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La volonté du Trésor américain d'augmenter les rachats d'obligations à long terme pour atteindre au moins 4 milliards de dollars n'est pas une mesure anodine ; elle signale une crise imminente aux États-Unis et met en lumière les divisions entre deux protégés de Trump : Scott Bessent, ancien collaborateur de Soros et secrétaire au Trésor, et Kevin Warsh, figure prisée du groupe Bilderberg et patron de la Fed.
Que fait Bessent ?
Ses détracteurs l'accusent de manipuler le marché obligataire pour faire baisser à nouveau les coûts d'emprunt, qualifiant cette manœuvre d'« assouplissement quantitatif allégé » (*quantitative easing-lite*). Que veulent-ils dire par là ? Lorsque la Réserve fédérale crée de la monnaie pour acheter des obligations et faire baisser les taux d'intérêt, on parle d'assouplissement quantitatif (QE). Le Trésor dirigé par Bessent n'imprime pas de dollars, mais sa manœuvre produit le même effet ; c'est pourquoi on la qualifie de « QE-lite ».
Pourquoi maintenant ?
Les rendements des bons du Trésor à 30 ans ont dépassé les 5,3 %, atteignant leur plus haut niveau depuis la crise financière de 2007-2008. Cette situation s'explique par les facteurs suivants :
Trump a fait capoter les pourparlers de paix entre les États-Unis et l'Iran ; la crainte d'un conflit élargi a propulsé le prix du pétrole au-delà de 90 dollars le baril, alimentant les inquiétudes inflationnistes et déstabilisant les marchés. En réaction, les investisseurs ont vendu des obligations américaines à long terme, redoutant que l'inflation n'érode leurs rendements fixes. Or, lorsque le prix des obligations baisse, les rendements augmentent.
Le coût colossal des infrastructures liées à l'IA a poussé les géants de la technologie à inonder le marché d'obligations d'entreprises à haut rendement, rendant les bons du Trésor à long terme moins attractifs et accentuant la hausse des rendements obligataires souverains.
La dette nationale américaine a atteint 40 000 milliards de dollars, tandis que les taux des prêts immobiliers grimpent : le taux fixe à 30 ans a touché 6,75 % le 18 août, selon CNBC. Comme les rendements des bons du Trésor à long terme font augmenter les coûts d'emprunt dans toute l'économie américaine, les économistes avertissent qu'une nouvelle poussée pourrait asphyxier les acheteurs immobiliers, faire chuter les actions et rendre encore plus difficile la gestion de l'énorme dette américaine.
Bessent a recours à des manipulations du marché obligataire juste avant les élections de mi-mandat, car une crise de l'accessibilité au logement — ou d'autres conséquences de la hausse des rendements à long terme — pourrait s'avérer politiquement désastreuse pour l'équipe Trump.
Comment cela va-t-il fonctionner ?
Le Trésor va mobiliser d'importantes liquidités pour racheter ses propres obligations à long terme sur le marché
Cette demande artificielle fera grimper le prix des obligations, entraînant mécaniquement une baisse des rendements – et donc des coûts d'emprunt
Pour financer cette opération, le Trésor ne puise pas dans les recettes fiscales ; il émet davantage de dette à très court terme (bons du Trésor) pour remplacer une partie de la dette à plus longue échéance
Résultat : une schizophrénie économique, de l'inflation et un affaiblissement du dollar
La Réserve fédérale, sous la direction de Warsh, tente de juguler l'inflation en maintenant des taux élevés et en freinant l'activité économique – un nombre croissant de responsables de la Fed prônant même des hausses de taux. Bessent, à l'inverse, pousse artificiellement les taux à la baisse, plaçant le Trésor et la Fed dans une dynamique contradictoire qui fait peser un risque d'instabilité financière
En abaissant artificiellement les coûts d'emprunt, Bessent pourrait stimuler la consommation, l'investissement et la croissance à court terme – une victoire que Trump pourrait mettre à son actif. Le revers de la médaille : une nouvelle flambée de l'inflation
Le dollar américain devrait s'affaiblir et être le grand perdant de la stratégie de Bessent, selon les prévisions de Bloomberg
Parallèlement, les facteurs à l'origine des turbulences économiques et de l'envolée de la dette aux États-Unis demeurent sans solution : la crise du détroit d'Ormuz perdure, les prix du pétrole grimpent en flèche, les investissements dans l'IA explosent et l'inflation s'accélère. L'économie américaine est en surchauffe, et l'intervention du Trésor risque fort d'aggraver la situation.