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	<title><![CDATA[Signet Loupe: Articles de blog de La loupe]]></title>
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	<description><![CDATA[]]></description>
	
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	<pubDate>Sun, 19 Sep 2021 19:58:15 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Aux origines de la guerre de l’information contre Naval Group en Australie]]></title>
	<description><![CDATA[<p>par Guillaume Anjou</p><p>Consultant en stratégie #IntelligenceEconomique</p><p>“La première et la plus vaste question stratégique est de juger correctement du genre de guerre dans laquelle on s’engage.” Carl Von Clausewitz, De la guerre, 1832.<br /></p><p>La guerre de l’information par le contenu est un genre de guerre aussi vieux que la guerre elle-même. Cependant la croissance exponentielle et la dimension mondiale de la diffusion de l’information ces dernières années ont constitué un environnement favorable au développement de la guerre informationnelle dans le monde économique, politique ou sociétal. Depuis 2016, l’industriel français Naval Group est sous le feu de cette guerre informationnelle en Australie.<br /></p><p>25 avril 2016 : le français Naval Group remporte en Australie le “contrat du siècle”<br /></p><p>L’Australie a choisi le <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Journ%C3%A9e_de_l%27ANZAC">Anzac Day</a>, <a href="https://www.irishtimes.com/news/world/europe/france-secures-34bn-submarine-deal-with-australia-1.2625552">jour qui commémore l’entrée en guerre des troupes australiennes lors de la première guerre mondiale</a>, pour informer <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Naval_Group">l’industriel français Naval Group</a> (<a href="https://www.usinenouvelle.com/article/pour-ses-400-ans-dcns-devient-naval-group.N559023">ex DCNS</a>), <a href="https://www.naval-group.com/fr/naval-group-25">spécialiste dans la défense navale depuis 400 ans</a> qu’il <a href="https://www.defense.gouv.fr/english/actualites/articles/sous-marins-l-excellence-francaise-choisie-par-l-australie">remporte</a> <a href="https://web.archive.org/web/20151002064531/http://sea1000.gov.au/current-activities/competitive-evaluation-process/">l’appel d’offres</a> pour le plus gros contrat naval de l’histoire australienne. Naval Group avait remis au Ministère de la défense du Commonwealth australien le 27 novembre 2015 sa proposition de conception, <a href="https://www.aph.gov.au/~/media/Estimates/fadt/bud1819/Tabled%20Documents/Defence/def3_senator_patrick_submarine.pdf?la=en">un document déclassifié le 10 mai 2018</a>.<br /></p><p>Ce contrat de <a href="https://web.archive.org/web/20150930220930/http://sea1000.gov.au/the-program/">50 milliards de dollars canadiens</a>, soit environ 35 milliards d’euros, prévoit la construction de 12 sous-marins <a href="https://www.youtube.com/watch?v=7cRFVZNvW2M">Shortfin Barracuda</a>, ainsi que le transfert à l’Australie de technologies (<a href="http://www.aph.gov.au/DocumentStore.ashx?id=900c85c1-09c4-4656-8fe7-734f9a85bcef">ToT Program AICP 2017 p.60</a>) et la mise en place de capacités industrielles . Décrit dans le <a href="http://www.dmrsc.com/Document/AustraliaDefenceWhitePaper2009.pdf">Defence White Paper 2009</a>, le programme <a href="https://web.archive.org/web/20170217072825/http://sea1000.gov.au/">SEA1000 Future Submarine Project</a> doit permettre à l’Australie d’acquérir une capacité sous-marine accrue et améliorée. Prévu dans le cadre d’un partenariat de 50 ans, il doit permettre à l’Australie de développer une filière navale militaire de défense souveraine. <br /></p><p>Trois industriels étaient en concurrence, le français <a href="https://www.naval-group.com/fr">Naval Group</a>, l’allemand <a href="https://www.thyssenkrupp-marinesystems.com/en">TKMS</a> (ThyssenKrupp Marine Systems) et le japonais <a href="https://www.mhi.com/index.html">Mitsubishi Heavy Industries</a> (Mitsubishi/Kawasaki). Le sudédois <a href="https://www.saab.com/products/naval#Submarines-and-Surface-Ships">Saab Kockums</a>, <a href="https://www.abc.net.au/reslib/201503/r1399675_19964745.pdf">qui avait souhaité participer à cet appel d’offres dès septembre 2014</a>, <a href="https://thediplomat.com/2015/10/could-saab-upgrade-australias-collins-class-submarine-as-a-stopgap-measure/">n’a pas été retenu</a>, bien qu’il fut le constructeur des <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Classe_Collins">six sous-marins australiens de la classe Collins</a> (1996-2003).<br /></p><p>Pour Christophe Lecourtier, <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Christophe_Lecourtier">ambassadeur de France en Australie de 2014 à 2017</a>, la France a été choisie <a href="https://www.lemoci.com/lettre-confidentielle/australie-armement-les-cles-du-succes-de-naval-group-selon-c-lecourtier-et-a-sajous/">pour la qualité technologique de ses sous-marins, ses capacités d’innovation ainsi que pour son concept de “souveraineté” garantie pour l’Australie.</a> Une des particularités du contrat est que l’américain <a href="https://gateway.icn.org.au/project/3938/lockheed-martin-australia-future-submarine">Lockheed-Martin a été choisi par l’Australie</a> pour <a href="https://www.youtube.com/watch?v=h45JwGDA9j8">armer les sous-marins français</a>. Une première pour les deux concurrents, par ailleurs <a href="https://www.ege.fr/infoguerre/2020/01/affrontement-commercial-lockheed-martin-tente-de-torpiller-naval-group-marche-mediterraneen-patrouilleurs">en pleine guerre commerciale en Grèce</a>.<br /></p><p>Au lendemain du choix du français Naval Group par le gouvernement de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Malcolm_Turnbull">Malcolm Turnbull</a>, plusieurs acteurs économiques et politiques ne l’entendent pas de cette oreille. Ils vont s’engager dans une guerre de l’information pour faire échouer ce partenariat <a href="https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/aeronautique-defense/sous-marins-l-australie-accorde-sa-confiance-a-naval-group-sur-une-periode-de-50-ans-806895.html">qui doit se concrétiser par la signature de trois contrats d’ici à 2023</a>. <br /></p><p>François Hollande, alors Président de la République, <a href="https://www.defense.gouv.fr/english/actualites/articles/sous-marins-l-excellence-francaise-choisie-par-l-australie">avait déclaré</a> suite au choix de la France par l’Australie : “Il y a un siècle, ce sont des Australiens qui sont venus pour nous défendre, pour donner parfois leur vie afin que nous puissions être libres. Aujourd’hui, c’est encore l’Australie qui nous fait confiance et nous donne finalement cette coopération, ce partenariat pour cinquante ans.”<br /></p><p>Nous verrons comment la guerre de l’information menée contre Naval Group va tenter de détruire cette confiance, afin de détruire le contrat dont elle est le socle.<br /></p><p>The Scorpene Leak : Les Français savent-ils garder un secret ?<br /></p><p><a href="https://2ser.com/sunk-submarines-naval-group-ceo-meets-with-federal-government/">Interviewé récemment, le 25 février 2021</a>, le sénateur australien <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Rex_Patrick">Rex Patrick</a> déclarait : “Le gouvernement doit avoir un plan B, nous devons avoir un retour de la concurrence dans ce programme.” Un appel on ne peut plus clair pour que l’Australie sorte du contrat avec Naval Group. <br /></p><p>Dix ans plus tôt, entre 2011 et 2013, Rex Patrick, alors officier de la marine australienne, <a href="https://www.usinenouvelle.com/article/le-drole-de-parcours-qui-a-conduit-a-la-fuite-de-donnees-sur-le-scorpene-de-dcns.N481784">reçoit une clé USB contenant 22 400 documents détaillant une partie des capacités militaires des sous-marins Scorpène</a>, fabriqués par Naval Group pour l’Inde. Rex Patrick en fait part au ministère de la défense australien en 2013, sans suites particulières. Trois ans plus tard, quelques semaines seulement après le choix de la France par l’Australie, Rex Patrick <a href="https://www.theaustralian.com.au/subscribe/news/1/?sourceCode=TAWEB_WRE170_a&amp;dest=https%3A%2F%2Fwww.theaustralian.com.au%2Fnational-affairs%2Fdefence%2Four-french-submarine-builder-in-massive-leak-scandal%2Fnews-story%2F3fe0d25b7733873c44aaa0a4d42db39e&amp;memtype=anonymous&amp;mode=premium">décide d’en informer la presse australienne</a>.<br /></p><p>Le 24 août 2016, Cameron Stewart, journaliste à The Australian, <a href="https://www.theaustralian.com.au/commentary/opinion/itll-be-50bn-down-the-gurgler-ifthe-french-cant-keep-a-secret/news-story/535be2819009eb7180b468ef5751f7fb">publie un article sous le titre</a> : “Fuite de documents sur les sous-marins : 50 milliards de perdus si les français ne peuvent pas garder un secret.” Une attaque terriblement efficace pour dégrader la confiance envers Naval Group, et remettre immédiatement en question le bien fondé de ce choix. <a href="https://www.challenges.fr/challenges-soir/fuites-sur-le-sous-marin-scorpene-a-qui-profite-le-crime_415017">Une manœuvre qui pourrait aussi déstabiliser l’américain Lockheed-Martin</a>, chargé de l’armement.<br /></p><p>Devant l’ampleur de la crise, le premier ministre australien Malcom Turnbull doit intervenir personnellement <a href="https://www.challenges.fr/challenges-soir/fuites-sur-le-sous-marin-scorpene-a-qui-profite-le-crime_415017">pour sauver le contrat avec Naval Group</a> en déclarant : “Le sous-marin que nous allons construire avec les Français est totalement différent du Scorpène conçu pour la marine indienne.”<br /></p><p><a href="https://www.challenges.fr/challenges-soir/fuites-sur-le-sous-marin-scorpene-a-qui-profite-le-crime_415017">Plusieurs hypothèses ont été émises</a> concernant l’origine géographique de la fuite entre la France et l’Inde, mais également sur la nature des auteurs : concurrents, services secrets d’un Etat, fuite d’un agent interne, … ? Le saura-t-on un jour ? Ce que nous savons en revanche, parce que nous pouvons l’observer, c’est que ce type d’information sensible peut-être conserver plusieurs années pour être utilisé le moment opportun comme une véritable arme dans la guerre économique. Ici à quelques semaines de la signature du premier contrat entre Naval Group et l’Australie. <br /></p><p>Submarine Fiasco ? : la publicité au service de la guerre informationnelle<br /></p><p>The Australian, 13 septembre 2016, pp. 6 et 7. <br /></p><p>Le 13 septembre 2016, un groupe d’hommes d’affaires australiens conduit par <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Jaycar">Gary Johnston</a> (<a href="https://www.jaycar.com.au/">Jaycar Electronics</a>) finance <a href="https://www.pressreader.com/australia/the-australian/20160913/page/9">la publication d’une page de publicité</a> dans <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/The_Australian">le magazine The Australian</a>. Publication qui ne manqua pas de susciter des débats le jour même <a href="https://www.2gb.com/podcast/aussie-businessmen-want-sub-plans-sunk/">dans les médias australiens</a>. The Australian est un journal très influent, lu par l’élite politique et le monde des affaires. Cette publicité, intitulée “Submarine Fiasco ?”, n’est pas qu’un réquisitoire ou l’expression d’un point de vue argumenté contre le choix de Naval Group par le gouvernement australien. <br /></p><p>C’est en réalité une manœuvre de déstabilisation par l’information, une opération d’influence qui a pour objectif de créer un a priori négatif dans l’opinion publique. Sur le plan politique d’une part, en déstabilisant le gouvernement australien et sur le plan économique d’autre part, en déstabilisant l’industriel Naval Group.<br /></p><p>Notons que le contenu de cette publicité avait déjà été publié le 11 août 2016 sur un tout nouveau site web nommé <a href="https://submarinesforaustralia.com.au/">Submarines for Australia</a>. C’est en août également que Rex Patrick informa la presse concernant le “Scorpene Leak”. Bien que le texte ait depuis été supprimé du site web, une version <a href="https://web.archive.org/web/20161210044124/https://submarinesforaustralia.com.au/">consultable ici</a> subsiste sur le site web archive.org. La page d’archive n’étant pas très lisible (un peu mieux en passant par le code source), nous avons reproduit l’intégralité du texte en annexe de cet article. <br /></p><p>Derrière l’apparence d’une présentation factuelle et argumentée donnée par une liste à puces sous le titre “Pourquoi ?”, ce sont en réalité des informations beaucoup plus suggestives et subversives qui sont véhiculées. Cette part d’informations suggestives est dispersée au milieu d’informations factuelles pour les faire passer pour des “faits” alors qu’il s’agit “d’opinions”. Cela n’a d’autre but que d’influencer le lecteur à son insu, le cerveau pensant qu’il lit une liste de faits… Le véritable message que veulent faire passer les auteurs est éparpillé dans le texte, afin qu’il se reconstruise a posteriori dans l’esprit des lecteurs.     <br /></p><p>Lorsque les auteurs évoquent “un geste patriotique” pour justifier leur opération publicitaire, ils se positionnent comme sauveurs de la nation. Tout en établissant l’idée qu’un péril pèse sur la nation. <br /></p><p>Lorsqu’ils ajoutent à cette présentation “Les noms des personnes qui ont commencé cela apparaissent ci-dessous. Nous n’avons rien à cacher.” Ils invitent les lecteurs à choisir leur camp en rejoignant ceux qui n’ont rien à cacher et qui agissent dans la lumière contre ceux – le gouvernement et Naval Group – qui ont des choses à cacher et agissent dans l’ombre. <br /></p><p>Lorsqu’ils annoncent que le but de la publication est « d’embarrasser le Ministère de la Défense et le gouvernement pour qu’ils se montrent clair”, ils disent en réalité que le gouvernement cache la vérité aux citoyens, et on a rarement de bonnes raisons de cacher les choses.<br /></p><p>Lorsqu’ils affirment que l’Australie a besoin d’une flotte de sous-marins mais qu’il serait “sensé de l’acheter à un fournisseur fiable, qui garantira à la fois la livraison et sera sans aucun doute au moins 30% moins cher”, cela est purement subjectif et subversif et ne sert qu’à faire passer l’idée que Naval Group n’est pas fiable, trop cher et qu’il ne tiendra pas ses engagements.  </p><p>Le clou du spectacle est sans aucun doute cette séquence : “Ask yourself: Why would the Government do this? We think that we know the answer” ; “Posez-vous la question : Pourquoi le gouvernement ferait cela ? Nous pensons que nous connaissons la réponse.” Bien entendu, sans donner cette mystérieuse réponse pour laisser le lecteur imaginer tout et n’importe quoi, et surtout le pire. </p><p>Les informations, plus ou moins justes, qui constituent le reste du document ne sont là que pour servir de prétexte au véritable message des auteurs : Naval Group est un fournisseur trop cher et non fiable qui met en péril l’Australie. Le gouvernement l’a choisi pour de mauvaises raisons tenues secrètes mais que nous auteurs connaissons. Il est du devoir de tout citoyen de nous rejoindre dans cet engagement patriotique, afin qu’ensemble nous fassions échouer cet accord pour le salut de l’Australie.    <br /></p><p>Submarines for Australia publiera 8 rapports contre Naval group entre septembre 2017 et octobre 2020 pour influencer les sphères politiques et économiques ainsi que l’opinion publique. Dans la version actuelle de leur site web, Submarines for Australia se présente comme un mouvement citoyen et mentionne seulement le nom de Gary Johnston. Les noms des hommes d’affaires mentionnés dans le “Submarine Fiasco ?” n’y figurent plus.   <br /></p><p>Cette opération d’influence contre Naval Group n’a jamais été référencée ni documentée en ligne, nous avons remonté la piste jusqu’à cette publication depuis <a href="https://web.archive.org/web/*/https://submarinesforaustralia.com.au/">les archives internet</a> du site <a href="https://submarinesforaustralia.com.au/">Submarines for Australia</a>. Taper <a href="https://www.google.com/search?newwindow=1&amp;sxsrf=ALeKk02EyKI7OtHyziLiqGSXwCVAIKuYqA%3A1615116475859&amp;ei=u7hEYI-DNOGKlwTw3L-wBQ&amp;q=%22submarine+fiasco+%3F%22&amp;oq=%22submarine+fiasco+%3F%22&amp;gs_lcp=Cgdnd3Mtd2l6EAMyBAgjECcyBggAEBYQHjIGCAAQFhAeOgcIABBHELADOgYIABAHEB46BAgAEB5Q-vcBWM_-AWDTgwJoAXACeACAAViIAZICkgEBNJgBAKABAaoBB2d3cy13aXrIAQjAAQE&amp;sclient=gws-wiz&amp;ved=0ahUKEwjPzMHeiZ7vAhVhxYUKHXDuD1YQ4dUDCA0&amp;uact=5">“Submarine Fiasco ?” dans google</a> ne vous donnera aucun résultat, pas plus que <a href="https://www.google.com/search?newwindow=1&amp;sxsrf=ALeKk00BSCrX6hbV8spYDv9V2XRiQ_NPoQ%3A1615116510113&amp;ei=3rhEYNawBtHSa4LKvPAL&amp;q=%22submarine+fiasco+%3F%22+AND+%22Naval+Group%22&amp;oq=%22submarine+fiasco+%3F%22+AND+%22Naval+Group%22&amp;gs_lcp=Cgdnd3Mtd2l6EAM6BwgjELADECc6CQgAELADEAcQHjoHCAAQsAMQHjoECCMQJzoGCAAQFhAeOgUIIRCgAToICCEQFhAdEB46BwghEAoQoAFQkhBYxElgx0toAXAAeACAAXWIAeANkgEEMTkuMpgBAKABAaoBB2d3cy13aXrIAQPAAQE&amp;sclient=gws-wiz&amp;ved=0ahUKEwjWl-zuiZ7vAhVR6RoKHQIlD74Q4dUDCA0&amp;uact=5">“Submarine Fiasco ?” AND “Naval Group”</a>. Cette opération d’influence est pourtant majeure en ce qu’elle a établi les grands axes de la guerre de l’information menée contre Naval Group depuis les cinq dernières années.  <br /></p><p>30 septembre 2016 : Naval Group signe son premier contrat avec l’Australie</p><p>ince) this original announcement is astonishing.</p><p>Ces attaques informationnelles ne parviennent cependant pas à empêcher la signature du <a href="https://parlinfo.aph.gov.au/parlInfo/download/media/pressrel/4847635/upload_binary/4847635.pdf;fileType=application%2Fpdf#search=%22media/pressrel/4847635%22">premier contrat de Naval Group avec l’Australie le 30 septembre 2016</a>. Ce “Design and Mobilisation Contract” lance la première phase de la mission de Naval Group autour du design des futurs sous-marins. Deux mois plus tard, le 20 décembre 2016, <a href="https://www.australiandefence.com.au/news/major-steps-for-future-submarine-program">un nouvel accord est signé</a> pour encadrer le transfert des compétences, des connaissances et des technologies de pointe françaises au gouvernement australien et à l’industrie australienne.<br /></p><p>Rex Patrick, sur l’échiquier politique, et Gary Johnston, sur l’échiquier économique, ont posé les bases de la guerre informationnelle contre Naval group en Australie. Une guerre qui ne cessera de s’intensifier (quantité de contenus), de se complexifier (nouveaux acteurs) et de se diversifier (type de contenus) autour des trois axes majeurs contenus dans le “Submarine Fiasco ?” : le prix, les délais et la part de sous-traitance australienne.<br /></p><p>Près de cinq ans après le début de cette guerre de l’information, le journaliste <a href="https://twitter.com/alanaustin001">Alain Austin</a> annonçait le 01 mars 2021 dans un <a href="https://independentaustralia.net/politics/politics-display/government-submarine-contract-sunk-and-unlikely-to-resurface,14846">article publié dans l’Independent Australia</a> que le contrat avec Naval Group “avait sombré et ne devrait pas refaire surface.” Une fausse information relayée par plusieurs médias : <a href="https://www.defenseworld.net/news/29084/Australia_s__50_Billion_Contract_with_Naval_Group_to_build_Submarines_Has_Collapsed__Report">Defense World</a>, <a href="https://lecourrier-du-soir.com/mauvaise-nouvelle-pour-macron-laustralie-sapprete-a-annuler-un-contrat-de-80-milliards-avec-la-france/">Le courrier du soir</a> ou encore <a href="https://www.navyrecognition.com/index.php/news/defence-news/2021/march/9767-australia-might-renounce-to-buy-submarines-from-naval-group.html">Navy recognition</a>. <br /></p><p>Quelques jours plus tard, le 04 mars, un <a href="https://www.globaldefensecorp.com/2021/03/04/negotiations-breakthrough-after-naval-group-submits-revised-proposal-for-australian-submarine-programme/">article annonçait quant à lui que le contrat allait subsister</a>, mais en reprenant les éléments de base de cette guerre informationnelle, pourtant largement infondés et <a href="https://actu.fr/normandie/cherbourg-en-cotentin_50129/nouvelles-critiques-autour-du-contrat-du-siecle-de-naval-group-en-australie_38891221.html">démentis par Naval Group</a> : ”Le gouvernement Morrison est au bord d’une percée avec son programme de sous-marins de 90 milliards de dollars, en difficulté après des mois de négociations tendues avec la société française Naval Group sur les explosions de coûts, les retards et les exigences de sous-traitance locale.”</p><p>Annexe : Texte intégral de la publicité “Submarine Fiasco ?”<br /></p><p>Submarine fiasco ?<br /></p><p>On April 26 this year, the Turnbull Government announced that the French shipbuilding consortium, DCNS were awarded the rights to design and build our next diesel (piston) submarine in Adelaide. It appears that they have not actually drawn up a design or signed a contract yet, just made an announcement. <br /></p><p>Even though the April 26 announcement was fairly vague (and it appears there have been no further press releases or updates since) this original announcement is astonishing.</p>
<p>Why?<br />Right now, there is not one operational French Barracuda submarine in service. The first version is still in a shipyard, yet to be launched. Sea trials and operational work up will take years.<br />That submarine is nuclear powered, not diesel<br />The boat that the Australian Government has chosen is a version of above retrofitted and re-designed with a diesel piston engine. As far as we can tell no–one ever in the history of submarine construction has tried to convert a nuclear submarine to a diesel one.<br />As you can imagine, the lead time to make this version is open-ended. There has been no estimate in the April 26 press release to give a timeline. It is therefore quite likely that under this scenario, Australia will not have an operational submarine fleet in this hiatus.<br />They could have chosen a workable state-of-the art existing diesel submarine from either the Germans or the Japanese but chose a very complicated option.<br />This is horrifyingly reminiscent of the “Seasprite” helicopter fiasco when we tried to make an ASW (Antisubmarine Warfare) helicopter from airframes that had been in the Arizona desert since the ‘60’s. The exercise was aborted after we spent $1400 million ($1.4 billion). They never entered service in Australia. This time we are looking at a $50 billion dollar experiment with frightening parallels to the Seasprite fiasco.<br />By the time all of this pans out, everyone else will undoubtedly have a nuclear attack submarine fleet. Putting a diesel piston submarine against a nuclear one is like putting a piston/propeller fighter up against a modern jet. We will be condemning our sailors to their graves.<br />Ask yourself: Why would the Government do this?<br />We think that we know the answer.</p>
<p>What we need to do:</p><p>It is clear that if the Government goes ahead with the Diesel Barracuda idea the design phase will take so long that deciding to make the submarine in Adelaide is meaningless. The workforce will have dissipated by then.</p><p>If it turns out that we wake up to ourselves and decide to buy nuclear powered submarines for our future fleet, then building them in Adelaide will be impossible.</p><p>The Governments own estimates are that building the submarines in Adelaide will create 2800 jobs. This is a very small figure compared to what it would cost, i.e. $50 billion.</p><p>It would be far cheaper to subsidise the car industry and keep 10’s of thousands of jobs and skills in Australia – and not just Adelaide.</p><p>We definitely need a submarine fleet, but it makes real sense to buy them from a reliable supplier, who will both guarantee delivery and undoubtedly be at least 30% cheaper.</p><p>Right now, in a time of relative peace, we may naively think that military hardware is no longer a sound investment, but over the next 50 years, (and this is the time span we are talking about) the likelihood of conflict is great. We are only one catastrophe away from armed conflict. Just look at the Spratly Islands right now.</p><p>Debate over Defence matters generally does not excite the public or the media. This must change. It is far, far too serious an issue to not have full public coverage and disclosure of this.</p><p>Australia has had a policy of forward defence for well over 100 years. This policy has served us well and the forward defence that a submarine affords us is a sound continuation of that.</p><p>Who are we?</p><p>This ad has been placed by a number of concerned businessmen some of whom have paid for it as a patriotic gesture. We hope to run the ad a number of times to embarrass both the Defence Dept and the Government into “coming clean” over this matter. We are not affiliated with any political party nor do we represent any military contractor.</p><p>The names of the individuals who have started this appear below. We have nothing to hide.</p><p>– Gary Johnston (Spokesman, Sydney)</p><p>– Dick Smith (Sydney)</p><p>– John Singleton (Sydney)</p><p>– Boyd Munro (Dunblane)</p><p>– John Tait (Bendigo)</p><p>We encourage your feedback (however the website is still in an embryonic stage).</p><p>Please visit submarinesforaustralia.com.au and let us know what you think.<br /></p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/714/la-grande-rupture-woke-qui-menace-votre%C2%A0entreprise</guid>
	<pubDate>Wed, 15 Sep 2021 20:19:02 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/714/la-grande-rupture-woke-qui-menace-votre%C2%A0entreprise</link>
	<title><![CDATA[La grande rupture Woke qui menace votre entreprise]]></title>
	<description><![CDATA[<p>La rupture qui menace la survie et la prospérité d’une entreprise n’est pas forcément technologique. Ce peut être aussi un changement de comportement. C’est le cas aujourd’hui avec l’émergence d’une jeune génération d’employés très sensibles aux questions sociétales, notamment le sexisme et le racisme, déterminée à agir sur ces questions, y compris sur leur lieu de travail, avec une arme intellectuelle et politique puissante, l’idéologie woke. Il est de la première importance que les entreprises prennent conscience de la grande rupture que constitue l’employé militant, qui menace leur existence même.</p><p class="has-drop-cap">Antonio Garcia Martinez ne sera pas resté longtemps chez Apple. Recruté en avril 2021 pour prendre en charge la plateforme publicitaire, cet ancien entrepreneur, ancien haut dirigeant de Facebook, a été licencié un mois plus tard après une pétition de plus de 2000 employés protestant contre son embauche. La raison? Un ouvrage qu’il a publié en 2016 dans lequel plusieurs passages ont été considérés comme sexistes ou racistes. Il faut dire que l’ouvrage, une autobiographie, commettait le péché capital d’être d’une grande honnêteté, ce qui est rare dans ce genre d’exercice, et donc forcément assez direct dans ses vues sur le monde de la Silicon Valley et de ses travers.</p><p>Ce qui est arrivé à Garcia Martinez est symptomatique de l’idéologie woke. Pour celle-ci, le monde est une hiérarchie d’oppressions, et l’identité d’un individu n’est pas le produit d’un parcours singulier et personnel, mais est définie par des traits qu’il ne contrôle pas, principalement son sexe et sa couleur de peau. Si vous êtes blanc, vous êtes nécessairement raciste, même avec les meilleures intentions du monde. Si vous êtes un homme, vous êtes sexiste. Tout individu fait partie d’une « communauté » définie par ces quelques critères, et ses intérêts coïncident forcément avec celle-ci. Il n’a aucun libre arbitre. L’idéologie woke reformule le fameux discours de Martin Luther king ainsi « Je fais le rêve qu’un jour mes petits enfants vivront dans une nation où ils ne seront pas jugés pour leur caractère mais pour la couleur de leur peau. »</p><p>L’idéologie woke est née au sein des universités américaines, nourries de penseurs post-modernes français comme Foucault et Derrida. Elle alimente la clérisie (enseignants surtout mais aussi journalistes et artistes) qui la diffusent ensuite dans la société, notamment au sein des entreprises par le biais des recrutements d’étudiants. Elle offre une théorie explicative universelle et totale, mais aussi une théorie d’action. A ce titre, elle est extrêmement séduisante pour des jeunes en quête d’absolu. Mais les modèles mentaux sur lesquels elle repose sont corrosifs.</p><p>« Compte tenu des antécédents de M. Garcia Martinez en matière de publication de remarques ouvertement racistes et sexistes, » lit-on dans la pétition, « nous craignons que sa présence chez Apple ne contribue à créer un environnement de travail dangereux pour nos collègues qui risquent d’être victimes de harcèlement public et d’intimidation privée. » Tous les ingrédients de l’offensive woke sont présents dans cette affaire: l’attaque de quelqu’un pour ce qu’il est, non pas pour ce qu’il fait, car rien ne lui était reproché dans son travail chez Apple ni dans aucune de ses fonctions précédentes, sur la base d’un livre écrit cinq ans auparavant; l’interprétation du livre sans aucune nuance pour mener une instruction à charge. L’humour et le second degré sont ignorés et les passages sont cités hors contexte; L’utilisation de la foule (pétition d’employés) contre un seul homme; la lâcheté des autorités, ici la direction d’Apple qui connaissait l’existence du livre lors de son recrutement mais n’a pas levé le petit doigt pour le défendre et l’a immédiatement livré à la vindicte populaire; mais aussi l’hypocrisie des-dites autorités et des signataires de la lettre: aucun d’entre eux ne se plaint en effet du très lucratif partenariat avec Dr. Dre, dont Apple a racheté l’entreprise créatrice de casques musicaux, par ailleurs rappeur fameux pour des titres évocateurs comme « Les salopes, c’est pas de la merde » et « Partouze lyrique ». Vous avez dit sexiste? Deux poids deux mesures, mais pourquoi donc? L’ironie, ensuite, d’une pétition pour dénoncer un risque de harcèlement et d’intimidation qui constitue en elle-même un harcèlement et une démarche d’intimidation réussies. L’autre ironie est que Garcia Martinez est attaqué comme « mâle blanc », alors qu’il est en fait d’origine hispanique, et donc non blanc dans la typologie woke; mais ce n’est pas grave: du moment qu’il y a un point à marquer, tout est bon, y compris contre un membre d’une « minorité », que les woke prétendent par ailleurs défendre.</p>
<p><a href="https://philippesilberzahn.files.wordpress.com/2021/09/foucault.jpg"></a><br />Disrupteur en chef</p>
<p>Le tsunami est en route</p><p>On aurait tort de ne voir en l’épisode de Garcia Martinez qu’une anecdote typiquement américaine. C’est au contraire la manifestation visible d’une rupture profonde en plein développement. Elle se propage désormais en Europe principalement dans les entreprises internationales via leurs filiales américaines. Je commence à le voir très concrètement dans celles avec lesquelles je travaille.</p><p>On peut multiplier les exemples de formes que prend l’immixtion du wokisme dans les entreprises françaises, notamment par le développement de stages dits « D&amp;I » (diversité et inclusion). Ainsi ce manager d’une grande entreprise qui ne s’est pas remis de devoir, au début du stage, répondre à la question suivante: quelles sont les 3 identités qui vous définissent? Car le modèle mental woke, c’est que l’inclusion ne peut se faire que sur une base identitaire parfaitement définie. Il faut donc mettre des gens dans ces cases, principalement de couleur de peau et de genre. Cette autre femme manager, appelons-la Carine, se fait expliquer dans son stage que comme elle est blanche, elle est structurellement raciste. Or Carine a un fils adoptif, qui est noir. Cette autre manager n’ose plus dire « Au revoir les filles! » à son équipe en partant le soir, car on lui a fait remarquer que c’est sexiste.</p><p>L’enfer est pavé de bonnes intentions. Le racisme et le sexisme sont des réalités. Il est donc heureux qu’il y ait une prise de conscience à ce sujet, et une volonté d’action concrète au sein des entreprises. Mais le wokisme n’est pas la bonne réponse, et malgré ce que prétendent ses promoteurs, ce n’est pas son intention. Parce qu’il repose sur l’idée de monter les gens les uns contre les autres, l’idéologie woke ne réglera ni le problème du racisme, ni celui du sexisme ou de l’oppression en général. Bien au contraire, il crée du ressentiment en inventant des crimes de toute pièce. Il ne cherche pas à réconcilier, mais à diviser et accuser; en créant artificiellement une classe de victimes qui appellent à être défendues, il mène une stratégie politique de prise de pouvoir.</p><p>Un problème stratégique pour les entreprises</p><p>Au-delà de la question sociétale, l’idéologie woke pose un problème très concret aux entreprises. Alors qu’il se développe, peu à peu une chape de plomb s’abat en leur sein. Plus personne n’ose rien dire ni rien faire. Un manager qui prend une décision courageuse est immédiatement attaqué de façon directe ou indirecte comme raciste ou sexiste. L’un d’entre eux me confiait récemment qu’il n’ose plus contester les augmentations de salaire pour ses employées femmes décidées dans son équipe, même dans le cas où l’augmentation n’est pas justifiée. La discrimination positive devient la norme, excluant des managers talentueux pour la seule raison qu’ils n’ont ni le bon sexe ni la bonne couleur de peau. L’idéologie woke ne gagne pas tant par de grandes batailles médiatiques comme celle d’Apple que par ces myriades de petites renonciations de managers anonymes qui essaient de sauver leur peau. La conséquence est claire: comme toute censure, elle éteint peu à peu le feu créatif de l’entreprise. Elle écarte les esprits originaux et promeut les médiocres et les carriéristes, ceux qui suivent la ligne du parti quelle qu’elle soit. Elle transforme le système en producteur d’eau tiède sur fond de guerre civile, chacun devenant le salaud d’un autre. Aucune organisation ne peut résister à cela.</p><p>L’idéologie woke, c’est donc votre nouveau défi stratégique. Face à ce défi, il est essentiel de comprendre qu’elle est une stratégie politique et sociale, pas intellectuelle. Elle ne cherche pas à gagner la bataille des idées, mais à prendre le pouvoir, et pour cela tous les moyens sont bons, y compris de susciter la haine entre les humains. Or comme Martin Luther King l’a dit de façon profonde, la haine ne peut pas chasser la haine, seul l’amour le peut. Il ne s’agit donc pas tant de lutter contre l’idéologie woke en pointant ses contradictions et ses axiomes absurdes que de faire en sorte que l’énergie qui alimente le désir noble et sincère de lutter contre les discriminations, plutôt que de susciter une guerre civile, devienne une source créative vers l’universel.</p><p>La source pour cet article, entre autres: <a rel="noreferrer noopener" href="https://taibbi.substack.com/p/on-the-hypocrites-at-apple-who-canceled" target="_blank">On the Hypocrites at Apple Who Fired Antonio Garcia-Martinez</a>. Pour en savoir plus sur l’idéologie woke, on pourra lire les deux remarquables études publiées par le think tank Fondapol: <a rel="noreferrer noopener" href="https://www.fondapol.org/etude/lideologie-woke-1-anatomie-du-wokisme/" target="_blank">L’idéologie woke. Anatomie du wokisme (1)</a> et <a rel="noreferrer noopener" href="https://www.fondapol.org/etude/lideologie-woke-2-face-au-wokisme/" target="_blank">L’idéologie woke. Face au wokisme (2)</a>. Dans le contexte spécifique de l’entreprise, le best seller actuel (en anglais) est <a rel="noreferrer noopener" href="http://www.amazon.fr/dp/1546090789/ref=nosim?tag=innovationtri-21" target="_blank">Woke, Inc.: Inside Corporate America’s Social Justice Scam</a> par Vivek Ramaswamy.</p><p></p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
