>
<p>Une complainte pour conclure</p>
<p>Elle a négligemment provoqué une crise humanitaire dans mon pays pour camoufler le sauvetage de banquiers allemands quasi-criminels, tout en montant les fières nations européennes les unes contre les autres.</p><p>Elle a intentionnellement saboté toutes les occasions de rassembler les Européens.</p><p>Elle a habilement comploté pour saper toute véritable transition verte en Allemagne ou dans toute l’Europe.</p><p>Elle a travaillé sans relâche pour émasculer la démocratie et empêcher la démocratisation d’une Europe désespérément antidémocratique.</p><p>Et pourtant, en observant la meute de politiciens banals et sans visage qui se bousculent pour la remplacer, je crains fort qu’Angela Merkel ne me manque. Même si, d’un point de vue analytique, mon évaluation de son mandat reste la même, je soupçonne que, d’ici peu, j’en aurai une pensée plus attendrie.</p><p>À propos de l’auteur</p><p>Yanis Varoufakis a été ministre grec des Finances pendant les premiers mois du gouvernement dirigé par Syriza en 2015. Il a notamment publié Le Minotaure planétaire et Conversations entre adultes.</p><p>Source : <a href="https://jacobinmag.com/2021/09/yanis-varoufakis-angela-merkel-divided-europe-north-south-greece-debt-banks-bailout" target="_blank" rel="noopener">Jacobin Mag, Yanis Varoufakis</a>, 26-09-2021<br />Traduit par les lecteurs du site Les-Crise<a href="https://www.les-crises.fr/wp-content/uploads/2021/10/0-14.jpeg"></a></p><p class="text-box">Nous vous proposons cet article afin d'élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s'arrête aux propos que nous reportons ici. <a href="https://www.les-crises.fr/yanis-varoufakis-angela-merkel-a-nui-a-l-europe-et-au-monde/#">[Lire plus]</a>Nous ne sommes nullement engagés par les propos que l'auteur aurait pu tenir par ailleurs - et encore moins par ceux qu'il pourrait tenir dans le futur. Merci cependant de nous signaler par le formulaire de contact toute information concernant l'auteur qui pourrait nuire à sa réputation. </p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Mon, 01 Nov 2021 21:39:25 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Présidentielle : Laurent Wauquiez courtisé pour devenir Premier ministre d’Eric Zemmour ?]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Et on peut imaginer que l’essayiste, qui laisse encore et toujours planer le doute sur sa candidature à la présidentielle 2022, fasse un crochet par Lyon avant ou après se rendre dans la commune du Nord-Isère.</p><p>L’occasion peut-être de rencontrer <a href="https://www.lyonmag.com/profil-personnalite-lyonnaise/55/laurent-wauquiez" target="_blank">Laurent Wauquiez</a>. Car selon <a href="https://www.lexpress.fr/actualite/politique/presidentielle-eric-zemmour-reve-de-laurent-wauquiez_2160484.html?utm_medium=Social&amp;utm_source=Facebook&amp;Echobox=1634227711&amp;fbclid=IwAR20bHKviGCSKhU84GMCgEi9aRICMvoUThK6ghZShJVxbM6vEW3_8qMH-lM#xtor=CS3-5076" target="_blank">l’Express</a>, Eric Zemmour aurait fait du président d’Auvergne-Rhône-Alpes son favori pour devenir Premier ministre en cas de victoire au printemps prochain.</p><p>"Celui qui organise en ce moment l'échec de la droite, c'est Laurent Wauquiez. Donc si on veut résoudre le désordre à droite, il faut l'intégrer dans l'équation", déclare même le soutien d’Eric Zemmour, Loup Bommier auprès de nos confrères.</p><p>Dans le clan Wauquiez, on s’amuse et on s'étonne de cette parade nuptiale qui s’engage. Le dernier échange entre les deux hommes remonterait au mois d’août, quand l’ancien président des Républicains renonçait publiquement à participer à la primaire de son parti.</p><p>Il est encore beaucoup trop tôt pour imaginer Laurent Wauquiez céder aux sirènes zemmouriennes, même si certains proches comme le sénateur du Rhône <a href="https://www.lyonmag.com/profil-personnalite-lyonnaise/167/etienne-blanc" target="_blank">Etienne Blanc</a> peuvent militer en ce sens. D’autant que le <a href="https://www.lci.fr/politique/sondage-exclusif-presidentielle-2022-le-pen-zemmour-et-bertrand-dans-un-mouchoir-de-poche-pour-acceder-au-second-tour-2199053.html" target="_blank">dernier sondage publié ce vendredi</a> relance dans la course les possibles candidats de la droite, dans un mouchoir de poche avec Eric Zemmour et Marine Le Pen au premier tour de la présidentielle.</p><p>Mais aussi parce que le rêve de Laurent Wauquiez ne s'appelle pas Matignon, mais Elysée.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Mon, 01 Nov 2021 21:36:20 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Wok&#039;ier : Quand les séries télévisées se mettent à prôner la haine de la France !]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Laurent Wauquiez: </p>

