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	<title><![CDATA[Signet Loupe: Le Petit Minaret Illustré : Ils ne nous connaissent pas.]]></title>
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	<pubDate>Sun, 31 May 2026 07:53:14 +0000</pubDate>
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	<title><![CDATA[Le Petit Minaret Illustré : Ils ne nous connaissent pas.]]></title>
	<description><![CDATA[<p>Ils connaissent nos institutions, nos faiblesses et nos r&eacute;flexes moraux. Mais ils connaissent tr&egrave;s mal les Fran&ccedil;ais.</p><div class="captioned-image-container-static" style="color: rgb(255, 255, 255); font-family: Lora, sans-serif; font-size: 16px; background-color: rgb(16, 16, 16); line-height: 26px; margin: 32px auto;"><table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" class="image-wrapper" width="100%">
	<tbody>
		<tr>
			<td style="text-align: center;">&nbsp;</td>
			<td align="left" class="content" style="text-align: center;" width="1456"><a class="image-link" href="https://substack.com/redirect/e862323c-e9f6-4a12-83ae-eef87ecdf366?j=eyJ1IjoiMXo0eXZiIn0.je7NwelQs1cdq5WyUa_1yYBG1QHiHpAa1f5iuBXZNIA" style="color: rgb(239, 139, 164); position: relative; flex-direction: column; align-items: center; padding: 0px; width: auto; height: auto; border-width: medium; border-style: none; border-color: currentcolor; border-image: initial; text-decoration: none; display: block; margin: 0px;"><img alt="" class="wide-image" height="301.82005494505495" src="https://substackcdn.com/image/fetch/%24s_!6z1c!,w_1100,c_limit,f_auto,q_auto:good,fl_progressive:steep/https%3A%2F%2Fsubstack-post-media.s3.amazonaws.com%2Fpublic%2Fimages%2F346f4d5f-5f5e-4c48-a528-fa4b7c02bc25_1693x929.png" style="vertical-align: middle; display: block; margin: 0px auto; border-width: medium !important; border-style: none !important; border-color: currentcolor !important; border-image: initial !important; width: auto !important;" width="550"></a></td>
			<td style="text-align: center;">&nbsp;</td>
		</tr>
	</tbody>
</table></div><p>&nbsp;La France, pendant longtemps, ne fut pas pour moi un sujet : j&rsquo;&eacute;tais fran&ccedil;aise, c&rsquo;&eacute;tait une donn&eacute;e dont j&rsquo;avais h&eacute;rit&eacute;, comme de mon patrimoine g&eacute;n&eacute;tique, et dont je ne pensais rien de particulier.</p><p>Il est arriv&eacute; que, plus jeune, j&rsquo;entende le discours &ldquo;la France, mon pays, ma honte&rdquo;, qui m&rsquo;&eacute;tonnait un peu, puis que j&rsquo;oubliais aussi sec, y voyant une forme de snobisme, une posture faisant partie de la panoplie du parfait gauchiste.<br />
Pour autant, lorsque je voyageais &agrave; l&rsquo;&eacute;tranger, les autochtones qui saluaient le drapeau ou embrassaient le sol &agrave; la sortie de l&rsquo;avion me semblaient, eux aussi, un peu d&eacute;rang&eacute;s.</p><p>Ma vie en France &eacute;tait li&eacute;e avant tout &agrave; des sensations : odeurs et paysages, ceux de la campagne, bien plus que ceux de la ville. Les murs en pierres s&egrave;ches sur les causses. Des plats, plaisants ou non. La choucroute et les calamars de la cantine (beurk), le cab&eacute;cou et le foie gras de ma grand m&egrave;re. La gare d&rsquo;Austerlitz l&rsquo;&eacute;t&eacute;, les wagons-lits vers le Sud-Ouest.