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	<pubDate>Mon, 13 Sep 2021 11:24:24 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Un long tissu de coups de poignard]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Si la vie, hélas, -on le sait depuis la célèbre plaidoirie de Maître Bafouillet en défense du sapeur Camember-, « n’est qu’un tissu de coups de poignard qu’il faut savoir boire goutte à goutte », cela aura été particulièrement caractéristique de ce que les Français vécurent au cours du quinquennat Macron qui, de jupitérien, devint lunaire puis abyssal. Jamais depuis fort longtemps le pays n’avait semblé aussi proche du précipice et tout à la fois semblable à quelque cocotte-minute sur le point d’exploser, sorte de marmite à tensions constamment renouvelées, réinventées, démultipliées. Tout y fut chaotique, brutal, incompréhensible, pesant, clivant, pervers, violent, mais également souvent indigne et grotesque, ce qui ne fit que désorienter chacun un peu plus encore.</p><p>Le pays était à feu et à sang, les cathédrales brûlaient en veux-tu en voilà, les opposants qui n’en finissaient pas de s’opposer étaient réprimés de manière archaïque par des préfets portant gigantesques casquettes comme pour se parodier eux-mêmes et qui appartenaient à des « camps », les trafiquants faisaient la loi au nez et à la barbe des autorités (qui « condamnaient fermement et se déplaçaient sur le champ »), tantôt réglaient leurs contentieux interethniques à la mosquée du coin, tantôt tenaient des checkpoints comme dans un pays en guerre –ce qu’il était du reste à bruit plus ou moins bas, quelques efforts que fissent les irresponsables aux responsabilités pour le nier-, les couteaux volaient à rythme soutenu, pour un oui pour un non, les prêtres se faisaient égorger selon une cadence à peu près stable, l’émoi consécutif durait quelques jours, le pays, que l’on vendait à la découpe aux bons amis et dont la capitale s’était d’ailleurs emblématiquement transformée en porcherie mâtinée de Cour des Miracles, était méconnaissable. La crise sanitaire et sa gestion à la fois autoritaire et erratique avaient pour ne rien arranger plongé la société toute entière dans un état d’hystérie qui était venu redoubler l’état de délabrement et de défiance préalables, le raidissement vers une société de surveillance ne faisant pour finir qu’ajouter du malaise à la crise.</p><p>C’est dans ce contexte particulièrement dynamique et joyeux que le pays entra en campagne électorale pour l’élection présidentielle, étant entendu que celle-ci obsédait l’occupant de l’Élysée depuis le jour même de son arrivée : absolument tout n’était que pose, communication, arguments marketing et éléments de langage, dès le premier instant. Rien d’autre n’occupait le Pouvoir que le Pouvoir lui-même, aussi ne fallait-il pas s’étonner que l’inaction régnât partout où les Français attendaient quelque chose de véritable (sécurité, pouvoir d’achat, emploi, maîtrise de l’immigration, souveraineté –économique, industrielle, stratégique, juridique, civilisationnelle-, protection de l’environnement, préservation du patrimoine culturel et naturel du pays, enfin tout…). Et il faut bien dire que, conséquemment, chacun en face nourrissait la même obsession en sens contraire.</p><p>Cette séquence rituelle de la vie politique hexagonale que tout le monde attendait avait donc débuté ainsi, à la fois insensiblement, au terme d’un été qui n’en fut pas un, en pente non pas douce, mais molle, dans cette espèce de non-rythme, de temporalité suspendue qui marquait nos existences depuis le surgissement de la peste pangoline (il ne fallait pas dire « virus chinois », car c’était mal), sorte d’espace-temps flottant, un peu flasque et sans contours, comme affaissé sur lui-même, caractéristique d’une forme de dépression collective (mais tous en étaient frappés), et tout à la fois dans une intense, mais sourde cristallisation des colères, des haines même (ce jeune godelureau-président générait de façon quasi naturelle, comme s’il en avait le don particulier, un sentiment de détestation peu commune auprès d’à peu près tout le monde à l’exception du petit « bloc élitaire » qui lui servait de socle lorsque d’aventure il lui prenait l’envie de lancer crânement à tous les autres « Qu’ils viennent me chercher ! »). Dans le fond c’est un peu comme si chacun attendait de cette campagne qu’elle apporte certes un résultat de nature à changer certaines choses devenues cruciales, mais aussi et surtout, dans un temps plus immédiat, à sortir, par les affrontements qu’elle allait de facto générer, de l’état de dépression collective engendrée par ces cinq ans de règne dystopique.</p><p>Et il faut bien avouer que, pour ce qui était de sortir de la torpeur, cela démarrait très fort.</p><p>La moitié de la France semblait vouloir se déclarer candidate, chacun étant persuadé que l’équipée aventureuse de Macron en 2017, personnage sorti de quasiment nulle part, pouvait se répéter. Partant, chacun pensait avoir sa bonne étoile le guidant vers la magistrature suprême, solidement convaincu que les bonnes fées de la Providence (celle dont on forge les fameux « hommes » providentiels que l’on n’avait pas croisés depuis belle lurette) s’étaient penchées sur son berceau dès la naissance.</p><p>En marge de ce contexte général propice aux initiatives les plus irréfléchies et psychologiquement instables, le dynamitage des partis traditionnels produit par le macronisme, mais aussi par une évolution socio-politique plus générale, comptait pour beaucoup dans le désordre ambiant. Un Parti socialiste définitivement atomisé, l’ancien socialiste Arnaud Montebourg qui, revenu de ses champs en lesquels il s’était théâtralement retiré tel Cincinnatus (sic), se lançait avec bravade dans une improbable danse souverainiste sur un slogan en forme de lambada, « la Remontada » (qui avait sans doute germé dans le cerveau d’un communicant ayant un peu abusé de la tequila estivale), tandis que, sur ces entrefaites, une autre socialiste dirigeant Paris -que les plus précieux grimoires nommaient la Dame aux Rats-, se déclara également, ambitionnant probablement avec ferveur de poubelliser tout le reste du pays comme elle avait fait en sa Bonne Ville, une France Insoumise au discours à la fois inaudible et racoleur, comme désorienté (ayant littéralement perdu l’Orient ou, plutôt, le draguant à tout prix), en direction d’un communautarisme qui tranchait avec l’attitude républicaine affichée en 2017, des Républicains de gauche souverainiste qui, droits dans leurs bottes et cohérents, peinaient toutefois à se faire entendre et étaient du reste généreusement ignorés par la plupart des médias, des brimborions d’extrême-gauche poussant de-ci delà comme autant de champignons magiques à la remorque de la moindre dinguerie woke (à l’exception notable du Parti communiste qui, bien que microscopique, semblait retrouver une colonne vertébrale idéologique cohérente), des écologistes qui, se sentant pousser des ailes après l’accident sanitaire des municipales de 2020, s’imaginaient déjà dans quelque cockpit éolien à la tête d’un pays confié aux savoirs ancestraux des sorcières et des elfes, et bien servis dans leur dessein par les déclarations pittoresques de Sandrine ou Martine ou Nadine Rousseau (on ne savait plus trop, mais ça n’avait pas d’importance) dont l’intelligence semblait démontrer qu’elle était passée directement (sorcellerie ?) de sa classe de petite section de maternelle à la vice-présidence d’une Université (ce qui n’était pas sans inquiéter le tout-venant sur l’état du monde universitaire, mais c’était là un autre sujet).</p><p>Du côté de la droite dite classique, l’on assistait à une sorte de fête à Neu-Neu sans limites, constante féérie de l’absurde, peuplée d’une impressionnante quantité de poules sans tête persuadées elles aussi, toutes, d’avoir un destin suprême et qui, réjouies par cette idée, couraient en tous sens en s’entrecognant de temps à autre, avec à peu près autant de candidats que d’adhérents, et tous ayant pour point commun l’incapacité à produire un discours clair et crédible, pétrifiés sur leur flanc droit par des impératifs sécuritaires et identitaires désormais incontournables, et hypnotisés sur leur flanc gauche par le centre mou européiste qui s’était de toute façon lui-même laissé absorber par l’antimatière macronienne, laquelle trônait au milieu de tout ce marigot sinistré telle une grande flaque sombre vaguement informe. </p><p>Plus à droite encore de ce paysage pittoresque et prometteur de belles aventures, Éric Zemmour en polémiste talentueux semblait s’être transmuté en grenade dégoupillée, à la façon d’un petit Joe Dalton monté sur ressorts, dézinguant tout sur son passage, au risque de froisser et perturber ceux qui luttaient depuis longtemps et concrètement dans le camp dit « patriote », mais qui, aussi, ce faisant, animé d’une incontestable énergie, perforait les lignes d’un discours convenu et corseté, n’ayant cure quant à lui de se dédiaboliser puisqu’il n’avait pas à porter le fardeau d’un patrimoine diabolique. Pour raccommoder tout le monde, on proposa des débats biterrois, puis non finalement un déjeuner (au kebab de Benoît Hamon ?) et puis non finalement rien du tout, chacun s’en allant pour le moment continuer son petit bonhomme de chemin dans cette folle aventure qui s’ouvrait et s’annonçait certes burlesque, mais également cruciale et passionnante.</p><p>Et encore le paysage ici campé en préambule de nos Carnets de Campagne, qui rythmeront chaque semaine l’année électorale, n’est-il pas exhaustif. La fête pouvait commencer : il allait advenir quelque chose…</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Mon, 13 Sep 2021 10:52:10 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Pour une brève histoire de l’islamogauchisme]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Ce texte a été initialement publié dans La Revue des deux mondes, octobre 2018.</p>
<p>L’islamo-gauchisme existe-t-il ? Au vrai, la question mérite d’être posée, dans la mesure où aucune organisation d’extrême-gauche au monde n’assume l’étiquette. Il s’agit plutôt d’une désignation hostile et critique. Est-elle réelle ou fantasmatique ? Que recouvre-telle et que signifie-t-elle ?</p><p>Comme le disait le président Mao, « le rebelle vit dans la population comme un poisson dans l’eau ». Depuis leur origine, les groupes révolutionnaires ont pour objectif principal de se fondre dans les masses pour mieux les orienter. Si celles-ci deviennent islamistes ou s’entichent de tel ou tel personnage religieux, les marxistes doivent leur apporter un « soutien critique ». Tel est dès 1920 l’enjeu du Congrès des peuples d’Orient, qui se tient à Bakou sous l’égide de l’Internationale communiste. La stratégie qui est définie est celle du soutien aux « luttes de libération nationale ». On épouse l’affect de la foule. Puis, dans un second temps, on tente de la faire évoluer dans une direction révolutionnaire.</p><p>En vérité, les différents groupements n’ont jamais cessé de suivre la ligne du congrès de Bakou. À la fin des années 1960, on voit ainsi de nombreux cénacles maoïstes appuyer la « Théologie de la libération », un courant catholique né au Brésil sous la houlette du théologien Leonardo Boff et du prêtre dom Helder Camara. Les ecclésiastiques qui défendent cette position tiennent le Christ pour le premier de tous les guérilleros. Être fidèle à l’évangile, c’est donc prendre les armes aux côtés des mouvements prosoviétiques ou prochinois.</p><p>Plus tard, en 1979, quand les mollahs s’emparent du pouvoir en Iran, l’Organisation communiste internationaliste (OCI), trotskiste, apporte son soutien à l’ayatollah Khomeiny : « La crise révolutionnaire est ouverte en Iran. La révolution est inévitable », s’écrie l’organe du mouvement, La Vérité, en février 1979. Derrière la révolution islamiste se profile la révolution prolétarienne…</p><p>Dans un même esprit, la Quatrième Internationale, mouvement trotskiste présent dans plus de quatre-vingt pays, dont le parti frère est aujourd’hui en France le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA), a toujours évité de s’octroyer une section israélienne, pour ne pas déplaire aux camarades arabes.</p><p>C’est toutefois l’attentat du 11 septembre 2001 contre le World Trade Center qui constitue un tournant décisif. Dans les mois qui suivent, la plupart des groupes stigmatisent, non les auteurs de l’attentat, mais l’islamophobie, qui, selon eux, grimpe avec force. La Grande-Bretagne se trouve alors en pointe. Le principal mouvement trotskiste anglais se nomme le Socialist Workers Party (SWP). En 2004, cette puissante organisation, bien implantée dans les syndicats, impulse une coalition électorale nommée le Respect Party, dont le porte-parole est un truculent travailliste, qui n’est pas sans évoquer Jean-Luc Mélenchon : George Galloway. Galloway a lui-même rompu en 2003 avec le Parti travailliste car il refusait de soutenir l’intervention en Irak.</p><p>L’originalité du Parti du Respect, c’est qu’il est essentiellement vertébré par des membres du SWP, alliés à des adhérents de la Muslim Association of Britain (MAB), qui sert de paravent aux Frères musulmans. L’invocation du « respect » est d’ailleurs directement liée à l’Islam. Il s’agit en effet de « respecter » les femmes voilées et les coutumes musulmanes.</p><p>Le SWP contrôle sur le plan international une coordination de mouvements révolutionnaires, organisés dans la Tendance socialiste internationale (International Socialist Tendancy). En 2004, la TSI passe un accord tactique avec la Quatrième Internationale : dans les pays où cette dernière est faible, ses partisans doivent rallier les sections de la TSI. Dans ceux où elle est forte, les membres de la TSI doivent rejoindre ses sections territoriales. Aussitôt, les militants anglais de la Quatrième Internationale rejoignent le SWP. En France, les membres de la TSI animent un petit groupe nommé Socialisme par en bas (SPEB), dont fait partie la future députée insoumise Danièle Obono. Immédiatement, SPEB rallie la section française de la Quatrième Internationale, à l’époque la Ligue communiste révolutionnaire<a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_271_4('footnote_plugin_reference_271_4_1');" onkeypress="footnote_moveToReference_271_4('footnote_plugin_reference_271_4_1');">[1]</a>En février 2009, la Ligue communiste révolutionnaire devient le Nouveau Parti anticapitaliste.