<p>"Quand les séries télévisées se mettent à prôner la haine de la France : de l’urgence d’arrêter tout de suite </p>

<p>L’avantage des réseaux sociaux, c’est que, de temps en temps, on tombe sur des perles qui font réagir. Cette semaine nous en a livré deux sur lesquelles je voudrais revenir avec vous.</p>

<p>La première est tirée d’une série du service public « L’Ecole de la vie » et raconte les pérégrinations d’un professeur d’histoire. Une des scènes de la série mérite qu’on s’y arrête. Je passe déjà sur le fait que le professeur fait évidemment cours en sweat-shirt, posture cool - pour incarner l’autorité on repassera - mais cela fait malheureusement longtemps qu’on n’en est plus là. Nous voici donc dans la salle de classe et le débat tourne autour de l’empire colonial français. La salle rivalise de mots pour dénoncer évidemment les horreurs prêtées à la France – bon, on est assez loin de Céline dans Voyage au bout de la nuit et les arguments tournent vite à la caricature. Mais, au fond de la salle, un élève - blanc bien évidemment pour achever de camper la caricature - lève le ton en disant qu’on a aussi apporté la civilisation. Horreur ! Tollé général et pour éviter que la discussion ne prenne la moindre tournure intéressante, les scénaristes mettent dans la bouche de l’élève une phrase raciste ; le professeur lui tombe dessus et le met physiquement hors de sa salle de cours. La suite de la série sera à la hauteur de cet extrait, puisque l’on va découvrir que l’élève en question est un horrible militant d’extrême-droite qui finira par attaquer au couteau un élève maghrébin.</p>
<pre>
Sans revenir jusqu’à « Thierry la Fronde », il y a une époque où le service public s’employait au moins à nous faire aimer les grandes œuvres de la littérature française. Eh bien non, le message de la série est tout autre : si vous aimez la France, c’est que vous êtes raciste. CQFD. Affligeant.
</pre>
<p>Arrêtons-nous un moment. Je passe d’abord sur la tristesse que m’inspire l’aveuglement du scénario. Un professeur s’est fait décapiter en France par un islamiste, mais, bien évidemment, nos séries télévisées préfèrent une histoire où un horrible élève d’extrême-droite tente de tuer un maghrébin. Quand on préfère détourner le regard des vrais sujets, on peut toujours compter sur le service public. Mais l’essentiel est ailleurs. D’abord, aucun débat possible, la France n’aurait commis que des crimes dans son histoire et de préférence des crimes contre l’humanité. Pourtant, des historiens sérieux se sont employés à montrer que la réalité est plus complexe, à l’image de Jacques Marseille ; la France, contrairement au Royaume-Uni, n’a jamais été dans une démarche consistant seulement à exploiter économiquement ses colonies et était portée notamment sur le plan de l’éducation ou des grandes infrastructures par le mythe de la France universelle et civilisatrice. Étrange ensuite qu’au lieu d’apprendre à chérir l’histoire de France, ses grands moments, sa lente construction, son refus constant de tous les totalitarismes, les séries du service public préfèrent nous apprendre à nous détester. Sans revenir jusqu’à « Thierry la Fronde », il y a une époque où le service public s’employait au moins à nous faire aimer les grandes œuvres de la littérature française. Eh bien non, le message de la série est tout autre : si vous aimez la France, c’est que vous êtes raciste. CQFD. Affligeant.</p>

<p>Mais TF1 n’est pas en reste. Cette fois-ci, on est avec « Demain nous appartient », série de grande audience diffusée juste avant le journal de 20h. Nous voilà dans la cour de récréation. Une jeune étudiante, visiblement au bord de l’insurrection – sur le mode « je suis trop en colère » - apostrophe ses camarades : « je suis Lopez-Diallo, j’en ai marre de pas me retrouver dans nos programmes, l’Education nationale en a rien à foutre de nos individualités. Les programmes ont été créés par des hommes blancs hétéros qui nient nos différences. » Tous les élèves l’acclament : « bien dit meuf ! » Galvanisée, elle enchaîne : « on veut étudier des auteurs, noirs, gays, non-binaires. » Au fond de la cour, un horrible élève, blanc évidemment, maugrée. La conclusion tombe, impitoyable : il se fait qualifier de vieux mâle blanc. Tirez le rideau. Autre visage, même haine de la France. Mais, cette fois-ci, le principe c’est que chacun n’existe qu’à travers ses différences, il faut appartenir à une minorité pour avoir voix au chapitre. Apprendre ce qu’on a en commun, devenir un citoyen, défendre ce qui fait que nous sommes français, tout ceci doit céder devant un seul impératif : vive les minorités qui doivent imposer leur volonté à la majorité. J’ai trop vu ce que cela donne aux États-Unis, notamment en Californie ; je vois trop à ce que cela conduit – le démembrement de notre société ; je ne verrai pas cela monter en puissance sans réagir.</p>

