L'Algérie turco-islamiste contre la Kabylie.

Il faut arrêter de se mentir. Ce qui se joue en Algérie depuis soixante ans n'a rien à voir avec de la pédagogie, de la réforme éducative ou de la décolonisation linguistique. C'est un projet politique totalitaire, méthodique, inavoué : faire disparaître tout ce qui résiste à l'uniformisation turco-islamiste. Le français, le tamazight, la Kabylie elle-même — tout cela n'est qu'un obstacle à éliminer.

Regardons les choses en face. Depuis 1962, l'Algérie n'a pas rompu avec le modèle ottoman. Elle l'a perfectionné. Les Turcs avaient imposé l'arabe comme langue du pouvoir et de la religion pour contrôler les populations berbères. L'État algérien post-indépendance a fait exactement la même chose, mais avec une rhétorique différente : au lieu de dire "nous sommes l'Empire", il a dit "nous sommes la révolution". Même méthode, même objectif : soumettre les esprits par la langue.

L'arabisation forcée n'a jamais été une question d'identité. C'était une question de contrôle. Quand tu imposes une langue que personne ne parle vraiment — l'arabe classique, pas la darija — tu crées une caste de fonctionnaires qui dépendent du pouvoir pour exister. Tu fabriques une élite artificielle, déconnectée du peuple, qui ne doit sa légitimité qu'au régime. C'est exactement ce qui s'est passé. Les cadres arabophones formés dans les universités du Moyen-Orient sont revenus avec une vision du monde qui n'avait rien d'algérien : une vision islamiste, conservatrice, hostile à toute forme de pluralisme.

Aujourd'hui, on nous ressort la même recette avec le français. On le chasse de l'école, des administrations, des médias. On le présente comme un vestige colonial, une insulte à la souveraineté nationale. Mais regardons ce qui se cache derrière ce discours.

Le français, ce n'est pas seulement la langue de Molière. C'est la langue de la mobilité sociale, de l'accès au savoir international, de la capacité à penser hors du cadre. Quand un jeune Kabyle maîtrise le français, il peut lire autre chose que la propagande du régime. Il peut comparer. Il peut comprendre qu'il existe d'autres modèles, d'autres histoires, d'autres façons d'organiser une société. C'est ça qui dérange. Pas la "décolonisation", mais la possibilité d'une pensée libre.

L'anglais qu'on nous vend aujourd'hui comme la langue de la modernité ? C'est une fumisterie. Personne ne croit vraiment que l'anglais va remplacer le français du jour au lendemain. C'est juste un nouvel outil de sélection sociale. Les enfants de la nomenklatura iront dans des écoles privées où on enseigne l'anglais. Les autres ? Ils apprendront un anglais de pacotille qui ne leur servira à rien, pendant qu'on leur aura retiré le français qui leur aurait permis de vraiment s'ouvrir au monde. C'est du mépris de classe pur et simple, déguisé en patriotisme.


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