.</p><p>L’alliance entre la TSI et la Quatrième Internationale se concrétise en octobre 2004 lors du Forum social européen de Londres, un rassemblement altermondialiste qui voit converger des militants de toute l’Europe. Ceux-ci observent avec circonspection une réunion de femmes voilées, protégées par un service d’ordre trotskiste. Mieux encore : la vedette du Forum social européen, qui prend la parole et recueille une ovation, est le théologien Tariq Ramadan.</p><p>Le surgissement de Tariq Ramadan en 2004 mérite une explication. Nous savons que dans l’esprit des activistes d’extrême-gauche, les islamistes sont les victimes d’une islamophobie injustifiée. Les soutenir, c’est par ailleurs se mêler aux masses arabes. La TSI appelle ainsi à défendre « le droit des femmes à porter le voile ». L’ennui, c’est que les islamistes sont très divisés entre eux. Lesquels doit-on soutenir ? Le choix de la TSI se porte rapidement sur les Frères musulmans, et principalement sur Tariq Ramadan. Les révolutionnaires veulent en effet privilégier les islamistes qui leur semblent porteurs d’un message social. Or, la stratégie des Frères musulmans est celle de l’islamisation progressive des sociétés laïques. Cette islamisation passe par l’ouverture d’écoles coraniques et par la mise en place de réseaux d’aide sociale (bureaux d’emploi, dispensaires). Dans la mouvance des Frères musulmans, Tariq Ramadan passe en outre pour un « gauchiste », car il met en avant la stratégie des dispositifs d’aide. Si quelqu’un mérite le qualificatif d’islamo-gauchiste, c’est alors sans doute lui. Il incarne aux yeux des islamistes une « aile gauche » des Frères musulmans. Il constitue en tout cas dans les années 2000 la principale passerelle entre l’extrême gauche trotskiste et les Frères musulmans.</p><p>En France, le mouvement le plus impacté par la nouvelle convergence est donc la Ligue communiste révolutionnaire, qui devient en 2009 le Nouveau Parti anticapitaliste. En mars 2010, le NPA présente aux élections régionales en Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA) une candidate voilée, Ilham Moussaïd. Karl Marx a pourtant écrit : « La religion est l’opium du peuple ». Comment des marxistes peuvent-ils soutenir le voile ? À la suite du scandale provoqué par cette candidature, la jeune femme scissionne du NPA, avec une poignée de militants issus des « quartiers ».</p><p>L’initiative la plus importante est toutefois la création du Parti des indigènes de la république (PIR) en 2010. Cette formation sans équivalent est l’aboutissement d’un processus initié en 2005 avec le texte : « Appel pour les assises de l’anticolonialisme postcolonial : « Nous sommes les indigènes de la République ! » Dans ce manifeste qui tient la France pour un pays demeuré intrinsèquement colonial, on glane cette remarque : « Discriminatoire, sexiste, raciste, la loi antifoulard est une loi d’exception aux relents coloniaux<a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_271_4('footnote_plugin_reference_271_4_2');" onkeypress="footnote_moveToReference_271_4('footnote_plugin_reference_271_4_2');">[2]</a>Voir à ce propos <a href="https://www.cairn.info/revue-herodote-2006-1-page-118.html" rel="noopener" target="_blank">cet article</a>.
. »</p><p>Non seulement la LCR signe immédiatement l’appel des Indigènes, mais ses membres s’inscrivent activement dans la construction du parti, qui regroupe plusieurs collectifs antiracistes et antisionistes. Le PIR, dont la devise est « le PIR est à venir », se trouve ainsi principalement structuré par des militants du NPA et par des membres du Collectif des musulmans de France (CMF), un mouvement animé par des Frères musulmans proches de Tariq Ramadan. Il se batît ainsi sur un schéma qui rappelle celui du Respect Party.</p><p>Le PIR prétend rassembler les minorités coloniales, en oubliant toutefois à ce jour les populations asiatiques. Il tient la France pour un pays qui ne s’est pas mentalement décolonisé. Il rencontre un écho dans une certaine gauche tiers-mondiste qui continue à vouloir expier la guerre d’Algérie. Intéressante est à ce propos l’évolution d’Annie Ernaux. En septembre 2012, l’écrivaine initie une pétition contre l’éditeur et écrivain Richard Millet dont elle ne partage pas les idées droitières. Elle obtient son licenciement du groupe Gallimard. Mais en juin 2017, elle signe une pétition de soutien à Houria Bouteldja, cofondatrice du PIR et auteure en 2016 du livre Les Blancs, les juifs et nous<a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_271_4('footnote_plugin_reference_271_4_3');" onkeypress="footnote_moveToReference_271_4('footnote_plugin_reference_271_4_3');">[3]</a>Houria Boudeltja, Les Blancs, les juifs et nous, Vers une politique de l’amour révolutionnaire, La Fabrique éditions, Paris, 2016.
. Dans l’ouvrage figure entre autres ce passage : « Vous les Juifs, je vous reconnaîtrais entre mille, votre zèle est trahison. »</p><p>Houria Bouteldja affectionne une posture provocatrice. On lui doit notamment la désignation des Français « de souche », comme étant des « souchiens »… Il est vrai que le PIR se place dans une démarche qui rappelle celle des séparatistes noirs américains, à l’exemple du New Black Panther Party prêchant la séparation entre les noirs et les blancs. Le PIR invoque sans cesse le thème de la « race ». Lors de l’épisode « Nuit Debout » au printemps 2016, le PIR installe place de la République à Paris un imposant tréteau sur lequel il étale sa propagande, sans être inquiété. Un tract intitulé Nuit (blanche) debout : comment sortir de l’entre-soi ? Interpelle. On y lit en particulier : « Les nuits sont blanches. (…) Les classes moyennes blanches se sont massivement mobilisées et composent la majorité des assemblées présentes aux Nuits debout ». L’argument de la race est ainsi mis en avant. Il s’agit d’opposer les prolétaires blancs, vivant dans le confort, aux non-blancs des quartiers : « Alors que les crimes policiers racistes, les contrôles au faciès, la chasse aux sans-papiers, la négrophobie, l’islamophobie et la romophobie d’État, les discriminations et plus récemment l’état d’urgence (…) ravagent la vie quotidienne des habitants des quartiers, sans provoquer un soulèvement massif de l’ensemble de la population, l’impressionnant succès de la mobilisation contre la loi El Khomri, sonne à l’oreille comme l’expression d’un énième « deux poids deux mesures » jusqu’au sein des mouvements de contestation<a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_271_4('footnote_plugin_reference_271_4_4');" onkeypress="footnote_moveToReference_271_4('footnote_plugin_reference_271_4_4');">[4]</a>Nuit (blanche) Debout : Comment sortir de l’entre-soi ? Tract du PIR diffusé place de la République à Paris, mars 2016.
 ».</p><p>Nuit Debout, une initiative blanche et donc raciste ? Le PIR n’hésite pas à organiser de son côté des « réunions racisées », c’est-à-dire interdites aux blancs, au nom du droit d’expression des minorités. On observe même des « réunions racisées non-mixtes », réservées aux seules femmes non-blanches. Nous voici dans une logique clairement séparatiste.</p><p>Violemment antisioniste et opposant virulent à Charlie Hebdo, le PIR se distingue à partir de 2015 par sa lutte contre l’état d’urgence lié à la vague meurtrière des attentats islamistes. Il s’inscrit ainsi alors dans une vaste campagne initiée par les organisations d’extrême gauche. Comme le dit un tract anonyme diffusé en Bretagne en 2016 : « L’état d’urgence est décrété pour que rien ne bouge. Pour que les oligarchies puissent continuer leurs affaires. (…) Le verrouillage mental d’aujourd’hui préfigure l’asepsie des imaginaires et l’épuration idéologique de demain<a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_271_4('footnote_plugin_reference_271_4_5');" onkeypress="footnote_moveToReference_271_4('footnote_plugin_reference_271_4_5');">[5]</a>À la population bretonne, à la population mondiale, Appel à rassemblement pour : un état d’urgence climatique et un état d’urgence démocratique, tract diffusé en Bretagne en 2016.
.» Pas un mot sur les attentats, ni sur les victimes.</p><p>Dans la période qui suit le massacre de Charlie Hebdo en janvier 2015, une campagne conjointe contre l’islamophobie et l’état d’urgence se met effectivement en place. Elle se voit relayée par le site Mediapart, fondé en 2008 par Gérard Desportes, Laurent Mauduit, François Bonnet et Edwy Plenel. Ce dernier est l’auteur en 2008 d’un livre qui vise déjà à contrer « l’islamophobie » : Pour les musulmans<a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_271_4('footnote_plugin_reference_271_4_6');" onkeypress="footnote_moveToReference_271_4('footnote_plugin_reference_271_4_6');">[6]</a>Edwy Plenel, Pour les musulmans, éditions La Découverte, Paris, 2014.
. Aux yeux d’Edwy Plenel, la communauté musulmane sert de bouc-émissaire et fait l’objet d’un ostracisme constant. La lutte contre l’islamisme n’est que le paravent d’une vieille haine antimusulmane. Il est certain que Mediapart s’inscrit de manière décisive dans le combat anti-islamophobe.</p><p>Un premier rassemblement se tient le 18 janvier 2015, place du Chatelet à Paris sur le thème : « Contre le racisme et l’islamophobie, autodéfense populaire ». Sur l’affiche annonçant l’événement, une femme voilée se tient tout près d’une militante noire qui lève le poing. On observe au cours de la manifestation des jeunes brandissant des drapeaux algériens, turcs et marocains, des panneaux avec des sourates du Coran et surtout une grande banderole : « Touche pas à mon prophète ».</p><p>Dès lors, les démonstrations de force s’enchainent. Un nouveau meeting contre l’islamophobie a lieu le 6 mars 2015 à Saint-Denis. Une « Marche de la dignité et contre le racisme » est ensuite organisée par le PIR le 31 octobre 2015.</p><p>Le 11 décembre 2015, une réunion contre l’état d’urgence « pour une politique de paix, de justice et de dignité », rassemble enfin Tariq Ramadan, la « féministe pro-voile » Ismahane Chouder, et Marwan Muhammad du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF). Ces islamistes se retrouvent à la même tribune qu’Omar Slaouti du NPA, Alain Gresh du Monde diplomatique, Laurence Blisson du Syndicat de la magistrature, ou Michel Tubiana de la Ligue des droits de l’homme, sans oublier une ancienne dirigeante du Respect Party, l’activiste voilée Salma Yaqoob.</p><p>Et ce n’est pas fini… Sous le titre « Agir contre l’islamophobie et les racismes », un nouveau meeting se tient à Paris le 21 septembre 2016 en présence de Yasser Louati du CCIF, Nacira Guenif-Souilemas du PIR, Ismahane Chouder, sans omettre Saïd Bouamama de la Coordination communiste, ainsi que les universitaires d’extrême gauche Pierre Tevanian et Sylvie Tissot. L’essayiste Rokhaya Diallo participe à l’événement. Il est vrai que cette militante « féministe » et « antiraciste » défend ouvertement les réunions « racisées » : « Les réunions afroféministes non mixtes n’ont en aucun cas vocation à proposer un projet de société ségrégationniste définitif puisqu’elles s’inscrivent dans la temporalité d’un événement ponctuel. Elles offrent à leurs participantes une échappatoire, une zone de respiration dans une société oppressive », explique-t-elle dans Slate le 2 juillet 2017<a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_271_4('footnote_plugin_reference_271_4_7');" onkeypress="footnote_moveToReference_271_4('footnote_plugin_reference_271_4_7');">[7]</a>Rokhaya Diallo, <a href="http://www.slate.fr/story/146466/non-mixite-rokhaya-diallo" rel="noopener" target="_blank">« La non-mixité, un outil politique indispensable »</a>, dans Slate, 2 juin 2017.