<p>Ce chemin ne conduit qu’à l’échec. Et nous ne pouvons considérer comme anodin que des séries télévisées n’aient plus honte de relayer ces discours de déconstruction et de haine de la France. Il faut réagir, car quand nous faisons cela nous sommes les meilleurs alliés de tous ceux qui, dans les quartiers, prônent la haine de la France, ce que Pascal Bruckner avait très bien et très tôt compris quand il disait : « la repentance permanente nous désarme face à la barbarie de l’islamisme ».</p>

<p>Alors, je le dis clairement aux esprits chagrins : je suis pour qu’on apprenne à aimer la France, son histoire, ses valeurs, sa littérature ; je pense que pour qu’une société tienne il faut apprendre ce qu’on a en commun ; je crois que la plus belle des choses à transmettre à nos enfants n’est pas de s’enfermer dans une minorité, mais de devenir libre en devenant citoyen de la République."</p>
]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
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	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/739/l%E2%80%99empire-et-ses-techniques-de-guerre-hybride</guid>
	<pubDate>Sun, 31 Oct 2021 20:49:55 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/739/l%E2%80%99empire-et-ses-techniques-de-guerre-hybride</link>
	<title><![CDATA[L’Empire et ses techniques de guerre hybride]]></title>
	<description><![CDATA[<p id="caption-attachment-103318" class="wp-caption-text">Le quartier général de l’OTAN à Bruxelles</p><p>Animé d’un complexe de supériorité à toute épreuve, alimenté par sa supériorité technologique, l’Europe d’abord, puis les États Unis, ce que nous appelons « le monde occidental » dans nos textes, a toujours prétendu régner sur le monde. Piller ses ressources, imposer sa loi et son idéologie, combattre avec acharnement tout peuple ou dirigeant résistants. Bien sûr, tout cela au nom de « la civilisation », histoire de conserver bonne conscience.</p><p>Mais, au contraire de ce que pense la majorité des occidentaux, la décolonisation n’a pas entraîné la fin de la volonté de domination occidentale. Celle-ci n’a fait que prendre des moyens détournés, beaucoup moins visibles mais toujours bien présents. Nous allons vous montrer, dans ce chapitre, que la volonté impériale occidentale est toujours bien présente et les techniques utilisées pour l’exercer sans que les peuples, occidentaux ou pas, n’en soient conscients.</p><p>Pourquoi cacher « l’Empire » et son impérialisme aux yeux des peuples occidentaux ? Parce que, comme s’en est aperçu le gouvernement étasunien pendant la guerre du Vietnam, le peuple occidental, dans sa grande majorité et en particulier chez les jeunes, ne veut plus de colonisation ni de guerre d’agression. Ce peuple à une image de lui-même qui reflète la bienveillance, le sens de l’humanité et de la justice, la liberté de penser et la démocratie, les droits de l’homme…Notions que les gouvernements occidentaux vont donc être obligé d’accoler à chacune de leurs initiatives impériales afin que leurs peuples ne se rebellent pas contre elles. Guerres humanitaires, obligation de protéger des peuples martyrisés par leur « dictateur », défense des droits des minorités opprimés…Les États-Unis maquillent d’un vernis de bienveillance toutes leurs guerres impériales. Et, sous l’effet d’une intense propagande médiatique complice, la population gobe l’alibi et se débarrasse ainsi de toute culpabilité.</p><p>Mais alors pourquoi les médias, qui ne sont maintenant plus aux mains de l’État mais sont soit disant « indépendants », collaborent-ils à ce néocolonialisme ? D’une part parce que les propriétaires de ces médias sont les riches fortunes qui profitent financièrement de ce néocolonialisme et doivent donc l’entretenir pour accroître encore plus cette fortune, d’autre part pour manipuler les consciences afin que la population continue de croire qu’elle vit dans un pays démocratique, égalitaire, bienveillant. Enfin, que le meilleur et unique système socio-économique est celui dans lequel nous vivons et qu’il est « logique et bienveillant » de l’imposer aux autres, pour leur bien, les pauvres. Ce monopole médiatique permet, en dernier lieu, de cacher aux populations occidentales la décadence dans laquelle le monde occidental est engagé à cause de l’incurie du système ultralibéral que ses élites cherchent à imposer au monde entier.