</p><p>Par mes copines, j&rsquo;avais aussi connaissance d&rsquo;un folklore familial fait de chansons &agrave; boire, de blagues salaces et de chansons paillardes. Parmi ces sensations qui ont laiss&eacute; une empreinte durable, il y avait surtout la prosodie de la langue, l&rsquo;accent du Sud-Ouest, quelques mots d&rsquo;occitan qu&rsquo;utilisait parfois mon p&egrave;re. L&rsquo;humour qui allait avec : celui qui, en un trait d&rsquo;esprit, d&eacute;masquait la posture et soulignait l&rsquo;incoh&eacute;rence.</p><p>Il y avait aussi la m&eacute;fiance familiale pour les effets de mode et les &eacute;l&eacute;ments de langage (&agrave; l&rsquo;&eacute;poque soixante-huitards), corollaire du culte de la m&eacute;ritocratie r&eacute;publicaine.</p><p>Tout cela constituait un ensemble sur lequel le mot France ne s&rsquo;appliquait pas n&eacute;cessairement, dans la mesure o&ugrave; le cadre de mon existence &eacute;tait d&eacute;fini, &agrave; mes yeux, par ma famille plut&ocirc;t que par mon pays.</p><p>La France par le n&eacute;gatif<br />
Lorsque je fis l&rsquo;exp&eacute;rience de ce que c&rsquo;&eacute;tait qu&rsquo;&ecirc;tre fran&ccedil;aise, ce fut par le n&eacute;gatif, lorsque je fus confront&eacute;e &agrave; la haine, directement exprim&eacute;e, de la France. Un rejet &eacute;ruptif, qui n&eacute;cessairement m&rsquo;englobait.</p><p>Cette d&eacute;testation se manifesta lors d&rsquo;interviews audio (on ne disait pas encore &ldquo;podcasts&rdquo;) que je menais il y a 25 ans avec des immigr&eacute;s de premi&egrave;re g&eacute;n&eacute;ration. Une Alg&eacute;rienne d&rsquo;une cinquantaine d&rsquo;ann&eacute;es (&ldquo;Moi, je suis noble, je viens d&rsquo;une famille d&rsquo;aristocrates&rdquo; r&eacute;p&eacute;tait-elle) qui vivait en cit&eacute;, n&rsquo;avait jamais travaill&eacute;, et dont deux des fils, adultes polyhandicap&eacute;s, &eacute;taient quotidiennement pris en charge par la S&eacute;curit&eacute; sociale. Pendant notre entretien, elle martela &agrave; quel point la France &eacute;tait un pays de merde, un cloaque honteux pour elle, qui &eacute;tait une princesse en son pays, l&rsquo;Alg&eacute;rie.</p><p>Quelques mois plus tard, j&rsquo;interviewai un Tunisien du m&ecirc;me &acirc;ge, &agrave; la t&ecirc;te d&rsquo;une petite entreprise, propri&eacute;taire d&rsquo;un joli pavillon en meuli&egrave;re dans une banlieue bourgeoise. Lui aussi &eacute;ructa son m&eacute;pris et son hostilit&eacute; rageuse envers la France, sous l&rsquo;&oelig;il navr&eacute; de son &eacute;pouse qui ne savait comment l&rsquo;arr&ecirc;ter.</p><p>Dans les deux cas, il s&rsquo;agissait du m&ecirc;me d&eacute;gueulis pulsionnel, de la m&ecirc;me litanie, incantatoire et vengeresse. Je ne dis rien sur le moment : &agrave; l&lsquo;&eacute;poque, je me voyais comme une sorte de psychanalyste radiophonique accouchant l&rsquo;&acirc;me de l&rsquo;interview&eacute;, f&ucirc;t-elle d&rsquo;une p&eacute;nible noirceur. N&rsquo;ayant pas &eacute;t&eacute; pr&eacute;par&eacute;e &agrave; un tel d&eacute;ferlement d&rsquo;hostilit&eacute;, l&rsquo;effet de d&eacute;stabilisation avait sans doute lui aussi jou&eacute;.<br />
