Immigration, notre société vacille sur son socle mais pour l’instant reste à peu près en place. Jusqu’à quand ?

Un livre essentiel pour sortir du déni et de l’aveuglement volontaire sur l’épineux sujet de l’immigration !

"Immigration : mythes et réalités" , Nicolas Pouvreau-Monti, Fayard.

Voilà un livre qu’il faut absolument lire avec attention, car il traite avec rigueur du sujet de l’immigration qui reste malheureusement tabou pour une grande partie de l’échiquier politique. Nicolas Pouvreau-Monti n’élude aucun aspect dans l’objectif d’informer de manière complète et de mettre en évidence notre situation française en la comparant aux autres pays européens. Contrairement aux reproches déjà lus et entendus, vraisemblablement de personnes n’ayant pas pris le temps de la lecture de l’ouvrage à moins qu’elles ne soient mal intentionnées, les données sont toujours sourcées et ne sortent pas de nulle part : l’INSEE, l’INED, issues du recensement de la population évidemment, le ministère de l’intérieur et bien entendu, l’Observatoire de l’immigration et de la démographie.

Tout est donc vérifiable et ne demande qu’à l’être afin que les détracteurs de cet ouvrage puissent asseoir leurs critiques sur leur vraie motivation : l’idéologie !

Car évidemment quand il est sujet d’immigration, la posture idéologique n’est jamais très loin. Mais voilà, l’auteur ne nous dit pas comment penser : il dresse le constat de notre situation et nous laisse maîtres de nos propres idées pour affirmer notre pensée librement. C’est sûrement cela qui dérange le plus, la liberté de ton et la liberté donnée au lecteur de penser par lui-même… pas vraiment l’habitude des idéologues à la posture accusatrice, alliant bien pensance et bonne conscience contre procès d’intention au camp d’en face !

Là, rien ! Aucune intention mise à part celle de montrer la réalité. D’ailleurs il tord le cou à une fausse rumeur toujours répétée pour mieux faire taire ceux qui refusent l’aveuglement volontaire : les statistiques ethniques ne sont pas interdites en France, leur utilisation est strictement encadrée, mais elles existent et certaines données sont très intéressantes. C’était déjà le cas d’ailleurs il y a plus de trente ans, lorsque je les utilisais ou les consultais à l’INED pour faire mes études en géographie de la population sur la natalité et la fécondité selon les origines des mamans.

Quand on préfère cacher bien loin le thermomètre, c’est manifestement qu’on n’a pas très envie de connaître la température ! L’amour du déni sans doute ou la peur du réel, peut-être…

Ainsi, nous pouvons lire page 96 :
« Contrairement à ce que l'on imagine souvent, malgré les fortes restrictions que le droit français fait peser sur les "statistiques ethniques", I'INSEE entretient un large appareil de données publiques selon les origines migratoires des populations. Elles traitent de leurs niveaux respectifs d'emploi, de qualification de leur situation de logement… » Autant de thèmes importants pour analyser les facteurs d’intégration ou non et leurs degrés de réalisation selon les populations étudiées.

Nicolas Pouvreau-Monti aborde donc le nombre, le coût, l’intégration ou non des populations immigrées, la transformation de la société à travers l’école, les valeurs plus ou moins éloignées entre les sociétés d’origine et notre pays… selon des données chiffrées, explicitées et souvent très simples à comprendre. Sur l’importance de la population concernée, voir par exemple page 36 : « Cette dynamique d'accumulation se retrouve dans le nombre total des titres de séjour en circulation. Au 31 décembre 2025, 4,3 millions de titres et documents provisoires de séjour (hors Britanniques) étaient en cours de validité. Ce nombre est supérieur de 39 % à ce qu'il était en 2017, lors de la première élection d'Emmanuel Macron ; de 65 % par rapport à 2012, au début du mandat de François Hollande ; de 83 % par rapport à 2007, lorsque Nicolas Sarkozy est entré à I'Élysée. »

A propos de notre système de protection sociale, deux points ont retenu mon attention car ils sont assez significatifs de l’ensemble et portent souvent la parole publique dans les débats politiques : l’AME et l’hébergement d’urgence.