</p><p>Nous verrons donc dans ce chapitre les techniques que le monde occidental, en particulier le monde anglosaxon qui est un expert en guerre hybride, utilise contre les pays qui ne veulent pas coopérer avec « l’Empire ». Ingérence politique en soutenant l’opposition, Révolutions de couleurs et installation d’une marionnette au pouvoir, attaques sous fausses bannières, assassinats politiques, chantages et sanctions économiques, propagande mensongère et autres « psyops » [opérations psychologiques pour créer une situation de toute pièce], intimidation militaire allant jusqu’à lancer une « guerre humanitaire »…Entre approches théoriques et exemples concrets, nous allons vous montrer ces techniques de guerre hybride utilisées pour mettre au pas les récalcitrants (Venezuela, Cuba, Corée du Nord, Iran…) les gêneurs (Irak, Syrie, tout homme politique populaire se voulant indépendant) et les concurrents potentiels (Russie, Chine).</p><p>Mais voyons d’abord cette notion « d’Occident », « d’Empire » et de guerres hybrides impérialistes qui touchent le monde entier.</p><p>La Russie est depuis longtemps l’ennemi né de l’Empire, comme nous le verrons plus en détail dans le chapitre <a href="https://lesakerfrancophone.fr/5-le-combat-usa-vs-russie">« le combat USA-Russie »</a>.</p><p>L’Amérique du sud, dite l’arrière-cour des Etats Unis, en particulier Cuba, le Venezuela riche en pétrole et tout pays virant à gauche, sont sous les fourches caudines des Etats Unis.</p><p>Le Moyen orient et ses richesses pétrolières. L’Afghanistan en 2001 puis l’Irak, la Somalie, la Syrie, la Lybie et enfin l’Iran qui, depuis la destitution du Shah, résiste à l’impérialité étasunienne.</p><p>Nous aurons un chapitre détaillé <a href="https://lesakerfrancophone.fr/10-la-syrie">sur la Syrie</a> qui, depuis 2015, subit les foudres de l’Empire.</p><p>Même les alliés récalcitrants sont mis au pas.</p><p>L’Afrique, l’Asie, le monde entier doit obéissance à l’hégémon.</p><p>Après ces quelques exemples pour vous montrer la réalité d’un « empire étasunien », nous allons passer en revue les différentes « armes de guerre hybride » utilisées par l’Empire pour exercer son pouvoir impérial.</p><p>Voyons d’abord les maîtres d’œuvre officiels de cet impérialisme, la CIA pour l’action dans l’ombre et l’OTAN pour la force visible.</p><p>L’OTAN, le bras armé de l’Empire.</p><p>La CIA, le maître d’œuvre caché de l’impérialisme étasunien et ses supplétifs du Mi6, du Mossad et des « Five Eyes » (le regroupement des services secrets étatsuniens, anglais, canadiens, australiens, néo-zélandais).</p><p>Sans oublier le Pentagone.</p><p>A notre époque de privatisation totale, pourquoi ne pas privatiser les outils de l’impérialisme ? c’est le cas avec George Soros et les « ONG humanitaires ».</p><p>Conséquence de cette guerre hybride menée par l’intermédiaire d’ONG,</p><p>Une des plus vieilles techniques occidentales pour continuer à exercer un pouvoir sur les anciennes colonies fut d’y placer leurs propres marionnettes à la tête. Le changement de régime et sa version plus « démocratique », la révolution de couleur, continuent d’être pratiqués.</p><p>Le dollar qui est devenue la monnaie internationale est utilisé comme arme financière.</p><p>Grace au dollar et au système financier occidental, les sanctions et pressions sur l’économie des pays sont faites pour affamer le peuple afin que celui-ci se révolte contre son dirigeant qui est dans la ligne de mire de « l’Empire ».</p><p>Les attaques sous fausse bannière, un vieil outil toujours d’actualité.</p><p>Le terrorisme est depuis longtemps utilisé pour déstabiliser les gouvernements en place. La manipulation d’attentats terroristes sous fausse bannière ne date donc pas d’aujourd’hui. Après la seconde guerre mondiale, la CIA avait déjà monté l’opération Gladio et des groupes appelés Stay Behind pour empêcher l’idéologie communiste de s’étendre en Europe de l’Ouest.</p><p>Voyons maintenant ce qu’il en est du terrorisme à notre époque.</p><p>Arrestations arbitraire et assassinats par drones.</p><p>Même si on en parle peu, le risque de guerre bactériologique est bien là.</p><p>Attaques informatiques et cyber guerre comme dernière arme de guerre hybride en date.</p><p>La perversion des organismes internationaux.</p><p>Et même du sport.</p><p>Les manipulations psychologiques des populations par les médias, dites propagande de guerre ou « psyops » en anglais, sont faites pour que les peuples ne comprennent pas les causes réelles de tous ces événements qui troublent une hypothétique paix mondiale et en viennent à soutenir ces « guerres hybrides » qui ne ressemblent pas à de vraies guerres.</p><p>Voici un chapitre entier pour donner un exemple détaillé de « psyop » montée contre la Russie, <a href="https://lesakerfrancophone.fr/12-laffaire-skripal">l’affaire Skripal</a>.</p><p>Pour une bonne vue d’ensemble de l’Empire, lisez l’interview de Daniele Ganser, l’auteur du livre « les guerres illégales de l’OTAN ».</p><p>Et pour ceux qui veulent rentrer dans les détails théoriques, voici le travail d’Andrew Korybko, le spécialiste de la théorie des guerres hybrides.