.</p><p>On voit ainsi s’agréger toute une mouvance, dont les principales composantes sont le Nouveau Parti anticapitaliste, le Parti des indigènes de la République et les Frères musulmans proches de Tariq Ramadan.</p><p>Quel rôle joue précisément le Nouveau Parti anticapitaliste de Philippe Poutou et Olivier Besancenot ? En aout 2016, le parti trotskiste organise dans le cadre de son université d’été une réunion de défense du burkini, durant laquelle les héritiers de Trotsky scandent : « Trop couvertes ou pas assez, c’est aux femmes de décider ». Le 18 décembre 2016 se tient ensuite à la Bourse du travail de Saint-Denis une « conférence internationale contre l’islamophobie et la xénophobie », sous l’égide conjointe du Parti des indigènes de la République et du NPA. Il s’agit d’une importante réunion, relayée en vidéo dans plusieurs pays, qui rassemble un grand nombre d’intervenants : outre Lila Charef, Ismahane Chouder, Marwan Muhammad et Said Bouamama, on remarque Philippe Marlière, Stathis Kouvélakis, Christine Delphy, Omar Slaouti, Pierre Tartakowski, Thomas Coutrot, Verveine Angéli de l’Union syndicale Solidaires et Olivier Besancenot du NPA. L’appel initial est d’ailleurs cosigné par Olivier Besancenot et Tariq Ramadan.</p><p>Comment s’étonner de voir au printemps 2018 à la faculté de Tolbiac à Paris se succéder durant une grève étudiante deux incidents révélateurs : le saccage du local de l’Union des étudiants juifs de France, et la présence médiatique insistante d’une dirigeante voilée de l’UNEF ?</p><p>Toute l’extrême gauche n’est certes pas réceptive aux thèses d’un Pierre Tevanian, pour qui « l’athéisme est devenu l’opium du peuple de gauche<a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_271_4('footnote_plugin_reference_271_4_8');" onkeypress="footnote_moveToReference_271_4('footnote_plugin_reference_271_4_8');">[8]</a>Pierre Tevanian, La haine de la religion : comment l’athéisme est devenu l’opium du peuple de gauche, éditions La Découverte, Paris, 2013.
 ». D’un côté, les trotskistes lambertistes participent activement au réseau du Printemps républicain, qui fourbit un argumentaire face au cléricalisme ; de l’autre Lutte ouvrière a pris clairement ses distances en 2016 par un texte de dénonciation de l’islamo-gauchisme : « Le piège de la « lutte contre l’islamophobie<a role="button" tabindex="0" onclick="footnote_moveToReference_271_4('footnote_plugin_reference_271_4_9');" onkeypress="footnote_moveToReference_271_4('footnote_plugin_reference_271_4_9');">[9]</a>« Le piège de la « lutte contre l’islamophobie » », dans Lutte de classe n°181, février 2017.
 » ».</p><p>La défense du voile est-elle compatible avec le féminisme ? L’antiracisme passe-t-il par l’organisation de « réunions racisées » excluant les blancs ? La lutte contre l’islamophobie implique-t-elle de s’allier avec des forces cléricales islamistes ? Le combat contre l’homophobie est-il compatible avec l’exaltation de la « virilité islamique » ? Peut-on être antiraciste tout en clamant sa méfiance envers les Juifs et sa haine d’Israël ? Les carnages de 2015 et 2016 peuvent-ils être biffés d’un simple trait de crayon ?</p><p>L’islamo-gauchisme évolue finalement sur les mêmes terres que la Nouvelle Droite d’Alain de Benoist. Le think tank issu de l’extrême droite défend l’ethno-différentialisme, perçu comme la reconnaissance des différences spécifiques liées aux origines ethniques. Il penche en faveur de la séparation. Il milite pour la défense des traditions des peuples du tiers-monde et s’élève contre l’occidentalisation généralisée. Il défend des valeurs de virilité, s’oppose au féminisme, au nom des coutumes ancestrales.</p><p>Islamo-gauchisme et droite radicale convergent. Mais doit-on s’en étonner ?</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/711/lhistoire-oubliee-de-lesclavage-africain-en-chine</guid>
	<pubDate>Sat, 11 Sep 2021 11:36:03 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/711/lhistoire-oubliee-de-lesclavage-africain-en-chine</link>
	<title><![CDATA[L&#039;histoire oubliée de l&#039;esclavage africain en Chine]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Dans un <a href="https://pulitzercenter.org/sites/default/files/the_idea_of_america_full_essay.pdf" target="_blank">article</a> du New York Times faisant partie du 1619 Project, la journaliste Nikole Hannah-Jones affirme que les États-Unis ont été "fondés en tant que plantocratie" et que l'idéologie raciste est le "péché originel "de ce pays. Un postulat que <a href="https://pulitzercenter.org/builder/lesson/reading-guide-quotes-key-terms-and-questions" target="_blank">développe le programme d'enseignement issu du projet journalistique</a> en établissant un lien direct entre, d'un côté l'esclavage et, de l'autre, les politiques, les lois et la culture toujours en vigueur actuellement aux États-Unis. La mort de George Floyd et les manifestations Black Lives Matter suscitées par ce drame ont consolidé ce récit et mené à des actions en rafale. Des statues ont été déboulonnées et des commissions d'enquête ont été mises en place pour exposer <a href="https://www.nationaltrust.org.uk/features/addressing-the-histories-of-slavery-and-colonialism-at-the-national-trust" target="_blank">les liens historiques</a> des institutions américaines avec l'esclavage. Selon certains militants, le maintien de l'ordre plongerait même ses racines dans l'asservissement des Noirs, ce qui justifierait <a href="https://www.vanityfair.com/culture/2020/08/the-abolition-movement" target="_blank">l'abolition pure et simple de la police</a>. Des organisations de défense des libertés fondamentales, des universitaires et des personnalités politiques se sont prononcés en faveur de réparations. Autant de manifestations d'une lutte constante et douloureuse pour assumer le legs que l'esclavage et le racisme ont laissé aux États-Unis. </p><p>L'esclavage était un système brutal. Il a tué et torturé des millions d'Africains et légué des cicatrices psychologiques dévastatrices aux générations futures. Mais reste que le projet 1619 semble faire sien le postulat d'un exceptionnalisme américain : en parlant de "péché originel", on laisse entendre que les États-Unis seraient les seuls coupables. De fait, toutes les discussions sur la traite des esclaves commencent par l'implication des Européens en Afrique. C'est ainsi le cas de la <a href="https://news.un.org/en/story/2020/03/1060202" target="_blank">Journée internationale de commémoration des victimes de l'esclavage et de la traite transatlantique des esclaves</a> qui, décrétée par l'ONU, rend hommage aux "15 à 20 millions d'Africains qui ont été séquestrés et traînés de force dans les Amériques et les Caraïbes" et fait débuter cette histoire en 1501. </p><p>Mais cette approche néglige les preuves historiques montrant que les Africains ont été déracinés de leur continent et réduits en esclavage bien avant la formation des premiers États occidentaux modernes. Il y a plus de mille ans, et durant plusieurs siècles, l'empire chinois a fait partie d'un réseau d'esclaves dont les navires traversaient les océans Indien et Pacifique pour livrer sur ses côtes des cargaisons humaines en provenance d'Afrique. Cette interaction avec des esclaves africains aura consolidé le lien entre peau foncée et infériorité dans l'esprit des Chinois. Une pensée toujours à l'oeuvre dans la Chine contemporaine, où les Noirs subissent là aussi racisme et mauvais traitements. </p>
<p>"S'ils ne meurent pas, on peut les garder"</p>
<p>Les <a href="https://books.google.co.uk/books?id=jqAGIL02BWQC&amp;pg=PA45&amp;redir_esc=y#v=onepage&amp;q&amp;f=false" target="_blank">premiers Africains</a> arrivés en Chine sont des cadeaux que le roi de Kalinga, à Java, fait à l'empereur Tang en 813 après J.-C. Ces jeunes garçons et filles sont traités comme des ornements exotiques, au même titre que les rhinocéros et autres animaux en compagnie desquels ils sont présentés. Les Chinois les dénomment Zangzi, en référence à Zanzibar, qui désigne à l'époque toute la région côtière de l'Afrique orientale, y compris Madagascar. On ne sait rien du sort de ces enfants esclaves, qui disparaissent de l'histoire après avoir été mentionnés qu'une seule fois. </p><p>Plus tard, <a href="https://www.jstor.org/stable/41503160?seq=1" target="_blank">on sait</a> que des esclaves africains sont la propriété personnelle de marchands arabes résidant dans des villes portuaires chinoises comme Canton, qui abritait une importante communauté arabe. À l'époque, que le Cantonais moyen ait pu croiser des Africains dans sa vie quotidienne est plus que probable. Ensuite, de riches Chinois en sont venus à vouloir des esclaves en nombre. Ce qui exige une ligne d'approvisionnement partant d'Afrique de l'Est, traversant l'océan Indien, s'arrêtant en Inde et passant finalement par le détroit de Malacca pour atteindre les villes portuaires chinoises. Le voyage dure environ six mois et les naufrages sont monnaie courante. Les captifs à mourir en cours de route sont donc nombreux. Sans compter que même ceux qui arrivent vivants en Chine risquent encore de mourir subitement en essayant de s'acclimater à leur nouvel environnement. Comme <a href="https://books.google.co.uk/books?id=ZpGMCwAAQBAJ&amp;pg=PA1&amp;source=gbs_toc_r&amp;cad=3#v=onepage&amp;q&amp;f=false" target="_blank">le fait remarquer</a> un fonctionnaire de la dynastie Song (960-1279 après J.-C.) : "Si, en captivité, on leur donne de la nourriture cuite, après plusieurs jours, ils ont la diarrhée... C'est pourquoi ils tombent parfois malades et meurent". Bien que le chroniqueur attribue ces décès à un changement de régime alimentaire, les effets cumulatifs des maladies et des mauvais traitements pendant le voyage auraient également fait des ravages. "S'ils ne meurent pas, on peut les garder", écrit-il. Le sous-entendu est clair : ils sont considérés comme des biens meubles. </p>
<p>Le rôle des esclaves</p>
<p>Aux yeux des Chinois, les Africains possédaient une force physique extraordinaire et les esclaves sont donc principalement contraints de se livrer à des travaux pénibles, comme le transport de marchandises lourdes sur leur dos, la réparation de navires et le travail sur les quais. Certains servent également de portiers à leurs riches propriétaires et constituaient peut-être une décoration vivante insolite pour impressionner les visiteurs. En dehors de quelques descriptions, nous ne savons rien de leur vie quotidienne, mais il y a fort à parier qu'elle était plus que pénible. Comme <a href="https://www.google.co.uk/books/edition/The_Blacks_of_Premodern_China/colwNdOiiCQC?hl=en&amp;gbpv=0" target="_blank">le souligne</a> l'historien et philosophe Don J. Wyatt dans son ouvrage Les Noirs en Chine pré-moderne, on ne trouve aucune trace de propriétaires chinois s'interrogeant sur la moralité de l'asservissement, affranchissant leurs esclaves ou même s'enquérant de leur bien-être physique. La chose est d'autant plus stupéfiante quand on sait que la tenue de registres est profondément ancrée dans la culture chinoise, d'autant plus pour les événements sortant de l'ordinaire. Wyatt en conclut donc que le système chinois d'asservissement des Africains était tout aussi oppressif, cruel et banal que l'esclavage aux États-Unis au XIXe siècle. </p>
<p>Ce qu'une peau foncée inspire aux Chinois</p>
<p>La cruauté des Chinois à l'égard des Africains trouve son origine dans leur conception traditionnelle du teint. Les premiers textes chinois font référence aux voisins du sud à la peau plus foncée, tels que les Malais et les Khmers, appelés Kunlun pour insister sur leur différence physique. Et les Kunlun avaient non seulement une apparence différente, mais ils étaient également considérés comme des barbares sauvages et sous-humains, par opposition aux Chinois civilisés, vertueux et supérieurs. À mesure que les Africains ont été plus nombreux en Chine, eux aussi ont été qualifiés de Kunlun. </p><p>Les propriétaires d'esclaves leur donnaient aussi d'autres noms, comme les esclaves du diable (guinu) ou les hommes sauvages (yeren). Pour les Chinois, ces étiquettes disaient leur caractère inférieur et justifiaient leur asservissement. Comme preuve de cette infériorité, leur nature simple, leurs passions bizarres et leur incapacité à parler la langue humaine (c'est-à-dire la langue chinoise) sont souvent évoquées. Dans la vision confucéenne du monde, mettant l'accent sur la hiérarchie et l'ordre naturel, les esclaves africains demeuraient extérieurs à la civilisation et ne pouvaient donc espérer atteindre un statut pleinement humain. </p><p>Les descriptions d'esclaves africains disparaissent après le XIe siècle, ce qui rend difficile pour les historiens de reconstituer ce qu'il est advenu de cette population. Plusieurs facteurs tels que la perturbation des chaînes d'approvisionnement, les maladies, la mort par surmenage et un taux de natalité inexistant pourrait avoir conduit à l'effondrement de la communauté après quelques décennies. Mais si les esclaves sont désormais une note de bas de page oubliée de l'histoire chinoise, l'antipathie envers les étrangers - en particulier ceux dont la peau est plus foncée - est toujours d'actualité, tout comme l'association de la couleur noire avec l'infériorité. </p>
<p>Un racisme qui s'est manifesté durant le Covid-19</p>
<p>Avec l'ouverture de la Chine voulue par Deng Xiaoping dans les années 1980, les villes chinoises commencent à voir affluer les visiteurs internationaux. Une <a href="https://africasacountry.com/2020/05/a-brief-history-of-anti-black-violence-in-china" target="_blank">période</a> marquée par plusieurs flambées de violences à l'encontre des étudiants africains dans des grands centres urbains comme Pékin, Wuhan et Nankin. Alimentés par la xénophobie et le racisme, des centaines d'étudiants chinois forment des bandes pour attaquer les Africains et les chasser des campus. Dans un écho aux termes désignant les esclaves de Canton, des appels sont lancés pour "tuer les diables noirs". Au départ, les autorités refusent d'offrir une protection adéquate aux étudiants africains et en arrêtent même certains accusés d'avoir provoqué les violences. D'autres efforts seront également déployés pour étouffer ces événements avant qu'ils n'atteignent les médias internationaux et menacer les étudiants afin qu'ils gardent le silence. </p><p>Un racisme qui s'est également manifesté durant <a href="https://www.hrw.org/news/2020/05/05/china-covid-19-discrimination-against-africans" target="_blank">la crise du Covid-19 en 2020</a> - en Chine, ce sont les Africains que l'on soupçonne largement de propager la maladie en Chine. Des entreprises interdisent l'embauche de Noirs, tandis que des propriétaires expulsent leurs locataires africains, les forçant à dormir dans la rue. La police et les fonctionnaires du gouvernement ont aussi ciblé les Africains pour leur faire subir le test Covid et les ont obligé à rester en quarantaine même en cas de résultat négatif. Une discrimination raciale que le gouvernement chinois a <a href="https://www.reuters.com/article/us-health-coronavirus-china-africa-idUSKCN21V0HV" target="_blank">niée catégoriquement</a>, en accusant les États-Unis de diffuser des fake news. Si on en croit le discours officiel, le racisme n'existe pas en Chine. </p>
<p>Black face à la télévision</p>