Pages 133-134, « Il faut prendre la mesure de ce que cela signifie : l'État finance la mise à l'abri gratuite et sans limites de durée des dizaines de milliers d'étrangers en situation irrégulière, qui sont nombreux à demeurer durant plusieurs années dans ces dispositifs.

Pareille situation pose des questions graves de trois ordres. La première est budgétaire : la prise en charge des clandestins dans l'hébergement d'urgence coûte un milliard d'euros par an selon la Cour des comptes. La deuxième, sans doute plus sérieuse encore, est liée à l'éviction induite pour les autres profils qui pourraient avoir besoin d'une telle mise à l'abri. Concrètement : des Français (ou des étrangers réguliers de longue date) en situation de grande vulnérabilité se voient refuser un toit pour la nuit. La troisième question porte sur l'appel d'air généré par une telle "exception française". Il fait peu de doutes qu'une telle singularité, conjuguée à d'autres, contribue puissamment à l'attractivité de la France pour certains profils migratoires à motivation sanitaire et sociale. »

Sur l'AME et notamment sur les pratiques dans d'autres pays d'Europe, page 143, « À l'inverse, au Royaume-Uni, certains soins "non urgents" ou "non immédiatement nécessaires" sont payés par les étrangers irréguliers à hauteur de 150 % de leur coût - et ce avant d'être dispensés. En Belgique, le médecin et la structure de soins sont responsabilisés financièrement selon l'urgence des soins. Au Danemark, les soins ordinaires liés à la grossesse des femmes clandestines ne sont pas couverts, saut en cas de complications urgentes. La Suisse ne leur propose aucun système national de prise en charge et compte essentiellement sur des décisions facultatives, d'ordre caritatif ou définies au niveau de chaque canton.

Aucun de nos voisins européens ne connait pourtant d'épidémie majeure liée à ces mesures plus restrictives. »

Evidemment l’origine des populations diffère et il faut bien sûr distinguer plusieurs immigrations pour plus de rigueur et de finesse dans l’analyse. Aussi, une population de plus en plus d’origine africaine ou de culture musulmane ne s’intègrera pas de la même manière qu’une population d’origine asiatique ou de confession catholique… Il ne s’agit pas de tomber dans le piège des leçons de bonne conduite mais simplement d’exposer que la différence entre deux cultures fait qu’il est inévitablement plus difficile de passer de l’une à l’autre quand elles sont très éloignées. Cela amène l’auteur à questionner la transformation de la société d’accueil, ici la France, en rapport justement avec les modes de vie et la culture des diverses immigrations. Pareillement, il est inéluctable que certaines idées se diffuseront davantage dans la population française si elles sont très ancrées dans les pays d’origine, notamment les relations entre les hommes et les femmes, la place des homosexuels ou encore le rapport à la religion.

Car la question de l’immigration ne vaut que si on interroge son impact sur la société d’accueil, sans quoi cela pourrait être un refus purement et simplement assimilé à juste titre à de la xénophobie. Il importe donc de mesurer le coût, la place dans la vie quotidienne en termes de sécurité, d’école, de logements sociaux… et bien entendu l’éventuelle transformation de notre rapport au monde. Des immigrations successives se sont très bien intégrées et ont apporté autant à la France que la France leur avait donnée.

Au sujet de l’école par exemple, il est noté les difficultés du système scolaire dont les résultats ne cessent de chuter, pour de multiples raisons bien sûr, mais dont l’immigration n’est pas à exclure. Nous lisons page 149 : «Mais c'est peut-être à l'école que le choc est le plus violent, bien que le plus tu. L'Éducation nationale, sanctuaire de la République, est en première ligne face à une transformation démographique fulgurante. Ces conséquences sont d'abord quantitatives : elles ont à voir avec l'influence croissante des flux migratoires sur la démographie des jeunes générations. Plus d'un élève de CM1 sur cinq parle habituellement une autre langue que le français à la maison. » Puis page 152 : « Ces faits reposent notamment sur les données issues de la très scrutée "enquête PISA", conduite par I'OCDE dans plus de quatre-vingts pays, qui permet de mesurer l'effet de l'immigration sur les performances éducatives. Leur analyse est formelle: si l'immigration tire le niveau moyen vers le bas dans près des trois quarts des pays étudiés, la France est l'un des pays où cet impact est le plus marqué. Une année d'études équivalant à environ 40 "points PISA", on observe, chez les jeunes âgés de quinze ans, un écart moyen de 47 points en mathématiques entre élèves autochtones (selon les termes de l'OCDE) et enfants d'immigrés et de 60 points entre élèves autochtones et immigrés, soit l'équivalent d'un an et demi de retard scolaire. »