</p><p>Une fois ces techniques de guerre hybride bien comprises, voyons maintenant le « terrain de jeu » sur lequel l’Empire va exercer son pouvoir, l’Eurasie, dont il faut à tout prix empêcher l’intégration en sapant ses deux gros piliers de soutien, la Russie et la Chine. Ce que les spécialistes du sujet nomment <a href="https://lesakerfrancophone.fr/4-leurasie-terrain-du-grand-jeu">« le Grand jeu »</a>.</p><p>Ceux que la géopolitique internationale intéresse peu, peuvent passer directement au chapitre montrant que derrière le système dit démocratique du monde occidental se cache en réalité <a href="https://lesakerfrancophone.fr/13-ploutocratie-et-ultraliberalisme">une ploutocratie</a> et un <a href="https://lesakerfrancophone.fr/17-quest-ce-que-letat-profond">État profond</a> qui dirige l’Empire.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/737/une-alliance-franco-russe-est-elle-encore-possible</guid>
	<pubDate>Sun, 31 Oct 2021 20:45:53 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Une alliance Franco-Russe est-elle encore possible ?]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Par Emmanuel Leroy − Octobre 2021</p><p id="caption-attachment-104630" class="wp-caption-text">Emmanuel Leroy (debout) et Slobodan Despot (Assis)</p><p>Mesdames et Messieurs,</p><p>Pour bien présenter les choses, et de manière un peu paradoxale, je voudrais commencer mon introduction par une conclusion, celle que fit Alexis de Toqueville, le célèbre philosophe français dans son fameux livre De la démocratie en Amérique paru en 1835 :</p><p>Il y a aujourd’hui sur la terre deux grands peuples qui, partis de points différents, semblent s’avancer vers le même but : ce sont les Russes et les Anglo-Américains. Tous deux ont grandi dans l’obscurité ; et tandis que les regards des hommes étaient occupés ailleurs, ils se sont placés tout à coup au premier rang des nations, et le monde a appris presque en même temps leur naissance et leur grandeur. Tous les autres peuples paraissent avoir atteint à peu près les limites qu’a tracées la nature, et n’avoir plus qu’à conserver.</p><p>Mais eux sont en croissance : tous les autres sont arrêtés ou n’avancent qu’avec mille efforts ; eux seuls marchent d’un pas aisé et rapide dans une carrière dont l’œil ne saurait encore apercevoir la borne (…). Pour atteindre son but, le premier s’en repose sur l’intérêt personnel, et laisse agir, sans les diriger, la force et la raison des individus. Le second concentre en quelque sorte dans un homme toute la puissance de la société (…). Leur point de départ est différent, leurs voies sont diverses ; néanmoins, chacun d’eux semble appelé par un dessein secret de la Providence à tenir un jour dans ses mains les destinées de la moitié du monde.</p><p>Presque deux siècles après la sortie du livre de Toqueville, il faut reconnaître à cet auteur d’avoir eu une certaine prescience des événements, même si l’on peut observer que depuis le XIXème siècle, c’est un peu plus de la moitié du monde que les Anglo-américains ont mis sous leur coupe, bien que l’on puisse remarquer aujourd’hui leur retrait en Irak, en Syrie et en Afghanistan, prélude sans doute à d’autres abandons, ce qu’illustre parfaitement le célèbre aphorisme prêté, entre autres auteurs, à Oscar Wilde : « Les États-Unis d’Amérique forment un pays qui est passé directement de la barbarie à la décadence, sans jamais avoir connu la civilisation. »</p><p>Sur les relations diplomatiques entre la France et la Russie depuis le 11ème siècle, force est de reconnaître qu’elles connurent des hauts et des bas et que de Henri 1er à Emmanuel Macron ce fut un peu un parcours de montagnes russes entre nos deux pays ; mais j’observe que dans la langue française, il n’existe pas de mot péjoratif pour désigner un Russe. Tout au plus, on dira un Popov ou un cosaque – ce qui pour les Russes serait plutôt un compliment – alors que pour d’autres pays voisins comme l’Angleterre ou l’Allemagne avec lesquels la France fut longtemps en guerre, les termes dépréciatifs ne manquent pas : des Godons aux Rosbifs en passant par les Schleuhs ou les Boches et je ne les citerai pas tous.</p>
<p>Aujourd’hui quel est l’état des lieux que l’on peut faire dans le domaine des relations franco-russes ?</p>