L&rsquo;absence de motifs concrets &agrave; cette haine participait de la violence de l&rsquo;offense : ils semblaient d&eacute;tester la France par principe ou par r&eacute;flexe, sans raison d&eacute;finie. Car la colonisation, je l&rsquo;avais intuitivement per&ccedil;u, n&rsquo;&eacute;tait qu&rsquo;un pr&eacute;texte.</p><p>Plus tard, beaucoup plus tard, j&rsquo;ai compris qu&rsquo;ils manifestaient ainsi &agrave; la fois leur all&eacute;geance &agrave; la Oumma, exclusive par essence, et le d&eacute;pit qu&rsquo;ils &eacute;prouvaient &agrave; mieux vivre dans un pays de m&eacute;cr&eacute;ants que dans leur pays d&rsquo;origine. Plus leur vie en France &eacute;tait confortable (et de quoi se plaignait le Tunisien, dont l&rsquo;entreprise &eacute;tait florissante, et de quoi se plaignait l&rsquo;Alg&eacute;rienne, dont je me demandai ce qu&rsquo;elle aurait fait de ses fils en Alg&eacute;rie ?), plus cela les renvoyait &agrave; l&rsquo;insuffisance de leur pays, lequel, en outre avait &eacute;t&eacute; colonis&eacute; ou &ldquo;prot&eacute;g&eacute;&rdquo;, statut &eacute;quivalant, a fortiori dans l&rsquo;imaginaire islamo-tribal, &agrave; une honteuse soumission. Une r&eacute;alit&eacute; qu&rsquo;il convenait, une fois l&rsquo;ind&eacute;pendance acquise, de venger par un flot d&rsquo;insultes envers l&rsquo;ex colonisateur&hellip; chez qui on &eacute;tait, &eacute;trangement, venu s&rsquo;installer.<br />
En r&eacute;alit&eacute;, c&rsquo;est leur propre absence de coh&eacute;rence qu&rsquo;ils faisaient payer &agrave; la France.</p><p>Maintenant, je sais comment cela fonctionne. Si un tel discours m&rsquo;&eacute;tait aujourd&rsquo;hui, adress&eacute;, je montrerai illico les dents. Toutes les fois o&ugrave; j&rsquo;ai renvoy&eacute; dans leurs filets les Maghr&eacute;bins qui agitaient la bo&icirc;te &agrave; ouin ouin de la colonisation ou de l&rsquo;islamophobie, exprimant clairement mon absence totale de culpabilit&eacute; et fournissant, dans le plus grand des calmes, quelques &eacute;l&eacute;ments explicatifs (c&rsquo;est comme &ccedil;a que je me suis retrouv&eacute;e &agrave; expliquer le Contrat social de Rousseau et la notion d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t g&eacute;n&eacute;ral &agrave; un chauffeur Uber marocain tr&egrave;s &eacute;nerv&eacute; contre la France), les r&eacute;actions furent toujours les m&ecirc;mes : baisse imm&eacute;diate de l&rsquo;agressivit&eacute;, profil bas, et m&ecirc;me, une fois, des excuses. Sinc&egrave;res ou non, aucune importance. J&rsquo;avais compris ce qu&rsquo;il fallait faire : montrer tr&egrave;s froidement les dents. Tr&egrave;s basique, mais efficace.</p><p>Le grand malentendu</p><p>Si nous voulons lutter contre l&rsquo;islam(isme), il nous faut conna&icirc;tre le monde mental, le syst&egrave;me de valeurs et de repr&eacute;sentations des musulmans. C&rsquo;est une condition de l&rsquo;efficacit&eacute; du combat. Car eux, de leur c&ocirc;t&eacute;, ne nous comprennent pas vraiment.</p><p>Ceux qu&rsquo;on a appel&eacute;s les deuxi&egrave;mes g&eacute;n&eacute;rations ont pu b&eacute;n&eacute;ficier d&rsquo;institutions assumant leur r&ocirc;le, d&rsquo;une &eacute;cole qui tenait encore &agrave; peu pr&egrave;s la route, d&rsquo;une t&eacute;l&eacute;vision fran&ccedil;aise &agrave; cinq cha&icirc;nes, d&rsquo;une la&iuml;cit&eacute; que chacun consid&eacute;rait comme allant de soi.<br />