<p>Ce récit officiel influence une grande partie de la conversation publique sur la race et les représentations des personnes noires. Par exemple, <a href="https://www.bbc.com/news/world-asia-china-43081218" target="_blank">une émission</a> diffusée à la télévision lors du Nouvel An lunaire 2018, regardée par des millions de téléspectateurs, mettait en scène des acteurs chinois en blackface, des acteurs africains en tenue tribale et un acteur noir déguisé en singe. Malgré les remontrances internationales, et quelques critiques exprimées sur l'internet chinois, on a vu une nouvelle blackface dans <a href="https://www.bloomberg.com/news/articles/2021-02-12/chinese-tv-features-blackface-performers-in-new-year-s-gala" target="_blank">l'édition 2021</a> du programme. Certains Chinois ont défendu l'émission en affirmant que l'intention était humoristique et non discriminatoire. D'autres accusent le cinéma ou la télé américains d'exporter en Chine <a href="https://www.youtube.com/watch?v=YsJWGTmJU94" target="_blank">des représentations négatives des Noirs.</a> Selon <a href="http://www.changemag-diinsider.com/blog/racial-discrimination-in-china-a-social-issue" target="_blank">un universitaire chinois</a>, qui avait pourtant condamné le sketch comme raciste, "la Chine n'a pas d'histoire d'esclavage" et le racisme en Occident remonte "à l'esclavage et au colonialisme produits de la domination des Européens sur les Africains". </p><p>L'amnésie historique de l'esclavage chinois engendre donc un sentiment de supériorité morale, même chez certains intellectuels chinois libéraux. Cette image d'une Chine historiquement vertueuse est peut-être réconfortante, mais elle entrave une analyse honnête des causes du racisme anti-africain dans la Chine contemporaine. C'est une vérité qui dérange : l'antipathie traditionnelle à l'égard des personnes à la peau plus foncée révèle des notions de supériorité raciale profondément enracinées dans la culture chinoise. </p><p>Le climat politique actuel en Chine dissuade d'autant plus d'aborder la question de l'esclavage et du racisme chinois. Sous la présidence de Xi Jinping, l'histoire de la Chine est celle d'une civilisation morale vieille de 5 000 ans, qui s'est toujours comportée de manière pacifique et a coopéré avec le reste du monde. La politique étrangère chinoise moderne, à l'instar du projet "la Ceinture et la Route", s'inscrit dans la continuité de cette politique de non-exploitation et de coopération gagnant-gagnant. C'est l'image que la Chine veut présenter au monde et à ses propres citoyens. Des faits historiques gênants, comme la présence d'esclaves africains en Chine, discréditent ce récit et le Parti communiste ne ménage pas sa peine pour être la seule source légitime de l'histoire chinoise. Il est très risqué pour les historiens de produire ou de diffuser des études remettant en cause la ligne officielle. </p>
<p>Une histoire effacée de la mémoire collective</p>
<p>Le passif historique de la Chine en matière d'esclavage et de racisme démontre que les cultures non occidentales ont elles aussi leur propre héritage de traitements cruels et d'assujettissement des individus en fonction de la couleur de leur peau. Le "péché originel" de l'esclavage n'est pas propre à une culture ni à une époque historique spécifique, mais constitue une constante funeste dans toutes les civilisations humaines. </p><p>Ce qui varie, c'est la manière dont les nations modernes se confrontent ou non à cet héritage. En Occident, cette histoire fait partie du programme scolaire. On en parle dans des livres, des films et des séries télévisées. Elle imprègne la culture et constitue la toile de fond des débats sur la race. S'il arrive que le discours sur l'esclavage et la race soit amer, l'important est qu'il fasse partie de la conversation. </p><p>À l'inverse, l'histoire de l'esclavage africain en Chine est largement méconnue. Elle n'est pas enseignée dans les écoles ni présente dans la culture populaire et ses liens avec le racisme anti-noir actuel ne sont pas reconnu. De fait, les traces des esclaves africains ont été effacées de la mémoire collective chinoise et remplacées par la version aseptisée de l'histoire telle que la conte le régime. En dehors de la Chine, nous pouvons encore contester ce récit. D'où l'importance, cruciale, d'élargir les discussions sur l'esclavage historique au-delà de la traite transatlantique pour inclure la route indo-pacifique, largement plus ancienne. </p>
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<p>Cet <a href="https://areomagazine.com/2021/03/19/the-forgotten-history-of-african-slavery-in-china/" target="_blank">article</a> est initialement paru dans Areo Magazine, site d'opinion et d'analyse dirigé par Helen Pluckrose. Areo Magazine entend défendre les "valeurs libérales et humanistes", comme la liberté d'expression ou la raison.  </p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Sat, 11 Sep 2021 11:34:43 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Esclavage : la grande explication Rokhaya Diallo-Mathieu Bock-Côté]]></title>
	<description><![CDATA[
<p>Attention, sujet incandescent. La journaliste antiraciste et l’essayiste conservateur ont accepté de débattre du passé esclavagiste de l’Europe et de la France, alors que sort au Seuil un ouvrage majeur sur le sujet.</p>
<p class="has-drop-cap">Les militants « racialistes » qui donnent de la voix à la faveur du mouvement Black Lives Matter en feraient presque oublier l’essentiel : depuis les années 1990, le passé occulté de l’esclavage remonte lentement à la surface en Occident, grâce au travail des historiens et à la mobilisation des associations. Le 16 septembre paraît au Seuil Les Mondes de l’esclavage, un monumental ouvrage collectif montrant l’extrême diversité d’un phénomène remontant à la préhistoire et jamais tout à fait éteint. Par son ampleur — plus de 12 millions de victimes — et par ses conséquences économiques, sociales, culturelles, la traite transatlantique occupe une place à part dans ce récit.</p><p class="has-background">Lire aussi dans L’Express<br /><a rel="noreferrer noopener" href="https://www.lexpress.fr/actualite/idees-et-debats/l-histoire-oubliee-de-l-esclavage-africain-en-chine_2149022.html" target="_blank">L’histoire oubliée de l’esclavage en Chine</a></p><p>Entre le XVIIe siècle et la deuxième moitié du XIXe siècle, elle a contribué de manière décisive à l’essor des grandes puissances européennes. « La traite et l’esclavage ne sont pas les accidents malheureux d’une modernité par ailleurs émancipatrice, mais une de ses cryptes », écrit l’historien Paulin Isnard dans la préface de cet ouvrage qu’il a dirigé. Pour le sociologue conservateur Mathieu Bock-Côté, qui vient de publier La Révolution racialiste et autres virus idéologiques (Presses de la Cité), certains feraient de cette vérité douloureuse un argument massue justifiant une relecture culpabilisante de l’histoire occidentale, dans le droit fil des luttes américaines. Raccourci facile, lui rétorque la journaliste et documentariste Rokhaya Diallo, l’une des figures de la mouvance précisément dénoncée par l’intellectuel québécois. Si la mémoire se déploie aujourd’hui avec insistance, c’est parce que des voix nouvelles — et bien françaises — se font entendre, se réjouit-elle. Réunis par L’Express, ils ont débattu. Courtoisement, mais sans concession. </p><p>Que pensez-vous de la manière dont le passé de l’esclavage est aujourd’hui mis au jour et discuté dans les sociétés occidentales ?</p><p>Mathieu Bock-Côté. — J’observe avec effarement qu’on en vient un peu partout, sous l’effet de l’américanisation des esprits, à faire de l’esclavage le principe central à partir duquel relire l’histoire occidentale, comme s’il révélait la vérité existentielle de notre civilisation. Il existerait une histoire globale supranationale « des Blancs » qui transcenderait celle des différentes nations. C’est absurde.</p><p class="has-background">Lire aussi dans L’Express<br /><a rel="noreferrer noopener" href="https://www.lexpress.fr/actualite/idees-et-debats/frederic-regent-l-esclavage-a-ete-le-fait-d-une-elite-pas-de-tout-le-peuple-francais_2150518.html" target="_blank">Frédéric Régent : « L’esclavage a été le fait d’une élite, pas de tout le peuple français »</a></p><p>En Nouvelle-France — vous me pardonnerez cet exemple « domestique » —, l’esclavage a beau avoir été un phénomène périphérique, il est présenté comme la matrice des discriminations qui existeraient dans la société québécoise actuelle. Cela n’est pas sans effets sur la vie sociale et l’intégration des immigrés et de leurs descendants, dont certains s’approprient cette filiation imaginaire. Au seul motif qu’ils sont noirs, certains jeunes issus de l’immigration s’inscrivent dans l’espace public comme des descendants d’esclaves, alors que d’un point de vue québécois, ils sont les enfants des premières générations de réfugiés qui ont bénéficié, à partir des années 1960, de l’hospitalité québécoise.  </p><p>Rokhaya Diallo. — Je ne pense pas du tout que l’actuelle mise en lumière du passé de l’esclavage soit due à une « américanisation » des consciences, comme vous dites. Elle vient du fait que, depuis les années 1990, de nouvelles voix, plus nombreuses qu’auparavant, se sont joint au débat. En 1998 notamment, lors de la commémoration dans l’Hexagone des 150 ans de l’abolition de l’esclavage, des Français d’outre-mer ont milité pour qu’il ne soit plus seulement présenté sous l’angle de l’abolition, mais aussi sous celui des victimes. Le terme même d' »américanisation » mérite qu’on s’y attarde.</p><p>« L’esclavage a-t-il été un principe structurant aux États-Unis ? Oui. En France, la réponse est non. »</p><p class="has-text-align-right">Mathieu Bock-Côté</p><p>Ceux qui l’emploient nient la spécificité française dans l’histoire de l’esclavage, comme ils nient la dimension américaine de la France : la Martinique, la Guadeloupe, la Guyane se trouvent dans les Caraïbes, donc dans la sphère géographique des Amériques. Penser notre pays comme seulement européen, c’est faire abstraction de cette partie de lui-même dont nos concitoyens sont toujours à la fois habitants et ressortissants. </p><p>La France a activement participé à la traite transatlantique depuis les Antilles à partir du XVIe siècle, et n’a aboli l’esclavage qu’en 1848. Cette réalité historique ne justifie-t-elle pas à elle seule, Mathieu Bock-Côté, de revenir sur ce passé ? </p><p>M. B.-C. — Il n’y a aucun doute que la question de la mémoire de l’esclavage se pose, en France comme dans d’autres pays. Mais la manière dont on en fait le pivot à partir duquel entreprendre une réinterprétation hypercritique du passé me paraît contestable. L’esclavage a-t-il été un principe structurant des Etats-Unis ? Oui. En France, la réponse est non. Pas plus qu’au Québec. </p><p>R. D. — Pardon, mais nous ne sommes pas au Québec. En France, la traite n’est pas une question périphérique. Des territoires entiers ont servi à concentrer des populations et ont été organisés autour de l’esclavage : la Martinique, la Guadeloupe, la Guyane… A Saint-Domingue, 90 % des habitants étaient réduits en esclavage. Ces endroits sont structurellement — c’est bien le mot — nés du massacre des natifs et de la déportation sur son sol de populations africaines. La langue créole n’existe que du fait de la traite.</p><p class="has-background">Lire aussi dans L’Express<br /><a rel="noreferrer noopener" href="https://www.lexpress.fr/actualite/societe/christiane-taubira-le-systeme-esclavagiste-est-a-l-origine-du-racisme-actuel_1696752.html" target="_blank">Christiane Taubira : « Le système esclavagiste est à l’origine du racisme actuel »</a></p><p>Les populations ultramarines auraient-elles moins d’importance que les populations hexagonales ? En outre, la manière dont la figure des Blancs et des Noirs a été conçue – cette fameuse racialisation du monde qui fait si peur aujourd’hui —, est intimement liée à la traite, et ses conséquences sont encore visibles. La figure actuelle du Noir est largement influencée par tous les préjugés forgés à l’époque.  </p><p>M. B.-C. — Autrement dit, quelle que soit la réalité historique et des temps présents, il nous faudrait voir le monde en noir et blanc ?  </p><p>R. D. — De quelle réalité parlez-vous ?  </p><p>M. B.-C. — Sous la pression et l’intimidation idéologique de la mouvance indigéniste, il existe aujourd’hui, dans certaines franges non négligeables des populations issues de l’immigration, une mémoire fantasmée, qui consiste à se réapproprier le passé de manière militante sous le vernis de l’expertise universitaire, pour faire le procès de l’identité nationale en prétendant dévoiler ses sombres pages et supposément cachées.  </p><p>R. D. — Quel est le rapport avec ce que je viens de dire ?  </p><p>M. B.-C. — Vous soutenez que la figure du Noir est « codée » racialement par cet héritage, et donc que nos sociétés seraient fondamentalement structurées racialement depuis des siècles. C’est faux. La remontée à la surface des identités raciales s’explique fondamentalement par un effacement de la culture et de la nation.  </p><p>R. D. — Le problème n’est pas de s’approprier une mémoire qui n’est pas la sienne, mais de reconnaître que les sociétés occidentales ont été fondées sur des inégalités dont on constate encore aujourd’hui l’héritage. Vous parlez de « sociétés d’accueil », mais ce n’est pas parce qu’on est Noir qu’on est forcément immigré ! De nombreuses populations noires en France n’ont pas été « accueillies », elles sont présentes dans l’Hexagone depuis des siècles. </p><p>M. B.-C. — Certes. Mais vous ne pouvez nier la réalité de l’immigration massive qui a transformé radicalement les sociétés occidentales depuis cinquante ans, et qui dépassait largement leur capacité d’intégration.  </p><p>Pourquoi évoquer les « pages sombres » de l’histoire serait-il nécessairement hypercritique, Mathieu Bock-Côté ? Les sociétés ne sont-elles pas suffisamment mûres, aujourd’hui, pour affronter la faute morale de l’esclavage ? </p><p>M. B.-C. — Ce n’est pas une question de maturité. L’esclavage est évidemment un crime, une honte, toutes les sociétés l’ont pratiqué, et il faut bien sûr en parler historiquement. Mais sa mémoire est instrumentalisée. </p><p>R. D. — A vous écouter, on a l’impression que certains inventent des choses qui n’ont pas existé pour satisfaire des revendications mémorielles. Je le répète, il s’agit d’inclure dans un récit qui était tronqué, parce que conçu d’un seul point de vue, des perspectives jusque-là invisibles. Il me paraît tout aussi important de raconter depuis une autre perspective la colonisation, en rappelant par exemple comment les soldats des colonies ont largement contribué à l’effort de guerre durant les deux conflits mondiaux.</p><p class="has-background">Lire aussi dans L’Express<br /><a rel="noreferrer noopener" href="https://www.lexpress.fr/actualite/societe/comment-macron-va-commemorer-la-journee-sur-l-esclavage-et-les-vingt-ans-de-la-loi-taubira_2150513.html" target="_blank">Comment Macron va commémorer la journée sur l’esclavage et les vingt ans de la loi Taubira</a></p><p>Ces récits permettent aux uns et aux autres de se situer historiquement dans une nation qui ne les a pas découverts ces cinquante dernières années. Vous voyez cette démarche comme conflictuelle, mais il n’y a là aucune accusation envers la France.  </p><p>Quand le Mouvement des indigènes de la République* dont les membres se présentent comme « descendants d’esclaves et de déportés africains », écrit dans son manifeste fondateur : « La France a été un Etat colonial ; la France reste un Etat colonial », vous n’y voyez qu’une simple interpellation, Rokhaya Diallo ? </p><p>R. D. — J’y vois un rappel quant à la raison de la présence d’une grande partie des populations non blanches en France. Le traitement inégalitaire des populations d’outre-mer résulte de vestiges des pratiques coloniales. Je dis simplement que certains personnages historiques n’ont été présentés que sous leur jour le plus favorable, et qu’il me paraît salutaire de les montrer sous toutes leurs facettes. </p><p>M. B.