<p>On se souvient que le quinquennat de M. Macron avait commencé de manière assez ambiguë en accueillant avec faste Vladimir Poutine à Versailles en mai 2017 à l’occasion du tricentenaire de la venue de Pierre 1er en France, ce qui ne l’avait pas empêché d’accuser la Russie d’être intervenue dans la campagne présidentielle de l’année précédente. Puis, lors du Forum de Saint Pétersbourg le 25 mai 2018 le journal Kommersant avait noté qu’ « Emmanuel Macron était étonnamment soumis à Vladimir Poutine » et plus fort encore, ce qu’aucun chef d’État occidental n’avait encore admis «  que l’OTAN n’avait pas tenu ses promesses faites à la Russie, que l’Occident et surtout les États-Unis étaient responsables de la dégradation des relations avec la Russie ».</p><p>Mais ce n’est pas tout, durant l’automne 2019, le président français recevait les félicitations du journal Vzgliad qui écrivait, je cite : « Macron est devenu le nationaliste n°1 en Europe […] Il se comporte comme Marine Le Pen ». La comparaison est peut-être un peu osée et parfois la presse russe, il faut le reconnaître, fait preuve d’un optimisme quelque peu excessif.</p><p>Mais toutes ces déclarations sont à remettre en perspective et surtout dans leur contexte. N’oublions pas que depuis 2016, Donald Trump est au pouvoir et que son arrivée dans l’arène politique internationale a provoqué un véritable électrochoc dans les chancelleries occidentales. La parfaite adéquation qui existait entre les capitales européennes et Washington avant l’élection de M. Trump a volé en éclat et désormais les chefs d’État occidentaux ont perdu leur chef d’orchestre et ne savent plus à quel saint se vouer, si j’ose dire.</p><p>Ceci explique en grande partie la position française durant ces 4 années, avec notamment la critique de l’OTAN et le rapprochement sur certains sujets avec les positions du Kremlin. Mais au final, n’oublions jamais que M. Macron a fait ses classes à la French American Foundation, comme ses deux prédécesseurs et un certain nombre d’autres dirigeants français, et je doute fort que cette officine créée par M.M. Giscard d’Estaing et Gerald Ford au siècle dernier soit devenue une pépinière d’agents du Kremlin.</p><p>Donc, pour résumer notre propos, M. Macron a profité du relatif effacement de l’Amérique sur la scène internationale durant les années Trump, pour tenter de faire avancer son agenda européen, quitte à relâcher un peu la pression contre la Russie, essentiellement en paroles, car dans les faits, la France ne s’est jamais désolidarisée de la politique de sanctions anti-russe votée à l’initiative de Londres et de Washington.</p><p>Pour entrer dans le vif du sujet, sur la possibilité d’une alliance entre la France et la Russie, je vous propose d’examiner la situation dans chacun des deux pays :</p>
<p>État des lieux en France</p>
<p>Il n’est pas aisé de le reconnaître tant cela est difficile à accepter mais cela fait très longtemps que la France a perdu sa souveraineté au profit d’une bourgeoisie compradore elle-même au service de l’oligarchie anglo-saxonne. On peut bien évidemment faire remonter les origines de cet abandon à la Révolution française, mais des signes avant-coureurs se faisaient déjà sentir sous l’Ancien régime.</p><p>Cela s’est fait de manière subreptice, sans à-coups majeurs, essentiellement par la corruption mais aussi par une habile politique d’influence qui a consisté à subjuguer et corrompre les élites françaises, à les convertir à l’idéologie marchande. Cela n’empêcha pas bien sûr quelques sursauts ou quelques frictions, on se souvient de Fachoda ou de Mers-El-Kébir, mais dans l’ensemble, et surtout après la parenthèse napoléonienne, la haute bourgeoisie française avait choisi son camp, celui de l’alliance avec Albion et la haute finance.</p><p>De la Restauration jusqu’à aujourd’hui – hormis quelques rares sursauts d’indépendance comme sous le règne de Charles X ou l’épisode gaullien – la France fut un pays sous influence dont l’espace de souveraineté s’est réduit comme une peau de chagrin d’année en année et dont la marge de manœuvre aujourd’hui est à peu près aussi étendue que celle dont disposait un Etat satellite membre du Pacte de Varsovie. C’est d’ailleurs ce que disait à sa façon Vladimir Poutine en 2011 : « Nous aimerions être alliés aux États-Unis, mais ce que je vois aujourd’hui (…) ce n’est pas une alliance ; parfois, j’ai l’impression que l’Amérique ne veut pas d’alliés mais qu’elle veut des vassaux ». On voit ici la parfaite maîtrise de l’art de la litote du président russe.</p><p>De fait, la France se trouve depuis les traités de Maastricht et de Lisbonne dans la situation d’un pays ayant abdiqué toute idée d’indépendance en la transférant à des fonctionnaires européens, donc non élus, qui émettent leurs directives dans la plus totale opacité et sous la pression continue des groupes de pression financiers ou idéologiques. En même temps, ayant abandonné sa monnaie au profit de l’euro, aucune politique économique nationale ne peut être lancée sans l’accord de la BCE et aucun pays ne peut prétendre à la souveraineté lorsqu’il n’est pas maître de sa monnaie, et a fortiori lorsque des juges étrangers sont maîtres de ses lois et de sa jurisprudence.</p><p>Et lorsque la république française se croit encore une grande puissance en signant un contrat mirobolant avec l’Australie, ses bons « amis » anglo-saxons se font une joie de lui rappeler quel est son rang et que dans cette alliance atlantique, malgré toutes ses courbettes et tous ses efforts, et Dieu sait si elle en a fait depuis son retour en 2009 dans le commandement intégré de l’OTAN, elle restera à jamais l’éternelle vassale.</p><p>Après avoir brossé un rapide état des lieux de la situation française, peu réjouissante il faut le reconnaître, qu’en est-il de la Russie ?</p>