Leurs descendants, paradoxalement, n&rsquo;ont pas b&eacute;n&eacute;fici&eacute; du m&ecirc;me acc&egrave;s &agrave; la France. Ils ont grandi dans un contexte de r&eacute;islamisation, d&rsquo;entre-soi communautaire facilit&eacute; par le satellite, puis par internet, d&rsquo;affaissement des institutions et de pression migratoire accrue. Beaucoup ont finalement v&eacute;cu dans un &eacute;cosyst&egrave;me qui n&rsquo;&eacute;tait ni la France, ni le bled : ils ont v&eacute;cu en terre de conqu&ecirc;te par l&rsquo;islam, aux avant-postes d&rsquo;un califat &agrave; venir.</p><p>Pourtant, m&ecirc;me aux yeux des deuxi&egrave;mes g&eacute;n&eacute;rations apparemment mieux &ldquo;int&eacute;gr&eacute;es&rdquo;, la France, et surtout les Fran&ccedil;ais par lesquels elle existe, repr&eacute;sentaient souvent une population ext&eacute;rieure : en leur pr&eacute;sence, pour nombre d&rsquo;enfants d&rsquo;immigr&eacute;s, il fallait adapter son attitude, sous peine de rester un gars de cit&eacute;, statut qui &agrave; l&rsquo;&eacute;poque ne b&eacute;n&eacute;ficiait d&rsquo;aucune aura particuli&egrave;re.<br />
La contradiction entre les deux logiciels anthropologiques en pr&eacute;sence exigeait un r&eacute;ajustement permanent, un glissement constant entre diff&eacute;rentes fa&ccedil;ons de parler, de r&eacute;agir et de se comporter selon le contexte et les gens en pr&eacute;sence. Dissimulation, conflit de loyaut&eacute;, godille de gr&eacute; &agrave; gr&eacute; : ce d&eacute;chirement chronique, plus ou moins conscient, qui marqua les deuxi&egrave;mes g&eacute;n&eacute;rations, fut plus tard r&eacute;solu par la r&eacute;islamisation.</p><p>Le changement de paradigme, qui au d&eacute;but des ann&eacute;es 2000 entra&icirc;na l&rsquo;inversion de la hi&eacute;rarchie qui pr&eacute;valait jusqu&rsquo;alors entre islam et R&eacute;publique, exigeait, dans sa pratique d&rsquo;infiltration des rouages strat&eacute;giques de la soci&eacute;t&eacute;, un mim&eacute;tisme tactique : ces Fran&ccedil;ais, ces m&eacute;cr&eacute;ants, il fallait tout de m&ecirc;me bien les imiter si on voulait, comme le pr&eacute;conisait Al Qaradawi, subvertir leurs outils pour les retourner contre eux. D&eacute;marche qui supposait d&rsquo;en avoir une connaissance fine.</p><p>Moi qui observe depuis des ann&eacute;es les musulmans actifs, et pas uniquement sur internet, suis pourtant parvenue &agrave; cette conclusion : en r&eacute;alit&eacute;, ils ne nous connaissent pas.<br />
Certes, ce sont de fins psychologues. Ils connaissent notre peur du conflit, notre honte identitaire, notre hantise de passer pour racistes, notre narcissisme moral, notre incompr&eacute;hension de ce qu&rsquo;est l&rsquo;islam. Ils jouent de ces ressorts, mais ils commettent de faisant une erreur : prenant mod&egrave;le sur ceux qu&rsquo;ils doivent manipuler, ils r&eacute;duisent les Fran&ccedil;ais au segment de population minoritaire, bien que culturellement dominant, aupr&egrave;s duquel ils sont prioritairement en mission. Or, le militant diversitaire, le travailleur social, le bobo culturel, le journaliste ou le responsable politique pour diverses raisons acquis &agrave; leur cause ne repr&eacute;sentent pas les Fran&ccedil;ais, ni par cons&eacute;quent la France.</p><p>J&rsquo;ai pu observer, lors de tentatives d&rsquo;infiltration du milieu la&iuml;que notamment, que face &agrave; des gens ordinaires, leur m&eacute;connaissance de l&rsquo;habitus fran&ccedil;ais se fait plus visible.</p><p>Pour lire la suite de cette chronique, mon analyse de l&#39;affaire &quot;Sofian&quot; et comprendre le choc de ces deux logiciels anthropologiques, rejoignez les abonn&eacute;s payants.</p><p>Sofian<br />