-C. — Et la commémoration du bicentenaire de la mort de Napoléon, alors ? Certains ne s’y sont-ils pas opposés au motif qu’il avait rétabli l’esclavage ? Au regard de l’histoire, Napoléon peut tout de même difficilement être réduit à cet épisode.  </p><p>R. D. — Cette commémoration a fait l’objet de controverses, en effet, mais elle a eu lieu, ce qui est bien la preuve que ce que vous annoncez comme une calamité s’abattant sur notre pays est un fantasme. De nombreux autres griefs peuvent être adressés à Napoléon : son antisémitisme, la détérioration de la situation des femmes avec le Code civil, ses techniques de guerre — par exemple, la manière dont ses généraux ont réprimé la révolte de Saint-Domingue en utilisant des techniques de futurs massacres de masse … </p><p>M. B.-C. — A quoi vous référez-vous ?  </p><p>R. D. — Au gazage des soldats noirs révoltés, dans les cales des bateaux et à leurs noyades massives… </p><p>M. B.-C. — On y est : Napoléon antisémite, sexiste, raciste et précurseur de Hitler… </p><p>R. D. — Ces gazages n’ont pas existé, peut-être ?  </p><p>M. B.-C. — Votre exemple est une belle illustration de la réécriture sélective du passé, qui oublie tout ce qui caractérise Napoléon à l’échelle de l’histoire.</p><p>Que pensez-vous du <a href="https://www.lexpress.fr/actualite/politique/plutot-que-de-deboulonner-des-statues-l-elysee-suggere-des-contre-monuments_2128338.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener">déboulonnage des statues de personnages </a>qui furent acteurs ou complices de l’esclavage ? </p><p>R. D. — Ces actions ne datent pas de Black Lives Matter. La statue de Joséphine de Beauharnais a été plusieurs fois mise à bas ces trente dernières années en Martinique, par exemple. Je me souviens aussi de celle de Colbert devant l’Assemblée nationale. Elle avait été revêtue d’un drap noir par le Cran il y a une quinzaine d’années parce que l’association jugeait parfaitement déplacée la présence de la statue de l’auteur du Code noir [NDLR : édit de 1685 donnant un cadre juridique à l’exercice de l’esclavage et définissant l’esclave comme un bien « meuble »] devant la Chambre des députés, où siègent des élus d’outre-mer. Je trouve important qu’un pays s’interroge sur les symboles qu’il veut mettre en avant dans les espaces représentant la nation.</p><p class="has-background">Lire aussi dans L’Express<br /><a rel="noreferrer noopener" href="https://www.lexpress.fr/actualite/idees-et-debats/marylin-maeso-l-histoire-n-est-pas-un-bloc-statique-elle-ne-cesse-de-s-ecrire_2128344.html" target="_blank">Marylin Maeso : « L’universalisme est la seule manière de préserver la dignité de chaque être humain »</a></p><p>M. B.-C. — La mouvance indigéniste nous invite à l’autocritique ? Eh bien, je l’invite à s’autocritiquer en se demandant pourquoi le nouvel iconoclasme visant les statues et la censure des écrits, des films, des chansons, enthousiasme si peu les sociétés occidentales. Peut-être est-ce parce qu’elles ne se reconnaissent pas <a rel="noreferrer noopener" href="https://www.lexpress.fr/actualite/idees-et-debats/nous-devons-combattre-le-racisme-mais-aussi-cesser-de-tout-voir-a-travers-les-races_2128082.html" target="_blank">dans ce portrait falsifié de leur passé</a> ? Toutes les civilisations, en se déployant au fil de l’histoire, ont commis des injustices et des crimes, c’est une évidence, mais est-ce là leur seul héritage ? </p><p>R. D. — Encore une fois, vous semblez totalement oublier que les mouvements que vous qualifiez d' »indigénistes » font, eux aussi, partie des sociétés occidentales. Ce n’est pas parce qu’ils sont minoritaires qu’ils sont « moins » français, ou anglais, ou belges…</p><p class="has-background">Lire aussi dans L’Express<br /><a rel="noreferrer noopener" href="https://www.lexpress.fr/actualite/societe/colonialisme-esclavage-faut-il-deboulonner-les-statues-symboles-d-un-passe-controverse_2127722.html" target="_blank">Colonialisme, esclavage : faut-il déboulonner les statues symboles d’un passé douloureux ?</a></p><p>J’imagine, Mathieu Bock-Côté, que vous n’envisagez pas un instant que les Etats présentent des « excuses », voire demandent « pardon », comme <a rel="noreferrer noopener" href="https://www.lemonde.fr/afrique/article/2021/05/29/l-allemagne-demande-pardon-a-la-namibie-pour-le-genocide-des-herero-et-des-nama_6082006_3212.html" target="_blank">s’apprête à le faire l’Allemagne auprès des Namibiens </a>pour le génocide de dizaines de milliers d’entre eux entre 1904 et 1908 ?  </p><p>M. B.-C. — La politique des excuses me semble théoriquement fragile et politiquement hasardeuse. Elle en vient à confisquer la mémoire de la nation, et la seule continuité dans laquelle elle est autorisée à se reconnaître est celle des pages sombres et des gestes dont elle doit se repentir.</p><p>« Ce qui est remis en cause ici n’est pas la légitimité de l’État, mais la fidélité à ses idéaux.« </p><p class="has-text-align-right">Rokahya Diallo</p><p>Quant aux pages glorieuses, et qui inspiraient jusqu’alors la fierté, elles sont relativisées, oubliées ou niées. Nous savons que l’histoire est tragique. La prétention de ceux qui sont attachés à une certaine idée de la nation n’est pas de dire que tout est rose et merveilleux, mais de rappeler que l’histoire des sociétés est un mélange de grandeurs et de misères. </p><p>R. D. — Je pense au contraire qu’on peut tout à fait célébrer des gloires tout en reconnaissant qu’on a commis des crimes dans le passé. Il me semble extrêmement important de présenter des excuses pour ce génocide, comme l’Allemagne l’a fait, du reste, pour l’Holocauste, dont le traitement de la mémoire peut servir de modèle pour l’esclavage. Ce qui est remis en cause ici n’est pas la légitimité de l’Etat, mais la fidélité à ses idéaux. Reconnaître qu’il a pu faillir le renforce bien plus qu’il ne l’affaiblit. Je crois aussi beaucoup à la force des créations culturelles. Ce qui nous manque, c’est un patrimoine — des livres, des films, etc. — nous permettant d’insérer ce passé dans un récit collectif. L’histoire de l’esclavage n’est pas seulement l’histoire des Noirs mais celle des inégalités entre les hommes, et en ce sens, elle est notre héritage à tous.  </p><p>__________<br />* Il a donné naissance au Parti des indigènes de la République. </p><p class="has-primary-background-color has-background">Source : <a href="https://www.lexpress.fr/actualite/idees-et-debats/esclavage-la-grande-explication-rokhaya-diallo-mathieu-bock-cote_2157065.h">Claire Chartier, « Esclavage : la grande explication Rokhaya Diallo-Mathieu Bock-Côté », L’Express, 30 août 2021</a>.</p>
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	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Fri, 10 Sep 2021 22:23:25 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/709/necessaire-souverainete-preface-natacha-polony-coralie-delaume</link>
	<title><![CDATA[NÉCESSAIRE SOUVERAINETÉ - Préface Natacha Polony, Coralie Delaume]]></title>
	<description><![CDATA[
<p><a href="https://www.michalon.fr/catalogue/couv/9782841869626r.jpg"></a><br /><a href="https://www.michalon.fr/catalogue/couv/9782841869626r.jpg">recto</a><br />Préface Natacha Polony<br /> <a href="https://www.michalon.fr/index.asp?navig=auteurs&amp;obj=artiste&amp;no=40358" title="Lire la fiche de l'auteur">Coralie Delaume</a><br /><a href="https://www.michalon.fr/catalogue/structure_pop.asp?no=722" title="Voir la fiche MICHALON ÉDITEUR">Michalon éditeur</a></p>
<p>« Coralie Delaume connaissait mieux que quiconque cette forfaiture intellectuelle qui consiste à assimiler le “souverainisme” (le suffixe en lui-même n'est là que pour faire de ce mot un stigmate) à un identitarisme. Alors que la souveraineté n'est que l'autre nom de la démocratie, faire de sa défense une forme de nationalisme et de “fermeture à l'autre” (selon le vocabulaire en vigueur) permet de maquiller en noble ouverture le contournement systématique de toutes les institutions démocratiques par des instances “indépendantes”, c'est-à-dire non élues. Pendant des années, à travers ses articles, ses interviews, Coralie a dévoilé cette trahison opérée notamment au nom de l'idéal européen. (…)</p><p>Toute chose qu'elle faisait avec une précision chirurgicale. (…) Reste aujourd'hui ce texte, qui embrasse sa pensée, qui pose des jalons et trace un chemin pour quiconque, parmi les gouvernants, aurait l'ambition de perpétuer la France et la République. Ce texte, et tous les autres, comme une obligation, pour ceux qui restent, de ne pas laisser se défaire encore un peu la démocratie. Pour que nous poursuivions, à notre tour obstinés, le combat contre l'hypocrisie, les forfaitures et les mensonges, ces fantômes devant lesquels Coralie Delaume a jusqu'au bout refusé de s'incliner. » (Natacha Polony)</p><p>Disparue en 2020, Coralie Delaume laisse ce court texte inachevé. Elle a signé quatre ouvrages : "Europe, les États désunis" (2014) ; "La Fin de l'Union européenne" (2017) ; "Le couple franco-allemand n'existe pas" (2018) et "10+1 questions sur l'Union européenne" (2019), en collaboration avec David Cayla. Unanimement saluée, sa pensée figure parmi les plus originales et pertinentes de sa génération.</p>
<p><br />Broché - format : 11,5 x 18,5 cm<br />ISBN : 978-2-84186-962-6 •  À paraître le 16 septembre 2021 • 96 pages<br />EAN13 : 9782841869626</p>
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	<pubDate>Sun, 05 Sep 2021 11:05:19 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Une super tempête solaire pourrait anéantir internet en 2023]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Une tempête solaire extrême ou une éjection de masse coronale pourrait endommager les réseaux électriques et potentiellement provoquer des pannes d’électricité prolongées, d'après une étude.</p><p>Les conséquences de ce genre d’événement solaire, dont la probabilité d’existence est estimée entre 1,6 à 12% par décennie, atteindraient bien des domaines : transports, GPS, technologie électromagnétique et, surtout, internet. Cette <a href="https://www.ics.uci.edu/~sabdujyo/papers/sigcomm21-cme.pdf" target="_blank">nouvelle étude</a> montre d’ailleurs que les défaillances pourraient être catastrophiques, en particulier pour les câbles sous-marins qui sous-tendent l’Internet mondial et les satellites autour de la Terre.</p><p>Lire aussi : <a href="https://www.rtbf.be/tendance/green/detail_la-nasa-a-capture-une-eruption-solaire-tres-impressionnante?id=10766506" target="_blank">La Nasa a capturé une éruption solaire très impressionnante</a></p><p>Sangeetha Abdu Jyothi de l’Université de Californie, a présenté lors d’une conférence son article intitulé "<a href="https://www.ics.uci.edu/~sabdujyo/papers/sigcomm21-cme.pdf" target="_blank">Solar Superstorms : Planning for an Internet Apocalypse</a>" (en français "Super tempêtes solaires : planifier une apocalypse de l’Internet"). Dans celui-ci, elle détaille l’impact qu’aurait sur la Terre un nuage de particules solaires magnétisées qui sont dégagées en même temps que certaines éruptions solaires. Selon elle, si l’électricité reviendrait en quelques heures ou quelques jours, Internet serait gravement endommagé.</p>
<p>Internet pourrait-il disparaître ?</p>
<p>Ce sont principalement les longs câbles sous-marins qui relient les continents qui seraient impactés par une tempête solaire massive. Même si les infrastructures locales resteraient en bon état, les câbles sous-marins risqueraient de couper à la source et donc de rendre inutilisables ceux qui auraient résisté.</p><p>"Ce qui m’a vraiment fait penser à cela, c’est qu’avec la pandémie, nous avons vu à quel point le monde n’était pas préparé. Il n’y avait pas de protocole pour y faire face efficacement et c’est la même chose avec la résilience d’Internet", a déclaré Sangeetha Abdu Jyothi à <a href="https://www.wired.com/story/solar-storm-internet-apocalypse-undersea-cables/" target="_blank">Wired</a> avant son discours. "Notre infrastructure n’est pas préparée pour un événement solaire à grande échelle. Nous avons une compréhension très limitée de l’étendue des dommages."</p><p lang="en" dir="ltr" xml:lang="en">A popular story from <a href="https://twitter.com/WIRED?ref_src=twsrc%5Etfw">@WIRED</a> this week explores how even if the power comes back after the next big solar storm, the internet may not. <a href="https://t.co/fd8OhonfnJ">https://t.co/fd8OhonfnJ</a></p>
<p>— Condé Nast (@CondeNast) <a href="https://twitter.com/CondeNast/status/1432389501192650753?ref_src=twsrc%5Etfw">August 30, 2021</a></p>
<p>Si les câbles en fibre optique ne subiraient probablement pas trop de dégâts, ce sont principalement les répéteurs - qui augmentent le signal et qui sont placés tous les 50 à 150 km - qui pourraient être gravement endommagés et ainsi couper complètement les lignes.</p><p>Lire aussi : <a href="https://www.rtbf.be/tendance/techno/detail_3-belges-sur-4-ne-connaissent-pas-la-cause-de-leurs-problemes-de-wifi?id=10747536" target="_blank">3 Belges sur 4 ne connaissent pas la cause de leurs problèmes de WiFi</a></p><p>Thomas Overbye, directeur du Smart Grid Center de la Texas A&amp;M University, explique, selon <a href="https://www.wired.com/story/solar-storm-internet-apocalypse-undersea-cables/" target="_blank">Wired</a>, que l’on manque d’expérience sur les tempêtes : “Certaines personnes pensent qu’une perturbation géomagnétique serait un scénario catastrophique et d’autres pensent que ce serait un événement moins majeur. Je suis un peu au milieu.”</p>
<p>Une tempête solaire massive est-elle envisageable ?</p>
<p>Les tempêtes solaires sont monnaie courante mais elles n’ont pas souvent d’impact sur nous ou nos installations. Le cas évoqué dans l’étude serait une super tempête, un évènement très rare qui n’est arrivé que 3 fois dans l’Histoire récente. Notamment en 1859, l’évènement Carrington pendant lequel les aiguilles des boussoles oscillaient dans tous les sens, les lignes télégraphiques ont été impactées et des aurores boréales étaient visibles en Colombie…</p><p>On se souvient également de la tempête solaire de 1989 qui avait mis hors service le réseau d’Hydro-Québec et causé une panne d’électricité de neuf heures dans le nord-est du Canada.</p><p>L’activité faible du Soleil depuis 30 ans laissent certains scientifiques penser qu’il risque d’y avoir un évènement majeur d’ici 2023 ou 2026, fin du cycle solaire actuel. Les latitudes les plus proches des pôles sont les plus en danger. D’après cette étude, l’Asie est confrontée à moins de risques alors que l’Australie, la Nouvelle-Zélande et les autres pays insulaires de la région perdraient la plupart de leurs connexions longue distance.</p>
<p>Quelles solutions pour éviter l’effondrement d’Internet ?</p>
<p>Après l’annonce un peu catastrophiste, la chercheuse propose quelques solutions pour éviter qu’Internet ne disparaisse suite à une éruption solaire massive. Des mécanismes d’isolation électrique pourraient être installés aux endroits où les câbles sous-marins sont mis en terre, les nouveaux data centers devraient être construits plus espacés géographiquement les uns des autres, des tests standardisés pourraient être mis en place pour mesurer la résilience des infrastructures.</p><p>Le but de cette étude n’est pas d’alarmer à outrance mais bien de se préparer à un évènement possible pour ne pas se retrouver démunis.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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	<pubDate>Sun, 05 Sep 2021 08:55:58 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[La France des villes moyennes, une stratégie d’avenir pour les territoires]]></title>