<p>Situation de la Russie De Eltsine à Poutine, 20 ans pour reconstruire une nation</p>
<p>De la Rus’ de Kiev jusqu’à aujourd’hui, la vie du peuple russe n’a pas été celle d’un long fleuve tranquille, et des invasions mongoles jusqu’au démantèlement de l’Union soviétique les habitants de la grande Russie n’ont pas toujours connu une vie de quiétude ; mais quel peuple sur la terre peut se targuer de n’avoir connu que paix et prospérité ?</p><p>Pour mettre un peu de baume au cœur des Français et leur donner quelque espoir quant à l’avenir, regardons simplement les 30 dernières années qu’a connu la Russie.</p><p>En 1991, Gorbatchev est renversé et remplacé par Boris Eltsine qui appliquera à la lettre tous les conseils que lui donneront les « spins doctors » anglo-saxons et qui transformera la Russie en vaste champ de foire où tout pouvait s’acheter et se vendre. Dans la dernière décennie du siècle passé le PIB de la Russie s’effondrera de près de 50 %.</p><p>A partir de 1991, l’économie est privatisée à marche forcée et c’est le règne des oligarques et de la finance hors sol. Les partisans de la thérapie de choc menée par le professeur Jeffrey Sachs qui prônaient la libéralisation rapide des prix et du commerce, des programmes de stabilisation de l’inflation et des privatisations massives, l’ont emporté avec l’appui du FMI et de la Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement (BERD) qui était à l’époque dirigée, on s’en souvient, par un certain Jacques Attali avant que ce dernier ne soit contraint à démissionner en 1993 pour la gestion problématique de son établissement.</p><p>Mais au tournant du millénaire, lors de son entrée en fonction de président par intérim de la Fédération de Russie le 31 décembre 1999, Vladimir Poutine va remettre progressivement la Russie sur les rails en mettant au pas les oligarques et en restaurant la souveraineté et le prestige de l’État.</p><p>Cela ne s’est pas fait tout seul et si la Russie est sortie aujourd’hui de l’ornière, tous les problèmes ne sont pas résolus, mais à la différence de l’Europe, et notamment de la France qui semble s’enfoncer chaque jour dans un puits sans fond, la Russie à contresens de l’Occident, reconstruit sa puissance et son indépendance dans un monde qui sera multipolaire – que cela plaise ou non à Washington et à Londres -.</p><p>Mais parallèlement au redressement économique et financier spectaculaire de la Russie depuis le début du siècle, c’est surtout sur le plan militaire que la Russie a effectué un rétablissement tout à fait exceptionnel, qui a dissuadé jusqu’à présent les puissances occidentales à s’aventurer sur les voies dangereuses de l’intervention militaire.</p><p>Schématiquement, on peut considérer que la Russie à opérer ce redressement en deux périodes :</p><p>2000-2010 : La Russie reconstruit son dispositif de défense afin de sanctuariser son territoire c’est la politique du bouclier, où il est impératif d’empêcher l’OTAN d’utiliser son avantage stratégique en termes de puissance aérienne et de puissance navale.</p><p>Le développement par la Russie des systèmes anti-missiles actuellement sans équivalent dans le monde, et la mise au point de systèmes de guerre électronique qui sont capables d’annihiler une attaque massive de missiles de croisière ont tout simplement changé la donne en matière stratégique, comme l’a montré l’attaque avortée des Américains – avec la France à leurs côtés, hélas – le 31 août 2013 contre la République arabe syrienne. Les années qui suivirent verront de nombreux navires britanniques et américains subir les curieux effets de cette guerre électronique capable de transformer un redoutable cuirassé, voire un porte-avions en un inoffensif tas de ferraille. Ce ne sont pas les commandants successifs du malheureux destroyer USS Donald Cook qui pourront dire le contraire.</p><p>La seconde période 2010 -2020 est celle que l’on pourrait appeler la politique de la lance où la Russie a réussi à mettre au point tout un arsenal d’armes offensives révolutionnaires à capacité hypersonique qui réduisent à néant les velléités offensives de l’OTAN.