La Gauche s’est mise dans une voie sans issue.

En suscitant la défiance de son électorat historique, la gauche s’est mise dans une voie sans issue, et cela ne date pas du week-end dernier.

La mort de Quentin Deranque le 14 février à Lyon vient de plonger dans la tempête le principal parti de la gauche, LFI, qui doit désormais répondre de ses liens organiques avec le mouvement violent La jeune Garde, impliqué dans la mort du militant identitaire de 23 ans.

Depuis dimanche, le débat fait rage. Et une partie de la conversation publique semble se demander : peut-on vraiment être « mauvais » si l’on est de gauche ? Sous-entendu : la gauche, c’est quand même la garantie d’un supplément d’âme. Une sorte de talisman d’immunité moral.

C’est là qu’on voit qu’il existe en France des mondes parallèles, où les mots n’ont plus le même sens ni les mêmes affects. Certains ne le mesurent peut-être pas depuis Paris, mais pour une partie du pays, l’étiquette « de gauche » est devenue en soi un repoussoir. Depuis de nombreuses années.

Ce n’est pas un bon signe du tout pour la santé démocratique de notre nation. Mais ce que documentent les enquêtes de presse, les travaux de certains sociologues et les conversations personnelles de tout un chacun, c'est que pour beaucoup de Français, notamment dans les classes moyennes et populaires, la gauche est devenue synonyme de mépris social et de clientélisme communautaire. Elle est aussi électoralement, désormais, la championne des métropoles, qui vivent à l’abri de la désindustrialisation et qui concentrent la plupart des richesses. Y compris ce luxe qui consiste à juger « problématiques » les goûts et les modes de vie du reste de la population.
De sorte que désormais, certaines figures de la gauche nationale le concèdent en off : quand elles se déplacent dans les villes moyennes ou dans la France rurale pour y faire campagne, un reproche leur est souvent adressé : « pourquoi voterait-on pour vous ? Vous nous détestez. Alors on ne vous aime pas non plus. »

Ce désamour ne date pas d'hier. Le Parti Socialiste est sorti exsangue de ses années au pouvoir, qui ont fâché l’essentiel de son électorat populaire, lequel s’est détourné peu à peu vers l’abstention ou le vote Rassemblement National. Jean-Luc Mélenchon, après avoir voulu relever le gant a lui aussi tourné le dos à ces électeurs-là. Il ne s’en cache pas d’ailleurs. En septembre 2024, le leader insoumis théorisait à l’adresse de ses militants : « Il faut mobiliser la jeunesse et les quartiers. Le reste, tout le reste, laissez tomber, on perd notre temps. » Mépris. Clientélisme. Auxquels s’ajoute désormais, donc : la violence. Voilà qui ne va pas redorer le blason de la France Insoumise, ni de la gauche en général, puisque cette dernière semble en grande partie captive de sa frange la plus radicale.

Alors maintenant : quoi ? En suscitant la défiance de son électorat historique, la gauche s’est mise dans une voie sans issue, et cela ne date pas du week-end dernier. Il faudra sûrement de longues années pour reconstruire quelque chose. Mais qui le comprend aujourd’hui dans les rangs des partis ?


Source : https://x.com/i/status/2025243287544533161