	<description><![CDATA[
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<p><a href="https://claude-rochet.fr/la-france-des-villes-moyennes-une-strategie-davenir-pour-les-territoires/#" rel="nofollow" onclick="window.print();if(typeof(_gaq) != 'undefined') { _gaq.push(['_trackEvent','PRINTFRIENDLY', 'print', 'NULL']); }else if(typeof(ga) != 'undefined') { ga('send', 'event','PRINTFRIENDLY', 'print', 'NULL'); } return false;" title="Printer Friendly, PDF &amp; Email"><br /><p></p><br /></a></p>
<p id="pvc_stats_17165" class="pvc_stats all pvc_load_by_ajax_update" data-element-id="17165"> </p><p></p><p>Suite à mon livre sur les villes intelligentes (“<a href="https://claude-rochet.fr/publications/villes-intelligentes-vraiment/">Villes intelligentes, réalité ou fiction?</a>“) l’ISSEP m’a proposé de réaliser une étude sur les villes moyennes face à la politique des métropoles, sujet qui devrait être au coeur du débat politique si nous avions une presse et des médias qui faisaient un travail d’information.</p><p>Les mouvements sociaux de ces dernières années ont mis l’accent sur la paupérisation de la France périphérique, périphérie qui commence dès la banlieue des métropoles qu’elles sont supposées inonder leur richesse. Cet antagonisme entre métropoles et territoires n’est pas propre à la France et n’est pas le résultat d’un accident de l’histoire : c’est celui de politiques délibérées qui ont fait des métropoles l’axe incontournable du développement économique et de la compétition dans la mondialisation.</p><p><a href="https://www.va-editions.fr/la-france-des-villes-moyennes-c2x35402706?fbclid=IwAR3j1g4t3fajhDS5Zf6HBHuOTbsK7w4WJ5lE8mlv1Q1f_Ge8h9ZAcN0dL48">
<p></p>
</a>Cette étude montre, d’une part, que les hypothèses économiques sur lesquelles se fonde cette fascination pour le big is beautiful ne sont pas vérifiées et que l’on est largement dans le domaine de l’idéologie. Elle montre d’autre part, au travers de nombreuses études de cas et d’analyses des dynamiques urbaines, tant historiques que dans le contexte de la révolution numérique, que les villes moyennes fournissent un cadre plus favorable à l’innovation et au développement face aux enjeux écologiques et énergétiques, fondé sur la cohésion entre villes et territoire.</p><p>Je mets en ligne un preprint (une pré-publication non officielle) d’extraits de cette étude. L’étude est disponible sur les librairies en ligne et <a href="https://www.va-editions.fr/la-france-des-villes-moyennes-c2x35402706?fbclid=IwAR3j1g4t3fajhDS5Zf6HBHuOTbsK7w4WJ5lE8mlv1Q1f_Ge8h9ZAcN0dL48">sur le site de l’éditeur</a>.</p><p>NB: Vous pouvez télécharger ce PDF en cliquant sur le pictogramme en haut de la barre de navigation ci-dessous</p>
<p><a href="https://claude-rochet.fr/wp-content/uploads/2021/06/Les-villes-moyennesEXTRAIT.pdf" class="pdfemb-viewer" data-width="max" data-height="max" data-mobile-width="500" data-scrollbar="none" data-download="on" data-tracking="on" data-newwindow="on" data-pagetextbox="off" data-scrolltotop="on" data-startzoom="100" data-startfpzoom="100" data-toolbar="both" data-toolbar-fixed="on">Les villes moyennesEXTRAIT<br /></a></p>

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]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<item>
	<guid isPermaLink="true">https://ememiom.fr/iom/blog/view/706/peter-dale-scott-les-vraies-raisons-de-la-guerre-en-afghanistan</guid>
	<pubDate>Fri, 03 Sep 2021 21:26:14 +0000</pubDate>
	<link>https://ememiom.fr/iom/blog/view/706/peter-dale-scott-les-vraies-raisons-de-la-guerre-en-afghanistan</link>
	<title><![CDATA[Peter Dale Scott : Les vraies raisons de la guerre en Afghanistan]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Fild : Dans un <a href="https://deep-news.media/2020/12/11/assassinat-massoud-zones-dombre/" target="_blank" rel="noopener">récent article</a> publié sur le site Deep News Média, vous offrez une analyse inédite et percutante de l’assassinat du commandant Massoud. Sachant que nous allons commémorer les vingt ans de sa mort, et que son fils est au cœur de l’actualité après la reprise de l’Afghanistan par les Talibans, quel est votre regard sur ce meurtre, ses enjeux et ses circonstances ?</p><p>Peter Dale Scott : Il faut d'abord replacer cet assassinat dans le plus vaste contexte géostratégique de l’époque. Avant même l’arrivée au pouvoir de George W. Bush en janvier 2001, son futur Vice-président Dick Cheney souhaitait imposer une stratégie de pénétration en Asie centrale. Son principal objectif était de déployer des forces armées dans cette région anciennement dominée par l’URSS, et ce dans le but d’y sécuriser les récents investissements américains dans des pays tels que le Kazakhstan. Dirigée par Dick Cheney entre 1995 et 2000, la firme Halliburton était active depuis 1997 dans l’exploitation des réserves pétrolières d’Asie centrale. En 1998, lors d’un discours devant des industriels du pétrole, Cheney <a href="https://archive.is/S8txF#selection-1551.0-1561.1" target="_blank" rel="noopener">déclara</a> n’avoir jamais « vu émerger si soudainement une région en tant que zone de grande importance stratégique comme c’est le cas aujourd’hui pour [le bassin] caspien ».</p><p>Obsédé par la sécurité énergétique des États-Unis, le Vice-président Cheney avait donc comme objectif de déployer l’armée américaine en Asie centrale, tandis que l’administration Bush <a href="https://www.monde-diplomatique.fr/2002/01/ABRAMOVICI/8328" target="_blank" rel="noopener">négociait</a> différentes questions avec les Talibans, dont le passage du gazoduc TAPI en Afghanistan. Élaborés <a href="https://archive.is/OWfWp#selection-1385.102-1397.4" target="_blank" rel="noopener">en juillet 2001</a>, alors que ces négociations échouaient, les plans du cabinet Bush pour envahir ce pays enclavé qu’est l’Afghanistan dépendaient de l’utilisation du territoire de Massoud comme base arrière dans l’impénétrable vallée du Panjshir - la seule région afghane jamais envahie par les Talibans -. Ils nécessitaient par ailleurs un déploiement sur le territoire de l’allié régional des États-Unis, le Pakistan. Or, ce pays et Massoud étaient de farouches ennemis. Essentiellement, bien que le « Lion du Panjshir » accueillait positivement l’assistance de la CIA, il <a href="https://archive.is/OWfWp#selection-2063.0-2077.11" target="_blank" rel="noopener">rejetait catégoriquement</a> toute idée d’une invasion terrestre menée sous l’égide du Pentagone.</p><p>En outre, Massoud s’était opposé au projet du gazoduc TAPI, qui était promu par l’Union Oil Company of California (Unocal) et qui aurait contourné les adversaires de Washington, soit la Russie et l’Iran. Infligeant un revers aux États-Unis, Massoud avait signé <a href="https://archive.is/OWfWp#selection-1971.0-1977.11" target="_blank" rel="noopener">un accord</a> d’un million de dollars avec le rival argentin d’Unocal. Selon le journaliste Steve Coll, les responsables de la CIA ont cherché à amplifier le soutien clandestin en faveur de Massoud. Au final, la CIA ne put remplir cet objectif à cause des obstructions du Département d’État et de hauts fonctionnaires de l’administration Bush qui, jusqu’en juillet 2001, pensaient pouvoir forger <a href="https://archive.is/OWfWp#selection-1983.0-1993.20" target="_blank" rel="noopener">des relations diplomatiques</a> avec les Talibans et ne voulaient pas s’aliéner le gouvernement pakistanais.</p><p>L’assassinat de Massoud le 9 septembre 2001, suivi par les tragiques attentats contre les Tours jumelles et le Pentagone deux jours plus tard, ont rendu possible l’invasion américaine de l’Afghanistan. Le meurtre de Massoud fut planifié <a href="https://archive.is/9m78Y#selection-423.0-441.548" target="_blank" rel="noopener">avec la complicité active</a> du réseau du « cheikh aveugle » Omar Abdel Rahman, qui était emprisonné aux États-Unis à cette époque. Abdel Rahman était alors <a href="https://archive.is/OWfWp#selection-1311.129-1319.4" target="_blank" rel="noopener">sous étroite surveillance</a> dans sa prison, <a href="https://archive.is/yWVB8#selection-953.2-957.120" target="_blank" rel="noopener">à l’instar</a> de son unique contact extérieur avec des islamistes étrangers – un discret agent des postes new-yorkais nommé Ahmed Abdel Sattar. Ce dernier, avec un <a href="https://archive.is/3V2SA#selection-417.1-417.309" target="_blank" rel="noopener">autre messager</a> d’Abdel Rahman nommé <a href="https://gulfnews.com/uae/us-mans-letter-tied-to-massouds-death-1.386512" target="_blank" rel="noopener">Yassir al-Sirri</a>, a <a href="https://fildmedia.com/article/peter-dale-scott-les-vraies-raisons-de-la-guerre-en-afghanistan#selection-1353.0-1357.4">co</a>-<a href="https://archive.is/OWfWp#selection-1255.1-1255.308" target="_blank" rel="noopener">rédigé</a> le courrier de présentation ayant permis aux deux faux journalistes - mais vrais terroristes d’al-Qaïda - d’avoir accès à Massoud et de l’assassiner. Par conséquent, on ne peut exclure la possibilité que les autorités américaines savaient que le gênant commandant Massoud allait être liquidé par ces islamistes, mais qu’elles n’aient pas cherché à déjouer ce projet.</p><p>Le 10 septembre 2001, soit le lendemain de cet assassinat, des hauts fonctionnaires de l’administration Bush se sont réunis pour discuter à nouveau <a href="https://archive.is/OWfWp#selection-1121.0-1121.355" target="_blank" rel="noopener">des plans</a> de la Directive Présidentielle de Sécurité Nationale NSPD-9. Il s’agissait du document qui, <a href="https://archive.is/OWfWp#selection-1385.102-1397.4" target="_blank" rel="noopener">dès juillet 2001</a>, préparait une intervention militaire contre les Talibans. Dans tous les cas, comme je l’explique dans ma <a href="https://deep-news.media/2020/12/11/assassinat-massoud-zones-dombre/" target="_blank" rel="noopener">longue analyse</a> dédiée à cette question, la campagne militaire américaine sur le territoire afghan a été planifiée avant le 11-Septembre, et ces attentats ainsi que l’assassinat de Massoud ont permis au cabinet Bush de légitimer cette catastrophique intervention.</p><p>Fild : Première étape de la guerre contre le terrorisme, l’intervention militaire des États-Unis et de leurs alliés en Afghanistan s’est en conclue par une véritable débâcle stratégique. Ainsi, quel bilan dressez-vous de ce que l’administration Bush a nommé sa « guerre globale contre la terreur », et qui a été poursuivie par ses successeurs ?</p><p>Peter Dale Scott : Le 11 septembre 2001, dans les heures suivant les attaques meurtrières perpétrées ce jour-là, George W. Bush, Donald Rumsfeld et Dick Cheney avaient engagé les États-Unis dans ce qu’ils appelèrent ensuite la « guerre contre la terreur ». Selon moi, nous devrions plutôt l’appeler la « guerre de terreur », un déluge de violence ayant été employé contre les civils par tous les belligérants, qu’ils soient des acteurs étatiques ou non. Une guerre de terreur se caractérise par la prépondérance d’armes de destruction indiscriminées, qu’il s’agisse d’engins explosifs improvisés posés au bord des routes ou de missiles lancés depuis les airs par des drones de haute technologie.</p><p>Cette « guerre de terreur » fut déclarée par George W. Bush le soir du 11 septembre 2001, lorsqu’<a href="https://georgewbush-whitehouse.archives.gov/news/releases/2001/09/20010911-16.es.html" target="_blank" rel="noopener">il annonça</a> dans son discours à la nation que les États-Unis ne feraient « aucune distinction entre les terroristes qui ont perpétré ces actes et ceux qui les hébergent ». Cependant, la notion voulant que cette « guerre globale contre la terreur » eut pour objectif de poursuivre les terroristes perdit de sa crédibilité en 2003, lorsque cette formule fut appliquée à l’Irak de Saddam Hussein - un pays connu non pas pour héberger des terroristes mais pour en avoir été la cible. En 2005, cette notion fut de nouveau décrédibilisée suite à la publication de ce que l’on appelle le « Mémo de Downing Street ». Dans ce document, le directeur du MI6 britannique <a href="https://web.archive.org/web/20070310182232/http:/www.csmonitor.com/2005/0517/dailyUpdate.html" target="_blank" rel="noopener">rapporta</a>, après une visite à Washington en 2002, que « Bush voulait faire tomber Saddam Hussein par une action militaire, justifiée par le lien entre le terrorisme et les ADM [Armes de Destruction Massive]. Mais les faits et les renseignements étaient truqués pour répondre aux objectifs politiques. » Plus tard, de faux récits liant l’Irak aux ADM, aux attaques à l’anthrax et au minerai d’uranium du Niger prétendument acquis par Bagdad furent publiés aux moments opportuns. Rappelons alors que, quelques heures seulement <a href="https://archive.is/xrFXy#selection-1129.0-1137.345" target="_blank" rel="noopener">après le 11-Septembre</a>, le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld parlait d’élargir les objectifs de la riposte américaine au 11-Septembre et de « frapper S.H. [Saddam Hussein] ».</p><p>« Arabie saoudite, Qatar et Pakistan, des alliés des USA, également soutiens financiers des djihadistes ».</p><p>Fild : Estimez-vous donc que la lutte contre le terrorisme n’était pas l’objectif principal du Président Bush et de ses successeurs ?</p><p>Peter Dale Scott : À Washington, l’establishment de la sécurité nationale continue d’affirmer que les guerres menées par les États-Unis sur le continent asiatique depuis le 11-Septembre 2001 entraient dans le cadre d’une « guerre globale contre la terreur ». Néanmoins, cette campagne militaire contre le terrorisme a été menée avec la coopération de l’Arabie saoudite, du Qatar et du Pakistan. Or, ces trois pays sont les principaux soutiens financiers et politiques des réseaux djihadistes que les États-Unis sont censés avoir combattu jusqu’à présent. En parallèle, les plus farouches opposants à ces intégristes sunnites – les gouvernements d’Irak, de Libye, de Syrie et d’Iran – ont été renversés (Irak et Libye), déstabilisés avec l’appui des États-Unis (Syrie) ou sanctionnés et menacés de guerre en tant que composante de l’« Axe du Mal » (Iran). J’en déduis que cette guerre contre le terrorisme n’a pas été menée pour le motif officiel de combattre ce fléau, mais pour d’autres raisons. En effet, la plupart des experts constatent que les campagnes militaires des États-Unis à l’étranger ont radicalement amplifié la menace terroriste au lieu de la réduire, contrairement aux opérations de police ou de renseignement. Parmi les raisons inavouées de ces interventions militaires post-11-Septembre, nous pouvons en identifier deux principales. La première était la volonté d’établir une présence durable des forces armées américaines dans les régions riches en hydrocarbures de l’Asie centrale et du Moyen-Orient. L’autre raison majeure était de justifier un dispositif de sécurité intérieure permanent et gigantesque, notamment destiné à neutraliser la menace d’opposition aux politiques militaristes. Si ce deuxième objectif a été rempli, le premier se solde par un bilan humain effroyable et un retrait humiliant des forces américaines de ces régions. Washington ayant désormais comme projet d’empêcher la Russie et la Chine de concurrencer les États-Unis.</p><p>En conclusion, si la « guerre contre la terreur » semble péniblement arriver à son terme, Washington poursuivra la militarisation sans limite de sa politique étrangère – notamment par le biais de guerres par procuration –, actant ainsi la faillite complète de sa diplomatie publique et de son prétendu rôle de « gendarme du monde ».</p><p>01/09/2021 - Toute reproduction interdite.</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
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