Ainsi, ce jeune homme rencontr&eacute; il y a quelques ann&eacute;es lors d&rsquo;une conf&eacute;rence sur l&rsquo;enseignement du fait religieux &agrave; l&rsquo;EHESS, que nous appellerons Sofian, et que je retrouvai, plus tard, &agrave; la remise du Prix de la la&iuml;cit&eacute; &agrave; la mairie de Paris. Aaaaah, c&rsquo;est qu&rsquo;il &eacute;tait motiv&eacute;, Sofian. Enthousiaste. Souriant. Vraiment TR&Egrave;S souriant (il militait &agrave; Coexister, hein, alors forc&eacute;ment...). Il &eacute;prouvait, disait-il avec emphase, &ldquo;une vraie passion pour la la&iuml;cit&eacute;&rdquo;. Sans d&eacute;conner ? Quel Fran&ccedil;ais s&rsquo;exprimerait comme &ccedil;a ? Aucun, bien s&ucirc;r.</p><p>Motiv&eacute; comme je le disais, le jeune Sofian ne nous a pas l&acirc;ch&eacute;es d&rsquo;une semelle, moi et l&rsquo;amie avec qui j&rsquo;&eacute;tais. &Agrave; la remise des prix, au caf&eacute;, puis &agrave; pied, en traversant Paris. Islam, islam, islam. Il n&rsquo;avait que &ccedil;a &agrave; la bouche. &Agrave; un moment, je lui ai demand&eacute; s&rsquo;il savait parler d&rsquo;autre chose, ajoutant que l&rsquo;islam, globalement, nous faisait suffisamment chier au quotidien pour qu&rsquo;on puisse s&rsquo;&eacute;pargner le sujet le soir quand on sortait.</p><p>L&rsquo;amie avec qui j&rsquo;&eacute;tais lui raconta, tr&egrave;s naturellement, qu&rsquo;apr&egrave;s avoir recrut&eacute; un musulman soi disant non pratiquant, elle avait fini par le virer, et qu&rsquo;on ne l&rsquo;y reprendrait plus : au fil des semaines, les demandes du gars (pauses pour la pri&egrave;re, refus de certaines missions au nom du halal, etc) allaient toujours vers plus de rigueur, mena&ccedil;ant la vie de sa bo&icirc;te. &Agrave; l&rsquo;avenir, elle ne prendrait pas le risque de recruter un musulman, m&ecirc;me &ldquo;mod&eacute;r&eacute;&rdquo;. Tout cela fut dit &agrave; la coule, sans une once de mauvaise conscience. Sofian &eacute;tait d&eacute;contenanc&eacute;, au point d&rsquo;en oublier de sourire (c&rsquo;est dire).</p><p>Mais bien vite, il revint &agrave; sa marotte, la France et l&rsquo;islam, l&rsquo;islam et la France, l&rsquo;islam de France, bref, tu connais. Alors, on a enclench&eacute; la machine &agrave; conneries : &ldquo;Ah dis-moi chouchou, sinon, tu vis seul dans ton studio ?&rdquo; &ldquo;Et tu as une copine ?&rdquo; &ldquo;Ah non ? Un copain, alors ?&rdquo; (ah ah ah, rires gras, coups de coude) &ldquo;Ah bah pourtant, &agrave; ton &acirc;ge, h&eacute;, dis, le radada, un peu quand m&ecirc;me, non, etc&rdquo;. Sans aller jusqu&rsquo;aux blagues grivoises, on a assum&eacute; notre francit&eacute; : l&eacute;g&egrave;ret&eacute; moqueuse, badinage &agrave; tendance polissonne.<br />
Il ne savait pas quoi r&eacute;pondre. Ces codes lui &eacute;taient &eacute;trangers, qui supposaient un plain-pied entre lui et nous malgr&eacute; la diff&eacute;rence de g&eacute;n&eacute;ration et de sexe, qui supposaient aussi une grande d&eacute;contraction &agrave; propos des relations entre hommes et femmes.</p><p>Un mot, qu&rsquo;il envoya plus tard &agrave; une autre amie (dirigeant une association de jeunesse qu&rsquo;il esp&eacute;rait sans doute infiltrer), message faussement enjou&eacute;, qui sonnait tr&egrave;s bizarrement, singeait, pr&eacute;cis&eacute;ment, ce genre de ton blagueur. Mais, n&rsquo;en comprenant pas les ressorts, il tombait compl&egrave;tement &agrave; plat.</p><p>Sofian n&rsquo;&eacute;tait pas un gars de cit&eacute;. Il avait grandi dans un village de province, avait &eacute;t&eacute; un bon &eacute;l&egrave;ve, puis un &eacute;tudiant s&eacute;rieux, ce qui normalement aurait du lui permettre d&rsquo;appr&eacute;hender ces codes.