La situation actuelle décrite par Nicolas Pouvreau-Monti devient très difficile car le nombre n’a jamais été aussi important et que le décalage entre nos sociétés n’a jamais été aussi grand, ce qui conjointement remet très clairement en cause l’intégration de ces populations à la société française. Cela pose la question dans l’autre sens, à savoir la nécessité de changer la France pour qu’elle s’adapte à ces nouveaux venus. Là est le nœud gordien car de cette inversion de posture nait une forte incompréhension de la population française, à laquelle on demande des efforts pour faciliter l’accueil d’une partie de l’immigration qui souhaite vivre à sa façon, comme dans la société d’origine, voir notamment page 170 : « L'immigration n'est pas une parenthèse enchantée ni un phénomène marginal. Elle redessine notre paysage urbain, sollicite les services publics, bouscule nos codes culturels et la sécurité du quotidien. Dire qu'une telle transformation n'a "pas d'impact sur la vie quotidienne" n'est pas seulement un mensonge politique ; c'est une insulte à l'intelligence de ceux qui vivent ces mutations au plus près, jour après jour. »

D’autant que les dynamiques des populations immigrées en termes de natalité ne sont pas du tout les mêmes que celles des populations françaises ou installées de longue date : « La natalité "native" se contracte fortement, alors que la natalité issue de l’immigration extra-européenne augmente de manière très significative. Depuis l'an 2000, le nombre annuel d'enfants nés sur le territoire et issus de deux parents eux-mêmes nés en France a diminué de 28% ; mais, dans le même temps, les naissances issues d'au moins un parent né hors UE ont augmenté de 36 % et celles issues de deux parents nés hors UE ont augmenté de 73 %. » (page 178).

Autant la France a toujours été accueillante, autant l’implicite était l’adaptation de l’immigration à notre mode de vie. Là, depuis une vingtaine d’années, les flux de population sont tels qu’une réelle volonté d’exiger des changements pour réussir l’intégration est absolument nécessaire pour être effectivement constatés. Sans cela, comme c’est le cas actuellement, les populations les plus éloignées de notre société le restent et forment des communautés à l’intérieur, de plus en plus nombreuses, et de plus en plus éloignées de notre modèle… Cela ne sera pas sans poser de réels soucis de cohésion nationale. Pour les mêmes raisons, notre système de protection sociale est à bout de souffle et si nous n’exigeons pas certains délais comme le font les autres pays, nous serons tôt ou tard obligés de remettre en cause l’ensemble du modèle qui s’effrite de partout. Cela pose également la question de l’acceptation de la population et de l’aval démocratique nécessaire à la poursuite de cette politique immigrationniste.

Aussi, l’immigration est bien un sujet central qui devrait interroger chacun de nous, politiques, économistes ou autres acteurs de la société, car de la réussite de l’intégration de populations toujours plus nombreuses dépend la pérennité de notre société telle que nous la connaissons et telle que nous avons mis de nombreux siècles à la construire. Dès la quatrième de couverture, « Des villages bretons en pleine mutation aux quartiers où les commerces, la langue, les codes vestimentaires, les pratiques religieuses ont changé en quelques années, il [l’auteur] montre comment l’immigration façonne déjà la France de demain… »

Notre société vacille sur son socle mais pour l’instant reste à peu près en place. Jusqu’à quand ?
Le 2 mai 2025,

Nicolas Bourez


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