</p><p>Ainsi, en l’espace de 20 années, la Russie a mis sur pied une politique de défense qui a tétanisé les états-majors occidentaux et qui pourrait se définir comme la possibilité d’opposer un véritable déni de guerre à tout éventuel agresseur. C’est une révolution dans l’art de la guerre et qui va bien sûr relancer le phénomène des guerres hybrides que nous observons depuis quelques années et vis-à-vis desquelles la Russie semble nettement moins bien préparée.</p><p>Après avoir fait état du retour de la puissance en Russie, et au lendemain de la victoire du parti présidentiel lors des dernières législatives, comment définir ce pays et ses institutions ?</p><p>Je crois que la meilleure définition qui n’ait jamais été donnée est celle de Winston Churchill : « La Russie est un rébus enveloppé de mystère au sein d’une énigme. » et pour moi qui l’observe et la suit depuis des décennies, je ne peux qu’acquiescer à cette laconique mais très juste définition. Et c’est sans doute une volonté de la Providence que d’avoir rendu ce pays relativement peu perméable aux influences étrangères.</p><p>Quoique, depuis la fin de l’Union soviétique et jusqu’à aujourd’hui, l’influence occidentale pour tenter de modifier l’ADN du peuple russe est plus que jamais active :</p><p>Que ce soit le par le biais des diverses ONG à vocation prétendument humanitaire, des sectes religieuses, des réseaux sociaux, de la publicité, de la mode vestimentaire même, nous voyons le poison sirupeux de l’Occident se répandre dans le corps et dans l’esprit de la société russe. Tant que les jeunes étudiants du MGU ou du MGIMO continueront d’arborer des vêtements avec l’inscription « University of Los Angeles » ou des casquettes « I love New-York », cela signifiera que dans leur tête – et de manière inconsciente, ce qui est plus grave – ils considèrent la culture américaine comme supérieure à la leur.</p><p>Sur le plan constitutionnel aussi, il reste encore des scories datant de l’ère Eltsine. Certes l’article 15 qui assurait la prévalence des traités internationaux sur les lois russes a été heureusement aboli à l’occasion de la révision constitutionnelle de 2020, mais le fameux article 13 qui interdit à la Russie de définir juridiquement sa propre conception du monde est toujours en vigueur.</p><p>Certes, cela n’a pas empêché Vladimir Poutine lors du sommet du G20 de 2019, de déclarer que « le libéralisme est obsolète » et que les valeurs libérales entrent « en conflit avec l’intérêt de la majorité écrasante de la population », mais si le libéralisme est dépassé, ce dont je suis bien convaincu, la question qui se pose alors est : par quoi le remplacer ? Et la Russie n’a toujours pas répondu à cette question.</p>
<p>En conclusion, que pouvons-nous tirer de tout ce que nous venons de voir ?</p>
<p>En ce qui concerne la France institutionnelle, tant qu’elle n’aura pas recouvré une pleine et entière souveraineté, aucune alliance politique avec la Russie ne sera possible, puisque le jeu des puissances thalassocratiques avec lesquelles la France est embarquée, est justement d’isoler, d’encercler et de faire chuter le dernier adversaire qui leur reste sur le continent.</p><p>Alors, si aucune alliance de nature politique entre la Russie et la France n’est envisageable aujourd’hui… que faire ?</p><p>Sans être un adepte du marxisme-léninisme, mes amis m’accorderont cette qualité, je dois reconnaître certaines vertus à la praxis marxiste et à ce sujet je me souviens qu’au siècle dernier, quand il y avait encore un Parti communiste en France, lorsque l’unité d’action au sommet entre les dirigeants de gauche n’était plus possible, on prônait alors l’unité d’action à la base entre les militants des différents partis.</p><p>Eh bien en quelque sorte, c’est la voie qui nous est ouverte, celle de l’action par la capillarité qui consiste à tisser des liens, chacun à son niveau, dans le domaine culturel – comme l’érection de la statue de Jeanne d’Arc à St Petersbourg, ce qui n’est pas un événement anodin, ou encore la présentation à Paris de la prestigieuse collection Morozov – et bien sûr dans le monde des idées avec le travail inlassable du Dialogue Franco-russe, et aussi avec les Journées du livre russe de notre ami Dimitri de Kochko et avec les multitudes d’associations russophiles qui œuvrent chacune dans leur domaine pour tisser les liens d’amitié entre nos deux pays et parmi lesquelles notre jeune <a href="https://www.institut1717.org">Institut 17/17</a> entend également jouer son rôle.</p><p>Quant à moi, comme disait Léon Bloy, j’attends les Cosaques et le Saint-Esprit… Quoique, les Cosaques nous ayant fort aimablement accueillis aujourd’hui, attendons surtout le Saint-Esprit !</p><p>Emmanuel Leroy</p><p>  INSTITUT 1717<br /></p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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