</p><p>C&rsquo;est l&agrave; que r&eacute;side le malentendu : le malaise ressenti d&egrave;s qu&rsquo;ils sont confront&eacute;s &agrave; des codes qui ne sont pas ceux de la Oumma montre que la France civilisationnelle constitue, dans leur imaginaire, un territoire &eacute;tranger. Souvent, ce territoire est aussi v&eacute;cu comme potentiellement mena&ccedil;ant. Dans la France p&eacute;riph&eacute;rique, les jeunes musulmans voient souvent une masse arm&eacute;e de fourches pr&ecirc;te &agrave; bondir sur le moindre cheveu cr&ecirc;pu, d&rsquo;&eacute;lecteurs du RN pr&ecirc;ts &agrave; les lyncher.</p><p>Ils ne nous connaissent pas.<br />
Ce qu&rsquo;ils ne comprennent pas, globalement, en mettant les Fran&ccedil;ais dans le m&ecirc;me sac bobo, c&rsquo;est notre relation &agrave; l&rsquo;autre. L&rsquo;autre, consid&eacute;r&eacute; a priori comme un &eacute;gal en ce qu&rsquo;il est lui aussi dou&eacute; de libre-arbitre, l&rsquo;autre qui n&rsquo;est pas ma chose ou mon esclave, et que je dois traiter comme je voudrait qu&rsquo;il le f&icirc;t avec moi (je parle ici non de la r&eacute;alit&eacute; relationnelle, toujours anim&eacute;e par de moins nobles motifs, mais de l&rsquo;id&eacute;al qui oriente notre fa&ccedil;on d&rsquo;&ecirc;tre au monde). De cette conception, qu&rsquo;exprime le choix du paradigme jud&eacute;o-chr&eacute;tien, d&eacute;coulent des relations a priori fond&eacute;es sur un id&eacute;al de confiance.</p><p>Leur conception de la relation &agrave; l&rsquo;autre est, au contraire, marqu&eacute;e par la m&eacute;fiance, pour ne pas dire la parano&iuml;a (dont t&eacute;moigne par exemple la croyance au mauvais oeil) et fond&eacute;e sur la domination. Pour exister, il faut dominer l&rsquo;autre, qui sinon nous soumet.</p><p>Pour ma part, il m&rsquo;a fallu cette confrontation brutale &agrave; leur d&eacute;testation de la France pour comprendre ce qui n&rsquo;&eacute;tait jusque-l&agrave; qu&rsquo;une sensation diffuse. Il m&rsquo;a fallu cette exp&eacute;rience pour admettre ce qui n&rsquo;&eacute;tait jusque-l&agrave; que sensoriel ou th&eacute;orique : m&ecirc;me lorsque mon peuple m&rsquo;exasp&egrave;re, m&ecirc;me lorsqu&rsquo;il me d&eacute;sesp&egrave;re, j&rsquo;en fais partie.</p><p>Je me consid&egrave;re comme chanceuse, extr&ecirc;mement chanceuse m&ecirc;me, d&rsquo;&ecirc;tre n&eacute;e dans ce pays. Heureuse que mes anc&ecirc;tres, pour la plupart, aient v&eacute;cu pendant des si&egrave;cles dans leurs petits terroirs ruraux. Heureuse d&rsquo;avoir h&eacute;rit&eacute; de cette langue, de cet humour, de cette mani&egrave;re d&rsquo;&ecirc;tre au monde.</p><p>Car c&rsquo;est peut-&ecirc;tre cela, au fond, qu&rsquo;ils comprennent le moins : la France est un peuple qui, comme tout peuple, ne se r&eacute;duit pas &agrave; une administration, &agrave; un ensemble de dispositifs &agrave; infiltrer ou de gens &agrave; manipuler.</p><p>&nbsp;</p><p><a href="http://substack.com/@lepetitminaretillustre">Le petit minaret illustr&eacute;</a>&nbsp;</p>]]></description>
	<dc:creator>La loupe</dc:creator>
</item>
<br>Source : <a href="https://open.substack.com/pub/annesophienogaret/p/ils-ne-nous-connaissent-pas?utm_source=share&amp;utm_medium=android&amp;r=1z4yvb" class="" rel="nofollow">https://open.substack.com/pub/annesophienogaret/p/ils-ne-nous-connaissent-pas?utm_source=share&utm_medium=android&r=1z4yvb</a><br>
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